Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Comment expliquer l’attaque aux enfants ? Une professionnelle répond

Comment expliquer l’attaque aux enfants ? Une professionnelle répond

L’attaque survenue en plein Marché de Noël mardi soir s’est imposée dans le quotidien de toutes les familles strasbourgeoises. Pour certains, notamment parmi les plus jeunes, ce stress peut être difficile à surmonter. Voici les conseils de Florence Monami, psycho-somatothérapeute strasbourgeoise et spécialiste du comportement des enfants et des adolescents.

Alors que la période est plutôt dédiée aux réjouissances, à la fête et à la célébration de la famille, une attaque terroriste dans ce tableau peut être extrêmement perturbant pour les enfants et les adolescents. Psycho-somatothérapeute strasbourgeoise et spécialiste du comportement des enfants et des adolescents, Florence Monami détaille les attitudes à adopter pour évoquer l’attaque du Marché de Noël en famille.

Rue89 Strasbourg : comment les Strasbourgeois peuvent-ils protéger leurs enfants du stress de l’attaque ?

Florence Monami : La première règle est que les parents doivent en parler avec leurs enfants. Il faut choisir un vocabulaire adapté à l’âge de l’enfant, il ne faut pas dramatiser mais il est important d’évoquer l’attaque afin de rassurer les enfants et les adolescents. Il ne faut pas penser qu’en taisant les faits, l’enfant ne sera pas affecté car ils détectent le stress chez leurs parents, ils entendent les sirènes, ils surprennent les discussions, etc. Il faut donc les associer à ce qu’il se passe, en choisissant ses mots et en optant pour une posture rassurante.

Les événements peuvent générer un stress parfois difficile à détecter auprès des plus jeunes (Photo Abdeslam Mirdass)
Les événements peuvent générer un stress parfois difficile à détecter auprès des plus jeunes (Photo Abdeslam Mirdass)

Comment parler de l’attaque aux plus petits ?

Les enfants scolarisés en maternelle ou en élémentaire sont souvent débordés par leurs émotions. Plus ils sont petits et plus c’est difficile pour eux de les exprimer avec des mots. Donc il faut prendre du temps avec eux et attendre que les mots sortent, écouter. Poser des questions sur ce qu’ils ont compris de la situation, parce que les enfants ont un imaginaire débordant. Ensuite, il faut employer des mots simples, parler par exemple de « méchants » pour les terroristes mais il faut éviter les termes violents. Si possible, on peut proposer aux enfants de dessiner ce qu’ils ressentent, c’est parfois plus simple pour eux que de l’exprimer.

« Les parents doivent être eux-mêmes rassurés »

Il est important aussi que les parents soient rassurants, ce qui présuppose qu’ils soient eux-mêmes rassurés ! Toute démarche à destination d’un enfant démarre donc par un temps de recentrage entre adultes. Il faut garder à l’esprit que le stress, même non exprimé verbalement, se communique aux enfants.

Il faut décrypter ce qu’il s’est passé, à l’aide des informations publiées dans la presse. Mais il faut retirer les enfants des écrans de télévision. Puis expliquer aux enfants la situation sans cacher les choses mais le plus simplement possible. Les enfants peuvent se sentir responsables, il faut les rassurer en parlant de la police, rappeler la loi, les grands principes et les grands interdits dans une vie en société. Ces cadres sont sécurisants pour les enfants. Il peut être utile aussi de rappeler que les émotions ressenties comme la peur ou la tristesse sont normales, il ne faut pas chercher à les cacher.

Florence Monami, psycho-somatothérapeute (doc remis)
Florence Monami, psycho-somatothérapeute (doc remis)

Strasbourg, c’est souvent le monde entier pour un petit enfant qui peut donc prendre très mal cette intrusion dans son univers. Il faut donc aussi mentionner l’école, le lieu de travail des parents et préciser que tout va bien, qu’ils sont en sécurité et leurs parents aussi.

Faut-il évoquer l’attaque avec les adolescents ?

Oui bien sûr. C’est plus compliqué parce que les adolescents sont déjà connectés les uns avec les autres et à Internet. En outre, ces attaques touchent à leur univers : Bataclan, matchs de football, marché de Noël… Ils y sont très sensibles. Des informations circulent bien avant tout échange avec les parents. Donc là encore, les parents doivent prendre les devants, en discuter avec leurs enfants et rappeler que sur Internet et sur les réseaux sociaux, tout n’est pas exact ni fiable loin de là.

« Expliquer les raisons derrière l’attaque »

Il faut expliquer les raisons qui ont mené à une action terroriste, il y a un cadre politique qui peut être décrypté avec les adolescents, rappeler en l’occurrence que le principal suspect était suivi par la police, qui s’apprêtait à l’appréhender et qu’il semble avoir rejoint une forme de radicalisation islamiste. Il faut leur donner le plus d’informations fiables et vérifiées possible pour leur permettre d’affronter Internet !

Comment détecter si un enfant est traumatisé ?

C’est assez compliqué et les signes peuvent mettre du temps à se manifester, jusqu’à six mois après les événements ! Être anxieux pendant quelques jours, faire des cauchemars pendant quelques nuits est un comportement normal. En revanche, si ça perdure, il faut s’inquiéter et consulter un professionnel. Les symptômes peuvent être une irritabilité exceptionnelle qui persiste, un enfant à fleur de peau, dont les résultats scolaires plongent ou qui ne s’habille plus tout seul, etc. Ce sont des petits signes qui peuvent être dus à un stress post-traumatique. Et comme toujours, pour les détecter, il faut être présent et à l’écoute. Laisser venir la parole, par exemple au moment du coucher.

« Reprendre assez vite une vie normale »

Une bonne manière d’éviter un traumatisme est de reprendre assez vite une vie normale, retrouver les habitudes. Si des enfants vont seuls à l’école par exemple, les parents peuvent les accompagner à nouveau un jour ou deux, mais il faut assez vite reprendre confiance. Les habitudes sécurisent et rassurent les enfants. Dans le cas de cette attaque, il faut retourner assez vite au Marché de Noël.

Si des dessins ont été réalisés, il peut être utile d’aller les déposer sur les lieux dédiés à la mémoire des victimes. Déposer un dessin ou une bougie place Kléber permet aussi aux enfants de se rendre compte qu’ils ne sont pas seuls à ressentir ces émotions. Être entouré de personnes qui partagent le même ressenti peut être d’une grande aide.

David, artiste de rue, témoin de l’attaque

David, artiste de rue, témoin de l’attaque

Alors qu’il s’apprêtait à rentrer, David, artiste de rue, a été pris au milieu du drame qui a touché le Marché de Noël de Strasbourg mardi soir. Encore sous le choc, il livre à Rue89 Strasbourg son témoignage.

David est un artiste de rue, venu à Strasbourg à l’occasion du Marché de Noël. Les festivités permettent de s’adresser à un public de plus de 2 millions de personnes… Mais mardi soir, il n’a pu qu’être le spectateur de l’horreur d’une attaque à main armée en pleine foule. Il raconte dans la vidéo ci-dessus ce dont il a été témoin, avant que les forces de l’ordre ne lui ordonnent d’évacuer.

Après l’attaque de mardi, le Marché de Noël reste fermé un jour de plus

Après l’attaque de mardi, le Marché de Noël reste fermé un jour de plus

Mardi soir, entre la rue des Orfèvres et la Petite France, un homme a tiré sur la foule des touristes du Marché de Noël, faisant trois morts, ainsi que 14 blessés, dont sept graves. Finalement, le marché de Noël restera fermé jeudi encore.

