Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Pour la transition énergétique, l’Alsace mise sur la géothermie

Pour la transition énergétique, l’Alsace mise sur la géothermie

À l’occasion de la COP 24 sur le climat, Le Monde se mobilise et interroge les solutions existantes ou à explorer pour faire face au défi du changement climatique. Dans un article publié mercredi 12 décembre, le quotidien note l’engagement de l’Eurométropole de Strasbourg dans la géothermie profonde, une source d’énergie renouvelable qui consiste à puiser le l’eau souterraine à 200° C pour en utiliser la chaleur.

Interrogé par Le Monde, le président de l’Eurométropole Robert Herrmann avoue qu’il a pris conscience de l’urgence climatique au moment de la COP 21. L’objectif de l’agglomération est de parvenir à tirer 20% de ses besoins en énergie de la géothermie. En 2050, l’ensemble de l’alimentation énergétique de l’agglomération doit provenir de sources renouvelables…

La tête de puit de la centrale électrique de géothermie profonde de Rittershoffen (Photo Pascal Bastien / Divergence)
La tête de puit de la centrale électrique de géothermie profonde de Rittershoffen (Photo Pascal Bastien / Divergence)

Trois projets de centrale de géothermie ont été lancés à Vendenheim (voir ici notre article), Eckbolsheim (malgré une opposition locale) et à Illkirch-Graffenstaden.

Un sous-sol favorable

Le Monde rappelle que l’Alsace profite d’un sous-sol favorable au développement de la géothermie :

« La région a sous ses pieds une eau dont la température approche les 140 °C dès 2 000 m de profondeur et une roche chaude déjà fracturée qui permet l’extraction de cette eau par l’intermédiaire de deux puits. Le premier fait remonter l’eau à haute température, qui est ensuite transformée, via un échangeur thermique, en chaleur ou en électricité. Le second puits réinjecte dans le sous-sol l’eau refroidie en surface pour qu’elle se réchauffe de nouveau grâce aux roches chaudes. »

Pour apaiser les craintes, de mini-séismes notamment, les élus ont dû organiser de nombreuses réunions publiques. Un projet de centrale était prévu au Port aux pétroles de Strasbourg mais il a été abandonné devant l’opposition des riverains. À Illkirch-Graffenstaden précise Le Monde, il a fallu beaucoup de travail pour faire accepter la centrale de géothermie qui surplombe les champs en périphérie de la ville.

Le faible niveau du Rhin contraint les stations-service à s’alimenter en carburant de plus loin

Le faible niveau du Rhin contraint les stations-service à s’alimenter en carburant de plus loin

Depuis la mi-octobre, la faiblesse du niveau du Rhin complique l’acheminement du carburant par péniche au port aux pétroles. Pour livrer l’essence aux stations-services alsaciennes, les transporteurs routiers doublent, voire quadruplent, les distances parcourues. Exemple avec l’entreprise Klinzing.

« En ce moment, je pars le matin et je ne sais pas quand je rentre. » Éric Krebs, chauffeur routier de Strasbourg, ne compte plus ses heures depuis la mi-octobre. Pour ravitailler des stations-service alsaciennes, le quinquagénaire doit maintenant se rendre à Dijon ou à Saint-Baussant en Meurthe-et-Moselle. En cause : la baisse drastique des livraisons de pétrole vers le port de Strasbourg. Le débit du Rhin est de 450 mètres-cubes par seconde, contre 1 000 en temps normal. La faute à des températures élevées cet été et à un manque de précipitations.

Des péniches moins chargées

Ingénieur technico-commercial, Sylvain Diter doit assurer l’approvisionnement des stations-services Avia dans l’Est de la France. Il explique la baisse du trafic de pétrole sur le Rhin :

« Plus le débit baisse, moins les péniches peuvent être chargées (pour éviter qu’elles ne touchent le fond, ndlr) Il y a eu une période de quatre semaines où il n’y avait plus une seule barge pleine qui a pu circuler. Et quand elles pouvaient circuler, elles étaient chargées de 500 mètres-cubes de produit, contre 2 500 en temps normal. »

Avec des péniches moins chargées, les coûts de transport ont augmenté. À la mi-novembre, le transport d’un mètre-cube de carburant par le Rhin a pu atteindre 105 euros, contre 15 euros le reste de l’année. En Alsace, les grandes enseignes ont donc préféré acheter leur essence dans des dépôts moins chers, mais situés à plusieurs centaines de kilomètres… « Les stations de Strasbourg sont approvisionnées par des dépôts pétroliers à 200 ou 300 km. On marche un peu sur la tête, » concède Sylvain Diter.

L’essence de Saint-Baussant pour Sélestat

Cette situation a chamboulé le quotidien du chauffeur routier de l’entreprise Klinzing. Devant les énormes cuves rouillées du Port du Rhin, Éric Krebs décrit ses dernières semaines de travail :

« C’est un peu comme métro-boulot-dodo. Sauf qu’il m’arrive maintenant de dormir dans mon camion pour respecter les 9 heures de repos obligatoires. J’ai chargé à Saint-Baussant hier soir pour livrer à Sélestat (environ 175 kilomètres de distance, ndlr). Au terminal lorrain, on doit attendre trois à quatre heures parce que tous les hypermarchés de la région commandent là-bas. »

Eric Krebs, 51 ans, chauffeur routier depuis 1986 : « On a jamais vu le Rhin si bas, si longtemps… » (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)

Pour ne rien arranger, Intermarché, Carrefour ou encore Leclerc ont lancé début novembre une opération de séduction des automobilistes : « Chaque week-end, jusqu’au 31 décembre 2018, le carburant est à prix coûtant (vendu au même prix que l’achat, ndlr) ». Pour se démarquer entre eux, il fallait donc proposer des offres aux prix les plus bas, en phase avec ceux que l’on trouve en Meurthe-et-Moselle ou en Côte-d’Or. Les tarifs du port strasbourgeois auraient trop élevés et l’opération vite décriée. En Suisse, le faible niveau du Rhin a déjà provoqué une augmentation des prix du carburant dès août…

Les distances doublent, quadruplent…

Pour l’entreprise Klinzing, toute l’organisation du transport de carburant est perturbée. Un conducteur de Colmar faisait 200 kilomètres pour livrer sa région. Il parcourt aujourd’hui 400 kilomètres pour la même livraison. Pire encore, pour le secteur de Brumath, le chauffeur faisait 50 kilomètres en s’approvisionnant au dépôt de Strasbourg. Il doit maintenant parcourir 200 kilomètres pour remplir les stations-services de sa zone. Au mois de novembre 2018, les chauffeurs de la firme alsacienne ont ainsi sillonné des dizaines de milliers de kilomètres de plus qu’en novembre 2017.

Peggy Kohler supervise l’approvisionnement en carburant chez Klinzing. Elle résume l’absurdité de la situation sur le plan environnemental :

« En terme d’écologie, on est très très mauvais. On entend nos chefs d’États prôner la préservation de l’environnement mais aujourd’hui, les supermarchés nous envoient chercher l’essence à 250 kilomètres contre 30 d’habitude… »

Plus d’essence pour livrer du carburant

Au sein de l’entreprise Klinzing, on s’inquiète de risques de pénurie si les Gilets jaunes bloquent à nouveau le dépôt pétrolier de Saint-Baussant. Du côté du port de Strasbourg, le niveau du Rhin pourrait retrouver son niveau normal en mars ou avril « si l’hiver est très pluvieux ou s’il tombe beaucoup de neige sur les Alpes », espère Sylvain Diter.

En attendant, la livraison de carburants en Alsace continue de contribuer à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Selon le dernier rapport du Global Carbon Project, la production mondiale de dioxyde de carbone (CO2) a atteint un nouveau record en 2018 (+2,7%). Dans l’Union européenne, une baisse générale de 0,7% est attendue. Mais la France semble sur une trajectoire inverse. Entre 2016 et 2017, ses émissions étaient reparties à la hausse de 2%.

Manifestation de lycéens contre Parcoursup lundi, une partie ont été arrêtés

Manifestation de lycéens contre Parcoursup lundi, une partie ont été arrêtés

Lundi matin vers 8h15, des élèves du lycée Marie-Curie, à l’Esplanade, ont choisi d’organiser un barrage filtrant devant leur établissement. Ils entendaient protester contre l’instauration de Parcoursup, un autre genre de barrage filtrant, vers les études supérieures cette fois. Alors que les lycéens étaient une centaine, ils se sont organisés en cortège pour se rendre vers le campus, mobiliser les étudiants et faire une jonction avec leurs camarades du lycée Jean Rostand.

Mais voilà, cette manifestation, comme souvent avec les lycéens, n’est pas déclarée en préfecture et lundi matin, les policiers n’avait guère envie de les protéger sur la chaussée. Au contraire, ils ont assez vite bloqué le cortège alors qu’il se dirigeait vers le campus, au niveau de la rue de Londres. Les lycéens ont envoyé l’un des leurs auprès des policiers… qui l’ont immédiatement interpellé, sans violence mais fermement.

