Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Les rares images et nombreux souvenirs de Mai 68 à Strasbourg

Les rares images et nombreux souvenirs de Mai 68 à Strasbourg

Archives vivantes – 50 ans après les manifestations de mai 1968, les vidéos d’archives à Strasbourg sont rares. Mais les protagonistes n’ont pas oublié ces intenses journées et occupations. Non sans ressemblances, toutes proportions gardées, avec le mouvement étudiant actuel.

Les images d’archives de mai 68 à Strasbourg sont rares. L’unique chaîne de télévision d’alors, l’ORTF, a d’abord eu pour consigne de ne pas parler de la révolte étudiante. Et une fois que la chaîne contrôlée par l’État se saisit du sujet, une grève est décrétée à partir du 21 mai. En revanche, on retrouve nombre de rétrospectives dès la fin d’année, pour le premier anniversaire et à chaque décennie à partir de ces quelques plans, parfois « non diffusés ».

Quelques clichés montrent une vaste assemblée générale face à la fac de droit, une autre dans l’aula du Palais universitaire où 5 000 personnes sont entassées. Le tout, à une époque où l’on compte un peu plus de 15 000 étudiants contre plus de 50 000 aujourd’hui.

L’historien Jean-Claude Richez auteur de « Révolte de mai 1968 » dans Encyclopédie de l’Alsace et qui a participé au mouvement, commente les images :

« Parmi ces clichés on voit l’une des très rares prises de parole par une femme. C’était un mouvement très masculin, mais il faut aussi remettre ces images dans leur contexte historique. C’est une époque où il y avait beaucoup moins de filles et de femmes à l’université par rapport à aujourd’hui. »

Rendre les cités universitaires mixtes faisait d’ailleurs partie des revendications du mouvement, à laquelle le gouvernement a accédé.

Jean-Claude Richez s'est pas mal impliqué dans les événements en mai 68... (Photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)
Jean-Claude Richez s’est pas mal impliqué dans les événements en mai 68… (Photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)

Dès 1966

À Strasbourg, les prémisses de ce mois de révolte remontent selon certains dès 1966. Des « situationnistes » prennent le contrôle du syndicat étudiant de gauche, l’Unef, au cours d’une assemblée générale. Ce courant de pensée international prône, pour faire simple, la fin de la société de classe et de la société marchande.

Ils dissolvent le Bapu (Bureau d’aide psychologique universitaire) et surtout utilisent l’argent du syndicat pour faire paraître le pamphlet « De la misère en milieu étudiant« , qui critique leurs conditions de vie. L’ouvrage subversif se diffuse de manière virale et nationale.

Est-ce vraiment les prémisses de la grève générale deux ans plus tard ? Ces quelques personnes ne sont plus aux avant postes en 1968. « Leur texte n’a pas de relation directe mais a permis de créer des références », résume Jean-Claude Richez, alors membre de la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR).

De la manif à Berlin puis Strasbourg

Pour son acolyte Jean-Claude Meyer, aujourd’hui à la tête du blog engagé La Feuille de Chou, l’acte fondateur pour nombre de Strasbourgeois fut une grande manifestation de 30 000 personnes en février 1968 à Berlin contre la guerre au Vietnam. Ils y rencontrent le sociologue allemand Rudi Dutschke, figure de la contestation. Quelques semaines plus tard, il est victime d’un attentat raté par l’extrême-droite, ce qui ressert les liens entre les étudiants qui rêvent d’un soulèvement.

La première manifestation strasbourgeoise, le lundi 6 mai, se rend d’ailleurs près du siège des Dernières Nouvelles d’Alsace pour se plaindre d’articles jugés insincères sur cet événement ainsi que des premières répressions au soulèvement parisien du vendredi 3 mai. Deux jours plus tôt, le samedi une cinquantaine d’étudiants se réunissent dans les locaux du syndicat étudiant strasbourgeois l’Afges pour préparer la grève.

Jean-Claude Meyer raconte la suite :

« On était un noyau dur de 150 étudiants à Strasbourg. On a senti qu’il y avait un climat social explosif et on était prêt. On a tout de suite occupé le Palais universitaire. En un mois, des drapeaux de toutes les couleurs ont défilé à son sommet. Rouge (communiste), noir (anarchiste) et même le rot und wiss alsacien ! »

À l’époque pas d’autonomie ni de président d’université comme aujourd’hui. Les négociations se passent avec le recteur « très présent, qui comprenait notre colère », se souvient Jean-Claude Richez.

Jean-Claude Meyer avait déjà été repéré en mai 68 ! (Photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)
Jean-Claude Meyer avait déjà été repéré en mai 68 ! (Photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)

Les revendications sont multiples : hausse des salaires, réforme de la sécurité sociale, dans un contexte de « radicalisation politique », explique Jean-Claude Richez. Mais aussi… le Plan Fouchet, qui voulait « instaurer une sélection à l’université » (déjà), se rappelle Jean-Claude Meyer.

Une autre revendication est l’autonomie des universités, c’est-à-dire une séparation avec l’Etat, qui prend la forme d’un « Conseil étudiant », géré par les contestataires, mais guère reconnu par les autorités. En Alsace, le terme autonomie a une connotation particulière faisant référence à l’occupation, ce qu’ignore une partie des révolutionnaires en herbe. « Pour certains c’étaient comme si les nazis revenaient », témoigne Bernard Buckenmeyer, également participant et membre de l’Institut culturel alsacien (ICA) qui tient une exposition sur mai 68.

Mais au-delà du contexte social et des revendications, Jean-Claude Richez explique les mouvements par les mutations de la société :

« Avec la génération baby boom, une nouvelle classe sociale accède à l’université, face à un enseignement descendant, où on ne peut jamais s’exprimer. Elle cherche ses marques. Il y avait eu des efforts matériels avec de nouveaux bâtiments – il ne faut pas oublier qu’en 1966, les cours de socio se déroulaient encore dans un hôtel bourgeois rue Goethe – mais pas de réflexion sur enseignement. Il y avait deux épicentres, le Patio qui venait d’être construit et la fac de Lettres au Palais U. Les facs de Lettres et de théologie étaient très contestataires. Psycho, socio et philo se sont aussi très vite ralliées. »

Un vote contre le boycott

Le 13 mai, les syndicats ouvriers apportent le soutien au mouvement, un tournant important et une grève qui s’étend dans le pays. Très actif et en essor, la grève étudiante strasbourgeoise connait pourtant un important revers. Vendredi 17 mai, un vote, avec des urnes et des enveloppes, est organisé pour ou contre le boycott des examens.

Et là, les anti-boycott l’emportent à 65%, un échec qui rappelle le vote ordonnant la fin des blocages lors d’une assemblée générale du mouvement étudiant de 2018. « Beaucoup d’étudiants étaient repartis chez leurs parents réviser, notamment à la campagne, et sont revenus juste pour voter, parfois un peu sous la pression de leurs parents », relate Jean-Claude Richez.

Pourtant les mobilisations continuent. Grèves et manifestations de travailleurs se multiplient. Des étudiants s’y joignent. Même la fac de médecine connait des occupations. Pendant ce temps, le TNS, qui s’appelait encore le Centre dramatique de l’Est, est occupé et ouvert en journée. De grands débats s’y tiennent comme à l’Odéon à Paris. « Les parents viennent parfois voir leurs enfants », s’amuse Jean-Claude Richez.

Contre-insurrection et essoufflement en juin

Vendredi 1er juin, c’est la contre-insurrection gaulliste. À sa tête, on y retrouve un certain… Robert Grossmann, fondateur de l’Union des Jeunes pour le Progrès, sorte de Gaullistes de gauche à l’époque. Il fut par la suite député et président de la communauté urbaine de Strasbourg (2001-2008). Après une contre-manifestation qui se termine place de la République, dont le monument aux morts fut tagué (« Révolution » d’un côté et « hop la wir leben » de l’autre) un groupe prend d’assaut le Palais U. Au terme de violences, dégradations et de médiations, un drapeau bleu blanc rouge est accroché pour calmer les Gaullistes.

Dans l’hémicycle strasbourgeois, Robert Grossmann croise au cours de sa longue carrière politique… Jean-Claude Richez devenu adjoint au maire à la Jeunesse dans les années 1990.

Au moins de juin, le mouvement s’essouffle et les grèves diminuent. Le 12 juin, le Conseil des ministres décide de la dissolution de plusieurs associations politiques, dont la JCR (« et quelques unes d’extrême-droite pour faire bonne figure », fulmine encore Jean-Claude Meyer). Un « Institut universitaire critique et de recherche » est néanmoins instaurée, sorte d’université d’été. Le bac est moins difficile que d’autres années, comme le montre une des vidéos au lycée Kléber (voir ci-dessus).

Jean-Claude Meyer en détention

Les Strasbourgeois ont peu affronté les forces de l’ordre, contrairement à leurs homologues parisiens. La « nuit des barricades » du 24 mai relevait de l’acte « symbolique » selon Jean-Claude Richez, bien que quelques affrontements aient eu lieu.

La répression touche tout de même la capitale alsacienne. Et l’un des militants connait un bref séjour en prison. La suite, c’est Jean-Claude Meyer qui raconte :

« C’était fin juin ou début juillet, je ne me rappelle plus de la date. Les policiers viennent chez moi prétextant un vol de livre à la bibliothèque. Ils m’embarquent menotté car ils retrouvent des affiches où il est indiqué que la Jeunesse communiste continue, ainsi qu’une correspondance de lettres avec une fille qui avait subi un IVG, alors interdit à l’époque. J’ai passé 7 nuits en garde à vue à Strasbourg sur une banquette en bois. Tous les jours j’étais interrogé à la Police judiciaire, à la cité administrative Gayot. On avait pour consigne de ne pas répondre, ce qui est un peu ennuyeux donc je donnais quelques infos non-compromettantes. Je n’étais pas dirigeant, mais hyperactif, je vendais notre journal. Puis j’ai été emmené à Paris. J’ai vu un avocat pour la première fois et un juge militaire a ordonné un mandat de dépôt en prévention. Je n’en menais pas large car je n’avais aucune idée de combien de temps tout ceci allait durer. J’ai passé 8 nuits là-bas, dans des conditions un peu meilleures même si je n’ai eu le droit qu’à deux douches. Mais après la large victoire des Gaullistes aux élections législatives en juin, il y a eu de nombreuses libérations de personnes dans une situation similaire à la mienne, à part les étudiants qui avaient de vraies charges contre eux, comme pour avoir lancé des cocktails Molotov. »

Jean-Claude Meyer bénéficiera d’un non-lieu général. À la rentrée de 1968, il enseigne dans un collège de Drulingen.

