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Historien strasbourgeois, spécialiste des mouvements sociaux en Alsace, Jean-Claude Richez a participé à chacune des manifestations contre la réforme des retraites. Selon lui, Strasbourg n’a pas connu pareille mobilisation depuis près d’un siècle.
Historien, Jean-Claude Richez a publié plusieurs ouvrages et articles sur les mouvements sociaux en Alsace. Il s’est intéressé aux conseils de soldats et d’ouvriers créés en novembre 1918 en Allemagne, à la mobilisation strasbourgeoise autour du Front Populaire ainsi qu’aux révoltes de mai 68 en Alsace. Ancien adjoint à la jeunesse de la maire socialiste Catherine Trautmann, cet acteur de l’éducation populaire a notamment travaillé pour l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep) de 2002 à 2016. Présent à toutes les manifestations contre la réforme des retraites depuis le début de l’année, il a accepté de livrer à Rue89 Strasbourg son analyse de la journée de mobilisation du 23 mars.
Rue89 Strasbourg : comment décririez-vous Strasbourg dans l’histoire française des mouvements sociaux ?
Jean-Claude Richez : On peut dire que la proximité avec la frontière allemande a toujours eu un effet extrêmement déstructurant pour le mouvement social alsacien. En 1918, un puissant mouvement ouvrier existe formé dans le cadre du parti social-démocrate allemand. Au lendemain du retour de l’Alsace à la France, les fédérations syndicales d’Alsace et de Moselle sont parmi les plus importantes de France. Mais ce mouvement ouvrier a été forgé dans un cadre allemand, sur la base d’un lien fort entre le parti socialiste, les syndicats et les associations. Ce n’est pas le modèle français où les syndicats sont théoriquement indépendants des partis depuis la Charte d’Amiens (adoptée en octobre 1906 par le 9e congrès de la CGT, NDLR).
Les manifestants ont érigé de nombreuses barricades jeudi 23 mars. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc
« Le mouvement social en Alsace connait une apogée en 1920 »
Et puis il y a aussi la difficulté à s’intégrer du point de vue culturel et linguistique pour les Alsaciens. Les dirigeants syndicaux alsaciens ne maitrisent pas forcément la langue française. Des syndicalistes comme Charles Hueber ou Eugène Imbs sont de piètres orateurs en français, ils maîtrisent mal la langue et ne trouvent pas leur place à Paris. Cela provoque un certain isolement.
Enfin, il faut ajouter qu’en Alsace, le mouvement ouvrier est plus divisé qu’au niveau national. En plus de la division entre chrétiens et socialistes, puis très vite avec les communistes, il y a une division alsacienne entre les communistes nationaux et les communistes autonomistes.
Est-ce que cela veut dire que les mouvements sociaux sont quasi-inexistants en Alsace au début du XXe siècle ?
Pas du tout ! Le mouvement social en Alsace connait une apogée fin avril 1920, avec une grève générale pour la défense des « Heimatrechte », des droits propres à la région. Cette mobilisation permet de consolider les droits sociaux des Alsaciens, qui bénéficient depuis la fin du XIXe siècle d’un système d’assurance maladie et de retraites qui n’existe pas en France et qui ne s’y imposera qu’en 1945 avec la création de la sécurité sociale et la mise en place de notre système de retraite. En Alsace, le système de retraites par répartition et l’assurance maladie est un acquis depuis 1889. C’est toute l’habilité politique du commissaire général de la République à Strasbourg Alexandre Millerand, qui administre le rattachement de l’Alsace-Lorraine à la France. Il obtient le maintien de ces avantages pour l’Alsace et la Moselle. Les négociations avec le gouvernement français aboutissent à la formation d’un droit local ouvrier.
Jean-Claude Richez, historien du mouvement social alsacien. Photo : remise
Quels sont les grands épisodes de grève et de manifestation dans l’histoire alsacienne ?
En 1933, une grève des ouvriers du bâtiment et des conducteurs de tramway dure trois mois, de juin à août. Strasbourg sera alors le théâtre de violents affrontements de rue. Le 4 août 1933, les ouvriers seront violemment réprimés par des gardes mobiles à cheval, dont quelques uns finissent dans l’Ill. Mais parmi les 150 blessés, on trouve essentiellement des travailleurs. Cette grève est un échec puisque les ouvriers n’obtiennent presque rien.
30 000 personnes selon les organisateurs, le 14 juin 1936
En 1936, on observe encore un décalage de l’Alsace vis-à-vis du reste de la France. Pour la première fois, le mouvement social démarre plus tard et à moins d’ampleur que dans le reste du pays. De grandes manifestations de rue ont lieu le 1er mai, entre les deux tours des élections législatives. Ce scrutin ne donnera pas au Front populaire le triomphe qu’il a connu en France. Dans le Bas-Rhin, seul un candidat communiste est élu, c’est Alfred Daul. La grève ne démarre qu’après le 8 juin, après les accords Matignon, imposés par les ouvriers en grève dans le reste du pays.
Le 14 juin 1936, les manifestants alsaciens fêtent la victoire du Front populaire au niveau national. Ils demandent l’application des accords de Matignon par le patronat qui refuse de le faire dans la région. La mobilisation a lieu dans la rue, un dimanche, avec beaucoup de familles. Elle donne lieu à une image célèbre où l’on voit des manifestantes brandissant le poing et habillées en alsaciennes. Là, les chiffres de la participation sont comparables à la manifestation du 23 mars 2023. La police annonce 5 000 manifestants et les organisateurs évoquent 30 000 participants. Si l’on compare ce rassemblement avec les chiffres actuels, on n’a jamais eu de manifestations si importantes pour des droits sociaux en Alsace depuis 1920 et 1936. En tout état de cause, le nombre de manifestations était moins important qu’aujourd’hui.
Comment se déroule cette manifestation historique en 1936 ?
En 1936, c’est une manifestation bon enfant, avec des revendications pacifistes et une dimension antifasciste. Pour rappel, Hitler est au pouvoir en Allemagne. Il y a en Alsace une très grande peur. Car ici, on sait ce que c’est la guerre. Pendant quatre ans, les Alsaciens ont vécu directement à l’arrière du front. Forcément, il y a une inquiétude quand on entend Hitler revendiquer le retour d’une grande Allemagne. C’est aussi cette peur qui explique la lenteur à se mobiliser en Alsace, en 1936 en particulier. « Brot und Frieden (Du pain et la paix, NDLR) », c’est le mot d’ordre, le grand slogan des manifestations, aussi bien le 1er mai que le 14 juin 1936.
Et mai 68 en Alsace ?
La grève en Alsace n’est pas générale, à la différence du reste pays. On peut aussi ajouter que les mouvements de grève se développent surtout au début des années 70, notamment dans la vallée de la Bruche, et souvent à l’initiative de jeunes ouvriers et ouvrières. Cette nouvelle génération est beaucoup plus combative, parce que ce sont des gens qui n’ont pas connu la guerre, qui n’ont pas été mobilisés dans l’armée allemande pendant la seconde guerre mondiale.
Pas de grande manifestation à Strasbourg en 68
Mais globalement il n’y a pas de grande manifestation ouvrière à Strasbourg, à l’exception de celle du 13 mai, 10 000 manifestants certes, mais une majorité d’étudiants. Le 24 mai 1968, des étudiants dispersés par la police dans l’après-midi, sur le pont de l’Europe, dressent des barricades symboliques place Kléber et place du Corbeau et sont à nouveau repoussés, non sans violence. Il y a une mobilisation à Mulhouse avec quelques affrontements avec les CRS en 67. Mais ça n’a rien à voir avec les violences d’aujourd’hui, telles qu’on a pu voir mardi ou la semaine dernière.
Quel regard portez-vous sur les manifestations strasbourgeoises contre la réforme des retraites en 2023 ?
J’ai assisté à toutes les manifestations encadrées par les syndicats. Jeudi 23 mars, j’ai observé une chasse à tout ce qui pouvait ressembler à un manifestant après la dispersion. Ils étaient selon moi près de 6 000 jeunes manifestants en cortège de tête, devant celui de la CFDT et des différents syndicats qui suivaient.
Des vitrines taguées, jeudi 23 mars. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Cette mobilisation de la jeunesse me paraît sans commune mesure avec les précédentes manifestations. Étudiants, lycéens et jeunes travailleurs me paraissaient dix fois plus nombreux et très mobilisés, scandant des slogans engagés et portant des pancartes très politiques, notamment autour du 49-3.
