Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Géothermie : Fonroche se retire du port aux pétroles

Géothermie : Fonroche se retire du port aux pétroles
Une centrale de géothermie (-)
Une centrale de géothermie (-)

La société Fonroche a renoncé à son projet d’exploiter un site de géothermie profonde sur le périmètre du port aux pétroles. Un repli qui n’étonne guère, étant donné la très forte opposition qui s’était exprimée contre cette implantation, de la part des habitants mais aussi des élus locaux, qui tous s’étaient prononcés contre ce forage en pleine zone de protection contre les risques technologiques (PPRT).

Le coup de grâce est intervenu en juillet, lorsque l’avis de l’enquête publique s’est révélé défavorable. Pour le commissaire enquêteur, un forage sur la zone du port au pétroles faisait courir aux sources d’eaux chaudes souterraines des risques de pollution. En théorie, la préfecture pouvait toujours autoriser le forage, mais les recours s’en seraient trouvés confortés.

Trop d’oppositions locales

 

Directeur de Fonroche géothermie, Jean-Philippe Soulé ne souhaite pas aller au combat :

« Nous réfutons totalement les conclusions de l’enquête publique. La technologie que nous employons ne faisait courir aucun risque supplémentaire aux sources d’eaux, grâce à l’établissement de six barrières imperméables. Par ailleurs, le sol sur cette zone est argileux, donc élastique, et ne peut se fissurer en cas d’explosion à la surface. Mais on a besoin de sérénité pour investir 60 millions d’euros, et on constate que le port aux pétroles n’est toujours pas accepté dans sa finalité même par l’environnement local. Donc on préfère se concentrer sur nos autres projets. »

Fonroche est impliqué encore dans deux projets de géothermie profonde dans le Bas-Rhin. Un premier à Eckbolsheim, où là aussi l’avis d’enquête publique est dévavorable et le second à Vendenheim, où l’enquête publique débute à la rentrée. Pour Jean-Philippe Soulé, rien ne presse :

« Nous sommes des industriels, on se projette sur 50 ans. La technologie de la géothermie profonde est mature et la géologie de l’Alsace en fait une région de choix pour l’exploitation de cette énergie. »

 

 

Deux autres projets de géothermie sont en cours, portés par Électricité de Strasbourg : un à Mittelhausbergen et un autre à Illkirch-Graffenstaden.

#Jean-Philippe Soulé

Avec le Strasbourg Pass, trois jours de tourisme au pas de course

Avec le Strasbourg Pass, trois jours de tourisme au pas de course
Le Strasbourg Pass est valable 3 jours consécutifs. Crédit CG/Rue89 Strasbourg
Le Strasbourg Pass est valable 3 jours consécutifs. Crédit CG/Rue89 Strasbourg

Comment Strasbourg se présente aux touristes – 4. Pour faire le tour des attractions incontournables de la ville, l’office de tourisme propose le « Strasbourg Pass », un concentré d’activités à faire en trois jours top chrono. On a tenté.

Au cœur de l’été, j’enfile mes lunettes de touriste et décide de tester le « Strasbourg Pass ». À raison de 18,90 euros pour un adulte, 12,45 euros pour les ados et 9,45 euros pour les enfants de moins de 12 ans, ce chéquier permet de visiter un musée, d’accéder à la plate-forme de la cathédrale, de découvrir l’horloge astronomique, de se promener en bateau sur l’Ill, et de profiter d’un vélo pendant une demi-journée. Pour les plus efficaces, des réductions sur d’autres activités peuvent compléter ce pack de base.

Petits calculs : c’est rentable

Je prends d’abord la calculette. 6,50 euros l’entrée au musée, 5 euros l’accès à la plate-forme de la cathédrale, 2 euros la présentation de l’horloge astronomique, 12,50 euros la promenade en Batorama, 5 euros la location d’un vélo : si j’arrive à tout faire, le Pass me ferait économiser 12,10 euros. Pour les étudiants, l’offre reste avantageuse : malgré les réductions appliquées (plate-forme de la cathédrale, musées), le Pass permet encore une économie de 6,60 euros. À noter que les musées et l’accès à la plate-forme de la cathédrale sont déjà gratuits le premier dimanche du mois. Le premier week-end du mois, le Pass ne garantit donc plus qu’une économie de 60 cents pour un adulte.

Trois jours, pas plus

Je commence mes trois jours un lundi après-midi. J’aurai donc jusqu’au jeudi midi pour utiliser mon chéquier, qui n’est pas nominatif. À la caisse de l’office de tourisme, l’hôtesse qui me le vend note bien dessus l’heure et la date de démarrage de mon Pass. Elle prévient : impossible de déborder des trois jours, soit 72 heures. Le dispositif n’est pensé ni pour les flâneurs, ni pour les Strasbourgeois. Il s’adresse avant tout aux personnes de passage pour un très court séjour.

Est-il possible de rentabiliser le Pass en si peu de temps ? A voir… Economies, économies, soit… Mais sur le fond, ce kit du parfait touriste offre-t-il des visites intéressantes ?

Photos souvenirs sur la plate-forme de la cathédrale

Top départ de mon excursion à la cathédrale. Après m’être promenée dans le monument et avoir laissé traîner mon oreille auprès de quelques groupes de touristes attroupés autour d’un guide prolixe en anecdotes, je me rends place du Château. En ce lundi après-midi, le ciel est dégagé mais la chaleur n’est pas écrasante.

Le moment est propice pour découvrir la plate-forme de la cathédrale et le point de vue unique qu’elle offre sur la ville. J’ai la chance de ne pas attendre pour recevoir mon ticket que j’échange contre le coupon dédié de mon fameux chéquier. Cœurs fragiles s’abstenir, le paysage se mérite. Les dix minutes que je passe à gravir les 332 marches me paraissent interminables. Mais au bout de l’escalier, la récompense est de taille : du Parlement européen aux cités nord, j’embrasse toute l’étendue de Strasbourg. Plus près, les toits du vieux Strasbourg m’offrent tous leurs charmes. Selfies ou images panoramiques, c’est parti pour les photos souvenirs.

Les petites lignes du Pass

Je veux enchaîner avec un tour de bateau, l’attraction phare des estivants. Le passage obligé pour rentabiliser le Pass. Direction quai des Rohan. Pas de chance, mon Pass ne me dispense pas de faire la queue. De toute façon, impossible d’embarquer entre 14h et 16h : l’horaire est exclu de l’offre du Pass, une limitation que je ne découvre que tardivement.

Je patiente quand même trente minutes pour réserver une promenade, plus tard dans l’après-midi. Je choisis celle de 18h45, qui par chance va se faire en bateau découvert. Il est 15h30 passées et il me reste donc trois heures à occuper avant de voguer.

Le temps de me faire un musée ? Pas de chance, comme le musée de l’œuvre Notre-Dame et le musée d’Art Moderne, le musée historique est justement fermé le lundi. C’est l’histoire de la ville qui m’intéressait parmi l’offre de huit musées gratuits proposés par le Pass. Je reporte donc ma visite au lendemain. J’ai intérêt à être sûre de mon choix : les musées du Palais Rohan, le musée des Beaux-Arts, le musée archéologique, le musée alsacien et le musée zoologique sont quant à eux fermés le mardi.

Batorama : naviguer entre les files d’attente

En attendant, je file m’offrir une glace rue Mercière. Une fois de plus, je prends mon tour dans la queue… À Strasbourg en été, tout se mérite. Mon après-midi se poursuit dans la Petite France. Je pousse jusqu’au panorama du pont Vauban mais finis ma balade au pas de course. Pour être bien placée sur le bateau, je me presse déjà à l’embarcadère du quai des Rohan.

Batorama, 800 000 passagers par an, combien de coups de soleil ? (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Batorama, 800 000 passagers par an, combien de coups de soleil ? (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Nouvelle file d’attente avant de lâcher les amarres. Je fais la connaissance de Véronique et Nathalie, joyeuses touristes arrivées des Vosges le matin même pour deux jours. Les mères de familles ont aussi pris des Pass pour elles et leurs ados. Elles n’avaient pas compris que ceux-ci ne valaient pas directement billet pour le bateau. Après dix minutes de queue pour embarquer, elles sont bonnes pour reprendre leur tour au guichet voisin.

Les deux femmes ont bien compris qu’elles ne pourront pas profiter de toute l’offre du Pass. « Si on fait quatre activités sur cinq, ce sera déjà pas mal », estime Nathalie. Pour ses grands enfants, des temps de shopping sont aussi à ménager pendant le séjour.

Après 20 minutes de queue, je m’assieds enfin parmi la foule, enfile un casque pour la visite fluviale et me laisse guider au file de l’eau par les anecdotes strasbourgeoises. Une heure et quart de balade au rythme des annonces vocales.

De retour à terre, le flot des touristes ne s’est pas tari à l’embarcadère. Les départs doivent se poursuivre jusqu’à 22h15.

L’horloge astronomique dans la discipline

Le lendemain midi, retour à la cathédrale pour découvrir l’horloge astronomique. Une fois par jour, tous ses automates s’activent autour des douze coups de midi. Chaque année, 3 millions de visiteurs admirent le spectacle.

Tous les automates de l'horlopge astronomique s'actionnent chaque jour à 12h30. Crédit : Didier B / Wikimedia Commons / cc
Tous les automates de l’horlopge astronomique s’actionnent chaque jour à 12h30. (Photo Didier B / Wikimedia Commons / cc)

L’entrée se fait par le portail sud, place du Château. Le Pass sert de coupe file. Vue l’affluence, ce n’est pas du luxe. J’arrive quand même à 11h45 comme me l’a conseillé l’office du tourisme. Le programme s’annonce riche. D’abord à midi, un film explicatif d’une demi-heure doit retracer les grands axes pour comprendre le chef d’œuvre.

À 12h30, le jeu des automates sera commenté par un conférencier. À l’intérieur, les abords de l’horloge sont déjà bondés. Je me faufile jusqu’au mur sud, pour voir à la fois l’écran et l’horloge. Une annonce vocale rappelle régulièrement au silence.

Quand le film démarre enfin, c’est un peu la déception. Peu de détails sur le mécanisme prodigieux de l’horloge, le commentaire est surtout contemplatif. Il alterne en français, en anglais et en allemand. Alors faute d’être polyglotte, chacun devine qu’il rate des informations. Quand les automates s’activent, le conférencier se contente d’attirer notre attention sur les éléments qui s’enchaînent.

À peine le spectacle terminé, il nous intime le silence d’un ton très scolaire : par respect pour la religiosité des lieux et surtout pour pouvoir nous inviter à nous rendre au magasin de souvenirs. J’ai la vague impression qu’on attend surtout de moi de la docilité.

Le musée historique à cheval sur les horaires

Dans l’après-midi, je retrouve une amie pour aller visiter le musée historique. C’est les vacances et nous ne nous pressons pas. Le temps de prendre un café en terrasse et de chiner parmi les stands des brocanteurs près de l’Ancienne Douane, il est déjà 16h30 quand nous nous présentons à l’entrée du musée.

Surprise, j’arrive à faire profiter à mon amie de mon coupon de réduction pour un deuxième musée. Mon pass lui fait gagner 3 euros sur son entrée. À l’intérieur, nous nous captivons pour les témoignages de la vie à Strasbourg au Moyen-Age, puis pour l’époque de la Réforme et ses codes vestimentaires. Nous nous essayons aux jeux interactifs.

Après 20 années de fermeture le plan relief de Strasbourg 1727 est exposé au Musée historique rouvert en 2007. Crédit : Rama / Wikimedia Commons / cc.
Après 20 années de fermeture le plan relief de Strasbourg 1727 est exposé au Musée historique rouvert en 2007. (Photo Rama / Wikimedia Commons / cc)

Mais l’heure de la fermeture approche. Nous avons mal estimé le temps qu’une telle visite demande. À peine le temps de découvrir le fameux plan-relief de Strasbourg daté de 1727, que l’équipe du musée nous pousse vers la sortie, de manière expéditive. Pas question pour elle de faire du rab’. Nous quittons les lieux frustrées de n’avoir abordé ni le chapitre de la Révolution ni celui de l’annexion allemande. À 17h55, nous sommes déjà dehors, tandis que quelques visiteurs sont encore tolérés à la boutique de souvenirs.

