Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Comment le centre de Strasbourg se déplace vers le sud

Comment le centre de Strasbourg se déplace vers le sud

L’image de la presqu’île Malraux est devenue presqu’aussi représentative de Strasbourg que celle de la Cathédrale. En dix ans, les friches industrialo-portuaires autour des bassins de la Porte de l’Hôpital et d’Austerlitz ont changé radicalement de visage. Cette transformation, portée par les municipalités successives depuis 40 ans, est à découvrir à l’occasion d’une sortie commentée, le 6 décembre, réservée aux abonnés de Rue89 Strasbourg.

Presqu’île Malraux, Rivétoile à droite, la médiathèque à gauche, les Black Swans et la tour Elithis dans le fond (Photo Marie Hoffsess)

Nouvelle Neustadt. C’est en ces termes que certains élus, architectes ou historiens évoquent ce nouveau centre névralgique strasbourgeois, qui s’étend de l’ancien port de plaisance du Heyritz au quartier Deux-Rives, qui s’étendra de Starlette aux bords du Rhin, en passant par les anciens terrains de la Coop, sur l’Île-aux-Epis. Nouvelle Neustadt, cette épine dorsale, autrefois industrialo-portuaire, sur laquelle s’adossent depuis quatre décennies de nombreux équipements importants dans la vie des Strasbourgeois.

La mairie, ou « centre administratif », première à quitter le centre-ville

Au cœur de cet ensemble, le centre administratif, place de l’Etoile, en est le précurseur et l’ancien emblème, avant que ne se lotisse la presqu’île Malraux. Là, des centaines de citoyens se pressent chaque jour au rez-de-chaussée pour effectuer leurs démarches, tandis qu’au premier étage le conseil municipal se réunit un lundi par mois, là encore où le maire a ses bureaux, au 9ème et dernier étage, avec vue imprenable sur la métamorphose du secteur, en accéléré depuis 20 ans. L’Hôtel de ville, place Broglie, reste la mairie d’apparat, pour les cérémonies, mariages ou accueils de délégations étrangères, mais c’est désormais place de l’Etoile que les décisions sont prises.

En haut : sud du Heyritz / nord du Schluthfeld, où était située la gare de marchandises de Neudorf jusqu’en 1985 (Récup. photo Ecocité Strasbourg). En bas, même vue depuis les terrasses du Centre administratif, en 2012 : Hôtel de police et quartier du Heyritz en construction (Photo Marie Marty)
Le centre administratif, point névralgique du pouvoir dans l’Eurométropole, inauguré en 1976, au temps de Pierre Pflimlin (Photo Marie Hoffsess)

Plus loin, à l’ouest, sur le même axe, ont été dressés le Zénith et sa « peau » orange, ou la Grande mosquée de Strasbourg, qui suscita tant de débats au début des années 2000. Plus proche, là où la ville se densifie et où l’on s’approche des centres de pouvoir, sont disposés, à raisonnable distance autour de l’ancien bassin de jonction de la Porte de l’Hôpital, aujourd’hui bassin du Heyritz, quelques immeubles cubiques et colorés, résidences d’habitations ou estudiantines, un hôtel et deux administrations imposantes : le Pôle de l’habitat social donc (CUS Habitat et Habitation moderne) et la Caisse d’allocations familiales (CAF).

La migration des « organes vitaux » de Strasbourg

Ces dernières ont emménagé au Heyritz ces toutes dernières années, leurs sièges se situant auparavant à la Krutenau, dans le quartier Suisse. Elles sont désormais toutes proches de l’hôtel de police, déménagé lui aussi de la rue de la Nuée-Bleue, au centre-ville, vers le Heyritz en 2002, sous Catherine Trautmann (maire de 1989 à 2001), et du centre administratif, qui rassemble, sous son gigantesque toit, environ un tiers des quelque 8 000 agents de Strasbourg et de l’Eurométropole depuis 1976.

Créé en 1890, le port du Heyritz ferme ses portes en 2010, avant l’aménagement du parc. Une partie des arbres a été conservée (Crédit Archi-Wiki)
Le parc du Heyritz, inauguré début 2014, à la fin du premier mandat de Roland Ries, est le dernier né des parcs strasbourgeois (Photo Marie Hoffsess)

À cette date, quand les bureaux municipaux sont déplacés de la place Broglie vers le Marksgarten, c’est le maire Pierre Pflimlin (1959 à 1983) qui est à la manœuvre. C’est lui qui, le premier, entame cette migration des « organes vitaux » de Strasbourg vers le sud du centre historique, là où se sont succédés durant les siècles précédents marécages et jardins, couvents et religieux, fortifications Vauban, gare de marchandises, industries portuaires et friches polluées…

Pierre Pflimlin, qui aurait eu bien du mal à imaginer qu’en face de sa mairie flambant neuve, tomberait bientôt un pan de mur du vieil hôpital civil, hospices millénaires réaménagés au XIXème siècle par les Allemands selon les principes hygiénistes de l’époque. Disparition d’un pan d’histoire, afin que soit rendu plus accessible le Nouvel hôpital civil (NHC), inauguré en 2008 par Nicolas Sarkozy.

Du mal à imaginer aussi que sa mairie, les bailleurs sociaux, la CAF, les forces de police ou le NHC, autant de mastodontes du service public, entoureraient finalement un nouveau parc, celui du Heyritz, inauguré en 2014, à l’extrême fin du premier mandat de Roland Ries. C’est là que débute notre visite commentée, devant le bâtiment en bois du club d’aviron (voir ci-contre).

Axe ouest-est structurant : une vision partagée par tous les maires de Strasbourg

Cette vision d’un axe ouest-est structurant, reliant les champs d’Eckbolsheim aux douanes du pont de l’Europe, cette Viaropa strasbourgeoise qui attirerait de nouveaux habitants et des entreprises dynamiques autour d’équipements d’importance, irrigue la politique d’aménagement de tous les maires ou presque depuis Pflimlin. Transformant complètement le quartier et ses paysages en quelques décennies, mais également, déplaçant hors du centre historique des pans entiers des secteurs administratif, social, de loisirs ou de santé locaux.

Si l’on ne peut créditer l’éphémère édile Marcel Rudloff (1983-1989) d’aucun acte marquant sur cet axe, sinon peut-être la planification de la contournante sud qui débouche place de l’Etoile inaugurée en 1991, les maires qui lui ont succédé s’y sont attelé avec application : Catherine Trautmann y fait passer le tramway en 1994 (ligne A, station Etoile-Bourse) et y autorise la construction de l’UGC Ciné-Cité, inauguré en 2000.

Zénith, conservatoire, médiathèque, MUI, Rhéna, etc.

À sa suite, Fabienne Keller conserve le dossier sur le haut de la pile, avec l’installation de nombreux équipements dans le secteur : la Cité de la musique et de la danse place de l’Etoile, la médiathèque Malraux (le « bébé » de son maire délégué et président d’agglomération, Robert Grossmann), le complexe Rivétoile et l’abaissement du pont Churchill, les projets de « Fronts de Neudorf », du Bruckhof, ou du Jardin des Deux-Rives à l’extrême est.

Activité portuaire sur le bassin d’Austerlitz (1940). Le bâtiment en hauteur abrite l’actuelle MUI et l’entrepôt à l’arrière, aujourd’hui surmonté d’une super-structure métallique avec un porte-à-faux (56 logements), accueille dans sa partie ancienne des entreprises, des restaurants, une école de communication et Le Shadok (Crédit Archi-Wiki)
La médiathèque Malraux, pensée par Robert Grossmann, est inaugurée par Roland Ries en 2008 (Photo Marie Hoffsess)

Depuis 10 ans, Roland Ries et son équipe terminent le grand œuvre, déclenchant au passage nombre de polémiques autour de la densification / bétonisation de la ville. C’est ce que nous découvrirons au fil de la balade, du Heyritz à Danube : remaniement du parc de l’Etoile et ZAC du même nom, Maison universitaire internationale (MUI) et entrepôt Seegmuller, transformé pour sa partie supérieure en logements luxueux, les trois « tourettes » (50 mètres de haut chacune) des Black Swans, la tour Elithis ou l’éco-quartier Danube, dont on ignore encore ce qui justifie son préfixe très green.

Symbole du « tout voitures » des années 1960, le pont Chrurchill, reliant l’Esplanade à Neudorf, est abaissé en 2004 pour y faire passer le tram et libérer les terrains environnants (Crédit Archi-Wiki)

Christina Kruger élue bâtonnier de l’ordre des avocats de Strasbourg

Christina Kruger élue bâtonnier de l’ordre des avocats de Strasbourg

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#Christina Kruger

GCO : Où en est la guérilla juridique ?

GCO : Où en est la guérilla juridique ?

