C’est un peu le off du off du marché de Noël. Ce week-end, le parc privé Grüber à Koenigshoffen met les petits plats dans les grands pour faire connaître son foisonnement de projets au public. L’occasion de découvrir cet ancien site brassicole devenu discrètement la place de l’économie circulaire, solidaire et créative à Strasbourg.
L’adjoint au maire Alain Fontanel espérait que l’émulation prendrait à La Coop, dans le quartier du Port du Rhin, mais c’est bien connu les créatifs n’en font qu’à leur tête. Des commerces traditionnels, un chantier d’insertion, des ateliers d’artistes et d’artisans, un resto africain, un centre culturel franco-turc, un fab’lab, un night-club afro, des soirées ponctuelles, une école de BD… le site privé de l’ancienne brasserie Grüber à Koenigshoffen voit cohabiter un sacré mélange de vie diurne et nocturne, d’expériences de la scène alternative strasbourgeoise et d’associations populaires.
Pour faire se rencontrer tous ces voisins et rendre ces nombreuses structures plus visibles, deux associations organisent au parc Grüber un « village de Noël » samedi 8 et dimanche 9 décembre. L’occasion de découvrir ce patrimoine historique qui renouvelle la vie de quartier de Koenigshoffen et entend peser à Strasbourg.
Demandez le programme !
Pendant ces deux jours, le programme du village éphémère est touffu sur les trois niveaux de l’ancienne brasserie : le « plateau », soit l’entrée du site au niveau de la rue, la « ruelle », au niveau intermédiaire et la « cave », au niveau le plus bas où se trouvaient les cuves de la brasserie autrefois. De la tarte flambée aux pâtisseries turques en passant par le bissap africain, à chaque niveau, des stands d’associations et de commerces proposeront du ravitaillement.
Soirée festive à la fabrique (Document Remis)
En entrant dans le village par le niveau « plateau », un marché présentera artistes et artisans locaux pour dénicher un cadeau original et éthique. Parmi eux : Lune, Mamzelle Osmoze – l’Osmozone, Re-cycle-On, Rien ne se perd, tout se transforme… Au deuxième niveau, celui de la « Ruelle », l’association Libre Objet et les ateliers d’artistes et d’artisans La Hutte Grüber et Scénoscope ouvriront leurs portes au public et présenteront leurs productions, aux côté d’autres associations partenaires extérieure au parc.
Mise en place d’un déco geek par l’ association de cinésate amateur 35Ko, dans une des cave de La Fabrique. (Document Remis)
La Fabrique, au niveau « cave », proposera une formation à la couture (sur inscription) pour faire ses cadeaux soi-même, une forge avec démonstration et initiation, des ateliers de réparation de vélos avec les associations Le Stick et la fête du cambouis, ainsi que des ateliers créatifs et une friperie de la Maison Mimir. Toujours au niveau de la Fabrique, l’artiste Mou de la Semencerie proposera au public une mystérieuse expérience de réalité virtuelle originelle à bord d’un œuf. Les organisateurs prévoient également une connexion en directe avec le marché de Noël de la Semencerie programmé en même temps.
Manuel Simoes, vice-président du Fab’lab La Fabrique et co-initiateur de l’événement, prévient tout de suite :
« Noël, c’est un prétexte. Notre projet est encore un peu brouillon, c’est pour ça qu’on a préféré ne pas s’insérer dès cette année dans le business de Noël à Strasbourg. C’est un galon d’essai, un événement qui va nous servir à nous rencontrer et à nous approcher les uns des autres. Dans tous les cas, on tient à l’idée d’un village plus que d’un marché de Noël. Tout est bénévole. Notre but est de faire plaisir aux gens et qu’on ne leur offre pas seulement des trucs à vendre. On a d’ailleurs de grands projets pour faire apparaître la neige (rire) »
Créer un lieu fédérateur pour le quartier
Ateliers ouverts, soirées festives, braderie… Jusqu’à présent, à Grüber, chacun organisait son événement dans son coin au fil des occasions. François Oberlin, chargé du développement du chantier d’insertion Libre objet et co-initiateur du village explique l’envie de rapprocher tous ces acteurs isolés les uns des autres :
« Notre objectif est aussi de mobiliser toutes les bonnes volontés du parc pour montrer qu’il est vivant. À travers le village de Noël, on voudrait faire du parc Grüber un lieu fédérateur pour tout le quartier de Koenigshoffen. C’est pour ça qu’on y inclue aussi des associations qui ne sont pas installées dans le parc, comme Envie ou les jardins de la Montagne verte par exemple, qui ont aussi besoin de plus de visibilité. »
Une ambition appuyée par la municipalité, financeur du village de Noël. Luc Gillmann, adjoint de quartier à Koenigshoffen explique comment la Ville veut s’insérer dans cette dynamique privée et l’encourager :
« Ce parc privé est clairement devenu un marqueur identitaire du territoire. Il a développé un modèle proche de l’incubateur. C’est aujourd’hui un vivier d’art, d’artisanat et d’économie sociale et solidaire qui peut redonner sens à la vie de ce faubourg et qu’il faut aider et dynamiser. »
Une maison des services municipale en projet
Sentant l’intérêt d’être présent sur les lieux, la Ville a préempté il y a un an l’ancienne maison du gardien de la brasserie Grüber, au niveau de l’entrée du site. Le bâtiment abritait jusqu’alors la caisse de retraite complémentaire des indépendants. L’objectif actuel de la municipalité est d’en faire une maison des services de Koenigshoffen, qui centraliserait le centre médico-social, le service de protection maternelle et infantile, la mairie de quartier, et une bibliothèque. Rappelons qu’en matière de lecture publique, Koenigshoffen ne bénéficie pour l’heure que d’un bibliobus itinérant. D’après Luc Gillmann, l’idée d’un espace de rencontre et de mise en valeur des talents locaux fait aussi son chemin :
« Nous cherchons à avoir un tiers-lieu dans la maison des services pour donner envie de rentrer dans le parc. L’objectif est de donner au site une visibilité et une centralité dans le quartier. Aujourd’hui, les habitants n’y entrent pas »
Encore des locaux à saisir
Mais si l’ambition est là, sa concrétisation n’est pas pour demain. Le bâtiment racheté par la Ville doit subir de lourds travaux d’aménagement et Luc Gillmann confie :
« L’ouverture n’est plus pour ce mandat municipal [qui s’achève en 2020]. »
En attendant, des opportunités immobilières restent à saisir pour les porteurs de projet et de start-up, insiste l’élu :
« Si l’évolution est de créer une dynamique autour de l’économie sociale, solidaire et créative, il y a encore sur le site beaucoup d’espaces et de locaux libres, à des prix très accessibles. Notre objectif est de faire venir d’autres acteurs. »
À cela s’ajoute que le centre culturel turc prévoit de déménager prochainement – rue de la Charmille – et de revendre ses locaux de Grüber.
Projet immobilier en embuscade
Mais cette ambition pourrait-elle être contrecarrée ? L’un des propriétaires des locaux de Grüber a un projet de démolition de ses vastes locaux vacants pour y construire des logements. Pour l’heure, impossible pour lui de concrétiser car le plan local d’urbanisme consacre le parc Grüber à de l’activité économique. Le conseil municipal s’est opposé à une modification de cette orientation pour le prochain changement du PLU qui doit être voté à la fin de l’année. Mais à moyen terme, tout sera affaire d’appuis politiques. Pour l’heure Luc Gillmann veut rester optimiste :
« Il n’y a pas de modification du PLU prévu prochainement. Je ne suis pas favorable à du logement dans ce site économique. Le but n’est pas de mettre du logement et d’empêcher le foisonnement de projets mais au contraire de faire venir d’autres acteurs. S’il devait y avoir du logement, ce ne pourrait pas être avant l’horizon 2021, 2022. »
Entre économie sociale et solidaire et promotion immobilière, le cœur de la prochaine municipalité balancera-t-il ? Affaire à suivre…
À l’aide d’un fonds pour l’investigation journalistique dans l’Union européenne, Rue89 Strasbourg a mené une enquête de plusieurs mois sur le financement de l’extrême-droite via le budget du Parlement européen. Les travaux de notre équipe de cinq journalistes en Europe sont, pour l’heure, publiés sur notre site et dans le journal La Croix.
L’élection des eurodéputés approche. À cette occasion, Rue89 Strasbourg a mené une enquête internationale sur l’utilisation des fonds du Parlement par les nombreux partis européens d’extrême-droite. Notre investigation met en lumière un double discours de nombreux élus nationalistes : ils fustigent les dépenses de l’Union européenne, mais poussent ses règles imprécises à la limite et au-delà, dans le seul but de tirer un maximum de fonds pour ses différents partis.
Grâce au soutien du fonds « Journalisme d’enquête transfrontalier dans l’Union Européenne » (IJ4EU) géré par l’Institut International de la Presse (IPI) et le Centre européen pour la liberté de la presse et des médias (CELPM), nous avons pu collaborer avec cinq journalistes, actifs en France, en Allemagne, en Belgique, en Autriche et en Hongrie.
Un deuxième volet de l’enquête est publié ce jeudi 31 janvier sur Rue89 Strasbourg : « L’ombre de la Russie planait sur le parti européen domicilié à Matzenheim ». ll met en lumière cette fois-ci les activités plus politiques de l’Alliance européenne des mouvements nationaux (AEMN). En tant qu’observateurs, ses eurodéputés et collaborateurs ont beaucoup servi les intérêts de la Russie, en quête de légitimité démocratique, notamment pour son expansion en Ukraine.
Travail collectif
Nous vous proposons donc une plongée au cœur du Parlement européen, très certainement l’institution la plus démocratique et ouverte de toutes celles que comptent l’UE, mais qui, malgré tout, garde des zones d’ombre. C’est cette opacité que nous avons voulu percer, dans un contexte où les soupçons de fraude se multiplient.
Ce travail collectif nous a menés aux confins du Parlement européen pour mettre la main sur des documents internes jamais dévoilés auparavant et pour rencontrer des acteurs clefs capables de nous aiguiller sur les traces des secrets les mieux gardés des arcanes européens… C’est tout ceci que nous vous invitons à découvrir dès aujourd’hui – et au cours des prochaines semaines qui nous séparent encore du scrutin crucial du mois de mai.
En 2018, l’Institut international de la Presse (IPI) et le Centre européen pour la liberté de la presse et des médias a lancé la bourse « Journalisme d’investigation pour l’Union Européenne ». Rue89 Strasbourg est l’un des premiers bénéficiaires de ce soutien à l’enquête européenne.
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d’abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
Entre 2012 et 2017, l’Alliance européenne des mouvements nationaux (AEMN) et sa fondation affiliée ont perçu plus de 2,5 millions d’euros du Parlement européen. Domicilié à Matzenheim puis à Strasbourg, ce rassemblement d’ultranationalistes a surtout servi pendant 5 ans à redistribuer de l’argent aux mouvements identitaires européens. Études bidon, commandes à des entreprises proches d’un parti ultranationaliste hongrois, soutien financier à une figure du « nationalisme révolutionnaire », Gabriele Adinofli… Enquête.
