Après avoir proposé une semaine de 4,5 jours réaménagée, la municipalité se range à l’avis de la majorité exprimée dans les écoles élémentaires qui souhaitent un retour de la semaine de 4 jours dans les établissements de Strasbourg.
« Votez pour notre solution de 8 demi-journées de classe, mais réparties sur 5 matinées (dont le mercredi, le détail ici) et 3 après-midis ou restons au statu-quo de 9 demi-journées (fin des cours à 15h45). » C’était le deal proposé par la Ville de Strasbourg à ses 112 écoles pour la rentrée 2019. Mais finalement, les élus se rangent à l’avis des professeurs, favorables à la semaine de 4 journées complètes, avec une pause le mercredi.
Les 4 jours s’imposent en conseils d’école
Sous l’impulsion de syndicats d’enseignants, la grande majorité des conseils d’école, qui réunissent les enseignants et parents avec une poignée d’élus, ont mis un autre scénario au vote dans leur ordre du jour. Celui d’un retour à la semaine de 4 jours répartis comme partout dans l’Eurométropole et presque partout dans le Bas-Rhin.
Et sans surprise, c’est un plébiscite. Selon le décompte du syndicat majoritaire parmi les enseignants du primaire, le Snuipp (FSU), 86% des conseils d’écoles ont voté pour cette organisation qui permet de libérer toute la journée du mercredi. Les enseignants sont majoritaires dans ces instances obligatoires dans tous les établissements. « La municipalité pensait qu’il suffisait de donner une demi-journée aux professeurs, mais pour ceux qui viennent de loin, parfois 30 kilomètres, il faut toujours se déplacer 5 fois par semaine, seulement pour une demi-journée par deux fois », analysait François Schill, secrétaire départemental adjoint du Snuipp, quelques jours avant cette décision.
À ce rapport de force incarné par la grève très suivie début janvier, s’est ajouté un collectif de parents, qui estimait que la consultation de la Ville était « orientée » et même que les « données brutes » du questionnaire plaidaient en fait pour un retour aux 4 jours par semaine.
Combien de jours de classe dans les écoles de Strasbourg à la rentrée 2019 ? (photo Pascal Bastien)
La municipalité revient sur son choix
Face à ce soulèvement, la municipalité qui avait basée toute son argumentation sur « l’intérêt de l’enfant » s’est finalement rangée à l’avis des conseils d’école. Toutes les écoles qui se sont prononcées contre la semaine de 4,5 jours reviendront aux 4 jours dès la rentrée prochaine. La dizaine d’établissements (qui doivent encore voter) ou qui se sont prononcés « pour » pourra mettre en œuvre la solution à 4,5 jours proposée par le maire.
« Je suis pragmatique, il faut savoir reconnaître les difficultés exprimées », estime Roland Ries (PS) pour justifier son revirement. « Les textes réglementaires (des conseils d’école ndlr) accordent plus de place aux enseignants qu’aux parents, ce qui n’est pas vraiment équitable. Nous avions besoin de leur approbation et nous n’avons pas su les convaincre, » ajoute son adjointe à l’Éducation, Françoise Buffet (divers gauche).
Un débat subsiste. Les 4 journées dureront-elles 6 heures (8h30-12h et 14h-16h30) ou 5h45 (fin de journée à 15h45). Les conseils d’école devront à nouveau voter sur ce point en mars. Limiter la journée à 15h45 revient à rogner 6,5 jours sur les vacances « intermédiaires » et non sur la dernière semaine d’août des grandes vacances comme annoncé initialement. Soit 37 semaines de classe et non 36, une solution qui ressemblerait davantage à celle en place à Illkirch-Graffenstaden.
Les activités périscolaires divisées par deux
Ce choix va faire perdre environ 1,2 million d’euros de dotation de l’État pour le financement des activités périscolaires gratuites, proposées un jour par semaine pendant 1h30. La municipalité va revenir à la situation d’avant 2014 à savoir les dispenser dans les écoles du Réseau d’Éducation prioritaire (Rep et Rep+, les ex-Zep) et celles des quartiers prioritaires de la Ville (QPV), c’est-à-dire les limiter à un enfant sur deux.
La décision finale revient à l’Inspection académique. Cette réforme majeure du quinquennat de François Hollande en matière d’Éducation disparaît quasiment du pays, même dans « l’îlot rose » strasbourgeois.
Un hommage aux victimes de l’attentat de Strasbourg est organisé dans l’église Saint-Thomas samedi 9 février à partir de 15h. L’événement est à l’initiative d’un collectif de 25 associations, dont un ou plusieurs des membres ont été touchés par l’attentat.
Un collectif de 25 associations, dont les membres font partie des victimes de l’attentat du 11 décembre à Strasbourg, s’est constitué pour organiser un hommage aux cinq personnes décédées et une dizaine d’autres blessées. Ce rendez-vous aura lieu samedi 9 février, à partir de 15 heures, dans l’église Saint-Thomas.
L’affiche de l’événement, réalisée par Sherley Freudenreich (document remis)
En parole et en musique
Un « village » de stands sera installé pour rassembler et présenter les associations participantes. Des débats se tiendront ensuite dans une « agora », sur le thème de la liberté avec Julie Babaami de Sousa à 16h15, et sur « la prescription du pardon et la résilience » à 18h15 par Georges Federmann, psychiatre strasbourgeois. Des représentations musicales et poétiques auront aussi lieu tout l’après-midi.
Cette programmation permet, selon Claire Audhuy, co-pilote du collectif d’associations, de donner la parole à toutes les associations impliquées :
« Nous pensions tout d’abord à un concert en hommage aux victimes, mais cela n’aurait pas permis à tout le monde de s’exprimer. Les associations concernées vont bien au-delà de la musique, il y a des clubs de philosophie comme des groupes de danse flamenco… »
La première partie de l’hommage devait initialement se tenir sur la place Saint-Thomas mais pour Claire Audhuy « cela demandait une organisation bien trop importante. Tout se passera à l’intérieur (de l’église) pour des raisons de sécurité. »
L’hommage se poursuivra en musique à partir de 20 heures, une dizaine de groupes se succéderont sur scène dont Les Bibouches ou L’Arrache-Choeur. Le public pourra se joindre à eux entre 23h à 1h pour une scène ouverte organisée par l’équipe du bar musical « les Savons d’Hélène ».
Depuis la suspension de son droit de vote en 2014, la Russie boycotte l’Assemblée parlementaire et ne verse plus sa contribution au budget depuis 2017. Si la crise perdure, le Conseil de l’Europe pourrait se séparer de 250 collaborateurs.
Le 21 janvier, l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe se réunissait une nouvelle fois sans délégation russe. Une habitude depuis 2014 et le début du conflit autour de la Crimée en Ukraine. Cinq ans plus tard, cette crise diplomatique européenne crée d’autres secousses à Strasbourg, dans les couloirs feutrés du Conseil de l’Europe. Plusieurs centaines de travailleurs strasbourgeois pourraient bien être comptés parmi les dommages collatéraux.
En mars 2014, la Russie annexe la péninsule Crimée (comme la diplomatie est aussi une affaire de mots, les Russes parlent de « réunification »), province appartenant jusque-là à un autre membre du Conseil de l’Europe, l’Ukraine. L’irrédentisme russe est condamné par le Conseil de l’Europe. Les plus virulents sont les pays autrefois membres de l’ex-Union Soviétique comme les États Baltes, soit les anciennes « démocraties populaires » comme la Pologne. Dès le mois d’avril, avec une écrasante majorité, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe suspend les droits de vote de la Russie en son sein et son droit d’être représentée dans les instances dirigeantes. L’assemblée des 47 pays du continent européen renouvelle ses sanctions lors de la session suivante en janvier 2015.
La Russie plonge le Conseil de l’Europe dans le flou (photo Pierre Pauma)
Depuis, c’est ambiance Guerre froide dans l’Assemblée parlementaire. La Russie ne se donne plus la peine d’envoyer de délégation parlementaire depuis 2016. Face au statu quo, elle décide ensuite de frapper au portefeuille. En 2017, elle ne paye que le premier tiers de sa contribution… Et depuis, elle ne verse plus un centime. Le Conseil de l’Europe doit composer sans les 33 millions d’euros russes qui figurent dans son budget d’environ 450 millions, soit 7,3% en moins. L’ardoise dépassera les 85 millions d’euros à la fin de l’année 2019.
Pour autant, la Russie maintient sa présence dans l’institution, y compris à la Cour européenne des droits de l’Homme où elle a toujours un juge. Elle appartient également toujours au Comité des ministres, qui rassemble les ministres des affaires étrangères des 47 États membres. Le Conseil de l’Europe, garant de la Convention européenne des droits de l’Homme et souvent confondue avec l’Union Européenne à 28, prévoit de fêter ses 70 ans. Mais le 5 mai, la fête d’anniversaire pourrait bien avoir des allures de régime sec.
Un mammouth déjà dégraissé par l’austérité et la Turquie
Cette crise russo-ukrainienne s’ajoute à deux autres difficultés récentes. Depuis 2014, tous les États ont voté une « augmentation zéro » de leur contribution, par mesure d’économie. Jusque-là, leur obole était indexée sur l’inflation. Mais comme la hausse des prix continue, les marges de manœuvre du Conseil diminuent.
La Turquie aurait pu faire office de figure providentielle, en passant de contributeur ordinaire à grand contributeur en 2016. Le pays avait alors augmenté sa contribution de 13,6 à 33,5 millions d’euros. Mais la diplomatie s’en mêle encore. Les relations entre la Turquie et le Conseil de l’Europe se tendent lorsque l’Assemblée condamne la répression d’Erdogan suite à la tentative de putsch durant l’été 2016. En 2017, la Turquie rétropédale et annonce que sa contribution de 2018 sera de nouveau celle d’un contributeur ordinaire (14,5 millions d’euros). Le Conseil de l’Europe ne profite de cette manne financière que deux ans.
Gel des salaires, des embauches, et suppression de langues de travail
Face à ce manque à gagner, le Conseil de l’Europe a dû revoir son budget à la baisse. Celui de 2019 prévoit une baisse de 4% par rapport à 2018. Et cela va avoir un impact sur le personnel, qui représente environ deux tiers des dépenses totales. Les 74 postes gelés en 2018 le seront encore et le « service de la planification politique » est dissout. Sur les 8 postes concernés, 6 sont redéployés et 2 sont supprimés.