Un an après l’évacuation de la ZAD et le début des travaux définitifs, plusieurs recours contre le Grand Contournement ouest (GCO) de Strasbourg sont encore en cours. Si vous êtes perdus dans les finesses du monde de la justice administrative française, Rue89 Strasbourg retrace les 9 procédures lancées ou terminées.

Les premières coulées de béton ont débuté sur le chantier du Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg, une autoroute payante de 24 kilomètres pour faciliter les déplacements du nord au sud de l’Alsace et de l’Europe. Un an après l’évacuation de la Zone à défendre (ZAD) symbolique à Kolbsheim, seule une décision de justice défavorable au projet pourrait enrayer la construction, prévue pour l’automne 2021.

Les différents recours en urgence (« en référé », voire encadré) ont occasionné quelques suspensions temporaires, pour le viaduc central ou l’échangeur nord, mais ont ensuite été levés via un nouvel arrêté rectificatif. Aucune décision actuelle ne suspend les travaux en cours. Plusieurs jugements sur le fond sont toujours attendus et non-programmés.

La plupart des recours sont au niveau du tribunal administratif de Strasbourg, avant d'aller parfois vers d'autres juridictions plus hautes (Photo Abdesslam Mirdass)
La plupart des recours sont au niveau du tribunal administratif de Strasbourg, avant d’aller parfois vers d’autres juridictions plus hautes (Photo Abdesslam Mirdass)Photo : Abdesslam Mirdas / Rue89 Strasbourg

Une association en première ligne

Grâce à son expertise et celle de son avocat Me François Zind, l’association écologiste Alsace Nature porte les recours juridiques au nom du collectif « GCO Non Merci ». Elle a parfois été accompagnée par des communes dans ses actions. Mais la plupart ont abandonné, notamment Vendenheim suite à un protocole d’accord controversé, pourtant rejeté par une courte majorité de votants lors d’un vote de consultation.

L’opposition sur le terrain au projet a aussi ouvert d’autres procédures judiciaires individuelles : sept opposants ont été condamnés à des amendes ou des peines avec sursis, voire des interdictions à paraître dans la région, pour s’être opposés à des machines ou aux forces de l’ordre. Les décrocheurs du portrait du président Macron en mairie de Kolbsheim ont en revanche été relaxés. Dix-huit opposants attendent encore leur comparution.

L’infographie est mise à jour au rythme de l’évolution des procédures.

La liste des recours

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L’ordre des procédures est en fonction de la chronologie de la première décision de Justice sur chaque cas.
TA=Tribunal administratif

Un nouveau réseau de transports : la pédale !

Un nouveau réseau de transports : la pédale !

La Ville et l’Eurométropole de Strasbourg ont enfin trouvé quelques crédits pour améliorer les pistes cyclables de l’agglomération. Un réseau de pistes va être créé avec l’objectif d’être utilisé par les Strasbourgeois comme un réseau de transports en commun.

La Ville et l’Eurométropole de Strasbourg ont présenté lundi un nouveau réseau de transports : les pistes cyclables de l’agglomération ! Si, si, ce n’est pas (complètement) une blague : les pistes cyclables les plus importantes de l’agglomération vont être réunies au sein d’un réseau, appelé Vélostras. Ce réseau reprendra les codes des lignes de tram pour, selon le mot de Jean-Baptiste Gernet, adjoint au maire de Strasbourg et conseiller en charge des mobilités alternatives, s’inscrire dans « la carte mentale des Strasbourgeois. »

La carte de Vélostras, telle qu'elle est imaginée par les élus... en 2030. (doc remis)
La carte de Vélostras, telle qu’elle est imaginée par les élus… en 2030. Les portions en pointillées correspondent à des aménagements futurs (par exemple la VLIO) et donc non empruntables actuellement. Les autres tracés sont existants même si pas forcement aux critères vélostras. (doc remis)

Vélostras est une vieille idée, notre premier article sur ce réseau date de… 2013. Mais comme souvent avec les idées des écologistes, elle n’a pas reçu de financements lors des arbitrages. Résultat, il ne s’est pas passé grand chose jusqu’à présent. Mais miracle, un million d’euros a quand même été trouvé par les exécutifs à la tête de l’Eurométropole et de la Ville de Strasbourg. Il semble que l’activisme de Pierre-Etienne Bindschedler ait aussi joué : le P-DG de Soprema réclamait depuis longtemps une piste cyclable pour améliorer son plan de déplacements d’entreprise… Au Port-du-Rhin, l’entreprise emploie plus de 450 personnes.

10 lignes radiales et deux rocades

L’idée de Vélostras est de mailler l’agglomération en deux lignes circulaires, des « rocades » numérotées 1 à 2, et en 10 lignes radiales, étiquetées de A à J. Elles ont vocation à permettre aux habitants des communes périphériques de rejoindre rapidement le centre-ville de Strasbourg, alors que l’adoption progressive des vélos à assistance électrique permet à de plus en plus d’utilisateurs de disposer de temps de trajets compétitifs avec la voiture.

La signalétique des lignes radiales (doc remis)
La signalétique des lignes radiales (doc remis)

 

La signalétique des rocades (doc remis)
La signalétique des rocades (doc remis)

Avec ce premier million d’euros, l’Eurométropole prévoit d’améliorer sensiblement la circulation des vélos et des piétons le long du canal de la Marne au Rhin, jusqu’à Eckwersheim, en passant par Schiltigheim et Souffelweyersheim. L’espace réservé aux vélos aura 4 mètres de large sur la plus grande partie du parcours, tandis que les piétons pourront se promener le long du canal sans crainte de voir débouler des vélos lancés à fond derrière eux… Le circuit sera éclairé, avec des lampadaires qui s’illumineront en fonction de la fréquentation. Autrement dit, les cygnes devraient continuer à pouvoir dormir tranquilles… Ce sera la ligne A et ce sera la « vitrine » de ce futur réseau.

Une ligne à fois…

Une signalétique nouvelle va permettre d’ancrer ce nouveau réseau dans « la carte mentale » des Strasbourgeois, avec de jolies couleurs pour identifier les lignes pistes qui seront répétées sur les documents, les panneaux et même au sol.

Les autres lignes ne bénéficieront de cette nouvelle signalétique qu’un peu plus tard, avec une priorité donnée aux pistes existantes ne nécessitant que peu de travaux, soit la piste C vers Kehl qui longe le tram, la ligne F jusqu’à Plobsheim… Pour les autres, il faudra attendre que les millions d’euros continuent de se débloquer. L’Eurométropole espère trouver 2 millions par an pendant 10 ans pour Vélostras (soit la même somme que pour réaliser un kilomètre de tramway). Vélostras ne sera donc totalement opérationnel qu’en 2030…

Les lignes seront identifiables y compris sur la chaussée (doc remis)
Les lignes seront identifiables y compris sur la chaussée (doc remis)

Grande-Synthe, le défi politique des transitions

Grande-Synthe, le défi politique des transitions

Les cinémas Star et Rue89 Strasbourg vous proposent mardi 4 décembre une soirée ciné-club sur la question de la gestion politique des transitions (écologiques, migratoires, sociales…). La soirée débute par la projection du documentaire Grande-Synthe, qui détaille cette question dans cette commune du nord, et d’échanger avec des intervenants locaux : Patrick Barbier, maire de Muttersholtz et Thierry Kuhn, directeur d’Emmaüs Mundolsheim.

Est-ce que la démocratie est bien armée pour préparer les sociétés aux transitions écologiques, migratoires et sociales à venir ? Axés sur le temps court, les mandats politiques permettent-ils de répondre aux enjeux du siècle ? Les cinémas Star et Rue89 Strasbourg organisent une soirée, mardi 4 décembre à partir de 20h15, une soirée de réflexion et d’échanges sur cette question, avec la projection du film documentaire Grande-Synthe et un débat avec des personnalités engagées dans les transitions.

Comment préparer la société à l'ère post-industrielle ? (Photo J+B Séquences Distribution)
Comment préparer la société à l’ère post-industrielle ? (Photo J+B Séquences Distribution)

Grande-Synthe, le pitch

Crise migratoire, pollution industrielle, chômage record : la ville de Grande-Synthe (59) est un concentré de crises auxquelles l’ensemble de l’humanité devra bientôt faire face. Pourtant, sous l’impulsion du maire Damien Carême, citoyens, associations et pouvoirs publics se remontent les manches pour trouver des solutions avec enthousiasme et humanisme.

La ville de Grande-Synthe, aujourd’hui en pointe sur les questions de transition écologique, devient un vrai laboratoire du futur. Béatrice Camurat Jaud, réalisatrice de ce film documentaire, nous offre un regard sans détour sur les femmes et les hommes œuvrant pour une transition vers un avenir meilleur.

Le débat

La projection sera suivie d’une échange avec des personnalités engagées dans les transitions :

    Patrick Barbier, maire de Muttersholtz, Thierry Kuhn, directeur d’Emmaüs Mundolsheim.

