Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Prévu sans voiture, l’écoquartier des Tanneries est aussi sans ligne de bus…

Prévu sans voiture, l’écoquartier des Tanneries est aussi sans ligne de bus…

Mercredi à Lingolsheim, le collectif des Tanneries a remis une pétition au président de la Compagnie des transports strasbourgeois, Alain Fontanel. Plus de 140 habitants de cet écoquartier de Lingolsheim demandent le passage d’une navette, pour mettre fin à l’utilisation de voitures personnelles, censées être limitées par ce type d’urbanisme.

Un écoquartier sans transports en commun. Chaque jour, les résidents du quartier des Tanneries, à Lingolsheim, subissent cette contradiction. Un collectif citoyen s’active pour trouver une solution. Il propose de prolonger le trajet de la navette circulant déjà entre le campus d’Illkirch-Graffenstaden et l’arrêt de bus Alouettes-Lingolsheim.

Pour Samy Lamamra, aussi animateur d’un groupe local de la France Insoumise, le minibus de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) pourrait continuer son chemin et marquer plusieurs arrêts dans cette zone réaménagée il y a cinq ans. Plus de 140 habitants ont signé une pétition en ce sens. Elle a été remise sur place au président de la CTS, Alain Fontanel, dans l’après-midi du mercredi 9 janvier. Celui qui est aussi premier adjoint au maire de Strasbourg a également constaté les 900 mètres séparant la station de tram Tiergaertel du coeur de l’écoquartier.

Samy Lamamra, coanimateur du collectif des Tanneries, remet la pétition signée par 140 habitants à Alain Fontanel, président de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Le bus : une promesse non tenue

Dès 2014, locataires et propriétaires se sont installés dans cet écoquartier, séduisant sur le papier. L’Eurométropole de Strasbourg et les promoteurs immobiliers, comme Nexity, promettaient le passage « de plusieurs lignes de bus dont une traversant le quartier. » Il n’en est plus question aujourd’hui. Les voies sont trop étroites pour ce type de véhicule. Les habitants ont revu leur exigence à la baisse : une navette fera l’affaire. Mais le dossier en est à ses prémisses. Interrogé à l’issue de sa visite, Alain Fontanel refuse de parler d’une nécessité pour les résidents des Tanneries :

« Si je parlais de besoins, je préempterais la mise en place d’un dispositif. En venant ici, je n’ai fait qu’évaluer les enjeux d’une telle demande. »

Toujours aucun petit commerce

Double-peine pour les résidents : l’écoquartier ne dispose toujours d’aucun commerce de proximité. Plusieurs vitrines de la toute nouvelle rue Olympe de Gouges affichent le numéro de téléphone à joindre pour louer un espace à Bouygues Immobilier. Mais derrière les devantures flambant neuves, les rez-de-chaussée restent vides. Samy Lamamra dénonce un projet mal pensé : « On veut faire un écoquartier sans voiture mais il n’y a ni navette pour aller faire ses courses ni commerce de proximité… »

Aucun commerce de proximité n’a ouvert dans le quartier des Tanneries.

Comme Marc Gutlé, de nombreux habitants sont donc contraints d’utiliser leur voiture… dans une zone qui avait été pensée pour les modes de transport alternatifs. Ce père de quatre enfants a longtemps subi le manque de place de stationnement :

« On a pas assez d’argent pour acheter un parking. Du coup pendant deux ans, on s’est fait allumer en amendes… Heureusement, le collectif s’est bougé et (suite à quelques réunions avec la Ville de Lingolsheim, ndlr) des voies sont passées en sens unique, ce qui a permis de libérer des espaces pour les voitures. »

Marc Gutlé, père de quatre enfants et habitant de la première heure du quartier des Tanneries : « Pendant deux ans, on s’est fait allumer en amendes pour stationnement sauvage. »

Des reventes d’appart’ à perte

Plusieurs résidents des Tanneries sont satisfaits de l’intérieur de leur appartement. La bonne isolation et le chauffage collectif à biomasse sont cités en exemples. Mais les problèmes se trouvent à l’extérieur : les immeubles voisins sont trop proches et les travaux compliquent l’accès aux halls d’entrée. Une propriétaire de la première heure a déjà cherché à revendre mais « les prix d’achat ont baissé de 20 à 30% en quatre ans… »

Les étroits trottoirs, quand trottoir il y a…

Pour Samy Lamamra, « l’humain n’a pas été pensé dans les décisions concernant les Tanneries. » Cet animateur spécialisé en éducation populaire en veut pour preuve les nombreux trottoirs trop étroits, voire l’absence d’espace pour piétons dans certaines rues. Depuis la rentrée 2017, il organise des goûters avec les habitants du coin pour « créer de la solidarité et faire en sorte que la construction du quartier se finisse bien. »

Le collectif des Tanneries continue de s’activer pour faire venir un transport en commun malgré la dernière réponse du maire de Lingolsheim, Yves Bur, à ce sujet, en septembre 2018 : « Cette demande a été prise en compte par le service métropolitain sans qu’une réponse favorable n’ait été donnée. Je le regrette vivement et continue d’appuyer cette possibilité. »

#Samy Lamamra

117 migrants mis à l’abri dans un gymnase pour l’hiver

117 migrants mis à l’abri dans un gymnase pour l’hiver

Les 117 personnes, principalement en demande d’asile, installées quai de Malte et parc de la Bergerie à Strasbourg ont été mises à l’abri mercredi 9 janvier. Direction un gymnase où ils devraient être accueillis par les services de l’État.

Comme annoncé en début de semaine, la Ville de Strasbourg est venue pallier les carences de l’État quant à son obligation de loger les personnes relevant du droit d’asile. Car malgré 414 places supplémentaires ouvertes dans le cadre du plan hiver, l’État n’a eu en 2018 que 3 520 places disponibles pour 4 051 demandeurs d’asile enregistrés, un chiffre en hausse de 11%.

Originaires des pays de l'est de l'Europe, plusieurs migrants s'étaient installés quai de Malte (Photo Gérard Baumgart / doc remis)
Originaires des pays de l’est de l’Europe, plusieurs migrants s’étaient installés quai de Malte (Photo Gérard Baumgart / doc remis)

Cette situation a provoqué l’installation de campements sauvages dans les parcs et espaces verts strasbourgeois, les plus récents étant depuis mi-novembre au parc de la Bergerie et quai de Malte. Évacués mercredi matin, 117 personnes y vivaient, 15 familles et 45 personnes isolées, des demandeurs d’asile en provenance de l’est de l’Europe et d’Albanie pour la plupart. Toutes ont été mis à l’abri dans un gymnase de la Ville de Strasbourg.

L'installation au parc de la Bergerie prenait des allures de bidonville (Photo Gérard Baumgart / doc remis)
L’installation au parc de la Bergerie prenait des allures de bidonville (Photo Gérard Baumgart / doc remis)

La Ville de Strasbourg s'est elle-même chargée de l'évacuation et du démantèlement des camps (Photo Gérard Baumgart / doc remis)
La Ville de Strasbourg s’est elle-même chargée de l’évacuation et du démantèlement des camps (Photo Gérard Baumgart / doc remis)

La pression des températures

Face à la baisse des températures et à la perspective d’un décès ou d’une aggravation de la santé des jeunes enfants, la mairie de Strasbourg a proposé à la préfecture du Bas-Rhin l’appui de ses services. L’hébergement d’urgence est une compétence de l’État mais la répartition des places est assurée par le 115, lequel est géré par le Centre Communal d’Action Social (CCAS)… par délégation de l’État. Marie-Dominique Dreyssé, adjointe au maire de Strasbourg en charge des solidarités, résume ainsi l’accord entre la Ville et l’Etat :

« Les demandeurs d’asile à la rue, c’est de la compétence de l’Etat. La mairie offre son aide en ouvrant un gymnase et en proposant des hébergements supplémentaires pour permettre la fermeture du camp. À charge pour l’État de trouver une solution pérenne pour ces personnes. »

Dans un communiqué commun publié mercredi, l’État et la Ville assurent qu’aucune personne ne sera remise dehors, même après la fin de l’occupation du gymnase. Les services de la Préfecture, de la direction départementale de la cohésion sociale (DDCS) et de la direction territoriale de l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII) doivent désormais préciser les situations administratives de ces personnes, afin de les orienter auprès de services d’hébergement moins sollicités ailleurs en France.

Les familles et les personnes isolées sont restées plusieurs semaines dans le froid (Photo Gérard Baumgart / doc remis)
Les familles et les personnes isolées sont restées plusieurs semaines dans le froid (Photo Gérard Baumgart / doc remis)

Un nouveau centre d’accueil au printemps 2019

Pour pérenniser le logement des personnes en cours de demande d’asile, l’État n’a pour l’instant que deux perspectives. La première est leur déplacement dans un autre lieu du département voir de la région si des places y sont disponibles dans les Centres d’Accueils et d’Orientation (CAO) ou dans les Centres d’Accueil pour Demandeurs d’Asile (CADA).

La seconde est la construction de nouveaux sites pour augmenter la capacité d’hébergement de demandeurs d’asile à Strasbourg. Marie-Dominique Dreyssé qu’un nouveau lieu est en projet : « il permettra d’accueillir environ 80 personnes et devrait ouvrir au printemps, et sera cofinancé par la Ville et l’État ». Celui-ci devrait accueillir pour moitié des demandeurs d’asile et des personnes sans-abris de manière inconditionnelle.

Une attention auprès des familles avant l’évacuation

Les agents de la Ville ont suivi la situation des migrants installés dans les campements et ont cherché à mettre à l’abri les enfants les plus jeunes, ainsi qu’à assurer la scolarisation des autres, dès leur installation.

