Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Le corps repêché au pont Saint-Thomas identifié : la piste du suicide privilégiée

Le corps repêché au pont Saint-Thomas identifié : la piste du suicide privilégiée

La police a identifié le corps repêché dans l’après-midi du dimanche 30 janvier à proximité du pont Saint-Thomas. Il s’agit du mari d’une femme retrouvée grièvement blessée à coups de marteau lundi 3 janvier.

Le corps flottait dans l’Ill en fin d’après-midi du dimanche 30 janvier. Les pompiers l’ont repêché aux alentours de 17 heures à proximité du pont Saint-Thomas. La police a pu identifier le cadavre grâce à ses empreintes dentaires, comme l’indiquent les Dernières Nouvelles d’Alsace. Il s’agit d’un homme de 84 ans, le mari d’une femme de 87 ans et atteinte de la maladie d’Alzheimer. Cette dernière a été retrouvée grièvement blessée lundi 3 janvier au domicile du couple, dans le quartier de Koenigshoffen.

« La piste du suicide privilégiée »

À côté du lit de la dame, la police a retrouvé un marteau ensanglanté. L’épouse de l’homme repêché dans l’Ill a perdu un œil suite aux coups qui lui ont été portés. Une infirmière à domicile avait lancé l’alerte après deux jours sans nouvelle de sa patiente.

La police nationale indique que « la piste du suicide est privilégiée car l’autopsie ne révèle aucune lésion pouvant résulter de l’intervention d’une tierce personne ». Le mari de 84 ans n’avait pas donné de signe de vie depuis la date du 3 janvier. L’enquête doit notamment permettre d’identifier l’auteur des coups sur la femme de 87 ans.

« Enquête sur un scandale d’État », plongée au cœur des confessions d’un infiltré chez les Stups

« Enquête sur un scandale d’État », plongée au cœur des confessions d’un infiltré chez les Stups

Dans son troisième long-métrage, Thierry de Peretti décortique le travail acharné d’un journaliste et de sa source pour dénoncer un trafic d’Etat. Un échange sous tension incarné par Pio Marmaï et Roschdy Zem, époustouflants. Rencontre avec le réalisateur et son infiltré.

Le 15 octobre 2015, l’équivalent de 20 millions d’euros de cannabis sont saisis par les douanes en plein cœur du 16e arrondissement de Paris, dans des camionnettes qui stationnaient depuis plusieurs heures. La drogue appartient à un gros dealer, qui se trouve être aussi l’infiltré numéro 1 de Jacques Billard (interprété par Vincent Lindon), le patron de Stups. Or, la cargaison avait totalement échappé à son contrôle. « Une stratégie », rétorque Jacques Billard. Le jour même, un ex-infiltré, Hubert Antoine (magistral Roschdy Zem) contacte un journaliste de Libération (incarné par Pio Marmaï) pour dénoncer au contraire, un système : il accuse l’État d’organiser le trafic en France.

Annoncé comme une fiction, le troisième long-métrage de Thierry de Peretti est un récit très documenté sur l’affaire François Thierry, ex-dirigeant de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS). Avec en toile de fond la révélation de la stratégie mortifère de l’État pour arriver à faire du chiffre et des coups médiatiques, le réalisateur fait surtout un film sur la rencontre de deux hommes en quête de vérité. Interview croisée.

Bande annonce

Rue89 Strasbourg: Pourquoi avoir fait un film sur les « justes » de ce scandale (l’infiltré et le journaliste) plutôt que sur les « voyous » (le dealer et le patron des Stups)?

Thierry de Peretti: La première raison tient au fait que j’ai rencontré Hubert Avoine et le journaliste Emmanuel Fansten et que j’ai pu passer du temps avec eux, alors qu’ils étaient encore plongés dans leur travail d’investigation. La toile de fond de la lutte anti-drogue et son dévoiement m’ont intéressé bien entendu mais aussi la personnalité de ces deux hommes.

« Tous les médias ne fonctionnent pas de la même façon »

Il y avait un vrai sujet dans l’exploration de ce journaliste du département Police-Justice de Libération, qui en même temps était remis en cause et conspué par d’autres médias. Je voulais réaliser un travail précis et juste sur Libération car tous les médias ne fonctionnent pas de la même façon, montrer comment il s’approprie sa source, comment il relie les éléments entre eux… D’autre part, un personnage d’infiltré, je n’en avais jamais vu à l’écran, en tout cas pas comme ça : on ne le voit pas en infiltration mais le film donne le récit qu’il rapporte de ce qu’il a vécu.

Thierry de Peretti Photo : Pascal Bastien

En effet, c’est un film sur la parole: le témoignage (est-il vrai ?), la parole médiatique, le débat journalistique ou judicaire qu’est-ce qui vous intéresse dans ce matériau et comment le travaillez-vous?

TP: La parole m’intéresse poétiquement, musicalement. J’aime essayer de déterminer les gens à partir de leur manière de parler, je projette des images puis au fur et à mesure je refais un point sur cette personne. Un de mes grandes joies au cinéma, c’est justement quand on m’emmène vers quelque chose et puis que je suis surpris, d’autres images se créent. Avec le personnage d’Hubert Antoine, la parole est aussi antique : plutôt que de la voir vivre, il nous raconte et nous donne son point de vue.

Le film s’ouvre sur un carton qui prévient le spectateur qu’il va voir une fiction, nous ne sommes pas dans le traditionnel « inspiré de faits réels »… et pourtant le film est très ancré dans le réel. Qu’est-ce que vous chercher à produire ?

TP: Je cherche à créer une dynamique avec le spectateur. Je donne une sorte de mode d’emploi au début puis au bout d’une demi-heure, effectivement, on se rend compte que tout ça est très documenté, très précis, on se questionne. Je ne veux pas que le spectateur passe son temps à réfléchir, attention, je veux qu’il se laisse envouter mais j’aimerais lui permettre une indépendance. Si je sens qu’un film est construit, programmatique, je m’ennuie, j’ai envie de fuir…

L’infiltré, une personne qu’on ne croise jamais dans la vie

Et vous Roschdy Zem, vous avez fait d’Hubert Antoine, un personnage incroyable, il a une grande maîtrise de lui-même et en même temps, on perçoit par des scènes subtiles, sa fragilité ou sa rage. Comment avez vous créé ce caractère ?

Roschdy Zem: La matière principale est mon imagination, je préfère partir sur un mode fictionnel plutôt que de chercher le mimétisme. J’ai travaillé à partir de tous les échanges enregistrés entre Hubert Avoine et Emmanuel Fansten. Là, a commencé à se dessiner une personnalité, avec sa musique, ses caractéristiques, que j’ai adaptée à ma propre personnalité. J’ai ajouté à cela les propositions du metteur en scène.

On sent qu’il vécu des choses à la limite de la légalité…

RZ: Le statut d’infiltré pose cette question : jusqu’où on va pour pouvoir agir sans être débusqué. Des infiltrés on n’en croise jamais dans la vie, c’est rare qu’à un diner quelqu’un vous raconte : je suis sur un coup là, mais je peux pas en parler… C’est une nébuleuse qu’on a du mal à percevoir et les pires idées nous traverse l’esprit. On sent qu’il en joue, ça fait sa force et sa part de séduction. Mais il refuse d’être considéré comme un voyou, il a un code d’honneur, pour lui être considéré comme ceux qu’il cherche à coincer, relèverait de l’insulte.