Le direct

Sauf nouvelle exceptionnelle au cours de la soirée, c’est la fin de ce direct. On récapitule les infos majeures de la journée
    Le suspect est toujours en liberté Le bilan provisoire est de trois morts, six blessés en urgence absolue dont deux avec un pronostic vital très engagés et 7 blessés en urgence relative. La police a diffusé un appel à témoin (voir plus bas) Le marché de Noël reste fermé jeudi Les autres équipements publics dont les écoles fonctionnement normalement
Retrouvez ici nos articles du jour. D’autres articles seront publiés demain à 6h.
Voici le document diffusé depuis ce soir.
Voici le document diffusé depuis ce soir.
Il y aura jusqu’à 1 800 soldats mobilisés dans les prochains jours à Strasbourg.
« Une nouvelle analyse » de la situation sera faite demain, quant à une éventuelle réouverture du Marché de Noël.
Roland Ries ajoute que deux autres personnes ont leur pronostic vital engagé à cette heure.
C’est une photo et un nom complet que l’on pouvait déjà voir sur les sites d’information étrangers et les réseaux sociaux. La police diffuse un appel à témoin.
À la frontière sur le pont de l’Europe, le temps d’attente est d’environ 2 à 4 heures pour les automobilistes.
Plusieurs lieux dans Strasbourg agrègent les hommages aux victimes.
Hommages au pied du sapin (photo Abdesslam Mirdass)
Hommages au pied du sapin (photo Abdesslam Mirdass)
Quelques hommages au pied de la tombe du général Kléber (photo Abdesslam Mirdass)
Hommages à l'entrée de la rue des Juifs (photo Abdesslam Mirdass)
Hommages à l’entrée de la rue des Juifs (photo Abdesslam Mirdass)
Les écoles seront ouvertes normalement demain.
Pas de rassemblements autorisés à Strasbourg, mais beaucoup d’habitants viennent spontanément place Kléber déposer des bougies, des fleurs et des mots. D’autres fleurs ont été déposées sur le parcours du tireur.
Sollicité pour accueillir la dizaine de victime, l’hôpital de Hautepierre annule ses journées portes ouvertes pour son extension de Hautepierre 2, les 15 et 16 décembre.

L’ensemble des gymnases, stades, patinoire, piscines, médiathèques et autres établissements culturels fonctionneront selon leurs horaires habituels.

En revanche, les animations et événements prévus sur l’espace public, places et parcs de Strasbourg, sont annulés ainsi que les différents marchés d’approvisionnement.

La Ville de Strasbourg annonce que finalement le Marché de Noël restera fermé demain encore.
La visite de demain dans le Haut-Rhin de la secrétaire d’État en charge de la transition énergétique, Emmanuelle Wargon, est annulée. Elle reprend le dossier de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim.
Le Ciarus annule son marché des créateurs qui devait se tenir ce week-end.
Le maire Roland Ries a tenu à apparaître entouré lors de son allocution à 13h.
Roland Ries était très entouré lors de sa conférence de presse à l'hôtel de Ville à la mi-journée. (Photo Abdesslam Mirdass)
Roland Ries était très entouré lors de sa conférence de presse à l’hôtel de Ville à la mi-journée. (Photo Abdesslam Mirdass)
L’Université de Strasbourg annule les Journées des universités, c’est-à-dire la présentation des universités et des formations post-bac. Elles étaient prévues les 13 et 14 décembre au parc des expositions du Wacken.
La cellule d’aide psychologique de la Ville de Strasbourg à la Cité de la Musique et de la Danse sera reconduit demain. D’après un de nos journalistes sur place la salle est assez calme, autour de volontaires de la ville, la Croix Rouge, France Victime, le CIAV.
Artiste de rue, Didier a été témoin de l’attaque. Il le raconte dans une vidéo ici
Didier, témoin de l'attaque
Didier, témoin de l’attaque
Dans un communiqué, la Grande Mosquée de Strasbourg condamne « l’acte infâme, lâche et barbare » d’hier soir. Elle appelle l’ensemble des mosquées strasbourgeoises à des prières lors du prêche de vendredi. À l’issue de celui-ci, une minute de silence sera observée.
D’après nos informations la troisième victime dite en « mort cérébrale » a succombé à ses blessures. Il s’agit d’un garagiste, un pratiquant à la mosquée Eyyub Sultan à la Meinau.
« Nous savions que le risque était celui d’un homme déterminé. Ce risque était évalué, connu. Il participe de la démocratie ». Robert Herrmann, président de l’Eurométropole et adjoint au maire en charge de Sécurité.
« Le plan sécurité sur le marché fonctionne depuis plusieurs années. On peut aller plus loin, mais le système restera le même. Il faut qu’on voit comment le terroriste a échappé à ses contrôles, je n’en sais rien. L’enquête le dira. » (Roland Ries)
Roland Ries annonce la réouverture des marchés de Noël et des écoles dès demain, après cette journée de deuil.
La troisième victime serait en fait « en état de mort cérébrale », ce qui explique la confusion sur le troisième mort ou non.
« L’heure est à la tristesse, l’heure est à la compassion » (Roland Ries)
Roland Ries utilise à son tour le terme « d’attentat terroriste », « qu’on le veuille ou non .
Roland Ries est aussi entouré de députés ou du président de la Région Grand Est, Jean Rottner.
La conférence de presse de Roland Ries va bientôt débuter. Il est entouré de nombreux élus de son équipe, adjoints ou conseillers municipaux.
Le suspect compte 27 condamnations, en Allemagne et en France, parfois pour des délits mineurs.
Le procureur assure que des témoins ont entendu le suspect prononcer « Allah Akbar ». Il évoque « un acte terroriste », le première fois que les autorités utilisent ce terme.
Alors qu’ils devaient débuter une grève aujourd’hui, les avocats du Barreau de Strasbourg ont décidé de mettre en place immédiatement une cellule spécialisée pour apporter une aide juridique gratuite et confidentielle aux personnes touchées le 11 décembre et à leurs proches.
Conférence de presse expresse du procureur Rémy Heitz, d’une petite dizaine de minutes. Aucune question ne peut être posée.
Le suspect est connu pour des faits de cambriolages en France en Allemagne. (conférence de presse du procureur Rémy Heitz)
Quatre proches du suspect sont en garde à vue depuis hier soir (conférence de presse du procureur Rémy Heitz)
Rémy Heitz, procureur de Paris, dévoile des éléments de l’enquête. Le suspect a été vu la première fois au 10 rue des Orfèvres, puis a évolué vers les rue des Grandes Arcades, du Saumon, des Chandelles, Saint-Hélène puis parti par la Petite-France vers le pont Saint-Martin. Il détenait une arme de poing et un couteau. Il a essuyé des tirs de riposte qui l’ont blessé au bras. Il serait parti en braquant un taxi vers le Neuhof et non au Neudorf comme indiqué depuis hier.
Selon le chef de service des urgences-samu de Strasbourg, le professeur Pascal Bilbault, contacté par franceinfo les victimes sont majoritairement des Français originaires d’Alsace même s’il y a des personnes étrangères parmi les victimes. Elles sont âgées de « 20 à 60-70 ans, il n’y a pas d’enfants parmi les blessés ».
Bonjour à tous, Nous passons en mode direct pour cette journée. Le procureur de Paris, Rémy Heitz, doit donner une conférence de presse au Tribunal de Grande Instance de Strasbourg à midi. À 13h, c’est le maire de Strasbourg, Roland Ries, qui prendra la parole.

La situation

Mardi 11 décembre, une nouvelle journée du Marché de Noël de Strasbourg devait s’achever comme à chaque fois avec quelques rasades de vin chaud mais vers 19h50, un homme a sorti son arme près de la place Gutenberg, dans la très décorée rue des Orfèvres, et s’est mis à tirer sur les passants. Selon les témoignages, deux personnes se sont écroulées immédiatement, rue des Grandes-Arcades. L’homme est ensuite remonté vers la Grand’Rue, où il a de nouveau tiré au hasard en direction de la foule.

En quelques minutes, deux personnes sont tuées et une douzaine sont blessées. Selon un bilan mercredi matin, 7 personnes sont blessées dans un état grave, et sept de manière plus légère. Un peu de confusion a régné dans la matinée, puisqu’un bilan officiel a revu à la baisse le nombre de morts avant d’être annulé. Les blessés sont à l’hôpital universitaire de Strasbourg. Peu d’informations sont connues sur les victimes. Il s’agit principalement d’hommes, dont un touriste thaïlandais de 45 ans qui a succombé aux balles de l’assaillant. Une autre victime est un Strasbourgeois de 61 ans. Aucun enfant ne fait partie du bilan qui compte des Alsaciens. Parmi les blessés, on compte la fille d’une commerçante rue des

Le tireur, Cherif C., a été identifié, il s’agit d’un malfaiteur de 29 ans, né à Strasbourg et habitant dans la cité du Hohberg à Koenigshoffen. L’individu était fiché S pour sa radicalisation islamiste et faisait l’objet d’une enquête. Cet endoctrinement se serait développé lors de ses peines de prison en France et en Allemagne. Le matin-même, la police avait perquisitionné son domicile, récupérant des grenades mais sans mettre la main sur le suspect. Il est entré par le Pont du Corbeau.

