Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Budget 2022, le vrai montant de la hausse de la taxe foncière dans l’Eurométropole

Budget 2022, le vrai montant de la hausse de la taxe foncière dans l’Eurométropole

Opposition et majorité donnent des calculs alternatifs pour décrire la hausse de la taxe foncière dans l’Eurométropole. Rue89 Strasbourg a fait les comptes pour s’y retrouver. À Strasbourg par exemple, la hausse sera d’un peu moins de 10%.

« Une hausse de 300% » ou un « quadruplement » de la taxe foncière, martèlent les oppositions. Une augmentation de « 3,45 points », minimise la majorité. Cette dernière voit là un effort « acceptable et soutenable » pour une « amélioration du service public ». Séparément ces deux chiffres sont vrais, mais ils donnent une impression bien différente de ce dont il faudra s’acquitter à l’automne.

En réalité, la taxe foncière totale payée par chaque ménage-propriétaire en 2022 sera plus élevée de 9,9% à Strasbourg par rapport à 2021. Explications sur un mécanisme complexe.

La base, en hausse partout en France

À l’automne 2022, tous les propriétaires français payeront une taxe foncière élevée de 3,4%. C’est un choix du gouvernement et de sa majorité à l’Assemblée nationale, qui a revalorisé ce qu’on appelle les « bases locatives » d’imposition.

Cette revalorisation, plus ou moins importante chaque année vise à s’approcher de l’inflation, pour que les collectivités locales bénéficient de recettes correspondantes à leurs dépenses qui évoluent. En 2021, la revalorisation était limitée à 0,2%. Celle de 2022 est la plus élevée depuis des années, en raison de la hausse du prix de l’énergie en fin d’année. La décision était préalable à la guerre en Ukraine.

Un des 4 taux locaux va quadrupler

C’est sur cette base locative que s’appliquent ensuite les taux d’impôts locaux. Il existe 5 type d’impôts, qui se cumulent :

    La part communale, qui est la plus importante et dépend de chaque communeLa part de l’intercommunalité, qui dans l’Eurométropole va passer de 1,15% à 4,60% en 2022Les taxes spéciales d’équipement (0,112%). À Strasbourg, elle finance l’Établissement public foncier d’Alsace qui aide la collectivité à acheter des terrains et biens pour limiter la spéculation immobilière.La taxe sur l’enlèvement des ordures ménagères (11,59% dans les 7 plus grandes communes et 6,13% dans les 26 plus petites communes de deuxième couronne)La taxe GEMAPI (0%), pour financer la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations. Bien que ce soit une compétence transférée par l’État, l’Eurométropole n’applique pas de taux d’impôt spécifique et finance cette politique autrement.
Pour estimer une hausse de taxe foncière liée au choix de l’Eurométropole, il faut multiplier par 4 la case intercommunalité de sa précédente fiche d’imposition.

À Strasbourg, le taux de taxe foncière est passé de 35,66% à 37,44% en 2021 (+5%). Ce montant est stable pour 2022. Ce taux était en moyenne de 29,6% en 2021. Mais en 2021 ou 2022, 11 des 33 communes ont augmenté leur taux. Le plus faible taux est à Lingolsheim (26,88%) et le plus élevé à Strasbourg. Suivent ensuite Bischheim (36,84%) et Oberschaeffolsheim (33,83%).

Deux autres taux moins importants, la taxe d’équipement et sur la collecte des déchets, restent également stables dans les 33 communes. Et comme annoncé, le taux de l’Eurométropole passe, lui, de 1,15% à 4,60%.

9,9% de hausse à Strasbourg, 12% à Lingolsheim

Nous avons fait une simulation pour un appartement de 2 pièces dans un quartier résidentiel de Strasbourg. Sans les hausses d’impôts, sa taxe foncière augmenterait de 776 à 801 euros, suite à la revalorisation des bases. Avec la hausse du taux, le montant total sera de 853 euros (+9,9% bases et taux cumulés). Un peu plus d’un tiers est imputable à l’État et le reste à l’Eurométropole. Avec 52 euros de plus imputables à l’augmentation des taux, ce bien est légèrement en-deçà de la moyenne donnée par l’Eurométropole, soit 64 euros par ménage-propriétaire.

En 2021, la part de l’intercommunalité ne représentait « que » 2,19% du montant de la taxe foncière d’un ménage strasbourgeois. Elle représentera désormais 8,2% du montant total.

À Lingolsheim, où le taux communal de taxe foncière est le plus faible de toute l’agglomération, la hausse sera proportionnellement plus forte, même si le taux est identique : de 12% bases + taux cumulés, dont 8,6 points sont imputables à l’Eurométropole.

La taxe foncière, un impôt complexe avec plusieurs aspects calculés. Photo : Rue89 Strasbourg

40% de propriétaires dans l’Eurométropole

Cette hausse sera proportionnellement plus forte pour les habitants dans les communes où les taux d’impôts communaux sont plus bas qu’à Strasbourg. Notamment dans les 26 communes de seconde couronne, car les habitants y paient une taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) presque deux fois moins importante qu’à Strasbourg, Schiltigheim, Illkrich-Graffenstaden, Bischheim, Ostwald, Lingolsheim et Hoenheim. Ainsi, Kolbsheim présente la hausse proportionnellement la plus élevée avec +13,4%, hausses et bases confondues.

Au total, 220 269 cotisants dans l’Eurométropole sont concernés par la taxe foncière. Les propriétaires pourront ensuite répercuter (ou non) cette hausse sur les loyers lorsqu’ils en perçoivent. En moyenne, 40% des habitants de l’Eurométropole sont propriétaires avec de grands écarts entre les villes centrales et de périphérie (22% de propriétaires à Strasbourg contre 80% maximum en deuxième couronne), comme souvent dans les grandes agglomérations françaises. Mais Strasbourg et Illkirch-Graffenstaden, avec le port, le centre-ville et le parc d’innovation hébergent aussi la majorité des entreprises, qui contribuent le plus à l’impôt local.

Les sociétés ne représentent que 10% des cotisants en nombre, mais 48% des rentrées fiscales. Les ménages représentent, eux, 47% des recettes. L’exécutif estime ainsi que la taxe foncière est un levier équilibré entre citoyens et entreprises pour les faire abonder au budget. Les 5% restants se répartissent entre les biens détenus par des organisations publiques (3%) et des associations (2%). La majorité s’est engagée à ce que cette hausse soit la seule du mandat.

Dans son lycée, Quentin, handicapé par une dyspraxie, n’a pas pu passer le bac blanc en conditions réelles

Dans son lycée, Quentin, handicapé par une dyspraxie, n’a pas pu passer le bac blanc en conditions réelles

Un lycéen s’est vu refuser, le 22 février, les aménagements spéciaux prévus avec son handicap pour passer les examens du bac blanc. Selon son établissement scolaire, ils n’ont pas été mis en place en raison d’un manque de moyens financiers.

Quentin, 17 ans, est dyspraxique. Il s’agit d’un trouble des apprentissages perturbant la capacité à coordonner certains gestes. Il se forme aux métiers de la sécurité au lycée professionnel Émile Mathis à Schiltigheim. Cette année, comme n’importe quel élève de son âge, il doit passer le bac. Contrairement à ses camarades de classe, « il n’aura pas été entraîné dans les conditions de l’examen », dénoncent ses parents.

En maternelle, Quentin ne parvenait pas à dessiner ou à refermer le bouton de sa veste par exemple. À partir de l’école primaire, il a éprouvé des difficultés, notamment en lecture et en écriture. Diagnostiqué en CE1, il a pu bénéficier d’un statut de handicap ainsi que d’aménagements particuliers afin de poursuivre une scolarité « normale ». N’ayant jamais redoublé, il a développé une passion pour les métiers de la sécurité et souhaiterait devenir pompier.

Un règlement flou sur les aménagements au bac blanc

Mardi 22 février, Quentin s’est présenté aux examens blancs du baccalauréat dans l’espoir que ses aménagements prévus pour passer les examens nationaux en raison de sa situation de handicap soient mis en place. Pourtant, malgré plusieurs emails envoyés au secrétariat de son établissement restés sans réponse, il a dû passer son bac blanc de la même manière que ses camarades de classe.

Le lycée Émile Mathis à Schiltigheim. Photo : street view

D’après sa notification de mesures d’aménagements d’épreuves du baccalauréat professionnel, l’adolescent doit passer ses examens avec « une majoration d’un tiers de temps pour les épreuves écrites », « un isolement » dans une salle mise à disposition, « une lecture du sujet à haute voix avec reformulation » ainsi que « l’assistance d’un [ou d’une] secrétaire scripteur », également pour « reformulation des consignes ». Rien ne précise néanmoins si ces mesures doivent également être appliquées pour des examens blancs.

La loi impose des aides pour les personnes handicapées

Nous avons pu consulter son Geva Sco, document qui permet d’évaluer les besoins de compensation de chaque personne handicapée. Il stipule qu’il doit il y avoir « une continuité [dans les aménagements], entre les évaluations et les examens ». Tout au long de l’année scolaire, Quentin dispose d’un ordinateur, et une AVS l’accompagne pour ses cours et ses contrôles en classe. Cette dernière était présente le jour du bac blanc, mais elle n’a pas eu l’autorisation de l’aider.

Rue89 Strasbourg a contacté Christine Casta, proviseure du lycée Émile Mathis. Elle a indiqué que les aménagements n’avaient pas été octroyés à cause d’un manque de moyens. Selon elle, le rectorat n’accorde « aucun aménagement pour les épreuves du bac blanc ». Elle assure cependant que tous les aménagements notifiés pour les épreuves de l’examen seront mis en place.

D’après le rectorat, les aménagements au bac blanc relèvent des lycées

D’après le rectorat, les aménagements qui ne concernent pas les examens nationaux tels que le bac blanc « ne sont pas du ressort de la division des examens et concours mais relèvent de l’autonomie de l’établissement ». En d’autres termes, pour le rectorat, la responsabilité revient au lycée Émile Mathis.

Quentin craint que ses aménagements ne soient pas mis en place pour certains examens de contrôle continu. La proviseure lui a assuré qu’il allait en bénéficier. Ses parents, Valérie et Thierry, sont aussi inquiets concernant la constitution du dossier de leur fils sur Parcoursup, comme les notes du bac blanc comptent dans sa moyenne.

