Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Réfugié et étudiant à Strasbourg, après le Soudan et Calais, voici mon histoire

Réfugié et étudiant à Strasbourg, après le Soudan et Calais, voici mon histoire

Le collectif « Food not bombs » propose une soirée autour du documentaire Regarde ailleurs qui retrace l’évacuation du camp de migrants à Calais et la suite. Ali, réfugié politique et Strasbourgeois depuis 2017, a vécu dans la « Jungle » peu avant son démantèlement en 2016. Avant de témoigner à l’issue de la projection jeudi 17 janvier 20219, il raconte une partie de son parcours dans un récit co-écrit avec l’un de nos journalistes.

« En fuyant le Soudan, je n’avais pas prévu de venir en Europe. Après mes études jusqu’à Bac+5 en Géographie dans une université prestigieuse à Khartoum, la capitale du Soudan, je devais rentrer à Nyala, la capitale du Darfour du sud, où vit ma famille. Avant, en 2003 et 2004 notre village avait été attaqué, quand j’étais adolescent.

Lors de mes études à Khartoum, j’ai plusieurs fois été tabassé par le service de renseignement du parti au pouvoir, car je suis d’une ethnie noire, et non Janjawid, une ethnie arabe que le gouvernement soutient. J’étais aussi une cible parce que membre d’une association pour les libertés, contre les mauvais traitements et les discriminations. Je ne peux plus compter le nombre d’arrestations, mais à chaque fois c’était pire. Deux fois, j’ai été jeté au milieu de la nuit dans un parc public, comme si j’étais mort. Tous ces moments, dont une année où je n’ai pas pu étudier car j’ai perdu connaissance suite à la torture, m’ont fait perdre le sens de la peur pour le reste de ma vie.

La fuite vers la Libye

Comme j’étais fiché par les services de renseignement, j’ai été arrêté dès que je suis descendu du bus en rentrant à Nyala après six ans sans jamais rentrer. Les agents disaient que j’allais rejoindre les rebelles, alors que je n’avais aucun rapport avec eux. Après trois mois en détention, c’est grâce à un officier soudoyé par ma famille que j’ai pu m’évader… à condition de fuir le pays.

En Libye, j’ai d’abord travaillé 6 mois dans une ferme où je n’ai jamais été payé. Un jour, le gérant m’a dit « tu as une minute pour partir ou prendre une balle dans la tête ». Ensuite, j’étais à la capitale Tripoli. Là-bas, j’étais payé correctement pendant 9 mois. Quand je suis allé chercher un autre travail, j’ai perdu la protection de l’employeur libyen. J’étais chez des amis soudanais, mais sortir devient risqué quand on n’a plus de protecteur. Je ne pouvais plus sortir dans la rue, contrôlée par des milices. Donc le seul moyen pour nous de trouver un protecteur, c’était de fuir avec un passeur vers l’Europe. Mais la mer, c’est 90% de chances de mourir.

Ali, ici à la Misha à l'Université, partagera son expérience au camp de Calais en 2016 après la projection d'un documentaire qui parle de la fermeture du camp. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Ali ici à la Misha à l’Université, partagera son expérience au camp de Calais en 2016 après la projection d’un documentaire qui parle de la fermeture du camp.Photo : Jean-François Gérard / Rue89 Strasbourg / cc

Une traversée à 108 passagers

Je me suis retrouvé dans la maison très sécurisée du passeur. On avait l’interdiction d’aller aux fenêtres ou de parler à haute voix. Après 25 jours, nous sommes passés de 7 prisonniers à 108. Puis, un matin à 5h, nous avons commencé la traversée à 108, pendant 13 heures. Avec 400 autres personnes, nous avons été secourus par un grand bateau espagnol qui nous a amené en Sardaigne, en Italie.

Ensuite, je suis allé à Gênes, puis Vintimille pour passer la frontière française, ce qui a marché seulement à la troisième tentative, puis Paris à la porte de la Chapelle où j’ai dormi une semaine sous un pont. Je suis allé à Calais, non pas pour aller au Royaume-Uni comme c’est le cas de certains, mais car on m’a dit que les procédures allaient plus vite là-bas et qu’il y avait des associations sur place, notamment pour traduire. Compte tenu de ma situation personnelle, j’avais un peu confiance pour être accepté comme réfugié politique, notamment car j’avais un document de l’ONU qui attestait que j’étais une personne déplacée. Mais en arrivant en France, je ne pensais pas qu’il y existerait des endroits comme la « Jungle » de Calais, où il n’y a ni toilettes, ni dignité humaine.

L’importance des documentaires

Les documentaires comme Regarde Ailleurs sont très importants. Ils permettent de mettre des images sur ce que les gens ne peuvent pas voir. Je me reconnais dans beaucoup d’images, les relations avec la police, comment les associations étaient traitées, etc. Là-bas, les migrants ne connaissent pas leurs droits et gardent le silence. Dans la Jungle, il n’y a pas de loi et la vie est beaucoup organisée en communauté par pays, ce qui génère parfois des tensions. Et pourtant, la vie était plus dangereuse si l’on sortait dans la ville. Il fallait sortir à plusieurs personnes, même si je préfère ne pas trop en parler publiquement pour ne pas m’exposer. Sortir était indispensable par exemple pour avoir accès à internet avec le wi-fi dans la ville de Calais.

Après plusieurs agressions, je ne voulais plus sortir de la Jungle. Alors que j’étais à Calais depuis le 25 juillet 2016, une association de Mulhouse, Aleos, est venue sur place vers le 13 août pour déplacer les personnes qui souhaitaient rester en France. Je n’oublierai jamais le rôle de toutes les associations. C’est l’âme de la Jungle et ce qui donne espoir.

Il y avait une dame, Mélanie, en qui j’ai tout de suite eu confiance. Elle m’a montré sur une carte où on allait et garantit que ça ne changeait rien à ma procédure de demande d’asile, pour laquelle j’avais un rendez-vous dans le Nord-Pas-de-Calais. Elle a ensuite été mon assistante sociale lorsque j’ai été logé à Ottmarsheim en banlieue de Mulhouse. Ça a été une évolution très importante, j’avais une chambre, de la nourriture, un peu d’argent…

Dès le troisième jour, j’ai commencé à apprendre le français tout seul sur un ordinateur, 6 à 7 heures par jour. Ma première recherche a été « alphabet français ». Il y avait des cours bénévoles à l’association, mais ce n’était que 2 heures par semaine. C’est insuffisant pour construire des liens. Après 4 mois, j’ai obtenu mon statut de réfugié par l’Ofpra à Paris. C’était une joie indescriptible, j’en ai pleuré sans m’en rendre compte. Je souhaitais poursuivre mes études et c’est comme cela que Mélanie m’a expliqué comment m’inscrire à l’Université de Strasbourg, avoir une bourse, une place en Cité universitaire. J’ai commencé mes études à la fac de sciences économique et de gestion.

Changer d’image

Ici, je ne manque pas de liberté ou de droits. J’ai des amis strasbourgeois, d’autres régions, du Soudan ou des étudiants étrangers. Certains, je les considère comme ma famille. Mais cela reste difficile de s’intégrer dans une société si individuelle, parce que je viens d’une société collective. Chez une minorité de personnes, on ressent beaucoup de méfiance envers les réfugiés et cela met des barrières. Je ne sais pas comment on pourra changer cette image négative. J’espère que cela évoluera avec le temps.

Mes deux rêves désormais sont de réussir mes études et d’obtenir la nationalité française, ce qui me permettra de retourner dans mon pays sans être en danger, pour pouvoir revoir ma famille que je n’ai plus vue depuis 11 ans. Je communique avec elle seulement par téléphone, une à deux fois par mois. Économiquement, j’avais une bonne situation là-bas, j’ai toujours deux magasins. Je ne suis pas parti pour l’argent, mais à cause de la menace pour ma vie. Je rêve que l’équivalent de la Révolution française se déroule au Soudan. C’était un sacrifice pour vivre mieux.

Je n’hésiterai jamais à m’engager pour la France s’il le fallait. »

Jean-Baptiste Gernet : « La coalition de l’Eurométropole s’exclut elle-même de la gauche »

Jean-Baptiste Gernet : « La coalition de l’Eurométropole s’exclut elle-même de la gauche »

En vue des élections municipales de 2020, le président de l’Eurométropole Robert Herrmann rejette la possibilité de faire alliance avec Paul Meyer « pour des raisons de comportement ». Face à ces propos, Jean-Baptiste Gernet, membre du groupe politique strasbourgeois « La Coopérative » défend son président de groupe dans une tribune et étrille la coalition gauche-droite de l’assemblée des 33 communes.

De déclarations d’intention en courses à l’investiture, de clubs en think-tanks prétextes, les candidatures issues d’une prétendue gauche eurométropolitaine se multiplient. Même maquillées de collectif, ces initiatives individualistes sont la marque d’un système poussé à bout où l’on se répartit les postes, où l’on prévoit des alliances, où la vanité des destins individuels montre combien certains sont étrangers à la gravité de la période que vivent nos concitoyens : leur exaspération face aux élites, leur attente légitime d’une plus grande efficacité des services publics qui font leur cadre de vie, leur aspiration à revenir à l’essentiel après le drame subi à Strasbourg à la fin de l’année 2018, cela devrait rappeler tous les élu.es à leurs devoirs, pas à leurs ambitions personnelles et au nombrilisme.

