Métropolitiques, une revue électronique sur la ville, l’architecture et les territoires animée par des enseignants-chercheurs et des praticiens de l’urbanisme, a publié une étude sur la piétonnisation de la rue du Jeu-des-Enfants à Strasbourg. L’article, rédigé par Pierre Pontecaille, étudiant en géographie, montre comment cette transformation est intervenue à l’initiative des commerçants de la rue.
D’habitude, les piétonnisations des rues sont plutôt arrachées contre les commerçants, qui préfèrent garder des places de parking devant leurs boutiques. Ces transformations urbaines doivent donc être portées par des élus volontaristes qui ne craignent pas d’affronter un lobby structuré, et perçu comme puissant, surtout à Strasbourg. Mais là, point de politique puisque la rue du Jeu-des-Enfants était hors des radars du plan piéton de la Ville et de l’Eurométropole.
L’entrée de la rue du Jeu-des-Enfants, moins de voitures et plus de commerces. (Photo Tanguy Cadi / Rue89 Strasbourg / cc)
Des terrasses mais de deux sortes
Ces commerçants, particulièrement ceux de bouche indique l’article, ont initié cette transformation afin de pouvoir installer des terrasses sur un espace public apaisé. Constitués en association, ils sont même parvenus à vaincre les oppositions initiales des habitants, qui craignaient du bruit supplémentaire et des squats. L’article évoque notamment l’installation de « terrasses citoyennes » à côté des terrasses commerciales.
Ce renversement des habitudes est-il le signe d’un changement durable dans la perception de l’attractivité d’un espace public ou un épiphénomène ? Il sera intéressant de suivre cette question. À Strasbourg, l’association des commerçants du centre-ville, Les Vitrines de Strasbourg, est toujours farouchement opposée à la piétonnisation comme à tout aménagement qui vise à réduire la place de la voiture en ville.
La profanation du cimetière juif de Quatzenheim, vraisemblablement dans la nuit précédent la journée de mobilisation contre l’antisémitisme, s’inscrit dans une accélération depuis la dernière grande profanation en Alsace.
La profanation du cimetière juif de Quatzenheim, dans le Kochersberg à quelques minutes de Strasbourg, durant la nuit du lundi 18 au mardi 19 février s’inscrit dans une longue liste d’actes antisémites en Alsace. Au total, 96 des 250 tombes ont été taguées de croix gammées avec des bombes jaune et bleue dans ce cimetière bâti en 1795. La porte d’une maison voisine a aussi été souillée d’une croix gammée. Un riverain a découvert la situation en promenant son chien vers 6h30.
Une des tombes comporte l’inscription « Elsassisches Schwarzen Wolfe » (Les loups noirs alsaciens), une probable allusion au groupuscule autonomiste actif dans les années 1970 et dissout en 1981 suite à quatre attentats.
Le petit cimetière juif de Quatzenheim, 70 tombes, a été tagué avec des croix gammées dans la nuit de lundi 18 à mardi 19 février (Photo Nathalie Boudonnat / Facebook)
Le parquet de Strasbourg a ouvert une « enquête de flagrance« . Les investigations sont confiées à la section de recherches de la gendarmerie de la capitale alsacienne.
Le petit cimetière juif de Quatzenheim, 70 tombes, a été tagué avec des croix gammées dans la nuit de lundi 18 à mardi 19 février (Photo Nathalie Boudonnat / Facebook)
La venue du président
Arrivé sur place dans l’après-midi, le président Emmanuel Macron a promis que les auteurs seraient retrouvés et que la République « les punira ». À des habitants, il a indiqué que « des actes » et « des lois » seront pris, sans en préciser la teneur. Les actes ou propos antisémites sont déjà sanctionnés par les lois françaises. En revanche, un peu plus tôt dans la journée, il s’était dit opposé à pénaliser « l’antisionisme », c’est-à-dire la critique de la politique de l’État d’Israël, en réponse à la proposition du député de la majorité Sylvain Maillard.
Cette découverte arrive le jour où un rassemblement transpartisan contre les actes antisémites doit se tenir ce mardi 19 février à 19h place de la République à Paris, mais aussi sur la place éponyme à Strasbourg.
Le souvenir de 2015
Les vastes dégâts à Quatzenheim, village d’environ 800 habitants, font écho à la profanation du cimetière juif de Sarre-Union, en février 2015. Par son ampleur, plus de 250 tombes taguées et parfois endommagées, et sa proximité avec les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher à Paris, l’acte déclenche alors une forte indignation et la venue rapide du président de la République, François Hollande.
Les cinq auteurs ont été retrouvés assez rapidement et l’affaire a été jugée pénalement en septembre 2017. Parfois mineurs à l’époque des dégradations, les jeunes ont indiqué regretter leurs gestes. La décision civile concernant les dommages et intérêts connait des reports successifs. Depuis, d’autres actes isolés à caractère antisémite ont émaillé l’actualité alsacienne pendant les années 2015, 2016 et 2017.
Le petit cimetière juif de Quatzenheim, 70 tombes, a été tagué avec des croix gammées dans la nuit de lundi 18 à mardi 19 février (Photo Nathalie Boudonnat / Facebook)
À partir de l’été 2018, une plus grande fréquence des actions à l’encontre de la religion juive sont observables et prennent des formes similaires. Cette liste confirme les chiffres du ministère de l’Intérieur qui indiquent une hausse de 74% des actes à caractère antisémite, en se basant sur les plaintes et dépôts de mains courantes. Pour autant, les victimes d’actes antisémites sont nombreuses à ne pas porter plainte, ce qui rend délicat l’estimation de leur nombre. Voici une liste non-exhaustive de faits à caractère antisémite relevés en Alsace.
2015
12 février : Plus de 250 tombes du cimetière juif de Sarre-Union sont profanées. Les auteurs ont été condamnées à des peines de prison avec sursis et des travaux d’intérêt général en 2017, conformément aux réquisitions du procureur. Aucune partie n’a fait appel.
21 juin : Le site de la Croix du Staufen à Thann (Haut-Rhin), en hommage à la Résistance alsacienne, est recouvert d’inscriptions à caractère antisémite et à connotation autonomistes. Le groupe autonomiste des « Loups noirs », auquel les profanateurs de Quatzenheim font allusion, avaient commis deux attentats à l’explosif 1981 avant d’être démantelé (voir plus bas).
26 novembre : la même croix de Lorraine qu’en juin est taguée. L’inscription est davantage à caractère antisioniste, c’est-à-dire en opposition à la politique de l’État d’Israël et non à la religion juive en tant que telle (« Israël attaque la France mon genneral (sic) »).
19 août : Un homme de, 62 ans membre de la communauté loubavitch de Strasbourg est agressé au couteau, avenue des Vosges à Strasbourg.
2016
6 novembre : un sexagénaire strasbourgeois portant une kippa est frappé à l’arcade par un habitant du quartier des Contades âgé de 22 ans. Il s’en prend ensuite à deux autres riverains également membres de la communauté juive, un homme de 95 ans et son fils avec des insultes, doigt d’honneur et crachats. En 2017, l’agresseur est condamné à six mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve comprenant une obligation de soins, de travail et d’indemnisation des victimes. À cela s’ajoute 1 000 euros de dommages et intérêts pour la victime, et 300 euros à la Licra, à SOS-Racisme et au MRAP.
2017
12 mars : des tags antisémites sont retrouvés dans l’aire de jeux de la Petite Orangerie, dans le quartier de la Robertsau à Strasbourg.
1er avril : Captures d’écran à l’appui, le consistoire israélite du Bas-Rhin porte plainte contre un événement Facebook supprimé intitulé « Visite + Pique-nique au Struthof », le camp de concentration alsacien. Ici, l’intention est plus floue. L’organisateur se repent rapidement en expliquant que l’événement était initialement « sérieux », en faisant référence à une sortie scolaire prévue le 3 avril par son établissement, avec repas tiré du sac. C’est ensuite que l’événement tourné « en dérision » a pris « des proportions énormes », avec l’ajout de personnes extérieures. Mi-décembre, deux auteurs de propos en commentaires sont condamnés à trois et quatre mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve portant des obligations de travailler et d’indemniser les parties civiles. Le plus jeune, âgé de 24 ans, montre peu de remords au tribunal et évoque de « l’humour noir », sans vouloir « attaquer la communauté juive. »
21 juin : Dans un groupe Facebook fermé mais avec 700 personnes, un étudiant en troisième année de droit « regrette le bon vieux temps où l’on pouvait balancer un prof juif aux autorités », dans une discussion au sujet de la notation sévère d’un enseignant. Devant le tribunal, il plaide une « mauvaise blague » et « l’humour noir ». En mars 2018, il est condamné à deux mois de prison avec sursis, ainsi qu’à 600 euros de dommages et intérêts pour le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), la Licra (Ligue contre le racisme et l’antisémitisme), à SOS Racisme, ainsi qu’un euro symbolique au profit du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France).
Fin décembre : l’inscription « Morts aux juifs » est découverte sur une plaque qui affichait un nom à consonance juive à Strasbourg.
2018
12 janvier : Une croix gammée est retrouvée sur l’entrée du tribunal administratif de Strasbourg, avenue de la Paix, près de la synagogue.
24 avril : Une croix gammée est retrouvée sur la porte d’une Strasbourgeoise de confession juive, dans le quartier de l’Orangerie à Strasbourg.
26 septembre : Des tags antisémites et racistes sont retrouvés sur la mairie et le bâtiment du service périscolaire de Mollkirch.
13 octobre : Des tags antisémites et racistes sont retrouvés sur la mairie de Zœbersdorf
27 octobre : Des tags antisémites et racistes sont retrouvés sur la mairie d’Obersteinbach
4 novembre : des croix gammées et des inscriptions racistes sont découvertes sur les mairies de Drachenbronn, Bremmelbach et Langensoultzbach, dans le nord de l’Alsace. Elles visent aussi le préfet du Bas-Rhin, Jean-Luc Marx.
