Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Avec Touch Me, la première Biennale d’art contemporain de Strasbourg interroge le numérique

Avec Touch Me, la première Biennale d’art contemporain de Strasbourg interroge le numérique

C’est à l’Hôtel des Postes, au cœur de la Neustadt que Strasbourg accueille sa première Biennale d’art contemporain. Intitulée Touch Me et visible jusqu’au 3 mars 2019, cette exposition interroge sur l’emprise du numérique dans nos sociétés.

Comment être citoyen à l’ère du numérique ? Telle est la problématique proposée par Yasmina Kouaidjia, vice-présidente de la galerie associative Impact et commissaire d’une première édition de la Biennale d’art contemporain de Strasbourg, intitulée Touch Me (Touche moi). Se donnant pour ambition d’être accessible à tous et de participer au rayonnement culturel de Strasbourg, l’exposition met en avant les travaux de dix-huit artistes internationaux, à l’Hôtel des Postes jusqu’au 3 mars.

Si l’événement propose une réflexion sur l’ancrage croissant de nos sociétés dans le numérique, la commissaire précise cependant :

« Ce n’est pas une exposition sur l’art numérique, c’est une exposition sur les enjeux du numérique à l’ère contemporaine. »

Vue de l’exposition « Touch Me » (Photo Daniela Zepka)

Depuis une décennie, les Biennales d’art contemporain se sont multipliées en Europe et dans le monde. Depuis l’apparition de la première Biennale à Venise en 1895, de nombreuses villes ont suivi (Istanbul, Kiev, Dakar, Montréal…). En France, le phénomène prend de l’ampleur, à l’image des Biennales de Lyon, de Paris et de Rennes ou, plus modestement, celle de Sélestat (Selest’art). Vues par beaucoup comme un phénomène de mode, ces manifestations périodiques n’en constituent pas moins un véritable rendez-vous artistique et culturel permettant aux institutions culturelles locales de travailler ensemble.

Reposant sur des fonds majoritairement privés, la Biennale d’art contemporain de Strasbourg s’est longtemps faite discrète, avec un travail de communication effectué très tardivement, trois semaines seulement avant l’inauguration (d’ailleurs retardée d’une semaine). Autant dire que son ouverture en a surpris plus d’un.

C’est l’Hôtel des Postes, bâtiment hautement symbolique et témoin de l’évolution des télécommunications, qui a été choisi pour accueillir cette première édition. Réinvesti spécialement pour l’occasion, ses fonctions passées d’ancien bureau de poste participent à ancrer le propos de l’exposition dans une contemporanéité : du télégraphe aux services téléphoniques, l’édifice s’avère être un lieu propice pour penser les enjeux liés au développement des moyens de communication mis à notre disposition de nos jours.

Réfléchir pour mieux agir

Au total, une quarantaine d’œuvres sont exposées. D’emblée, le visiteur est confronté à Overexposed, une œuvre de Paolo Cirio, artiste italien maintes fois récompensé et dont les travaux ont été présentés dans des expositions au rayonnement international. Son travail de recherche et l’aspect politique qu’il propose constituent l’un des points forts de cette première édition. Composée de deux photographies issues d’une série de neuf clichés au total, l’œuvre présente des portraits de hauts représentants américains de la NSA, la CIA, la NI et le FBI. Ces derniers, partagés massivement sur les réseaux sociaux suite aux révélations d’Edward Snowden en 2013, ont permis d’exposer publiquement les visages derrière les phénomènes de cyber-surveillance. Le visiteur est ainsi informé du risque encouru par la surveillance de masse et intrusive opérée par des personnalités politiques à son insu.

Paolo Cirio, Overexposed, 2015 (Photo Daniela Zepka)

Cette intrusion dans la vie privée se retrouve dans Menschentracks. Florian Mehnert, artiste conceptuel allemand de renommée nationale et internationale, propose une installation imposante composée de 42 tablettes suspendues en hauteur par des fils de nylon transparents. De nombreuses vidéos privées récupérées par une équipe de hackers défilent en boucle sur les écrans et la disposition des tablettes rappelle étrangement celle des salles de vidéosurveillance qui mobilisent le regard de manière omniprésente.

Florian Mehnert, Menschentracks, 2014 (Photo Florian Mehnert / Site officiel de l’artiste)

Moins alarmiste, Vincent Broquaire, artiste strasbourgeois ayant notamment exposé au Centre européen d’actions artistiques contemporaines (Ceaac) de Strasbourg en 2016, interroge dans la série graphique Flattenings Serie le rapport entre la création artistique et les technologies numériques. Cette série de quatre dessins à l’encre suggère une réflexion sur la technique du détourage numérique, notamment celui du copier/coller, en l’opposant au geste manuel de l’artiste.

Vincent Broquaire, Flattenings Serie (Photo Vincent Broquaire / Site officiel de l’artiste)

Loin de vouloir dissuader le visiteur de s’approprier ces technologies, l’exposition l’incite plutôt à se forger sa propre opinion sur les outils numériques afin d’adopter un regard critique sur l’usage qu’il en a au quotidien. Ainsi, l’artiste canadien Louis Philippe Scoufaras, propose une œuvre « participative » produite spécialement pour la Biennale. L’installation Room 3.1 invite le visiteur à sortir son smartphone pour scanner un QR code et activer à distance un robinet qui se trouve dans la même pièce.

Les visiteurs interagissent entre eux, certains s’entraident pour faire fonctionner le mécanisme, d’autres partagent leurs ressentis quant au fonctionnement de l’installation. « C’est sûr que ce n’est pas une œuvre très écologique, » remarque un visiteur, d’un ton amusé, lorsque le robinet se déclenche pour la quatrième fois. L’utilisation du smartphone, accusée aujourd’hui par certains de limiter les interactions sociales réelles au profit des échanges virtuels, finirait-elle par nous rassembler ?

L’impact du numérique finalement assez peu abordé

Si les œuvres exposées en début de parcours s’avèrent pertinentes quant au caractère socio-politique qu’elles proposent, on regrette le manque de réflexion sur l’impact du numérique et ses effets anthropologiques. Quelle est l’influence des nouvelles technologies sur les identités contemporaines ou sur les pratiques sociales ? Cette question est abordée de manière assez sommaire au cours de l’exposition.

Dans la série Shamanistic Travel Equipment de l’artiste allemande Sarah Ancelle Schönfeld, elle est davantage tournée vers la science-fiction et le sacré. Des visuels illustrant les technologies contemporaines sont imprimés sur des peaux de vaches qui symbolisent le voyage spirituel dans différentes communautés chamanes. L’esprit humain peut ainsi vagabonder vers d’autres états de conscience, d’identités et de réalités.

Harding Meyer, peintre brésilien installé à Berlin exploite l’identité numérique à travers le portrait dans sa série de peintures Ohne Titel. Il retravaille des visages qu’il extrait de magazines, de la télévision ou de sites internet pour leur offrir une nouvelle identité, des doubles numériques à l’image des portraits remodelés à l’infini par des logiciels de retouche. L’approche qui s’avère intéressante aurait peut-être mérité d’être exploitée davantage dans l’exposition.

Pour sa première édition, la Biennale d’art contemporain de Strasbourg présente des choix variés, tant par les médiums utilisés que par la diversité d’artistes proposés. Si l’exposition ne compte que quatre artistes français (dont un strasbourgeois) sur les dix-huit représentés, elle met cependant à l’honneur les liens forts entre les communautés artistiques franco-allemandes, avec au total six artistes allemands exposés.

Malgré les contraintes du lieu (couloirs, pièces hétérogènes…) la scénographie parvient à exploiter astucieusement l’espace et propose un circuit dynamique aux visiteurs. Parmi les points faibles, la coordination et la médiation écrite constituent sans doute des aspects à améliorer lors d’une probable prochaine édition, notamment à travers le caractère parfois non-exhaustif et un peu trop descriptif de certaines notices, qui ne permettent pas toujours une explication claire et une bonne compréhension des œuvres.

#biennale d'art contemporain

Samba Soussoko, passionné par l’évolution, joue avec les os en 3D et conquiert les musées

Samba Soussoko, passionné par l’évolution, joue avec les os en 3D et conquiert les musées

Illustrateur et animateur 3D, réalisateur, créateur d’applications et féru de sciences, Samba Soussoko aurait presque du mal à se définir lui-même. Mais le cœur de son métier, c’est la vulgarisation scientifique. Entre son atelier et les musées de Strasbourg, il offre au grand public, aux enseignants et aux chercheurs des outils ludiques pour comprendre l’évolution, sa grande passion.

Samba Soussoko est illustrateur 3D, réalisateur, sculpteur et vulgarisateur scientifique à ses heures perdues. Tout Strasbourgeois a vu ses créations au Vaisseau, mais aussi à la Cité des sciences de La Villette. Mais l’homme est plutôt discret, modeste. Alors nous sommes allés forcer sa nature pour rencontrer celui qui joue aux puzzles 3D avec les os du musée zoologique de Strasbourg.

Heureusement qu’en bon passionné, l’artiste est volubile sur son travail, dont il donne un aperçu en accueillant dans les locaux du musée zoologique de Strasbourg, l’un de ses partenaires récurrents. Là, derrière les galeries d’animaux empaillés, derrière un immense crabe accroché au mur, le vulgarisateur scientifique pousse une porte qui ouvre sur un atelier plein d’ossements et de vertèbres…

L’homme qui intéresse le grand public, les profs et les chercheurs

« Vertébrés« , c’est d’ailleurs le nom de son projet actuel et il est colossal : il s’agit de développer une application permettant de visualiser en 3D des spécimens réels qui ne sont pas montés. Autrement dit, c’est Samba qui modélise les os et les assemble numériquement. Le résultat est impressionnant (voir la vidéo ci-dessus, les autres vidéos sont sur Facebook). L’utilisateur de la future application pourra alors manipuler, déplacer, comparer les squelettes d’ours, de tigre, de chien, d’une multitude d’animaux, avec le squelette humain.

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Avec une fierté manifeste, il explique que « Vertébrés » est son premier projet véritablement destiné aux chercheurs, alors qu’il s’adressait plutôt au grand public et aux enseignants avec ses projets précédents. Celui-ci suscite beaucoup d’engouement chez les archéozoologues notamment…. Avant « Vertébrés », il y a eu « Le Buisson du vivant » et « La Frise du vivant », des applications sur la classification des espèces, ou encore « La Variation et ses conséquences » et « La Sélection sexuelle ».

Une passion cultivée dans les couloirs du musée zoologique

Pourtant, Samba Soussoko n’était pas prédestiné à devenir l’un des seuls vulgarisateurs scientifiques de France, capable de mettre en musique les os et l’animation 3D.

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Lui qui a grandi en partie au Mali et à Strasbourg, avec son père malien et sa mère alsacienne, essaye de comprendre d’où lui viennent ces deux passions :

« J’étais abonné à L’Argonaute (un magazine de vulgarisation scientifique français, ndlr), et je venais rêver au musée zoologique. J’étais un peu le mouton noir de la famille. Enfin ça ne les choquait pas que je me passionne pour tout cela, mais j’étais un peu à part avec mes histoires. »

Pendant longtemps, il ne sait trop ce qu’il fera de sa vie. Doué pour les sciences, il entame une prépa puis un master de physique, alors qu’il voulait déjà faire de la 3D. Sauf « qu’il y a 27 ans, faire de l’animation 3D, ce n’était pas si évident… »

Le voilà donc bouquiniste sur les marchés aux livres de Strasbourg pendant un temps. Il écume les salons et festivals et le déclic se fait quand il rencontre des étudiants des Arts-déco. Il « revient aux images », sa passion, avec « toujours en tête, les sciences ».