Programme hyper-cadré

En une journée et demi, j’ai déjà réussi, bon an mal an, à faire quatre activités du Pass. Tout au long de mes visites, personne n’a vérifié les détails de mon chéquier, et je me dis que j’aurais peut-être pu le faire durer au-delà des trois jours. Quoi qu’il en soit, le Pass a tenu ses promesses. Cependant, le côté hyper-cadré des activités n’a pas flatté mon goût pour l’autonomie. Il m’a plutôt rappelé l’ambiance des voyages organisés, voire des voyages scolaires.

Le Vélhop a été lancé en septembre 2010 à Strasbourg (Photo Matthieu Mondoloni)
Le Vélhop a été lancé en septembre 2010 à Strasbourg (Photo Matthieu Mondoloni)

Une journée de liberté en Vélhop

Il me reste encore le temps de profiter d’un vélo. Le mercredi matin, à la station de location des Vélhop de la rue de la Grande-Armée, j’ai une bonne surprise. Si l’office du tourisme communique sur une gratuité à la demi-journée, Vélhop ne raisonne qu’à la journée complète. Mon Pass me permet donc d’emprunter une bicyclette jusqu’à 18h. Pour ce faire, je présente mon chéquier certes mais dois aussi m’acquitter d’une caution de 150 euros. Après mes visites en bonne petite touriste, cette bouffée d’oxygène est plus que bienvenue ! À moi les quais, les parcs et le quartier des institutions européennes. Pique-nique en poche, j’ai enfin du temps pour m’abandonner à la flânerie des vacances.

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Sur Rue89 Strasbourg : tous les articles de notre série d’été « Comment se présente Strasbourg aux touristes« 

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Du 22 au 29 août, les avant-premières très françaises mais pas chères de Ciné-Cool

Du 22 au 29 août, les avant-premières très françaises mais pas chères de Ciné-Cool
Le film "Le Tout Nouveau Testament" est particulièrement attendu pour ce festival Ciné-Cool. (Photo capture d'écran)
Le film « Le Tout Nouveau Testament » est particulièrement attendu pour ce festival Ciné-Cool. (Photo capture d’écran)

Comme chaque année depuis 18 ans, les cinémas de l’Est tentent de sortir de la torpeur de l’été grâce au festival Ciné-Cool, qui propose l’accès aux salles à 4,50€ du 22 au 29 août, quel que soit l’horaire. En outre, plusieurs rencontres avec des équipes de films sont prévues.

Des places toutes à 4,50€ contre le double habituellement, une trentaine de films en avant-premières, des rencontres avec les équipes… Le festival Ciné-Cool ne change rien à sa formule pour sa 18e édition prévue du samedi 22 août au samedi 29 août dans 24 cinémas d’Alsace dont les cinq de Strasbourg.

Objectif : augmenter la fréquentation

Initié par les Syndicats des directeurs de cinémas de l’Est, Ciné-Cool a fait ses débuts à Strasbourg avant de s’étendre au Bas-Rhin, puis à toute l’Alsace ainsi que la Lorraine. Le but, selon Jean-Marc Carpels, président de ce syndicat, est avant tout de relancer l’économie des salles après la période estivale plutôt calme :

« Pendant les mois de juillet et août, on observe une baisse de la fréquentation des établissements. Même si ce n’est plus tout à fait vrai aujourd’hui grâce à des sorties de blockbusters, à l’époque il y avait surtout des petites sorties. Avec Ciné-Cool, on peut relancer l’activité avant la rentrée. On s’oriente aussi vers la découverte à travers l’opération avec des salles qui ont leur propre ligne éditoriale. »

En 2014, près de 300 000 entrées, pour une quarantaine de films en avant-première, ont été vendues dans les cinémas participants d’Alsace et de Lorraine, soit une augmentation allant de 33 à 50% pour certaines salles par rapport à une semaine normale. En bradant la place à 4,50€, qui était à 4€ en 2013, les cinémas espèrent récupérer leurs recettes grâce aux friandises et aux boissons, vendues elles au même prix.

Un seul film américain : Hitman

Jean-Marc Carpels précise que sur « la trentaine de films qui passeront en avant-première, la moitié seront sans doute recommandés art et essai ». Un domaine qui perd de plus en plus d’adeptes selon le président du syndicat.

Pendant ce festival, le cinéma français sera « largement représenté » avec à l’affiche La Volante, La Dernière leçon, ou encore Le Tout Nouveau Testament qui est « très attendu ». Dans la même idée, les films étrangers seront également promus comme Youth, Lamb ou Much Loved, un film marocain censuré dans son pays d’origine.

Un seul film américain, Hitman, sera présenté en avant-première pendant le festival. Inspiré d’un jeu vidéo, le film semble néanmoins nettement plus violent que son univers d’origine, qui privilégiait des assassinats tout en finesse (voir la bande annonce plus haut). Jean-Marc Carpels ne s’étonne pas de cette sous-représentation des films d’Hollywood :

« Cette année, les États-Unis ne laissent plus vraiment voir leurs films en avant première pour des raisons de sécurité et de piratage. Les films sont aussi bloqués par le festival du cinéma américain de Deauville qui débute à la rentrée. »

Des équipes à la rencontre des spectateurs

L’opération Ciné-Cool, c’est aussi l’occasion de rencontrer les équipes des films, présentes lors de plusieurs avant-premières à Strasbourg.

Ainsi, le réalisateur Philippe Faucon sera au cinéma Star Saint-Exupéry dimanche 23 août pour rencontrer les spectateurs de son film Fatima, qui relate la vie d’une jeune femme d’une famille immigrée dans la France d’aujourd’hui. Un film très beau, et tout en finesse, pour lequel Rue89 Strasbourg vous a proposé de gagner des places.

Autre film à noter, le dernier de Philippe Claudel, qui avait réalisé le plaisant Tous les soleils à Strasbourg. Il revient cette année avec Une enfance, tourné dans la banlieue de Nancy. Changement d’ambiance garanti avec cette fresque sur fond de misère sociale, où un enfant tente de grandir en zigzaguant entre l’ennui, l’alcool, la misère. Philippe Claudel sera présent le jeudi 27 août au Star Saint-Exupéry.

D’autres équipes de films feront leur apparition au Star Saint-Exupéry dont celle de Red Rose mercredi 26 août et Les rois du monde vendredi 28 août.

L’UGC Ciné Cité accueillera également plusieurs équipes de films, dont celle de La vie très privée de Monsieur Sim avec le réalisateur Michel Leclerc samedi 22 août. Notons également la présence mardi 25 août du réalisateur de La Volante, Christophe Ali et de la comédienne Nathalie Baye. L’équipe de La Dernière leçon, composée de la comédienne Marthe Villalonga et de la réalisatrice Pascale Pouzadoux, sera également présente à l’UGC dimanche 23 et lundi 24 août.

Aller plus loin

Sur Cine-Cool.com : la sélection des films présentés à Strasbourg

Marche blanche jeudi en hommage à la jeune cycliste victime d’un accident

Marche blanche jeudi en hommage à la jeune cycliste victime d’un accident
L'encombrement des pistes cyclables par les camionnettes est un sujet récurrent de tension (Photo Jean-Luc Bastian)
L’encombrement des pistes cyclables par les camionnettes est un sujet récurrent de tension (Photo Jean-Luc Bastian)

Mardi matin, une jeune femme de 25 ans circulant à vélo avenue de Colmar à Strasbourg a été victime d’un accident avec un camion, elle n’a pas survécu à ses blessures. Selon les premiers éléments de l’enquête, une camionnette était garée sur la piste cyclable, ce qui a contraint la cycliste à se déporter au moment où le camion de 26 tonnes avançait. Dix mois plus tôt, une lycéenne de 17 ans avait également trouvé la mort toujours sur l’avenue de Colmar.

Une marche blanche en hommage à la victime est organisée jeudi à 18h30, pour dénoncer la dangerosité de ces pistes cyclables mal protégées. Elle est initiée par le collectif Strasbourg Respire, qui propose de marcher sur la piste cyclable de l’avenue de Colmar, à côté des vélos. Cette marche n’était pas encore déclarée en préfecture à l’heure d’écrire ces lignes.

La marche se veut apolitique. L’action a néanmoins été relayée par Europe Écologie Les Verts (EELV), qui appelle à y participer et demande dans un communiqué que des mesures supplémentaires soient prises en faveur de la sécurité des cyclistes, et « notamment avec un prolongement de la piste cyclable en site propre à partir du Lycée Couffignal jusqu’à Illkirch, afin de séparer les flux physiquement ».

Le Comité action deux-roues (Cadr 67) s’est également associé à l’événement.

Y aller

Marche blanche en hommage à la jeune cycliste victime d’un accident, jeudi 20 août à 18h30, rendez-vous route de l’Hôpital au croisement avec les rues Kaltau et Thumenau.

Comment des chanteurs font revivre des voix vieilles de 800 ans ?

Comment des chanteurs font revivre des voix vieilles de 800 ans ?
L'ensemble vocal féminin Discantus, qui se produira au festival, s'est imposé sur le plan international dans son répertoire.
L’ensemble vocal féminin Discantus, qui se produira au festival, s’est imposé sur le plan international dans son répertoire. (document remis)

Pour sa 23ème édition, le festival Voix et Route romane revient à partir du 28 août avec neuf concerts de musique ancienne, qui feront vibrer le cœur des principales églises de la route romane d’Alsace. Ces représentations sont le résultat de mois de recherches sur des manuscrits anciens et de tâtonnements pour réussir à recréer des chants entonnés il y a plusieurs siècles. Rencontre avec Caroline Magalhaes, interprète dans l’ensemble Discantus.

Rue89 Strasbourg : La chanson ancienne reste un répertoire méconnu. Née au Brésil, loin de l’histoire moyenâgeuse européenne, comment êtes-vous entrée dans cette petite communauté de passionnés ?

Caroline Magalhaes : « Au Brésil, les enfants aussi apprennent l’histoire européenne, tout comme celle des Grecs et des Égyptiens, comme le font les écoliers français. À cet âge-là, j’ai commencé à jouer de la flûte à bec : c’est justement un instrument qui a connu un renouveau dans les années 20-30 grâce à la musique ancienne. De fil en aiguille, je suis tombée dans les circuits spécialisés de musique baroque, renaissance, médiévale, et je suis partie en France pour approfondir ce répertoire. »

Ce répertoire ne paraît pas trop ancien, poussiéreux, pour un chanteur ?

« Au contraire, ce qui m’a convaincu, c’est le côté novateur. Au cours de mes études de musicologie, j’ai eu comme professeur une personne très connue dans le milieu : Marie-Noëlle Colette. Elle nous passait des exemples d’enregistrements surprenants. Par exemple, le chant grégorien est connu pour être très posé, lent, avec toutes les notes égales les unes aux autres. Mais en réalité, en faisant un travail sur des manuscrits du Xe et XIe siècle, on découvre un chant plus orné, plus rapide. Cela m’a intriguée. Alors je me suis inscrite au centre médiéval de Paris, puis j’ai été prise au conservatoire supérieur de Lyon, un des rares à proposer une formation professionnelle spécialisée. Sinon, la référence dans le petit monde de la musique médiévale reste le conservatoire de Bâle. »

La musique médiévale, c’est quoi exactement ?

