Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Comment tuer les ragondins trop mignons ?

Comment tuer les ragondins trop mignons ?

On ne va pas se mentir, on ne comprend pas bien ce que Noémie Rousseau, journaliste à Strasbourg pour Libération, trouve aux ragondins qui pullulent autour des cours d’eau de Strasbourg. Comme le dit Lorette, 4 ans, ils sont « gras comme des bretzels ». Reste qu’ils sont surtout trop nombreux. Dans cette enquête de terrain proche des rivières, Noémie Rousseau explique toute la difficulté pour la Ville de Strasbourg pour réguler la population de ces ragondins, alors qu’ils vivent en pleine ville et que les habitants ont souvent pris en affection ces sortes de castors importés au XIXe siècle.

Le ragondin est-il vraiment si mignon ? (Photo Luc Barre)
Le ragondin est-il vraiment si mignon ? (Photo Luc Barre / FlickR / cc)

Alors que la Ville affiche une volonté de promouvoir la biodiversité sur son territoire urbain, comment endiguer cette espèce toujours considérée comme « nuisible » ? On ne peut pas invoquer leurs prédateurs naturels, des alligators, ni les parquer parce qu’ils s’entretuent, ni les empoisonner parce que c’est barbare. Mais il parait que le steak de ragondin est la dernière tendance à Moscou, peut-être une piste…

 

Pour ses 20 ans, le musée d’art moderne s’offre un anniversaire festif

Pour ses 20 ans, le musée d’art moderne s’offre un anniversaire festif

Le Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg a 20 ans. Rendu possible grâce à un leg de la famille Arp, le musée a accueilli 3 millions de visiteurs et s’offre une saison festive jusqu’en mai 2019. Un week-end festif est prévu samedi 5 et dimanche 6 mai.

Qui s’en souvient ? Le Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg (MAMCS) a été inauguré en le 6 novembre 1998 par la ministre de la Culture d’alors… Catherine Trautmann. Véritable geste architectural conçu par Adrien Fainsilber, ce paquebot culturel qui a attiré 3 millions de visiteurs en 20 ans est en fête de mai 2018 à mai 2019. La célébration la plus visible est la réalisation d’une gigantesque œuvre sur 1 000 m² de ses façades, « The Air We Share » par le collectif Faile de Brooklyn, New-York.

Les artistes ont projeté leur oeuvre sur les murs du musée, pour peindre les façades de granit après les avoir recouvertes d’un revêtement protecteur, appelé « graffiti coat ». Ce revêtement permettra d’enlever les oeuvres sans endommager les façades.

Samedi 5 et dimanche 6 mai, le MAMCS s’offre un week-end inaugural et festif, en partenariat avec le NL Contest, festival des cultures urbaines. D’abord, les oeuvres de Faile dans la ville seront inaugurées, car outre la façade le collectif new-yorkais a également décoré la verrière de la gare et un tramway de la CTS. Samedi à 13h, des DJs et des performances de graffiti sont programmés devant le MAMCS, sur la place Hans Arp et dans la nef du musée.

(Photo Matthieu Bertola / Musées de Strasbourg)
L’oeuvre de Faile s’étend sur 1 000 m² (Photo Matthieu Bertola / Musées de Strasbourg)

Ciné-bowling le 1er juin

Et dès le 19 mai à partir de 21h30, un gigantesque « soul train » est organisé par l’Espace Django, dans la nef du MAMCS. Le Soul Train est une référence à une émission télévisée mythique des années 70 et qui consiste en une piste de dance en longueur où des couples n’ont que quelques secondes pour faire la démonstration de tous leurs talents de danseurs sur des notes de disco. Notes qui seront ce soir là assurées par les Fat Badgers.

À noter le 1er juin à partir de 18h, toujours devant le MAMCS, une soirée exceptionnelle autour du bowling, avec la projection en plein air de « The Big Lebowski » tandis que des pistes de bowling seront installées pour s’essayer aux strikes comme le Dude et Jesus. Car, le Festival du film fantastique le rappelle, « The Big Lebowski » a aussi 20 ans, puisque le film est sorti le 6 mars 1998.  Dress code de rigueur : vos plus beaux peignoirs, vos plus belles tenues de bowling, vos plus fantasmagoriques tenues de Valkyries…

En mars, le MAMCS invite à « Un petit voyage philosophique, une exploration du monde entre l’infiniment grand et l’infiniment petit, » avec l’exposition « Micromégas » jusqu’au 26 août. Plus de 20 artistes sont présentés, invitant chacun à « observer d’un nouvel œil et sous un angle inédit les différentes facettes du vivant, le côté sublime de la nature et la démesure humaine. »

Joana Vasconcelos, Cinderela (Cendrillon), 2007 (c)
Joana Vasconcelos, Cinderela (Cendrillon), 2007 (c)

Du 5 octobre au 17 février 2019, le MAMCS accueillera une exposition de Joana Vasconcelos, « I Want To Break Free », qui transformera le musée en maison d’habitation, avec des objets du quotidien détourné afin de mettre en évidence des clichés sexistes. Artiste portugaise parmi les plus reconnues de la scène contemporaine, son travail combine objets usuels, arts appliqués et savoir-faire issus de la culture portugaise comme la céramique, la broderie ou encore la ferronnerie.

Le musée d’art moderne de Strasbourg était dans les plans des municipalités strasbourgeoises depuis les années 1960. Ses collections ont d’abord été exposées au sein du Palais Rohan près de la Cathédrale puis à l’Ancienne Douane. Le fonds initial a été constitué de divers legs et donations, surtout en provenance de la famille Arp, qui, entre 1920 et 1973, fit don d’une trentaine de pièces historiques de Hans Jean Arp et de Sophie Taeuber-Arp.

Aujourd’hui, le MAMCS est riche d’une collection d’environ 18 000 œuvres sur une période allant de 1870 à nos jours. Le fonds moderne part des artistes Impressionnistes pour aller jusqu’aux pionniers de l’abstraction, sans oublier ceux des arts décoratifs. La collection contemporaine se concentre sur l’art des années 1960 et présente un ensemble de peintures allemandes unique en France.

Les CRS délogent une 4è fois les « étudiants en lutte », à l’Institut de physique

Les CRS délogent une 4è fois les « étudiants en lutte », à l’Institut de physique

Suite à une nouvelle assemblée générale qui s’est tenue dans un amphithéâtre de l’Institut de physique de l’Université de Strasbourg, les étudiants mobilisés contre le projet de réforme de l’enseignement supérieur et notamment la loi ORE, ont voté l’occupation du bâtiment pour la nuit. À 18h, les forces de l’ordre ont délogé les occupants, comme d’habitude.

Mise à jour : Vers 18h, les CRS ont pour la quatrième fois d’affilée délogé les occupants le soir-même du vote de l’occupation. Il n’y a pas eu de confrontation.

C’est en petite foulée que les « étudiants en lutte » se sont déplacés sur le campus ce jeudi 3 mai, en milieu de matinée, à la recherche d’un lieu pour y tenir leur assemblée générale. Face aux agents de sécurité moins nombreux, les étudiants ont remporté la course, désignant l’Institut de physique, voisin du Palais universitaire comme point d’arrivée. Ils étaient partis du Patio, à 900 mètres de là. Alors que les étudiants investissaient les lieux, un véhicule de police s’est stationné en face de l’entrée.

À la fin de l’AG deux heures plus tard, l’occupation « de jour et de nuit » du bâtiment a été votée à une large majorité par les 150 étudiants présents environ. L’accès est laissé libre aux étudiants qui souhaitent se joindre à l’action. Sur le campus de l’Esplanade, le Patio a quant à lui été fermé pour la journée suite à une décision de la direction.

Jusqu’ici, les trois occupations nocturnes n’ont pas pu avoir lieu, car les forces de l’ordre avaient été mobilisées par le président Michel Deneken, à l’heure de fermeture officielle des bâtiments, soit 20h. Les occupants ont quant à eux toujours quitté les lieux dans un relatif calme, sans affrontement, ni dégradations.

Les étudiants et étudiantes opposés à la loi ORE et la sélection qu’elle induit occupent l’Institut de Physique (photo CA / Rue89 Strasbourg)

Des heurts entre étudiants et agents de sécurité

Plus tôt ce matin, une trentaine d’étudiants avaient formé une chaîne humaine afin de bloquer l’entrée de l’Institut Le Bel sur le campus de l’Esplanade, où devait se tenir un examen de sociologie. Aux alentours de 8 heures, le personnel de sécurité aurait alors tenté de briser cette chaîne.

Timothée, doctorant en philosophie a participé à l’action :

« Ils ont chargé et se sont mis à pousser les gens. Moi, je me suis fait attrapé à la ceinture abdominale et soulevé. »

Certaines étudiantes, elles, ont fait part « d’attouchements » lors des heurts, notamment aux cuisses.

Valentin (le prénom à sa demande a été modifié), l’un des participants de l’AG dénonce des directives :

« Il y a des consignes claires, qui sont de débloquer par n’importe quel moyen et certains font du zèle. Au delà d’assurer la sécurité des étudiants, ils ne sont pas censés faire le travail de gendarmes ou de CRS. On trouve cela scandaleux ».

Des examens reportés

L’accès à l’Institut Le Bel a depuis été rétabli et les examens qui devaient y avoir lieu dans la matinée ont été reportés. Ceux de l’après-midi ont pu s’y tenir. Plusieurs autres examens ont été ou seront reportés aujourd’hui, notamment à l’Institut de Physique, puisqu’il est occupé. Des examens ont été déplacés au Palais universitaire.

À l’Atrium, un enseignant en cinéma a proposé à ses étudiants un vote concernant le maintient d’un examen de la faculté des Arts du Spectacle. L’initiative a conduit au report du partiel, permettant aux étudiants qui souhaitent se mobiliser de rejoindre l’assemblée générale.

Au Patio, des étudiants de sociologie ont aussi organisé un boycott de la présentation des cartes étudiantes exigées à l’entrée. Ils ont reçu le soutien de trois professeurs dans leur face-à-face avec la sécurité et des vice-présidents présents. Ces professeurs ont rappelé que les cartes étudiantes ne peuvent être exigées ou que seuls les professeurs peuvent effectuer l’appel. Après une tentative de déménagement de l’examen du côté de l’Escarpe, le même problème des contrôles s’est représenté, si bien que le professeur qui souhaitait que l’examen se tienne sans vérification des cartes à l’entrée, a fini par devoir reporter son examen.