Le parti européen était domicilié à Matzenheim, un village bas-rhinois de moins de 1 500 habitants. Dans la rue de Boofzheim, pourtant, aucun voisin n’a jamais entendu parler de l’Alliance européenne des mouvements nationaux (AEMN). C’est normal. L’adresse postale de Christian Cotelle n’a servi que de boite aux lettres à ce parti politique financé par le Parlement européen.
L’ancien conseiller régional du Front National ne s’en cache pas :
« Il n’y avait pas de réunion chez moi. Il leur fallait une adresse proche du Parlement européen. Je voulais rendre service aux gens dont je partage les convictions politiques. (…) Je recevais les courriers et je les faisais parvenir aux différents députés. »
Entre 2012 et 2017, l’AEMN et sa fondation affiliée – Identités et Traditions Européennes (ITE) – ont perçu au total près de 2,5 millions d’euros du Parlement européen. Suite à une réforme du financement des partis européens, entrée en vigueur en 2018, la formation n’a plus sollicité de subventions. Avec l’ancien règlement, le soutien individuel d’élus régionaux, nationaux ou européens suffisait à former une alliance subventionnée par le Parlement.
Une palette à l’effigie de l’Union Européenne décore l’entrée du village de Matzenheim. Un parti européen d’extrême-droite était domicilié à quelques centaines de mètres. (Photo Robert Schmidt)
Ainsi, des membres d’un même parti national ont pu créer plusieurs partis européens. Une pratique, désormais interdite, qui a profité à l’AEMN. Aujourd’hui, ce rassemblement de nationalistes ne satisfait plus aux nouveaux critères de représentativité dans sept pays membres de l’UE. Rue89 Strasbourg s’est penché sur les activités de l’Alliance Européenne des Mouvements Nationaux.
Un parti européen et peu d’élus
À sa fondation en 2010, l’AEMN est constituée de représentants de huit partis nationalistes en Europe. Le Front National et le Jobbik, parti d’extrême-droite hongrois, sont les formations les plus importantes. Les autres partis représentés n’ont quasiment aucun élu. Le British National Party (BNP) n’a que deux députés au Parlement européen. Le Front National belge est en voie de disparition en perdant tout mandat local et national. En Espagne, le Mouvement Social Républicain enchaîne les scores à moins de 0,1%. Pour les Italiens du parti Fiamma Tricolore, les résultats sont tout aussi minoritaires : aux législatives ou aux européennes, la formation ne dépasse qu’une fois 1% des voix. Autres membres, même scores : les Portugais du PNR et les Suédois de Nationaldemokraterna. L’AEMN mettra deux ans à réunir suffisamment de soutien pour être subventionnée par le Parlement.
La valse au sein de l’AEMN
Député européen depuis 1989 et vice-président du FN à l’époque, Bruno Gollnisch dépose les statuts de l’AEMN au Tribunal d’Instance d’Illkirch en janvier 2010. Il préside ce parti européen pendant trois ans. Puis la stratégie de dédiabolisation du FN impose de s’éloigner des Hongrois du Jobbik, parfois qualifiés de « néonazis ». Marine Le Pen, ancienne membre de l’AEMN, forme donc un nouveau parti européen, l’Alliance Européenne pour la Liberté, et demande aux autres membres français de quitter le rassemblement jugé « trop radical ».
Le parti hongrois du Jobbik prend donc les rênes de l’AEMN à partir de 2013. Toute la direction tourne autour d’un seul homme : Béla Kovács. Il préside et gère la trésorerie. Son assistant parlementaire, Valerio Cignetti, est secrétaire général. Après un rappel à l’ordre du Parlement sur la double fonction du président, Zmago Jelinčič, leader du SNP, parti nationaliste Slovène, devient trésorier. Le vice-président britannique, Nick Griffin, ne fait pas long feu au sein de ce rassemblement. Après avoir été accusé de détournement de fonds à des fins personnelles, il rejoint un autre parti anti-UE en 2014, l’Alliance pour la Paix et la Liberté (APF).
L’histoire de l’AEMN, c’est celle d’une valse d’élus nationaux ou régionaux. Ils ont adhéré au parti européen surtout pour lui permettre d’accéder aux subsides du Parlement. Pour ce faire, le rassemblement est ouvert aux nationalistes les plus radicaux : des élus du parti néonazi allemand (NPD) et grec (Aube Dorée) ont figuré sur la liste des membres de l’alliance.
Le soutien aux projets de Gabriele Adinolfi
L’AEMN a soutenu financièrement les projets de l’Italien Gabriele Adinolfi. Ce théoricien néofasciste cultive des liens réguliers avec les identitaires français et italiens. En 2018, il s’est rendu dans les locaux lyonnais et strasbourgeois du Bastion Social, comme Bruno Gollnisch, pour y parler de nationalisme révolutionnaire. En Italie, il est une référence pour le mouvement néofasciste Casapound. Dans un entretien à un site nationaliste français, il admet tout juste avoir participé « à orienter la formation de leurs cadres ».
Gabriele Adinolfi préside le think-tank Eurhope (contraction entre Europe et hope, espoir en anglais), lancé sur internet fin 2016 grâce au financement de l’AEMN. Il tient des conférences avecArnaud Naudin, ancien membre du Bloc identitaire, ou Konstantinos Boviatos, un assistant parlementaire du parti néonazi grec Aube Dorée. Le parti européen organise ainsi des rencontres dont le but est « d’établir une avant-garde politique européenne (…) qui favorise le nationalisme révolutionnaire européen en le dotant de moyens et d’influence. » Le projet global comporte aussi une structure économique, dont l’objectif est de financer la « réémigration » vers les pays africains.
En coopération avec l’AEMN, Gabriele Adinolfi a aussi organisé des excursions pour ses amis nationalistes. En septembre 2017, ils étaient une dizaine à se rendre au château de Dracula à Piatra Fântânele (Roumanie), situé à quelques kilomètres des anciennes frontières de l’Empire Romain. Selon un compte-rendu, le lieu a permis aux militants nationalistes de comprendre « qu’il est inutile de défendre vos frontières si les vampires derrière vous sucent votre sang. »
Une dizaine de militants nationalistes sont partis avec Gabriele Adinolfi pour une excursion en Roumanie en mai 2017. Un voyage organisé par l’AEMN. (Source : Eurhope)
Du plagiat financé par le Parlement
Dans son programme, le parti européen affiche sa volonté de produire des connaissances et de les partager. Sur un site internet dédié, l’AEMN a publié une trentaine d’études entre décembre 2014 et décembre 2017. Plusieurs de ces travaux sont constitués de plagiats. Ces publications présentent toutes la mention : « Cette étude a été financièrement soutenue par le Parlement européen. » L’argent du contribuable n’a pas servi à financer des recherches originales, mais il a pu servir à rétribuer des proches.
La fondation d’un homme politique italien, Ki An Asbl, a ainsi livré un travail sur lesystème de santé en Russie. Mais le lecteur peut y trouver des paragraphes entiers récupérés surWikipédia ou d’autres sites officiels européens, sans qu’il en soit fait mention. Une autre commande porte sur la politique climatique européenne. Elle est tirée, à la lettre près, d’unarticle publié sur le site d’information Politico. Contacté, le journaliste auteur du texte en 2013 a été surpris d’apprendre que son travail avait été réutilisé de la sorte.
En février 2015, la fondation Identités et Traditions Européennes (ITE) publie le résultat de sa commande auprès d’un ancien député du British national Party. Ce membre fondateur de l’AEMN y étudie la discipline des votes au sein du parti européen. Il reprend des pages entières d‘une étude de sciences politiques des Universités de Vienne et de Manheim, sans aucune forme de citation.
Exemple d’un paragraphe tiré du site internet du ministère des affaires étrangères des Etats-Unis. À gauche l’étude commandée par l’AEMN. (Impression d’écran)
Le secrétaire général de l’AEMN s’est défendu en mentionnant d’autres travaux n’ayant pas été publiés sur le site dédié. Selon Valerio Cignetti, la mention du financement des études par le Parlement européen était obligatoire, même pour des publications qui n’auraient donné lieu à aucune rétribution grâce aux deniers européens.
Des commandes à un proche du Jobbik
Quatre entreprises ou think-tanks hongrois ont livré plus de la moitié des études financées par l’AEMN et sa fondation. Elles appartiennent toutes au même homme : Richard Forrai, un acteur-clé de l’ascension du parti ultranationaliste Jobbik. En 2015, ce consultant était au cœur d’une enquête du site d’investigation de 444.hu. Les journalistes hongrois ont révélé qu’un tiers des fonds publics du Jobbik avait bénéficié à ce proche du président du parti.
Parmi les travaux hongrois financés par l’AEMN, l’intérêt européen de certaines publications pose question. Un sondage, dont la page de garde indique le soutien financier du Parlement européen, interroge les Hongrois : « Est-ce que George Soros est un milliardaire qui veut influencer la politique intérieure hongroise ? » Une autre étude porte sur la perception du Jobbik par les Hongrois. Le propriétaire de l’institut n’a pas souhaité communiquer le prix de ces travaux.
Contacté, un ancien analyste de l’entreprise reconnaît l’une des études financées par l’AEMN : « Je me souviens que l’un de nos questionnaires mensuels contenait la question à propos de Georges Soros ». Mais le nom du parti européen ne lui dit rien : « La plupart de nos travaux ont été commandés par la fondation du Jobbik et le quotidien Magyar Nemzet (qui a publié des résultats du sondage sur Georges Soros, ndlr) ».
Des réunions discrètes
Les réunions de l’AEMN sont restées confidentielles : aucun événement n’a jamais été annoncé aux 800 abonnés à la page Facebook du parti européen, inactive depuis mars 2014. Étrange pour un parti financé par le Parlement pour « contribuer à la création d’une conscience politique européenne ». Parmi les rares événements publics relayés sur internet, un week-end en Grande-Bretagne où le parti national britannique (BNP) est mis à l’honneur.
Au programme : combat de boxe, apprentissage du tir pour les enfants, sortie canoë et quelques débats. Les symboles du parti ultranationaliste britannique et son président Nick Griffin sont omniprésents dans le clip. L’organisatrice de l’événement y résume la portée européenne du rassemblement à la présence « d’amis hongrois avec leurs deux versions du goulache. » L’ancien président du BNP a décliné notre demande d’interview.
« L’AEMN doit être mis sous étroite surveillance »
Après deux années de financement européen, l’AEMN inquiète le secrétaire général du Parlement. Dans un document interne, Klaus Welle fait la recommandation suivante : « AEMN doit être mis sous étroite surveillance. » Le parti tarde à donner la preuve que des élus de sept pays de l’UE comptent toujours parmi ses membres. Une difficulté classique des petits partis européens à la limite du seuil exigé pour percevoir les subventions européennes.