« L’histoire du Moyen-âge va de la fin de l’empire romain jusqu’à la chute de Constantinople, c’est-à-dire du Ve siècle au XVe, à la Renaissance, c’est énorme. Mais concernant la musique, ce n’est pas exactement la même époque : durant des siècles, le répertoire musical était transmis par oral. Les premiers manuscrits assez précis datent du IXe siècle, avec le chant grégorien. »

Exemple de chant grégorien

L’objectif est donc de retranscrire le plus fidèlement possible la musique de cette époque ?

« C’est une bonne question ! On devient un peu des chercheurs, on est d’ailleurs obligés de suivre le travail des spécialistes et d’échanger avec eux pour en apprendre toujours plus sur cette musique, mieux interpréter les documents. Mais la vérité absolue existe-elle ? Je fais partie de ceux qui n’y croient pas trop. Même si on fait très attention aux détails.

Ce qui m’attire en revanche, c’est de partir à la rencontre d’un monde différent par cette recherche. Un rythme et des manières de faire complètement différents, qui traduisent une mentalité très éloignée de la nôtre. Une certitude : la physiologie du corps a peu changé. Donc mon corps, qui a certaines limites (par exemple je ne peux pas faire plus d’une phrase sans respirer) et capacités, me donne aussi des indications sur comment interpréter les documents. »

Comment trouvez-vous des documents anciens ?

« Quand j’étais jeune, il fallait aller à la Bibliothèque nationale à Paris, avoir une carte d’abonné et une autorisation pour accéder à un manuscrit que l’on avait le droit de feuilleter sur place. Aujourd’hui beaucoup de choses sont en ligne, par exemple sur le site Gallica. Mais ça ne ressemble en rien à une partition d’aujourd’hui. La première notation connue était la notation neumatique : les neumes sont de petits signes en forme de traits, de coches, qui indiquent si la note doit être chantée lentement ou rapidement. Mais il n’y a ni portée ni clef, et pas d’indication sur la hauteur des notes.

À Discantus, c’est notre chef, Brigitte Lesne, qui se colle un gros travail de recherche avec les musicologues pour retranscrire les manuscrits en notation moderne. »

Exemple de notation en neumes (Image : Wikipédia)
Exemple de notation en neumes (Image : Wikipédia)

Qui chantait à l’époque ?

« Les plus anciens manuscrits retrouvés correspondent à des chants liturgiques, chantés par des moines, en latin. Mais la plupart des moines ne lisaient pas, les manuscrits étaient rares, chers à fabriquer, et seulement là pour assurer la préservation. Notre ensemble de femmes, Discantus, n’auraient pas pu chanter à l’époque, comme les femmes n’avaient pas accès au chant lors des messes.

Exemple d’Alba, chanson des troubadours.

On sait que les gens du peuple chantaient et jouaient également, pour danser. Mais nous n’avons pas de traces de cela. Ce que l’on a, ce sont des manuscrits plus tardifs (XIe-XIIe siècle) qui rapportent l’art des troubadours et des trouvères, qui écrivaient de la poésie chantée. Ce n’étaient pas des artistes de foires, populaires, comme les ménestrels. Leur art est très raffiné, poétique. Les trouvères chantaient en langue d’oïl, l’ancien français qui s’est développé au nord du pays, et les troubadours en langue d’oc, l’ancien occitan. »

Que racontent les chants médiévaux ?

« Le répertoire liturgique est basé sur les textes sacrés chrétiens. Donc les psaumes, mis en musiques, des passages de l’évangile ou de la bible. On trouve aussi des chants composés à leur époque, en rapport avec les célébrations, comme une fête de saint.

Les poésies des trouvères et des troubadours parlent de l’amour courtois. Avec une typologie assez nette, comme les “alba” : ce sont les chansons de l’aube, qui racontent comment l’amant et la femme se retrouvent à la faveur de la nuit et sont prévenus à l’aube par un ami qu’ils vont être surpris. »

Que chante votre ensemble Discantus au festival Voix et Route Romane cette année ?

« Des chants polyphoniques à partir des manuscrits du second Tropaire de Winchester. C’est un corpus du XIe siècle qui évoque le jour de Pâques 1403 lorsque le roi Édouard le Confesseur a été couronné à la cathédrale de Winchester, en Angleterre. »

Extrait du Tropaire de Winchester

 

Y aller

Festival Voix et Route Romane, sur trois week-ends du 28 août au 13 septembre dans différentes églises d’Alsace (site web).
9 concerts programmés, dont :
VocaMe

Discantus

Céladon

Marthe Vassallo

La Reverdie

#voix et route romane

Marchés publics : les respirations d’une mandature

Marchés publics : les respirations d’une mandature
Le BTP concentre l'essentiel des marchés passés sur une mandature (Photo JD Hancock / FlickR / cc)
Le BTP concentre l’essentiel des marchés passés sur une mandature (Photo JD Hancock / FlickR / cc)

Comment dépense l’exécutif d’une collectivité publique ? Exemple à Strasbourg avec l’analyse des marchés publics passés au cours du dernier mandat.

Après avoir visualisé les montants des marchés publics de 2014 et cartographié les entreprises bénéficiaires cette même année, il est intéressant de prendre du recul sur une période plus longue pour mesurer l’évolution de ces contrats.

Un pic des marchés à la fin de la mandature

Avec 2006 comme point de départ, on peut apprécier l’évolution des marchés publics, en nombre comme en coût total, grâce à l’infographie ci-dessous :

Le volume de marchés publics atteint un premier pic en 2007 avec 1 291 marchés conclus, avant de redescendre à 1 138 contrats l’année suivante. À partir de 2008, on observe une hausse du nombre de marchés jusqu’en 2011 où cette tendance s’inverse.

C’est que les marchés publics ont tendance à se caler sur le rythme d’une mandature. Comme l’explique Bruno Koebel, chef du service achats et commande publique à l’Eurométropole :

« On observe en 2014 et dans une moindre mesure en 2008 un cycle assez classique, lié à la temporalité des mandats. Le nombre de marchés a ainsi tendance à baisser lors de la première année du mandat, qui est une année pendant laquelle des réflexions sur de nouveaux projets sont engagées, mais ne se traduisent pas encore par le lancement de marchés.

Le nombre de marchés, d’abord d’études, puis de travaux, repart généralement à la hausse par la suite. Les chiffres du mandat précédent, notamment avec les volumes financiers élevés des marchés passés en 2012 et 2013, en témoignent. »

Le BTP, roi des marchés

Car en 2012, les coûts semblent subitement s’envoler. En examinant le détail des marchés publics de cette année, on remarque que les dix contrats les plus onéreux ont coûté en tout 23 millions d’euros. Pour ne citer que les deux plus chers, on retiendra plus de 7,5 millions d’euros pour un des lots de travaux de construction du fameux Pôle d’administration publique de Strasbourg (PAPS), ainsi que des travaux de réfection du Palais de la musique et des congrès (PMC) à hauteur de 2,5 millions d’euros.

En 2013, le top 10 des marchés publics représentait environ 37 millions d’euros. Le contrat le plus cher, dépassant légèrement les 16 millions d’euros, concernait des travaux de restructuration du PMC. Le PAPS quant à lui n’était pas en reste cette année, avec quatre contrats cumulant en tout plus de 9 millions d’euros.

Mais en 2014, année des élections municipales, on observe une chute spectaculaire du nombre et des coûts des marchés publics. Le PAPS et le PMC n’apparaissent plus dans les plus plus grosses dépenses, parmi lesquelles on trouve l’aménagement du tunnel de l’étoile ou des travaux d’aménagement sur l’île du Wacken.

Pas d’énormes projets à réaliser comme les deux années précédentes donc, mais ce n’est pas la seule explication, comme le précise Bruno Koebel :

« Cette baisse du volume des marchés publics en 2014 résulte également d’une baisse générale des prix liée au contexte économique. Il est particulièrement sensible dans le domaine des travaux publics, qui sont fortement dépendants de la commande publique et sur lesquels règne une forte concurrence.

Enfin, la massification de certains achats, regroupant des commandes répondant à des besoins identiques de plusieurs services, a pu conduire à ce qu’un seul marché soit passé là où plusieurs l’étaient auparavant. »

Une hausse des marchés importants à partir de 2012

Cet examen des marchés publics peut également être affiné en découpant le volume annuels en tranches, comme sur l’infographie ci-dessous :

Prenons la tranche du haut, celle qui concerne les marchés supérieurs à 80 000 euros. En 2012, 367 marchés en faisaient partie contre 267 l’année précédente (+37%). Dans le même temps, les marchés oscillant entre 10 000 et 30 000 euros sont passés de 381 en 2011 à 324 en 2012 (-15%). Mais ce sont surtout les contrats de moins de 10 000 euros qui ont connu la plus forte baisse, passant de 297 marchés en 2011 à 228 (-23%).

Ce grossissement des gros contrats, couplé à la diminution de marchés moindres, explique bien la hausse des coûts constatée en fin de mandat. Il est aussi intéressant de relever qu’en 2014, chaque tranche de contrats occupe à peu près la même place qu’en 2008, comme si les compteurs revenaient à la même position en début de mandature.

Une transparence à affiner

Les lecteurs les plus attentifs auront remarqué qu’une tranche de contrats aux montants non précisés apparaît également. Beaucoup d’entre eux sont des accords-cadres relatifs à des prestations de communication ou de de diagnostics techniques. Bruno Koebel détaille le principe :

« Les accords-cadres permettent, après publicité et mise en concurrence, de sélectionner un ou plusieurs candidats sur la base d’offres indicatives pour créer un système de référencement dans un domaine d’achat donné, par exemple des diagnostics d’accessibilité ou des prestations d’impression.

Ensuite, seuls les candidats faisant partie de l’accord-cadre sont mis en concurrence lorsque des marchés “subséquents” sont passés en application de cet accord-cadre. Cela permet notamment de remettre régulièrement en concurrence des prestations pour bénéficier du meilleur rapport qualité / prix et des évolutions techniques. »

La collectivité devrait combler les montants manquants dans les semaines qui viennent.

De la théorie à la pratique, les hauts et bas des jardins partagés

De la théorie à la pratique, les hauts et bas des jardins partagés
Au Lombric Hardi, dans le quartier du Neudorf, on trouve des parcelles individuelles et collectives.
Au Lombric Hardi, dans le quartier du Neudorf, on trouve des parcelles individuelles et collectives. (Photo Clémence Simon/Rue89 Strasbourg)

Depuis une dizaine d’années, les jardins partagés fleurissent à Strasbourg. Sur des terrains généralement prêtés par la municipalité, ces espaces végétalisés sont cultivés par les habitants d’un même quartier avec l’ambition de les rapprocher. Mais dans la pratique, c’est beaucoup plus compliqué.

Jardins partagés, jardins familiaux, potagers urbains collectifs… On s’y perd un peu entre ces formes récentes de jardinage en ville. Le réseau national des jardins partagés définit ceux-ci comme des jardins “conçus, construits et cultivés collectivement par les habitants d’un quartier ou d’un village”. On en compte une quinzaine à Strasbourg. Ils obéissent à une charte nationale, qui interdit entre autres l’utilisation de pesticides, et recommande de favoriser la mixité sociale, culturelle et générationnelle. Ils doivent aussi être des lieux d’animation, contrairement aux potagers urbains collectifs.

Tous n’ont pas fait le choix du collectif, certains préfèrent les parcelles individuelles. C’est le cas du jardin de la maille Jacqueline à Hautepierre, accompagné par l’association de développement durable ECO-Conseil depuis 2008. Serge Hygen, chef de projet pour ECO-Conseil, assure que c’est une décision prise par les habitants :

« C’est parfois plus simple pour les gens de savoir qu’un espace leur est réservé dans un jardin collectif, notamment lorsque ce sont des personnes qui arrivent sur un projet déjà engagé, ou des jardiniers débutants. »

Parcelles individuelles ou collectives, à chaque jardin sa formule. Il existe même une formule mixte au Lombric Hardi à Neudorf. Selon les quartiers, les âges, les classes sociales ou le mode de fonctionnement, les résultats sont contrastés après plusieurs années d’exploitation. Mais dans les parcelles individuelles, plus difficile de trouver des interlocuteurs en plein mois d’août.