Samba Soussoko s'est formé tout seul à la modélisation 3D, mais aussi à l'anatomie (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Samba Soussoko s’est formé tout seul à la modélisation 3D, mais aussi à l’anatomie (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)

Il se forme alors complètement seul ; sur l’animation, les logiciels, l’illustration 3D, les volumes… Et surtout, sur l’anatomie, le vivant, l’évolution, la classification des espèces. Le jour de cet entretien, il se réjouit d’avoir « reçu un canard », en pièces détachées, bien sûr, et s’attache à reconstituer sa colonne. Plus loin, il joue au puzzle avec les vertèbres d’un bovidé, pour expliquer comment tout cela s’emboîte.

« J’ai fait quelques trucs que je me serais bien épargnés »

Certaines de ces applications sont des déclinaisons de films, qui ont permis à Samba d’exercer ses talents en animation 3D, domaine dans lequel il a commencé en répondant à des commandes, par exemple pour le campus de Strasbourg, l’Eurométropole de Strasbourg ou pour des groupes privés. Il explique qu’en débutant, il ne fallait pas faire la fine bouche :

« De la 3D, il y en a partout, donc j’ai pu faire des choses pour des projets d’architecture, d’archéologie et parfois de la publicité, de la communication. Au tout début, on n’a pas trop le choix des projets, j’ai fait quelques trucs que je me serais bien épargnés. »

Et puis, à l’occasion d’un appel d’offres, un ami lui dit de se lancer, et c’est le tournant : en 2009, le Vaisseau de Strasbourg lui demande de travailler sur une exposition. Il raconte :

« J’ai travaillé sur l’exposition « Destination Mars », avec Stéphane Coydon. J’ai pu faire toute la scénographie, toutes les illustrations de l’expo, mais aussi toute l’exposition virtuelle en 3D. Ça a été un boulot extraordinaire. J’ai ensuite à nouveau travaillé pour le Vaisseau, sur un projet où je n’ai pas seulement fait la réalisation, mais toute l’animation. C’est là que je me suis dit que c’est ce que j’avais envie de faire ».

Là, Samba se lance dans son premier projet de A à Z, un court-métrage d’animation appelé La Théorie de l’évolution. Il sera diffusé en 2014 à la Cité des Sciences et au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, au Vaisseau à Strasbourg et sur Arte. Une étape qui fera effet boule de neige et fera connaître Samba auprès de l’Éducation nationale et aussi d’autres musées.

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En 2013, il lance sa propre société de productions, Laetoli, du nom de ce site en Tanzanie où ont été découvertes les premières traces de pas de l’Humanité, des pieds d’australopithèques fossilisés dans la cendre il y a 3,7 millions d’années.

Après le lancement de son film Le grand arbre de la vie, le Musée des confluences de Lyon l’approche pour l’intégrer à son exposition permanente. Au cœur de tous ces projets : l’évolution. Un thème qui le passionne depuis toujours, lui qui est assez « monomaniaque », de ses propres mots.

Des loisirs ? « Rajoutez-moi des journées dans la semaine ! »

La passion de la matière est palpable et Samba l’explore aussi durant son temps libre, où il s’attelle à la sculpture, toujours sur une thématique très animale : dragons, pieuvres et autres créatures hybrides sont nés dans son atelier personnel. Il regrette de ne pas avoir plus de temps à y consacrer :

« Ces sculptures sont des projets prenants, que je n’ai pas continués depuis longtemps… C’est dommage, car j’aime beaucoup mettre les mains dans la terre. »

Ces projets personnels, Samba n’exclut pas de les exposer un jour. Toujours fourmillant d’idées, il a en tête des projets qui incluraient d’autres domaines qui l’intéressent :

« J’adore la science-fiction et le fantastique, je lis énormément de bouquins. La fiction m’intéresse beaucoup et j’aimerais travailler dans ce domaine. J’ai 2-3 scénarios en tête que j’aimerais bien mettre en images. »

Ce qui intéresse le vulgarisateur scientifique, c'est aussi de toucher à la matière, au volume. Les coulisses du musée zoologique lui offrent un formidable terrain de jeux. (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Ce qui intéresse le vulgarisateur scientifique, c’est aussi de toucher à la matière, au volume. Les coulisses du musée zoologique lui offrent un formidable terrain de jeux. (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)

Ce bourreau de travail n’a pas beaucoup le temps pour les loisirs (« ou alors, rajoutez-moi des journées dans la semaine », dit-il en riant), mais son statut d’indépendant lui laisse une liberté qu’il chérit :

« Je travaille la plupart du temps dans mon atelier, qui est collé à mon domicile, donc j’ai peut-être beaucoup de travail, mais en même temps, je suis beaucoup à la maison. J’aime beaucoup cuisiner et puis je vais pas mal au cinéma. »

D’ailleurs, cela fait « 31 ans que je vais au Star ! » S’il a un penchant pour le fantastique, il goûte à tous les styles de films :

« Ça peut aller d’un Marvel à un film intimiste français ou italien. J’aime bien regarder les films en version originale, donc parfois je vais à l’UGC pour voir les blockbusters. Avant, il y avait le « Club » qui faisait ça. Et puis il a fermé. »

« Strasbourg, mille fois oui »

Lancé sur sa ville, il ne tarit plus d’éloges. Aujourd’hui installé près de la Gare, il a fait tous les quartiers de Strasbourg, ou presque :

« Je suis un globe-trotter de la ville, j’ai fait Neudorf, Neuhof, quartier Polygone, Kibitzenau… Si je devais choisir un endroit préféré, ce serait peut-être celui de mon enfance. J’ai de très beaux souvenirs de la Robertsau, où on a habité et où étaient mes grands-parents. »

L'artiste-scientifique a nourri ses passions dans les couloirs du musée zoologique depuis tout petit (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
L’artiste-scientifique a nourri ses passions dans les couloirs du musée zoologique depuis tout petit (Photo DL / Rue89 Strasbourg / cc)

Aujourd’hui, c’est avec ses 4 enfants, dont deux déjà grands, qu’il profite de Strasbourg, une ville qu’il ne quitterait pour rien au monde :

« Sans démagogie, vraiment, j’adore vivre dans cette ville à échelle humaine. Il s’y passe toujours beaucoup de choses, on peut tout faire en vélo ou en transports en commun. C’est chouette avec des enfants, il y a un super réseau de médiathèques, il y a les parcs… Au quartier Gare, on est bien, avec le parc du Heyritz pas très loin, mais aussi le quartier Montagne Verte à 5 minutes. Donc oui, Strasbourg, mille fois oui. Même si je pourrais aussi très bien vivre dans un climat bien plus chaud… »

Pour le travail, rien de tel que le réseau local

Ce sera tout pour sa vie personnelle. Fidèle à lui-même, il embraye en mettant en avant les autres, toutes ces collaborations qui l’ancrent dans la région, qui l’ont aidé à se développer et à se maintenir :

« J’ai plusieurs partenariats et collaborations ici : le Vaisseau, le musée zoologique, la Maison pour les Sciences en Alsace.. Je m’attache à travailler avec des sociétés du coin. Avec le numérique, on peut faire des choses à distance, mais c’est important de travailler localement. Pour les films, pour le son, je travaille avec la société NR Vision, pour le graphisme, avec Alexandre Metzger et pour le développement des applications, avec Method in the madness… »

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Aujourd’hui, « les liens sont posés », répond le scientifique au statut « d’artiste-auteur. » S’il n’a pas le parcours classique d’un chercheur, il n’a jamais eu aucun problème de légitimité dans ses collaborations :

« Le parcours, c’est secondaire. Les gens regardent plutôt ce que vous savez faire. Moi je vais voir les musées, ils prennent connaissance de mes productions… Aujourd’hui ça marche bien, je monte des projets dans les domaines qui m’intéressent, je cherche des financements et je les réalise. Cela reste une niche, il n’y a pas beaucoup d’argent dans ce domaine, mais il y a des sources comme l’Éducation nationale, la Région Grand Est… »

« Vertébrés » doit être disponible en octobre 2019.

Migrants au parc de la Bergerie : des mises à l’abri ordonnées, d’autres laissés dehors

Migrants au parc de la Bergerie : des mises à l’abri ordonnées, d’autres laissés dehors

Des associations d’aide aux migrants ont obtenu du juge administratif des ordonnances de mise à l’abri pour une partie des familles de migrants, actuellement sous des tentes au parc de la Bergerie à Cronenbourg.

La situation des migrants installés dans un camp de fortune, dans un coin du parc de la Bergerie à Cronenbourg, évolue difficilement. Suite aux actions devant le tribunal administratif de plusieurs associations d’aide aux migrants et personnes sans abri (dont le collectif du parc de la Bergerie, D’ailleurs nous sommes d’ici, Point accueil et solidarité…), sept familles ont obtenu du juge des référés des ordonnances de mise à l’abri.

Une quinzaine de personnes ont le droit d'être hébergées par l'Etat (Photo Gérard Baumgart / doc remis)
Une quinzaine de personnes ont le droit d’être hébergées par l’Etat (Photo Gérard Baumgart / doc remis)

Pour ces familles avec des enfants, dont certains en bas âge, le juge administratif « enjoint à l’Office français de l’immigration et de l’intégration de [leur] désigner un lieu d’hébergement susceptible de les accueillir dans un délai de vingt quatre heures. » Cette injonction est parfois assortie d’une astreinte de 100 euros par jour de retard. Ces dispositions concernent 17 personnes.

Les associations restent mobilisées

Les associations ne crient pas victoire pour autant et attendent à présent que soient réalisées ces mises à l’abri. Une précédente ordonnance avait été déjà obtenue, également assortie d’une astreinte, pour une femme seule avec 2 enfants de 4 et 6 ans mais n’a pas été suivie d’effets.

Une nouvelle famille est venue s'installer sous une tente dans ce parc (Photo Gérard Baumgart / doc remis)
Une nouvelle famille est venue s’installer sous une tente dans ce parc (Photo Gérard Baumgart / doc remis)

En revanche, il reste encore une vingtaine de personnes sous les tentes dans ce parc et qui sont pour l’instant sans perspective. Leur situation sanitaire se complique. Une nouvelle famille est venue se joindre au groupe. Selon Météo France, les températures descendent en dessous de 0° C en cette semaine entre Noël et Nouvel An.

La plupart des personnes du camp de la Bergerie sont des Albanais, qui viennent soit d’Albanie, soit du Kosovo soit encore de Macédoine. Certains n’ont pas encore déposé leur demande d’asile et doivent donc le faire pour espérer bénéficier du système d’accueil et d’hébergement dédié (mais qui est saturé), d’autres ont déposé leur demande dans un autre pays et doivent donc y retourner selon le règlement européen de Dublin et d’autres encore se sont vus refuser l’asile et pourraient être reconduits à la frontière.