9 novembre : À Brumath, trois des quatre façades de la maison du maire Étienne Wolf (LR), vice-président du conseil départemental du Bas-Rhin, est recouverte d’une croix gammée, ainsi que d’inscriptions haineuses contre les élus, le préfet et les migrants.
28 novembre : Des croix gammées et d’autres inscriptions racistes et antisémites inscrites à la bombe noire sont retrouvées sur les murs de la façade intérieure de la résidence sociale Saint-Charles de Schiltigheim, gérée par la Fondation Saint-Vincent-de-Paul.
Le 11 décembre : 37 stèles du cimetière juif de Herrlisheim sont recouvertes de croix gammées, ainsi que le monument des martyrs de la Shoah.
2019
10 janvier : À Schiltigheim, la permanence du député de Strasbourg-nord, Bruno Studer (LREM), est recouverte avec des injures à caractère homophobes, racistes et antisémites.
18 janvier : La façade de la mairie d’Eichhoffen, près de Barr, est taguée avec une croix gammée et d’autres inscriptions visant les migrants.
25 janvier : Des tags avec croix gammées et mots hostiles aux étrangers sont retrouvés sur un centre d’accueil des demandeurs d’asile (CADA) du Foyer Notre-Dame, dans le quartier de Cronenbourg à Strasbourg
2 février : Certains manifestants dans le cortège des Gilets jaunes lancent des insultes visant la communauté juive, en passant à proximité de la synagogue de Strasbourg. D’autres moquent et injurient des hommes qui portent une kippa.
19 février : 96 des 245 tombes du cimetière juif de Quatzenheim sont recouvertes de croix gammées. Une des inscriptions fait allusion aux « Loups noirs » un groupe autonomiste alsacien actif dans les années 1970 et démantelé en 1981, suite à un attentat contre la croix de Stauffen à Thann.
4 mars : une inscription antisémite est laissée sur une feuille à l’école maternelle du Conseil des XV à Strasbourg.
4 mars : 5 croix gammées sont taguées en violet sur une ancienne synagogue reconvertie en espace sportif depuis les années 2000 à Mommenheim.
Les Nations Unies et le Parlement européen ont appelé la France à revoir sa politique de maintien de l’ordre. En cause notamment : « un usage de la force disproportionné. » Les experts de l’ONU et les eurodéputés pointent du doigt les armes utilisées par la police française. Des armes absentes de l’arsenal de la police allemande lors de manifestations de l’autre côté du Rhin.
« Nous avons la meilleure police du monde. » Voilà ce qu’a répondu Jean-Luc Marx, préfet de la région Grand Est, lors de ses vœux à la presse le 21 janvier, alors qu’une journaliste le questionnait sur les violences policières constatées notamment à l’occasion des manifestations des Gilets jaunes. Cette affirmation fait sourire de l’autre côté du Rhin, en témoigne Jérémie Gauthier, sociologue spécialiste de la police en France et en Allemagne :
« La France a fait office de repoussoir, de contre-exemple pour la hiérarchie policière allemande. Après les émeutes dans les banlieues en 2005, très relayées par la presse outre-Rhin, la police allemande voulait tout faire pour éviter qu’il se passe la même chose en Allemagne. Elle a donc privilégié des stratégies de prévention et de désescalade. »
Plus de 15 000 policiers étaient mobilisés pour le sommet du G20 à Hambourg en 2017 (Photo Thorsten Schröder / Flickr / cc)
Aussi surprenant que cela puisse paraître, Fabien Jobard, autre sociologue spécialiste de la police, explique que la France a eu historiquement la même approche :
« Il s’agit pour la police de prendre contact avec les organisateurs de manifestations pour dialoguer en amont du rassemblement. Dans les cortèges, certains policiers sont chargés de communiquer avec les manifestants et d’expliquer l’action des forces de l’ordre. Mais depuis au moins le début des années 2000, la France s’est éloignée de cette doctrine historique de la négociation. »
La police allemande est bien moins armée qu’en France
Une différence majeure entre la France et l’Allemagne réside dans l’armement des forces de l’ordre lors de manifestations. De l’autre côté du Rhin, la police n’a ni lanceur de balles de défense (LBD), ni flash-ball, ni grenade. Pour Fabien Jobard, cela fait une grosse différence :
« Lors du sommet du G20 à Hambourg en 2017, il y a eu des affrontements violents pendant trois jours, avec plus de 200 blessés de chaque côté. Si la police avait eu des flash-ball, ça aurait été un massacre et à Hambourg, personne n’a perdu une main ni un œil… »
En clair, le fait d’avoir des armes incite à les utiliser alors que, selon l’universitaire, elles ne sont pas forcément nécessaires :
« Le samedi 9 février, lorsque des manifestants s’en prenaient aux grilles de l’Assemblée nationale, l’intervention des forces de l’ordre était justifiée. Mais y avait-il besoin de jeter une grenade qui a arraché la main d’un homme ? Je ne pense pas. Les forces de l’ordre sont assez bien équipées pour faire face à ces situations sans ce genre d’armes qui ne correspondent plus à la doctrine de la négociation. »
Ainsi, selon le sociologue, le ministère de l’Intérieur se persuade que les manifestants sont « plus violents et déterminés que jamais » :
« Ces mots reviennent sans cesse dans la bouche des hommes politiques après chaque mouvement social. Du coup, on arme la police en conséquence alors que les manifestants ne sont pas forcément plus violents qu’avant. »
La police française interpelle quand la police allemande résout des conflits
Le rôle que le pouvoir politique donne à sa police a donc évolué entre les deux rives du Rhin. Jérémie Gauthier a étudié les relations entre les forces de l’ordre et la population à Berlin et en région parisienne :
« Là où la police française a surtout pour objectif d’arrêter la petite et la moyenne délinquance, la police allemande valorise surtout la dimension sociale de son travail et la résolution des conflits. »
Cette philosophie se retrouve au niveau du maintien de l’ordre. Fabrice Poli est délégué du syndicat de police Alliance dans le Grand Est. Il a eu l’occasion de participer à des opérations avec la police allemande face à des hooligans dans le Land de la Sarre :
« En France, si quelqu’un allume un fumigène, on va essayer de pénétrer la foule pour interpeller l’individu. En Allemagne, ils se contentent de canaliser, de contenir. Ils ont surtout une posture défensive. Tant qu’il n’y a pas de débordements, ils laissent faire. »
Pour Fabien Jobard, les affrontements qui ont éclaté fin janvier en marge de la « nuit jaune » place de la République à Paris sont aussi révélateurs de la différence entre la France et l’Allemagne :
« Les policiers français se sont évertués à vouloir interpeller le plus d’individus possible, donc forcément ça a été violent. La police allemande les aurait laissés faire leur rassemblement. Dans la nuit elle aurait peut-être sorti les canons à eau et par zéro degré, ça aurait dispersé tout le monde assez rapidement. »
La police française semble donc plus légaliste, mais moins pragmatique que la police allemande.
Plus de moyens et donc de dissuasion en Allemagne
Les forces de l’ordre allemandes ne sont pas soumises aux mêmes contraintes budgétaires qu’en France. En 2018, l’État allemand et les Länder ont investi plus de 19 milliards d’euros pour leurs forces de l’ordre. Ce chiffre atteignait à peine les 13 milliards d’euros dans l’Hexagone. Pour Fabien Jobard, cet écart se fait sentir :
« Quand, par exemple, des groupes d’extrême-droite manifestent en Allemagne, il y a quasiment un policier par manifestant. C’est très dissuasif. »
De la même manière, aux abords des stades de foot, il n’est pas rare de voir la police accompagnée de plusieurs bergers allemands, pour faire passer un message clair aux hooligans.
Entre 2008 et 2018, le nombre de gendarmes mobiles français est passé de 15 200 à 12 800 aujourd’hui. Quant aux CRS, ils étaient 14 000 en 2010 contre 13 100 désormais. Du coup, des unités non-spécialisées dans le maintien de l’ordre, comme la brigade anti-criminalité (Bac), se retrouvent mobilisées lors de manifestations, au plus grand regret de Fabrice Poli du syndicat Alliance :
« Vous avez des jeunes policiers et policières sans aucune expérience du maintien de l’ordre et sans équipement adéquat qui se retrouvent au milieu de guérillas urbaines. Comment voulez-vous que ça se passe bien ? A côté de ça, on a des gendarmes mobiles affectés à la protection d’ambassades, de ministères ou à des patrouilles de la mission vigipirate. »
Les services de renseignements allemands sont plus fournis
Le renseignement territorial français, obnubilé par l’islamisme, n’a rien vu venir du mouvement des Gilets jaunes, ajoute Fabrice Poli :
« Personne n’avait anticipé et n’était prêt à gérer un mouvement aussi hétérogène avec des leaders difficilement identifiables qui s’organisent surtout sur les réseaux sociaux. À cela s’ajoutent des groupes totalement fermés à la négociation, uniquement là pour en découdre. »
Dans ce contexte, les services de renseignement ont un rôle essentiel à jouer et, d’après Jérémie Gauthier, la dissolution des renseignements généraux (RG) en France en 2008 a conduit à une perte de connaissance du terrain et de la capacité d’anticipation des forces de l’ordre.
Le renseignement français a été confié au service central du renseignement territorial (SCRT). Les RG s’appuyaient sur un effectif de 3 200 personnes quand le SCRT a dû faire avec 1 600. Lors du quinquennat de François Hollande, ce contingent est reparti à la hausse et en 2018 le SCRT comptait 2 500 personnes. De leur côté, les renseignements intérieurs allemands (Bundesamt für Verfassungsschutz) rassemblaient 3 200 fonctionnaires en 2018.