Parmi les 2 000 collaborateurs au Conseil de l’Europe, 250 personnes seraient sur la sellette selon le SACE (Syndicat des Agents du Conseil de l’Europe, minoritaire). Une situation difficile pour Penelope Denu, une de ses représentantes :
« On est à flux tendu. Les CDD et les agents temporaires, qui ont le statut le plus précaire, sont les plus vulnérables. On sait déjà que si la Russie part, les réductions de salaire et la précarisation des postes ne suffiront pas et qu’il faudra se préparer à des départs. »
Suite à la baisse de dotation de la Turquie, l’Assemblée Parlementaire a décidé de garder comme langues de travail uniquement celle de ses grands contributeurs à jour dans leurs paiements. Exit donc, les traductions en turc et en russe. Les salaires ont eux aussi été gelés pour 2018 et 2019.
Par mesure d’économie, le turc et le russe ne figurent plus dans les langues de travail de l’Assemblée parlementaire. (photo Conseil de l’Europe)
Des contrats précaires en première ligne
Le porte-parole du secrétaire général, Daniel Holtgen, ne fait aucun commentaire sur le chiffre de 250 postes menacés, avancés par le SACE. Il confirme en revanche qu’en cas de suspension ou de départ de la Russie, un « plan de réajustement » aurait lieu, étalé sur trois ans.
Des départs forcés pour des raisons économiques seraient une première au Conseil de l’Europe. Selon son règlement, il ne peut licencier qu’en cas de faute lourde ou s’il est dans l’impossibilité de proposer un poste de remplacement, ce qui pourrait être le cas. À ce petit jeu de chaises musicales, certains sont moins inquiets que d’autres. Une personne titulaire que nous avons interrogée s’estime pour l’instant à l’abri :
« Entre l’obligation de nous proposer un poste dans un autre service ou une formation, je ne me fais pas trop de souci. En revanche, je n’aimerais pas être à la place des CDD. »
Au Conseil de l’Europe, le monde des précaires se divise en deux catégories : d’un côté les « CDD à durée indéterminée » : souvent titulaires d’un concours d’entrée, beaucoup n’ont pas obtenu de CDI en raison du moratoire à l’embauche appliqué depuis 5 ans. Ils sont renouvelés régulièrement et sans limite dans l’enchaînement des contrats. De l’autre, les « agents temporaires ». Ces derniers ne peuvent travailler que 9 mois par an au Conseil de l’Europe, et connaissent un turnover plus important. « Ils sont en première ligne », estime la représentante personnel Penelope Denu.
Aucun ne sait ce qui les attend en 2019. Pour ceux qui acceptent d’en parler, la précarité est le prix à payer pour travailler au Conseil de l’Europe :
« On reste aussi parce que le boulot est intéressant. C’est un cadre privilégié, avec des dossiers variés. J’espère juste qu’on me préviendra assez tôt si jamais mon contrat doit s’arrêter, pour que je puisse avoir le temps de me retourner. »
La peur d’un Ruxit
Pour sa fin de mandat, le secrétaire général du Conseil de l’Europe et ancien Premier ministre norvégien Thorbjørn Jagland fait face à l’une des plus graves crises du Conseil de l’Europe. En octobre 2018, il faisait encore mine de suspendre la Russie du Conseil de l’Europe. Cela la priverait de tout lien, dont la perte d’un juge à la CEDH. « Chiche ? » a répondu en substance le ministre des Affaires Étrangères russe Sergueï Lavrov, dans une interview accordée à Euronews en octobre 2018 :
“Je ne pense pas que la participation de la Russie au Conseil de l’Europe soit davantage cruciale pour la Russie que pour les autres pays européens. C’est ma conviction profonde. […] S’il veulent pousser la Russie vers la sortie, nous ne leur laisserons pas ce plaisir. Nous quitterons l’organisation nous-mêmes. »
Le drapeau russe flottera t-il encore longtemps devant l’Orangerie ? (photo Pierre Pauma)
Dans ses locaux à la lisière du parc de l’Orangerie, le personnel du Conseil de l’Europe compte les points. Mais très peu se risquent sur un pronostic. Sous couvert d’anonymat, certains estiment que le Conseil aurait dû frapper plus fort pour être crédible :
« Ils jouent au poker menteur, pour voir lequel ira jusqu’au bout et mettra ses menaces à exécution. Mais si la Russie s’était effectivement rendue coupable d’invasion de la Crimée, les statuts du Conseil auraient permis sa suspension. Or, le Conseil ne l’a pas fait et s’est contenté de suspendre certains droits de la délégation russe. D’un point de vue juridique, la Russie est dans son droit quand elle conteste le terme d’invasion. »
Les ministres veulent céder, l’Assemblée parlementaire renâcle
Au-delà du plan social qu’il entraînerait, un Ruxit serait une catastrophe diplomatique et démocratique. Non seulement, ce serait la fermeture d’un des rares canaux existants entre l’Europe occidentale et la Russie, mais ce serait aussi priver les citoyens russes de la protection de la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Prenant la menace russe au sérieux, le Secrétaire général a encouragé l’Assemblée à amender son règlement. Le but, faire passer la majorité nécessaire à la suspension du droit de vote d’un État membre à deux tiers des voix, et non plus à la majorité simple.
Sylvain Waserman, à l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe (photo : Conseil de l’Europe).
La proposition a suscité une levée de boucliers dans plusieurs délégations, qui refusent de changer les règles du jeu selon le bon vouloir de la Russie. Le 9 octobre dernier, la question a divisé certains groupes politiques, dont les centristes de l’ALDE qui comptent dans leurs rangs Sylvain Waserman. Opposé à cette modification du règlement, le député Bas-Rhinois (Modem) a non seulement voté pour que la Commission au règlement revoit sa copie (contrairement aux députés LREM), mais il est également le seul député français à avoir voté pour un report du débat.
Il revient sur ce vote :
« Au niveau national, on sait à peu près toujours ce qui va ressortir d’une réunion d’un groupe parlementaire. Ce n’est pas toujours le cas à l’échelon européen. Le matin, il y avait l’air d’avoir consensus au sein des groupes politiques, laissant penser que la majorité serait atteinte, et puis nous en avons débattu à l’ALDE. Je suis pour un dialogue avec la Russie, mais modifier notre règlement pour la réintégrer, ça aurait été vendre notre âme, sans même que la Russie n’ait envoyé un signal minimum de bonne volonté au préalable, ni fait de concession. »
Faute de pouvoir modifier le règlement, la Commission s’est contentée d’une interprétation des textes plus conciliante avec la Russie. Insuffisant pour la délégation russe, qui réclame une restitution de tous ses droits et une modification du règlement.
Les États à la rescousse ?
Reste que Thorbjørn Jagland n’a pas envie d’achever un mandat de 10 ans avec le départ d’un membre majeur du Conseil de l’Europe. Le sort de centaines de collaborateurs pourrait ainsi dépendre de la réunion du Comité des ministres le 16 mai à Helsinki.
Lors de la dernière session de l’Assemblée parlementaire, les menaces de suspension ont laissé place à une main tendue :
« Priver la délégation russe de son vote à l’Assemblée, n’a pas permis le retour de la Crimée au sein de l’Ukraine, et ça n’a pas amélioré la situation des droits de l’Homme en Fédération de Russie. Cela a donné lieu à une crise qui a surgi au sein même de l’organisation. […] Nous devons nous préparer à ce que la délégation de Russie n’ait pas repris le versement de ses contributions au Conseil de l’Europe en juin. Mais nous devons continuer à nous préparer au meilleur, à un retour de la Russie. »
Thorbjørn Jagland, secrétaire général du Conseil de l’Europe. (photo Conseil de l’Europe)
Le diplomate a aussi eu quelques mots de réconfort pour le personnel. Il avait jusqu’alors opposé une fin de non-recevoir à la proposition du SACE de recourir à un emprunt pour couvrir les frais du Conseil, mais s’est dit ouvert à une autre solution : une rallonge de la part des États-membres pour compenser le trou laissé par la Russie. Le manque à gagner russe de 33 millions d’euros reviendrait à demander un peu moins d’un million d’euros à chaque État-membre.
Il a aussi demandé un retour de l’indexation des contributions sur l’inflation. Sans quoi, il craint que le personnel qualifié ne juge le Conseil de l’Europe trop peu rémunérateur et ne file vers d’autres institutions internationales comme l’ONU ou la Cour pénale internationale.
Pendant longtemps, la représentante du personnel Penelope Denu craignait que le départ de la Russie ne serve de prétexte pour justifier des coupes plus profondes, à l’heure où certains États membres cherchent des économies par tous les moyens. Le discours de Thorbjørn Jagland le 23 janvier dernier l’a rassurée.
« Le Secrétaire Général a fait une intervention forte et a répondu assez franchement et fermement aux questions. Il a également défendu le personnel […] et rappelé que le gel des salaires et la perte d’allocations font perdre l’attractivité nécessaire pour attirer du personnel venant de 47 pays. »
Certains pays ne se sont pas fait prier pour mettre la main au portefeuille. En décembre dernier, la Belgique a officialisé une rallonge de deux millions d’euros au fonds fiduciaire du Conseil de l’Europe pour les droits de l’Homme. Une aubaine pour le Ministre des affaires étrangères belge Didier Reynders, qui est candidat au poste de secrétaire général.
Du 6 au 8 février, avec Gob Squad’s Kitchen (you’ve never had it so good), le collectif germano-britanique Gob Squad propulse le Maillon dans une ambiance déjantée aux tonalités sixties, et se joue des codes du théâtre pour interroger les phénomènes de la représentation, de la perception et de la contre-culture.
Projetés en 1965 dans une ambiance en noir et blanc, qui tranche avec les couleurs acidulées et explosives propagées par la pop culture, nous sommes assis devant trois écrans, prêts à assister à un remake live du film Kitchen, création expérimentale déjantée d’Andy Warhol.