Roschdy Zem Photo : Pascal Bastien

Comme dans votre film sur l’affaire Omar Raddad, Hubert Antoine est aussi quelqu’un qui doit se battre pour faire éclater sa vérité.

RZ: Oui mais avec une différence notable : Hubert est armé. Le personnage d’Omar Raddad était complètement vulnérable, sans défense. Hubert a établi un plan très clair et il va utiliser ce qu’il est pour emmener les gens avec lui.

« Être déstabilisé pour un acteur de mon âge, c’est grisant »

Qu’est-ce que vous a apporté la façon de travailler de Thierry de Peretti, en plans séquences, avec beaucoup de préparation en amont et peu de découpage préétabli?

RZ: C’est la première fois que je travaillais ainsi et être déstabilisé pour un acteur de mon âge, c’est grisant. Son travail réside dans le fait de créer des conditions favorables pour produire de l’authenticité. D’abord on a pas mal théorisé puis de façon très concrète, il nous entoure de réel. Par exemple, quand on tourne une scène au restaurant, il continue à fonctionner, on travaille au milieu du service, avec les bruits ambiants et il n’y a pas de figurants. C’est le seul réalisateur qui nous disait de laisser nos portables allumés et de répondre s’ils sonnaient ! Il laisse la caméra tourner, sans réel début et fin de séquence, on a le temps de s’oublier et on plonge dans un moment de vérité. Avec Pio (Marmaï), on s’est dit qu’on avait le sentiment de ne pas jouer!

« On a l’impression d’être un peu délaissés », ces jeunes qui voteront sans illusion à la présidentielle

« On a l’impression d’être un peu délaissés », ces jeunes qui voteront sans illusion à la présidentielle

Alors que le premier tour de l’élection présidentielle se tiendra le 10 avril 2022, les jeunes, dont certains voteront pour la première fois, se sentent parfois dépassés par une offre qui a du mal à les convaincre.

Lors des élections régionales de juin 2021, 87% des 18-24 ans n’ont pas voté. Rue89 Strasbourg est allé à la rencontre de jeunes dont la vie est éloignée des partis politiques traditionnels. Les personnes abordées pensent bien voter les 10 et 24 avril 2022. L’élection présidentielle reste une d’intérêt source d’intérêt marquée, contrairement aux autres élections. Mais les futurs votants et votantes peinent à se retrouver dans les propositions des candidats et candidates.

Turkan et Leslie, 18 ans, « L’impression que les politiques compliquent les choses pour qu’on ne comprenne pas et qu’on se désintéresse »

Sur un banc du campus de l’Esplanade, deux amies discutent… « Je trouve ça très important de voter, mais je sens que je ne suis pas assez informée pour faire le bon choix », explique Leslie, rapidement approuvée par Turkan. Elles sont toutes deux étudiantes en première année de psychologie à l’université de Strasbourg et habitent à Haguenau. C’est un sujet qu’elles évoquent rarement entre elles ou avec leurs amis : « On ne sait pas vraiment vers qui se tourner pour en savoir plus. S’il y avait des ateliers sur le sujet à la fac ou des débats organisés, ce serait bien », imagine Turkan. 

« Sous le terme de « politique », je mets tout ce qui est institutions d’Etat, mais aussi le contre pouvoir, comme celui des manifestations », Leslie, 18 ans. (Photo ACC / Rue89 Strasbourg / cc)

« On n’arrive pas vraiment à se positionner à gauche ou à droite. Parfois, j’ai l’impression que les politiques compliquent les choses pour qu’on ne comprenne pas et qu’on se désintéresse. C’est vraiment dommage, parce que dans les faits, la manière de gouverner un pays, ça nous concerne tous. »

Leslie, 18 ans, étudiante

Pour Turkan, il y a aussi un problème au niveau du débat public, trop éloigné de ses propres préoccupations et de celles de ses proches : « Certains hommes politiques, comme Zemmour, essaient juste de faire le buzz et créent des stéréotypes. Ils parlent des religions, particulièrement de l’Islam, alors que cela doit rester personnel. Nous sommes dans un pays laïc. »

« La politique, c’est ce qui détermine nos libertés, nos droits et nos devoirs », Turkan, 18 ans. (Photo ACC / Rue89 Strasbourg / cc)

Lesli et ses amis aimeraient voir d’autres sujets de fond abordés, comme la précarité étudiante, le chômage, la place des femmes dans la société… « Forcément, on s’intéresserait plus s’ils parlaient de sujets dans lesquels on se reconnaît. »

Maxime, 24 ans, « Mon engagement est pluriel: je milite et je me projette dans une vie alternative »

« Pour moi, la politique doit se traduire dans sa façon de vivre. J’aime me dire que je mets ma vie au service d’une idée, de quelque chose qui me dépasse », définit Maxime, 24 ans, étudiant du master Ville, environnement et société de l’université de Strasbourg. Il a grandi à Puttelange-aux-lacs, un village de Moselle, dans une famille peu politisée. Son premier souvenir politique remonte à son adolescence et à sa découverte du compte Mr.Mondialisation sur les réseaux sociaux. En le suivant, il commence à découvrir des revues qui parlent d’écologie, comme Usbek&Rica. 

« Il faut prendre conscience que la plupart de nos gestes sont politiques », Maxime, 24 ans. (Photo ACC / Rue89 Strasbourg / cc)

Il vote une première fois en 2017 pour Jean-Luc Mélenchon, puis continue de se politiser à travers un service civique dans une association d’éducation populaire de la transition écologique. Grâce à ce nouvel « engagement citoyen », il peut échanger avec des personnes qui ont les mêmes préoccupations que lui :

« J’ai vraiment pris conscience qu’une autre manière de vivre était possible. L’été dernier, je suis allé aider une famille qui construit sa propre maison, de A à Z, dans la campagne. Ce projet de vie non-conventionnel me plaît beaucoup et je réfléchis de plus en plus à un projet de ferme autogéré et écologique. Incarner un autre idéal et montrer qu’une autre façon de vivre est possible, pour moi, c’est un acte politique. »

Après avoir tracté au début pour la « Primaire populaire », il ne pense pas suivre le résultat de l’initiative qui a échoué à créer l’union de la gauche. Il pourrait voter comme cinq ans plus tôt.