Peu de changement à l’horizon
Après la mort de Rémi Fraisse en 2015, tué par un tir de grenade offensive sur la ZAD contre le barrage de Sivens (Tarn), un rapport d’enquête de l’Assemblée nationale pointait le manque de moyens des forces de l’ordre. Mais en aucun cas leur armement n’était remis en cause.
Hasard du calendrier, jeudi 14 février des experts de l’Organisation des Nations unies (ONU) à Genève et les députés européens réunis en session plénière à Strasbourg ont tous deux reproché à la France un usage « disproportionné » des armes dites « non-létales ». « Nous encourageons la France à repenser ses politiques en matière de maintien de l’ordre et encourageons les autorités françaises à ouvrir des voies de dialogue afin d’atténuer le niveau de tension », estiment les trois rapporteurs du texte pour l’ONU.
Pour l’instant, la France investit surtout dans les effectifs de policiers et de gendarmes. Emmanuel Macron a promis d’en recruter 10 000 lors de son quinquennat. Cela profite surtout aux renseignements et peu aux unités de maintien de l’ordre. Sur le plan législatif, l’Assemblée nationale a adopté la loi « anticasseur » le 5 février. Elle donne, entre autres, le droit aux préfets d’interdire à certaines personnes de manifester.
La municipalité souhaite davantage associer les familles à la parade du Carnaval organisée par Arachnima.
Dans l’histoire chaotique du Carnaval de Strasbourg (que Rue89 Strasbourg vous contait en détail en 2018), la page des appareils articulés de l’association Arachnima s’écrit désormais depuis 2017. Avec la fin de Stras’ Carnaval, la municipalité a voulu marquer un tournant et « le choix d’assumer une dynamique familiale », rappelle l’adjoint en charge de l’animation Mathieu Cahn (PS). Ce temps où les rues sont avant tout pensées pour les enfants est d’ailleurs « le seul message politique » qu’il faut voir à cette édition 2019 dont le thème est « Monstres, Chimères et Carabistouilles ».
Finis donc les chars motorisés, la satire politique d’inspiration rhénane ou les sorcières un peu effrayantes, place aux « bidulos » encadrés par des dizaines de troupes et compagnies artistiques locales ou européennes. Mais après deux processions, un constat s’impose : les dizaines de milliers de spectateurs participent peu.
Deux moyens de participer
Ainsi l’édition du 10 mars doit amorcer un petit changement, avec la possibilité pour les Strasbourgeois ou Alsaciens lambda de s’intégrer aux cortèges de deux façons.
Pour les parents avec enfant(s), l’un des 37 groupes, le neuvième à défiler, leur sera réservé. Il s’agira du troisième des dix « tableaux » (un tableau = une grande machine articulée) dont le thème précis est « Le Cerbère bestiaire ». Pour cela, la seule consigne est de porter un déguisement qui s’inspire « du règne animal, historique ou de la science fiction ». Pour ceux en manque d’inspiration ou d’éléments, la municipalité fournira avec ses plaquettes de communication un masque en carton à découper. Les enfants devront être accompagnés d’un parent ou d’un responsable légal. La mairie ne limite pas le nombre de participants. Pour parader le 10 mars, il faut s’inscrire avant le 6 mars à l’adresse marie.villien@strasbourg.eu avec ses coordonnées, le déguisement prévu et en mettant « Carnaval de Strasbourg 2019 » en objet du mail.
L’autre manière, réservée aux adultes, de parader dans les rues est de défiler aux côtés des fameux « bidulos ». Pour participer en tant que bénévole à l’organisation, il faut se signaler plus tôt auprès d’Arachnima, avant le 27 février, à l’adresse antoinehalbwachs@free.fr avec ses coordonnées et la taille de costume, qui sera fournie par l’association.
10 bidulos « articulés » une vingtaine de groupes défileront dans les rues de Strasbourg pour le carnaval 2019, avec quelques Strasbourgeois demain. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Le départ est prévu comme chaque année à 14h11, du côté de la place de la Bourse. La Fanfare Feis apportera une touche musicale à partir de 13h30, tandis qu’un Monsieur et Madame Loyal ouvriront le cortège. Le parcours de 2,1 kilomètres reprendra un itinéraire classique vers la place Kléber en passant par les quais désormais piétons et rouverts au public.
Le coût de la manifestation est estimé à 130 000 euros, un budget stable dont un peu plus de la moitié des fonds est versé aux compagnies et à l’association Arachnima pour la confection des machines.
La situation sociale des vacataires continue d’agiter l’Université de Strasbourg (voir notre précédent article). Le collectif Dicensus appelle les travailleurs précaires de l’enseignement supérieur et de la recherche à Strasbourg à livrer des témoignages de situations personnelles. Dans un communiqué, le collectif indique que Catherine Florentz, vice-présidente de l’Unistra pour la recherche et la formation doctorale, a indiqué lors du congrès de l’Université du 29 janvier, puis dans un courrier sur les conditions de travail et de paiement des vacataires, « n’avoir reçu aucun retour négatif depuis des mesures prises en 2017. »
Une réponse qui a ulcéré les membres de Dicensus :
« À en croire la Présidence, la situation des vacataires de l’Université ne pose aucun problème hormis des situations qualifiées de “conjoncturelles”, comme à la Faculté des arts. Le refus de constater que le recours généralisé aux enseignants vacataires engendre des problèmes structurels et transversaux au sein de l’Université sert de prétexte à la Présidence pour justifier son immobilisme. »
Le bâtiment historique de l’Université de Strasbourg (Photo Patrick Müller / Flickr / cc)
Nombre de vacataires, souvent des étudiants en fin d’études, sont mobilisés par l’Université de Strasbourg pour organiser une partie des cours et des travaux dirigés, mais ils ne sont payés que plusieurs mois après leurs travaux. Dans certains cas, les contrats de travail ne sont signés que plusieurs mois après l’entrée en fonction effective… Le collectif Dicensus cherche à documenter ces situations pour apporter à la présidence de l’Université une série d’exemples qu’elle semble ignorer :
« Envoyez vos témoignages à vacataire.je.temoigne@gmail.com. Du retard dans la signature du contrat au retard de paiement des salaires, du travail gratuit (surveillances, corrections) à l’absence de congés payés ou maladie, des petites vexations subies aux fins de mois difficiles, n’hésitez pas à vous exprimer ! Nous garantissons l’anonymat des témoignages qui seront affichés sur le campus. »
À cette liste, il faut désormais ajouter la profanation des tombes du cimetière juif de Quatzenheim dans le Kochersberg, vandalisée dans la nuit du lundi 18 ou mardi 19 février.
Face à cette nouvelle expression d’antisémitisme, plusieurs partis politiques tentent d’apporter une réponse coordonnées de refus, avec le mouvement « Ça suffit ! » :
« Nous sommes tous concernés. L’antisémitisme n’est pas l’affaire des Juifs. Il est l’affaire de la Nation toute entière. Nous portons dans le débat public des orientations différentes, mais nous avons en commun la République. Et jamais nous n’accepterons la banalisation de la haine. C’est pourquoi nous appelons l’ensemble des Français à se réunir dans toutes les villes de France pour dire ensemble : Non, l’antisémitisme, ce n’est pas la France ! »
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Un rassemblement est prévu mardi 19 février à partir de 19h dans plusieurs villes de France, dont Strasbourg, place de la République. Les partis politiques cosignataires ont arrêté le dispositif suivant :
Ni drapeau, ni bannière, seule l’écharpe tricolore sera de mise pour les élu.e.s.
La seule expression publique sera portée par plusieurs jeunes de divers horizons, ils liront l’appel et un texte choisi par l’ensemble des signataires. Ce temps sera suivi d’une minute de silence puis de l’hymne national français.
Depuis le début du mouvement des gilets jaunes le thème a beaucoup interrogé : où est la banlieue dans les manifestations ? Le discours des Gilets jaunes fait écho dans les quartiers de Strasbourg, mais ses habitants hésitent néanmoins à s’y engager pleinement, de peur d’être déçus.
Dans presque chacune de ses phrases, Hamed Ouanoufi détaille les raisons qui font que, selon lui, les banlieusards observent de loin le mouvement des Gilets jaunes. Installé dans l’une des salles du centre-socio culturel de la Meinau, cet éducateur de 41 ans au physique de boxeur autopsie la question et pose ses mots. Il y a quelques semaines, il a posté sur Facebook un texte où il livrait en 13 lignes son analyse. « Nous portons un gilet jaune depuis la naissance », écrivait-il, évoquant une « misère et une précarité » toutes deux chroniques dans les quartiers populaires, auquel s’ajoute un rapport compliqué avec les forces de l’ordre depuis longtemps.
Ce jour-là, il travaille avec trois grands ados sur les questions qui seront posées lors d’une rencontre-débat avec des policiers détachés à la Meinau. Dans ce quartier sud de Strasbourg où la rénovation urbaine continue de renouveler le paysage des blocs de la Cité Canardière construits dans les années 50, Hamed Ouanoufi est une figure connue, le « grand frère » des plus jeunes.