Évasion malgré les milliers de policiers

Après les tirs au Marché de Noël, un soldat de l’opération Sentinelle a tenté de l’intercepter mais le tireur l’a blessé et a réussi à s’échapper en direction de la place de l’Etoile, en braquant un chauffeur de taxi. Quelques minutes plus tard, la police a bouclé l’ensemble du périmètre de la Grande-Île, en demandant aux Strasbourgeois et aux touristes de rester confinés soit chez eux, soit dans les bars et restaurants. Ils y resteront jusqu’à minuit, soit près de quatre heures, avant que la police ne les autorise à rejoindre leurs domiciles et leurs hôtels. Idem en dehors du centre dans des salles de spectacle, le cinéma UGC Ciné Cité, le Rhénus Sport où la Sig jouait un match et le Parlement européen, en session cette semaine.

Les policiers se sont déployés très rapidement après l'incident (Photo Abdeslam Mirdass)
Les policiers se sont déployés très rapidement après l’incident (Photo Abdeslam Mirdass)

Pendant ce temps, au début du quartier du Neudorf, une nuée de policiers ont tenté de retrouver l’individu pendant plusieurs heures. Plusieurs rues étaient bouclées entre la rue de la Porte de l’hôpital et l’avenue de Colmar. Par deux fois, les forces de police ont échangé des tirs avec lui mais ce mercredi matin, le suspect n’est pas retrouvé. Il n’est pas exclu qu’il ait pu quitter la France dans la nuit selon le secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez.

Plus de 350 policiers et gendarmes sont mobilisés pour sa recherche, appuyés par deux hélicoptères et par les équipes du RAID, de la BRI et de la force Sentinelle. Des renforts de Nancy et Metz sont arrivés, soit un total de plus de 600 personnes désormais.

Devant le choc suscité par cette attaque, le maire de Strasbourg a choisi de fermer le Marché de Noël mercredi 13 décembre et d’annuler toutes les représentations et spectacles prévus par la Ville. Les cours des écoles élémentaires sont également suspendus même si les écoles resteront ouvertes et en capacité d’accueillir les enfants. Rien ne change en revanche pour les lycéens, collégiens ou à l’Université. Certaines composantes ont néanmoins annulé leurs examens ou tout ou partie de leurs cours. Toute manifestation prévue mercredi sera également annulée, selon un décret qui sera publié par la préfecture du Bas-Rhin. Interrompu dans la soirée, le trafic de la CTS a repris au matin.

Des contrôles renforcés

L’enquête a été confiée à la section antiterroriste du parquet de Paris, pour « assassinats, tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroristes. » Dans la nuit, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a indiqué que le niveau d’alerte Vigipirate avait été relevé à son maximum, soit « alerte attentat. » Ce qui a pour conséquence des contrôles aux frontières et un recours supplémentaires aux forces de l’armée. En outre, tous les marchés de Noël de France vont devoir faire l’objet d’une surveillance accrue contre, selon le ministre, le « risque de mimétisme. »

Le ministre de l’Intérieur n’a pas souhaité répondre aux questions des journalistes mardi soir. Mais ce mercredi, le maire Roland Ries devrait prendre la parole. La question des très importantes mesures de sécurité, et de leur efficacité, sera probablement posée. Pour rassurer ses quelques 2 millions de visiteurs, la Ville a augmenté de plus de 30% le budget global du Marché de Noël afin de répondre à la facture faramineuse des agences de sécurité (800 000€).

Comment dans ces conditions, une personne connue par la police comme étant radicalisée et violente, a-t-elle pu importer une arme au Marché de Noël ? Puis en ressortir sans être intercepté. C’est probablement la première question à laquelle devra répondre l’enquête…

Coups de feu dans le centre-ville de Strasbourg, trois morts et treize blessés

Coups de feu dans le centre-ville de Strasbourg, trois morts et treize blessés

Peu avant 20h, un homme armé a tiré à plusieurs reprises dans le centre-ville de Strasbourg, alors que se tient le Marché de Noël. Selon le ministre de l’Intérieur, trois personnes ont été tuées et douze ont été blessées. Le centre-ville a été bouclé et il est en cours d’évacuation. Les forces de l’ordre n’ont pas réussi à appréhender l’auteur des tirs.

3h20 – La Ville de Strasbourg et la Région Grand Est ont décidé d’ouvrir le lycée Kléber et le gymnase Louvois afin de permettre aux personnes ne pouvant pas rejoindre leur domicile de se mettre à l’abri.

2h25 – Selon l’intervention du ministre de l’Intérieur, l’attaque du centre-ville de Strasbourg aux alentours de 20 h a fait trois morts et douze blessés, « dont six sont en urgence absolue ». Entre 20h20 et 21h, le suspect a été confronté deux fois aux policiers avec des échanges de tir. Le parquet antiterroriste s’est saisi de l’affaire.

Le suspect était très défavorablement connu des services de police. Il a été condamné en France et en Allemagne. L’intervention des forces de l’ordre mobilise 350 personnes sur le terrain pour tenter d’interpeller le suspect. Deux hélicoptères, les brigades du RAID, unité d’élite de la police nationale, et de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) sont mobilisés.

Toute manifestation prévue dans la journée du mercredi 12 décembre va être interdite par un arrêté de la Préfecture. « Nous sommes actuellement en France en posture Vigipirate renforcée. Le gouvernement vient de décider de passer en urgence attentat », a annoncé le ministre de l’Intérieur.

2h15 – De la préfecture de police du Bas-Rhin, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner s’est brièvement exprimé sur l’attaque survenue à Strasbourg dans la soirée du 11 décembre :

2h05 – La mairie annonce la suspension des cours dans les écoles primaires et élémentaires de la ville de Strasbourg. « Les écoles assureront leur fonction d’accueil pour les enfants qui se présenteront », assure le rectorat de l’Académie de Strasbourg. Les lycées et collèges restent ouverts.

1h45 – Plusieurs personnes étaient restées confinées dans les commerces et les restaurants du centre-ville. Ils quittent les lieux par le pont Corbeau en ce moment-même. Les habitants de la Grande-Île rentrent chez eux au compte-goutte, sur présentation d’un justificatif de domicile.

Le centre-ville continue d’être évacué Photo : Pierre Pauma

1h25 – Les accès Nord et Sud à l’autoroute A35 sont coupés ainsi que l’accès à la RN4 vers Kehl. Le lycée Kléber, situé place de Bordeaux, et le gymnase Louvois dans le quartier de l’Esplanade, ont été ouverts pour les personnes ne pouvant rentrer chez eux.

00h35 – La Ville de Strasbourg a annoncé que suite à cette attaque, le Marché de Noël resterait fermé mercredi 13 décembre toute la journée. Les animations sont annulées et tous les équipements culturels de la Ville resteront fermés.

00h30 – Les personnes qui étaient confinées au centre-ville, à l’intérieur des bars et des restaurants, commencent à être autorisées à sortir.

00h10 – Taranis News vient de publier des images de l’intervention des forces de l’ordre dans le centre-ville de Strasbourg :

23h50 – Camions et voitures sont presque à l’arrêt sur l’autoroute A35 en direction de Colmar, au niveau de la sortie Porte Blanche.

Selon un de nos journalistes dans le quartier de Neudorf, un hélicoptère continue de survoler le quartier. Les policiers barrent l’accès vers la place de l’Etoile et vers la route de l’hôpital. La place de Schluthfeld est quadrillée.