Interpellations en série

Le cortège a alors rebroussé chemin, mais alors que la troupe essayait de rejoindre le campus, la police a procédé à une deuxième interpellation, cette fois beaucoup plus vivement. Une partie de la scène a été filmée avec deux téléphones portables (voir ci-dessous).

Selon plusieurs lycéens présents, cette seconde interpellation a provoqué un mouvement de panique au sein du cortège qui s’est disloqué. Alors que les policiers ont procédé à d’autres interpellations, leurs véhicules ont convergé pour encercler les lycéens.

L’un d’eux détaille :

« On courrait partout. Je me trouvais à quelques mètres d’un ami et une voiture de police s’est arrêtée à sa hauteur, 3 ou 4 policiers en sont sortis et l’ont sauvagement attrapé par derrière, matraque sur la gorge et l’ont interpellé à son tour. Le mouvement a éclaté à cause de la panique générale mais j’ai réussi à regagner le lycée, peu avant 9h. »

Les syndicats d’enseignants demandent la fin de la répression

Plusieurs lycéens ont été choqués par la réponse de la police, qu’ils estiment brutale et disproportionnée. Dans un communiqué commun, les syndicats d’enseignants SNES-FSU, Snesup, SNPTES, CGT, ainsi que les associations de parents d’élèves Peep et FCPE, appellent à la fin des « violences policières contre les lycéens » :

« Après les 17 interpellations de lycéens opérées par les forces de l’ordre le lundi 10 décembre, des informations et des témoignages concordants permettent d’établir que quatre lycéens manifestant pacifiquement ce jour ont été arrêtés sans ménagement. Certains se sont vus infliger des coups de matraque alors qu’ils ne manifestaient aucune résistance. Les organisations et associations soussignées constatent et déplorent une fois de plus la disproportion des moyens utilisés par les forces de l’ordre contre des élèves très majoritairement mineurs. Elles exigent que ces violences policières cessentimmédiatement et que les lycéens soient relâchés. »

De son côté, la préfecture du Bas-Rhin ne reconnaît que 5 interpellations et gardes à vue pour « participation à un attroupement » et 2 « vérifications d’identité. » Tous les lycéens ont été relâchés mais devront répondre des charges qui sont retenues contre eux devant la justice pénale.

Le corps d’Axel retrouvé dans un bassin du Port-du-Rhin

Le corps d’Axel retrouvé dans un bassin du Port-du-Rhin

Le corps sans vie d’Axel a été retrouvé ce lundi matin, dans un bassin du port du Rhin, rue de la Minoterie. L’adolescent de 19 ans avait disparu dans la nuit du samedi 8 au dimanche 9 décembre après être sorti, seul et sans son manteau, d’une boite de nuit de Kehl. Les amis avec lesquels il était ne s’expliquent pas sa soudaine disparition…

La rue de la Minoterie (Photo Google Maps)
La rue de la Minoterie (Photo Google Maps)

Samedi 15 décembre, une battue avec été organisée par sa famille et ses pour tenter de trouver des indices. En outre, ses proches ont sollicité les entreprises du Port-du-Rhin pour retrouver sa trace, permettant de le suivre jusqu’à un garage rue de la Minoterie. Ce matin, la police a entrepris de fouiller ces bassins à l’aide d’un sonar et les plongeurs ont donc retrouvé le corps de l’adolescent. Selon les premières informations, il aurait chuté et aurait été incapable de remonter.

Il n’y a eu aucune communication pour l’instant sur les causes qui ont pu pousser Axel à se rendre dans cet endroit.

#rue de la Minoterie

Place Kléber, des bougies à la patinoire, ultime hommage collectif après l’attaque

Place Kléber, des bougies à la patinoire, ultime hommage collectif après l’attaque

Un millier de personnes s’est rassemblé dimanche matin sur la place Kléber pour rendre un hommage citoyen aux victimes de l’attentat du mardi 11 décembre. Témoignages.

Le ciel a recouvert fleurs et bougies d’un manteau blanc dimanche matin sur la place Kléber. Un millier de personnes ont quand même bravé le froid pour se rassembler entre la statue du général Kléber et le Grand sapin, cinq jours après l’attentat du 11 décembre. Les cloches des églises environnantes se mêlent aux notes de Franck Georges, des Weepers Circus, pour les accueillir. Le collectif d’associations Strasbourg ensemble et solidaire, constitué au lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo en janvier 2015, a appelé à ce rassemblement spontané.

De nombreux anonymes ont tenu à être présents dimanche matin (Photo Abdeslam Mirdass)
De nombreux anonymes ont tenu à être présents dimanche matin (Photo Abdeslam Mirdass)

« Nous aurions préféré être ailleurs ce matin », lâche au micro sa porte-parole Christine Panzer, présidente de l’Astu et institutrice dans le quartier de la Meinau. Son discours est sobre, depuis la scène installée au pied du sapin.

« Nous réaffirmons que nous refusons tout discours de haine et que nous chercherons toujours et encore à unir nos forces pour trouver des pistes sociales, éducatives, culturelles pour lutter contre les forces obscures. Nous ne lâchons rien de nos valeurs et de notre engagement à vivre ensemble. Nous réaffirmons toutes et tous ensemble que les valeurs républicaines de liberté, de justice, de démocratie et de solidarité ne sont pas négociables. N’ayons pas peur, résistons pour continuer à vivre unis. »

« Notre combat est juste ! »

À sa suite, le maire de Strasbourg Roland Ries, remercie la foule pour sa présence nombreuse et rappelle le professionnalisme des forces de l’ordre et des professionnels de santé lors de cette semaine « extrêmement difficile » :

« Le rassemblement d’aujourd’hui montre que notre diversité de croyances et d’opinions non seulement n’est pas un handicap mais est un atout qui nous permet de résister ensemble pour éradiquer l’obscurantisme, la violence, l’extrémisme dogmatique, l’antisémitisme et toutes les forces d’exclusion et de racisme. Notre combat est juste, il faut le poursuivre ! »

Pour panser la douleur, beaucoup d’artistes locaux ont répondu présents. Dans la foule, l’émotion est intense à l’écoute de Franck Georges qui reprend Imagine de John Lennon. Les enfants sur les épaules de leurs parents observent émerveillés leur premier matin de neige. Les adultes tentent de contenir leurs larmes. Tous n’y parviennent pas. Musiques et poésie libèrent les cœurs après une semaine éprouvante. En milieu de concert, les noms des quatre victimes décédées des balles de Cherif Cherkatt sont prononcés au micro dans un silence recueilli. La lecture d’un poème de l’écrivain franco-algérien Yahia Belaskri suit l’émouvante interprétation de Quand on n’a que l’amour de Jacques Brel par la chanteuse alsacienne Léopoldine HH.

Émotion palpable parmi le public présent (Photo Abdeslam Mirdass)
Émotion palpable parmi le public présent (Photo Abdeslam Mirdass)

La petite Sophia monte ensuite sur la scène pour lire son texte. La fillette exhorte avec ses mots d’enfants :

« Nous devons vivre ensemble dans la paix, se respecter les uns les autres avec nos différences qu’elles soient religieuses, culturelles ou de couleurs de peau (…) J’aimerais que les méchants deviennent gentils et que les gentils restent gentils (…) Vive l’amour, vive la liberté ! »

Une minute de bruit après le silence

Un anonyme joue ensuite une ode poignante aux victimes à la flûte arménienne, le duduk, interprété par Vardan.

Pour conclure cette cérémonie d’hommage, Christine Panzer rappelle qu’il est « temps de passer à la vie qui continue ». Après cinq jours de silence, elle invite la foule à une minute de bruit avant de se disperser. Sifflets, applaudissement et cris se lèvent alors de la place Kléber.