Valérie est enseignante dans un collège du nord de l’Alsace. Elle estime que ses notes de bac blanc ne doivent pas être prises en compte :

« La direction nous a proposé de compenser le tiers temps qu’il n’a pas reçu en augmentant ses résultats, mais ce n’est pas ce que nous demandons. C’est un examen national donc l’entraînement est aussi national. Notre fils n’a pas eu un entraînement en adéquation avec ses besoins. Il est angoissé à présent pour ses examens terminaux car il ne se sent pas forcément préparé. »

« Notre fils est arrivé au terme de sa scolarité sans difficulté grâce aux aides »

Thierry, son père, conducteur de tramway à Strasbourg, insiste sur l’importance des aménagements. Il a le sentiment que l’établissement met à mal des années de lutte pour faire reconnaître la situation de handicap de son fils : « Quentin est arrivé au terme de sa scolarité sans difficulté grâce aux aides auxquelles il a le droit de prétendre au regard de la loi. »

Les parents du garçon ont également interpellé la Fédération des conseils de parents d’élèves des écoles publiques (FCPE) pour leur faire part de cette situation. Valérie explique :

« On sait que le cas de notre fils n’est pas une exception. Nous on ne lâche rien mais on a l’impression que tout est fait pour démoraliser les parents. On regrette que le parcours des enfants handicapés soit aussi difficile. On comprend les parents qui sont découragés ou qui n’ont pas les moyens. Mais du coup, on n’est pas sûrs que les enfants concernés aient les mêmes chances que les autres.

Faire rédiger des copies de baccalauréat à la main à un élève dyspraxique, sans l’autoriser à utiliser son ordinateur ou l’aide d’un adulte-scripteur est un manque de considération d’un handicap pourtant reconnu par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH). »

Dix raisons de donner à Rue89 Strasbourg : le reportage, un effort essentiel devenu rare

Dix raisons de donner à Rue89 Strasbourg : le reportage, un effort essentiel devenu rare

Votre média d’investigation local a lancé une campagne de financement pour recruter un, voire deux journalistes. Chaque jour jusqu’au 31 mars, nous publions dix bonnes raisons d’y participer.

Raison n°3 : Produire plus de reportages à Strasbourg et en Alsace

Le teaser 2022 de Rue89 Strasbourg

Le reportage, c’est la base du journalisme. Passer du temps sur le terrain, observer, décrire les lieux, les personnages, prendre du temps avec les personnes, pour les écouter… Et pourtant, en septembre, le journal Le Monde a lancé une opération avec de 100 reportages, appelés « Fragments de France » pour raconter le pays après le Covid. Pourquoi avoir besoin de survendre ce qui est un des fondamentaux de la profession ?

Le journalisme moderne se trouve dans ce paradoxe. De nos jours, affirmer la force d’un média, c’est montrer sa capacité à produire des reportages. Car le reportage, c’est du temps. Trouver un sujet, se documenter, préparer sa venue, prendre des rendez-vous, passer du temps sur place, puis autant de temps pour l’écrire…

Le reportage, un genre délaissé pour des raisons économiques

Pourtant, beaucoup de médias écrits délaissent le reportage. Selon les travaux du sociologue des médias Jean-Marie Charon, la diminution du nombre de reportages est l’une des raisons pour lesquelles de plus en plus de journalistes quittent la profession. Pour une entreprise médiatique, il est plus rentable d’avoir des effectifs qui restent au bureau, enchaînent les articles d’actu « chaude » à base de communiqués, de réécritures de sujets repérés chez la concurrence ou réalisés grâce à quelques coups de fil rapides. Ce mode de travail permet de produire 4 ou 5 articles par jour et par personne.

L’espoir est qu’une partie de ces articles rencontrent ensuite une très grande audience, grâce à titre incitatif ou des partages en masse sur les réseaux sociaux. À Rue89 Strasbourg aussi, il arrive qu’une brève rédigée en une heure cumule plus de vues qu’un article fouillé qui a nécessité des jours de travail. Nos 10 ans d’existence nous ont bien fait comprendre que le rapport entre audience et quantité de travail n’est jamais une science exacte.

Le reportage, un des fondamentaux du métier en recul. Photo : capture vidéo Rue89 Strasbourg / Les indépendants

À la télévision également, cette tendance est à l’œuvre. Sur certaines chaînes d’information en continu, les journaux en images raccourcissent, les chaînes étant de moins en moins prêtes à payer des équipes sur une journée pour des sujets de 3 minutes. A contrario, privilégier des plateaux où quelques invités déblatèrent sur l’actualité pendant une heure est bien plus rentable… et tant pis si les propos sont approximatifs.

Le reportage, un pilier de notre publication

À Rue89 Strasbourg, le reportage est l’un des piliers de la publication, aux côtés de l’enquête. Le reportage, c’est aussi le contact avec des sources, qui parfois glissent quelques idées, des observations et intuitions qui donneront lieu à de futures enquêtes. Nos lignes directrices : trouver des idées originales, sortir de nos habitudes, de nos biais urbains, traiter des situations en longueur…

Lorsque la frontière était fermée à cause du Covid, Rue89 Strasbourg était allé jusqu’à la limite de la Sarre, entre Kleinblittersdorf et Grosbliederstroff pour raconter au mieux cette soudaine séparation entre la France et l’Allemagne. Quelques mois plus tôt, nous avions raconté l’histoire de cet Alsacien qui construit une maison en pneus à Lembach, ou le dernier trajet du train Saint-Dié – Épinal, une ligne devenue emblématique de l’abandon du ferroviaire et finalement relancée par le gouvernement. En 2021, nous avons produit un reportage dessiné sur un stage pour des auteurs de violences conjugales. À chaque fois que c’est possible, nos reporters partent accompagnés d’un photographe professionnel.

Documenter des situations méconnues

Le reportage, c’est aussi jeter une lumière directe sur des situations méconnues. Ainsi, à Strasbourg nous sommes allés dans un bidonville niché près d’une bretelle d’autoroute et nous nous rendons régulièrement dans les squats de sans-abris, à la campagne dans ces poulaillers dits en « plein air » mais où les poules ne sortent pas… Nous sommes allés voir à l’intérieur d’une usine Herta et documenté la forêt vosgienne qui disparaît, mangée par les cerfs. Dans tous ces lieux, nos journalistes deviennent les yeux des lecteurs et des lectrices.

Chaque été, nous élaborons une série originale, alimentée par des sujets que nous ne produirions pas le reste de l’année. Ces dernières années, nous avons exploré l’histoire des « Gangsters d’Alsace« , les « frontières invisibles » de la ville, la folie des hommes pour les animaux ou encore les rencontres amoureuses. Des séries qui ont permis de découvrir les égouts de Strasbourg ou l’univers réglé des jardins familiaux.

Soutenir et renforcer Rue89 Strasbourg, c’est la garantie de lire des reportages variés et des idées originales qui offrent un regard original sur Strasbourg et votre région.

Face à la hausse d’impôts à l’Eurométropole, la majorité défend un budget dont « les entreprises alsaciennes sont les principales bénéficiaires »

Face à la hausse d’impôts à l’Eurométropole, la majorité défend un budget dont « les entreprises alsaciennes sont les principales bénéficiaires »

Alors que le Medef et l’opposition prennent position contre la hausse de la taxe foncière à l’Eurométropole (le taux passe de 1,15 à 4,6% des bases d’impositions), les présidents et présidente des deux groupes de la majorité de Pia Imbs défendent dans une tribune les retombées pour les entreprises de leur « projet métropolitain ».

Le contexte national et international est marqué par la hausse des prix de l’énergie et des matières premières qui impacte aussi bien les entreprises, les collectivités que les particuliers. Et ceci risque malheureusement de perdurer dans les prochains mois. Le covid, puis la crise ukrainienne, sont des révélateurs de nos vulnérabilités. Il est plus que jamais nécessaire que la puissance publique joue pleinement son rôle d’amortisseur économique et social, en assurant protection des populations et planification. L’action publique se doit de conforter l’économie, de la manière la plus vertueuse qui soit, en prévoyant des commandes, de l’activité, et par conséquent de l’emploi profitant à tous. Elle est la main visible des transitions.

La situation actuelle est aussi caractérisée par une puissante dynamique, à la fois européenne et nationale, en faveur d’une relance rapide. Toutes les collectivités sont vivement incitées à investir et à augmenter leur niveau de dépenses, quitte à dégrader légèrement certains ratios de leurs finances.

1,5 milliard d’investissements d’ici 2026

L’Eurométropole de Strasbourg (EMS) a donc souhaité élaborer un budget à la hauteur des défis qui attendent notre territoire, répondant à la fois à la nécessaire amélioration du service au public, à l’urgence écologique et sociale, et à l’équité territoriale. Elle accompagne ainsi ses communes dans leurs projets structurants, en soutenant le tissu économique local, avec un montant total d’investissements prévu à hauteur de 1,5 milliard d’euros d’ici 2026. 

Le budget 2022 de l’EMS traduit la feuille de route que porte notre majorité pour accompagner la transformation et l’adaptation de notre agglomération, en utilisant ses ressources et ses moyens d’action dans l’ensemble de ses champs de compétences (mobilités, déchets, eau et assainissement, aménagement du territoire, habitat, énergie,…). L’Eurométropole est un moteur économique essentiel dont les entreprises alsaciennes sont les principales bénéficiaires.

Carole Zielinski et Gérard Schann co-président le groupe écologiste à l’Eurométropole, dans une alliance avec des maires de l’agglomeration. (photo Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg))

Concrètement, face à l’augmentation des prix du carburant, le développement des mobilités est l’une des principales priorités budgétaires de ce mandat, portant à la fois sur des renforcements de dessertes de tram et de bus, l’extension du transport à la demande, l’aménagement de nouveaux pôles d’échange multimodaux ou encore la mise en œuvre des volets routiers et ferroviaires du Réseau Express Métropolitain. Concrètement toujours, l’amélioration du cadre de vie fait l’objet d’importants financements prévus pour l’habitat, notamment social. L’objectif est de rénover un nombre conséquent de logements, d’augmenter les bénéficiaires d’aides à la réhabilitation thermique, de développer les réseaux de chaleur urbains alimentés par des énergies renouvelables afin de contenir les factures de chauffage, et de créer des espaces verts pour rendre les lieux plus respirables.

Aider les communes à investir

Si la bonne gestion budgétaire reste un impératif, elle ne doit pas détourner l’Eurométropole de son devoir d’investissement là où les communes n’ont pas la capacité de le faire seules, au profit des habitants de tous âges, des entreprises, des associations ou des équipements collectifs. C’est la force de notre projet métropolitain.

Nous sommes bien conscients que personne ne songe au service public rendu au moment d’acquitter ses impôts. Mais pensons-y au quotidien lorsque nous – habitants, salariés, employeurs – empruntons les voiries de nos communes, lorsque nos enfants circulent gratuitement dans les transports en commun, lorsque nos aînés réservent leur transport à la demande, lorsque nous nous rendons dans une infrastructure sportive, lorsque nous bénéficions de la tarification solidaire ou simplement lorsque nous ouvrons notre robinet d’eau.