Sur l’A35, en direction de Colmar, la circulation est quasiment impossible comme l’indique cette photo prise à proximité de la sortie Porte Blanche. Photo : Document Remis

23h40 – Les recherches n’ont pas abouti dans le quartier de Neudorf. Les forces de l’ordre interviennent maintenant dans le quartier des Poteries à Strasbourg.

23h – L’opération reste pour le moment infructueuse. Le suspect a 29 ans. Il est originaire du quartier de Koenigshoffen et avait déjà été condamné à deux ans de prison, dont six mois ferme, pour une agression à l’arme blanche.

Au niveau de l’entrée de l’hôpital, côté quai Fustel de Coulanges, aux alentours de 23 h. Photo : JFG

22h47 – Une opération des forces de l’ordre est en cours dans le quartier de Neudorf. Le suspect y serait retranché. D’après le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, il est connu des services de police. Les gendarmes devaient l’interpeller ce matin, selon l’Agence France Presse. Un contrôle a été mis en place au niveau des frontières avec l’Allemagne.

Les faits

Peu avant 20h, un homme a tiré à plusieurs coups de feu rue des Grandes-Arcades puis dans la Grand’Rue, dans le centre-ville de Strasbourg et alors que le Marché de Noël s’apprêtait à fermer. Il a blessé plusieurs personnes et quatre d’entre elles sont décédées. Le bilan, encore provisoire, fait état de 13 victimes : 4 personnes décédées, 5 blessés graves et 4 blessés légers. Un point de regroupement des victimes est installé place Kléber et une cellule d’urgence médico-psychologique a été ouverte place Gutenberg. Le périmètre de la Grande-Île a immédiatement été bouclé par les forces de l’ordre, qui ont également confiné les personnes présentes à l’intérieur, dont de nombreux touristes, dans les bars. Aux environs de 20h30, Jean-François Illy, directeur départemental de la sûreté publique, assistait aux opérations dans le centre-ville de Strasbourg.

Jean-François Illy (à gauche), directeur départemental de la sûreté publique, assistait aux opérations de police aux alentours de 20h30 dans le centre-ville de Strasbourg. Photo : Jamie Brown
A l’entrée de la Grande Île de Strasbourg, le périmètre est bouclé Photo : Pierre France

La préfecture du Bas-Rhin invite les habitants des quartiers de Neudorf et Etoile à rester confinées chez elles, le tireur se serait enfui dans cette direction et il est toujours recherché vers 21h30. Selon plusieurs témoignages, l’homme recherché serait âgé de 25 à 30 ans, environ 1,80 m, cheveux noirs et vêtu d’un long manteau foncé. Un hélicoptère a été mobilisé pour retrouver l’auteur des tirs, qui est fiché S selon la préfecture du Bas-Rhin.

Les personnes sortant sont fouillées (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Les personnes sortant sont fouillées Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
Les policiers empêchent quiconque de rentrer dans l'enceinte de la Grande-ïle, même les habitants (Photo Pierre Pauma / Rue89 Strasbourg)
Les policiers empêchent quiconque de rentrer dans l’enceinte de la Grande-ïle, même les habitants Photo : Pierre Pauma / Rue89 Strasbourg
Les forces de l'ordre ont déployé d'importants effectifs pour sécuriser et rechercher l'individu (Photo PP / Rue89 Strasbourg)
Les forces de l’ordre ont déployé d’importants effectifs pour sécuriser et rechercher l’individu Photo : PP / Rue89 Strasbourg

Un habitant de la rue des Grandes-Arcades a pu constater qu’au moins trois victimes avaient été touchées par des tirs (voir photos ci-dessous).

Des personnes ont été retrouvées à terre rue des Grandes Arcades (doc remis)
Des personnes ont été retrouvées à terre rue des Grandes Arcades Photo : doc remis
Des personnes ont été retrouvées à terre rue des Grandes Arcades (doc remis)
Des personnes ont été retrouvées à terre rue des Grandes Arcades Photo : doc remis

Cédric était place Gutenberg lorsqu’il a entendu les coups de feu :

« C’est allé très vite, quelques coups très secs, je ne saurais dire s’il s’agissait d’une arme automatique ou non mais la police a réagi très vite. Des policiers sont arrivés vers nous et nous ont ordonné de nous confiner dans les bars à proximité. Ce qu’on a fait immédiatement, et depuis, on attend qu’on nous autorise à sortir. »

Contre la réforme de la justice, les avocats de Strasbourg en grève illimitée

Contre la réforme de la justice, les avocats de Strasbourg en grève illimitée

L’ordre des avocats de Strasbourg a voté lundi soir, en assemblée générale extraordinaire et à l’unanimité, sa participation à une grève illimitée de la profession contre un projet de réforme de la justice préparé par le gouvernement. Ce mouvement de protestation est également soutenu par les principaux syndicats des avocats que sont le SAF, la FNUJA mais aussi par le syndicat de la magistrature.

À partir de mercredi 12 décembre, les avocats grévistes refuseront de participer aux audiences et n’assureront pas les permanences de désignation. Ils appellent à un rassemblement devant le Palais de justice à partir de 8h20 et devant l’ENA à Strasbourg à 11h.

Le projet de loi de réforme de la justice doit être évoqué dans la nuit de mercredi à jeudi à l’Assemblée Nationale. Selon les syndicats, et le barreau de Strasbourg, des « éléments du projet constituent une atteinte à l’exercice de la profession d’avocat et consistent à éloigner le justiciable d’une justice proche et humaine, » selon un communiqué de l’ordre.

(Photo Damien Phototrend.fr / FlickR / CC)
(Photo Damien Phototrend.fr / FlickR / CC)

L’intersyndicale dénonce de son côté le projet de faire disparaître les tribunaux d’instance, « seule véritable justice de proximité, en faveur d’une plate-forme nationale de traitement des injonctions de payer, intégralement dématérialisée, (…) la privatisation du service public par le recours à des services privés en ligne pour les prestations d’aide à la résolution amiable des litiges, qui pourront se fonder sur un traitement algorithmique sans garantie sur la protection des données personnelles, etc. »

Les syndicats des avocats et le syndicat de la magistrature s’inquiètent également d’un « recul sans précédent du contrôle de l’autorité judiciaire sur le travail policier et de la marginalisation continue du juge d’instruction dans le but – recherché depuis longtemps – de le supprimer. »

L’ordre est particulièrement choqué par « la méthode employée, qui se traduit par un mépris des engagements parfois pris avec la profession unie par ses représentants, et qui revient à faire voter de force et nuitamment le contraire de ce qui avait été annoncé la veille. »

Gilets jaunes à Erstein : « Je me sens comme John Connor contre Terminator »

Gilets jaunes à Erstein : « Je me sens comme John Connor contre Terminator »

Sur un rond-point près de la gare d’Erstein, Nicolas Gangloff mène la lutte contre « l’arrogant Macron. » Malgré les mesures présidentielles du lundi 10 décembre, ce chauffeur routier veut continuer ce combat qui rassemble les gens du coin.