À Schiltigheim, les difficultés du jardinage collectif

Un jardin de 2000m², avec potager et arbres fruitiers.
Un jardin de 2000m² à Schiltigheim, avec potager et arbres fruitiers. (Photo Clémence Simon/Rue89 Strasbourg)

À Schiltigheim, entre le parc des oiseaux et le cimetière ouest, le jardin de l’association “Côté rue, côté voisins” a fait le choix de la mise en commun des cultures. Ce terrain de 2 000 m² est loué symboliquement par la mairie à l’association. Pour en faire partie, il faut payer une cotisation de 20 euros par an : c’est beaucoup moins que les 170 euros demandés pour les jardins familiaux de la Ville, plus petits et pour lesquels la liste d’attente est de 7 ans. Pourtant, les habitants ne se bousculent pas aux portes du jardin partagé, explique Laurence Carpentier, présidente de l’association :

« Il y a beaucoup de monde pendant les portes ouvertes, une fois par an, mais les gens ont parfois du mal avec l’idée de tout partager. Dans un quartier résidentiel comme celui-là, les gens préfèrent souvent avoir leur propre jardin. C’est peut-être un peu différent à Strasbourg, dans des quartiers plus ouverts sur l’écologie. »

La permaculture, pomme de discorde

Le terrain compte une vingtaine de jardiniers occasionnels, qui viennent pour des travaux d’entretien, et cinq réguliers. Malgré une bonne entente, il y a parfois quelques désaccords entre les membres. Laurence aimerait davantage développer la permaculture, technique de jardinage qui consiste notamment à mélanger plusieurs espèces végétales, mais certains préfèrent des méthodes plus traditionnelles. Il peut être difficile de mobiliser les gens, remarque t-elle :

« Il m’arrive de passer huit heures d’affilée au jardin, l’entretien demande beaucoup de travail et tout les membres ne s’en rendent pas compte. Certains plantent deux pieds de tomates et ont l’impression d’en avoir fait beaucoup. »

Quand Laurence Carpentier est au jardin, c'est "la tête dans le guidon" pendant plusieurs heures. (Photo Clémence Simon/Rue89 Strasbourg)
Quand Laurence Carpentier s’affaire au jardin, c’est « la tête dans le guidon » pendant plusieurs heures. (Photo Clémence Simon/Rue89 Strasbourg)

Laurence regrette parfois l’ambiance plus conviviale des débuts. Sur une dizaine de fondateurs, ils ne sont plus que deux couples aujourd’hui. Elle réfléchit avec les autres membres à mettre en place des parcelles individuelles pour les nouveaux adhérents. « On aurait beaucoup plus de monde », assure t-elle.

Un « retour à la terre » mis en avant par le jardin Fridolin

Dans le quartier Koenigshoffen, le jardin Fridolin existe depuis quatre ans. Julien et Audrey en sont les membres fondateurs : loin d’être des experts en jardinage, ils ont appris sur le tas. Adeptes de la permaculture et de la récupération de graines ou de matériaux, ils apprécient le côté convivial et le retour à la terre. Pour Audrey, ce jardin leur a permis de faire partie intégrante du quartier :

« On se sent habiter ici depuis qu’on a le jardin, on est beaucoup plus en lien avec la vie du quartier. C’était dur au début car on n’était que deux pour tout gérer, mais aujourd’hui c’est un espace de rencontres, ça dynamise le lieu. On ne vient pas que pour le jardinage. »

Le jardin Fridolin pratique la culture sur buttes, un élément de la permaculture. (Photo Clémence Simon/Rue89 Strasbourg)
Le jardin Fridolin pratique la culture sur buttes, un élément de la permaculture. (Photo Clémence Simon/Rue89 Strasbourg)

Sur près de dix membres actifs, la plupart ont entre 35 et 40 ans, et certains viennent accompagnés de leurs enfants. Les récoltes sont réparties entre tous les adhérents, le jardin est entièrement partagé. Une organisation qui fonctionne bien aujourd’hui, même si ça a pris du temps, explique Audrey.

« Les effectifs ont beaucoup tourné avant d’avoir une équipe stable. Au début, certaines personnes nous disaient que ça ne marcherait pas, mais on est content d’avoir persévéré pour en arriver là aujourd’hui. On a créé de vrais liens d’amitié entre nous. »

Si cette formule leur convient, c’est aussi parce que tous ont les mêmes fondamentaux : « le respect humain, l’écologie, le travail coopératif », détaille Julien. Certains aimeraient même se lancer dans un projet d’habitat collectif, en achetant un terrain entre ville et campagne pour y développer une forme d’autonomie alimentaire.

Julien et Audrey viennent au jardin plusieurs fois par semaine. (Photo Clémence Simon/Rue89 Strasbourg)
Julien et Audrey viennent au jardin de Koenigshoffen plusieurs fois par semaine. (Photo Clémence Simon/Rue89 Strasbourg)

Quartier gare, un jardin associatif qui peine à se maintenir

Le jardin partagé du quartier gare est né d’un collectif d’étudiants en architecture en 2011. À côté des ateliers d’artistes de la Semencerie, parallèlement au boulevard de Lyon, l’espace décoré de tags était d’abord un lieu d’expression artistique avant d’être un jardin indépendant. Les parcelles sont également collectives. Sa dimension associative est encore forte aujourd’hui. Quitte parfois à délaisser le jardinage, regrette Grégory, trésorier de l’association :

« On organise régulièrement des événements, des barbecues qui ramènent du monde. On a aussi une page Facebook, beaucoup de gens nous soutiennent mais quand il s’agit de venir arroser ou de jardiner, c’est plus compliqué. »

Le jardin partagé du quartier gare souffre de la sécheresse. (Photo Clémence Simon/Rue89 Strasbourg)
Le jardin partagé du quartier gare souffre de la sécheresse et de dégradations. (Photo Clémence Simon/Rue89 Strasbourg)

Le jardin est surtout composé de jeunes actifs : la majorité a moins de 30 ans. Entre les déménagements, les mémoires de fin d’études, les personnes absentes le week-end ou en été, il est difficile de maintenir le jardin en état. « Il n’y a pas eu d’arrosage depuis deux semaines », remarque Grégory, un peu découragé. Il reconnaît lui-même que n’étant pas du quartier, il se sent moins impliqué.

Autre souci du jardin, le vandalisme. Ce jour-là, la cabane à outils est criblée de tessons de bouteilles et de détritus. Grégory ne remet pas en cause l’ouverture du jardin au public, mais déplore cet état de fait :

« Ça ne donne pas une très bonne image du jardin, et le temps qu’on passe à nettoyer ou à réparer, on ne le met pas ailleurs. On n’a aucun problème à ce que des gens extérieurs viennent au jardin, du moment qu’ils nettoient et qu’il n’y a pas de dégradations. »

"Il y a pas mal de squatteurs qui viennent au jardin", explique Grégory. (Photo Clémence Simon/Rue89 Strasbourg)
« Il y a pas mal de squatteurs qui viennent au jardin », explique Grégory près de la laiterie. (Photo Clémence Simon/Rue89 Strasbourg)

Un vrai jardin de quartier place Sainte-Madeleine

Place Sainte-Madeleine, l’Ahbak (Association des habitants Bourse-Austerliz-Kruteneau) gère le jardin partagé . Une petite parcelle collective de 285m², à côté du square public, tenue par un noyau dur de 5 à 6 personnes. Un vrai jardin de quartier, estime Christiane Joetz, présidente de l’association :

« Le jardin permet d’engager des activités avec les enfants de l’école qui se trouve à proximité, en leur proposant de construire un hôtel à insectes par exemple, ou avec le centre socio-culturel dans le cadre d’ateliers biodiversité. Beaucoup de gens du quartier sont aussi présents pour déposer le compost, le samedi. »

Place Sainte-Madeleine, on favorise les herbes aromatiques. (Photo Clémence Simon/Rue89 Strasbourg)
Place Sainte-Madeleine, on favorise les herbes aromatiques. (Photo Clémence Simon/Rue89 Strasbourg)

Les heures de permanence permettent aux habitants d’échanger entre eux. Grégoire Klotz, militant écologiste, vient uniquement pour “la dimension conviviale”. Il jardine assez peu, mais vient aider pour les travaux de compostage. Un apéro est également organisé une fois par mois, pour faire découvrir les légumes du jardin. Christiane Joetz regrette un peu qu’il n’y ait pas plus de jeunes, car l’emploi du temps ne le permet pas toujours.

Les heures de permanence sont un moment de rencontres entre habitants du quartier. (Photo Clémence Simon/Rue89 Strasbourg)
Les heures de permanence sont un moment de rencontres entre habitants du quartier de la Krutenau. (Photo Clémence Simon/Rue89 Strasbourg)

Dans la charte des jardins partagés, l’un des objectifs est de favoriser la mixité sociale mais dans les faits ce n’est pas aussi simple, explique Serge Hygen d’ECO-Conseil :

« Les jardins partagés sont le reflet des quartiers dans lesquels ils s’inscrivent. En terme de classes sociales et d’âge, les quartiers ne sont pas mixtes, il est donc difficile d’obtenir une vraie mixité dans les jardins. »

Le Wakeboard fait enfin des vagues en Alsace

Le Wakeboard fait enfin des vagues en Alsace
AFA credit Jeremy mouchel
Dès leur plus jeune âge, les apprentis wakebordeurs profitent de sensations fortes. (Photo AFA Wakepark – Jérémy Mouchel)

Le wakeboard, quel drôle de nom ! Cette « planche à vagues » ravit depuis quelques années les amateurs de glisse dans le monde entier. Cet été en Alsace, trois Wakeparks ont ouvert leurs portes, presque simultanément à Brumath, Wittisheim et Wittenheim. La région était jusqu’alors à la traîne en la matière. Découverte de ce sport aquatique à sensations fortes, idéal par temps de canicule.

La pratique du wakeboard est née dans les années 80 sur les plages californiennes. De sa première appellation, le « Skurf » (combinaison de ski nautique et surf), ce sport viendrait selon la légende, d’une volonté des surfeurs de l’ouest américain de pouvoir prolonger la glisse lorsque les vagues n’étaient plus de la partie. Par la suite, la mode s’étendra dans le monde entier et on adoptera le nouveau terme de wakeboard dans les années 90.