L’ouverture en urgence d’un gymnase pour accueillir les personnes sans-abri est aussi demandée par le collectif SDF Alsace pour éviter les tensions. Monique Maitte, porte-parole de ce collectif, craint qu’une différence d’accueil avec les demandeurs d’asile ne crée un sentiment d’injustice :

« Il n’y a pas de registre des personnes dans la rue, on estime qu’elles sont entre 600 et 800 cet hiver. Et elles aussi ont toutes besoin d’un gymnase pour être au chaud avant de trouver un hébergement. »

Du côté de la Ville, Marie-Dominique Dreyssé assure que le relogement des demandeurs d’asile permettra de soulager le dispositif d’hébergement d’urgence :

« Nous savons qu’il y a beaucoup de personnes à la rue, demandeurs d’asile ou droit commun. Avec la fermeture des sites (les campements de demandeurs d’asile), nous allons répondre à une partie des besoins. Mais nous savons que 600 personnes ne trouvent pas de réponse pour leur hébergement par le 115. »

#quai de Malte

Chantier de la Coop : quelques artistes de plus dans la Virgule

Chantier de la Coop : quelques artistes de plus dans la Virgule

À l’occasion d’une visite mercredi 9 janvier, l’architecte en charge de l’aménagement du quartier Coop, Alexandre Chemetoff, et le premier adjoint au maire de Strasbourg, Alain Fontanel, ont annoncé l’ajout d’ateliers pour artistes dans la partie ouest du futur quartier.

La réhabilitation de la Coop, dans le quartier des Deux-Rives, avance par petites touches. Une rencontre avec la presse mercredi 9 janvier a permis d’annoncer l’arrivée future de quelques artistes supplémentaires dans ce que l’on appelle « la Virgule ». Il s’agit de la partie ouest de l’ancien siège social de la coopérative de distribution alsacienne (voir plan ci-dessous).

Deux bâtiments sont concernés :

    Dans l’ancien « atelier bois », sept artistes pourront être accueillis dans des ateliers individuels de 60 m². Ces espaces gérés par la municipalité seront loués (à un prix qui n’a pas été communiqué). Dans « la maison d’angle » (340 m²), qui donne sur les rues du Port-du-Rhin et de la Coopérative, deux places « tournantes » sont réservées aux illustrateurs ou aux graphistes indépendants en début de carrière.

La Virgule est la partie ouest du site de la Coop, à côté du demi-cercle au centre du plan. La "maison d'angle" se situe au nord est du "garage". Cliquez sur l'image pour l'agrandir. (plan fourni fin 2018 par la SPL des Deux-Rives)
La Virgule est la partie ouest du site de la Coop, à côté du demi-cercle au centre du plan. La « maison d’angle » se situe au nord est du « garage ». Cliquez sur l’image pour l’agrandir. (plan fourni fin 2018 par la SPL des Deux-Rives)

L’espace de concert toujours dans l’attente

En revanche, rien n’a été annoncé concernant concernant l’avenir du bâtiment dit du « petit garage » (420 m²), actuellement remis en état et qui doit accueillir « à terme », un « café musique ». Un appel à projets lancé fin 2017 n’a pas abouti, malgré plusieurs candidatures.

L’organisation des autres projets annoncés il y a deux ans a été précisée :

    Le collectif d’artistes de la Semencerie prendra ses quartiers dans le « grand garage ». La trentaine d’artiste créera dans 20 ateliers, en se regroupant par spécialité (bijouterie, menuiserie, scénographie, etc.). Deux autres ateliers, spécialisés dans la céramique et la ferronnerie prendront place dans « le préau » déjà existant.
      Les acteurs de l’illustration, de l’art contemporain et du design installés actuellement au Pôle Rotonde s’installeront eux aussi dans le « grand garage » ainsi que dans la maison d’angle attenante. Ils seront rejoints par Nojo, un studio d’animation ainsi que par Terrains Vagues, un atelier graphique.
    L’association AV-Lab et sa plateforme de fabrication en bois « Les Ateliers éclairés » prendront place dans « la menuiserie ». Après avoir été ré-équipé, l’endroit est destiné à devenir un ensemble d’ateliers accessibles sur abonnement.

Intérieur en chantier de l'ancienne menuiserie.
L’ancienne menuiserie reprendra du service avec des machines de travail du bois mais aussi des imprimantes 3D ou du matériel de sérigraphie. (Photo PP / Rue89 Strasbourg / cc)

Des espaces d’exposition

Certaines des œuvres produites à la Virgule seront exposées sur place. Un nouveau bâtiment, le « nouveau préau, » accueillera les œuvres en bois conçues dans « la menuiserie », aux côtés d’un espace de projection « à 360° ». Le « grand garage » disposera lui aussi de son propre espace pour exposer les travaux de ses occupants.

L’architecte-paysagiste Alexandre Chemetoff souhaite ainsi ne pas faire table rase du passé : « Je voulais garder l’esprit collectif du lieu en le rendant plus confortable. »

Le grand garage de la virgule en cours de rénovation.
Le grand garage a été doté d’une nouvelle charpente métallique pour accueillir sa toiture. (Photo PP / Rue89 Strasbourg / cc)

Emménagement espéré à la fin de l’année

La réhabilitation de la Virgule est encore inégale. Dans la partie Sud, à l’exception du nouveau préau, il ne manque que le raccordement au chauffage et à l’électricité ainsi que l’aménagement intérieur. C’est dans la partie Nord qu’il reste le plus à faire : la toiture du grand garage est toujours manquante.

Les décideurs se donnent pour objectif une livraison des bâtiments à l’été. Les futurs occupants emménageraient en fin d’année 2019. Le calendrier des travaux a donc été décalé de six mois par rapport à celui annoncé en 2017.

#fablab#la Virgule

Pas de cantine et souvent pas de classe non plus mardi 15 janvier

Pas de cantine et souvent pas de classe non plus mardi 15 janvier

Opposés aux nouvelles orientations de la Ville de Strasbourg sur les rythmes scolaires, 4,5 jours de cours par semaine dans les écoles, quatre syndicats d’enseignants (Sgen-CFDT, SE-Unsa, SNNDI-FO, SNUipp) et quatre syndicats d’agents municipaux (CFDT, CGT, FO, Unsa) ont déposé un préavis de grève pour le mardi 15 janvier. En conséquence, de nombreux professeurs des écoles seront absents et l’accueil périscolaire, du matin, à midi et en soirée, ne sera pas assuré dans de nombreux établissements de Strasbourg.

La tendance est à la réalisation de grosses écoles pour suivre l'urbanisation, ici l'école Saint-Jean à Strasbourg (Photo LG / Rue89 Strasbourg / cc)
La tendance est à la réalisation de grosses écoles pour suivre l’urbanisation, ici l’école Saint-Jean à Strasbourg (Photo LG / Rue89 Strasbourg / cc)

Pas encore d’informations précises

Dans un communiqué publié mardi, la Ville de Strasbourg indique que toutes les cantines seront toutes fermées mardi, sans qu’il ne soit prévu de repas froid de remplacement. Aucun enfant ne sera accueilli entre 12h et 14h. Aucun démarche n’est nécessaire, le repas ne sera pas facturé. L’accueil périscolaire du matin (7h45 / 8h30) et du soir (15h45 / 18h15) est également concerné, la Ville n’a pas précisé encore dans quelles écoles elle était en mesure de le maintenir. Quant à l’accueil minimum pour les enfants scolarisés auprès d’enseignants grévistes, les informations pratiques manquent également mais il est probable que ce service sera très compliqué à mettre en œuvre.

Ce mouvement de grève est parti des syndicats d’enseignants, qui ne reconnaissent pas les résultats de la concertation en ligne menée par la Ville de Strasbourg sur les rythmes scolaires. Ils exigent que les instances de concertation soient les conseils d’école, une instance présente dans chaque établissement composée de représentants des enseignants et des parents d’élèves.

Grève à l'école Saint-Thomas, tous les enseignants en grève (Photo CN / doc remis)
Grève à l’école Saint-Thomas, tous les enseignants en grève (Photo CN / doc remis)

Les dossiers qui vont bouger en 2019

Les dossiers qui vont bouger en 2019

Une nouvelle année débute. Il s’agira notamment de la dernière année complète du maire de Strasbourg Roland Ries. Voici quelques dossiers dont vous devriez de réentendre parler en 2019.

Toute l’année – Le futur département d’Alsace

Fin octobre, un compromis proposé par le gouvernement a posé les jalons de la « collectivité européenne d’Alsace », un département Haut-Rhin + Bas-Rhin au sein du Grand Est, avec quelques pouvoirs en plus pour 2021. Mais le texte demeure assez flou pour que personne ne perde la face. Si bien que les deux années à venir décideront les modalités de ces modifications, ce qui devrait occasionner de nouvelles batailles politiques.

Tout sourire en 2018, tendus en 2019 ? (photo Antoine Herth via Twitter
Tout sourire en 2018, tendus en 2019 ? (photo Antoine Herth via Twitter)

Qui aura vraiment le dernier mot lorsque les compétences sont « partagées » ? Quels seront les moyens financiers qui accompagnent les transferts ? Où sera le « siège » de la future collectivité entre Colmar, Mulhouse ou Strasbourg ? La droite alsacienne a terminé son année avec l’exclusion du sénateur André Reichardt (LR) de la majorité du conseil régional de la Région Grand Est. Le président Jean Rottner (LR aussi) lui reproche de plaider pour une collectivité Alsace la plus forte possible, voire une sortie du Grand Est, et non de défendre la grande région. La fédération bas-rhinoise de « Les Républicains » y a vu une « dérive autoritaire », tandis que celle du Haut-Rhin, dont Jean Rottner est membre en tant qu’ancien maire de Mulhouse, n’a pas bronché. Ambiance…

Date inconnue – Les suites du marché de Noël

Redoutée depuis plusieurs années, une attaque du marché de Noël a touché le centre-ville mardi 11 décembre. Les coups de feu et de couteau de Chérif Chekatt ont causé la mort de 5 personnes et blessés 11 autres. L’entrée et surtout la sortie du périmètre ont démontré les failles d’un dispositif que les décideurs présentaient déjà depuis quelques années comme « non-étanche » face à une personne déterminée.

Quel Marché de Noël à Strasbourg en 2019 après l'attentat du 11 décembre ? (Photo Abdesslam Mirdass)
Quel Marché de Noël à Strasbourg en 2019 après l’attentat du 11 décembre ? (Photo Abdesslam Mirdass)

Si le même dispositif avait grosso modo été reconduit depuis 2015, nul doute que les conséquences de l’édition 2018 seront davantage débattues. Si une annulation pure et simple semble peu probable, la taille, le dispositif ou la durée devraient être longuement discutés, alors que l’enquête est toujours en cours. L’évolution des réservations futures donnera une idée de l’impact économique d’une telle fusillade.