Sur la scène, trois écrans diffusent des images en noir et blanc (Photo David Baltzer / Maillon)
La culture Pop Art : la puissance de l’image
Alors que contre-culture, starisation, féminisme, drogue et révolution sexuelle vont bouleverser les codes de l’art et de la société, Andy Warhol diffuse dans son œuvre l’effervescence des années 60, et capture l’essence même d’une époque, dans des films où les acteurs ne jouent pas, mais vivent. Si le film original ne raconte pas grand-chose, il saisit l’énergie expérimentale et hédoniste des sixties : on parle de sexe, de drogue et de fêtes sauvages.
Le réalisateur et scénariste Norman Maller ironise :
« Je pense que les films de Warhol sont des documents historiques. […] Il a capturé l’essence de chaque journée morte et ennuyeuse que l’on a jamais eue dans une ville, une époque où tout était imprégné de l’odeur des débarbouillettes humides et des vieilles canalisations. »
Une ambiance années 60 (Photo David Baltzer / Maillon)
À la tête du mouvement pop underground new‐yorkais, Warhol cite sur le mode de l’ironie une culture propre à la société de consommation, empruntant ses matériaux à la culture de masse. L’art est désormais considéré comme un moyen de sublimer la vie ordinaire, proche de l’individu, incité à poser un regard nouveau sur l’image. Simon Will, l’un des membres du collectif, proclame :
« Les temps sont en train de changer, nous sommes au commencement de tout : libération sexuelle, féministe, superstars, sexe, Rock&roll […] une formidable explosion de Pop Art ! »
Une mise en abyme dans un dialogue entre passé et futur
Le collectif Gob Squad se sert de cette œuvre expérimentale comme point de départ pour comprendre cette culture underground, et propose une réflexion sur la théâtralité, sur le jeu d’acteur et les perceptions du public.
Remake du film de Andy Warhol (Photo David Baltzer / Maillon)
Questionnant les phénomènes des re-présentation, des re-productions, les versions en direct des films de Gob Squad entrent en collision avec l’immédiat, entraînant le public dans un voyage entre passé et futur, à travers une recherche de l’authentique.
Comment être juste dans la réalisation ? Comment savoir si on se trompe ? Quelle est la légitimité de la copie par rapport à l’original ? Comment les gens dansaient-ils en 1965 ? De quoi parlaient-ils ? Le féminisme était-il déjà là ou fallait-il l’inventer ?
Utilisant le langage du cinéma, du théâtre et de la musique pop pour explorer les complexités et les absurdités de notre société, la performance orchestrée par un collectif d’artistes explosif offre une expérience immersive saisissante. Détruisant et recréant l’illusion, le spectateur se laisse glisser entre le réel et sa représentation.
Allers-retours entre la scène et les écrans, théâtre ou cinéma ? (Photo David Baltzer / Maillon)
Comme l’a révélé l’enquête de Rue89 Strasbourg, un parti d’extrême droite, l’AEMN, s’est implanté à Matzenheim. Il a reçu de l’argent du Parlement Européen, et a notamment servi d’alibi démocratique en fournissant des observateurs à des scrutins sous influence russe, non reconnus par l’UE, ni par l’ONU.
Jusqu’au 24 février, la galerie La Chambre expose les photographies de Jürgen Nefzger, photographe d’origine allemande installé en France. À l’occasion de sa première exposition monographique à Strasbourg, rencontre avec cet artiste, dont les œuvres traitent de problématiques écologiques, territoriales et politiques actuelles.
Le nucléaire est à l’affiche de La Chambre jusqu’au 24 février. La galerie expose deux séries de photographies de Jürgen Nefzger, photographe d’origine allemande installé en France (voir la présentation de l’exposition). Rencontre avec cet artiste, dont les œuvres traitent de problématiques écologiques, territoriales et politiques actuelles.
Paula Marie Consuegra : Vous êtes arrivé en France à 22 ans pour étudier à l’École nationale de photographie d’Arles. Quelle a été l’étape décisive dans votre trajectoire artistique ?
Jürgen Nefzger : Je suis venu de Nuremberg et je n’avais pas fait d’études d’art au préalable, je connaissais surtout la photographie documentaire de Robert Frank. L’étape décisive pour moi c’est effectivement l’école d’Arles. Auparavant, j’étais plutôt intéressé par le portrait photographique et mon sujet au concours d’entrée à Arles portait sur Walker Evans. Il y a un avant et un après cette école dans mon travail, j’y ai beaucoup appris. C’est là que j’ai commencé à développer une approche photographique du paysage.
Comment s’est développé votre intérêt pour le paysage ?
J.N. : À Arles, j’ai par exemple photographié La Grande-Motte, une station balnéaire récente, construite en 1965 par l’architecte Jean Balladur sur une ancienne réserve naturelle. C’est une architecture particulière, un concept qui devait concentrer l’afflux touristique vers la côte méditerranéenne française, dans une ville nouvelle entièrement conçue par les architectes. J’y ai fait mes photos en hors-saison, car c’était le moment propice, sans activité, pour voir ce paysage avec un autre regard.
Votre exposition à la galerie strasbourgeoise La Chambre met en dialogue deux séries photo, lesquelles ont été produites à environ dix ans d’écart: Fluffy Clouds (2003-2011) et Bure, ou la Vie dans les Bois (2018). Dans votre série Fluffy Clouds, les centrales nucléaires sont omniprésentes à l’arrière-plan. Souhaitiez-vous montrer une part vulnérable de ces paysages ?
Je cherche à créer un semblant de tableau romantique, en détournant ce mouvement. Je m’inspire de la nostalgie d’une communion avec la nature disparue, prégnante dans le romantisme allemand. Néanmoins, à l’arrière-plan de mes images, il y a ces centrales nucléaires, avec lesquelles on n’a pas envie d’être en communion (rires) ! Les paysages de ma série Fluffy Clouds pourraient être qualifiés de “beaux paysages”, à condition d’en retirer les centrales nucléaires. Au contraire, je souhaite qu’elles fassent irruption dans l’image afin de mettre en lumière la manière dont notre société occupe l’environnement.
« Un paysage n’est jamais neutre »
La question environnementale m’intéresse beaucoup ; je me suis par exemple penché sur les décharges à ciel ouvert ou encore sur la marée noire de l’Erika. Pour moi, un paysage n’est jamais neutre. Les paysages de Fluffy Clouds ont une dimension politique, Je pense que l’on peut parler de paysage politique, économique, voire social, notamment parce qu’il renvoie toujours à des activités humaines résultant de décisions politiques. C’est le cas particulièrement en France, où l’on trouve 58 réacteurs nucléaires en activité, bien que j’ai choisi pour ma série de photographier les paysages de divers pays européens.
Le ciel et l’horizon jouent dans Fluffy Clouds (“nuages duveteux”) un rôle important pour mettre en évidence la présence du nucléaire. Cette problématique environnementale qui vous est chère se joue cependant différemment dans la série consacrée à la lutte menée à Bure, contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires. Là, la menace nucléaire est invisible, puisqu’il s’agit de l’enterrer. Comment montrez-vous cette différence par le biais de la photographie ?
Je pense que Fluffy Clouds montre le nucléaire mais parle d’autre chose. L’idée ce n’est pas de faire des images théâtrales qui nous interpellent pour simplement affirmer “le nucléaire c’est horrible”. Je voulais que les images soient très paisibles, baignées de lumière et que des loisirs se déroulent en premier plan. On y voit des pêcheurs, des golfeurs, des baigneurs… tout cela, sur fond, effectivement, de centrales nucléaires. Cela crée une fissure dans l’image entre le premier plan et l’arrière-plan, qui me permet de souligner le problème.
« Comme si l’on parlait d’usine à nuages »
Pour ma série Bure, ou la Vie dans les Bois, le titre joue un rôle important car la ville de Bure est devenue emblématique de la lutte contre le nucléaire. C’est l’inverse pour Fluffy Clouds, car si l’on voit les centrales nucléaires, le titre est ironique, il renvoie complètement à autre chose car l’expression est très enfantine, comme si l’on parlait d’usine à nuages… Pour moi, les centrales nucléaires sont un symbole très fort, tout comme ce qui se passait à Bure, et je m’intéresse toujours aux symboles présents dans mes images.
Votre série Bure, ou la Vie dans les Bois nous plonge donc au coeur de l’occupation du bois Lejuc à Bure par les militants contre le projet Cigéo. Comment se positionne votre travail, dans un moment parfois sous tension comme celui de cette occupation de la forêt ?
Cela faisait déjà des années que je réfléchissais à la possibilité d’une série sur Bure. Cependant je ne voulais pas me contenter de faire des photographies de paysages documentant la lutte contre l’enfouissement de déchets nucléaires. Je suis sensible à la forêt, notamment. Au moment où les militants ont commencé à occuper le bois Lejuc en 2016, j’ai été alerté et j’ai eu envie d’aller voir ce qu’il se passait. Lorsque l’on regarde les images, on ne peut pas savoir de quelle lutte il s’agit ; cela pourrait représenter la ZAD de Notre-Dame-des-Landes par exemple. Il faut lire le titre, les textes ou regarder la vidéo présente dans l’exposition pour le comprendre le contexte.
Je pense que mon travail à Bure traite principalement de la portée symbolique de cette lutte. Cette série explore en fait la notion d’utopie communautaire confrontée à l’affirmation de l’individualité. En ce sens, le livre Walden ou la Vie dans les bois de Henry David Thoreau m’a beaucoup inspiré, même si c’est finalement un extrait de son essai La désobéissance civile que je mets en regard de mes photographies dans l’exposition. C’est un texte fondateur du mouvement d’objection de conscience, auquel j’adhérais lorsque j’étais encore en Allemagne dans les années 80.
Votre travail représente souvent des paysages désertés de toute présence humaine. Dans votre série Bure, ou la Vie dans les Bois en revanche, la figure humaine apparaît et vous proposez des portraits. Comment en êtes-vous venu à intégrer le portrait dans cette série ?