Dans ses propos, survient l’idée d’un « nous » (les habitants des quartiers) et de « eux » (les Gilets jaunes). Et concernant les Gilets jaunes, l’éducateur décrit une banlieue prudente et une difficile convergence des revendications, malgré des trajectoires croisées. « Il y a un soutien par rapport à ce que les Gilets jaunes demandent, on est tous d’accord là-dessus et on partage le même constat ». Il poursuit :
« Ça fait 40 ans, que génération après générations, on porte ce gilet jaune. C’est cette citoyenneté de seconde catégorie que découvrent ceux qui manifestent aujourd’hui, en même temps que l’impunité policière. Pour une fois, les Gilets jaunes sont dans notre peau. La précarité, les fins de mois difficiles, le chômage de masse, les contrôles au faciès, le rejet… On baigne là-dedans depuis l’enfance. »
Depuis le début de la mobilisation et les premiers cortèges, le 17 novembre, le thème a interrogé bon nombre d’observateurs : « où est la banlieue parmi les gilets jaunes ? ». Une question qui en induit une autre : sur quoi se base-t-on pour dire que les quartiers populaires ne sont pas présents dans les cortèges ?
« Ils réclament le pouvoir d’achat, nous en sommes encore à réclamer l’égalité des droits »
Au Neuhof, cette question rend amer Mustapha El Hamdani, cinquantenaire aux cheveux poivre et sel. « L’appellation ‘banlieue’ ou ‘quartiers populaires’ m’énerve. Sur les ronds-points, dans les manifs il y a aussi des gens issus de l’immigration ! » martèle ce militant associatif, élu sur la liste de Roland Ries entre 2008 et 2014, et qui, avec des amis, a plusieurs fois pris parts aux cortèges dans les rues de Strasbourg. Il poursuit :
« Si la société française réclame plus de pouvoir d’achat, nous on en est encore au stade de réclamer l’égalité des droits. Les plus jeunes craignent la police parce qu’ils se disent qu’ils vont se faire casser la gueule s’ils se montrent dans les manifs. C’est dommage car c’est un mouvement populaire et c’est le moment de dire qu’on souffre de nos conditions de vies et de remettre la question de la dignité au centre du débat. »
Observation fréquemment avancée au milieu des grands ensembles : l’infiltration parmi les Gilets jaunes de sympathisants d’extrême-droite. « On sait qui tire les ficelles », peut-on entendre de la part d’habitants qui évoquent aussi une « récupération politique » du mouvement par le Rassemblement national. « Méfiance » est le mot qui revient le plus souvent avec aussi ce rappel : les actes racistes d’une minorité de Gilets jaunes dès les premiers week-end de mobilisation ont refroidi certains habitants des quartiers populaires de rejoindre ces cortèges.
Mémoire longue
Au nord du Neuhof, du côté de la cité Lyautey, Lucas, long bonhomme de 26 ans, estime pour sa part que le mouvement des Gilets jaunes est « à perte ». Comprendre : il ne mènera nulle part. « Pour le prix du carburant, je suis d’accord avec eux », nuance-t-il. « Car je dois aller jusqu’à Kehl pour économiser quelques centimes pour faire le plein », concède ce chauffeur-livreur. Lui, fustige un « deux poids, deux mesures » : « Quand un gars de quartier dit qu’il a subi des violences policières, tout le monde s’en fout. Quand c’est un gars de patelin qui se fait éclater, là, on en parle à la télé. »
C’est l’une des raisons fréquemment avancées pour expliquer que les quartiers scrutent la crise de loin : la banlieue a la mémoire longue et se souvient du peu de soutien reçu lors des révoltes de 2005. À ce sujet, Hamed Ouanoufi s’interroge :
« Pourquoi n’ont-ils pas mis le même gilet jaune quand nous on disait qu’on était déjà dans cette situation de précarité ? Quand dans certains quartiers ça finissait en révolte, on nous traitait de “racailles” et on soutenait les forces de l’ordre… Sans comprendre pourquoi, à un moment donné, il y avait des territoires qui basculaient dans l’insurrection. Parce qu’ils n’en pouvaient plus. Seulement à ce moment-là, ça ne dérangeait personne tant qu’on n’était pas tous dans le même wagon. »
Gilet jaune, « galères » et « débrouille »
Après quatorze semaines de mobilisations des Gilets jaunes dans la capitale alsacienne, les images de manifestants blessés par les tirs de LBD, notamment celle d’un jeune adolescent de 15 ans grièvement touché au visage samedi 12 janvier alors qu’il ne faisait pas partie du mouvement, ont marqué les esprits.
Farid se souvient du gazage de « manifestants pacifistes ». Bientôt quadra, ce père célibataire d’une ado de 12 ans a quitté la semaine précédente son quartier de la Montagne Verte, à l’ouest de Strasbourg pour rejoindre la place de la République où se tient l’assemblée générale des Gilets jaunes de Strasbourg chaque samedi matin, et participer à l’acte VIII du mouvement, avec « trois ou quatre potes », mais sans enfiler le fameux uniforme fluo. Et même s’il en partage le combat, il dit avec sa voix grave « les Gilets jaunes », sans jamais vraiment se compter dedans.
« Sur place, on a écouté les discours, les revendications. Quand je me suis mobilisé, j’ai pensé à ma fille. J’espère pouvoir lui dire un jour que grâce à moi elle aura un bon salaire, de meilleures conditions de vie. Le mouvement des Gilets jaunes a libéré la parole, les gens se rebellent enfin. »
Les Gilets jaunes de Strasbourg se réunissent chaque samedi matin pour leur assemblée générale au « rond point » de la place de la République, bien loin des quartiers populaires de Strasbourg (photo PF / Rue89 Strasbourg)
Au chômage après avoir travaillé comme agent administratif à l’Hôpital civil puis à GDF-SUEZ, ses fins de mois sont délicates. « Si je n’avais pas plusieurs cordes à mon arc, si je ne savais pas passer d’un boulot à un autre, je coulerais direct ! Les aides sociales sont là mais ça n’est pas suffisant. Même le prix des produits de première nécessité augmente ! » Farid a grandi à Hautepierre jusqu’à ses 18 ans. Il décrit le quartier de son enfance, où il retourne très régulièrement, comme un « microcosme » où se rendre aux manifs « n’est pas vraiment le mode de fonctionnement ». Pas le temps pour les habitants de revendiquer : ils doiventd’abord faire face à « la galère du quotidien ». « On se débrouille depuis toujours », ajoute-t-il.
« Gilet jaune ou banlieusard, on est toujours mis dans une case »
En région parisienne, le collectif Justice et Vérité pour Adama Traoré (du nom du jeune homme mort lors d’une interpellation en 2016, dans le Val-d’Oise, ndlr) a appelé les quartiers à faire cause commune avec les Gilets jaunes dès décembre. Dimanche, le collectif a défilé au côté des Gilets jaunes de Rungis à Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis. Et à Strasbourg ? Mustapha El Hamdani pointe un « vide total. » « Au niveau syndical ou associatif, il n’y a aucune structure qui canalise le ras-le-bol », regrette-t-il.
Sur ce point, Hamed Ouanoufi lâche, résigné : « Peut-être justement parce-que le mouvement n’émane pas des quartiers il aura plus de poids. » Le raisonnement de Farid est tout autre. Pour lui, c’est un « faux débat » de cliver les habitants des quartiers populaires et les Gilets jaunes. « De toute manière, quand on est au quartier, on est rangés dans des cases, on est les ‘banlieusards’. Les Gilets jaunes aussi sont pointés du doigt. C’est une autre case, une autre étiquette. Celle des Gilets jaunes ».
Journaliste indépendante et professeur d’éducation aux médias. Sujets société, inégalités, éducation, police-justice. J’aime aussi écrire sur le rap et la culture hip hop de Strasbourg et d’ailleurs.
Piet a (re)découvert Tomi Ungerer sur le tard. Pas surprenant qu’il retienne les travaux dessinateur alsacien plutôt réservés à un public… Adulte. Il rend hommage à ce grand écart de registre que constitue son œuvre. Salut l’artiste.
Plus de 12 000 militants et sympathisants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) vont défiler dans les rues de Strasbourg samedi 16 février pour demander la libération d’Abdullah Öcalan, le dirigeant et l’un des fondateur de ce mouvement indépendantiste.
C’est un rendez-vous régulier à Strasbourg mais cette fois, la préfecture du Bas-Rhin a fait ses comptes et préfère prévenir : de grosses perturbations de la circulation des véhicules et des tramways sont à prévoir samedi 16 février car une nouvelle manifestation est prévue de 10h à 15h pour demander la libération d’Abdullah Öcalan, l’un des fondateurs et le dirigeant du Parti des travailleurs turcs (PKK).
Et cette fois, les mouvements kurdes ont mobilisé tous leurs réseaux en Europe puisqu’ils annoncent plus de 12 000 participants. Cette marche s’inscrit en outre dans une intense campagne des mouvements kurdes, dont une grève de la faim qui dure depuis près de deux mois à Strasbourg. Le PKK est un parti autonomiste kurde mais considéré comme terroriste par la Turquie qui est parvenue à appréhender Abdullah Öcalan en 1999. Condamné à mort, la peine du leader kurde a été commuée en une détention à vie, sans aucun droit de visite.
Une manifestation pour la libération d’Abdullah Öcalan en France en 2015 (Photo Mediactivista / FlickR / cc)
Strasbourg est régulièrement utilisée pour servir de cadre aux manifestations des mouvements kurdes en raison de la présence du Conseil de l’Europe, instance où siège la Turquie.
Trajet et bretelles d’autoroutes fermées
La manifestation partira du boulevard de Metz à 10h pour prendre la direction du boulevard de Nancy puis boulevard de Lyon, quai Louis Pasteur, quai Menachem Taffel, route de l’Hôpital, avenue de Colmar, rue de l’Extenwoerth, piste Georges Speicher pour une dispersion sur le parking des Vanneaux.
Pendant la durée de la manifestation, les bretelles de l’autoroute A35 « Porte blanche » dans le sens Paris – Colmar et la sortie « Strasbourg centre » dans le sens Colmar – Paris seront fermées ainsi que la sortie « Strasbourg centre » de l’A351. Le réseau des bus et tramways de la CTS devrait également être ponctuellement pertubé.