Soutien de Benoît Hamon depuis plus de dix ans, membre du mouvement Génération.s et parmi les premiers signataires de l’appel de Place Publique, je pense néanmoins que les étiquettes ne suffisent plus, et qu’un engagement ne peut se mesurer qu’à l’aune de sa cohérence dans le temps et des actes au pouvoir. Il devrait d’abord être question de notre ville, malheureusement dans les déclarations de ces derniers jours, il est d’abord question d’étiquettes et chacun cherche un appareil, existant ou à créer, pour exister.

Les uns veulent à tout prix faire du premier tour un temps pour exister et mesurer le poids d’une étiquette ; les autres veulent trouver la meilleure recette d’une soupe aux étiquettes qui se veut parfois l’artifice d’une union de la gauche, parfois l’artifice d’une capacité à rassembler et à gouverner dans la diversité. Le point commun de ce petit monde est qu’il y aura toujours un moyen de s’accorder pour préserver l’essentiel : le pouvoir et les places au sein d’un système établi.

Au-delà de la droite à Macron

Cette tambouille est d’autant plus indécente de la part de vice-présidents ou anciens vice-présidents de l’Eurométropole qui se prétendent de gauche, mais gouvernent dans une union au-delà de la droite du gouvernement Macron. Un exécutif où les complicités personnelles l’emportent sur des divergences de valeurs que le sens de la démocratie commanderait pourtant d’assumer. Ils sont la caution d’un président conservateur, libéral et pro-voiture, qui joue des pulsions anti-Strasbourg de certaines communes pour renforcer une alliance politicienne dont l’unanimisme sert à épargner les manquements des uns et des autres.

Certains de ces manquements font craquer le vernis de gauche : quand dans une ville où les inégalités augmentent et où les 10% des ménages les plus pauvres ont vu leur revenu annuel disponible baisser de 20% ces dernières années, on augmente le prix du logement social pour les habitants sans répondre aux enjeux de dignité des moisissures et invasions de puces de lit, on s’exclut soi-même du champ de la gauche ; quand, dans une agglomération où les données statistiques mettent à jour une ségrégation ethnique des habitants des logements sociaux, on refuse d’anonymiser les dossiers des candidats pour éviter toute discrimination de la part des élu.es et bailleurs sociaux dans l’attribution des logements, on s’exclut soi-même de la gauche.

De grands schémas qui ne répondent pas aux urgences

Un des problèmes du personnel politique d’aujourd’hui, c’est aussi de se cacher derrière de grands schémas, des plans ou à l’inverse de larmoyantes déclarations sur les réseaux sociaux, sans répondre à l’urgence sociale concrète et quotidienne des habitants. Cette distance de ceux qui ne voient la ville qu’à travers des dossiers froids ou des tweets indignés, produit une violence institutionnelle envers les plus fragiles et les plus discriminés, et c’est une priorité de la faire cesser.

Jean-Baptiste Gernet a été élu pour la première fois en 2014, c'est l'un des plus jeunes élus à Strasbourg (photo Facebook)
Jean-Baptiste Gernet a été élu pour la première fois en 2014, c’est l’un des plus jeunes élus à Strasbourg (photo Facebook)

Je n’oublierai pas qu’à ces défaillances et à cette violence institutionnelle, des élu.es ont ajouté le sabotage de projets de gauche et d’intérêt général, d’abord parce que l’idée ne venait pas d’eux, que le crédit ne pourrait leur en être attribué, mais surtout parce que ces projets étaient portés et incarnés par Paul Meyer dont la cohérence à gauche et la liberté que lui confère son lien direct avec les Strasbourgeois.es, y compris dans les quartiers populaires, inquiètent ceux qui n’ont jamais raisonné qu’à travers des appareils politiciens. Cela a été le cas pour les débuts du marché de Noël Off, comme pour la mise en place d’un périmètre de sauvegarde permettant d’encadrer les évolutions des baux commerciaux, dans l’opposition à l’extension de la zone commerciale nord, etc.

Une alliance pour éviter les écologistes

Le président de l’Eurométropole a déclaré sa candidature et ne connaît, semble-t-il, aucune frontière vers sa droite pour gouverner. En revanche, il attaque une fois de plus Paul Meyer en parlant de « problèmes de comportement » pour stigmatiser le seul leader de gauche qui aura eu la cohérence de s’opposer à son alliance jusqu’à la droite de la droite à l’Eurométropole, alliance qui visait surtout à éviter une majorité de gauche écologiste, aux orientations progressistes et qui se serait opposée au GCO. Cette attitude trahit ni plus ni moins que de l’ostracisme. Une peur de la jeunesse, une peur de la différence, une peur de voir s’effondrer un système à bout de souffle dans lequel il évolue depuis les années 1980.

Le temps de la campagne électorale n’est pas encore venu, et ceux qui nous y précipitent pour tenter d’exister ont oublié qu’il sont d’abord élu.es pour servir.

Dans ce contexte, nous tenterons de ne pas répondre aux coups qui nous sont portés et tiendrons ce qui est notre ligne de conduite : servir les Strasbourgeois.es qui nous ont élu.es, partager plus largement avec eux l’action politique municipale, et préparer l’avenir en profitant du lien privilégié et direct que nous construisons avec les Strasbourgeois.es depuis de nombreuses années.

Félix Mazza, 73 ans : basketteur, clubbeur, champion de marche…

Félix Mazza, 73 ans : basketteur, clubbeur, champion de marche…

Gagne à être connu – Prenez un grand terrain de basket, ajoutez 1m72 de rage de vaincre, 61 kilos d’aliments bio, une pincée de malice et un zest de passion. Laissez reposer et attendez 73 ans. Avec un peu – voire beaucoup – de chance vous obtiendrez Félix Mazza, survolté septuagénaire, qui va toujours en discothèque et entretient les terrains sur lequel il joue en plein air, parc de la Citadelle à Strasbourg. Son prochain objectif : les championnats du monde de marche, sport dans lequel il a déjà raflé plus de titres régionaux et nationaux qu’il n’en peut compter.

Si vous apercevez un dimanche matin, parc de la Citadelle à Strasbourg un personnage aux yeux rieurs, crâne chauve, au léger accent alsacien et en forme comme un marathonien, ne doutez plus : à tous les coups, cet homme-là s’appelle Félix Mazza. Et s’il tient un balai ou une échelle à la main, c’est parce qu’il est aux petits soins pour les terrains de basket :

« Je viens balayer ici de bon matin car sinon personne n’entretient. Cela fait dix ans que je répare les terrains. J’ai commencé en avril 2008, au playground de Broglie. J’ai changé les boulons qui étaient rouillés et j’ai mis des filets, car j’ai horreur de jouer sans filet. Cela me coûte de 60 à 80 euros par saison. Petit à petit, on a commencé à avoir du monde. La mairie ne faisait rien pour entretenir les terrains, alors j’ai choisi de dialoguer avec eux. Ici, à la Citadelle, ça a permis d’obtenir un terrain goudronné et de nouveaux panneaux. »

Dribbler au ras du sol, c’est une des techniques que recommande Felix Mazza pour être imbattable sur les terrains de basketball. (Photo Emilie Sizarols / Rue89 Strasbourg / cc)

Sur le terrain du parc de la Citadelle à Strasbourg, le voilà qui dribble le ballon au ras du sol, esquive un joueur, avant de finalement se poser aux abords du terrain, à peine haletant, le teint frais de sa course de bon matin. Difficile de l’arracher à son jeu. Si le fringuant retraité met la pâtée aux petits jeunes, c’est qu’il est tombé dans la marmite du basket dès son plus jeune âge :

« J’avais sept ans quand j’ai commencé à faire du basket. Un jour, j’ai disputé un tournoi de juniors à Sélestat. Une équipe s’était désistée. Je ne savais pas que l’entraîneur des juniors au niveau national était présent ce jour-là. J’ai très bien joué, on a remporté le tournoi, et il m’a proposé de rejoindre l’équipe de France. C’était en 1961. Je ne marquais jamais en-dessous de 40 points par match, et j’ai même un record personnel à 62 points. Puis quand j’ai eu 19 ans, il ne m’ont plus gardé, car il fallait faire au moins 1m85. J’ai été écœuré et j’ai arrêté le basket pendant près de 30 ans. »

S’il a un jour dépassé les 110 kilos, le septuagénaire au regard malicieux n’en pèse plus aujourd’hui que la moitié ou presque, du haut de ses 61 kilos. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Félix l’autodidacte

Félix devient alors technicien à l’Université de Strasbourg, puis travaille en usine, et termine sa carrière comme chef de fabrication. À 42 ans, alors qu’il pèse 110 kilos, il se souvient d’une promesse qu’il s’était faite à lui-même : reprendre vers l’âge de 50 ans le basket. Et pour maigrir un peu, il décide, un peu par hasard, de se mettre à la marche à pied :

« J’ai appris en regardant les Jeux olympiques à la télévision. J’ai marché pendant cinq ans tous les jours, qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il y ait du vent, ou de l’orage. Je travaillais dix heures par jour, mais j’arrivais quand même à marcher au moins deux heures tous les jours. Quand j’ai commencé la compétition, c’était même cinq heures par jour. J’ai maigri, j’ai remporté une compétition de marche alors que je n’étais pas licencié, et c’est là que j’ai démarré en club, alors que j’avais 45 ans. »

Sur le capot de sa petite voiture blanche – coupée sportive -, Félix pose le classeur dans lequel il range tous ses titres, précieusement conservés. Multi-champion d’Alsace sur le 20 kilomètres, vice-champion d’Alsace sur 50 km, record de vétéran sur 30 kilomètres piste en 2h30, champion de France à Bordeaux et Hénencourt : malgré ses 10 centimètres d’épaisseur, le classeur de Félix ne compte guère plus que quelques pages libres.