Difficile bilan

Cinquante ans plus tard, difficile de tirer un bilan de « ces belles semaines » pour les deux protagonistes. Jean-Claude Richez s’essaye :

« Il y avait une dimension carnavalesque. Un clochard, du nom de Célestin avait été nommé doyen par les étudiants. Sa principale décision était d’avoir décroché des rideaux noirs du Palais U pour les dérouler sur la façade après l’attaque des gaullistes. »

D’un point de vue plus général, c’est surtout l’action citoyenne et politique qui change pour l’historien :

« L’étudiant est considéré et peut être acteur de la société. Le changement, c’est que l’on peut agir et faire bouger les choses en s’exprimant. Des mouvements écologistes ou féministes ont su tirer parti de cette nouvelle donne. Il y a aussi eu de nettes avancées sociales. »

Jean-Claude Meyer est plus nuancé :

« Les hausses de salaires ont été vite rattrapées par l’inflation, de 14% à cette époque. Les avancées concernent plutôt le droit d’affichage pour des syndicats ou les comités d’entreprise. »

Selon les réflexions d’Armand Peter et d’autres penseurs alsaciens, le mouvement régionaliste, qui connait un net regain dans les années 1970 est aussi une secousse indirecte de cette période de soulèvements multiples.

Syndicats et étudiants pour une « convergence des luttes » le 1er mai

Syndicats et étudiants pour une « convergence des luttes » le 1er mai

L’intersyndicale CGT-FSU-Solidaires, FO, la CNT et les « étudiants en lutte » appellent à une manifestation de « convergence des luttes » à l’occasion de la Fête du travail mardi 1er mai. À Strasbourg, le cortège partira de la place de la Bourse à 10h pour rejoindre la place Kléber.

Grève des cheminots suite à la réforme de la SNCF, manifestations d’étudiants opposé à la sélection à l’entrée des études universitaires, fonctionnaires remontés contre la stagnation de leurs traitements, retraités opposés à la baisse de leurs revenus… Le mois d’avril a été tendu pour le gouvernement. Logiquement, ces revendications vont toutes se retrouver dans les cortèges du 1er mai, autour d’un appel unitaire à une « convergence des luttes. »

Un appel relayé par les syndicats CGT, FSU, Solidaires, FO, CNT, et les « étudiants en lutte » mais pas par la CFDT, dont les membres ne participeront pas aux manifestations. Pour tous les autres, le rendez-vous est donné mardi à 10h place de la Bourse (place du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny). Le défilé ira jusqu’à la place Kléber, en passant par la rue de Zurich, le Quai des Pêcheurs, la place Broglie (voir ci-dessous)…

Le trajet prévu

Dans un communiqué l’intersyndicale résume les principaux combats :

« Les organisations syndicales CGT, FSU et Solidaires se félicitent de la grève massive des cheminots qui combattent pour défendre un véritable service public du ferroviaire. Elles apportent leur soutien aux luttes en cours et appellent à la convergence des luttes afin de défendre une société solidaire assise sur des droits collectifs.
On nous parle de dialogue social alors que des secteurs sont mobilisés depuis des semaines et que personne ne les écoute. Il en va ainsi des cheminots, des fonctionnaires, des étudiants, des retraités, des éboueurs, des personnels d’Air France ou de Carrefour. Le 1er mai doit être un temps fort dans la construction d’un mouvement interprofessionnel et intergénérationnel d’ampleur s’inscrivant dans la durée. »

Mercredi, les trois syndicats de pilotes d’Air France ont annoncé avoir déposé un préavis de grève pour 3, 4, 7 et 8 mai afin de peser dans les négociations pour les salaires, au niveau national.

Les étudiants mobilisés pour la Fête du travail

Colin Jude, un étudiant membre du syndicat étudiant UNEF, mobilisé lors des récentes assemblées générales sur le campus de l’Université de Strasbourg, décrit comment les étudiants ont décidé de se joindre à la journée de manifestation  :

« La mobilisation a été décidée samedi 21 avril, au niveau de la coordination des luttes à l’Université Paris 8. Cinq étudiants délégués de l’Université de Strasbourg ont participé à la réunion. Il y aura un cortège de jeunes et de lycéens qui se réunira avec les syndicats le 1er mai, au nom de la convergence des luttes, mais aussi pour défendre nos propres intérêts. »

L’an dernier à Strasbourg, près de 1 500 personnes avaient défilé malgré la grisaille et le froid.

 

Les œuvres d’art urbain de Strasbourg répertoriées sur une carte interactive

Les œuvres d’art urbain de Strasbourg répertoriées sur une carte interactive

Plusieurs acteurs du milieu culturel ont collaboré pour créer une carte interactive et participative de l’art urbain à Strasbourg afin de répertorier et localiser les œuvres. Peu après sa création, plus de 150 tags, graffs, pochoirs ou collages sont déjà référencés.

En se promenant dans Strasbourg, on voit obligatoirement ces façades colorées, ces fresques revendicatives ou simplement décoratives.

Certains graffitis,comme celui-ci photographié dans le quartier gare, sont revendicatifs. (photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)

En partant de ce constat, plusieurs acteurs du milieu culturel à Strasbourg lié au NL Contest, festival des cultures urbaines, ou la PopArtiserie, galerie d’art urbain, ont voulu les rendre plus accessibles. C’est ainsi que la « Street Art map » a vu le jour. D’après Julien Lafarge, l’un des fondateurs du projet, l’objectif est de faire connaitre cette forme d’art contemporain :

« Il y a de belles choses dehors. On veut simplement rendre cela plus accessible. On veut hisser l’art urbain à la hauteur des autres formes d’art. L’origine du projet, c’est surtout des passionnés qui veulent partager ce pour quoi ils s’émerveillent. On a de plus en plus de retours positifs à ce sujet. Il y a 10 ans, on nous disait que les tags gâchaient le paysage. Maintenant, ils attisent les curiosités, ils font partie de notre culture. »

De nombreuses techniques de dessins peuvent être utilisées. Voici un exemple de dessin très fin, photographié quartier gare. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)

Emilie Jade Vauban, du NL Contest, explique que cette carte est l’héritière d’un blog qui avait le même objectif. Cependant, le nouveau site internet a une ergonomie différente :

« La Street Art map se présente sous la forme d’une carte interactive de Strasbourg, avec le nom des quartiers et le nombre d’œuvres répertoriées dans chacune de ces zones. Il suffit de cliquer sur un quartier pour avoir accès à une carte de celui-ci avec la localisation de chaque oeuvre. On peut aussi choisir le type de création que l’on recherche. Si on sélectionne « graffiti », « pochoir » ou encore « collage », seules ces œuvres apparaissent sur la carte. »

La carte recense déjà plus de 150 oeuvres (capture d’écran)

Une carte alimentée de manière participative

L’autre aspect sur lequel insistent les créateurs et créatrices de la Street Art map, c’est son aspect collaboratif. Chacun peut soumettre des œuvres d’art, en remplissant un formulaire en ligne. Julien Lafarge y accorde une grande importance :

« Notre rêve, ça serait que les Strasbourgeois ou les touristes s’approprient vraiment ce site et participent activement à l’alimenter. »

Après soumission, les modérateurs, au nombre de trois, procèdent à une vérification de l’existence de l’oeuvre, et complètent les données s’ils sont en mesure de le faire. Le site internet créé mardi 24 avril, comptait une quinzaine d’oeuvres ajoutées par des internautes eux-mêmes le jeudi 26 avril. En tout, plus de 150 créations sont déjà répertoriées à ce jour.

Le Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg s’est aussi paré de peinture depuis le mois d’avril. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)

C’est une conjoncture très particulière qui a profité à la création de la Street Art map d’après Julien Lafarge :

« La Ville de Strasbourg a la volonté de valoriser cette forme d’art, dans le cadre de sa promotion de l’art contemporain. Paul Meyer, adjoint au maire de Strasbourg, souhaite développer une nouvelle forme de tourisme. C’est notamment grâce à cela que nous avons bénéficié d’une subvention de 5 000 euros. De plus, dans le cadre du NL Contest, nous avons obtenu l’autorisation de réaliser des tags et des graffitis sur des conteneurs et des murs au niveau de plusieurs sites strasbourgeois pendant le mois de mai. En ce moment, tous les feux sont au vert pour l’art urbain. »

Ce tag très coloré a été photographié au quartier de la gare. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)

Le périphérique de Strasbourg, la plus grande décharge de l’Eurométropole

Le périphérique de Strasbourg, la plus grande décharge de l’Eurométropole

Les agents de la DIR Est ramassent 500 kilos de déchets au kilomètre sur les 55 bornes de l’autoroute périphérique de Strasbourg. Mais le nettoyage n’est pas leur occupation principale et ils doivent faire face au mécontentement des riverains et des élus sans voir émerger de solution.

Le 1er mars, une lettre arrive sur le bureau du préfet de la région Grand Est, Jean-Luc Marx. Elle est signée Gilbert Roth, président de la communauté de commune de Molsheim. Le courrier fait état de l’exaspération de plusieurs maires quant à la saleté de l’autoroute A351, entre Illkirch-Graffenstaden et Molsheim. Un point noir pour l’attractivité de l’agglomération strasbourgeoise, d’après Gilbert Roth.

Ce n’est pas la première fois que la préfecture est interpellée sur le sujet. Dès le début de son mandat, Robert Herrmann, président (PS) de l’Eurométropole, avait fait part de son désarroi au préfet. Car c’est Robert Herrmann, en tant qu’élu local, qui reçoit régulièrement des lettres de citoyens se plaignant de la saleté du périphérique de Strasbourg, même si le nettoyage de l’A35 ne dépend pas de l’Eurométropole.

20 agents pour nettoyer 55 kilomètres

Lorsque la préfecture récolte les doléances des élus, elle les fait redescendre à la DIR Est (Direction Interdépartementale des Routes de l’Est). C’est elle qui entretient l’autoroute aux abords de Strasbourg pour le compte de l’Etat. Thomas Froment, chef du district de Strasbourg à la DIR Est, est directement concerné par les remontrances des élus. Il assure être conscient du problème mais que son équipe fait déjà le maximum.