Parmi les anonymes, Nathalie, coiffée d’un bonnet rouge à l’effigie de Strasbourg, confie les yeux encore humides :

« J’avais besoin d’être là ce matin, d’être ensemble avec mes amis. Je voulais rendre hommage à ma ville et ne pas rester chez moi. C’était émouvant sans être triste ni morbide. »

Les discours et les chants ont permis à chacun de mettre des mots sur leurs émotions (Photo Abdeslam Mirdass)
Les discours et les chants ont permis à chacun de mettre des mots sur leurs émotions (Photo Abdeslam Mirdass)

« Cette ville, c’est la nôtre »

Son ami Rigoberto, argentin et strasbourgeois d’adoption depuis six ans poursuit :

« Ça m’a fait du bien au corps. C’est une fierté d’appartenir à cette communauté. »

Florencia, mexicaine et depuis 17 ans à Strasbourg, abonde :

« Cette ville c’est la nôtre à tous. »

Plusieurs personnes ont rendu hommage aux victimes assassinées (Photo Abdeslam Mirdass)
Plusieurs personnes ont rendu hommage aux victimes assassinées (Photo Abdeslam Mirdass)

Plus loin, Sabrine explique être venue avec son fils Nadhir, 7 ans et demi, « pour être solidaire » :

« En tant que musulmane je ne suis pas du tout d’accord avec ce qui a été fait. J’habite aux Poteries, pas très loin de là d’où habite la famille du tueur. Je suis en colère quant aux défaillances de la justice dans l’accompagnement de ce jeune, qui avait 27 condamnations.  J’ai lu qu’il a commis son premier vol à 10 ans. Il doit y avoir des solutions à trouver pour ces jeunes. Il est loin d’être seul. On a un gros travail à faire avec nos enfants. »

« Strasbourg va vivre encore plus pleinement »

Pour Sidi, c’était « un devoir » d’être ici ce matin :

« Quand on veut vivre, l’unique façon de montrer de notre compassion c’est de se rassembler. Je connaissais le journaliste italien décédé ainsi que Bartek. J’avais donc un devoir supplémentaire à être là pour ceux qui sont partis et ceux qui luttent encore. Et je n’oublie pas que ceux qui ont fait ça sont issus de la même humanité que nous. Maintenant Strasbourg mérite de continuer à vivre. C’est ça qui va nous maintenir. Et d’ailleurs je crois que Strasbourg va vivre, et même encore plus pleinement. »

L’imam Saliou Faye, du quartier de la Meinau, félicite le rassemblement :

« Ce qu’il faut c’est ça : marquer la solidarité de tout le monde. Être mains dans la main contre la violence. Elle n’a pas sa place dans cette ville, ni ailleurs. Strasbourg est et restera une ville modèle de dialogue et de vivre ensemble. »

Les enfants sont associés pour leur permettre de comprendre qu'ils ne sont pas seuls à ressentir de la tristesse (Photo Abdeslam Mirdass)
Les enfants sont associés pour leur permettre de comprendre qu’ils ne sont pas seuls à ressentir de la tristesse (Photo Abdeslam Mirdass)

« Pas tombés dans le piège »

Le religieux musulman cite le pasteur Martin Luther King :

« Nous vivrons ensemble comme des frères ou nous mourrons comme des fous. »

Dans la foule des anonymes, Harold Avraham Weill est venu ce matin en « simple citoyen. »  Le grand rabbin de Strasbourg, natif de Strasbourg et en poste depuis un an, a vécu de front l’attentat de Toulouse en 2012 :

« J’ai déjà connu ce jour où tout bascule et où l’on tombe dans la perte d’insouciance. Je crois que les Strasbourgeois ne sont pas tombés dans ce piège. Leur réaction est exceptionnelle depuis mercredi dans leur volonté d’aller de l’avant. »

Déjà, les associations caritatives des chalets de la place se mettent à revendre leur vin chaud. La patinoire se remplit d’enfants.

Frédéric Bierry veut lier une activité au futur RSA, le revenu universel d’activité

Frédéric Bierry veut lier une activité au futur RSA, le revenu universel d’activité

Le président du Département du Bas-Rhin s’est vu confier une mission de travail par le gouvernement.

Le Revenu mininum d’insertion (RMI) avait mauvaise presse, il y a donc eu le Revenu de solidarité active (RSA) généralisé en 2009 par Nicolas Sarkozy. Mais comme le principe reste le même : assurer un revenu minimal aux personnes qui n’ont ni emploi, ni de droits au chômage, le problème de la « stigmatisation » demeure dix ans après . . .

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#revenu universel

Au conseil municipal, 500 millions d’euros à dépenser dans un climat pesant

Au conseil municipal, 500 millions d’euros à dépenser dans un climat pesant

Dans le contexte pesant strasbourgeois, le dernier conseil municipal de l’année va traiter du budget pour l’année 2019, soit à peine plus de 500 millions d’euros dans le nouveau cadre du « Pacte financier ». À suivre en direct et avec nos commentaires exceptionnellement dès 9h30.

Difficile de reprendre les affaires courantes moins d’une semaine après les crimes commis dans le centre de Strasbourg. Ce climat pesant devrait inciter à un peu de retenue sur les bancs de l’assemblée. Le conseil municipal va pourtant étudier dès 9h30 l’une des délibérations les plus importantes avec le budget pour l’année 2019. Il s’agit de la dernière année pleine du maire Roland Ries (PS), qui ne se représentera pas en 2020.

Les indicateurs au vert, ou presque

Après les efforts des premières années (hausses des taux d’impôts en 2015 et 2016), les dernières d’un mandat sont celles des dépenses de fin de projets et de la stabilité des impôts locaux. Ainsi « tous les voyants sont au vert », se réjouit Roland Ries. Et pour cause, les investissements planifiés repartent à la hausse plus (115 millions d’euros après des années à 100), la dette baisse et les impôts sont stables. Les économies sont notamment faîtes sur le personnel (200,2 millions, après un maximum à 201,6 en 2017) grâce au non-remplacement d’agents. Justement, cette question des effectifs de la collectivité revient avec insistance dans les débats. Après les premières coupes depuis 2014, les suivantes sont plus périlleuses. Et même au sein de la majorité, certains élus le ressentent dans leurs équipes, rarement au complet notamment par le jeu des longs délais de renouvellements de postes.
Pour 2019, Strasbourg table sur un budget de 500,1 million d’euros à savoir 384,7 pour le fonctionnement (le personnel, mais aussi les dépenses courantes de gestion, le travail avec les associations) et 115,4 pour les investissements, c’est-à-dire les travaux. Avec le pacte financier controversé adopté en juin, les dépenses de fonctionnement ne doivent pas augmenter de plus de 1,2%, sous peine de sanctions financières.

« Pile » à 1,2%

Et cela tombe bien, le montant inscrit pour 2019 correspond « pile » à 1,2% de plus que les projections pour les dépenses en 2018 (dont le montant exact sera connu vers le mois d’avril). Chaque dépense supplémentaire (de fonctionnement) en cours d’année lors des décisions modificatives devra être compensée par une économie équivalente. À moins que la Ville arrive à convaincre la Préfecture de « détourer » certaines actions du calcul d’une année sur l’autre.
« J’ai bon espoir que la pression mise par toutes les collectivités sur l’État sur ce point soit efficace », estime pour sa part Roland Ries. Les élus espèrent notamment que les dépenses « volontaires » concernant l’accueil de sans-abris ou la Santé (notamment le Sport sur ordonnance) soient enlevées. « On y arrive même sans que ce soit enlevé, mais symboliquement et politiquement on aimerait que ça le soit », abonde l’adjoint Alexandre Feltz (hors groupe après avoir quitté La Coopérative). « Le problème, c’est est-ce que l’on va continuer à répondre à des appels à projet nationaux ou européens (qui amènent des fonds supplémentaires de la part ceux qui lancent ces appels ndlr) », s’interroge l’adjoint au maire aux Finances Serge Oehler, qui fait part d’une réunion encourageante à ce sujet fin novembre à la Préfecture du Bas-Rhin.
La municipalité s'apprête à acter ses dépenses pour 2019 (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
La municipalité s’apprête à acter ses dépenses pour 2019 (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Le BHNS G revient

Autre délibération qui devrait amener des débats, celle du prolongement du bus à haut niveau de service (BHNS) G vers la place de l’Étoile. Alors qu’un tracé avait été acté par le public en juin, la délibération avait été retirée en octobre lorsque l’adjointe en charge de la nature en ville Christel Kohler (LREM) avait appris qu’elle impliquait la coupe de 190 arbres, dans un contexte de déboisements intenses pour permettre le Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg. Plusieurs groupes de la majorité tente de se piéger mutuellement sur ce dossier qui prend du retard. La solution nouvelle permet de limiter les coupes (137 « seulement ») et d’en replanter 120 (contre 80 initialement) sur site, en sus d’autres à l’occasion de la rénovation du quartier Laiterie. Ce choix implique une trentaine de places de stationnement en moins, qui devraient être trouvées du côté de parkings de bailleurs sociaux rue de Rothau ou au parking Petite France. Autre idée qui a émergé au sein du groupe de travail de trois élus, créer un parc sur l’actuel parking de la caserne Marcot qui appartient à l’État, au pied du pont Pasteur et face à l’Ill.

Reprendre son vin chaud là où on l’avait laissé

Reprendre son vin chaud là où on l’avait laissé

C’est en tout cas ce qu’a prévu Piet ce dimanche. Même si au milieu des fusils d’assaut arrivés en renfort, il faudra peut-être jouer des coudes et faire semblant d’avoir oublié la trouille de ce mardi 11 décembre.

 

Dessin de Piet.

 

#opération Sentinelle

Axel, l’étudiant strasbourgeois disparu, aperçu sur une caméra de surveillance au Port-du-Rhin

Axel, l’étudiant strasbourgeois disparu, aperçu sur une caméra de surveillance au Port-du-Rhin

L’étudiant de 19 ans, disparu dans la nuit du samedi au dimanche 9 décembre, a été aperçu sur une caméra du centre de distribution de BMW, rue de la minoterie. Les recherches se poursuivent demain.