En septembre – La première Foire européenne déplacée

Grand événement commercial, économique et aussi politique de la rentrée, la Foire européenne accuse une perte de vitesse. La faute aux travaux dans le futur quartier d’affaires Archipel qui empiète sur l’ancien parc des expositions ? Son statut de grande foire généraliste engendre des débats entre les élus, mais aussi avec la société d’événementiel GL Events, actionnaire principal et exploitant de Strasbourg-Événements, le gestionnaire public-privé des lieux.

Pour la première fois en septembre, les exposants s’installeront sur le nouveau site du parc expo, entre le lycée Kléber et la sortie d’autoroute A35 vers le Wacken. À la place de l’ancien stade du Suc, des halls provisoires venus de Sydney seront montés à partir de février pour deux ans, avant la version définitive en bois vers 2021. Il est possible que cette nouvelle organisation ferme une partie de l’avenue Herrenschmidt pendant la foire, prévue du 6 au 19 septembre, pour créer un grand espace d’allées et venues.

Dès aujourd’hui – La Coop

De manière générale, le quartier des Deux-Rives connait son lot d’avancées chaque année tant il engage Strasbourg sur le long-terme. 2019 devrait voir de nouveaux projets immobiliers se dévoiler du côté de la presqu’île Citadelle et de la bande de terre Starlette de l’autre côté du canal. Il est aussi question de choisir l’implantation du futur collège.

La dernière année pleine de ce mandat sera l’occasion de débloquer de nouveaux crédits à la Coop, un projet de mini-quartier à la place de l’ancien siège social de l’entreprise de distribution alsacienne décrit comme d’ampleur, mais qui a connu plusieurs changements lors du mandat. La dernière vague de programmation a surtout fait la part belle à un projet de logements et de bureaux classiques, un peu éloignés de l’idée de quartier innovant et atypique imaginé à l’origine. C’est à l’ouest de la ville, du côté du parc Gruber que les projets créatifs foisonnent.

Le quartier Coop du futur commence à se dessiner (visuel: Nunc-DRLW-Vize)
Le quartier Coop du futur commence à se dessiner (visuel: Nunc-DRLW-Vize)

Toute l’année – Après la guerre des cliniques, la paix des cliniques ?

Après des années de conflits, jusque devant les tribunaux, la nouvelle clinique Rhéna aux Deux-Rives et celle de l’Orangerie ont annoncé en fin d’année s’accorder sur « un projet médical commun » sur les deux sites actuels. Quelle serait cette « offre de soins de qualité » dans l’intérêt de tous et les conséquences pour l’extension Rhéna 2 ? Premières réponses en cours d’année alors que les importantes subventions accordées au projet Rhéna ne sont pas digérées par toute la classe politique locale. Rhéna a changé de directeur suite à ce projet d’accord.

Septembre – La première rentrée au PAPS-PCPI, enfin !

Un temps espéré dès 2013, le nouveau pôle d’administration public (PAPS-PCPI, voir tous nos articles) doit accueillir ses premiers étudiants à la rentrée scolaire. La faute à des malfaçons, des procédures et un concepteur qui a fermé boutique en France suite aux nombreux recours auquel il faisait face dans le pays. Une rallonge de 16 millions d’euros d’argent public plus tard, le chantier doit s’achever, après qu’une démolition ait été envisagée.

Le bâtiment est très attendu, notamment par l'IEP de Strasbourg à l'étroit dans ses locaux actuels (document Lipsky-Rollet)
Le bâtiment est très attendu, notamment par l’IEP de Strasbourg à l’étroit dans ses locaux actuels (document Lipsky-Rollet)

Le déménagement de Sciences Po Strasbourg, l’Institut de préparation à l’administration générales (IPAG) et du Centre d’études internationales de la propriété intellectuelle (CEIPI) au cœur de l’hôpital civil libérera les différents locaux actuels et laisser d’autres composantes de l’Université y déménager. Ce jeu de poupées gigognes permettra au « Plan Campus » de l’Université de Strasbourg de se poursuivre. L’opération prévoit notamment de remplacer les vieux bâtiments préfabriqués de l’Agora près de la fac de droit par un nouveau centre sportif vers 2022.

À l’été – Les travaux de l’arena de la SIG

Le permis de construire a été déposé pour la future salle des basketteurs de la SIG. Le Rhénus Sport deviendra le Crédit mutuel Forum. Une image, cette fois-ci contractuelle, de l’extérieur a été présentée en fin d’année. Les principaux travaux doivent débuter après la saison en juin, afin que les Blancs et Rouges puissent continuer de jouer pendant les deux prochaines saisons. Ils profiteraient de leur nouvel écrin début 2021. L’extension permettrait de passer de 6 100 à 8 071 places dans un premier temps, et d’ajouter des surfaces commerciales aux abords. Le budget de l’agrandissement est chiffré à 40 millions d’euros, dont 13,5 d’argent public.

La nouvelle arena de la Sig Strasbourg doit ressembler à ça (Crédit Chabanne + Partenaires / Architecte)
La nouvelle arena de la Sig Strasbourg doit ressembler à ça (Crédit Chabanne + Partenaires / Architecte)

Au printemps – La reprise de l’incinérateur Sénerval

Après près de trois ans d’arrêt et des dizaines de millions d’euros perdus, l’incinérateur Sénerval sur l’île du Rohrschollen va reprendre son activité. Le remise en marche des trois fours sera progressive entre fin avril et juillet. Le contrat de délégation avec Séché Environnement continue jusqu’à 2030, tout comme l’indemnisation de l’entreprise.

L'usine d'incinération des ordures ménagères du Rohrschollen est à l'arrêt depuis le 15 octobre. (Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc)
L’usine d’incinération des ordures ménagères du Rohrschollen est à l’arrêt depuis le 15 octobre. (Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Quand bien même l’équipement produit de la chaleur, reste que la question de sa pollution ou sa (sur?)capacité seront encore interrogés. En 2013, un tiers des déchets brûlés provenaient de l’extérieur de l’Eurométropole. Les trois lignes pourront brûler jusqu’à 270 000 tonnes. Vous avez dit « Territoire Zéro déchet » ?

Fin mars – Le premier budget participatif

Au printemps, les Strasbourgeois auront l’occasion de voter pour leur premier « budget participatif ». Les votants bénéficieront de 5 « crédits » pour soutenir un ou plusieurs projet(s). Le total équivaudra à 1 millions d’euros (sur 115 millions d’investissements programmés à Strasbourg) répartis proportionnellement dans les 10 quartiers officiels de la ville. Des idées ont été déposés en fin d’année. Après l’instruction des dossiers, ces derniers seront soumis au vote entre fin mars et début avril.

Toute l’année – Quel an II pour le Bastion social strasbourgeois ?

La section strasbourgeoise du mouvement d’extrême-droite le Bastion social a eu le vent en poupe pendant une bonne partie de 2018. Son leader local est devenu le président au niveau français, suite aux condamnations du fondateur. Mais un an après ses débuts, il n’a plus son bar associatif, « l’Arcadia », au 29 rue Vauban. Le propriétaire a refusé de renouveler le bail précaire en raison des dégradations par des opposants « antifascistes ».

L’ancien local de L’Arcadia, le bar associatif du Bastion social Strasbourg, plusieurs fois dégradée par des opposants. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

L’association a promis de revenir dans des locaux plus grands, mais trouver le lieu adéquat s’annonce plus difficile, la réputation de « Solidarité Argentoratum » et la contestation qu’elle entraîne étant désormais établies. À Lyon, la mairie a fait fermer le local dans le vieux-Lyon pour des manquements aux règles de sécurité. À Clermont-Ferrand, la structure a mis fin à son antenne par elle-même, en avançant des « pressions » multiples.

Dès février – GCO : des décisions de justice sur le fond

Les travaux définitifs de l’autoroute payante de 24 kilomètres du Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) ont débuté en septembre 2018, mais les premières coulées de béton ne sont pas pour tout de suite. Les ministres ont indiqué que seules des décisions de Justice défavorables pourraient modifier leur position.

Plusieurs décisions des tribunaux administratifs sur le fond sont attendues en 2019. La dernière audience, concernant le viaduc de la Bruche a été reporté à février dans une grande confusion, alors que les conclusions du rapporteur public étaient favorables à Alsace Nature. Sur le terrain, quelques escarmouches d’opposants se poursuivent. Les travaux de l’échangeur au nord avec l’A4 et l’A35 sont quant à eux suspendus. La mise en service a été décalée à 2021.

Le GCO se divise en trois tronçons (document Arcos)
Le GCO se divise en trois tronçons (document Arcos)

Toute l’année – La course aux municipales de 2020

Qui va mener quelle liste pour succéder à Roland Ries en mars 2020 ? C’est le feuilleton qui va animer la vie politique strasbourgeoise dès les vœux de bonne année. Si les premiers mois devraient se limiter à de l’observation mutuelle et quelques tirs à fleurets mouchetés, la constitution d’écuries devrait s’accélérer à partir de l’été. La majorité strasbourgeoise doit tant que possible avancer sur les derniers dossiers du mandat, malgré le climat ambiant de rivalités.

Roland Ries était très entouré lors de sa conférence de presse à l'hôtel de Ville à la mi-journée. (Photo Abdesslam Mirdass)
La succession de Roland Ries est lancée. (Photo Abdesslam Mirdass)

À droite, la place du jeune parti de centre-droit « Agir » et de Fabienne Keller est la grande inconnue pour « Les Républicains » qui aimeraient présenter un nouveau candidat. « En Marche » occupe un espace central avec le premier adjoint Alain Fontanel ou le député Sylvain Waserman, tandis qu’à gauche plusieurs initiatives foisonnent comme « Strasbourg Demain » autour de Philippe Bies (PS),« La Coopérative » avec Paul Meyer (Generation.s), Le Labo citoyen avec Syamak Agha Babaei, sans oublier la France insoumise, les écologistes ou le parti communiste. Quant au président de l’Eurométropole, Robert Herrmann, membre du PS et artisan d’une coalition droite-gauche, il est plutôt discret en public.

Il n’y aura pas de place pour tout le monde et ces attelages devront se parler en amont. Avant d’avancer trop de pions, le scrutin proportionnel des européennes sera la dernière occasion de mesurer le poids des « étiquettes » partisanes. Même si les deux élections sont bien différentes, cela permettra d’affiner en partie les stratégies d’alliance locales en fonction des résultats.