Pour couvrir les 55 kilomètres de bitume du périphérique strasbourgeois, la DIR Est peut compter sur une équipe de 20 agents d’exploitation. Sauf qu’au quotidien, ils sillonnent l’autoroute pour assurer la sécurité des usagers en signalant les accidents, neutralisant des voies si nécessaire, ils réparent les panneaux, débroussaillent les bordures, etc. Des tâches nombreuses et très variées qui laissent peu de temps au nettoyage.

Sébastien Kuntz fait partie des agents d’exploitation :

« La propreté est loin d’être notre priorité. Avec tout ce qu’il se passe sur la route, on a largement d’autres chats à fouetter. »

C’est uniquement quand ils ont un moment de « libre » que les agents sortent les sacs poubelles, les pinces et les gants.

Entre bouteilles d’urine et cadavres d’animaux de compagnie

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Si les déchets répugnent les élus et certains habitants, les agents de la DIR Est sont les premiers à en faire les frais. Sébastien Kuntz décrit ce qu’il ramasse :

« Cela va des traditionnels emballages de fast-food aux autoradios, en passant par les vieilles chaussures. Autre grand classique : les bouteilles d’urine. Des jolis souvenirs laissés par certains routiers. »

En plus d’être peu ragoutantes, certaines découvertes sont pour le moins sinistres, raconte Luc Kordian, un autre agent :

« Certaines personnes ne savent pas quoi faire du cadavre de leur animal de compagnie alors elles le laissent sur le bord de la route. On retrouve aussi souvent des sacs remplis de sextoys. Les gens se disent sûrement, qu’au moins, personne ne tombera dessus mais c’est sans compter sur nous ! »

Aussi variés soient-ils, ces déchets représentent un coût pour la collectivité. Entre 5 000 et 11 000 euros par an, d’après Françoise Bey, vice-présidente de l’Eurométropole en charge de la propreté, qui ne voit pas l’intérêt de dédier plus de moyens :

« Plus d’argent et plus de main d’œuvre ne veut pas dire qu’on a une autoroute plus propre. Quand vous nettoyez le périphérique, il faut recommencer 15 jours après. »

Seule solution, la sensibilisation ?

Pour toute l’Alsace, la DIR Est n’a qu’une seule balayeuse, une machine qui aspire une partie des déchets sur le bord de la route. Même si l’Eurométropole a accepté de lui en prêter une deuxième, et que donc le parc de balayeuses de la DIR Est a doublé, cela ne réglera pas tout. Ce prêt représente un coût de 5 000 euros par an pour la collectivité.

Les services de propreté de l’agglomération ont aussi déjà fait appel à des personnes en réinsertion professionnelle. Mais l’initiative a des limites. Il serait trop dangereux de laisser ces personnes seules sur le bord du périphérique. Or si des agents de la DIR Est doivent les encadrer, c’est du temps en moins qu’ils consacrent à la sécurisation du réseau. Donc l’idée perd de son intérêt.

Pour l’instant ni la DIR Est, ni l’Eurométropole n’ont trouvé de réponse adaptée. Ces derniers mois, elles se sont lancées ensemble dans une campagne de sensibilisation. L’Eurométropole réfléchit à des messages tandis que la DIR Est fournira les panneaux. Pour l’instant, on ne sait pas quand est-ce que les usagers verront fleurir ces slogans anti-déchets au bord du périphérique. Difficile également de savoir si cela fera radicalement changer le comportement des personnes les moins respectueuses.

D’autres villes en France ont choisi des solutions plus radicales. Par exemple, Montreuil, en Seine-Saint-Denis, a créé une brigade propreté en juillet 2016. Une équipe de onze agents est spécialement dédiée au nettoyage et à la verbalisation. Grâce à des caméras, ils relèvent les plaques d’immatriculation et retrouvent ainsi les responsables. En 2017, ils ont envoyé 2 400 PV de 130 à 180 euros. Au début de l’opération, la ville avait identifié 200 points critiques où s’accumulaient les déchets. Elle assure qu’il n’y en a plus qu’une cinquantaine aujourd’hui et que les économies réalisées en traitement des ordures permettent de couvrir les frais liés aux investissements de départ.

#DIR Est

Au bureau 17 de Schiltigheim : « On a voté pour Ahmed Fares »

Au bureau 17 de Schiltigheim : « On a voté pour Ahmed Fares »

Lors des dernières élections municipales à Schiltigheim, un bureau de vote s’est particulièrement distingué : le bureau 17, du quartier populaire des Écrivains. Ses habitants ont voté à 82,6% pour Christian Ball, le candidat de droite, avec une participation supérieure à celle des autres bureaux. Voici pourquoi.

Le dimanche 8 avril, au soir du premier tour des élections municipales anticipées de Schiltigheim, les états-majors des formations politiques s’étonnent : pourquoi les habitants de la cité des Écrivains se sont mobilisés à 77,8% pour le candidat de droite, Christian Ball ? Au second tour, l’écart est encore plus frappant : 82,6% pour Christian Ball et avec dans les deux cas une participation supérieure à la moyenne.

Aux dernières élections présidentielles, le même bureau 17 avait voté à 36,58% en faveur de La France Insoumise, suivi par 21,09% pour le Front National. Du coup, l’équipe de Danielle Dambach, conseillère municipale sortante élue maire au cours de ces élections, a consigné le résultat « anormal » du premier tour des municipales anticipées. Ce qui a conduit la préfecture du Bas-Rhin à dépêcher un agent de contrôle pour vérifier la conformité du déroulement du vote au second tour. Résultat : aucune anomalie.

Recruté par Jean-Marie Kutner

En fait, ce résultat est à mettre au crédit de l’activisme d’un homme, Ahmed Fares. Ce fonctionnaire de 43 ans est devenu adjoint au maire à la tranquillité publique de Jean-Marie Kutner, lorsque ce dernier a emporté la mairie en mars 2014. Natif du quartier des Écrivains, ancien président du centre socio-culturel Victor Hugo, il a été recruté par Jean-Marie Kutner dès les élections municipales de 2008. En 2014, le bureau 14 (ancien bureau 17) avait apporté plus de 50% de ses voix à l’ancien maire au premier tour.

En mars 2017, Ahmed Fares est pourtant le 15e conseiller municipal à démissionner, suite au départ fracassant de Christian Ball et des autres élus de sa liste. Ahmed Fares l’a suivi quand il a appris que Jean-Marie Kutner avait rencontré Raphaël Nisand, l’ancien maire (PS) de Schiltigheim. C’est son départ qui a provoqué des élections municipales anticipées.

Mickaël, 25 ans, a grandi et travaille dans le quartier comme animateur. Il n’a pas été surpris par les résultats du bureau 17 :

« Mis à part Ahmed Fares, les politiciens ne viennent pas nous voir dans le quartier. On les voit juste avant les élections. C’est comme Jean-Marie Kutner, il semblait sympa pendant les élections, aussitôt élu, on ne l’a plus vu. »

Selon lui, le quartier est abandonné par les pouvoirs publics :

« On a un local jeune, mais il n’ouvre que de 18h à 21h. Ici à part faire du foot, il nous est difficile de faire autre chose, comme simplement se retrouver et jouer aux cartes. Sur ce quartier, on devrait être 4 animateurs, on n’est que 2 et encore, mon second n’a été nommé que depuis quelques mois. »

« Ahmed Fares est venu vers nous comme un bonhomme »

Au milieu des tours de ce quartier populaire, près du terrain de foot synthétique, une demi-douzaine de jeunes passaient le temps mercredi soir. Ils expliquent pourquoi ils ont voté pour Christian Ball les deux dimanches précédents.

Kader détaille :

« Ahmed Fares a tout fait pour nous, quand on avait besoin de lui pour trouver du boulot… Donc en retour, je suis allé voter pour son boss, Christian Ball. Jean-Marie Kutner on l’a jamais vu alors qu’Ahmed Fares, il nous a emmené manger en centre-ville ou à Caracalla… »

Au fur et à mesure, d’autres jeunes apportent de nouveaux témoignages :

« Quand on doit faire un match de foot, et qu’on n’a pas assez de voitures, Ahmed nous emmène… Pendant le nouvel an, il était là de 8 heures du matin à 5 heures du matin pour qu’il n’y ait pas de problème dans le quartier. Si on a un problème de logement ou autre, on sait qu’il nous écoute et nous aide. Il n’a pas fait ça par intérêt, il aime les gens. »

À écouter ces jeunes, la tête de liste était Ahmed Fares. Une aura encore renforcée par l’absence d’autres élus, perçue comme un abandon par de nombreux habitants :

« Danielle Dambach, on ne la connaissait pas, on l’a vue rapidement et on a parlé avec son collègue vendredi, deux jours avant les élections. Il nous a promis qu’il reviendrait… et puis on ne l’a pas revu. On n’allait pas voter pour des gens qu’on ne connaissait même pas. »

« Ahmed Fares on n’a vu que lui dans le quartier »

Sabrina, habitante du quartier, détaille le lien entre Ahmed Fares et les habitants du quartier :

« Moi quand j’ai besoin de lui, je vais voir sa mère. Elle l’appelle et Ahmed répond tout de suite. Une fois j’ai appelé à 23h, il m’a rappelé à 23h15, vous imaginez ? Quel que soit le candidat qu’il soutient, on aurait voté pour lui… Et d’ailleurs, Ball il est d’extrême-droite non ? Bon donc ici les gens ils sont pas racistes, on n’aurait pas dû voter pour lui… mais on l’a fait pour Ahmed. »

« Moi je suis de ces gens là »


Pour Ahmed Fares, il n’y a pas 36 solutions pour le quartier :

« On nous explique qu’il faut faire quelque chose pour le quartier et quand quelqu’un le fait on le lui reproche ! Moi j’ai creusé cette question et je crois savoir pourquoi ces gens ont voté, parce que moi je suis de ces gens là, je suis né dans le quartier. J’ai mené une politique différente, je ne suis pas le stéréotype du politique. J’étais leur porte d’entrée à la mairie parce qu’ils me connaissaient. »

Selon lui, cette proximité aurait même permis de faire reculer le Front national :

« Le Front national fait son beurre sur des politiques qui ne sont jamais là… Et aujourd’hui, je suis sûr qu’il y a des électeurs du FN, ils en arrivent à voter pour quelqu’un qui s’appelle Ahmed Fares. Si on en arrive à faire ça, il y a un espoir. »

« Je les aime ces jeunes, et je pense que eux aussi m’aiment »