(avec Gérard Baumgart)

Après une alerte à la bombe, la gare de Strasbourg évacuée pendant plus de deux heures

Après une alerte à la bombe, la gare de Strasbourg évacuée pendant plus de deux heures

La gare de Strasbourg a été évacuée jeudi 27 décembre à partir de 18h30 en raison d’une alerte à la bombe. Tous les trains au départ ont été suspendus et tous les trains en approche ont été arrêtés avant leur entrée à Strasbourg. L’alerte n’a été levée que vers 21 heures.

Fin de l’incident et fin de ce compte-rendu en direct. Bon courage à tous les voyageurs qui ont été bloqués, et bonnes fêtes quand même ! 🙂
Reprise du trafic ferroviaire, certains trains accusent donc un retard de plus de 2h30.
L’accès nord est la première entrée de la gare réouverte.
La préfecture du Bas-Rhin annonce que l’opération de « lever de doute » se termine pour les policiers et les démineurs à la gare de Strasbourg. Le trafic devrait progressivement être rétabli. La gare a été fermée et le trafic interrompu pendant plus de deux heures trente.
Périmètre d'accès à la gare bouclé (Photo LAD / doc remis)
Périmètre d’accès à la gare bouclé (Photo LAD / doc remis)
Périmètre d'accès à la gare bouclé (Photo LAD / doc remis)
Périmètre d’accès à la gare bouclé (Photo LAD / doc remis)
La SNCF confirme qu’il s’agit bien d’une alerte à la bombe, suite à un SMS envoyé par un voyageur. La police et les démineurs ont été mis en place pour une procédure de « lever de doute ». La SNCF attend la fin de cette procédure pour reprendre le trafic. Plusieurs centaines de voyageurs ont été évacués. Une trentaine de trains ont été impactés, 25 sont à quai dans les gares environnantes dont 2 TGV et 5 sont arrêtés en pleine voie, mais aucun TGV.
Selon la préfecture du Bas-Rhin, il s’agit bien d’une alerte à la bombe. La gare est évacuée pour vérifier qu’il n’y a rien de suspect. Il ne s’agit pas d’un simple colis abandonné, auquel cas le périmètre d’interdiction est beaucoup plus restreint.
Selon l’adjoint au maire Paul Meyer, la gare est bouclée pour être sécurisée en raison d’un appel anonyme :
Des voyageurs ont été débarqués en gare de Sélestat (Photo CG / Rue89 Strasbourg)
Des voyageurs ont été débarqués en gare de Sélestat (Photo CG / Rue89 Strasbourg)
D’après des témoignages parmi les voyageurs des TER, un train a été arrêté à Sélestat et annulé. Ses passagers doivent attendre à Sélestat que le trafic vers Strasbourg reprenne.
La gare de Strasbourg a été fermée et évacuée jeudi 27 décembre depuis 18h30, en raison d’une alerte à la bombe. Tous les trains au départ sont suspendus et tous les trains à l’arrivée sont arrêtés sur les voies au nord et au sud et ne peuvent atteindre la gare. Certains trains régionaux ont été annulés et leurs passagers débarqués dans des gares plus ou moins proches, comme Sélestat.

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Un an après la mort de Naomi Musenga, un rassemblement pour obtenir des réponses

Un an après la mort de Naomi Musenga, un rassemblement pour obtenir des réponses

Samedi 29 décembre, le collectif « Justice pour Naomi Musenga » organise un rassemblement à 16h, place de l’Hôpital à Strasbourg, un an jour pour jour après la mort de la jeune femme de 22 ans dont l’appel au Samu n’avait pas été pris en compte.

Le collectif « Justice pour Naomi Musenga » organise samedi 29 décembre un rassemblement en la mémoire de la jeune femme, morte à Strasbourg il y a un an, après avoir été raillée par une opératrice du Samu. Le rassemblement est prévu place de l’Hôpital, de 16 heures à 18 heures. Une minute de silence sera observée à 17h30, heure officielle à laquelle Naomi Musenga est décédée, le 29 décembre 2017.

Une large place sera accordée à la famille, avec un dépôt de roses, des chants, entonnés notamment par ses oncles et ses tantes, mais aussi des prises de paroles, assurées par les parents de la jeune femme ainsi que Louange Musenga, l’une de ses soeurs. « Le but est de mettre en avant toutes les questions qui restent en suspend, souligner aussi les avancées de l’affaire », détaille Louange Musenga.

De nombreuses questions toujours en suspens

Le lieu du rassemblement, devant l’hôpital, n’est pas anodin : la famille, qui est longtemps restée sans réponse sur les circonstances exactes de la mort de Naomi souhaite être entendue. « Notre démarche c’est aussi d’améliorer le système de santé », souligne Louange Musenga.

Les dysfonctionnements du Samu n'ont guère été évoqués dans cette affaire (dessin Ariane Pinel)
Les dysfonctionnements du Samu n’ont guère été évoqués dans cette affaire (dessin Ariane Pinel)

Après la mort de Naomi, il avait fallu à sa famille obtenir et rendre public le glaçant échange téléphonique entre la jeune femme de 22 ans et l’opératrice du Samu pour que l’affaire soit médiatisée et qu’une écoute plus attentive à leurs demandes soit apportée. En juillet, les Musenga ont été reçus par la ministre de la Santé Agnès Buzyn, une rencontre où il a principalement été question de l’organisation du Samu.

Dans le courant de l’été, une information judiciaire pour « non-assistance à personne en péril » et « homicide involontaire contre X » contre l’opératrice a été ouverte. Peu de temps après, la procureure de la République de Strasbourg a indiqué que les éléments de l’enquêtent laissent penser que Naomi serait morte d’une surconsommation de paracétamol. Une thèse contestée par la famille de la jeune femme. À Streetpress, la mère de Naomi, Bablyne, a confié qu’elle s’est entendue dire qu’il fallait qu’elle « accepte la fatalité » :

« Cette affaire, c’est comme si vous étiez dans un film. Mais c’est la réalité. Je n’accepte pas qu’on dise que le paracétamol a tué ma fille. Je n’accepterai pas la fatalité. Jamais ! »

Pour le procureur, une intoxication au paracétamol serait la cause du décès de la jeune femme... (Dessin Ariane Pinel)
Pour le procureur, une intoxication au paracétamol serait la cause du décès de la jeune femme… (Dessin Ariane Pinel)

Une thèse également difficile à croire pour le Pr Christian Marescaux. L’ancien professeur des Hôpitaux universitaires avait également dénoncé un manque de moyens pour les urgences, ce qui lui avait valu d’être poursuivi par la direction des hôpitaux. Il s’est joint au combat de la famille Musenga.

Le 30 octobre, un juge d’instruction a annoncé la nomination d’un collège d’experts pour déterminer les circonstances exactes du décès de Naomi. Ce collège n’a toujours pas été formé. Au Samu, l’opératrice a été radiée et le responsable du service a été muté. Mais ses fonctions ont été ajoutées au médecin responsable du services des urgences. La pétition « Justice pour Naomi » a obtenu près de 350 000 signatures.

Spiderman : New Generation, la meilleure adaptation des comics au cinéma

Spiderman : New Generation, la meilleure adaptation des comics au cinéma

Bijou d’animation et reflet de son époque, Spiderman : New Generation est le miracle cinématographique de cette fin d’année, la meilleure et la plus fidèle adaptation animée des comics américains.

Alors qu’aux États-Unis, le dernier film Spiderman rafle la première place du box-office, est salué unanimement par la critique et obtient la reconnaissance du public américain, les dernières aventures du tisseur de toile peinent à trouver leur public dans l’hexagone – pour ne pas dire qu’il fait un bide total. Comment expliquer ce désamour des Français pour Spiderman : Into the Spider-verse (renommé New Generation en France) ?

Sans doute en raison d’une promotion ratée : vendu comme un film familial, le marketing s’est contenté de rappeler que des footballers prêtent leur voix à plusieurs personnages, sans préciser qu’ils n’ont que six répliques à eux deux dans le film. L’accueil du film rappelle l’égarement proprement français à considérer le cinéma d’animation comme l’occasion d’occuper les marmots, cibles de ces campagnes promotionnelles à côté de leurs pompes.

Quel dommage ! Réalisé par Peter Ramsey, Bob Persichetti et Rodney Rothman, cette dernière mouture de l’homme-araignée est un miracle visuel, une proposition inédite, hybridant les arts et les formes, le tout au service d’une histoire formidablement bien écrite.

Miles Morales va découvrir ses nouveaux pouvoirs et devenir Spiderman. ( © Sony Pictures Animation)

C’est quoi ta définition d’une clique ?

Miles Morales, un ado afro-américain, appréhende sa rentrée scolaire dans un établissement chic et bien comme il faut. Terrifié par cette promesse d’ascension sociale, il préfère la compagnie de son oncle Aaron avec qui il partage sa passion pour la musique et le graffiti. Alors qu’ils s’infiltrent dans les égouts pour taguer un mur, une araignée mord Miles : vous connaissez la suite.

Pendant ce temps, le Caïd, chef de la pègre new-yorkaise, parvient à ouvrir un portail multi-dimensionnel. En sortiront des Spiderman improbables : Spider-Gwen, alter ego féminin, mais aussi Spiderman Noir (incarné avec brio par Nicolas Cage !), Penni Parker, jeune fille issue d’un manga de mecha ou… Spider-cochon. Une version quarantenaire de Peter Parker, ventripotent dépressif dont le cynisme jure avec l’enthousiasme habituel de l’homme-araignée, deviendra le mentor malgré lui du jeune Miles.

Leur relation est l’un des tours de force du film car sans trop en faire, cette transmission filiale, thème clé de Spiderman, est l’occasion de plusieurs scènes touchantes où les deux personnages apprennent l’un de l’autre. Miles doit gérer ses nouveaux pouvoirs et choisir qui il veut être alors que Peter B. Parker va devoir accepter d’échouer pour atteindre la rédemption dans son univers. C’est en ce sens que Spiderman: Into the Spider-verse est un film familial, il raconte la reconfiguration de personnalités radicalement différentes mais dont les valeurs et les enjeux sont similaires. Longue vie au Spidergang !

Le Spidergang au complet. (Photo Sony Pictures Animation)

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Jamais un style visuel aussi proche de celui des comics n’aura frappé les écrans de cinéma. Le mélange de dessin et d’animation 3D est prodigieux, les personnages sont caractérisés en une esquisse, les visages sont animés par des émotions plus vraies que natures et les textures des matières sont inédites. En effet, le film recourt à la quadrichromie, cette technique cheap d’impression par micro-points propre aux comics, et aux trames pour marquer les ombres et les reflets.

Les corps, dont les formes et styles d’animation varient selon la dimension d’origine, sont identifiables en une fraction de seconde (lire cette analyse des trailers montrant la virtuosité du film). Des procédés d’animations créés pour le film permettent ce rendu si saisissant : des arrêts sur images reproduisent les pages d’un comic book, des onomatopées ponctuent les actions des personnages et des pages se tournent.

La fixité des arts visuels est retranscrite par l’étirement de l’animation des personnages ; le rythme d’animation fonctionne par à-coup, pour mieux mettre en avant les images clés (à comprendre les images de début et de fin d’un mouvement) et le rendu donne un effet saccadé, propre à l’animation traditionnelle. Ce pari esthétique est une franche réussite. Le sens de l’action, des postures, de même que la puissance des comics ne sont pas évacués par le mouvement propre au cinéma : ils sont sublimés par une gestion parfaite du rythme. On saluera par ailleurs un montage impeccable qui laisse le temps aux émotions et à l’humour des scénaristes de se déployer malgré un rythme effréné qui nous fait ressortir essoufflé de la séance.