Les échanges seront animés par Jean-François Gérard, journaliste à Rue89 Strasbourg.

Le concours

#Grande-Synthe#Patrick Barbier

Nappe du Rhin : près de la moitié de l’eau n’est pas potable

Nappe du Rhin : près de la moitié de l’eau n’est pas potable

Des experts français, suisses et allemands ont présenté les résultats d’une étude sur la nappe phréatique du Rhin, la plus grande d’Europe. Le résultat est critique : 44% des points d’eau analysés enfreignent au moins un critère de potabilité, qu’il s’agisse de nitrates, de pesticides ou encore de produits pharmaceutiques.

« Il faut regarder la réalité en face, les résultats ne sont pas bons. » Le mot est de Frédéric Pfliegersdoerffer, maire de Marckolsheim mais surtout directeur de l’Observatoire de la nappe du Rhin (Aprona) et il faisait référence aux conclusions d’une dernière étude sur la qualité des eaux souterraines liées à la nappe du Rhin, présentée jeudi 15 novembre.

On s’en doutait un peu. En 2017 déjà, des résultats de mesures publiés par l’Aprona en donnaient un avant-goût. L’observatoire alsacien et ses homologues suisse et allemand avaient été bien inspirés en élargissant le spectre de ce programme transfrontalier. L’Aprona avait recherché 137 pesticides et métabolites (molécules issues d’un processus de dégradation naturel des pesticides) au lieu de 43 sur l’étude précédente en 2009. On découvrait alors que 28,5% des échantillons prélevés dans la nappe phréatique en Alsace, et jusqu’à 39,7% des points dans le Sundgau contenaient des excédents de pesticides… au lieu des 10% estimés huit ans plus tôt, en 2009.

Frédéric Pfliegersdoerffer (à droite) a présenté un diagnostic critique. (Photo PP / Rue89 Strasbourg / cc)

Certes, l’Aprona, son homologue du Bade Wurtemberg (la LUBW) et l’Office de protection de l’Environnement et de l’énergie du Canton de Bâle, sont exigeants. Ils souhaitent que l’eau brute présente dans la nappe remplisse les mêmes critères de qualité qu’une eau traitée pour la consommation. Impossible par endroits, en raison du fer et du manganèse présents dans le sol. En revanche, les nitrates, pesticides et autres résidus de produits pharmaceutiques ne sont pas arrivés tout seuls. Un objectif qui agace du côté des industriels. En témoigne ce commentaire d’une représentante de BASF, le géant allemand de la chimie :

« Vous noterez qu’il existe d’autres indicateurs que ceux que vous utilisez pour vos études, à savoir ceux de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Et que vous avancez des chiffres obtenus sur de l’eau brute, avant traitement. »

Avant la pollution, la question des standards

Les indicateurs de l’OMS sont plus tolérants que les standards européens et allemands qui servent de référence pour l’étude. Miguel Nicolai, expert en substances toxiques pour l’Agence de l’Eau Rhin Meuse (AERM), assume :

« On veut que l’eau brute ait la même qualité que l’eau distribuée. Cette nappe, c’est un patrimoine naturel commun que nous souhaitons préserver au maximum. »

Un participant renchérit :

« J’ai pu connaître la période à Strasbourg, où il suffisait dans les jardins ouvriers de creuser pendant une heure pour avoir de l’eau potable. J’ai passé ma vie à défendre l’intérêt économique de l’eau, je ne sais pas si on connaîtra de nouveau cette situation un jour. »

Seuils de pollution dépassés dans 44% des points d’eau analysés

Selon cette étude transfrontalière, 40% des points d’eau analysés enfreignent au moins un critère de potabilité, c’est à dire un critère qui permet de décider si l’eau est potable ou non. 16,2% supplémentaires présentent au moins un critère au-delà du seuil d’alerte (80% de la concentration limite). En Alsace, l’augmentation du nombre de critères analysés fait passer le pourcentage de points « non-potables » de 28% en 2009 à 38% en 2016. La Rhénanie-Palatinat affiche le taux le plus inquiétant avec 63% de ses points prélevés, 50% pour la Hesse, et 34% pour le Bade-Wurtemberg.

Évolution de la potabilité de la nappe du Rhin (le canton de Bâle n’est pas inclus dans le graphique)

Baisse des nitrates : Le Bade Wurtemberg en exemple

Première cause de pollution sur l’ensemble de la nappe, la concentration de nitrates reste stable entre 2009 et 2016. 17% des points mesurés dépassent le seuil de potabilité fixé par l’Union Européenne (50 mg/L). La situation est plus critique dans les régions agricoles, comme la Rhénanie Palatinat où 30% des points mesurés dépassent le seuil. Dans le Bade Wurtemberg en revanche, la qualité de l’eau est meilleure avec une baisse de 18,2% à 16,1% entre 2009 et 2016.

Une légère amélioration que Magarete Finck, responsable de la protection des eaux au centre technique agricole Augustenberg, attribue aux mesures récentes. Le Land allemand a mis en place des prairies permanentes et des couvertures hivernales des sols pour éviter le lessivage par les eaux de pluie. Deux indicateurs sur lesquels le Bade Wurtemberg est meilleur que l’Alsace.

L’Alsace affiche le taux de dépassement le plus bas (10,8%), mais avec une légère augmentation entre 2009 et 2016. La situation reste préoccupante sur le versant ouest de la nappe, de Colmar à Haguenau.

Les concentrations de nitrate restent critiques à l’ouest de la nappe, ainsi qu’en Rhénanie-Palatinat. (source : Aprona)

Des pesticides interdits depuis 15 ans toujours présents dans le sol alsacien

Sur l’ensemble des substances présentées le 15 novembre, 41 disposent de seuils sur l’eau potable reconnus par l’Union Européenne. À savoir, 0,1 µg/L pour une substance, et 0,5 µg/L pour l’ensemble des substances retrouvées dans l’échantillons. 14% des points étudiés sur la nappe présentent des concentrations de pesticides supérieures à ces taux de potabilité (9% en 2009). La encore, le sud de l’Alsace et la Rhénanie-Palatinat sont particulièrement touchés. Notamment par une substance toujours présente malgré son interdiction : l’atrazine.

Interdit en Allemagne en 1991 et en 2003 dans l’ensemble de l’UE, cet herbicide restait présent dans plus de 30% des prélèvements. Un de ses métabolites, le deisopropyl desethyl, présentait des doses excessives dans 10,4% des cas (15,3% sur la nappe d’Alsace, et plus de 30% dans le Sundgau). Une conséquence en Alsace de la culture intensive du maïs. Celle-ci a depuis trouvé un substitut, source de nouvelles inquiétudes : le s-métolachlore, détecté pour certains de ses dérivés dans 90% des tests en Alsace. Si les dépassements de potabilité de concernent que 2,5% des cas pour l’instant, la substance pourrait poser problème dans les années à venir…

23 métabolites ne font pas l’objet d’une réglementation européenne, mais ont tout de même été inclus dans l’étude. Les dépassements restent relativement marginaux (5,8% pour le taux de dépassement de l’alachlore ESA, uniquement le fait de l’Alsace). Mais leur présence a été détectée dans 73% des points mesurés.

Les doses élevées de l’atrazine et de ses métabolites sont principalement le fait de l’Alsace. (source Aprona)

Micropolluants : « on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas »

Nouveauté de l’étude transfrontalière : les analyses s’élargissent à de nouveaux micropolluants jusque-là difficilement détectables. Le directeur adjoint de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, Guy Dietrich, juge cette étape nécessaire comme prélude à l’action :

« On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas. Et plus on va avancer dans la connaissance, plus on va découvrir des molécules qu’on ne cherche pas encore. »

Parmi les nouveautés dans l’étude 2016, on note la mesure de concentration des per- et polyfluorés (PFC). Suspectés d’être cancérigènes et mutagènes, ces composants aux multiples propriétés ont de nombreux usages industriels : produits anti-incendie, imperméabilisants, antiadhésifs, produits d’hygiène… On les retrouve dans 66% des points de mesure, avec parfois un cocktail de composants aux effets difficilement prévisibles. Dans 15% des cas, au moins 6 substances ont été retrouvées dans un échantillon. Les concentrations les plus fortes sont aux abords des villes : Bâle, Rastatt, l’aéroport de Francfort, mais aussi Colmar.

Les adjuvants alimentaires font eux aussi leur entrée dans l’étude transfrontalière avec quatre édulcorants ainsi que la caféine. On les retrouve dans 52% des zones étudiées, avec là aussi un pic sur les zones urbaines (100% du canton de Bâle), mais aussi 77% des points d’étude en Alsace. Le seuil référence de 0.1 µg/L est dépassé dans 26% des cas. Leur présence coïncide avec celle des résidus de produits pharmaceutiques, et renforcent les preuves de pollution urbaine.

