Vue d’un puits de géothermie (Photo CD Vald de Marne / FlickR / cc)
Les commissaires enquêteurs ont émis un avis défavorable après leur enquête publique sur le projet de géothermie profonde de Fonroche au port aux pétroles à Strasbourg, et de nombreuses réserves sur celui d’ÉS à Illkirch-Graffenstaden.
Deux rapports d’enquêtes publiques sur des projets de géothermie profonde dans l’Eurométropole ont été publiés sur le site de la préfecture du Bas-Rhin : celui de Fonroche au port aux pétroles à Strasbourg – Robertsau, et celui d’Électricité de Strasbourg à Illkirch-Graffenstaden.
Le commissaire enquêteur, Jean Annaheim, a émis, chose rare, un avis défavorable sur le projet de Fonroche. Le commissaire enquêteur indique qu’en cas de catastrophe sur le port aux pétroles, le forage de géothermie formerait un conduit direct vers les nappes phréatiques, ce qui aurait pour conséquence leur dégradation. Quant au risque de sismicité, Jean Annaheim ne croit pas aux garanties apportées par Fonroche et craint qu’une secousse ne puisse briser le conduit et permettre au liquide géothermal (chargé de saumure et radioactif) de rejoindre la nappe.
Cet avis rejoint les oppositions exprimées par les associations des habitants de la Robertsau, qui s’étaient inquiétées des risques environnementaux dès que le projet de Fonroche avait été annoncé. En pleine campagne électorale départementale, candidat à la Robertsau, Alain Fontanel, premier adjoint au maire de Strasbourg, avait indiqué que la Ville émettrait un avis négatif. Mais cet avis est arrivé « hors délais » selon le commissaire enquêteur, pour être pris en compte dans la procédure.
Huit réserves à Illkirch-Graffenstaden
Sur le projet d’Électricité de Strasbourg à Illkirch-Graffenstaden, le commissaire enquêteur, Yves Kleiser, a émis un avis favorable mais assorti de huit réserves.
Ces réserves concernent la sismicité, sur le seuil de magnitude pouvant arrêter les travaux et sur les interférences possibles avec les projets de géothermie à Mittelhausbergen et Eckbolsheim, mais aussi sur les risques de pollution de la nappe phréatique. Yves Kleiser note également qu’il manque des informations sur les secteurs concernés par le réseau de distribution de chaleur.
Le manque d’information publique pointé
Les deux rapports déplorent une mauvaise information du public sur des projets aussi importants. Selon Jean Annaheim considère que « la démarche participative telle qu’elle aurait dû être menée dans la phase amont n’a pas eu la place qu’elle mérite dans le processus d’élaboration de ce projet » tandis que Yves Kleiser pointe « une information à destination du public, pour un projet aussi structurant, quasi absente ». Ces remarques visent plutôt l’Eurométropole que Fonroche ou ÉS Géothermie.
Avec un avis défavorable, il sera difficile au préfet de prendre un arrêté d’autorisation du projet de Fonroche. C’est possible mais les recours des opposants pourraient alors s’appuyer sur les conclusions du rapport, et ce serait aussi passer outre l’opposition affichée de la Ville de Strasbourg, qui, même hors délai, est bien connue. À Illkirch-Graffenstaden, ÉS Géothermie devra lever les réserves, faute de quoi l’avis final sera lui aussi défavorable.
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La Grande braderie de Strasbourg, c’est ce samedi 25 juillet. Cet événement qui mêle grande foule et gros business génère autant l’excitation de certains que la fuite des autres. Rencontre avec Pierre Bardet, l’homme qui organise cet événement chaque année au creux de l’été.
Céline, strasbourgeoise d’adoption depuis de longues années, l’affirme :
« La braderie, c’est beaucoup de monde, beaucoup de bruit et beaucoup de produits chinois. Mais j’adore les harangueurs de foule, ceux qui crient “allez, tout à 10 euros, on se lâche !” »
La grande braderie, c’est une affaire de bons plans mais aussi une question d’ambiance. C’est en tout cas ce que défend Pierre Bardet, directeur général des Vitrines de Strasbourg, qui organise la grande braderie chaque année.
Rue89 Strasbourg : Depuis combien de temps la grande braderie existe-elle ?
Pierre Bardet : C’est une grande dame maintenant, puisque c’est la 57e édition. Et l’année prochaine, les Vitrines de Strasbourg auront 60 ans. La braderie a évolué jusqu’à devenir une grande fête du centre-ville, puisque les commerçants sortent dans la rue. La date est toujours calée pour le dernier samedi du mois de juillet, le coup de balais des soldes. Ce jour-là il y a vraiment des affaires à faire puisque les commerçants offrent des promotions sur les multiples rabais qui sont déjà en cours.
Les Pin-up d’Alsace vont vous faire groover à la grande braderie (Document remis)
« Toute l’ellipse insulaire est en mode braderie »
C’est la plus grande braderie commerciale de France. J’insiste sur « braderie commerciale » puisque Lille se fait avec des brocanteurs. Chez nous il n’y a que des commerces, sauf un espace brocante instauré depuis une petite dizaine d’année pour inviter les particuliers à jouer dans la même cour. Cet espace couvre la Place Broglie et la rue du Dôme.
C’est une ambiance de fête puisque tout le monde est dans la rue. Tout le centre ville est entièrement piéton, de la gare au pont du Corbeau: toute l’ellipse insulaire est en mode braderie.
Pierre Bardet invite chaque année les Strasbourg à la grande braderie (Photo MB / Rue89 Strasbourg)
Les commerçants sont tous de Strasbourg ?
Il y a plus de mille commerçants. Une grande partie de ceux de Strasbourg sortent dans la rue, mais ils sont rejoints par des commerçants non-sédentaires de toute la France. Entre chaque stand de commerçants strasbourgeois, il y a des non-sédentaires. C’est aussi ce qui crée cet effet de foire.
Puisque toute le centre-ville est piéton pour l’occasion, comment doit-on faire quand on vient en voiture ?
On ne peut évidemment pas construire des parkings pour une journée. Il y a par contre des renforcements de bus et de trams. Il y a quelques parkings toujours accessibles, comme Sainte Marguerite, Broglie et Austerlitz. Les transports en commun ne roulent pas dans l’ellipse insulaire. Ils s’arrêtent place de l’Étoile et place de la République pour amener les visiteurs au plus proche de la braderie. Il y a quand même entre 150 000 et 200 000 personnes ce jour-là, donc c’est avant tout une question de sécurité.
Est-ce que des tarifs spéciaux sont mis en place pour l’accès en transport en commun à la braderie ?
Non je ne crois pas. [toutes les dispositions de la CTS concernant la grande braderie sont disponibles ici]
Quentin Masti est Mister Strasbourg 2015, on aura bien droit à quelques « free hugs »? (Document remis)
Chaud mais pas trop
Est-ce qu’il va faire chaud?
Je vivais dans la hantise de la canicule pour ce samedi… La canicule ne fait pas bon ménage avec la foule. Finalement on aura 25°C et du temps nuageux donc le temps sera idéal. Il y aura quand même des postes de secours place Kléber, rue de la Grande Armée, place Gutenberg et place des Étudiants. Il y a aura des ambulances prêtes à partir en cas de malaise, par exemple pour des femmes enceintes ou un enfant qui se blesse, on ne sait jamais. On prévoit tout pour que les secours ne tardent pas à arriver.
Un petit conseil aussi aux consommateurs qui n’aiment pas la foule : allez-y très tôt le matin. Certaines boutiques ouvrent à partir de 8h, d’autres 9h. La braderie dure de 7h30 à 19h30.
Est-ce qu’il y a des points d’eau ?
Les points d’eau sont naturellement mis en place par la Ville de Strasbourg. Il y a aussi des brumisateurs sur certaines terrasses. Il y a deux ans on avait une alerte canicule à 40 C°, on avait pris des mesures spéciales. Cette année ça ne devrait pas être nécessaire.
Est-ce que les visiteurs de la braderie viennent de loin ?
Nous avons évidemment tous les touristes, comme on peut le constater dans Strasbourg où on entend parler toutes les langues. Beaucoup de touristes tombent un peu au hasard sur la grande braderie. Ils adorent !
Nous faisons de la communication dans le Haut-Rhin, dans le Bas-Rhin, et pour la première fois cette année nous communiquons aussi en Allemagne. Les Allemands aiment les braderies, et là ils ont à leur porte la plus grande braderie commerciale de France.
Katrina Patchett et Maxime Dereymez de Danse avec les stars, prêts pour un bain de foule strasbourgeois (Document remis)
À boire et à manger
Quelles sont les possibilités de restauration dans la braderie ?
Les restaurateurs en place créent des petits menus spécial braderie, plus allégés. Ils agrandissent leurs systèmes de distribution de bière et de boissons. Et puis il y a naturellement les non-sédentaires qui viennent, comme dans une fête. Il y aura donc très largement de quoi se restaurer. Et à boire !
Parmi les animations, il y a la séance de dédicaces. Comment sont opérés les choix de programmation ?
PB : C’est moi qui ait instauré cette histoire, il y a une dizaine d’années. Lille a sa particularité, son ambiance particulière avec ses moules et ses frites. L’idée était de créer aussi une ambiance de fête à Strasbourg, en plus des bonnes affaires. Au départ je pensais ne faire ça que pour les 50 ans des Vitrines de Strasbourg, mais maintenant on me pose la question à longueur d’année, des mois à l’avance, comme pour le Marché de Noël : « alors, cette année, qui est-ce qui vient ? » Les particuliers, les commerçants, tout le monde se demande qui va être l’invité d’honneur. C’est devenu vraiment une image de marque de la braderie.
« Il ne faut pas des artistes qui se la jouent »
Le problème c’est qu’il faut savoir se renouveler tous les ans. En plus cela tombe au mois de juillet, quand la plupart des « people » sont en vacances. Il faut trouver des artistes prêts à aller au contact du public. Il ne faut pas des gens qui se la jouent, qui disent : « je ne me mélange pas avec le peuple ». La braderie c’est la braderie. On ne les mets pas sur une scène et ensuite c’est terminé.
Ils se promènent dans la braderie, escortés par de la sécurité, et se rendent à trois points d’animation pour mettre la fête dans tout le centre-ville : place Gutenberg [pour l’inauguration festive à 12h], place Kléber [pour une séance de dédicaces à 15h30] et dans la Grand-Rue [vers 17h15].
L’idée n’est donc pas que les artistes fassent une performance, mais plutôt qu’ils soient au contact des gens ?
Oui, pour discuter et signer des dédicaces. Certains font une performance. On a eu Scènes de ménage, les acteurs de Plus belle la vie, Geneviève de Fontenay qui a été un de nos plus grands succès avec Julien Lepers… Les gens adorent ça.