En mai – Les européennes

Les élections européennes ne sont pas vraiment un événement local, mais à Strasbourg, siège du Parlement, on aime bien se sentir concerné par la campagne. La capitale alsacienne est un passage obligé pour beaucoup de candidats. Les élus alsaciens ne sont pas assez influents pour mener une liste, désormais nationale, mais quelques uns essaieront de figurer en position « éligible ». Il sera aussi intéressant de voir ce que donne l’expérience du nouveau mouvement « Place Publique » dont le maire de Kingersheim, Jo Spiegel, est co-président. Il a été rejoint par le directeur d’Emmaüs Mundolsheim, Thierry Kuhn, parmi les membres fondateurs. Pour le citoyen, la date limite pour les inscriptions sur les listes électorales est le 31 mars.

Le Parlement européen à Strasbourg (Photo Parlement européen / cc)
En 2019, on va beaucoup reparler d’Europe à Strasbourg (Photo Parlement européen / cc)

Enfin, les nouveaux eurodéputés se montreront-ils intéressés par les nouveaux bureaux « Osmose » que les collectivités construisent et financent face à l’hémicycle. Alors l’année 2019 et la nouvelle mandature pourraient constituer un pivot pour l’épineux dossier des lieux de travail du Parlement (ou « Bataille du Siège« ), sachant que les bureaux bruxellois doivent connaitre d’importantes rénovations.

D’un point de vue plus politicien et local, le maire Roland Ries choisira-t-il de soutenir son parti historique, le Parti socialiste, ou « En Marche », que les élus dont il est le plus proche ont rejoint ? En 2017, il avait appelé à demi-mot à voter pour Emmanuel Macron notamment en raison de la question européenne, puis avait fait très timidement campagne pour le parti à la rose à Strasbourg, qui présentait ses adjoints.

Expert en croque-monsieurs, Le Croque Bedaine va s’exporter à Toulon, Nice et Orléans

Expert en croque-monsieurs, Le Croque Bedaine va s’exporter à Toulon, Nice et Orléans

Et encore un concept de restauration né à Strasbourg qui s’exporte en France ! Créé en 2013, rue du Puits dans le centre-ville de Strasbourg, Le Croque Bedaine va ouvrir deux antennes dans le sud de la France, à Toulon et à Nice, ainsi qu’une troisième à Orléans. Il s’agira de franchises en partenariat.
Nicolas Macher, co-fondateur imagine déjà des inaugurations festives :

« Passée la signature, il y a un délai de 5 à 6 mois avant les premières ouvertures. On aimerait prévoir . . .

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Le ministre de la Ville découvre l’Elsau à quatre mois d’une réunion cruciale pour l’avenir du quartier

Le ministre de la Ville découvre l’Elsau à quatre mois d’une réunion cruciale pour l’avenir du quartier

Dans la matinée du lundi 7 janvier, le ministre de la Ville et du Logement s’est rendu dans le quartier de l’Elsau à Strasbourg. Face à des habitants souvent désabusés, Julien Denormandie a annoncé la réunion du comité d’engagement de l’Agence nationale du renouvellement urbain (Anru) pour la fin mars. À cette date, le projet de rénovation et son financement pourraient être arrêtés dans leurs grandes lignes.

Le ministre de la Ville et du Logement s’est rendu dans le quartier de l’Elsau dans la matinée du lundi 7 janvier. S’ils attendaient une quelconque promesse concrète, les Elsauviens ont de quoi être déçus… Cette visite de Julien Denormandie n’a donné qu’une annonce : le comité d’engagement de l’Agence nationale du renouvellement urbain (Anru) se réunira à la fin du mois de mars pour entériner le projet de rénovation évalué désormais à 150 millions d’euros (et non plus 186 comme cet été). Dans quatre mois, les grandes lignes du chantier et son financement seront donc arrêtées. Une étape cruciale, certes, mais trop abstraite pour des habitants qui demandent depuis des années des réponses face au manque de services de proximité, l’insécurité, le chômage des jeunes et l’insalubrité de certaines logements.
Julien Denormandie, ministre de la Ville et du Logement, face aux acteurs associatifs locaux au centre socioculturel de l’Elsau. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

« Pouvoir rentrer chez soi »

Au collège Hans Arp, le ministre a exprimé son souhait « d’élargir la bulle » dans laquelle vivent les Elsauviens. Première erreur d’appréciation. De nombreux habitants du quartier ne veulent pas du « désenclavement » promis par les pouvoirs publics. Ils craignent l’arrivée d’une nouvelle route et de nombreuses voitures au cœur d’une zone où le trafic reste apaisé. Une enseignante de l’établissement critique aussi cet objectif :
« J’enseigne l’histoire-géographie depuis huit ans ici. C’est bien beau de vouloir élargir la bulle. Mais je ne sais pas si vous avez vu les cages d’escalier délabrées, les vitres cassées et les problèmes d’insécurité. Pour profiter de son collège, il faut déjà pouvoir rentrer chez soi, avant même de sortir de son quartier. »
Vers 11h, Julien Denormandie s’est rendu à pieds au centre socioculturel de l’Elsau. Au cours de cette « déambulation », de nombreux responsables de l’Eurométropole de Strasbourg, des bailleurs sociaux et de la préfecture lui ont présenté les rénovations à venir. En passant sous un sombre tunnel reliant le collège Hans Arp au quartier, Mathieu Cahn a décrit une nouvelle partie du projet : 1,2 million d’euros seront dépensés pour éclairer et élargir ce passage emprunté tous les jours par les collégiens.
Pendant moins d’une heure, Julien Denormandie s’est rendu compte du fort besoin de rénovation urbaine dans le quartier de l’Elsau. (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)

Dialogue de sourds

Face aux membres du conseil citoyen de l’Elsau, la visite ministérielle prend un air de dialogue de sourds. Julien Denormandie veut « échanger sur la question de la rénovation urbaine. » Une habitante aux courts cheveux gris demande que « l’avis du conseil citoyen soit pris en compte, avec des réponses concrètes. » Mais le membre du gouvernement vient de découvrir les grandes lignes du projet sur des plans. Il n’a rien à répondre. Mathieu Cahn (PS), vice-président de l’Eurométropole en charge du renouvellement urbain, s’en charge. Il réitère sa promesse de revenir vers le conseil citoyen fin janvier. Il devra préciser le calendrier des travaux et répondre aux revendications des Elsauviens concernant l’installation d’un distributeur automatique de billets et le retour d’un supermarché. À l’heure actuelle, les négociations autour du dernier dossier restent au point mort… Puis le président de l’Association des résidents de l’Elsau (Arel) prend la parole. Daniel Vidot n’a guère favorisé la démocratie participative dans le cadre de la rénovation du quartier. Sa question concerne le centre commercial, vacant depuis plus de trois ans : « Est-il possible d’envisager une expropriation pour utilité publique ? » Le ministre rétorque, pessimiste : « Rien ne me paraît plus difficile qu’une expropriation… » La visite de Julien Denormandie a des airs de coup de communication. Le ministre a martelé à plusieurs reprises les dernières mesures-phares du gouvernement à l’égard des quartiers défavorisés : aide à la recherche d’un stage de troisième, baisse du nombre d’élèves en CP et CE1 dans les quartiers prioritaires de la ville ou investissement dans la formation professionnelle des jeunes… Mais les Elsauviens attendaient des mesures précises, concernant leur lieu de vie. « On reste dans le théorique, alors que nous voulons du pratique », souffle Charles Conrad, membre du conseil citoyen.

Des avis citoyens pris en compte

Les habitants de l’Elsau ont aussi des raisons d’espérer. Ce déplacement ministériel décidé le 4 janvier, soit en dernière minute, masque des avancées intéressantes dans la prise en compte des besoins des citoyens. Les habitants des immeubles situés entre le 21 et le 29 rue Martin Schongauer ont réussi à infléchir le projet initial. Leurs logements devaient être détruits, entre autre pour créer des places de stationnement. Face à leur opposition, Philippe Bies, le président du bailleur social CUS Habitat, qui contribuera à la rénovation à hauteur de plus de 100 millions d’euros, a accepté de renoncer à ces démolitions. De même, le projet de « maison des services publics » est inspiré des propositions du conseil citoyen. François Desrues, directeur de projet à l’Eurométropole de Strasbourg, en décrit les grands lignes :
« La maison des services publics réunira les services municipaux comme la médiathèque, l’antenne médico-sociale, la mairie de quartier et le bureau de la direction territoriale (et probablement des accès à la CAF, Pôle Emploi et à la Caisse primaire d’assurance maladie, ndlr) L’adresse d’un tel établissement reste à définir mais il se situera sans doute à l’entrée du quartier, entre le centre socioculturel et la rue Watteau. »
Julien Denormandie s’est abstenu de donner une date pour le début effectif de la rénovation de l’Elsau. « Mais certains travaux peuvent démarrer avant que le projet soit complètement finalisé », assure le ministre qui, optimiste, a ajouté : « Benoît Zeller est le directeur opérationnel de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine. Il était directeur pour la politique de la ville à Strasbourg (il y a deux ans, ndlr). C’est un peu le loup dans la bergerie. »

Harcèlement, erreurs de conception… Les rues strasbourgeoises à l’épreuve de l’égalité femmes-hommes

Harcèlement, erreurs de conception… Les rues strasbourgeoises à l’épreuve de l’égalité femmes-hommes

Un détour pour éviter un groupe d’hommes, des installations sportives pas toujours accessibles, des toilettes sans poubelle… Autant de petits riens qui mis bout à bout, rendent l’espace public moins accessible pour les femmes. Enquête à Strasbourg sur ces inégalités actées au point d’en être invisibles et sur les embryons de solution.

À l’occasion des journées de l’architecture, le collectif MéMO a posé ses valises à Strasbourg. Cette association regroupe des femmes architectes, qui militent pour davantage de parité au sein de leur profession et une architecture plus inclusive, capable de tenir compte des besoins d’une population dans sa diversité. En cet après-midi d’automne, elles viennent parler d’inégalité de genre avec des étudiants architectes de l’INSA.