La formation politique présente de « sérieuses faiblesses dans l’organisation administrative et financière » et des « cas douteux » poussent l’autorité du Parlement à rappeler l’AEMN à l’ordre dans un rapport :
« Tout financement direct ou indirect de partis politiques nationaux, ainsi que d’entreprises ou médias contrôlés par ces partis nationaux, ne sera pas accepté comme dépense éligible. »
En 2013, László Sípos a travaillé pour la comptabilité de l’AEMN. Ce membre de l’AEMN a été enregistré à son insu lors d’une conversation dans laquelle il fustigeait la gestion financière de sa formation. Le site d’investigation hongrois index.hu en a publié un extrait : « Je pense que (Nick) Griffin attend que je l’aide à voler. » László Sípos n’a pas non plus souhaité répondre à nos questions. Par e-mail, il a tout de même fait savoir qu’il s’agissait l’utilisation d’ »une conversation privée (…) enregistrée secrètement, prise hors contexte et biaisée. » Il a aussi rappelé que le parti européen et sa fondation ont pu continuer à bénéficier des fonds européens jusqu’en 2017.
Selon une note interne au Parlement européen, les partis européens sociaux-démocrates (S&D), conservateurs (EPP) et libéraux (ALDE) souhaitaient une réforme efficace pour « éviter d’autres abus des fonds accordés (…) aux partis d’extrême-droite ». Dans un communiqué publié en novembre 2017, la commission des Affaires constitutionnelles du Parlement explique sa méthode pour y parvenir :
« Désormais, les partis (toujours issus de sept pays différents ndlr) et non plus les individus, peuvent créer un parti politique européen. L’objectif est d’éviter qu’un parti politique national n’utilise ses membres pour mettre en place plusieurs partis européens, afin de maximiser son accès aux financements publics. »
Suite à l’entrée en vigueur de la réforme, l’AEMN ne pouvait plus prouver qu’elle était représentée par sept partis dans sept pays-membres de l’Union Européenne. Depuis septembre 2018, l’association existe toujours. Elle est domiciliée dans les locaux de leur expert-comptable strasbourgeois. Mais l’AEMN n’est plus financée par le Parlement européen.
« La naïveté européenne est finie »
Pour Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des Radicalités Politiques, le financement d’un tel parti par l’Union Européenne était « ahurissant » :
« Le vrai problème, c’est le soutien direct que l’Union Européenne (UE) a accordé à ce parti transnational qui comprend des gens extrêmement radicaux commele parti grec Aube Dorée par exemple. On est face à des gens qui sont des ennemis déclarés de la démocratie. L’AEMN réunissait très peu de gens qui ont un siège au Parlement européen (entre deux et six députés selon les années, ndlr). »
L’eurodéputée allemande Ingeborg Grässle (EPP), présidente de la commission des affaires constitutionnelles du Parlement, veut croire que les abus des partis politiques européens vont cesser. Elle admet les failles du système précédent :
« L’ancien règlement n’avait pas prévu ce genre de comportements qui visaient à exploiter des fonds européens, pour ne pas construire l’Europe mais à des fins purement nationales. C’est pour cela qu’il était urgent de changer le règlement. Le temps de la naïveté européenne est fini. »
Archives vivantes – Le Racing affronte ce soir le Paris Saint Germain. Malgré les progrès strasbourgeois, battre Paris comme en 2017 serait toujours considéré comme un exploit, tant son adversaire survole le championnat de France de foot. Il y a pourtant une époque où la réception du PSG était un match comme un autre. Dans l’histoire de la Ligue 1, Strasbourg possède l’avantage lors des confrontations au stade de la Meinau (11 victoires à 7). Retour en images sur cinq victoires marquantes.
Le Racing club de Strasbourg (RCS) va-t-il rééditer la surprise du 2 décembre 2017 ? La saison dernière, le promu avait été le premier tombeur du Paris Saint Germain en France comme en Europe. Ce mercredi 5 décembre, le plus gros budget de France se présente tout aussi dominant que l’année dernière : 14 victoires et un premier match nul dimanche face à Bordeaux.
Archives vivantes
Une rubrique proposée en partenariat avec l’INA Grand Est
Côté Strasbourgeois, l’équipe a passé un cap et n’est plus le petit promu qui revient des niveaux amateurs. Il ne reste que trois joueurs de l’époque en National, (Dimitri Liénard, Jérémy Grimm et Abdallah N’dour, les deux derniers étant blessés) et le club pointe à une belle 8ème place suite à une victoire convaincante à Rennes (1-4).
Les supporters s’aventurent parfois à regarder vers le haut du classement pour mesurer l’écart avec une qualification en Coupe d’Europe, entre la quatrième et sixième place. Mais dès que ce petit monde s’emballe, le RCS réalise un contre-performance, comme les matches nuls face à Guingamp, Toulouse ou les défaites face à Nantes ou Nîmes.
Malgré ces progrès notables, tout autre résultat qu’une défaite face au club des Qataris relèverait encore de l’exploit tant Paris domine. À la Meinau, à guichets fermés pour la 8ème fois sur 9 matches cette saison, l’Histoire de la Ligue 1 plaide pourtant pour les Strasbourgeois : 11 victoires, 9 matches nuls et 7 défaites pour un score cumulé de 29 à 25. Images et souvenirs de cinq matches mémorables.
1979, la Meinau en délire avant le titre
Ce match du mardi 29 mai 1979 est sûrement la victoire dans l’ambiance la plus folle de la saison. Il ne reste que deux matches et le Racing club de Strasbourg se bat pour garder la première place du classement. Depuis 1934 et la première saison en D1 du club, l’équipe n’était jamais parvenu à atteindre le haut du tableau. Cette année, les footballeurs strasbourgeois restent en tête depuis la 5ème journée, mais ne compte que deux points d’avance sur Saint-Étienne et Lyon. Pression.
Lors de cette saison au sommet, la Meinau est pourtant en travaux avec la construction d’une tribune couverte côté Ouest. Le stade ne peut accueillir « que » 29 500 spectateurs, soit plus qu’aujourd’hui, debouts pour la plupart. Plus que le récital sur le terrain, ce sont les péripéties en tribune par cette chaude journée du printemps qui marquent la mémoire du club. À l’époque où seule la télé publique existait, peu de caméras ont capté ces moments.
Extrait du journal télévisé de France 3 Île-de-France. Le début du sujet traite du match entre le Paris FC et Sochaux.
« Le match était programmé à 20h30 mais à 19h toutes les places debout étaient pleines ; c’est à ce moment-là que le speaker du stade demande de faire de la place pour les supporters arrivants par le train spécial. Franchement dans les tribunes on était déjà épaule contre épaule. À 20h, sous la pression, les responsables (irresponsables dirait-on aujourd’hui) ont ouvert les grilles du stade et environ 5 000 supporters sans billets sont rentrés dans le stade. »
« Sedna » embraye :
« C’est ainsi que de véritables grappes humaines se trouvèrent dans les arbres qui surplombaient la tribune debout ou accrochés aux pylônes d’éclairage et que d’autres étaient juchés sur le toit de la tribune debout. C’est vraiment cette image qui me reste en mémoire. »
Le stade de la Meinau avant 1979 (via archivesparisfootball.wordpress)
Au milieu des supporters sans billet, ceux à la mauvaise place, avec la ferveur et un soleil de plomb, un joyeux bordel règne dans les tribunes. « Un ami à moi, muni d’un billet, n’a jamais pu accéder aux tribunes et a écouté le match à la buvette. Avec la chaleur ce jour-là, plus le monde, pas question de quitter la tribune pour allez boire un coup à la mi-temps ; et à la fin du match il n’y avait plus rien à boire », poursuit bonjour24. « Le match se résumera pour beaucoup à écouter le transistor en n’apercevant du jeu qu’un ballon en l’air de temps en temps », complète aragon. Les échafaudages du chantier sont aussi utilisés par des spectateurs.
Sur la pelouse les joueurs s’assurent que l’ambiance soit au maximum avec un but de la tête du défenseur Jean-Jacques Marx dès la deuxième minute. Premier rugissement des gradins, alors que tout le monde n’a pas encore pris sa place, ce qui ajoute du désordre. Un frisson inverse parcourt le stade lorsque le PSG de Luis Fernandez (14ème au classement) est sur le point d’égaliser quelques minutes plus tard : le but est refusé pour une main. Strasbourg se met ensuite à l’abri grâce à deux buts de Roland Wagner (19ème) et Albert Gemmrich peu avant à l’heure de jeu. Les trois buteurs sont Alsaciens. La Meinau exulte, persuadée que Strasbourg sera sacré pour la première fois – et la seule à ce jour – de son histoire trois jours plus tard.
Plus d’images, sans commentaires, du match et de l’ambiance
À noter un dribble chaloupé digne de Neymar à 1’30 » (images Ina)
Comme ses poursuivants s’imposent, le Racing doit chercher au moins un match nul lors de la dernière journée à Lyon, le vendredi 1er juin. Des supporters se retrouvent dans les bars pour suivre le match… à la radio. Strasbourg s’impose 3-0 et la fête commence dans les rues quelques minutes avant le coup de sifflet final.
1974, première confrontation, première victoire
Fondé en 1970, puis scindé en deux en 1972 suite à une fusion houleuse, le Paris Saint Germain connait sa première saison dans l’élite sous son nom actuel en 1974/1975. Le promu se déplace pour la première fois chez le « Racing-Pierrot Strasbourg-Meinau ». Le stade de l’époque n’a qu’une tribune latérale couverte avec des larges virages ronds le long d’une piste d’athlétisme. Le terrain se situe non loin de champs et de pavillons résidentiels. Ce 1er décembre, 11 096 curieux viennent assister à cette affiche de deuxième partie du tableau.
Strasbourg s’impose 2-1 avec des buts d’Albert Gemmrich (26è) et du milieu offensif yougoslave Ivan Hlevnjak (45è). À en croire le compte-rendu de France Football, l’addition aurait pu être plus salée pour les néophytes, qui avaient pourtant égalisé par François M’Pelé (36è). En fin d’année, Strasbourg termine 9ème et Paris se maintient, 15ème. Le PSG ne redescendra plus.
Photographie aérienne du stade de la Meinau et ses alentours en 1972. (source IGN / Remonter le temps)
1996, coup de grâce pour le leader
Ce 17 février, Paris est leader de Division 1 depuis novembre. Mais le PSG de Youri Djorkaeff, Alain Roche, Rai ou Patrice Loko a montré quelques signes de faiblesse lors de deux défaites face à Monaco et Montpellier lors des journées précédentes. Ce déplacement face à une équipe de milieu de classement (9ème) est l’occasion de se relancer pour l’équipe contrôlée alors par la chaîne Canal +.
Mais Marc Keller, attaquant alsacien auteur de 8 buts cette année-là, et ses coéquipiers ne l’entendent pas de cette oreille. Frank Lebœuf marque un penalty face à Bernard Lama et Strasbourg s’impose 1-0. De beaux gestes des deux côtés (ailes de pigeon, ciseaux acrobatique, combinaison à deux) émaillent la rencontre à l’exception d’un gros tacle parisien en fin de partie, ponctuée d’un carton rouge à Pascal Nouma. Le PSG marque le coup et se fera rattraper au printemps. Il finit 2ème, doublé par Auxerre. Vainqueur de la Coupe de France l’année précédente, Strasbourg reste à cette 9ème place jusqu’à la fin de l’année.