Cette année j’ai voulu faire quelque chose de très festif, de très « été », de très « vacances ». Quand on voit depuis le début de l’année les attentats, tous ces gens qui ont des problèmes, ceux qui se font couper la tête, ces problèmes économiques avec la Grèce, on en a ras le bol ! J’ai voulu apporter quelque chose de léger, d’amusant.
Le couple vedette de Danse avec les Stars, Katrina Patchett et Maxime Dereymez, sont regardés par 7 à 8 millions de téléspectateurs. Ça va être frais, ils vont faire quelques pas de danse mais ils vont surtout dédicacer, se faire prendre en photo, se promener dans la rue, faire des selfies… Ils sont très disponibles et très gentils. Dans ma sélection c’est ce que je regarde en priorité.
Se vider la tête et se remplir les poches : le credo de la grande braderie?
Il y aura aussi les Pin’ups d’Alsace pour apporter un grain de folie. Elles vont faire une performance qui va entraîner toute la foule dans la danse. C’est vraiment quelque chose d’exceptionnel.
Et comme il en faut pour tous les goûts, il y aura Mister Strasbourg pour les dames, et Monsieur Muscle qui s’appelle Igal. Tout le monde prendra ce qu’il veut dans une ambiance très décontractée. L’orchestre Perle ira aussi dans les rues, pour propager la fête dans toute la braderie.
Indépendante, coordinatrice de projets et rédactrice, je travaille dans le champs des droits humains, du développement et de la culture, au niveau international mais aussi en local à Strasbourg.
Courir à Strasbourg, en été, sous la canicule Barrières de fermeture des parcs en cas d’intempéries (Photo Rue89 Strasbourg /AM)
Peut-on continuer à courir à Strasbourg lorsque le thermomètre indique 30 dégrés ? Malgré la cuvette et le béton, voici mes conseils pour maintenir l’entrainement. Et rester vivant.
Il fait chaud, très chaud, trop chaud. Je pars faire mon traditionnel footing, mais la réalité me rattrape vite : l’air ambiant assèche la bouche, brûle les poumons. J’ai soif, je transpire bien plus qu’à mon habitude et je finis par me demander ce que je fais là.
Je rentre prendre une douche glacée. C’est l’heure des journaux télévisés, je zappe : les présentateurs et les décors changent mais pas les discours. Pour des raisons de pollution, de chaleur, de tout, de rien, on me déconseille toute activité sportive.
À Strasbourg, la configuration en cuvette de la région accentue la condensation des polluants, mais j’ai pourtant une grosse envie de maintenir mon rythme d’entraînement, même pendant ces périodes chaudes. Car courir à Strasbourg, par temps chauds voire caniculaires, ça reste possible, moyennant quelques aménagements de planning ou d’itinéraires.
Les forêts de Strasbourg sont bien balisées et offrent une protection bienvenue contre le soleil. (Photo AM / Rue89 Strasbourg)
Des parcours plus ombragés
Mon premier réflexe est de chercher des parcours plus ombragés. Bien sûr, je porte une protection individuelle universelle : une casquette, indispensable pour faire face aux rayons du soleil. Mais je dois aussi changer mes chemins d’entraînement et partir à la recherche d’autres lieux plus à l’abri.
J’ai alors opté pour la course en forêt. Les massifs de la Robertsau avec son parcours de santé ou du Neuhof sont parfaites pour ça. En effet, sous les branches feuillues, je constate que la température descend subitement de quelques degrés, faisant passer les chemins forestiers d’impraticables à acceptables, voire agréables.
Je m’y sens bien. Sur un autre entraînement, je tente l’alternative des parcs: le parcours périphérique du parc de l’Orangerie est pratiquement intégralement ombragé, celui de la Citadelle, un peu moins mais j’y ai quand même trouvé des tronçons à l’abri du soleil. Cependant je sens clairement la lourdeur de la chaleur intra-muros de Strasbourg.
Courir le matin, lorsque les températures sont fraîches (Photo Rue89 Strasbourg / AM)
Courir à la fraîche ?
Autre piste, décaler l’heure de mon entraînement. L’idée est d’éviter les périodes chaudes des journées ensoleillées. Pour ça, j’ai tenté un entraînement à la fraîche : réveil à 6h15 du matin ! Motivé, il faut être motivé mais… non ! L’idée a tourné court. Je me dis qu’une sortie le soir, vers le coucher du soleil, aura le même effet.
21h09, c’est l’heure à laquelle se couchera le soleil ce soir, j’enfile mes baskets pour profiter du reste de la luminosité mais surtout des températures qui baissent. Je m’équipe de ma lampe frontale pour être bien visible, le thermomètre affiche encore 24°C, c’est agréable, pas étouffant, praticable. Je trouve l’idée bonne, je la conseille.
De plus, l’éclairage urbain facilite ces horaires d’entraînements tardifs. J’ai arpenté les rues piétonnes du centre ville en passant par le boulevard de la Victoire et revenir par le quai des Alpes : c’est agréable, sécurisé et j’ai croisé un bon nombre de coureurs qui ont eu la même idée que moi. Je referai une sortie semi-nocturne dans deux jours si le thermomètre dépasse encore la trentaine de degrés durant la journée.
À noter un phénomène impressionnant, le soir lorsque l’air ambiant est plus frais, on sent les gros murs en pierres des bâtiments historiques du centre ville restituer la chaleur quand on s’en approche.
Emporter de quoi se noyer sous des torrents d’eau
Durant ces périodes de chaleur, il faut boire assez, partout, avant mais surtout pendant l’entraînement. Au delà des évidents et traditionnels conseils d’hydratation, je ne sors jamais sans ma gourde à la main (ou cachée dans un buisson). Sauf que lorsqu’il fait chaud, elle se vide plus rapidement et il faut pouvoir la remplir.
Carte de recensement des points d’eau autour du centre ville (document Ville de Strasbourg)
Pour ça, quel que soit l’endroit où je cours dans la ville, je m’arrange toujours pour tomber sur des points d’eau pour faire l’appoint : que ce soit aux fontaines publiques, aux points d’eau (points ponctuellement mis à disposition en été par la Ville en installant des fontaines sur des bornes d’incendie) ou toilettes publiques.
Des dispositions que je trouve très pratiques, au nombre d’une cinquantaine de points éparpillés à travers l’agglomération, utiles pour s’hydrater correctement tout au long de ma séance d’entraînement. C’est efficace, gratuit et ça me permet d’augmenter la longueur de mes distances d’entraînement sans jamais souffrir de la soif.
Fontaine d’eau public, dans les parcs de la ville (Photo Rue89 Strasbourg /AM)
Ma philosophie de la course à pied est en premier lieu le bien être et non la prise de risques pour la recherche de la performance absolue. Du coup, je rejoins les conseils alarmistes des présentateurs de journaux télévisés. En cas de canicule, il peut y avoir des orages, qui peuvent être violents. Et là, pas de secret, je n’affronte jamais un ciel trop menaçant. D’ailleurs, la Ville ferme les parcs lorsque le temps menace.
Barrières de fermeture des parcs en cas d’intempéries (Photo Rue89 Strasbourg /AM)
Je ne fais pas non plus d’entraînement fractionné (courir alternativement vite puis lentement), ni d’entraînement en côtes afin d’éviter d’augmenter encore plus mon rythme cardiaque. Autre prudence : pour éviter de respirer de l’air trop pollué et de tousser noir à la fin de mon entraînement, j’essaie d’éviter les zones à forte circulation automobile comme le long de la route du Rhin, la proximité des sorties d’autoroute (place de Haguenau…), ou même le long de l’A35 (par exemple, sur la piste cyclable Antonin Magne, le long de l’autoroute).
Mais courir à Strasbourg sous les chaleurs de l’été, c’est possible !
En avril, la ministre de la décentralisation Marylise Lebranchu avait prévenu les Départements… (Photo FlickR / PS / cc)
Avec l’adoption de la loi NOTRe, le développement économique échappe aux Départements. Problème : les élus locaux appréciaient de disposer de cet outil de liaison avec les entreprises et de promotion de leurs actions en faveur de l’emploi. Pour autant, le coût de ces agences par rapport au nombre d’emplois créés est régulièrement dénoncé. Elles vont devoir s’adapter.
La scène se déroule un après-midi de juin au château Kiener à Colmar. Plusieurs élus et acteurs économiques sont réunis pour approuver le bilan de l’agence d’attractivité de l’Alsace (AAA). Dans un discours enflammé Philippe Richert, président (Rép.) de la Région Alsace, promet que le modèle de l’agence, qui mêle le développement touristique et l’attractivité économique à l’échelle de l’Alsace, est destiné à perdurer malgré la réforme territoriale.
Tout le monde sourit et avant les petits fours, on vote gaiement le budget d’AAA : 7,3 millions d’euros, dont 6,6 millions de subventions du conseil régional. Pourtant, dans les coursives, des critiques se font jour contre tout cet argent dépensé en attractivité et en prospection. AAA est née l’an dernier de la fusion entre le comité régional du tourisme (CRT) et Alsace International (AI), chargée d’attirer des entreprises étrangères.
Alsace International était dotée d’un budget de 5 millions d’euros en 2008, en baisse graduelle jusqu’à 3 millions d’euros en 2013 avant la fusion. Dans son dernier rapport d’activité (2013), AI revendique « 16 implantations en Alsace, devant générer à terme 269 emplois ». En 2014, dans le rapport d’AAA, ce sont à nouveau plus de 200 emplois dont AAA revendique la paternité.
La colère du maire d’Obernai, Bernard Fischer
Mais ces développements sont-ils vraiment à mettre au crédit de l’agence ? Maire d’Obernai, Bernard Fischer (Rép.) a eu la surprise d’être « notifié » par AAA de la décision de la société Roma d’implanter son siège français dans sa commune (voir ci-dessous la note envoyée par AAA).
La note promet la création de 15 à 20 emplois sur trois ans. Merci l’Agence d’attractivité ? Bernard Fischer a une autre lecture de cette implantation, puisque c’est lui qui en est à l’origine comme il l’explique dans un email un brin sec envoyé à l’AAA (voir ci-dessous).