Laura, 22 ans : « Je me suis politisée sur les réseaux sociaux »

« Je me suis intéressée à la politique assez tard, à mes 18 ans. Avant, je voyais un peu ça comme un sujet de parents, assez chiant… Une source de désaccord et de disputes stériles », commence Laura, 22 ans, en alternance en master d’éco-gestion à Strasbourg. Que ce soit avec sa famille ou ses amis, elle ne parle que peu de sujets de société, jusqu’à ce qu’elle se crée un compte Twitter :

« Au début, j’y suis allée pour me divertir, mais au fur et à mesure, mon fil d’actu a commencé à se politiser, car je suivais des personnes qui disaient des choses que je trouvais justes, proposaient des analyses intéressantes. Puis j’ai commencé à faire des recherches de mon côté sur des sujets de société. Par contre, je ne m’exprime pas sur Twitter, je reste une observatrice et m’en sers comme d’un média. »

« La politique, c’est ce qui définit le monde, le pays dans lequel on vit. Ca se reflète partout, tout le temps », Laura, 22 ans. (Photo ACC / Rue89 Strasbourg / cc)

Pour ses premières élections, en parallèle au réseau social, elle se sert de quizz en ligne pour mieux se positionner sur l’échiquier politique. « Je savais que je n’étais pas de droite, car mes parents le sont et que je ne partageais déjà pas leurs opinions. Mais cela m’a quand même aidée à y voir plus clair. » Consciente que Twitter peut créer un certain entre-soi, elle commence également à suivre d’autres personnalités politiques pour ouvrir son spectre.

Aujourd’hui, la politique a pris une grande place dans sa vie et elle en parle davantage avec ses proches. Partager certaines valeurs est même devenu un « critère de sélection » dans le choix de ses amis. Elle appréhende cependant les élections : « Je suis perdue, parce que je ne sais pas si je vais voter pour quelqu’un qui me plaît vraiment, ou quelqu’un qui aura le plus de chance de faire barrage à l’extrême-droite… »

NPA, droite, lycéen qui aimerait voter… trois autres témoignages en page 2

Gontran, 23 ans, « Je suis militant au NPA depuis 5 ans »

« La politique fait partie de mon quotidien. J’en parle tout le temps – parfois trop. En arrivant en soirée, on me dit parfois « Gontran (prénom modifié), pas de politique ce soir ! », sourit le jeune homme de 23 ans. Il est assistant d’éducation dans un collège et membre du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) depuis 2015. 

Chez lui, il entend parler politique depuis tout petit. Son oncle et sa tante sont des écologistes radicaux, ses parents ont un temps voté Olivier Besancenot et sont aujourd’hui du côté de la France Insoumise. « Il y a clairement de la reproduction sociale derrière mon intérêt pour la politique. À force d’en entendre parler à la maison, j’ai commencé à vouloir m’informer moi-même, à mon adolescence. » Il découvre alors les vidéos du Youtubeur Usul, qui travaille aujourd’hui pour Médiapart, et rencontre le NPA dans le cadre du mouvement contre la guerre en Syrie.

« Aujourd’hui, je suis très investi dans la candidature de Philippe Poutou à la présidentielle. Je participe à la recherche de parrainage, je tracte… En décembre, j’ai participé à son meeting à Strasbourg. C’était un moment très fort, il y avait plus de 500 participants. Pour moi, il représente une bonne alternative à un système politique déconnecté des préoccupations de beaucoup de Français qui se demandent comment ils vont remplir leur frigo, alors qu’on veut leur imposer des débats qui tournent en rond sur l’accueil des migrants par exemple… »

« La politique est le fait de décider collectivement pour le reste de l’humanité. Pour moi, c’est un mot qui a été confisqué aux classes laborieuses en disant que ce serait l’affaire de professionnels » Gontran, 23 ans. (Photo Gontran)

Cette année, certains de ses amis ne veulent pas aller voter, parce qu’ils n’y croient plus. Considérant que cela fait partie de son « boulot militant », Gontran essaie de les convaincre: « Ils pensent que la politique se résume au résultat des élections et en ont assez d’être déçus par ceux-ci. Je leur explique que c’est plus large que ça, la politique se fait au quotidien. Même si on ne gagne pas, nous avons des choses à exprimer et notre présence permet d’intégrer nos idées dans le débat public. »

Solène, 20 ans, « Mes parents m’ont transmis leur vision de la vie, c’est normal que je vote comme eux»

« Pour moi, le bord politique dépend grandement de sa situation sociale », tranche Solène, 20 ans, étudiante à l’école de Management de Strasbourg et s’apparentant elle-même à la classe supérieure. Elle vote pour la première fois à des présidentielles cette année, ce qu’elle considère comme un geste important et citoyen : « J’ai toujours pas mal parlé politique avec ma famille…Ma mère travaille d’ailleurs à l’Eurométropole. »

« Les choix politiques des personnes montrent quelle vision elles ont de la vie et de leur pays », Solène, 20 ans. (Photo ACC / Rue89 Strasbourg / cc)

Si la politique a une place non-négligeable dans sa vie, surtout quand les élections approchent, elle n’est inscrite à aucun parti ou association : « Je suis de droite, mais je trouve que je suis un peu obligée de voter par défaut, parce que je ne m’identifie totalement à aucun des candidats. Pour l’instant, je pense voter Emmanuel Macron », projette-t-elle, en déplorant le manque d’offre politique.

Elle critique notamment la mise en scène des débats qui ont un côté « surfait » et qui tournent autour des mêmes politiques –l’immigration, l’Islam,…- sans laisser la possibilité aux candidats de développer leurs autres idées :

« J’ai des amis de gauche et d’extrême droite, donc il y a des sujets qu’on évite. Parfois, on donne notre opinion sur une actualité, on se rend compte qu’on n’est pas d’accord, mais on s’arrête là. Ça ne sert à rien de s’embrouiller pour ce genre de chose. »

Yaquine, 17 ans, « j’ai vraiment hâte de pouvoir aller voter »

« Je suis jeune, je ne comprends pas encore tous les enjeux, mais je m’intéresse vraiment à la politique », s’exclame Yaquine, 17 ans, élève en première ST2I, au lycée Marcel-Rudloff de Hautepierre. Depuis quelques années, il pose de plus en plus de questions à ses parents et suit certains débats à la télévision. Trop jeune, il ne pourra pas voter en avril. Et pourtant, il aimerait bien. « J’ai vraiment hâte de pouvoir aller voter. »

Avec des amis, il a également participé à des manifestations de Gilets jaunes et à des marches pour la liberté de certains pays. « Il y avait une bonne ambiance et j’ai été touché par certaines personnes que j’y ai rencontrées et qui me racontaient leur quotidien, se souvient-il. Dans ces événements, il y a une vraie liberté d’expression, les gens se parlent. »

« Quand on me parle de politique, je pense d’abord aux présidentielles et aux débats qu’il y a sur les sujets de société », Yaquine, 17 ans. (Photo ACC / Rue89 Strasbourg / cc)

S’il estime avoir encore du mal à saisir les différences entre la gauche et la droite, il s’est déjà trouvé des affinités avec certains programmes :

« Pour moi, ce qui est important, c’est la liberté et l’égalité. C’est ça, la définition de la France ! Je suis plutôt d’accord avec les opinions de Jean-Luc Mélenchon, parce que pour lui, un Français, c’est un Français et on a tous les mêmes droits. Moi, j’ai des origines algériennes, marocaines et tunisiennes, mais je suis né ici, et je suis très heureux d’être Français. »

Stanne, sexagénaire non-binaire, utilise le pronom « iel »

Stanne, sexagénaire non-binaire, utilise le pronom « iel »

Lorsqu’on parle de Stanne, ce n’est pas à elle ou à lui que l’on fait référence, mais à iel. Stanne se définit comme « non binaire ». Enseignant depuis plus de trente ans en école maternelle, le pronom iel lui a permis de trouver sa place, hors des habituels homme ou femme. Stanne précise ne parler qu’en son nom – et non en celui d’une communauté. Rencontre.