Avec ce que les jeunes ont subi pendant la pandémie, avec la machine à broyer de Parcoursup, après des manifestations réprimées à coup de gaz lacrymogène, avec un groupe nassé en dehors de toute norme de maintien de l’ordre dans une ruelle étroite comme lundi 20 mars… La mobilisation du jeudi 23 mars à Strasbourg était de très grande ampleur. En tant qu’historien du mouvement social, je peux noter que depuis 1933, Strasbourg n’a jamais connu une telle explosion de colère. Même en mai 68, on a jamais eu d’explosion de ce type là à Strasbourg. Il y a eu certes celle contre le sommet de l’OTAN du 4 avril 2009, mais elle n’était pas d’initiative syndicale et répondait à un appel international.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Né dans l’esprit de deux étudiants de Sciences Po, le Forum de l’Environnement se tiendra du 31 mars au 2 avril à l’Hôtel d’Alsace, à Strasbourg. Pendant ces trois jours, des acteurs locaux et nationaux viendront animer des stands, des tables rondes et des ateliers.
Parler d’énergie avec un chercheur du CNRS, assister à la diffusion de la nouvelle série du réalisateur écologiste Cyril Dion, rencontrer des membres de l’ONG Sea Shepherd au détour d’un stand ou suivre une table ronde avec des médias écolos… C’est ce que propose le Forum de l’Environnement, porté par Alice Lévi et Valentin Meunier, deux étudiants de 20 ans, membres de l’association Sciences Po Forum, qui organise habituellement des conférences au sein de l’école.
Porté par Alice Lévi et Valentin Meunier, plus d’une dizaine d’étudiants de Sciences Po participent à l’organisation de ce forum. Photo : Margot Calisti DR
Pour Alice Lévi, sensibiliser les gens à l’écologie est la principale raison pour laquelle elle a intégré l’association. Elle a ensuite décidé de se lancer dans cet ambitieux projet :
« Si je me suis engagée dans l’association Forum, c’est avec l’objectif d’organiser des discussions sur l’écologie. En parlant avec Valentin, lors de notre prise de fonction, nous avons commencé à rêver plus grand et à réfléchir à un événement de plusieurs jours qui serait ouvert à tous, pas seulement aux étudiants de l’école qui sont déjà pas mal sensibilisés sur le sujet. »
Alice Lévi et Valentin Meunier, 20 ans, étudiants en deuxième année de Sciences Politiques, sont les porteurs de ce projet. Photo : DR
Un projet porté par des jeunes engagés pour l’environnement
Si l’idée a semblé trop ambitieuse pour certains au début, les deux étudiants ont persévéré jusqu’à convaincre un premier partenaire, la Collectivité Européenne d’Alsace (CeA), de les sponsoriser. « Ça nous a donné plus de poids, ensuite on a rapidement eu le soutien de Sciences po, du Crédit Agricole, de l’Université de Strasbourg, du CROUS, du Club de la Presse », raconte Alice Lévi.
Rejoints dans leur projet par d’autres étudiants, ils ont aussi été surpris par l’engouement des différents acteurs qu’ils ont contactés pour intervenir. « Ils nous ont tout de suite fait confiance, ont adhéré au projet et se sont rendus disponibles, alors qu’on n’avait parfois même pas encore de lieu », se remémore Valentin.
C’est la première fois qu’un forum de ce type est organisé à Strasbourg. Photo : Affiche de l’événement DR
Une inauguration avec François de Rugy
L’événement se décline en trois jours autour d’initiatives concrètes. Le vendredi sera dédié à l’inauguration, avec une première conférence donnée par François de Rugy, ancien président de l’Assemblée nationale et ancien ministre de la Transition écologique et solidaire, décrié par certains militants écologistes.
À ce sujet, les organisateurs détaillent :
« Nos invités ne sont pas toujours d’accord entre eux, mais cela permet justement le débat, et avoir ainsi des éclairages différents que les visiteurs pourront s’approprier. »
La journée se poursuivra notamment avec une table-ronde des médias environnementaux, autour de laquelle se trouveront des membres du média en ligne Vert, du supplément des DNA « Ici, on agit ! », ou encore d’Arte.
Trois jours, six thèmes
Le samedi, intitulé « Changer notre quotidien », sera dédié à la manière dont nos pratiques peuvent évoluer de façon à diminuer leurs impacts sur l’environnement. Trois rencontres auront lieu autour des thèmes « se nourrir » (à 11h), « se chauffer » (à 13h), puis « se déplacer » (à 15h). À chaque fois, trois intervenants venus du monde associatif, institutionnel et entrepreneurial échangeront entre eux et avec le public.
À chaque table ronde, une personnalité du monde associatif, institutionnel et entrepreneurial seront présentes. Voici celles pour le rencontre autour du thème « se nourrir ». Photo : Capture site de Sciences Po Forum
Le dimanche sera dédié au thème « (re)penser nos espaces« , avec des discussions sur les manières de protéger, sauvegarder, valoriser et habiter de façon raisonnée les différents territoires. Nicolas Kremer, le responsable Grand-Est Environnement à l’Office National des Forêts ainsi que le chercheur Wolfgang Cramer, géographe, écologue, modélisateur de la dynamique des écosystèmes globaux viendront discuter des forêts et de la préservation des écosystèmes. Deux autres tables rondes aborderont les villes que nous pouvons imaginer pour le monde de demain, puis les espaces maritimes (et le Rhin de manière locale).
Pendant toute la durée de l’événement, des dizaines de stands accueilleront des associations locales telles qu’Octopus, ONG française basée à Strasbourg et engagée dans la préservation des océans, Les petites cantines, réseau non-lucratif de cantines de quartier, ou encore le réseau Sortir du nucléaire. À la fin de chaque journée, un nouvel épisode d’ »Un Monde Nouveau », la nouvelle série de Cyril Dion, sera projeté. Des quiz et des débats auront également lieu régulièrement dans le hall du bâtiment.
Choqués par le recours au 49-3 du gouvernement qui reste sourd à l’opposition d’une large majorité de Français à la réforme des retraites, de nombreuses personnes interrogées dans le cortège du 23 mars remettent en question le système politique actuel.
« La cinquième République donne trop de pouvoir à un seul homme. C’est un danger pour la démocratie », analyse Carlos, agent d’accueil à l’Université de Strasbourg. La capitale alsacienne a connu, jeudi 23 mars, la plus grande manifestation depuis le début de la mobilisation contre la réforme des retraites : plus de 20 000 personnes. Avec l’utilisation de l’article 49-3 pour faire adopter la réforme des retraites sans vote du Parlement, le mouvement social prend une autre dimension. Carlos témoigne de cette évolution des revendications :
« Le gouvernement ne prend pas en compte l’opinion d’une grande majorité des Français. Si l’avis du peuple n’est pas pris en compte, nous ne sommes pas dans une démocratie qui fonctionne. Ce n’est pas souhaitable qu’un président ait autant de pouvoir. Là, Macron est comme un monarque. Les règles du jeu doivent changer. »
Carlos, agent d’accueil à l’Université : « Macron est comme un monarque. Les règles du jeu doivent changer. » Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
« Macron peut faire passer tout ce qu’il veut »
En tête de cortège, des milliers d’étudiants, de lycéens et de jeunes employés défilent, contrairement aux manifestations de janvier et février, où cette classe d’âge était représentée en moindre proportion. « On vit dans une monarchie », « Il faut donner plus de pouvoir à l’Assemblée », « Macron peut faire passer tout ce qu’il veut, nous sommes dans un système autoritaire »… Dans la foule, entre deux slogans, des manifestants exposent leurs inquiétudes concernant l’état de la démocratie en France. Océane travaille au conservatoire d’art dramatique. Pour elle, l’attitude du gouvernement est une « violation des droits humains » :
« C’est pour ça que je manifeste. Les politiques et les institutions ont la prétention de dire qu’ils agissent pour le peuple alors qu’ils n’écoutent pas nos revendications et nos besoins. J’ai une totale perte de confiance envers eux. Ils se foutent de la vie des autres. Je milite surtout contre le système étatique actuel. Je pense qu’il faut tout renverser pour tout reconstruire. »
Océane travaille au conservatoire d’art dramatique. Photo : CG / Rue89 Strasbourg / cc
À quelques mètres, Louna, étudiante en première année, marche avec deux camarades de promo de la faculté d’anglais :
« Avec cette mobilisation et le 49-3, on est en train de comprendre que le gouvernement a tout le pouvoir en fait. On parlait déjà de ce problème. Mais c’est devenu très concret ces dernières semaines. Je ne peux pas m’y résoudre pour l’avenir. Il y a plein d’autres problèmes que les retraites. Comment est-ce qu’on va changer les choses dans ce système ? »
Louna, étudiante en anglais : « Avec cette mobilisation et le 49-3, on est en train de comprendre que le gouvernement a tout le pouvoir en fait. » Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
« Cette séquence met en lumière les limites de la cinquième République »
Les jeunes ne sont pas les seuls à critiquer les institutions politiques en France. Nathalie, informaticienne au chômage, a 61 ans. Elle dénonce les outils législatifs utilisés par le gouvernement :
« Le 49-3 ne devrait être exploitable qu’en cas d’urgence, certainement pas pour un projet aussi important qu’une réforme des retraites. Et puis j’ai découvert l’article 47-1. Je ne le connaissais pas avant, mais c’est aussi un déni de démocratie pour moi. »
Outre le 49-3, le gouvernement a présenté sa réforme en utilisant l’article 47-1 de la Constitution, pour limiter le temps de débat parlementaire à 50 jours au total.