« Je ne m’étais jamais intéressé à la politique. Maintenant je le regrette. » Dans la soirée du lundi 10 décembre, Nicolas Gangloff, veste jaune fluo sur les épaules, attend le discours annoncé du président de la République avec impatience. Depuis trois semaines, cet habitant de Krafft organise l’occupation d’un rond-point au-dessus de la gare d’Erstein. Ici, les Gilets jaunes ont abandonné la stratégie du blocage dès les premiers jours de mobilisation. « Et mon idée a fonctionné, assure-t-il, vous entendez tous les klaxons de soutien, vous voyez les gens qui s’arrêtent pour nous donner à manger ou juste nous encourager. »

À Erstein, les gilets jaunes n’ont pas été convaincus par le discours présidentiel du 10 décembre (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)

« C’est concret ce qui se passe ici »

Avec un salaire de 1 700€ par mois, qui peut aller jusqu’à 3 000 euros avec des primes deux fois par an, le chauffeur routier dit lutter pour les enfants et les retraités. Interrogé sur ses revendications, il égrène : augmentation du salaire minimum, suppression de la CSG, une meilleure rémunération du travail, une baisse des taxes sur le carburant ou encore ou retour de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Mais le meneur des Gilets jaunes ersteinois savoure déjà une première victoire :

« Les gens se plaignent sur les réseaux sociaux mais ils ne font rien. Aujourd’hui, les gens sont dans la rue. Ils discutent de leurs expériences. C’est du concret ce qui se passe ici. »

Au-delà de la lutte contre les mesures gouvernementales, ce rond-point est surtout devenu un lieu de rencontre. Malgré les insultes quotidiennes de quelques automobilistes, les camions qui frôlent parfois un Gilet jaune, les opposants chérissent ces quelques mètres carrés. Nicolas Gangloff montre Carine du doigt (dont le portrait est ici) : « Quand elle a rejoint le mouvement et qu’on a discuté, je me suis rendu compte que c’était la femme de Cyril, que je n’avais pas vu depuis des années. »

Un peu plus loin, René Eigner, 62 ans, se souvient avec émotion de ses retrouvailles avec un « copain d’apprentissage. À l’époque, on n’avait même pas 16 ans. » Julien Dosch, 39 ans, apprécie cet espace de débat : « J’ai voté Macron et ici je rencontre des électeurs du FN. Je suis redevenu un citoyen et j’ai gagné en ouverture d’esprit. »

« J’ai cru que vous étiez convaincus »

19h55. La quinzaine de Gilets jaunes présents se pressent sous une tonnelle. Les uns sont assis sur un canapé, les autres restent à côté de la table pleine de pain, de thermos de café et de nourriture. Sur une tablette tactile branchée à une petite enceinte, ils écoutent l’allocution présidentielle. Quelques hommes interrompent souvent les cinq premières minutes du discours : « Que du blabla », « T’as que treize minutes, parle, parle ! » Puis les mesures concrètes viennent : augmentation du SMIC de 100 euros dès 2019, annulation de la hausse de la CSG pour les retraités percevant moins de 2 000 euros, heures supplémentaires défiscalisées… L’auditoire se fait plus calme.

La quinzaine de Gilets jaunes présents sur un rond point d’Erstein écoutent l’allocution présidentielle sur une tablette tactile branché à une petite enceinte. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Mais la colère reprend vite le dessus. Après les premiers reportages du journal télévisé de TF1, la tablette est éteinte. Nicolas Gangloff constate avec soulagement l’insatisfaction de ses camarades : « J’étais désespéré un moment. J’ai cru que vous étiez convaincus (par le discours du président, ndlr). » Emmanuel Macron n’a pas apaisé la colère du meneur ersteinois :

« Rien sur l’impôt sur la fortune, rien sur le tarif des carburants et surtout il ne s’est même pas excusé de nous avoir ignorés pendant trois semaines. Pourquoi est-ce qu’il n’a pas parlé plus tôt ? Je comprends toujours pas. Tout ce qu’il a voulu faire, c’est nous diviser en faisant des promesses aux retraités. »

Le ressentiment face aux migrants

À peine sa phrase finie, Nicolas va chercher l’un de ses camarades retraités. Il revient avec René, l’ancien ouvrier de General Motors. Les propos du retraité rassurent le chauffeur poids lourds :

« J’ai honte de ce que le Président vient de dire. Il a pris les retraités en otage comme il a racheté les routiers pour ne pas qu’ils se greffent au mouvement. Moi je continuerai. C’est clair. »

À nouveau unis dans la détestation du Président, les Gilets jaunes mettent une grosse casserole sur le feu. Quelques uns s’en vont, d’autres restent pour discuter et savourer quelques knacks. Sur ce rond-point, les contestataires se sentent chez eux. Nombre d’entre eux fustigent aussi « l’argent donné aux migrants. » Ce point, rapidement évoqué par Emmanuel Macron, continue d’inquiéter Éric, 56 ans : « C’est Marine Le Pen qui va reprendre cette problématique. » Nicolas Gangloff n’avait pas mentionné le sujet dans ses revendications. Mais le meneur concède qu’une majorité des Gilets jaunes ersteinois « parlent beaucoup de l’immigration. »

Nicolas Gangloff apprécie son rôle de leader des Gilets jaunes à Erstein (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

« J’ai l’impression d’être un leader »

Il est 21 heures. Le chauffeur poids lourd n’est pas prêt de rentrer chez lui. Sa nuit sera courte : il sera réveillé dès 4 heures du matin pour aller travailler. Malgré tout, Nicolas Gangloff se dit « heureux » face à l’ampleur de la mobilisation :

« Au départ, on était à peine trois et maintenant, on reçoit tous les jours le soutien de dizaines de personnes. Samedi dernier, l’action que j’ai organisée s’est faite sans les réseaux sociaux. À la fin, vers 3 heures du matin, les gens m’ont applaudi. (…) J’ai l’impression d’être un leader et ma méthode, attachée au pacifisme, fonctionne. Je me sens comme John Connor contre Terminator. »

Nicolas Gangloff réfléchit déjà à l’action à mener samedi, alors qu’un « acte 5 » des Gilets jaunes est à nouveau annoncé. Pour lui, c’est sûr : « On va passer nouvel an sur ce rond-point. »

Vers un collège aux Deux-Rives en 2026

Vers un collège aux Deux-Rives en 2026

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Rythmes scolaires : Strasbourg reste à 4,5 jours mais change son organisation

Rythmes scolaires : Strasbourg reste à 4,5 jours mais change son organisation
À partir de la rentrée 2019, les 25 000 écoliers strasbourgeois continueront d’aller à l’école 5 jours différents par semaine. La capitale alsacienne fait figure d’exception parmi les 33 communes de l’Eurométropole. La municipalité a pris son temps, avec une concertation qui a pris la forme de réunions publiques et d’un questionnaire en ligne via le site Civocracy.

Vacances raccourcies

Il y aura toujours cours de 8h30 à 12h, même le mercredi (et non plus 11h30). La pause de la mi-journée (12h-14h) reste inchangée. C’est en revanche les après-midis qui seront modifiés. La Ville de Strasbourg propose des cours de 14h à 16h (ou 16h05), sauf un jour par semaine, réservé aux activités périscolaires facultatives du CP au CM2. La municipalité espère pouvoir concentrer ces activités en fin de semaine, les jeudis et vendredis après-midi, mais cela dépendra des réponses aux marchés qu’elle proposera aux structures d’animation. Enfin, les vacances d’été seront raccourcies d’une semaine fin août, à l’instar d’Illkirch-Graffenstaden, revenue à la semaine de 4 jours et qui a rogné sur ces congés, et quelques demi-journées dans l’année.

En fonction de l’intérêt de l’enfant

Après des résultats serrés, le maire Roland Ries (PS) explique avoir tranché « en fonction de l’intérêt de l’enfant » :
« Il y avait deux questions. Quelle répartition préférez-vous du point de vue du bien-être de l’enfant, pour laquelle 47% des répondants souhaitent un retour aux 4 jours et 48% le maintien des 4,5 jours. À la même question, mais du point de vue de l’organisation familiale, 55% ont répondu pour le retour à 4 jours, mais 80% des enseignants (contre 50% des parents) venaient augmenter le score général. »
Avec cette solution, les enseignants n’auront plus que 8 demi-journées de cours pour dispenser les 864 heures annuelles exigées par l’Éducation nationale : 5 matinées et 3 après-midis.
Strasbourg repasse à la semaine de 4 jours dans ses écoles (Photo Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg)
Strasbourg passe à 4 journées de cours mais les répartit sur 5 jours différents dans ses écoles. (Photo Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg)
Ce choix permet de conserver une dotation de l’État 1,2 million d’euros pour les activités périscolaires. Le but de la réorganisation est de concentrer les cours le matin, « ne pas faire des journées trop longues », mais aussi que plus de familles inscrivent leurs enfants aux activités proposées par la municipalité explique Françoise Buffet, adjointe au maire en charge de l’Éducation :
« Nous avons un taux d’inscription de 70% mais avec une grande disparité selon les quartiers : près de 90% dans le centre-ville et environ 60% dans des écoles du réseau d’éducation prioritaire (Rep et Rep+). »
Cette proposition de réorganisation générale fera l’objet d’un vote dans les 112 établissements strasbourgeois (l’école européenne n’est pas concernée) lors d’un conseil d’école exceptionnel au printemps. Elle serait ensuite appliquée par l’Académie de Strasbourg si elle accepte de suivre la recommandation. Si la proposition est rejetée lors des votes, le statu-quo actuel demeure.