Les recherches de ce samedi 15 décembre ont apporté du nouveau Ils étaient environ 80 volontaires au matin, rassemblés pour retrouver des indices qui les mèneraient à Axel. De la famille, des amis, des amis des amis… Tous se sont donnés le mot sur un groupe et un tchat Facebook pour retrouver Axel. Étudiant à Strasbourg, il a disparu dans la nuit de samedi 8 à dimanche 9 décembre, après avoir faussé compagnie à ses amis restés dans une boite de Kehl.

La mission de samedi consistait à fouiller les lieux accessibles au public entre la frontière et le centre de Strasbourg, pendant que la police se charge des terrains privés et de la collecte d’informations. L’équipe cynophile dépêchée sur place rappellent quelques consignes : pas d’intrusion sur les terrains privés, ne pas se déplacer seul, ne pas se mettre en danger… Et quelques conseils de méthode pas franchement rassurants :

« Cherchez surtout avec vos yeux, il ne vous entendra pas. S’il est dehors depuis une semaine, on cherche quelqu’un qui est au mieux inconscient… Le pire, je vous laisse l’imaginer. »

80 volontaires environ, étaient coordonnés samedi matin par l’équipe cynophile et la police. (photo Pierre Pauma)

Aperçu pour la dernière fois par une caméra à 2h28

Le matin, un des groupes a passé au peigne fin la rue de la minoterie et ses alentours, au nord de la zone industrielle. Elle abrite notamment un centre de distribution de pièces automobiles appartenant à BMW, équipé de plusieurs caméras de surveillances. L’une d’entre elle a aperçu Axel, s’enfonçant dans la rue de la Minoterie. Ce matin là, l’indice le plus sérieux restait une image obtenue par la caméra de surveillance du Crédit Mutuel près de l’arrêt de tramway Port du Rhin.

Une fois sorti du Famous Club Lounge de Kehl vers deux heures du matin, il a été aperçu par une première caméra de surveillance en Allemagne, en train de courir sous une pluie battante. La caméra de la banque l’a identifié ensuite à 2h16 au croisement entre la route du Rhin et la rue Couleaux. La rotation de la caméra empêchant de savoir dans quelle direction il est ensuite parti, la piste se brouillait. La caméra du restaurant du Bateau du Rhin montrait le passage d’une ombre à 2h18, sans pouvoir identifier formellement le jeune Axel.

 

 

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Autres signes distinctifs : deux jeux de clés avec des mousquetons

Antoine, qui vit en colocation avec lui depuis un an et demi, ne reconnaît aucun vice à Axel :

« Il est franchement du genre sage. C’était le type qui en est toujours à sa première bière, quand toi tu en as descendu huit. »

La soirée de samedi avait été arrosée, certes. Assez pour être sorti par un videur. Mais la virée nocturne dans le Port-du-Rhin en solitaire est une exception. Antoine est toujours incrédule :

« C’est vraiment le mec qui prend le moins de risques au monde. C’est juste pas croyable que la seule fois où il se met en danger, il lui arrive un truc. »

 

Antoine, le colocataire d’Axel, devant le plan de la battue. (photo Pierre Pauma)

Recherches au bout de la rue de la Minoterie (photo Pierre Pauma)

 « Pas de ralentissement lié à l’attentat »

Très médiatisée en début de semaine, la disparition Axel a vite été éclipsée par l’attentat du Marché de Noël. Au grand désespoir de ses proches, plutôt contents de voir la presse réapparaître.
Sur chaque rive du Rhin, la police française a inspecté les lieux privés. Une brigade a sondé les eaux du Rhin et des bassins du port, sans résultat. Le commandant Simonot réfute en revanche tout ralentissement de l’enquête lié à l’attaque qui a eu lieu mardi 11 décembre sur le Marché de Noël.

« Au contraire, toute la zone a été fouillée de fond en comble. À la recherche du suspect, et du disparu. »

Les recherches se poursuivent ce matin, avec des équipes fluviales équipées de sonars pour examiner les bassins du Commerce et de l’Industrie, ainsi que l’avant-port.

L’hommage solennel aux victimes de l’attaque programmé dimanche matin

L’hommage solennel aux victimes de l’attaque programmé dimanche matin

C’était une demande de nombreuses associations, un hommage solennel aux victimes de l’attaque de Strasbourg est programmé ce dimanche 16 décembre à 10h30 place Kléber. Des bougies, fleurs et mots ont été déposés spontanément par des citoyens depuis mercredi. Il sera donc possible d’accéder en tramway et de descendre dans le centre, avant l’ouverture du marché de Noël à 11h et la fermeture de toutes les stations de la Grande-Île.

Après des négociations avec la Préfecture et la Ville de Strasbourg, Chrisitine Panzer, présidente de l’Astu (actions citoyenne interculturelles) explique les contours de l’événement, avant une dernière réunion d’organisation samedi :

« Il y aura des prises de parole, la lecture de l’hommage, de la musique, des poèmes et des gestes symboliques. On souhaite un rassemblement court et digne vu la situation et parce qu’il sera statique. »

Ce vendredi en milieu d’après-midi, une quatrième victime a été ajoutée au bilan officiel des personnes décédées. À cela s’ajoutent 12 blessés, certains dans un état grave.

Un rassemblement statique en hommage aux victimes de Strasbourg est prévu dimanche au pied de la statue et du tombeau du général Kléber. (photo Ophélie Gobinet / Rue89 Strasbourg)

Chérif Chekatt, le tueur du mardi 11 décembre a été abattu par une patrouille de trois policiers deux jours plus tard, rue du Lazaret.

Attaque de Strasbourg : Un cauchemar de deux jours prend fin

Attaque de Strasbourg : Un cauchemar de deux jours prend fin

Jeudi 13 décembre, peu après 21 h, Chérif Cheklatt a été abattu par trois policiers, en patrouille dans le sud de Neudorf. La traque prend fin. Les Strasbourgeois vont tenter de reprendre le cours normal de leurs vies.

Strasbourg, au sud de Neudorf, peu après 21h. Deux hommes et une femme de la brigade spécialisée de terrain viennent d’abattre Chérif Chekatt au 74 rue du Lazaret. La traque aura duré près de deux jours et mobilisé plus de 700 agents. Des policiers locaux ont mis fin à la cavale du principal suspect de l’attaque de Strasbourg.

Quelques minutes plus tôt, le ministre de l’Intérieur annonçait la réouverture du Marché de Noël, après deux jours d’interruption à la fois en hommage aux victimes et pour soulager les forces de sécurité. Mais un hélicoptère continuait de survoler la ville, et rappelait sans cesse la cavale du terroriste. Pendant plus de 48 heures, les habitants de la ville meurtrie ont vécu au rythme d’un bilan des victimes encore en évolution et des opérations des forces de l’ordre. Cette page s’est tournée dans la soirée du 13 décembre.

Hommages à l'entrée de la rue des Juifs (photo Abdesslam Mirdass)
Hommages à l’entrée de la rue des Juifs (photo Abdesslam Mirdass)

L’assaillant signalé par une habitante

Chérif Chekatt, devenu l’ennemi public numéro 1, a été repéré par les caméras de surveillance et un dispositif de détection thermique à bord de l’hélicoptère survolant le quartier de Neudorf. Il se cachait dans un entrepôt de la plaine des Bouchers. Il n’était qu’à quelques centaine de mètres du lieu où les forces de l’ordre avait perdu sa trace dans la soirée du 11 décembre, rue d’Épinal.

Repéré par trois policiers de la Brigade spécialisée de terrain (BST), un patrouille du quotidien, il tente de se cacher dans un hall d’immeuble. Le fugitif n’y parvient pas. Trois policiers, deux hommes et une femme, l’interpellent. Leurs consignes sont de contrôler les identités de quasiment tout le monde dans le quartier. En guise de réponse, il tire avec son pistolet. La brigade réplique à la mitraillette. Chérif Cheklatt tombe, touché à la tête. Le fuyard est mort.