« Ce ne sont pas les étudiants qui ont empêché la tenue des examens à Strasbourg ce jeudi mais la présidence », estime l’intersyndicale des personnel dans un communiqué, qui revient sur ces événements :

« Des étudiants se sont présentés pour passer leur examen dans un autre bâtiment, et alors qu’ils avaient légalement le droit de composer, l’accès à ce bâtiment leur a été refusé. »

Ces six organisations disent « se réserve[r] la possibilité d’un recours au tribunal administratif contre l’utilisation abusive de vigiles privés, par l’université de Strasbourg, pour entraver l’accès de certains étudiants aux salles d’examen ». Ambiance…

Michel Deneken :  « faire tout ce qui est en notre pouvoir »

Le président de l’Université de Strasbourg Michel Deneken a de son côté réagi dans un mail adressé aux personnels aux actions de ce qu’il qualifie d’ »ultra minorité qui entend faire régner sa propre loi » :

« L’ensemble des services concerné reste mobilisé pour faire tout ce qui est en notre pouvoir pour permettre la tenue des examens dans les meilleures conditions et pour relocaliser au fur et à mesure les examens qui ont été empêchés, à venir, au jour le jour, que ce soit à l’université ou ailleurs. »

Son texte laisse donc entendre que les forces de l’ordre devraient revenir sur le campus ce soir. Selon Michel Deneken, « plus de 90% » des examens se déroulent normalement.

Il regrette par ailleurs que les étudiants n’aient jamais donné suite à son invitation à rencontrer une « délégation » de représentants. Ces derniers voulaient au contraire que le président vienne dans l’une de leurs assemblées générales, ce qu’il n’a jamais fait, préférant y envoyer certains vice-présidents.

Pour contrer les blocages à répétition, l’Université va aussi délocaliser certains examens en dehors du campus historique et de l’Esplanade (par exemple à Illkirch-Graffenstaden), voire dans des locaux qui ne lui appartiennent pas et éventuellement « sous protection policière ».

Comment la ferme Herrmann pratique une agriculture bio et rentable

Comment la ferme Herrmann pratique une agriculture bio et rentable

Grâce à environ 37 000 arbres fruitiers, des champs de fraises, de nombreuses techniques d’agroécologie et un réseau de distribution local, la situation financière de la Ferme Herrmann à Duntzenheim est stable. Dans un contexte où la précarité est très répandue chez les producteurs non conventionnels, cette exploitation est un exemple de réussite pour l’agriculture biologique et raisonnée.

Ce lundi 23 avril au matin, il pleut sur les campagnes alsaciennes. Mais le travail n’attend pas pour la famille Herrmann, qui tient d’une main ferme, une exploitation fruitière à Duntzenheim, près de Bouxwiller. Un enfant de 6 ans, en vacances scolaires, parle en alsacien avec son père dans la cour.

Evelyne est docteure en agronomie. Après ses études, c’était une évidence pour elle de reprendre l’exploitation familiale avec son frère Jacques. Celui-ci a réalisé des études d’agronomie à Obernai. Anne, la fille de Jacques, a obtenu un BTS en management, mais elle a finalement décidé de changer radicalement d’orientation et a commencé à travailler à la ferme il y a 3 ans. Chez ces exploitants, un sentiment de fierté se dégage, comme en témoigne la jeune agricultrice :

« C’est inexplicable mais c’est ici que je me sens le mieux, je suis à ma place. Le plus fort c’est à coup sûr le lien avec les consommateurs. Quand ils nous disent que nos tomates ou nos poires sont bonnes, c’est une émotion immense pour nous. On n’a pas l’impression de travailler pour rien, on nourrit des gens, et avec des produits bénéfiques pour leur santé. La cerise sur le gâteau c’est qu’on ne cause pas de tort à la nature ! »

Anne s’occupe des fraises. Elle a décidé de tout arrêter pour revenir travailler dans l’exploitation familiale. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)

Pas de pesticides mais des prédateurs et des huiles essentielles

Après plusieurs problèmes de santé survenus dans la famille, liés d’après eux aux pesticides, du jour au lendemain et d’un commun accord, la Ferme Herrmann a décidé de cesser l’apport d’intrants chimiques sur ses cultures.

En tout, un peu moins de 35 000 pommiers sont exploités par la ferme Herrmann. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)

Malgré cela, tous les pommiers sont en fleurs, prêts à être pollinisés. D’après Evelyne, il n’y a pas besoin d’insecticides ou d’herbicides pour les protéger :

« À coté des pommiers, on a installé des haies et on a planté des arbres. Cela attire des insectes prédateurs qui éliminent les ravageurs. Certains pondent leurs œufs sur les pucerons. La larve qui en sort se nourrit du puceron, et élimine donc la menace pour les arbres. Il nous est déjà arrivé une fois d’organiser un lâcher de coccinelles pour qu’elles se nourrissent des insectes nuisibles qui étaient présents en grande quantité. Cela avait très bien fonctionné mais en général ça n’est pas nécessaire.

Au pied des arbres, on laisse les herbes comme les pissenlits et les orties se développer. Elles attirent aussi les prédateurs des ravageurs. De plus, elles ne concurrencent pas les pommiers pour l’approvisionnement en eau car le sol argileux est suffisamment humide. Il a d’excellentes capacités de rétention. Si les herbes grandissent trop, on les fauche en hauteur, et on récupère cela pour en faire du purin à appliquer sur les pommiers. Celui-ci fait fuir les acariens et les pucerons.

En réalité, le but est d’avoir l’écosystème le plus complet et naturel possible. Si j’observe qu’il y a trop d’acariens rouges, des ravageurs qui altèrent les cultures, sur certains arbres, j’arrache la feuille la plus touchée et je la pose sur un autre pommier qui n’en a pas. Ces ravageurs servent alors de nourriture aux typhlodromes, d’autres petits acariens, ou aux araignées. Cela stimule la présence des prédateurs. Si l’équilibre est respecté les plantes ne sont pas menacées, on se rapproche de ce qu’il se passe dans la nature. »

Les araignées sont indispensables à l’équilibre de cet écosystème. Elles permettent d’éliminer de nombreux ravageurs. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)

La présence de pollinisateurs est indispensable pour féconder, avec le pollen, les ovules de pommiers situés dans les fleurs. Les petits végétaux entre les arbres jouent donc un rôle important pour attirer les abeilles, guêpes ou autres espèces pollinisatrices. Des guêpes terricoles et solitaires qui creusent des nids dans le sol près des arbres se sont notamment développées. L’utilisation d’herbicides ou d’insecticides n’aurait pas permis ces phénomènes.

Nid de guêpes terricoles qui pollinisent les arbres fruitiers à proximité. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)

À côté des arbres, des odeurs d’huiles essentielles émanent. Évelyne explique dans un éclat de rire qu’elle en applique un cocktail sur les plantes. Cela fait fuir certains parasites d’après elle. C’est George Toutain, ingénieur de l’institut national de la recherche agronomique (INRA), qui défend l’utilisation de ce type de traitements dits « doux » et qui envoie ses huiles essentielles à de nombreux agriculteurs en France.

Evelyne utilise des astuces écologiques pour s’occuper de ses plantes, dont l’application d’huiles essentielles. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)

La ferme Herrmann a récemment commencé la culture de tomates de variétés anciennes, sans pesticide également. Là, ce sont des plantes aromatiques comme de la sauge ou du romarin, semées à côté des tomates, qui font fuir les ravageurs. Des bandes non entretenues de pissenlits et d’autres herbes permettent aussi la présence de prédateurs comme des araignées ou des coccinelles.

Dans la serre, Boukthir et Robin, deux employés de la ferme et spécialistes des tomates, discutent passionnément des techniques de cultures qu’ils peuvent utiliser tout en accrochant les plants à des fils tuteurs :

« Nous sommes heureux de travailler ici. Cultiver de cette manière c’est utiliser pleins de techniques différentes, et être observateur des plantes et de leur environnement. On apprend beaucoup. »

Robin et Boukthir accrochent les plants de tomates de variétés anciennes à des tuteurs. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)

Même pour pallier la sécheresse, la Ferme Herrmann a mis en place un dispositif écologique. Les fraises cultivées sur 9 hectares sont alimentées en eau grâce à deux étangs, alimentés par une rétention des eaux de pluie. Cette eau y est pompée et acheminée jusqu’au champ.

Deux étangs de rétention d’eau de pluie permettent d’alimenter en eau le champ de fraise placé en amont. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)

Des produits vendus grâce à des circuits courts

Les rendements, d’après Evelyne, sont excellents. Pour qu’il n’y ait pas trop de pommes sur chaque arbre, il est nécessaire de retirer environ la moitié des fruits quand ils commencent à pousser. Si cela n’est pas fait, l’arbre réquisitionne trop de nutriments et c’est la production de l’année suivante qui est menacée.

Il est nécessaire d’empêcher la moitié des fruits de se développer en arrachant des fleurs pour garantir la production tous les ans. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)

Anne explique que le modèle économique est bon notamment grâce à la surface de l’exploitation :

« La Ferme Herrmann représente en tout trois sites de production, à Duntzenheim, Steinbourg et Bouxwiller qui occupent plus de 100 hectares. On a environ 37 000 arbres fruitiers dont plus de 90% de pommiers. Le reste, c’est des cerisiers, des poiriers, des pêchers ou encore des abricotiers. En plus de cela, il faut ajouter près de 50 hectares de céréales et 9 hectares de fraises, qui nécessitent malheureusement encore des herbicides pour le moment. Nous travaillons à mettre un terme à cela. Enfin, nous cultivons des légumes comme des aubergines, des courgettes et des poireaux sur 5 hectares. Toutes ces terres nous viennent de mon grand père. Cela nous permet d’avoir une production importante. C’est un avantage immense par rapport aux agriculteurs qui veulent se lancer dans l’agriculture biologique et les circuits courts mais qui ont peu de terres. »

Les vergers de la Ferme Herrmann occupent environ 25 hectares. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)

C’est en contournant le système de la grande distribution, qui impose une compétition des prix aux agriculteurs, que la Ferme Herrmann a atteint un modèle économique stable. Moins la production est industrielle, plus il est difficile de se faire une place sur les étalages de supermarchés. Mais ceci n’est pas du tout la volonté de la famille d’après Anne :

« Nous misons sur la qualité de nos produits, tant d’un point de vu nutritif que gustatif, alors que beaucoup aujourd’hui raisonnent en quantité. Maintenant, la demande en qualité est de plus en plus grande, les gens ont bien compris qu’il était meilleur pour leur santé et pour la nature de manger des fruits et légumes qui viennent de systèmes de production sans pesticides. Mais c’est uniquement en distribuant dans des circuits courts que l’on peut faire ce pari pour le moment. Cela-dit, vendre nos produits localement fait partie de notre démarche globale. C’est beaucoup plus logique que nos fruits soient mangés en Alsace, les consommateurs savent d’où vient leur nourriture. Cela recrée le lien entre le producteur et le consommateur. »

L’exploitation est membre d’une association de maintien de l’agriculture paysanne (AMAP), ce qui lui permet de distribuer des paniers de légumes sur plusieurs sites en Alsace, dont certains à Strasbourg ou aux environs (place Sainte-Aurélie, Bischheim…). Mais des marchés à Illkirch-Graffenstaden, Mundolsheim ou encore Saverne, ainsi qu’un magasin à Bouxwiller permettent de vendre la plus grande partie de leurs produits. Ainsi, Anne et d’autres employés de la ferme consacrent plus de 50% de leur temps de travail à la distribution. Comme cette distribution réduit le nombre d’intermédiaire, la Ferme reçoit plus d’argent sur la vente de ses produits.