Une rencontre entre le polar noir et les Looney Tunes

L’approche « Et si… », déjà explorée par les comics permet des folies visuelles et narratives bienvenues, comme la rencontre improbable entre le polar noir et la légèreté des Looney Tunes. Le long métrage recourt en effet à ce qui pourrait sembler être une addition de références que les amateurs reconnaîtront avec grand plaisir. L’héritage des comics est intégré dans son récit même, au point où les personnages du film sont gavés de produit dérivés de Spiderman, au point d’avoir droit à des glaces ou un album de noël estampillés Spiderman ! On se souviendra notamment des séquences où Miles apprend à se servir de ses pouvoirs en relisant les comics originaux, mise en abyme délicieuse et drôle à souhait.

Le film puise son esthétique dans les comics par son choix de cadrage, de texture et de couleurs. (© Sony Pictures Animation)

Difficile de se contenter d’un seul visionnage tant l’œuvre fourmille de détails, d’idées nouvelles. C’est également en cela que Spiderman : Into the Spider-verse est un film important : il témoigne avec justesse de notre boulimie d’images. Tout y est excessif, l’esthétique du film relève à la fois du glitch, du street art et de la longue tradition du cinéma d’animation. Une maîtrise des motifs esthétiques accorde au film une densité impressionnante : « l’entre-dimension » où les protagonistes sont projetés est représentée par différentes toiles d’araignées reliant les univers entre eux, rappelant que le mythe fondateur de l’Homme-araignée reste la matrice de ces récits.

Impossible de ne pas évoquer la bande son, faite de musique concrète, de jazz mais surtout de rap US. Au programme, Duckwrth, Juice Wrld, Nicki Minaj ou Post Malone. La bande originale, signée Daniel Pemberton, est mémorable et on se surprend à retenir quelques thèmes instrumentaux (mention spéciale au thème du Rôdeur).

Une célébration du « What if… »

Spiderman : Into the Spider-verse est une bouffée d’air frais dans un genre rincé. Le film opère une déconstruction soignée du film de super héros. Il est certes l’origin story de Miles mais sans la prétention de réinstaurer une vision de Spiderman qui repousserait les films de Sam Raimi ou Marc Webb (comme le faisait Spiderman Homecoming dont le but était de se rattacher aux Avengers). Cette convergence des super-héros est le projet mégalomaniaque du Marvel Cinematic Universe (MCU) : relier toutes ses productions entre elles pour voir émerger un canon, une histoire officielle, qui cimenterait un univers commun. Si dans le MCU, les films se renvoient les références et clins d’œil pour authentifier cet univers étendu, Spiderman : Into the Spider-verse célèbre au contraire l’autonomie de son récit, sa capacité à détourner les attentes et devient à cet égard une proposition radicalement divergente. Si l’œuvre affirme que nous pouvons tous être Spiderman, c’est surtout qu’on peut faire de Spiderman ce que l’on veut !

Le film témoigne de la jouissance du « What if » et procède à la destruction du canon. C’est à cet égard que le film est une des œuvres les plus contemporaines, il propose une réappropriation parmi tant d’autres du mythe Spiderman. Il démontre notre capacité à se saisir de récits et mythes qui nous entourent et à les transformer, à la manière d’une partie de jeu de rôle ou d’une fanfiction.

En recourant aux mondes parallèles et à la « rupture du continuum espace-temps », c’est précisément l’enjeu du film que de rappeler sa condition post-moderne : la dimension de Miles ne vaut pas plus qu’une autre et il n’existe pas de vrai Peter Parker. Ainsi, les grincements de dents et préoccupations conservatrices quant aux enjeux de représentations en sont devenus caduques.

Sony, qui produit et distribue le film, confirme son ambition de varier les récits de l’Homme-araignée comme ce fut le cas avec le formidable Marvel’s Spiderman, sorti sur Playstation 4 en Septembre, et qui propose d’incarner un Peter Parker habitué à endosser le costume. Bien que l’histoire proposée par le jeu soit classique, elle ne fait ni ombre ni objection à celle du film ni aux productions antérieures. Qu’importe le flacon tant qu’on ait une bonne histoire ; cette réappropriation street de Spiderman (première au cinéma, Miles Morales existe depuis 2011 en comics) est absolument jouissive et est sans doute le Spiderman le plus réussi sur grand écran.

La radio numérique terrestre débarque à Strasbourg

La radio numérique terrestre débarque à Strasbourg

La radio est devenue numérique à Strasbourg depuis le 5 décembre. C’est une opportunité pour nombre de radios qui peuvent enfin s’installer à Strasbourg, mais le coût d’accès est élevé et l’adoption par la population loin d’être évident.

Depuis le 5 décembre, 43 radios émettent en Alsace via la technologie DAB+ (pour Digital audio broadcasting, le nouveau nom de la radio numérique terrestre, RNT) à partir d’émetteurs mutualisés. L’Alsace compte 4 émetteurs autorisés : trois locaux pour Strasbourg, Mulhouse et Colmar et un qui émet de Saverne au nord jusqu’à Mulhouse au sud, appelé « Strasbourg étendu » et que se partagent 13 radios. Un dernier émetteur est en cours de constitution pour Haguenau.

Techniquement, chaque émetteur, ou multiplex, émet une fréquence porteuse unique sur laquelle il transmet un « tressage » de 13 radios codées en numérique. À l’arrivée, le récepteur sépare les 13 signaux. Dans chaque cas, les 13 radios associées, qu’elles soient commerciales ou associatives, doivent s’entendre pour supporter le coût de diffusion de leur multiplex commun. Pour le public, la qualité d’écoute de la radio numérique terrestre est bien meilleure que celle de la FM… À condition bien sûr d’être équipé d’un récepteur.

Après 15 ans de tentative de diffusion numérique en France, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a décidé d’aligner le pays sur cette norme de radio mondiale. Avec l’arrivée de la RNT en Alsace et en Rhône-Alpes en décembre, cette technologie atteint à 20% de la population. C’est le seuil pour imposer aux industriels de s’adapter. D’ici quelques mois, tous les postes de radios neufs commercialisés devraient être en mesure de recevoir le DAB+. D’ici un an et demi, l’industrie automobile devra équiper ses nouvelles voitures de récepteurs de radios numériques.

Faute de place sur la bande FM, la Radio chrétienne francophone (RCF) n'était pas présente en Alsace. Pour elle, l'ouverture de multiplex DAB + est une opportunité d'émettre en terre concordataire. (Photo CG / Rue89 Strasbourg / cc)
Faute de place sur la bande FM, la Radio chrétienne francophone (RCF) n’était pas présente en Alsace. Pour elle, l’ouverture de multiplex DAB + est une opportunité d’émettre en terre concordataire. (Photo CG / Rue89 Strasbourg / cc)

Pour l’heure, pas question pour autant d’abandonner la bande FM, assure le CSA. Les deux technologies vont cohabiter en France. Car même si le DAB+ est désormais disponible, il va falloir du temps pour que la population l’utilise. En Europe, seule la Norvège a basculé en tout DAB+. En Allemagne et au Royaume-Uni, cette technologie couvre pratiquement toute la population mais le taux d’écoute reste confidentiel. Nicolas Curien, président du groupe de travail radio du CSA, explique :

« Le système a une certaine inertie. Il faut d’abord déployer le réseau puis que les gens s’équipent. En France, on ne pourra pas se poser la question avant plusieurs années d’un éventuel calendrier de bascule de la FM vers le DAB+. Les deux technologies cohabiteront durablement dans notre pays. »

Pour certaines radios, l’autorisation d’émettre en DAB+ représente cependant une réelle opportunité pour atteindre un nouveau public, alors qu’en Alsace, en raison du partage des fréquences avec l’Allemagne, la bande FM est saturée. En outre, l’écoute des radios par Internet a remplacé le poste de radio dans de nombreux foyers.

Les radios disponibles en DAB+ à Strasbourg le 5 décembre (doc dabplus.fr)
Les radios disponibles en DAB+ à Strasbourg le 5 décembre (doc dabplus.fr)

Meilleur son, couverture plus étendue…

Mais pour autant, sauter le pas de la DAB+ n’a été évident pour aucune radio. Simon Warynski, président de la station musicale Accent 4, radio associative 100% locale, reconnaît des avantages à se lancer dans l’aventure de la DAB+ :

« Cette technologie nouvelle permet une bien meilleure qualité de son pour nos auditeurs, et le multiplex nous offre une zone de couverture bien plus étendue que celle que nous avons sur la bande FM. Mais on ne sait pas du tout ce que va devenir la FM. On sait juste que si on ne prend pas le train de la RNT, on risque un jour de ne plus pouvoir diffuser. On a longtemps hésité pour des raisons économiques. Accent 4 est une radio associative qui tire ses ressources des dons et des subventions. Diffuser sur le DAB+ va nous coûter plus de 10 000  euros supplémentaires par an. Il va nous falloir trouver de nouvelles ressources. »

Pour les grosses radios commerciales, le DAB+ représente une opportunité de ciblage publicitaire, comme l’explique Pierre Bellanger, président de Skyrock :

« L’écoute radio issue d’une requête d’un terminal permet de mesurer l’audience réelle en instantané et en continu. Elle permet de qualifier des groupes de publics en fonction de leurs profils. Dans ce modèle la publicité est commercialisée par enchère à la volée et chaque groupe qualifié reçoit les messages qui lui correspondent intégrés au sein d’un même programme. C’est une révolution. C’est la puissance de la radio et la finesse d’Internet enfin réunis. »

Les radios du service public à la traîne

Mais le président de Skyrock reconnaît quand même :

« La montée en puissance de ce nouvel âge d’or de la radio est un investissement majeur pour les radios, investissement qu’elles ne peuvent supporter en s’appuyant sur leurs seules ressources. Nous poursuivons notre développement RNT mais sans encore de visibilité. »

Si Skyrock s’est déjà positionné, d’autres radios ont été plus lentes à se décider. Ainsi NRJ ne fait pas partie des 43 radios à émettre en DAB+ en Alsace, ni en Rhône-Alpes, ni en Hauts-de-France. La radio a quand même pris le train en marche et sera à Bordeaux et Toulouse bientôt, et devrait se positionner sur les multiplex métropolitains.

Quant aux stations du service public, le CSA espère qu’elles se positionneront aussi prochainement. Mais pour l’heure, elles négocient encore avec leur autorité de tutelle qui exige 30 millions d’économie en 3 ans…

#Accent 4

Un mardi soir, quand tout s’emballe…

Un mardi soir, quand tout s’emballe…

L’attaque de Strasbourg a profondément marqué notre petite rédaction. Entre choc et professionnalisme, nos journalistes se sont mobilisés sans compter pour rendre compte des événements et des informations qui en découlaient. Récit d’une soirée où tout s’est emballé.

Je me souviens très exactement de ce que je faisais ce mardi soir quand c’est arrivé. J’étais en train de siroter une Perle de Noël dans mon bar préféré, La Solidarité. Mais j’aurais pu tout aussi bien être aux Savons d’Hélène, à la Mandragore ou rue des Grandes-Arcades.