Des policiers applaudis

Vers 21h30, plus aucun tram ne circule à proximité de la station Krimmeri-Meinau. Devant les cordons rayés rouges et blancs, les forces de l’ordre bouclent le périmètre. Une cinquantaine de personnes assistent à la scène, beaucoup de journalistes et des habitants du quartier, pressés de rentrer chez eux d’autant que la température est tombée rapidement. D’autres assistent au spectacle, le regard dans le vide, comme s’ils peinaient à réaliser ce qui vient de se passer. Luc, un habitant de la rue Sainte-Cécile, semble sous le choc. Il résume ce qu’il vient de vivre :

« J’ai entendu une longue rafale de mitraillette. Vingt minutes plus tard, c’était confirmé sur BFM TV. »

Peu après 22 heures, les habitants du quartier commencent à rentrer chez eux. La police laisse passer les Strasbourgeois frigorifiés par les températures négatives au compte-goutte. Une partie des forces de l’ordre quitte aussi les lieux, sous les applaudissements des riverains et badauds :

Reprendre une vie normale

Au même moment, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner annonce la mort de Chérif Cheklatt, depuis l’hôtel de la Préfecture. Le maire de Strasbourg Roland Ries s’est exprimé sur la fin de la traque :

« Après ces jours de tristesse et de deuil, il fallait retrouver la vie habituelle de Strasbourg. Ce sera chose faite dès demain et je m’en réjouis. »

Alors que des bougies, fleurs, et petit mots jalonnent le sanglant parcours du meurtrier au centre-ville, Strasbourg va tenter de reprendre une vie normale. Le Marché de Noël est rouvert vendredi, doté d’un dispositif de sécurité légèrement différent. Quinze ponts seront ouverts contre 19 auparavant et la desserte en tramway sera modifiée. La décision a été prise après 20h, avant la neutralisation de Chérif Chekatt. Mais la venue du ministre de l’Intérieur, décidée dès la fin de l’après-midi, laisse penser que les autorités savaient que le suspect était cerné.

Lors d’une rencontre du maire avec plusieurs responsables strasbourgeois à la mi-journée, plusieurs représentants des commerces et hôteliers demandaient une réouverture du Marché de Noël, pour « reprendre une vie normale » certes, mais aussi au nom d’un réalisme économique. Des centaines de réservations ont déjà été annulées et d’autres sont en suspens. Les taux d’annulation calculés par les plateformes Booking ou Expedia seraient « similaires à ceux après les attentats de Paris de 2015 et supérieurs à Nice en 2016 », selon Pierre Siegel, président de la section hôtelière du Groupement des hôteliers, restaurateurs et débitants de boissons du Bas-Rhin. À cela s’ajoute les locations AirBnb.

Aucune commémoration pour l’heure

Des commémorations devraient se dérouler lors de la fin de semaine. À cette heure, elles ne sont pas encore programmées. Dans la Grande-Île, une équipe d’urgence médico-psychologique circulera à partir de 14h vendredi. Elle se rendra à la rencontre des résidents, des commerçants et des touristes afin que les personnes qui le souhaitent puissent bénéficier d’une écoute et d’un soutien. Cette patrouille s’ajoute au centre d’accueil et d’écoute à la cité de la musique et de la danse, rue Dauphine à Strasbourg.

Malgré tous ces efforts, le bilan pourrait encore s’alourdir. Trois morts ont été annoncés officiellement, mais d’autres victimes ont été blessés à la tête et sont dans des états critiques.

Chérif Chekatt : du détenu « ancré dans la violence » au pratiquant intégriste

Chérif Chekatt : du détenu « ancré dans la violence » au pratiquant intégriste

Condamné à 27 reprises pour des faits de vol et de violence aggravée, Chérif Chekatt est signalé pour radicalisation à sa sortie de la maison d’arrêt de l’Elsau en 2015. Mais plusieurs sources pénitentiaires décrivent l’auteur de l’attaque du 11 décembre comme un prisonnier banal, « ancré dans la violence comme un tas d’autres. » Un codétenu rapporte la vision intégriste de l’Islam que véhiculait le Strasbourgeois lors d’un séjour en prison outre-Rhin en 2017.

Il a été pendant trois jours l’homme le plus recherché de France, après avoir tiré sur les passants au marché de Noël de Strasbourg. Chérif Chekatt a assassiné trois personnes et en a blessé 14 autres dans la soirée du 11 décembre. Condamné à 27 reprises pour des faits de vols, braquages et de violences aggravées, il a passé plusieurs années dans les maisons d’arrêt de Mulhouse, d’Épinal et de Strasbourg dans le quartier de l’Elsau. Plusieurs sources pénitentiaires nous ont confié leur étonnement suite aux premiers éléments de portrait connus sur le suspect : « Aucun de mes collègues des différents établissements n’a le souvenir d’un type radicalisé. Il était ancré dans la violence, mais malheureusement comme un tas d’autres détenus », nous confie un surveillant.

 

Délinquant depuis ses dix ans

À dix ans, Chérif Chekatt est déjà tombé dans la délinquance et fait face à la police, rapporte l’hebdomadaire Marianne. Il quitte l’école à 16 ans et enchaîne les délits en France, mais aussi en Allemagne, en Suisse et au Luxembourg.

Ancien détenu pendant un an, Kader (le prénom a été modifié), a rencontré Chérif Chekatt à la maison d’arrêt de Strasbourg au début des années 2010. Il connaissait vaguement le détenu, de réputation : « La famille Chekatt est connue pour sa violence depuis des années. »

Daniel Chinaglia dirige le centre socioculturel JS Koenigshoffen, quartier d’origine du suspect. Il tempère ces propos :

« Oui, cette famille avait une réputation liée aux petites incivilités et à la petite délinquance. Mais ce sont des problèmes qui se réglaient assez rapidement puisqu’on accueille un certain nombre d’enfants de cette famille ici et ça se passe bien. (…) Chérif Chekatt était d’une branche de la famille qui était plus isolée. On ne le connait pas vraiment ici. »

« Rien n’indiquait qu’il allait basculer »

En France, la dernière incarcération de Chérif Chekatt date de novembre 2013. Le Strasbourgeois est sensé rester six mois à la prison de Mulhouse, pour violences aggravées. Il passe finalement près de deux ans derrière les barreaux. En cause : plusieurs procédures disciplinaires pour insultes et menaces envers le personnel, qui font tomber son sursis. Plus grave, il commet une agression contre un surveillant. Pour cette raison, il est transféré à Épinal. Dans le cadre d’un rapprochement familial, il est ensuite incarcéré à Strasbourg. Il sort de la maison d’arrêt de l’Elsau en septembre 2015 et ne laisse pas le souvenir d’un homme radicalisé comme le rapporte un surveillant :

« C’était plutôt un gangster, rétif à toute forme d’autorité. Les collègues n’ont pas de souvenir d’une radicalisation. Pour moi, c’était un profil de droit commun. Rien n’indiquait qu’il allait basculer. »

Selon l’ancien codétenu de Chérif Chekatt, l’assaillant présumé ne s’est pas radicalisé en prison :

« C’est après la maison d’arrêt qu’il s’est mis à l’Islam. Il faisait la prière et allait à la mosquée, mais pas celle de Kœnigshoffen, parce que c’était plutôt des pères de famille qui y allaient. Mais personne n’a vu de signe de radicalisation. Il a dû péter un câble après la perquisition chez lui… »

Selon le journal Le Monde, qui s’est procuré un compte-rendu de cette perquisition menée le matin qui a précédé l’attaque, aucune lettre d’allégeance ou drapeau de l’Etat Islamique n’ont été découverts. Les enquêteurs concluaient alors à la préparation d’un cambriolage…

Réduction de peine obtenue en 2015

Une source pénitentiaire reste étonnée par les premiers portraits de Chérif Chekatt dans les médias, en comparaison avec des remontées du terrain : « J’entends parler de grand banditisme. C’est juste un petit voleur. » Et l’homme de rappeler les maigres résultats de nombreux casses : 8 000 euros après un cambriolage d’un cabinet dentaire en 2012, 315 euros après avoir forcé trois coffres d’une pharmacie en 2016… À chaque fois, le Strasbourgeois est arrêté et condamné.

Notre interlocuteur est tout aussi surpris d’apprendre que Chérif Chekatt avait été signalé en 2013 comme « détenu radicalisé, prosélyte et particulièrement violent » :

« J’ai connu des détenus qui détestaient l’Occident au point qu’ils arrachaient les trois bandes de leur basket Adidas. D’autres ont été soupçonnés de radicalisation parce qu’ils n’écoutaient plus de musique, ni ne regardaient la télé, et se réfugiaient dans la prière. Ce n’était pas le cas pour Chérif Chekatt. »

Et l’homme d’ajouter :

« Ce qui est étonnant, c’est que Chérif Chekatt a quand même touché des crédits de réduction de peine. En plus, à six mois de sa libération, il a obtenu un rapprochement familial. Ça n’arrive pas quand un détenu fait parler de lui défavorablement. »

« Pour lui, tout était haram »

En 2015, la direction de l’Administration pénitentiaire a alerté la Direction générale des services intérieurs (DGSI) sur la sortie de prison de Chérif Chekatt, selon Le Figaro. Le suspect de l’attaque du 11 décembre est fiché « S » un an plus tard, comme près de 20 000 personnes en France. En 2016, il est à nouveau condamné pour un vol en Allemagne. Dans sa prison à Constance, Chérif Chekatt rencontre Salim. Son prénom a été modifié, car il craint d’être associé à l’attaque : « Je l’ai juste rencontré en prison. Comme j’étais le seul qui parlait français, et qu’il ne parlait pas un mot d’allemand, on était tous les jours ensemble. »