Un magasin à Bouxwiller ouvert le vendredi et le samedi permet à l’exploitation de vendre sa production sans intermédiaire. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)

Sur une étagère, dans la ferme, de nombreuses bouteilles de jus de fruits sont entreposées. Une partie des fruits est transformée en jus dans un pressoir artisanal situé dans un village non loin de là, à Dossenheim-sur-Zinsel. Ces boissons font partie intégrante de l’identité de la ferme. Ils sont vendus dans le magasin de Bouxwiller mais aussi sur les marchés.

Et quand Évelyne et Anne font goûter leur jus de pommes et de coings, ou leur nectar de cerise, on sent tout l’attachement que ces travailleuses de la terre donnent à ce qu’elles produisent, et tout le plaisir qu’elles ont à connaitre les consommateurs de leurs fruits. Gina, la chienne, à son grand désarroi, n’a pas le droit de goûter le jus.

Gina, une des chiennes de la Ferme Herrmann, se promène librement dans les vergers. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)

Manifestation et gueuleton pour la « fête à Macron » samedi

Manifestation et gueuleton pour la « fête à Macron » samedi

Une dizaine d’organisations de gauche invite à faire la « fête à Macron et à son monde » autour d’une kermesse des luttes ce samedi 5 mai, place de la Gare de Strasbourg.

Une dizaine d’organisations de gauche, dont la fédération du Bas-Rhin du Parti communiste, le Mouvement écolo Alsace et les groupes locaux de la France Insoumise, invite à faire la « fête à Macron et à son monde, » autour d’une « kermesse des luttes » ce samedi 5 mai à 11h30, place de la Gare à Strasbourg. Cet appel existe sur l’ensemble du territoire national, à Paris au même moment, un grand rassemblement autour d’un « pot-au-feu national » est organisé sur le parvis du Musée du Louvre.

L’objectif est de s’opposer « de manière festive » aux projets menés par le gouvernement d’Édouard Philippe, depuis qu’il a été nommé Premier ministre par Emmanuel Macron élu Président de la République il y a tout juste un an. Selon le communiqué des organisateurs, cet anniversaire « se doit d’être célébré dignement » car d’après eux, le Président « impose au pays ainsi qu’à ses habitants et habitantes les plus fragiles une violente austérité dont les effets se font ressentir dans nos hôpitaux, nos maisons de retraite, nos tribunaux, nos associations, nos écoles et nos universités. Pendant ce temps les multinationales, à l’exemple de Vinci, font leur beurre sur le saccage de l’environnement, font disparaître les oiseaux, les abeilles, et bien d’autres animaux. »

Une lutte dans la bonne ambiance

L’événement associe donc manifestation, musique et gueuleton, pour « une lutte dans la bonne ambiance. » Plusieurs prises de parole et une criée publique auront lieu en début d’après-midi.

Puis, une marche débutera à 15h30 avec un tractage en fanfare en direction du centre socio-culturel de l’Esplanade. Là, les participants doivent rejoindre le collectif contre l’Arcadia à 17h. Ce collectif organise un événement contre l’existence de ce bar associatif lié à l’extrême-droite identitaire. De 17h à 22h, il sera question de l’organisation Bastion Social et des moyens pouvant aboutir à la fermeture de leur bar associatif.

Un « after » de la journée , intialement prévu sur la « ZAD » de Kolbsheim, aura lieu au Molodoï à partir de 20h.

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Les voitures en libre-service Yea! s’étendent vers le nord

Les voitures en libre-service Yea! s’étendent vers le nord

Le service d’autopartage Citiz étend sa zone de dépose pour les voitures « Yea! », sans réservation et sans borne fixe. En plus du centre élargi et de l’ouest de Strasbourg, les Smart rouges et noires pourront aussi être déposées au nord, à la Robertsau et dans les communes de Schiltigheim et Bischheim.

Au printemps 2017, Rue89 Strasbourg vous parlait des nouvelles ambitions de Yea! par Citiz Alsace. Lancé en mai 2015, ce nouveau service de la société coopérative strasbourgeoise (ex-Auto’trement) permet de louer une voiture sans réservation et de la déposer n’importe où dans un périmètre donné dans Strasbourg, avec une facturation à la minute et au kilomètre.

Deuxième phase du déploiement

Le service Yea! a permis une hausse du chiffre d’affaires de recruter de nouveaux abonnés, à l’heure où leurs croissances respectives commençaient à ralentir. Le calendrier annoncé est tenu, en septembre 2017, la zone de dépose s’est élargie à l’ouest, mais aussi au Jardin des Deux-Rives et aux Parking-relais tram de la CTS. À l’hiver, deux places réservées près de la gare ont aussi été ajoutées (dites « station refuge »). Ce mercredi 2 mai marque la deuxième partie de ce déploiement, puisque le périmètre de dépose s’étend à une partie de la Robertsau et des communes de Schiltigheim et Bischheim, au nord de Strasbourg. L’Espace Européen de l’Entreprise et le parking du centre commercial Auchan à Illkirch-Graffenstaden ont également été ajoutés.

Financement par les usagers

Ce déploiement a en partie été financé par… les utilisateurs du service via un « coop-funding ». Depuis l’été 2017, les sociétaires ont acheté pour environ 1 200 part sociales au prix de 500 euros l’unité. Elles permettent une réduction de 2€ par mois (24€ par an), dans la limite de 5 par personne. Pour s’assurer de trouver une voiture dans ce nouveau périmètre élargi, la flotte est passée de 30 à 60 véhicules.

« On va se stabiliser un peu »

Le directeur Jean-François Virot-Daub se réjouit de passer à la vitesse supérieure, tout en rappelant la nécessité d’appuyer sur le frein à court terme :
« C’est la première fois que Yea! va sortir de Strasbourg. Après cette deuxième partie de l’extension, on va se stabiliser un peu. Nous avons une bonne dynamique sur l’utilisation et les abonnés que nous espérons amplifier avec cet agrandissement. Le nombre de location de Yea! est de 1,4 par jour et on aimerait arriver à 2,5. L’investissement représente 300 000€, financé par les trois partenaires (Ville de Strasbourg, Strasbourg Mobilités et Parcus) à hauteur de 100 000€ et des usagers pour 60 000 euros, le reste étant pris en charge par la société coopérative. »
Des discussions avec les deux nouvelles communes qui accueillent les Yea! pour une participation au financement des véhicules sont également en cours. Un nouveau dossier pour la nouvelle maire de Schiltigheim Danielle Dambach (écologiste). Ce service arrive en complément des 200 voitures environs disponibles dans 17 villes d’Alsace aux stations fixes, où les automobiles de différents gabarits peuvent être réservés à l’avance. L’abonnement peut aussi être activé dans d’autres régions et villes de France (Rhônes-Alpes, Lorraine, Franche-Comté, Provence, Bordeaux, Toulouse, Lyon etc.), où le réseau national cherches à se développer.

Sous-équipés et sous pression, les agents de propreté de la gare SNCF souffrent et se taisent

Sous-équipés et sous pression, les agents de propreté de la gare SNCF souffrent et se taisent

Locaux et matériel inadaptés, chantage à l’emploi et problèmes de sécurité… À la gare SNCF de Strasbourg, les employés de Derichebourg Propreté subissent en silence les mauvaises conditions de travail. De nombreux témoins dénoncent une situation symptomatique de toute une branche professionnelle.

L’enquête de Rue89 Strasbourg commence avec une odeur de merguez. Mardi 3 avril, l’assemblée générale des cheminots en lutte se tient sur le parking des employés de la SNCF, derrière la gare de Strasbourg. Parmi la foule, deux agents d’entretien sont venus partager leur mécontentement. L’un d’eux dénonce le sous-équipement dont il est victime, l’autre évoque des pressions sur les salariés proches des syndicalistes de la SNCF.

Le 3 avril, l’assemblée générale des cheminots s’est terminée autour d’un barbecue. Deux employés de Derichebourg Propreté étaient présents. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Onze agents pour nettoyer la gare

En fait, ces deux employés ne sont pas des cheminots, pas même employés par la SNCF. Depuis 2015, ce sont des salariés de Derichebourg Propreté qui nettoient la gare de Strasbourg, pour le compte de Gares et Connexions, la filiale foncière de la SNCF. La Pyrénéenne, une autre entreprise de nettoyage, assurait cette mission jusqu’alors.

Onze agents de propreté se relaient tous les jours de 5h à 1h du matin pour décrasser les quais, les voies, les halls, l’espace sous la verrière et l’entrée du bâtiment. Trois employés supplémentaires lavent les fenêtres de l’édifice et les bureaux de la SNCF.

Du 1er avril au 1er décembre 2018, la charge de travail est répartie entre six personnes à 35h et cinq à temps-partiels allant de 3 à 32 heures hebdomadaires. Pour beaucoup de salariés, la tâche est trop lourde. Le lundi et le mardi, entre 14h et 18h, l’agent d’entretien est seul avec la cheffe d’équipe pour assurer la propreté de toute la gare. Entre 20h et 1h du matin, ils sont deux.

Crispation autour du matériel fourni

Le matériel de travail est un sujet de mécontentement pour de nombreux employés. Plusieurs affirment qu’ils ont dû acheter leurs propres chaussures de sécurité. D’autres ont longtemps porté celles fournies par le prestataire précédent.

Confrontée à ces témoignages, la cheffe du secteur arbore un sourire narquois. Elle réfute les dires des agents de propreté et évoque des chaussures « envoyées au bled ». Bernard Schmitt, directeur de l’agence Derichebourg Propreté à Illkirch-Graffenstaden depuis 2017, dément toute accusation liée à un manque de matériel :

« Je n’ai jamais lésiné sur le matériel à disposition des employés. Toutes les demandes ont été satisfaites. »

Le matériel est un sujet de crispation récurrent entre la direction et les employés de Derichebourg Propreté. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Un ancien employé se souvient lui avoir acheté toute sa tenue. Il invoque des raisons de sécurité :

« Pendant deux mois, je n’avais ni la tenue, ni le matériel nécessaire. On m’envoyait ramasser des seringues avec des gants en latex… »

À Strasbourg, le risque lié aux seringues est réel pour les agents de propreté. Au cours de l’été 2017, un employé de l’entreprise ONET s’est piqué en ramassant l’objet. Il n’a pas été contaminé.

Des alertes répétées depuis 2016

Le manque de matériel a fait l’objet d’alertes répétées depuis 2016 auprès du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT). Un syndicaliste regrette « l’absence de prise de conscience au niveau de la direction. » Mais il note une amélioration récente. Elle a précédé une visite de deux inspectrices du travail début avril.