Si je m’intéresse principalement au territoire et au paysage, on trouve beaucoup de personnages dans certaines de mes images, sans qu’ils soient le sujet principal. À Bure, j’avais envie d’explorer la prise de vue avec une plus grande légèreté car, habituellement, l’appareil que j’utilise est une chambre photographique, ce qui nécessite un temps long pour capturer une image. J’ai travaillé à la chambre seulement pour les paysages de la forêt : abris, structures bâties…
Comment concevez-vous l’acte de documenter et d’exposer les images d’une lutte toujours en cours ?
Pour moi, il ne s’agit pas de documents. D’ailleurs, il y a une grande part de subjectivité dans la photographie documentaire ; il s’agit plutôt d’un style documentaire (c’est ce dont parlait Walker Evans en 1935). Je ne prétends pas rendre compte de toute la lutte actuelle, existante ou passée à Bure, loin de là. Il faut d’ailleurs savoir que les occupants du bois ont été expulsés et que l’accès à la forêt est interdit. On parle donc déjà d’une action terminée. Ce que je donne à voir est lié, certes, à la lutte sur place, mais en même temps c’est surtout associé à ma démarche artistique. Loin du reportage, je propose un regard singulier sur cette chose assez belle qui s’est passée dans le bois Lejuc à ce moment-là.
Étudiante en Master critique-essais, écritures de l’art contemporain à l’Université de Strasbourg et musicienne. Elle s’intéresse à l’art contemporain et plus particulièrement aux pratiques performatives et à l’installation, mais aussi au spectacle vivant.
Le Racing a remporté mercredi 30 janvier la demi-finale de Coupe de la ligue face aux Girondins de Bordeaux (3-2). Comme le samedi précédent, les Bleus et Blancs ont battu les Bordelais (1-0) dans un stade de la Meinau bouillonnant, à guichets fermés pour la onzième fois cette saison. Retour sur le parcours du RCSA en Coupe de la ligue, qui jouera la finale le samedi 30 mars au stade Pierre-Mauroy à Lille face à Guingamp.
Le 30 octobre, et le Racing débute son aventure en Coupe de la Ligue face à Lille à la Meinau. Cette Coupe est une compétition où s’affrontent uniquement les clubs professionnels français. Cette compétition à élimination directe est un peu moins prestigieuse que la Coupe de France, où tous les clubs participent.
Trois mois après le début de saison, Strasbourg comptait plusieurs absences pour ce 1/16ème de finale. Stefan Mitrovic, habituel capitaine, est suspendu, ainsi qu’Ibrahima Sissoko milieu récupérateur physique. De plus, le club compte sept blessés, dont une de leurs recrues du mercato estival, l’attaquant Ludovic Ajorque. Le match s’annonce difficile pour les Strasbourgeois, qui pointent à une belle 7è place au classement, mais affrontent une équipe lilloise deuxième du championnat après avoir frôlé la relégation au printemps 2018.
Thierry Laurey aligne plusieurs jeunes formés au club, tels que Kévin Zohi, Anthony Caci ou encore Youssouf Fofana. L’entraîneur lillois, Christophe Galtier a aussi profité de ce match de coupe pour reposer certains titulaires. Pour ce 1er tour, les supporters alsaciens sont moins nombreux que d’habitude : 16 821 spectateurs, alors qu’en Ligue 1 la Meinau l’affluence tourne autour de 25 000 personnes.
L’équipe du Racing en communion avec les supporters après le match contre Bordeaux (Photo Franck Kobi / RCSA / doc remis)
Première surprise dans cette Coupe, le match est relativement bien maîtrisé par les Strasbourgeois qui dominent ce match et l’ont emporté même 2-0 sans vraiment forcer grâce à des buts de Youssouf Fofana (13ème min), très peu utilisé en début de saison, et Dimitri Liénard (82ème min). Strasbourg s’offre une première victoire de prestige face à l’ogre lillois.
Surprise chez les Olympiens
Fin décembre, un nouvel adversaire coriace attend le Racing. Il écope de Marseille au tirage au sort et doit se déplacer au Vélodrome pour le 8ème de finale. Marseille compte bien figurer dans cette compétition, alors qu’elle affiche des difficultés en Ligue 1. En championnat l’OM, compte 12 points de moins par rapport à la saison précédente, à la même époque. 6è, les Azuréens sont tout de même mieux classés que les Strasbourgeois, 9ème, qui affichent aussi une petite baisse de niveau (1 victoire sur les 4 derniers matchs).
Les joueurs du Racing fêtent leur qualification en finale de la Coupe de la Ligue avec les supporters (Photo / Franck Kobi / RCSA / doc remis)
Dans un Vélodrome quasi-boycotté par les fans (8 200 spectateurs sur 67 000 places), Strasbourg ouvre le score à la 18ème minute par l’intermédiaire de Jonas Martin sur un penalty parfaitement tiré par le milieu relayeur : un tir pleine lucarne qui prend à contre-pied le gardien remplaçant de l’équipe de France, Steve Mandanda.
Strasbourg pense tenir son exploit, mais se fait rejoindre à 10 minutes de la fin, par un but de Luiz Gustavo. Pour départager les deux équipes, il faut une séance de tirs aux buts. La séance est pleine de suspens. Les Marseillais craquent les premiers avec un raté sur le poteau de Dimitri Payet. En cours de match, l’international français avait déjà vu un penalty stoppé par Bingourou Kamara, habituel gardien remplaçant. Le défenseur champion du monde, Adil Rami, envoie sa tentative au-dessus des cages. Les Strasbourgeois, qui n’ont pas raté un tir, laissent échapper leur joie et courent vers leur héros du soir : Bingourou Kamara, habituel gardien remplaçant, aligné dans cette compétition. Le Racing l’emporte 4 à 2 lors de cette séance.
Bingourou Kamara lors de l’entrée des joueurs dans le stade contre Bordeaux (Photo Franck Kobi / RCSA / doc remis)
Le Racing n’a décidément pas de chance au tirage, puisqu’il se déplace chez un autre « Olympique » en 1/4 de finale le mardi 8 janvier. Direction Lyon, 3ème du championnat et qui a annoncé que cette Coupe est un objectif important de la saison.
Pour ce premier match après la trève, Strasbourg aligne davantage de titulaires qu’aux tours précédent. En face, Lyon se présente aussi avec une équipe très forte, avec la présence de joueurs comme le champion du monde Nabil Fékir, Memphis Depay, Houssem Aouar ou encore leur recrue Moussa Dembélé.
Comme à Marseille, le Racing ouvre le score grâce à un but sur penalty de Ludovic Ajorque (26ème min). Le Racing résiste, mais comme au tour précédent, il se fait égaliser en deuxième mi-temps, par Bertrand Traoré suite à un beau travail individuel (49ème min). Mais cette fois, les Alsaciens répliquent par Lamine Koné presque dans la foulée (52ème min) d’une magnifique tête croisée.
Anthony Caci au duel avec un joueur bordelais lors de la demi-finale face à Bordeaux (Photo Franck Kobi / RCSA / doc remis)
Lyon tente de revenir mais manque de réussite en touchant à trois reprises les montants du but gardé par Bingourou Kamara. Nabil Fekir manque un penalty qui s’envole dans les tribunes du Parc OL. Aidé par un peu de chance, les Strasbourgeois résistent et obtiennent leur ticket pour les demi-finales face aux Girondins de Bordeaux, fin janvier.
Un recrutement d’expérience
Avant de retrouver son stade en demi-finale, Strasbourg réalise une saison au-delà des attentes, un an et demi après avoir retrouvé l’élite. Un recrutement réussi lui permet d’être cinquième en championnat. Des joueurs d’expériences venus de l’étranger tels que le capitaine Stefan Mitrovic, les défenseurs Lamine Koné et Lionel Carole ou encore le quatrième gardien de la sélection belge Matz Sels lui ont permis de passer à un niveau supérieur.
La greffe a pris avec les jeunes joueurs notamment lancé au premier tour face à Lille, qui ont confirmé par la suite. D’autres cadres de la saison précédent ont progressé comme Kenny Lala, meilleur joueur du championnat en décembre, Jonas Martin, Nuno Da Costa ou Pablo Martinez. Malgré ce sans faute dans l’effectif, le Racing s’est tout de même renforcé cet hiver, avec l’arrivée de l’attaquant Samuel Grandsir et le milieu de terrain franco-bosnien, Sanjin Prcic.
Une demi-finale synonyme de finale
Pour la demi-finale à domicile, Strasbourg est cette fois légèrement favori en théorie. Strasbourg est 5ème, a déjà battu Bordeaux 4 jours plus tôt et a enchaîné 7 victoires en 8 matchs toutes compétitions confondues. Thierry Laurey a choisi une équipe type de Ligue 1. Bordeaux en fait de même avec le retour de leur pépite Samuel Kalu ou encore la présence de Jimmy Briand, Yann Karamoh, Younousse Sankharé, François Kamano en encore Benoît Costil. Le Racing peut compter sur son public et la ferveur de la Meinau à nouveau pleine.
Le Racing entre correctement dans le match avec plusieurs occasions, avant que Bordeaux ouvre la marque : sur un corner tiré par Samuel Kalu, Bingourou Kamara repousse mal le ballon et Youssouf Sankharé (14ème) en profite. Le Racing essaye en vain de revenir au score avant la mi-temps. Au retour des vestiaires, le Racing se transcende et trouve la faille sur un centre de Kenny Lala. Ludovic Ajorque met son pied droit en opposition pour marquer et égaliser dès la 49ème minute. Survolté, le le sud-africain Lebo Mothiba s’offre un doublé (55ème et 60ème min) : 11 minutes ont suffi au Racing pour assommer les Bordelais. Les Girondins réduisent le score à la 82ème, ce qui refait trembler les supporter. Au coup de sifflet final, le volcan de la Meinau entre en éruption.
Les joueurs du Racing qui célèbrent un but face à Bordeaux (Photo Franck Kobi / RCSA / doc remis)
Quatorze ans après, Strasbourg retrouve une finale. Ils défieront Guingamp, actuel dernier de Ligue 1, mais qui a battu Monaco la veille et surtout Paris en quarts de finale.