Thierry Schaal, maire de Fegersheim est l’un de ces maires qui s’est allié avec les écologistes à l’Eurométropole. Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg / cc

« Dans le peloton des métropoles ayant les taux de fiscalité les plus bas »

La part métropolitaine de la taxe foncière constitue aujourd’hui le seul levier fiscal dont dispose l’EMS pour mener à bien des politiques publiques qui profitent à tous sur l’ensemble de son territoire. La hausse de 3,45 points que nous sollicitons, et qui sera la seule du mandat, est destinée à n’impacter trop lourdement ni les ménages propriétaires, puisqu’elle interviendra en même temps que la suppression totale de la taxe d’habitation, ni les entreprises qui bénéficient par ailleurs d’allègements des « impôts de production ». Nous resterons dans le peloton des métropoles ayant les taux de fiscalité les plus bas, très loin derrière Toulouse ou Nancy, alors même que nous sommes – et ainsi resterons –  l’un des territoires les plus intégrés, c’est-à-dire proposant le plus de service public.

Nous proposons ce budget 2022 en conscience et en responsabilité. Il s’agit avant tout d’améliorer le service public de proximité. Nous cherchons à préserver le pouvoir d’achat des ménages, à soutenir la compétitivité des entreprises et le rayonnement du territoire, dans un contexte incertain, en insistant sur l’importance de l’action publique, gage de stabilité et de sécurité. 

Thierry Schaal, président du groupe « Une Eurométropole des proximités »
Gérard Schann, co-président du groupe « Eurométropole écologiste et citoyenne »
Carole Zielinski, co-présidente du groupe « Eurométropole écologiste et citoyenne »

Rassemblement vendredi en soutien aux personnes les plus touchées par le changement climatique

Rassemblement vendredi en soutien aux personnes les plus touchées par le changement climatique

Vendredi 25 mars, les Strasbourgeois sont appelés à participer au mouvement mondial « grève pour le climat », avec une table-ronde et un rassemblement place Kléber.

L’intercollectif Strasbourg Action Climat et Youth for Climate Strasbourg organisent l’édition strasbourgeoise de la « grève pour la justice climatique et sociale ». Elle débutera vendredi 25 mars par une table-ronde, à 10h45 place Kléber et sera suivie par un rassemblement à partir de 13h. Plusieurs personnalités doivent prendre la parole et répondre aux questions des participants : 

    Yves Hauss, météorologue à Météo-France, sur l’ampleur et l’urgence de la crise climatique ;Pierre Greib, engagé à la Cimade, sur les implications migratoires des questions climatiques et environnementales ;Amanda Sessim Parisenti, juriste à la cour fédérale brésilienne, sur les leviers juridiques mobilisables face au changement climatique ;Florence Rudlof, sociologue à l’Insa, sur les mobilisations sociales face au dérèglement climatique ;Chloé Bourguignon, secrétaire régionale du syndicat Unsa, sur les liens entre justices sociales et climatiques.
Manifestation #YouthForClimate à Strasbourg le vendredi 20 mars, 2019. Photo : archives Rue89 Strasbourg / cc

L’objectif : des réparations pour les plus touchés 

Sous le thème #PeopleNotProfit (les personnes plutôt que les profits), la grève insistera sur les réparations à accorder aux populations et aux lieux les plus touchés par le changement climatique. 

Dans un communiqué de presse, Strasbourg Action Climat précise :

« Dans nos pays de l’hémisphère Nord, nous exigeons de la part de nos dirigeants que des réparations financières soient accordées aux pays de l’hémisphère Sud, au titre des émissions historiques de gaz à effet de serre qui affectent, de plein fouet, les pays qui ont émis – et émettent toujours – le moins. »

Lucie Dubois, membre de l’intercollectif, explique que le déséquilibre de responsabilités sur la détérioration du climat est rarement abordé dans les revendications pour le climat en France et que cette grève tente d’y remédier.

La grève de vendredi fait partie du mouvement Fridays for Future, créé par Greta Thunberg en 2018 et des grèves similaires doivent avoir lieu dans plusieurs villes du globe. Ce mouvement propose aux jeunes de manifester régulièrement pour protester contre l’inaction des gouvernements face au changement climatique.

Dix raisons de faire un don à Rue89 Strasbourg : Garder une diversité minimale dans la presse locale

Dix raisons de faire un don à Rue89 Strasbourg : Garder une diversité minimale dans la presse locale

Votre média d’investigation local a lancé une campagne de financement pour recruter un, voire deux journalistes. Chaque jour jusqu’au 31 mars, nous publions dix bonnes raisons d’y participer.

Teaser 2022 de Rue89 Strasbourg

Raison n° 2 : Garder une diversité minimale parmi les médias d’informations générales.

Quand Pierre Haski, Laurent Mauriac, Pascal Riché et Arnaud Aubron ont lancé Rue89.com en 2007, c’était après avoir constaté à quel point les médias se ressemblaient : une conférence de presse et le lendemain, les Français découvraient le même sujet dans Le Figaro et Libération. Ils avaient l’illusion du choix mais en réalité, c’étaient les décideurs et les communicants qui choisissaient la matière première de l’actualité… Dès son lancement, Rue89 a donc décidé d’ignorer les conférences et les communiqués de presse, afin de proposer des informations nouvelles, non seulement par leur tonalité ou leur traitement, mais surtout par leur origine.

C’est ce concept d’originalité que nous avons repris quand nous avons lancé une version locale de Rue89 à Strasbourg en 2012. Dans une agglomération de province, le mimétisme des médias est encore plus frappant : à Strasbourg, un communiqué de la préfecture du Bas-Rhin ou de la municipalité, et c’est dans les heures qui suivent des articles correspondants dans les DNA, 20 Minutes, France Bleu Alsace, etc.

Une exception dans un concert bien réglé

Dans ce concert bien réglé, Rue89 Strasbourg fait donc figure d’exception. C’est aussi ce qui agace les services de presse des institutions, qui voient d’une part que leurs communiqués ne sont pas repris dans nos colonnes, et qui doivent d’autre part répondre à nos questions sur des sujets qui ne sont pas prévus dans leurs plans de communication…

Qui n’a pas encore publié son article sur la disparition du rayon vert de la cathédrale ? Photo : capture d’écran Google

Ces frictions ne seraient rien si elles n’étaient pas génératrices d’énormément de travail supplémentaire pour nos journalistes. Pour contourner les blocages et les silences, nous devons trouver les informations grâce à des contacts qui prennent des risques en nous répondant. En faisant un don à Rue89 Strasbourg, vous remerciez également toute cette armée invisible d’informateurs citoyens qui prennent le temps et l’énergie de faire connaître des informations d’intérêt public (je profite d’ailleurs de cette opportunité pour remercier chaleureusement toutes nos sources, elles et ils savent ce que nous leur devons).

Le seul média indépendant à Strasbourg

L’autre aspect du paysage médiatique local, c’est bien évidemment la concentration économique de la presse d’information. En résumé, Strasbourg et l’Alsace disposent de deux quotidiens d’informations générales, tous les deux propriétés du Crédit Mutuel, via sa filiale Ebra, et de médias audiovisuels d’État (France Bleu Alsace et France 3 Alsace). Citons également 20 Minutes (propriété du groupe Rossel et de Ouest France) et le récent Actu Strasbourg (propriété de Publihebdos, c’est à dire également Ouest France). Dans ce paysage, Rue89 Strasbourg est le seul média d’informations indépendant, le seul dont la société qui l’édite est basée à Strasbourg.

On peut s’en féliciter ou le déplorer mais c’est aussi une bonne raison de donner à Rue89 Strasbourg : assurer que cette flamme du journalisme indépendant et local continue d’exister.

« Sans argent, je ne sais même pas quand je reverrai ma famille » : récit d’une étudiante russe à Strasbourg

« Sans argent, je ne sais même pas quand je reverrai ma famille » : récit d’une étudiante russe à Strasbourg

Depuis le début de la guerre en Ukraine, les étudiants russes expatriés font face aux sanctions économiques. Ils sont inquiets pour leur avenir et celui de leurs proches en Russie. Malgré les risques, Darya, Strasbourgeoise d’origine russe a pris publiquement position contre le conflit.  

« Je vis dans une instabilité totale. Du jour au lendemain, je me retrouve presque sans argent et je ne sais même pas quand je reverrai ma famille », explique, dans un très bon français, Darya (le prénom a été modifié). Cette étudiante russe de 23 ans est arrivée en 2020 en France pour suivre un master à l’Université de Strasbourg. Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, sa vie a été bouleversée.

« La population russe souffre aussi »

« Ce que vivent les Ukrainiens est affreux et j’y pense tous les jours. C’est d’autant plus compliqué de parler de mes problèmes mais ils faut savoir qu’ils sont bien réels et que la population russe souffre aussi », reprend-t-elle, en se remémorant l’annonce de la guerre, fin février qui l’a d’abord laissée sous le choc. Ni elle, ni sa famille, restée à Moscou, ne s’y attendaient. Elle raconte :

« J’ai passé plusieurs jours à pleurer et à ressentir de la culpabilité. Pourtant, je m’oppose depuis longtemps à Vladimir Poutine (le président de la Fédération de Russie, NDLR). Je n’ai jamais voté pour lui. Je me dis qu’on aurait peut-être pu faire plus pour l’arrêter mais en même temps, en Russie, on risque la prison pour avoir participé à une manifestation ou partagé une information sur Twitter. C’est ça de vivre sous une dictature. » 

« Je culpabilise de continuer à vivre plutôt normalement et d’étudier alors que des gens meurent sur des champs de bataille ou risquent la prison pour un mot de trop. » Photo : ACC / Rue89 Strasbourg / cc

Banques bloquées et aide de la CAF et du Crous

Avant le conflit, les parents de Darya subvenaient majoritairement à ses besoins en payant son loyer et ses charges locatives. Elle finançait le reste de ses besoins quotidiens en donnant des cours en ligne sur un site russe. « Je gagnais alors environs 200 euros par mois », se souvient-elle. Mais depuis début mars, elle n’a plus accès à ce site. Elle n’a jamais pu recevoir son dernier salaire, à cause des sanctions européennes et des contre-sanctions russes qui ont interrompu presque tous les échanges monétaires. Les avoirs de la Banque centrale russe ont été bloqués et des établissements bancaires russes ont été exclus du système Swift. Ce service de messagerie bancaire permet d’échanger des messages permettant de réaliser des paiements internationaux.