Selon un syndicaliste départemental de la branche propreté, le local des agents d’entretien a été rénové début avril. Il était à disposition des employés depuis plusieurs années, mais n’était que peu utilisé. Les nettoyeurs mangeaient et se changeaient dans un tunnel situé entre le Hall central et le Hall sud.

De l’eau potable pour les employés

Bernard Schmitt a souhaité mettre fin à cette situation. Le CHSCT de la SNCF l’a aussi poussé dans ce sens. Début avril, le local du quai 4 a ainsi été réaménagé et doté d’un frigo, d’un nouveau micro-ondes et d’un robinet laissant couler de l’eau potable.

La direction se vante aussi des efforts fournis au niveau du tunnel où le matériel des agents est stocké : les armoires cassées ont été retirées du dépôt. « Je ne veux plus qu’un employé se change et mange dans ce tunnel pourri », affirme Bernard Schmitt. En juillet 2017 et début février 2018, un syndicaliste de la CGT Cheminot a photographié le tunnel et le local :

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Les syndicalistes proches du dossier demandent que des vestiaires non-mixtes soient mis en place. Ils exigent qu’un local permette aux salariés de se doucher après avoir travaillé. « Les agents préfèrent se doucher chez eux », balaye la cheffe de secteur.

Le directeur, et ancien agent de nettoyage, affirme que des vestiaires pour femmes seront bientôt mis à disposition. Le chef impose désormais aux employés de manger dans un local situé dans le bâtiment Sainte-Aurélie : « Avec la SNCF, nous venons d’acter par écrit de la disponibilité de la pièce pour les employés de Derichebourg Propreté », explique-t-il.

Le management par la peur

L’inspection du travail s’intéresse aussi à l’organisation managériale de la société Derichebourg. Trois personnes sont actuellement en arrêt maladie après avoir travaillé sur le site de la gare. Dans un tract de la CGT cheminots, le syndicat demande « l’arrêt des méthodes de management par la peur, la pression, le chantage ». Plusieurs syndicalistes de l’entreprise accusent aussi la cheffe du secteur gare d’avoir recours au chantage à l’emploi.

Un agent se souvient d’une conversation avec sa cheffe de secteur. Elle s’est conclue par cette phrase : « Tu manges, c’est grâce à moi, donc tu fais ce que je te dis. » La manager concernée admet tout juste avoir « une forte personnalité ». Elle préfère dénoncer les quelques agents « qui se planquent » et qui « négocient tout le temps ».

Les menaces sont aussi écrites. Plusieurs salariés ont déjà reçu une lettre de convocation. Le texte est toujours le même :

« Nous devons vous informer que nous sommes amenés à envisager à votre égard une sanction pouvant aller jusqu’au licenciement. En application des dispositions de l’article L-1332-2 du Code du Travail et suivants du nouveau Code du Travail, nous vous prions de bien vouloir vous présenter. »

Une pétition contre une convocation

Selon un délégué syndical de la SNCF, proche du dossier, l’entreprise envoie ce courrier « systématiquement, lorsqu’une sanction est envisagée à l’encontre d’un salarié. » Le syndicaliste affirme aussi que la firme n’a jamais donné d’explication concrète sur le motif de cette convocation.

Récemment, une pétition a été lancée pour défendre un employé, en arrêt maladie pour dépression. Il n’a pas supporté sa mutation à Duppigheim. Le document compte 123 signataires, dont plusieurs dizaines de salariés de Derichebourg Propreté et de la SNCF. Ils certifient que le salarié « effectue correctement son travail. »

Le directeur explique ces lettres de convocation menaçantes :

« Ce sont des lettres-types. Elles font suite à des cas de refus de travailler, des absences non-déclarées ou des prestations non-faites. Je viens souvent le constater moi-même sur le terrain. Pour moi, ces formulations sont adaptées car nous avons là un problème de sécurité, pour les employés et pour le public. Je ne négocie pas sur la sécurité. »

« Avertissement, avertissement, convocation… »

Un agent de propreté résume ce qu’ont subi au moins quatre agents de l’entreprise, selon nos informations :

« Tout le monde fait [son travail]. Par exemple, toi tu fais un peu, moi je fais un peu. Ça va. Mais eux [la direction, ndlr] c’est tiens, tiens, sur la tête, tiens (en mimant des coups de poing, de haut en bas). Ouai, avertissement, avertissement, convocation, convoqué. »

La lettre de convocation informe l’employé de « la possibilité de [se] faire assister, au cours de cet entretien, par une personne de [son] choix appartenant obligatoirement au personnel de [l’]entreprise. » Plusieurs syndicalistes, ainsi que des employés de Derichebourg Propreté, témoignent de la pression exercée sur l’activité syndicale. Avant la visite sur site d’un élu du personnel, les salariés ont pour consigne de la cheffe de secteur « de ne pas parler au syndicat. »

Une méfiance généralisée règne au sein de l’équipe de nettoyage de Derichebourg Propreté à Strasbourg. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Surveillance et délation au sein de l’équipe

Pour cette raison, la CGT Cheminots s’est impliquée dans la défense des nettoyeurs de la gare de Strasbourg. Une question de proximité : les agents de propreté travaillent sur le site où les syndicalistes cheminots se trouvent. Une question de confidentialité aussi : dans le petit monde du nettoyage, les nouvelles circulent vite. Les employés craignent d’être aperçus en compagnie d’un délégué du personnel de l’entreprise.

Car l’organisation managériale repose aussi sur la surveillance omniprésente des employés. Impossible de savoir quand la cheffe de secteur passe. Au sein de l’équipe, on soupçonne certains de dénoncer leurs propres collègues. Dans cette ambiance de méfiance généralisée, des salariés prennent des photos pour prouver le travail réalisé. Rue89 Strasbourg a pu se procurer une attestation signée par un chef de quai SNCF : oui, tel employé était bien présent à telle date. Le nettoyeur craignait d’être déclaré absent.

Angela : « J’ai développé une peur de venir à l’agence »

Angela, étudiante en première année de BTS, a souffert de cette atmosphère « exécrable » chez Derichebourg Propreté. Elle a fini par « avoir peur d’aller au travail » tant elle craignait les humiliations de la cheffe du secteur gare. La jeune femme a accepté de témoigner à visage découvert pour « dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas ». L’étudiante parle de « contrats obscurs », de plainte pour des « paies non-versées » et d’organisation « archaïque » au niveau du matériel fourni aux employés :

Insultes et menaces de licenciement injustifiées

Plusieurs anciens agents de maîtrise de Derichebourg Propreté ont accepté de témoigner, sous couvert d’anonymat. Ils confirment les propos des employés quant à la pression exercée par leur manager. La cheffe de secteur, responsable pour la gare de Strasbourg, n’aurait « aucun respect pour son personnel ». Ils évoquent tour à tour des « insultes » et des « menaces de licenciement sans justification concrète ». L’un d’eux décrit un processus récurrent :

« Le comportement de la cheffe de secteur dépasse la dureté, vis-à-vis de certaines personnes. C’est une personne qui a fait pleurer plusieurs assistants. Au départ c’est verbal, puis ce sont des écrits qui ne sont pas basés sur des faits concrets. Elle pousse avec des menaces. Puis ce sont des documents avec des mises en garde injustifiées. Ces agissements ont été portés à plusieurs reprises à la connaissance de la direction régionale. Sans effet. »

L’actuel directeur de l’entreprise a aussi constaté l’atmosphère délétère régnant à la gare de Strasbourg. Il décrit son impression lorsqu’il arrive à la tête de l’agence en 2017 :

« Je n’ai pas l’habitude du management par la peur. C’est ce que j’ai constaté sur place. On ne peut pas laisser pourrir une telle situation. Je prendrai prochainement les décisions qui s’imposent pour y mettre fin. »

La concurrence « féroce » dans le secteur

Contacté par Rue89 Strasbourg, un employé d’une autre société de nettoyage s’exprime sur la situation à la gare de Strasbourg. Pour ce cadre, ces mauvais traitements sont la conséquence d’un secteur où « les clients sont de plus en plus exigeants et la concurrence extrêmement féroce. » Il donne un exemple :

« Regardez simplement dans les Pages Jaunes. Il y a plus d’une centaine de sociétés de nettoyage rien que dans le Bas-Rhin. Sur des marchés publics, je me suis déjà retrouvé en concurrence avec 25 prestataires pour remporter l’appel d’offres. […] À un moment donné, on a cette réputation de négrier qui colle au secteur à cause d’une minorité d’entreprises. Mais c’est aussi lié à la pression que nous mettent les clients. »

Actif dans le secteur du nettoyage industriel depuis 35 ans, Bernard Schmitt a observé cette pression croissante sur les entreprises de propreté. Il a quitté la firme ONET car les conditions de travail n’étaient plus en accord avec les « valeurs familiales » prônées par l’entreprise. Chez Derichebourg Propreté, il se sent mieux. Pour le directeur d’agence, le slogan de la firme est respecté : « Derichebourg, une force au service de l’humain et de la nature. » Il se demande même si les conditions de travail n’y sont pas les meilleures du secteur.

Et le mammouth s’installa place du Château

Et le mammouth s’installa place du Château

Comme promis, l’Industrie Magnifique a installé un mammouth, place du Château à Strasbourg. Ce squelette vieux de 12 000 ans doit permettre à l’industrie de redorer son image. D’après les premières réactions, c’est bien parti…

Les industriels sont victimes du complexe du mal-aimé. Ils ont l’impression que la Terre entière est contre eux alors qu’ils font des choses formidables. Et c’est vrai : ils font des choses formidables. C’est pourquoi une poignée d’entre eux s’est regroupée autour de « l’Industrie magnifique, » en s’alliant à des artistes pour célébrer les savoirs-faire industriels. Et parmi les opérations les plus visibles, il y a ce mammouth volant, dont Rue89 Strasbourg vous avait déjà parlé.

Le squelette a été monté dans la matinée (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Le squelette a été monté dans la matinée (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Financé par Soprema, une entreprise mondiale spécialisée dans l’étanchéité et dont le siège est à Strasbourg, Mammuthus Volantes (c’est son nom) est une œuvre installée place du Château. Elle consiste en un squelette de mammouth vieux de plus de 12 000 ans, acquis 550 000€ par Soprema, hissé à 5-6 mètres au dessus du sol avec des projections de jets d’eau et de bulles… Le squelette en sortira indemne car… l’étanchéité du caisson est assurée par Soprema, vous saisissez ?

Il y a un mammouth dans cette image (si si regardez bien) (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Il y a un mammouth dans cette image (si si regardez bien) (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

L’œuvre est signée Jacques Rival, un designer habitué de la Fête des Lumières à Lyon. Il explique son concept :

Jacques Rival a fait appel aux compétences d’Aquatique Show pour la mise en eau de l’ensemble. Mammuthus Volantes sera inauguré le 3 mai et visible jusqu’au 13 mai.