Dominique, informaticienne au chômage : « J’ai découvert l’article 47-1. Je ne le connaissais pas avant, mais c’est un déni de démocratie pour moi. » Photo : AA / Rue89 Strasbourg / cc
Retraitée et ancienne directrice d’établissement d’accueil de femmes victimes de violences conjugales, Dominique estime que « la séquence politique actuelle met en lumière les limites de la cinquième République ». Elle se dit en accord avec la France insoumise, qui projette la création de la sixième République, pour permettre des référendums d’initiative citoyenne (RIC), la révocation des élus par le peuple ou la création d’assemblées constituantes.
Solange, documentaliste retraitée, est scandalisée mais guère étonnée par la méthode employée par le président Emmanuel Macron. Elle rappelle que le gouvernement n’avait repris que 10% des propositions de la Convention citoyenne pour le climat malgré sa promesse de les soumettre sans filtre à l’Assemblée.
Dominique, directrice d’établissement d’accueil de femmes victimes de violences conjugales. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
« On a besoin de changer nos institutions »
« Et nous, aussi, on va passer en force », scandent des centaines de personnes en tête de cortège. Nathalie et Rémi, professeur de technologie de 62 ans, ou encore Hassan, ancien peintre en bâtiment, disent comprendre les dégradations de banques et de panneaux publicitaires pendant les manifestations. Une réaction au manque d’écoute d’Emmanuel Macron, selon eux.
Mathieu, professeur assistant de 28 ans et militant au Nouveau parti anticapitaliste (NPA), accuse aussi le président « d’utiliser toutes les ficelles de la Constitution pour ne pas gouverner démocratiquement » :
« On a besoin de renverser ce pouvoir et de créer nos propres institutions. Une sixième ou septième République ne changera rien si elle reste aux mains de la bourgeoisie. Il faut un changement radical par la base. Les élus devraient venir des rangs des travailleuses et travailleurs, avec des mandats spécifiques et révocables. Et surtout, il faudrait organiser des Assemblées générales citoyennes, partout et tout le temps. »
La majorité des personnes interrogées sont déterminées à poursuivre le mouvement de contestation. Étudiant en philosophie, William constate que des rassemblements spontanés ont lieu « presque tous les soirs depuis le 49-3 » : « C’est un signe fort. Au-delà des syndicats, les gens se rassemblent. Ils sont révoltés face à la réforme et les méthodes du gouvernement. Nous ne nous arrêterons pas. »
William, étudiant en philosophie. Photo : CG / Rue89 Strasbourg / cc
L’intersyndicale appelle à une 10e journée de mobilisation contre la réforme des retraites le mardi 28 mars. À Strasbourg, une manifestation partira de l’avenue de la Liberté à 14 heures.
À peine la manifestation du 23 mars terminée, l’intersyndicale appelle à un nouveau rassemblement pour une 10e journée de manifestation, ce mardi 28 mars, à 14h, au départ de l’avenue de la Liberté à Strasbourg. Dans un communiqué, les syndicats bas-rhinois CGT, FSU, Solidaires, AES, FO, FAFPT, CFE-CGC, UNSA, CFTC appellent à maintenir la pression sur le gouvernement et le président de la République :
« La situation de tension qui ne cesse de grandir dans notre pays, dans notre département et tout particulièrement à Strasbourg, est de la responsabilité exclusive du gouvernement et de Emmanuel Macron, qui est le président du chaos. Le seul moyen de sortir de la spirale de tensions et d’affrontements pour lesquels l’intersyndicale, au niveau national et dans notre département, n’a cessé d’alerter le gouvernement et ses représentants dans notre département, c’est le retrait de la réforme des retraites. Cela ne peut plus durer : Emmanuel Macron doit retirer immédiatement la réforme des retraites. »
Extrait du communiqué de l’intersyndicale 67 : CGT, FSU, Solidaires, AES, FO, FAFPT, CFE-CGC, UNSA, CFTC.
Cortège de tête de la manifestation du mardi 7 mars à Strasbourg. Photo : Carol Burel / Rue89 Strasbourg / cc
Une mobilisation renforcée par le recours au 49-3
Depuis le jeudi 16 mars, et l’annonce du recours à l’article 49-3 par la Première ministre Elisabeth Borne afin de faire passer la très controversée réforme des retraites, les mouvements de protestation se multiplient un peu partout en France.
À Strasbourg et en Alsace, des manifestations – spontanées ou prévues – se sont déroulées le jeudi 16, le vendredi 17, le samedi 18, le lundi 20, et enfin, la dernière, la plus massive de toutes, le jeudi 23 mars. Selon les syndicats, plus de 30 000 personnes étaient présentes dans les rues de Strasbourg, plus de 20 000 selon les estimations de Rue89 Strasbourg, 12 500 selon la Préfecture du Bas-Rhin.
Au fil des manifestations, nos reporters sur place ont constaté de plus en plus de débordements et une répression policière croissante. La manifestation du 23 mars a donné lieu à de nombreuses dégradations (feux de poubelles, destructions d’abribus, de panneaux publicitaires, de vitrines de banques et de grands magasins) à Strasbourg, comme dans d’autres villes de France.
Grèves et perturbations à venir
Comme à chaque journée de manifestation depuis le début du mouvement social, de nombreux secteurs risquent d’être impactés par les grèves. À commencer par les transports en commun : bus, trams et trains régionaux. La CTS devrait donner davantage de détails sur ses prévisions de trafic d’ici le 28 mars.
Les cantines scolaires des écoles strasbourgeoises seront fermées. Les accueils périscolaires maternels et ateliers éducatif en élémentaire seront assurés « dans la mesure du possible », ainsi que l’a annoncé la Ville de Strasbourg. Enfin, un service minimum d’accueil sera assuré pour les écoles dont au moins 25% des personnels sont grévistes.
Rassemblement à Wissembourg à 7h30
Environ 90 personnes se sont mobilisées ce mardi matin, à 7h30, à l’appel d’un collectif citoyen, soutenu par l’intersyndicale et la Nupes Alsace Nord et Vosges du Nord à Wissembourg. Dorian Faucon, est l’un des coordinateurs de la Nupes, à l’origine de ce rassemblement :
« C’était une belle mobilisation. Les jeunes étaient ravis de participer sans aller loin de chez eux. C’était un rassemblement tranquille, avec un public réceptif, étonné de voir enfin quelque chose sur Wissembourg. »
Rassemblement à Wissembourg, ce mardi 28 mars au matin, afin de mobiliser pour la grande manifestation de Strasbourg cette après-midi. Document remis.
Lors d’une précédente manifestation à Haguenau le 14 février dernier, près de 3 000 personnes s’étaient mobilisées, « ce qui est historique pour le coin », note Dorian Faucon.
Diplômée à Lille en 2012. Après Paris et Marseille, je me suis installée à Strasbourg en 2020. Je suis aujourd’hui indépendante en radio et web, pour Rue89 Strasbourg, Mediapart, Louie Media et France Culture. J’aime les reportages et les enquêtes au long cours, sur les sujets de société et sur notamment sur les violences sexistes et sexuelles.
Une vingtaine de syndicalistes CFDT bloquent depuis vendredi minuit un entrepôt de Lidl à Entzheim. Ils empêchent une quinzaine de poids lourds de circuler sur la route départementale au niveau de Lingolsheim.
Dans la nuit du jeudi 23 mars au vendredi 24 mars, depuis minuit, une vingtaine de syndicalistes de la CFDT bloquent une plate-forme logistique de la chaîne de grande distribution Lidl à Entzheim. Ces manifestants contre la réforme des retraites ont réussi à empêcher la sortie d’une quinzaine de camions pendant la nuit, selon Pascal Vaudin, l’un des syndicalistes présent sur place.