Félix le porte-bonheur

Il résume, une fierté non dissimulée dans la voix :

« J’ai cassé la baraque, et j’étais toujours le plus vieux ! Mais quand j’ai atteint le niveau mondial, j’ai arrêté, car mon objectif, c’était de refaire du basket ! J’ai repris dans un patelin près de Bischwiller. Puis j’ai été repéré en 2013 par le club de Souffelweyersheim, grâce à mon fameux bras roulé. »

Le bras roulé, c’est un peu la marque de fabrique et la signature de Félix. Le septuagénaire les enchaîne sur le playground, et marque grâce à lui des paniers de près ou à trois points. Certains l’appellent d’ailleurs « le sorcier blanc », car il fait « des passes d’extraterrestre. » Mais son originalité ne s’arrête pas là : celui qui fait du basket au moins trois fois par semaine a aussi été pendant deux ans… mascotte. Sous les traits d’un tigre, indomptable.

« Les gens étaient sciés. Ils avaient un peu peur pour moi, car on étouffe dans le costume. Mais moi je n’arrêtais pas de bouger, de danser. Les jours de match, je venais à 4h30 du matin pour préparer les panneaux publicitaires et les tables de marque, et j’étais sur place le soir jusqu’à une heure ! J’ai fait ça pendant 150 matchs. Puis un jour, un jeune a voulu reprendre le boulot, et le club de Souffelweyersheim qui était en pro B s’est mis à perdre ! »

En Italie, Félix Mazza a obtenu le titre de champion du monde…pour une heure seulement. Selon les juges, il aurait couru à l’arrivée, ce que lui a toujours contesté. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Félix le porte-bonheur ne s’est pas arrêté là. Quand il a pris sa retraite, il a déménagé exprès à Bischwiller pour entraîner deux marcheurs. Et ces derniers sont eux-mêmes devenus… champions de France. Merci monsieur le coach.

Le secret : une alimentation saine !

Son incroyable énergie et ténacité, Félix les doit peut-être à son parcours de vie, lui qui a passé toute son enfance dans des foyers. Mais aussi – secret de fabrication – à son alimentation bio :

« Je ne mange plus de viande, seulement des œufs. À l’époque quand je me suis mis à manger bio, on ne m’a pas pris au sérieux, mais maintenant, tout le monde s’y met ! Je n’ai jamais fumé ni bu d’alcool ».

Si Félix s’est mis à la marche, c’est avant tout pour pouvoir reprendre le basket. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Quant à arrêter le basket, ce n’est pas pour tout de suite, parole de Félix, qui révèle, un peu indigné :

« Je ne peux plus jouer en club, les entraîneurs me ménageaient trop, alors que j’ai des certificats médicaux qui attestent que j’ai un très bon cardio ! Mais si un jour mon corps me dit d’arrêter, j’arrêterai, car j’écoute mon corps. »

En attendant, le sportif accompli ne manque pas d’imagination pour s’entretenir. Il se prépare pour les prochains championnat du monde de marche, qui auront lieu dans deux ans, et auxquels il ne se rendra que s’ils ne se déroulent pas trop loin de la France.

Qu’à cela ne tienne : le samedi soir ou en semaine, il arrive aussi à Félix de se rendre en discothèque, environ une fois par mois. Au Rétro à Strasbourg, au Manhattan à Haguenau, à Surbourg ou à « l’ancien 777, à Brumath » : Felix l’infatigable y va pour danser et entretenir son cardio. Son genre préféré ? La techno bien sûr :

« Mais j’aime aussi la musique des années 60, 70, 80. En discothèque, je danse le charleston et le boogie-woogie, comme ce sont des danses à trois temps, ça marche très bien sur de la techno. Je suis toujours le premier et le dernier sur la piste, quand je suis parti, on ne me tient plus ! J’y vais seul et je rencontre des gens. Quand je leur dis mon âge, en général ils ne me croient pas. Je suis parfois obligé de sortir ma carte d’identité pour leur prouver que je vais sur mes 74 ans ! »

C’est que Félix le champion, le tigre monté sur ressorts et le sorcier blanc vous le dira : la jeunesse, c’est dans la tête.

GCO : le chantier de l’échangeur au nord peut reprendre

GCO : le chantier de l’échangeur au nord peut reprendre

Mardi 15 janvier, le tribunal administratif a levé en soirée la suspension des travaux de l’échangeur nord du GCO, suspension qu’il avait ordonnée fin novembre. En conséquence, les travaux de déboisement menés par la Sanef, concessionnaire de l’A4 et chargée de réaliser cet échangeur, vont pouvoir reprendre.

Les travaux suivent désormais le cadre réglementaire d’un nouvel arrêté, publié le 20 décembre par la préfecture du Bas-Rhin. Le préfet a dû modifier ses arrêtés du 30 août 2018 autorisant les travaux définitifs du Grand Contournement Ouest (GCO – voir tous nos articles) de Strasbourg car ils étaient juridiquement imprécis. Le préfet avait notamment justifié « l’intérêt général » de l’autoroute payante de 24 kilomètres par les compensations prévues à la place des espaces naturels détruits. Or, en droit administratif français, l’intérêt général doit s’apprécier uniquement par les caractéristiques d’un projet, et non par les mesures indirectes qui en découlent.

Pour cette raison, le tribunal administratif de Strasbourg avait suspendu les travaux de l’échangeur nord à Vendenheim le 23 novembre suite au recours de l’association Alsace Nature et son avocat Me François Zind, au nom du collectif « GCO Non Merci ». Le 25 septembre, il avait aussi estimé que cette erreur de droit faisait peser des « doutes sérieux » sur la légalité du reste des travaux, mais « à titre exceptionnel » n’avait pas suspendu l’acte. Il avait motivé sa décision atypique par des « troubles à l’ordre public » de la part d’opposants et par la régularisation aisée de l’arrêté attaqué.

Fin novembre, les opposants au GCO se sont opposés aux travaux pour l'échangeur nord tant que le référé n'était pas jugé. (Photo collectif GCO Non merci)
Fin novembre, les opposants au GCO se sont opposés aux travaux pour l’échangeur nord tant que le référé n’était pas jugé. (Photo collectif GCO Non merci)

Suite à la modification du mois de décembre, la Sanef, qui finance et construit l’échangeur avec l’A4 et l’A35 au nord à Vendenheim, a estimé que l’acte étant différent, il n’y avait plus de raison de le suspendre. Les juges administratifs ayant constaté la validité récente de l’acte, ils ont levé sa suspension.

Certaines opérations de déboisement doivent être effectuées avant le 28 février en raison des dérogations sur les zones de protection de 57 espèces des milieux forestiers, à savoir les chiroptères (chauve-souris), pélobates bruns (crapauds), oiseaux, insectes et autres batraciens.

La liste des recours

Chérif Chekatt avait prémédité son attaque

Chérif Chekatt avait prémédité son attaque

« Le Monde » a eu connaissance des derniers éléments de l’enquête après l’attaque de Strasbourg du mardi 11 décembre. Et selon ces documents, Chérif Chekatt avait bien prémédité son assaut du Marché de Noël, il avait cherché à se procurer des armes plusieurs semaines auparavant et avait confié à sa mère son « intention de mourir. »

Comme le rappelle le quotidien, les autorités s’étaient montrées prudentes quant à la motivation terroriste de Cherif Chekatt. L’ancien habitant des Poteries était suivi par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) mais son irruption dans le Marché de Noël de Strasbourg semblait avoir été précipitée par son interpellation ratée, le matin même du 11 décembre, dans une affaire de grand banditisme.

Allégeance à l’EI dès novembre 2018

Mais depuis, les enquêteurs ont pu retrouver des éléments qui confirment la radicalisation de Chérif Chekatt ainsi que son objectif de commettre un attentat. Il y a d’abord cette vidéo de revendication, d’une durée de 3 minutes et découverte sur une clé USB dans son logement des Poteries le matin du 11 décembre. Dans cette vidéo, Chérif Chekatt apparaît porteur d’un keffieh rouge et prête allégeance en français et en arabe à l’organisation Etat islamique.