Nouvelle disparition inquiétante d’un jeune après une sortie nocturne

Nouvelle disparition inquiétante d’un jeune après une sortie nocturne

Axel, un étudiant strasbourgeois de 19 ans, ne donne plus de nouvelles depuis la nuit de samedi 8 à dimanche 9 décembre. Il est allé au Famous Club Lounge à Kehl avec trois de ses amis. Vers minuit et demi, il est sorti pour s’aérer mais, selon l’agent de sécurité, il est parti. Sans son manteau. Ses amis ne le voyant pas revenir ont alerté sa famille mais son téléphone portable ne répond plus.

Axel ne donne plus de nouvelles depuis samedi soir (Doc remis)
Axel ne donne plus de nouvelles depuis samedi soir (Doc remis)

Le père d’Axel, Walter, domicilié à Saméon près de Valenciennes, est très inquiet et appelle à l’aide pour retrouver son fils :

« Nous n’avons plus aucune nouvelle, nous avons appelé tous les commissariats français et allemands, les hôpitaux et il ne semble être nulle part. Ça fait maintenant plus de 30 heures qu’il a disparu, il ne nous a jamais fait quelque chose comme ça… On ne sait pas ce qu’il s’est passé, peut-être qu’il a pris des drogues ou quelque chose comme ça mais c’était pas dans ses habitudes, du moins à ma connaissance. Nous faisons le voyage à Strasbourg ce lundi mais Axel peut être n’importe où, sans son manteau dans le froid. Donc nous appelons à l’aide à tous ceux qui habitent dans les environs pour nous dire s’il a été aperçu. »

Axel mesure environ 1m75, yeux verts, cheveux châtains / blonds, de corpulence mince. Il porte un jean et un pull bordeaux. Il est étudiant en deuxième année des arts du spectacle à l’Université de Strasbourg.

Toute personne pouvant apporter une aide à la famille d’Axel est priée d’appeler Walter au 06 99 06 83 63. Cet article sera mis à jour en fonction des informations recueillies.

Dimanche 11 novembre, un autre étudiant strasbourgeois, Antonin, avait également été porté disparu après une soirée jusqu’à ce qu’il soit retrouvé par ses amis, en bonne santé mais désorienté, deux jours plus tard.

Le Carillon débarque à Strasbourg pour rapprocher SDF et commerçants

Le Carillon débarque à Strasbourg pour rapprocher SDF et commerçants

Se couper les cheveux, aller aux toilettes, se réchauffer, voilà des gestes simples mais difficiles d’accès pour les personnes à la rue. Le Carillon veut rassembler des commerçants prêts à offrir ces quelques services. Déjà présent dans plusieurs villes de France, le réseau a ouvert une antenne à Strasbourg mi-novembre et cherche désormais des bénévoles.

Assises au fond du bar « La Taverne Française », six personnes discutent autour d’une grande table en bois. Gabrielle Ripplinger, la directrice du Carillon à Strasbourg, présente le projet aux quelques curieux présents ce soir-là. Elle cherche des bénévoles pour démarcher des commerçants et leur proposer d’offrir quelques services aux personnes vivant dans la rue.

Ces services peuvent correspondre aux savoir-faire des commerçants. Ainsi, un boulanger peut donner un sandwich, un coiffeur peut offrir une coupe de cheveux, etc. Mais il s’agit aussi de services beaucoup plus basiques comme, par exemple, utiliser les toilettes ou recharger son téléphone. Pour Gabrielle Ripplinger, l’idée n’est pas non plus de submerger les commerçants :

« Si certains sont prêts à faire partie de notre réseau, ils peuvent tout à fait mettre une limite. Par exemple, ne pas offrir plus de 30 sandwichs ou 5 coupes de cheveux par mois. On doit créer un sentiment de confiance. Le commerçant ne doit pas imaginer que des hordes de SDF vont débarquer chez lui et faire fuir toute sa clientèle. Si on y arrive, on diminue le sentiment de rejet partagé par beaucoup de personnes à la rue. »

Cette démarche vise à encourager le « faire-ensemble » pour reprendre les mots de Gabrielle Ripplinger :

« Ce n’est pas juste un service offert par les commerçants, c’est aussi un moment de rencontre et d’échange. »

Pour que ce soit vraiment le cas, les commerçants peuvent indiquer, sur leur vitrine, à quels horaires les personnes à la rue peuvent venir les voir. L’idée est d’éviter les heures de fortes affluences pour que les commerçants aient, par exemple, un peu de temps pour discuter.

Faire connaitre le réseau aux personnes qui vivent dans la rue

Si fin 2019 le Carillon a atteint son objectif de créer un réseau de 50 à 70 commerçants, encore faudra-t-il que les personnes à la rue connaissent les boutiques dans lesquelles elles peuvent recevoir des services. Pour ce faire, dès qu’un commerçant devient partenaire du Carillon, il reçoit un macaron à coller sur sa vitrine pour indiquer qu’il fait partie du réseau. Les bénévoles lui fournissent également des auto-collants avec des petits symboles correspondant aux services offerts dans le magasin.

Les commerçants qui adhérent au réseau du Carillon reçoivent cet auto-collant à coller sur leur vitrine (Photo Maxime Nauche / Rue89 Strasbourg / cc)

Sur leurs vitrines, les commerçants pourront coller ces petits logos pour indiquer quels services ils offrent (Photo Maxime Nauche / Rue89 Strasbourg / cc)

Au fur et à mesure que le réseau du Carillon s’agrandit, les bénévoles vont à la rencontre des personnes à la rue pour leur distribuer une carte indiquant où se trouvent les commerçants partenaires.

Vérifier que « tout le monde joue le jeu »

Le Carillon ne cherche pas à étendre son réseau de commerçants à tout prix. Sa directrice Gabrielle Ripplinger aime le rappeler :

« Ça ne sert à rien d’avoir 1 000 commerçants partenaires si nous sommes incapables de vérifier que tout le monde joue le jeu. On doit pouvoir contrôler que les relations se passent bien entre les commerçants et les personnes qui sont sensées bénéficier de leurs services. »

Donc plus le réseau du Carillon sera grand, plus il y aura besoin de bénévoles. Certains joueront même les « clients mystère » pour voir si les commerçants respectent leurs engagements.

Thyeste au TNS, une plongée décadente dans les ténèbres et l’effroi

Thyeste au TNS, une plongée décadente dans les ténèbres et l’effroi

Créé pour le Festival d’Avignon 2018, joué dans la cour d’honneur du Palais des papes, le très attendu Thyeste de Sénèque est présenté au Théâtre National de Strasbourg jusqu’au samedi 15 décembre. Une histoire de vengeance mythologique à laquelle Thomas Jolly donne des accents contemporains et extravagants.

Athrée fomente sa vengeance (Jean-Louis Fernandez / TNS /cc)
Athrée fomente sa vengeance (Jean-Louis Fernandez / TNS /cc)

« Le jour s’enténèbre ». Ces mots clamés par Thyeste, au moment où la tension dramatique est à son comble, sont à l’image de ce que l’on peut ressentir en sortant de la salle. Alors que le dénouement est sans suspens, la mise en scène oppressante et sombre paralyse toute pensée et laisse place à une sensation de nausée, suscitée par l’horreur qui vient d’être dévoilée.

Une tragédie antique et cruelle

Cette œuvre, peut-être la plus noire de Sénèque, selon le metteur en scène Thomas Jolly, relate la vengeance d’Atrée. Fils de Tantale, Atrée règne en paix sur Mycènes. Jaloux, son frère jumeau Thyeste séduit sa femme et lui vole le bélier à toison d’or qui devait lui permettre, selon les règles fixées par les dieux, de prendre la succession de son père. Alors que le dieu Jupiter est intervenu et que Thyeste a été banni, Atrée ressasse sans cesse sa trahison… Une colère noire sur laquelle il échafaude un terrible stratagème : faire manger à son frère ses fils au cours d’un banquet de prétendue réconciliation.