À cette période, le Strasbourgeois semble prôner une pratique rigoriste de l’Islam : « Il m’a dit plusieurs fois que je n’étais pas un vrai musulman. Pour lui, tout était haram (interdit en arabe, ndlr) Je suis un amateur d’oiseaux. Même ça il me disait que c’était haram. » Salim rapporte une autre conversation avec Chérif, au sujet de l’attentat de Berlin en décembre 2016 :

« Je lui ai demandé de s’imaginer si ma mère était au marché de Noël de Berlin et qu’elle avait été blessée par le terroriste. Il m’a répondu que si elle était musulmane, elle irait au paradis. Moi j’ai dit qu’un mec qui tue des gens, c’est un mécréant qui n’irait pas au paradis. Il n’a pas voulu me dire ce qu’il en pensait. Il a juste dit : “Dieu le sait”. »

Soupçonné mais insaisissable

Cette année encore, les autorités françaises cherchaient un moyen d’arrêter Chérif Cheklatt avant son expédition meurtrière. Mais le Strasbourgeois ne peut être assigné à résidence. Les éléments manquent aussi pour l’accuser d’apologie du terrorisme. C’est donc une procédure de droit commun qui est utilisée pour mettre la main sur le délinquant multirécidiviste. À la suite d’une tentative d’homicide en août 2018, la gendarmerie a perquisitionné son domicile le 11 décembre au matin. Signe que l’affaire n’est pas banale : des observateurs de la DGSI et du service central de renseignement territorial (SCRT) accompagnent les policiers. Mais l’auteur de l’attaque du marché de Noël n’est pas là. Trois jours plus tard, les forces de l’ordre l’abattent après un échange de tirs dans une rue du Neudorf.

Chérif Chekatt abattu par la police

Chérif Chekatt abattu par la police

La traque pour Cherif Chekatt est terminée. L’homme est suspecté d’avoir tué au moins trois personnes mardi soir au Marché de Noël a été abattu par la police au 74 rue de Lazaret, à la limite de Neudorf et de la Meinau, au sud de Strasbourg.

L’essentiel des développements de jeudi

    Cherif Chekatt a été abattu au 74 rue du Lazaret, au sud du quartier de Neudorf par une brigade spécialisée de terrain (BST). Le Marché de Noël va réouvrir vendredi avec 15 points d’entrée contre 19 et une desserte en tram modifiée. Le bilan de l’attaque de mardi soir est passé à 3 personnes décédées, 5 blessés graves et 8 blessés légers. Des unités du RAID de la police nationale ont été déployées au début du Neudorf, de 15h à 17h, mais sans interpellation. Une cinquième personne, qui ne fait pas partie de sa famille, a été placée en garde à vue, après ses parents et deux de ses frères. Il s’agit de son logeur selon Le Parisien.

Le direct

C’est la fin de ce direct, on se retrouve demain sur Rue89 Strasbourg.
Rue de Dornach (Photo Ophélie Gobinet / Rue89 Strasbourg / cc)
Rue du Lazaret (Photo Ophélie Gobinet / Rue89 Strasbourg / cc)
Témoignage de Luc, habitant rue Sainte Cécile, chez lui lors des faits :
« J’ai entendu une longue rafale de mitraillette. 20 minutes plus tard c’était confirmé sur BFM TV. »
D’après nos informations, Chérif Chekatt était notamment caché des locaux de la SNCF près des lieux où il a été abattu.
Après une allocution de moins de deux minutes à la Préfecture, le ministre de l’Intérieur arrive sur place pour féliciter les troupes.
Sur place, beaucoup de gens aux fenêtres ou de curieux. Quelques riverains sont bloqués. Tout le monde attend, avec beaucoup de caméras autour des barrages.
Un riverain a capté la scène juste en face.
Sur la place Kléber, des Strasbourgeois saluent la fin de cette tragique série d'événements... (Photo Claire Gandanger / Rue89 Strasbourg / cc)
Sur la place Kléber, des Strasbourgeois saluent la fin de cette tragique série d’événements… (Photo Claire Gandanger / Rue89 Strasbourg / cc)
D’après nos informations, l’hélicoptère qui surplombait le quartier servait à un repérage par chaleur thermique.
Réaction de Roland Ries, maire de Strasbourg :
« Alors même que le Ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, annonçait la réouverture des marchés de Noël de Strasbourg ce vendredi, nous apprenions que le terroriste qui s’en est pris à notre ville mardi soir, était décédé lors de la tentative d’arrestation qui s’est déroulée ce soir, dans le quartier de Neudorf. Après ces jours de tristesse et de deuil, il fallait retrouver la vie habituelle de Strasbourg. Ce sera chose faite dès demain, et je m’en réjouis. Pour autant, mes pensées vont aussi aux victimes, à leur famille, et à tous les Strasbourgeois et les Visiteurs qui ont été traumatisés par cette séquence épouvantable. J’adresse un grand merci à toutes les forces qui ont été mobilisées pour traquer et trouver le tueur, comme à tous les services et toutes les personnes qui ont accompagné, aidé, soigné, et pris en charge les victimes et leurs proches. A Strasbourg, la volonté de résister comme la capacité à se rassembler ont été les plus forts. »
Roland Ries commente la neutralisation de Cherif Chekatt et annonce des changements dans les mesures de sécurité du Marché de Noël :
L’adresse exacte de la neutralisation du terroriste est le 72 rue du Lazaret selon le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner.
Témoignage d’une serveuse au Café Grognon, 52 rue de Lazaret à quelques numéros de l’endroit où Chérif Chekatt a été abattu :
« Il y avait des clients dehors en train de fumer et on a entendu les gyrophares des voitures de police. On a couru vers la première voiture de police pour savoir quoi faire. On nous a dit qu’il y avait rien de sérieux, mais on est rentrés et on a fermé les volets, comme mardi soir. Et on a appris à la télévision que le suspect était mort. Des clients ont entendu les coups de feu mais pas moi. »
Réaction de Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, après l’annonce de la neutralisation de Cherif Chekatt :
Selon nos informations, il a été tué par des policiers simples, des Brigades spécialisées de terrain (BST), anciennement « UTeQ » (unités territoriales de quartier).
Des habitants applaudissent les forces de l’ordre au barrage de police rue du Lazaret, au croisement avec la rue Sainte Cécile et la rue Saint-Erhard.
Chérif Chekatt a donc été retrouvé quelques centaines de mètres plus au sud du quartier où il a grandi, rue du Chêne.
Chérif Chekatt a été abattu par les forces de l’ordre dans le quartier de la Meinau, peu après 21h. Selon France Info, le principal suspect dans l’attaque du 11 décembre s’était réfugié dans un entrepôt situé à la plaine des Bouchers.
D’après plusieurs sources concordantes Chérif Chekatt a été abattu un peu après 21h.
Le marché de Noël de Strasbourg rouvrira ses portes demain, a annoncé le ministre de l’Intérieur. Christophe Castaner a indiqué que les points d’entrée dans la Grande-Île passeront de 19 à 15. Des policiers nationaux accompagneront les agents de sécurité privée, qui pourront demander l’ouverture des manteaux. Les stations de tram Alt-Winmärik et Langstross Grand’Rue seront fermées entre 11 h et 20 h. La station Broglie restera fermée à toute heure. Le marché de Noël fermera tous les jours 20 h au lieu de 21 h.
Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a annoncé la réouverture du marché de Noël et quelques modifications dans le dispositif de sécurité. (Photo Pierre Pauma)
       