Inteviews avec Jacky Duguépéroux, entraineur, et David Zitelli (France 3 Alsace / Ina)
2005, la dernière avant le chaos
Si « l’exploit » strasbourgeois de 2017 a fait le tour du monde, la dernière victoire ne remontait pourtant pas à il y a si longtemps : « seulement » trois confrontations en Alsace et 12 ans, c’est-à-dire en 2005. Ce 19 février, Michaël Pagis, Mammadou Niang, Yacine Abdessadki et… Guillaume Lacour contre son camp marquent tous face à un PSG moribond (3-1). Alors que le PSG a joué la Ligue des Champions en début d’année, il compte dans ses rangs Pauleta, qui rate un pénalty, ou l’ancien attaquant strasbourgeois Daniel Ljuboja. Le club parisien vient de changer d’entraîneur et parle davantage de maintien que d’objectifs européens en cette fin d’ère Canal +. Les deux équipes finissent proche au classement (9ème pour Paris et 11ème)
À cette époque, le stade est loin d’être plein malgré le pedigree de l’adversaire, 16 000 personnes sur 26 000 places environ. Les supporters ne le savent pas, mais ils vivent la dernière « belle » saison du Racing des années 2000, qui finit 11ème et remporte la Coupe de la Ligue. L’année suivante, le club descend en Ligue 2, remonte une petite année pour repartir aussi vite et échouer à faire « l’ascenseur » en 2008/2009. Ces saisons décevantes, sans grand enthousiasme côté gradins, amorcent le début des déboires financiers du club qui frôle la liquidation et se voit rétrograder au cinquième échelon (CFA 2, amateur).
Interviews avec Mammadou Niang et Jacky Duguépéroux, entraineur (à nouveau). Images France 3 Alsace / Ina
2017, la plus inattendue
Strasbourg retrouve l’élite après 9 saisons d’absence et n’a aucun autre objectif que le maintien. L’ogre parisien n’a perdu aucun match en France ou en Ligue des Champions. C’est un match sans pression un samedi après-midi de décembre à Strasbourg où l’on vient voir les stars Neymar, Cavani ou le prometteur Kilian Mbappé. Le président Qatari Nasser Al-Khelaïfi a fait le déplacement. Même à l’ouverture du score en début de match par Nuno Da Costa de la tête (13è), on se dit que l’honneur est sauf et que Paris et ses stars, piqués dans leur orgueil, vont hausser le ton. Le PSG égalise d’ailleurs à 1-1 grâce à Kilian Mbappé, puis tire sur le poteau en fin de première mi-temps. L’étau se resserre…
Mais Strasbourg a décidé d’être ultra-efficace avec deux tirs pour… deux buts. Un dégagement anodin dévié de la tête, se transforme en missile de Stéphane Bahoken (65è). La suite de la deuxième-mi temps est une bataille de tranchées. Une résistance marquée par un long changement de gardien. Jusqu’à un choc à la tête, l’espoir Bingourou Kamara a bien tenu ses cages, impuissant sur le but. Alexandre Oukidja, le gardien des années National et Ligue 2, termine la rencontre avec des parades de haut vol, notamment lors des 9 minutes (!) d’arrêt de jeu. L’Équipe titre « À eux l’exploit ».
Deux buts strasbourgeois en autant de tirs et beaucoup d’occasions parisiennes ratées. Strasbourg tient son exploit.
Et aussi
Parmi les matches épiques entre parisiens et strasbourgeois, celui de 2003 sous la neige, un ballon orange sur terrain blanc. Mais cette confrontation s’achève par une défaite 1-0.
À Paris, une autre histoire
Du côte de la capitale, nul besoin de grande recherche pour trouver des images de victoire du Racing. Paris a remporté 21 des 27 confrontations, sur un score cumulé de 50 à 12. Les Strasbourgeois n’ont ramené que 6 matches nuls. En 2018, la rencontre s’était soldée sur un sévère 5-2 malgré l’ouverture du score strasbourgeoise dès la 5ème minute et un retour à 3-2 en deuxième mi-temps. Les Bleus et blancs tenteront une nouvelle fois leur chance en avril. Si la saison des deux équipes continue sur les bases actuelles, Paris serait alors presque champion, tandis que Strasbourg serait quasiment maintenu. Voire à quelques victoires d’une coupe d’Europe ?
Le propriétaire de l’immeuble qui accueille le bar associatif « L’Arcadia » n’a pas renouvelé le bail du groupuscule identitaire. Le Bastion social doit donc quitter le local qu’il occupe au 29 rue Vauban, dans le quartier de l’Esplanade.
Un an après l’inauguration de son bar associatif, L’Arcadia, le Bastion social doit quitter le 29 rue Vauban. Le propriétaire, Jean-Jacques Leininger n’a pas souhaité renouveler le bail précaire signé avec le mouvement identitaire.
Peu loquace, il évoque d’abord des « raisons d’ordre personnelles » avant de dénoncer les dégradations commises à plusieurs reprises contre la vitrine de l’ancien débit de tabac :
« L’immeuble entier m’appartient. J’ai pris ma décision tout seul. Bien sûr que ce choix peut être lié aux dégradations. J’ai porté plainte à plusieurs reprises. Toutes les plaintes ont été classées sans suite. On a laissé faire les organisations d’ultragauche… »
Fin septembre, une vingtaine de militants antifascistes avaient brisé la vitrine de L’Arcadia. (Photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)
Depuis l’inauguration du local, Jean-Jacques Leininger était resté insensible aux manifestations et au vote du conseil municipal pour la fermeture de L’Arcadia. Au téléphone, le propriétaire affirme avoir passé un contrat avec l’association locale « Solidarité Argentoratum » et fait semblant d’ignorer qu’elle n’est que le prête-nom du groupuscule identitaire. L’implantation de ce « bar associatif » avait pris la suite d’un débit de tabac et journaux, qui avait fermé quelques mois plus tôt.
« L’Arcadia se délocalise »
Sur Facebook, le Bastion Social a annoncé « L’Arcadia se délocalise » en promettant une réouverture prochaine « avec quelque chose de plus grand ». Une promesse raillée par le groupe de la Brigade Antifasciste (Baf) :
« Le propriétaire de L’Arcadia en a sûrement marre de voir son local saccagé à plusieurs reprises. (…) Les fascistes annoncent un nouveau local plus grand alors qu’ils n’arrivaient pas à remplir le local situé 29 rue Vauban. »
Contacté, le Bastion Social strasbourgeois, la BAF et le collectif Fermons l’Arcadia n’ont pas donné suite à nos demandes d’interview.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Trop critique envers l’administration pénitentiaire, le Genepi, principale association intervenant auprès des détenus, se voit retirée sa subvention et sa convention par le gouvernement. En Alsace, c’est silence radio de la part des établissements sur la poursuite de la collaboration. Les bénévoles locaux craignent des conséquences dévastatrices pour les détenus, dans un contexte de surpopulation et de délabrement des établissements.
Les prisonniers d’Alsace vont-ils perdre une de leurs rares bulles d’air ? C’est ce que craint le Genepi (Groupement Etudiant National d’Enseignement aux Personnes Incarcérées), la principale association intervenant en prison dans un but de réinsertion. À la demande de la ministre de la Justice Nicole Belloubet, l’administration pénitentiaire a rompu fin septembre la convention qui les liait et par ricochet la subvention annuelle de 51 000€. Les quelques 900 bénévoles du Genepi interviennent bénévolement depuis 42 ans dans 52 prisons françaises pour animer des ateliers scolaires et socio-culturels. En 2017-2018, environ 2 000 détenus en bénéficiaient.
La maison d’arrêt de Mulhouse est surpeuplée, comme d’autres établissements alsaciens. Le Genepi n’y intervient pas mais intervenait non loin de là, à la maison centrale d’Ensisheim (Photo wikimedia commons)
Mais depuis fin septembre, la moitié des établissements leur a fermé ses portes. Ce sont pas moins de 26 établissements qui ne recevront plus les étudiants bénévoles. Dans l’Est, la Direction du centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville écrivait le 7 novembre au Genepi pour reporter une réunion en raison de « l’absence de convention », et lui indiquait qu’un autre cadre devra être trouvé, dans lequel ses interventions pourraient avoir lieu. Elle évoque alors le nom d’une autre association comme « possible piste ».
Les différents types d’établissements pénitentiaires
Les maisons d’arrêts accueillent des détenus encourant des peines de moins de deux ans et les personnes en détention préventive. Il y en a 3 en Alsace : Strasbourg (Elsau), Colmar et Mulhouse.
Les centres de détention accueillent des détenus encourant des peines d’au moins deux ans. Les conditions d’incarcération sont plus souples qu’en Maison centrale. En Alsace, il y a le centre de détention d’Oermingen.
Les maisons centrales accueillent des détenus condamnés à de lourdes peines, souvent à perpétuité. La prison d’Ensisheim, dans le Haut-Rhin, est une maison centrale.
Les centres pénitentiaires sont des établissements mixtes avec plusieurs régimes de détention. Cela doit être le statut de la future prison de Lutterbach.
En Alsace, l’association intervient à la maison centrale d’Ensisheim (68) et au centre de détention d’Oermingen (67), pour des ateliers scolaires mais aussi des ateliers théâtre, musique, photo, etc. Le Génépi a pour habitude d’entamer ses activités au mois de décembre, et renvoie en ce sens à chaque rentrée ses propositions et demandes. Pour l’instant, elles n’ont pas repris. Les contacts sont minimes et un rendez-vous est donné fin décembre avec la Direction Interrégionale des Services pénitentiaires.
En attendant, le statu quo inquiète le Genepi et Clara Samson, sa déléguée régionale Est, pour qui la rupture de la convention est presque la fin annoncée de ses activités :
« On pourrait s’en sortir sans la subvention de l’administration pénitentiaire, mais de celle-ci dépendent d’autres financements, qui passent à la trappe : celles des ministères de la justice et de la jeunesse et des sports par exemple. En plus, la convention permettait des conditions d’interventions facilitées. »
« Le cœur de la décision, c’est que le Genepi a baissé de près de 80% ses heures d’intervention : ils sont passés de 12 000 heures à environ 5 000 aujourd’hui. Par rapport à 2015, et le nombre d’établissements a baissé de 35% ».