« Il n’y a pas de limite au crime des hommes » énonce Thyeste dans la dernière scène.

L’histoire de ce crime affreux aurait fait fuir le soleil en l’entendant. Le crime ignoble serait capable de provoquer des phénomènes fantastiques en entraînant l’humanité entière dans son sillage, quand la transformation d’Atrée en monstre est à l’image de l’effondrement du monde. Ainsi le décrit Annie Mercier :

« Thyeste m’évoque les excès, les dérives, la violence et la brutalité du monde dans lequel nous vivons. […] Qu’est-ce qui nous meut aujourd’hui ? Et à quelles nouvelles idoles nous sacrifions-nous ? »

La pièce est construite en cinq parties qui respectent la chronologie de l’histoire antique. Thomas Jolly y offre un théâtre total en proposant, à travers une fureur mythologique, un spectacle excentrique à l’ambiance quasi cinématographique.

Les ruines du colosse : une scénographie démesurée (Jean-Louis Fernandez / TNS /cc)
Les ruines du colosse : une scénographie démesurée (Jean-Louis Fernandez / TNS)

Le spectateur est accueilli par les ruines d’un colosse : un visage, aux yeux vides, dont la bouche est restée ouverte comme dans un dernier cri d’effroi, et une main, ligotée, ouverte à la fois dans un geste vengeur… ou désespéré : allégorie de la démesure des actes de l’Homme et de la décadence de l’humanité ?

Une décadence de l’Homme, exprimée par des costumes kitsch et extravagants, qui donnent à la pièce des airs de tragédie pop, accompagnée par une création lumière aux airs électro, dont les puissants faisceaux lumineux embrasent la scène.

Athée invite Thyeste à boire le vin dans lequel se trouve le sang de ses fils (Photo Jean-Louis Fernandez / TNS)
Athée invite Thyeste à boire le vin dans lequel se trouve le sang de ses fils (Photo Jean-Louis Fernandez / TNS)

La musique omniprésente de Clément Mirguet fait trembler le théâtre, envahi par la funeste malédiction, et renforce encore la montée en tension de la pièce, ancrant la charge émotionnelle pour accompagner l’horreur par le son, qu’il soit violent ou clair.

Un drame antique aux accents contemporains

Tout en gardant la structure classique du théâtre antique, la traduction Florence Dupond rend actuel le texte sans le perdre dans de longs monologues. L’utilisation du messager, référence aux origines du théâtre antique, permet encore aujourd’hui au spectateur de reprendre son souffle lorsque la tension du drame est trop intense. Thomas Jolly le présente ainsi :

« Montrer l’horreur signifierait la réduire. Ne pas montrer l’acte barbare permet d’aller au bout à la fois de la poésie et de l’horreur. Atrée dit : “quand j’ai enfilé les morceaux de viande sur les minces broches / leur chair a brûlé / je l’ai entendue”. C’est une image incroyable. Lorsque je lis ces mots, je vois les bouts de viande rougeoyants, avec des dents, avec des bouches hurlant de douleur et de fureur. Ce sont des visions de cauchemar qu’aucune image scénique ne saurait traduire, à mon sens. »

Thomas Jolly conserve dans l’utilisation du chœur et du messager les conventions du théâtre antique dictées par Aristote, qui dans sa Poétique, justifie la tragédie en lui attribuant un pouvoir de purification (katharsis) des passions du spectateur :

« Les chœurs sont des « détentes », une coupure philosophique entre les 5 tableaux. Il s’agit de faire reposer ou de brasser en nous les questionnements philosophiques soulevés pendant les scènes dialoguées – précédentes et à suivre ». […] « Il y a donc, d’une part, le mythe classique – l’histoire de Thyeste et Atrée, que je souhaite la plus universelle et intemporelle possible. C’est un théâtre archaïque, poétique, onirique. Et il y a d’autre part, dans les chœurs, une forme plus frontale, que je souhaite radicalement contemporaine, du spoken word avec micro. »

Le choix d’un coryphée interprété par Émeline Frémont rend actuel ce drame antique, slamant le verbe sauvage de Sénèque sur fond de rap et de techno. Et lorsque son personnage, dont le rôle classique est d’être la voix du peuple, se retrouve prise dans l’action, témoin du récit, les gorges se nouent, comme si nous étions tous directement témoins de l’horreur relatée.

Le chœur, représenté par Émeline Frémont se retrouve au cœur du drame (Photo Jean-Louis Fernandez / TNS)
Le chœur, représenté par Émeline Frémont se retrouve au cœur du drame (Photo Jean-Louis Fernandez / TNS)

Pourtant, tout est prédit dès le premier tableau, par la voix rocailleuse de la Furie, tout droit sortie de l’enfer :

« Tout sombrera, la religion, la justice et la confiance entre les hommes… Parricide incestueux, cannibale. Je veux une nuit totale, un ciel déserté par le jour. »

Une distribution par ailleurs très réussie où chacun excelle : Eric Challier en Tantale surgissant des enfers pailleté d’argent ; Annie Mercier en magistrale Furie, Damien Avice en Thyeste brisé. Et surtout un metteur en scène glaçant dans son incarnation ténébreuse et cruelle d’Atrée.

La Furie, face à Tantale (Photo Jean-Louis Fernandez / TNS)
La Furie, face à Tantale (Photo Jean-Louis Fernandez / TNS)

Thomas Jolly, en costume jaune canari et couronne vert fluo, enduit de peinture dorée, fait d’Atrée une figure dénuée d’émotions, sans pitié, qui en dehors de sa haine pour son frère, n’est plus qu’un pâle souverain esseulé.

Un spectacle intense.

Le Bastion social perd son local à Strasbourg

Le Bastion social perd son local à Strasbourg

L’association d’extrême droite Bastion Social a vu son bail de son bar à Strasbourg, « L’Arcadia », s’arrêter après un an d’activité. Une conséquence, selon le propriétaire des lieux, des nombreuses dégradations de « l’ultragauche » à l’encontre des locaux.

Dessin de Piet.

#Arcadia

Une com’ précipitée d’Emmanuel Macron complique le téléphérique Europapark

Une com’ précipitée d’Emmanuel Macron complique le téléphérique Europapark

Lors de sa venue à Strasbourg le dimanche 4 novembre, Emmanuel Macron a rencontré la famille Mack à 18h, propriétaire d’Europapark. Séduit par une idée de téléphérique au-dessus du Rhin soumise à l’été au ministère de l’Économie, le président français a souhaité mettre en scène cette entrevue et communiquer dessus dès le soir-même via la presse, puis le lendemain via Twitter. Une pr . . .

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Une amère hausse de charges pour les locataires de Hautepierre

Une amère hausse de charges pour les locataires de Hautepierre

À Hautepierre, le bailleur social CUS Habitat fait désormais appel à un prestataire pour nettoyer les halls d’immeubles. Cette augmentation de quelques dizaines d’euros par an inquiète des locataires dans un climat de défiance.

Depuis toujours, pour les 2 700 locataires des Habitations à loyer modérés (HLM) de CUS Habitat à Hautepierre, la règle était de s’organiser entre voisins pour entretenir les parties communes, chacun étant co-responsable de la propreté de son palier. Même règle pour les rez-de-chaussée.
Depuis leur ouverture en 1971, les intérieurs des HLM de Hautepierre étaient entièrement entretenus par les habitants. (Photos JF Gérard / Rue89 Strasbourg / cc)
Effet des premières rénovations, la règle a changé depuis juin. Si les étages restent à la discrétion des habitants, c’est désormais un prestataire privé, choisi par CUS Habitat, qui fait le ménage dans les halls de tous ses immeubles. Avec 150 entrées à traiter chaque semaine, le nettoyage des HLM de Hautepierre stabilise un nouveau marché d’ampleur pour le prestataire CRENO, une entreprise adaptée, c’est-à-dire qui emploie des travailleurs handicapés, et installée dans le quartier Cronenbourg.