Le raid a été déployé vers 15h au début du Neudorf (Photo Ernesto Bel Grini)
Le raid avait été déployé vers 15h au début du Neudorf le 13 décembre mais c’est finalement une patrouille qui tombera sur le terroriste (Photo Ernesto Bel Grini)

Dans cette vidéo, Le Monde relate que la date du 14 novembre 2015 apparaît mais sans qu’il soit possible si elle correspond bien à la date d’enregistrement. Une photo du terroriste portant la même tenue que sur la vidéo a été découverte sur la clé USB mais datée du 10 novembre 2018. Les enquêteurs estiment toutefois que la revendication de l’attentat par l’Etat islamique est opportuniste dans la mesure où elle ne reprend aucun des éléments fournis par Chérif Chekatt, ni dans ses objectifs ni dans son nom.

L’entourage sollicité pour l’attaque

Chérif Chekatt a cherché à se procurer des armes pour son attaque, selon le témoignage d’Audrey M., un de ses proches qui s’est présenté de lui-même à la police le 13 décembre. Âgé de 37 ans, Audrey M. a été mis en examen pour « participation à une association de malfaiteurs terroristes » et placé en détention provisoire près de Paris. Chérif Chekatt l’aurait menacé à plusieurs reprises et lui aurait demandé de lui procurer des armes depuis septembre 2018. Audrey M. a accepté de le mettre en relation avec des membres de la communauté des vanniers, mais la provenance de l’arme n’a pas pu être établie.

Toujours selon Le Monde, la famille de Cherif Chekatt n’a guère été surprise d’apprendre son passage à l’acte. Sa propre mère, 64 ans, a reconnu que son fils lui avait confié « environ cinq mois avant l’attentat, son intention de mourir. » Mais elle ne l’avait alors pas pris au sérieux. Son père en revanche, Ange Chekatt, 71 ans, a prévenu son fils par texte qu’il était recherché par les gendarmes : « Les chiens sont venus chez moi. »

Eiffage et Équalia choisis pour rénover et gérer des Bains municipaux étendus en spa

Eiffage et Équalia choisis pour rénover et gérer des Bains municipaux étendus en spa

La Ville de Strasbourg a dévoilé les lauréats pour la rénovation des Bains municipaux, un ensemble balnéaire construit au début du XXe siècle et monument historique de la Neustadt. Eiffage prévoit une restauration préservant l’aspect de la piscine Art Nouveau, y compris avec ses cabines, tout en ajoutant un bassin de plein-air et en ouvrant l’arrière du bâtiment sur l’extérieur.

Et c’est finalement Eiffage Construction qui sort gagnant de l’appel d’offres organisé par la Ville de Strasbourg pour rénover les Bains municipaux, une opération à près de 34 millions d’euros. Trois autres groupements de candidats s’étaient proposés mais le jury, qui a débattu pendant une journée dans l’enceinte des bâtiments construits en 1908 par Fritz Beblo ont retenu le groupement qui était le plus sobre en propositions de modifications du bâti existant.

Le grand bassin devrait garder son aspect Art Nouveau (Photo Luxigon / SPL Deux-Rives / doc remis)
Le grand bassin devrait garder son aspect Art Nouveau (Photo Luxigon / SPL Deux-Rives / doc remis)

Pour ce chantier, Eiffage s’est associé à François Chatillon, architecte en chef des Monuments historiques et qui a déjà piloté le chantier de rénovation de la piscine des Amiraux, construite à Paris par Henri Sauvage entre 1922 et 1927. Cette piscine Arts décos a rouvert en novembre 2017 au même tarif que les autres équipements de la Ville et c’est ce qui est prévu à Strasbourg. La piscine des Bains doit rouvrir fin 2021, au même prix d’accès que n’importe quelle piscine de l’Eurométropole.

Un nouveau spa en ville à 22€…

Il n’en sera pas de même pour les bains romains qui doivent eux rejoindre « l’espace bien être. » Cet ensemble comprendra les bains chauds historiques auxquels seront ajoutés un spa au rez-de-chaussée avec sauna, grotte de sel (?), jacuzzi et douches massantes… Un bassin de balnéothérapie complète cet espace, pour proposer selon la saison soit un « bain de soleil minéral » ou un « jardin Fraîcheur paysagé et parsemé de brumisateurs. » L’accès à cet espace sera proposé à 22€ pour une durée illimitée (ou 25€ avec un accès à la piscine).

L'espace bien-être s'enrichit d'un spa et d'une série d'équipements (Photo Luxigon / SPL Deux-Rives / doc remis)
L’espace bien-être s’enrichit d’un spa et d’une série d’équipements (Photo Luxigon / SPL Deux-Rives / doc remis)

Un bassin extérieur accessible l'hiver depuis l'espace bien-être (Photo Luxigon / SPL Deux-Rives / doc remis)
Un bassin extérieur accessible l’hiver depuis l’espace bien-être (Photo Luxigon / SPL Deux-Rives / doc remis)

Un bassin de plein-air, accessible l'hiver depuis l'espace bien-être sera ouvert sur la Krutenau avec un espace partagé (Photo Luxigon / SPL Deux-Rives / doc remis)
La majeure partie de l’actuel parking sera végétalisé avec une ouverture sur la Krutenau pour un espace partagé (Photo Luxigon / SPL Deux-Rives / doc remis)

À côté, un « espace partagé, » ouvert sur la ville, est aménagé pour permettre l’accueil des rendez-vous du quartier de la Krutenau ou d’événements publics. Le reste de l’actuel parking est transformé en pelouse.

L’art délicat de camoufler le modernisme

Devant, l’accès des groupes et des scolaires est facilité par un nouvel accès, depuis les douves. Le grand bassin doit conserver son aspect actuel, la moitié des cabines seront conservées. François Chatillon explique que tout l’enjeu sera d’arriver à installer les nouvelles machineries derrière des moulages :

« Au début du XXe siècle évidemment, il n’y avait pas les mêmes normes d’accès, sanitaires, de ventilation et de sécurité qui sont exigées pour les piscines publiques aujourd’hui. Mais l’ensemble architectural est tellement formidable que nous avons choisi de le modifier le moins possible, nous sommes restés très prudents et sobres dans nos propositions de fonctions… Pour autant, il aura fallu beaucoup de travail pour parvenir à concilier les exigences contemporaines avec le respect de l’architecture de l’époque. »

Le petit bassin (Photo Luxigon / SPL Deux-Rives / doc remis)
Le petit bassin (Photo Luxigon / SPL Deux-Rives / doc remis)

La structure du grand bassin sera modifiée, il sera notamment moins profond, à la fois pour des questions de sécurité et pour économiser l’eau et son chauffage. En revanche, il restera fait de carrelages, pour respecter l’aspect de l’époque. Il n’y aura donc pas de cuve en inox dans le grand bassin, comme dans toutes les nouvelles piscines de l’Eurométropole. Les douches publiques seront également préservées, avec des conditions d’accès similaires à celles qui existaient avant la rénovation.

Un espace polyvalent devrait proposer une série d'activités en rapport avec le bien-être (Photo Luxigon / SPL Deux-Rives / doc remis)
Un espace polyvalent devrait proposer une série d’activités en rapport avec le bien-être (Photo Luxigon / SPL Deux-Rives / doc remis)

Gestionnaire de la piscine et de l’espace bien-être, Equalia prévoit d’ouvrir le lieu 139 heures par semaine, contre 70 avant sa fermeture, avec des horaires en partie nocturnes. Équalia estime qu’une vingtaine d’employés seront nécessaires pour assurer l’accueil et l’entretien de ces quelques 6 000 m² de locaux. L’entreprise exploite une centaine de centres aquatiques, patinoires et autres espaces bien-être en France et en Belgique.

Près de 40 M€ d’investissements

Le chantier est piloté par la SPL Deux-Rives, une société dont le capital est détenu par la Ville de Strasbourg et l’Eurométropole et titulaire d’une délégation de travaux et de gestion pour 35 ans. À sa charge de conduire une rénovation de 35 M€ en recevant de Strasbourg 2,4 M€ par an et en percevant des recettes estimées à 1,7 M€ par an. En bout de chaîne, Équalia doit percevoir environ 2 M€ par an de chiffre d’affaires pour le fonctionnement des espaces, un montant qui peut augmenter ou même baisser avec l’évolution des recettes.

Schéma de financement du fonctionnement

La SPL est à la maîtrise d'ouvrage et gestionnaire réel de l'ensemble (infographie PF / Rue89 Strasbourg / cc)
La SPL est à la maîtrise d’ouvrage et gestionnaire réel de l’ensemble (infographie PF / Rue89 Strasbourg / cc)

L’extension médicale, construite en 1911 et à gauche de l’entrée quand on est boulevard de la Victoire, est transformée en « Maison du Sport-Santé. » Le bâtiment accueillera des médecins et des chercheurs qui tentent de relier la pratique régulière d’un sport à l’état général d’une population, un thème cher au Dr Alexandre Feltz, adjoint au maire de Strasbourg et initiateur de plusieurs programmes de « sport-santé » à Strasbourg (voir tous nos articles). Ce chantier de 5,5 millions d’euros n’est pas piloté par la SPL Deux-Rives mais directement par la Ville de Strasbourg et les locaux seront en régie directe.