Une hypocrisie pour le Genepi, qui avance que ses bénévoles sont toujours aussi motivés qu’avant, mais ne veulent pas être utilisés comme des « pions », selon les mots de Clara Samson :
« J’imagine que la DAP n’aime pas trop les ateliers socio-culturels car c’est compliqué pour eux d’avoir des gens en capacité de réfléchir. Mais nous faisons toujours une majorité de scolaire : seulement, nous ne voulons pas non plus nous substituer à l’Éducation nationale. »
Clara concède que le Genepi s’est parfois volontairement mis en retrait, mais pour des raisons « éthiques » :
« C’est vrai que nous avons fait moins d’interventions, mais les responsabilités sont partagées : parfois, on contacte des établissements et on a une réponse 6 mois après. Parfois, il faut renvoyer un mail toutes les deux semaines avant chaque atelier, et une fois devant la porte, nos intervenants se voient signifier que leur nom ne figure pas sur la liste ou que les détenus n’ont pas été mis au courant. Quand la décision d’arrêter vient de nous, c’est parce que les conditions d’interventions sont trop mauvaises : si les détenus sont fouillés avant et après l’atelier, s’il y a des caméras de surveillance ou un surveillant dans l’atelier, nous refusons d’intervenir. »
Le Genepi s’est aussi donné pour mission de sensibiliser le grand public sur les conditions de vie en prison. Ici, une cellule de 9m² (Photo Genepi)
Pour la DAP, difficile de faire l’impasse sur la sécurité :
« La vidéo-surveillance et les fouilles, ce sont des problématiques qui peuvent être perçues comme humiliantes, mais qui pour nous sont classiques et qui concernent tous les intervenants. Nous ne pouvons pas nous permettre d’alléger les conditions de sécurité. »
Une sanction politique
Les conditions d’intervention, mais aussi les conditions de détention, c’est là le fond du problème pour le Genepi. L’association dénonce une sanction politique pour punir ses actions de communication.
Elle organise des conférences, des actions coup de poing, des expositions, ou encore des reconstitutions de cellules de prison. En février 2018, des militants déployaient des banderoles sur le Pont des Arts à Paris. Le slogan est sans équivoque : « L’État enferme, la prison assassine ». En 2017, l’association a également diffusé des faits et statistiques sur des affiches ou t-shirts pour alerter sur les conditions de vie : « Je dois régulièrement me mettre à nu devant des inconnus », ou « Le droit du travail n’existe pas ». Les slogans sont suivis de la mention « En France, en prison ».
Arrêter de « subventionner une association qui nous critique »
La ministre de la justice Nicole Belloubet a confirmé lors d’une interview sur France Inter (à 18 mn 20) que la rupture est politique. La DAP ajoute que le timing est dû à des attaques devenues de plus en plus personnelles :
« Le Genepi est passé d’un discours philosophique sur la prison à un discours véhément sur les administrations et le personnel. Quand il dit que la prison tue, alors que le nombre de morts en prison a sensiblement baissé, c’est blessant pour ceux qui y travaillent, les surveillants, les Spip (Services Pénitentiaires d’Insertion et de Probation)… Il paraît donc logique qu’on arrête de subventionner une association qui baisse ses heures et qui nous critique. »
Clara Samson rappelle que le volet sensibilisation de l’association n’est pas nouveau :
« Notre but est de faire le lien entre le dedans et le dehors, car ces sujets sont tabous. L’administration pénitentiaire considère que nos méthodes sont radicales, mais nous nous faisons juste le miroir de ce qui se passe. Parler des suicides en prison, c’est dire la vérité. Depuis le début de l’année, il y a eu 95 morts suspectes. »
La Direction de l’Administration Pénitentiaire trouve illogique de continuer à subventionner une association trop critique à son égard. Ici, une campagne de dénonciation des conditions de détention (Photo Genepi)
Une atteinte à la dignité humaine
Pour Coralie Maignan, élève-avocate et ancienne secrétaire du Genepi, l’administration veut limiter les témoignages sur les conditions de détention :
« Rien qu’en parlant d’espace vital, les conditions des détenus sont indignes : à 3 ou 4 dans des cellules de 9m², ce que l’on observe dans n’importe quelle maison d’arrêt en France, on est en-dessous des 3m² d’espace, ce qui contrevient à l’article 3 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) qui interdit les « traitements inhumains et dégradants ». Ces espaces, ils y sont enfermés 22 heures sur 24. Sans parler de l’insalubrité : l’article 8 de la CEDH garantissant le respect à la vie privée et l’intimité n’est pas non plus respecté quand les toilettes des cellules ne sont pas cloisonnées. »
En Alsace, les prisons sont surpeuplées : la maison d’arrêt de Colmar accueille 191 détenus pour 119 places prévues et celle de Strasbourg quelques 750 détenus pour 444 places. En 2015, l’établissement de l’Elsau avait reçu des recommandations de la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté. Son rapport faisait état de conditions déplorables : lits moisis, absence d’eau chaude, surveillance défaillante…
Le Genepi n’intervient dans la capitale alsacienne depuis 2016 suite à une mésentente avec la directrice. Renouer avec cet établissement semble désormais compliqué dans le contexte actuel local comme national.
Moins d’ateliers, plus de violences, moins de réinsertion
Coralie Maignan insiste sur les conditions de détention car elle considère qu’elles sont à la fois causes et conséquences de la décision de rupture :
« Si les détenus n’ont plus accès aux ateliers culturels, alors la réinsertion n’est pas permise. Cela risque également d’engendrer une hausse des violences, sur les surveillants notamment, et une hausse des suicides. De toute façon, le problème est systémique. Ce sont des conditions de vie que personne ne supporterait. »
D’après elle, les détenus sont très en demande de ces sessions sans surveillance et relation hiérarchique :
« Quand on avait fait un atelier musique à la prison d’Ensisheim, il y avait 10 détenus sur 100, ce qui est beaucoup ! Il faut se rendre compte que pendant toute la détention, le détenu est infantilisé. Avec nous, il avait un rôle actif et se mettait en valeur. J’ai croisé un ancien détenu qui me disait que ces ateliers le faisaient « tenir ». Il a parlé de « lumière » qu’il « attendait toutes les deux semaines » ».
Selon elle, ce sont les détenus des maisons d’arrêt qui ont le plus besoin de ces ateliers et seront le plus impactés. Purgeant de courtes peines, ils ont besoin de garder ce lien avec l’extérieur et de préparer leur réinsertion à la sortie. À la maison centrale d’Ensisheim, un concert avait pu être organisé.
Malgré cette relation de confiance, la collaboration pourrait s’éteindre craint Clara Samson :
« Cet établissement est au courant de notre engagement politique mais sait aussi le besoin des détenus. Si nous ne sommes plus là, on peut se demander qui va venir, surtout dans un lieu aussi isolé. C’est vraiment dommage car légalement, chaque détenu doit avoir 5 heures d’activités hebdomadaires. »
Le Genepi dénonce notamment des morts suspectes et estime être sanctionné par l’administration pénitentiaire pour en avoir parlé (Photo Genepi)
Officiellement, le Genepi peut continuer
Mais paradoxalement, la DAP se dit assez confiante sur la poursuite des activités et réfute que la rupture de convention pénalise les détenus. Elle se dit même étonnée que le Genepi affirme ne plus pouvoir intervenir dans des établissements :
« Il n’y a pas de raison que cela arrive, de nombreuses associations interviennent bénévolement, sans convention. »
Ce serait dès lors au Genepi de ne pas se braquer :
« Personne ne remet en cause l’importance du Genepi pour l’administration pénitentiaire. Au local, il y a autant de situations que d’établissements. Et c’est la direction de chaque établissement qui a le dernier mot. Pour nous, pour que ce ne soit pas défavorable aux détenus, il faut que les bénévoles locaux ne soient pas découragés par une rupture de convention au niveau national. »
En attendant, Clara Samson pointe les contradictions du ministère de la justice :
« On ne comprend pas la logique du plan prison de Nicole Belloubet : il prône la réinsertion mais nous met à la porte. On nous reproche de ne pas faire assez d’heures, donc on nous fait tout arrêter. »
Un citoyen strasbourgeois s’étonne de la campagne mettant en scène Donald Trump pour inciter à voter aux élections européennes. Selim Degirmenci, juriste, questionne sa légalité. Voici son analyse juridique.
Il y a près d’une dizaine de jours, les Strasbourgeois découvraient des affiches, 150 au total, disséminées dans l’espace public sur différents éléments du mobilier urbain, ainsi que sur les pages Facebook et Twitter de la Ville de Strasbourg.
Il manque… la date limite
La campagne d’affichage en question, commandée par la Ville, se voulait un vecteur de sensibilisation destiné à inciter les citoyens non-encore inscrits sur les listes électorales à accomplir les démarches en ce sens, dans la perspective des élections européennes du 26 mai 2019, et ce, avant la date du 31 décembre 2018 – échéance, qui, au demeurant, ne figure pas sur l’affiche en question (!).
Listes électorales : la crise de 2017
La Ville de Strasbourg a énervé des centaines, voire des milliers de citoyens lors des élections de 2017 en radiant plusieurs milliers d’électeurs qui n’habitaient plus à l’adresse indiquée, sans les avoir contactés. Certains votaient depuis des années dans un mauvais bureau de vote et s’en sont vu empêchés subitement. Communiquer sur la (bonne) inscription sur les listes électorales avant la fin de l’année n’est donc pas anodin localement, au-delà des enjeux européens.
Jean-François Gérard
L’affiche, qui montre un portrait du président des Etats-Unis, Donald Trump, en partie surplombé d’une étoile bleue, elle-même ornée du drapeau de l’Union européenne, vise ainsi à mobiliser les électeurs potentiels autour d’un rejet de la figure de Trump, sachant que le président américain est régulièrement pointé du doigt pour son isolationnisme, son « populisme » (dixit Roland Ries) ou encore son protectionnisme économique. Cette référence à Trump n’est sans doute pas étrangère à la montée en puissance, au sein de l’Union européenne, de dirigeants ou de mouvements politiques comparables, à l’instar de Viktor Orban en Hongrie, de Matteo Salvini en Italie, du parti Droit et justice (PiS) en Pologne ou encore de l’AfD en Allemagne.
Aussitôt rendue publique, l’affiche en question n’a pas manqué de faire parler d’elle, notamment sur les réseaux sociaux ; et beaucoup l’ont trouvée peu opportune, voire déplacée, suscitant des réactions pouvant se résumer à : « Que vient faire Trump dans les élections européennes ? », « L’Europe n’aurait-t-elle donc rien d’autre à dire pour mobiliser ses citoyens ? », ou encore « Revient-il à la Ville de prendre ainsi parti ? Est-elle dans son rôle en agissant de la sorte ? ».
Que dit le droit ?
C’est précisément cette dernière question qui nous intéressera dans le cadre de ces quelques lignes, et ce, du point d’un point de vue juridique.
Si, à première vue, la décision de mettre en place cette campagne n’a pas été formalisée par une délibération du conseil municipal, il n’en demeure pas moins que celle-ci a été révélée par le déploiement desdites affiches. Dès lors, cette décision administrative se doit de respecter la légalité, c’est-à-dire l’ensemble des règles de droit applicables aux collectivités publiques.
Ainsi, l’on peut, en premier lieu, se poser la question de la compétence de la ville de Strasbourg pour mener une telle campagne. L’exécutif municipal est certes bien compétent pour l’organisation des élections, et contribue, à ce titre, à la tenue et à la révision des listes électorales, en vertu du Code électoral.