Le 8 mars, sa banque russe lui annonce ainsi qu’elle a trois jours pour retirer l’argent qu’elle détient sur son compte. Le jour même, elle fait le tour des distributeurs de Strasbourg. Elle n’arrive pas à récupérer ses économies. Finalement, le 9 mars, elle parvient à retirer une petite somme. Ses parents réalisent, pour la dernière fois, un virement pour payer son mois de loyer, soit 319€, avant que les échanges monétaires soient entièrement bloqués, comme l’explique Darya :

« Je ne me vois plus demander de l’argent à mes parents, alors que ça va déjà être de plus en plus difficile pour eux avec la chute de la valeur du rouble. Mon objectif, c’est de trouver au plus vite un job étudiant. C’est compliqué, car cela arrive de manière très soudaine et que je suis en fin de master, en pleine période de rédaction de mon mémoire. J’allais commencer à chercher un métier qui me plaît, mais je vais devoir prendre le premier job disponible. »

Pour le mois d’avril, Darya peut compter sur une aide du Crous (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires) vers lequel elle s’est rapidement tournée. « Sans argent, j’avais peur de devoir partir de mon appartement. Il ne me restait que 280€ sur mon compte. » Un versement de 500€ lui a été fait, mais on lui a précisé que c’était « une aide ponctuelle, non-renouvelable ». Depuis novembre, elle attend également le règlement de ses APL (Aide personnalisée au logement). Après un récent appel, la Caisse d’allocations familiales (CAF) lui a assurer de traiter son cas en urgence. 

Le 27 février, le G7 a pris la décision d’exclure une partie des établissements bancaires russes du système Swift. Ce service de messagerie bancaire permet d’échanger des messages permettant de réaliser des paiements internationaux. Photo : ACC / Rue89 Strasbourg / cc

La peur de subir des discriminations

Pour l’instant, Darya n’a pas subi de discrimination. Ses amis ont été très compréhensifs et lui ont proposé de l’aide. Certains de ses professeurs se soucient de son état psychologique et financier. Cependant, elle a peur que sa nationalité soit un frein dans sa recherche de stage et d’emploi.

La jeune fille souhaite travailler dans le domaine de l’art, qui a tendance à subir rapidement une forme de censure. Pendant la première semaine de mars, une polémique impliquant l’orchestre philharmonique de Strasbourg s’est répandue. Des oeuvres de compositeurs russes auraient été déprogrammées de la saison. Un démenti a été publié en précisant que ce serait le titre des événements, parfois trop équivoques (« De Paris à Moscou », « Maîtres russes »…), qui seraient modifiés et non le contenu des concerts. Cette réaction d’une institution culturelle a choqué Darya :

« J’ai entendu parlé de quelque chose de similaire en Pologne. Je ne soutiens pas la censure, surtout lorsque cela concerne le patrimoine culturel, qui n’a rien à voir avec la situation d’aujourd’hui. Plus globalement, j’ai l’impression que pour beaucoup de monde, le peuple russe est responsable de la guerre alors que nous en sommes aussi les victimes. Il ne faut pas mélanger la population et le gouvernement. »

« Rentrer n’est plus une option »

Cela fait un an que Darya a décidé de rester en France et d’y trouver un travail après ses études, notamment pour éviter la censure de son pays. Aujourd’hui, elle ne peut plus rentrer chez elle, de peur d’encourir une amende ou une peine de prison. « Je suis passée d’une décision à une obligation », résume-t-elle. Un fait dont elle était entièrement consciente en commençant à participer aux manifestations contre la guerre et à prendre position sur les réseaux sociaux. Depuis trois semaines, elle relaie beaucoup d’information sur le conflit en Ukraine :

« Les Russes n’ont pas le droit d’employer le mot “guerre” pour parler de la situation en Ukraine. Moi, je le fais parce que je ne suis plus dans mon pays. C’est important pour moi de montrer que ce que dit le gouvernement est de la propagande. C’est le moins que je puisse faire. » 

Le mot « guerre » a été interdit par les autorités russes. En l’employant sur les réseaux sociaux, Darya risque, selon la loi, jusqu’a 15 ans de prison si elle retourne dans son pays. Photo : ACC / Rue89 Strasbourg / cc

Une propagande très présente, même en France. Parfois, il est difficile de démêler le vrai du faux. Récemment, une rumeur selon laquelle les universités et les écoles françaises allaient déscolariser les étudiants russes a largement circulé. Darya a dû mettre en garde ses proches :

« J’ai dit à mes amis de ne pas se fier à cette information qui venait du gouvernement russe et d’attendre. Les universités françaises ont fini par publier un démenti. Par contre, il est vrai que les échanges vont devenir très compliqués dans ce contexte pour les futures promotions. »

« Je suis très inquiète pour ma famille en Russie »

« Ce qui est peut-être le plus dur, c’est de m’inquiéter pour ma famille », affirme Darya. Elle est en contact permanent avec ses parents et sa sœur, restés en Russie. Ils sont tous en opposition au régime de Vladimir Poutine. L’étudiante strasbourgeoise a particulièrement peur pour sa sœur qui a participé à plusieurs manifestations en soutien au principal opposant politique russe, Alexeï Navalny, ou contre les modifications de la constitution russe. Darya angoisse pour sa sœur :

« Idéalement, il faudrait qu’ils partent tous du pays pour être vraiment en sécurité. Mais c’est dur de tout lâcher et il y a un frein économique, surtout depuis que le rouble s’est effondré. Ma sœur pourrait continuer de travailler de l’étranger, mais pas son mari et elle ne veut pas partir sans lui. »

Officiellement, Darya peut rester en France jusqu’en octobre, date d’expiration de son titre de séjour étudiant. Si elle ne parvient pas à trouver un emploi et obtenir un visa de travail d’ici là, elle se réinscrira à l’université pour garder son statut d’étudiante… et éviter à tout prix un retour en Russie.

Le futur de l’Odyssée : un cinéma ouvert sur la rue strasbourgeoise

Le futur de l’Odyssée : un cinéma ouvert sur la rue strasbourgeoise

L’équipe du Troisième souffle, choisie pour reprendre le cinéma Odyssée, veut créer un lieu ouvert sur la rue et sur la ville. Centré sur l’art cinématographique et les enjeux de société, le futur cinéma municipal doit pouvoir être approprié par les professionnels, des associations et le public.

Et si, pour remporter la délégation de service public du cinéma municipal de la Ville de Strasbourg, l’équipe du Troisième souffle avait imaginé un anti-Odyssée ? Enfin partiellement dévoilé, le projet de cette équipe de quatorze personnes réunissant des talents du cinéma, de l’image, du multimédia, des arts et de la télévision veut remettre le cinéma municipal au cœur de Strasbourg, en partant de son emplacement, à proximité immédiate de la place Kléber.

Noémie Flecher, de l’atelier NoJo et membre de l’association, précise :

« Tout le cheminement de notre projet débute par la rue des Francs-Bourgeois. On veut que les Strasbourgeois se sentent invités à entrer dans le cinéma et légitimes à s’approprier ce lieu. »

Un cinéma ouvert sur la ville, c’est le maître-mot du projet du Troisième souffle qui entend se métamorphoser en société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) pour joindre le geste à la parole. Des collèges (fondateurs, salariés, spectateurs, partenaires…) participeront à des degrés divers au pilotage des deux structures du cinéma et du bar, elles-mêmes coopératives tandis qu’un conseil de programmation aura en charge les choix des cycles et des films projetés.

Une partie de l’équipe du Troisième souffle, Alice Boucereau, Cécile Becker, Étienne Hunsinger, Till Zimmermann,Catherine Mueller, Maud Repiquet, Noémie Flecher et Joël Therin Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Étienne Hunsinger, futur directeur du cinéma, détaille :

« Ça a l’air très technique comme ça mais c’est un élément essentiel, structurant, de notre proposition. On s’inscrit dans un mouvement décrit dans “Cinema makers”, qui détaille comment des indépendants réinventent ce que peuvent être les cinémas à l’heure du tout numérique. On fera partie de cette génération de cinémas européens devenus des lieux de vie. »

Art cinématographique et enjeux d’actualité

Cette ouverture programmatique devra néanmoins s’accorder aux deux axes forts du projet, que sont « l’art cinématographique », avec par exemple des séquences sur le mouvement, la lumière, etc. et « les enjeux de société », que le futur cinéma veut éclairer par des projections ancrées dans l’actualité. Parmi les exemples français qui ont inspiré l’équipe du Troisième souffle, Étienne Hunsinger cite le Gyptis à Marseille, le Cinématographe à Nantes ou le Mellies à Saint-Etienne.

Devant le jury de sélection, le projet a marqué des points notamment dans la catégorie « utilisation des différents espaces » avec une note de 9 sur 10. Cécile Becker, journaliste indépendante et future secrétaire générale du cinéma, détaille :

« Nous intégrons complètement le bar au projet global, ses espaces seront repensés pour exploiter par exemple le salon qui surplombe le hall d’accueil et dont les arcades donnent sur la rue des Francs-Bourgeois, notamment lors de nos événements, qu’on espère nombreux. »

Nid pour enfants et clubbing

Quant à la petite salle de projection et l’actuel « centre de documentation », le Troisième souffle ne manque pas d’idées, c’est Catherine Mueller, co-directrice de La Chambre, qui résume :

« La bibliothèque sera convertie en une salle de montage et de production audiovisuelle, à destination des publics scolaires par exemple, lors d’opérations de formation. Quant à la petite salle, on veut qu’elle serve de territoire d’expérimentations, qu’elle puisse évoluer entre un nid pour le tout jeune public et un clubbing cinématographique. »

Ce « rêve de cinéma » pour reprendre le mot de plusieurs membres du Troisième souffle doit fonctionner avec un budget annuel d’environ 700 000€, dont près de 250 000€ de subvention municipale. Le projet était semble-t-il le « moins disant » des trois candidatures mais l’équipe tient à préciser qu’elle remportait quand même la délégation avec un niveau de subvention comparable à celui des projets concurrents. La billetterie doit fournir au moins 40% des recettes (avec des tarifs comparables à ce qui existe dans les autres cinémas). L’équipe promet d’être en mesure de mobiliser d’autres financements, nationaux et européens, pour équilibrer le budget. Les onze salariés actuels du cinéma Odyssée seront repris mais leurs fonctions vont sensiblement évoluer, étant donné les nouveaux axes d’ouverture et de diffusion que se donne le Troisième souffle.

Des travaux complets de réfection débuteront à partir du 9 avril, date du début de la délégation au Troisième souffle, et qui doivent durer six à huit mois. Une période de préfiguration durant laquelle l’équipe mettra en place les structures juridiques et proposera des rendez-vous « hors les murs », avant une ouverture officielle prévue à la fin de l’année. Quant au nom du futur cinéma, le Troisième souffle refuse de le dévoiler en attendant « un arbitrage de la maire. »

Trois gymnases réquisitionnés à Strasbourg pour accueillir les Ukrainiens

Trois gymnases réquisitionnés à Strasbourg pour accueillir les Ukrainiens

Les gymnases Branly, H2R et Menora accueillent des réfugiés d’Ukraine. En tout, ils comptent 200 places et servent d’hébergement d’urgence pour les nouveaux arrivants. Ces derniers sont ensuite redirigés vers des logements dans le Grand Est. Reportage.