Le pronom iel est entré dans le dictionnaire Petit Robert en octobre 2021. Il est destiné à être « employé pour évoquer une personne, quel que soit son genre », et son usage est, selon l’ouvrage, « rare ». Vives ont été les réactions d’alors, entre débats sur la difficulté d’y accorder les adjectifs et dénonciation d’une évolution de la langue française. Stanne, Strasbourgeois, la soixantaine, fait partie de ces personnes qui se sentent désignées lorsque le pronom iel est utilisé dans une phrase.

Rue89 Strasbourg : Depuis quand utilisez-vous le pronom iel, et pourquoi ?

J’ai su dès l’âge de quatre ans que j’étais non-binaire. Même si je n’avais pas les mots pour le comprendre, je savais que je n’étais ni une fille, ni un garçon. C’était compliqué car je cherchais un moyen d’exister dans les mots avant que le pronom existe. J’oscillais entre il et elle : je parlais de moi au féminin ou au masculin aléatoirement. C’était très agaçant car on me corrigeait parfois. Enfant, je me présentais comme Caroline lorsque je lisais les livres du même nom, ou comme Thierry, le prénom du personnage de série Thierry la Fronde. Plus tard j’ai dû aller dans une école pour filles, jusqu’en seconde. C’était très difficile, j’ai longtemps été victime de discrimination, jusqu’à faire une crise en seconde. Je me suis fait virer.

En devenant une adulte, puis une mère, j’ai adopté les codes traditionnels, avec des robes et tout ce qui va avec. Mais ce n’était pas en adéquation avec ce que je ressentais à l’intérieur de moi. Je trouvais dans la peinture une façon d’exprimer tout ce que je ne pouvais pas mettre en mots. Puis en 1997, j’ai appris que je ne pouvais plus avoir d’enfant, et ça a tout changé. Un ami d’enfance m’a baptisé Stanne, c’est devenu mon nom d’artiste. Puis dès les années 2000, je demandais à mon entourage – personnel et professionnel – de m’appeler Stanne.

Ça n’a jamais posé de problème jusqu’à ce qu’une inspectrice, dans une école où j’ai commencé à travailler en 2015, me demande d’utiliser mes noms et prénoms inscrits sur ma carte d’identité. Certains parents d’élèves ont fait une pétition, disant que quelqu’un « comme moi » n’avait rien à faire dans une école. Alors j’ai entamé les démarches pour que Stanne devienne mon prénom officiel. Elles ont duré neuf mois, j’ai dû prendre un avocat et passer devant un juge aux affaires familiales. Depuis 2016, mon prénom officiel est bien Stanne. L’inspectrice s’est excusée il y a deux ans : ça montre bien que la société et les mentalités évoluent.

Quant au pronom iel, ça fait deux ou trois ans que je me l’approprie. Au début dans les communautés queers, puis avec tout le monde. C’est le pronom neutre, donc c’est celui qui me correspond : ni femme, ni homme. Il me permet d’exister et de me reconnaître dans les mots.

Stanne à La Station, devant deux tableaux accompagnant ses poèmes autour du pronom iel. Photo : CB / Rue89 Strasbourg

Rue89 Strasbourg : Quels sont les problèmes que vous posent l’utilisation des pronoms genrés ? Et quelles solutions l’usage du pronom iel apporte-t-il ?

Quand on parle de moi en disant « elle », j’ai le sentiment de ne pas exister. Pendant longtemps je pensais d’ailleurs que je n’existais pas, car je ne me reconnaissais pas dans ces pronoms genrés. Lorsqu’on m’appelle madame par exemple, je me retourne pour voir s’il y a quelqu’un derrière moi. C’est comme si ce n’était pas à moi qu’on s’adressait. C’est le problème que ces pronoms me posent.

Lorsqu’il faut remplir un formulaire, pour prendre un billet de train par exemple, il faut obligatoirement cocher une des deux cases : « Madame » ou « Monsieur ». Sauf que moi, ce n’est ni l’un ni l’autre, donc je dois mentir pour prendre mon billet de train. C’est d’une violence extrême. Même chose pour répondre aux sondages dans mon syndicat. Récemment, j’ai passé 15 minutes à en compléter un, et à la fin on m’a demandé de renseigner ces mêmes champs. C’est insupportable. Je ne vois pas en quoi le fait de savoir si je suis « Madame » ou « Monsieur » aidera la SNCF ou mon syndicat à mieux me connaître ou me représenter. Surtout que je ne suis ni l’un, ni l’autre.

Le pronom iel me permet d’exister, tout simplement. Lorsqu’on parle de iel, je me reconnais dans la personne qu’on désigne. C’est comme si on parlait enfin de moi. C’est aussi pour ça que j’aimerais faire des livres pour enfants, qui utilisent ce pronom. Comme ça tous les enfants pourraient s’y reconnaître.

Un poème de Stanne, accroché à La Station. Photo : CB / Rue89 Strasbourg

Rue89 Strasbourg : Comment votre entourage a-t-il accueilli l’usage du pronom iel pour vous ? 

À vrai dire, je n’en sais rien. Car les personnes parlent de moi lorsque je ne suis pas là. Un de mes amis était réticent au début, il ne comprenait pas trop pourquoi je lui demandais ça. Il trouvait que c’était compliqué, pas forcément nécessaire, bref… Alors j’ai fait de la pédagogie soft, à la cool, en lui expliquant gentiment ce que ça signifiait pour moi. Et le lendemain, il a fait un post sur Facebook mentionnant qu’il avait été invité à manger avec « iel ».

C’est un tout petit geste, mais ça m’a fait extrêmement plaisir car je ne lui avais rien demandé. Ça m’a touché, il a fait tout son post en langage inclusif. Alors bien sûr, j’ai dû demander à tout le monde de faire référence à moi en utilisant ce pronom. C’était il y a un an environ. Mais ça a suscité plus de curiosité que de réticence ! Les parents d’élèves me demandent souvent comment faire, comment accorder, comment parler… Alors je leur explique et ils comprennent.

Il faut avouer que c’est compliqué d’intégrer iel à son vocabulaire. Moi-même, je vis avec une personne non-binaire, et pour parler d’iel il faut que je me concentre. On n’est pas habitués et c’est extrêmement difficile à l’oral.

Je reprends rarement les personnes qui se trompent lorsqu’elles m’appellent « elle » ou « il », car de petits efforts me suffisent pour me sentir considéré.

Photo : CB / Rue89 Strasbourg

Rue89 Strasbourg : Avec votre expérience, quels sont les conseils que vous donneriez aux personnes non-binaires pour faire accepter le pronom iel ? Et aux personnes dans leur entourage ? 

Je pense qu’il suffit d’en parler. Et de ne pas culpabiliser ceux qui font des efforts, car c’est comme lorsqu’on apprend une langue. Les personnes douées pour cela sont celles qui n’ont pas peur de se tromper : c’est pareil pour iel. Car lorsque l’autre fait un effort pour intégrer le pronom à son vocabulaire, ça nous fait déjà exister. Et petit à petit, ça deviendra naturel !