Durant la matinée, une quinzaine de poids-lourds ont également été bloqués sur la D400, au niveau de Lingoslheim. Cette partie de la route départementale donne accès à la plateforme de distribution. Selon Pascal Vaudin, les gendarmes sont sur place depuis ce vendredi matin et permettent de sécuriser le trafic automobile.
Blocage de la plateforme Lidl ce matin à Entzheim Photo : document remis
Un compromis trouvé dans la matinée avec la direction
Dans la matinée, un compromis a été trouvé entre les syndicalistes et la direction de Lidl à Entzheim. La circulation a repris pour les poids-lourds, autorisés à rentrer sur le site au compte-goutte. La sortie de ces camions reste cependant bloquée, afin d’empêcher les livraisons des supermarchés.
Selon les syndicalistes présents sur place, l’objectif est de maintenir le blocage jusqu’à demain. Pascal Vaudin précise : « On va bloquer jusqu’à demain (samedi). Je me suis personnellement engagé jusqu’à midi, et pour demain, on verra. » Il ajoute : « on a aussi besoin de se reposer, nous sommes trois équipes qui tournent depuis minuit. »
L’équipe actuelle de militants se trouvant sur le site se constitue d’une bonne quinzaine de personnes, mais « la relève arrive bientôt » assure Pascal Vaudin.
À peine la fin de la manifestation déclarée, des centaines de personnes ont entamé un saccage méthodique des symboles du capitalisme dans plusieurs quartiers de Strasbourg. Retour en images sur ces façades de banques et ces panneaux publicitaires brisés, entre barricades et poubelles incendiées.
Plus de dix ans que Strasbourg n’a pas connu pareilles scènes d’émeute. C’était en 2009, en marge du sommet de l’Otan. Des militants anticapitalistes avaient convergé de toute l’Europe pour se confronter violemment avec les forces de l’ordre.
Traditionnellement tranquille, la culture de la manifestation dans la capitale alsacienne connaît un tournant avec la mobilisation contre la réforme des retraites. De mémoire de journalistes de Rue89 Strasbourg, même les Gilets jaunes n’avaient jamais provoqué autant de dégradations ciblées, entre façades de banques détruites et panneaux publicitaires brisés, barricades dressées et poubelles incendiées.
Retour en dix photographies sur un saccage méthodique et anticapitaliste, comme une réponse au « passage en force » du président Emmanuel Macron et du gouvernement d’Elisabeth Borne.
Le député La France insoumise Emmanuel Fernandes a annoncé jeudi 23 mars déposer un signalement auprès de la procureure de la République. Il dénonce le non-respect du schéma national de maintien de l’ordre lors de la nasse petite rue des Dentelles le 20 mars, où des manifestants ont été bloqués dans une rue avec du gaz lacrymogène.
Devant le tribunal judiciaire de Strasbourg, le député La France Insoumise Emmanuel Fernandes a annoncé jeudi 23 mars déposer un signalement auprès de la procureure de la République, en vertu de l’article 40 du code de procédure pénale, qui impose à tout agent public d’informer la justice lorsqu’un délit est commis.
Le dossier du député de Strasbourg-sud et Illkirch-Graffenstaden comporte 24 témoignages et dénonce le non-respect du schéma national de maintien de l’ordre lors une intervention petite rue des Dentelles lundi 20 mars, sur des personnes qui manifestaient contre la réforme des retraites et le recours à l’article 49-3 de la Constitution.
Le député Emmanuel Fernandes devant le tribunal judiciaire de Strasbourg le 23 mars 2023, entouré de personnes victimes de la nasse petite rue des Dentelles lundi 20 mars. Photo : Axelle Auvray / Rue89 Strasbourg / cc
« Petite ue des Dentelles, dans ce qu’il faut bien appeler un piège, les manifestants ont été privés de leur droit fondamental de circuler librement, de manifester, et même de leur droit de respirer. Si un schéma national de maintien de l’ordre a été adopté, même si on le conteste, on attend au moins qu’il soit respecté. »
Emmanuel Fernandes, député La France Insoumise.
« Le gaz a servi à une sorte de châtiment »
Selon les témoignages, au moins deux grenades lacrymogènes ont été lancées pendant la nasse (intervention de police visant à entourer et bloquer des personnes) petite rue des Dentelles sans qu’aucune voie de sortie ne permette à la centaine de manifestants présents de s’en extraire. Les dernières personnes ont pu quitter la rue près d’une heure après le début de la nasse et suite à un contrôle d’identité.
Le député Emmanuel Fernandes explique :
« J’ai interpellé le ministre de l’Intérieur [Gérald Darmanin, NDLR] en hémicycle ce matin qui m’a répondu que la procédure qui correspond au schéma national de maintien de l’ordre implique qu’une nasse permette en permanence la sortie des manifestants par l’organisation d’un corridor et d’une voie de communication pour leur expliquer comment sortir.
Nous avons un certain nombre de documents qui prouvent qu’aucune voie de sortie n’était possible pendant une bonne quinzaine de minutes, avec des gazages. Théoriquement, le gaz lacrymogène est censé permettre de disperser les foules. Là, il a servi à une sorte de châtiment pendant plusieurs minutes, infligé aux manifestants et aux personnes qui se trouvaient là, en dehors de tout cadre légal. »
Geoffrey a été victime de la nasse lundi 20 mars petite rue des Dentelles. Photo : Axelle Auvray / Rue89 Strasbourg / cc
« Je me suis roulé en boule pour essayer de respirer »
Geoffrey, ingénieur informatique de 27 ans, était dans la manifestation spontanée ce lundi 20 mars lorsque les policiers ont « orienté une partie du cortège vers la petite rue des Dentelles ». Il témoigne :
« Je me suis roulé en boule dans un coin pour essayer de respirer. Ensuite j’ai pu me réfugier dans un restaurant pendant une quinzaine de minutes mais c’était plein, des gens ont du rester à l’extérieur. On a fini par sortir trois par trois de la rue. Un policier prenait en photo nos pièces d’identité. »
Marine, 30 ans, salariée d’une institution culturelle, réfléchit à porter plainte. Elle témoigne de ce qu’elle a vécu ce lundi 21 mars petite rue des Dentelles :
Marine s’est retrouvée coincée petite rue des Dentelles (vidéo Rue89 Strasbourg)
Membre du Syndicat des avocats de France et de l’Observatoire strasbourgeois des libertés publiques, Florence Dole rappelle quelques principes fondamentaux s’appliquant aux manifestations dans l’espace public.
Mise en scène militaire. Sur Twitter, le compte de la préfecture du Grand Est et du Bas-Rhin est alimenté de clichés de Josiane Chevalier, passant en revue pompiers, policiers, CRS ou gendarmes. La préfète paraît prête pour partir en guerre. L’opération de communication vise à étaler l’étendue du dispositif de sécurité mis en place pour encadrer la mobilisation contre la réforme des retraites. Depuis l’usage de l’article 49-3 de la Constitution vendredi 17 mars, des manifestations spontanées se répètent fréquemment à Strasbourg.
Florence Dole, avocate et membre du Syndicat des avocats de France. Photo : Roni Gocer / Rue89 Strasbourg / cc
Engagée auprès de l’Observatoire strasbourgeois des libertés publiques, l’avocate Florence Dole nous précise quelques points de droit à propos des manifestations.
Une manifestation doit-elle être acceptée par la préfecture, pour être légale ?
Non, il n’y a pas d’autorisation à avoir, puisqu’il s’agit d’une liberté fondamentale : la liberté d’expression collective des opinions. La manifestation est seulement soumise à un régime déclaratif, les organisateurs doivent prévenir la préfecture trois jours avant. En de rares exceptions, la préfecture peut établir un arrêté interdisant la manifestation déclarée, motivé par quelque chose de grave, comme le risque sanitaire pendant la période du Covid par exemple.
Participer n’est pas une infraction
Est-ce illégal de participer à une manifestation spontanée, qui n’a pas été déclarée au préalable ?
Le fait de participer à une manifestation non déclarée n’est pas une infraction, on ne s’expose à aucun risque juridique. Pour être arrêté, il faut qu’il y ait le constat d’une infraction. Même en manifestation spontanée, les manifestants ne font que l’usage de leur liberté fondamentale de s’exprimer.
Depuis la loi anti casseurs d’avril 2019, les forces de l’ordre peuvent procéder a des contrôles d’identité et à des fouilles préventives sur les personnes, aux abords de la manifestation. Ils peuvent aussi confisquer ce qu’ils estiment dangereux en manifestation.