Pour Ahmed Fares, sa manière de faire de la politique est différente :

« Il y a un lien qui se crée, quand j’emmène des jeunes qui ne sont jamais allés au centre-ville de Strasbourg, que je les emmène dans les meilleurs restaurants, ce sont des jeunes qui sont reconnaissants… Moi j’ai pas honte de le dire, je les aime ces jeunes, et je pense que eux aussi m’aiment. »

Très bien mais cette manière de faire de la politique ne s’apparente-t-elle pas à du clientélisme ? En dépensant de l’argent pour s’attacher les faveurs des habitants du quartier, Ahmed Fares risque d’être poursuivi pour achats de vote. L’intéressé s’en défend :

« Ce sont des jeunes qui sont contents de voir autre chose, parce qu’il n’y a peut-être personne d’autre qui peut leur proposer ce que je leur propose. »

En attendant, l’intéressé donne rendez-vous en mars 2020, en refusant soigneusement de préciser vers quelle tête de liste pourrait aller sa préférence… Et si c’était la sienne ? Il y a au moins un quartier où ça ne déplairait pas…

Vous vous êtes fait voler votre vélo ? Strasbourg voudrait savoir comment

Vous vous êtes fait voler votre vélo ? Strasbourg voudrait savoir comment

Pour certains, se faire voler son vélo est un rite de passage strasbourgeois. D’autres font des concours sur le nombre de fois qu’ils n’ont pas retrouvé leur monture là où ils l’avaient laissée… Strasbourg est identifiée comme une « capitale du vélo », c’est souvent vrai mais c’est aussi largement la « capitale du vol de vélos. » Un groupe Facebook des vols de vélos a été créé, une carte collaborative… et il y a bien sûr le sinistre site « velos trouvés » de Strasbourg.eu.

Notre enquête avait démontré que tous les vélos sont ciblés, pas forcément les plus beaux, et que la taille du cadenas compte. En cas de vol, se rendre sur les sites de petites annonces, comme Le Bon Coin, est une bonne manière de repérer si le vélo est immédiatement remis en vente… (voir comment retrouver son vélo volé sur Internet).

« Locking the frame you get the wheels stolen,  locking the wheels you get your frame stolen. » (Photo M. Aquila / FlickR / cc)
« Locking the frame you get the wheels stolen, locking the wheels you get your frame stolen. » (Photo M. Aquila / FlickR / cc)

Pas de solution contre ce fléau

Face à ce fléau, il ne semble guère exister de solution. L’Eurométropole et la Ville de Strasbourg cherchent à mieux cerner le phénomène, pour éventuellement trouver de nouvelles manières de lutter contre le vol de vélos. Et pour ça, l’institution lance une enquête en ligne à destination de tous les habitants qui ont été victimes de vol ou de dégradations de leurs montures. Cette enquête vise à compléter l’analyse des déclarations de vol, car de nombreux usagers ne déposent pas plainte à la police après le vol de leur vélo.

L’enquête a été élaborée en partenariat avec l’association CADR67 et le questionnaire est disponible jusqu’à fin juin. Les questions portent donc sur les vols passés (où, quand, comment…), mais aussi les pièces qui ont pu être arrachées, et cherche à savoir si les vélos des habitants sont garés dans des endroits sécurisés lorsqu’ils ne sont pas utilisés.

La Ville de Strasbourg rappelle que le CADR67 propose un marquage des vélos, avec un enregistrement sur Bicycode et qu’il s’agit d’un moyen pour réclamer son vélo lorsque celui-ci est retrouvé.

Mardi soir, suivez le « DJ set » de Dominik Eulberg en direct… du château du Haut-Koenigsbourg

Mardi soir, suivez le « DJ set » de Dominik Eulberg en direct… du château du Haut-Koenigsbourg

Dix secondes, c’est le temps qu’il aura fallu pour vendre les 600 places du « set » du DJ allemand Dominik Eulberg, prévu ce mardi soir au château du Haut-Koenigsbourg près de Sélestat. Pour tous ceux qui n’étaient pas à fond avec leur carte bleue pendant ces minutes essentielles, la soirée est à suivre en direct ce soir sur Rue89 Strasbourg.

Cercle est un média culturel qui produit des émissions dans des lieux atypiques en y invitant des artistes de la scène électronique. Le concept est de produire un concert ou un set avant de répondre aux questions des auditeurs lors d’une petite interview, le tout filmé avec des moyens importants et transmis en direct sur leur page Facebook, suivie par 520 000 abonnés. Ainsi, Cercle a-t-il filmé Fakear dans une grotte de Malte, Deborah de Luca au château de Chambord, le trio Agents of Time pour un live en contrebas du viaduc de Millaut, etc.

Et il en va ainsi, à coups de milliers de vues, tous les lundis depuis deux ans, ce qui a inévitablement attiré bon nombre de responsables de monuments historiques, ravis de cette soudaine notoriété auprès d’un public pas a priori facile à attirer dans les lieux de mémoire. Et mardi 23 avril, si le temps le permet, c’est au tour du château du Haut-Koenigsbourg, notre plus beau château alsacien, de servir de décor au concept de Cercle, qui invite cette fois le DJ allemand Dominik Eulberg, connu pour sa techno minimale agrémentée de bruitages issus de la nature.

Le Haut-Koenigsbourg vu d'en haut (Photo Tristan Vuenot)
Le château du Haut-Koenigsbourg, une bonne idée pour un concert… (Photo Tristan Vuenot)

Trois fondateurs à l’origine

Derrière ce média à buzz se cache trois personnes : le fondateur Derek Barbolla, ancien étudiant en cinéma, Philippe Tuchmann ancien directeur artistique dans différents clubs parisiens et Pol Souchier, ayant travaillé auparavant dans des agences de communication après un master de commerce. Ce sont eux qui ont repéré et sélectionné le château du Haut-Koenigsbourg. Depuis deux ans, ils travaillent 7 jours sur 7 à la conception de leurs émissions, puisqu’ils gèrent tout en interne : le repérage des lieux, le booking, le montage vidéo… Mardi, ils sont 19 à s’être déplacés au château du Haut-Koenigsbourg, pour organiser l’événement, sans compter les agents de sécurité.

Le château du Haut-Koenigsbourg, reconstruit sur les ruines d’un château fort du XIIe siècle, accueille 550 000 visiteurs par an. C’est le deuxième site touristique payant le plus visité d’Alsace, après Batorama, mais c’est une très bonne idée pour y installer un concert. Avec ses vieilles pierre, sa vue imprenable sur la plaine d’Alsace et la Forêt-Noire en toile de fond, la vidéo sera belle quelle que soit la prestation de Dominik Eulberg !

L’Accorderie de Strasbourg échappe in extremis à la dissolution

L’Accorderie de Strasbourg échappe in extremis à la dissolution

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Près de Colmar, le constat silencieux de la disparition de l’œdicnème criard

Près de Colmar, le constat silencieux de la disparition de l’œdicnème criard

L’œdicnème criard est la dernière espèce d’oiseaux rares encore présente dans la Hardt, près de Colmar. Tous les ans, au printemps, des scientifiques de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) se rendent dans cette zone d’agriculture intensive pour décompter ces volatiles. En 2018, 13 individus ont été recensés, cette valeur est en baisse constante depuis près de 40 ans.

Le 11 avril, au sud-est de Colmar, cinq scientifiques de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) se répartissent les tâches pour la nuit. Ils quadrillent une zone d’environ 10 kilomètres carrés, pour partir à la recherche de l’œdicnème criard. Cette espèce menacée fait l’objet d’un suivi annuel, soit deux soirées de détection au printemps. Nous nous trouvons dans la Hardt, territoire haut-rhinois délimité par le Rhin à l’Est et des massifs montagneux à l’Ouest. Un micro-climat lié à la disposition des montagnes en amont fait de cet endroit une des zones les moins humides de France. En Alsace, l’oiseau recherché est présent seulement dans ces alentours. Le busard cendré, l’outarde canepetière et la pipit rousseline, autres oiseaux rares mais détectés jadis aux abords de Colmar, ont déjà disparu de la région.
L’œdicnème criard est reconnaissable grâce aux protubérances qu’il a au niveau des genoux. (Photo Père Igor / Wikimedia Commons / cc)
Alexandre, coordinateur de l’expédition, donne des explications sur l’œdicnème criard :
« Cet oiseau semi nocturne est notamment caractérisé par son chant bruyant. Il se nourrit d’insectes, de grenouilles, de lézards ou encore d’œufs. Son nom fait référence aux protubérances qu’il porte sur les genoux, qui évoquent des œdèmes. L’œdicnème criard a une préférence pour les milieux secs où les sols sont nus par endroits. Avant l’intensification de l’agriculture, la Hardt a longtemps été un habitat parfaitement adapté à cette espèce. Maintenant, l’augmentation des surfaces agricoles induit une disparition de l’habitat de l’œdicnème criard. L’utilisation des pesticides provoque une baisse dramatique du nombre d’insectes dont il se nourrit. Cette conjoncture fait de lui, une espèce au bord de l’extinction dans la région. »
La Hardt agricole est un paysage totalement plat, avec à perte de vue des champs de maïs. Au loin, on aperçoit la centrale nucléaire de Fessenheim et d’immenses usines, comme celle de PSA-Peugeot-Citroën qui emploie près de 7 000 personnes.
De nombreuses usines viennent encore un peu plus perturber les oiseaux dans la Hardt, notamment à cause de la pollution lumineuse. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)