Un peu après 20h, Pierre m’appelle, avec une tension dans la voix qui ne lui est pas familière : « il y a eu des coups de feu au centre-ville, on est repoussés par la police et confinés. » Comme à chaque fois qu’un fait-divers se produit, j’hésite. Notre petite rédaction, indépendante et autonome je le rappelle, ne dispose pas de journaliste de permanence. À cette heure, toute l’équipe a déjà enquillé une bonne journée de travail et comme à chaque fois avec les faits-divers, nous sommes dépendants des informations délivrées au compte-gouttes par la police, qui sont les mêmes que celles de nos confrères. Dans ces conditions, à quoi bon se mobiliser pour quelque chose qui pourrait être un pétard ?

Les policiers empêchent quiconque de rentrer dans l'enceinte de la Grande-ïle, même les habitants (Photo Pierre Pauma / Rue89 Strasbourg)
Au soir du mardi 11 décembre, les policiers bouclent l’enceinte de la Grande-Île (Photo Pierre Pauma / Rue89 Strasbourg)

Mais Pierre avait déjà récupéré les premières informations auprès des policiers : « il y aurait trois blessés rue des Grandes-Arcades » me dit-il. Dès lors, il n’est plus question de pétard ni de valise oubliée. « Quelqu’un » s’en est pris au Marché de Noël. Je pose ma bière sur le comptoir et regagne mon vélo. J’appelle Jean-François, il ne répond pas. Quand il est au basket, il a l’intelligence de couper son téléphone pour éviter les notifications et les emmerdes de dernière minute. C’est malin mais là, c’était un peu flippant pour les autres, qui n’ont pas son agenda en tête, ce qui est mon cas.

Trop informations arrivent trop vite, on publie un « live »

J’appelle Guillaume, qui décroche, je l’informe du peu que je sais et je lui demande de se mettre devant son ordinateur et d’attendre tous les éléments que Pierre et moi pourront lui fournir. Il aurait pu répondre « Pierre, j’ai terminé là » et ça aurait été normal. Mais il me dit « d’accord » et commence un travail de mise en ligne des bribes d’informations, de récupération des premières photos, des premiers témoignages… On appelle ça un « live, » un article minuté qui s’écrit au fur et à mesure des événements.

J’arrive à l’île centrale, près des Halles et je me retrouve évidemment bloqué par les policiers, en train d’évacuer le centre-ville. Je me présente à l’un d’eux et lui demande des informations, il me répond ce qu’il sait : « coups de feu dans le centre-ville, circulez. » Bon, je prends quelques photos et demande aux Strasbourgeois et touristes qui sortent s’ils ont vu quelque chose. Maigre récolte. De nombreuses personnes viennent vers moi et me demandent ce qu’il se passe, je ne peux leur répondre qu’avec les informations très parcellaires dont je dispose.

Que faire face aux images qui circulent ?

Je reste près de deux heures devant le pont, à collecter des témoignages au téléphone et de vive voix, et à coordonner l’équipe qui se met en place peu à peu. On s’échange les infos sur un groupe de Facebook Messenger. Mais que faire face au flot d’informations qui nous proviennent d’Internet ? Nous sommes plutôt habitués à l’enquête, aux infos recoupées plusieurs fois et un brin désemparés face aux photos et vidéos qui circulent. Comment les vérifier ? Faut-il les publier ? Heureusement, notre réseau de contacts, dont certains se trouvent au centre-ville, nous permet d’en recouper une partie. Mais le nombre de morts reste une énigme, il faudra attendre 22h pour avoir la confirmation de trois décès.

Averti par ses coéquipiers alors qu’il sort de la douche, Jean-François a rallumé son portable et trouvé nos messages. Il rassure sa famille et nous rejoint dans le dispositif.

Un bug réglé depuis la Bosnie

Au fur et mesure de la soirée, nous découvrons en même temps que tous les Strasbourgeois l’ampleur de l’attaque. Le site peine à répondre sous le nombre des sollicitations, mais notre webmaster, Geoffrey Brossard, se mobilise à son tour depuis la Bosnie. En 30 minutes, Geoffrey parvient à mettre fin à un bug qui empêchait le site de répondre correctement. Nous récupérons nos moyens de diffusion.

Je quitte mon poste face aux policiers, de plus en plus énervés, pour rejoindre mon domicile et je me connecte à mon tour au flot d’informations qui nous provienne des réseaux sociaux et des témoins. Jean-François hésite un peu, mais se dirige vers le Neudorf, où il se retrouvera à son tour bloqué devant les policiers, qui traquent le tueur. À ce stade, vers 23h, nous avons des yeux à l’Ancienne Douane, au Neudorf et sur Internet.

Vers 1h du matin, le flot d’informations baisse en intensité. Je me rends à une déclaration de presse du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. Personne n’apprend rien de nouveau avec la déclaration du ministre, mais l’intervention a au moins le mérite de stabiliser les choses. Nous collectons le reste des informations alors que la traque s’organise au Neudorf. Pierre héberge chez lui un témoin direct de l’attaque. Vers 4h, Guillaume et Jean-François trouvent la force de rédiger une synthèse de la journée, pour démarrer l’édition du lendemain. Moi, je m’effondre.

Trois jours avec une rédaction étoffée

Cette organisation spontanée durera trois jours, jusqu’à ce que la police finisse par abattre Chérif Chekatt. Dès le mercredi, nous sommes rejoints par Claire, Ophélie et Abdeslam, ce qui nous permet de publier des articles avec des angles choisis, comme la sécurité du Marché de Noël ou l’attitude à adopter avec les enfants.

À chaque instant, nous nous sommes questionnés sur notre rôle en tant que média local, alors que les équipes des télévisions nationales et internationales envahissaient les rues. Face au flot d’informations relayées très vite, nous avons choisi de ne publier que les informations que nous pouvions vérifier même si ça a eu comme effet de retarder, par exemple, la publication de la photo et de l’identité du tueur sur notre site. De même, nous avons évité de parler d’attentat avant que le mobile de Chérif Chekatt ne soit formellement établi. Nous avons aussi remarqué que les témoignages que nous arrivions à récolter sur son entourage, dont deux co-détenus, différaient aussi un peu des éléments de portrait transmis par les enquêteurs, souvent à des médias nationaux.

L’ensemble de notre travail peut être retrouvé sous le mot-clé « attaque de Strasbourg. » Il n’est pas terminé, nous collectons un maximum de témoignages pour recréer un film des événements aussi précis que possible.

Et vous ? Comment vous êtes-vous informé durant ces trois jours ? Y a-t-il des informations ou des traitements que vous auriez aimé lire sur Rue89 Strasbourg et que vous n’avez pas trouvé ?

GCO : le cadeau royal de l’homme en rouge à Vinci

GCO : le cadeau royal de l’homme en rouge à Vinci

Alsace Nature était persuadée d’emporter cette manche : celle du recours contre le viaduc de Kolbsheim. Mais à sa grande surprise, le tribunal administratif a annoncé un report d’audience. Les anti-GCO redoutent qu’un nouveau permis d’aménagement ne soit demandé, ce qui les obligeraient à recommencer toutes leurs démarches.


Trente migrants dans le froid dans un camp au parc de la Bergerie

Trente migrants dans le froid dans un camp au parc de la Bergerie

Un campement de migrants, en majorité des Albanais demandeurs d’asile, est apparu depuis mi-décembre dans un coin du parc de la Bergerie, dans le quartier de Cronenbourg.

Le camp s'est installé dans un coin du parc de la Bergerie à Cronenbourg (Photo Google Maps)
Le camp s’est installé dans un coin du parc de la Bergerie à Cronenbourg (Photo Google Maps)

Un nouveau campement de migrants, en majorité des Albanais demandeurs d’asile, s’est constitué dans le parc de la Bergerie, dans le quartier de Cronenbourg à Strasbourg. Un groupe d’une trentaine de personnes s’est installée, sous des tentes et des abris de fortune. La douzaine de familles inclut des enfants en bas âges, les plus petits ont 2 ans et 3 ans.

Des enfants très jeunes dorment dehors avec des températures hivernales... et tombent malade (Photo Gérard Baumgart)
Des enfants très jeunes dorment dehors avec des températures hivernales… et tombent malade (Photo Gérard Baumgart)

Le froid et les conditions d’insalubrité leur procure de nombreux problèmes de santé, notamment pour les enfants qui souffrent de rhumes et de bronchite selon les moments. Les associations d’aide aux migrants tentent de leur venir en aide et les médecins notent fréquemment des problèmes de santé psychologiques comme des dépressions, des décompensations de dépression… Une des jeunes filles a eu de graves problèmes d’infection de l’oreille et a dû être hospitalisée en urgence au CHU de Hautepierre.

Les familles viennent d'Albanie, l'un des pays les plus pauvres de la planète (Photo Gérard Baumgart)
Les familles viennent d’Albanie, l’un des pays les plus pauvres de la planète (Photo Gérard Baumgart)

Pour se chauffer dans la journée, les migrants utilisent des palettes qu’ils font brûler. Mais leur approvisionnement s’est tari, si bien qu’ils utilisent désormais des pneus, dont la combustion est très polluante et génère de nombreuses nuisances d’odeurs et de fumées dans le quartier. Selon le collectif D’ailleurs nous sommes d’ici, la Ville de Strasbourg est informée de la situation mais l’hébergement d’urgence est une compétence de l’État.

Des familles sont en fin de droits concernant leurs demande d'asile et peuvent être expulsées (Photo Gerard Baumgart)
Des familles sont en fin de droits concernant leurs demande d’asile et peuvent être expulsées (Photo Gerard Baumgart)

Cependant, de nombreuses personnes parmi celles qui se sont installées à la Bergerie ont vu leur demande d’asile refusée, et ne peuvent donc pas accéder au dispositif d’accueil des demandeurs d’asile, qui est de toutes façons saturé. Ils peuvent faire l’objet d’une reconduite à la frontière en plein hiver. Le collectif d’aide au camp de la Bergerie a étudié les statuts des familles présentes et déposé des recours devant la justice administrative lorsque cela est possible. Le collectif demande aux autorités de surseoir à l’examen de leur situation juridique pour immédiatement mettre à l’abri ces familles.