Vaste et difficile programme, car lesdites inégalités constatées dans l’espace public relèvent souvent du détail. Des anecdotes non-dites, ou occultées par le poids des habitudes. Heureusement, Giulia Custodi, membre du collectif MéMO et doctorante en architecture, a trouvé l’angle d’attaque parfait en abordant un thème cher à Strasbourg : le vélo :

« Les femmes se déplacent davantage à pied que les hommes. Pourquoi ? Quand il n’y a qu’une voiture dans le ménage, c’est souvent l’homme qui s’en sert la journée pour aller travailler. Et le vélo convient assez mal aux femmes, à cause des tâches dont elles héritent. C’est compliqué d’accompagner des enfants en bas âge à l’école, ou de traîner une semaine de courses sur un vélo. »

La salles d’arts plastiques où Giulia Custodi anime son atelier donne sur le boulevard de la Victoire, et une scène aussi drolatique que révélatrice vient lui donner raison. Dans le dos de l’architecte, une cycliste tente un démarrage sur le terre-plein central. Elle hisse péniblement un sac de courses dans le porte-bagage de son Vélhop, donne un premier coup de pédale pour lancer sa bécane alourdie, et manque de perdre l’équilibre. Il lui faut une deuxième tentative pour s’élancer.

Pour Giulia Custodi (à droite, stylo en main) , « Les étudiants, hommes comme femmes, ont parfois du mal à comprendre que l’espace public n’est pas neutre. » (Document remis)

En 2014, nos confrères de Rue89 Bordeaux relayaient une tribune d’Yves Raibaud. Géographe à l’Université de Bordeaux, il constatait que le vélo en ville restait principalement une pratique masculine, l’apparition d’un deuxième enfant était souvent pour les femmes synonyme d’abandon de la bicyclette. Un brin provocateur, il soulignait l’urgence de réfléchir à des solutions pour tout le monde, sous peine de voir émerger un modèle de ville non-polluante uniquement praticable par « des hommes jeunes, sans enfant et en bonne santé. » À Strasbourg, Vélhop, filiale de la CTS, assure ne disposer d’aucune statistique sur le genre de ses usagers. Des usagers des transports en commun, la société strasbourgeoise constate en revanche un public légèrement plus féminin : 57% de ses utilisateurs sont des femmes, pour 43% d’hommes.

Le deuxième Code de la route contre le harcèlement de rue

Dommage pour le vélo. Pas cher, accessible, rapide… Il est souvent cité comme moyen le plus sûr de s’éloigner rapidement d’un danger potentiel et ne pas s’exposer au fameux harcèlement de rue. Les remarques désobligeantes et répétées de la part d’hommes est l’inégalité la plus identifiée, et l’une des rares qui a donné lieu à une prise de parole massive des personnes concernées lors de la rencontre organisée par le collectif Memo. « C’est ça être une meuf à Stras les gars », soupirait une Strasbourgeoise dans le quartier de l’Esplanade, où elle avait filmé ses harceleurs. La vidéo avait été très partagée. Marion, aspirante architecte à l’Insa, confirme laconiquement :

« Du harcèlement de rue ? Oui il y en a comme partout. Le soir ça arrive un peu. J’essaie toujours d’éviter les groupes de mecs. »

Résultat, toutes les femmes détaillent leurs techniques d’anticipation et de prise de décision, voire même de dissuasion qui n’ont rien à envier à celle des stratèges. Un deuxième Code de la route qui ne dit pas son nom. Quand elle est à pied, Thalia redouble de prudence :

« À vélo je m’en fous, je file comme l’éclair. Mais quand je suis à pied je fais attention à mon comportement. J’essaie d’être discrète et de ne pas attirer l’attention, je change éventuellement de trottoir… J’identifie les gens qui passent. »

Et comme en stratégie militaire, le numérique s’est invité comme nouvelle variable à maîtriser. Depuis qu’elle a eu une mauvaise expérience avec un stalker (une personne qui en suit une autre, y compris dans l’univers numérique), Marianne prend ses précautions avec son smartphone :

« Une fois, un gars que je ne connaissais pas est venu me dire qu’il savait que j’allais à tel ou tel endroit, et où j’habitais. Depuis, je restreins les fonctionnalités de géolocalisation à mes amis sur les réseaux type Snapchat ou Facebook. »

Quant à Marine, qui doit régulièrement effectuer des trajets de nuit pour son travail, elle a choisi la manière forte :

« Je marche toujours avec des écouteurs, en baissant la tête et sans jamais regarder personne. J’ai toujours un taser sur moi, même si je sais que ce n’est pas légal. Je fais 1m53 pour 50 kilos, même une mouche me met à terre. Donc je me défends comme je peux. »

Dans cette Situation : A) Je maintiens l’allure B) J’accélère C) Je change de trottoir ? (Photo et dessin Piet)

Inégalités face à la ville écolo : le dilemme de l’éclairage nocturne

La question de la sécurité nocturne s’est justement invitée à l’agenda du conseil municipal du 15 octobre. Alors que la Ville s’apprête à expérimenter l’extinction nocturne dans 15 parcs, le conseiller municipal d’opposition Jean-Philippe Maurer (LR) fait part de son inquiétude quant aux risques accrus d’agression.

Françoise Bey, adjointe (PS) au maire en charge de l’égalité de genre, temporise :

« Il s’agit pour l’instant d’une mesure expérimentale, en coopération avec les forces de police. En cas de problème, il sera toujours possible de revenir en arrière. Et il s’agit de lieux qui ne sont pas fréquentés la nuit, pas des endroits de passage. »

L’association Akpé est connue à Strasbourg pour son projet de rénovation de la rue du Jeu-des-Enfants et pour le jardin partagé de l’Arrosoir au Neudorf. Parmi ses membres actifs, il y a Caroline. Elle n’était pas au courant de ce projet d’extinction nocturne, mais elle répond au tac-o-tac :

« Il y a peut-être d’autres cibles plus prioritaires. Est-ce qu’on a vraiment besoin la nuit d’allumer les vitrines, les bureaux ou les décorations de Noël ? »

Malgré les réverbères, certains passages n’inspirent pas toujours confiance. Victime d’une avarie à vélo, Pia doit en ce moment emprunter à pied l’accès souterrain qui relie la place de Haguenau à Schiltigheim, sans être rassurée :

« C’est peu fréquenté, très mal éclairé et il y a des passages sous des tunnels. Donc oui ça fait assez peur. »

Même avec des réverbères, le passage entre la Place d’Haguenau et le cimetière de Schiltigheim n’est pas franchement rassurant. (Photo et dessin Piet)

Le sport : sans accompagnement, point de salut

Moins médiatisé que les problèmes de sécurité mais tout aussi révélateur : le sport. Les équipements sportifs à disposition du public ont longtemps été orientés vers les sports essentiellement masculins. Pour Françoise Bey, il est nécessaire de joindre l’accompagnement à l’équipement :

« On aura beau prendre en compte les demandes du public féminin et mettre en place des installations mixtes comme les agrès, il y a toujours un risque que les hommes s’en emparent. Il faut aussi offrir un cadre plus incitatif, sur des horaires où les femmes sont disponibles. Cet été sur les séances de sport publiques le week-end, on avait jusqu’à 80% de femmes. »

En 2013, des adolescentes de Hautepierre se sont découvert un intérêt pour le football. Et commencent à y jouer. Hanan Omar Farah a eu le malheur de naître 10 ans trop tôt pour aller taper la balle avec elles. Alors elle s’est emparée d’une caméra et leur a consacré un court-métrage :

« Je suis née au début des années 90. J’aimais le foot mais je n’avais pas d’autres filles avec qui jouer. Je me suis aperçue en 2013 que les [filles nées en] 2003-2004 jouaient beaucoup plus au foot, c’est là que ça m’a surprise. La génération foot s’est arrêtée à cause de l’école ou du travail. Mais on a des ados entre 13 et 15 ans qui continuent le sport, et qui font même du judo ou de la boxe. »

Les lignes bougent, mais l’emballement n’a pas eu lieu. Françoise Bey a bien une explication : les jeunes femmes sont moins incitées à concilier le sport avec les études ou la vie professionnelle. Certains clichés ont la vie dure. Et multiplier les installations en libre-service ne suffit pas :

« On a un creux dans la population de sportives entre 20 et 40 ans. Il y a bien le fitness, mais il y a toujours un risque à aborder le sport uniquement par le contrôle des corps en occultant l’aspect social ou ludique. Il faut casser certains stéréotypes et ça demande un travail dès le plus jeune âge. »

C’est là que les associations prennent le relais. À Hautepierre toujours, le centre socio-culturel a son équipe féminine de foot en salle depuis 2011. Elles sont une vingtaine ce soir-là dans le gymnase de la maille Éléonore, parties pour s’entraîner jusqu’à 22 heures, sous l’œil de Jérémy Govi. Le coach est plutôt fier de son bilan. Des tournois à Paris et à Nantes, un projet de voyage à Barcelone pour jouer un tournoi international cette année…

« Tu vas au city-stade, les gars te sous-estiment direct »

Si beaucoup de joueuses arrêtent vers 18-19 ans, d’autres continuent et font même un service civique au CSC. C’est le cas de Nora, une des plus anciennes joueuses du club. Elle a tapé ses premiers ballons dans le city-stade de la maille voisine, avant d’intégrer la toute jeune équipe du centre-socio culturel, et de créer des vocations dans son cercle d’amis :

« C’est moins intimidant de jouer entre filles c’est sûr. Tu vas au city-stade, les gars te sous-estiment direct, ils ont pas super envie de t’avoir dans leur équipe… C’est plus compliqué, il faut se faire une place. En structure, c’est plus facile, plus rassurant. »

Un cadre favorable dont Abdel Moustaïd est un des artisans. Prof de karaté et dirigeant de la maison de l’enfance du quartier, il travaille aussi sur la mixité :

« On a réussi à faire des matches filles-garçons, mais ça demande d’abord un gros gros travail de mise en confiance. »

Pour Nora, il est plus simple de jouer au foot en club qu’au city-stade. (Photo Pierre Pauma)

Moins d’architectes qui font pipi debout… et plus de consultation

Mais à la sortie du gymnase, les mille et unes offenses reviennent. Des petits riens qui trahissent une négligence à l’égard d’une moitié de la population. À Hautepierre, à l’occasion d’une conférence de rédaction publique de Rue89 Strasbourg, Jeanne nous avait fait part de ses accidents de cabas. L’énergique retraitée habite un immeuble qui rallie la route par un chemin en gravier. Elle affirme y avoir déjà cassé quatre paniers à commission. « Sans parler des pointes de bottes que ça bousille ! »