Email de Bernard Fischer à l’Agence d’attractivité (doc Rue89 Strasbourg)
L’email est sévère mais pour sa défense, Philippe Choukroun, directeur d’AAA, indique que Roma était « suivie » par l’agence dès 2010, soit trois ans avant la rencontre du maire d’Obernai avec les dirigeants de l’entreprise :
« C’est symptomatique. Avant une décision d’implantation, il y a souvent plusieurs années de contacts, d’approches… Notre travail se déroule dans l’ombre, ça ne m’inquiète pas que certaines personnes disent ne pas nous connaître ou ne pas bien voir quelle a été notre action. »
Le temps des implantations ex-nihilo est révolu
Pour un observateur de la vie économique alsacienne, cet échange confirme que, malgré tous les mérites d’AAA, les décisions d’implantations en Alsace répondent à des logiques économiques, à des histoires personnelles mais pas à des opérations de prospection à l’international :
« Qui peut croire qu’un dirigeant japonais va implanter une usine de 300 personnes à Saint-Amarin parce qu’il a rencontré des Alsaciens dans un salon ? Soyons sérieux, il y a 800 entreprises qui se créent chaque année en Alsace, sans le concours de quiconque. Il n’y a aucune correspondance entre la carte des investissements étrangers et la cible des prospections. Et quand bien même, 200 emplois créés avec 5 millions d’euros, ça fait quand même cher le coût d’acquisition ! »
Et c’est peut être même encore plus cher. Car d’autres agences sont également chargées de développer l’économie locale. Le Département du Bas-Rhin finance l’Adira (2,2 millions d’euros par an), le Haut-Rhin a le Cahr (1,5 million d’euros par an). Résultat : « tout le monde se félicite des succès des mêmes boites, dans les rapports, il n’y a que des contacts pris ici ou là » pointe un autre proche du dossier, sans parler des douteux « emplois maintenus », l’Adira en revendique 2 841 en 2014.
Alsace International déchirée par ses deux métiers
Il était pourtant question de fusionner tout ça en 2013, pour faire passer la pilule de l’échec du référendum sur le conseil unique d’Alsace, mais les résistances ont eu raison du projet. Au final, Philippe Richert n’a pu fusionner que les deux seules agences qu’il contrôlait, à savoir le comité régional du tourisme et Alsace international (AI) pour fonder l’Agence d’attractivité.
Ce regroupement a eu pour effet de perdre les anciens d’AI qui ne voient pas très bien ce qu’ils ont en commun avec les professionnels du tourisme. Pour l’un d’entre eux, la collaboration est difficile entre les collègues des deux anciennes entités : « on ne comprend même pas ce qu’ils disent. On ne fait pas le même métier. Tout est cosmétique. » Et pour lui, c’est clair, le tourisme a pris la main au sein d’AAA.
C’est dans ce contexte qu’en avril, Marylise Lebranchu, ministre de la décentralisation et de la fonction publique (PS), a provoqué un petit séisme en avertissant les Départements qu’ils devaient se préparer à se séparer de leur agences, puisqu’ils allaient perdre leur compétence générale et que les régions avec les métropoles seraient les chefs de file du développement économique.
Le retour de la fusion avortée en 2013 ?
Frédéric Bierry, président (Rép.) du Département du Bas-Rhin, et Éric Straumann (Rép.), du Haut-Rhin, ont crié très fort leur attachement à ces agences, qui permettent aussi aux élus locaux d’avoir du répondant sur la question, brûlante, du chômage. Mais ils ont compris le message : une fois les postures retombées, il allait falloir s’adapter. Les Départements ont jusqu’au 31 décembre 2016 pour s’accorder avec la Région, qui entre temps sera devenue Alsace-Champagne-Ardennes-Lorraine.
Les deux présidents sont d’accord pour fusionner leurs agences, l’Adira et le Cahr, en une seule. Des travaux préparatoires ont déjà débuté. Un rapprochement rendu possible par le départ de Charles Buttner après les élections de mars 2015. Ce dernier n’a jamais voulu voir le Cahr s’éloigner du conseil général du Haut-Rhin, malgré d’inquiétants signes de déliquescence.
Divergences à droite à la Région et les Départements
Toujours président de l’Adira, l’ancien président du Bas-Rhin devenu sénateur (Rép.) Guy-Dominique Kennel est aussi favorable à une fusion entre les agences départementales :
« Les élus ont besoin d’un support technique et juridique dans leurs relations avec les entreprises. Il ne s’agit pas de chasser là où il n’y a rien, d’aller chercher des entreprises à l’autre bout du globe, mais d’accompagner. Ces agences sont des facilitateurs pour les investissements des entreprises et ça s’arrête là. C’est déjà beaucoup, il ne faut pas tout mélanger. Je suis d’accord pour fusionner les agences, mais en laissant le tourisme de côté. »
À la Région Alsace, on ne voit pas les choses ainsi :
« L’investissement étranger dépend de notre image internationale. C’est pourquoi ça a du sens de marier le développement économique et le tourisme. Que les synergies soient difficiles d’accord, mais c’est surtout à cause d’une conception dépassée du métier de la prospection. De notre point de vue, l’Agence d’attractivité doit cumuler les fonctions support, pour irriguer ensuite le réseau des offices de tourisme et les chargés de développement économique. »
Prudence à l’Eurométropole
À l’Eurométropole, le président (PS) Robert Herrmann est encore très prudent. S’il veut garder l’Adira, il prône « des alliances » et veut encore discuter, notamment avec les chambres de commerces, elles aussi invitées à repenser leur place dans la grande région.
De son côté, l’Agence d’attractivité n’entend pas céder du terrain. Pour son directeur Philippe Choukroun, AAA est prête à accueillir les salariés de l’Adira et du Cahr si les élus en décidaient ainsi :
« L’important est de ne pas perdre les compétences qui existent dans notre région. La configuration finale de l’accompagnement économique n’est pas encore actée mais nos premiers résultats sont très encourageants, la dynamique créée par le mélange du commerce extérieur et du tourisme fonctionne à plein. L’Alsace est l’une des premières régions pour les investissements étrangers, selon le classement de Business France. »
L’agence cumulerait ainsi plus de 100 personnes, ce qui en ferait « la plus grosse agence en France en charge du développement de la plus petite région » persiflent les détracteurs de cette stratégie.
Les travaux sur les voies cyclables semblent toujours moins prioritaires que ceux sur les routes (Photo EJ)
Emmanuel Jacob, blogueur à la Robertsau et collaborateur à Rue89 Strasbourg, réagit à notre article sur la difficile ascension des vélos électriques. Et pour lui, il n’y a pas de « capitale du vélo » à Strasbourg, car la priorité reste donnée à la voiture.
Cocteau aurait dit Il n’y pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. C’est un peu la même chose à propos de la passion de Strasbourg pour le vélo : il ne suffit de l’afficher, c’est au quotidien que nous devrions constater la vraie prise en compte du vélo. Même si Strasbourg est mieux lotie que la plupart des grandes villes françaises, cet avantage comparatif semble plus le fait d’un avantage géographique, exploité avec opportunisme, qu’un choix fondamental d’aménagement urbain, en faveur du vélo.
Bénéficiant d’une morphologie assez plane, idéale pour le vélo, la ville a pu bénéficier de pistes grâce à ses larges avenues, qui ne dérangeaient pas le développement de la circulation automobile. Tant mieux, mais le résultat est que le vélo reste secondaire, donc mal géré par les planificateurs de nos espaces publics, pour qui il reste une contrainte.
Impossible de n’emprunter que des pistes cyclables
Utilisateur au quotidien, je ne peux que constater le morcellement et l’incohérence des pistes cyclables. Il est particulièrement difficile par exemple d’aller simplement d’un quartier à un autre en n’empruntant que des pistes. Alors que ce n’est pas le cas pour les voitures : vous pouvez vous rendre d’un point à un autre de la ville sans jamais quitter votre voie réservée. Le réseau cyclable de Strasbourg, tant vanté par nos communicants, reste un gymkhana, fastidieux et dangereux, pour celles et ceux qui s’y risquent.
Les récents accidents mortels, dont des cyclistes ont été victimes, ne cessent d’interpeller sur ce point.
C’est également sans compter sur les nombreux véhicules de toutes sortes qui se trouvent toujours des excuses pour stationner sauvagement sur les trottoirs et les pistes. Livreurs, engins de travaux publics, agents de la CUS, La Poste etc. Ils s’arrogent un droit personnel au mépris de la réglementation. Il est par exemple sidérant de voir des agents de la CUS stationner sous un panneau « piste cyclable » que certainement leurs collèges ont dû poser.
Passivité des pouvoirs publics
Alors que le code de la route vient de durcir les amendes contre les véhicules qui s’arrêtent ou stationnent sur des pistes cyclables, avec 135 € d’amende à la clef et les qualifiant de « stationnements très gênants », il est étonnant de constater la passivité, voire la complicité avec laquelle ces infractions sont traitées.
Une voiture de la CUS s’affranchit du code de la route (Photo EJ)Se garer sur le trottoir est apparemment permis aux agents de la CUS (Photo EJ)
Ça c’est le quotidien du cycliste à Strasbourg : pistes incohérentes, pas d’axes majeurs, conflits piétons-cyclistes organisés ; et priorité à la voiture.
En été, les vélos sont censés disparaître
Mais particulièrement en été les cyclistes ont d’autres « signes preuves » de l’amour de Strasbourg pour le vélo : les travaux d’été. Évidemment qu’il faut profiter de la période « calme » pour effectuer des travaux sur la chaussée, mais chose étonnante, à chaque fois qu’il y a des travaux, les vélos s’envolent, disparaissent.
Ici, avenue Pierre Mendes France : le camion de l’entreprise est garé sur le dernier bout de piste cyclable, ne laissant que peu d’espace pour les piétons et les cyclistes. Il y une petite déviation pour les voitures qui passent sur la piste cyclable… Où est la déviation pour les vélos et les piétons ? N’y a-t-il pas de risques supplémentaires ?
Aucune déviation prévue, les risques sont accrus (Photo EJ)
Boulevard de Dresde : des panneaux invitent les piétons (et les vélos ?) à prendre le trottoir d’en face… qui est également en travaux avec le même panneau.
Prenez le trottoir d’en face… également inaccessible (Photo EJ)
Même chose route de La Wantzenau, des travaux des deux côtés de la route, les cyclistes et les piétons n’ont qu’à se serrer et tenter l’aventure dans le flux de la circulation.
Route de La Wantzenau, des plots semblent faire obstacle aux cyclistes (Photo EJ)
Oui, faire du vélo une priorité est difficile
En ces périodes de fortes chaleurs et de pollution, plus que jamais le vélo est l’avenir des villes. Pratique, peu encombrant, bon pour la santé et surtout zéro émission polluante. Mais encore faut-il lui donner vraiment la place qu’il mérite. C’est bien beau de compter les vélos place de l’Étoile, si c’est pour les oublier à la moindre difficulté.
Celles et ceux qui choisissent le vélo comme mode de transport quotidien se rendent compte du chemin encore très important qu’il reste à parcourir pour que la ville leur soit accueillante : connecter et sanctuariser les voies cyclables, démultiplier les arceaux où garer son vélo en sécurité (y compris dans ses nouveaux gabarits, de type cargos), sanctionner les empiétements automobiles… pour faire vivre à Strasbourg cette “culture vélo” qui fait la réelle différence entre une ville du vélo, pensée pour le vélo, et une ville qui se contente d’additionner les bouts de pistes cyclables pour bien figurer dans les classements.