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d’abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
Photo : capture d’écran, vidéo de présentation par Vinci
Le tribunal administratif a annulé sur le fond le permis d’aménager le viaduc du Kolbsheim, au milieu du Grand contournement ouest de Strasbourg. Un document rectificatif a déjà été produit en amont de la décision.
Première victoire judiciaire sur le fond pour Alsace Nature dans son combat contre le Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) de Strasbourg, une autoroute payante de 24 kilomètres prévue pour 2021. Le tribunal administratif de Strasbourg a annulé le permis d’aménager le viaduc Kolbsheim, au milieu du tracé.
En référé le 14 septembre 2018, cet ouvrage d’art majeur de 465 mètres environ et une dizaine de haut avait déjà été suspendu temporairement. Mais cette décision au fond a surtout une portée symbolique, puisqu’un nouveau permis tenant compte des défauts exposés lors de l’instruction a été publié par la Préfecture du Bas-Rhin le 25 janvier 2019.
Quand on parle de dessins de presse en audience
Ce n’est pas tous les jours qu’il est question d’une caricature de Rue89 Strasbourg dans une salle d’audience du tribunal administratif. Avant de présenter les deux « vices » pour lesquels il proposait une annulation du permis, le rapporteur public, censé proposer une solution juridique souvent suivie par les juges est revenu sur les conditions du report contesté de l’audience du 20 décembre. En ajournant l’audience, le juge a laissé, selon Julien Iggert, « plus de temps au contradictoire » pour répondre aux arguments envoyés le 5 décembre par Alsace Nature. Il s’agissait des mêmes moyens qu’en référé et des réponses par les services de l’État et les avocats d’Arcos étaient parvenues le 14 décembre, avant la clôture de l’instruction fixée le 16 décembre à minuit.
Le dimanche suivant, une caricature à ce sujet publiée par notre dessinateur titrée « Le Père Noël est une ordure » avait été jugée « insultante pour le juge » par le rapporteur public qui l’a fait savoir en audience. Dans les écritures suivantes, aucun nouveau point du dossier n’est soulevée. L’État et le constructeur Arcos (Vinci) ont fait savoir que le permis contesté était retiré à la date du 31 janvier 2019.
La caricature qui a déplu au rapporteur public du tribunal administratif (dessin Piet)
Pris à parti sur un dessin que l’association n’a pas réalisé, l’avocat d’Alsace Nature Me François Zind s’est contenté de répondre que s’il doutait de l’impartialité des juges strasbourgeois, il aurait demandé une délocalisation de l’audience dans une autre juridiction.
Deux griefs bien connus
Sur le fond, le rapporteur a repris deux des griefs d’Alsace Nature, à savoir l’absence d’étude d’impact réactualisée et que l’avis des Architectes des Bâtiments France (ABF) renvoyait à un examen sur place des matériaux. Or, cet avis postérieur in situ n’aurait aucune valeur contraignante pour le constructeur selon les codes du patrimoine et de l’urbanisme. Un avis favorable est ici nécessaire, car le viaduc de la Bruche passe à quelques centaines de mètres du Château de Kolbsheim et ses jardins inscrits aux Monuments historiques.
Les magistrats n’ont retenu que l’argument de l’avis défectueux des ABF pour annuler l’acte, en écartant par ailleurs d’autres aspects contestés par Alsace Nature. C’est la première fois qu’un avis du rapporteur public défavorable au GCO est suivi par les magistrats dans ce dossier. Le Conseil d’État lors de l’examen de la déclaration d’utilité publique en 2010 puis le tribunal administratif de Strasbourg au sujet des travaux préparatoires en novembre 2018 avaient produit d’autres analyses juridiques de la situation.
Vue simulée du futur viaduc de la Bruche sur un remblai, à travers la forêt de Kolbsheim (capture d’écran, vidéo de présentation par Vinci)
Audience très attendue sur le deuxième permis
Lors de l’audience du 7 février, le juge avait qualifié de « particulièrement documentées » les conclusions du rapporteur public et n’avait pas posé de question supplémentaire aux deux parties prenantes.
Le constructeur Arcos, avait demandé un « sursois à statuer » pendant le délai de rétractation du premier permis, en expliquant qu’il ne pourrait y avoir de « retrait du retrait » et que l’avis sur place des architectes était finalement « un excès de zèle ». L’État défendait de son côté une jurisprudence ancienne où un avis postérieur des ABF avait été jugé valable.
L’État est une nouvelle fois condamné à verser 1 000 euros à Alsace Nature. Les deux parties ont la possibilité de faire appel, ce qui a guère d’intérêt compte tenu de la situation. Une audience en référé sur le deuxième permis d’aménager est programmée ce mardi 26 février. Nul doute qu’une partie des éléments jugés au fond seront réutilisés dans les argumentations.
Géraldine et Carlos sont tombés amoureux sur un rond-point de Molsheim (Bas-Rhin) en décembre dernier. Ils s’étaient perdus de vue depuis le lycée, il y a une vingtaine d’année. Le mouvement social les a réunis, la nuit souvent, dans une petite cabane. Aujourd’hui, les deux gilets jaunes sont sur le point d’emménager ensemble. Leurs camarades en veste fluorescente attendent impatiemment le mariage. Reportage en partenariat avec Nox, le média noctambule des étudiants du CFJ (Centre de formation des journalistes)
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Alors que le conseil de l’Eurométropole a repoussé à 2026 la mise en place d’une taxe incitative sur les ordures ménagères, cette dernière est déjà en place chez sa voisine, la communauté de commune de Kochersberg. Mais elle ne fait pas encore l’unanimité : certains habitants évitent la taxe en déposant leurs poubelles ailleurs, jusqu’à Hautepierre.
C’est à l’occasion d’une conférence de rédaction publique à Hautepierre qu’une habitante du quartier a attiré notre attention sur une pratique étonnante. Des particuliers ou entreprises extérieurs au quartier viendraient en voiture y déposer leurs ordures dans les poubelles semi-enterrées sur les trottoirs. Elle-même avait entendu et vu depuis sa fenêtre un déchargement de déchets à 3 heures du matin.
La CoCoKo et sa taxe incitative sur les déchets est en bleu clair, l’Eurométropole, sa taxe fixe et ses containers sur la voie publique dans les quartiers ouest de Strasbourg est en violet (carte wikipedia)
La situation géographique de Hautepierre est importante pour comprendre l’origine de ces dépôts dits « sauvages » : le quartier de l’Ouest strasbourgeois est délimité par des axes routiers, la D41 au nord et l’A351 – N4 au sud, qui le relient directement à la communauté de commune du Kochersberg (la CoCoKo), voisine de l’Eurométropole.
À Truchtersheim et dans les 22 villages aux alentours, l’enlèvement des ordures ménagères est tarifiée sur une base fixe, à laquelle s’ajoute un supplément par ramassage du bac au delà du huitième par période de six mois (1,5€ par ramassage supplémentaire), et par kilo de déchet au delà du 10ème (15 centimes par kilo). Cette redevance incitative est appliquée depuis 2017.
Du côté de l’Eurométropole de Strasbourg, c’est une TEOM (Taxe d’enlèvement des ordures ménagères) qui s’applique. Un taux fixe s’applique à chaque logement sur la base de sa valeur locative, à l’instar de la taxe d’habitation. L’idée d’une taxe au poids ou au volume a aussi tenté le conseil de l’Eurométropole. Mais son application aux particuliers a été écartée pour ce mandat, renvoyée à un lointain « horizon 2026 ».
Un effet de frontière entre collectivités
Taxer la quantité de déchets incite à les réduire ou pour quelques uns… à les jeter ailleurs. D’abord dans son village, en se promenant dans les rues d’Ittenheim, une commune de la CoCoKo à 10 minutes de Strasbourg, on peut voir des sacs poubelles domestiques déposées dans les rares poubelles publiques de la ville.
Des sacs poubelles noirs d’ordures ménagères sont parfois déposés dans les poubelles publiques. (photo PP / Rue89 Strasbourg / CC)
Suzanne Weber, gérante du Restaurant de la gare, l’a constaté :
« J’ai vu des gens déposer leurs poubelles dans celles ouvertes à la mairie et au cimetière. Pour ceux qui travaillent ou vont faire leurs courses à Strasbourg, c’est possible qu’ils en profitent pour y déposer leurs poubelles. »
Elle estime que la redevance incitative a fait baisser la facture de « certains », mais « pas tout le monde » selon les habitudes et le stade de la vie :
« En été, j’aime manger des fruits de mer, mais avec ça dans mes poubelles je suis obligé de les sortir chaque semaine. Pareil quand on a des enfants avec des couches : on sort plus souvent ses poubelles et ça fait grimper la facture. »
Plusieurs de ses clients confirment le développement récent de combines pour ne pas faire comptabiliser ses propres déchets. Sur l’écrasante majorité des bacs noirs, des cadenas rouges vendus 30 euros par le CoCoKo ont proliféré, afin de s’assurer que le voisin n’en profite.
Les poubelles du Kochersberg s’équipent de cadenas.
Une pratique marginale
L’étendue du dépôt d’ordures ménagères par des habitants extérieurs à l’Eurométropole dans les bacs d’Hautepierre est difficile à mesurer. Une fois dans les conteneurs, l’origine des sacs poubelles est complexe à identifier. Pour autant, les institutions ne nient pas l’existence du phénomène.
« Nos services sur le terrain nous rapportent que des gens viendraient déposer des poubelles dans les containers de nos parcs locatifs », explique-t-on du côté du bailleur social Habitation Moderne. Même son de cloche du côté de la direction de proximité, même si la situation serait plus caractérisée au Hohberg à Kœnigshoffen, également accessible par l’ouest et la Nationale 4.