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Dans le centre de Strasbourg, Marianne a plutôt un problème avec les bars. Cette fois-ci ce n’est pas la sécurité qui est en cause, mais la difficulté de trouver des toilettes décentes :

« Je fais toujours gaffe à ne pas boire trop d’eau, parce qu’il y a toujours une file d’attente dans les toilettes des filles. Et je me débrouille toujours pour changer de tampon chez moi, parce qu’il n’y a pas toujours de poubelle dans les toilettes des bars… »

Une cuvette pour les filles (propre, avec un peu de chance), une autre pour les hommes qui disposent en plus d’un ou deux urinoirs… Un cas d’école. Pour les architectes de MéMO, un premier pas serait peut-être de laisser davantage de femmes aux commandes. Le métier d’architecte se féminise, mais les femmes restent souvent cantonnées aux tâches subalternes. Et leur salaire en exercice libéral n’atteint que 57% de celui de leurs homologues masculins. Même si, de l’aveu de l’architecte Giulia Custodi, la féminisation du métier ne résoudra pas tous les problèmes :

« Il ne suffit pas de laisser une femme ajouter sa “touche féminine” dans les projets. En tant que concepteur d’un lieu, on ne peut pas avoir le même regard que les gens qui l’utiliseront tous les jours. C’est aussi ces personnes qu’il faut consulter, y compris les plus vulnérables. »

Militantes d’un urbanisme plus inclusif, les membres du collectif MéMO ont collé un sticker « Sophie Taeuber-Arp », sous celui de la place au nom de son époux, Jean Arp. (Photo Pierre Pauma / Rue89 Strasbourg)

La Ville de Strasbourg organise régulièrement des « marches exploratoires ». Le principe est simple : arpenter un lieu avec l’ensemble des usagers qui le fréquentent, afin de constater leurs difficultés et les solutions à envisager. Françoise Bey se félicite des sorties organisées dans le cadre de la rénovation de certains quartiers, comme à l’Elsau :

« Sur ce type d’événement, on a souvent un public très féminin. Ce qui est plutôt logique, car ce sont les femmes qui utilisent le plus les lieux publics la journée. Que ce soit pour les courses, pour accompagner les enfants à l’école… Même si on commence à voir des pères qui s’y mettent. »

Les architectes du collectif MéMO sont partagées sur l’exercice. L’architecte-urbaniste Anne Labroille craint que ces marches exploratoires ne se limitent à des « mesurettes » et ne soient promues qu’à des fins de communication politique. Sa collègue Giulia Custodi estime que cela offre tout de même l’opportunité à des publics habituellement peu consultés de s’impliquer dans la conception d’un lieu.

De l’aveu des architectes comme de Françoise Bey, la recherche de solutions se fait encore à tâtons. L’adjointe au maire de Strasbourg aime citer l’agenda politique des Nations Unies : sur les 17 objectifs de développement durable avancés par l’ONU, l’égalité des sexes figure en cinquième place.

Une des 11 pétitions officielles de la Ville passe un premier seuil fatidique

Une des 11 pétitions officielles de la Ville passe un premier seuil fatidique

Les vacances de fin d’années n’ont pas donné lieu à un engagement massif des Strasbourgeois pour leur démocratie locale. Sur le bien peu actif site « participer.strasbourg.eu » (7 contributions à 5 consultations en cours, plus ou moins concrètes) les nouvelles pétitions « citoyennes » en ligne ont stagné dans leurs signatures. Ces pétitions « officielles » sont une nouveauté du « Pacte de démocratie » voté au printemps 2018.
Néanmoins, juste avant les fêtes l’une d’elles a passé le cap des 500 signatures. Cela . . .

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Un gymnase réquisitionné pour abriter les migrants

Un gymnase réquisitionné pour abriter les migrants
La Ville de Strasbourg a pris la décision de réquisitionner un gymnase pour abriter les migrants qui se sont installés dans plusieurs parcs de la ville. Le nom du gymnase n’a pas été communiqué. Plusieurs dizaines de familles, soit entre 30 et 50 personnes dont de jeunes enfants, essentiellement en provenance d’Europe de l’Est passent leurs journées dehors et leurs nuits sous des tentes, notamment au parc de la Bergerie à Cronenbourg et quai de Malte.
Lors d'une précédente crise de l'hébergement d'urgence, la Ville avait réquisitionné le gymnase du Heyritz (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Lors d’une précédente crise de l’hébergement d’urgence, la Ville avait réquisitionné le gymnase du Heyritz (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Cette mise à disposition du gymnase est « temporaire » selon le communiqué de la Ville de Strasbourg, qui ne souhaite pas pallier les carences de l’État dans ses obligations d’hébergement d’urgence. Certaines personnes relève du droit d’asile et pourraient prétendre à un logement… si le dispositif n’était pas saturé de manière endémique.

Voeu pieux de Roland Ries

Le maire de Strasbourg Roland Ries espère aussi que ces camps disparaîtront et ne se reformeront pas sitôt la mesure d’hébergement annulée. Mais la situation des Roms et des Albanais dans les Balkans ne montrant aucun signe d’amélioration et la saturation du dispositif d’hébergement d’urgence rendent ce souhait du maire de Strasbourg un brin illusoire… Les seules mesures mises en application par la Ville de Strasbourg ont été de bloquer l’accès aux zones occupées par les migrants : plots de béton sur le trottoir de la rue des Canonniers, espaces verts grillagés et condamnés rue du Rempart… La Ville indique dans son communiqué qu’elle prendra des mesures pour empêcher le retour des personnes sur les lieux des camps, va-t-elle grillager le parc de la Bergerie et les quelques mètres-carrés de verdure quai de Malte ?

À l’Eurométropole, une espèce animale désormais protégée

À l’Eurométropole, une espèce animale désormais protégée

L’Alsace abrite quatre espèces de serpents, mais au conseil de l’Eurométropole, il n’y en a qu’une : la couleuvre.

Quatre espèces de serpents sauvages en Alsace, à croiser dans les zones humides et les collines sèches

Quatre espèces de serpents sauvages en Alsace, à croiser dans les zones humides et les collines sèches

Deux espèces de couleuvres se partagent le territoire alsacien. La couleuvre helvétique apprécie les milieux humides et la coronelle lisse préfère les collines sèches. Ces serpents sont si peu étudiés que les scientifiques sont incapables de donner une estimation précise de leurs effectifs. Depuis les années 70, deux espèces de vipères ont été introduites dans la région par un scout, ce qui porte le nombre d’espèces de serpents sauvages en Alsace à quatre.

Ces êtres longs et rampants, dénués de pattes, se faufilent dans les bosquets, les rochers ou les herbes hautes. Vous vous demandez peut-être, s’il y en a vraiment en Alsace ? La réponse est oui. Des digues du Rhin, jusqu’au piémont vosgien, de Thann à Wissembourg, on peut trouver des serpents dans la région.

La coronelle lisse apprécie les milieux secs, elle se cache souvent dans les rochers. Celle-ci a été photographiée à Saverne. (Photo Frédéric Petitpretz / Bufo)

Pourtant, pas de carte de leur répartition, pas de chiffres précis en ce qu’il concerne leurs effectifs. Jean-Pierre Vacher, responsable scientifique de l’Association pour l’étude et la protection des amphibiens et des reptiles (dont le petit nom est Bufo, en référence à une espèce de crapaud) confirme qu’il n’existe pas de « suivi réel des reptiles. » L’association alsacienne, qui emploie quatre personnes depuis 1997, ne dispose pas de suffisamment de ressources pour suivre les serpents.

Deux espèces de ces reptiles sont réellement présentes initialement dans la région. Communément appelées couleuvres, elles sont totalement inoffensives pour l’être humain. On trouve tout d’abord la couleuvre à collier, ou couleuvre helvétique, sur une grande partie de l’Alsace. Quant à la coronelle lisse, elle est un petit peu plus rare que la première.

Les naturalistes alsaciens sortent entre mars et octobre pour observer les serpents. Si l’objectif est d’étudier la couleuvre à collier, ils se dirigent plutôt vers les forêts humides, en particulier dans les zones alluviales proches du Rhin, que cette espèce affectionne particulièrement.

C’est dans ce type d’écosystèmes humides, typiques des abords du Rhin en Alsace, que l’on trouve régulièrement des couleuvres à collier. (Photo Jean-François Vetter / Rue89 Strasbourg / cc)

La couleuvre à collier, comme un serpent dans l’eau

Avec une grande connaissance du terrain, un peu de patience et parfois des kilomètres parcourus à pieds sur des sentiers humides, les scientifiques de Bufo réussissent à apercevoir la couleuvre à collier. D’après Alain Fizesan, scientifique de terrain pour cette association, « elle est relativement abondante, on en trouve à coup sûr quand on va sur le terrain pour la débusquer. »

Déjà en 1804, l’auteur d’un inventaire réalisé à l’époque expliquait que la couleuvre à collier était l’espèce de reptile la plus abondante. Depuis longtemps, il est commun de voir ce serpent gris, parfois marron, qui possède un collier clair sur le cou. Elle présente parfois une série de barres verticales noires sur les flancs. Sa taille varie, elle est d’environ 70 cm pour les mâles et 140 centimètres pour les femelles. Souvent, lorsque l’on tombe sur elle par hasard, elle simule la mort pour se protéger.

La couleuvre à collier est semi-aquatique. Elle affectionne donc beaucoup les zones humides de la plaine d’Alsace, comme ici à Rhinau. (Photo Frédéric Petitpretz / Bufo)

On peut aussi la voir nager à la recherche de proies. Elle est semi-aquatique et se délecte de petits amphibiens comme la grenouille agile, la rainette, le crapaud commun ou le triton crêté qu’elle trouve aussi bien dans l’eau que sur terre.