Le whois sur les adresses des DNA et d’Euro Information (capture d’écran)
Une panne informatique a affecté les services informatique du groupe Crédit Mutuel lundi 20 juillet à partir de 15h15 jusque vers 17h. Les accès aux sites de la banque, dont creditmutuel.fr et cic.fr, ont été indisponibles pendant près de deux heures, ainsi que les sites web des journaux du groupe.
À partir de 15h15 ce lundi, tous les sites internet du groupe Crédit Mutuel et du CIC, dont creditmutuel.fr et cic.fr, ainsi que ceux des journaux qui appartiennent au groupe, sont inaccessibles. Ce n’est que vers 17h que l’accès aux sites du groupe a été graduellement restauré, une panne majeure pour une banque de cette importance.
Selon certains témoignages sur Twitter, l’application de gestion des comptes était également inaccessible pendant la panne. D’autres ont indiqué que le système de paiement en ligne, ainsi que le système de vérification de ces paiements par SMS (3D secure) ont aussi été affectés.
— My little Ecommerce 🇫🇷🇺🇦 (@PowerBenben) July 20, 2015
Selon des premiers éléments, il semblerait que les serveurs DNS, qui font le lien entre les adresses et les serveurs, du Crédit Mutuel aient été rendus inopérants. Tous passent par l’adresse e-i.net, qui elle même ne répondait pas.
Les journaux de l’est affectés
La filiale informatique du groupe, Euro Information, héberge notamment les sites des Dernières Nouvelles d’Alsace et de L’Alsace, ainsi que les journaux de l’est de la France (Le Républicain Lorrain, L’Est Républicain, Vosges Matin, le Progrès, le Dauphiné Libéré ou encore le Bien Public). Tous ces sites ont été touchés par cette panne.
Capture d’écran d’un site de vérification de disponibilité
Pour Pierre Meyssac, ingénieur réseau et cofondateur de Gandi, le Crédit Mutuel pourrait bien avoir été victime d’une attaque de type DDOS (deni de service) sur ses serveurs DNS, qui forment la base de son architecture :
« Les serveurs DNS d’Euro Information étaient très difficiles à joindre. On ne peut pas dire avec certitude de l’extérieur d’où vient le problème. Mais si ce n’est pas un changement de configuration chez eux, ce qui est très improbable, cette saturation des accès est le signe d’une attaque. »
Vers 16h40, Euro Information a publié un message sur leur site, redevenu brièvement accessible, indiquant sobrement un « problème technique » :
capture d’écran sur Euro Information (e-i.net)
Depuis, aucune explication n’est venue du groupe Crédit Mutuel. Sur leur site web, l’incident n’est pas mentionné. Aucun communiqué de presse n’était publié dans la soirée de lundi, ni aucune mention de la panne n’a été publiée sur le compte Twitter du Crédit Mutuel. Contactée, la communication du groupe Crédit Mutuel n’avait aucune information. Sur le compte Twitter du CIC en revanche, les community managers ont été plus disserts, et ont même répondu aux questions de leurs clients pendant l’incident :
@DrYayou@YaJez@louisandre Bjr, désolé pour les désagréments, nos équipes techniques sont mobilisées sur les problèmes en cours, à suivre.
Dans la soirée, des messages internes envoyés aux employés du Crédit Mutuel ont fait état « d’incidents sur une infrastructure réseau », ce qui semble exclure une attaque extérieure mais du coup, pose la question des responsabilités au sein d’Euro Information. Le même message indique un « retour à la normale à 17h15 », soit une interruption totale des services de près de deux heures.
C’est à l’arrêt du tram C, sur le parvis de la gare, que les Strasbourgeois ont été surpris par un tramway venu d’ailleurs. Se voulant une oeuvre d’art public et mobile, ce tramway a été imaginé par Luc Schuiten. L’artiste belge avait été invité en résidence au Shadok, et l’oeuvre avait été présentée dans le cadre de l’exposition « Cités Végétales en 2115 ». L’opération d’habillage a coûté 30 000€. Le tramway circulera sur la ligne A pendant un an.
Après une vingtaine d’heures de travail pour poser 350 m² d’adhésifs, Luc Schuiten a pu signer son oeuvre et dévoiler sa plaque aux côtés d’Alain Fontanel, premier adjoint au maire de Strasbourg (PS) et président de la CTS.
Une vision du futur
A travers ce tram « végétalisé », l’artiste a voulu évoquer sa vision du futur et les enjeux écologiques des transports en commun :
« Des gens vont circuler dans mon dessin, et c’est un grand honneur. J’ai avant tout voulu imager ce que l’avenir peut nous réserver en terme de transport. Inventer de nouveaux moyens de se déplacer sans épuiser les ressources de la nature, c’est important. On consomme bien plus vite que ce que la nature est capable de générer. Je n’ai fait qu’imaginer un dessin fait de petits éléments végétatifs où l’idée serait de créer un monde en harmonie avec la nature. »
La vidéo de l’habillage
Le tram « végétalisé » de Luc Schuiten sera suivi, fin septembre, d’une autre réalisation inspirée des « cités végétales » : un portique en bambous élevé devant le Shadok.
Un tramway « végétalisé » conçu par Luc Schuiten a été inauguré sur le parvis de la gare.
Ce tramway circulera sur la ligne A pendant une durée d’un an voire plus.
Alain Fontanel dévoile la plaque du tram.
Le tramway a été conçu dans le cadre de l’exposition « Cités Végétales 2115 ».
Luc Schuiten signe son oeuvre d’art mobile.
Luc Schuiten a posé sa signature à l’avant et à l’arrière du tram.
Luc Schuiten est un artiste belge invité en résidence à Strasbourg. Il a notamment proposé des nids suspendus sur le quai André Malraux et son « tricyclopolitain ».
« Aujourd’hui, inventer le tram comme je l’ai imaginé n’est pas compatible avec ce qui existe déjà. J’ai donc cherché à l’évoquer à travers un dessin » confie Luc Schuiten.
Des panneaux qui expliquent le concept sont affichés dans le tram.
L’adolescence comme quête d’identité et de liberté (Photo Studio Canal)
Deux adolescents décident de se donner la chance de grandir en taillant la route pour se libérer de la société qui les enferme ainsi que de tous les autres mécanismes aliénants propres à leur génération.
Daniel, cheveux longs et passionné de dessin, ressemble un peu à une fille. A l’école on l’appelle Microbe car son visage et son attitude sont encore très juvéniles. L’arrivée de Théo dans sa classe va ouvrir son horizon et changer l’ordre trop figé dans lequel il se sent condamné à ne pas vivre. Théo est un original, fier et indépendant. Il est imprégné d’une odeur d’essence et a été surnommé Gasoil, mais ne s’en soucie guère. Fils de brocanteur, passionné de mécanique, à la fois crade et dandy, son imagination débordante devient rapidement la clé de tous les possibles.
Un film hypo-gondriaque?
Réaliste mais plus léger que The We and the I (2012), très simple en apparence relativement à The Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004) mais doté de personnages à la psychologie complexe, le teen-movie de Gondry s’avère au final très accompli. Pas de surenchère de l’onirisme ou d’effets spéciaux comme dans L’écume des Jours (2013), ni d’exagération du genre carton-pâte comme dans Soyez sympas, rembobinez (2008), ce dernier opus est en définitive « gondrissime » parce que le style autobiographique y résonne de partout.
La Bande-Annonce
L’image très travaillée rime avec la douce musique des sentiments fragiles aux accents ultras sensibles de la découverte de l’amour et de l’amitié. Sur la route des bricoleurs de l’existence, le chemin se fait dans le décor des plus beaux livres de notre enfance, et l’histoire de ces deux adolescents profondément attachants, s’érige en une fable universelle pleine de poésie.
Une crise d’adolescence aigre-douce centrée sur l’enfance
Contrairement à ce qui est représenté dans tant de films sur l’adolescence à l’usage des grands, dans Microbe et Gasoil, le cadre scolaire, les camarades de classe et les parents restent relativement secondaires dans le récit. Les parents de Daniel sont gentils, ouverts, mais lourdingues. Ils sont instruits et cultivés mais tellement à côté de la plaque.
Dépasser le cadre pour répondre de ses désirs (Photo Studio Canal)
Alors que Théo apparaît comme plus assuré et plus entreprenant, sa famille est plus bancale que celle de son ami : ses parents s’avèrent moins compréhensifs, voire méchants. Son frère a vécu sous l’emprise de l’alcool, et sa mère malade deviendra vite source de culpabilité.
Pour Gondry, les problèmes des parents existent mais ils ne doivent pas se confondre avec ceux de leur progéniture qui grandit et cherche à s’en émanciper. Le message est clair : les enfants ne pourront rien résoudre pour leurs aînés, car l’adolescence les enferme sur eux-mêmes et les confine dans un espace-temps qui les propulse hors de la réalité ambiante. Ils ont déjà bien à faire en cherchant à se détacher de leur cadre, ou à tenter de le fuir.
L’amitié comme aventure et comme clé de tous les mystères (Photo Studio Canal)
Prendre la route dans sa maison-mobile et ne jamais la rendre !
Le kitchissime mobile-home que Théo et Daniel se sont construit de toutes pièces, représente le fantasme que nous avons tous : partir au loin, vers nulle-part ou à la rencontre de nos souvenirs, avec notre maison sur le dos. L’entrée escamotable en fait un abri qui ne contient que le nécessaire, dépouillé de tout ce que le quotidien oblige à porter et à supporter.
Il ne s’agit pas de refaire le monde ou de le changer, mais bien de construire son propre univers afin d’y trouver refuge. Grandir c’est partir, s’éloigner, se perdre et chercher sa route. Changer quelque chose en soi, devient avant tout voir ailleurs, croiser d’autres nomades, et se confronter à ce qui nous permettra de raconter ce que nous sommes autrement.
La solitude de l’adolescent est-elle irréductible? (Photo Studio Canal)
Amour et amitié comme horizon de toute trajectoire
L’adolescent est ambivalent ; il résiste à la pression familiale et sociale, mais il est aussi prêt à tout pour briser la solitude dans laquelle ses questions existentielles et les changements de son corps l’enserre progressivement. Pour Théo, le refuge se trouve dans l’amitié quand elle se fait projet et projection hors de soi. Il s’agit de repenser l’ordre du monde et d’analyser l’interdépendance des relations humaines par la présence de l’autre.
Pour Daniel, l’urgence réside encore dans le besoin de résoudre les mystères du corps et du temps qui le transforme. Son apparence en fait un être transgenre : il n’est ni un adulte ni vraiment un enfant, mais il n’est pas plus un homme qu’il ne pourrait être une femme. Il entretient la confusion pour mieux saisir son essence, et rêve au grand amour qui lui révélera la nature de cette enveloppe encombrante dont il est le moteur.
Rêves d’ailleurs et projets d’un futur antérieur (Photo Studio Canal)
Les angoisses de la finitude irréductible de l’humain qui traversent constamment Daniel donnent au héros de ce périple l’occasion de dépasser son narcissisme en lui donnant une forme universelle. Soucieux de sa représentation, notre Microbe cherche son image au bout de ce crayon qui croque son entourage et fait vivre ses questions.