Pour autant, la pratique reste « marginale » et la combattre n’est pas la priorité. « C’est trop peu pour que l’on constate une augmentation globale de la quantité de déchets », ajoute Habitation Moderne.
Une sortie poubelle qui peut vous coûter votre voiture
En théorie, ceux qui viendraient déposer leurs poubelles à Strasbourg en voiture risquent gros, rappelle Aurore Bellouet, directrice de la proximité des quartiers d’Hautepierre et des Poteries :
« Aller déposer ses ordures ménagères dans d’autres poubelles que la sienne, dans sa commune, est illégal. C’est du dépôt sauvage, même dans les containers communs. Mais à moins de prendre les contrevenants sur le fait l’infraction est difficile à constater. »
Le dépôt de déchets en dehors des containers de sa commune est passible d’une contravention de 3ème classe, soit 68 euros. Mais si les déchets ont été transporté à l’aide d’une voiture, la contravention s’élève alors à 1 500 euros en plus de la confiscation du véhicule. Les services de la propreté ont même développé des techniques permettant de retrouver l’adresse des contrevenants à partir des sacs poubelles douteux, mais les amendes restent rares si les contrevenants ne sont pas pris sur le fait.
Le chantier tram F vers Kœnighsoffen et son ancienne ville romaine avait déjà permis des découvertes antiques. Ces trouvailles étaient attendues avant même le début des travaux vu l’emplacement. Plus étonnant, la suite des opérations vient de révéler au moins un secret historique dans le quartier Gare, moins réputé pour son Histoire.
Sur la place Sainte-Aurélie, dans le parc du même nom, le corps d’une dame adulte a été découvert mardi 12 février à environ un mètre de profondeur. Il s’agissait de l’avant-dernier jour des fouilles préventives sur ce secteur, menées par une équipe d’Archéologie Alsace.
Le corps était intact, à l’exception de la tête détruite par un précédent chantier, lors de la découverte, avant de prélever les ossements. (Photo Robert Becker)
Une tête vers l’Est
Autour du squelette, des clous, probablement ceux du cercueil ont été retrouvés. Les scientifiques ont aussi identifié des objets métalliques au niveau de jambes, dont la nature est indéterminée. Sur place, l’archéologue Amélie Pelissier qui prélevait les os ce mercredi 13 février en début d’après-midi remarque que « la tête est orientée vers l’est et l’Église voisine », construite au XIIème siècle. Or, « au Moyen-Âge les corps étaient enterrés avec la tête vers l’ouest », ajoute l’archéologue, ce qui laisse penser que le corps est plus récent que cette époque médiévale. La nef de l’église a été reconstruite en 1765, mais comme le pointe un internaute en commentaires « les inhumations intra muros sont théoriquement interdites à Strasbourg après 1527 ».
Le crâne et les épaules ont en revanche été détruits par la construction d’une canalisation, vraisemblablement au début du XXè siècle. La terre argileuse présente à cet endroit permet une bonne préservation des ossements.
C’est ensuite l’État via la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) qui prescrit des fouilles plus avancées ou non. La mise en service des trois stations vers l’ouest de Strasbourg est prévue pour 2020.
La colonne vertébrale ne semble pas bien droite. (photo Pierre Petitcolin)C’est une équipe d’archéologues (en orange) qui a d’abord trouvé le corps lors du diagnostic. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)La forme du bassin a permis de déterminer qu’il s’agit d’une femme. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)Les morceaux de squelette ont été prélevés et isolés dans des sacs en plastique. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Les Associations Pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne (AMAP) permettent aux consommateurs d’acheter directement aux agriculteurs un panier hebdomadaire de produits locaux, de saison, en rémunérant correctement le producteur. Mais ces circuits courts sont parfois confidentiels : voici une liste de ceux présents sur Strasbourg.
Les AMAP représentent un compromis entre les courses en grande surface et la tournée des fermes pour être sûr d’acheter local. Elles consistent en un abonnement, encadré par une charte, qui engage le client à payer d’avance un panier de produits de saison, puis à le retirer chaque semaine à un lieu et endroit fixe, généralement pendant six mois. Des associations de consommateurs se sont constituées pour organiser la distribution des paniers d’un ou plusieurs producteurs.
Les paniers de légumes d’hiver sont composés très souvent de choux, panais, potiron ou céleri. Photo : Flick Cletus Awreetus
Ce mode de consommation permet une meilleure rémunération du vendeur. Le seul intermédiaire est l’association à but non lucratif. Pas besoin d’emballage ou de grande surface pour la distribution des produits avec le système d’Amap. Le producteur est assuré que sa récolte sera vendue, à un prix supérieur à son coût de production. Le consommateur est de son côté certain de l’origine de ses produits. Chacun des paniers proposés de fruits, de légumes, de produits laitiers voire de boulangerie reviennent à une dizaine d’euros l’unité pour une ou deux personnes et une vingtaine pour une famille. La quantité, fixe, fournie équivaut à 5 ou 6 repas.
Huit associations proposent de retirer un panier de fruits et légumes chaque semaine, souvent en fin de journée. Elles se situent à proximité du centre « élargi » de Strasbourg, mais pas dans la Grande-Île. Un abonné qui ne peut récupérer son panier peut demander à quelqu’un d’autre de le chercher pour lui. Si ce n’est pas possible, les paniers non-réclamés sont donnés à des associations de solidarité.
Les associations
Ma ferme bio propose 5 paniers différents. Les deux premiers paniers peuvent-être achetés à l’unité. Ensuite, il faut s’abonner six mois pour continuer à en profiter. Les lots hebdomadaires, tous labellisés « Agriculture Biologique », contiennent au choix un assortiment hebdomadaire de fruits, de légumes ou de produits laitiers. Plus chers, des paniers de viande de bœuf ou de mouton sont aussi proposés. Ils sont à retirer le vendredi au parking-relais de la Rotonde à Cronenbourg de 17h à 19h ou le même jour dans la cour de l’église Saint Matthieu au 97 boulevard d’Anvers, de 18h à 19h. Les paniers de viande de bœuf peuvent-être retirés une fois tous les deux mois au point de livraison de l’Amap’Monde au Centre Social et Culturel du Fossé des Treize, au 6 rue Finkmatt, le jeudi de 17h30 à 19h30. Il est possible de s’abonner à tout moment. Les coordonnées des producteurs et les contrats sont disponibles sur leur site web.L’Amap Strasbourg Vosges propose trois contrats avec des producteurs. Les paniers contiennent chaque semaine un assortiment de légumes et d’œufs, de fruits et de jus ou de pains. La distribution des paniers se fait au 66 avenue des Vosges, dans la cour arrière, le jeudi de 18h30 à 20h. Des places sont disponibles, en quantité limitées pour les fruits et légumes. Les abonnement peuvent débuter pour six mois en avril et en octobre. Contact : steph.luttmann@free.fr« L’Amap’Monde » propose trois contrats avec des producteurs. Les paniers disponibles contiennent, au choix, des légumes, du pain et de la brioche, ou des produits laitiers. La distribution se fait au Centre Social et Culturel du Fossé des Treize, au 6 rue Finkmatt à Strasbourg, le jeudi de 17h30 à 19h30. Possibilité de s’abonner immédiatement pour la saison de six mois (novembre-mai ou mai-novembre) en cours. Contact : amapmonde.strasbourg@gmail.comL’Amap du Ruisseau bleu propose quatre contrats avec des producteurs. Les paniers disponibles contiennent au choix des légumes, de la viande de bœuf, du pain ou des laitages. La distribution se fait en face de la rue du Ruisseau Bleu à Neudorf, dans un bâtiment au 16a rue de Châtenois, le mercredi de 19h à 20h. Contact : amapduruisseaubleu@ouvaton.orgL’Amap de Schluthfeld & Kurgarten propose des contrats avec trois producteurs. Les paniers disponibles contiennent au choix des légumes, des fruits frais et des jus ou des produits à base de céréales (pain, fougasse ou farine par exemple). Les distributions ont lieu le mardi soir à la Maison citoyenne au 2 rue du Grand Couronné, de 19h15 à 20h30 et le mercredi soir au Petancair’s, rue des Corps de garde de 18h15 à 19h30. Possibilité de prendre un panier d’essai sans abonnement. Contact : prendstonpanier@amap-schluthfeld.frL’Amap Cerise propose des paniers de fruits et légumes produits par Stéphane Laugel. La distribution a lieu le mardi soir au 25a rue de Belfort de 19h15 à 20h30 et au 66 avenue des Vosges dans la cour arrière les jeudis de 19h15 à 20h. Contact : biosteph@orange.frL’association « La Carotte sociale« propose des paniers de légumes, de pain ou de fromage. La distribution a lieu tous les mardis de 18h15 à 19h30 à la résidence des arts 13A rue du Hohwald, à côté de la Laiterie, et au Centre socio-culturel de la Krutenau, 1 place des Orphelins les mercredis de 18h15 à 19h30. Contact : jessymuckensturm@hotmail.comLe jardin d’Agnès, une ferme d’Ittenheim, propose des abonnements pour des paniers hebdomadaires contenant des fruits, des légumes et des œufs. Ils sont disponibles directement à Schiltigheim les jeudis de 18h à 19h30 au 8 rue de la glacière. A Strasbourg et Haguenau les paniers sont distribués par d’autres Amap : « Ma Ferme bio », « La Carotte sociale » et « l’Amap Monde » et « L’Amap de Haguenau ». Possibilité de s’abonner immédiatement. Contact : vin.scho@wanadoo.frLes AMAPiens de Truttenhausenpropose des paniers hebdomadaires de légumes, de jus de fruits et de produits laitiers. Ils sont retirer les jeudis de 18h30 à 19h30 au Lavoir du Muehlegel, rue Krafft à Illkirch-Graffenstaden. Contact : guillas.emmanuelle@wanadoo.frL’Amap de Haguenaupropose des abonnements pour des paniers hebdomadaires contenant des fruits et légumes, du pain et des fromages de chèvre. Ils sont à retirer les mercredis de 18h à 19h dans la cour du foyer Saint Nicolas au 204 de la Grand rue à Haguenau. Contact : amap.haguenau@gmail.com
D’autres formules de paniers hebdomadaires
Les paniers de Campus vert, Grâce àla ferme bio Riedoasis l’association étudiante propose un grand ou un demi-panier de légume ainsi que des fruits, du pain et des œufs. Les étudiants bénéficient d’une réduction (3€ sur un petit panier à 10€, 6€ sur un grand panier à 20€). Le service s’adresse en priorité aux personnels et étudiants de l’Université, mais la commande est ouverte à tous. De septembre à fin juin, il est possible de commander à la semaine ou pour un semestre. Tarif dégressifs à partir de 8 commandes par semestre. Réservation au plus tard le lundi pour une collecte le jeudi de 17h à 19h30 au Platane, allée René Capitant à côté de la fac de droit sur le campus de l’Esplanade.