La Hardt, zone autrefois pauvre

Pourtant, avant les années 60, la Hardt est une des zones les plus pauvres d’Alsace. Les sols contiennent très peu de nutriments et ils sont secs une bonne partie de l’année à cause du micro-climat. Les rendements agricoles sont très faibles. Dans les années 70, avec la révolution verte, on assiste à une logique d’intensification généralisée des cultures. Les exploitants commencent à utiliser l’eau de la nappe phréatique qui se trouve à 15 mètres sous terre, grâce à des techniques d’irrigations industrielles. Un apport intensif en engrais est réalisé pour combler le déficit en nutriments dans le sol. Avec un niveau d’ensoleillement élevé, ces conditions obtenues de manière artificielle permettent une culture du maïs qui donne les meilleurs rendements de France. Cette intensification de l’agriculture a uniformisé tout le paysage, avec des conséquences dramatiques sur la biodiversité.
Sans ces installations d’irrigation qui peuvent dépasser 100 mètres, le maïs ne pousserait pas dans la Hardt. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)
Alexandre explique que de nombreuses plantes étaient présentes uniquement ici en Alsace :
« Ce climat sec, avec une végétation et un sol plein de graviers amenés ici par les crues du Rhin, donnaient lieu à des forêts appelées “chênaie à chênes pubescents”, plutôt typique du Sud Ouest habituellement. Cet écosystème était unique avec en toile de fond, les Vosges et la Forêt-Noire. Mais ici, il n’est pas question pour les agriculteurs de revenir en arrière, il faut exploiter le maximum de surface. C’est synonyme de progrès pour eux. Beaucoup de champs atteignent des surfaces de 15 hectares. »
L’équipe de la LPO se répartit les tâches pour l’expédition de comptage de l’œdicnème criard. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)
Le soleil commence à se coucher. Il est 18h30 et la mission de terrain va commencer. Vincent et Emilie partent au Nord, Ondine et Trystan iront au milieu de la zone d’observation, et Alexandre se dirige plus au Sud. Il explique que nous ne verrons certainement aucun œdicnème criard au cours de cette soirée :
« Ils se camouflent extrêmement bien et ils sont peu nombreux. En voir un de nuit relèverait de l’exploit. Tout se fait à l’oreille. Nous émettons un son standardisé qui correspond au chant de l’oiseau que nous tentons de détecter. Les mâles défendent farouchement leur territoire. Lorsqu’ils entendent le chant d’un autre œdicnème criard, ils lui répondent pour lui montrer qu’il faut partir. Lorsque le son est émis, si un œdicnème criard est présent dans un rayon de 1,5 km, il répond par un chant et nous pouvons être sûr qu’un nid est présent dans cette zone. »

Les ravages de la monoculture

Comme la disponibilité alimentaire est très faible à cause de la monoculture qui ne permet pas le développement des populations d’insectes et de mollusques, chaque nid d’œdicnème couvre un large territoire. Depuis les routes de campagnes que nous arpentons pour nous rendre aux points de relevés, nous apercevons de nombreux tracteurs à six roues qui commencent les semences. Les surfaces à cultiver sont si grandes que ces véhicules imposants sont indispensables. L’un d’entre eux répand un liquide rouge qui est contenu dans une rangée de bidons accrochés à l’arrière du tracteur. D’après Alexandre, ce liquide n’est autre que des néonicotinoïdes. Ce pesticide est absorbé par les plantes qui deviennent toxiques sur le long terme pour tous les insectes. La baisse des populations d’abeilles observée actuellement est en partie attribuée à ce procédé. Les oiseaux qui se nourrissent d’insectes comme l’œdicnème criard sont particulièrement affectés par ces pesticides comme ils n’ont plus de quoi se nourrir.
Le tracteur répand un pesticide appelé néonicotinoïde dans son champ. Cet insecticide est en partie responsable de la chute des populations d’abeilles. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)
Carte à la main, nous trouvons le premier lieu de relevé. Il s’agit ensuite d’écouter les chants d’oiseaux pendant 1 minute et 30 secondes. Puis, pendant 30 secondes, nous émettons le son du chant d’un œdicnème criard. Ensuite, nous écoutons à nouveau 30 secondes pour voir si un mâle répond pour défendre son territoire. L’opération se répète trois fois d’affilée. Aucune réponse. Nous nous dirigeons alors vers le deuxième point qui se trouve à environ 2 km. Nous en avons 11 à vérifier en tout. Les deux autres groupes se rendent chacun sur 12 points.
L’œdicnème criard se camoufle sur des sols sablonneux ou avec une végétation rase. (Photo Serguei / Flickr)
Au fil du temps, pendant la soirée, la fatigue fait son apparition. Alexandre explique que cela peut troubler les détections :
« Il est assez récurrent que des personnes qui font de tels relevés aient des hallucinations auditives. Dans un silence total, elles sont persuadées d’entendre l’oiseau qu’elles recherchent. C’est un phénomène reconnu. C’est pour ça que des équipes sont constituées de plusieurs personnes. »
Au septième essai, nous réalisons le protocole habituel. Soudain, pendant l’un de nos silences assidus, un son aigu et puissant se fait entendre. C’est le chant de l’œdicnème criard. Nous déduisons qu’un nid se trouve dans la zone. En tout pendant la soirée, sept individus seront détectés. Chacun d’eux est en théorie affilié à un nid, une femelle et peut-être une progéniture. Vers une heure du matin, l’expédition se termine. Nous nous retrouvons à un point de rendez-vous avec les deux autres groupes de scientifiques. Alexandre fait le bilan de la soirée :
« Nous avons travaillé dans les temps et les tentatives de détection ont bien été réalisées sur tous les points. Pour ce qui est du nombre d’individus constaté, ce chiffre est inquiétant pour le moment. Nous verrons quel sera le résultat du comptage de demain et si la population continue à diminuer comme ces dernières années. »
Le lendemain, les scientifiques entendront six individus supplémentaires, ce qui porte le nombre total d’œdicnèmes criards détectés à treize en 2018 dans la Hardt agricole. L’année précédente, la zone de prospection était plus petite, mais l’expédition avait permis de relever quinze individus, ce qui confirme une tendance générale de baisse de cette population d’œdicnèmes criards observée depuis 40 ans. D’après Alexandre, sans changement radical des pratiques agricoles dans les environs, cette espèce est condamnée à disparaître en Alsace.

En Alsace, les populations d’oiseaux en déclin de 26 à 100% selon les espèces

En Alsace, les populations d’oiseaux en déclin de 26 à 100% selon les espèces

Le CNRS et le Museum national d’histoire naturelle ont annoncé fin mars, que « les oiseaux des campagnes françaises disparaissent à une vitesse vertigineuse ». Leurs populations auraient diminuées en moyenne d’un tiers en 15 ans. En Alsace, zone d’agriculture intensive, la même évolution est constatée d’après les relevés de la Ligue de protection des oiseaux (LPO).

C’est une tendance que l’on retrouve partout en France, voire dans toute l’Europe : deux programmes de suivis distincts portés par le CNRS et le Museum national d’histoire naturelle témoignent d’une « disparition massive » des populations de nombreuses espèces d’oiseaux qui peut aller jusqu’à 90% pour la perdrix grise. En 2014 déjà, une étude réalisée dans 25 pays mettait en évidence la disparition de 421 millions d’oiseaux en 30 ans en Europe.

La perdrix grise n’est plus détectée en Alsace. (Photo Frans Vandewalle)

En Alsace, la ligue de protection des oiseaux (LPO) coordonne le programme national de suivi temporel des oiseaux communs (STOC) : 20 carrés de 10 km sur 10 km dispatchés sur toute l’Alsace servent de base à cette étude. Dans chacun de ces carrés, 10 points sont déterminés, au niveau desquels un comptage est réalisé, à l’oreille. Les mâles chanteurs des différentes espèces sont dénombrés sur chaque point de relevé. Ce protocole se fait deux fois par an.

Les statistiques issues de ces dénombrements concentrent des données recueillies depuis plus de 20 ans. Les scientifiques peuvent alors avoir une idée précise de l’évolution du nombre d’oiseaux dans ces zones. Ces emplacements n’ont pas été choisis au hasard, les variations observées sur ces territoires correspondent, en théorie, à celles qui sont en cours dans toute l’Alsace.

La perdrix grise a disparu

Globalement, 30% des oiseaux des champs alsaciens ont disparu. Certaines espèces comme la perdrix grise, sont aujourd’hui totalement absentes dans la région. La caille des blés a quasiment disparu également. La pie grièche écorcheur compte 27% d’individus en moins et 33% des bruants jaunes se sont éteints. Enfin, les populations de faucons crécerelles et d’alouettes des champs ont respectivement chuté de 20% et de 26%.

L’Alouette des champs est menacée par les pratiques agricoles alsaciennes. (Photo Wikimédia)



Pour estimer l’évolution de la population des oiseaux, les scientifiques estiment une « valeur d’abondance » chaque année pour chaque espèce. Elles sont calculées à partir d’une formule mathématique qui prend en compte tous les comptages réalisés en Alsace dans le cadre du programme STOC réalisé par la LPO. Les abondances minimums et maximums estimées correspondent à des valeurs qui donnent un intervalle de sécurité, étant donné que l’étude n’a pas été faite sur l’intégralité du territoire alsacien mais sur des zones représentatives de celui-ci. Cela permet d’avoir une estimation plus précise qu’un simple point, grâce à un intervalle de valeurs. Cependant, l’abondance réelle se rapproche certainement plus de la courbe centrale visible sur les graphiques. La valeur 1 estimée en 2005 correspond aux populations d’oiseaux à ce moment, mais celles-ci étaient déjà en baisse avant.

Depuis 15 ans, les populations de bruants jaunes ont baissées de 33 %.

L’agriculture intensive et les pesticides mis en cause

Alexandre Gonçalves, chargé de mission à la LPO, met en cause les techniques agricoles actuelles :

« Les oiseaux ont de moins en moins d’habitats. Les champs grignotent du terrain sur les forêts ou les haies dans lesquelles ils font habituellement leurs nids et passent une bonne partie de leur existence. Ensuite, il y a les herbicides, qui tuent de nombreuses espèces végétales. Les oiseaux ont alors beaucoup moins de graines pour se nourrir. Puis viennent les insecticides, qui provoquent une chute grave du nombre d’insectes, dont ils se nourrissent aussi. Au final, les oiseaux ont de moins en moins de place et de moins en moins de nourriture, en raison de l’agriculture industrielle. »

La Pie-Grièche Écorcheur qui se nourrit d’insectes est menacée par les insecticides. (Photo Lubos Houska)

Les insecticides néonicotinoïdes, très utilisés depuis les années 2000, causent la disparition de nombreux insectes. La chute du nombre d’oiseaux est bien corrélée à l’augmentation des traitements par les néonicotinoïdes d’après Alexandre Gonçalves. Les plantes ingèrent ces molécules qui se retrouvent partout dans leur organisme, y compris au niveau des feuilles. Elles sont donc dangereuses pour les insectes, et pas uniquement après épandage de ces insecticides, elles le restent en permanence car les molécules toxiques stagnent dans les plantes. Les abeilles sont très menacées par ce phénomène, leur système nerveux étant attaqué, elles ne retrouvent plus leurs ruches et meurent.