Est-ce que l’on risque quelque chose, si on est en possession de sérums physiologiques ou de lunettes de protection par exemple ?
Le Conseil d’État s’est prononcé sur le fait qu’avoir sur soi des objets de protection, comme le sérum physiologique n’était pas constitutif d’une infraction. Pour le masque, il peut contrevenir à l’interdiction de dissimuler son visage. En revanche, si des objets estimés dangereux par les forces de l’ordre sont trouvés, alors leurs possesseurs peuvent être arrêté pour port d’arme illégal.
L’attroupement change le régime
Dans un communiqué, la préfecture explique pourtant que les participants « s’exposent à des risques ». Des risques juridiques ?
La préfecture connait parfaitement le droit, elle joue avec les mots. Malheureusement, beaucoup de manifestants connaissent mal le droit entourant les mobilisations.
Légalement, comment s’opère le passage d’une manifestation vers l’attroupement ?
C’est très normé, tout cela est défini par le code de sécurité intérieur. Si la personne désignée comme responsable du maintien de l’ordre (un policier) constate que la manifestation n’est plus pacifique, qu’il y a des troubles à l’ordre public, à ce moment là, il communique ses observations à la préfecture, puis déclare qu’il s’agit d’un attroupement. Les forces de l’ordre doivent alors effectuer deux sommations au haut-parleur pour ordonner la dispersion. Si l’attroupement est toujours constitué, elles peuvent alors procéder à une dispersion par la force.
Pour le conseil de l’Eurométropole du vendredi 24 mars, le budget 2023 sera soumis au vote et devrait relancer le débat sur la gestion financière de l’intercommunalité. D’autres sujets propices aux altercations suivront, comme l’augmentation des tarifs de la CTS, ou les travaux entourant l’extension du tram vers le nord de l’agglomération.
Pour le conseil de l’Eurométropole de Strasbourg (EMS), l’exécutif rouvre son livret de comptes. La séance du vendredi 24 mars sera ainsi marquée par le vote du budget, mais aussi par la présentation de la nouvelle politique tarifaire « au service des voyageurs » de la Compagne des transports strasbourgeois (CTS), en substance, la hausse des prix, déjà largement critiquée par l’opposition.
Le 3 février, lors du dernier conseil de l’EMS, le débat d’orientation budgétaire avait déjà occupé une bonne partie des discussions. Cette fois-ci, le nouveau budget pour l’année 2023 sera soumis aux votes. Lors d’une conférence de presse, mercredi 22 mars, la présidente de l’Eurométropole, Pia Imbs, présente un budget faisant face au contexte de crise.
« La hausse des taux d’intérêts, du prix des matières premières, du coût de l’énergie et les effets du dérèglement climatique impactent considérablement notre budget. »
Si l’on compare les budgets primitifs 2022 et 2023, le coût de l’énergie passe ainsi de 10 à 27 millions d’euros. « Pour les métropoles, c’est la double peine, on subit deux fois plus les hausses de prix, puisqu’on paye l’électricité pour les bâtiments et les transports », plaide Syamak Agha Babaei, le vice-président chargé des finances.
Pia Imbs mettra en avant les efforts en matière de sobriété énergétique de son administration. Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg
En tout, le budget de fonctionnement (toutes les dépenses des services de l’EMS) sera passé de 761,9 millions d’euros au budget primitif 2022 à 828 millions d’euros pour celui de l’année 2023. Les dépenses d’investissements – la construction de bâtiments, l’aménagement, les travaux d’infrastructures – baissent de 452 millions d’euros en 2022 à 424 millions d’euros en 2023.
La politique des mobilités, au cœur des débats
Au-delà des questions budgétaires, l’opposition devrait également copieusement attaquer l’Eurométropole sur la hausse significative des prix de la CTS. Dès le 1er juillet 2023, le prix des tickets à l’unité passera en effet de 1,70 euros à 1,90 euros. Pour les carnets de 10 tickets, les tarifs monteront de 9,60 euros à 15,20 euros. Enfin, les abonnements connaîtront aussi une hausse, plus ou moins forte selon les publics concernés. Pour les abonnés ayant entre 26 et 64 ans, le prix passera ainsi de 518 à 560 euros à l’année.
La création d’une nouvelle ligne allant du nord de Strasbourg vers Schiltigheim risque également de faire l’objet de discussions mouvementées. Vivement opposé au projet, le maire de Bischheim Jean-Louis Hoerlé (LR), pourrait réitérer ses critiques sur le tracé du tram, qu’il estime excluant pour les communes limitrophes.
En fin de conseil, une interpellation de Jean-Philippe Vetter remettra également sur la table la question de l’aménagement de l’avenue des Vosges. Très investi sur le sujet – dont il a fait l’un de ses marqueurs politiques – il s’oppose frontalement à la réduction des voies de circulation automobiles, au profit des piétons et des cyclistes.
Moins propice à la polémique, la question du tourisme sera également évoquée durant le conseil. Pia Imbs présentera le rapport de la chambre régionale des comptes, concernant la gestion de l’Office de tourisme entre 2016 et 2020 (à l’époque géré par la collectivité), dont la gouvernance était particulièrement critiquée.
Pour la 9e journée de grèves et de manifestation contre la réforme des retraites, la rédaction de Rue89 Strasbourg a suivi en direct les actions, défilés et blocages organisés.
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23 mars 2023, 12h08
Bienvenue sur ce compte-rendu en direct de la neuvième journée de mobilisation contre la réforme des retraites. La manifestation du jeudi 23 mars fait suite au recours au 49-3 annoncé par la Première ministre Élisabeth Borne jeudi 16 mars.
Depuis, plusieurs manifestations spontanées ont eu lieu à Strasbourg, rassemblant plusieurs milliers de personnes et provoquant de multiples dégradations. Lundi 20 mars, la motion de censure transpartisane du groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires (LIOT) a manqué de neuf voix pour aboutir à la dissolution du gouvernement. Le soir-même, la répression de la mobilisation s’est durcie à Strasbourg. Le recours au gaz lacrymogène a provoqué au moins deux évanouissements dans le centre-ville.
Rue89 Strasbourg est mobilisé pour rendre compte ici même des mouvements sociaux dans les entreprises et les services publics, des blocages et des cortèges. Si vous êtes organisatrice ou organisateur d’une action, membre d’un collectif ou simplement témoin d’un événement en lien avec cette journée de mobilisation, merci de nous envoyer vos éléments à redaction@rue89strasbourg.com (en incluant un numéro de téléphone) ou via le formulaire de contact afin qu’ils puissent être relayés sur ce compte-rendu.
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23 mars 2023, 12h16
Des étudiants opposés à la réforme des retraite ont bloqué plusieurs bâtiments du campus central de l’Université de Strasbourg.
Rassemblés aux alentours de midi devant l’institut Le Bel, les manifestants ont donné les noms d’avocats à joindre en cas de garde à vue. La « legal team » du Bas-Rhin est joignable par mail à legalteam67@proton.me ou par téléphone lors des jours de manifestation au 0758365711. Elle récolte les témoignages sur les circonstances d’interpellations et propose des noms d’avocats à connaître en cas de garde à vue.