Georges Keller, de la Protection Civile, « ne pensait pas voir ça en 2022 ». Une bénévole derrière lui lâche une larme. Après quatre jours au gymnase Branly, 47 Ukrainiens viennent de partir vers Bar-le-Duc dans le Meuse lundi 21 mars, pour des logements plus pérennes. Il s’agissait uniquement de femmes et d’enfants, sauf un couple de personnes âgées, selon les cinq bénévoles et les deux agents de sécurité présents.

À leur entrée dans le gymnase, les réfugiés doivent réaliser un test Covid. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

La salle de sport peut accueillir 50 personnes. Même capacité d’affluence pour le gymnase Menora. Le gymnase H2R compte 100 places. Ces deux derniers sont gérés par la Croix Rouge, qui n’a pas souhaité communiquer, « à cause des consignes de la préfecture ». En tout, 200 personnes peuvent bénéficier simultanément des places dans ces gymnases, tous à proximité du Parlement européen.

Le gymnase H2R peut accueillir 100 réfugiés selon nos informations. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

« Les femmes et les enfants qu’on accueille sont traumatisés »

D’après les bénévoles interrogés au gymnase Branly, après leur enregistrement au centre d’accueil place du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny, les réfugiés ukrainiens sont redirigés vers ces trois salles de sport. Ils y restent quelques jours avant d’être emmenés vers d’autres hébergements.

Des lits de camp séparés par des paravents. Un coin avec des jouets. Des tables avec des boissons et de la nourriture. Les bénévoles de la Protection Civile sont prêts à accueillir un nouveau groupe de réfugiés ukrainiens. Ils doivent arriver dans la matinée, pour remplacer ceux qui viennent de partir.

Josiane Chevalier, préfète du Bas-Rhin, avait annoncé lors d’une conférence de presse lundi 7 mars que l’État demande aux maires du département de signaler les capacités d’accueil de leurs communes. « Les gymnases, ce sont des sas le temps de trouver les places ailleurs », précise Georges Keller, le plus âgé du groupe de bénévoles. Il ajoute :

« Ces femmes et ces enfants viennent de fuir la guerre. Leurs maris ou pères sont restés sur le front. Ce sont des personnes vraiment traumatisées. Pour nous, les bénévoles, ce n’est pas facile à gérer. Les anciens de la Protection Civile sont mobilisés pour soutenir psychologiquement les jeunes, qui peuvent demander conseil. Moi j’essaye d’être une oreille pour eux. Depuis la guerre de Yougoslavie, je n’avais plus vu de telle situation humanitaire. »

Les bénévoles de la Protection Civile gèrent l’accueil des réfugiés d’Ukraine au gymnase Branly. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Un gros risque de saturation du dispositif

Dimanche 20 mars, l’agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR), a précisé que 3,3 millions d’Ukrainiens avaient déjà quitté leur pays depuis le début de la guerre. Les arrivées sont massives à Strasbourg, d’où « la saturation des capacités d’hébergement », rapportait la préfète Josiane Chevalier, à 20 Minutes le 14 mars. À cette date, 250 personnes se présentaient tous les jours au centre de la place du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny. Plus de 800 réfugiés avaient déjà été logés dans le département. La préfecture cherche donc désormais à répartir l’effort d’accueil sur l’ensemble du Grand Est.

Le gymnase Menora peut accueillir 50 réfugiés. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

La préfecture du Bas-Rhin n’a pas répondu à nos questions concernant les détails du dispositif et son redimensionnement. Difficile de prédire combien d’Ukrainiens se présenteront à Strasbourg dans les semaines semaines à venir mais, pour qu’aucun d’entre eux ne se retrouve à dormir dehors, comme des familles géorgiennes, tchétchènes ou albanaises, un effort sans précédent devra être mis en œuvre.

Au conseil municipal, retour sur le carnaval, le futur de l’Odyssée et coup de frein à des projets immobiliers

Au conseil municipal, retour sur le carnaval, le futur de l’Odyssée et coup de frein à des projets immobiliers

Le conseil municipal du lundi 21 mars doit durer toute la journée. Après le budget, les élus pourront débattre de choix forts sur le cinéma public et plusieurs projets immobiliers qui concernent Archipel 2, la Robertsau ou la Semencerie. À suivre en direct-vidéo et avec nos commentaires dès 9 heures.

Adoption du budget oblige, le conseil municipal du 21 mars débute dès 9 heures. La matinée risque de retomber dans la redite du premier débat de janvier. Alors que les écologistes ont parfois été pointés pour leur manque de lisibilité dans leur action, la majorité semble s’être donnée un « récit ». Pour la maire Jeanne Barsghian (EELV), son deuxième budget vise à « répondre aux crises successives » et à « changer de modèle » pour mieux les atténuer. Elle cite bien sûr le Covid, « pas tout à fait derrière nous » à l’heure où les cas remontent, mais aussi l’accueil successif des réfugiés afghans et désormais ukrainiens. Et en toile de fond toujours, la dégradation climatique.

Le pari de l’habitat « intercalaire »

Pour permettre l’accueil massif de réfugiés, Strasbourg veut miser sur l’habitat « intercalaire », c’est-à-dire les bâtiments temporairement utilisables avant une destruction ou une rénovation. Ainsi 400 000 euros sont dédiés à cette politique, un budget qui pourrait être augmenté en cours d’année. En termes de nombre, « on raisonnait sur quelques centaines de logements, mais il en faudra sûrement plusieurs milliers », avance Jeanne Barseghian, suite à la guerre en Ukraine.

Pour que tout l’effort de création de places ne repose pas sur le patrimoine municipal, la Ville espère une « acculturation » des entreprises de l’immobilier et du BTP. Le premier adjoint Syamak Agha Babaei rappelle l’exemple de l’Odylus à la clinique Sainte-Odile, à l’initiative d’un promoteur privé engagé, qui avait permis la création de 80 places. La municipalité voudrait que cette exception se généralise, ce qui semble délicat puisque rue de Bourgogne à la Meinau, le propriétaire d’un immeuble en voie de destruction, une filiale d’Action logement, assigne les occupants au tribunal en vue d’une expulsion.

Parmi les nouvelles politiques (point 9), la Ville va mette en place un système d’un panier de fruits et légumes par semaine « sur ordonnance » de médecins, afin de réduire l’exposition aux perturbateurs endocriniens des femmes enceintes. L’adjoint à la Santé, Alexandre Feltz (Place publique), compte s’inspirer du système du Sport sur ordonnance qu’il avait initié en 2008 et qui est progressivement monté en puissance. La première année, 800 femmes enceintes devraient êtres concernées (270 000 euros). La Ville compte aussi expérimenter un « revenu de base communal », avec pour 2022 une étude de faisabilité (130 000 euros).

138 millions d’euros d’investissements

Pour l’opposition, le débat devrait surtout être l’occasion de rappeler l’augmentation passée de la taxe foncière en 2021 (elle reste stable en 2022) et la hausse de l’endettement. De quoi s’échauffer pour le débat de vendredi au conseil de l’Eurométropole. Car pour l’agglomération des 33 communes, un quadruplement de sa quote-part de taxe foncière est programmée. Heureusement pour les propriétaires, cela ne veut pas dire que leur fiche d’impôts locaux va quadrupler, car la part de l’Eurométropole est minime en comparaison de celle de la Ville (37,44% à la Strasbourg contre un bond de 1,15% à 4,60% à la métropole). C’est complexe, difficile à suivre, mais ça tombe bien, cela permettra à chaque camp de jouer sur les approximations fiscales.

Aux côtés du fonctionnement (417 millions d’euros ; +3,16%), la Ville prévoit des investissements pour 138 millions d’euros. Conformément au plan d’investissements présenté en fin d’année, le premier poste de dépenses sont les écoles, qui regroupent 27% des sommes consacrées à des travaux. Une vingtaine d’établissements sont concernés pour des « mises en sécurité », la rénovation thermique, un changement que de restauration ou la végétalisation des cours. Deux nouveaux établissements sont en construction, à Koenigshoffen et à la Meinau.

L’Odyssée, une décision enfin assumée ?

Le gros sujet suivant concerne le futur gestionnaire du cinéma de l’Odyssée (point 7). Se retranchant derrière des critères de notation techniques par un jury avec un seul élu, Christian Brassac, qui n’a pas de compétence dans le cinéma, la municipalité n’a pas été capable d’expliquer ce qui va changer. L’équipe du « Troisième souffle » a été sélectionnée, après 30 ans de gestion par l’équipe des Rencontres cinématographiques d’Alsace de Faruk Gunaltay, dont les renouvellements en 2011 et 2016 avaient suscité l’incompréhension (voir nos articles).

Signe de la nervosité ambiante sur ce sujet, la délibération a été envoyée aux élus sous pli « confidentiel ». Les oppositions ne se sont pas davantage exprimées sur cette décision, qui devient majeure compte tenu de l’historique du dossier et de l’interventionnisme du précédent maire, Roland Ries. Le débat serait l’occasion d’avoir enfin quelques éléments transparents et politiques sur le choix retenu. Sauf si les élus continuent d’avoir peur de leurs propres choix.

En charge de la commande publique, Christian Brassac est le seul élu à avoir participé au jury pour la gestion du cinéma municipal. Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg

Archipel 2, Semencerie et Robertsau dans les sujets d’urbanisme

Ensuite, les points 9 à 22 concernent l’immobilier et l’urbanisme. Ces délibérations montrent que les écologistes commencent à avoir la main sur les projets qui sortiront de terre dans les prochaines années.

Dans le quartier dit Archipel 2 au Wacken, la municipalité vote à nouveau des « lots » qui avaient déjà été attribués par la précédente municipalité. Mais entre l’abandon des grands sièges par la Caisse d’Épargne et le Crédit mutuel, suite à la pandémie de Covid, et les aspirations des écologistes, les projets ont été retravaillés. On retrouvera comme prévu une halle gourmande et des parkings silo mutualisés (363 places en tout). La Ville acte aussi la promotion de six immeubles pour 270 logements et trois autres consacrés aux bureaux, avec du coworking et de l’hôtellerie. Les plus hautes tours aligneront jusqu’à 17 étages.