Yves Handrich, chercheur au CNRS à Strasbourg et spécialiste des oiseaux, s’inquiète particulièrement de la disparition des prairies :

« Beaucoup d’oiseaux des champs ont besoin de prairies avec une couverture végétale diversifiée. Prenons l’exemple des alouettes qui passent une grande partie de leur temps sur des sols dégagés. Elles utilisent de l’herbe pour faire leurs nids et s’alimentent de diverses plantes et insectes de prairies. Il en va de même pour les cailles et la outarde canepetière. Elles nécessitent un certain cortège de végétation. Parfois on croit que le facteur limitant, c’est un manque de nourriture tout court. En réalité, comme les humains, les oiseaux ont besoin d’une alimentation diversifiée et pas juste abondante. Il arrive qu’ils manquent de certains micronutriments, comme leur alimentation est peu variée à cause de la monoculture. Cela représente un facteur de baisse des populations. Les surfaces des champs sont plus grandes que les capacités de déplacement de certains oiseaux qui se retrouvent littéralement perdus dans un désert écologique. Les nutriments sont très peu diversifiés sur ces territoires. La situation est catastrophique. »

Des réactions trop faibles par rapport à la situation

Pour Yves Handrich, quand une population disparaît à un endroit en particulier et qu’il ne s’agit pas d’une espèce migratrice, « il est très difficile de revoir une population s’installer dans cette zone ». Même dans le cas où les conditions s’améliorent, ce qui est loin d’être fréquent, les oiseaux perdent l’habitude de s’établir dans un environnement où le contexte n’a pas été propice pendant une période. Les réintroductions artificielles échouent souvent. Le gypaète barbu est un exemple de réintroduction réussie dans les Alpes. Mais celle-ci a nécessité un investissement de scientifiques pendant plus de 30 ans. Ce projet aura nécessité des millions d’euros de financements. On imagine mal un tel investissement pour tous les oiseaux des champs alsaciens.

La présence d’oiseaux est un indicateur de la biodiversité en général, car ils ont besoin d’un écosystème diversifié pour survivre. Yves Handrich explique que « le grand public n’est pas assez conscient que la situation est catastrophique, la biodiversité toute entière est menacée, et la disparition des oiseaux est une sonnette d’alarme de plus. »

Les populations de faucons crécerelles comptent 20% d’individus en moins qu’il y a 15 ans en Alsace. (photo Anika Kruemel)

Alexandre Gonçalves désigne la Politique agricole commune (PAC) comme l’un des grands responsables de ce déclin de la biodiversité :

« On se dirige vers une intensification de l’agriculture, l’Europe subventionne les mono-cultures. Les réactions face aux situations critiques de l’environnement mettent trop de temps à se mettre en place et sont ridiculement faibles par rapport à l’urgence de la situation. Quelques agriculteurs se convertissent à l’agriculture raisonnée ou biologique, mais ces cas sont marginaux. »

En 2014, la PAC promettait un « verdissement » de l’agriculture en prônant le maintien des prairies, la diversité des cultures et la conservation des surfaces d’intérêts écologiques. Mais en 2017, la Cour des comptes européenne a publié un rapport mettant en évidence le manque de précision et d’ambition de ces objectifs environnementaux. Ce « verdissement » n’aurait entraîné des changements dans les pratiques que sur environ 5% des terres agricoles.

D’après la LPO, les oiseaux nécessitent une mosaïque de paysages avec des prairies, des arbres, des haies et des cours d’eau. La zone la plus épargnée par cette chute des populations est l’Alsace Bossue. Ces plateaux ne permettent pas l’établissement de la monoculture céréalière. Là-bas, de nombreuses prairies et bosquets constituent des milieux propices aux oiseaux des champs.

MesVoisins.fr, une appli pour faire connaissance disponible à Strasbourg

MesVoisins.fr, une appli pour faire connaissance disponible à Strasbourg

Élise Magnin est une ancienne étudiante strasbourgeoise. En septembre 2017, elle a lancé l’application mesvoisins.fr, qui permet aux habitants d’un même quartier de se retrouver et d’échanger de petits services. Depuis la mi-mars, le service est aussi proposé à Strasbourg.

Ancienne étudiante strasbourgeoise, Élise Magnin a lancé l’application MesVoisins.fr en septembre 2007. Encore en phase de lancement, l’application cherche à démontrer son utilité pour connecter les personnes habitant dans un même quartier, afin qu’ils puissent se prêter une perceuse ou s’échanger des coups de mains. Depuis mars, les quartiers de Strasbourg sont disponibles aux utilisateurs et l’application espère obtenir 20 000 Strasbourgeois connectés. L’application parviendra-t-elle à créer une brèche dans les murs qui existent entre les voisins ? Élise Magnin explique le concept.

Comment est né Mesvoisins.fr ?

J’ai effectué mon stage de fin d’études à Berlin dans la start-up nebenan.de. En tant qu’un des premiers membres de l’équipe, j’ai beaucoup appris et j’ai contribué à en faire le plus grand réseau social pour voisins d’Allemagne. Convaincue par l’impact social d’une telle plateforme, j’ai décidé d’importer le concept en France et de créer mesvoisins.fr. Christian Vollmann, l’un des fondateurs de nebenan.de et P-DG de Good Hood GmbH, a tout de suite été emballé par l’idée et m’a proposé son aide ainsi que le soutien technique et financier de l’équipe allemande. En septembre 2017 nous avons alors fondé mesvoisins.fr et je me suis entourée d’une équipe française, Agathe et Pol, afin de développer la plateforme à Paris puis dans toute la France.

Comment ça fonctionne ?

Mesvoisins.fr est un réseau social disponible sur ordinateur ou via application iOS ou Android. L’idée, c’est de connecter les habitants d’un même quartier entre eux. La plateforme permet d’abord les petits services entre voisins : garder un chien, emprunter une perceuse, arroser une plante. Il y a aussi un volet social, avec l’organisation d’événements ou de fêtes entre voisins. Certains vont faire du sport ensemble, ou se retrouvent entre parents : les initiatives viennent vraiment des internautes. Enfin, le site permet d’obtenir des recommandations, pour un dentiste ou un coiffeur. Le principe est tout simple : l’utilisateur donne son nom, son adresse, puis son profil est vérifié, via l’envoi d’une carte postale avec un code, ou par l’envoi d’un justificatif de domicile.  Il n’y a vraiment pas de profil type, nous avons des hommes comme des femmes, entre 20 et 65 ans.

Trois personnes travaillent dans une start-up aux côtés d'Elise Magnin, ancienne étudiante strasbourgeoise, pour faire vivre le site mesvoisins.fr
Trois personnes travaillent dans une start-up aux côtés d’Elise Magnin, ancienne étudiante strasbourgeoise, pour faire vivre le site mesvoisins.fr

Est-ce une plateforme gratuite ?

Oui, c’est très important pour nous qui sommes une entreprise sociale de toucher le plus de personnes possibles, en proposant la gratuité du service. Pour l’instant, nous nous finançons grâce à des investisseurs privés. A terme, l’idée est d’intégrer des commerçants ou des médecins à la plateforme, en les faisant payer pour accéder au site. Nous respectons bien évidemment la loi concernant la protection des données et ne revendons pas les données fournies. L’application est signé Good Hood GmbH et hébergée en Allemagne en raison du support technique que nous fournit cette société.

Nous avons déjà 1 500 voisins à Strasbourg depuis le lancement mi-mars, principalement dans les quartiers Wacken, cathédrale et au Neudorf. Depuis notre lancement en septembre 2017, nous nous développons peu à peu dans les grandes villes de France, à Paris où nous avons 35 000 utilisateurs, mais aussi Marseille, Nantes, Toulouse, Lille ou encore Nice.

En quoi est-ce important de proposer un tel service à Strasbourg ?

Moi-même, je viens d’un petit village, et je me suis rendu compte en arrivant à Strasbourg pour mes études à Sciences Po que je ne connaissais pas les gens de mon immeuble. En Allemagne, le système est assez développé. C’est de là qu’est venue l’inspiration, quand je suis partie travailler à Berlin, à ma sortie d’un Master Management projets à l’international. Je me suis dit qu’on avait aussi besoin de ce service en France, et j’ai lancé le site.

Aujourd’hui, on connaît rarement nos voisins, nous avons perdu l’habitude de parler facilement aux inconnus. Passer par internet permet de briser cette barrière, de reconnecter les gens en ligne. Le site favorise aussi les échanges intergénérationnels et interculturels, entre gens qui ne se seraient pas nécessairement parlé sinon. Pour nous développer, nous comptons désormais sur le bouche-à-oreille… entre voisins notamment.

« Fort soupçon » de corruption par l’Azerbaïdjan au Conseil de l’Europe

« Fort soupçon » de corruption par l’Azerbaïdjan au Conseil de l’Europe

Les conclusions de trois experts indépendants sont étudiées lundi sur les accusations de corruption de plusieurs membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), une instance qui siège quatre semaine par an à Strasbourg. L’affaire avait éclaté en septembre 2017 : plusieurs médias ont montré comment l’Azerbaïdjan arrosait nombres d’associations et de structures pour s’attacher les services ou le soutien de ces élus européens, issus des 47 parlements nationaux membres du Conseil de l’Europe. Les médias avaient alors parlé de la « diplomatie du caviar » (Caviargate).

Près d’un an après, l’ex-juge antiterroriste français Jean-Louis Bruguière, le Britannique Nicolas Bratza et la juriste suédoise Elisabet Fura font état de « fort soupçons activités corruptrices en faveur de l’Azerbaïdjan » au sein de l’APCE dans un rapport de plus de 200 pages. Certains élus avaient voté contre un rapport du Conseil de l’Europe en janvier 2013, dénonçant la situation des prisonniers politiques dans cette ex-république soviétique. L’affaire avait provoqué la démission du président de l’APCE d’alors, l’Espagnol Pedro Agramunt.

En 2011, le président de l'Azerbaïdjan, Ilhan Alyev, avait rencontré le président du Conseil de l'Europe, Erman Von Ronpuy (Photo CoE / cc)
En 2011, le président de l’Azerbaïdjan, Ilhan Aliyev, avait rencontré le président du Conseil européen, Erman Von Ronpuy (Photo European Council / cc)

Millions d’euros et hôtels de luxe

Le nouveau président de l’APCE, Michele Nicoletti, a indiqué dimanche soir que « les parlementaires impliqués sont invités à suspendre leur activité pendant qu’une commission examine leur situation au cas par cas. » Parmi ces élus se trouve notamment Eduard Lintner (CSU), soupçonné d’avoir reçu environ 800 000 euros via des sociétés écrans. Karin Strenz (CDU) a été rémunérée par la société d’Eduard Lintner.