Une nouvelle dépense pour les locataires

Pour répartir le coût de cette prestation, CUS Habitat a choisi de relever les charges de ses locataires en proportion de la surface de leur logement et selon la taille de leur entrée d’immeuble. Ainsi, il en coûte désormais entre 13,44 euros supplémentaires par an pour le locataire d’un studio et 58 euros pour une famille en 7-pièces. Une somme non négligeable pour Geneviève Manka, présidente de la section Hautepierre de l’association de défense de locataires CNL :
« Pour des gens qui sont au RSA, c’est une nouvelle dépense qui peut être lourde. »
Si une majorité d’habitants seraient demandeurs d’une amélioration de la propreté des parties communes, Geneviève Manka souligne qu’ils auraient préféré que ce changement inclut aussi l’entretien des sous-sols. Et surtout elle ne comprend pas pourquoi la tarification est appliquée en fonction de la surface des logements. La section Hautepierre de la CNL a lancé cet été une pétition pour réclamer l’abandon de ce principe d’une tarification à la surface. Puis elle s’est ravisée et a lancé une pétition pour un refus total de la hausse de charge pour le nettoyage.
Moment de détente dans un quartier (photo RB / Rue89 Strasbourg)

La goutte d’eau ?

Cette nouvelle augmentation des charges, si minime paraît-elle, serait-elle celle de trop ? Depuis 2008, les locataires de Hautepierre ont déjà dû revoir leurs budgets à plusieurs reprises : les frais d’abonnement à la chaufferie du quartier sont passés à leur entière charge alors qu’ils n’en payaient auparavant que 75 % ; tandis qu’en dix ans, les loyers ont augmenté de 12%. Où en est cette pétition aujourd’hui ? En période d’élection des représentants des locataires auprès du bailleur, elle semble avoir finalement été mise de côté. Et pour cause, e-mails à l’appui, CUS Habitat assure avoir informé toutes les associations de locataires avant la mise en place du prestataire et avoir reçu leur assentiment. La position n’est donc pas facile à tenir pour la CNL. CUS Habitat se défend par la voix de Pascal Charpentier, chef d’agence du bailleur pour le secteur Ouest de Strasbourg :
« L’entretien des entrées d’immeubles devenait problématique. En raison des regroupements de jeunes et du passage de tout le monde par l’entrée, les locataires des rez-de-chaussée refusaient de plus en plus de nettoyer ces lieux utilisés par tous. »

Aval des associations ou simple information ?

De fait, « entre 30 et 40 » entrées d’immeubles étaient déjà entretenues chaque semaine par l’entreprise, à la charge de CUS Habitat, explique Pascal Charpentier.
« D’où l’idée de généraliser après en avoir informé les associations de locataires. Elles ont donné leur bénédiction. Si elles n’avaient pas été d’accord, elles l’auraient fait savoir. Nous ne maîtrisons pas la communication interne à la CNL. »
En réalité, les associations n’ont pas vraiment eu à se prononcer sur cette hausse de charges. Le nettoyage des parties communes fait partie des charges dites « récupérables » au regard de la loi, c’est-à-dire qui peuvent être refacturées aux locataires, au même titre que le chauffage, l’eau et les ordures ménagères. Pas de cadeau donc… Et pour ces charges récupérables, pas besoin de l’aval des associations représentantes, une simple information suffit.

Recours au prestataire généralisé dans le neuf

D’ailleurs, si les logements de Hautepierre qui datent des années 1970 ne passent qu’aujourd’hui à cette nouvelle règle, celle-ci s’impose d’office aux logements neufs de CUS Habitat poursuit Pascal Charpentier :
« Dans le neuf, on se met d’accord sur la règle du jeu dès le départ et on sous-traite à une entreprise. S’ils préfèrent s’en occuper eux-mêmes, cela doit alors passer par un accord collectif des locataires. »
L’augmentation de provision pour charges induite par le nouveau nettoyage ne donnera pas lieu à des remboursements en fin d’année :
« Nous essayons toujours d’éviter les rappels de charge en ajustant directement quand il y a une augmentation des frais. Les frais de nettoyage ont été calculés sur la base d’un devis. Il n’y aura donc pas de surprise, ni dans un sens ni dans l’autre. »

Frustration des années Dalkia

La nouvelle augmentation de charge intervient dans un climat de défiance entre CUS Habitat et la CNL. L’association accuse en effet le bailleur d’avoir couvert une surfacturation des frais d’eau chaude par l’entreprise Dalkia, en délégation de service public pour le chauffage du quartier jusqu’en 2016, pendant de nombreuses années. Pour l’association, plusieurs millions d’euros devraient ainsi être remboursés à l’ensemble des locataires.

Gilets jaunes et marcheurs pour le Climat vont défiler ensemble autour du marché de Noël samedi

Gilets jaunes et marcheurs pour le Climat vont défiler ensemble autour du marché de Noël samedi

La Marche pour le Climat et les gilets jaunes sont ils compatibles ? Certains manifesteront ensemble à Strasbourg lors de ces rassemblements prévus de longue date. D’autres événements sont prévus côté gilets jaunes, mais aussi des étudiants.

Le programme de ce samedi 8 décembre est chargé sur les places et dans les rues de Strasbourg. Il a fait l’objet de négociations avec la préfecture pendant la semaine. Car pendant le Marché de Noël, aucune manifestation n’est autorisée sur la Grande-Île ou les quais de l’autre côté de la rive. À 10h, le mouvement des « gilets jaunes » a prévu de se réunir place de la République. D’autres actions dans les villes d’Alsace ou dans leurs alentours sont programmées. Vendredi à la mi-journée, seul le rassemblement à Haguenau était déclaré dans le Bas-Rhin, nous fait savoir la Préfecture.

Une assemblée citoyenne doit s’y tenir, suivi d’un pique-nique à 12h (déjeuner à ramener soi-même). La semaine précédente, environ 500 personnes s’étaient retrouvées devant la Cour européenne des droits de l’Homme le matin. Quelques tentatives individuelles d’intrusions dans le Marché de Noël avaient été réprimées par les forces de l’ordre, nécessitant deux interpellations. Le mot d’ordre des organisateurs était de ne pas perturber l’événement commercial strasbourgeois.

De l’autre côté de la place, devant la Bibliothèque nationale universitaire (BNU) des étudiants donnent rendez-vous à 11h contre la multiplication par 16 des droits d’inscription dans les universités pour les étudiants non-européens, souhaitée par le gouvernement.

Il y avait déjà quelques gilets jaunes/verts (malgré eux ?) lors de la deuxième marche pour le climat le 13 octobre à Strasbourg (photo Abdesslam Mirdass)
Il y avait déjà quelques gilets jaunes/verts (malgré eux ?) lors de la deuxième marche pour le climat le 13 octobre à Strasbourg (photo Abdesslam Mirdass)

Mouvements compatibles ?

À 14h, ce sera le départ de la troisième « Marche pour le Climat », un mouvement spontané puis co-organisé avec des ONG suite de la démission de Nicolas Hulot. Des marches similaires se tiennent dans plus de 100 villes de France environ tous les mois. Plusieurs associations et les opposants au Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg se joignent à cette actions en pleine COP 24 de l’Onu en Pologne. Les organisateurs donnent rendez-vous place Dauphine, entre la place de l’Étoile et le centre commercial Rivétoile.

Le parcours exact n’est pas dévoilé, mais il est prévu de rejoindre la place de l’Université devant le Palais universitaire, sans passer par les rues interdites. Et surprise, certains gilets-jaunes devraient se joindre à cette marche appelée « Climate Alarm ». Sachant que les opposants au GCO proposent de défiler avec des « bonnets verts », le cortège s’annonce coloré. À 13h un atelier de confection de pancartes est prévu place Dauphine si la météo le permet.

Ces deux mouvements sont-ils compatibles ? Les gilets jaunes s’opposent notamment aux hausses de taxes sur le carburant censés financer en partie des projets de la transition écologique. Des politiques satisfaisant les deux collectifs sont possibles estiment les signataires d’une tribune « Justice sociale, justice climatique : c’est un changement de cap qu’il faut imposer« .

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