Lundi, il aura fallu six bonnes heures aux techniciens pour assembler et hisser le mammouth, 3,40 mètres de hauteur et 1 400 kg, à 5-6 mètres au dessus du sol (voir la vidéo de la dernière heure). La superstructure n’a pu être installée qu’en soirée, en raison des rafales de vent trop importantes qui auraient pu compromettre la pose.

L'installation de la superstructure a dû attendre que le vent se calme... (Photo Vincent Muller / doc remis)
L’installation de la superstructure a dû attendre que le vent se calme… (Photo Vincent Muller / doc remis)

L'installation finalement présentée prévoit des jets d'eau et des projections (Photo Vincent Muller / doc remis)
L’installation finalement présentée prévoit des jets d’eau et des projections (Photo Vincent Muller / doc remis)

Bon accueil du public

#Jacques Rival

Reprise des blocages à l’Université de Strasbourg

Reprise des blocages à l’Université de Strasbourg

Le Patio et le bâtiment de la faculté de Math et d’informatique sur le campus principal de l’Université de Strasbourg sont bloqués depuis ce lundi matin, selon des constatations de Rue89 Strasbourg. Les accès au Palais universitaire ont été brièvement bloqués mais, selon « l’AG des étudiants en lutte, » les vigiles de l’Université ont retiré les containers-poubelles qui avaient été placés devant les portes.

Les poubelles qui étaient devant les accès ont été dégagées (Photo AG des étudiants en lutte / Facebook)
Les poubelles qui étaient devant les accès ont été dégagées (Photo AG des étudiants en lutte / Facebook)

Les « étudiants en lutte » dénoncent la loi Orientation et Réussite Étudiante (ORE) et le projet de loi Vidal qui impliquent un renforcement de la sélection à l’entrée des études supérieures. Pour ces étudiants, les blocages des bâtiments sont indispensables pour « mobiliser les étudiants » alors que nombre d’entre eux ne s’impliquent pas ou peu. Les blocages sont votés lors d’assemblées générales qui réunissent entre 200 et 500 personnes, voire 800 au plus fort du mouvement.

Un sapin donne une touche forestière bienvenue alors que ce sont les poubelles qui sont le plus fréquemment utilisées d'habitude... (Photo Loïc Branchereau / Facebook)
Un sapin donne une touche forestière bienvenue alors que ce sont les poubelles qui sont le plus fréquemment utilisées d’habitude… (Photo Loïc Branchereau / Facebook)

Lors d’une assemblée générale tenue lundi vers midi, une centaine d’étudiants ont voté pour continuer le blocage du Patio. La prochaine AG est prévue jeudi à 10h, devant le Patio.

Découvrez qui sont les musiciens de rue de Strasbourg

Découvrez qui sont les musiciens de rue de Strasbourg

Vous passez devant ces musiciens de rue tous les jours, ou presque. Derrière ces visages entraperçus, des histoires, des parcours et parfois des rivalités entre artistes de rue. Invitation à une promenade musicale dans les mélopées entendues dans les rues de Strasbourg, en images et en sons.

Lui est musicien de rue depuis 40 ans, un autre joue une heure tous les jours devant la cathédrale. Compositeurs, musiciens roumains, fans de reggae, tous se partagent les rues passantes de Strasbourg, et particulièrement celles du centre-ville. Ces artistes racontent comment ils en sont venus à jouer dans la rue, comment ils vivent de leur métier, la concurrence depuis l’arrivée de musiciens venus des pays de l’Est et les rapports avec la police…

Brice Bauer, si ma cathédrale m’était jouée

Slalom entre deux touristes bedonnants et direction la cathédrale. Des accords effleurés par l’archet d’un violoncelle retentissent sur la place, et se mêlent aux bruits des passants, des cafés, d’un promeneur anglais en short à la recherche « de la boutique de glaces Amorino ».

Brice Bauer, 39 ans, visage exalté, semble faire corps avec son instrument. Puis à 15h exactement, après une heure de jeu, il repose son archet, après avoir interprété le fameux prélude de Bach. « Je refuse de jouer les morceaux que je les gens attendent. Ce morceau, c’est la seule concession que je fais, c’est bien pour terminer. Certains jouent l’Ave Maria toute la journée, parce que tout le monde connaît. Moi, j’ai composé des morceaux pour la Cathédrale et notamment une suite. Ça s’appelle éclats-scission, » raconte-t-il, un brin de fierté dans la voix. Pourquoi la cathédrale ? Parce que « le lieu est une scène parfaite et que je n’ai jamais réussi à jouer ailleurs. »

« Je gagne au moins un SMIC tous les mois »

Brice Bauer est musicien de rue professionnel. Un métier précaire, mais dont il parvient à vivre.

« Je gagne au moins l’équivalent d’un SMIC tous les mois. Mais la condition c’est d’être là une heure tous les jours de l’année. En moyenne, je gagne 50€ en une heure, mais ça peut aller jusque 120€ l’été. Lors du marché de Noël, c’étaient des mois à 3 000€. L’hiver, il faut prévoir un réchaud pour les mains, ce n’est pas toujours facile. »

Être musicien de rue et avoir de la reconnaissance, c’est pour l’artiste aux pulls et jean élimés loin d’être incompatible :

« Je ne veux pas que les gens croient que je fais la manche, je veux être reconnu comme un musicien, qui joue dans la rue. C’est une liberté que je prends et non une liberté que je m’impose. Quand je joue, c’est comme une méditation, je suis habité. En un an, il n’y a peut-être que cinq ou six jours où je ne joue pas. Quand c’est comme ça, c’est comme si quelque chose manquait, c’est devenu une nécessité. »

« Le travail du musicien de rue, c’est de faire s’arrêter les gens »

Pour Brice Bauer, le public, malgré lui, devient un acteur de son jeu :

« Le travail du musicien de rue, c’est de faire s’arrêter les gens, réussir à les capter et les faire rester. Parfois, ça se joue à trois fois rien. Je rate une note, ils ne l’entendent pas, mais ils partent parce qu’ils sentent qu’il y a quelque chose d’inconfortable en moi. »

Si le musicien est de formation classique, il n’a pour autant pas toujours suivi la voie académique :

« J’ai pris des cours avec un maître pendant dix ans, jusqu’à mes 17 ou 18 ans. Mais il n’y avait pas de règle comme au conservatoire, on pouvait jouer deux ou trois heures le même jour. Et puis, à un moment, quand j’ai eu 15 ans, je me suis même tourné vers la scène électronique. J’ai aussi joué deux ou trois ans avec Luc Arbogast, de The Voice. »

« Le style expérimental, les japonais l’apprécient »

Son style ? « Classique il est vrai, avec des résonnances de blues et de rock, et parfois contemporain. » Et de glisser avec l’œil du musicien qui connaît son public et sa ville : « le style expérimental, les japonais l’apprécient tout particulièrement ».

Mais il faut aussi composer avec la municipalité et la montée de la concurrence entre musiciens. « Il y a de plus en plus de musiciens des pays de l’Est. Ils ne respectent rien, jouent avec des amplis alors que c’est interdit, du matin jusqu’au soir, et toujours le même morceau à destination des touristes » décrit-il, agacé. Quand à la police, « elle me laisse tranquille, car quand je joue une heure devant la cathédrale, les musiciens roumains ne rappliquent pas, ça les arrange bien. »

« Romania ! »

Victor Stanescu est venu de Roumanie pour jouer de l’accordéon dans les rues de Strasbourg. (Photo Emilie Sizarols)

Rue des Hallebardes mardi 4 avril, peuplée par la foule et presque étouffante. Un accordéoniste affaissé ne joue que par intermittence, les yeux dans le vide. Tentative d’approche, un carnet à la main. Il prend peur. « Vous parlez français ? » « Romania, Romania » répond-t-il, affolé. Il sort sa carte d’identité, comme croyant à un contrôle de police. Face à la barrière de la langue, juste un nom à l’arrachée : Victor Stanescu.

À chacun son style…

Un autre musicien de rue, accordéon à la main, a choisi de jouer en déambulant entre les passants. Un moyen de contourner la règle des 20 minutes maximales de présence autorisée à un même endroit.

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« Reggae men »

« Viens, assieds-toi là » fait Brendon Carey, en tapotant une veste posée sous les porches de la rue des Grandes-Arcades. Collier aux couleurs de la Jamaïque, barbe grise fournie, bière 1664 aux pieds, le guitariste affiche un sourire serein. De la poésie dans la voix, il défend sa philosophie de vie :

« La musique de rue, c’est la vie, c’est la culture du partage. Tu mesures l’ouverture des gens toute la journée, il n’y a pas de projection, c’est la spontanéité pure. »

La musique, il l’a apprise en Martinique, aux côtés de son père, alors chanteur dans un groupe. « À 13 ou 14 ans, je jouais déjà de manière professionnelle dans les bars » décrit-il, les yeux pétillants.

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À Strasbourg depuis deux ans, il joue environ trois fois par semaine, plusieurs heures par jour, sous les arcades, « parce qu’il y a quelques arbres en face, et que l’ambiance ici me fait kiffer. » Avec Augustin, au cajon, il forme le groupe « Dynamic System ». Son comparse, plus effacé, cicatrice au visage, évoque évasivement sa vie : « J’ai fait la guerre et j’ai vu des balles passer, alors quand d’autres occupants de la rue viennent chercher la bagarre, je suis prêt ». Quant à la police, elle « vient parfois nous embêter quand nous dépassons les 20 minutes de jeu et que les voisins appellent, mais ça ne nous empêche pas de jouer. Après tout, ils ont choisi d’habiter une rue animée. » argue Brendon Carey, avec un grand sourire.

Loïc Connan au grand cœur

Ajustement du pied à la bonne hauteur, branchement du micro, frottement de mains. Plus que la sangle de guitare à enfiler et Loïc Connan -nom de scène « Pierre de Cœur »- est prêt à faire entendre place Kléber ses reprises de variété française. Guitare bleue flashy en main, bonhommie des traits et joues bien pleines, il ouvre la bouche pour entamer les premières notes, quand soudain une jeune fille surgit : « Vous connaissez la vie en rose ? La Bohème ? Je veux chanter ». Sourire jovial du musicien : « Je fais assez peu de reprises. Peut-être du Charles Gainsbourg ? » Le duo improvisé trouve vite son rythme. Et la mère d’Aurélie, 16 ans, en vacances à Strasbourg pour quelques jours, de s’extasier : « tu as biiiien chanté, tu étais à l’aise ? »

« La Ville a l’air assez tolérante envers les musiciens de rue »

Loïc n’en est qu’à sa deuxième prestation strasbourgeoise. « Je suis seulement là pour les vacances, mais je me suis dit que j’allais en profiter pour faire entendre ma musique. » Le jeune musicien est plutôt un habitué des concerts dans les bars, même si l’an dernier il a « fait le festival des arts de la rue à Grenoble ». La rue, c’est surtout pour lui « un bon moyen de tester ses compositions ». Et puis 30€ en 45 minutes à Strasbourg l’an dernier, ce n’est pas si mal.