Le parlementaire italien de droite, Luca Volontè, est soupçonné d’avoir accepté près de 2,4 millions d’euros de la part de Bakou. Selon les enquêteurs, Luca Volontè « a joué un rôle important dans le travail de sape » visant à rejeter le rapport de 2013 et aurait reçu de nombreux versements « en provenance d’Azerbaïdjan par l’intermédiaire de sociétés écrans britanniques. »

Parmi les parlementaires français, l’enquête du Monde avait montré que le principal instrument d’influence de Bakou en France est l’Association des amis de l’Azerbaïdjan (AAA), où siègent André Villiers, Jean-Marie Bockel, Rachida Dati et Thierry Mariani à son conseil d’administration.

L’APCE n’a pas de pouvoirs législatifs, elle a été créée par le Conseil de l’Europe pour débattre de la défense des droits de l’homme et… de la lutte contre la corruption. Sa session de printemps doit se tenir jusqu’au 27 avril.

Dans le mouvement étudiant, un noyau dur de syndiqués et beaucoup « d’apolitiques »

Dans le mouvement étudiant, un noyau dur de syndiqués et beaucoup « d’apolitiques »

Près de 500 étudiants se sont relayés à l’Université de Strasbourg pour organiser les manifestations et les blocages contre la sélection pour l’accès aux études supérieures. Un mouvement aux visages divers, composé d’un noyau dur d’environ 70 étudiants syndiqués et politisés, de gauche, et des étudiants qui se définissent comme « apolitiques mais mobilisés. » 

« Des étudiants syndiqués ? Oui, il y en a, mais très peu. Le mec là-bas fait partie de l’Unef (Union Nationale des Etudiants de France, un syndicat classé à gauche, proche du Parti socialiste), » désigne de la main un étudiant qui souhaite rester anonyme, lors d’une assemblée générale sur le campus de Strasbourg. « Il y a aussi les anti-spécistes de ce côté-là, indique Eva, 25 ans, étudiante en Master d’Histoire. Ils ont un côté anarchiste et écolo. »

Une dizaine d’étudiants arborent des foulards rouges aux couleurs du Parti communiste, lors des rassemblements organisés sur le campus. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Dans la foule d’étudiants réunis régulièrement lors des assemblées générales à l’Université de Strasbourg, on peut apercevoir une dizaine de foulards rouges aux couleurs du Parti communiste, mais aussi des étudiants à capuches noires et keffieh, qui se revendiquent plutôt de la gauche radicale ou du NPA. Certains sont plutôt à classer parmi les anarchistes, ou « mouvance arnacho-autonome » comme disent les policiers. Certains cumulent les casquettes, mais les étudiants habitués des assemblées générales sont au fait des orientations politiques de leurs camarades.

Eva, étudiante en Master d’Histoire, soutient la mobilisation étudiante mais n’est pas syndiquée. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Pourtant, tous décrivent le mouvement étudiant comme « apolitique. » C’est aussi l’avis d’Eva :

« Il y a des membres de l’AESH (Association des Etudiants en Sciences Historiques) qui se rendent aux rassemblements, mais à titre personnel. J’ai été informée par le biais des réseaux sociaux et du comité de lutte. Au Palais universitaire, il n’y avait pas vraiment de casquette politique. Il y a aussi bien des Jeunes communistes que des anarchistes, mais ils ne sont pas nécessairement syndiqués. De manière générale, le mouvement de protestation n’est affilié à aucun parti politique, bien que penchant à gauche. »

Jade, étudiante à l’Université de Strasbourg, non syndiquée, a participé aux blocages sur le campus. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Jade, 20 ans, a participé à l’installation des barricades lors de blocages précédents, mais elle non plus n’est pas syndiquée. Les étudiants qui le sont ont surtout des compétences en terme d’organisation, selon elle :

« Il n’y a pas vraiment de leader au sein du mouvement. Les gens politisés sont plutôt des référents, car ils ont des compétences en communication et savent comment s’organiser. »

A chaque AG, quatre ou cinq étudiants modérent les débats et font les décomptes des votes. Ici, les étudiants attendent la prochaine proposition. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Pour Jérémy Sinigaglia, maître de conférences en science politique à l’Université de Strasbourg, la revendication de « l’apolitisme » est fréquente lors des manifestations étudiantes. Il analyse le phénomène :

« On peut y voir la classique crainte de la “récupération” du mouvement par les organisations politiques, et donc aussi un certain discrédit des élus, même si, de fait, quand les étudiants se mobilisent, ils font de la politique… C’est aussi parfois une stratégie pour attirer le plus grand nombre. Enfin, on peut le lire comme une peur des “étiquettes”, et de ce que cela supposerait en termes de limitation de son autonomie, de sa capacité à penser par soi-même : il y a l’idée qu’il faudrait rentrer dans un moule, ou adhérer à l’ensemble du programme d’une organisation. »

Une minorité d’étudiants syndiqués

S’ils sont minoritaires, avec environ 30 à 40 membres en tout sur les 500 personnes qui manifestent régulièrement, les étudiants syndiqués sont pourtant de ceux qui se font le plus entendre lors des assemblées générales.

Jeudi 19 avril, l’assemblée générale a élu 5 représentants pour participer à la coordination nationale étudiante qui va se réunir à Paris. L’un d’eux est membre du NPA, deux se défissent comme anarchistes et deux autres ne sont encartés nulle part.

« Expliquez les arguments en faveur du vote pour et du vote contre ! » s’écrit lors d’une AG Jude Colin, 21 ans, à l’occasion du vote sur l’occupation de l’Elysée par les étudiants mobilisés de toutes les facultés françaises, il y a deux semaines. Ce à quoi la foule réagit par des cris : « Pas besoin, on a d’autres points à voter ! ». L’étudiant en première année de sciences politiques, jean et veste de survêtement, est membre de l’Unef. Il décrit l’influence parfois indirecte du syndicat étudiant dont il fait partie, au sein du mouvement :

« Beaucoup d’étudiants passent par notre syndicat sans pour autant être encartés, par ce qu’ils ne veulent pas payer les 20€ de cotisation à l’année. Nous avons quand même environ 300 cartes de l’Unef sur le campus. Nous fédérons certaines associations qui regroupent les étudiants étrangers de Strasbourg, ou les étudiants musulmans de France. »

Des étudiants membres des quatre syndicats de l’Université sont en général présents lors des assemblées générales. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Robin fait partie du collectif jeunes salariés de la CGT, parmi six ou sept autres étudiants du campus. S’il est assez discret lors des rassemblements, il a des revendications particulières comme « un statut spécial pour les étudiants qui travaillent en plus de leurs études. »

Mais c’est surtout le Solidaires Etudiants Syndicats de Lutte (SELS) qui a le poids le plus important au sein du campus, avec une vingtaine d’étudiants mobilisés lors des manifestations, selon Guillaume, 18 ans, en licence de Maths-Infos. Le jeune homme « a déjà milité durant les élections présidentielles, même s’il s’agit de sa première année d’adhésion ». Comme la majorité des étudiants présents, il manifeste  au sujet de la réforme sur la sélection, afin de « préserver les acquis sociaux, qui sont en train d’être retirés ».

Un dialogue avec l’administration qui passe par les syndicats

Les logiques syndicales permettent en tout cas d’établir le dialogue avec l’administration de l’Université, et parfois avec les forces de l’ordre. Julia, 23 ans, en Master de STAPS (sports), décrit les liens de l’Afges (Association fédérative générale des étudiants de Strasbourg) avec l’administration :

« Fin janvier, nous avons par exemple obtenu l’augmentation du nombre de places à l’Université, ou plus de tutorats pour les étudiants. Nous pensons que sur le long terme, le travail du mouvement passe pas une construction avec le conseil d’administration de la fac. »

Parfois, le personnel de l’Université syndiqué constitue également un interlocuteur. Pour Nicolas Poulin, ingénieur-chercheur et membre de Sud-Education Alsace, « Solidaires Etudiants » est « le pendant de son syndicat chez les étudiants » :

« Nous jouons aussi parfois un rôle de médiation, entre les étudiants et le personnel de la DALI (direction des affaires logistiques internes), dépêché par l’Université, ou avec la police lors de l’occupation au Palais universitaire. Il s’agit d’être sûr qu’un espace de dialogue puisse s’établir des deux côtés, sans que chacun voit l’autre comme un ennemi et sans bien sûr influencer les décisions des étudiants. »

L’Université est défavorable à la poursuite des blocages. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Un dialogue pourtant parfois compliqué selon lui :

« L’Université a un peu le même discours que celui du Premier ministre, celui de dire que les étudiants sont manipulés par des groupuscules d’extrême-gauche. Dans les faits beaucoup d’étudiants ne sont pas encartés. Je trouve aussi que c’est une manière d’infantiliser les étudiants, comme s’ils n’étaient pas capables de faire la part des choses. »

Un autre syndicat étudiant fait entendre sa voix, cette fois pour contester le blocage : l’UNI (Union nationale universitaire, classé à droite). Ses membres ont été exclus des assemblées générales à la suite d’un vote la semaine dernière. Dans les faits, ils se rendent toujours aux rassemblements, mais en prenant rarement la parole au microphone.

Les étudiants politisés, noyau dur du mouvement

S’ils ne sont pas tous syndiqués, les étudiants au cœur du mouvement sont en tout cas pour un bon nombre (autour de 30% selon les dires des étudiants) politisés.