Écoles et groupes pourront être accueillis dans des espaces dédiés (Photo Luxigon / SPL Deux-Rives / doc remis)
Écoles et groupes pourront être accueillis dans des espaces dédiés (Photo Luxigon / SPL Deux-Rives / doc remis)

Liane Zoppas, du collectif La Victoire pour tous, qui avait porté le débat sur cette rénovation sur la place publique, accueille plutôt favorablement ces annonces :

« Je reconnais la qualité du travail de François Chatillon, question architecture nos Bains sont entre très bonnes mains. Mais je regrette qu’une partie des cabines et des vestiaires, protégés par le classement aux Monuments historiques en 2017, soient supprimés malgré la nécessité de préserver l’ensemble… Il s’agit du dernier Bain ayant gardé un ensemble aussi complet en Europe. En outre, je trouve que l’on a trop sacrifié la pratique de la natation publique à celle du bien-être et du spa. »

Les travaux doivent débuter en octobre 2019 pour une réouverture de l’ensemble des bâtiments à la fin de l’année 2021.

L’adjoint au maire Alexandre Feltz rejoint Place publique

L’adjoint au maire Alexandre Feltz rejoint Place publique

Arrivé à la politique via Roland Ries, dont il est le médecin généraliste, et l’ouverture de la liste du maire à des personnes non-encartées dans des partis, Alexandre Feltz ne pourra plus dire qu’il n’a jamais été membre d’une formation politique. Il vient de rejoindre le nouveau mouvement « Place publique ». Initiée, par l’essayiste Raphaël Glucksmann, cette initiative compte deux membres fondateurs . . .

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Municipales 2020 : les premières pistes de Robert Herrmann, qui ne sera pas « numéro 2 »

Municipales 2020 : les premières pistes de Robert Herrmann, qui ne sera pas « numéro 2 »

La campagne en vue des élections municipales de mars 2020 s’accélère. Lundi, les contours d’une candidature du président de l’Eurométropole, Robert Herrmann (PS), ont été précisés à l’occasion d’une rencontre avec des journalistes.

Interrogé lundi matin sur ses ambitions pour les futures élections municipales à Strasbourg lors d’une rencontre avec la presse, Robert Herrmann a répondu qu’il ne souhaite pas conduire une liste « PS pur jus », ce qui est logique puisqu’il a peu de relais au sein de l’appareil socialiste. Comme indiqué il y . . .

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L’application « Tell My City », c’est fini à Schiltigheim

L’application « Tell My City », c’est fini à Schiltigheim

L’application pour signaler des dysfonctionnements dans la ville s’est révélée trop chère, chronophage et peu utilisée. Après près de quatre ans d’utilisation, la mairie de Schiltigheim a mis fin le 1er janvier à l’exploitation de Tell My City, une application qui devait permettre plus de démocratie locale.

Lancée en 2015 à Schiltigheim, l’application Tell My City (« rapporter à ma ville », en anglais) permettait aux Schilikois signaler un problème, suggérer une idée ou féliciter une initiative… La demande, géolocalisée ainsi qu’illustrée avec texte et photo était envoyée aux services de la mairie, qui interviennent quand ils la jugent recevable. Les cas relevés sont visibles par tous via une carte. Ce dispositif avait pour but le renforcement du lien entre citoyens et municipalité. Mais, après moins de quatre ans d’usage, la nouvelle municipalité estime que l’application a surtout servi à dénoncer des infractions. La plupart des notifications rapportaient par exemple des nuisances sonores (voir ci-dessous), un stationnement gênant ou des déchets sur un trottoir… Au point qu’un agent de la police municipal s’est vite vu confier cette gestion quotidienne des doléances.
Fiche Tell My City pour des nuisances sonores.
La mairie a commencé par relayer les signalements de ce genre à la police municipale mais face à leur nombre a décidé de confier leur gestion à un agent. (capture d’écran)
À chaque notification acceptée la mairie devait tenir au courant l’utilisateur. Pour l’un d’eux, Marc-Antoine Laurent-Guy, les échanges avec la mairie étaient confus :
« Le suivi était assez incompréhensible. Un de mes signalements à propos d’un panneau caché par une haie était noté « en cours » alors que le problème avait été réglé. L’inverse est arrivé aussi, qu’on me dise que ma notification soit « terminée », alors que sur le terrain il n’en est rien. »

Problèmes d’aiguillage

Une partie des signalements faits par l’application ne relevaient pas des compétences de la mairie. L’entretien des trottoirs, l’un des sujets fréquent de mécontentement, relève par exemple des compétences de l’Eurométropole. Ce qui oblige la mairie à relayer à d’autres organismes les signalements qui ne sont pas de son ressort.
Capture d'écran de l'application Tell My City où un signalement refusé concernant un passage piéton manquant.
« J’ai signalé le manque d’un passage piéton. La demande a été rejetée sans autre forme de procès » raconte Marc-Antoine Laurent-Guy. (Document transmis)
L’un des intérêts de Tell My City pour les mairies est d’établir des statistiques sur le traitement des signalements. Cette technologie avait séduit l’ancien maire Jean-Marie Kutner (UDI) élu en 2014. Mais à Schiltigheim, seule une dizaine de personnes seulement se connectaient chaque mois, trop peu pour collecter automatiquement des informations pertinentes. Ce potentiel étant réduit à peau de chagrin, la géolocalisation est le seul avantage du dispositif par rapport à l’envoi d’un mail ou d’un courrier classique. Pas assez pour justifier les 10 000 euros annuels que coûtaient l’application, en plus de la mobilisation d’un agent municipal. La majorité élue en 2018 a donc décidé de mettre un terme « dès que possible » au contrat avec Spallian, la société française qui gère Tell My City. L’entreprise revendique plus de 60 communes en France, dont la voisine de la Cité des brasseurs, Bischheim.

La Smart City se contentera d’e-mails

Dans le mail envoyé jeudi 27 décembre 2018 pour annoncer la fin de Tell My City, la mairie laisse la porte ouverte à l’usage d’une autre application qui proposerait plusieurs services en complément des signalements. Au cabinet de la maire Danielle Dambach (écologiste), on précise qu’une potentielle remplaçante devra au moins inclure un « agenda municipal », ainsi qu’un « moyen de participer aux choix de la Ville ». Sans qu’aucune d’étude sur ce raté n’ait été établie, il semble que la nécessité d’un smartphone en soit l’une des principales limites. Une part importante des personnes impliquées dans la vie locale schilikoise sont des retraités, pas tous à l’aise avec ces nouvelles technologies. Néanmoins pour sa nouvelle consultation sur les transports, la municipalité propose un questionnaire… en ligne. Elle ajoute quatre déambulations et trois permanences physiques. En attendant, la mairie propose aux rares habitués de Tell My City de revenir aux comptes de la municipalité sur les réseaux sociaux et aux e-mails pour communiquer.

Le tour de l’Elsau en moins d’une heure

Le tour de l’Elsau en moins d’une heure

Que de beau monde cette semaine à l’Elsau pour la visite chronométrée du ministre de la Ville et du Logement, Julien Denormandie ! L’occasion de temporiser face aux nombreuses interrogations des habitants sur l’avenir du quartier. Réponse en mars avec la présentation du plan de l’ANRU.

Dessin de Piet

 

#Julien Denormandie

Entre 1 500 et 2 000 Gilets jaunes à Strasbourg pour « l’acte IX »

Entre 1 500 et 2 000 Gilets jaunes à Strasbourg pour « l’acte IX »

Le mouvement des Gilets jaunes a mobilisé entre 1 500 et 2 000 personnes samedi à Strasbourg pour « l’acte IX » de la contestation. Après un passage près du Parlement européen, les manifestants ont tenté toute la journée d’accéder au centre-ville, ce qui a provoqué des heurts avec les forces de l’ordre. En milieu d’après-midi, quelques centaines de personnes ont réussi à rejoindre la place Kléber et la place Broglie.

L’Acte IX des Gilets jaunes a été un peu tendu samedi 12 janvier à Strasbourg. Après une rapide assemblée place de la République dès 10h, les manifestants se sont rendus devant le Parlement européen vers 11h. Entre 1 500 et 2 000 personnes ont participé à cette manifestation, en provenance du Bas-Rhin principalement. Le trajet n’ayant pas été déclaré en préfecture, les forces de l’ordre ont accompagné le cortège alors qu’il rebroussait chemin vers le centre-ville. Arrivés aux Halles, les Gilets jaunes ont été bloqués par la police, qui les a empêchés d’aller plus loin.