Ça éveillera les consciences tout doucement, et à d’autres niveaux. Même si ce n’est qu’un petit pronom au départ, ça rend sensible à ce qu’est être un homme, être une femme, et être non binaire. C’est surtout une ouverture d’esprit, et je pense que nous sommes sur le bon chemin, celui de la tolérance. Ça permet d’accepter la différence sans se sentir menacé par les personnes non binaires.

« Le monde ne va pas s’effondrer parce qu’il y a un nouveau pronom »

Car nous sommes très minoritaires : aucun enfant ne deviendra non-binaire car c’est à la mode ! La plupart des gens n’ont aucun problème à se dire homme ou femme. Et l’existence de iel ne vient pas remplacer ni le il, ni le elle. C’est important de comprendre que, dire iel à quelqu’un qui veut qu’on lui dise elle, c’est aussi une violence. Paradoxalement, ce troisième pronom me permet de sortir des cases en créant la mienne, celle qui me correspond.

Le monde ne va pas s’effondrer parce qu’il y a un nouveau pronom. Et des gens qui se battent contre des choses qui ne les concernent pas, ou pour que les autres n’aient pas de droit, il y en aura toujours. Le changement est compliqué car il implique une angoisse : et iel, c’est un changement.

En Moselle, le patronat s’invite dans les jugements des prud’hommes

En Moselle, le patronat s’invite dans les jugements des prud’hommes

Au conseil des prud’hommes de Thionville, des juges représentant les employeurs ont fait état de pressions de la part de la responsable du service juridique du Medef local. Les remous locaux ont été nombreux et un signalement a été fait. Sans suite pour le moment.

Un dossier technique, des pressions inhabituelles et des remous inédits. Telle est la situation qui prévaut au conseil des prud’hommes de Thionville (Moselle). Cécile Castro-Carrere, juriste et secrétaire générale de l’Union des entreprises du département (UE-57, le Medef local) depuis un an, est accusée d’avoir exercé des pressions sur les représentants des employeurs.

Aux prud’hommes, les affaires sont généralement jugées par deux « conseillers » (des juges non professionnels) représentant les employeurs, et par deux conseillers venus des syndicats. Pour trancher un dossier, ils doivent tomber d’accord à la majorité. S’ils n’y parviennent pas, le cas est renvoyé en départage, c’est-à-dire transmis à un magistrat professionnel, quidécide seul. 

Selon les informations de Mediapart, Cécile Castro-Carrere a demandé fin 2020 à une conseillère « employeur » des prud’hommes de Thionville (où elle siège également) de ne pas se mettre d’accord avec ses homologues représentant lessalariés sur un dossier. Cela aurait permis de retarder l’aboutissement de ce dossier, en le faisant passer par la case départage.

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À Strasbourg, Agissons67 organise un système parallèle pour loger des sans-abris chez des citoyens

À Strasbourg, Agissons67 organise un système parallèle pour loger des sans-abris chez des citoyens

Depuis le 2 octobre, Agissons67 demande régulièrement sur Facebook si des citoyens sont en capacité d’accueillir des sans-abris. Seize foyers ont déjà répondu positivement. Obligé de mettre en place ce système d’hébergement chez l’habitant devant l’urgence des situations, le collectif demande une réunion de crise à l’État et aux élus locaux en charge des politiques de solidarité. Reportage.

Juliette et Manu (prénoms modifiés), assis côte à côte dans le salon de leur maison en banlieue de Strasbourg, racontent leur expérience. Nous sommes début février et depuis la mi-novembre, ils accueillent chez eux, Toïta, Khassan, et leurs trois enfants âgés de 11, 9 et 6 ans. « On ne donne pas les noms des jeunes parce que seule leur institutrice connait la situation », pose Juliette.

La famille, d’origine Tchétchène, a vécu dans une voiture pendant trois mois avant que le collectif de solidarité Agissons67 ne demande, sur son groupe public Facebook suivi par 2 500 personnes, leur mise à l’abri. Noureddine Alouane, le porte parole, explique la démarche :

« Devant des situations dramatiques, avec des personnes en détresse qui demandent l’hébergement d’urgence depuis parfois plusieurs mois, nous décidons de réagir et de donner une solution parallèle : nous demandons à notre réseau si des personnes sont d’accords pour loger des sans-abris. Nous avons fait ça pour la première fois le 2 octobre. »

Khassan se dit très reconnaissant envers Manu et Juliette. Photo : TV / Rue89 Strasbourg

14 familles hébergées depuis le 2 octobre

Depuis, en tout, 14 familles, trois personnes isolées, une personne handicapée âgée et deux sœurs présentant des troubles psychiatriques ont été hébergées dans 16 foyers différents. Ces foyers sont constitués de personnes seules, de couples ou de familles qui acceptent spontanément d’ouvrir leur porte. Au 3 février, huit personnes dont quatre enfants sont logés de cette manière. « Nous avons simplement contacté le collectif suite à leur message », se souvient Manu.

« En moyenne, ça dure deux semaines. On relance le SIAO (qui gère l’hébergement d’urgence et le numéro 115, NDLR) par mail et au téléphone, pour qu’ils trouvent une solution. Si rien n’est proposé, on fait en sorte de trouver un autre foyer qui accepte de les héberger », expose Noureddine. Juliette, qui a demandé l’anonymat pour ne pas être reconnue par son propriétaire, a proposé à la famille de Tchétchènes de rester plus longtemps, « vu qu’ils n’avaient pas de solution en décembre ».

Régulièrement pendant la conversation, Toïta, la mère, remercie Manu et Juliette. « On ne veut pas qu’ils se sentent redevables mais c’est difficile. Khassan propose de nous faire des travaux dans la maison. Il nous emmène partout en voiture », raconte Juliette. « Nous on ne veut rien leur demander. Enfin, bien sûr, ils participent aux tâches du quotidien. On est comme une famille », ajoute Manu.

« Cela implique des efforts conséquents »

Le couple de Strasbourgeois décrit une expérience « très enrichissante », faite d’échanges entre deux cultures. « On a découvert les pirojkis, des chaussons fourrés à la pomme de terre. Et nous on leur a fait une quiche aux lardons hallal », glisse Juliette. Tous ensemble, ils sont aussi allés à la patinoire et au cinéma. « Ça sera difficile quand ils partiront vu les liens qu’on a tissé », remarque Manu. Juliette insiste tout de même sur les difficultés que l’accueil de sans-abris peut susciter :

« Nous sommes un couple très soudé et nous savions que cela impliquerait des efforts conséquents. Il faut vraiment être sûr de soi pour se lancer là-dedans. Je me lève une heure plus tôt pour avoir accès à la salle de bain. Je suis infirmière, et ça n’allait pas au boulot il y a un mois. À ce moment, c’était difficile à vivre le fait que notre espace intime soit occupé. Heureusement, on a une pièce libre qui peut les accueillir. Et nos familles nous soutiennent à fond. Mes parents les ont même invité sans rien nous dire quand nous sommes partis en week-end avec Manu. »

L’État est censé loger toutes les personnes qui le demandent

Dans son appartement place de Haguenau, Léo (prénom modifié) accueille aussi une femme tchétchène, ainsi que sa fille de 20 ans et son garçon de 10 ans. « Pour moi, ça va. Je le vis comme une colocation, avec les petites adaptations que cela nécessite. Mais pour mes enfants qui sont là en garde alternée et ma copine, l’intrusion est un peu plus difficile, même si les personnes qu’on accueille sont très agréables et discrètes », assure-t-il.