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23 mars 2023, 12h41
Une trentaine de personnes se sont mobilisées en début de matinée pour bloquer la circulation à Châtenois. Selon le collectif mobilisation retraite Val d’Argent, l’action a duré moins d’une heure et a provoqué des bouchons « jusqu’à l’autoroute côté Sélestat et jusqu’à Bois l’Abesse côté Val d’Argent. »
Une trentaine de personnes se sont mobilisées en début de matinée pour bloquer la circulation à Châtenois. Photo : Document remis
Dans un communiqué, le collectif explique « l’accident démocratique du jeudi 17 mars qui a provoqué un blocage à Châtenois (Route des vins / RN 59) aujourd’hui » :
« Nous voulons montrer une fois de plus, par cette action citoyenne, résolue et non-violente, notre opposition à cette réforme, notre soutien aux grévistes et aux manifestants de tout le pays. Nous ne voulons pas d’un Etat autoritaire. Nous souhaitons l’émergence d’une démocratie saine, qui sait entendre l’expression du peuple et donner aux citoyens les moyens de participer activement et sereinement à la vie politique. »
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23 mars 2023, 13h59
Le Canard réfractaire, un youtubeur engagé pour les luttes sociales et proche des Gilets jaunes, était présent place de la République pour le rassemblement annoncé par le collectif strasbourgeois « On crèvera pas au boulot ». Venu couvrir la manifestation strasbourgeoise du jeudi 23 mars, il explique sa démarche :
« L’idée, c’est de rassembler des milliers de personnes qui nous regardent sur les réseaux, dont des gilets jaunes d’un peu partout en France et qui sont encore actifs en Alsace. Grâce à notre audience, on peut fixer des lieux de rendez-vous avec différents groupes locaux déjà existants. On va faire ça dans plusieurs villes du Grand Est. On revient tout juste de Reims. »
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23 mars 2023, 14h19
Louna, étudiante en première année d’anglais à l’Université de Strasbourg :
« Avec cette mobilisation et le 49-3, on est en train de comprendre que le gouvernement a tous les pouvoirs. J’avais déjà entendu parler du 49-3, mais là c’est devenu très concret. Pour moi, ce n’est pas une démocratie. Malgré les manifestations, malgré le fait que tout le monde est contre cette réforme, le gouvernement ne change pas d’avis. C’est très dangereux. Je m’inquiète aussi pour ce qu’on va réussir à obtenir à l’avenir, parce qu’il y a plein d’autres problèmes. Je pense que le système politique doit vraiment changer. »
Louna, étudiante : « J’avais déjà entendu parler du 49-3, mais là c’est devenu très concret. » Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc
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23 mars 2023, 14h37
La foule est extrêmement dense sur la place de la République. La tête du cortège vient de prendre la direction de la place Broglie.
(Vidéo Thibault Vetter)
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23 mars 2023, 14h42
Hassan, retraité, ancien peintre en bâtiment :
« Il faut absolument manifester parce que le gouvernement ne nous écoute pas. Mais c’est un problème de démocratie si les grandes manifestations pacifistes ne servent à rien. Le gouvernement ne doit pas s’étonner s’il y a de la casse. »
Hassan, retraité, ancien peintre en bâtiment : « Le gouvernement ne doit pas s’étonner s’il y a de la casse. » Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc
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23 mars 2023, 14h59
La manifestation passe actuellement par la place Broglie :
(Vidéo Camille Gantzer)
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23 mars 2023, 15h06
Carlos travaille à l’université en tant qu’agent d’accueil. Il estime que le gouvernement devrait prendre en compte les manifestations, les sondages qui indiquent une grande majorité de Français opposés à la réforme et la motion de censure qui a failli provoquer une dissolution du gouvernement :
« Pour moi, c’est problématique qu’un président ait tout ce pouvoir dans la cinquième République. Elle donne trop de pouvoir à un seul homme. Macron est comme un monarque. C’est un danger pour la démocratie. Les règles doivent changer.
Cela fait plusieurs années que les gens ne se mobilisent plus pour voter. Il y a un manque de confiance dans la politique et ce n’est pas étonnant. »
Carlos, agent d’accueil à l’Université : « Macron est comme un monarque. C’est un danger pour la démocratie. » Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc
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23 mars 2023, 15h11
Grosse ambiance dans le cortège de la Haute école des Arts du Rhin (HEAR) :
(Vidéo Camille Gantzer)
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23 mars 2023, 15h22
Pour la seconde fois depuis le début du mois de mars, la vitrine du magasin de luxe Louis Vuitton a été taguée : « 186 milliards : 1ère fortune mondiale Rends l’argent »
Pour la seconde fois depuis le début du mois de mars, la vitrine du magasin Louis Vuitton a été taguée, cette fois pendant la manifestation. Photo : Camille Gantzer
Dans la nuit du 6 au 7 mars, la même vitrine avait été taguée avec le slogan : » Patrie, Patron, Patriarcat »
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23 mars 2023, 15h49
Nouveau pic de mobilisation pour cette neuvième journée de manifestation appelée par l’intersyndicale contre la réforme des retraites.
Selon le décompte de l’un de nos journalistes sur place, au moins 18 500 personnes manifestent actuellement à Strasbourg.
La taille du cortège, qui s’étendait du pont du théâtre jusqu’à la porte de l’hopital, est de 1,8 kilomètres, soit la même distance que lors des plus grandes manifestations contre la réforme des retraites à Strasbourg.
Selon une estimation réalisée à partir du logiciel MapChecking, en prenant acte d’une densité de population plus élevée pour la manifestation d’aujourd’hui, la participation s’élève à plus de 20 000 personnes.
Estimation réalisée à partir du logiciel en ligne MapChecking.
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23 mars 2023, 16h15
La tête du cortège a atteint la destination de la manifestation déclarée, devant le Palais universitaire. La foule entonne le slogan : « Macron t’es foutu, la jeunesse est dans la rue ! »
La tête du cortège a atteint la destination de la manifestation déclarée, devant le Palais universitaire. (Vidéo Camille Gantzer)
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23 mars 2023, 16h22
Une partie de la foule a quitté le parvis du Palais universitaire en direction du boulevard de la victoire. Des pavés sont lancés sur les forces de l’ordre, qui répliquent en utilisant du gaz lacrymogène.
Fin de la manifestation déclarée, début des affrontements entre manifestants et force de l’ordre. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc
Sur le chemin, les manifestants bloquent la circulation à l’aide de barrières grillagées et de poubelles enflammées.
Photo : Camille Gantzer
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23 mars 2023, 16h33
Participer à une manifestation non-déclarée est-il interdit ? Premier élément de réponse de Me Florence Dole, avocate et membre du Syndicat des avocats de France et de l’observatoire des libertés publiques de Strasbourg :
« Le fait de participer à une manifestation n’est pas une infraction. On ne s’expose à aucun risque juridique. Pour être arrêté, il faut qu’une infraction soit constatée. Même en manifestation spontanée, les manifestants ne font qu’usage de leur liberté fondamentale de s’exprimer. »
Maître Florence Dole, avocate et membre du Syndicat des avocats de France et de l’observatoire des libertés publiques de Strasbourg. Photo : Roni Gocer / Rue89 Strasbourg / cc
Interview complète à retrouver en début de soirée sur Rue89 Strasbourg.
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23 mars 2023, 16h41
La manifestation sauvage continue en direction du quartier Esplanade, suivie de près par les forces de l’ordre.
(Vidéo Thibault Vetter)
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23 mars 2023, 16h48
Mathieu, 28 ans, professeur assistant et militant du Nouveau parti anticapitaliste, déplore l’utilisation par le gouvernement de « toutes les ficelles de la Constitution » :
« Ça montre qu’ils n’ont pas envie de gouverner démocratiquement. On a besoin de renverser ce pouvoir et de créer nos propres institutions. Une sixième ou septième République ne changerait rien si elle reste aux mains de la bourgeoisie, il faut un changement radical par la base. Les élus devraient venir des rangs des travailleuses et travailleurs, avec des mandats spécifiques et révocables. Et surtout, on devrait avoir des AG citoyennes, partout et tout le temps. »
Mathieu, 28 ans, assistant d’éducation : « Il faut un changement radical avec un gouvernement et des élus qui viennent du peuple, qui ne sont pas tous issus de la bourgeoisie. » Photo : Roni Gocer / Rue89 Strasbourg / cc
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23 mars 2023, 16h53
Autre ambiance place de la République, où la foule se disperse tranquillement.
Autre ambiance place de la République, où la foule se disperse tranquillement. (Vidéo Axelle Auvray)
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23 mars 2023, 17h08
Campus central, quartier du Conseil des XV, Esplanade… La manifestation sauvage s’est divisée en plusieurs petits groupes, dispersés par l’usage régulier de gaz lacrymogène par les forces de l’ordre.
Vitrine d’une agence de la Société Générale boulevard d’Anvers. Photo : Roni Gocer
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23 mars 2023, 17h12
Selon nos reporters sur place, beaucoup de dégradations de banques et de panneaux JC Decaux ont lieu dans le quartier du Conseil des XV.
De nombreuses banques ont été taguées et leurs vitrines brisées, notamment de le quartier du Conseil des XV. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc
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23 mars 2023, 17h37
Gyrophares et sirène allumés, de nombreux véhicules de polices passent encore par la place de la République aux alentours de 17h30.
Quai des bateliers, un cortège continue d’avancer, entonnant le slogan : « Strasbourg debout, soulève toi ! »
Quai des bateliers, un cortège continue d’avancer, entonnant le slogan : « Strasbourg debout, soulève toi ! » Photo : Roni Gocer / Rue89 Strasbourg / cc
Un peu plus loin, le même groupe entonne un chant antifasciste : « Siamo tutti antifascisti »
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23 mars 2023, 17h59
Selon nos reporters sur place, 300 personnes continuent de déambuler dans le quartier Krutenau en attaquant systématiquement les banques et les panneaux publicitaires.