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En début d’après-midi, le cortège en provenance de la place de Bordeaux s’est retrouvé bloqué près des Halles. Les Gilets jaunes, dont certains portaient des brassards « coalition pacifiste » avec comme ambition de s’assurer que la manifestation ne dégénère pas en émeute, ont tenu un face à face parfois tendu avec les forces de l’ordre. Certains ont lancé des pétards en direction des forces de l’ordre qui ont répliqué par quelques grenades lacrymogènes.

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Situation tendue toute l’après-midi

Le cortège a alors de nouveau rebroussé chemin, avec comme objectif de rallier la gare. Les forces de l’ordre se sont également redéployées pour empêcher les Gilets jaunes de l’atteindre. Ce petit jeu a conduit à un nouvel épisode de face à face, cette fois rue du Faubourg-de-Saverne vers 13h. Déployés devant le pont de Saverne, des gendarmes mobiles ont alors demandé aux Gilets jaunes de reculer, ce qu’ils ont refusé de faire. Les gendarmes ont alors lancé plusieurs grenades lacrymogènes et procédé à des charges contre les manifestants.

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Les Gilets jaunes, dont certains étaient très vindicatifs contre les forces de l’ordre, ne se sont toutefois pas battus contre les gendarmes et ont reculé jusqu’au boulevard Wilson. De là, les gendarmes ont bloqué les accès au centre et vers la gare et ont attendu que le cortège se disloque. Une partie des manifestants sont rentrés chez eux, mais entre 500 et 800 personnes ont enlevé leurs gilets jaunes et ont atteint le centre-ville en franchissant les barrages de policiers et de gendarmes.

Ils se sont alors regroupés place Kléber, ressortis les gilets jaunes et ont rallié la cathédrale et la place Broglie aux cris de « Macron démission. » Cette irruption des Gilets jaunes au centre-ville a provoqué de nouveaux heurts sporadiques avec les forces de l’ordre.

Plus de 200 projets proposés pour le premier budget participatif

Plus de 200 projets proposés pour le premier budget participatif

Les Strasbourgeois ont quelques idées pour leur ville ! Les plus inspirés ont déposé leurs projets à l’automne sur le site participer.strasbourg.eu dans le cadre du premier budget participatif de la commune. Au total, 213 initiatives ont été soumises. Ces dernières sont désormais examinées par un comité. Il est composé de 13 agents, 12 citoyens tirés au sort parmi ceux qui ont suivi la démarche du « Pacte de démocratie » jusqu’au bout et 5 élus, sur la . . .

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Les Gilets jaunes de « Strasbourg République » fédèrent féministes, écologistes et anticapitalistes

Les Gilets jaunes de « Strasbourg République » fédèrent féministes, écologistes et anticapitalistes

Avec un peu de retard, les Gilets jaunes s’installent aussi à Strasbourg. Jeudi soir, une cinquantaine de personnes ont préparé le neuvième acte de la mobilisation dans l’arrière-salle du bar La Perestroïka. Les débats, modérés par deux femmes, ont porté sur les revendications sociales, la convergence avec les militants anti-GCO et les actions à mener pour « que les travailleurs prennent le pouvoir. »

C’était la quatrième réunion organisée par le groupe Gilets jaunes Strasbourg République. Jeudi vers 20h, ils étaient une cinquantaine à discuter dans l’arrière-salle du bar La Perestoïka. Depuis deux heures déjà, Isabelle annonce les sujets à débattre pour prendre des décisions collectives : déclaration de la manifestation, rédaction des tracts, préparation d’actions (dont un blocage à venir avec les anti-GCO), position face au grand débat national annoncé par le gouvernement… Ces points seront présentés lors de l’ « assemblée populaire » du samedi 12 janvier à 10h, place de la République. Les Gilets jaunes strasbourgeois manifesteront une heure plus tard devant le Parlement européen.
Manifestation de Gilets jaunes à Strasbourg le 30 décembre 2018, suite à une « assemblée populaire » sur la place de la République. (Document Remis)

« Et nos ovaires alors ? »

À ses débuts, en décembre, le collectif strasbourgeois attirait une dizaine de personnes seulement. Un mois plus tard, les participants se sentent à l’étroit dans La Perestroïka. La recherche d’un nouveau QG fait donc l’objet d’une réflexion. Un participant propose une salle de 80 m² appartenant un ami. « C’est une bonne nouvelle, répond Isabelle, mais n’arrêtez pas de chercher une salle. On pourrait être 200 dans quelques semaines et dans ce cas, 80 m² ce serait trop petit. » Face à cet engouement croissant, la professeure en lycée professionnel voit grand :
« Depuis des années, je milite pour que les travailleurs prennent le pouvoir. (Les Gilets jaunes, ndlr) c’est le premier mouvement qui vient de la base depuis des années. On peut diriger nous-mêmes. »
Christian, samedi 5 janvier place de la République lors de l'acte VIII des Gilets jaunes (Photo Facebook / doc remis)
Christian, samedi 5 janvier place de la République lors de l’acte VIII des Gilets jaunes (Photo Facebook / doc remis)
Jusque 21h30, les participants continuent de débattre. Chacun attend son tour de parole. Un modérateur surveille le chronomètre sur son portable pour permettre à un maximum de personnes de s’exprimer. Il y a presque autant de femmes que d’hommes pour donner son avis. Et lorsqu’un homme propose une action plus radicale, nécessitant « une grosse paire de couilles », Isabelle lui rétorque : « Et nos ovaires alors ? »

Une mobilisation tardive en ville

Une vaste majorité des Gilets jaunes présents viennent de l’agglomération de Strasbourg. Abel Ouali, de Hoenheim, explique la mobilisation plus tardive en ville : « Les fermetures d’hôpitaux et des services publics, les problèmes de transport sont moins présents ici. » Ainsi certaines questions débattues à La Perestroïka ont déjà obtenu une réponse depuis longtemps sur le rond-point d’Erstein. Dès décembre, les camarades de Nicolas Gangloff ont ainsi décidé de minimiser les blocages pouvant heurter la population et éloigner de potentiels soutiens. Mercredi soir, le débat était toujours animé au sein du groupe Gilets jaunes Strasbourg République : faut-il bloquer des supermarchés ou des centres d’impôts ? La question n’a pas été tranchée.

Des revendications à gauche

Les Gilets jaunes strasbourgeois mettent en avant six revendications sociales (lire ci-dessous) Sur un tract imprimé à plusieurs milliers d’exemplaires, la demande de référendum d’initiative citoyenne (RIC) vient en dernier. « Le RIC ne suscite pas tellement d’intérêt ici, affirme Christian Comtesse, ce qui motive c’est surtout le départ de Macron et la hausse du pouvoir d’achat. » Ce mineur à la retraite, habitant d’Ingwiller, a suivi le mouvement dès le premier acte. Il s’est rendu sur plusieurs ronds-points et se dit « plutôt de droite ». Pour lui, les réunions strasbourgeoises ont un côté « un peu bisounours » :
« On ne parle pas d’immigration parce qu’on dit “les pauvres gens”. On ne veut pas faire d’action dans les supermarchés parce qu’on dit “les pauvres caissières.” »
Les six premières revendications du groupe Gilets jaunes Strasbourg République. (Document Remis)

« Je veux juste renverser l’ordre planétaire »

Le point le plus débattu jeudi soir : l’attitude à adopter face au grand débat national lancé par le gouvernement. « Ils veulent juste faire traîner les choses pour mettre fin au mouvement », affirme l’un. Une aide-soignante pressent un piège : « Moi, mon boulot, c’est pas de monopoliser la parole. C’est le boulot des politiques. On sait comment ils vont se servir du débat pour nous décrédibiliser. » La concertation gouvernementale obtient une opposition quasi-unanime. Jean-Jacques Pion, 79 ans, incite aussi à « ne pas participer à cette mascarade ». Cet habitant de Bischwiller se dit « de tous les combats depuis mai 68. J’ai même fait la grève de la faim une semaine contre le GCO. » Interrogé sur son objectif, l’ancien technicien-dessinateur répond, un sourire un coin :
« Je n’ai pas d’ambition. Je veux juste renverser l’ordre planétaire. J’ai toujours su que cela viendrait de la France mais je suis seulement étonné que cela n’arrive que maintenant. »

Gratuité des transports : un modèle à inventer pour les grandes villes comme Strasbourg

Gratuité des transports : un modèle à inventer pour les grandes villes comme Strasbourg

Dunkerque a sauté le pas de la gratuité de ses transports en 2018, alors pourquoi pas Strasbourg ? Avec Grenoble, la capitale alsacienne était pionnière sur la tarification sociale en 2009. Seulement voilà, pour la gratuité générale, c’est toute une économie à repenser. Mais des citoyens et un élu s’activent pour que la question soit enfin étudiée avec sérieux.

Les élections européennes de 2019 n’ont pas encore eu lieu, mais la campagne pour les municipales de 2020 a bel et bien commencé. Au cœur des débats, ce qu’il en coûte aux Strasbourgeois de se déplacer. Dans l’opposition, on ne compte plus les saillies de la droite contre les frais, jugés prohibitifs, du stationnement. À gauche, la bataille se joue plutôt sur les transports en commun.