Pour se réchauffer, ils n'ont qu'un maigre feu, difficile à alimenter (Photo Gérard Baumgart)
Pour se réchauffer, ils n’ont qu’un maigre feu, difficile à alimenter (Photo Gérard Baumgart)

(Merci à Gérard Baumgart)

Bartek : « Beaucoup disent qu’il était Strasbourg »

Bartek : « Beaucoup disent qu’il était Strasbourg »

« Impossible à suivre », « insaisissable », « christique et bordélique »… Comment résumer la vie de Bartek, cette « victime aux mille et une vies » ? Avec les mots justes, Noémie Rousseau restitue pour Libération cette existence foisonnante, celle du cycliste fêtard, danseur traditionnel, philosophe polyglotte, journaliste et ancien veilleur de nuit, serveur et bricoleur…  Bartek est décédé dans la soirée du dimanche 16 décembre suite à l’attaque de Strasbourg. « Beaucoup disent qu’il était Strasbourg. Parce qu’ouvert, humaniste, européen. »

Bartek, connu de la moitié de la ville

Bartek était « une figure associative et culturelle » à Strasbourg. Omniprésent, infatigable, il était connu de « la moitié de la ville ». À l’hôpital, on n’a jamais eu autant de visites : « des centaines de personnes se sont succédées à son chevet », rapporte la journaliste. Les amis de Barto Pedro Orent-Niedzielski ont alors découvert « qu’ils n’en connaissaient qu’une facette. »

Barto Pedro Orent-Niedzielski dit Bartek (Photo Pascal Koenig)
Barto Pedro Orent-Niedzielski dit Bartek (Photo Pascal Koenig)

Y a-t-il un endroit à Strasbourg où Bartek n’était pas passé ? La journaliste engrène les lieux de ses habitudes : l’atelier de réparation de Bretz’selle, le festival de BD Strasbulles, le lycée des Pontonniers, la chorale l’Arrach’choeur, le groupe de danse polonaise Wiosna, les cours de langue hongroise ou yiddish, les bars et les cuisines enfumées des fêtes en appartement…

Le deuil dépasse les frontières françaises : « le parti Podemos a proposé son aide. Des cierges ont été allumés dans des églises en Grèce, en Amérique latine. Le gouvernement polonais a annoncé qu’il serait décoré. » Pour lui rendre hommage, début février, ses proches, comme l’artiste Claire Audhuy, ont « pensé à « demander la lune », la cathédrale. » Mais l’endroit ne s’y prête pas, « à cause de « l’acoustique » ». Il faudra trouver un autre lieu à la hauteur…

Le train ne circulera plus entre Épinal et Saint-Dié, au grand dam des usagers

Le train ne circulera plus entre Épinal et Saint-Dié, au grand dam des usagers

À partir du samedi 22 décembre 2018, un bus remplacera le train qui dessert une dizaine de communes vosgiennes entre Épinal et Saint-Dié. La population locale vit ce changement comme une énième dégradation des services publics. Reportage dans les derniers TER en circulation sur la ligne 18.

« Quand le président est venu dans les Vosges, il nous a promis d’investir dans la liaison Épinal-Saint-Dié après la réforme ferroviaire… » Gérard Coinchelin se souvient avec amertume de cette visite présidentielle du 18 avril 2018. Trois mois plus tard, la SNCF annonçait la suspension de la ligne pour des raisons de sécurité. Sur le trajet, le tunnel de Vanémont présente des risques d’effondrement. Pour le cheminot retraité et syndicaliste CGT, « on nous a roulé dans la farine. »

Le train ne circulera plus entre la préfecture du 88 et sa deuxième plus grande ville à partir du samedi 22 décembre. En délaissant les rails pour la route, le temps de trajet passera d’environ 1h05 à 1h35, sans compter les aléas de la circulation.

« Je suis pas là pour pleurer le train » Le 19 décembre, Gérard Coinchelin enchaîne les appels téléphoniques avec des journalistes. La lutte pour la ligne Epinal-Saint-Dié continue. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Pour les prochaines années, des bus remplaceront la liaison ferroviaire. Gérard Coinchelin fustige une situation « en contradiction totale avec les enjeux actuels, au niveau environnemental comme sur le plan de la sécurité routière. » Pour l’ancien agent d’entretien des voies ferrées, la fin de la ligne 18 était programmée :

« La ligne Epinal-Saint-Dié a toujours été une variable d’ajustement pour d’autres lignes, comme Metz-Luxembourg, pour laquelle on a souvent dû refiler du personnel ou du matériel. Malgré tout, on nous a annoncé cette suspension à la dernière minute, pour éviter la contestation. »

« Je vais devoir me débrouiller »

Le 19 décembre 2018, un Train Express Régional (TER) quitte Saint-Dié-des-Vosges pour Épinal à 12h36. Ici, une jeune femme se maquille longuement. Là, une étudiante travaille sur son ordinateur. Maude Durand, 17 ans, rentre de son stage dans un établissement spécialisé pour enfants handicapés.

Après la suspension de la ligne 18, la lycéenne devra prendre le bus malgré son mal des transports : « Si ça ne va vraiment pas, je vais devoir me débrouiller toute seule. Je m’arrangerai avec les parents ou les amis. » Avec le bus et ses minutes en plus, l’adolescente sait qu’elle verra moins ses amis ou sa cousine à Épinal. Après le bac, elle fera un apprentissage dans un restaurant de sa commune, à Bruyères. Une façon d’éviter la galère des transports…

Maud Durand, 17 ans, évitera la galère des transports en travaillant dans sa commune après le Baccalauréat. Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Quelques sièges vides plus loin, Adim discute avec un camarade de classe. L’élève d’un lycée à Raon-l’Étape regrette de ne plus pouvoir prendre le train : « Avec le bus, je vais arriver en retard pour le premier cours de la journée. Je n’ai pas d’ami ou de famille pour me conduire en voiture en cours. Et les professeurs ne vont pas m’attendre pour commencer… » De plus en plus contraint dans ses déplacements, le jeune coiffé d’une casquette américaine se sent « isolé. »

La nostalgie du train

« Allez, les gamins, faut se rhabiller. On pourra pas prendre le train dans l’autre sens ! » À l’approche de Laveline-devant-Bruyères, Michel Florence cesse de prendre des photos du paysage. Le retraité, déjà nostalgique de la ligne 18, voulait que les « enfants puissent encore voir le train. » Le grand-père a déjà connu une fermeture de gare : celle de Gérardmer, en 1988. Une association d’usagers, TG2V, milite toujours pour la réouverture de la station… en vain.

Michel Florence tenait à ce que « ses trois petits enfants voient encore le train. » Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

« C’est la France périphérique, où tout ferme »

Un brouhaha adolescent résonne dans le train après l’arrêt en gare de Bruyères. Comme Matteo César, de nombreux élèves du lycée Jeanne d’Arc rentrent chez eux. À 15 ans, cet élève de CAP Sécurité attend la majorité avec impatience. Il pourra alors acheter une voiture, comme son frère. En attendant, la galère des transports va s’amplifier. Avec le futur service routier, cet habitant de Thaon-les-Vosges estime qu’il rentrera chez lui une heure plus tard chaque jour.

Le professeur d’histoire-géographie, Norman Landier, et ses élèves en CAP Sécurité au lycée Jeanne d’Arc, à Bruyères. Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Un professeur d’Histoire-Géographie fait le trajet avec ses élèves. Pour Norman Landier, les correspondances vont poser un problème majeur : « Beaucoup de lycéens font le trajet vers Bruyères en partant de Vittel, Gérardmer ou Mirecourt. Comment feront-ils s’ils manquent le bus, ou qu’il a du retard? Il n’y aurait alors aucun moyen d’arriver au lycée avant midi… » Une adolescente renchérit, pessimiste : « À chaque fois qu’on a dû prendre un bus de remplacement, on est arrivé en retard. » En sortant de la gare d’Épinal, l’enseignant tient à rappeler la dégradation générale du service public :

« Tout cela s’ajoute à une poste ouverte quelques heures par jour seulement à Bruyères, ou des centres hospitaliers menacés et des collèges déjà fermés… Il y a un ras-le-bol ici, ce n’est pas pour rien qu’il y avait tellement de Gilets jaunes à Bruyères. C’est la France périphérique où tout ferme. »

Le manque d’effort de « tous les acteurs »

Joint par téléphone, le maire de Saint-Dié-des-Vosges, David Valence (Mouvement radical) explique que la suspension de la liaison ferroviaire est nécessaire en raison d’un investissement trop élevé pour la réparation et le fonctionnement du train, 33 millions d’euros. Celui qui est aussi numéro 3 du Conseil régional de la Région Grand Est en tant que vice-président en charge des Transports, se pose en défenseur optimiste de la ligne 18 :

« Au cours des dernières décennies, il faut admettre que tous les acteurs, Région comprise, ont fait trop peu d’effort pour les lignes du quotidien. Il faut maintenant trouver un nouveau modèle économique. La SNCF rendra au printemps 2019 une étude pour baisser l’investissement nécessaire. Elle n’exclut pas de recourir à l’ouverture à la concurrence pour l’entretien du réseau. J’ai bon espoir que les trains circulent à nouveau dès 2022 / 2023. »

En début d’après-midi à Épinal, il faut attendre plusieurs heures pour prendre le train vers Saint-Dié-des-Vosges. Le magasin Monoprix dispose de quelques tables où des lycéens tuent le temps. Quelques hommes boivent une canette de bières ou une toute petite bouteille de vin rouge. Deux pigeons font des allers-retours réguliers entre le hall et l’enseigne. 16h42 : le TER démarre. Il n’en reste plus que trois avant la fin du service.

16h42 : le TER démarre. Il n’en reste plus que trois aujourd’hui. Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

« Sans train personne ne voudra habiter ici »

Retour à Laveline-devant-Bruyères. Depuis près d’un mois, Jean-Paul Petitdemange y a remplacé le maire, malade. Sa commune souffre aussi du déclin démographique. La suspension de la desserte ferroviaire est un nouveau coup dur : « Sans train, personne ne voudra habiter ici. » Nostalgique, le Vosgien se souvient : « Plus de mille personnes habitaient ici il y a quarante ans. Aujourd’hui, on est 650… » L’ancien professeur de maths se rappelle aussi de ses classes de moins de 20 élèves au collège Georges Brassens à Grange-sur-Vologne. L’établissement a fermé il y a deux ans.

Jean-Paul Petitdemange, maire de Laveline-devant-Bruyères depuis près d’un mois. Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Malgré tout, le maire tient à relever les bons côtés de Laveline-devant-Bruyères : « Il y a encore deux médecins, deux coiffeurs, un maçon, un plombier, un boucher et même deux bistrots. » Mais « Chez Christine », à 150 mètres de la gare, il n’y a personne. Tout en fixant un débat télévisé sur les Gilets jaunes, elle compte ses clients de la journée sur les doigts de la main : « Quatre ou cinq tout au plus », souffle-t-elle. Très vite, la belle époque est évoquée : celle de l’établissement rempli des ouvriers de la scierie et du service de ramassage de l’entreprise. Puis la gérante est rappelée à la réalité : « Vendredi, la CGT et l’association (Association pour le développement de la Ligne Epinal-Saint-Dié, ndlr) vont voir le passage du dernier train à Bruyères. »

L’expérience d’un bus de remplacement

19 heures. Le petit abri de béton de Laveline-devant-Bruyères permet de se protéger de la pluie en attendant le train. Un premier TER passe, direction Épinal. Le contrôleur informe que le TER pour Saint-Dié est remplacé par un bus. Entre l’entrée du village, un rond-point et un terrain vague, le lieu de passage du car reste un mystère. Il arrive… avec 25 minutes de retard. La correspondance vers Strasbourg est hors d’atteinte. À 20h30 à Saint-Dié, le chef d’escale n’a qu’une solution à proposer : rentrer depuis Sélestat, à 50 kilomètres de là, ce qui nécessite de s’y rendre… en taxi, aux frais de la SNCF.

Non, Dominique Gros, maire de Metz, n’a pas refusé d’enlever le porc des cantines

Non, Dominique Gros, maire de Metz, n’a pas refusé d’enlever le porc des cantines

Dans un texte qui circule sur Facebook, le maire (PS) de Metz, Dominique Gros, aurait refusé « d’enlever le porc du menu de la cantine des écoles de la ville. » Toujours selon ce texte qui se diffuse par milliers de partages sur les réseaux sociaux, Dominique Gros aurait envoyé une note aux parents de Metz en arguant :

« Les musulmans doivent comprendre qu’ils doivent s’adapter à la Lorraine et à la France, à leurs coutumes, à leurs traditions, leur style de vie, parce que c’est là où ils ont choisi d’immigrer. (…) »

Une rumeur malveillante

S’en suit une série de considérations sur l’immigration, les « racines judéo-chrétiennes » de la Lorraine et sur la vie dans les pays musulmans, des arguments qui peuplent habituellement les discours de l’extrême-droite mais prêtés dans ce texte à Dominique Gros, qui est socialiste.