Les forces de l’ordre, derrière le cortège de près de 300 personnes. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc
Les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogène au niveau de la place de Zurich.
Utilisation de grenades lacrymogènes près de la place de Zurich. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc
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23 mars 2023, 18h07
Ambiance, quartier Krutenau.
Panneau publicitaire brisé, feux de poubelle au travers de la rue au milieu du quartier Krutenau. Photo : Maud de Carpentier / Rue89 Strasbourg / cc
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23 mars 2023, 18h52
Les forces de l’ordre se déploient au niveau du campus central, où plusieurs départs de feu ont été constatés par notre reporter sur place. Les manifestants sont parvenus à contourner les policiers et les gendarmes et se dirigent vers le parc de l’Orangerie.
Photo : Roni Gocer
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23 mars 2023, 19h37
La police a utilisé du gaz lacrymogène au niveau du carrefour du boulevard de la Marne et de l’avenue de la Forêt-Noire. Le dernier cortège vient de se disperser, après plus de cinq heures de manifestation.
Les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogène avenue de la Forêt-Noire. Photo : Roni Gocer / Rue89 Strasbourg / cc
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23 mars 2023, 19h46
C’est la fin de ce compte-rendu en direct. Merci à vous de l’avoir suivi. Ci-dessous, les principales informations à connaître sur la neuvième journée de mobilisation intersyndicale contre la réforme des retraites :
Selon nos estimations, un nouveau record de mobilisation a été atteint ce jeudi 23 mars, avec plus de 20 000 personnes dans les rues de Strasbourg. Le précédent record a été atteint lors de la deuxième journée de mobilisation, le mardi 31 janvier, avec près de 20 000 participants.
Selon la Préfecture, 12 500 personnes ont manifesté. L’intersyndicale évoque 30 000 manifestants.
Une foule dense place de la République au début de la manifestation du jeudi 23 mars. Photo : Axelle Auvray / Rue89 Strasbourg / cc
À la fin de l’itinéraire déclaré, devant le Palais universitaire, un cortège de plusieurs centaines de personnes a entamé une déambulation de plusieurs heures, détruisant sur son passage les vitrines des banques et les panneaux publicitaires dans plusieurs quartiers, en particulier celui du Conseil des XV et de la Krutenau.
Une dizaine de personnes ont été interpellées par les forces de l’ordre.
De nombreuses banques ont été taguées et leurs vitrines brisées, notamment dans le quartier du Conseil des XV. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc
Lors d’une conférence de presse devant le tribunal judiciaire, le député de la France insoumise Emmanuel Fernandes a annoncé le dépôt d’un signalement auprès de la procureure de Strasbourg. Il concerne le non-respect du schéma national du maintien de l’ordre dans la rue des dentelles au cours de la soirée du lundi 20 mars. Vers 21h30, plusieurs dizaines de personnes se sont retrouvées bloquées dans cette ruelle par les forces de l’ordre qui l’ont ensuite remplie de gaz lacrymogène. L’élu de la deuxième circonscription du Bas-Rhin affirme avoir récolté 24 témoignages de manifestants victimes. Au moins deux personnes ont perdu connaissance à ce moment là.
Une marche partira de Bischheim samedi 25 mars pour demander de meilleures voies de circulation piétonnes et cyclistes dans les communes du nord de l’Eurométropole. Le Collectif de la Grande Cyclade organise une balade à vélo dimanche 2 avril au départ de Strasbourg pour préparer une convergence de cyclistes engagés cet été à Paris.
Le rendez-vous est fixé à 15h samedi, place de la République à Bischheim. La marche vise à interpeller les municipalités de Schiltigheim, Bischheim et Hœnheim (au nord de l’Eurométropole de Strasbourg) pour donner davantage de place aux piétons et aux cyclistes sur les voies publiques. Organisé entre autres par les associations Strasbourg À Vélo, le Collectif Vélorution et Strasbourg Respire, l’événement se veut une occasion d’exiger des trajets cyclistes et piétons « apaisés ».
Le parcours d’environ deux kilomètres s’achèvera au parc Wodli à 16h45 et passera par la rue Nationale, la rue de l’Église, la rue du Fossé Neuf, l’avenue de Périgueux et la route de Bischwiller.
Des vélorutions prévues Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Parmi les revendications des « vélorutionnaires », l’aménagement d’itinéraires en sites propres et de traversées sécurisées dans la commune de Bischheim. Trois manifestations ont déjà eu lieu depuis mars 2021 à ce sujet. La réduction de la vitesse à 30 km/h sur l’ensemble des communes de Bischheim, Schiltigheim et Hœnheim, l’aménagement de la rue nationale pour éviter le transit automobile ou la sécurisation des accès aux écoles (place de la République, rue nationale, route de Périgueux) figurent aussi parmi les préoccupations des organisateurs.
Le club de football de Chelsea pourrait acheter le Racing Club de Strasbourg, afin de former un groupe de clubs européens. Une évolution pourrait permettre aux clubs de football ayant le même propriétaire de jouer simultanément en Ligue des Champions.
Le média britannique The Guardian a détaillé dans un article publié le 17 mars l’intérêt du Chelsea football club pour racheter le Racing club de Strasbourg (RCSA), actuellement en Ligue 1. Marc Keller, le président du club strasbourgeois, a confirmé au Guardian qu’il était en négociations avec Todd Boehly, le co-propriétaire du club de Chelsea. La discussion concerne l’achat total ou partiel du RCSA.
Ce rachat s’inscrit dans le modèle du « multi-clubs » proposée par le président de l’UEFA (Union of european football associations), Aleksander Ceferin, qui permettrait aux clubs de football ayant le même propriétaire de jouer simultanément dans les mêmes compétitions européennes.
Entraînement du RCSA avec l’arbitre Franck Schneider, le 26 octobre 2022 Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc
« On a eu cinq ou six propriétaires de clubs qui veulent acheter un autre club. Nous devons nous pencher sur la question pour savoir quoi faire. Soit la règle reste la même, soit nous autorisons ces clubs à jouer dans la même compétition. Je ne suis pas encore certain de la décision à prendre. »
traduction de Rue89 Strasbourg
Le modèle « multi-clubs » intéresse Chelsea
Pour le club de Chelsea, l’objectif est de disposer de bons clubs dans d’autres pays, afin de capitaliser sur des échanges de joueurs, des centres de formation et assurer au club anglais l’accès à l’élite des jeunes footballeurs européens. Selon le Guardian, les clubs de Lyon, Sochaux et Bordeaux ont rejeté les offres de rachat de Chelsea mais à Strasbourg, Marc Keller est plus réceptif car il vise la présidence de la Fédération française de football.
Ces mouvements de structuration européens sont toutefois suspendus à un changement du règlement de l’UEFA, qui interdit l’accès à la compétition européenne aux clubs qui « détiennent ou négocient les titres ou les actions de tout autre club participant ».
Les 600 places d’hébergement d’urgence promises par l’exécutif écologiste en début de mandat ont été créées, mais sans pour autant régler la question du sans-abrisme dans l’agglomération.
Près de 600 places d’hébergement d’urgence ont été créées par la Ville de Strasbourg et l’Eurométropole. Elles s’ajoutent aux 100 places établies en 2018 par la précédente municipalité, selon un point d’étape de l’exécutif écologiste vendredi 17 mars.
Mais les élues ne s’en félicitent guère. Ces places sont déjà toutes occupées car « la situation n’a pas beaucoup évolué depuis 2021, il y a toujours du sans-abrisme, toujours des gens qui appellent en nombre le 115, » reconnaît Floriane Varieras, adjointe en charge de la Ville inclusive.
Un tiers de ces places sont gérées par l’association Accueil sans frontières (ASF 67). Elles ont permis d’héberger par exemple deux familles afghanes (neuf personnes), jusqu’ici mises à l’abri dans un gymnase de la Meinau (ouvert depuis septembre 2022) suite à l’évacuation du camp de la place de l’Étoile en décembre. Selon Floriane Varieras, le gymnase a hébergé jusqu’à 100 personnes. À ce jour, 50 personnes, dont 20 enfants, y vivent encore, sans qu’une solution à court-terme ne soit prévue. « Mais on va prendre tout le monde en charge, » assure Floriane Variéras.
Des places en partie gérées par ASF 67
Questionné sur la localisation des places d’hébergement, le directeur d’ASF 67, Vincent Jullien, explique :
« Sur les 600 places d’hébergement d’urgence dans l’Eurométropole, 191 sont gérées par l’ASF 67. Ces places sont diffuses sur tout le territoire de la métropole mais on ne va pas se mentir, elles sont surtout dans les quartiers où il y a beaucoup de bailleurs sociaux, donc à Hautepierre, Cronenbourg… ».