Camille, 21 ans, veste à capuche noire, cheveux longs et tee-shirt à l’inscription « liberté » se revendique de l’ultra-gauche. Il décrit la lente montée en puissance du mouvement de protestation :

« Les premières assemblées générales se sont tenues il y a deux ou trois mois. Au début, il n’y avait que 100 à 150 personnes. Puis le mouvement prend de l’ampleur grâce aux blocages, qui constituent une nouvelle stratégie de lutte. C’est aussi un bon moyen pour que les gens qui vont en cours viennent s’informer, parler, débattre et donner leur opinion. »

Militant du NPA (Nouveau Parti anticapitaliste), jean élimé, casquette et keffieh autour du cou, Arpad, 20 ans, prend, lui, deux à trois fois par assemblée générale la parole au microphone :

« Nous qui sommes politisés ne sommes pas nécessairement les lanceurs du mouvement. Tous les étudiants doivent pouvoir s’exprimer, ont un même droit à la parole, qu’ils soient syndiqués ou non. C’est cela, notre ligne politique. »

Après les assemblées générales, les étudiants se réunissent dans la pelouse devant le Patio pour jouer de la musique, pique-niquer ou échanger sur leurs idéaux politiques. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Des étudiants du Comité de Lutte Anti-Speciste et humain (CLASH) se rendent aussi régulièrement aux AG. Rose, 21 ans, décrit les actions de son collectif, « anarchiste, et qui refuse l’exploitation animale » :

« Nous sommes un mouvement libertaire, contre le système politique en général mais nous défendons le service public face à un gouvernement ultra-libéral. Même si ce n’est pas parfait, nous avons le droit a un minimum de choses gratuites. Nous sommes une petite quinzaine à militer sur le campus et cinq ou six à nous rendre aux rassemblements. »

Les « ultra-gauche » trop extrêmes ?

Au sein même de l’AG, des dissensions existent, comme le décrit Colin Jude, membre de l’Unef :

« J’ai peur que le comportement de certains étudiants en lutte ne discrédite le mouvement. Une quinzaine d’étudiants ont tendance à imposer des votes qui n’étaient pas à l’ordre du jour, en élevant la voix plus que les autres. »

En AG, une liste de propositions est établie pendant les débats, avant le passage au vote. Les étudiants peuvent s’abstenir, ne pas prendre part au vote, voter pour ou contre. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Pourtant Arpad se défend de tout extrémisme :

« On nous catégorise comme étant de l’ultra-gauche, alors que nous sommes de l’extrême-gauche. L’ultra-gauche, c’est un truc de la police. »

Une poignée de personnes non étudiantes mais engagées en politique participent aussi aux débats, mais affirment rester en retrait. C’est le cas de Tonio Gomez, retraité de 63 ans, et militant du NPA :

« Je suis là au nom de la convergence des luttes, pour assurer les étudiants de mon soutien. Mais ils n’ont besoin ni de mes conseils ni de mon appui pour mener leur combat. »

Tonio Gomez n’a lui-même jamais été étudiant. Ce retraité de 63 ans travaillait pour le CROUS. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc

Aux AG, des étudiants… mais pas seulement

Aux AG, des forces administratives ou politiques tendent à graviter autour des étudiants. Loïc Branchereau, des Jeunes avec Macron (JAM), dit « venir rendre des comptes sur le terrain à la Ville et au député Bruno Studer ». Une petite dizaine d’étudiants de la JAM se rendent aux rassemblements, notamment pour voter contre les blocages.

Des membres de la DALI (Direction des affaires logistiques internes) se rendent aussi aux AG pour « s’assurer que les assemblées se déroulent dans le calme, intervenir en cas de besoin, et veiller à la sécurité des bâtiments », selon l’un d’eux.

Louis, lycéen, prend la parole en AG. Sur le microphone utilisé par les étudiants, des autocollants de la jeunesse communiste et du PCF. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Enfin, une poignée de lycéens et d’étudiants fraîchement diplômés se retrouvent parmi les « étudiants en lutte ». C’est le cas de Julien, en service civique, étudiant l’an dernier à l’Université de Strasbourg :

« Je suis libertaire mais pas encarté. On ne parle que du moyen d’action qui est le blocage, mais le fond de la lutte et intéressant. Je milite aussi contre le GCO (Grand Contournement Ouest). Je crois que l’université ne doit pas rester fermée sur elle-même mais brasser large et rester ouverte à tous. »

Julien était jusqu’à l’an dernier étudiant à l’Université de Strasbourg. Aujourd’hui, il est en service civique, mais se rend aux AG. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Joss travaille dans l’informatique et se rend régulièrement sur le campus. Il décrit sa vision des rassemblements étudiants :

« Ce sont avant tout des gens brillants qui mènent la lutte. Ce sont 70 personnes au-dessus du lot, qui osent agir, sont cultivés et ont des convictions. C’est triste que le président de l’Université ne soit pas là à ma place, pour discuter avec ces étudiants et s’en rendre compte par lui-même. »

Le mouvement prend de l’ampleur. Quelques étudiants qui ne venaient par aux AG s’y rendent depuis les blocages. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Et puis il y a les curieux et les indécis, comme Vincent, veste de costume et barbe rousse, étudiant en musicologie, venu à deux AG, un peu par hasard :

« Si je suis venu c’est un peu par curiosité. Mais je vais rester pour voter contre les blocages. Les gens sur le campus ont un peu l’impression d’un deuxième mai 68, qu’il suffirait d’une étincelle pour mettre le feu aux poudres, notamment parmi les étudiants politisés. Mais dans les faits, je ne suis pas sûr que la fuite de gaz ait eu lieu. Ces rassemblements, de ce que j’ai pu en voir, m’ont tout l’air d’être très pacifiques. »

#extrême gauche

L’entrée en fanfare de Gries, 2 800 habitants, dans la cour des professionnels du basket

L’entrée en fanfare de Gries, 2 800 habitants, dans la cour des professionnels du basket

La saison prochaine, le club de basket de Gries-Oberhoffen jouera parmi les professionnels. Dimanche 22 avril, l’équipe alsacienne s’est assurée de terminer en tête de son championnat en s’imposant face à Sorgues. Le village de Gries, 2800 habitants, est le futur petit poucet de la catégorie Pro B. Reportage photographique et sonore.

Il reste trois matches à jouer mais les supporters du club de Basket de Gries-Oberhoffen jubilent déjà. Dimanche 22 avril, l’équipe alsacienne l’a emporté face à Sorgues. Après trente matches, dont trois défaites, le Basket Club de Gries-Oberhoffen (BCGO) est assuré de finir premier du championnat de Nationale 1.

Le BCGO intégrera la deuxième division de basket professionnel pour la prochaine saison. Gries et Oberhoffen seront les plus petites communes représentées dans ce championnat. Cette année, le budget du club était de 750 000 euros. L’enveloppe actuelle est quatre fois inférieur au plus maigre portefeuille de la division Pro B. L’équipe alsacienne fera figure de petit poucet parmi les clubs de Lille, Orléans ou Nancy. Rue89 Strasbourg a assisté à la dernière étape de cet exploit sportif qui ravit les amateurs de basket des environs.

Le stade de basket de Gries était presque plein pendant le match contre Sorgues (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Romuald Roeckel, président du Basket Club de Gries-Oberhoffen (BCGO), encourage son équipe, comme tout le monde.

Ecouter : Avant le match, le président, Romuald Roeckel, prédit : « On va finir cette saison en apothéose. »

Jean-Claude Roeckel, père de Romuald, a présidé le club de basket de Gries-Oberhoffen de 1984 à 2009.

Le club des supporters de Gries-Oberhoffen est constitué d’une quinzaine d’amis.

Ecouter : Les quinze membres du club de supporters donnent de la voix : « Allez les verts, les verts et blancs! »

Le speaker du club de Gries commente le match et incite le public à encourager son équipe.

Ecouter : Le speaker du club enjoint le public à encourager son équipe.

Le match est aussi retransmis et commenté en direct sur Youtube.

Ecouter : « Bonne défense des Verts qui poussent les Rouges à la faute et qui tirent… »

Le début du match est tendu. Les deux équipes sont régulièrement à égalité. Glenn Duro grimace après une action ratée du Basket Club de Gries-Oberhoffen.

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Pendant le match, les bénévoles mettent le buffet en place. Ils sont 80 à donner de leur temps pour le club.

La fin du match approche. Le club de Gries-Oberhoffen n’est plus inquiété par son adversaire, qu’il a distancé d’une dizaine de points.

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Ecouter : « On est, on est, on est en Pro B! »

#Basket Club de Gries-Oberhoffen

Danielle Dambach : une écolo dans la ville des brasseurs

Danielle Dambach : une écolo dans la ville des brasseurs

On attendait un choc entre Jean-Marie Kutner et son ancien adjoint Christian Ball, c’est finalement l’écologiste Danielle Dambach qui a remporté la municipale de Schiltigheim. Elle a pu compter sur le report de voix de la gauche et sur le soutien de l’ancien maire UDI de la ville.

 

Mais aussi cette semaine, le dessin auquel vous avez échappé

Dessin de Piet.

Concert de printemps avec Geraint John Jones et Oscar On The Lawn à La Popartiserie samedi

Concert de printemps avec Geraint John Jones et Oscar On The Lawn à La Popartiserie samedi

Samedi à La Popartiserie, le musicien Geraint John Jones viendra présenter son nouvel EP, en compagnie d’Oscar On The Lawn. Soirée guitares folk en perspective pour un beau week-end de printemps.

Déjà passé par La Popartiserie il y a 2 ans ou à l’automne dernier, Geraint John Jones est un habitué des routes. Des origines galloises, une enfance en Angleterre, quelques années à Paris, et maintenant basé à Berlin, ce musicien emporte sa guitare partout où il voyage. Malgré cela, sa musique, elle, reste profondément anglo-saxonne. Un folk en anglais, à la fois délicat et joyeux, emprunt de nostalgie ou léger, dans la veine des jeunes Ed Sheeran ou Paolo Nutini. Sans compter sa voix, qui n’est pas sans faire penser à celle de Josh Groban, le lyrisme en moins.

Un nouvel EP à fêter pour Geraint John Jones

Célébrant la sortie de « To Grab A Liar », son nouvel EP, la tournée de Geraint John Jones suit d’ailleurs son parcours, puisqu’il s’arrêtera à Strasbourg après des dates en Angleterre, à Paris et juste avant l’Allemagne. S’il jouera pour l’occasion dans des salles intimistes, il faut pourtant savoir que son point fort reste le busking, ces performances en pleine rue, seul à la guitare. Ce qui n’est pas sans rappeler Glen Hansard, grand nom de la musique irlandaise très connu pour ses démonstrations un peu partout dans le monde.

Avec lui, et dans la même veine d’artistes solo en guitare-voix : Oscar On the Lawn, moins faite pour les performances de rue mais définitivement parfaite pour les écrins de petites salles. La Strasbourgeoise n’en finit plus de faire patienter son public. Après un EP en 2015, « Ashes & Lawn », elle prend une pause en 2017. Mais nous voilà en 2018, tous prêts à écouter des nouveautés, qu’elle promet d’ailleurs pour samedi. Pourvu que l’artiste fasse éclore une multitude de pépites lumineuses dont elle a le secret.