Le 28 septembre 2018 le néo-élu eurométropolitain de Schiltigheim, Antoine Splet (PCF), demandait à l’Eurométropole une étude sur la gratuité réalisée par un prestataire externe. Refusé. À la place, dans une réponse commune, son président Robert Herrmann et le maire de Strasbourg Roland Ries (PS tous deux) lui ont accordé la mise en place d’un groupe de travail rattaché à l’Eurométropole, même s’il n’est à ce jour jamais réuni. « Quand on veut enterrer un sujet, on créé une commission », ironise le conseiller communiste en citant Clémenceau. Pour autant, il se félicite de la résurgence du débat.

« Quand le Front de Gauche a fait campagne sur la gratuité des transports en 2014, personne ne le prenait au sérieux. En acceptant l’idée d’une commission, Robert Herrmann reconnaît quand même que le débat est légitime. »

Un mois plus tard, Europe Écologie les Verts (EELV) organisait son propre débat sur la question, en compagnie de l’ASTUS, l’association strasbourgeoise des usagers. À titre personnel, le conseiller municipal écologiste Pierre Ozenne se dit sceptique :

« À Strasbourg, on a un des taux de financement par les usagers les plus élevés de France. Se passer de la billetterie et des abonnements, ça veut dire devoir trouver ailleurs l’argent dont on a besoin pour continuer à améliorer et à développer le réseau des transports en communs. »

part transport payé par utilisateurs
Entre 2016 et 2017, les recettes collectées par la CTS auprès des usagers ont augmenté de 5.9% (photo Pierre Pauma)

Presque la moitié des frais de fonctionnement pour les usagers

Alain Fontanel, sous ses casquettes de vice-président de l’Eurométropole et de président de la CTS, ne dit pas autre chose. C’est au nom de ce manque à gagner qu’il se dit contre la gratuité, sauf lors des pics de pollution comme il l’a expliqué dans une tribune publiée sur Rue89 Strasbourg à l’été.

En 2017, les recettes générées par les usagers de la CTS s’élevaient à 51,7 millions d’euros, soit 46,4% des frais de fonctionnement. Un total abaissé à 32% des dépenses totales si on ajoute les investissements, c’est-à-dire les travaux pour modifier ou agrandir le réseau. Le reste est complété par l’Eurométropole, notamment grâce au « versement transports » payé par les entreprises de 11 salariés ou plus. À Strasbourg, son taux est de 2% des rémunérations versées, visible sur la fiche de paie. Il permet de récolter 102 millions d’euros soit peu ou prou ce que verse la collectivité à sa société. Cette présentation des ratios oublie que les entreprises contribuent en fait davantage aux « recettes des usagers », puisqu’elles sont obligées de payer la moitié de l’abonnement à leurs salariés.

En Île-de-France, un rapport remis à la présidente de la région Valérie Pécresse (LR) en octobre 2018 estimait que les quelques 3,3 milliards d’euros payés par les usagers (27 % du coût de fonctionnement) étaient indispensables pour maintenir le niveau d’investissement.

Des montants incomparables avec les 10% couverts par les usagers à Dunkerque avant le passage à la gratuité. Quant à la ville de Niort, elle ne faisait peser que 12% du coût de fonctionnement sur ses usagers. Elle a opté pour la gratuité en 2017. Cet écart dans la mise à contribution des usagers ne surprend pas Stéphanie Lopes d’Azevedo, économiste à l’UTP (syndicat professionnel des transports publics) :

« Là où il y a une forte densité de population, il y a une forte utilisation des transports en commun, et donc forcément des recettes plus importantes. »

Moyennes de la densité et des taux de couverture

49 millions d’euros à trouver

Lors du conseil de l’Eurométropole du 28 septembre, Robert Herrmann avançait le chiffre de 55 millions pour les recettes « billetterie ». En passant à la gratuité totale, les décideurs estiment que les économies sur les frais de billetterie (distributeurs, encre, papier, logiciel, etc.) seraient de 6 millions. Dans cette bataille de chiffres, difficile de savoir ce que ce montant recouvre, notamment le coût des contrôles, de l’entretien, de l’administration des abonnements, qui disparaîtraient avec la gratuité totale, ni quelle est la recette des amendes.

Quoiqu’il en soit, il resterait alors 49 millions d’euros à trouver pour couvrir les seules dépenses de fonctionnement. C’est là que le bât blesse pour l’actuelle majorité : ce manque à gagner viendrait forcément se répercuter sur les investissements de la CTS.

Le conseiller écologiste Pierre Ozenne voit deux leviers de compensation : la hausse de la taxe d’habitation, et la fiscalité des entreprises. Ce dernier n’est pas sans contradiction avec l’objectif de réduire la pollution.

« Pour l’agglomération de Dunkerque, une grosse partie de la taxe transports payée par les entreprises vient de la centrale nucléaire [De Gravelines, ndlr]. En tant qu’écologiste, vous comprenez que ça me pose un cas de conscience… »

Pour Antoine Splet, le problème est déjà à moitié résolu :

« L’Eurométropole omet qu’elle a des marges de manœuvre : rien que la réouverture de l’usine d’incinération l’an prochain permettra d’économiser 20 millions d’euros d’envoi de déchets. Ils peuvent être redéployés. »

Les acteurs nationaux peu emballés, les locaux ouverts au débat

L’élu communiste veut croire que Strasbourg pourra être pionnière dans les grandes villes, comme elle l’avait été sur la tarification solidaire en 2009. Administrateur de la page Facebook pour la gratuité des transports dans l’Eurométropole, il s’appuie notamment sur les ambitions d’Anne Hidalgo. Même si depuis, ses convictions sur la gratuité totale dans les transports parisiens a été mise à mal par plusieurs expertises. La maire de Paris limitera finalement cette gratuité aux moins de 11 ans. Pour Antoine Splet, ce n’est qu’un début :

« La gratuité totale c’est le but à terme. Mais s’il faut procéder par étapes, faisons-le. »

La CTS ne souhaite pas prendre position sur la question. En revanche, le syndicat professionnel UTP auquel elle appartient est clairement contre. Il publiait en 2014 un argumentaire en 10 points contre la gratuité totale des transports en commun, pointant du doigt un épiphénomène qui n’avait fonctionné qu’à de rares exceptions.

Même son de cloche à l’échelon national à la FNAUT, qui défend les intérêts des usagers. En revanche, son pendant strasbourgeois, l’ASTUS, n’a pour l’instant pas donné de prise de position officielle. Selon son secrétaire général André Roth, plusieurs de ses membres estiment que la question de la gratuité mérite d’être posée à Strasbourg. À titre personnel, il défend en priorité l’amélioration des transports :

« Avant d’avoir un réseau gratuit, il faudrait avoir un réseau. Quand on demande aux gens pourquoi ils prennent la voiture plutôt que les transports, ils invoquent la fiabilité et la praticité plutôt que le coût. Il y a peut-être des progrès à faire sur la saturation aux heures de pointes ou sur le développement du réseau périurbain. Nos voisins allemands, eux, ont des trains locaux jusqu’à minuit. »

Gratuité des transports et développement du réseau
Pourra-t-on continuer l’extension du réseau en passant à la gratuité ? (Photo PP / Rue89 Strasbourg / cc)

Ailleurs en Europe : le miracle estonien

En dézoomant un peu, on constate que ces « îlots de gratuité », pour reprendre l’expression du politologue Paul Ariès, ne sont pas si nouveaux. En Italie, la ville de Bologne avait opté pour la gratuité en 1973. Elle a finalement rétropédalé 4 ans plus tard, l’amputation des recettes usagers n’avait pas permis de maintenir une offre suffisante. Dans le Yorkshire en Angleterre, le FreeBee mis en place en 2007 à Rotherham et Sheffield a finalement été abandonné en 2014.

Et puis vient Tallinn, présentée parfois comme la capitale européenne des transports gratuits. Alors qu’elle finançait son réseau de bus et de tramway à hauteur de 70%, la capitale estonienne a décidé en 2012 par référendum de passer à la gratuité uniquement pour ses habitants. Résultat : la ville est passée de 430 000 à 450 000 habitants en 4 ans. Les nouveaux arrivants, attirés notamment par cette politique de transports gratuits, ont apporté suffisamment de recettes fiscales pour couvrir largement les 12 millions d’euros de manque à gagner. Un calcul qui ne s’appliquerait pas forcément à Strasbourg, où la taxe d’habitation est appelée à disparaître pour au moins 80% des habitants avec la mesure du gouvernement. Et surtout, Strasbourg ne peut pas absorber aussi facilement ses nouveaux arrivants qu’une ancienne ville soviétique qui a vu sa population s’effondrer dans les années 1990.

En revanche, Tallinn s’est appuyée sur une autre manne providentielle : celle de ses « droits à polluer ». La ville a vendu en 2011 pour 45 millions de crédits carbone, qui lui ont notamment permis de renouveler et d’étendre sa flotte de tramways.