La campagne n’incite pas seulement à s’inscrire
Toutefois, la campagne d’affichage en cause ne se limite pas à appeler les électeurs potentiels à venir s’inscrire sur les listes électorales. Elle leur suggère également indirectement d’accomplir un tel acte (« je m’inscris et je vote ») afin d’enrayer une tendance politique incarnée par Donald Trump. En cela, la campagne délivre indéniablement un message visant à suggérer une préférence politique, même si cette suggestion consiste en un rejet et non en une adhésion exprimée formellement en faveur de telle ou telle candidature. Dès lors, il peut être considéré que la ville de Strasbourg a outrepassé l’étendue des compétences qui lui sont dévolues pour être exercées « au nom de l’État ».
La campagne polémique, au sein même des rangs de la majorité.
Quant au fond, la juridiction administrative a déjà été amenée à se prononcer sur la légalité de l’apposition par des collectivités territoriales de « signes symbolisant la revendication d’opinions politiques, religieuses ou philosophiques sur des édifices publics ». Le Conseil d’Etat avait estimé en 2005 qu’une telle exposition était contraire au « principe de neutralité des services publics ». En l’espèce, le message véhiculé par l’affiche décrié pourrait être analysé comme exprimant la revendication d’une opinion politique consistant dans le rejet de la personne de Donald Trump, de ses orientations politiques et ou de sa manière d’exercer le pouvoir.
Une interrogation pourrait toutefois être soulevée quant à la qualification des mobiliers urbains servant de support à cette campagne : s’agit-il d’ »édifices publics » ? Il nous semble qu’une telle qualification est pleinement envisageable en ayant une appréhension souple de la notion d’ »édifices publics », à laquelle s’assimilerait la notion d’ »emplacement public ». Dès lors, les mobiliers urbains concernés par la campagne d’affichage en question étant situés sur le domaine public de la commune, cette campagne d’affichage pourra bien se voir appliquer la grille de lecture donnée par le Conseil d’État. D’ailleurs, le rapporteur public, sollicité pour donner son avis sur cette affaire, avait affirmé, en des termes dénués d’équivoque, que : « le simple passant est en droit d’attendre des autorités responsables d’un service public qu’elles ne lui imposent pas, sur la voie publique, la vue d’un signe symbolisant un attachement particulier à un courant de pensée, à un parti politique ou à des convictions religieuses ».
La campagne d’affichage en question paraît ainsi des plus fragiles du point de vue de sa légalité. Pour finir, les propos prononcés par Jean-François Lanneluc, directeur de la communication de la Ville de Strasbourg et directeur de cabinet de Roland Ries, au sujet de la campagne d’affichage, méritent d’être relevés pour leur caractère on ne peut plus cocasse : « La base de la démocratie, c’est le débat. Si les gens débattent, j’espère qu’ils auront envie de s’inscrire et ensuite de voter ; et… naturellement de choisir librement ceux qu’ils souhaiteront ». On peut douter de la sincérité de ce vœu et de la volonté de respecter ce principe libéral aux fondements de nos démocraties électives.
Témoignages spontanés, souvenirs (ou oublis) intrigants et petits changements à l’initiative d’établissements nocturnes… La crainte de se trouver avec son verre piégé à son insu par du GHB et ses dérivés, difficilement détectables, a été réactivée de manière visible ces derniers mois à Strasbourg. Les urgences et la police n’ont pourtant observé aucune recrudescence dans le même temps.
« J’ai l’impression d’être passée à côté du pire. » Manon (les prénoms des témoins ont été modifiés) a la certitude d’avoir été droguée contre son gré pendant qu’elle était au Kalt, une boite de nuit strasbourgeoise. Le dimanche 23 septembre, elle se réveille dans un sale état : elle ne se souvient plus de sa soirée, elle est prise de nausées et tient à peine debout.
La jeune femme décrit les symptômes à un ami médecin. Il soupçonne une contamination au GHB, un acide connu sous le nom de « drogue du viol ». Alors elle fonce aux urgences grâce à un ami, présent à ses côtés. « Elle voulait une preuve tangible », se souvient celui qui a alerté Rue89 Strasbourg, comme deux autres habitants ces trois derniers mois, chose inhabituelle.
Suite à un mail d’un lecteur, Rue89 Strasbourg a recueilli les témoignages de plusieurs personnes convaincues d’avoir été droguées à leur insu. (Photo Abdesslam Mirdass)
La longue attente des résultats
Manon est restée près de huit heures aux urgences, sous perfusion. La jeune femme se souvient : « J’ai dû raconter mon histoire à une dizaine de personnes » Elle a attendu plus d’un mois pour recevoir ses analyses. Le résultat pour les benzodiazépines, molécules proches du GHB, est négatif. Mais la Strasbourgeoise reste inquiète : la drogue du viol ne se détecte que 12 heures après consommation grâce à un test urinaire. Aux urgences, Manon a donné son sang et elle craint que le délai de détection n’ait été dépassé… Avec l’aide de la direction du Kalt, un ami de Manon a visionné les extraits de vidéosurveillance : sans plus de succès.
D’autres personnes interrogées ont vécu des expériences similaires à Strasbourg depuis l’été. Une soirée sans excès dans un bar du centre-ville et puis « c’était comme si j’avais sniffé du triclo (dégraissant ultrarapide, ndlr) ou bu une bouteille de whisky en 10 minutes », raconte Romain. Pour ce quadragénaire, le week-end de la Toussaint est fait d’un « trou noir » et de « deux jours au lit avec un énorme mal de crâne. » Il soupçonne le fameux GHB avant d’être convaincu par un ami : « J’ai appris plus tard que cinq autres personnes étaient aussi victimes de ça le même week-end. »
Début novembre encore, Krutenau toujours, Julie fête l’anniversaire d’un ami. Elle arrive tard, vers 23h et boit deux verres de rosé et une moitié de gin tonic au cours de la soirée. La jeune femme de 23 ans s’est réveillée sans aucun souvenir de la majeure partie de sa soirée au Living. Elle se rappelle encore d’une tournée offerte par deux inconnus, à son arrivée. Le lendemain, l’étudiante se sent « hyper mal. J’avais trop mal au ventre et envie de vomir, c’était horrible j’avais l’impression qu’il y avait des travaux dans ma tête. » L’étudiante n’a pas eu la force de se rendre aux urgences ni au commissariat un lendemain de soirée. Comme deux amies à ses côtés ce soir-là, elle est convaincue d’avoir été droguée à son insu :
« Je ne me souviens plus du tout de ce que j’ai fait dans la boite mais nos amis nous ont dit qu’ils nous avaient jamais vu comme ça. On était excitées vraiment et c’était pas possible que ce soit lié à l’alcool avec deux verres. Je sais comment je suis quand j’ai bu, et là j’avais pas assez bu. «
La police et les urgences ne détectent rien d’anormal
Au commissariat de police de Strasbourg, le chargé de communication est étonné de notre demande. « S’il y avait un phénomène au sujet du GHB, nous aurions déjà appelé à la vigilance. » Du côté de l’association Ithaque, spécialisée dans la réduction des risques liés à la consommation de drogue, c’est le même étonnement :
« Le problème apparent, aujourd’hui, c’est plutôt la banalisation de l’ecstasy et sa consommations sur tout un week-end. »
« Nous n’avons noté aucun cas récent de contamination au GHB », affirme le responsable des urgences strasbourgeoises. Mais le Pr Pascal Bilbault tempère son propos :
« Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de verres piégés à Strasbourg. Les tests de GHB ne font pas partie de notre routine. Les analyses sont réalisées quand quelqu’un s’est retrouvé dénudé à un endroit sans savoir pourquoi ou à la demande de la police. »
GHB : de l’euphorie à l’amnésie
Les symptômes décrits par le professeur Bilbault correspondent bien aux témoignages recueillis :
« Dans le GHB, ce qui domine c’est surtout le sentiment d’euphorie après la prise puis l’amnésie totale le lendemain. Lorsqu’on a bu un coup, on se réveille et on se souvient quand même de ce qu’on a fait. Avec le GHB, les personnes ne se souviennent de rien. »
L’Elastic Bar prend le phénomène au sérieux. Les employés incitent les fêtards à laisser leur verre derrière leur bar lorsqu’ils sortent pour fumer. Une barmaid, Aurélie Garcia, a lancé l’alerte après avoir, en quelques semaines, rencontré quatre clients convaincus d’avoir été drogués au GHB :
« L’une d’elle s’est réveillée dans un couloir qu’elle ne connaissait pas, sa veste était cassée et elle avait des cheveux en moins. Mais elle ne m’a pas dit si quelque chose lui était arrivée… Quand t’es barmaid, les gens se confient à toi mais il y a des limites. »
« Une paranoïa s’installe »
L’incompréhension règne sur le sujet. D’autant qu’aucun témoin ne fait état de tentative de viol ou de vol. Il manque donc un mobile pour les piégeurs présumés de verres. « Forcément, il y a une paranoïa qui s’installe », lâche Aurélie Garcia.
Face à un phénomène difficile à recouper, les habitués du monde de la nuit appellent tous à la vigilance. Au Kalt, une petite pancarte a été récemment accrochée derrière le bar. Elle incite sobrement le clubber à faire attention à son verre. L’établissement a envisagé d’acheter des couvercles pour les verres, ou de pailles dont la couleur change en présence de GHB. Des mesures bien intentionnées, mais peu efficaces selon Arnaud Aubron. Dans « Drogues Stores : dictionnaire rock, historique et politique des drogues », paru en 2012, l’ancien journaliste notait :
« Comme toute bonne panique irrationnelle, la peur du GHB créa elle-même un marché rentable, chaque nouveau gadget comme le « verre anti-GHB » ou le détecteur optique de GHB étant salué comme une avancée. (…) Mais, malgré ce branle-bas de combat, le fléau demeura imaginaire. Moins de dix cas avérés ces cinq dernières années (en ndlr). »
Mais les mauvais souvenirs ou l’appréhension sont, eux, bien réels et alimentent les discussions.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
La Neustadt, la cathédrale et la Petite-France, le Strasbourg de la vieille pierre. L’espace Malraux, Rivétoile et les Deux Rives, Strasbourg du béton et des verrières. Deux facettes, deux ambiances… Et deux parfums aussi, à en croire Piet.
Jusqu’au 21 décembre à Stimultania, la photojournaliste Mélanie Wenger focalise son regard sur la tradition de la chasse, ses protagonistes et ses ambivalences, au travers de quatre séries et d’une narration interactive.
Vue de l’exposition Au bout des fusils (Photo Stimultania / doc remis)
Neufs portraits en grand format alertent les visiteurs à l’entrée de l’exposition Au bout des fusils : des chasseurs, des guides, des braconniers, des rangers anti-braconnage et même un éléphant victime d’un safari privé. Sur les murs d’un orange vif et chaud de la galerie Stimultania, la photographie de Mélanie Wenger, reprend l’esthétique du grand reportage pour explorer la chasse comme pratique culturelle et commerciale aux effets potentiellement néfastes sur les bêtes et les hommes, de l’Afrique aux États-Unis.