En tête des substances pharmaceutiques retrouvées dans la nappe du Rhin, on retrouve un antiépileptique, la carbamazépine, présent dans 19% des points de mesure, et 32% en Alsace. La plupart des doses excédentaires se retrouvent en ville ou près des stations d’épuration. Le canton de Bâle, touché dans sa quasi-totalité, mise sur une gestion des fuites dans les canalisations, et sur une étape de traitement de l’eau supplémentaire.

Nouvel ennemi : le réchauffement climatique

Difficile en Alsace de ne pas interroger les pratiques agricoles, tout en y mettant les formes. Conversion au bio ou à l’agriculture raisonnée, maîtrise de l’usage des pesticides et des nitrates, des efforts ont été faits estime Danielle Bras pour la Chambre d’agriculture d’Alsace. Mais tous s’accordent à dire qu’il en faut plus. Pour Frédéric Pfliegersdoerffer, il est temps de « changer de braquet ». D’autant plus que les récentes sécheresses risquent de diminuer la dilution des substances relevées.

Observateur de la toxicité de l’eau en Alsace et en Lorraine, Miguel Nicolai a déjà observé une hausse de la pollution sur le versant lorrain. L’expert en toxicité de l’eau redoute également que les agriculteurs recourent massivement aux nitrates pour compenser les baisses de rendement annoncées.

« Sur les nitrates on arrive à un moment où on arrête de grossir. C’est très bien, mais il serait aussi temps de commencer à maigrir. On a laissé penser qu’on pourrait s’en sortir avec des demi-mesures, mais ce n’est pas le cas. »

Lors de la prochaine étude en 2022, la France ambitionne de baisser son utilisation de phytosanitaires d’au moins 25%. L’Aprona se fixe un nouvel objectif : mesurer la concentration de bisphénol A et de parabène.

Sammy Decoster et Palatine à Django vendredi : une scène française amoureuse de l’Amérique

Sammy Decoster et Palatine à Django vendredi : une scène française amoureuse de l’Amérique

Deux groupes français se partagent l’affiche à Django ce vendredi. Entre chanson française et musique américaine, Palatine et Sammy Decoster installeront une ambiance vintage et incandescente pour présenter leurs nouveaux albums.

La chanson en français a actuellement le vent en poupe, au point de faire renaître le principe de « nouvelle scène française ». Eddy de Pretto, Thérapie Taxi, Clara Luciani, Roméo Elvis, Corine, The Pirouettes, Aloïse Sauvage,… Ils mixent les genres et sont matraqués sur les ondes, effaçant les frontières entre pop et hip-hop à grands coups de com’, sans pourtant s’aventurer très loin. D’autres, en revanche, on fait le choix de lorgner du côté de l’Amérique.

Des univers musicaux et visuels

Ceux-là puisent dans le rock, le folk, voire l’americana, et seront à l’espace Django le vendredi 30 novembre pour un co-plateau. Sammy Decoster et Palatine ont en commun de puiser leurs influences outre-Atlantique, dans une époque révolue, et de les mêler au français et au monde actuel. Un bel équilibre trouvé, qui montre leur talent d’équilibristes, car ils jonglent également dans leurs sets entre les énergies électrique et acoustiques, et dans leurs identités entre esthétique sonore et artworks affirmés.

C’est qu’au sein de Palatine, on trouve Vincent, le chanteur, guitariste, également pro de l’animation et du graphisme. C’est lui qui a construit l’identité visuelle du groupe, qu’il fait évoluer au même rythme que sa musique depuis la sortie de leur EP Baton Rouge il y a deux ans, jusqu’à Grand Paon de Nuit, le premier album. Avec Jean-Baptiste, Adrien et Toma, ils y construisent leurs morceaux comme autant de vagues musicales, un peu nonchalantes, un peu romantiques, qui toujours viennent séduire et faire planer.

L’évanescence vintage de Sammy Decoster

Sammy Decoster a émergé il y a un peu plus longtemps, puisque son premier album Tucumcari est sorti il y a déjà 9 ans chez Barclay. À l’époque, il se construit très vite une réputation de « troubadour de western français. » Malgré les attentes, il préfère alors prendre la tangente, aller à son rythme, s’installer dans les montagnes, faire deux enfants, avant de se replonger dans son projet. Un road trip dans le désert et voilà qu’il compose Sortie 21, un album doux, chaud, évanescent que plus personne n’attendait. Ça a l’apparente légèreté d’une bulle de savon qui virevolte au soleil, le grain d’un vieux film en super 8, l’odeur du sable chaud. Une échappée ensoleillée en plein mois de décembre.

#Sammy Decoster

Les gilets jaunes exclus du GCO et de son monde

Les gilets jaunes exclus du GCO et de son monde

À l’occasion de son retour, Nicolas Hulot a qualifié le GCO de « bêtise écologique ». Une réflexion qui n’a échappé ni aux opposants du projet, ni à Piet par ailleurs très absorbé par le mouvement des gilets jaunes…

 

 

GCO : les travaux de l’échangeur nord à Vendenheim suspendus

GCO : les travaux de l’échangeur nord à Vendenheim suspendus

Le tribunal administratif de Strasbourg s’est à nouveau penché sur un référé concernant le Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg. Il s’agissait cette fois du raccordement au nord, à Vendenheim, avec l’A4 et l’A35. Il est réalisé par la Sanef, qui gère l’A4 et d’autres autoroutes du nord-est de la France.

Et cette fois, les juges administratifs ont donné raison à l’association Alsace Nature, qui porte les recours pour le collectif d’opposants « GCO Non Merci ». Ils estiment que les éléments soulevés par l’association écologiste sont de nature à faire peser « un doute sérieux » sur la légalité de l’acte et que les travaux ont un effet irréversible. Dans le détail, les magistrats reprochent au préfet que « la raison impérative d’intérêt public majeur » est notamment justifiée par les mesures d’évitement, de réduction et de compensation. Or cet intérêt général doit normalement pouvoir s’apprécier sans ces fameuses mesures en faveur de la nature.

L'entrée sur l'autoroute par le nord, sans gare de péage (document annexe du contrat de concession)
L’entrée sur l’autoroute par le nord, sans gare de péage (document annexe du contrat de concession)

Un arrêté unique

Contrairement aux chantiers de l’autoroute payante de 24 kilomètres menés par Arcos, filiale de Vinci, un arrêté unique publié le 29 août 2018 prévoit les travaux préparatoires, puis définitifs pour cette partie du dossier. Le recours d’AIsace Nature portait sur la dérogation à la protection de 57 espèces protégées des milieux forestiers, à savoir les chiroptères (chauve-souris), pélobates bruns (crapauds), oiseaux, insectes et autres batraciens.

L’avocat Me François Zind a développé beaucoup d’arguments similaires au référé sur les travaux définitifs, non suspendus fin septembre, à savoir le fractionnement du projet, le manque de participation du public, l’absence d’alternatives étudiées… Il avait face à lui les mêmes juges. Mais cette fois-ci, il a aussi soulevé l’absence d’une évaluation environnementale (celle concernant les travaux définitifs GCO était critiquée mais figurait bien dans le dossier). En outre, l’échangeur a une taille bien supérieure, et donc d’impact dans la forêt, à celle imaginée lors de la déclaration d’utilité publique de 2008.

ll s’agit aussi d’une zone de protection des espèces protégées, ce qui limite certains déboisements du 1er septembre au 28 février de chaque année. C’est une réglementation différente des zones de protection « stricte » comme à Kolbsheim, où les déboisements sont limités du 1er septembre au 15 octobre.

Les juges ont en outre condamné l’État à verser 1 000 euros à l’association Alsace Nature comme il est d’usage, soit pour la troisième fois depuis septembre.

Quelques opposants au GCO se réunissent régulièrement devant le tribunal administratif lors es audiences référé ou sur le fond. (Photo Abdesslam Mirdass)
Quelques opposants au GCO se retrouvent avant les audiences au tribunal administratif (photo Abdesslam Mirdass)

Pas de travaux une fois le référé déposé

Des travaux et déboisements ont débuté dès le 15 octobre au soir suite au vote pour la vente de parcelles par la Ville de Strasbourg pour permettre les compensations. Prévue en septembre, cette délibération avait d’ailleurs été retardée d’un mois. Mais la Sanef n’a plus entrepris de travaux, une fois que le référé a été déposé le 26 octobre, après quelques face-à-face avec des opposants.

Une décision sur le fond doit être rendue dans les mois à venir. Entre le référé et l’audience sur le fond pour les travaux préparatoires des 24 kilomètres réalisés par Arcos (Vinci), un délai d’un an et demi s’est écoulé. La décision est attendue ce mercredi 28 novembre, après que le rapporteur public a proposé l’annulation des arrêtés, bien qu’ils aient été effectués en grande partie.