Bien loin du climat californien, des vagues et du vent, l’Alsace s’est enfin lancée dans la construction de Wakeparks pour les amateurs de glisse de la région. C’est par hasard que trois d’entre eux ont ouvert à quelques jours d’intervalle en juin, à Brumath, Wittenheim et Wittisheim. Une excellente nouvelle pour les Alsaciens en manque de sensations fortes aquatiques mais aussi pour la région qui rattrape son retard face aux autres coins de la France où la culture du wakeboard s’étendait depuis déjà quelques années. Le directeur du parc d’aventures et de loisirs de Brumath, Frédéric Lang, explique que l’idée lui trottait en tête depuis 2007 mais que le cheminement a été difficile :

« Ça nous a pris des années d’obtenir une autorisation ! Au début, personne n’y croyait, mais en s’armant de beaucoup de patience… On a finalement réussi à ouvrir le 22 juin 2015. Je pense que ça s’est débloqué parce que de plus en plus de projets de wakeboard fleurissent en France, ça a dû rassurer avec le temps. Résultat, on est complets presque tous les jours et on prévoit déjà des nouveautés pour l’année prochaine. »

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Le Koba Wakepark a ouvert ses portes en juin dernier et possède déjà une clientèle fidèle notamment grâce à l’association « La Koba family » (Photo Jules Didier)

Même constat du côté de l’AFA Wakepark (Alsace Freeride Academy) de Wittenheim ; pour Jérémy Mouchel, cofondateur du lieu, les démarches ont été un peu difficiles mais le résultat est plus que convainquant :

« On a proposé un financement participatif sur le site indiegogo pour pouvoir installer des modules de saut et on a récolté à peu près 30% de notre objectif. Après, pour trouver le lieu et pour l’installation, c’était la galère. Certaines organisations de pêcheurs ne voulaient pas qu’on s’installe et puis il y a eu quelques contraintes matérielles mais depuis l’ouverture, on a de plus en plus de monde chaque semaine, donc ça valait le coup. »

Pour populariser cette pratique un peu obscure pour les novices, les trois Wakeparks ont fait le choix d’un câble tendu entre deux pylônes autour d’un plan d’eau, le tout alimenté par de l’électricité. Jules Didier, instigateur et moniteur du Koba Wake Park à Wittisheim (ouvert le 27 juin dernier), rappelle les avantages de cette technique :

« C’est bien plus écologique que de se faire tracter par un bateau et puis c’est moins onéreux, ce qui permet un accès au plus grand nombre. Et puis quand tu débutes le wakeboard, c’est quand même plus facile avec le câble. Quand tu tombes, moi je peux gérer la corde et le palonnier à partir du ponton pour que tu puisses la récupérer sans avoir à revenir à la nage. C’est toujours intéressant pour les amateurs parce que tu peux en faire plus longtemps aussi. »

Le succès éclair du wakeboard alsacien

En si peu de temps, le wakeboard a déjà convaincu une petite communauté de nouveaux addicts et d’accrocs à la glisse, comme Jean, wakeboardeur du Koba Park :

« C’est ce qui nous manquait en Alsace. Je suis un gros amateur de sport à sensations fortes, vélo, skate, wakeskate etc., mais on n’avait pas grand-chose sur l’eau. Alors quand j’ai entendu parlé d’un nouveau wakepark, par le bouche-à-oreille, je suis venu voir tout simplement, j’en fait depuis quatre ans un peu partout. J’ai commencé par le wake skate, derrière une écluse, sur place, avec des jet ski sur le Rhin, dans un club du coté de Colmar aussi et j’ai même été tracté par une voiture, on peut dire que j’ai tout essayé. Ici ce qui est bien, c’est que tu évolues très rapidement avec de bons conseils et que les modules sont vraiment cools. En plus, l’ambiance est sympa et personne ne se la pète, il n’y a pas de m’as-tu-vu. À Brumath, apparemment ils viennent d’installer des modules aussi, donc je vais aller faire un tour. Parce que j’avoue que sans modules, on s’ennuie assez vite au bout d’un moment, c’est moins sympa. »

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Après une bonne session de Wakeboard, Jean est tout sourire malgré la fatigue. (Photo Émilie Lamine – Rue89 Strasbourg)

Yanes essaye le wakeboard pour la première fois. Il en a entendu parlé par le bouche-à-oreille lui aussi :

« Au début c’était dur, j’ai cru que je n’y arriverais pas. Mais au bout de quelques minutes, le moment où tu commences à bien glisser et à tenir debout sur la planche, c’est vraiment cool. Une fois que tu sens la vitesse… Tu kiffes. Le début, c’est un peu plus laborieux, quand tu n’en as jamais fait, il faut prendre ses marques et trouver son équilibre mais ça vient rapidement. Mon prochain objectif est d’arriver à ne pas tomber et me faire un aller-retour complet. J’ai fait un petit saut déjà, j’étais content. Je reviendrai. »

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Un bon échauffement et quelques bons conseils avant une première session de Wakeboard pour Yanes au Koba Wakepark. (Photo Émilie Lamine – rue89 Strasbourg)

Mathias est revenu pour un deuxième tour après une semaine d’attente. Il rappelle qu’un bon échauffement n’est pas de trop et qu’il faut se préparer à quelques courbatures aux bras :

« J’ai un petit peu mal aux bras mais j’ai réussi mon objectif à savoir : passer le virage. Niveau sensation c’est parfait quand tu arrives à tourner et puis tu progresses très vite. Le wakeboard, c’est une très bonne surprise, c’est rafraîchissant pour l’été et ça vient vraiment tout de suite, bien plus vite que le surf ou le snowboard. »

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Mathias a réussi ses premiers virages dès sa deuxième session sur la planche. Plaisir assuré. (Photo Émilie Lamine – Rue89 Strasbourg)

Trois pour le prix d’un

Avec l’ouverture de trois wakeparks, l’Alsace s’ouvre à un nouveau public qui va devoir faire son choix. L’avantage pour Jules Didier du Koba Park, c’est que la culture de cette pratique va être plus facilement diffusée dans la région :

« En fait, on n’était pas du tout en contact ! Aucun d’entre nous n’était au courant de l’ouverture d’un autre wakepark. C’est une coïncidence heureuse. C’est très bien, ça fait une pub pour la culture du wakeboard et je trouve qu’on est dispatché parfaitement en Alsace du coup. Dès que j’aurais le temps j’irai faire un tour à Brumath et Wittenheim. »

Pour Jérémy Mouchel de l’AFA wakepark, ce qui est intéressant également c’est que sans vraiment s’en rendre compte, chacun des lieux a trouvé son public et tout aussi rapidement :

« Nous on se dédie plutôt aux petits, aux débutants. On a axé sur le côté plage, convivial et avec des stages pour les plus jeunes (8 à 10 ans). Un de nos objectifs pour l’année prochaine c’est d’accueillir plus de groupes, des centres aérés, des écoles. On fait pas mal de la formation mais on est ouvert à tout public évidemment. »

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Il n’y a pas d’âge pour s’essayer au Wakeboard. De 7 à 77 ans. (Photo AFA wakepark – Jérémy Mouchel)

Le centre de loisirs de Brumath et le Koba Wake Park, plus à proximité de Strasbourg, ont plutôt misé sur les modules et sur l’évolution rapide et régulière de la technique, avec des conseils sur mesure. Le moniteur et gérant du Koba Wake Park rappelle que cela va dans les deux sens et que le parc se doit d’évoluer constamment, par l’arrivée de nouveaux modules ou par leurs déplacements par exemple.

Frédéric Lang de Brumath explique pour sa part qu’il envisage déjà des avancées pour l’année prochaine :

« On est en discussion pour un accès handicapé, avec une planche assise et on souhaite également installer une deuxième ligne de câble. »

On l’aura compris, la saison 2016 sera riche en surprises pour le wakeboard en Alsace ; avec comme objectif d’attirer davantage de personnes à mobilité réduite mais aussi des filles, qui sont pour le moment, très peu nombreuses. Il n’est pas trop tard pour découvrir les saveurs de glisse et du wakeboard en 2015 puisque les trois wakeparks sont ouverts jusqu’à fin septembre.

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Faire du wakeboard en Alsace, c’est aussi profiter de sacrés couchers de soleil. (Photo Jules Didier – Koba Wake Park)

Aller plus loin

Sur Waterwood.eu : La liste des WakeParks en France et en Belgique
Les trois Wake Parks d’Alsace :
L’Alsace Free Ride Academy à Wittenheim

Le Koba Wake Park à Wittisheim

Le Parc d’aventures à Brumath
Les prix varient entre 15 et 30 euros pour des sessions de 15 à 60 minutes.

#Koba#plan d'eau#Wittenheim#Wittisheim

Anachronique, le quartier des Halles sera rénové, mais par phases

Anachronique, le quartier des Halles sera rénové, mais par phases
La place des Halles, un espace quasiment entièrement dédié à la circulation automobile (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
La place des Halles, un espace quasiment entièrement dédié à la circulation automobile (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Ces projets en rade – 3. En 2012, la municipalité annonçait vouloir reconstruire le quartier des Halles, derrière lequel passerait le tram Vendenheim-Wolfisheim. Après deux années de silence et l’abandon du projet de tram, les élus évoquent désormais la création d’un parc à la place de la gare routière, avec commerces à niveau.

Le quartier des Halles devait être profondément transformé à l’occasion de l’installation du tramway allant du nord à l’ouest de l’agglomération. Il était question que le tramway, alors sur pneus, fasse le tour du centre commercial par la rue de Sébastopol et la rue du Marais Vert. Mais avec la baisse des crédits disponibles, ce projet, qui était un peu fou il faut bien le dire, a volé en éclats.

Du coup, la rénovation du quartier des Halles a aussi pris du plomb dans l’aile. Rappelons qu’il était question d’en profiter pour rénover complètement le secteur derrière le centre commercial. Un parc aurait été créé à la place de la gare routière. Les autocars du Réseau 67 devaient être déplacés là où se situe le parking P3, près du boulevard Wilson, lequel devait être détruit. La trémie vers l’autoroute devait être rebouchée et l’ensemble des rues devait être « apaisé », pour étendre le centre-ville piétonnier jusqu’à ce quartier.

Un dossier de Robert Herrmann…

Robert Herrmann, dans ses précédentes fonctions de premier adjoint (PS) au maire de Strasbourg, s’était personnellement impliqué dans l’avancement de ce dossier, conduisant des réunions publiques dans le cadre d’une concertation de haute voltige. Une partie des habitants s’était mobilisée contre une extension du centre commercial, se souvient François Hinschberger, de l’association « collectif quartier Halles » :

« Dans le projet d’origine, il était prévu que le centre commercial récupère la moitié de la surface dégagée par les cars. Dans cet environnement déjà très dense, il nous semblait plus important de conserver une respiration urbaine. On a donc fait connaître notre opposition et après notre mobilisation, l’extension prévue ne concernait plus qu’un tiers de cette surface. »

On en était là à la fin de l’année 2013 et jusqu’à la fin de l’année 2014. Il aura fallu tout ce temps pour faire le deuil du tramway sur le boulevard Wilson et pour relancer la municipalité après les élections de mars 2014. N’ayant plus aucune nouvelle de Robert Herrmann, François Hinschberger se demande s’il doit mettre ça sur le compte de sa présence sur la liste de Fabienne Keller (Rép.).

… passé à Alain Fontanel

Peut-être mais plus probablement parce que Robert Herrmann est devenu le président de l’Eurométropole et que le dossier a été transféré à Alain Fontanel, devenu premier adjoint (PS). Et d’après ce dernier, pour que ce projet progresse, il doit être découpé en phases :

« La rénovation du quartier des Halles mêle des thématiques urbaines, commerciales, d’environnement, de flux, de mobilités… Il y a tellement d’interactions que ça rend le démarrage difficile. Pour autant, il faut progresser, car le quartier n’a guère évolué depuis les années du tout-voiture. Avec ses voies séparées, sa trémie, ses parkings, ses accès… Sa configuration est anachronique. Donc il a été décidé de ne pas attendre le tramway pour transformer ce qui peut l’être. »

En juin 2015, Alain Fontanel reprend contact avec le groupe Hammerson, qui détient le centre commercial « Place des Halles », car il a une proposition à leur faire : s’ils peuvent acheter une partie du domaine public actuellement utilisé par les autocars, avec cet argent la collectivité rénovera la place et la rue de Sébastopol. De la démolition du P3 Wilson, il n’est plus question, ce sera pour une prochaine phase. Et du tramway, quel tramway ?

Les centres commerciaux fermés ont vécu

Du côté d’Hammerson, on accueille la nouvelle avec soulagement. Le groupe spécialisé dans l’immobilier commercial a peu goûté le déménagement de H&M vers la rue du Noyer en avril 2014, à quelques dizaines de mètres, surtout après qu’il a investi 15 millions d’euros dans la rénovation de l’intérieur du centre commercial en 2013. Le vide créé n’est à ce jour toujours pas comblé.

Et surtout, Hammerson se souvient que cette rénovation intérieure ne devait être qu’un prélude à un vaste chantier de transformation extérieur, en lien avec le projet initial de la Ville pour le quartier. Un protocole d’accord avait été signé en janvier 2013 entre Strasbourg et Hammerson. Or si la Ville peut attendre, le groupe Hammerson, lui, ne peut guère continuer d’exploiter « Place des Halles » si les clients s’en détournent.