Adjointe en charge de l’urbanisme, Suzanne Brolly détaille les premières modifications :

« Nous avons pu avoir des berges plus généreuses pour créer une continuité écologique le long de la ceinture verte et inverser la proportion de bureaux et logements. Sur la forme des bâtiments en escaliers pour limiter les ruptures. La hauteur de 17 étages était déjà programmée, mais j’assume d’aller aussi haut afin de limiter l’artificialisation au sol. »

La partie centrale du futur quartier, qui n’avait pas encore été attribuée, fait l’objet d’un « Appel à manifestation d’intérêt » (AMI), qui devrait être attribué en cours d’année. L’opposition a jusque-là surtout questionné le manque de dimension « européenne » de cette deuxième phase du quartier d’affaires.

Quatre lots (A, B, J et H) attribués par le passé ont été modifiés. L’AMI dans le cœur du quartier sera attribuée courant 2022. Photo : plan Ville de Strasbourg

Une délibération acte aussi l’acquisition par la Ville (via l’établissement public foncier d’Alsace) des ateliers d’artistes de la Semencerie dans le quartier de la Laiterie pour un montant de 2,9 millions d’euros. Suite à la vente à un promoteur, ce lieu atypique depuis une quinzaine d’années, et régulièrement menacé, se serait arrêté sans l’intervention publique.

La fin du feuilleton du foyer Saint-Louis

Enfin, une délibération vise à clore le feuilleton du foyer Saint-Louis à la Robertsau, qui mêlait la Ville, la paroisse du quartier et des promoteurs immobiliers. À ce sujet, Emmanuel Jacob, membre du collectif « Un cœur pour la Robertsau » parle volontiers d’une « sortie de crise » sur un dossier enlisé depuis 10 ans, qu’il qualifie de « naufrage de la démocratie locale, où l’intérêt des Robertsauviens n’était pas possible ». Plusieurs habitants, dont Marc Hoffsess devenu élu en charge du quartier, demandaient que la Ville intervienne dans la vente souhaitée par la paroisse pour éviter une opération immobilière massive. De nombreux recours avaient été déposés. Ainsi, la municipalité qui a rouvert le dossier a choisi d’acquérir la cour à l’arrière du bâtiment. Cette parcelle de 11 ares où un immeuble devait être construit deviendra un espace vert public. Quant au foyer, un lieu accessible pour des fêtes ou réunions publiques, sa rénovation et son maintien avaient été engagés à la fin du mandat précédent.

Par ailleurs, le lieu dit du « jardin du curé« , à côté du presbytère ne sera pas construit. La paroisse récupère cette parcelle anciennement constructible via un bail emphytéotique de 50 ans, qui prévoit d’en faire « un aménagement d’un espace vert et paysager, protégé et sanctuarisé comme ilot vert ».

Et le promoteur choisi lors de la dernière séance du mandat de Roland Ries obtient aussi une porte de sortie, puisqu’il réalisera une opération à la place du bailleur social Ophéa un peu plus loin, rue Mélanie.

Le nouveau carnaval parmi les nombreuses interpellations

La séance compte au total 57 points. Elle devrait s’étirer sur toute la journée puisqu’en plus des questions d’actualité, les oppositions déposent 7 interpellations. Parmi eux, les deux candidats LR aux élections législatives de juin, Jean-Philippe Maurer et Jean-Philippe Vetter. Au lendemain du Carnaval, l’ancien candidat interroge sur la fin de la grande cavalcade à Strasbourg, remplacé par un moment festif place du Marché à Neudorf. L’occasion de tirer un premier bilan de ce changement dans la la politique événementiel. Jean-Philippe Maurer, lui, demande un marché au Port-du-Rhin, à la limite de la circonscription qu’il brigue pour la quatrième fois d’affilée.

Il sera plusieurs fois question de marchés, puisque c’est aussi le sujet choisi par Pierre Jakubowicz (Horizons) qui demande à « construire ensemble l’avenir », lui qui est membre de la commission dédiée. Parmi les autres dossiers abordés, les critères de subvention aux associations ou l’accessibilité des bureaux de vote aux personnes handicapées.

La Chambre de commerce suit le mouvement et quitte le centre de Strasbourg

La Chambre de commerce suit le mouvement et quitte le centre de Strasbourg

La Chambre de commerce et d’industrie s’apprête à quitter son siège historique du centre de Strasbourg, trop cher, pour aller s’établir au pôle de l’entreprise à Schiltigheim. Occupé depuis le XVIIe siècle par les corporations, le Neubau abritera des espaces de travail partagés.

Le Neubau, situé en face de la Cathédrale, place Gutenberg, a été le premier bâtiment tout en pierres de taille à Strasbourg. Construit en 1585, il a abrité les foires strasbourgeoises et a servi de lieu d’échange entre les corporations jusqu’à la Révolution.

En 2022, il ne devrait plus accueillir que des bureaux partagés. La Chambre de commerce et d’industrie (CCI), qui l’occupe depuis le XIXe siècle, s’apprête à s’installer à Schiltigheim, au sein de l’espace européen de l’entreprise.

La façade du Neubau est un exemple classique de l’architecture de la renaissance rhénane. Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg / cc

Qu’est-ce qui a bien pu pousser la CCI à quitter ce magnifique ensemble de 6 500 m² en cœur de ville pour lui préférer les 2 500 m² d’un bâtiment sans âme au milieu d’autres similaires dans l’une des zones les plus tristes de l’agglomération ? « Le Neubau, c’est trop luxueux », répond Jean-Luc Heimburger, président de la CCI Alsace Eurométropole :

« On représente les entreprises et on ne ressemble pas à une entreprise en occupant des locaux aussi spacieux avec 115 personnes. Avec les boiseries, les meubles, les moulures, ça fait trop palais doré. Si on rajoute la poussière, on a l’impression d’être dans un musée. Il en va de notre image auprès des entreprises.

À Schiltigheim, on sera dans des espaces ouverts, tout en verre, avec une kitchenette et un rooftop (une terrasse sur le toit, NDLR). Ce sont des éléments adaptés aux manières de travailler d’aujourd’hui. Nous serons entourés d’entreprises, proches des autres organes consulaires, et nous allons même peut-être mutualiser la restauration avec la Chambre des métiers. »

Le nouveau bâtiment devant accueillir la CCI à Schiltigheim est presque prêt Photo : doc remis

Gain d’un million d’euros par an

Mais l’opération est surtout financière pour la CCI. Le siège historique coûte 150 à 200 000 euros par an, entre le chauffage, l’isolation et le soin apporté à la façade dans le cadre règlementaire très contraint des Bâtiments de France. Les bureaux à Schiltigheim ne coûteront que 30 à 50 000 euros par an.

En outre, la CCI reste propriétaire du Neubau et prévoit d’en louer 90% des surfaces à un opérateur de bureaux partagés (coworking). La chambre espère en tirer 850 000 euros par an, un accord est sur le point d’être finalisé. Au final, la CCI espère améliorer ses revenus d’un million d’euros par an avec ce déménagement.

Jean-Luc Heimburger, président de la CCI. Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Jean-Luc Heimburger détaille pourquoi il était urgent de partir :

« Une baisse des taxes prélevées sur les entreprises en 2020 a considérablement réduit nos recettes : d’un revenu fiscal autour de 20 millions d’euros en 2018, on ne reçoit plus que 8 millions d’euros ! On a réduit nos charges (les effectifs ont fondu de 600 à 115 personnes en dix ans) mais on perd encore 2,5 millions d’euros par an… Je prévois un retour à l’équilibre dans 2 ou 3 ans mais l’État nous encourage à vendre nos actifs, si on ne le fait pas, il se sert dans notre caisse… »

Objectif : plus de réserves

Les CCI ont mal vécu une ponction de l’État dans leurs réserves de 500 millions d’euros en 2015. Pour les trois CCI alsaciennes (Strasbourg, Colmar, Mulhouse ont fusionné en 2016), cette ponction a représenté 10 millions d’euros. Des millions qui ne leur manquent pas, mais les élus de la CCI, en majorité des dirigeants d’entreprises, ne sont pas très enclins à combler le déficit de l’État.

Résultat : Jean-Luc Heimburger ne veut plus garder d’actifs dormants : il a intégralement financé sur les fonds propres de la CCI le nouveau siège à Schiltigheim, soit une somme de 6,5 millions d’euros, et se garde une réserve de « 3 ou 4 millions d’euros ».

Les salons sont prestigieux, mais ils font trop « musée » selon Jean-Luc Heimburger, président de la CCI. Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Avec ce déménagement qui a valeur d’exemple, Jean-Luc Heimburger amplifie le signal selon lequel aucune entreprise de taille ne peut rester au centre de Strasbourg, suivant le départ de La Poste et précédant celui d’Électricité de Strasbourg. La Ville de Strasbourg refuse de réagir à ce qu’elle considère comme « une affaire privée ».

Commerçants et restaurateurs s’inquiètent mais à mots couverts, la CCI étant leur partenaire. Par exemple, les Vitrines de Strasbourg ont refusé d’exprimer une position publique sur ce déménagement. Conscient de ces critiques, Jean-Luc Heimburger tente de rassurer en rappelant que les personnes qui loueront les futurs bureaux en coworking travailleront et consommeront au centre-ville de Strasbourg.

Dix raisons de faire un don à Rue89 Strasbourg : le seul média local qui prend le temps de l’enquête

Dix raisons de faire un don à Rue89 Strasbourg : le seul média local qui prend le temps de l’enquête

Votre média d’investigation local a lancé une campagne de financement pour recruter un, voire deux journalistes. Chaque jour jusqu’au 31 mars, nous publions dix bonnes raisons d’y participer.

Raison n°1 : Nous prenons le temps pour enquêter.

Vendredi 18 mars, Rue89 Strasbourg publiait une enquête révélant un probable détournement de fonds publics dans une association pour personnes handicapée (APEI Centre Alsace). Elle a représenté deux jours de travail pour Guillaume Krempp, l’un de nos journalistes d’investigation.

C’est un confrère d’un autre média local alsacien qui nous a transmis secrètement le dossier. « Ma rédaction me laisserait travailler deux heures dessus. Je préfère que vous vous en occupiez », nous a-t-il dit. Pendant deux jours, Guillaume a passé des appels, récupéré des documents, croisé des témoignages. Et après ce premier article, il va continuer à creuser. Chez Rue89 Strasbourg, les journalistes savent bien qu’il faut parfois des semaines, des mois, voire des années pour saisir toutes les facettes d’une affaire, toutes les dimensions d’un scandale.

Prendre le temps, c’est permettre des révélations

Prendre le temps de l’enquête, c’est révéler des faits qui seraient restés dans l’ombre sans journaliste d’investigation. Un autre exemple parlant se trouve dans l’enquête de Maud de Carpentier sur le suicide d’un éducateur de l’Arsea. Sans les six mois d’investigation de notre journaliste, les salariés de l’association, les parents d’enfants placés et les citoyens bas-rhinois en général n’auraient jamais découvert avec autant de précision les conditions dans lesquelles travaillait Denis et le drame professionnel qui a précédé sa mort.