La décision complète

Au conseil de l’Eurométropole, le budget, Sénerval et le Zénith

Au conseil de l’Eurométropole, le budget, Sénerval et le Zénith

Le conseil de l’Eurométropole va débattre à son tour de son budget 2019, ainsi que de deux de ses délégations de service public majeures : celle de l’usine d’incinération dont l’arrêt est un peu prolongé, et celle du Zénith, renouvelée pour 10 ans. À suivre en direct à partir de 9h.

Après la Ville de Strasbourg, c’est au tour de l’Eurométropole de se pencher sur son budget avec le débat d’orientation. Pour la dernière année « pleine » du mandat, les grandes lignes sont assez similaires à l’année 2018 : pas de hausses des taux d’impôts pour la deuxième année de suite, après des augmentations lors des trois premiers budget. Les hausses des bases suffisent à engendrer de nouvelles recettes et la baisse de la taxe d’habitation pour 80% des contribuables est pour le moment compensée par le ministère des Finances.

Embellie sur les projets

Deux embellies sont à noter : la dette diminuerait en 2018, tandis que l’investissement repartirait à la hausse. Pour ces deux indicateurs, c’est une première lors du mandat. L’objectif est de maintenir ces tendances en 2019, avec le lancement des projets du Parc des expositions, de l’agrandissement du stade de la Meinau, la suite de la piscine de Hautepierre…

Quant aux dépenses de fonctionnement, elles ne doivent pas augmenter de plus de 1,2% (548,4 millions d’euros en 2017, soit 555 prévus en 2018 et 561,7 en 2019), sous peine de sanctions financières par l’État suite au pacte financier.

Une partie importante des économies passe toujours par le non-remplacement de salariés (-45 postes par rapport 6 980 à la Ville et l’Eurométropole en 2018, soit 331 millions d’euros de dépenses projetés en 2019), amorcé fin 2014. Ce poste de dépense quasi-stable depuis 2014 a fait l’objet de davantage d’interventions que d’habitude, de la majorité comme de l’opposition, lundi en conseil municipal. Chacun aura donc l’occasion de se positionner par rapport aux choix du gouvernement et des décisions locales. Le vote solennel sur le budget des 100 élus, où l’on compte vraiment les points dans la coalition, aura lieu en décembre.

Il sera notamment intéressant de voir comment se comportent les 9 élus écologistes, qui ont quitté les fonctions dirigeantes de la coalition. À ce propos, l’assemblée n’élira pas de 20ème vice-président pour remplacer Alain Jund. Le président Robert Herrmann (PS) a redistribué les anciennes fonctions des écologistes au sein de son équipe.

Le Zénith de Strasbourg a 10 ans. (photo Pascal Bastien / Divergence)
Le Zénith de Strasbourg a 10 ans. (photo Pascal Bastien / Divergence)

Retards à Sénerval

Il sera aussi question de l’usine d’incinération du Rohrschollen gérée par l’entreprise Sénerval (voir tous nos articles sur cette crise). Alors que la fermeture pour cause de désamiantage total devait durer 2 ans et demi, la collectivité anticipe un retard de plusieurs mois supplémentaires. Elle espère une reprise du premier four fin avril 2019, mi-mai pour le deuxième et fin juin pour le dernier.

Entre les travaux supplémentaires, les indemnisations à la société du groupe Séché qui devait revendre de la chaleur issue des brûlages et les détournements de déchets, la facture totale approche les 200 millions d’euros comme l’anticipait Rue89 Strasbourg dès 2016. Pour l’ancienne maire et opposante Fabienne Keller (Agir), le vote de ce 9ème avenant au contrat signé de 2010 pour 20 ans est le moment d’avoir un débat de fond sur le sujet. Il en a peu été question dans l’hémicycle depuis plus d’un an. La (sur?)capacité éventuelle de cet incinérateur reconstruit quasiment à l’identique (seule une ligne de secours a été supprimée) devrait être redébattue « autour de 2025 » a plusieurs fois répondu de son côté la vice-présidente en charge des déchets, Françoise Bey (PS). Il restera alors 5 ans de contrat.

On garde la même équipe au Zénith

Enfin, les élus des 33 communes vont étudier l’avenir a salle de spectacle du Zénith à Eckbolsheim et ses 65 spectacles par an en moyenne. La collectivité reconfie la gestion de cet espace à la société Vega, qui a fusionné avec Ellipse et Carilis pour devenir S-pass. L’entreprise était… la seule candidate, malgré la rentabilité de cette salle inaugurée en 2008. Un témoin de la concentration des acteurs dans ce secteur et d’une certaine frilosité pour les grandes tournées.

Les élus font le choix d’une délégation de 10 ans, car ils attendent des investissements à rentabiliser sur le long terme comme l’amélioration des bars, la couverture des files dehors ou l’installation de panneaux électroniques. A priori, il y a moins de risque de catastrophe industrielle que pour la délégation longue de Sénerval, mais la comparaison pourrait être soulevée. Du côté de la puissance publique, les enjeux à moyen terme, sont la prolongation du tram A plus près de l’entrée, les accès et notamment le raccordement à la route de la Voie de liaison intercommunale ouest (VLIO) et l’utilisation de ce grand parking en journée.

À l’Elsau, l’asso des habitants s’exclut des débats sur la rénovation du quartier

À l’Elsau, l’asso des habitants s’exclut des débats sur la rénovation du quartier

Jusqu’à la fin du mois de novembre, les habitants de l’Elsau peuvent proposer des projets pour la rénovation du quartier. Problème : les Elsauviens sont mal informés de cette concertation publique. L’association des résidents (l’Arel) estime qu’elle ne doit rien demander, par peur de tout faire capoter et renvoie ses adhérents les plus motivés.

La petite église de la paroisse protestante de l’Elsau est pleine à craquer, au soir du vendredi 9 novembre. Nombre de ses paroissiens sont présents, mais ils sont réunis ce soir devant une grande croix pour participer à l’assemblée générale de l’Association des résidents de l’Elsau (Arel), forte d’environ 250 membres. Dans la salle, que des têtes chenues pour écouter Daniel Vidot, le président de l’Arel, qui se démène contre une sono au larsen menaçant. L’Elsau a beau être un quartier cosmopolite, les habitants de la cité sont rares.

Pas de débat sur la rénovation du quartier

La concertation publique, ou « co-construction » selon la Ville de Strasbourg, a commencé début octobre et se termine « fin novembre ». Pourtant, l’intense et très important chantier de rénovation du quartier, qui s’est décanté au printemps, n’est guère discuté pendant cette réunion. Les démolitions et réaménagements en cours ne concernent que très peu les résidents présents. Ils habitent majoritairement des pavillons qui ne seront pas impactés par cette rénovation.

Lors de l’Assemblée Général du 9 novembre, les membres de l’AREL débattent peu du projet de rénovation de l’Elsau (Photo Pierre France / Rue89 Strasbourg / cc)

Le sujet fait néanmoins une incursion lorsque Marc Ferrante et Michel Witasse veulent interroger le président de l’Arel : pourquoi l’association est-elle absente de la concertation publique sur la rénovation du quartier ? Daniel Vidot ne leur répondra pas, estimant que les deux membres souhaitent « régler des comptes personnels. » L’assemblée soutient majoritairement le président et empêche les deux impétrants de prendre la parole… pour la redonner aux élus présents, le député Thierry Michels (LREM), son prédécesseur Éric Elkouby (PS), toujours conseiller départemental du secteur, Alain Fontanel (LREM) et Luc Gillmann (PS), l’adjoint au maire en charge du quartier..

Évictions de deux membres trop actifs

Fin octobre, Michel Witasse a été démis de ses fonctions de vice-président de l’Arel. Le retraité, très impliqué dans la vie du quartier, ne représente plus l’Arel au sein du conseil citoyen, une organisation de représentation des habitants, obligatoire dans tout « quartier prioritaire de la ville. » Son tort ? Dans une synthèse rédigée par ses soins, il propose la construction d’une « maison de la République » sur la place Nicolas Poussin. Il espère ainsi « réunir différents services publics dans un seul bâtiment où les habitants de l’Elsau pourraient à nouveau se rencontrer. »

Contacté, le président de l’Arel critique cette idée : « Nos adhérents ne sont absolument pas d’accord avec le remplacement de l’espace vert de la place Nicolas Poussin (par un bâtiment, ndlr) ». Et concernant l’éviction de deux adhérents, il se refuse à tout commentaire.

Marc Ferrante a fait une expérience tout aussi amère. L’artiste-plasticien a été écarté de l’association au début du mois d’octobre, alors qu’il était en phase de cooptation. « Je pensais que cela faisait partie des missions de base de l’Arel que d’informer les Elsauviens autour de la rénovation de leur quartier », lâche-t-il. Daniel Vidot lui reproche d’avoir utilisé la liste des e-mails de l’association pour informer de la tenue d’une réunion d’information mi-octobre organisée par l’urbaniste Laurent Garczynski, habitant d’un quartier voisin et très intéressé par le projet. Le but était de compiler des idées d’habitants pour les faire remonter ensuite aux décideurs.