Pour autant, Stéphane Girard, directeur d’exploitation d’Hammerson, assure que le groupe n’a jamais fait pression sur la Ville :

« On est impatient, certes, mais confiant. « Place des Halles » est un centre commercial rentable. On sait bien qu’il faut du temps pour que les projets aboutissent, surtout s’il y a des élections. En se basant sur les nouvelles propositions de la Ville, nous pensons pouvoir signer un nouveau protocole d’accord avant la fin de l’année. Il nous reste quelques détails à régler, sur les délais notamment. »

Et probablement aussi sur les montants, qui ne sont pas dévoilés à ce jour, assure-t-on de part et d’autre, mais qui devraient se situer entre 10 et 20 millions d’euros.

La gare routière de Strasbourg pourrait n'être bientôt plus qu'un souvenir (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
La gare routière de Strasbourg pourrait n’être bientôt plus qu’un souvenir (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Un grand parc à la place des cars

L’idée est d’aménager un parc à l’arrière du centre commercial, dont le nom pourrait être « le jardin des Halles » et d’installer des boutiques de plain-pied, dont les devantures donneraient directement sur l’espace public.

Rue de Sébastopol, le centre avancerait un peu, là aussi pour y installer des boutiques, tandis que la rue elle-même serait essentiellement rendue aux piétons et aux vélos, le flux de voitures ne devant qu’être résiduel et sur une seule voie, vers le centre-ville. L’objectif est de tout mettre au même niveau. La trémie qui permettait de rejoindre l’autoroute, déjà inutilisée, sera bouchée.

Quant aux parkings P1 et P2, situés sous le centre commercial et gérés par Parcus, donc par la collectivité, Hammerson avait un temps souhaité les acheter, notamment pour proposer aux clients du centre des remises. La Ville devrait néanmoins en garder la propriété, mais en s’engageant à les moderniser et à les rendre plus agréables. Pour le centre commercial, qui compte déjà 41 000 m² de surface commerciale, cette opération devrait en ajouter jusqu’à 6 000.

Objectif : lancé avant la fin du mandat

Alain Fontanel espère être en mesure de proposer ce nouveau projet au conseil municipal avant la fin de l’année :

« Il n’y a encore aucune étude de faite, le tracé de rues n’est pas finalisé. Mais on reste proche de ce qui avait émergé de la concertation de 2013, tout en étant réalistes et créatifs sur les financements. L’objectif est de lancer ce projet pendant ce mandat, sa réalisation devrait prendre trois à cinq ans. »

Il reste juste un problème : que faire des cars du Réseau 67, puisqu’il n’est plus question de détruire le P3 Wilson pour y installer une gare routière ? Là, pas de réponse, ce sera au conseil départemental, voire même au futur conseil régional de la grande région Alca, auquel ont été transférés les transports scolaires, de trouver une solution. Alain Fontanel assure que la Ville « ne s’en désintéressera pas et que des propositions seront faites ».

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : tous les articles sur la série « ces projets en rade » à Strasbourg

Sur Rue89 Strasbourg : de la Porte Blanche aux Halles, une autoroute à bus et trams en 2018 (juin 2013)

Sur Rue89 Strasbourg : « Bunker » des Halles, le réaménagement, c’est dans 7 ans (janvier 2013)

Sur Rue89 Strasbourg : compte rendu de la présentation du futur quartier des Halles (juillet 2012)

À Eckbolsheim, nouvel avis défavorable à la géothermie

À Eckbolsheim, nouvel avis défavorable à la géothermie
En Alsace du nord, le site de Soultz-sous-Forêt est un pilote mondial en matière de géothermie profonde (Photo MM / Rue89 Strasbourg)
En Alsace du nord, le site de Soultz-sous-Forêt est un pilote mondial en matière de géothermie profonde (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Le projet de géothermie à Eckbolsheim a reçu un avis défavorable à l’issue de l’enquête publique. Cela fait déjà trois projets sur cinq qui ont reçu un avis négatif dans l’Eurométropole, le dernier rapport étant pour l’hiver. Des manquements de la société Fonroche et les tergiversations de l’Eurométropole y sont pointés du doigt.

Après les avis défavorables sur les sites du Port aux Pétroles près de la Robertsau et de Mittelhausbergen, ainsi que celui favorable mais avec 8 réserves à llkirch-Graffenstaden, un nouvel avis négatif fait suite à une enquête publique concernant la géothermie. Il concerne la commune d’Eckbolsheim, à l’ouest de Strasbourg. Comme dans les trois cas précédents, il s’agissait d’une demande d’autorisation d’ouverture de travaux (DAOT) miniers, souvent vue comme l’étape décisive pour la réalisation ou non d’un tel projet.

La géothermie profonde est une technique qui permet de récupérer la chaleur des sous-sols et d’en tirer de l’électricité. Après environ trois ans de travaux (il faut creuser jusqu’à 5 000 mètres), un gisement peut s’exploiter trente ans. La géothermie se pratique déjà à Soultz-sous-Forêt, en Aquitaine ou en région parisienne. Les avis défavorables à une enquête publique sont rares. Le préfet du Bas-Rhin peut ensuite suivre ou non l’avis des commissaires enquêteurs. Comme à la Robertsau, c’est la société Fonroche qui avait sollicité ce permis. À Illkirch-Graffenstaden et Mittelhausbergen (géothermie à basse température contrairement aux autres sites), il s’agissait d’ÉS Gaz de Strasbourg (ESG).

Les tergiversations de l’Eurométropole coûtent chères

Lors de l’enquête à Eckbolsheim qui s’est déroulée au printemps 2015, 26 observations ont été compilées, tandis que 22 lettres et 38 emails ont été envoyés, en plus des permanences. Pour motiver sa décision, la commissaire-enquêtrice Catherine Stroebelé retient une mauvaise organisation du projet, au niveau politique comme technologique.

Concernant l’agglomération, l’alliance gauche-droite du conseil de l’Eurométropole n’a jamais pris clairement position sur la géothermie, tandis qu’à la Ville de Strasbourg, le PS et leurs alliés écologistes – et même écologistes entre eux – semblaient divisés entre volontarisme et principe de précaution. Changer d’avis avant et après les élections départementales en mars, pour finalement s’opposer – mais hors délai ! – au conseil municipal lors de l’enquête sur le site de la Robertsau n’a pas aidé à obtenir une position claire et tous ces éléments ont pesé :

« Les différents avis qui ont été formulés ne permettent pas de dégager une opinion bien établie de la politique de l’Eurométropole sur la question de la ressource géothermique et sur celle du projet présenté par Fonroche Géothermie à Eckbolsheim. La presse a été conséquente pendant le temps des enquêtes, mais ne constitue pas un relais officiel dont j’aurais pu tenir compte. »

Elle ajoute que la commune d’Eckbolsheim, qui a voté à l’unanimité une motion défavorable aux travaux, « a découvert le projet dans la presse ». Le coût ou les économies de cette nouvelle énergie n’ont pas été communiqués à l’enquêtrice par les élus locaux.

Des doutes non-levés, des documents divergents

Sur le fond, elle estime que tous les risques technologiques ne sont pas levés et ce malgré les avis favorables, mais avec des réserves, de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (INERIS) – qui a réalisé une expertise indépendante – et de l’Autorité environnementale. Problème qui semble avoir fait pencher la balance, la société Fonroche n’a pas soumis ses travaux relatifs à une « étude de cohabitation » avec le projet de géothermie basse température d’ESG à Mittelhausebergen, à quelques kilomètres de là, lorsque l’INERIS a fait sa propre enquête :

« Les conclusions de l’INERIS n’ont vraisemblablement pas été renseignées sur l’existence de l’étude de cohabitation des deux projets Fonroche Géothermie et ESG, sinon nous en trouverions la trace. Ne pas l’y voir figurer est problématique à mon sens. »

Or, en plus de manquements dans la « schématisation de la situation et de l’orientation des failles » relevés par l’INERIS, Fonroche se garde une marge de manœuvre sur son périmètre d’action entre la théorie et la pratique :

« Fonroche a demandé à bénéficier d’un périmètre de protection de 2 000m autour du projet [mais] “se garde le droit de demander une modification du périmètre de protection après les tests du premier doublet (un puits à deux tuyaux ndlr)”. Dans quelle mesure l’organisation du territoire avec la présence d’un autre projet permettra-t-elle au périmètre de protection d’évoluer selon les conclusions de ces tests ? »

« Les trajectoires des puits sont dissemblables l’une par rapport à l’autre dans deux documents »

À cela s’ajoute que dans deux documents, les plans de Fonroche changent :

« Je constate que les trajectoires des puits du projet de Fonroche Géothermie sont dissemblables l’une par rapport à l’autre dans les deux documents. Dans ces conditions, quelles sont les trajectoires à retenir ? Quelles sont les trajectoires les plus actuelles, celles du dossier d’enquête ou celles de l’étude de cohabitation ? Le périmètre de protection du dossier d’enquête est-il toujours d’actualité si les trajectoires ne sont plus les mêmes ? »

Trop de questions en suspens pour l’enquêtrice, auxquelles s’ajoutent d’autres réserves, quoique nuancées, sur la sismicité ou la pollution de la nappe phréatique. Des craintes qui ont été relayées par les habitants qui font estimer à l’enquêtrice que le projet n’est pas acceptable :

« Actuellement, cette part d’inconnu engendre des inquiétudes et motive une opposition dont les contributions du public ont rendu compte. Force est de constater que le critère d’acceptabilité sociale n’est pas rempli en ce qui concerne les élus. »

À plusieurs reprises, Catherine Stroeblé pointe un « déficit » d’information et de pédagogie, ainsi qu’un manque de transparence :

« Entre ce qui relève de la nécessaire discrétion à respecter sur les données sensibles d’un dossier et l’obligation de faciliter son appropriation par le public, il doit y avoir un juste milieu qui doit bénéficier au public qui s’investit dans le déroulement d’une enquête. Des éléments fondamentaux qui figurent dans le mémoire en réponse auraient dû figurer dans le dossier pour permettre à chacun de se fonder une opinion en toute connaissance de cause. »

À Mittelhausbergen, avis défavorable également. L’enquête pour Vendenheim en septembre

L’enquêtrice met en avant qu’avoir deux projets similaires au même moment, mais portés par deux sociétés a ajouté de la confusion et du rejet à Oberhausbergen (qui a également voté une motion d’opposition), où la géothermie a été perçue comme « un projet global », là où deux enquêtes distinctes ont été réalisées :

« La situation de la commune, qui se considère comme « encadrée » par deux projets de même nature portés par deux opérateurs distincts, engendre une réaction hostile d’une partie de sa population (celle qui a contribué à l’enquête publique) ainsi que des élus municipaux. »

Si le préfet suit l’avis des enquêteurs, Oberhausbergen passera de deux chantiers à… zéro, puisque le 1er juillet 2015, l’enquête publique du site de Mittelhausbergen avait également débouché sur un avis défavorable motivé par trois points similaires (voir p.203) :

    Le manque d’information et de communication concernant la géothermie autour de l’Eurométropole Le projet en lui-même et le principe de précaution La possibilité d’un autre projet dans la zone de Hangenbieten (commune de Mittelhausbergen ndlr) ?

L’enquêtrice Danièle Dietrich relève que c’est seulement grâce à la presse locale que le public a pu se saisir des enjeux de la géothermie.

Il reste un cinquième et dernier site près de Strasbourg dont l’avis de l’enquête publique est attendu, celui sur la commune de Vendenheim, également sollicité par Fonroche. L’enquête publique se déroulera du 11 septembre au 14 octobre, le rapport mettant généralement deux à trois mois pour être publié. Le préfet a un an pour se prononcer, mais sa réponse pour les enquêtes terminées est plutôt attendue pour septembre.