Le Racing va-t-il inscrire un nouveau titre à son palmarès, 8 ans après avoir frôlé la liquidation en 2011, ce qui l’a rétrogradé en 5ème ? Une victoire le 30 mars à Lille, où se jouera la finale, lui permettrait de se qualifier en Europa League, la coupe d’Europe de deuxième échelon. Des milliers de supporters strasbourgeois sont attendus dans le Nord pour répliquer l’ambiance de la Meinau, dans le stade Pierre Mauroy. Il n’est pas sûr qu’il y ait assez de place pour tout le monde et mettront l’ambiance pour encourager le Racing.
La CGT organise une « journée d’action » et une manifestation à Strasbourg mardi 5 février. Le syndicat espère raccrocher les luttes sociales au mouvement des Gilets jaunes et prévoit un « blocage » pendant quelques heures du Centre administratif.
Comment reparler des luttes sociales, alors que le mouvement des Gilets jaunes occupe l’agenda politique depuis plusieurs semaines ? La CGT sort de sa réserve et appelle à une grande « journée d’action » (c’est à dire à la grève) mardi 5 février dans les secteurs privés et publics.
À Strasbourg, une manifestation est prévue à partir de 10h depuis la place de la République. Les manifestants prévoient de se rendre au centre administratif de la Ville et de l’Eurométropole, place de l’Etoile, en passant par la place Broglie, rue de la Mésange, de la Haute-Montée, du Vieux-Marché-aux-Vins, place Saint-Pierre-le-Vieux puis rue des Grandes-Arcades, place Gutenberg, rue du Vieux-Marché-aux-Poisssons puis pont du Corbeau, rue des Bouchers, rue de la Première-Armée et place de l’Etoile.
La France Insoumise a déclaré qu’elle se joindrait à l’action, mais la CFDT a décliné.
La CGT espère reprendre la main, alors que le mouvement des Gilets jaunes impose l’agenda social depuis novembre (Photo Rue89 Strasbourg / cc)
Retour de la CGT dans la rue
La CGT espère rappeler son opposition aux récentes déclarations du président de la République (l’absence du goût de l’effort par exemple) et sa détermination face aux réformes à venir sur la retraite et l’assurance chômage. En outre, la CGT veut tester le gouvernement quant aux nouvelles dispositions d’interdictions de manifester sur lesquelles travaille l’Assemblée nationale, et sur sa « dérive autoritaire » d’une manière générale.
Pour la CGT, il n’y a pas de « Grand débat national » qui vaille, alors que les forces de l’ordre « répriment les manifestations des Gilets jaunes à coups de flash-balls. »
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Dans une tribune, 15 membres du Parti socialiste du Bas-Rhin expliquent pourquoi ils quittent le parti à la rose. Ils estiment ne plus pouvoir le changer de l’intérieur et que l’héritage du gouvernement précédent mine sa crédibilité dans l’opposition.
Nous prenons aujourd’hui la décision de quitter le Parti Socialiste, après 5, 10, 20 voire 30 ans d’engagement dans ce parti pour certaines et certains d’entre nous. Trop de fois, nous avons donné une dernière chance à celles et ceux qui dirigent le Parti socialiste (PS) sans discontinuer depuis des années dans notre département, au fil des synthèses et des alliances.
Trop de fois, nous avons voulu enjamber les difficultés et rénover notre parti, pour dépasser le quinquennat de renoncements de François Hollande qui est allé jusqu’à la déchéance de nationalité et la fracture de la gauche, pour dépasser la déloyauté de nos dirigeants lors de la campagne de Benoît Hamon en 2017, où nous avons été délaissés sur le terrain.
L’impossible changement de l’intérieur
Nous faisons aujourd’hui le constat d’un parti qui ne peut plus porter avec cohérence les valeurs qui devraient être les siennes. Des déclarations de Macron-compatibilité lors des élections législatives pour tenter de rester députés, à l’opposition sans nouvel imaginaire d’aujourd’hui, nous voyons aujourd’hui la duplicité cynique de nos dirigeants et dirigeantes : ils critiquent les actes du pouvoir macronien qui ne sont que la continuité des renoncements du gouvernement de Manuel Valls qu’ils ont accompagnés. Nous ne voulons plus d’une gauche qui, lorsqu’elle était au pouvoir, a renié ce qu’elle portait dans l’opposition, et qui de retour dans l’opposition critique ce qu’elle a elle même permis quand elle était au pouvoir.
Pour certains militants, la rose a perdu un peu de sa superbe. (Photo : Pricey on VisualHunt / CC BY-ND)
Nous avons accepté trop de compromis avec nos idéaux et nos valeurs, nous nous sommes épuisés en continuant à croire que nous pouvions changer les choses de l’intérieur. Mais il faut être réaliste, cela n’est plus possible. Nous sommes désormais trop seuls pour changer une direction qui met à profit l’hémorragie d’adhérents et adhérentes pour verrouiller toujours plus un appareil sur lequel elle se recroqueville. À notre tour, nous faisons donc le choix de quitter un parti devenu sourd et perdu dans une ligne idéologique insincère vis-à-vis du macronisme.
Vers d’autres formations et engagements
Loin de petites phrases, des querelles politiciennes et polémiques sur les réseaux sociaux, qui sont bien loin de nos préoccupations, chacun poursuivra son chemin pour une société plus juste et plus fraternelle, que ce soit à travers la dynamique portée par des mouvements comme Génération.s Strasbourg / La Coopérative, APRES, la démarche de dialogue à gauche portée par Place publique Bas-Rhin, mais aussi au sein de La France Insoumise pour certains…
D’autres se dirigeront vers des mouvements et initiatives citoyennes locales ou dans le monde syndical. Pour toutes et tous, nous donnerons aussi une place plus importante à des engagements associatifs qui nous sont chers et où l’humain est au centre. Ils sont pour nous primordiaux dans un contexte de détresse sociale et de progression des inégalités dans notre pays.
Guillaume Chabrol (Membre du Conseil et du Bureau fédéral – Co-mandataire du texte d’orientation « L’Union & l’Espoir » dans le Bas-Rhin)
Alice Renault (Membre du Conseil et du Bureau fédéral – secrétaire de section Bourse-Esplanade-Krutenau – Conseillère nationale suppléante – porte-parole et coordinatrice du texte d’orientation « L’Union & l’Espoir » dans le Bas-Rhin)
Tanguy Laugel (Membre du Conseil et du Bureau Fédéral – section Hoenheim)
Hugo Demissy (Membre du Conseil fédéral – secrétaire de section Hoenheim)
Corine Dulaurent-Simper (Membre du Conseil fédéral / Bureau fédéral – section Schiltigheim – Jean Moulin)
Patrick Ohrel (secrétaire de section Danielle Mitterrand à Lingolsheim)
Lilia Salmi (section Gare – Pierre Bérégovoy)
Béatrice Ziegelmeyer (section Gare – Pierre Bérégovoy)
Gökmen Tekin (Section Bourse-Esplanade-Krutenau – Victor Schoelcher)
Nathalie Dolhen (section Schiltigheim – Jean Moulin)
Nadège Kozarow (section Bourse-Esplanade-Krutenau-Victor Schoelcher)
Giuseppe Asaro (section Hoenheim)
Gilles Montavion (section Hoenheim)
Astrid Montavion (section Hoenheim)
Robert Betscha (section Bourse-Esplanade-Krutenau – Victor Schoelcher)
Ce texte est co-signé par 15 membres du Parti socialiste du Bas-Rhin à la date du 31 janvier 2019
Guillaume Chabrol, Alice Renault, Tanguy Laugel, Hugo Demissy, Lilia Salmi, Béatrice Ziegelmeyer, Gökmen Tekin, Nathalie Dolhen, Nadège Kozarow, Giuseppe Asaro, Gilles Montavion, Astrid Montavion, Robert Bestscha
Après une première rencontre organisée lundi 21 janvier par Thierry Michels, les rendez-vous du Grand débat national à Strasbourg et dans l’Eurométropole se multiplient : 12 sont prévus pour le mois de février. Sylvain Waserman, le député de la deuxième circonscription du Bas-Rhin rejoint celui de la première et propose ses propres réunions. Le conseil de développement de l’Eurométropole, des organisations patronales, une association et même trois citoyens font de même.
Thierry Michels poursuit les consultations
Thierry Michels, député En Marche de la première circonscription du Bas-Rhin (Strasbourg centre et ouest), a décidé de continuer sur sa lancée après une première réunion en forme de thérapie de groupe. Pour ses deux réunions suivantes, il s’écarte de la recette « un thème, un débat » prescrite par le gouvernement.
Vendredi 1er février, au Centre Social et Culturel « Le Galet », 4 avenue Tolstoï, de 18h30 à 20h30. Seront au programme, les quatre thèmes définis du Grand Débat National (démocratie et citoyenneté, fiscalité et dépenses publiques, organisation de l’État et des collectivités publiques, transition écologiques). Sans inscription.
Jeudi 7 février, à la faculté de médecine de Strasbourg de 19h à 21h. L’organisation de l’État et des collectivités publiques dans le domaine de la santé sera au programme de la réunion. Inscription ici.
Un autre député se lance
Sylvain Waserman, député (Modem) de Strasbourg-sud, organise lui aussi quatre réunions dans sa circonscription. La méthode est plus orthodoxe, chaque soirée abordera un des quatre thèmes du Grand débat. Toutes les rencontres sont sans inscription.
Lundi 11 février au Centre Social et Culturel du Neuhof, 8 rue Georges Epstein de 17h30 à 20h. La démocratie et la citoyenneté.
Lundi 18 février au Centre Socio Culturel de l’Esplanade, 10 rue d’Ankara de 17h à 20h. La transition écologique.
Vendredi 22 février dans la salle des fête d’Illkirch-Graffenstaden, 160 route de Lyon de 17h à 20h. L’organisation de l’État et des services publics.
Mardi 26 fevrier au Centre Social et Culturel du Ziegelwasser, 5 rue de Bergerac de 17h30 à 20h. La fiscalité et les dépenses publiques.
Pour l’Eurométropole, le conseil de développement s’en charge
Le gouvernement comptait en premier lieu sur les mairies pour organiser les débats. Mais à Strasbourg seule la mise à disposition de lieux pour les débats avait fait consensus. Après des débats internes, le maire Roland Ries a annoncé la tenue d’une soirée organisée par la collectivité vers la mi-février, mais rien ne figure encore à l’agenda officiel.