Le président de l’Arel craint au contraire que formaliser des revendications complique les plans des décideurs :

« Nous soutenons tous les acteurs de la rénovation urbaine […] mais dans toute la réflexion qui est menée, il ne doit y avoir aucun frein à la rénovation urbaine. Par frein, j’entends tout ce qui pourrait retarder la rénovation, comme des études complémentaires et onéreuses, et qui diminueraient le budget par ailleurs. L’intérêt, c’est d’aller à l’essentiel, en prenant en compte l’écologie mais en restant pragmatique. »

Des opérations « en-dessous des ambitions »

Dans son avis daté du 24 octobre, le conseil citoyen de l’Elsau dresse un constat critique sur la rénovation : « Les opérations envisagées restent dans le flou et (sont) bien en-dessous de ce que laissaient espérer les ambitions premières. » Les membres de cet organe de démocratie locale se posent la question de leur rôle et de leur pouvoir réel. Depuis un mois, la concertation publique est ouverte autour de la rénovation de l’Elsau, sans pour autant figurer sur le site « Participer » de la Ville et de l’Eurométropole. Peu d’habitants connaissent les intentions de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg. Ils sont encore moins nombreux à savoir qu’ils pouvaient participer à l’élaboration du projet… Les trois réunions publiques sont maintenant passées.

En parallèle, Laurent Garczynski continue de se démener pour intégrer des projets concrets dans le plan de rénovation :

« La ville ne dit rien sur des axes fondamentaux comme l’écologie et la jeunesse. Cet avant-projet doit être complété pour répondre aux attentes des habitants. Face au fort taux de chômage chez les jeunes, la communauté que j’ai réunie a un projet de centre de formation pour les nouvelles techniques de construction écologique. D’autres habitants ont proposé de mettre en place un atelier de réparation de vélos, des jardins partagés, un groupe multiconfessionnel de scouts, etc. »

Sur le site internet du conseil citoyen, cet architecte de formation est hyperactif. Il a publié des analyses des besoins de l’Elsau, le projet de rénovation de l’Eurométropole et des dates de réunions qu’il a organisées lui-même pour une réflexion collective. Jeudi 15 novembre, ils étaient une trentaine au Centre socioculturel du quartier. Après deux heures de discussions, aucune création de groupes de travail, comme l’espérait Laurent Garczynski. À 22h, le meneur du projet « Elsau idéale » range la salle. L’air inquiet, il se demande comment continuer le combat pour un plan urbanistique plus en phase avec les besoins réels des habitants.

Après l’évacuation des Canonniers, plus de 60 personnes dans un camp aux Ducs d’Alsace

Après l’évacuation des Canonniers, plus de 60 personnes dans un camp aux Ducs d’Alsace

Lundi en fin de conseil municipal, il a longuement été question des camps de sans-abris qui se construisent à répétition à Strasbourg. Leurs tentes hébergent souvent des demandeurs d’asile venus des Balkans et sans solution d’hébergement le temps de l’instruction de leur demande. L’échange de 45 minutes a fait suite à une interpellation sur l’ancienne situation rue des Canonniers, dans le quartier du Neuhof, évacué le 15 novembre après une décision du tribunal administratif obligeant l’État à trouver une solution.

C’est le maire Roland Ries qui a répondu directement à l’élu d’opposition Jean-Philippe Vetter (LR). Le premier magistrat a assumé, appuyé par une partie de sa majorité, la décision d’installer des plots de béton sur le trottoir occupé à plusieurs reprises par des familles.

« Réagir plus rapidement »

Dans sa réponse orale, l’édile estime qu’il faut à l’avenir « réagir plus rapidement » avec l’État, premier responsable sur cette question, lorsque ces situations se reproduisent. Mais aussi que les solutions ne peuvent pas toujours être « immédiates ». Il répond que l’intervention « a tardé » malgré ses interpellations et a pris l’initiative.

Quatre jours plus tard, un autre camp similaire continue de subsister, celui près de l’arrêt de tram « Ducs d’Alsace », à la limite de Cronenbourg et Hautepierre installé depuis octobre où plusieurs dizaines de personnes sont entassées dans un petit bois. Il a aussi été question de ce bidonville lors des discussions de lundi. Un autre, plus petit, s’est formé à proximité du parc de la Bergerie, plus au nord à Cronenbourg, il y a plusieurs semaines.

Vue d'ensemble du camp (photo Gérard Baumgart)
Vue d’ensemble du camp (photo Gérard Baumgart)

Les tentes sont à proximité de la route, dans un bois entre deux quartiers (photo Gérard Baumgart)
Les tentes sont à proximité de la route, dans un bois entre deux quartiers (photo Gérard Baumgart)

Des enfants sont habitent sous les tentes (photo Gérard Baumgart)
Des enfants sont habitent sous les tentes (photo Gérard Baumgart)

Des enfants sont habitent sous les tentes (photo Gérard Baumgart)
Des enfants sont habitent sous les tentes (photo Gérard Baumgart)

Les familles vivent dans des conditions déplorables (Photo Gérard Baumgart)
Les familles vivent dans des conditions déplorables (Photo Gérard Baumgart)

Selon les témoignages de bénévoles d’associations d’aides aux migrants, comme « D’ailleurs nous sommes d’ici », plus de 60 personnes sont présentes sur ce camp, avec des allers-retours à l’hôpital pour certaines d’entre elles. L’enfant le plus jeune a 4 mois, un autre a 9 mois, d’autres sont scolarisés.

Les familles n'ont accès à aucun point d'eau ni toilettes (Photo Gérard Baumgart)
Les familles n’ont accès à aucun point d’eau ni toilettes (Photo Gérard Baumgart)

(Photo Gérard Baumgart / doc remis)
(Photo Gérard Baumgart / doc remis)

(Photo Gérard Baumgart / doc remis)
(Photo Gérard Baumgart / doc remis)

(Photo Gérard Baumgart / doc remis)
(Photo Gérard Baumgart / doc remis)

Prenant au mot le maire de Strasbourg, qui a cité le général De Gaulle, « Les plus nobles principes du monde ne valent que par l’action », le collectif « Ducs d’Alsace » a écrit au maire pour demander pour que des toilettes sèches soient installées de toute urgence et qu’un relogement soit organisé à court terme.

Ces deux solutions ont déjà été mises en œuvre par le passé. Une autre habitante a envoyé un courrier similaire à plusieurs institutions (mairie, préfecture, CCAS) au sujet de la situation similaire près du parc de la Bergerie, rue de Hochfelden. Les médiatisations et prises de position de chaque situation accélèrent parfois la prise en charge des personnes.

Revoir le débat de lundi au conseil municipal

Eurométropole : pas de nouveau vice-président, les attributions des écologistes réparties

Eurométropole : pas de nouveau vice-président, les attributions des écologistes réparties

Il n’y aura plus que 19 vice-présidents de l’Eurométropole suite au départ du seul représentant d’Europe Écologie Les Verts au sein de la coalition gauche-droite, Alain Jund. Son président Robert Herrmann (PS) a choisi de répartir les compétences de l’élu strasbourgeois et des autres conseillères déléguées écologistes, qui ont claqué la porte de son exécutif sur fond de désaccord autour du Grand Contournement ouest (GCO . . .

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Le projet de faculté de théologie islamique de Ditib relancé à Hautepierre

Le projet de faculté de théologie islamique de Ditib relancé à Hautepierre

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« La crainte que les gilets jaunes meurent demain, elle est là »

« La crainte que les gilets jaunes meurent demain, elle est là »

Après cinq jours sur les routes et les ronds-points, les « gilets jaunes » continuent de se mobiliser. Rue89 Strasbourg a interrogé quatre coordinateurs sur l’organisation du mouvement. Les citoyens en colère ont la capacité de maintenir des blocages mais présentent aussi une faiblesse de taille : le manque d’une ligne claire sur les revendications et sur la méthode pour les obtenir.