Les avantages de Strasbourg ? « La Ville a l’air assez tolérante envers les musiciens de rue. Il y a des municipalités où c’est vraiment mal vu. J’ai un peu flippé quand j’ai vu des policiers passer tout à l’heure, mais ils m’ont laissé tranquille. » Fin de soirée pour le guitariste au grand cœur : scène ouverte aux « Savons d’Hélène », histoire de retrouver les salles sombres où il se produit d’habitude.

Jean-Luc Traber a 40 ans de pratique de musique dans la rue. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)
Jean-Luc Traber a 40 ans de pratique de musique dans la rue. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Jean-Luc Traber, musicien de rue depuis 40 ans

« Vous prenez une photo, c’est une petite pièce ». Visage renfrogné, son chihuahua et son boxer aux pieds, Jean-Luc Traber, 52 ans, joue rue des Hallebardes quelques accords de guitare jazz. Puis repose son instrument, et va faire la quête auprès des clients du restaurant situé en face de son « spot » temporaire. Une stratégie bien rôdée.

« Musicien de rue ? Ça fait 40 ans que je le suis. Je joue pour rencontrer des gens, mais c’est surtout une carte de visite, pour décrocher des contrats et jouer à des mariages, ou faire de petits concerts. »

Lui aussi se plaint de la concurrence des musiciens venus des pays de l’Est : « Certains jouent les deux mêmes morceaux toute la journée. Les gens en ont marre de voir un musicien tous les 50 mètres. Ils foutent en l’air notre métier. » Et de remballer son matériel, après avoir « gagné 40 ou 50€ en deux heures. »

PopCorde, rue des Grandes Arcades…

Philippe, One Man Band

Étudiant grec, Philippe Kollias est à Strasbourg pour une licence de musiques actuelles (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

« J’ai 27 ans, mais ça fait déjà dix ans que je joue dans la rue. » Philippe Kollias hésite un peu sur les mots, avec un accent méditerranéen. Cet étudiant grec est arrivé à Strasbourg en septembre pour entamer une licence de musiques actuelles. Il joue aussi dans les bars ; en une heure dans la rue, il gagne « de 3€ à 60€ ».

Style qui détonne, avec son instrument, le « One Man Band », composé d’une guitare, d’une percussion accrochée dans son dos, d’un harmonica, et de sa voix. « L’avantage de la rue, c’est qu’il n’y a pas à s’organiser. Si tu as envie d’y aller, tu y vas, sinon tu restes chez toi », glisse l’étudiant.

Antoinette Cremona : « je suis musicienne, plasticienne, marionnettiste »

« Merci ma puce, tu ne veux pas plutôt me donner ta glace ? » Le sourire dans la voix d’Antoinette Cremona, alors qu’une petite fille blonde dépose une pièce dans sa housse de guitare. Grattement d’accords et la trentenaire entame « Insensé », sa « seule composition écrite en français, un coup de gueule contre les gouvernants qui pensent, sous prétexte qu’ils ont de l’argent, qu’ils sont les maîtres de nos vies. »

Rue des Grandes Arcades, les passants s’arrêtent, comme happés par cette voix puissante et le naturel chaleureux de la musicienne. Un homme dans la soixantaine, veste de costume mal ajustée et béret s’immisce dans sa chanson. Un jeu théâtral s’installe : « quand tu me tiens dans… » / « tes braaaaaas » finit le passant, alors que le rire des deux protagonistes résonne sous les arcades.

Antoinette Cremona, une musicienne à la voix faite pour chanter dans la rue (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Guitare aux arabesques peintes, vélo abîmé adossé au mur : « J’aime ce qui est patiné, rouillé, ce qui a vécu », décrit la chanteuse, le revendiquant comme une identité. Antoinette : artiste multi-casquette, « marionnettiste, plasticienne et musicienne trois à quatre fois par semaine. » Même si elle l’admet, « la musique, apprise en autodidacte, prend une part de plus en plus importante dans ma vie. »

« Les moulins de mon cœur », « Sous le ciel de Paris », « Petit vin blanc »…

Reggiani, Brel, Bécaud : accompagné de son orgue de barbarie, place du Marché-aux-Cochons-de-Lait, Paul Fernique alias « Monsieur Paul », comme il se fait appeler quand il est « sur la scène » chante, d’une voix de conteur, un répertoire délicieusement daté. Mais pas seulement. « Dernièrement, j’ai ajouté des cartons de Johnny Hallyday, Leonard Cohen… Je travaille aussi sur une série Salvatore Adamo, » décrit le musicien.

Comme une envie de « faire aimer son instrument ». Un orgue de barbarie, de 92 kilos, fait sur mesure, « acheté il y a sept ans pour 12 000 euros à un artisan de Saint-Etienne ». Il faut encore le transporter « comme à l’ancienne » pour jouer, « renouveler les cartons à insérer dans l’instrument, que l’on peut désormais faire soi-même à l’aide d’un logiciel », et attraper le passant. Monsieur Paul  ne choisit pas les rues les plus passantes, il ne gagne que 10€ en moyenne par heure avec ses chansons.

Monsieur Paul joue plutôt la carte nostalgique (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)
Monsieur Paul joue plutôt la carte nostalgique (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Aux alentours de 16h, sur la place aux allures de carte postale, comme figée dans le temps, un bambin dans une poussette passe devant le musicien. Un instant, les regards s’accrochent entre l’enfant et l’homme de 58 ans. Peut-être le look « de gavroche » du musicien est-il pour quelque chose dans la fascination de l’enfant. Béret, boucle d’oreille en métal, lunettes rondes, gilet noir…

« C’est l’aspect traditionnel du musicien qui joue de l’orgue de barbarie, décrit Paul. C’est un peu le respect que l’on doit aux passants que de respecter ces codes. »

Le territoire de Paul : la place du Marché-aux-Cochons-de-Lait la plupart du temps, près de la cathédrale l’été, un coin lors des spectacles sons et lumières et puis quelques festivals de musique mécanique dans le sud de la France…

Collectif acoustic : « musiciens sans frontières et convergence des styles » (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)
Collectif acoustic : « musiciens sans frontières et convergence des styles » (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Collectif acoustic, de la musique bio

Sorin à la contrebasse, Marius au violon, Georges et Ervin à la guitare. Les quatre membres du « Collectif acoustic » sont originaires de Hongrie, Roumanie, Moldavie… Leur credo : « la musique naturelle, sans électricité, et de qualité ». C’est un peu « comme les légumes bios par rapport aux légumes industrielles » défend Sorin, le contrebassiste. Et de continuer avec sa métaphore farfelue, un brin exalté :

« Les gens sont empoisonnés par des OGM musicaux. Nous, nous proposons un peu de vitamine D, une occasion de sortir prendre le soleil, de venir partager une musique pure et simple, ambassadrice de la paix. »

Sorin défend une musique sans électricité, naturelle, proche... (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)
Sorin défend une musique sans électricité, naturelle, proche… (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Le groupe, revendique-t-il, est fait de « musiciens sans frontières », dans une convergence de style d’Europe de l’Est, jazz, classique.

« Notre défi, c’est de faire voyager les gens, d’éveiller leur curiosité, leur intelligence. Les enfants sont aussi un public important, ils ne sont pas contaminés par une vision négative des musiciens de rue. »

Et de conclure, alors que quelques applaudissements retentissent sur la terrasse du restaurant « La corde à Linge », dans la Petite-France : « Nous jouons dans la rue à l’occasion, mais nous ne sommes pas des clochards ».

Les rues de Strasbourg accueillent aussi la fanfare FEIS des Externes et des Internes de Strasbourg, et des artistes qui souhaitent rester anonymes, comme ce saxophoniste place de la Cathédrale, ce guitariste place Kléber…

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L’association qui veut poser un cadre pour les musiciens de rue peine à fédérer

L’association qui veut poser un cadre pour les musiciens de rue peine à fédérer

Depuis juin 2017, l’Amac, une association a vu le jour à Strasbourg pour tenter d’encadrer les pratiques des musiciens de rue. Mais elle a du mal à convaincre les artistes, peu démarchés et attachés à leur indépendance. Mais pour la présidente de l’Amac, Isabelle Mahoudeau, il faut continuer pour que les formes musicales progressent dans l’espace public à Strasbourg.

« L’Amac ? C’est quelqu’un qui veut fédérer les musiciens de rue. Le but c’est de limiter les abus d’amplification, mais moi, avec mon violoncelle, je n’en ai pas besoin. De toute manière, je préfère rester indépendant. » Brice Bauer, mèche brune qui tombe dans les yeux, jean et tee-shirt élimés, joue tous les jours une heure devant la cathédrale. Ce musicien de rue professionnel se méfie de l’association musique et art centre de Strasbourg, qui a vu le jour il y a un peu moins d’un an, en juin 2017.

La plupart des musiciens de rue, eux, n’en ont même jamais entendu parler. C’est le cas de Jean Nicolas, musicien de rue à Strasbourg depuis sept ans :

« L’Amac ? C’est le première fois que j’entends ce nom. Moi je vais souvent jouer en Allemagne, où le temps de jeu dans la rue n’est pas limité à 20 minutes. A Kehl, j’ai ma petite réputation et je ne me fais pas virer par la police. »

Jean Nicolas, ici rue des Hallebardes, ne joue que rarement à Strasbourg. Il n’avait jamais entendu parler de l’Amac. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Une réglementation sur la musique de rue confuse

En théorie, les musiciens ne sont pas autorisés à jouer dans la rue. Dans les faits, tous évoquent une présence autorisée à un même endroit de « 15 à 20 minutes ». Mais la règle est davantage implicite. Le site de l’Eurométropole de Strasbourg indique simplement « qu’une mesure acoustique est nécessaire pour objectiver les bruits provenant d’activités professionnelles, culturelles, sportives ou de loisirs ». Et puis c’est tout.