En réalité, on peut rencontrer la couleuvre à collier partout en Alsace à moins de 800 mètres d’altitude, mais principalement en milieux humides. Cela dit, d’après Alain Fizesan, « il arrive d’en voir dans d’autres types de milieux comme des forêts sèches, des coteaux ensoleillés ou des carrières. »

La couleuvre à collier se distingue par une marque noire au niveau du cou. (Photo Bernie / Wikimédia Commons / cc)

En Alsace, l’intensification de l’agriculture et la régularisation du Rhin et de certaines rivières vosgiennes comme la Thur ou la Fecht ont provoqué une perte considérable de surface favorable à ce serpent. À l’ouest de Strasbourg, le Grand Contournement Ouest, s’il se construit, détruira définitivement des écosystèmes susceptibles de l’accueillir comme les environs du canal de la Bruche au niveau de Kolbsheim.

Pour la protéger, la mesure la plus pertinente d’après Daniel Holfert, membre de Bufo et coauteur de l’Atlas de répartition des amphibiens et reptiles d’Alsace, serait le maintien des zones humides. Plusieurs dispositifs de protection de ces zones sont déjà en cours, comme l’île du Rohrschollen près de Strasbourg, et favorisent la conservation de cette espèce.

La réserve naturelle du Rohrschollen est un exemple d’écosystème préservé qui favorise la conservation de la couleuvre helvétique. (Photo Jean-François Vetter / Rue89 Strasbourg / cc)

La coronelle lisse affectionne les milieux secs

Pour observer la coronelle lisse, les scientifiques se rendent plutôt « en milieux secs, sur les collines du piémont vosgien », d’après Alain Fizesan. Ces serpents sont plus rares, plus difficiles à observer : « Il arrive souvent de rentrer bredouille d’une sortie de terrain sur le thème de la coronelle lisse. »

Très discrète, elle fait en sorte que l’on ne tombe pas sur elle. Les rencontres avec cette couleuvre sont souvent fortuites. Les heureux observateurs de ce reptile témoignent souvent d’une position enroulée. Elle pratique alors, comme de nombreux autres reptiles, l’héliothermie : elle reste immobile au soleil pour augmenter sa chaleur corporelle.

La coronelle lisse est généralement brune avec des tâches sombres sur le corps. (Photo Père Igor / Wikimédia Commons / cc)

Globalement, elle affectionne les milieux secs, mais il peut arriver exceptionnellement d’en trouver dans des zones humides comme les forêts alluviales. Elle se nourrit principalement de lézards, et c’est surtout leur présence qui détermine celle de la coronelle lisse. On observe justement des populations de reptiles importantes dans le piémont vosgien. 

Les collines sèches du piémont vosgien constituent un écosystème d’intérêt international. On y trouve notamment la coronelle lisse. (Photo Jean-François Vetter / Rue89 Strasbourg / cc)

D’après Jean-Pierre Vacher et Gilles Godinat, également tous deux auteurs d’une partie de l’Atlas de répartition des amphibiens et reptiles d’Alsace, on trouve la coronelle lisse du nord ouest de la péninsule ibérique jusqu’à l’ouest de l’Asie. La limite de son territoire au nord est le début des forêts boréales de Scandinavie.

En plaine rhénane, on peut la trouver jusqu’à 1 130 mètres d’altitude. Elles se cachent dans les murs de pierre du vignoble de Kaysersberg, dans les prairies denses aux abords du château de l’Ortenbourg à Scherwiller, ou encore dans les enrochements qui soutiennent la digue du canal du Rhin.

Mais les observations ont le plus souvent lieu sur les collines sèches du piémont vosgien qui s’étendent du Nord au Sud de l’Alsace, un des paysages les plus emblématiques de la région, il est d’un intérêt naturaliste de niveau international.

Plutôt lente, la coronelle lisse n’hésite pas à traverser chemins et routes construits par les humains, ce qui la rend vulnérable à la circulation routière. 

Les vipères, serpents introduits en Alsace dans les années 70

Les serpents sont souvent objets de mythes et d’angoisses. Ces deux espèces de couleuvres ne sont pas venimeuses. En revanche, deux espèces de vipères venimeuses ont été introduites en Alsace il y a une cinquantaine d’années.

Les vipères aspics ont été introduites en Alsace dans les années 70 aux alentours de Ribeauvillé. (Photo Frédéric Petitpretz / Bufo)

On trouve la vipère aspic sur les collines sèches de Ribeauvillé et de Rouffach. Ce serpent aurait été introduit dans les années 70 par un jeune scout fanatique de la vipère qui aurait lâché près de 275 individus en provenance du Jura dans les environs des châteaux de Ribeauvillé. À partir de là, une population stable de cette espèce s’est établie.

La vipère péliade quant à elle, a été introduite dans la région de Lapoutroie. Elle y est régulièrement observée ces dernières années. Sur le dos, ces serpents possèdent une belle marque brune foncée en zig zag sur le dos. On distingue surtout les vipères des couleuvres grâce à leur tête triangulaire.

La vipère péliade est présente en Alsace dans la région de Lapoutroie, mais celle-ci a été photographiée en Allemagne, dans la Forêt-Noire. (Photo Frédéric Petitpretz / Bufo)

En cas de morsure, un antivenin est primordial. La meilleure attitude est de rester immobile et d’attendre l’arrivée des secours. Cela dit, on observe très peu d’accidents liés à ces serpents puisqu’ils préfèrent fuir la présence des humains. 

Pour que les Strasbourgeois donnent plus leur sang, l’EFS va redonner vie aux quartiers

Pour que les Strasbourgeois donnent plus leur sang, l’EFS va redonner vie aux quartiers

Environ 20% des dons de sang du Bas-Rhin proviennent de l’Eurométropole, alors que l’agglomération représente un peu plus de 40% de la population du département. L’Établissement français du sang (EFS) de Strasbourg s’est lancé depuis quelques années dans une quête aux dons urbains mais l’établissement doit innover.

En 2017, un peu plus de 3% des Strasbourgeois ont donné leur sang. La proportion de donneurs monte à plus de 8% sur le reste du territoire couvert par l’EFS de Strasbourg, soit le Bas-Rhin plus les cantons mosellans de Bitche, Phalsbourg et Sarrebourg.

Ces quelques points de différence représentent un écart de plusieurs dizaines de milliers de dons. Par exemple, en 2017, il y a eu environ 16 000 dons de sang dans l’Eurométropole. Dans le reste du département et les trois cantons mosellans, ce chiffre monte à environ 62 000.

Certes, dans la zone couverte par l’EFS de Strasbourg, une minorité de personnes vivent dans l’Eurométropole. Mais la différence en termes de dons de sang ne devrait pas être aussi marquée. L’agglomération strasbourgeoise regroupe à peu près 40% de la population qui dépend de l’EFS de Strasbourg mais ne représente qu’environ 20% des dons de sang.

Donner son sang, c’est plus convivial à la campagne

Les citadins seraient-ils plus égoïstes que les ruraux ? Pas forcément. C’est en tous cas ce que pense le docteur Sophie Reuter, responsable des collectes mobiles dans le Bas-Rhin :

« L’EFS à Strasbourg est ouvert tous les jours de 8h à 20h en semaine et le samedi matin. Ça laisse du temps pour venir donner son sang mais… nous manquons de visibilité. À la campagne, le don est beaucoup plus institutionnalisé. C’est un rendez-vous annoncé longtemps à l’avance, il y a des banderoles dans les villages… Et il y a le poids des habitudes puisque nous venons chaque année aux mêmes périodes et aux mêmes endroits. »

À Schirmeck, par exemple, une collecte a lieu tous les ans aux alentours de la mi-novembre dans la salle des fêtes. Pauline habite la vallée de la Bruche et s’y rend à chaque fois :

« C’est l’occasion de se retrouver avec des amis. On boit un coup et on mange un bout ensemble, c’est sympa. Je croise aussi souvent des personnes de mon village ou des anciens camarades de classe que je n’ai pas vus depuis longtemps… »

Les gens avec une situation économique et sexuelle stable donnent d’avantage

Une autre explication de cette différence entre ville et campagne réside dans l’âge de la population. Comme le constate Sophie Reuter :

« Les donneurs sont plutôt des personnes avec des situations économiques, professionnelles et sexuelles stables. Or cela est plutôt le cas des personnes d’un certain âge. En général, il y a plus de jeunes en ville donc cela participe à l’explication sur les dons urbains moins fréquents. »

41% de la population de l’Eurométropole a moins de trente ans contre 33,2% dans le reste du département.

Recréer la convivialité des villages en ville

Mais alors comment améliorer le pourcentage de donneurs en milieu urbain ? Depuis cinq ans, l’EFS de Strasbourg essaye de s’inspirer pour l’Eurométropole de ce qui fonctionne à la campagne. Plutôt que d’attendre les donneurs à son siège, ses équipes se rendent directement au contact des donneurs potentiels avec les « dons de quartiers ». Comme dans les villages, des équipes de l’EFS s’annoncent et s’installent en différents endroits de l’Eurométropole pour organiser des collectes. Mais pour Sophier Reuter et ses collègues, c’est un travail de longue haleine :

« Ce n’est pas comme dans les villages où les gens sont habitués au don du sang. De plus, les populations se renouvellent plus vite dans les quartiers urbains que dans les campagnes. Donc on essaye de tisser un maximum de liens avec les associations locales pour qu’elles incitent les habitants à participer. On réfléchit aussi ensemble comment on peut rendre ce moment agréable pour les gens qui viennent… »

À Lingolsheim, par exemple, l’EFS de Strasbourg organise plusieurs collectes par an en partenariat avec l’Amicale du don du sang. C’est une vraie réussite puisqu’il y a entre 80 et 100 dons à chaque fois. Le président de l’Amicale Patrick Munch l’explique par l’appel du ventre :

« Nous avons réussi à créer une dynamique grâce aux repas proposés après le don. On fait des barbecues l’été et quand il fait moins chaud, on propose des tartes flambées et des desserts maison. Nos donneurs se retrouvent et passent un bon moment ensemble. Je suis persuadé que c’est cette ambiance qui nous permet d’atteindre un bon niveau de dons. »

Pour que les gens viennent, il faut promettre autre chose qu’une piqure… (Photo EFS Strasbourg)

La convivialité, une valeur recherchée sur laquelle compte bien s’appuyer l’EFS. Au Neuhof, des associations catholiques, protestantes et musulmanes se sont proposées d’héberger ensemble trois collectes par an. D’après Sophie Reuter, ça montre bien que les citadins peuvent aussi se mobiliser :

« Le Neuhof est un exemple encourageant. Le Neudorf aussi. On y collecte une petite centaine de dons à chaque fois. Ailleurs, comme à Cronenbourg ou à la Robertsau, c’est plus compliqué. Ça dépend vraiment de l’implication des associations locales. »

La dernière fois que l’EFS était à la Robertsau, seulement une trentaine de dons ont été collectés. C’est trop peu pour que l’opération, avec toutes les charges qu’elle implique, vaille le coup. Pour maintenir les stocks dans les hôpitaux et les cliniques du Bas-Rhin, l’EFS a besoin de 300 dons par jour. Or les équipes de l’EFS de Strasbourg ne peuvent organiser au maximum que six collectes par jour dans tout le département. L’établissement doit donc s’assurer du succès à chaque fois ou presque…

Avec l’Université de Strasbourg pour mobiliser les jeunes

Le 3 octobre, l’EFS a signé une convention avec l’Université de Strasbourg. Le but est d’inciter les étudiants à donner leur sang. Jusqu’à présent, des collectes étaient déjà organisées dans différentes facultés mais Sophie Reuter explique que cette convention doit faciliter les choses :

« Avant c’était très compliqué de trouver un lieu dans l’université pour faire les collectes. Les étudiants étaient souvent peu informés du fait qu’ils puissent donner leur sang. Avec cette convention, l’université nous met à disposition une salle et les étudiants seront davantage mis au courant. »

À cela s’ajoute un challenge inter-universités au niveau national. Un trophée symbolique sera remis à la fac qui aura le plus de donneurs.