« J’arrive plus à suivre. On a trop d’informations. » En début de semaine, Anaïs Kuhn, la référente bas-rhinoise des « gilets jaunes », se réjouissait que de nombreux blocages se poursuivent en Alsace. Après la mobilisation du samedi 17 novembre, de multiples rassemblements à Schwindratzheim, Dorlisheim, Roppenheim ou Molsheim ont accaparé l’organisatrice. Difficile, dans ces conditions, de structurer le mouvement à l’échelle nationale. Après la mobilisation sur le terrain, construire l’opposition, choisir des représentants et avancer des revendications claires est un nouveau défi. Une question d’efficacité : des mouvements spontanés comme Nuit Debout en 2016 n’ont pas débouché sur autre chose qu’une immense frustration… Cette mobilisation, comme les gilets jaunes, rejetait aussi toute coopération avec les organisations politiques et syndicales.
Le 17 novembre, les gilets jaunes bloquent l’A35 dans les deux sens entre Brumath et Strasbourg. (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)

Une organisation au jour le jour

Anaïs Kuhn le concède : le mouvement des gilets jaunes s’organise au jour le jour : « Il n’y a pas de programme cette semaine, sauf celui de tenir les spots qu’on bloque actuellement. » Les gilets jaunes doivent-ils participer à la manifestation des infirmières mardi 20 novembre ? L’organisatrice hésite :
« On va les soutenir, c’est clair, mais s’il n’y a rien lié au carburant dans leurs revendications, c’est compliqué d’appeler à manifester… »
À la même question, un autre organisateur bas-rhinois répond avec certitude :
« Bien sûr qu’on appelle à manifester avec les infirmières, on est tous là pour la même cause. »

De la baisse des taxes à une « assemblée citoyenne »

Les revendications varient aussi selon les organisateurs. Anaïs Kuhn demande une baisse de trente centimes du prix de l’essence et du diesel, une revalorisation du SMIC de 15% et une suppression de la CSG. Pour Éric Karcher, coordinateur des gilets jaunes de Vendenheim, « l’idée serait que le gouvernement gèle les tarifs de l’essence pendant cinq ans. » Il évoque aussi la « dissolution du Sénat » et les « réductions des avantages dans les ministères. » Troisième son de cloche, celui de David Steinbrecher, le porte-parole du mouvement au niveau alsacien : « Il faut d’abord faire baisser les taxes et mettre en place une assemblée citoyenne, qui permettra de mettre nos 12 revendications en place. » Ces 12 mesures ont été rédigées par des « auteurs autodésignés » au niveau national, explique le représentant des gilets jaunes alsaciens. Leur méthode ? « Ils ont pris la température sur les groupes Facebook et leurs revendications ont été très bien accueillies », poursuit David Steinbrecher (voir ci-dessous).
Les revendications des citoyens en colère. (Document remis)

Les divergences derrière le « ras-le-bol fiscal »

Samedi 17 novembre, les manifestants en gilets jaunes étaient réunis sous la bannière du « ras-le-bol fiscal » et du sentiment d’inégalité. Cette union peut-elle survivre à d’éventuelles tractations avec le gouvernement et aux compromis inhérents à toute négociation ? David Steinbrecher est sûr que oui : « Nos revendications sont faites pour le peuple, si certaines sont acceptées, elles seront bien accueillies. » Anaïs Kuhn sait bien que « les 12 mesures ne seront pas forcément acceptées par le gouvernement. » S’il ne fallait en choisir que trois, qui fera le choix pour les gilets jaunes ? La question reste en suspens… Les organisateurs évoquent un groupe Facebook où tous les coordinateurs départementaux échangent sur les revendications. Pour l’instant, le nom des représentants du mouvement n’est « pas arrêté » ou « confidentiel. » La version dépend du responsable interrogé. L’un d’entre eux évoque les noms d’Éric Drouet et de Priscillia Ludowski : « Ce sont les premiers à avoir relayé l’appel à manifester (en France, ndlr). Sans eux, il n’y aurait jamais eu un tel mouvement. »

Le rejet des syndicats

Samedi 17 novembre, en fin de journée, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, appelait à « réunir très rapidement les syndicats, les organisations patronales, les associations pour construire un pacte social de la conversion écologique. » Patrick Bacher, organisateur des rassemblements à Seltz, Haguenau et Roppenheim, trouve la proposition intéressante. Mais le porte-parole des gilets jaunes alsaciens, David Steinbrecher, rejette l’idée en bloc :
« On n’a rien à faire avec les syndicats, qu’ils restent dans leur coin. Au niveau national, on s’est mis d’accord : aucune coopération avec les partis politiques ni les syndicats. »
Éric Karcher, responsable pour le secteur de Vendenheim, ne cache pas son inquiétude :
« La crainte que les gilets jaunes meurent demain, elle est là, c’est une évidence. Il y a un manque de structure du mouvement mais c’est encore trop tôt. Le mouvement est en pleine organisation. »
Ce chef d’atelier, employé à temps plein, doit jongler entre l’organisation locale des gilets jaunes et ses contraintes professionnelles. Éric Karcher évoque une autre force à ce mouvement de citoyens en colère : qu’il existe sans aucune forme de financement : « Il y a eu une très forte mobilisation avec une organisation qui a demandé zéro euro de budget. » Comme l’indépendance vis-à-vis des partis politiques et des syndicats et comme l’absence de leader de la contestation, cette absence de ressources peut aussi devenir une faiblesse.

« Les gilets jaunes vont se désagréger »

Philippe Breton, directeur éditorial de l’Observatoire de la vie politique en Alsace (Ovipal), reconnaît chez les gilets jaunes de nombreux membres de la « population sécessionniste. » Les « sécessionnistes » selon l’Ovipal sont des habitants de zones rurales ou périurbaines, qui oscillent entre l’abstention et le vote pour le Front National aux élections et rejettent toute personne étant perçue comme faisant partie d’une « élite » :
« Les sécessionnistes n’accordent plus aucune confiance aux « médiations », quelles qu’elles soient : les syndicats, les médias, les enseignants, les autorités, les élus, les médecins… »
L’universitaire strasbourgeois ne croit pas en la capacité du mouvement des gilets jaunes à se structurer :
« Il y a une colère qui prédomine. On est dans le registre de l’émotion. L’émotion ne conduit à aucune structuration, sauf si on trouve un leader populiste qui met tout le monde dans le même sens. Autre problème : les gilets jaunes ne forment pas une communauté. La baisse du prix du diesel, c’est une revendication mais ça ne fait pas une communauté. Les gilets jaunes, c’est un agrégat qui va dans tous les sens. Il y a un enthousiasme aujourd’hui qui tient ensemble les gilets jaunes. Mais le gouvernement va laisser pourrir la situation car les manifestants ne votent pas pour lui de toute façon. Passé l’enthousiasme, le mouvement va se désagréger. »

Emily O’Reilly, médiatrice européenne : « La décision de travailler à Strasbourg ou à Bruxelles ne m’appartient pas »

Emily O’Reilly, médiatrice européenne : « La décision de travailler à Strasbourg ou à Bruxelles ne m’appartient pas »

Médiatrice de l’Union européenne (UE) depuis 2013, Strasbourgeoise d’adoption, l’Irlandaise Emily O’Reilly a pour mission de garantir l’éthique au sein des institutions européennes. Elle travaille depuis le Parlement européen, mais ses jours en Alsace pourraient être comptés : un projet d’avis, soumis aux votes de la commission des Pétitions ce mercredi 21 novembre, prévoit que le bureau de la médiatrice devrait déménager à Bruxelles. Dans le processus législatif, un avis n’a que peu de poids, mais ce texte est toutefois perçu par beaucoup comme une attaque frontale à l’encontre de Strasbourg. La principale intéressée, l’ »Ombudsman » Emily O’Reilly, nous a ouvert les portes de son bureau, dans la nouvelle aile du Parlement à Strasbourg.

Rue89 Strasbourg : Pourquoi vous surnomme-t-on régulièrement la « gendarme de l’éthique » ?

Emily O’Reilly : L’ « Ombudsman », c’est une sorte de chien de garde des institutions. Il y a un mot que j’ai appris en arrivant en France et qui est très important dans mon métier : c’est le terme de « pantouflage. » J’interviens quand il y a un soupçon de conflit d’intérêts, par exemple si un haut fonctionnaire européen rejoint le privé. Il est crucial que l’on s’assure qu’un conflit d’intérêts n’existe pas entre son ancien emploi dans le public et son nouveau poste. Je reçois donc beaucoup de plaintes concernant la transparence et les conflits d’intérêts.

De même, les individuels, entreprises, ONGs ou quiconque ayant un problème avec les institutions, peuvent venir me trouver. Je suis chargée de veiller à la bonne administration des institutions. Si une entreprise a par exemple un contrat avec la Commission européenne ou avec une agence de l’UE et qu’il y a des soucis, elle peut déposer une plainte et, si elle est recevable, j’ouvre une enquête. Ensuite, j’adresse une recommandation à l’institution en question. Elles ne sont pas contraignantes, mais la plupart sont suivies. Au total, entre 2 000 et 3 000 plaintes sont déposées chaque année et environ 400 enquêtes effectivement ouvertes.

Médiatrice Parlement
Emily O’Reilly a décoré son bureau à Strasbourg avec des photos de son Irlande natale. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Pouvez-vous vous auto-saisir ?