Pour Paul Meyer, adjoint au maire en charge du tourisme pour la Ville de Strasbourg, ce manque de clarté tient à un désintérêt des pouvoirs publics. Il laisse entendre son agacement : 

« Personne ne sait vraiment ce qu’il en est de cette règle des 20 minutes, un peu absurde, et franchement confuse. Dans les faits, beaucoup de gens auraient la compétence de clarifier sur la question, mais rien n’est fait. Cela créé des incompréhensions, voire des différences de traitement entre musiciens. »

« Je veux étendre le droit de jouer dans la rue »

C’est en partie pour répondre à ce flou artistique qu’Isabelle Mahoudeau a créé l’Amac. La violoncelliste et présidente de l’association, détaille les ambitions du projet :

« Ce que je veux, c’est étendre le droit de jouer dans la rue. Le fonctionnement actuel écarte du panorama certains instruments, qui nécessitent une amplification. Moi-même, je joue du violoncelle électrique et à Strasbourg je ne pouvais pas jouer, puisque c’est interdit. Et puis en 20 minutes, on commence seulement à se mettre dedans. Là l’idée, c’est d’installer en partenariat avec la Ville des endroits où les musiciens puissent jouer deux heures, dans de bonnes conditions. À Barcelone, où j’ai joué pendant plusieurs années, ce type d’association existe déjà. Cela permet une jolie activité touristique, les gens parviennent à trouver une cohabitation. Je me suis dit qu’il fallait faire la même chose à Strasbourg. »

Isabelle Mahoudeau, 48 ans, a fondé l’Amac en juin 2017. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

En partenariat avec la Ville

Elle a monté le projet en partenariat avec Paul Meyer, adjoint au maire en charge du tourisme. Pour lui, l’association est avant tout un moyen de valoriser les musiciens de rue :

« J’ai tout de suite été emballé par le projet. Les arts urbains méritent d’être défendus. Aujourd’hui, les gens confondent trop souvent les musiciens de la rue et la mendicité.  Il ne s’agit pas de répondre à une commande politique, mais de développer la liberté des musiciens de rue. Cela ne changera rien pour ceux qui sont déjà installés, mais pourrait permettre à Strasbourg de profiter de nouveaux talents. Ce sont ces petits émerveillements du quotidien qu’il faut défendre dans notre ville. »

Marc, co-responsable de la brasserie l’Italie et habitant de la rue des Hallebardes est excédé par la présence répétée des musiciens de rue. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Un dialogue complexe avec les riverains et les commerçants

Encore faut-il pour permettre « ces petits émerveillements du quotidien » établir le dialogue avec les commerçants et les riverains. Ces derniers se plaignent parfois de la présence de trop nombreux musiciens de rue sous leurs fenêtres à Strasbourg, particulièrement dans le centre-ville. Marc Dime, est co-responsable de la brasserie L’Italia, et habite juste au-dessus de l’établissement, situé rue des Hallebardes. Accoudé derrière son bar, il laisse échapper son exaspération :

« Les musiciens de rue sont censés ne pas rester plus de 20 minutes à un même endroit. Dans les faits, ils restent deux heures et se sont toujours les mêmes. Ils jouent toujours les mêmes morceaux et viennent faire la manche sur nos terrasses, cela fait fuir les clients. L’état du centre-ville empire. Quant à la police, ils ne viennent faire appliquer la règle des 20 minutes que si on les appelle. Moi, j’ai arrêté de le faire. »

Alain, 77 ans, un des clients de la brasserie, surprend les propos et renchérit, après avoir fini son café :

« Moi j’habite aussi rue des Hallebardes. Les forces de l’ordre, je les contacte trois ou quatre fois par an pour me plaindre des nuisances sonores. Mais la police est passive… »

Jean-Claude (à gauche) et Jean-Pierre sont bouquinistes. Ils disent tolérer sans problème la présence des musiciens de rue. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Fort heureusement pour la tranquillité des forces de police, tous les riverains ne partagent pas cet avis. Jean-Claude et Jean-Pierre, bouquinistes ou « marchands de rêve » selon leurs mots, s’installent dans le centre-ville trois à quatre fois par semaine. Ils côtoient régulièrement les musiciens de rue, comme le décrit Jean-Claude, 70 ans :

« Pour moi, on se complète plutôt. Quand il y a un amplificateur, c’est sûr que ça devient vite gênant, mais le dialogue est toujours possible. Ça fait partie de l’animation de la rue, alors on le tolère avec plaisir. Et puis, tous les musiciens ne sont pas à mettre dans le même sac… »

La police municipale, de passage, intervient pour demander au groupe Trans’versal de « maîtriser son volume sonore ».  Le groupe fait partie de l’Amac, mais joue aussi en-dehors du cadre de l’association. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Les amplificateurs, bête noire de la municipalité

Pierrette Gunther-Saës, directrice-adjointe prévention et sécurité de la Ville, décrit les cas dans lesquels les forces de l’ordre interviennent :

« Les musiciens de rue à Strasbourg, c’est un vaste problème. Il y a de nombreuses doléances des riverains, parfois une dizaine d’appels par jour. Les contrôles de la police sont quotidiens, il y a aussi un travail de prise de contact avec les musiciens. Ils sont très souvent invités à se déplacer pour éviter la gêne abusive, mais ils reviennent dès qu’on a le dos tourné. Et puis, on n’a pas la montre en main, pour voir s’ils restent vraiment 20 minutes, du moment qu’ils sont là dans le mesure du raisonnable. Le seul cas dans lequel on verbalise, c’est lorsque les musiciens jouent avec un amplificateur. Là, c’est une amende de 68€ pour nuisances sonores. Je comprends les habitants du quartier, entendre occasionnellement ces musiciens et les subir toute la journée, ce n’est pas la même chose. »

Paul Meyer se défend de toute tentative de faire disparaître un certain profil de musiciens de rue, notamment ceux venus d’Europe de l’Est :

« Ce n’est pas à moi de juger si leur présence est bonne ou pas. Il y a de la mendicité dans les rues de Strasbourg, c’est un fait et c’est autorisé. L’association n’a en rien pour but de les déloger. Après, il faut reconnaître que les contrôles se font un peu à la gueule du client, il y a une part d’arbitraire. Il y a par exemple cet altiste roumain qui joue avec beaucoup de sensibilité, mais qui se fait systématiquement virer par la police. »

Vers une musique de rue de qualité

Un des enjeux affiché de l’association reste de faire entendre une musique de qualité dans les rues de Strasbourg, comme le décrit Isabelle Mahoudeau :

« Je veux ouvrir un espace aux musiciens qui sont dans cet espace intermédiaire entre débutants et professionnels, mais qui ont des choses à dire. Il y a dans des amateurs de bon niveau et des talents à découvrir. »

Pour recruter les musiciens et s’assurer de la qualité de leur prestation, la violoncelliste a mis en place un système de casting, qu’elle détaille :

« Les musiciens doivent avoir un répertoire un peu large d’au moins une dizaine de morceaux. Ils envoient une vidéo avec quelques-unes de leurs prestations, ou je passe les voir jouer pour les sélectionner. La seule exigence, c’est d’avoir un niveau musical correct. Jusqu’ici je n’ai refusé personne. J’ai juste émis une réserve sur un lycéen qui fait du beat box, en le prévenant que ça risquait de lasser les gens. Pendant le marché de Noël, Daym a fait un duo avec l’artiste Sywar, qui doit faire une première partie au Zénith bientôt… »

Rue des Hallebardes à Strasbourg, les musiciens de rue ne sont pas toujours de sortie… (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Manque de volontaires

Problème, le nombre d’inscriptions à l’association est jusqu’ici plutôt décevant. Les musiciens peuvent s’inscrire à des « week-end musicaux », pour jouer le premier dimanche de chaque mois. Lors du premier week-end en mars il a plu, en avril seuls « huit des 26 musiciens faisant partie de l’association se sont inscrits pour jouer ».

Le manque de notoriété de l’association entraîne aussi de petits cafouillages : 17 « spots » ont été définis à travers la ville, place Saint-Etienne, rue des Frères, ou encore Grand’rue, dans le cadre des « week-end musicaux » mis en place en partenariat avec la Ville. Mais les places sont souvent déjà prises par les autres musiciens de rue, comme le décrit Isabelle Mahoudeau :

« Lors du premier week-end d’avril, un groupe de l’Amac s’était inscrit pour jouer devant le restaurant la Corde à linge. Mais lorsqu’ils sont arrivés, la place était déjà prise. Quand c’est comme ça, on essaye de ne se fâcher avec personne, il suffit de discuter et les choses se passent bien. Et puis il y a des endroits déjà sur-sollicités, comme la place de la Cathédrale. Là, pour que ça se passe bien avec les autres musiciens de rue, on a décidé de ne pas installer de spot. »

Difficile également d’étendre le dispositif à plus d’un week-end par mois. Pour Isabelle Mahoudeau, c’est au niveau de la Ville que ça coince :

« Il n’y a pour l’instant pas assez d’inscrits pour développer le dispositif et inciter la municipalité à proposer plus de dates. Il y a des rendez-vous exceptionnels, comme le Marché de Noël, ou les jours de braderie. L’association peut aussi mettre en contact les musiciens et un commerçant qui voudrait faire une petite animation. Je ne fais que transmettre la demande. Il y a aussi quelques groupes qui sont venus vers moi en pensant que la mairie mettait en place un système pour payer les musiciens de rue, et qui ont été déçus d’apprendre que ce n’était pas le cas. »

La musicienne est attachée à ne garder qu’un rôle d’intermédiaire entre les musiciens et les commerçants.

Isabelle Mahoudeau joue elle-même régulièrement dans la rue… (doc remis)

Faire venir de nouveaux musiciens de rue

La violoncelliste reconnaît qu’elle manque de temps pour animer l’association :

« C’est très prenant. J’ai une vie à côté, des enfants. Et puis à la base, je l’ai fait un peu pour moi, parce que je voulais pouvoir jouer dans la rue à Strasbourg… C’est un plaisir particulier : lorsque les gens s’arrêtent dans la rue, c’est par choix. S’ils s’arrêtent pour deux ou trois chansons, c’est déjà un super succès, il faut savoir les happer. Ça demande aussi un vrai courage aux musiciens d’aller dans la rue pour offrir ce qu’ils font. »

Un objectif qui n’est pas étranger au parcours de la violoncelliste, qui a « laissé tomber le conservatoire à 25 ans, frustrée par le côté trop encadré du classique », avant de se mettre au violoncelle électrique et au looper à 37 ans. Une manière pour elle de « renouer avec le plaisir de la musique ». Plus que les musiciens de rue déjà installés, c’est finalement un nouveau public que l’association vise, comme le revendique Isabelle Mahoudeau :

« S’il y a un musicien qui joue du métal qui veut venir, c’est super. J’aimerais aussi faire venir dans la rue les musiciens qui ont pour habitude de jouer dans des bars, ou les jeunes du conservatoire. Ils pourraient utiliser la rue comme une scène pour une répétition générale. Ce serait aussi une manière de sortir de l’entre-soi des conservatoires. C’est presque un travail de pédagogie. »

Bientôt à l’Opéra du Rhin : Rossini, Mozart, Tchaïkovski et l’Argentine…

Bientôt à l’Opéra du Rhin : Rossini, Mozart, Tchaïkovski et l’Argentine…

Pour sa saison à venir, l’Opéra national du Rhin entend poursuivre l’effort d’ouverture engagé avec l’arrivée de sa nouvelle directrice Eva Kleinitz, en célébrant la diversité, l’exigence et le partage. L’Argentine sera la destination du festival ArsMondo.