Amina, la fille de 20 ans hébergée chez Léo, se dit aussi fatiguée de cette situation :

« Évidemment, nous sommes extrêmement reconnaissantes de Léo et de sa famille. Sans eux nous serions dehors. Mais nous ne voulons pas les déranger. »

Léo, Manu et Juliette assurent que Noureddine Alouane garde toujours le lien pour savoir si tout se passe bien. Ce dernier rappelle que le dispositif « reste du bricolage ». « Nous, ce qu’on veut, c’est ne plus être obligés de faire ça », affirme-t-il. En théorie, l’État est censé loger toutes les personnes qui le demandent de manière inconditionnelle. Mais d’après le SIAO, il n’y a pas assez de places disponibles pour répondre aux demandes à Strasbourg.

Toïta et Juliette ont noué des liens forts. Photo : TV / Rue89 Strasbourg

Le chat de Manu et Juliette vient jouer avec Khassan. Lui et Toïta tentent d’apprendre le français. La mère de Juliette leur donne même des cours. « Parfois on doit quand même utiliser google translate », pouffe Manu. Toïta revient sur le parcours de sa famille :

« Nous étions à l’hôtel Forum (à l’entrée de Schiltigheim ndlr), mais il y avait une grave infestation de punaises de lit. Comme beaucoup, nous sommes partis en août. »

Un titre de séjour, mais aucun moyen de se loger

Elle montre son titre de séjour vie privée et familiale délivré par la préfecture le 30 décembre, obtenu parce que les enfants sont scolarisés en France. Ainsi, elle et son mari peuvent enfin prétendre à un emploi et donc à une source de revenus. Depuis début janvier, Khassan, le père, travaille dans une entreprise de BTP en tant que plaquiste. Son épouse n’a pas encore trouvé un emploi et doit s’occuper des enfants.

Dans l’entrée, les chaussures de tous les habitants de la maison s’additionnent. Manu plaisante : « On n’est pas passionnés de mode. C’est juste qu’on est sept. » Photo : TV / Rue89 Strasbourg

« Dans cette situation, c’est mission impossible pour trouver un logement à Strasbourg », estime Manu. Depuis fin août, chaque jour, le couple d’origine Tchétchène appelle le 115 (numéro de l’hébergement d’urgence, NDLR) sans réponse positive. Manu et Juliette prennent tout en charge financièrement. « On a deux chariots remplis quand on fait les courses », indique Juliette.

Pour Noureddine Alouane , « ces situations où des personnes vulnérables, des familles, restent sans solution, doivent cesser ». Le collectif Agissons67 a publié une lettre ouverte le 16 janvier. Les membres dénoncent « une totale opacité sur l’organisation et les process portés par le SIAO », ainsi que des pratiques contraires à la loi vu que les personnes ne sont plus logées de manière inconditionnelle, mais selon des critères de vulnérabilité flous.

Agissons67 demande une réunion d’urgence aux acteurs politiques

Surtout, elle propose une réunion le samedi 5 mars à Corinne Bartier, la présidente du SIAO 67, Josiane Chevalier, la préfète du Bas-Rhin, Jeanne Barseghian, la maire de Strasbourg, Pia Imbs, la présidente de l’Eurométropole, Frédéric Bierry, le président de la Collectivité européenne d’Alsace (CeA), ainsi qu’à tous les députés et élus locaux en charge des questions de solidarité. L’objectif : « adapter ou augmenter les moyens du SIAO », voire « reprendre à grande échelle l’initiative d’Agissons67 » avec une gestion par un organisme public.

Début février, selon Noureddine Alouane, tous les élus de la Ville et de la CeA, de la majorité et de l’opposition, ont accepté. « Nous attendons la réponse de la préfecture, qui est l’acteur principal de l’hébergement d’urgence vu que c’est l’État qui le finance », ajoute-t-il. Le prochain directeur du SIAO devrait aussi participer. En attendant, comme d’autres sans-abris logés par le biais d’Agissons67, Toïta, Khassan et leurs enfants sont toujours chez des citoyens. Une centaine de personnes trouvent aussi refuge dans un squat à la Meinau.

#Agissons67

10 ans de Rue89 Strasbourg, ça se fête !

10 ans de Rue89 Strasbourg, ça se fête !

Rue89 Strasbourg a débuté ses publications le 15 février 2012. Dix ans plus tard, la rédaction invite ses lectrices et lecteurs, ses abonné·e·s et tous ses soutiens à plusieurs événements et un mois de mobilisation.

Voilà 10 ans que Rue89 Strasbourg publie, jour après jour, sa vision de l’actualité locale. 44 millions de pages vues plus tard, il est bien temps de fêter cet anniversaire ! Nous avons concocté plusieurs rendez-vous entre mi-février et mi-mars pour fêter dignement cet âge canonique, ainsi qu’une campagne de financement participatif pour accélérer la progression de ce média local unique en son genre.

Tellement de choses ont changé en dix ans ! Fondé en 2012 dans la foulée de Rue89.com, nous voulions alors financer notre activité grâce à la publicité. Mais ce modèle s’est écroulé, il a même fait capoter Rue89.com qui est devenu une rubrique de L’Obs quelques années plus tard.

Notre société, qui n’appartient qu’à ses journalistes, a modifié son modèle économique. À ce jour, la moitié de nos revenus proviennent de nos 1 500 abonnés, grâce à leur contribution directe de 5€ par mois. Le reste provenant de la publicité et d’une subvention du ministère de la Culture pour l’éducation aux médias.

Équipe de Rue89 Strasbourg en octobre 2021

Ce modèle économique hybride, qui permet à la fois de produire une information gratuite et de financer des enquêtes, nécessite un constant renouvellement. Il tient parce que les salaires de nos journalistes sont bas (2 000€ bruts) et parce que tous nos coûts sont rabotés au maximum.

Maintenant que nous sommes devenus grands, on espère atteindre une forme de maturité économique, qui repose sur une meilleure connaissance de notre lectorat et notamment de sa partie la plus fidèle, les abonnés, ainsi que sur une architecture technique plus solide, c’est à dire l’ensemble des processus techniques qui vous permettent de nous lire chaque jour. On a des tas d’idées, de quoi évoluer pour encore au moins 10 ans, et on compte sur votre soutien pour les concrétiser.

Quatre rendez-vous, dont deux publics

    Soirée anniversaire des 10 ans. On va faire la fête au Social Bar avec deux DJ du collectif Wom.X qui vont poser leurs sons de 20h à minuit. On vous attend autour d’une bonne bière et promis, on ne parlera pas des sujets qui fâchent.
    Mercredi 16 février à partir de 20h, au Social Bar, 69 rue du Faubourg-de-Pierre à Strasbourg – Tribunal. Entrée libre, tout public.