Une réunion autour de la réouverture ou non du Marché de Noël se tient en ce moment. Annonce vraisemblablement dans la foulée.
Une messe se tient en la cathédrale, en présence de Mgr Ravel, archevêque de Strasbourg, en mémoire des victimes de l'attaque de Strasbourg. (Photo CG / Rue89 Strasbourg / cc)
Une messe œcuménique, avec des représentants de plusieurs cultes religieux, se tient dans la cathédrale, en présence de Mgr Ravel, archevêque de Strasbourg, en mémoire des victimes de l’attaque de Strasbourg. (Photo CG / Rue89 Strasbourg / cc)
Le ministre de l’Intérieur doit rencontrer le maire de Strasbourg et le préfet pour décider de l’ouverture, ou non, du Marché de Noël.
Le blocage rue de Belfort est levé.
(Photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)
(Photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)
La rue de Belfort est toujours bloquée (Photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)
La rue de Belfort est toujours bloquée (Photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)
L’opération de police est levée, sans interpellation.
Tout le quartier est bouclé par un périmètre de sécurité. L’école du Schluthfeld, située à proximité, se trouve à l’intérieur du périmètre bouclé et les parents ne peuvent pas y accéder pour le moment.
La police municipale a bouclé tout le quartier (Photo PP / Rue89 Strasbourg)
La police municipale a bouclé tout le quartier (Photo PP / Rue89 Strasbourg)
Depuis 14h45, des importants effectifs de forces de l’ordre, dont certains éléments du RAID, sont déployés autour des rues d’Epinal, de Belfort et au début de la route de l’Hôpital. Les autorités n’ont pas communiqué sur ce déploiement mais il semble qu’il soit lié à la traque de Cherif Chekatt.  
« Aujourd’hui on s’est levés et on est prêts à ouvrir nos volets, on ne peut pas se laisser abattre comme ça », a dit au maire une commerçante qui tient un chalet place de la Cathédrale.
Marc Keller, président du Racing Club de Strasbourg, a indiqué que ses joueurs arboreront un maillot spécial samedi, sans sponsor :
« Hier matin je suis allé voir les joueurs et l’entraîneur. Je les ai trouvé très choqués. On a des joueurs de partout. Ce qui s’est passé hier a eu un retentissement dans le monde entier. »
La radio France Bleu Alsace mettra ses studios sur le marché de Noël quand il rouvrira, et le directeur d’antenne a précisé qu’il disposerait de créneaux sur les ondes nationales.
Le maire de Strasbourg, Roland Ries, a réuni une sélection de Strasbourgeois à l’Hôtel de ville jeudi midi pour voir avec eux quels étaient leurs sentiments, et s’il était opportun de rouvrir le Marché de Noël. De nombreuses personnes présentes l’ont souhaité. Le maire a écarté tout « rassemblement citoyen » en hommage aux victimes, étant donné que tout rassemblement est strictement proscrit par les autorités, étant donné que les effectifs policiers sont toujours mobilisés pour retrouver la trace Cherif Chekatt.  
Le bilan de l’attaque perpétrée à Strasbourg au soir du mardi 11 décembre a un peu évolué. Toujours provisoire, il est désormais établi à 3 personnes décédées, 5 blessés graves et 8 blessés légers selon la préfecture du Bas-Rhin. Ce bilan peut malheureusement encore évoluer en raison des blessures à la tête d’une partie des autres victimes. L’identité de la 3e personne décédée a été communiquée, il s’agit de Kamal Naghchband, 44 ans, père de 3 enfants. Il était réfugié afghan. Un office funéraire est prévu vendredi à la mosquée Eyyub Sultan de la Meinau. Le Centre d’Accueil des Familles, chargé d’accompagner et de soutenir les familles de victimes est toujours ouvert jeudi matin à la cité de la musique et de la danse de Strasbourg, place Dauphine. La cellule d’Information du Public est désormais joignable gratuitement au 0806 000 667.

Attaque au Marché de Noël : Le raté d’un dispositif de sécurité hors normes ?

Attaque au Marché de Noël : Le raté d’un dispositif de sécurité hors normes ?

L’attaque survenue mardi 11 décembre est-elle un raté de l’imposant dispositif de sécurité du Marché de Noël ou la démonstration de son inefficacité générale ?

Malgré les mesures de sécurité drastiques appliquées à la Grande-Île de Strasbourg depuis le début du Marché de Noël, Cherif Chekatt n’a pas eu besoin d’utiliser la ruse mardi 11 décembre pour y mettre les pieds. Il est passé par le pont du Corbeau, l’un des plus grands et des plus surveillés, face à l’arche d’entrée dans le centre-ville par la rue du Vieux-Marché-aux-Poissons. Il s’est exécuté quelques minutes avant la fermeture des marchés et des contrôles à 20h. Le terroriste a ensuite pu ressortir de l’île alors que l’alerte était donnée. Pour cela, il a braqué un taxi, dans la Petite France, près du pont Saint-Martin.

Passoire ?

Alors, l’île de Strasbourg était-elle une passoire malgré l’imposant dispositif de filtrage censé rassurer les touristes ? Mis en place suite aux attentats de Paris du 13 novembre 2015, le dispositif mobilise tous les jours pendant quatre semaines 260 policiers nationaux, 160 agents de sécurité privés, 50 policiers municipaux et plusieurs dizaines de militaires de l’opération Sentinelle. Le coût de la sécurité est évalué à un million d’euros, contre 300 000 avant 2015, sans compter les traitements et salaires des forces de l’ordre.

Et si de nombreux Strasbourgeois se plaignaient jusqu’alors des contraintes et ralentissements que le dispositif fait peser sur leur vie quotidienne, peu étaient dupes de son utilité. Le système de points de contrôle à chaque pont est facile à contourner.

Il suffit par exemple de rentrer dans le centre-ville avant l’ouverture matinale (ou la veille, après la fermeture) puisque les contrôles ne sont pas mis en place aux heures de fermeture des marchés de Noël. Ou alors, de pénétrer sans subir aucune fouille en tramway jusqu’aux stations intérieures Langstross-Grand’Rue, ouverte en semaine, ou Alt Winkmärik. Et même en plein jour, les contrôles obligatoires des agents de sécurité de l’entreprise GVS ne sont pas très contraignants. Ces derniers n’ont de toute façon pas le droit de pratiquer de palpations ni de fouiller l’intérieur des sacs qu’ils font ouvrir aux passants.

L'assaillant est entré par le pont du Corbeau, l'un des plus larges et sécurisé en théorie. (photo Abdesslam Mirdass)
L’assaillant est entré par le pont du Corbeau, l’un des plus large et sécurisé en théorie. (photo Abdeslam Mirdass)

Roland Ries, le maire de Strasbourg, avait lui-même qualifié de « soi-disant étanche », cette « bulle de sécurité » en janvier 2018. Il s’interrogeait alors sur la nécessité d’assouplir le dispositif pour l’actuelle édition du Marché de Noël. En novembre, lorsqu’un système similaire a finalement été reconduit, en concertation avec les services de l’Etat, l’édile avait toutefois estimé qu’ « assouplir le dispositif » revenait à « prendre le risque de voir des personnes qui profitent de cet assouplissement pour s’insérer dedans et le cas échéant commettre des attentats. […] Personne, ni Monsieur le préfet, ni moi, ni quiconque ne peut prendre le moindre risque là-dessus. […] Les responsabilités qui pourraient être imputées aux uns et aux autres doivent aussi être prises en compte. »

Un risque connu

« Il faut qu’on voit comment ce terroriste a pu échapper à ces fouilles aux corps », reconnaissait Roland Ries mercredi, refusant d’entrer en ce « jour de deuil » dans une quelconque polémique.

« Nous savions que le risque était celui d’un homme déterminé », confiait pour sa part Robert Herrmann, président de l’Eurométropole et adjoint au maire en charge de la Sécurité, comme dans un aveu d’impuissance :

« Ce risque était évalué, connu. Il participe de la démocratie. J’entends ceux qui interrogent : “est-ce que la sécurité était suffisante ?” Mais nous sommes à la recherche d’un point moyen. Il y a là un aléa qu’on n’évitera jamais. »

Sécurité dans les trams ?

Face à ces discours, un constat interpelle tout Strasbourgeois qui a fréquenté le Marché de Noël : de quelles « fouilles au corps » parle Roland Ries, quand d’aucun a connu des contrôles qui consistent en une simple ouverture à la va-vite de son sac ? Concernant le contrôle des tramways qui amenait du public à l’intérieur de l’île, Robert Hermann assurait mercredi : « Il y a des caméras de surveillance dans les trams et des policiers en civil », renvoyant aux services de la préfecture pour plus de détails.

Depuis, impossible d’en savoir plus sur les mesures de sécurité à l’intérieur des trams de la part des services de l’Etat. « Je n’ai pas relevé de failles dans le dispositif tel qu’il a été conçu après 2015 », assurait mercredi soir Jean-Luc Marx, préfet du Grand Est et du Bas-Rhin.

Pour la réouverture des marchés de Noël, la préfecture et la Ville de Strasbourg ont annoncé reconduire un dispositif identique à celui déployé depuis 2015.

« Quand j’y pense je pleure, la suite va être difficile »

« Quand j’y pense je pleure, la suite va être difficile »

Rue89 Strasbourg a recueilli le témoignage d’une personne présente mardi soir rue des Grandes Arcades, confinée avec une partie des victimes des attaques de Strasbourg. Il raconte.

Mardi soir, il est 19h50, en plein cœur de Strasbourg. Le marché de Noël est sur le point de fermer lorsqu’un homme, Cherif Chekatt, 29 ans, fiché S, tire sur des passants rue des Orfèvres, marquant le point de départ de son trajet morbide dans les rues de la capitale alsacienne, faisant trois morts et treize blessés. Il prend ensuite le chemin de la place Kléber et son mythique sapin et se dirige vers la rue des Grandes Arcades. Il tire à nouveau.

Denis, la vingtaine, est au même endroit. Il rentre d’un match de football. Denis n’est pas son vrai prénom, car il souhaite ne pas être identifié pour, dit-il, « ne pas se mettre en avant, rester à sa place ». Il se souvient avoir entendu une, puis deux détonations. « À la deuxième détonation, il y a eu un gros mouvement de foule vers la gauche, les gens ont cherché à se réfugier sous les arcades », raconte-t-il.