En 2018/2019, la nouvelle directrice Eva Kleinitz poursuit ses efforts pour ouvrir l’opéra national du Rhin (ONR) à de nouveaux publics, avec comme fil rouge l’engagement, qu’il soit artistique, sociétal ou de mémoire. Pour se faire, la programmation de la saison à venir s’attachera à évoquer la diversité, l’exigence et le partage. Trois directions qui étaient déjà visibles cette année si l’on se souvient de Francesca da Rimini, création exigeante qui fut grandement saluée, ou encore de la première édition du festival ArsMondo dont Eva Kleinitz évoque le succès avec enthousiasme.

Rossini pour démarrer

L’ouverture de la saison se veut festive sous les auspices de Rossini avec une des oeuvres les plus populaires de l’opéra: Il barbiere di Siviglia, pour laquelle la mise en scène, les décors et les costumes seront signés Pierre-Emmanuel Rousseau, pour la première fois à l’ONR.

Au programme également, à l’occasion du centenaire de la disparition du compositeur Claude Debussy, l’ONR accueillera en octobre une co-production avec l’Opéra Vlaanderen et les théâtres de la Ville de Luxembourg, du GöteborgsOperan et de Genève : Pelléas et Mélisandre. Co-production internationale qui réunira une équipe artistique non moins cosmopolite sous la direction de Franck Ollu.

En décembre, l’autorité du souverain sera tournée en dérision à travers la redécouverte d’une oeuvre d’Offenbach, Barkouf ou un chien au pouvoir. Un opéra-bouffe qui malgré les réactions virulentes de la censure avait connu un succès certain. Disparu pendant 150 ans, il sera remis au goût du jour par Jacques Lacombe, directeur musical de l’Orchestre symphonique de Mulhouse, et la metteuse en scène Mariame Clément.

L’univers baroque ouvrira l’année 2019 avec La divisione del monde de Giovanni Legrenzi, qui verra le retour du chef d’orchestre Christophe Rousset à la tête de son ensemble Les Talents lyriques.

Der Freischutz de Karl Maria von Weber, qui marque la naissance de l’opéra romantique allemand poursuivra la saison. Pour cette co-production, les metteurs en scène Jossi Wieler et Sergio Morabito, qui ont reçu une grande notoriété à l’étranger, seront pour la première fois en France.

La présentation de la nouvelle saison a eu lieu dans la salle Bastide de l’opéra, en compagnie de nombreux partenaires institutionnels (Photo Klara Beck).

Le Lac des Cygnes en janvier par Radhouane El Meddeb

Enfin, cette saison se clôturera avec le chef d’oeuvre de Wolfgang Amadeus Mozart, Don Giovanni. Si cette saison privilégie les regards féminins à travers la présence notamment de la metteuse en scène Jelske Mijnssen (La divisione del mondo) ou de l’artiste performeur Marina Abramović (Pelléas et Mélisandre), Marie-Eve Signeyrole offrira un regard de femme sur cette figure ô combien célèbre de la séduction.

La saison danse s’annonce également très riche avec six créations au programme dont le diptyque Spectres d’Europe qui réunira deux pièces de Bruno Bouché (création) et Kurt Jooss (reprise). Kurt Jooss est l’un des inspirateurs de Pina Bausch mais aussi un des pères de l’expressionnisme allemand, à la veille de l’arrivée au pouvoir d’Hitler, son oeuvre nous parle de la guerre. Bruno Bouché propose une rencontre entre la petite et la grande Histoire à travers une réflexion politique européenne sur les points de résistance.

A ne pas manquer en janvier 2019, la grosse production de la saison: Le lac des cygnes de Tchaïkovski, pièce majeure de la danse académique. Elle sera interprétée par la compagnie de SOI avec à sa tête le chorégraphe d’origine tunisienne Radhouane El Meddeb.

L’Amérique du sud pour ArsMondo

Déjà emblématique de l’ONR, le festival ArsMondo 2019 sera consacré à l’Argentine. Il mettra à l’honneur les deux compositeurs argentins Astor Piazzolla et Alberto Ginastera auteurs de Maria de Buenos Aires, opéra-tango, et de Beatrix Cenci, opéra en deux actes. Remarquons la présence de Matias Tripodi pour ce premier temps fort du festival, qui chorégraphie un tango d’aujourd’hui qui dépasse les clichés.

L’opéra Beatrix Cenci, a pour coeur une figure romaine qui n’eut cesse d’inspirer de nombreux artistes de Stendhal à Shelley jusque Artaud. Il sera mis en scène par Mariano Pensotti, qui était présent à Strasbourg à l’occasion du festival des Giboulées dernier pour présenter son spectacle Arde Brillante en los bosques de la noche mêlant marionnettes et vidéo. Comme pour sa première édition, la seconde du festival ArsMondo promet encore de nombreux partenariats, mais il faudra attendre janvier 2019 pour connaître l’intégralité de sa programmation.

Ouvrir les portes de l’opéra aux jeunes

Cette programmation s’accompagne d’un défi pour les années à venir: ouvrir l’opéra à un public plus large et pour commencer au jeune public. Celui-ci, « public de demain », a représenté en 2017/2018 un tiers du public. Eva Kleinitz explique :

« Pour nous, le contact du jeune public avec l’opéra peut être décisif dans une vie. »

Cette volonté se manifeste par deux opéras : Le Garçon et le poisson magique de Leonard Evers d’après les Frères Grimm mis en scène par Sandra Pocceschi et Giacomo Strada et La Princesse arabe, opéra en deux actes inspiré d’un conte arabe et mis en musique d’après les oeuvres du compositeur espagnol Juan Crisóstomo de Arriaga.

La formule Avec mon cous(s)in à l’opéra sera également poursuivie cette année et fait partie des actions pédagogiques développée par l’opéra à destination des plus jeunes.

Cette volonté d’ouvrir l’opéra à « une communauté d’art et d’esprit plus large et plus diversifiée » d’après la formule de la directrice passe également par les scènes ouvertes, dont la première pour 2018/2019 aura lieu le 16 septembre.

La limitation de vitesse à 80 km/h a aussi ses avantages…

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500 kilos de déchets par kilomètre retrouvés par an… Les abords de l’A35 autour de Strasbourg sont pas reluisants. Alors que le gouvernement veut abaisser la vitesse maximale sur les routes secondaires, pourquoi ne pas étendre cette mesure aux voies séparées ?

« La fête du repos » au quartier gare, des rencontres militantes pour le 1er mai

« La fête du repos » au quartier gare, des rencontres militantes pour le 1er mai

Mardi 1er mai, aura lieu la deuxième édition de « La fête du repos » au quartier gare à Strasbourg. Une série de débats et de concerts se tiendront au niveau des arrêts de tram Faubourg de Saverne et Faubourg National, avec comme thème la vie locale et la différence, dans le contexte du cinquantième anniversaire de mai 68.

Pour la deuxième année, « La fête du repos » se tiendra mardi 1er mai dans le quartier de la gare à Strasbourg. Cet événement se veut « militant et critique » d’après son principal organisateur, Frédérique Muller, de l’association du Vraibourg. Le principe consiste à squatter l’espace de deux arrêts de tram, laissés vacants en cette journée sans transports en commun, à partir de midi, pour ne pas empiéter sur la manifestation qui aura lieu le matin même.

Rue du Faubourg-de-Saverne, des débats à propos des circuits courts et de la vie locale sont programmés. Les médias constituent l’autre thème de la journée avec un soutien à l’antenne strasbourgeoise de la radio FIP et une discussion sur les médias locaux et indépendants, à laquelle Rue89 Strasbourg sera heureux de participer.

Ces thèmes sont particulièrement importants d’après Frédérique Muller :

« Les médias ont quasiment tous des millionnaires comme propriétaires, qui ont par ailleurs de grandes entreprises vivant de la commande publique. L’information ne peut pas être objective parce que c’est justement envers ces propriétaires qu’il faudrait avoir un point de vu critique. Le création d’une information locale et indépendante est primordiale pour la démocratie. »

Dans le même temps, rue du Faubourg-National se tiendront des discussions sur le thème de la différence, intitulées « La libération sexuelle : qu’en reste t’il » et « L’insertion des réfugiés par le travail. »

Rue du Faubourg-de-Saverne, les commerçants prônent la vie locale à travers l’association Vraibourg. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)

De la musique du monde

Une restauration et une buvette sont assurées en continu jusqu’à 21h avec, entre les débats, des concerts de musiques du monde. Ce sont des artistes strasbourgeois, voire des artistes du quartier, qui sont programmés avec de la musique kabyle, latine, ou encore la fanfare des internes en médecine.

L’année dernière, la première édition de la Fête du repos avait attiré environ 800 personnes sur la journée, malgré la pluie et le froid. « C’était une vraie réussite » d’après Frédérique Muller. Cette année, l’événement double d’envergure, avec deux lieux et plus d’animations. Les organisateurs expliquent qu’avec « le cinquantième anniversaire de mai 68, faire un événement important pour le 1er mai était une obligation. »

L’association le Vraibourg, à l’origine de l’événement, est un réseau de commerçants et de riverains du Faubourg de Saverne, de la rue de Pâques et de la rue Kuhn, qui prônent la vie locale et les actions alternatives aux modes de consommation conventionnels. Coopalim, un supermarchés coopératif, et Alternatiba, une association porteuse de projets écologiques, sont notamment partenaires de la fête. La ville de Strasbourg a accordé une subvention de 5000 euros et soutient également l’événement.

#Fête du repos#rue du Faubourg-de-Saverne

Vinci trouve les 359 millions d’euros nécessaires pour construire le GCO

Vinci trouve les 359 millions d’euros nécessaires pour construire le GCO

Dans un communiqué publié vendredi, Arcos, la filiale à 100% du groupe Vinci concessionnaire du Grand contournement ouest (GCO), annonce avoir bouclé le financement nécessaire à la construction de cette autoroute de 24 kilomètres.

Arcos annonce avoir souscrit « des crédits amortissables sur 27 ans, de type « soft mini perm », pour un montant total de 359 millions d’euros, se répartissant de la manière suivante :

    186 millions d’euros auprès d’un pool bancaire composé de Banca IMI S.p.A, CaixaBank, KBC, CSOB, Caisse Régionale de Crédit Agricole Alsace Vosges et AUXIFIP. 173 millions d’euros auprès de la Banque Européenne d’Investissement (BEI) qui apporte, via le Fonds Européen pour les Investissements Stratégiques, une dette crédit senior et un instrument novateur de rehaussement de crédit de la dette de premier rang.

Concernant la seconde partie du financement, le communiqué précise qu’il s’inscrit « dans le cadre du Plan d’investissement pour l’Europe, ou « Plan Juncker. » L’A355 est le premier projet autoroutier à bénéficier de cette facilité. » Ce fonds étant doté de capitaux publics et privés, le financement du GCO fera donc bien appel en partie à des fonds publics.

Arcos est titulaire d’un contrat de concession conclu avec l’Etat le 29 janvier 2016. D’une durée de 54 ans, ce contrat porte sur la conception, le financement, la construction, l’exploitation, l’entretien et la maintenance du GCO, dont le nom officiel est « autoroute A355 de contournement de Strasbourg par l’ouest. »