    Rencontre avec l’équipe de Rue89 Strasbourg. Les journalistes de la rédaction seront face aux membres du Club de la presse de Strasbourg, pour évoquer le média, sa ligne éditoriale, ses ambitions et ses limites.
    Mardi 22 février de 12h30 à 13h30, au Club de la presse, 10 place Kléber à Strasbourg – centre. Réservé aux membres du Club, sur inscription.

    Échanges avec les abonnés de Rue89 Strasbourg. Les journalistes de la rédaction seront face aux abonnées et abonnés de Rue89 Strasbourg afin d’évoquer la ligne éditoriale, nos combats, nos obsessions, ce qu’il manque ou ce qui mériterait plus d’attention…
    Jeudi 3 mars à partir de 18h30 au Club de la presse, 10 place Kléber à Strasbourg – centre. Réservé aux abonnés et sur inscription.

    Table-ronde sur l’investigation locale. Rue89 Strasbourg invite les journalistes Inès Léraud, Violette Artaud de Marsactu et Dalya Daoud de Rue89 Lyon afin d’évoquer avec elles les spécificités des enquêtes journalistiques locales, leurs mérites et leurs limites.
    Jeudi 10 mars à partir de 18h30 à la salle Blanche de la librairie Kléber, 3 rue des Francs-Bourgeois à Strasbourg – centre. Entrée libre, tout public.

    Projection de Médiacrash. En présence du réalisateur, projection de Médiacrash, documentaire soutenu par Médiapart sur la concentration des médias et ses effets sur le débat public.
    Mardi 22 mars à 20h, au cinéma Star Saint-Exupéry, 18 rue du 22-Novembre à Strasbourg – centre. Tarifs habituels des cinémas Star.

Rue89 Strasbourg remercie chaleureusement le Social Bar, le Club de la presse et la librairie Kléber pour leur aide précieuse et leur soutien dans l’organisation de ces événements.

Une campagne pour accélérer

Parallèlement, Rue89 Strasbourg lance une campagne de financement participatif afin de nous faire franchir plusieurs paliers plus rapidement qu’au rythme habituel. Cette campagne ne sera ouverte que du 15 février au 31 mars et vise à recueillir suffisamment de ressources pour embaucher immédiatement de nouveaux journalistes.

Anne Thevenot, psychologue : « Aucune discipline seule ne pourra réduire les violences conjugales et intrafamiliales »

Anne Thevenot, psychologue : « Aucune discipline seule ne pourra réduire les violences conjugales et intrafamiliales »

La psychologue Anne Thevenot a co-dirigé la rédaction de l’ouvrage « Faire face aux violences conjugales » publié aux Presses Universitaires de Strasbourg. Pour mieux lutter contre les violences intrafamiliales, la professeure de psychologie défend une approche pluridisciplinaire.

L’Université de Strasbourg est prolifique dans la recherche sur les violences conjugales et intrafamiliales. En janvier 2021, la maîtresse de conférence en sociologie Alice Debauche présentait les résultats d’une enquête sur les violences de genre. L’étude était alimentée par de nombreuses chercheuses strasbourgeoises. En octobre 2021, un autre ouvrage publié aux Presses Universitaires de Strasbourg abordait la même problématique. « Faire face aux violences conjugales – approches croisées d’un phénomène complexe » est le résultat de recherches en psychologie, en histoire, en droit ou encore en sociologie. Objectif : contribuer à l’amélioration des actions de prévention à court ou moyen termes.

Interview de l’une des co-directrices de ce travail universitaire, la psychologue et professeure de psychologie Anne Thevenot. Elle sera présente avec l’autre co-directrice de cette recherche, la psychologue et maître de conférence en psychologie Claire Metz pour une rencontre le mardi 8 février à 18h30 à la bibliothèque nationale universitaire.

Anne Thevenot, psychologue et professeure de psychologie et de psychopathologie cliniques à l’université de Strasbourg, codirectrices l’ouvrage « Faire face aux violences conjugales – Approches croisées d’un phénomène complexe » Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Rue89 Strasbourg : Comment est né le projet de recherche qui a abouti à la publication de l’ouvrage « Faire face aux violences conjugales » ?

Anne Thevenot : Ce projet est celui du laboratoire « Subjectivité, lien social et modernité ». Ma collègue C Metz a commencé à s’intéresser à la famille par le biais des violences intrafamiliales et des enfants qui les subissent. Nous sommes toutes les deux psychologues avec une expérience clinique, donc un accès à ce qui se passe en société. Nos recherches sont donc liées à ce que nous rencontrons sur le terrain.

Il y aussi eu en 2016 un premier groupe de travail pluridisciplinaire dirigé par Frédérique Granet, professeure de droit privé à l’Université de Strasbourg. Le travail de juristes, de sociologues et de psychologues, en lien avec des policiers, éducateurs, gendarmes et assistantes sociaux avait abouti à un rapport visant à mieux prévenir les violences conjugales. Nous avons persisté dans cette approche pluridisciplinaire, car aucune discipline seule ne pourra permettre de réduire les violences conjugales et intrafamiliales.

Pourquoi la pluridisciplinarité vous paraît indispensable lorsqu’on cherche à comprendre les violences conjugales ?

Notre ouvrage commence par une volonté d’apporter un éclairage historique, avec la contribution de Christine Hue-Arcé « Amour ou destruction ? Le couple et la violence : Égypte du Nouvel Empire et époque gréco-romaine ». Mais nous avons aussi besoin de la sociologie et des études de genre, qui ont permis de mettre en lumière l’organisation de nos sociétés autour du patriarcat et de la domination masculine, qui participe à la socialisation et la construction subjective dès le plus jeune âge.

« La victime et l’auteur des violences ne se retrouvent pas ensemble par hasard »

D’un point de vue de psychologue enfin, la dichotomie auteur/victime n’est pas pertinente. Ce que nous développons, c’est que la victime et l’auteur des violences ne se retrouvent pas ensemble par hasard. À travers la violence, il y a quelque chose qui se rejoue entre les deux personnes. Nous avons rencontré des personnes qui sont engagées durablement dans une relation violente et qui n’arrivent pas à s’en défaire. Bien sûr, il y a encore matière à améliorer la protection des victimes par la police et la justice. Mais il faut aussi voir qu’il y a d’autres freins pour les victimes de violences conjugales.

Il n’y aurait donc pas seulement des freins institutionnels pour sortir d’une situation de violences conjugales. Comment expliquez-vous les freins individuels ?

Dans une situation de violences intrafamiliales, il y a souvent quelque chose de leur passé qui se rejoue. L’enjeu dans ce cas, c’est de repérer ce qui se joue pour pouvoir s’en défaire. Je repense, par exemple, à une femme rencontrée lors d’un entretien. Elle a beaucoup parlé de la pitié qu’elle avait à l’égard de l’homme extrêmement violent à son égard. A travers l’homme violent, elle distinguait aussi une victime de violences dans son enfance. Cette femme donc, quand elle parlait de son enfance, on retrouve le sentiment de pitié mais cette fois pour sa mère, car son père la trompait sans se cacher. Elle pleurait avec sa mère et avait pitié d’elle. Le fil rouge ici, c’est la pitié. Pour pouvoir aider la personne à sortir de la violence, il faut qu’elle s’en rende compte.