Contactée, la mairie de Metz confirme que Dominique Gros n’a jamais tenu de tels propos :

« Il s’agit d’une rumeur malveillante, complètement fabriquée et qui circule depuis longtemps sur les réseaux et ressurgit à intervalles réguliers… La restauration scolaire à Metz répond à des considérations de circuits courts, d’agriculture biologique et de réduction des déchets, pas de la religion. »

À la cantine de Metz, pas de menus halal ni casher. (Photo Ville de Metz)
À la cantine de Metz, pas de menus halal ni casher. (Photo Ville de Metz)

La restauration des cantines de Metz est confiée à l’entreprise Elior, qui publie sur le site Metz.fr les menus pour le trimestre à venir. Ces menus sont élaborés par une diététicienne, les enfants ont le choix entre deux entrées et deux desserts.

Les restaurants scolaires de Metz ne servent ni menus casher ni menus halal. La Ville de Strasbourg, propose quatre catégories de repas (standard, standard sans porc, halal et végétarien). À Metz, un repas végétarien est proposé toutes les trois semaines aux enfants et, lorsque du porc est au menu du jour, un plat de substitution est proposé.

GCO : une audience sur le viaduc autoroutier de Kolbsheim reportée dans la confusion

GCO : une audience sur le viaduc autoroutier de Kolbsheim reportée dans la confusion

Jeudi matin, alors que le rapporteur public s’apprêtait à proposer au tribunal administratif d’annuler le permis d’aménager du viaduc de la Bruche à Kolbsheim, l’audience a été reportée à la surprise des parties présentes. La préfecture du Bas-Rhin doit déposer avant le 7 février un nouveau permis pour cet ouvrage important du Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg.

Que s’est-il passé entre le tribunal administratif et la préfecture du Bas-Rhin ? Jeudi 20 décembre, le tribunal administratif de Strasbourg a reporté, à la surprise générale, l’audience prévue pour évoquer le permis d’aménager du viaduc de la Bruche, à Kolbsheim. Quelques mois, après sa suspension en référé, l’avocat d’Alsace Nature, Me François Zind, était confiant après avoir reçu les conclusions du rapporteur public qui recommandaient d’annuler ce permis. Me Jean-Nicolas Clément, du cabinet parisien Gide et avocat d’Arcos, le concessionnaire filiale de Vinci, était aussi présent.

Ce passage du Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) doit concilier deux enjeux contradictoires : limiter son impact au sol, ce qui exigerait de le rallonger, et se faire le plus discret possible visuellement, car situé à quelques centaines de mètres du châteaux, ce qui demande de le maintenir en l’état. Son chantier doit durer près de deux ans et permettre aux engins d’accéder au reste du tracé pour terminer les travaux.

Mais jeudi matin, le tribunal administratif de Strasbourg a évoqué rapidement une demande de renvoi, alors que les conclusions de toutes les parties avaient été déposées le 14 décembre et que les parties avaient bien été convoquées pour cette audience. Et le tribunal a fixé une nouvelle audience, au 7 février 2019, pour statuer sur le fond du permis d’aménager de cet ouvrage d’art d’une hauteur de 10 mètres, assorti d’un remblai de 17 mètres et d’une longueur d’environ 465 mètres. Il est prévu pour se situer au milieu du tracé du GCO, entre les communes de Kolbsheim et d’Ernolsheim-Bruche, où se situait la mini-Zad.

Dans un communiqué publié le lendemain, le tribunal précise avoir été contraint de reporter l’audience, en raison de nouvelles écritures intervenues après son inscription au rôle. Ce qui ne permet pas au tribunal de « délibérer sans risquer de méconnaître le droit au procès équitable. (…) C’est dans ces conditions, et pour écarter tout vice de la procédure contentieuse, qu’il a décidé, à l’issue
de l’audience, de renvoyer l’examen de cette affaire au 7 février 2019. »

Aperçu du viaduc de la Bruche du GCO entre Kolbsheim et Vendenheim (image Arcos / Vinci)
Aperçu du viaduc de la Bruche du GCO entre Kolbsheim et Vendenheim (image Arcos / Vinci)

« On nous a volé notre audience »

Sonné par cette demande de renvoi sortie de nulle part, Me François Zind n’y voit qu’une explication :

« Le tribunal s’apprêtait à faire droit à notre demande d’annulation, ce qui aurait sérieusement mis en difficulté la préfecture du Bas-Rhin et l’État. En choisissant de reporter l’audience, il laisse le temps aux services de la préfecture de rédiger et déposer un nouveau permis d’aménager. Ce qui permettra en février de prononcer un non-lieu, puisque le permis que nous attaquons sera devenu caduc. Je n’ai jamais vu ça. C’est une manière de procéder qui laisse penser qu’il y a eu des contacts entre la préfecture et le tribunal administratif, dont nous n’avons pas été informés. »

Stéphane Giraud, directeur d’Alsace Nature, reprend :

« En d’autres termes, ils viennent de nous voler notre audience pour pas que le préfet perde la face dans ce dossier ! »

Des pièces manquantes

Lors de la procédure en référé, le tribunal avait retenu pour suspendre le permis l’absence d’avis de l’architecte des bâtiments de France, remisé à plus tard dans une lettre, ainsi que d’une d’étude d’impact actualisée, celle fournie datant de 2005. Ces deux éléments avaient été à nouveau retenus par le rapporteur public, magistrat chargé de proposer une solution au tribunal et dont les avis sont généralement suivis.

Mais dans le dossier du GCO, les avis du rapporteur public défavorables au projet d’autoroute n’avaient pas été suivis devant le Conseil d’État pour la déclaration d’utilité publique en 2010, ni pour la légalité des travaux préparatoires en novembre 2018.

Un stockage d’amiante à Niederbronn secoue le parc régional des Vosges du nord

Un stockage d’amiante à Niederbronn secoue le parc régional des Vosges du nord

Que faire des déchets d’amiante dont personne ne veut ? Leur stockage est-il compatible avec la vocation d’un parc naturel régional ? Le tribunal administratif s’est intéressé mercredi à un projet contesté depuis plusieurs années près de Niederbronn-les-Bains, qui pourrait monter en capacité dans les années à venir.

Niederbronn-les-Bains, dans le parc régional des Vosges du Nord. Sa station thermale, son château, ses jardins et… son centre de stockage d’amiante. C’est le projet qui depuis la mi-2015 hérisse une partie des habitants. Autorisé à la demande de la société locale Sotravest, il pourrait bouleverser le quotidien de petites communes du nord de l’Alsace. Pour l’instant, le site fonctionne a minima, en attendant les décisions de justice. L’amiante est un matériau anciennement utilisé comme isolant dans les constructions, mais il est très dangereux pour la santé si les plaques sont brisées ou déchirées.

Si les tribunaux administratifs devaient confirmer la légalité de l’entreprise, l’extension pourrait accueillir jusqu’à 150 000 tonnes. Un stockage irréversible, c’est-à-dire définitif. Une technique de retraitement par vitrification existe, mais selon la Direction régionale de l’environnement (Dreal) ou d’autres spécialistes du dossier, la rentabilité d’une telle opération se pose encore à grande échelle.

Le double problème du parc

Problème, le site retenu est une zone industrielle à l’entrée du parc régional des Vosges du Nord, dite du Sandholz. L’installation n’est pas vraiment cohérente avec les objectifs d’un tel parc, qui vise à concilier l’activité économique humaine et la préservation de la nature. Mais deuxième problème, ce même parc contient nombreux hangars avec des toits en « fibro-ciment« , connus pour être composés avec de l’amiante. Tôt ou tard, il faudra les remplacer et donc les stocker. À l’heure actuelle, certains morceaux sont abandonnés dans la forêt tant les règles de stockage sont complexes ou coûteuses.

La zone industrielle du Sandholz à Niederbronn-les-Bain (Photo Google Maps)
La zone industrielle du Sandholz à Niederbronn-les-Bain (Photo Google Maps)

Ainsi, le centre de stockage chez Sotravest pourrait devenir une solution. Mais son projet de stockage d’amiante n’a pas seulement une vocation ultra-locale. Les déchets pourront provenir d’un rayon de 200 kilomètres. Cela induit par ricochet un nouveau trafic de poids-lourds. Du côté de la société, on fait aussi aussi valoir qu’il n’y a pas d’impact sur les terrains actuellement occupés par du stockage de gravats, simplement une surélévation, de 210 à 213 mètres.

Arguments de forme, peu de fond

Depuis le 7 juin 2017, le site, suspendu après un jugement obtenu en référé, fonctionne grâce un arrêté « temporaire » jusqu’à la délibération des juges administratifs sur le fond. Cette audience a eu lieu mercredi 19 décembre à Strasbourg. Le rapporteur public, magistrat chargé de proposer une solution au tribunal, a proposé une annulation de l’arrêté pour une erreur de forme (le nom du préfet manquait), mais de l’assortir d’une « autorisation temporaire » de deux mois, le temps de la régulariser. Cet avis est souvent suivi par les juges, mais pas toujours.

Évelyne Fuchs, présidente de l’association Heron (Harmonie environnementale de Reichshoffen et observations naturelles) ressort déçue de ces échanges :

« On ne nous a parlé que de forme, mais nous aimerions débattre du fond. Lors de l’enquête publique, la demande de réunion par la commissaire enquêtrice n’a jamais été réalisée. Des communes ont changé d’avis en découvrant l’ampleur du projet. Enfin la loi sur l’amiante a changé en 2016, mais on s’appuie encore sur la loi de 2015, lorsque les procédures d’autorisation ont été lancées. Les nouvelles dispositions pourraient l’interdire. »

« Un dossier qui témoigne d’une époque révolue où les projets sont imposés, sans vraiment prendre en compte l’avis », abonde l’avocat de l’association Me Jonathan Waltuch, qui s’attend à combattre un nouvel arrêté en 2019.

En audience, il avait aussi soulevé un problème de légalité :

« La charte du parc, qui a une règle normative, prévoit d’être un sanctuaire. Dans un souci d’exemplarité, ce dernier ne veut pas seulement se borner aux règles, mais préserver la nature tout en développant des filières économiques dans le tourisme durable ou l’eau Celtic. »

Les deux parties ont invoqué le parc et son président Michael Weber. La préfecture pour indiquer qu’il ne s’était pas opposé au projet à l’automne 2015 lors de l’enquête publique et les opposants pour indiquer que par la suite, le parc a pris une délibération collective contre le projet. Maire de Woelfling-lès-Sarreguemines en Moselle, Michael Weber était injoignable mercredi. Dans une interview aux DNA, il indique qu’il attendait des éléments supplémentaires pour se positionner et regrette la non-étanchéité des alvéoles censées accueillir l’amiante.