L’association ASF, présente dans toute la France, est spécialisée dans l’hébergement et le suivi administratif des demandeurs d’asile. Elle propose des places en « co-hébergement » pour les personnes isolées. Quant aux familles, « elles sont toujours hébergées dans un appartement pour elles seules, » précise la responsable du service ville de l’ASF 67, Sarah Reff :
« Une fois prises en charge, les personnes conservent leur place jusqu’à ce qu’elles décident d’en partir, par exemple dans le cas où elles seraient régularisées et prises en charge par un bail direct. »
Les programmes intercalaires se font attendre
Les dispositifs de mise à l’abri existants sont gérés conjointement par la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg. Marie-Dominique Dreyssé, vice-présidente de l’Eurométropole en charge des solidarités, indique que « cela représente 3,6 millions d’euros par an pour les deux collectivités ». Sur les 600 places, 300 ont été financées par l’Eurométropole. « Il faut encore des places et on doit les trouver, ce n’est pas le besoin qui manque, » poursuit-elle.
Concernant les chiffres du sans-abrisme à Strasbourg, Floriane Varieras ne dispose que des relevés du SIAO (le 115) :
« Sur les maraudes de la semaine, le SIAO a compté 200 personnes sans-abri, dont 10 enfants dans l’Eurométropole… C’est sans compter les gens qui dorment dans leurs voitures, dans les squats et tout ceux que l’on ne voit pas… »
Avant sa transformation, l’ancienne clinique Sainte-Odile avait permis d’héberger des familles sans-abris en 2016 Photo : archives Rue89 Strasbourg / cc
Trois sites potentiels de « logement intercalaire » ont été identifiés par la municipalité. Le principe de ce dispositif est d’héberger des personnes sans-abri dans des bâtiments temporairement vides, entre deux projets d’aménagement ou avant une destruction. « Cela représenterait plusieurs centaines de nouvelles places d’ici deux ans et demi au plus tard, » confie Floriane Varieras qui avait déjà évoqué cette piste.
La préfecture du Bas-Rhin, qui doit légalement assurer l’hébergement d’urgence, n’a pas donné suite au recours gracieux qu’elle avait formulé contre cette politique des collectivités selon Floriane Varieras. En revanche, le recours de la Ville de Strasbourg contre l’État, formulé au lendemain de l’évacuation du camp de la place de l’Étoile, est toujours en cours d’instruction.
Un message contre le droit à l’avortement a été tagué devant les locaux du Planning familial de Strasbourg dans la nuit du 21 au 22 mars. C’est la deuxième fois en deux semaines que l’association subit une telle attaque.
Dans la nuit du 21 au 22 mars 2023, un collectif contre le droit à l’avortement a taggué la chaussée devant l’entrée des locaux du Planning familial de Strasbourg. L’association et ses militantes y accompagnent les personnes qui souhaitent avoir recours au droit fondamental de mettre fin à une grossesse.
Après un tag similaire et au même endroit lors de la journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, c’est le second tag de ce type en deux semaines. La présidente du Planning Familial du Bas-Rhin Alice Ackermann s’inquiète de la multiplication des menaces et autres désinformations contre l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG). Interview.
Rue89 Strasbourg : Comment avez-vous découvert ce nouveau tag ?
Alice Ackermann : On a découvert le tag ce matin en ouvrant nos locaux. C’est le même type de tag qui avait été fait pour la journée du 8 mars. Il est situé devant notre entrée, prend toute la chaussée et il est écrit de manière à ce que les personnes qui sortent du planning le lisent.
Le message « IVG = violence faite aux femmes » taggué devant le Planning familial tagué le 8 mars 2023. Photo : remise
« Une intimidation de nos militants »
Ils veulent intimider et stigmatiser les femmes qui se renseignent ou souhaitent avorter. C’est aussi une désinformation, puisqu’ils assimilent l’avortement à une violence. C’est enfin un message pour le planning, une intimidation de nos militants. Pour nous, il s’agit d’un délit d’entrave à l’IVG.
Qu’avez-vous ressenti en voyant ce second tag anti-choix en deux semaines ?
On se dit que la lutte pour le droit à l’avortement est loin d’être terminée alors que c’est un droit humain et fondamental, qui ne doit pas être remis en question malgré ces attaques. C’est notre rôle au Planning d’assurer un tel accès sans stigmatisation, violence ou agression. On est toujours dans la même dynamique de défense de ce droit qui n’est jamais acquis.
Cela me met aussi en colère. C’est insupportable que des bénévoles puissent se sentir en insécurité. On refuse que cela puisse arriver, et plus largement que les personnes qu’on accueille puissent avoir peur de venir.
« On n’est pas seules »
En même temps, on a réagi rapidement on s’est toutes appelées pour se soutenir entre militantes du Planning. Depuis notre communiqué, on reçoit énormément de messages de soutien. Malgré les attaques, il y a une majorité de la population qui est là et bien présente pour nous soutenir. Ça fait du bien de sentir qu’on n’est pas seules.
Alice Ackermann est présidente du Planning Familial du Bas-Rhin. Photo : remise
Ces attaques sont-elles régulières ?
On a été attaqué en 2020. Des tags réalisés sur notre plaque d’entrée avaient pour but de couvrir le logo, le nom et les horaires du Planning, en période covid. Et puis là, ça s’accélère ces deux dernières semaines, on en a eu deux d’affilée. Je suis au Planning familial depuis huit ans, et il n’y avait rien eu de tel pendant mes 5 premières années. On voit bien qu’il y a une tension qui monte de l’extrême droite sur la question de l’avortement.
Y a-t-il d’autres obstacles à l’accès à l’IVG aujourd’hui ?
On avait fait une campagne à Strasbourg sur le délit d’entrave à l’IVG par le numérique. Des personnes qu’on reçoit témoignent du fait que lorsqu’elles font des recherches google ou sur les réseaux sociaux, elles tombent souvent sur des contenus sponsorisés par des associations et comptes anti-choix qui profitent d’une zone grise légale qui permet d’utiliser les réseaux pour désinformer. On avait alerté la procureur sur ce qu’on considère comme un délit d’entrave.
Un faux numéro vert
Je suis une ancienne membre du bureau national. À Strasbourg, nous assurons la ligne téléphonique du numéro vert d’information concernant l’avortement. Pendant le covid, nous avons constaté que de nombreuses femmes tombaient sur un faux numéro vert qui les culpabilisait et les désinformait. Nous nous sommes mobilisées auprès de gouvernement pour que ce phénomène cesse. D’une manière générale, nous devons être très attentives à cette problématique du référencement.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Mardi 21 mars, le tribunal correctionnel de Strasbourg a relaxé une militante de l’association de protection animale L214. Elle était poursuivie pour un tag à la craie réalisé devant le supermarché Monoprix de la place Kléber.
Une militante strasbourgeoise de l’association L214 était poursuivie pour « dégradation de l’espace public et du mobilier urbain », pour un tag à la craie réalisé sur la place Kléber en mars 2022. Près d’un an plus tard, mardi 21 mars 2023, le tribunal correctionnel de Strasbourg a relaxé la bénévole la militante de l’association animaliste. C’est la fin d’une procédure judiciaire absurde.
Le juge a considéré que l’infraction n’était pas constituée
Tout a commencé par une distribution de tracts et des inscriptions sur le sol qui dénoncent les conditions d’élevage des poulets du groupe agro-alimentaire LDC, propriétaire de la marque Le Gaulois. L’Eurométropole de Strasbourg (EMS) porte ensuite plainte pour inscription sur la voie publique… avant de se retirer en évoquant une « procédure automatique ». Mais la procureure de la République, Yolande Renzi, avait alors décidé de maintenir les poursuites contre la militante.
Un exemple de tag à la craie fait par le collectif le 19 mars 2022 Photo : document remis
L’avocate de la prévenue, Me Hélène Thouy, revient sur les échanges lors du procès :
« Le juge a considéré que l’infraction n’était pas constituée, comme L214 le soutient depuis le début. Ces inscriptions, qui n’ont de toute façon pas été réalisées par la prévenue, n’ont en outre causé aucun préjudice puisque la craie est totalement effaçable et ce, très facilement. »
Des actions de sensibilisation similaires avaient eu lieu dans une trentaine d’endroits sans que les autres bénévoles n’aient été l’objets de poursuites pour leur participation, selon l’association.