Une instance de consultation en lien avec l’Eurométropole, le Conseil de développement, se lance dans le grand débat avec deux réunions. Pour y assister, il faut s’inscrire par e-mail (conseildedeveloppement@strasbourg.eu).
Samedi 16 février au Centre administratif de Strasbourg, 1 parc de l’Étoile de 9h30 à 12h. Les quatre thèmes définis du Grand Débat National (démocratie et citoyenneté, fiscalité et dépenses publiques, organisation de l’État et des collectivités publiques, transition écologiques) sont au programme.
Mardi 26 février au Point d’eau à Ostwald, 17 allée René Cassin de 18h30 à 21h. Les quatre thèmes du Grand débat seront à nouveau au programme.
Les corps intermédiaires s’y mettent
La Fédération Française du Bâtiment du Bas-Rhin et la section départementale de la Confédération des Petites et Moyennes Entreprises (CPME) organisent une « conférence-débat » conjointe sur les réformes mises en œuvre par le gouvernement. L’idée est de « réunir l’ensemble des acteurs socio-économique, tout secteurs d’activité confondus avec les représentants de l’État ». Tout ce petit monde sera présent en nombre, puisque sont annoncés Yves Seguy, secrétaire général de la préfecture du Bas-Rhin, Sophie Bejean, rectrice de l’académie de Strasbourg, Anne Sander, députée européenne, les députés LREM Thierry Michels et Vincent Thiebaut, Jean Rottner, président de la Région Grand Est, Jean-Luc Heimburger, président de Chambre de commerce et de l’Industrie (CCI) et Bernard Stalter, président de la Chambre de métiers et de l’Artisanat.
Lundi 4 février, dans l’hémicycle de la Région Grand Est, 1 place Adrien Zeller, à partir de 18h30. La conférence abordera les réformes du gouvernement, le rôle des territoires sur leur mise en œuvre et leurs conséquences sur les entreprises. Inscription ici
L’ambiance s’annonce bien différente à la matinée proposée par l’Archipel des Sans-Voix, une association qui vise à faire davantage entendre les « pauvres, précaires, exclus mais pas que », autour « des thématiques sociales », thème qui ne figure pas explicitement dans la grille du Grand débat.
Samedi 2 février à la Perestroïka, 2 rue Thiergarten, de 10h30 à 13h. Sans inscription.
Des citoyens lancent aussi leurs débats
Sur le site du Grand débat National sont référencées trois propositions de réunions émises par de simples citoyens, grâce au « kit » d’organisation mis en ligne par le gouvernement. Là encore, les thèmes ne sont pas ceux proposés par le gouvernement, mais peuvent s’y rattacher.
Vendredi 8 février au 35 rue du Faubourg National de 14h à 20h. La réunion aura pour but de « faire un bilan de compétences citoyennes ». Sans inscription, dans la limite de 70 personnes.
Lundi 18 février à la brasserie Le Michel, 20 avenue de la Marseillaise de 17h30 à 19h30. La réunion abordera la place des retraités dans la vie de la cité. Sans inscription.
Jeudi 7 février, à la maison des Sociétés de Schiltigheim, 1 rue de la Patrie de 20h à 22h30. Le thème est la transition écologique. Une petite dizaine de personnes qualifiées sur le sujet (administrations, Atmo Grand Est, Citiz, Ceser, etc.) sont invités pour une courte présentation des enjeux en début de soirée. Inscription recommandée
Ce jeudi 31 janvier à partir de 18h30 au Graffalgar, Rue89 Strasbourg reçoit Kamel Boulhadid pour l’apéro. Vous ne connaissez pas Kamel Boulhadid ? C’est normal, l’homme est plutôt discret. Mais ce Mulhousien est le dirigeant d’un groupe qui gère une cinquantaine d’établissements de restauration sous franchises : Domino’s Pizza, Starbucks Coffee, Au Bureau et Sushi’s. Plus de 1 400 personnes cuisinent des milliers de pizzas chaque jour et autant de café latte frappucinno…
Comment cet ancien militaire du 8e régiment d’infanterie de marine en est-il arrivé là ? Il a ouvert sa première entreprise de livraison de pizzas en 1992, Rapido Pizzas. Deux garages avec un four et un pétrin à Saint-Louis, puis une dizaine de garages et une première approche des marques avec Domino’s Pizza. Il en devient vite le premier franchisé, avec des restaurants partout dans l’Est de la France et en région parisienne.
Starbucks en France
Plus récemment, Kamel Boulhadid a fait parler de lui en ayant réussi à décrocher une franchise convoitée, celle de Starbucks en France. Jusqu’ici, Starbucks n’ouvrait ses enseignes qu’au compte-gouttes dans l’hexagone. Depuis avril 2016, le roi du café à 5€ s’est installé sur une place de choix, place Kléber à Strasbourg puis les implantations se sont succédées en Alsace.
Kamel Boulhadid est discret, c’est pourtant l’un des premiers employeurs d’Alsace (doc remis)
Mais l’univers de la franchise est aussi connu pour ses pratiques délétères, nombre de gérants d’entreprises ont dû mettre la clé sous la porte, incapables de rembourser aux marques les montants des royalties qu’elles demandent. Comment Kamel Boulhadid, entrepreneur régional, est-il parvenu à naviguer dans cet univers de requins internationaux ? Ce sera l’une des premières questions que nous lui poserons jeudi soir et nous comptons sur vous pour venir le rencontrer autour d’une bière et lui soumettre vos interrogations.
Les invités de l’apéro sont des moments de rencontre conviviaux entre une personnalité de l’actualité alsacienne et les lecteurs de Rue89 Strasbourg.
Y aller
L’invité de l’apéro : Kamel Boulhadid, jeudi 31 janvier à partir de 18h30 au Graffalgar, 17 rue Déserte à Strasbourg. L’événement sur Facebook.
Entre 2012 et 2017, l’Alliance européenne des mouvements nationaux (AEMN) et sa fondation ont perçu plus de 2,5 millions d’euros du Parlement européen. Après avoir révélé les activités douteuses de cette formation politique, Rue89 Strasbourg en dévoile une autre facette : elle a aussi servi de caution institutionnelle pour des scrutins peu démocratiques…
Un mandat au Parlement européen, le cœur en Russie. Au début des années 2010, Béla Kovács n’est qu’un simple eurodéputé. L’élu hongrois deviendra trois ans plus tard président de l’Alliance européenne des mouvements nationaux (AEMN), un parti européen domicilié à Matzenheim (Bas-Rhin) dont les activités ont permis de financer les mouvements identitaires au niveau national.
À l’automne 2011, son ancien collaborateur commence à douter de la probité de son employeur. L’assistant doit traduire un document sans lien avec les institutions européennes. Il ne se doute pas que l’élu sera surnommé « KGBéla » quelques années plus tard. Car aujourd’hui, Béla Kovács est soupçonné d’avoir travaillé pour les services de renseignement russes.
Un contrat : deux signataires accusés d’espionnage
Il s’agit d’un contrat entre le Jobbik, parti identitaire hongrois, et le Centre européen d’analyse géopolitique (ECGA), financé en partie par un système russe de blanchiment d’argent. L’accord doit permettre à l’ultra-droite magyare de bénéficier « de l’assistance nécessaire pour la région post-soviétique (analyse, documents, conseils et couverture médiatique, ndlr) ». En échange, le think-tank pro-russe « invite les membres du Jobbik, les députés européens et les experts à participer aux missions d’observation électorale » dans les pays de la Communauté des États indépendants (CEI), c’est-à-dire l’ex-URSS.
À la fin de l’accord, Bela Kovács et le Polonais Mateusz Piskorski, président de l’ECGA, sont désignés comme signataires. Aujourd’hui, les deux hommes sont accusés d’espionnage au profit de la Russie. À l’été 2018, les juges hongrois ont auditionné l’eurodéputé réélu en 2014, tandis que l’homme politique polonais se trouve derrière les barreaux depuis 2016.
Financées par le contribuable européen, l’Alliance européenne des mouvements nationaux (AEMN) et son président Béla Kovacs ont plutôt favorisé les intérêts russes. (Photo Robert Schmidt)
Mateusz Piskorski a longtemps dirigé le Centre européen d’analyse géopolitique (ECGA). Financé en partie par la Russie, ce think-tank a servi à organiser l’observation d’élections considérées comme non-démocratiques par l’Union européenne, l’ONU ou encore l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (Wikipedia)
Rue89 Strasbourg n’a pas pu accéder au contrat signé. Nos demandes d’interview auprès de Béla Kovács ont toutes été ignorées. Le Jobbik, son ancien parti, se refuse à tout commentaire sur ce document :
« Le Jobbik a mis fin à tout lien avec l’Alliance européenne des mouvements nationaux en février 2016, au moment où l’appartenance de Kovács au Jobbik a aussi pris fin. »
Des observateurs pour des scrutins controversés
Signé ou pas, l’accord semble avoir été appliqué. Le 2 novembre 2014, plusieurs membres de l’AEMN assistent aux élections dans les deux républiques séparatistes d’Ukraine devenues pro-russes, Donetsk et Lougansk. Une dizaine d’hommes politiques, membres de l’AEMN ou collaborateurs, sont venus servir d’observateurs « indépendants » dans les territoires sécessionnistes.
Ces élections n’étaient reconnues ni par l’Ukraine, ni l’Union européenne, ni les États-Unis, l’ONU ou l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Dans la République de Donetsk, jusqu’à la veille du scrutin, un seul candidat s’était présenté, avant d’être rejoint par deux concurrents factices. Jean-Luc Schaffhauser, conseiller municipal strasbourgeois et eurodéputé du Rassemblement national, a aussi fait le déplacement, comme l’avait révélé Rue89 Strasbourg.
Étude bidon et observation d’élections
Fabrizio Bertot, député européen de Forza Italia, fait partie du voyage. Affilié au Parti populaire européen (PPE), le grand parti de droite européen, il n’est pas membre de l’AEMN mais collaborera deux ans plus tard avec sa fondation affiliée, Identité et tradition européenne (ITE). Dans le premier volet de cette enquête, nous révélions le caractère frauduleux de l’étude commandée à cet homme politique italien aux frais du Parlement européen : le texte, de deux pages, n’était que le copié-collé d’un article de presse paru sur le site internet politico.eu. Ce type de rétribution a-t-il pu servir à récompenser le déplacement d’observation d’élections douteuses ? Sollicité, l’élu n’a pas donné suite à notre demande.