Formée en lettres et en journalisme, Mélanie Wenger est une jeune photojournaliste originaire de Colmar. Sa photographie de presse – notamment pour Libération, VSD et National Geographic – se concentre sur l’actualité internationale, de Libye à la Colombie jusqu’au Mexique, pour évoquer les micro-histoires des individus pris dans les troubles et les violences. En parallèle, le volet poétique de son travail a été récompensé par le prix HSBC pour la photographie en 2017, pour la série Marie-Claude, portrait d’une vieille femme solitaire, rebelle et fantaisiste dans les monts d’Arrée.
Chasseurs de têtes (Photo Mélanie Wenger / Cosmos)
L’exposition est divisée en quatre séries de photographies autour de la chasse. Plans frontaux, couleurs saturées, vues d’actions et portraits : si les images de Mélanie Wenger instaurent une proximité avec les chasseurs, elles développent également une dénonciation du carnage résultant du loisir, de la contrebande ou de la marchandisation. C’est la narration qui domine dans ces images de safari, au détriment de l’esthétique photographique dont on peut regretter la qualité plutôt convenue.
Vie et mort, richesse et pauvreté
Dans la série Bush Babies (2017), un anesthésiste américain parvient à tuer un éléphant après trois semaines de traque au Zimbabwe avec une équipe de vingt personnes. Rhino War (2018) explore le paradoxe de la conservation du rhinocéros noir en Afrique du Sud, dans des réserves financées par la vente des cornes amputées à la tronçonneuse. Ce qu’il reste des âmes sauvages (2018) examine la taxidermie commerciale et la fabrication des trophées destinés à un marché étranger. Enfin, la convivialité entre chasseurs et leur fierté ostentatoire sont au centre de Sugar Moon (2018), un projet réalisé dans l’état du Texas au sud des États-Unis. Le spectateur est confronté aux aspects complexes du marché de la chasse : vie et mort, dominateur et dominé, raison et passion, richesse et pauvreté.
Vue de l’exposition Au bout des fusils (Photo Stimultania / doc remis)
La deuxième partie du parcours dirige les visiteurs vers une scénographie interactive : quatre murs blancs sur lesquels une centaine d’épreuves photo sont accrochées à portée de main. Le public est invité à s’asseoir et à se coiffer de casques pour analyser les images des quatre ensembles photographiques de Mélanie Wenger. Devenus éditeurs de presse, ces derniers peuvent manipuler les tirages et construire des versions alternatives des projets de la photojournaliste.
Certains clichés – également disponibles en ligne – sont accompagnés par un enregistrement audio de Mélanie Wenger, racontant ses expériences sur le terrain. Cette proposition est peut-être l’aspect le plus stimulant de l’exposition. Au bout des fusils mériterait une visite, rien que pour tester cette tribune visuelle ouverte à toutes les opinions sur la chasse. Les murs de lecture donnent à voir les points de vue des spectateurs sans avoir besoin d’intermédiaires. Malgré son état embryonnaire en tant qu’installation multimédia, ces cimaises offrent une opportunité rare dans les lieux d’expositions strasbourgeois dédiés à la photographie.
Chasseurs de têtes (Photo Mélanie Wenger / Cosmos)
La chasse est un « sujet dangereux » selon la commissaire de l’exposition Céline Duval : dans l’esprit des spectateurs, Au bout des fusils ne manque pas de faire écho à l’actualité récente en France, entre balles perdues et accidents mortels. Les photographies de Mélanie Wenger évoquent effectivement des problématiques contrastées : la force de la tradition et le prestige social entrent en dialogue avec la réflexion écologique sur les modes de coexistences durables entre humains et animaux.
C’est par l’exploration de pays lointains que l’exposition invite à consacrer un dimanche à la chasse. Il est dommage que ce regard sur l’Autre et cette réflexion ethnologique demeurent aussi déconnecté du contexte culturel français.
Les nombreux discours sur la chasse qui sont hors les cadrages de Mélanie Wenger sont à saisir dans une offre de rencontres chaque semaine du mois de décembre à Stimultania : le 8 décembre une visite en famille, le 12 décembre un atelier photo, le 13 décembre une visite commentée et finalement le 21 décembre un Jeu-débat avec l’outil Les mots du clic.
Les chalets du village finlandais du Marché de Noël proposent de nombreux produits issus de la culture samie, comme la fourrure de rennes, le saumon à la flamme, ou les tasses traditionnelles en bois. Un universitaire strasbourgeois regrette qu’aucune mention de cette population autochtone ne soit faite sur la place Gutenberg.
Peaux de renne, tasses en bois, tente traditionnelle, saumon… Les symboles de la culture samie ne manquent pas dans le village finlandais, invité du Marché de Noël de Strasbourg et ouvert depuis le vendredi 23 novembre. Sur la place Gutenberg, le dernier peuple autochtone d’Europe n’est jamais mentionné à l’écrit. Samim Akgönül, chercheur spécialisé sur les minorités européennes à l’Université de Strasbourg, y voit une injustice :
« C’est dommage que leur culture soit instrumentalisée et commercialisée sans même faire mention de l’origine samie de ces objets. C’est comme si on vendait de la choucroute sans parler d’Alsace. »
Place Gütenberg, devant l’un des chalets du village finlandais. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)
« Les Samis sont Finlandais comme nous »
Annika Bourgogne, responsable du village finlandais à Strasbourg, se défend de toute récupération de la culture samie : « Pour nous, les Samis sont des Finlandais comme les autres. » La salariée de l’entreprise Kalevala Spirit, qui s’occupe de l’organisation de cette place, affirme que « les particularités régionales sont évoquées par les vendeuses à l’oral. » Dans le chalet plein de peaux de rennes à 159 euros la pièce, une vendeuse d’origine brésilienne présente plutôt les conditions de production aux clients : « Les animaux sont élevés en liberté. Ils sont d’abord chassés pour leur viande et leur peau est ensuite réutilisée pour la vente. » Il faut rassurer les clients frileux face à la fourrure, un commerce de plus en plus décrié. « Ces peaux, c’est pour éviter le gâchis », sourit l’employée.
Jusqu’à la moitié du XXème siècle, les Finlandais ont considéré la population samie comme archaïque. Aujourd’hui, les défenseurs de cette communauté d’Europe du Nord (Finlande, Norvège, Suède et Russie) d’environ 100 000 habitants, dont 8 à 10 000 habitants en Finlande, reprochent surtout la violence de l’évangélisation et la répression des rites chamaniques au XIXème siècle. Il a fallu attendre les années 60 pour que l’enseignement du Sami soit autorisé à l’école. Depuis 1996, un parlement composé de 21 élus samis permet de faire remonter les revendications de la population autochtone.
L’autre menace : le changement climatique
Maurice Carrez enseigne l’Histoire contemporaine à l’Institut d’études politiques strasbourgeois. Ce spécialiste de la Finlande ne voit pas de mépris dans cette vente de produits de tradition sami :
« Les Lapons, synonyme de Samis, sont aujourd’hui parfaitement intégrés dans la société finlandaise. Certes, les Lapons ont été discriminés jusque dans les années 1950, mais aujourd’hui je pense qu’ils sont plutôt fiers d’être représentés à l’étranger, même sous le drapeau finlandais. Il faut plutôt le voir comme un signe d’intégration. »
Aujourd’hui, la population autochtone gère la protection de la langue et de la culture samie en Finlande. Mais la menace vient d’ailleurs. Le gouvernement finlandais veut construire une nouvelle ligne de chemin de fer entre la Finlande et la Norvège. L’infrastructure menace l’activité économique principale des Samis : l’élevage de rennes. Les animaux ne pourront plus migrer et se nourrir une fois le projet de train mis en place.
Dans une interview accordé au journal Le Monde, la présidente du parlement sami de Finlande, Tiina Sanila-Aikio, pointait le changement climatique comme la menace principale sur son peuple : « Si la situation continue d’empirer, les peuples autochtones arctiques, qui vivent en lien avec la nature, seront menacés d’extinction. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Une centaine d’étudiants se sont rassemblés jeudi 29 novembre au Palais universitaire vers midi. Ils ont dénoncé la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers et prévoient des actions à mener pour manifester leur désaccord.
« Bienvenue en France » : une « mesure d’exclusion dégueulasse » selon la centaine d’étudiants, et quelques enseignants-chercheurs, rassemblés au Palais universitaire jeudi 29 novembre. Entre midi et 14 heures, une assemblée générale s’est rassemblée pour s’organiser contre la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers, à l’initiative de « l’Assemblée générale des étudiant-e-s en lutte ».
Une centaine d’étudiants se sont rassemblés le jeudi 29 novembre au Palais universitaire. (Photo JB / Rue89 Strasbourg / cc)
Stratégie « Bienvenue en France »
Le 19 octobre, le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé l’augmentation du prix d’une année universitaire pour les étudiants qui ne viennent pas d’un pays de l’Union Européenne. L’inscription en licence passera de 170€ à 2 770€, en master ou en doctorat de 243€ et 380€ à 3 770€… Cette stratégie, intitulée « Bienvenue En France » et présentée via un dossier de presse, vise à attirer des étudiants plus fortunés. Le gouvernement promet que ces hausses financeront, par la suite, le triplement des bourses pour les élèves étrangers moins favorisés. Des élèves étrangers, comme SuAn Baek, craignent de devoir arrêter leurs études.
Après Lille et Bordeaux, les étudiants de Strasbourg veulent lancer un mouvement de contestation. Un texte va être diffusé auprès des enseignants-chercheurs, notamment pour les appeler à la grève, en soutien aux étudiants étrangers. Le tract dénonce une « mesure raciste de préférence nationale » et des politiques « de sélection et d’exclusion ». Les étudiants ont également décidé de demander à la présidence de l’université de prendre position sur la mesure du gouvernement.
L’assemblée générale a voté la participation à un rassemblement, samedi 1er décembre à 13 heures, sur la place du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny. Le cortège se joindra ensuite à une manifestation organisée par le syndicat CGT. La prochaine réunion se tiendra lundi à 14 heures.
Y aller
Manifestation contre la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers, samedi 1er décembre à 13 heures, place du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny à Strasbourg.
Environ 90 personnes, principalement originaires d’Albanie, de Géorgie et du Kosovo, s’étaient installées sous des tentes et des abris de fortune. Selon la préfecture du Bas-Rhin, la majorité des occupants sont des demandeurs d’asile dont les demandes sont en cours de traitement. Ces personnes doivent normalement être logées par l’État, dans le cadre du dispositif d’accueil du droit d’asile en France. Mais le dispositif est saturé, ce qui provoque ces installations à répétition sur le moindre bout de terrain libre ou sur les trottoirs, comme rue des Canonniers.