Oui, je peux faire des enquêtes de ma propre initiative, et c’est un pouvoir très important. Bon nombre d’Européens ne savent pas que j’existe. Mais cela ne fait rien ! Quand je fais des enquêtes, c’est ensuite des milliers de gens – et pas un seul individu – qui en profitent. Ma première propre enquête, il y a trois ou quatre ans, touchait à la transparence des négociations de libre-échange entre les États-Unis et l’UE. Après cela, la Commission a complètement transformé sa manière de gérer les pourparlers. J’ai aussi enquêté autour du sort des stagiaires non payés au Service d’action extérieur de l’Union. Quand j’ai fait cette enquête, j’ai servi la cause de tous les étudiants. En résumé, je suis une « influenceuse » et je fais mon job !

Ce « job » prend-il parfois des airs de « mission impossible » ?

Pas du tout. Je suis un pont entre les citoyens et les institutions. Je fais en sorte que les institutions traitent bien les citoyens, suivent la loi et les principes de bonne administration.

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Emily O’Reilly a été élue médiatrice européenne en juillet 2013. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Entre l’ancien président de la Commission européenne José Manuel Barroso qui s’est fait embauché par Goldman Sachs et Martin Selmayr, ex-bras droit du président de la Commission devenu secrétaire général de l’institution du jour au lendemain, il y a quand même un certain nombre de mauvais élèves dans l’UE…

En ce qui concerne José Manuel Barroso, sa décision de prendre un emploi dans la banque Goldman Sachs, impliquée dans la crise financière et dans la crise grecque, a provoqué de vives inquiétudes… Beaucoup de gens, surtout les fonctionnaires dans les institutions, pensaient que ce n’était pas approprié de la part de quelqu’un qui avait été président de la Commission pendant toute la crise grecque…

Pour ma part, je n’ai pas fait mon enquête autour du personnage de M. Barroso, mais autour de la manière dont la Commission a géré cette affaire. Suite à cela, elle a décidé de renforcer le Code de conduite des commissaires. Quant à Martin Selmayr, devenu secrétaire général de la Commission, le plus haut poste dans toute l’administration européenne, j’ai reçu des plaintes de parlementaires qui soupçonnaient que la manière dont le concours en vue du recrutement n’était pas correcte. J’ai donc ouvert une enquête, non pas sur M. Selmayr, mais sur la manière dont le concours a été organisé. J’ai fait quatre recommandations en la matière et attends maintenant la réponse de la Commission européenne.

Quelle image la Commission européenne a-t-elle d’un contre-pouvoir comme le vôtre ?

De manière générale, le niveau d’intégrité, d’éthique et de transparence dans les grandes institutions européennes est très élevé, du moins beaucoup plus que dans la majorité des États membres. Il le faut, car par les temps qui courent, avec le populisme, la crise financière, les questions liées à la migration, l’attitude de l’administration de Donald Trump ou toutes les choses qui se passent en Hongrie ou en Pologne, les institutions européennes doivent être des modèles.

Comment éviter que de tels scandales ne se reproduisent ?

On ne peut jamais dire jamais ! Mais j’essaie de transformer la culture de l’administration pour qu’au bout du compte, de telles choses ne se passent plus. Je crois que si un prochain commissaire ou président de la Commission se voyait offrir un emploi dans une entreprise ou une banque controversée, il réfléchirait à deux fois avant d’accepter.

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Au total, entre 2000 et 3000 plaintes sont déposées chaque année auprès de la médiatrice. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Vous avez travaillé comme journaliste, avez écrit trois livres… Si vous deviez écrire un ouvrage – fiction ou non – en lien avec Strasbourg, quel serait-il ?

Je tiens un journal depuis quatre ans… Car Strasbourg est pleine de surprises et réellement empreinte d’Histoire. Partout, il y a des mémoires de la guerre et du rôle de Strasbourg dans le domaine des droits humains. C’est très inspirant. Si je fais une promenade près de la Cour européenne des droits de l’Homme, je vois des étoiles au sol et des citations de Churchill qui parle d’une union de l’Europe… On peut sentir l’Histoire partout.

Je ne sais pas si j’en écrirais un moi-même, mais tous les deux mois, je lis un livre d’Histoire. L’un de ceux qui m’a le plus marquée récemment, c’est In the Garden of Beasts, qui décrit la vie de l’ambassadeur américain en Allemagne dans les années 30, pendant la montée du nazisme. On voit bien, au fil des pages, que rien ne s’est passé tout d’un coup. Je ne veux pas faire une comparaison entre cette période et ce qui se passe aujourd’hui chez nous, mais je pense qu’il est très important que tout le monde lise des livres d’Histoire, car si nous n’apprenons pas ses leçons, nous répéterons les mêmes erreurs. Cet héritage, pour moi, c’est la chose la plus précieuse que Strasbourg ait à offrir.

À quelques mois des élections européennes, quelle image l’UE renvoie-t-elle ?

C’est compliqué. Il y a de plus en plus de gouvernements eurosceptiques qui ont une relation tumultueuse avec l’UE… Et à cela s’ajoute le Brexit… Mais après le référendum, j’ai aussi remarqué que le nombre de gens ayant une vision favorable de l’UE a augmenté. Dans un sens, le Brexit a permis de commencer à vraiment réfléchir sur les bons côtés et les moins bons côtés de l’UE.

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Les équipes qui aident Emily O’Reilly au quotidien occupent plusieurs étages au Parlement à Strasbourg. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Vous avez aussi été médiatrice en Irlande, pendant pas moins de dix ans : est-il plus agréable et utile d’opérer à l’échelle nationale ou européenne ?

En Irlande, le médiateur s’occupe notamment de questions liées à la santé, à la protection sociale ou à l’éducation… Des domaines très proches de la vie quotidienne… Ici, ce n’est pas exactement le cas. Mais le processus est identique. En Europe, j’expérimente le multiculturalisme de l’Europe, et c’est peut-être là le principal défi – pas seulement du point de vue des langues, mais aussi de l’administration. Car en ce qui concerne la transparence ou la protection des données, les États ont des standards bien différents.

Pensez-vous que les Strasbourgeois soient plus europhiles qu’ailleurs ?

Je suppose que si on habite dans une ville qui compte le Parlement européen, la Cour et le Conseil de l’Europe, on a peut-être une conscience plus élevée de ce qu’est l’Europe, ce qu’elle apporte. Mais j’imagine qu’il y a aussi beaucoup de Strasbourgeois qui, quand il est question d’Union européenne, disent : « I don’t care ! »

Qu’aimez-vous particulièrement à Strasbourg ?

Strasbourg est une très, très belle ville ! Je sais que c’est cliché, mais je ne me lasserai jamais de regarder la cathédrale. La plupart de ma famille habite en Irlande, aux États-Unis ou au Canada, je suis seule la plupart du temps, mais Strasbourg est très agréable. J’aime m’y perdre, aller dans des cafés, des restaurants… Il y a dans cette ville une atmosphère de tournage de film ! Il y a peu, je me promenais dans la Petite-France, presque seule, il y avait de la brume… Oui, vraiment, c’était comme dans un film. Mais s’intégrer est un peu difficile. Je suis entre Strasbourg et Bruxelles, donc il est compliqué de rejoindre une association ou de faire du sport en club. Par contre, à Strasbourg, j’ai commencé à faire du vélo ! La première fois en trente ans !

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Les bureaux de la médiatrice se trouvent dans la nouvelle aile Vaclav Havel du Parlement européen à Strasbourg. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Strasbourg est-elle plus protégée des lobbyistes que Bruxelles ?

Pas pendant les semaines de session plénière, en tout cas ! Les lobbyistes suivent les parlementaires. S’ils votent sur une réglementation importante, les lobbyistes seront ici aussi.  Mais la plupart du lobbying se déroule effectivement à Bruxelles.

Votre place est-elle plutôt à Strasbourg ou à Bruxelles ?

Non !!! Ce n’est pas un question pour moi, mais pour les politiciens. Toutes les décisions en ce qui concerne le siège des institutions sont prises par le Parlement européen et le Conseil [les 28 États membres, ndlr.].

Un projet d’avis propose quand même que vous devriez déménager à Bruxelles…

Je ne sais pas ce qui va se passer, mais la décision ne m’appartient pas. Il ne serait pas approprié pour moi de me prononcer. Quand on travaille dans une institution européenne, dans un sens, son bureau, c‘est toute l’Europe ! Les emplois dans les institutions sont très privilégiés en ce qui concerne les salaires par exemple. Le revers de la médaille, c’est qu’on ne peut pas toujours choisir où l’on va travailler.

En France, la question de la localisation du siège du Parlement européen est très sensible. Comprenez-vous pourquoi ?

Oui, c’est une question très contestée. Je crois que tous les États membres veulent accueillir des institutions dans leur pays, et je les comprends. L’Autorité bancaire européenne et l’Agence européenne des médicaments, qui étaient à Londres, vont maintenant déménager à Paris et à Amsterdam… Pas mal, comme villes ! Mais je comprends les inquiétudes des familles qui doivent bouger.