L’AEMN, ça marchait comment déjà ?
Vidéo par Guillaume Krempp
Favoriser la Russie, un intérêt supérieur
Déterminée à soutenir les intérêts russes sur la scène internationale, l’AEMN se brouille avec ses membres ukrainiens. En mars 2014, un député du parti Svoboda critiquait les « positions court-termistes et pro-russes de l’AEMN. » Sa formation ultranationaliste quitte l’alliance européenne dans la foulée.
Entre 2011 et 2014, des membres de l’AEMN participent à plusieurs reprises à la légitimation de scrutins en Russie et en Ukraine. En décembre 2011, Nick Griffin, eurodéputé identitaire britannique, a joué le rôle d’ « observateur » pour les élections législatives russes qui permettent à Vladimir Poutine de redevenir président, après 4 ans d’intérim par Dimitri Medvedev. L’élu européen affirme même que les élections sont « plus libres, mieux organisées et plus démocratiques que dans le système britannique. » La suite lui donnera tort puisque le scrutin s’avérera entaché d’irrégularités, ce qui provoquera plusieurs manifestations dans les grandes villes pendant les semaines suivantes
Une direction verrouillée
Accompagné d’autres hommes politiques de l’AEMN, Nick Griffin sert aussi de caution institutionnelle au référendum de mars 2014 en Ukraine, suite à l’annexion de la Crimée par la Russie. Quelques mois plus tôt, le parti européen, représenté cette fois par Bruno Gollnisch (Front National) et Valerio Cignetti (secrétaire général de l’AEMN), était invité par la commission du Parlement russe, chargée des droits de l’homme. D’après Anton Shekhovtsov, spécialiste des relations entre l’extrême-droite européenne et la Russie, l’objectif est « d’imiter les véritables pratiques démocratiques » :
« La présence de députés européens pour ces élections est importante pour le public russe. Elle n’a pas d’impact au niveau international. La Russie utilise l’observation internationale de ses élections pour imiter les bonnes pratiques. C’est comme si la Russie était un village Potemkine de la démocratie. Mais tout est faux. »
Sous la pression de Marine Le Pen, qui trouve les membres de l’AEMN trop radicaux, Bruno Gollnisch quitte la présidence du parti. Bela Kovács prend la tête de l’AEMN en 2013. Son assistant parlementaire, Valerio Cignetti, en devient secrétaire général et Nick Griffin obtient la vice-présidence. La direction du parti est ainsi verrouillée par des défenseurs des intérêts russes. Chacun a déjà participé à la légitimation de scrutins frauduleux ou d’élections non-reconnues par la communauté internationale.
Béla Kovács : mauvais élève au Parlement
Bon élève en Russie, Béla Kovács figure en revanche parmi les eurodéputés les plus inactifs de la législature 2014-2019, selon le classement de mepranking.eu. Ainsi, l’élu européen n’a posé qu’une seule question orale à la Commission européenne pendant tout son mandat. Elle concerne les investigations autour de l’attaque contre l’avion MH17 lors de son passage au-dessus de la région de Donetsk. Armée ukrainienne et séparatistes pro-russes s’accusent d’être responsables du crash. Béla Kovács, par ailleurs coprésident de la commission Russie-UE, s’inquiète de la classification de l’enquête par la Belgique, le Danemark et l’Ukraine.
En 2018, l’Institut international de la Presse (IPI) et le Centre européen pour la liberté de la presse et des médias a lancé la bourse « Journalisme d’investigation pour l’Union Européenne ». Rue89 Strasbourg est l’un des premiers bénéficiaires de ce soutien à l’enquête européenne.
Le président de l’AEMN n’a participé qu’aux deux-tiers des sessions plénières à Strasbourg… L’un de ses anciens assistants parlementaires se souvient d’un eurodéputé « rarement présent, dont personne ne savait jamais où il était. » Suite à plusieurs alertes lancées auprès de l’Organisme de lutte anti-fraude (Olaf), des enquêteurs ont travaillé sur le cas Béla Kovacs.
Fraudes et financement suspect du Jobbik
L’institution se refuse à tout commentaire concernant les liens de l’eurodéputé avec la Russie puisque son procès en Hongrie continue. Mais l’enquête a déjà permis de révéler plusieurs cas de « stagiaires fictifs n’ayant jamais travaillé pour le parlement européen mais ayant reçu des salaires. » Le montant de la fraude est évalué à 16 000 euros.
Interrogé au sujet de l’activité de Béla Kovacs au Parlement européen, l’universitaire Anton Shekhovtsov livre sa pensée :
« Je pense que Béla Kovacs a des liens avec la Russie. Je crois que c’est lui qui a exercé une influence sur la politique étrangère du Jobbik. Avant qu’il n’intègre ce parti, le Jobbik n’avait pas de positions pro-russes. Mais il est arrivé et a donné beaucoup d’argent au parti, dont l’origine est toujours inconnue… »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Pendant trois mois, un groupe d’étudiants de l’IEP de Strasbourg est allé à la rencontre des habitants du Neuhof afin qu’ils leur confient leurs rêves. Une démarche inspirée par le travail de l’écrivain Lancelot Hamelin, à Nanterre. Ces rêves sont maintenant entre les mains d’un illustrateur, qui leur donnera forme dimanche 3 février, dans un spectacle dessiné à découvrir à l’Espace Django. En avant-première, Rue89 Strasbourg dévoile ici quelques-uns de ces songes…
« Et vous, avez-vous un rêve à nous confier ? Oui, un rêve, de ceux que l’on fait la nuit, sans qu’on n’ait rien demandé… Un rêve qui vous aurait réveillé, marqué, effrayé ou bien enchanté ? »
Les moues sont perplexes, les mines, interrogatives. C’est que la démarche n’est pas habituelle. Jamais, cette question intime n’est posée par un inconnu, encore moins, comme ça, entre les poireaux et les carottes, sur le marché du Neuhof. Par un jeudi matin d’hiver, certains passants se sont pourtant prêtés au jeu, amusés :
« Ça va vous paraître bizarre hein… »
Pas de tabou. Le groupe de cinq étudiants du master de politique et gestion de la culture de l’Institut d’études politiques de Strasbourg était prêt à tout entendre pendant trois mois. Dans un large sourire, Samira, 41 ans, se lance dans le récit de ce cauchemar, qui l’a déjà réveillée plusieurs fois en sursaut :
« J’étais au milieu de la mer, sur une sorte de poutre, et je trouvais pas de chemin. J’étais perdue, je marchais, et j’avais peur de perdre l’équilibre à chaque fois. Et puis dès que je tombais, je sursautais, j’avais l’impression de le vivre. J’étais angoissée. (…) J’étais là et je me disais comment je vais faire pour m’en sortir. Déjà je savais pas nager. Il n’y avait aucune issue, je me disais qu’il fallait que je tienne, que je traverse, trouver une issue pour arriver sur Terre. »
Écouter Samira raconter son rêve
(dessin Finzo)
Il y a les rêves teintés d’angoisse comme celui de Samira, et d’autres au contraire qui ressemblent à des issues de secours. Cathie, grand-mère de trois petits-enfants, s’élève la nuit. Elle se transforme en oiseau.
« Je sors de mon corps, je vole, et je suis persuadée de voler mais comme un oiseau. Je peux m’arrêter quand je veux, planer. Et finalement je me sens très bien, ça me fait pas peur du tout. C’est rassurant. Je me demande si ça a pas un peu un rapport avec la famille. Je suis la seule mamie qui reste donc étant la seule mamie. C’est mamie qui fait tout, les activités… Alors est-ce que c’est rassurant ou pas, ou est-ce que c’est aussi un moyen peut-être de m’échapper ? Je ne sais pas trop mais je rêve souvent que je vole. »
Écouter Cathie raconter son rêve
(dessin Finzo)
Suzanne, elle, convoque sa vie d’avant dans ses songes nocturnes. Cette membre de la communauté des gens du voyage de 38 ans, vit depuis trois ans dans un appartement de ce quartier prioritaire de la politique de la ville, avec sa famille. Quand vient la nuit, son inconscient monte des chapiteaux :
« Je rêve de partir, je vois les chapiteaux, ce qu’on fait d’habitude quoi. On est du monde du voyage, mes parents sont évangélistes, on témoigne de l’amour de Jésus, on voit beaucoup de monde… Et puis là depuis qu’on est en maison, des fois quand je me réveille, je suis triste. (Dans mon rêve), on arrive sur les places, on installe le chapiteau, on casse des portails… notre vie quoi. Ça n’a pas vraiment changé, mais on voyage moins, les enfants font des études… On est plus Français maintenant. »
Écouter Suzanne raconter son rêve
(dessin Finzo)
Le voyage, la nostalgie d’une vie passée, l’argent font partie des thèmes récurrents des songes que les habitants du Neuhof ont accepté de livrer. Pierre Chaput, directeur de l’Espace Django, a accueilli ce projet avec curiosité :
« Sonder les rêves des habitants du Neuhof, c’est une façon de continuer à faire connaissance avec toute une série de personnes, des jeunes, des moins jeunes. Découvrir leur imaginaire, leurs peurs, leurs désirs, mêmes les plus enfouis. Les thèmes qui semblent ressortir de cette récolte renvoient tous quelque part à l’idée de liberté. Sans doute le bien le plus précieux. Et une aspiration qui revient souvent dans le quartier. Sortir de son appartenance, s’affranchir de son propre sort. Que rien ne soit écrit d’avance. »
En recueillant ces confidences, les étudiants se plaçaient dans la lignée de l’Assemblée des rêves, un projet de l’écrivain Lancelot Hamelin et du metteur en scène et chercheur Duncan Evenou. En résidence au Théâtre des Amandiers à Nanterre, l’écrivain avait constitué une équipe de 20 cueilleurs de rêves. Par groupe de deux, l’un muni d’un enregistreur, l’autre d’un carnet, ils étaient allés demander aux habitants de Nanterre à quoi ils rêvaient à l’approche de l’élection présidentielle. Depuis le projet s’est diffusé jusqu’au Caire et New-York.