Sur les ronds points près de Niederbronn, ce ne sont pas tellement les gilets jaunes qui veulent être visibles... (photo collectif contre Collectif Non à L'Amiante à Niederbronn-Les-Bains )
Sur les ronds points près de Niederbronn, ce ne sont pas tellement les gilets jaunes qui veulent être visibles… (photo Collectif Non à L’Amiante à Niederbronn-Les-Bains / doc remis)

Le risque en débat

Un autre recours venait de la Confédération paysanne, le syndicat agricole. Au tribunal, deux mondes se télescopent. Le rapporteur public propose de rejeter la demande, car elle est déposée par le porte-parole du syndicat agricole et non « le bureau » d’une association. La voix chargée et le ton lent, Rémy Pivot, payregrette que « le bon sens » ne prévale pas :

« Notre premier rôle est de produire des aliments. Nos membres en cultivent la terre et l’entretiennent. Nous fonctionnons en collectif, car le temps est précieux et c’est comme cela que nous fonctionnons. En tant qu’exploitant, nous voulons continuer une pratique cohérente avec le parc régional des Vosges. Que faire ? Occupons nous d’abord des déchets locaux, en les stockant dans des hangars ou en les acheminant vers les sites non-saturés de Weitbruch et Wintzenbach, avant de pouvoir les retraiter. »

Chef de l’unité départementale à la direction régionale de l’Environnement (Dreal), Pascal Lajugie a tenté de rassurer sur les conséquences :

« Les produits seront emballés et sur-emballés en cas de déchirement. Le site n’aura aucun impact sur les terres agricoles. »

Mini-réunion publique improvisée

À l’issue de l’audience, sur les marches du tribunal une mini-réunion publique s’improvise pendant près d’une heure. Le représentant où les agents de la Dreal répondent avec patience aux différentes critiques et questions des opposants. Certains échanges sont techniques. Ainsi sur le risque « inévitable » de déchirement des sacs (les « big bags ») il a été discuté de l’intérêt d’ajouter un bassin de rétention d’eau pour protéger les cours d’eau. Il s’agissait d’une recommandation de la commission d’enquête publique et finalement mise en place suite une suspension de l’acte en référé courant 2017. Les sacs sont censés être étanches.

La carte du parc régional des Vosges du Nord. Près de Reichshoffen au sud-est, Niederbronn est à sa lisière.
La carte du parc régional des Vosges du Nord. Près de Reichshoffen au sud-est, Niederbronn est à sa lisière.

Lors de ces vifs échanges, un timide point d’accord émerge. Le site de stockage risque de nuire à l’image bucolique de Niedebronn-les-Bains, qui mise sur le tourisme en lien avec la nature ou sur l’eau de source Celtic, bien que le point de captage soit en amont de Sotravest. « Les normes ne seront pas différentes d’ailleurs », insistent les agents en évoquant les différents contrôles possibles. La question des risques de particules volatiles dans l’atmosphère n’est quasiment pas abordée. Reste que les projets environnementaux sans risque lors de leur élaboration mais qui tournent mal avec les années comme… l’amiante, mais aussi les stockages de déchets ultimes à Stocamine, ou la géothermie peu profonde à Lochwiller restent dans les esprits.

La décision du tribunal est attendue pour le 16 janvier.

#Niederbronn-les-Bains#parc regional des vosges du nord

La traque de Chérif Chekatt : la mécanique d’une chasse à l’homme

La traque de Chérif Chekatt : la mécanique d’une chasse à l’homme

La traque d’un tueur nécessite une mobilisation intense de toutes les unités de police. Rue89 Strasbourg a retracé la mécanique de l’enquête au sein des troupes, jusqu’à la neutralisation de Chérif Chekatt.

Mardi 11 décembre peu avant 20h, des coups de feu éclatent rue des Orfèvres au centre de Strasbourg. En quelques dizaines de minutes, l’information remonte à Paris où une cellule de crise est mise en place. Comment ? La Police judiciaire de Strasbourg est informée par ses collègues de la sécurité publique qu’il y avait des blessés et vraisemblablement plusieurs morts dans le centre-ville de Strasbourg. Vu la gravité des faits à première vue, la PJ strasbourgeoise fait remonter l’information à sa hiérarchie nationale.

Mobilisation à tous les rangs

À partir de là, une liaison est effectuée avec les policiers et secouristes sur place. L’objectif est de savoir s’il y a des victimes ou pas (car les fausses alertes existent) et surtout combien d’auteurs. Ensuite, s’il s’agit de « quelqu’un qui pète les plombs », ou d’un acte à « connotation terroriste ». Les confirmations tombent au fil des minutes et selon les enquêteurs, il faut retenir le motif terroriste.

Le procureur a indiqué le lendemain que des témoins ont assuré aux policiers que le suspect a crié “Allah Akbar” bien que cela n’est pas apparu dans les premiers articles et témoignages recueillis par les médias. Par ailleurs, il présente quelques signes faibles de radicalisation. Cette situation permet au parquet anti-terroriste à Paris, créé en 2018, de se saisir de l’affaire et de piloter l’enquête. Un geste qui n’est pas anodin politiquement, mais qui permet d’activer la sous direction anti-terroriste (SDAT), basée à Levallois-Perret, et d’impliquer immédiatement toutes les unités disponibles dans la participation à l’enquête.

C’est pour cette raison qu’une patrouille de la Brigade spécialisée de terrain (BST, les anciennes unités territoriales de quartier en complément des équipes normales) s’est retrouvée à intervenir dans l’identification du tueur rue du Lazaret et non une équipe spécialisée.

Depuis leurs bureaux en région parisienne, des équipes de la SDAT travaillent sur les fichiers et les individus connus. Dans le même temps, des dizaines d’enquêteurs sont immédiatement « projetés » sur le terrain à Strasbourg, grâce à des avions à disposition en permanence. Deux rotations, des allers-retours, ont été effectuées dans la nuit de mardi à mercredi. Pour le volet international, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), qui englobe les services de renseignements, lance des pistes en Allemagne et en Algérie.

La mobilisation spontanée

Une traque d’une telle ampleur nécessite des centaines de personnels en renfort. Pour cela, la police mobilise des effectifs à partir des régions alentours. « Dans ces cas-là, la motivation est telle que les procédures de rappel d’effectifs n’existent même plus. En région parisienne, les équipes reviennent spontanément au travail, comme dans beaucoup de professions d’ailleurs », remarque une source au Ministère de l’Intérieur.

Idem au niveau local. « D’autres équipes étaient prêtes à nous aider dans les départements voisins. Moi-même je dînais au moment de l’attentat et suis revenu immédiatement. Il y a une forte solidarité dans la profession », explique le responsable de la communication de la police nationale dans le Bas-Rhin.

Les enquêteurs ne dorment pas la première nuit, puis « 2 à 3h en moyenne » les deux suivantes. Le jeudi, 280 enquêteurs étaient mobilisés pour la traque en plus des troupes dans les rues. À Nice en 2016, c’était 350 à 400 en raison du plus important nombre de victimes. L’opération strasbourgeoise prévoyait d’encore d’augmenter les effectifs le vendredi, si le suspect n’était pas mis hors d’état de nuire. « Il y a une capacité à projeter des dizaines d’enquêteurs sans trop de difficultés, c’est notre raison d’être. Il faut un potentiel très réactif à toute heure car chaque minute compte. », explique un ancien de la SDAT.

Quatre volets de l’enquête

Les enquêteurs se divisent le travail en quatre volets. Sur place, des constatations sont menées, ce qui explique les rues barrées et protégées par des forces de l’ordre pour effectuer des prélèvements. Dans le même temps, des témoignages sont compilés spontanément ou grâce à des enquêtes de voisinage. De plus, l’identification des victimes progresse, notamment auprès des secours. Enfin, toute la nuit, des investigations sont menées pour localiser le terroriste.

« L’auteur a vite été identifié mais on ne savait pas où il était », se rappelle une source policière. Sa trace a en effet été perdue après un échange de coups de feu rue d’Épinal, au nord-ouest de Neudorf, tout près de la place de l’Etoile. D’après des habitants du quartier, les rues étaient bien bloquées, mais pas une piste cyclable au bout de la rue de Saint-Dié, qui permet de fuir à pied voire en scooter sous la sortie de l’A35 vers le Heyritz ou du côté des jardins rue de la Fédération, de l’autre côté de l’entrepôt Heppner et du chemin de fer.

La question de la diffusion de l’avis de recherche

Lors de la première journée, l’assaillant n’est pas localisé, malgré des perquisitions et une piste allemande suivie en vain. L’avis de recherche est d’abord diffusé au sein de la police. Théoriquement, le suspect peut être arrêté dans les aéroports et autres points de contrôle, même si cela ne se produit jamais.

La question de diffuser publiquement l’avis de recherche se pose rapidement. Certains citoyens se sont interrogés sur le timing et la diffusion tardive de ces éléments par la police et les médias. Surtout que l’image et le nom circulaient déjà sur les réseaux sociaux ou des médias étrangers. Mais d’un point de vue pratique, il faut qu’une centrale d’appels soit opérationnelle pour que des enquêteurs puissent répondre à tous les appels sans temps d’attente. Plus de 800 coups de fil ont été reçus en 24h environ.

D’un point de vue plus stratégique, la décision a des avantages et des inconvénients. « L’avantage, c’est que cela met la pression sur le terroriste et ses éventuels complices, voire cela le fait bouger. L’inconvénient, c’est qu’il se sait identifié et peut se terrer. On voulait mettre toutes les chances de notre côté. », reprend l’officier du SDAT. À cela s’ajoutent la pression des réseaux sociaux où informations justes et intox cohabitent.

Lors des appels reçus, personne n’a affirmé avoir reconnu formellement le suspect, mais les témoins « pensent avoir vu quelqu’un qui pourrait correspondre ». De la même manière, d’autres personnes « de bonne foi » estime un enquêteur, disent avoir peut-être reconnu Chérif Chekatt à Cambrai, le sud de la France ou ailleurs. Une opération d’ampleur potentiellement en lien avec la traque a ainsi été repérée par Le Progrès jeudi en fin de journée. Des fausses pistes, donc, mais « il peut y avoir une info déterminante dans le lot. Il faut brasser beaucoup d’informations, mais cela porte rarement préjudice », relate un habitué.

Et dans le lot, beaucoup d’appels évoquaient le Neudorf, le dernier endroit où il a été aperçu. « Trop pour ne rien faire », en tout cas estime-t-on au plus haut de la hiérarchie. C’est ainsi que l’hélicoptère équipé de caméras thermiques est engagé vers 19h30. Le véhicule reste en liaison avec les effectifs « au sol » chargés idéalement de l’arrêter ou de l’abattre.

Finalement, un assaut massif des équipes d’élites comme lors d’autres traques (Hyper Cacher, Charlie Hebdo, etc) ne sera pas nécessaire. Le suspect sort par lui-même de l’entrepôt SNCF où certains indices menaient. La suite est connue, il se fait abattre à 21h05 par deux policiers et une policière de la BST, qui font demi-tour avec leur véhicule alors qu’ils pensent l’avoir identifié lors de leur ronde. Toutes les unités sont formées pour tirer sur une cible. D’après une source proche des équipes, une caméra de surveillance a aussi aidé à repéré le suspect un peu plus tôt. Une tentative se préparait dans le secteur avec les équipes la BRI et le RAID dans la soirée.

Même si le suspect a été abattu, l’enquête est toujours en cours pour débusquer d’éventuels complices. La mobilisation des équipes va diminuer, mais ces recherches vont se poursuivre pendant plusieurs mois.