Schiltigheim appelle ses habitants à corriger « trois erreurs historiques » pour ses transports

Schiltigheim appelle ses habitants à corriger « trois erreurs historiques » pour ses transports

La Ville de Schiltigheim lance une consultation sur les déplacements par tous les modes de transports pour imaginer l’avenir, en particulier pour le mandat suivant.

« Schiltigheim est à deux pas du centre de Strasbourg, mais on n’a pas l’impression d’être connecté. Aller à la gare est devenu complexe ». C’est le constat du premier adjoint au maire Patrick Maciejewski à l’heure de lancer une consultation sur les déplacements dans la deuxième commune de l’Eurométropole.

Élue en 2018, la maire Danielle Dambach (écologiste) estime que la situation est le fruit de « trois erreurs historiques » : d’abord, à la demande des maires du nord, l’absence de tramway route de Bischwiller lors de sa résurrection par la maire de Strasbourg Catherine Trautmann (PS) dans les années 1990. Puis, dans les années 2000, sous le tandem Keller-Grossmann (droite) à ce que l’on appelait encore la Communauté urbaine de Strasbourg, l’absence de piste cyclable sur cette même voie centrale, par crainte de fragiliser les commerces en amputant le stationnement. Et enfin, l’abandon du tram route du Général de Gaulle, à l’ouest, voté en 2013, mais annulé en 2014 par le nouveau maire Jean-Marie Kutner (alors à l’UDI), en accord avec d’autres maires du nord (Bischheim, Hoenheim, Souffelweyersheim et Vendenheim).

Les "lignes structurantes" de bus ont fait leur apparition à Schiltigheim en 2018. (photo Raphaël Da Silva / Rue89 Strasbourg)
Les « lignes structurantes » de bus ont fait leur apparition à Schiltigheim en 2018. (photo Raphaël Da Silva / Rue89 Strasbourg)

Une « avancée » parmi des « loupés »

À l’heure où la cité des Brasseurs va accueillir 6 000 habitants en plus en d’ici 5 ans, il est temps de « rattraper ces loupés », même si Danielle Dambach note « une avancée » récente, la réorganisation des bus au nord à la rentrée 2018. « Ce n’est pas suffisant » par rapport aux enjeux du XXI siècle », estime celle qui a obtenu 200 000 euros de l’Eurométropole pour des études concernant la potentielle relance de ce fameux tramway à l’ouest de sa ville.

Comme toutes les autres listes de gauche, contrairement à celles du maire sortant ou de son ex-premier adjoint Christian Ball (LR), les écologistes ont fait campagne pour le retour du tram lors de l’élection anticipée du mois d’avril 2018. Néanmoins, se posent toujours les questions de « quand » ainsi que « par où et jusqu’où ». Cette consultation publique, plus large que la simple question d’un deuxième tramway en plus de la ligne B, en est l’une des premières pierre.

Inspirer le mandat suivant

Les habitants des autres communes, en particulier ceux qui se déplacent à Schiltigheim, sont aussi appelés à participer. La consultation se déroule jusqu’au jeudi 28 février, sous la forme de 4 déambulations où les citoyens sont invités à se joindre, 3 permanences en fin de journée et un questionnaire en ligne. Puis les réponses seront analysées jusqu’au mois de juin, où une présentation des conclusions visera à inspirer « le mandat suivant », remis en jeu en mars 2020. Avis à bon entendeurs.

Cette consultation intervient après un long « Grenelle des mobilités » de l’Eurométropole, mais dont il est difficile de retenir des projets concrets à court-terme.

Un membre du Bastion Social Strasbourg condamné pour des violences à Paris avec des Gilets jaunes

Un membre du Bastion Social Strasbourg condamné pour des violences à Paris avec des Gilets jaunes

Mercredi 9 janvier, six jeunes ultranationalistes ont été condamnés à Paris pour « entente en vue de commettre des violences ou des dégradations » lors du troisième acte des gilets jaunes, le 1er décembre, dans la capitale. Parmi les accusés se trouvait Xavier M., un adhérent hyperactif du Bastion social Strasbourg et militant de l’ultradroite alsacienne de longue date.

Nouvelle condamnation pour un adhérent du Bastion social Strasbourg. Mercredi 9 décembre, Xavier M. a écopé de quatre mois de prison avec sursis pour « entente en vue de commettre des violences ou des dégradations ».

Le 1er décembre, l’Alsacien et cinq autres jeunes ultranationalistes portaient le gilet jaune à Paris. Ils ont été reconnus coupables de tags anti-policiers, de jets de parpaing et d’avoir construit des barricades lors du troisième acte de la contestation.

L’ « association de malfaiteurs », chef d’accusation le plus lourd, n’a pas été retenu contre ces proches de l’ex-Groupe Union Défense (GUD), groupuscule d’ultradroite aujourd’hui remplacé par le Bastion social.

Mein Kampf au domicile parental

Né à Sélestat, Xavier M. vit toujours chez ses parents. Suite à son interpellation le 7 décembre à l’aube, le domicile parental a été perquisitionné. Selon les informations de Streetpress, la police y trouve une carabine Browning et deux fusils de chasse de calibre 12 et 22 long rifle. Le membre du Bastion social ne sera pas condamné pour ces faits : le père de Xavier a acquis légalement certaines de ces armes, d’autres viennent d’un héritage. La plupart étaient démilitarisées.

Les six militants d’ultradroite ont été condamnés pour des faits remontant au 1er décembre 2018 à Paris. Photo : Patrice Calatayu

Pendant l’audience au tribunal correctionnel de Paris, le juge interroge aussi Xavier M. sur le contenu de sa bibliothèque. Un livre sur Pétain et la marine s’y trouve aux côtés d’un exemplaire de Mein Kampf. L’Alsacien a justifié la présence de cet ouvrage en évoquant la période de l’Occupation allemande et l’obligation, à l’époque, de posséder cet écrit d’Adolf Hitler. Cet élément n’a pas été retenu contre l’adhérent du Bastion social Strasbourg.

Ancien meneur du GUD Alsace

Le mouvement antifasciste strasbourgeois s’intéresse à Xavier M. depuis plusieurs années. En juin 2013, les antifas relevaient la présence du militant ultranationaliste « suivi de quelques crânes rasés » lors d’une manifestation pour les droits de la communauté LGBT. Le GUD Alsace, dont il était le meneur, avait appelé à s’opposer à la Gay Pride sur leur page Facebook : « Accueillons-les comme il se doit. Non à l’homopholie ». Si Xavier M. n’apparaît pas dans les statuts de l’association du Bastion social Strasbourg, le militant reste une cheville ouvrière du groupuscule. Il était notamment présent lors de la première manifestation du Bastion Social à Paris. 

L’Alsacien navigue depuis longtemps entre Front National (FN) et mouvance ultranationaliste. Ancien président du GUD français, il a pu collaborer avec des figures du FN comme Axel Loustau pour remplir les rangs du Front National de la Jeunesse (FNJ). Souvent vêtu d’une chemise et d’un blouson en cuir, les cheveux plaqués sur le côté, Xavier M. perpétue la tradition du « gentleman fasciste » propre au GUD. Le jeune contribue à l’apparente respectabilité des ultranationalistes. Bruno Gollnisch, eurodéputé du Rassemblement National (RN), peut donc s’afficher aux côtés du jeune Alsacien dans le local du Bastion social Strasbourg où il s’était rendu.

Et ancien proche d’Alsace d’Abord

Selon les fédérations départementales du RN67 et 68, Xavier M. n’est plus adhérent du RN à l’heure actuelle. « On l’a vu dans des réunions », se souvient Alain Favaletto, responsable du RN haut-rhinois. Mais son nom ne dit rien du côté du Bas-Rhin. Le militant ultranationaliste était pourtant bien visible lors d’une cérémonie organisée par le RN67 le 8 mai 2018 qui a réuni une dizaine de personnes. D’après une photo que s’est procurée Rue89 Strasbourg, il y tient le drapeau historique de l’Alsace derrière le responsable bas-rhinois du RN, Thibault Gond-Manteau. Interrogé, le délégué départemental réagit :

« Peut-être qu’il était là mais honnêtement je n’ai pas fait attention C’était une réunion publique et effectivement, on avait des gens issus des vestiges du mouvement Alsace d’Abord (dont Xavier M. a été un militant au sein de la section jeune, ndlr) »

Une tombola pour les « camarades de Paris »

Comme le rapporte le journal Le Monde, l’avocat de Xavier M. a dénoncé le caractère supposément politique du procès : « Cette fois, ça y est, vous avez vos fachos! » Même discours du côté de l’association Cicéro, émanation du Bastion social gérée par Thomas Beauffet, par ailleurs trésorier du Bastion social à Strasbourg. Cet ancien détenu, condamné pour des violences à caractère xénophobe à Strasbourg, s’est activé les dernières semaines pour soutenir « les six camarades de Paris. » Grâce à une tombola, organisée en dehors de la plateforme Leetchie, son association est parvenue à récolter 1 300 euros.

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