Les jardins de la Montagne Verte est une association qui met en place des potagers bio en ville, à l’ouest de Strasbourg. La démarche diffère de celle des Amap puisqu’il ne s’agit pas d’un agriculteur local, mais d’une structure d’insertion leur système d’abonnement à un panier hebdomadaire à aller chercher dans l’un des 18 points de retraits à Strasbourg et dans la première couronne de l’Eurométropole (Illkirch-Graffenstaden, Schiltigheim, Mundolsheim). Cette association a l’avantage de proposer des lieux de collecte avec de larges horaires (deux heures minimum, mais parfois jusqu’à 8h d’ouverture) et une formule pour étudiants.
Les paniers de Lucien proposent des livraisons hebdomadaires de fruits et légumes venant de trois fermes à proximité de Strasbourg. Les livraisons se font dans une cinquantaine de points-relais dans l’Eurométropole de Strasbourg. L’entreprise s’inspire des Amap et de leur abonnement en offrant plus de choix dans les horaires et les points de livraison. Il est possible de prendre un panier d’essai à l’unité.
Des paniers à la demande
Certains producteurs locaux proposent aussi des paniers de fruits et légumes à l’unité. Ce fonctionnement n’est pas aussi protecteur que l’Amap pour eux puisqu’elle ne leur garantie pas l’achat régulier de la production, mais elle offre plus de souplesse pour le consommateur.
La ferme Herrmannpropose des paniers hebdomadaires de fruits et de légumes. Ils peuvent être livrés à Strasbourg le mardi de 16h30 à 18h30 au 4 place Saint Aurélie, devant l’école, et dans le cas des panier à 10 euros uniquement à partir de 16h dans la boulangerie « petit Artisan » 10 rue de Barr. Les lots peuvent aussi être retirés à Bischeim les mardis de 17h à 18h30 sur la place de la République et le même jour à Saverne de 15h à 18h Place de la gare.
La Ruche qui dit Oui permet de commander en ligne des produits locaux chez diverses producteurs pour ensuite venir les retirer, et les rencontrer, dans l’une des six « ruches » de Strasbourg. Des produits transformés type traiteur ou même des produits d’entretien sont disponibles.
D’autres Amap à Strasbourg ? Laissez un commentaire, l’association sera ajoutée lors de mises à jour de l’article.
En 2017, Rue89 Strasbourg vous parlait de Sergueï, qui repêchait des vélos au fond du bassin d’Austerlitz. Ce lundi 11 février ce sont d’autres bienfaiteurs qui s’occupaient des eaux froides du jeune quartier Malraux. Aux pieds des tours Black Swans et du cinéma UGC Ciné Cité, trois collaborateurs de la société Nautilia mandatée par la Ville de Strasbourg s’affairaient. L’un d’eux en tenue de plongée explorait ces fonds aquatiques d’une profondeur de 2 à 3 mètres à l’aide d’une lampe frontale. Un autre remontait les objets à la surface à l’aide d’une corde. Le dernier délimitait un périmètre de sécurité et chargeait une camionnette avec la collecte.
Aperçu pris sur le vif
Cette opération vise à enlever les objets massifs de fond l’eau pour qu’ils ne heurtent pas les pales d’une machine de nettoyage des eaux qui doit être mise en marche ensuite. La durée du repêchage dépend… du civisme des Strasbourgeois et du contenu du fond de l’eau. Ainsi, un vélo repêché ne présentait pas de traces de rouille, ce qui laisse penser que sa noyade date de moins d’un mois. D’autres objets, barrières, chaises ou palettes semblaient plus anciens. La plupart de ces trésors sous-marins sont envoyés dans une benne pour une réutilisation de ce qui peut l’être. Les cannes à pêche strasbourgeoises devraient moins souffrir pour quelques semaines.
Gagne à être connu-e. Professeur d’anglais en collège, Zakaria Adika transmet ses compétences pointues en langues vivantes et son caractère de bosseur du coté de Lingolsheim. Arrivé en 2004 du Kenya pour étudier les Lettres, le jeune anglophone est d’abord tombé de haut, avant de trouver sa place à l’Éducation nationale et de fonder sa famille à Strasbourg.
Alors que sévit le froid d’un soir de décembre, Zakaria Adika, pull en laine et écharpe autour du cou, passée sous ses longues dreadlocks, s’installe devant un thé noir. Dans un français parfait servi par une éloquence traduisant son caractère posé, il démarre avec ces mots :
“Mon histoire avec le français a commencé il y a 20 ans”.
La formulation n’est pas anodine pour le jeune trentenaire kényan, qui consacre désormais sa vie aux langues vivantes. Un an avant son arrivée en France, en 2004, il fait le choix de parfaire son français, en travaillant à l’Alliance Française de Nairobi. Il avait débuté la langue de Molière au lycée, en option.
Les langues officielles du Kenya sont l’Anglais et le Swahili. Zakaria parle également le Luo. Mais pas question pour lui de poursuivre ses études dans un pays anglophone, comme la plupart de ses compatriotes s’exilant aux États-Unis ou au Canada. Les études y sont trop chères. Elles le sont au Kenya également. Zakaria raconte que son neveu y débourse 1 700 euros par semestre. D’ailleurs, concernant mesures annoncées par le gouvernement Philippe visant à augmenter drastiquement les frais de scolarité pour les étudiants étrangers non-européens (passant de 170 à 2 700 euros l’année de licence), il est très circonspect :
“Le problème est simple : l’université va rester la même, mais on demande aux étudiants de payer plus. La seule raison pour une augmentation est le fait qu’ils soient étrangers, c’est un peu injuste. J’ai l’impression que la France essaye de mettre en place un système à l’anglaise, mais elle va y perdre”.
Strasbourg, pour l’ambiance de Noël
À l’époque, “très enthousiaste à l’idée de poursuivre [ses] études en France”, Zakaria porte son choix sur Strasbourg, parce que cela lui semblait “très international”, et parce qu’il a connu des gens qui y avaient vécu, lui rapportant l’atmosphère qui y régnait, surtout “l’ambiance de Noël”.
Pendant un an, Zakaria prépare son dossier, passe un test de langues, et demande son visa. Il l’obtient la veille de son départ et prend ses billets d’avion dans la foulée. Littéralement :
“L’Ambassade de France est dans le même bâtiment que Kenyan Airlines, alors je suis tout de suite descendu prendre mes billets. Tout s’est enchaîné très vite et je n’ai pas eu le temps de me rendre compte de ce qui se passait”.
Il suffit de l’écouter quelques minutes pour déceler un esprit brillant et très curieux. Zakaria confirme, il a toujours été un très bon élève. Mais une fois arrivé à l’Université de Strasbourg, il déchante. Il faut dire qu’il a visé haut. Il ne s’agissait pas seulement d’étudier en français, mais bien d’étudier le Français et sa littérature :
“J’ai choisi la “filière française par excellence”, les études de lettres. La première fois que je me suis assis en amphi, je me suis dit “C’est foutu”. Cela s’est avéré très difficile pour moi qui n’avait jamais ouvert un livre de littérature française. Il y avait des tutorats, mais même là, je ne comprenais pas. Avoir été parmi les meilleurs étudiants et voir des “6 sur 20” et beaucoup de rouge sur les copies, c’était un peu dur.”
Zakaria se sent maintenant chez lui à Strasbourg, qu’il avait choisie pour son côté international et son « ambiance de Noël » Photo : DL/Rue 89 Strasbourg/cc
Le test de Beaumarchais
Il découvre la méthodologie à la française, les dissertations, les commentaires composés… Mais Zakaria se prend plutôt de passion pour la linguistique, et met les bouchées doubles :
“Je n’ai jamais autant travaillé. Il le fallait, car au Kenya, l’éducation est un privilège. J’ai dû refaire ma première année. Après les vacances de Noël, un professeur m’a dit “Vous, vous avez bossé pendant les vacances”. J’ai surtout vu la différence entre les deux premières années : on avait étudié trois pièces de Beaumarchais, et je soulignais les mots que je ne comprenais pas. Quand j’ai rouvert le bouquin l’année suivante, je comprenais tout”.
En parallèle, il faut gérer les premiers moments d’installation. Zakaria ne connaissait personne en arrivant et rencontre des problèmes d’argent. Sa famille a “une bonne situation”, mais l’argent qu’elle envoie ne suffit guère. Heureusement, la chance lui sourit. Lorsqu’il ne peut bientôt plus payer son auberge de jeunesse, il rencontre une dame à l’aumônerie universitaire catholique (au centre Bernanos). Elle l’héberge trois semaines, le temps qu’il obtienne une chambre au CROUS.