200 vélos volés attendent leur propriétaire chez la police

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Qui sont ces barbiers qui taillent les barbes des Strasbourgeois

Qui sont ces barbiers qui taillent les barbes des Strasbourgeois

Vidéo. La barbe est en plein boom et des échoppes spécialisées ouvrent à Strasbourg. Mais y a-t-il de la place pour tout le monde ? On est allé à la rencontre des barbiers.

« Après le 11 septembre, il valait mieux ne pas porter une barbe », voilà comment Hugo Machado, qui a ouvert son salon Barba Rossa, regarde le passé des barbiers. Mais depuis 6-7 ans à Paris et surtout un an ou deux partout en France, les poils sur le menton sont le détail tendance.

Une mode qui viendrait des « hipster » terme un peu vague, qui remonte aux années 40, mais qui fait référence aux jeunes adultes au look travaillé, un peu décalé et faussement intellectuel. Quand on questionne les barbiers sur leur clientèle, ils répondent qu’elle est très variée, de 20 à 77 ans, et « improbables. Preuve du flou total de cette définition, il n’y aurait pour certains, aucun hipsters dans la capitale alsacienne.

Résultat de cet engouement, plusieurs salons spécialisés dans la taille de barbe ont ouvert leurs portes à Strasbourg en 2015. Il y a bien depuis 2012 une option « barbe » (comme chignon) au brevet d’études professionnelles (BEP) de coiffeur, mais elle n’est pas obligatoire pour ouvrir son commerce. Et tous assurent avoir un carnet de commande bien rempli « même pour un mois de juillet ».  De là à ce qu’il y ait assez de barbes à tailler pour tous ? Les intéressés y croient.

Des aventures solitaires

Si l’art de la taille de barbe vient des pays arabes, nos sculpteurs de poils tirent davantage leur inspiration du monde anglo-saxon. Derrière chaque barbier, se trouve une prise de risque individuelle. James est par exemple travailleur indépendant. De l’informatique, il se reconvertit, grâce à plusieurs formations. Il fait ensuite ses gammes au Barbier de la Petite France. Mais le gérant, le coiffeur Hervé, vend le salon pour financer d’autres projets. Après avoir hésité à reprendre l’échoppe, James choisit de se mettre à son compte, en récupérant une partie de la clientèle. Il loue un fauteuil à la journée au salon de beauté Extatic, à côté de la rue du Dôme :

« Je travaille 6 jours par semaine, parfois 7 avec le brunch barbe au Shadok le dimanche. À Extatic, c’est comme une colocation. Chacun a son espace, mais l’aménage comme il veut. Il y a de l’espace bien-être, institut de beauté, coiffure et moi. J’y suis du lundi au jeudi, puis je vais à Nancy vendredi et samedi où je loue aussi un fauteuil. J’interviens aussi pour des marques sur des événements ponctuels. J’aime ce mode de vie, de bouger, de faire des choses variées. »

Ancien informaticien, James loue un fauteuil à la journée chez Extatic après avoir officié à la petite France (photo GG / Rue89 Strasbourg)
Ancien informaticien, James loue un fauteuil à la journée chez Extatic après avoir officié à la petite France (photo GG / Rue89 Strasbourg)

« Un métier qui se vole »

C’est aussi tout seuls qu’Hugo Machado, Grégory et Eli S. ont ouvert leur établissement en 2015. Chez Eli, du côté des Contades rue Oberlin, il faut passer un rideau rouge. « Ca attire, sans montrer ce qu’il s’y passe ». Déco soignée à l’américaine et beaucoup d’à-côtés : panier de basket, musique, banquette, boissons et bientôt des jeux vidéos et expositions. Seuls les bacs à shampoings appartiennent au salon de coiffure précédent. Ce Parisien arrivé à Strasbourg il y a une dizaine d’années a entièrement imaginé l’aménagement :

« D’abord je travaillais un peu clandestinement dans mon salon et j’ai eu mes habitués. Je n’ouvre mon salon qu’à 37 ans, mais j’ai réfléchi à chaque détail. Pour moi, barbier ce n’est pas un métier qui s’apprend à l’école, il se vole. Il faut une expérience auprès d’autres barbiers pour pouvoir avoir sa touche personnelle. »

Ambiance Chicago chez Eli S. près des Contades (photo GG/Rue89 Strasbourg)
Ambiance Chicago chez Eli S. près des Contades (photo GG/Rue89 Strasbourg)

Eli a déjà des projets de nouveaux partenariats (après ceux avec Adidas et Red Bull), d’ouvrir une autre structure et d’embaucher. Son carnet de rendez-vous est plein jusqu’en septembre et les journées peuvent durer de 8h à 21h, cinq jours par semaine dit-il. Ses prix sont semblables à James : entre 10 et 25€ pour la barbe, le forfait tout compris avec la coupe de cheveux est à 50€ maximum. Il s’occupe du client 1h30. Lui estime qu’il n’a pas de concurrence, car il propose une ambiance unique.

Une concurrence qui existe, même si personne n’en parle

Selon Hugo, la concurrence est inévitable et il voit cela comme un moyen d’innover, de se renouveler. À 23 ans, il a d’abord un peu coiffé dans des salons strasbourgeois, mais s’y ennuyait. Au Royaume-Uni, il découvre l’art de la coupe de barbe. À son retour, encouragé par sa copine, il se lance. L’idée de travailler « pour soi » l’a aussi motivé à monter Barba Rossa, rue Sainte Madeleine. Son salon est plus épuré, avec un seul siège et une musique d’ambiance :

« Je me place plutôt sur un créneau populaire, pour que la taille de barbe soit accessible à tout le monde. Je propose aussi des produits sains, que l’on ne trouve pas ailleurs à Strasbourg, qui sont faits par un artisan. »

L’entretien de moustache commence à 6€, la taille à 15€ et le forfait le plus élevé à 40€. Grâce à l’aide de sa famille pour aménager, il a limité son emprunt à 15 000 euros.

La taille du coupe-chou est l'un des rituels des barbiers. (photo JFG / Rue89 Strasbourg.com
La taille du coupe-chou est l’un des rituels des barbiers. (photo JFG / Rue89 Strasbourg.com

Un seul barbier unique

Exception au paysage strasbourgeois, Gregory, a ouvert « Le Barbier de Monsieur », rue du Sanglier, et ne vient pas de la coiffure. Il est le seul à ne proposer QUE de la taille de barbe. Après une dizaine d’années dans la parfumerie, il décide créer son salon en janvier. Une idée qui remonte à « avant la mode de la barbe » :

« J’apporte ma connaissance des produits, avec un choix pointu mais large, ainsi que sur le matériel. Pour faire ce métier, il faut que ce soit une passion. La technique, je l’ai apprise chez plusieurs barbiers avec des conventions de stage. »

Sur les prix, il préfère rester discret mais assure être dans la même fourchette que ses homologues. Sans se tirer dans les pattes, on sent que chacun essaie de se placer et de construire sa clientèle dans son coin. Il y aurait certes 1 Strasbourgeois sur 2 qui porte une barbe, mais peu ont encore l’habitude de la confier à un artisan. Et les grandes marques sont aussi à l’affût pour proposer leurs produits. « On est très en retard sur beaucoup de pays », ajoute Grégory.

Les armes du crime. Enfin, non pas vraiment (Photo GG / Rue89 Strasbourg)
Les armes du crime. Enfin, non pas vraiment (Photo GG / Rue89 Strasbourg)

Que se passera-t-il après la mode ?

Et puis il y a les anciens : l’As de pique rue du Faubourg de Pierre, en congés lors de la réalisation de notre article et parfois prisé, même des jeunes, pour l’ambiance « vieille époque » et le sens du relationnel du gérant. Depuis que la tradition s’est évaporée, il a dû se concentrer sur les coupes de cheveux. Il y avait longtemps Jean, place du marché Gayot, mais qui a arrêté il y a une dizaine d’années. Jean se souvient de l’époque où la taille coûtait 2 francs (30 centimes d’euros), bien qu’il en fasse encore quelques unes et même « un peu plus ces derniers temps avec la mode ». Il est un peu pessimiste pour les nouveaux commerces :

« La barbe revient, mais dans un an c’est terminé. C’est risqué d’ouvrir un salon juste pour profiter du phénomène. »

Les nouveaux barbiers répondent à cela qu’ils ont des compétences de coiffeur à faire valoir. Même Jean, reconnaît que la taille de barbe l’a aidé à être un meilleur coiffeur. Gregory, James, Hugo et Eli mettent aussi en avant l’expérience, le « moment de détente » du salon et pas seulement le geste technique.

Hugo Machado a ouvert son établissement en juin. 55heures d'ouvertures par semaines "que tu ne vois pas passer, mais que tu sens." (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Hugo Machado a ouvert son établissement en juin. 55heures d’ouvertures par semaines « que tu ne vois pas passer, mais que tu sens. » (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

+20% de clientèle à la Krutenau

Bref, les hommes auraient aussi besoin de leur moment de soins, comme les femmes ont leur esthéticienne et tous pensent que cela ne va pas disparaître, car leur clientèle aura ses habitudes. La concurrence est pourtant rude. À la Krutenau, le maître coiffeur pour hommes de « Men’s hair studio » Raphaël Kress a su saisir la mode pour étendre ses services :

« J’ai rajouté un panneau « Barber Shop » il y a une bonne année, car c’est une technique que j’ai apprise dans la formation. Cela m’a amené environ 20% de nouveaux clients et donc un boost au chiffre d’affaires c’est sûr. Sur mes habitudes de travail ou mes horaires cela n’a rien changé. C’est juste que la journée est plus remplie. Si jamais la mode retombe ce sera embêtant, mais je suis là depuis 7 ans, je ne vais pas fermer pour autant. »

A la Krutenau devant Men's hair studio depuis un an (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
A la Krutenau devant Men’s hair studio depuis un an (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Raphaël ne connait pas les nouveaux barbiers. Il faut dire que chacun est très concentré sur son activité et les à-côtés à gérer. Il n’y a pas de fédération, d’association ou de syndicat qui regroupent cette profession en renaissance. Sans passer par des structures formelles, James ne serait pas contre un peu plus de fraternité :

« C’est vrai qu’on se connait sans se rencontrer. Ce serait bien de faire au moins un événement commun dans l’année. »

Un monde d’homme

Quant à des femmes dans la profession, aucune n’a pignon sur rue à Strasbourg. Il y a bien Pierette depuis 20 ans à Meistratzheim, cela reste un milieu d’hommes. « C’est comme des magasins de lingerie ou de cosmétique tenus par des femmes. » résume Hugo. Pour Eli, son salon reste un lieu d’hommes où l’on a des discussions « entre hommes, que l’on n’a pas avec des femmes ». Grégory est plus nuancé :

« Avec une femme, c’est plus un rapport de séduction, avec l’homme plus un rapport à soi-même, à son corps. La question c’est est-ce qu’on le fait bien ou non. Je pense qu’il y a de la place pour tout le monde, des services différents. »

Dans certaines écoles à l’étranger, comme à Amsterdam, les femmes sont même interdites. Mais à Paris ou à Saint-Dié, certaines commencent à percer.

Vidéo : Gaspard Glanz
Texte : Jean-François Gérard

Aller plus loin

Sur Liberation : Profession barbier, un beau marché

[Vidéo] Malgré l’incendie, apollonia veut son inauguration dès septembre

[Vidéo] Malgré l’incendie, apollonia veut son inauguration dès septembre
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La grande salle d’exposition (photo EJ / Rue89 Strasbourg)

À quelques semaines de l’inauguration de ses nouveaux locaux,  l’association culturelle européenne apollonia doit faire face aux dégâts d’un incendie. Son nouveau défi : maintenir son inauguration le 21 septembre.