À Rue89 Strasbourg, nos dossiers d’investigation sont nombreux : l’ARSEA, Horizon Amitié, l’école du travail social (ESEIS), Stocamine, l’incinérateur de Strasbourg, le Grand contournement ouest (GCO), ou encore la municipalité strasbourgeoise. Chacun de ces sujets a fait l’objet de nombreux articles de suivi, parfois des reportages sur le terrain, et des enquêtes, qui ont nécessité des semaines voire des mois de travail, parce que nous estimons qu’elles sont nécessaires pour dénoncer des faits ou alimenter le débat public.

Ce choix du temps long, à rebours de la logique actuelle de nombreux médias, fait notre particularité. Dans le paysage médiatique local, la norme est plutôt de produire quotidiennement un, deux, voire trois articles par jour et par journaliste. C’est ainsi que nous sommes arrivés dans une situation où « 64 % de ce qui est publié en ligne est du copié-collé pur et simple », comme l’ont démontré trois sociologues de l’information dans l’ouvrage L’Information à tout prix (Ina Éditions). À Rue89 Strasbourg, nous privilégions la qualité à la quantité. Nous préférons une grosse enquête d’intérêt public pleine de révélations plutôt que 10 articles tous issus de communiqués de presse de la police, la préfecture ou de la municipalité.

Ce choix de l’investigation nous permet de prendre le temps de chercher des sources, d’aller sur le terrain, de fouiller dans des bases de données, pour aboutir à des articles détaillés, dans lesquels chaque information est vérifiée. Lorsqu’on se lance dans un dossier, on ne s’arrête pas avant d’avoir dénoncé tout ce qu’on considère important.

Aidez nous à embaucher, pour plus d’enquêtes au long cours

Au fur et à mesure des années qui passent, nos journalistes deviennent experts et expertes dans plusieurs domaines. Mais nos capacités d’enquêtes individuelles ne sont pas illimitées. Nous sommes parfois contraints de ne pas approfondir certaines alertes car notre équipe de quatre journalistes permanents, une alternante et une petite dizaine de pigistes ne suffit pas.

Si vous aimez l’idée qu’un média indépendant et local s’empare de sujets sur le long cours à Strasbourg, vous pouvez nous donner de la force en faisant un don à Rue89 Strasbourg :

Notre campagne de financement participatif doit nous permettre d’embaucher un ou deux journalistes permanents en plus. Elle est composée de deux paliers de 15 000 euros qui correspondent à l’investissement initial pour créer un poste de journaliste. Chaque palier atteint correspond à l’embauche d’un journaliste. Cela nous permettrait tout simplement de traiter davantage de sujets, d’avoir encore plus d’obsessions, et de vous faire profiter de plus d’enquêtes.

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En mars au Maillon, les paysages protéiformes de Nathalie Béasse

En mars au Maillon, les paysages protéiformes de Nathalie Béasse

Pour l’un de ses plus gros temps fort de l’année, le Maillon invite jusqu’au 26 mars la metteure en scène Nathalie Béasse. L’occasion de découvrir sa vision libre, transdisciplinaire et sensible du théâtre à travers trois de ses pièces et plusieurs ateliers.

Metteure en scène, chorégraphe, plasticienne, scénographe, écrivaine de plateau ou encore performeuse… Il est aussi complexe de définir Nathalie Béasse que de qualifier ses pièces. En jouant avec la mélancolie et le burlesque, l’artiste mêle musique, jeu et projection pour aborder des thèmes qui ont traversé les âges tout en gardant leur pertinence. Du rapport au langage, à l’enfance, en passant par les rites de passage et les mécanismes du rire.  

Un hymne à la liberté et au mélange des arts

Figure majeure du théâtre contemporain, Nathalie Béasse a déjà été saluée par plusieurs prix et a été invitée à la 45e biennale de Venise. Elle est déjà passée par le Maillon, en 2019, pour y présenter Le bruit des arbres qui tombent, puis elle est revenue en 2021 pour créer, lors d’une résidence, Ceux-qui-vont-contre-le-vent, présentée ensuite au Festival d’Avignon.

Nathalie Béasse est aujourd’hui une figure majeure du théâtre contemporain Photo : de C. Bellaiche

Dans la lignée de cette coproduction, la metteure en scène réinvestit la scène strasbourgeoise du 16 au 26 mars pour un « temps fort » appelé Paysage #1. Le temps de découvrir trois de ses pièces et de s’immerger dans sa vision de l’art, dans son propre « paysage » construit au fil de ses créations. « La fin du dernier spectacle est toujours le début du prochain… », écrit-elle. 

Une continuité et une unité alimentées par les collaborations qu’elle préfère au long cours. Si l’on retrouve souvent les mêmes comédiens sur scène, elle peut également compter sur une équipe fidèle de techniciens. Cela qui lui permet de proposer, en toute cohérence, plusieurs de ses pièces sur un temps court.

Replonger en enfance pour démarrer

Pour inaugurer ce temps, le Maillon propose aux spectateurs une création de 2013 : Tout semblait immobile. Sur scène, trois comédiens assis à une table, face au public, débutent une conférence sur le thème du conte. Mais la rigueur, la rationalité et un certain immobilisme de mise sont bientôt dépassés par l’appel de la forêt, de l’art et du mouvement.

Plus proche de performances que de pièces de théâtre à proprement parlé, les créations de Nathalie Béasse sont souvent issues d’écritures de plateau. Tout semblait immobile Photo : de Wilfried Thierry

Le spectateur ne peut alors que les accompagner dans leur bascule vers l’imagination, en passant du réel à l’onirique. En cherchant l’instinctif et la liberté sur scène, Nathalie Béasse ne s’adresse plus à notre intellectualité mais à notre sensibilité. Pour la comprendre, il faut accepter de lâcher prise, ne pas savoir d’où vient précisément ce frisson, cette émotion, ce « serrement de gorge », comme elle l’appelle.

Si le spectacle est accessible dès 10 ans, Nathalie Béasse veut replonger l’intégralité de son public en enfance pour reconstruire les mécanismes du conte et de l’oralité à la source.

Spectacle total pour continuer

Le voyage dans l’univers de Nathalie Béasse poursuit avec le retour de Ceux-qui-vont-contre-le-vent, sur son lieu de création. Imaginé au Maillon lors d’une résidence en 2020, cette pièce propose de poursuivre un voyage artistique jusqu’à la mise en place sur scène d’un nouveau monde. Entre corps, mouvement et matière, la metteure en scène propose un spectacle total auquel le public est invité à prendre part.

La musique et la danse font partie entière du théâtre de l’artiste. Ceux-qui-vont-contre-le-vent Photo : de Christophe Raynaud de Lage

La pièce s’ouvre à nouveau sur une scène de vie calme, cadrée. Autour d’une table, quatre femmes et trois hommes liés, il semblerait, par les liens du sang. Dans leurs mains, des lettres qu’ils s’apprêtent à lire. Nourri par de grands passages de littérature – Gustave Flaubert, Falk Richter, Fiodor Dostoïevsk ou encore Marguerite Duras, ce spectacle n’est cependant pas qu’une histoire de texte.

Refusant d’enfermer le théâtre dans une case, Nathalie Béasse en propose une performance transartistique dans laquelle mots, mouvements et chants se mêlent et où les costumes, les lumières et les personnages participent à même hauteur. Une vision quelque peu cinématographique qui rappelle le passage de l’artiste aux Beaux-Arts d’Angers en tant qu’élève et son amour de l’image. 

Aux éclats Photo : de Jean-Louis Fernandez

« Je veux rire à des moments graves »

Le temps fort du Maillon doit s’achever sur trois représentations d’Aux éclats, créé en 2019. Une mise en scène qui réunit trois hommes chargés de faire partager leurs chutes et leurs petites catastrophes quotidiennes tout en amusant le public. Par leur intermédiaire, Nathalie Béasse questionne la polyphonie des termes comme « éclat », tantôt associé au rire, tantôt résultant d’un bris ou d’une action qui rompt avec les habitudes.

Portés par un fond musical, les corps des trois performeurs s’adressent à nouveau à l’enfant qui est en nous et qui ne demande qu’à rire, même quand l’occasion ne s’y prête pas. Mais un pouffement n’est-il pas la meilleure réponse à l’angoisse ? Nathalie Béasse rappelle que le rire n’est jamais loin des larmes. 

Les pièces durant entre une heure et 1h30, le Maillon propose des soirées pendant lesquelles il est possible d’en voir deux d’affilée. Aux éclats Photo : de Jean-Louis Fernandez

Des rencontres pour prolonger l’immersion

Pour accompagner ces performances, le Maillon profite de la présence de la metteure en scène à Strasbourg pour proposer à son public, quel que soit son âge, des ateliers et des rencontres. L’occasion de s’essayer à l’expression corporelle sur les planches et même de se déhancher au son de DJ Visconti, le blaze de Nathalie Béasse quand elle passe derrière les platines. Encore une casquette pour cette créatrice définitivement indéfinissable. 

La collecte des déchets alimentaires commence par les plus petites communes de l’Eurométropole

La collecte des déchets alimentaires commence par les plus petites communes de l’Eurométropole

L’Eurométropole de Strasbourg se lance dans un mode industriel de collecte des biodéchets. D’ici 2025, environ 1 800 bacs d’apport individuel seront installés dans l’espace public de l’Eurométropole, en commençant par des petites communes de la deuxième couronne.

Comment réduire le contenu des poubelles bleues ? Après plusieurs expérimentations, l’Eurométropole généralise la collecte de déchets alimentaires. En plus des fruits et légumes qui se dégradent naturellement dans les composts, ce système permet de ramasser d’autres déchets alimentaires comme les arrêtes de poissons, les fromages, les restes de repas, les céréales ou même les coquillages et crustacés. Pour collecter ces déchets, l’Eurométropole a choisi de déployer des bacs en métal hermétiques dans l’espace public. Les mairies sont sollicitées pour décider des emplacements exacts.

Le déploiement va débuter en 2022 dans les 26 communes de deuxième couronne. La « massification » a commencé au mois de mars 2022 à Fegersheim et Eschau. Pour les sept autres communes plus urbaines (Strasbourg, Schiltigheim, Illkrich-Graffenstaden, Bischheim, Ostwald, Lingolsheim et Hoenheim), le déploiement doit s’étaler entre 2023 et 2025.