Tel est aussi le travail de Gondry, éternel rayon de soleil du cinéma, insolent et irrésistible adolescent qui a fini par grandir dans sa machine à fabriquer des rêves, des fables et tant d’univers si poétiques.
A voir à Strasbourg aux Cinémas Star et à l’UGC Ciné Cité.
Mordue de ciné, de rock et d’expos peinture, passionnée de cuisine et pâtisserie, gourmande de BD, réseaux-sociaux-addicted, adepte croyante mais non pratiquante de la psychanalyse. Sinon, je déteste le fenouil, les piscines, discuter politique et les promenades dans la nature.
Un modèle de vélo à assistance électrique (VAE) de la boutique Rustine et Burette.
Les ventes de Vélo à Assistance Électrique (VAE) ne décollent pas dans la « capitale du vélo » qu’est Strasbourg. Trop cher, inutile sur les terrains plats, mauvaise image expliquent ce phénomène alors que ces vélos proposent une alternative pour les transports quotidiens des habitants de la seconde couronne de Strasbourg.
Strasbourg, paradis des cyclistes. Le 2 juin, le cabinet danois Copenhagenize dévoilait justement son top 20 des villes les plus cyclables. Dans ce palmarès, la capitale alsacienne arrive à la 4e position. Mais si un classement avait été fait sur le marché des Vélos à Assistance Électrique (VAE), le constat n’aurait pas été le même. C’est peu dire que les usages et ventes des VAE ne décollent pas dans la métropole française du vélo.
Vélo à assistance électrique : les enjeux, le mécanisme
Sur un VAE, l’assistance électrique se déclenche dès que l’usager doit pédaler, le système permet d’atteindre 20 km/h sans effort. Les vendeurs de la boutique Rustine et Burette, située rue des sœurs à Strasbourg, présentent la composition d’un VAE ci-dessous. On y voit donc le moteur et la batterie, les commandes n’étant pas présentes sur ce modèle.
Un VAE est cher à l’achat : entre 800€ pour les bas de gamme et 3 000€ pour les plus performants. Mais pour effectuer des trajets domicile-travail, il revient nettement moins cher que la voiture dont les dépenses liées à l’entretien peuvent vite grimper.
De plus, le VAE a l’avantage d’être plus pratique et finalement plus rapide en milieu urbain, comme le montre une étude de 6t-bureau de recherche, qui a récolté des données sur l’usage et les usagers du VAE à partir d’un panel de personnes sondées.
« Vitesse moyenne de déplacement à VAE calculée à partir des résultats du sondage comparée à la vitesse moyenne de déplacement par mode de transport dans quelques grandes villes européennes. » (Image 6t-bureau de recherche, 2014)
Malgré ces aspects positifs, les Strasbourgeois ne sont pas convaincus.
Trop chers pour des vélos
Dans la capitale alsacienne, le VAE peine à se faire une place parmi ses aïeuls, les vélos mécaniques. Selon un communiqué de presse de l’Observatoire du cycle publié par Univelo et FPS, un vélo classique en France s’est vendu en moyenne à 307€ pendant l’année 2014. Un tarif trop bas pour que les VAE se démocratisent puisque leur coût moyen est de 1 500€, un prix que les Strasbourgeois ne sont pas encore prêts à payer. Dans les cyclo-boutiques éparpillées un peu partout dans la ville, les ventes ne dépassent pas la dizaine par an.
Pourtant, à l’échelle nationale, les chiffres sont encourageants. En quelques années, le nombre de ventes a augmenté de 37%. En 2014, près de 80 000 VAE ont été vendus sur l’ensemble du territoire français.
Wheel’e, installé depuis 2013 dans la pépinière d’entreprises de Hautepierre, est l’un des rares à se démarquer sur le territoire strasbourgeois. En 2014, l’entreprise affiche un bilan de 300 000€ après avoir vendu 70 montages et 230 VAE. Jean Pascal Yvoz, responsable de Wheel’e, explique que leur cas est particulier :
« On est plus un atelier qu’une boutique. On fait nos vélos de A à Z et on les vend ensuite. Mais on monte aussi pas mal de kits. Les gens viennent avec leurs propres vélos et on y installe l’assistance électrique. Forcément ça revient moins cher dans ce cas-là. »
Pour le reste, l’usage des VAE à Strasbourg reste encore embryonnaire selon Virgile Caillet, chargé de communication à Univelo :
« On n’a pas de chiffres exacts mais on sait bien qu’à Strasbourg le VAE a un peu plus de mal à se démocratiser. En France, il y a des incitations un peu partout. À Paris par exemple, il y a des subventions qui prennent en charge 30% du prix d’achat d’un VAE, jusqu’à 400€. Mais à Strasbourg ça n’existe pas encore. »
« Les subventions c’est un prétexte. Il vaut mieux que les gens apprennent à découvrir l’utilité du produit par eux-mêmes et qu’ils achètent un vélo parce qu’ils en ont besoin, pas parce qu’on les assiste financièrement. Et il faut que les gens arrêtent de voir le VAE comme un pur produit de consommation qu’on achète et qu’on laisse de côté. C’est censé être un produit utile qui permet de se déplacer tous les jours sans trop se fatiguer et qui limite l’usage de la voiture. Sur le long terme c’est carrément plus rentable. »
Jean-Baptiste Gernet, conseiller eurométropolitain délégué au vélo, a bien saisi cet enjeu :
« On va tenter d’avoir un impact en faisant réfléchir les gens sur leur comportement. On compte mettre en place une démarche de diagnostic de mobilité avec Mobilex et Cadr 67 où les gens pourront voir selon leurs habitudes ce qu’ils gagneraient à utiliser le VAE en comparaison de leur voiture. Plusieurs critères seront pris en compte comme la durée du trajet, les dépenses… Mais il n’est pas question de subventionner l’achat d’un VAE, on propose de les découvrir via Velhop, qui a près de 50 VAE à la disposition des Strasbourgeois. »
VAE rime avec « vélo de vieux »
Les boutiques de vélo s’accordent sur ce fait : ce sont rarement les habitants du centre-ville qui se lancent dans l’achat du VAE. Dans les alentours, c’est déjà un peu plus commun, bien que ça reste marginal. Pour certains vendeurs, comme Naddaf Kambiz, gérant de la boutique Tendance Cycles, c’est une question de paysages urbains :
« Typiquement, nous sommes dans une région plutôt plate à Strasbourg. La plupart des gens ne voient donc pas l’intérêt d’utiliser un VAE qui peut être plus utile dans les coins plus en relief. D’où ce boom des VAE qui n’a pas encore atteint Strasbourg. »
Les VAE sont rares dans le coin, même quand il s’agit de réparation ou d’entretien. À Vélostation, qui propose une aide bénévole à la réparation des vélos, la présidente de l’association Isabelle Gillot ne voit jamais l’ombre d’un guidon de VAE :
« Ici, il n’y a qu’une seule bénévole qui est venue avec son VAE et c’était pour retirer la batterie. De toute manière, on ne pourrait pas aider les propriétaires de ces vélos, on n’aurait pas les compétences nécessaires. Je pense que le temps de la démocratisation des VAE n’est pas prête d’arriver à Strasbourg. En France, quand on pense VAE on pense vite à vélo de vieux. »
« Vélo de vieux », « vélo de fainéant ». Dans l’esprit des cyclistes, l’image du VAE n’est pas très positive. Du coup, dans les boutiques et ateliers, les principaux usagers se situent dans la fourchette de la quarantaine, la cinquantaine voire plus. Une réputation à laquelle n’adhère pas Jean Christophe Grosjean, gérant du magasin Sago Bikes, anciennement Hafen Radler, situé à Kehl :
« Maintenant il y a des VTT à assistance électrique aussi. Et ça a le vent en poupe parce que contrairement aux vélos classiques, on va s’amuser en montée. Là où on a tendance à peiner avec un vélo mécanique et où on va rouler à 5 km/h, et bien on va pouvoir aller à 15 km/h grâce à l’assistance électrique. En Allemagne, ça se vend beaucoup mieux. »
Les automates de l’Horloge du millénaire remplissent un échafaudage de trois étages. (Photo AF / Rue89 Strasbourg)
Du 20 juillet au 20 août, l’horloge du millénaire de Daniel Depoutot s’installe sous la verrière de la gare centrale. À l’origine, cette oeuvre devait être exposée dans la cathédrale à l’occasion des festivités de son millénaire. Mais les nombreuses réflexions et tergiversations ont eu raison de ce projet. Retour sur cette rocambolesque aventure.
Les automates déjantés de Daniel Depoutot commençaient à faire grise mine, surtout celui en forme d’évier qui tire la langue quand il s’active. L’artiste, lassé lui aussi, avait même fini par se demander s’il ne devait pas tous les retirer de son horloge et ne garder que le mécanisme de base. Aujourd’hui, ce plasticien strasbourgeois peut enfin mettre ses tourments de côté, et laisser le public profiter de son horloge monumentale qui sommeillait dans un coin de son atelier.
Cette idée de créer une œuvre pour la célébration du millénaire des fondations de la cathédrale de Strasbourg ne date pas d’hier. Un beau jour de 2013, l’artiste voit débarquer dans son laboratoire de ferraille, Michel Reverdy, président de l’association Musical Comédie. « Nous devons monter un spectacle total ! », lance-t-il à Daniel Depoutot. L’archevêché vient de publier un appel à projets sur son site internet consacré aux festivités. Michel Reverdy se souvient :
« Il s’agissait plutôt d’un appel aux bonnes âmes artistiques, car l’évêché pose alors deux critères : l’accès à l’œuvre dans la cathédrale doit être gratuit, puis, l’Église n’apportera aucun soutien financier. »
Le « rayon vers » pour un « spectacle total »
Cette dernière contrainte n’arrête pas les deux amis. Ils se mettent en quête de partenaires et récoltent 25 000 euros d’aides de la part d’entreprises locales, de la Ville et de la Région pour démarrer l’aventure. Le 10 mai 2013, ils soumettent leur dossier aux autorités religieuses. Ce premier projet porte le nom de « rayon vers », un clin d’œil au rayon vert que l’on peut observer dans la cathédrale à chaque équinoxe.