BlogOn a connu meilleur retour de vacances. Alors qu’il venait à peine de fouler le sol Strasbourgeois, le téléphone du directeur d’Apollonia, Dimitri Konstantinidis, sonne. On lui annonce qu’un barbecue sauvage a déclenché un incendie à l’arrière des nouveaux locaux d’exposition de l’association, 23 rue Boecklin, à l’entrée de la Robertsau.

Alors que les travaux venaient à peine d’être finis et que l’encre des cartons d’invitation pour l’inauguration du 21 septembre était à peine sèche, voila l’association face un nouveau défi : celui de remettre en état les locaux en moins d’un mois pour honorer son programme.

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Dimitri Konstantinidis, le directeur d’apollonia (Photo EJ / Rue89 Strasbourg)

Pour cela, apollonia compte sur la bonne volonté des assurances, mais aussi sur l’expression de soutien du public. Une page spéciale sera mise en ligne sur le site de l’association, et les personnes interessées peuvent envoyer un courriel à l’adresse suivante : apollonia@apollonia-art-exchanges.com pour rejoindre les « Amis d’apollonia ».

[Vidéo] Reportage sur place et rencontre avec Dimitri Konstantinidis, le directeur d’Apollonia :


Apollonia après l’incendie par blogrobertsau

Les politiques suivent également le dossier.

Ainsi, même en vacances, on nous rapporte que le premier adjoint Alain Fontanel (PS), qui s’est particulièrement investit dans l’installation d’apollonia à la Robertsau, suit de près les évolutions et que la conseillère départementale Françoise Pfersdorff (« Les Républicains ») est intervenu au niveau des assureurs pour qu’ils prennent la pleine mesure de l’urgence.

avant l'incendie, à l'occasion de l'expo Random Memory / Photo MLB
avant l’incendie, à l’occasion de l’expo Random Memory / Photo MLB
Après...
Après… / Photo EJ – Rue89 Strasbourg

Apollonia est une structure autonome qui se définit comme une plate-forme de coopération dans le domaine des arts visuels entre les pays européens et plus spécifiquement avec les pays d’Europe centrale et orientale, les Balkans, les pays Baltes et du Caucase du Sud.. La majorité de ses manifestations sont itinérantes.

Aller plus loin

Sur le Blog de la Robertsau : Incendie à l’arrière des nouveaux locaux d’ apollonia
Sur le Blog de la Robertsau : Exposition : Random Memory Machine
Sur apollonia-art-exchanges. : Le site d’apollonia

Gagnez vos places pour l’avant-première de Fatima avec son réalisateur au Star St-Ex

Gagnez vos places pour l’avant-première de Fatima avec son réalisateur au Star St-Ex
Rue89 Strasbourg vous fait gagner vos places pour l'avant première de Fatima au Star St-Exupéry
Rue89 Strasbourg vous fait gagner vos places pour l’avant première de Fatima au Star St-Exupéry

En partenariat avec les cinémas Star, Rue89 Strasbourg vous propose de gagner 30x 2 places pour l’avant-première du film Fatima en présence du réalisateur Philippe Faucon. La projection se tiendra dimanche 23 août à 20h15 au Star St-Exupéry rue du 22 novembre dans le cadre de la semaine Ciné Cool du 22 au 29 août. Le film de Philippe Faucon a été sélectionné dans le cadre de la quinzaine des réalisateurs à Cannes. Il sortira le 7 octobre 2015 en salles.

La bande annonce

Le scénario

Fatima vit seule avec ses deux filles : Souad, 15 ans, adolescente en révolte, et Nesrine, 18 ans, qui commence des études de médecine. Fatima maîtrise mal le français et le vit comme une frustration dans ses rapports quotidiens avec ses filles. Toutes deux sont son moteur, sa fierté, son inquiétude aussi. Afin de leur offrir le meilleur avenir possible, Fatima travaille comme femme de ménage avec des horaires décalés. Un jour, elle chute dans un escalier. En arrêt de travail, Fatima se met à écrire en arabe ce qu’il ne lui a pas été possible de dire jusque-là en français à ses filles.

Gagnez vos places

Le concours est clos

Étudiants étrangers : un visa pour l’un et pas pour l’autre

Étudiants étrangers : un visa pour l’un et pas pour l’autre

En avril 2015, Aïcha reçoit une lettre de la préfecture. Objet du courrier : obligation de quitter le territoire français (OQTF). Pour la jeune marocaine, c’est le début d’un combat assez rude dont Rajeb, un étudiant dans le même cas, vient tout juste de sortir. Sur les deux demandes de carte de séjour, une seule a été délivrée.

Il y a plus d’un an, Rajeb, tunisien venu étudier les Lettres à l’Université de Strasbourg, a reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Il avait pourtant entamé son cursus depuis plus de trois ans. En juillet 2015, tout juste diplômé d’une licence, il obtient finalement gain de cause après un an et demi d’incertitude grâce à un soutien de plusieurs associations, de l’Université et du député Philippe Bies (PS).

Pour la préfecture, la mobilisation n’a pas accéléré les choses et le préfet (qui depuis a changé, Stéphane Bouillon étant remplacé par Stéphane Fratacci le 1er août) a usé de son pouvoir discrétionnaire au regard des circonstances : Rajeb a dû subir deux opérations pendant son cursus étalé sur cinq ans et il s’occupe de son père, également souffrant.

Une bienveillance qui n’est pas accordée à « Aïcha », un pseudonyme qu’elle se donne, sous la menace d’une expulsion depuis avril 2015. Pour la première fois, elle accepte de s’exprimer à un média. Rue89 Strasbourg vous raconte son histoire.

Aïcha, le ticket perdant

Aïcha doit depuis plusieurs mois vivre sous couvert d’anonymat dans la peur permanente que l’on vienne l’arrêter. Elle nous a donné rendez-vous à l’arrière d’un café peu fréquenté. Un peu nerveuse, elle cherche à tout prix la discrétion. Elle ne veut pas s’exposer.

Arrivée en France à la rentrée 2014, elle débute un bachelor « Jeune entrepreneuse », un cursus de trois ans à l’École de Management de Strasbourg. Après avoir été prise sur dossier, Aïcha doit passer un entretien en septembre. Les cours commencent le mois suivant et le timing est trop court pour demander un visa français :

« Quand j’ai reçu l’OQTF, la préfecture expliquait que la décision avait été prise parce que je n’avais pas un visa français mais belge. Le problème c’est que quand j’ai appris mon admission, je n’ai pas eu le temps de retourner au Maroc faire mon visa. J’ai fait une demande de titre de séjour à mon arrivée, mais elle a été refusée. »

La préfecture répond que le parcours d’Aïcha est alors considéré comme « instable », car elle ne s’est pas inscrite immédiatement dans son cursus d’ingénieur en électromécanique lors son arrivée en Belgique il y a cinq ans. Le fait qu’elle ait validé sa première année ne change pas sa situation. Chaque année, ce sont 4 000 titres de séjour qui sont attribués par la préfecture Bas-Rhin.

Pour Pascal Maillard, secrétaire académique du syndicat d’enseignants-chercheurs Snesup et professeur de littérature, Aïcha a autant le droit que Rajeb d’obtenir un visa étudiant. Il met en avant son parcours scolaire : un bac avec mention, une classe préparatoire au Maroc et un cursus d’école d’ingénieure en Belgique. Son inscription à l’EM de Strasbourg lui a coûté 1 600 euros pour la première année.

Quand le titre de séjour est attribué à Rajeb, Aïcha ne comprend pas. Certes, Rajeb est dans une situation délicate, mais fragile, Aïcha l’est aussi depuis son OQTF. Sous anxiolytique, elle multiplie les crises d’angoisse et voit un psychiatre. Elle dit souffrir de manque de sommeil, de stress, et éprouve un sentiment d’injustice… Elle a du mal à exprimer entre deux gorgées de soda :

« Il y a d’abord eu le choc. Puis le déni, la colère, l’incompréhension, la dépression… Le premier jour je ne pouvais pas parler. Puis j’ai écrit une lettre à mon avocat qui m’a conseillée de contacter des associations. »

Une lutte de chaque instant

Comme ils l’ont fait pour Rajeb, le président de l’Université, certains professeurs ainsi que la « Cellule de veille et d’alerte » composée de plusieurs syndicats (voir ci-contre), soutiennent Aïcha. Parfois, des étudiants de sa promotion lui rendent visite :

« Ils essaient de me sortir de ma solitude. Il nous arrive de faire des soirées cinéma, de sortir un peu ou alors on reste chez moi. Et ça me rassure de savoir qu’il y a des gens derrière moi. »

Seule, elle ne l’est pas c’est certain. Pascal Maillard n’hésite pas à souligner que l’étudiante est sous leur protection symbolique et physique :

« Ça veut dire que s’il devait y avoir une tentative d’arrestation, on ne resterait pas inerte, mais en toute légalité bien sûr. Et ça fera beaucoup de bruit. »

Aïcha reste humble et positive. Elle ne dit pas tout de suite que son cadre de vie est précaire, à la limite du supportable. Pour l’enseignant chercheur, il y a un « décalage entre la qualité du projet professionnel d’Aïcha et les conditions de vie auxquelles elle est contrainte. » Confinée, elle sort rarement de son studio de 12 mètres carrés, sans lumière, situé au rez-de-chaussée. Un aspect qui pèse un peu plus sur son moral :

« Je ne peux pas changer d’appartement puisque sans visa, je ne suis pas en situation régulière et si je veux un autre logement, on me demandera forcément des papiers d’identité. »

OQTF : une question de quota ?

Au-delà des consignes du ministère de l’Intérieur, Pascal Maillard pense que les quotas de reconduite à la frontière peuvent être un facteur du refus de la préfecture à délivrer un deuxième titre de séjour :

« C’est inadmissible de couper la poire en deux comme si une question humaine pouvait se régler par une question de quota. Il faut savoir qu’un préfet peut gagner jusqu’à 66 000 euros de prime par an. »

En 2010, Le Parisien révélait en effet que des préfets recevraient des primes en fonction de leurs résultats, dans la discrétion la plus totale. Pour toucher cette dite « superprime » instaurée sous le gouvernement Sarkozy, les hauts-fonctionnaires auraient des objectifs à atteindre en terme de sécurité publique, de sécurité routière et d’aide à l’emploi, mais aussi selon un critère de performance lié à la reconduite aux frontières.

Première année où tous les titres de séjour ne sont pas délivrés

Cette année, la situation d’Aïcha est exceptionnelle puisque les années précédentes, le professeur de Lettres explique avoir toujours obtenu les titres de séjour demandés :

« En 2012-2013, six cartes de séjour ont été délivrées, en 2013-2014 on en a obtenu cinq. Et cette année, il n’y a plus de dialogue. Pour les années 2014-2015, nous avions convenu avec la préfecture de faire des réunions pendant lesquelles on pourrait discuter des cas des étudiants étrangers. Après le rassemblement devant la préfecture en juillet, le secrétaire général nous a reçu pour la première fois. On a eu beau envoyer une dizaine de messages, ils sont restés sans réponse jusque-là. »

Des mobilisations sont encore prévues à la rentrée 2015 et une pétition va être créée plus spécifiquement pour le cas d’Aïcha. Pascal Maillard espère d’ailleurs obtenir un soutien local et national. En attendant Aïcha s’est réinscrite pour l’année scolaire qui redémarre en septembre et elle croit en ses ambitions. Passionnée, elle se détend en racontant son envie de décrocher son bachelor pour ouvrir des auberges de jeunesse au Maroc :

« Il y a beaucoup d’hôtels pour les familles, pour les longs séjours, les vacanciers. Mais il y a vraiment très peu d’auberges de jeunesse ou d’endroits du genre pour les plus petits séjours, les voyageurs ou les globe-trotteurs. »

Finalement, quand on lui demande ce qu’elle attend de la suite, Aïcha sourit timidement : « Il faut garder la foi. »