Le rythme prévisionnel du déploiement de la collecte des biodéchets. Photo : carte eurométropole

1 borne pour 300 habitants

D’ici 2025, 1 800 bornes devraient être installées dans l’EMS. Le ratio sera alors d’ »une borne pour 300 habitants, c’est trois fois plus que les bacs de verre », précise la présidente de l’Eurométropole Pia Imbs. Cette politique représente 8,3 millions d’euros d’investissement et 6 millions d’euros de fonctionnement annuel, « un service nouveau aux habitants », souligne Pia Imbs, qui devra bientôt défendre en conseil de l’EMS une nouvelle hausse de la taxe foncière.

Les déchets collectés partiront ensuite au Port-du-Rhin pour un premier tri, puis au méthaniseur de Lingenheld à Oberschaeffolsheim, qui a remporté le marché public. Il produira du « biogaz » et le reste, le substrat, sera réutilisé comme engrais pour l’agriculture.

Quelle coexistence avec le compostage de quartier ?

Présent à la présentation du lancement de cette politique, Eric Fries Guggenheim, président par intérim de l’association Compostra (qui a structuré le réseau d’assos Rescup’ lancée au début des années 2010) reste circonspect sur les conséquences de cette généralisation :

« À Strasbourg, on craint que ce système concurrence et donc remplace le système associatif. On perdrait le lien social et on risquerait de ne plus avoir le compost nécessaire. Car le substrat qui sort d’un méthaniseur n’est pas similaire à une décomposition de la molécule comme dans nos bacs. Même si pour une généralisation de la collecte dans une ville, seule une industrie peut déployer de tels moyens… »

Pour l’élu strasbourgeois Pierre Ozenne, associations et industries peuvent coexister. « Cette politique vise à élargir les personnes touchées ». Mais l’adjoint en charge de l’espace public convient qu’à Strasbourg plusieurs contraintes vont se cumuler par rapport aux plus petites communes. « Dans le périmètre du Plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV), il faudra un avis systématique de l’architecte des bâtiments de France pour chaque implantation », relève-t-il. Dans le centre-ville, c’est d’ailleurs un système de points d’apports volontaires (comme à Fegersheim), mais aussi mobiles qui devrait être privilégié. L’implantation des bacs sur les grands axes très habités va aussi avoir un aspect stratégique pour que la collecte reste efficace. Le système hermétique doit, lui, permettre que les animaux ne se nourrissent pas dans les bacs. Tant qu’ils ne sont pas endommagés.

#biogaz

L’État accorde 40 millions d’euros pour sortir les Hôpitaux Universitaires de l’impasse financière

L’État accorde 40 millions d’euros pour sortir les Hôpitaux Universitaires de l’impasse financière

Dans la matinée du vendredi 18 mars, le directeur des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg et la directrice de l’Agence Régionale de Santé Grand Est ont signé le « contrat d’avenir » qui doit permettre à l’établissement de retrouver une autonomie financière d’ici 2026.

« Une bouffée d’oxygène pour notre hôpital. » Le président de la Communauté Médicale d’Établissement (CME) des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, Emmanuel Andres, exprime sa satisfaction en cette matinée du vendredi 18 mars. Après un an de négociation entre la direction de l’hôpital public et l’Agence Régionale de Santé (ARS) Grand Est, le « contrat d’avenir » des HUS a enfin été signé. L’État s’engage à soutenir l’établissement hospitalier à hauteur de 40 millions d’euros, une aide à l’investissement qui s’étalera sur les années 2022 et 2023. Les HUS seront enfin accompagnés pour le financement des plus de 300 millions d’euros de travaux de rénovation du bâtiment de Hautepierre 1.

Dans la matinée du vendredi 18 mars, le directeur des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg et la directrice de l’Agence Régionale de Santé Grand Est ont signé le « contrat d’avenir » qui doit permettre à l’établissement de retrouver une autonomie financière d’ici 2026. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

La direction des HUS est satisfaite

Le professeur et chef de pôle gériatrie Emmanuel Andrès avait décrit pour Rue89 Strasbourg le soutien financier dont avait besoin l’hôpital strasbourgeois : 100 millions d’euros étalés jusqu’en 2025 pour éviter une « régression » dans l’attractivité et la qualité de l’offre de soins. Le « contrat d’avenir » à 40 millions d’euros comble ses attentes puisqu’il complète une autre mesure déjà annoncée. En décembre 2021, le premier Ministre Jean Castex avait annoncé un soutien de 20 millions d’euros au projet de déménagement du service de pédopsychiatrie, aujourd’hui situé dans des locaux vétustes et inadaptés dans le quartier de l’Elsau. Les 40 millions d’euros nécessaires pour les années 2024/2025 seront négociés avec le futur gouvernement. Soit 100 millions au cumul.

Interrogé sur les changements concrets à venir pour la communauté soignante, Emmanuel Andrès a évoqué une meilleure mutualisation des ressources humaines pour parvenir à une moyenne « d’une infirmière pour 10 à 12 malades », alors qu’aujourd’hui ce ratio est très variable d’un service à l’autre. Le président de la CME compte aussi réduire les rappels de soignants sur le temps de repos en constituant un « pool central de remplaçants ». Le chef du pôle de gériatrie veut aussi « redonner du pouvoir au terrain » en contractualisant avec des chefs de pôle la gestion d’une partie des ressources humaines et d’une enveloppe financière.

Michaël Galy : « Ce plan ne règle pas la totalité des problèmes »

Directeur des HUS, Michaël Galy s’est aussi félicité de ce contrat qui « consolide les ressources humaines en santé et préserve le nombre de lits » de l’hôpital. Il décrit aussi les priorités fixées avec l’ARS pour le développement de l’offre de soins : répondre aux besoins des urgences, développer le soins gériatriques et les soins psychiatriques pour enfants et adultes (plus d’informations sur les projets d’avenir des HUS ici).

Directeur des HUS, Michaël Galy s’est aussi félicité de ce contrat qui « consolide les ressources humaines en santé et préserve le nombre de lits » de l’hôpital.

Mais le directeur des HUS depuis août 2020 préfère rester prudent : « Ce plan d’avenir ne règle pas la totalité des problèmes. » L’établissement hospitalier doit aussi faire des efforts en réduisant les services présents sur deux sites différents des HUS (comme le service d’hépato-gastro, évoqué dans cette enquête). La direction de l’hôpital envisage aussi de faire croître ses revenus, notamment facturant ses services de blanchisseries à deux autres établissements du département, ou en améliorant sa facturation auprès de l’Assurance Maladie et des mutuelles.

La directrice de l’ARS Grand Est a exprimé sa satisfaction sur ce contrat qu’elle décrit comme « un engagement fort de l’État mais aussi de l’établissement, dont les efforts doivent permettre à terme de s’autofinancer d’ici 2026 »

La directrice de l’ARS Grand Est a exprimé sa satisfaction sur ce contrat qu’elle décrit comme « un engagement fort de l’État mais aussi de l’établissement, dont les efforts doivent permettre à terme de s’autofinancer d’ici 2026 ». En aparté, juste après la signature du document, Virginie Cayré a glissé à ses homologues des HUS et de la Préfecture : « Maintenant, tout reste à faire. »

Faible mobilisation à la manifestation pour la hausse des salaires

Faible mobilisation à la manifestation pour la hausse des salaires

Environ 500 personnes ont participé à Strasbourg la manifestation pour la revalorisation des salaires et des retraites avant les élections et face à l’inflation.

Malgré les drapeaux multicolores, la place Kléber était bien peu remplie jeudi 17 mars pour la manifestation interprofessionnelle pour la hausse des salaires et des retraites. De part et d’autres de la place centrale, les fanions bleus de l’Unsa et de la CFTC ont attendu le départ du cortège pour se rapprocher des syndicats plus régulièrement présents dans les manifestations comme la CGT, Solidaires, ou Snuipp-FSU pour les enseignants. D’autres syndicats, comme la CFDT ou FO n’avaient pas appelé à la grève.

ll fallait bien les rythmes du Prolet Tanz Klub de la CGT pour un peu animer le cortège syndical, l’un des premiers sans que le masque soit la norme. Environ 500 personnes ont défilé, menés par une cinquantaine d’étudiants en tête de cortège. Cadre à la SNCF et régulièrement présent dans les manifestations, Jean-Luc regrette qu’il « n’y a pas eu beaucoup de communication en dehors des syndicats. Tout le monde aurait besoin d’une hausse de salaire en ce moment ». Un responsable de la CGT, qui veut garder l’anonymat, s’interroge : « Les manifestations sur l’Ukraine sont aussi en baisse, alors que ce sont des personnes différentes. On se sait pas trop ce qu’il se passe en ce moment ».

Fidèle au rendez-vous, le Prolet Tanz Klub de la CGT a animé la tête du cortège. Photo : Evan Lemoine / Rue89 Strasbourg / cc

Négociations et détériorations

Présent à la manifestation « en solidarité avec l’appel interprofessionnel », le délégué syndical de l’Unsa à la CTS, Stéphane Davuely, estime que la bataille salariale face à l’inflation se mène en plusieurs fois :

« Nous venons de signer un accord avec la direction pour une hausse de rémunération de 3,5%. C’est en décembre 2022 que nous verrons l’inflation réelle sur l’année. S’il y a un décalage, il faudra revenir vers l’employeur. »

Sous un drapeau blanc Snuipp-FSU, Jonathan Welschinger, enseignant en CE1/CE2 à Reuss dans la vallée de la Bruche, explique qu’au-delà des rémunérations, c’est tout un cadre de travail qui s’est détérioré dans les écoles. « On a beaucoup moins de remplaçants et beaucoup plus de contractuels qu’on envoie au casse-pipe, sans formation ». Un peu loin, Delphine, une salariée de la Région Grand Est s’offusque que la collectivité « impose du poser un jour de congés le 27 mai », lors du pont de l’Ascension dans le cadre d’une fermeture généralisée. « Il n’ont pas le droit de faire ça, il faut leur faire remonter », estime-t-elle.

Quel hausse pour le point d’indice ?

Un dernier sujet alimente les conversations chez les membres de la fonction publique. La hausse du point d’indice, en raison de l’inflation, promise par la ministre de la Fonction publique Amélie de Montchalin après un quinquennat de stagnation. Une revalorisation « à l’été », sous entendu après une réélection d’Emmanuel Macron et sans en donner l’ampleur. Même si beaucoup de participants voient là une annonce « électoraliste » et « floue », ils aimeraient une hausse franche et durable dans le temps, de sorte à rattraper les années de stagnation et donc de perte de pouvoir d’achat.

Pour les syndicats, il faudrait une hausse entre 10 à 18%, quitte à ce que cela se fasse en plusieurs années pour s’aligner sur l’inflation cumulée. Des projections qui ne tiennent pas compte de l’inflation à venir. La dernière hausse du point d’indice n’était que de 1,2%, (0,6% fin 2016 et 0,6% début 2017), là encore avant les élections. Et la fois précédente, c’était en 2011, il y a plus de dix ans.