(dessin Finzo)
Une trentaine de songes plus tard, la question de la restitution s’est posée aux étudiants. Sous quelle forme rendre aux habitants les rêves qu’ils ont bien voulu confier ? Les étudiants ont fait appel à un illustrateur, enseignant à l’école des Arts décos : Finzo. Car qui mieux qu’un dessinateur pourrait donner des formes et des couleurs à ces rêves ? Finzo a l’habitude de proposer des « concerts dessinés » et dimanche 3 février, il restituera une partie des rêves, devant le public de Django, avec ses crayons et d’autres instruments.
À partir d’un scénario pré-établi, il donnera à voir une histoire faite d’images préparées et projetées sur un écran. Ces images, il va, soit les compléter en dessinant par-dessus, soit les animer avec un dispositif qui tient à la fois du théâtre d’objet et du livre « pop-up ». Sous l’œil du public, il complétera ce qui deviendra une sorte de dessin animé.
Pour écrire son scénario, Finzo a écouté, un par un, la trentaine de rêves récoltés :
« J’ai pu relever des accents lointains parmi les personnes interrogées, et des narrations qui semblaient aller de pair avec le quotidien sûrement difficile d’une population immigrée qui cherche trouver sa place dans la société, par le travail en tout premier lieu. Tel cet homme tenant une petite pizzeria, fabriquant des centaines de pizzas tous les jours de la semaine, et qui, finalement, n’arrivait pas à rêver d’autre chose que de pizzas. Ça m’a fait penser aux “Temps modernes” de Chaplin. »
Le pizzaïolo qui rêve de pizzas
Ce travail sur les rêves n’a qu’une ambition : donner à entendre ce qui remue, préoccupe, enthousiasme des habitants à l’échelle d’un quartier, puis y donner un prolongement artistique. Si l’idée peut sembler intrusive, Lancelot Hamelin lui, est convaincu que les rêves méritent d’être observés, sortis de la pénombre :
« Certes, les rêves ont quelque chose d’intime et de secret mais ils révèlent aussi quelque chose des collectifs que nous formons et en cela, ils méritent d’être mis en commun et de circuler. »
Pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion de confier leurs rêves, il n’est pas trop tard. Des étudiants en illustration de la Haute école des arts du Rhin (Hear) proposeront dimanche un atelier de dessin en direct.
Y aller
Dessine moi un rêve, dimanche 3 février à 16h à l’Espace Django, 4 impasse Kiefer à Strasbourg-Neuhof. Spectacle dessiné réalisé par Finzo, à partir des rêves recueillis au Neuhof et atelier de dessin en direct par des étudiants en illustration de la HEAR. Prix libre. L’événement sur Facebook.
Alors que des campements de demandeurs d’asile se sont créés en plusieurs endroits de Strasbourg, la Ville espère empêcher leur réinstallation en condamnant l’accès à ces pelouses et ses espaces verts.
« Quand d’autres construisent des murs, nous construisons des ponts ». C’était le slogan entonné et répété haut et fort en avril 2017 par le maire de Strasbourg lors de l’inauguration du tram vers Kehl. Mais à Strasbourg, on érige aussi des grillages, quand ce ne sont pas des blocs de béton sur les trottoirs. L’objectif ? Éviter l’installation de sans-abris sous tentes, souvent des demandeurs d’asile venus de l’Europe de l’Est.
Être visibles
Dernier lieu en date, le petit coin du quai de Malte, sur la rive de l’Ill en face du musée d’art moderne. À deux reprises, des demandeurs d’asile, souvent issus des Balkans, se sont installés à cet emplacement au pied de l’Hôtel du département. En étant visibles, ces derniers espèrent qu’une solution d’hébergement au moins provisoire leur soit proposée, au moins le temps de l’examen de leurs demandes.
Quelques agrès sportifs d’une « Vitaboucle » ont été installés dans ce petit espace vert (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Le précédent des remparts, et autres
À l’été 2017, un grand camp s’est formé pendant des mois sur une pelouse jouxtant la rue des Remparts entre la gare et l’autoroute A35. Dans cet endroit, il n’y a aucun logement, donc aucun riverain, peu de passage et la pelouse n’était utilisée par personne d’autre. Il n’empêche, après l’évacuation en septembre de ce camp, les terrains ont été entièrement labourés pour éviter toute réimplantation, puis entièrement grillagés à plus de 2 mètres de hauteur. Là où il y avait des espaces verts accessibles à tous, où certains habitants du quartier venaient piquer-niquer à la belle saison, la Ville a érigé des cages vides du plus bel effet…
Dès lors, les migrants ont opté pour la rue des Cannoniers au Neuhof, face à l’ancien hôpital militaire Lyautey. L’endroit est devenu un lieu emblématique d’installations à répétition dès la fin de l’année 2017 puis à plusieurs reprises en 2018. Après la dernière évacuation, le maire a choisi cette fois de hérisser le trottoir de blocs de béton… Et tant pis pour les poussettes.
Vue d’ensemble de l’autre côté du barrage Vauban et de l’Ill, au pied du musée d’art moderne (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
L’adjoint au maire de quartier Paul Meyer (La Coopérative) défend une solution médiane pour le quai de Malte :
« J’avais découvert la situation de la rue des Remparts, une décision qui relevait de la direction des affaires sociales. Cette fois-ci, le jour de la première évacuation, je me suis opposé à ce qu’on laboure le terrain et qu’on installe des grillages aussi hauts, qui auraient privatisé l’espace public de la même manière. Avec des barrières à 1m20 et des portillons que l’on peut ouvrir, nous avons un point d’équilibre. L’enjeu était de refaire de cet espace un endroit utilisé par tous, à l’instar du quai Louise Weiss à La Petite France. C’est pour cela que des agrès de sport avaient été installés, mais aussi des tables de pique-nique et des barbecues qui ont été enlevées lors de l’évacuation. Maintenant, il faut les réinstaller et il faudrait des crédits pour ajouter des espaces de jeux pour enfants. Du côté de l’eau, j’aimerais qu’un établissement flottant type guinguette puisse s’installer. »
De manière générale, la municipalité défend que l’installation de demandeurs d’asile dans les rues ou les terrains vagues n’est pas une solution satisfaisante à la crise migratoire. Reste que sans méthode politique ni moyen d’accueil plus efficace, les personnes qui fuient leur pays risquent de simplement s’implanter ailleurs dans la ville. Des terrains aux Ducs d’Alsace ou près du parc de la Bergerie ont à leur tour vus des tentes de sans-abris se monter durant cet hiver. Et la Ville aura du mal à bloquer à l’infini le moindre espace public…
Pas plus de 1,20 mètre et la possibilité de pouvoir passer, promis ? (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Y aller
Mercredi 30 janvier à 18h, Immigration : Europe forteresse ou passoire ? Notre soirée avec « l’Université en campagne contre les idées reçues » au CSC de Kœnigshoffen, 41 rue Virgile à Strasbourg.
En mai 2019, les citoyens de l’Union européenne vont être appelés à choisir leurs députés. Souvent décriée, perçue comme lointaine, technocratique ou invasive, l’Union européenne est un sujet délicat à traiter pour un média local comme Rue89 Strasbourg. Nous débutons une série de tables-rondes avec des spécialistes et nous sollicitons votre avis pour affiner notre proposition éditoriale.
L’Europe, pour un média local comme Rue89 Strasbourg, c’est compliqué. Comment concilier l’exigence d’une information sur ce qui se décide à Bruxelles ou à Strasbourg (plus souvent à Bruxelles quand même) et notre ligne éditoriale qui s’adresse aux Strasbourgeois et aux Alsaciens ? Comment évoquer des décisions qui n’auront de conséquences que des années plus tard, lorsque les directives sont enfin traduites en droit français ?
Et grâce à notre partenariat avec l’Université de Strasbourg pour « L’Université en campagne contre les idées reçues » (Ucclir), nous débutons ce mercredi une série de tables-rondes sur l’Europe :
« Immigration : l’Europe est-elle une forteresse ou une passoire ? » avec le sociologue Smaïn Laacher et l’économiste Philippe Gillig (détails),
« L’Europe, un outil néolibéral ou protecteur ? » avec Hélène Michel, professeure de sociologie politique, (détails, une seconde date sera annoncée prochainement).
L’objectif de ces rencontres est de permettre à tous de rencontrer des vrais experts de ces questions, les meilleurs qu’on puisse trouver en fait puisqu’il s’agit des professeurs et des enseignants de l’Université de Strasbourg, afin de les interroger directement avec des questionnements très concrets. Ces échanges sont animés par un·e journaliste de Rue89 Strasbourg et retransmis sur notre page Facebook (quand ça fonctionne, voir ici les archives vidéo).
Les décisions prises à Strasbourg et Bruxelles sont complexes à relier aux préoccupations quotidiennes (Photo Parlement européen / cc)
Des idées pour informer sur l’Europe
Nous réfléchissons à la meilleure manière d’informer sur les enjeux européens, toujours à destination des Strasbourgeois et des Alsaciens avec des rendez-vous réguliers jusqu’aux élections de mai. On pourrait par exemple croiser notre opération « quartiers connectés » avec cette thématique et voir ce qui en ressort, ou bien une série d’articles de « politique fiction » pour montrer ce qui changerait, à Strasbourg et en Alsace, en cas de victoires électorales différentes ? On pourrait aussi se rapprocher de ceux qui font ou participent à l’Europe depuis Strasbourg, tous ceux qui en dépendent plus ou moins pour leur quotidien…
Ce sont des idées mais on aimerait les vôtres. On aimerait que vous nous aidiez à produire l’information dont vous avez vraiment besoin sur l’Europe, que vous nous disiez ce qu’il vous manque pour faire votre choix, quelles sont les questions pour lesquelles vous avez renoncé à chercher les réponses sur l’Europe ? Prenez quelques instants pour y réfléchir et remplissez le formulaire ci-dessous. Merci infiniment pour votre aide.