Leur proposition consiste à installer en face de l’horloge astronomique actuelle, sur les vestiges de la première horloge dite des « trois rois », une machine fantastique qui prendra la forme d’un ensemble d’automates régulés par un système à poids. Des jeux de lumières ainsi que des sons contribueraient à faire de cette œuvre le fameux « spectacle total » cher à Michel Reverdy, qui avait une idée très précise en tête :
« Nous voulions mettre en avant le côté immatériel de la lumière qui viendrait se refléter sur notre horloge et partirait vers Dieu. »
Un échafaudage de 7 mètres de haut
L’archiprêtre de la cathédrale a tout de suite accueilli le projet de manière favorable, le « rayon vers » serait exposé entre mars et mai 2015. Daniel Depoutot raconte :
« Il était vraiment partant pour associer l’art contemporain aux célébrations, mais tout le monde n’a pas apprécié le concept grandiose du rayon vers et le fait que l’on joue sur les mots, donc nous avons dû revoir notre copie. »
Adieu le spectacle total, place à un deuxième projet, moins ambitieux, concentré sur l’horloge qui activerait seulement les automates. Ainsi naît « L’horloge du millénaire« . Les personnages que l’artiste fabrique avec des matériels de récupération prendront place sur un échafaudage de 7 mètres de haut et 7 mètres de large. Des poulies et des cordes relieront les mécanismes entre eux.
Une entreprise locale (Kapp échafaudages) a permis de construire une horloge de 7 mètres de haut. (Photo AF / Rue89 Strasbourg)
Afin de donner encore plus de légitimité à l’œuvre, l’archiprêtre mandate Rémi Vallejo, un moine dominicain habitué des collaborations entre le culturel et le cultuel. Il travaillera avec l’artiste. Ensemble, ils rédigent un argumentaire sur cette horloge qui permettrait au visiteur de la cathédrale de réfléchir sur le mouvement. Rémi Vallejo détaille :
« Cette démonstration de l’art mécanique offrait une méditation aux confins de la physique, de la métaphysique et de la spiritualité, sur le principe du temps et de l’espace. »
Les mois passent. Au fur et à mesure que les automates à squelette prennent place sur l’échafaudage, les différentes personnalités du clergé défilent dans l’atelier de Daniel Depoutot. À commencer par l’archiprêtre et la chargée de suivi des événements culturels de la cathédrale. « On savait que ça passerait ou ça casserait », sourit Michel Reverdy, qui s’occupait des relations publiques pendant la réalisation de l’oeuvre.
Ça passe du côté de la cathédrale, mais pas de l’archevêché, surpris par la taille de la structure, pourtant connue dès le début. Bernard Xibaud, le chancelier de l’archevêché argue :
« Nous n’avions rien contre cette oeuvre, elle n’avait rien de “satanique” entre guillemets, mais je ne vois pas comment elle aurait pu servir l’horloge astronomique, elle l’aurait complètement écrasée. »
Chasse aux plans B
L’archiprêtre Michel Wackenheim, par la suite, se fait écho des remontrances émises par les guides touristiques :
« Ils nous ont dit que cette installation poserait un gros problème pour les visites guidées, surtout aux alentours de midi, car les touristes veulent voir l’horloge astronomique. Déjà que l’espace est limité, il n’y aurait plus suffisamment de recul une fois l’échafaudage posé pour accueillir les groupes. »
Exit le millénaire à l’honneur. Même s’il maintient n’avoir été influencé par personne, en septembre 2014, plus d’un an après avoir validé le projet, l’archevêché revient sur sa décision, invoquant des problèmes de sécurité.
L’artiste Daniel Depoutot utilise un mécanisme à foliot comme dans la première horloge astronomique de la cathédrale. (Photo AF / Rue89 Strasbourg)
Commence alors la chasse aux plans B. Pourquoi ne pas investir la galerie Goetz-sud de la cathédrale ? La Direction régionale des affaires culturelles (Drac) s’y oppose, elle a besoin de l’espace pour stocker des vitraux en remplacement.
L’entrée Sud de la cathédrale, là où les touristes entrent d’habitude pour voir l’horloge astronomique ? La passerelle entre les deux horloges, astronomique et du millénaire, aurait ainsi été trouvée. Non. À cause des travaux menés sur le site par l’œuvre Notre-Dame, il y aurait eu concurrence d’échafaudages. Finalement, l’archiprêtre propose la gare, là-bas l’horloge ne dérangerait personne.
Les subventions fondent
Une série de péripéties non sans conséquence pour l’instigateur du projet, Michel Reverdy :
« Nous avons eu des sueurs froides vis-à-vis de nos partenaires. Quand le projet a quitté la cathédrale, l’un d’entre eux a diminué sa subvention de moitié. Mais nous avons finalement été rassurés de voir que la plupart d’entre eux n’ont pas remis en cause le sens de l’œuvre. »
Le duo-créateur a néanmoins eu l’impression d’être trimballé par les organisateurs du millénaire. « C’est vrai que l’argument du “mettez-la n’importe où, mais pas chez nous”, a vite été utilisé », avoue Benoît Léothaud, architecte des bâtiments de France à la Drac, conservateur de la cathédrale.
En tant que responsable unique de la sécurité, il trouve que les autorités religieuses se sont un peu trop avancées au début du projet, car l’œuvre n’était pas commandée par la Drac. Or, le clergé ne pouvait pas décider seul de l’installation, car il n’est qu’affectataire de la cathédrale, l’État, propriétaire, a toujours le dernier mot pour tout ce qui concerne le « hors-culte ». Le représentant de l’État ajoute :
« L’Evêché n’a pas réalisé que cette œuvre était ingérable. Il aurait fallu la protéger au cas où des objets tombent, donc ça aurait davantage entravé l’espace. De plus, les matières utilisées sont sujettes à incendie. Sans oublier le bruit que fait l’œuvre et l’impact qu’elle aurait eu sur l’atmosphère de la cathédrale. Je ne vous cache pas que lors de réunions entre les autorités religieuses, les conseillers artistiques, la préfecture et les architectes de la Drac, cette horloge a souvent généré des débats et certains d’entre nous se sont demandés si cette oeuvre aussi originale avait sa place et une portée symbolique dans un tel lieu sacré. »
Des festivités du millénaire « pour adultes »
Même s’il est heureux que son œuvre se confronte enfin au public dans la galerie de la gare centrale, Daniel Depoutot éprouve quelques regrets.
« Bien sûr dans la cathédrale, ça aurait été parfait, surtout que mes automates font écho à ceux de la première horloge, “gores” eux aussi, même si on l’a apparemment oublié. Mais, ce n’est que partie remise, pour le prochain millénaire ! »
Frère Rémi Vallejo déplore lui aussi fortement ce revirement de situation :
« Si cette horloge avait été présentée dans la cathédrale, nous aurions pu ouvrir le millénaire aux enfants, dans les circonstances actuelles, c’est un millénaire pour adultes. »
Pour remonter l’horloge du millénaire, une personne doit faire tourner une roue avec ses pieds. (Photo AF / Rue89 Strasbourg)
Pour Philippe Arlaud, le directeur artistique des festivités engagé par la Ville, cette aventure reflète les difficultés du millénaire :
« De nombreux interlocuteurs sont intervenus dans cette histoire, pas tous aussi coopérants les uns que les autres. En plus, nous avons mis beaucoup de temps à lancer cette célébration. La Ville par exemple ne s’est vraiment engagée qu’après les élections municipales de mars 2014, alors que les premiers événements commençaient en septembre. Je ne vous dis pas le nombre de projets qui ont dû être abandonnés faute de temps, d’argent ou à cause de problèmes politiques. Mais, généralement, plus une œuvre est longue à mettre en place, plus elle est importante, alors l’horloge de Daniel Depoutot a beaucoup de valeur ! »
Dans la gare, l’Horloge du millénaire va devoir trouver un nouveau sens. Daniel Depoutot a déjà sa petite idée :
« Mon horloge sera une bonne excuse pour faire arriver les trains en retard… »
L’artiste a encore un problème à régler : trouver des volontaires pour remonter son horloge, manuellement, plusieurs fois par jour.
La plupart du temps je suis derrière une caméra, et parfois je la troque contre un stylo pour écrire sur des sujets de société qui ont trait au Moyen-Orient ou à la Roumanie.
Les enfants de Koenigshoffen verront-ils un tram autre que celui bricolé par des manifestants ? (Photo Christian Laemmel)
Ces projets en rade (2). Les prémices d’un tramway de l’ouest au nord de Strasbourg remontent à 2004. Mais depuis 2013, plus de nouvelle de ce projet. Les investissements repoussés suite aux difficultés budgétaires de l’Eurométropole ont achevé d’enterrer ce tracé pour longtemps. Au nord, les élus n’en veulent plus. À l’ouest, les habitants restent mobilisés.
“Le tram Vendenheim-Wolfisheim ? C’est un projet qui ne se fera pas avant quinze ans. La règle c’est que tout chantier qui n’est pas entamé ne se fera pas lors de ce mandat”.
Voilà comment le maire de Schiltigheim Jean-Marie Kutner (UDI), qui siège également à l’Eurométropole (ex-CUS), résume la situation. Du côté de Vendenheim, on explique que le projet « n’est plus d’actualité ». À l’ouest, c’est plus compliqué.
Le tramway vers l’ouest et le nord de Strasbourg est ce que l’on appelle « un gros dossier ». D’abord inclus dans le cadre d’un tram-train vers la Bruche et le Piémont des Vosges un temps annoncé pour… 2008, il est ensuite imaginé sur pneumatiques, moins cher que ceux sur rails de fer, comme ailleurs à Strasbourg.
Les habitants, échaudés par les soucis rencontrés à Caen et Nancy, l’ont vu comme un tram « au rabais », moins pratique, moins beau, et qui creuse les routes. Après une mobilisation, il est décidé en 2013 qu’il s’agira de deux lignes distinctes, toutes deux via le centre et sur fer. Mais depuis une délibération de juillet 2013 à la CUS, aucune avancée n’est à signaler.
Un toile d’araignée sur un panneau directionnel lors de la manifestation du 11 juillet (Photo Christian Laemmel)
L’extension vers Koenigshoffen pourtant une promesse des municipales
Candidat à sa réélection en 2014, le maire Roland Ries (PS) s’engageait dans son programme sur la première partie du tracé :
« Nous mènerons à terme les projets d’extension de tramway, d’ores et déjà à l’étude, pour une meilleure desserte de Koenigshoffen, Illkirch, Schiltigheim, la Robertsau et Kehl. »
Les rails vers la mairie d’Illkirch-Graffenstaden sont posés et les travaux vers Kehl avancent. Mais les autres extensions n’ont pas débuté. Jean-Pierre Hecker, membre du collectif pour un tram sur fer à l’ouest de Strasbourg, se rappelle que tous les candidats s’étaient dits favorables à ce projet. Dans le programme, pas d’indication sur les communes d’Eckbolsheim, Wolfisheim (à l’ouest) et Vendenheim (au nord) cependant.
A la CUS ou dans le quartier, les élus se sont succédés, mais le tramway n’avance pas. Les manifestants proposaient de faire tourner la roue de l’infortune. (Photo Christian Laemmel)
Lors de notre interview participative avec Roland Ries, un lecteur avait demandé si le projet verrait le jour avant la fin du mandat, en 2020. Le maire avait répondu que ce dossier fait partie « des arbitrages », car certains investissements doivent être repoussés en raison des difficultés budgétaires. Un signal plutôt négatif quand on sait que les élus aiment réaffirmer qu’un chantier est prioritaire, comme le tram vers Kehl en 2017, quand c’est le cas.