L’aumônerie, une deuxième maison
Et c’est grâce au centre Bernanos qu’il parvient à s’intégrer dans la communauté étudiante. Il ne tarit plus d’éloges sur cet organisme qui lui a permis d’avoir “un second chez-lui” :
“J’y ai rencontré beaucoup d’Africains de l’Ouest, avec qui on allait à des soirées, à des événements autour de l’Afrique etc. Et en parallèle, je me suis familiarisé avec la culture française, grâce à la communauté chrétienne : on s’organisait des week-ends, on découvrait les Vosges, on faisait des retraites, et des sorties à Paris. Sans l’aumônerie, jamais je n’aurais pu aussi bien découvrir la France.”
Le moral tient grâce à son éducation et son expérience. Dans son pays, il est monnaie courante d’aller dès l’enfance à l’internat, encadré par une éducation stricte. Son passage dans un tel établissement de 14 à 18 ans lui a donné une idée de ce qu’est la vie loin de chez soi :
“Ça nous apprend l’autonomie tout en étant très cadré : là-bas, on se lève à 5h pour aller en cours à 8h. À 16h, c’est sport pour tout le monde. On se couche à 22h et à 23h, c’est extinction des feux. Quand on est passé par un système pareil, on se bat jusqu’au bout dans les moments difficiles.”
Zakaria s’accroche et entame un master en sciences du langage… puis un doctorat sur le Swahili. Pendant cinq ans, il se consacre à sa recherche en cumulant avec des jobs alimentaires, au restaurant universitaire d’Illkirch-Graffenstaden, au centre de ressources documentaires de l’École de Management, et en donnant des cours particuliers d’anglais.
Sa triple vie finira par avoir raison de ses aspirations doctorales :
“J’ai du arrêter en cours de route. Je n’avais pas de financement car il y en a peu pour les sciences du langage, et je n’étais pas assez encadré. En plus, mes jobs me prenaient trop de temps.”
De docteur manqué à assistant d’éducation et de langues
Il lui faut trouver autre chose. Au vu de ses compétences et pour rester dans son domaine, il se tourne vers l’enseignement. À la rentrée 2016, il devient assistant de langue anglaise dans les lycées Robert Schuman à Strasbourg et Xavier Nessel à Haguenau. À la rentrée suivante, il voit une annonce pour être assistant d’éducation en français au lycée Jean Monnet. Il saute le pas, alors que son expérience d’enseignement se cantonne à l’anglais :
“J’avais une certaine appréhension car je n’avais jamais travaillé en français. Mais ça a été une très bonne expérience.”
Professeur en collège après avoir presque terminé un doctorat, Zakaria pourrait être titularisé s’il obtient la nationalité française, qui lui permettrait de passer le CAPES Photo : DL/Rue 89 Strasbourg/cc
Pendant une année scolaire, il travaille avec des petits groupes de lycéens, assure les heures de soutien, les prépare à l’oral. Son statut lui permet un contact différent avec les jeunes, et “d’échanger avec eux sur leur expérience”.
Entre préfecture et mariage, l’ascenseur émotionnel
Tout semble bien se passer pour Zakaria, qui projette sa vie en France, grâce à ses titres de séjour qu’il renouvelle régulièrement sans problèmes. Il prévoit d’ailleurs de se marier. Mais c’est là, à l’automne 2017, que des problèmes administratifs le font douter. Il devra peut-être retourner au Kenya :
“Ma carte de séjour allait expirer, et il m’était impossible d’obtenir un rendez-vous à temps à la préfecture. Jusque-là, on pouvait s’y rendre spontanément pour déposer son dossier. Mais cette fois, il fallait obtenir un rendez-vous sur internet, juste pour déposer son dossier. J’ai vraiment paniqué. Je ne pouvais pas repartir, j’avais des projets ici, j’étais installé… Et surtout, je ne pouvais pas me permettre de résider illégalement ici pendant une période, et qu’il y ait trace de cela quelque part…”
C’est un coup de chance qui règle le problème : un désistement, et donc un rendez-vous à temps. Zakaria peut souffler, se projeter dans l’avenir… avec son premier enfant, un petit garçon qui a maintenant 11 mois :
“À l’aumônerie catholique, on m’avait dit “Vous êtes ici maintenant, vous allez vous créer votre propre monde, votre propre famille”. Et c’était vrai. Je me suis fait plein d’amis, avec qui je suis resté en contact. Je me suis marié, et je pense demander la nationalité française. Soit après 4 ans de mariage, soit par la voie “classique”.
Il s’agit de la naturalisation par décret, qui demande de réunir plusieurs conditions et dont la décision finale reste à la discrétion de l’administration : il faut avoir un titre de séjour valide, résider en France depuis plus de 5 ans, être “assimilé à la société française”, “intégré dans la vie professionnelle », etc.
Conserver et transmettre son héritage kényan
En attendant, il tente de transmettre un peu de sa culture à son fils, notamment à travers la musique, sur laquelle « le petit aime déjà danser”. Pour les langues, c’est une autre paire de manches. Fidèle à lui-même, le professeur convoque la linguistique :
“Je parle surtout anglais à mon enfant. Il n’est pas évident de transmettre le swahili et le luo. Les linguistes le disent : pour transmettre une langue, il faut une communauté autour. Une idée serait peut-être d’aller vivre quelques années au Kenya, aussi pour que mes parents profitent de leur petit-fils”.
Et pour qu’il rencontre le reste de sa famille, les frères et sœurs de Zakaria, leurs enfants à eux… Ce sera pour cette année, car Zakaria a prévu un voyage au pays. Cela fait plus de deux ans qu’il n’est pas retourné chez lui.
Zakaria pratique le tennis depuis des années, mais s’est lancé en compétition récemment, avec le CSA Garnison Strasbourg Photo : doc remis
« Ici, il est normal de répondre à son professeur »
Mais pour l’instant, il se concentre sur son premier poste de professeur d’anglais, cette fois-ci en contractuel au collège, obtenu à la rentrée 2018. Sans la nationalité française, impossible de passer le concours pour devenir fonctionnaire de l’Éducation nationale. À Lingolsheim, il enseigne à des classes de 6e et de 4e. Comme cela ne constitue pas un temps complet, il est également vacataire à l’École de Management et devrait travailler prochainement à l’IUT de Génie Civil à Illkirch. Retour à la langue anglaise donc.
Ce qui frappe le plus Zakaria, ce sont les différences entre les systèmes éducatifs :
“Découvrir le système scolaire français m’a donné du recul sur le système auquel j’étais habitué. Considérer l’éducation comme un privilège, cela change la manière de voir les choses, de faire face aux difficultés. Ici, les jeunes ne peuvent pas se rendre compte que c’est une chance, et c’est normal. Il faudrait des échanges avec des jeunes d’autres pays. J’ai constaté qu’en France, c’est normal de répondre au professeur. Au Kenya, même avec 50 élèves par classe, il n’y a pas de problème de discipline. Et tous les élèves portent l’uniforme et les chaussures cirées. Mais c’est peut-être excessivement cadré, le jeune n’a presque pas droit à la parole. Ici, il y a des espaces comme le conseil de classe, et je trouve ça très bien.”
Les premiers mois de Zakaria à Strasbourg ont été facilités par la solidarité de l’aumônerie catholique, située au centre Bernanos Photo : Google Maps
« Je n’ai pas de regrets »
Zakaria se dit très content de sa situation actuelle. Même s’il n’est, par exemple, pas devenu docteur :
“J’aurais bien sûr aimé terminer mon doctorat. L’enseignement, ce n’est pas comme la recherche, et cela me manque parfois de travailler la linguistique. Je me dis que j’ai déjà oublié des choses. Mais je n’ai pas vraiment de regrets, quand je vois à quel point le secteur de la recherche en France est bouché. Je connais des gens de mon ex-labo qui bossent dans tout à fait autre chose aujourd’hui.”
Maintenant qu’il ne court plus après trois jobs et une thèse, ce grand littéraire a aussi le temps de faire du sport. Fan de tennis, il s’est mis à en faire en amateur dès son arrivée à Strasbourg. Depuis 2017, il tente la compétition, avec le CSA Garnison Strasbourg :
“Au Kenya, le tennis est un sport de riches. Ce que j’aime dans ce sport, c’est que les compétences qu’il requiert, comme la concentration, sont applicables à tous types d’apprentissage. J’ai une bonne prof avec qui j’ai travaillé la préparation des matches avec un volet psychologique. C’est hyper important, parce que sur 2 heures de match, on tape dans la balle pendant 15 minutes peut-être”.
Le club lui permet de rencontrer de nouvelles personnes. En réfléchissant à son arrivée, il estime que les Alsaciens l’ont bien accueilli, sans vivre de discriminations :
“Je sais que le racisme est un sujet sensible en France. Moi, je n’ai jamais vécu d’interpellations ouvertement racistes. Parfois on ne sait pas trop, est-ce que la personne était juste mal lunée ou… ? C’est vrai qu’institutionnellement, cela a pu être un peu long, pénible… Mais je pense que cela a dû être plus difficile pour d’autres gens. Moi j’ai eu l’aumônerie et les gens autour.”
Alors que la conversation se termine, Zakaria s’en va sur son “vélo de course”, qui lui permet de “tracer” jusqu’à Lingolsheim pour donner un cours. Devenir un cycliste aguerri, une marque de plus d’un Strasbourgeois accompli ?
“Dès que je suis arrivé ici, on m’a dit qu’il fallait que je prenne un vélo. J’en ai pris deux, un rapide et un pour balader mon fils dans son “carrosse””.
On lui a aussi dit qu’il fait froid, mais ça ne l’a « pas particulièrement frappé ».