#établissement français du sang

À l’université de Strasbourg, la précarité organisée des étudiants vacataires

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Avez-vous bien suivi l’actualité à Strasbourg en 2018 ?

Avez-vous bien suivi l’actualité à Strasbourg en 2018 ?

L’actualité passe vite, c’est sûr ! Mais qu’avez-vous donc retenu de 2018 ? Voici un petit quiz pour tester vos connaissances et votre assiduité aux articles de Rue89 Strasbourg.

Que retenir de 2018 à Strasbourg, mis à part l’attaque du 11 décembre, parce que, malheureusement, tout le monde s’en souviendra longtemps ? Voici un petit quiz qui revient sur quelques sujets tirés au hasard parmi les articles traités par Rue89 Strasbourg cette année. Partagez vos scores et vos souvenirs en commentaires !

Avec Touch Me, la première Biennale d’art contemporain de Strasbourg interroge le numérique

Avec Touch Me, la première Biennale d’art contemporain de Strasbourg interroge le numérique

C’est à l’Hôtel des Postes, au cœur de la Neustadt que Strasbourg accueille sa première Biennale d’art contemporain. Intitulée Touch Me et visible jusqu’au 3 mars 2019, cette exposition interroge sur l’emprise du numérique dans nos sociétés.

Comment être citoyen à l’ère du numérique ? Telle est la problématique proposée par Yasmina Kouaidjia, vice-présidente de la galerie associative Impact et commissaire d’une première édition de la Biennale d’art contemporain de Strasbourg, intitulée Touch Me (Touche moi). Se donnant pour ambition d’être accessible à tous et de participer au rayonnement culturel de Strasbourg, l’exposition met en avant les travaux de dix-huit artistes internationaux, à l’Hôtel des Postes jusqu’au 3 mars.

Si l’événement propose une réflexion sur l’ancrage croissant de nos sociétés dans le numérique, la commissaire précise cependant :

« Ce n’est pas une exposition sur l’art numérique, c’est une exposition sur les enjeux du numérique à l’ère contemporaine. »

Vue de l’exposition « Touch Me » (Photo Daniela Zepka)

Depuis une décennie, les Biennales d’art contemporain se sont multipliées en Europe et dans le monde. Depuis l’apparition de la première Biennale à Venise en 1895, de nombreuses villes ont suivi (Istanbul, Kiev, Dakar, Montréal…). En France, le phénomène prend de l’ampleur, à l’image des Biennales de Lyon, de Paris et de Rennes ou, plus modestement, celle de Sélestat (Selest’art). Vues par beaucoup comme un phénomène de mode, ces manifestations périodiques n’en constituent pas moins un véritable rendez-vous artistique et culturel permettant aux institutions culturelles locales de travailler ensemble.

Reposant sur des fonds majoritairement privés, la Biennale d’art contemporain de Strasbourg s’est longtemps faite discrète, avec un travail de communication effectué très tardivement, trois semaines seulement avant l’inauguration (d’ailleurs retardée d’une semaine). Autant dire que son ouverture en a surpris plus d’un.

C’est l’Hôtel des Postes, bâtiment hautement symbolique et témoin de l’évolution des télécommunications, qui a été choisi pour accueillir cette première édition. Réinvesti spécialement pour l’occasion, ses fonctions passées d’ancien bureau de poste participent à ancrer le propos de l’exposition dans une contemporanéité : du télégraphe aux services téléphoniques, l’édifice s’avère être un lieu propice pour penser les enjeux liés au développement des moyens de communication mis à notre disposition de nos jours.

Réfléchir pour mieux agir

Au total, une quarantaine d’œuvres sont exposées. D’emblée, le visiteur est confronté à Overexposed, une œuvre de Paolo Cirio, artiste italien maintes fois récompensé et dont les travaux ont été présentés dans des expositions au rayonnement international. Son travail de recherche et l’aspect politique qu’il propose constituent l’un des points forts de cette première édition. Composée de deux photographies issues d’une série de neuf clichés au total, l’œuvre présente des portraits de hauts représentants américains de la NSA, la CIA, la NI et le FBI. Ces derniers, partagés massivement sur les réseaux sociaux suite aux révélations d’Edward Snowden en 2013, ont permis d’exposer publiquement les visages derrière les phénomènes de cyber-surveillance. Le visiteur est ainsi informé du risque encouru par la surveillance de masse et intrusive opérée par des personnalités politiques à son insu.

Paolo Cirio, Overexposed, 2015 (Photo Daniela Zepka)

Cette intrusion dans la vie privée se retrouve dans Menschentracks. Florian Mehnert, artiste conceptuel allemand de renommée nationale et internationale, propose une installation imposante composée de 42 tablettes suspendues en hauteur par des fils de nylon transparents. De nombreuses vidéos privées récupérées par une équipe de hackers défilent en boucle sur les écrans et la disposition des tablettes rappelle étrangement celle des salles de vidéosurveillance qui mobilisent le regard de manière omniprésente.

Florian Mehnert, Menschentracks, 2014 (Photo Florian Mehnert / Site officiel de l’artiste)

Moins alarmiste, Vincent Broquaire, artiste strasbourgeois ayant notamment exposé au Centre européen d’actions artistiques contemporaines (Ceaac) de Strasbourg en 2016, interroge dans la série graphique Flattenings Serie le rapport entre la création artistique et les technologies numériques. Cette série de quatre dessins à l’encre suggère une réflexion sur la technique du détourage numérique, notamment celui du copier/coller, en l’opposant au geste manuel de l’artiste.

Vincent Broquaire, Flattenings Serie (Photo Vincent Broquaire / Site officiel de l’artiste)

Loin de vouloir dissuader le visiteur de s’approprier ces technologies, l’exposition l’incite plutôt à se forger sa propre opinion sur les outils numériques afin d’adopter un regard critique sur l’usage qu’il en a au quotidien. Ainsi, l’artiste canadien Louis Philippe Scoufaras, propose une œuvre « participative » produite spécialement pour la Biennale. L’installation Room 3.1 invite le visiteur à sortir son smartphone pour scanner un QR code et activer à distance un robinet qui se trouve dans la même pièce.

Les visiteurs interagissent entre eux, certains s’entraident pour faire fonctionner le mécanisme, d’autres partagent leurs ressentis quant au fonctionnement de l’installation. « C’est sûr que ce n’est pas une œuvre très écologique, » remarque un visiteur, d’un ton amusé, lorsque le robinet se déclenche pour la quatrième fois. L’utilisation du smartphone, accusée aujourd’hui par certains de limiter les interactions sociales réelles au profit des échanges virtuels, finirait-elle par nous rassembler ?

L’impact du numérique finalement assez peu abordé

Si les œuvres exposées en début de parcours s’avèrent pertinentes quant au caractère socio-politique qu’elles proposent, on regrette le manque de réflexion sur l’impact du numérique et ses effets anthropologiques. Quelle est l’influence des nouvelles technologies sur les identités contemporaines ou sur les pratiques sociales ? Cette question est abordée de manière assez sommaire au cours de l’exposition.

Dans la série Shamanistic Travel Equipment de l’artiste allemande Sarah Ancelle Schönfeld, elle est davantage tournée vers la science-fiction et le sacré. Des visuels illustrant les technologies contemporaines sont imprimés sur des peaux de vaches qui symbolisent le voyage spirituel dans différentes communautés chamanes. L’esprit humain peut ainsi vagabonder vers d’autres états de conscience, d’identités et de réalités.

Harding Meyer, peintre brésilien installé à Berlin exploite l’identité numérique à travers le portrait dans sa série de peintures Ohne Titel. Il retravaille des visages qu’il extrait de magazines, de la télévision ou de sites internet pour leur offrir une nouvelle identité, des doubles numériques à l’image des portraits remodelés à l’infini par des logiciels de retouche. L’approche qui s’avère intéressante aurait peut-être mérité d’être exploitée davantage dans l’exposition.

Pour sa première édition, la Biennale d’art contemporain de Strasbourg présente des choix variés, tant par les médiums utilisés que par la diversité d’artistes proposés. Si l’exposition ne compte que quatre artistes français (dont un strasbourgeois) sur les dix-huit représentés, elle met cependant à l’honneur les liens forts entre les communautés artistiques franco-allemandes, avec au total six artistes allemands exposés.

Malgré les contraintes du lieu (couloirs, pièces hétérogènes…) la scénographie parvient à exploiter astucieusement l’espace et propose un circuit dynamique aux visiteurs. Parmi les points faibles, la coordination et la médiation écrite constituent sans doute des aspects à améliorer lors d’une probable prochaine édition, notamment à travers le caractère parfois non-exhaustif et un peu trop descriptif de certaines notices, qui ne permettent pas toujours une explication claire et une bonne compréhension des œuvres.

#biennale d'art contemporain