Mais deux ans après la délibération et plus d’un an après les élections municipales, les cartes ont été rebattues. Les nouveaux maires au nord (Schiltigheim et Vendenheim) ne sont pas favorables à cette ligne, tandis que la partie ouest (Koenigshoffen-Eckbolsheim-Wolfisheim) s’impatiente.
Le tracé de la ligne Wolfisheim – Vendenheim en 2013 (cliquez pour agrandir)
À l’ouest, on veut toujours du tram
Samedi 11 juillet se tenait une manifestation festive à Koenigshoffen pour rappeler leurs promesses aux élus. Une centaine de personnes y ont participé à un moment ou un autre, selon les organisateurs. Un résultat qu’ils jugent « satisfaisant » compte-tenu des vacances et du pont du 14 juillet, surtout qu’il s’agissait d’un dossier sans actualité.
L’opposition de droite s’est également rendue à l’événement, dans ce quartier plutôt à gauche, mais où l’écart se réduit. Fabienne Keller (Rép) et Jean-Emmanuel Robert (Rép) ont fait le déplacement. Les slogans étaient assez virulents : « Roue de l’infortune », « Arlésienne », « et nous ? », « pour l’écologie ! », « ça fait 15 ans qu’on attend », « pour les retraités ! ».
Malgré l’événement, le porte-parole du collectif, Pierre Ozenne, n’a pas eu de nouvelles de l’exécutif local :
« Les études de faisabilité sont terminées depuis des années. La première des revendications, c’est de démarrer l’enquête publique où plusieurs itinéraires seront présentés. Chacun pourra exprimer son opinion et l’enquêteur indépendant indiquera ensuite sa préférence, avant que le préfet ne déclare l’utilité publique de la ligne, valable 5 ans renouvelables une fois. Mais nous n’avons aucune information sur les avancées. »
S’il y a bien quelques commerçants qui se disent opposés au tramway, le collectif pour le tram réunit de nombreuses associations de ce quartier comportant 30 000 habitants.
Moins cher que le tram vers Kehl, arguments en pagaille
À Eckbolsheim, Guy Spehnner (sans étiquette), adjoint au maire en charge des grands projets urbains s’impatiente aussi, d’autant plus que la nouvelle zone d’aménagement concertée (ZAC) Jean Monnet va faire venir de nouveaux habitants. Il met en avant qu’il n’y a pas de gros travaux à réaliser sur le tracé. Pas de nouveau pont, pas de nouvelle route à construire.
À l’ouest, la dernière étude de faisabilité date de 2011. Obtenue difficilement, elle avance le montant de 87 millions d’euros pour 6 kilomètres, jusqu’au terminus de Wolfisheim. Mais en s’arrêtant d’abord à Koenigshoffen (parc des Poteries ou rue de Wasselonne), le tramway aurait déjà effectué les trois quarts du chemin. La ligne irait dans un premier temps jusqu’à Koenigshoffen, puis ensuite vers Wolfisheim. Une construction en deux temps correspond à une des annonces de 2013.
Un ancien document de la CUS qui évoque la réalisation des tracés en deux phases
Les objectifs du tram ouest et nord (document CUS)
Autre crainte d’ordre financier, l’État français a promis une subvention de 8 millions d’euros si 25% des travaux sont réalisés avant le 31 décembre 2017. Un délai qui pousse les supporters du tram à presser les décideurs d’agir, même si cette dotation pourrait être renouvelée plus tard.
Les habitants de Koenigshoffen aimeraient aussi être usagers et pas seulement contribuables du tramway (Photo Christian Laemmel)
« Plus à l’ordre du jour » au nord, à Vendenheim et Schiltigheim
Au nord, une meilleure desserte de Strasbourg ne se fera pas grâce au tram, les nouveaux maires étant opposés au tracé proposé jadis. Mais on pense doucement à d’autres alternatives comme l’explique le maire de Schiltigheim Jean-Marie Kütner :
Les collectifs de riverains sont aussi peu mobilisés sur ce sujet. Pierre Schwartz, conseiller eurométropolitain de Vendenheim (DVD), aimerait aussi que sa commune soit reliée autrement à Schilitgheim et Strasbourg :
« Un tram mettait 35 minutes pour rejoindre Strasbourg, son intérêt est limité. Ce qu’il nous faudrait c’est une liaison avec Schiltigheim. Si c’est un bus, c’est déjà bien, un bus à haut niveau de service (BHNS) c’est encore mieux et un “RER” strasbourgeois ce serait idéal. À force d’être répétée, cette demande a été entendue à l’Eurométropole, mais il n’y a pas de calendrier. »
Une bataille sur le tracé vers l’ouest ? Cliquez sur les lignes pour plus d’informations.
L’hypothèse de travail actuelle est un « débranchement » de la ligne F ou B à hauteur du Faubourg national. Problème, le tracé traverserait l’espace où se tient le marché et d’autres manifestations (comme des vide-greniers). L’association des habitants du quartier gare (AHQG), qui a fait connaître sa surprise par communiqué. Mais chaque extension du tram a valu son lot de réaménagements. Plusieurs lieux de substitution ont été évoqués aux DNA (musée d’art moderne, école sainte Aurélie voire Laiterie).
Le collectif de Koenigshoffen préférerait un prolongement de la ligne C actuelle pour pouvoir aller à la gare comme au centre et sans modifier l’espace dévolu au marché. Selon des techniciens, il n’est pas possible de traverser la place de la gare, car avec les galeries souterraines, elle ne supporte pas le poids de plusieurs tramways. Un argument que réfute Pierre Ozenne :
Le porte-parole soutient les réaménagements proposés par Écocité, une association citoyenne de débat et de propositions d’idées d’aménagement, dont il est également membre.
Au sein de Koenigshoffen même, ce sont deux options que devra trancher l’enquête publique : un tracé qui dessert le maximum d’habitants (par l’allée des Comtes et la rue Virgile au nord) ou les commerçants (route des romains au sud).
La proposition d’Ecocité
Proposition de réaménagement et d’extension des lignes du tram à l’horizon 2020. (document Ecocité)
Ce plan propose que plusieurs lignes se séparent en deux à la fin, afin de mieux couvrir le territoire strasbourgeois :
La ligne D est supprimée entre Poteries et Homme-de-Fer, car déplacée vers Schiltigheim. Ainsi, elle ferait Schiltigheim <=> Kehl, via Homme-de-Fer et Neudorf, avec une branche vers le Neuhof « allée Reuss » également (sorte de « Y » à l’Est).
La ligne C est prolongée depuis la gare, jusqu’au Poteries: De là, un tram C sur 2 irait à « Parc des Sports » et un tram C sur 2 effectue son terminus provisoire aux Poteries, dans l’attente d’une extension vers Wolfisheim.
La ligne A est maintenue mais modifiée à partir de « Dante » à Hautepierre: De là, un tram A sur 2 irait à « Parc des Sports » et un tram A sur 2 effectue son terminus provisoire aux Poteries, dans l’attente d’une extension vers Wolfisheim.
La ligne G (BHNS) est prolongée jusqu’à la place de l’Étoile avec un couloir de bus.
Pour l’Eurométropole, il est en tout cas « prématuré » de parler de ce projet à ce jour.
La Maison Mimir (Photo Gaspard Glanz / Rue89 Strasbourg)
Le 1er août les habitants de la Maison Mimir à Strasbourg vont quitter les lieux. Le squat devenu un lieu de fête et d’entraide dispose pourtant d’un bail emphytéotique avec la mairie de Strasbourg mais des travaux de mises aux normes de sécurité sont nécessaires, au minimum jusqu’au printemps 2016. Un procès verbal assorti d’une comparution devant le tribunal pour infraction à la législation sur les débits de boissons y est aussi pour quelque chose…
Tout à commencé quelques jours après la Fête de la musique. Alors qu’une soirée avait lieu comme souvent dans les locaux de la Maison Mimir, rue Prechter à Strasbourg, la police est entrée et a immédiatement dressé un constat de débit clandestin de boissons alcoolisées : le bar vendait des pintes de Météor. Dans la foulée, les policiers constatent que les lieux ne sont pas aux normes de sécurité pour accueillir du public, les statuts de l’association sont contrôlés ainsi que leur titre d’occupation, un bail emphythéotique de 20 ans, signé en 2013 avec la Ville de Strasbourg après des mois de négociations.
La convocation en octobre devant le tribunal de Strasbourg des membres du bureau de l’association qui chapeaute la maison achève d’entamer la motivation des habitants pour faire vivre le lieu : les ateliers et les soirées s’arrêtent, le lieu n’accueillera plus de public jusqu’à sa mise aux normes. Depuis, des rumeurs circulaient sur un éventuel abandon de la maison par les occupants, fatigués de se battre contre les institutions.
La Maison Mimir (Photo Gaspard Glanz / Rue89 Strasbourg)
La Maison Mimir pourrait accueillir jusqu’à 79 personnes si elle était mise aux normes de sécurité. Sinon, elle ne peut en abriter que 19, réparties dans ses 7 chambres. Le bail conclu entre la Ville et l’association stipule que les habitants sont propriétaires des murs et donc responsables des travaux à effectuer, comme pour la salle de concert Molodoï. Sauf que malgré les nombreux travaux réalisés, la maison est encore loin de pouvoir prétendre au statut « d’établissement recevant du public » (ERP).
Tout est à refaire
Il faut tout refaire pour s’accorder aux règles de circulation, d’évacuation et anti-incendies : les murs, le système électrique et les issues de secours. Alice, qui vit à Mimir depuis deux ans explique que les habitants ont collectivement décidé de ne pas demander de subventions ou de dépendre d’une aide financière de la Ville.
La bibliothèque de la Maison Mimir (Photo : Gaspard Glanz / Rue89 Strasbourg)
Les travaux d’installation ont pu être réalisés grâce à des dons, à pas mal de débrouillardise et à la bonne volonté des membres fondateurs. Mais évidemment aujourd’hui, les moyens manquent pour franchir cette étape. Il est question de faire un appel au financement participatif (crowdfunding) à la rentrée pour financer les travaux, au moins l’achat des matériaux. Le montant de l’opération n’a pas encore été chiffré, mais il pourrait avoisiner plusieurs dizaines de milliers d’euros, une somme hors de portée pour l’association.
La menace d’une amende sur le débit de boissons
Sans oublier que le tribunal pourrait prononcer contre l’association une amende proportionnelle au montant estimé du chiffre d’affaires réalisé par la vente de bière. Alice est assez déçue par la tournure des événements :
« On a passé toute l’année sans problème, comme celle d’avant. Évidement on a eu quelques mains courantes des voisins pour le bruit, mais on faisait vraiment attention. Et là soudain, on a la police nationale qui débarque en pleine canicule, qui rentre et qui fait comme si elle ne connaissait pas les lieux… Je suis surtout très déçue pour tous les ateliers et les activités qui ont cessé suite à ça, et qu’il sera difficile de relancer ».