Le campement des Ducs d’Alsace a été évacué jeudi matin (Photo Gérard Baumgart)
Toujours selon la préfecture, « les personnes présentes sur le site ont été prises en charge par la Ville de Strasbourg, la préfecture et la direction territoriale de l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII) qui a procédé à une évaluation de la situation de chaque personne présente pour les orienter vers des solutions d’hébergement dans l’attente de l’instruction de leurs demandes d’asile. »
De très jeunes enfants sont présents parmi les migrants en provenance d’Albanie (Photo Gérard Baumgart)
L’évacuation de jeudi matin s’est globalement bien déroulée, selon plusieurs observateurs et membres d’associations d’aide aux migrants qui étaient présents. Mais une famille, composée d’une femme seule avec trois enfants, a dû être déplacée à Marseille, au grand désarroi de l’intéressée qui n’y connait personne alors qu’elle a quelques attaches à Strasbourg.
De nombreuses affaires ont été accumulées mais beaucoup n’ont pas pu être emportées (Photo Gérard Baumgart)
D’une manière générale, les associations d’aide craignent que les familles soient mises à l’abri dans un premier temps, avant d’être éparpillées un peu partout en France. Il est délicat pour elles de faire valoir leurs droits lorsque le lien avec les associations d’aide est coupé.
Les familles ont été mises à l’abri mais les associations craignent de perdre le contact (Photo Gérard Baumgart)
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La campagne très discutée pour les inscriptions sur les listes électorales mettant en scène Donald Trump fait l’objet d’un détournement contre son commanditaire indirect, le maire de Strasbourg. Derrière la parodie cocasse, se joue aussi le futur positionnement de la droite locale.
Les Républicains du Bas-Rhin ont de l’humour ! Quelques jours après la campagne publicitaire pour s’inscrire sur les listes électorales en vue des élections européennes, qui met en scène le président américain Donald Trump derrière l’étoile européenne, un . . .
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SuAn Baek est sud-coréenne. En première année de licence de sciences économiques et de gestion à Strasbourg, elle veut finir ses études en France. L’augmentation des frais d’inscription annoncée par le gouvernement risque de l’en empêcher.
« Je n’ai pas envie de quitter la France. Mais si je dois payer 3 000€ l’année, je vais devoir le faire. » SuAn Baek, 22 ans, a quitté Séoul pour Strasbourg il y a deux ans. Aujourd’hui, l’étudiante en sciences économiques et de gestion s’inquiète pour son avenir. Après avoir redoublé sa première année de licence, elle ne pourra probablement pas rentrer en master comme elle l’aurait voulu.
SuAn Baek, 22 ans, est arrivée à Strasbourg il y a deux ans. Avec l’augmentation annoncée des frais de scolarité pour les étudiants étrangers, elle craint de ne pouvoir continuer ses études en France. (Photo Judith Barbe / Rue89 Strasbourg / cc)
Le 19 novembre, le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé la hausse des frais d’inscription pour les étudiants qui ne viennent pas de l’Union Européenne dès la rentrée 2019. Une année de licence coûtera 2 770€ contre 170€ aujourd’hui. Pour les élèves en masters et en doctorats, il faudra compter 3 770€ contre 243€ et 380€ actuellement. Le gouvernement veut attirer plus d’élèves étrangers fortunés dans le cadre d’une stratégie « d’attractivité ». Ces hausses financeraient plus de bourses pour ceux qui se retrouveront en difficulté.
Des études en France, ou rien
En Corée du Sud, SuAn Baek aurait payé près de 7 000€ par an pour étudier. Elle a aussi pensé à s’inscrire dans une université aux États-Unis avant de reculer face aux frais de scolarité exorbitants : de 15 000 à 35 000 dollars selon l’établissement. Pour ses parents, divorcés, ce n’était financièrement pas possible de l’y envoyer :
« Ma mère est professeure particulier. Elle voulait absolument que je continue mes études à l’étranger. Mon père, lui, voulait que je commence à travailler dès la fin du collège. Je n’avais pas envie. Je l’ai convaincu de me laisser venir à Strasbourg en lui disant que les frais de scolarité sont quasi-gratuits ici. »
À son arrivée à Strasbourg, SuAn Baek ne parle presque pas le français. Elle passe par une agence pour l’aider dans ses démarches auprès de l’Institut International d’Etudes Françaises, où elle passe un an pour améliorer son niveau de langue. Elle débourse entre 300 et 500€ pour les services de l’agence, 2 200 euros de plus pour l’année passée à l’Institut :
« J’avais fait un peu de français au lycée, mais je ne comprenais rien du tout en cours. Je veux faire du commerce international, et le français fait partie des langues qu’il faut connaître avec le chinois et l’anglais. L’anglais, je le parle couramment. Le chinois, c’est facile parce que c’est proche du coréen. Donc j’ai choisi le français et la France pour venir étudier. »
Le visa lui coûte une centaine d’euros. La préfecture facture 79 euros pour le renouvellement annuel de son titre de séjour.
Trouver un logement sans garant
SuAn Baek trouve un logement à la cité universitaire Paul Appell, gérée par le Crous. « L’argent et la langue ont posé moins de problème que le manque de garant », explique la jeune coréenne. Quand elle veut déménager, « c’est compliqué ». Pendant trois mois, elle cherche des appartements mais son dossier est rejeté à plusieurs reprises. Elle a un coup de chance quand un autre Coréen quitte une chambre place d’Islande, dans une résidence privée qui accepte les étudiants sans garant :
« Une des dames de la résidence m’a dit qu’il y a trente personnes sur la liste d’attente de chaque chambre. Du coup, vu qu’il y a du monde, que tout est cher et que les étudiants étrangers n’ont pas souvent de garants, on est obligés parfois de prendre des propriétaires qui nous mentent ou qui ne sont pas tout à fait dans la loi. »
L’étudiante ne bénéficie pas des bourses du ministère de l’Enseignement supérieur. Ses parents lui versent de l’argent pour son loyer et trois cent euros par mois. Elle s’estime donc chanceuse d’avoir obtenu cet appartement :
« Je ne peux pas travailler et étudier en même temps parce que j’ai du mal à comprendre les cours et je mets donc plus de temps à réviser. 472€ par mois toutes charges comprises, ce n’est pas si cher. C’est juste que je paie trois mois à la fois, donc ça peut faire un trou dans les finances. »
Des dépenses qui affectent la vie personnelle de SuAn Baek. Elle prend le tram jusqu’à Kehl pour faire ses courses, n’achète que peu de vêtements et ne sort pas dans les bars. Elle ne voit que peu sa famille en Corée :
« Un aller-retour coûte entre 600 et 800€. C’est dur, cela fait un an et demi que je ne suis pas retournée à Séoul. »
« Je ne veux pas changer ma vie à cause d’une loi »
Après sa licence, SuAn Baek veut obtenir un master en gestion. Mais l’augmentation des frais d’inscription menace ses objectifs. Elle envisage de travailler directement après sa licence :
« Mon père qui ne voulait pas que je fasse d’études va me dire de rentrer en Corée et de travailler avec lui. Je n’en ai pas envie. Je ne veux pas changer toute ma vie à cause d’une loi. Si les frais augmentent, toutes les études que j’ai faites ne serviront à rien. Elles n’auront pas de valeur en Corée. »
Pour elle, l’annonce d’Edouard Philippe il y a dix jours a été « un choc ». Ses amis étrangers, « qui ne sont pas fortunés » précise-t-elle, et elle ne pourront pas rester :
« En France, même si l’on n’est pas français, peu importe notre situation, tu as le droit d’apprendre. Ça m’a étonnée quand j’ai appris ça, ça m’a fait aimer la mentalité de ce pays. Mais l’annonce d’il y a dix jours, ça a changé mon idée de la France, de l’égalité de tous. »
Le tribunal administratif s’est prononcé sur les travaux préparatoires du Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg. Il autorise les textes de 2017 qui autorisent ces chantiers déjà bien entamés.
Près de deux ans après l’autorisation des travaux préparatoires, le tribunal administratif s’est prononcé sur le double arrêté ministériel et préfectoral de janvier 2017 autorisant les sondages géotechniques et archéologiques de l’autoroute du Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg. Et les juges administratifs de Strasbourg ont validé ces deux textes. Ils estiment notamment que ces travaux ont permis « [d’]arrêter avec précision le tracé du projet autoroutier et l’emplacement de ses ouvrages annexes » et donc qu’il n’est pas illégal d’avoir d’autres arrêtés par la suite pour les travaux définitifs, pour l’échangeur nord et la mise en œuvre mesures de compensations.
L’association Alsace Nature porte ce recours contre ces dérogations aux zones de protection des espèces dans des champs et forêts. Elle estime que toutes les mesures d’évitement n’ont pas été prises pour limiter les dégâts sur la nature. Il s’agit notamment de zones de protection « stricte » du Grand hamster d’Alsace et du crapaud vert. Pour cette raison que certains déboisements étaient limités du 1er septembre au 15 octobre, et ont été effectués à l’automne 2018. Ces chantiers sont bien avancés, mais pas complètement terminés. En référé, c’est-à-dire en urgence, les opérations n’avaient pas été suspendues au printemps 2017. Les deux longues décisions étudient plusieurs mouen
Les travaux préparatoires dont l’effet est réversible dans les champs ont fait l’objet d’un peu de contestation, mais de peu de blocages nets. (Photo Pascal Bastien / Divergence)
Le rapporteur public proposait une annulation
Lors de l’audience deux semaines plus tôt, le rapporteur public avait suggéré une annulation des deux actes, car les mesures compensatoire avaient été reportées aux travaux définitifs, autorisés par un arrêté publié le 29 août 2018. Et c’est justement ce fractionnement du dossier que reproche la magistrate. Elle estime que cette méthode va à l’encontre du principe « d’action préventive » prévu par le code de l’Environnement.
Certaines mesures ont évolué entre ce qui était dit en 2017 et en 2018. C’est notamment le cas de la zone dévolue aux hamsters, imaginée à l’ancienne base militaire de l’aéroport d’Entzheim, mais désormais prévue à Elsenheim, vers Sélestat. L’avis extérieur du rapporteur public est souvent suivi, mais pas toujours. Cela n’avait par exemple pas été le cas lors du recours sur la déclaration d’utilité publique (DUP) devant le Conseil État en 2010.
Coup dur pour les opposants
Cette nouvelle est un coup dur pour les opposants. Malgré la suspension de l’échangeur au nord et du permis d’aménager le viaduc de Kolbsheim, le collectif GCO Non Merci n’a toujours pas de victoire juridique sur le fond. Aucune audience-clé n’a de date fixée. Un appel est possible, mais son examen par la Cour d’appel de Nancy nécessitera plusieurs mois au minimum. Le chantier va donc pouvoir continuer cet hiver.
Samedi 24 novembre, Pôle Emploi a massivement transmis des offres d’emploi de maçon, manœuvre de chantier ou de coffreurs pour Socos, la société de Vinci qui réalise les travaux.
La décision concernant l’arrêté ministériel du 17 janvier
La décision concernant l’arrêté préfectoral du 24 janvier
L’état d’avancement des recours
L’ordre des procédures est en fonction de la chronologie de la première décision de Justice sur chaque cas.
TA=Tribunal administratif