Lui avait d’abord cru à des pétards, lancé au hasard dans la foule, pour une mauvaise blague, « pour faire peur aux gens ». Mais devant la boutique Adidas, il voit un homme allongé sur le sol. Ses trois enfants sont à côté, et sa femme, hurle. Trois ou quatre autres détonations retentissent encore.

« J’ai nettoyé leurs mains pleines de sang »

À ce moment-là, Denis voit le tireur d’assez près pour remarquer un grain de beauté sur le visage. Mais Denis est formel, les tirs qu’il a entendus ne sont pas des tirs d’armes à feu. « Ça ressemblait davantage à des tirs de mortier », affirme-t-il.

Avec d’autres passants, il trouve refuge dans le supermarché Auchan de la place Kléber. Il raconte les deux heures et demie passées à attendre la police :

« Avec les clients qui étaient déjà en train de faire les courses, on était à peu près une quarantaine à être confinés. La femme dont le mari était au sol est là, avec ses enfants, dont le plus âgé paraît avoir six ans. J’ai nettoyé leurs mains qui étaient pleines de sang. Leur mère avait aussi les vêtements tâchés de sang. Les enfants ont pleuré pendant quelques minutes puis se sont calmés. Avec quelques personnes, on s’est relayés auprès d’eux pour les occuper. Leur mère était paniquée, au téléphone et parlait dans une langue étrangère, en turc peut-être… »

Il s’agissait d’une langue afghane, Kamal, 44 ans, était un réfugié politique d’Afghanistan. Il avait fui la violence de son pays à l’âge de 18 ans. Jeudi 13 décembre au matin, il est ajouté au bilan officiel des victimes.

Solidarité et prise téléphonique

Denis souligne la solidarité qui s’est installée entre ceux qui avaient trouvé refuge pendant ces deux heures d’attente, qui ont semblé interminables. « Les employés du magasin ont distribué de l’eau, ouvert les toilettes, on sentait l’entraide ». Dans l’angoisse de savoir ce qu’il se passe et pour rassurer les proches, la grande majorité des personnes réfugiées dans le magasin ont le visage rivé sur leur téléphone :

« Tout le monde était sur les réseaux sociaux ou passait des appels pour essayer d’en savoir plus. Mais on s’est très vite retrouvés sans batterie. Parmi eux, une personne avait un câble pour recharger le téléphone. On faisait des roulements et dès que j’avais atteint 20% de batterie, je le passais à quelqu’un d’autre. »

Des fleurs et des mots ont été déposés au pied des sapins de la place Kléber (Photo Abdeslam Mirdass)
Des fleurs et des mots ont été déposés au pied des sapins de la place Kléber (Photo Abdeslam Mirdass)

Au bout de deux heures d’attente, la police arrive sur les lieux. Denis est interrogé deux fois. Il affirme que huit personnes ont reconnu l’homme dont la photo a commencé à circuler dès mardi soir sur les réseaux sociaux. Très vite, il donne aux enquêteurs une description précise du suspect : couleur des vêtements, forme du visage, aspect physique, jusqu’à ce grain de beauté qui l’a tant marqué :

« Les enquêteurs m’ont demandé comment je pouvais fournir autant de détails. Je travaille dans l’hôtellerie-restauration, je suis habitué aux moments de stress intense où il faut conserver son sang-froid et sa concentration. »

Denis est ensuite rentré tard chez lui. Très choqué. Mercredi soir, Chérif Chekatt est toujours en fuite et activement recherché par des centaines de forces de sécurité. Un appel à témoins a été diffusé pour tenter de le retrouver. Denis lui avoue ne pas avoir dormi de la nuit. « Quand j’y repense, je pleure », concède-t-il. « La suite va être difficile ».

#rue des grandes arcades

« Mardi soir était un de ces soirs… »

« Mardi soir était un de ces soirs… »

Rudy Chowrimootoo, chanteur et guitariste strasbourgeois de 28 ans, profitait du Marché de Noël et d’une gaufre rue des Grandes-Arcades quand l’attaque est survenue. Il livre son ressenti dans ce texte, initialement publié sur son profil Facebook.

Je suis partagé entre le besoin d’en parler, et l’envie de ne pas dire un seul mot, de ne pas accorder la moindre place à ce drame qui n’est autre que le visage de la haine… Pas même dans un fil d’actualité Facebook, pas même dans une « story » sur les réseaux sociaux.

Mais je suis marqué, donc je vous raconte.

C’est essentiellement pour passer un message, qui je l’espère, brillera dans vos têtes comme une lumière qui vous tient éveillé et vous aide à percevoir que la vie est une fête qui devrait se célébrer chaque jour.

Hier soir était un de ces soirs où je n’avais qu’une envie : rester à la maison, regarder Netflix et ne rien faire d’autre… Mais les jours défilent et il fallait bien choisir un moment pour terminer les achats de Noël. Le mardi c’est parfait, il n’y a personne, en tout cas moins que le week-end ! Ce sera bien plus agréable.

« En ville, la soirée s’annonce plus agréable que prévue »

Dans le tram, j’étais de ceux qui ne sourient pas et font même la gueule. Je venais de me rendre compte que le chauffage de ma voiture ne fonctionne plus et que cela arrivait toujours au mauvais moment… Encore des frais…

Arrivés en ville, la soirée s’annonce plus agréable que prévue, déjà trois cadeaux de trouvés en seulement 15 minutes ! On l’aura notre bun au saumon du marché de Noël finlandais à Gutenberg !

À 19h j’avais retrouvé le sourire. Le Père Noël accomplissait sa mission en avance et nous avions hâte de les offrir. Le bun était très bon mais la gourmandise ne s’arrêta pas là.

« Une baguette flambée à deux ça va non ? » aussitôt dit aussitôt engloutie ! Le Christkindelsmärik place Broglie est magnifique.
– On se ferait pas un truc sucré encore ?, me demande Julia.
– bon ok on va chez Waffle, on sera pas déçu. »

« Le lieu de mon premier guitare-voix »

J’aime la rue des Grandes-Arcades. Avant je l’aimais déjà mais depuis que j’y ai chanté l’an dernier pendant le Marché de Noël. Quand j’y passe, j’y repense et elle sera toujours le lieu de mon premier guitare-voix en pleine rue.

– « Les gaufres Nutella ?
– C’est pour nous !
– Par contre ce sera à emporter car on on ferme dans 5 minutes.
– Aucun souci c’est parfait ! »

Trop gourmands, nous mangeons la gaufre juste en face. Pas proprement du tout, comme dab’… quand plusieurs détonations retentissent à notre gauche… Je crois tout d’abord à des pétards mais des personnes tombent au sol. Mon Dieu.

À ce moment précis, j’assiste à la scène qui se déroule à moins de 20 mètres, comme un spectateur qui ne réalise pas qu’il est acteur. Comme si le monde autour de moi était en mouvement alors que j’étais immobile, extérieur et non concerné… Les cris se multiplient et la panique se propage dans un brouhaha trouble.

Mon cerveau met du temps à percuter puis dans un moment de lucidité une voix se détache : « Rentrez ! Rentrez ! Rentrez !!! »

Une vue depuis l'endroit où était confiné Rudy Chowrimootoo (doc remis)
Une vue depuis l’endroit où était confiné Rudy Chowrimootoo (doc remis)

Tout redevient palpable, je me vois au milieu de cette scène et nous courrons nous réfugier à l’étage de Waffle Factory. Les trois employés et un jeune couple nous rejoignent. Nous nous enfermons dans la réserve. « C’est bon c’est fermé ne vous inquiétez pas, personne ne peut entrer, » nous précise un employé.

Les larmes coulent, les cœurs battent vite et la lucidité revient. C’est une fusillade.

Je tiens à insister sur ce moment parce que c’est le cœur de mon message.

Dix minutes avant nous étions à cet endroit précis, 10 minutes plus tard nous aurions été exactement à cet endroit aussi pour se diriger vers le tram, mais nous avons eu de la chance, c’est tout. Rien d’autre. Nous n’avons pas été plus réactifs, plus organisés, plus prudents. Non, nous avons seulement été chanceux.

Personne n’est préparé à cela. Il ne sert à rien de s’imaginer comment vous auriez réagi. Si cela arrive, vous devez agir vite oui… Si vous avez de la chance et que vous n’êtes pas les premiers touchés. Alors n’attendez pas que cela vous arrive, saisissez la chance que vous avez chaque jour, celle qui n’est pas visible. Celle que nous oublions trop souvent. La chance de VIVRE, de partager, de ressentir et de chérir ceux que vous aimez.

La vie est un jour qui se fête aussi souvent que votre soleil se lève.

Je n’oublierai jamais, mais la rue des Grandes-Arcades restera toujours pour moi le lieu emblématique de mon premier guitare-voix dans la rue mais quand j’y rechanterai, je penserai inévitablement à eux.

Soyons forts Strasbourg. ❤️