L’étage des ateliers est aussi autogérée (Photo Gaspard Glanz / Rue89 Strasbourg)
Car la Maison Mimir était un lieu très actif avant cet incident : un atelier théâtre le lundi, un atelier de l’association Touch Arts (qui occupe une pièce de la maison) le mardi, une soupe populaire suivie d’une « jam session » le mercredi, un atelier jonglage le jeudi et des concerts les soirs de week-ends. Sans compter le « Barakawa » ouvert tous les jours de 18h à 23h, ainsi que la « Bagagerie », un espace ou environ une centaine de bagages de personnes sans domicile transitent et sont surveillés.
Mis à part la bagagerie, tout le reste est à l’arrêt pour l’instant. Mais Alice ne craint pas une éventuelle rupture du bail : « je le dis, on fêtera le nouvel an 2033 dans cette maison ».
Les précédents travaux avaient seulement consolidé les structures de la Maison Mimir mais ne permettetn pas d’accueillir du public (Photo Gaspard Glanz / Rue89 Strasbourg)
Les lieux ne sont pas connus pour héberger des activités politiques. Alice est catégorique à ce propos :
« On a pris une décision collective d’apolitisme. On fait de la politique au quotidien, mais à une plus petite échelle, entre-nous quoi. Bien sûr qu’on a accueilli des conférences et des débats avec des militants anti-nucléaire, des soirées à thèmes, mais honnêtement on est assez peu politisés ».
Elle ajoute :
« Si on ferme, c’est aussi parce qu’on veut montrer au tribunal et à la Ville qu’on ne fait pas une course à la réouverture. On veut aussi réfléchir entre-nous, les habitants et les collectifs impliqués, sur une meilleure organisation des lieux, plus claire, plus juste, avec plus de créativité et d’investissement. Mimir ferme aujourd’hui pour mieux réouvrir demain. »
Squat stable depuis deux ans, la Maison Mimir entre dans une période d’incertitude (Photo Gaspard Glanz / Rue89 Strasbourg)
(Article mis à jour le 17 juillet 2015 à 18h pour intégrer des précisions de l’association Mimir)
L’état des lieux, une étape obligatoire avant de quitter son appartement. (Rue89 Strasbourg/Flickr/cc)
Passage obligatoire de la location, l’état des lieux peut vite s’avérer pénible, pour l’occupant… tout comme pour les agences immobilières. Plusieurs ont décidé de confier ces rendez-vous à des entreprises extérieures. Présenté comme une amélioration du service, les locataires ne sortent pas gagnants de cette évolution.
Fissures au plafond, papier peint décollé, trous dans le mur… Avant de quitter son appartement, Julia (le prénom a été changé) doit effectuer son état des lieux. En charge de la visite, un auto-entrepreneur présenté comme « expert indépendant » par l’agence immobilière Citya de Strasbourg. Muni d’une tablette, il évalue l’état de l’appartement pièce par pièce. Rien d’anormal pourtant la méthode employée choque la trentenaire :
« Alors que l’état des lieux d’entrée a été effectué par une salariée de Citya, on m’impose à la sortie une personne étrangère à la structure, qui dispose d’une grille d’évaluation différente. En plus, avant le rendez-vous – pour lequel il m’a été précisé que toute absence de ma part me serait facturée 40€ ! – l’agence m’a envoyé par courrier un barème des retenues sur la caution en cas de trous non-rebouchés, de matériel détérioré ou d’un ménage mal fait, ainsi qu’une longue liste avec toutes les choses à vérifier avant le passage de l’ « expert »… Le tout, sans tenir compte ni de l’état antérieur de l’appartement, ni de l’usure normale d’un logement habité. »
Une démarche que Julia qualifie « d’anxiogène », car elle doute de récupérer sa caution. Lorsqu’elle demande des explications à son agence, celle-ci lui répond que le recours à un expert extérieur est réalisé « dans le cadre d’une amélioration des services proposés ».
Gagner en qualité ou éviter la corvée ?
Obtenir un meilleur service ? C’est aussi ce qu’avance Foncia, qui confie la réalisation de ses états des lieux à l’entreprise Constatimmo : « Nos clients peuvent bénéficier de services d’experts et obtenir plus de souplesse dans la prise de leurs rendez-vous ». Pour l’agence Nexity de Strasbourg située place des Halles, c’est plutôt une question de temps. « Nous avons une surcharge de travail pendant les quatre mois d’été, nos agents immobiliers ne peuvent pas assurer toutes les visites ».
Daniel Bintz, président de la FNAIM Alsace (fédération nationale de l’immobilier), a pratiqué la sous-traitance lorsqu’il était P-DG chez Foncia Bintz, de 2003 à 2010. Et il pense que la qualité s’améliore si la visite est pratiquée par une personne qualifiée.
« L’état des lieux ne nécessite pas un contact commercial mais un technicien, qui peut intervenir et déterminer rapidement quels sont les travaux à effectuer. Chez Foncia, les personnes recrutées étaient au départ des architectes ou des ingénieurs en bâtiment. C’est un métier très précis, qui demande un vrai professionnalisme ».
Mais faire appel à un expert coûte cher. Daniel Bintz reconnaît que la sous-traitance n’est pas toujours un gage d’excellence. Foncia assure pourtant que son partenaire Constatimmo est un « réseau d’intervenants indépendants » composé d’économistes de la construction et d’architectes, sans mentionner qu’il s’agit en fait d’une filiale. Cette société propose des états des lieux à partir de 99 euros pour un studio ou un appartement de type T1.
Externaliser les litiges
Sur son site commercial, Constatimmo explique que les particuliers et les professionnels peuvent faire appel à ses services pour « gagner en temps, en efficacité » et garantit « d’éviter tout litige avec les locataires ».
Eviter les litiges, c’est donc aussi de ça dont il est question. « Faire un état des lieux n’est pas un travail très gratifiant », admet Hervé Schreiber, responsable de l’agence immobilière Orpi Etoile à Strasbourg. Il reconnaît que la sous-traitance peut être utile, car les états des lieux mobilisent beaucoup d’agents immobiliers en début et en fin de mois, mais lui préfère faire appel à ses propres agents :
« En tant que professionnels, nous sommes tenus de proposer un service complet au locataire. Il peut y avoir une baisse de qualité lorsque l’on fait appel à des personnes qui ne sont pas dans la société après l’état des lieux. Quand l’agence le réalise elle-même, elle propose un débriefing complet au locataire, qui se sent davantage concerné. Faire un état des lieux prend du temps, cela exige un échange avec le locataire et un respect mutuel. »
« Si j’étais vous, je ne signerais pas »
L’auto-entrepreneur en charge de l’appartement de Julia est mandaté par la société Snexi, une filiale de l’agence Citya, tant pis pour l’indépendance. Après l’évaluation, il fait signer l’état des lieux au locataire directement sur sa tablette puis envoie le document à l’agence. Il reconnaît que cette pratique peut en dérouter plus d’un. L’expert pense que l’agence fait appel à lui pour se décharger des états des lieux et ne pas avoir affaire au locataire. « Si j’étais vous, je ne signerais pas », conseille t-il même à Julia.
Elle signe malgré tout : la pratique est controversée mais légale. « Il existe un flou juridique autour de cette question », explique un représentant de l’ADIL (Agence départementale d’information sur le logement) du Bas-Rhin. Aucun texte n’interdit ni ne réglemente cette sous-traitance. Il n’y a pas encore de modèle type pour les états des lieux, ce qui, dans le cas de Julia, a permis des versions très différentes à l’entrée et à la sortie : une première sur papier, très succincte, et une deuxième informatisée et beaucoup plus détaillée.
En l’absence de réglementation précise, les abus liés à la sous-traitance des états des lieux ne sont pas rares. Sur Internet, le site allo-foncia a été créé pour recenser les avis de particuliers concernant l’agence immobilière. La plupart sont négatifs : beaucoup font référence à des frais abusifs facturés à la suite de la visite d’un expert de Constatimmo pour l’état des lieux de sortie. Le site UFC-Que Choisir recense lui aussi bon nombre de locataires lésés par ces pratiques d’externalisation.
Exemples d’avis négatifs laissés sur le site allo-foncia (Cliquez pour agrandir l’image)
« Trois fois sur quatre, il n’y a pas de dépense »
Ce qui peut poser problème, c’est la facturation forfaitaire des frais de remise en l’état. Foncia dit s’appuyer sur « un barème de prix résultant de régulières consultations d’entreprises au niveau national, afin de garantir des prix conformes au marché ». Mais au vu des nombreuses plaintes de locataires sur les forums, les sommes demandées ne sont pas toujours justifiées. D’après Daniel Bintz, « il est impossible de savoir si ces frais vont être réengagés dans des travaux à partir du moment où le locataire n’habite plus dans l’appartement ».
« Trois fois sur quatre, il n’y a pas de dépense. L’agence ou le propriétaire se contentent du minimum », estime Brice Duhr, responsable juridique à la Confédération Nationale du Logement du Bas-Rhin. Pourtant, les locataires sont peu nombreux à tenter une action en justice, pour seulement récupérer l’équivalent du dépôt de garantie. D’autant plus qu’ils ont peu de chances de parvenir à leurs fins, remarque Hervé Schreiber.
« Les grosses agences ont des avocats, des gestionnaires qui facturent des quittances de loyers… En face des locataires, elles sont intouchables. »
Comment limiter les abus ?
Des actions sont néanmoins envisageables, même à petite échelle, assure Daniel Bintz. « La fiche de travaux devrait être une grille au niveau national », affirme t-il. Il préconise aussi la mise en avant d’un pré-état des lieux, qui permettrait de régler de nombreux litiges en amont: pour lui, « 40% des plaintes pourraient être évitées ainsi ». Autre moyen d’action pour le locataire, prendre des photos pour attester de l’état de l’appartement.
À Strasbourg, Europe Écologie Les Verts fait partie des organisations appelantes, la manifestation est prévue pour débuter à 19h place Kléber. Dans un communiqué, les écologistes dénoncent les privatisations qui pourraient être menées en Grèce pour payer les créanciers :
« La privatisation de nombreux actifs comme garantie des financements européens, associée aux mesures d’austérité déjà concédées par le Parlement grec ne permettront pas d’améliorer rapidement les conditions de vie des Grecs. Maintenant qu’une sortie de la Grèce de l’Euro est évité, cette sortie de crise doit être le point de départ d’une relance de la construction européenne, pour aller vers plus de démocratie et de solidarité. »
Y aller
Manifestation « Europe says Oxi », mercredi 15 juillet à 19h, place Kléber à Strasbourg.