« La justice s’est tournée plus vers la sanction que le soin »

Vous êtes aussi critique vis-à-vis de la prise en charge des auteurs de violences conjugales. Pourquoi ?

Du côté des hommes, il y a eu des tentatives de prise en charge. Mais du fait des baisses de budget, l’institution judiciaire s’est tournée plus vers la sanction que le soin. Certes, la prise en charge des auteurs de violence renaît de ses cendres par des groupes de parole (lire notre reportage-dessiné en 4 épisodes), notamment des groupes qui mêlent auteurs et victimes de violences conjugales. Il faut voir si cette piste peut permettre aux hommes violents de mieux comprendre ce qui se passe pour les victimes.

L’une de nos doctorantes travaille justement sur la prise en charge des auteurs de violences conjugales. Elle étudie l’évolution des auteurs après un stage de responsabilisation. Personnellement, je m’interroge sur l’efficacité d’un stage de deux jours. D’autres stages, avec un même volume horaire, dure cinq à six semaines. Ceci permet aux moins aux participants d’être confrontés à leurs montées de violence pendant leur stage.

Plus de violences lors des grossesses

L’un des articles de l’ouvrage « Faire face aux violences conjugales » souligne l’importance des urgences dans la lutte contre les violences conjugales. Pouvez-vous nous expliquer ?

La grossesse est souvent un moment de déclenchement ou d’accroissement des violences conjugales. Il est donc essentiel que les urgences hospitalières, ainsi que les services de maternité ou de gynécologie soient attentifs à ces problématiques. C’est pour cette raison que les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg doivent bientôt disposer d’une psychologue et d’une assistante sociale, pour aiguiller les victimes de violences conjugales vers le dépôt de plainte.

Le mardi 8 février à 18h30 vous serez présente ainsi que votre collègue Claire Metz pour une rencontre autour de votre ouvrage à la bibliothèque national universitaire. Est-ce que cet événement s’adresse aux professionnels et autres experts du sujet, ou au grand public ?

À travers cette rencontre, nous cherchons aussi à sensibiliser le grand public sur ce sujet. En France, nous avons encore tendance à être très respectueux de la vie privée de chacun, on va hésiter à intervenir. Or, ce qu’on entend parfois des victimes, c’est que « si quelqu’un m’avait tendu la main, je m’en serais peut-être sortie ». J’espère donc qu’à travers cet événement le grand public puisse trouver une entrée dans ce sujet difficile.

Huit ans après avoir fui l’Afghanistan, Zazaï raconte son épopée dans un livre

Huit ans après avoir fui l’Afghanistan, Zazaï raconte son épopée dans un livre

Zazaï est arrivé en France depuis l’Afghanistan en 2014, à l’âge de 16 ans. Huit ans plus tard, il publie Liberté, ma dernière frontière, pour rétablir sa vérité sur son histoire, de la menace des talibans jusqu’aux bancs des rues de Paris, puis Strasbourg. Une histoire à l’image de celles de nombreux jeunes Afghans réfugiés en France et qui se poursuit bien pour le récent citoyen français.

Rue89 Strasbourg avait rencontré Zazaï en 2017 lors d’un match de cricket de son équipe Royals Strasbourg sur le terrain de l’association US Egalitaire à Neudorf. A Strasbourg, où le jeune Afghan est arrivé en février 2014 à l’âge de 16 ans, des gens ne le croyaient pas et blaguaient sur son appartenance au mouvement taliban.

Alors le jeune réfugié a consigné le récit de son rude périple à pied à travers huit pays par l’entremisse d’un réseau de passeurs sans scrupules. Avec le soutien de Julie Ewa, écrivain rencontrée dans son foyer pour mineure en tant qu’éducatrice, ces écrits sont devenus un livre, Liberté, ma dernière frontière (éditions L’Archipel) sorti le 27 janvier en librairies après quatre ans et demi de travail.

A 24 ans, Zazai sort un livre pour raconter son périple à travers 8 pays en fuite des talibans.
A 24 ans, Zazaï sort un livre pour raconter sa fuite des talibans jusqu’à Strasbourg alors qu’il n’avait que 16 ans. Photo : Claire Gandanger / Rue89 Strasbourg

« Je voulais changer le regard des gens », explique le jeune homme, aujourd’hui électricien et citoyen français :

« Je ne souhaite cette expérience à personne. Tous les jeunes Afghans autour de moi ont vécu la même-chose. »

Écrire pour se soigner

L’écriture a été pour lui un début de guérison :

« J’ai donné tous les détails. C’est vrai que mettre les choses sur papier m’a vidé la tête. Maintenant, il y a beaucoup de choses dont je ne me souviens plus. »

L’adolescent a fui la menace des talibans sur l’ordre de sa famille. « On ne m’a pas laissé le choix. Sur la route, j’avais la hantise de finir ma vie à la rue comme un SDF », confie-t-il. C’est son sentiment de responsabilité envers sa mère qui l’a fait tenir, assure cet aîné d’une fratrie de quatre enfants, et l’espoir de trouver un lieu d’arrivée d’où il pourrait être libre de retourner la voir.

Peut-être aussi ses deux compagnons d’infortune de 13 ans, rencontrés parmi des centaine d’autres migrants à la frontière iranienne et laissés en Italie. « Ils sont en Norvège maintenant. Ils étaient petits. J’étais le grand. Je les protégeais. On embêtait les autres le soir pendant qu’ils faisaient leurs prières dans un grand silence », rapporte-t-il au sujet de son seul bon souvenir de cette épopée.

Chaque frontière, un niveau supplémentaire

Les mots posés sur leurs défis sont cruels. Dans le jargon des passeurs, chaque passage de frontière était un game, d’un niveau de plus en plus élevé « comme à la PlayStation ». Le pire d’entre eux, la traversée de la Méditerranée en bateau depuis Izmir en Turquie, pose le jeune homme et ses amis face à leurs limites. « Je savais que c’était un cimetière et je ne savais pas nager », explique Zazaï. Quelques heures avant le départ, les trois garçons s’échappent. Ils préfèreront poursuivre le voyage par la Bulgarie.

Lors d’une promenade à Côme, en Italie, en attendant un train pour Paris, Zazaï découvre admiratif le livre de la jeune Pakistanaise résistante aux talibans et prix Nobel de la paix en 2014 Malala Yousafzai, exposé sur une affiche dans la vitrine d’une librairie. « Ce soir-là, je me suis dit, moi aussi j’écrirai un livre ! », se remémore-t-il.

À son arrivée à Paris, Zazaï se souvient de son choc de voir des couples d’hommes dans la rue :

« Je ne pouvais pas m’empêcher de les regarder. Mes copains m’ont dit d’arrêter. Maintenant, je sais que c’est normal. »

Un voyage à 13 000 euros

À Paris, ses documents falsifiés produits par les passeurs l’excluent des dispositifs d’aide pour les mineurs isolés. Sur les conseils d’une connaissance, l’adolescent part alors tenter sa chance à Strasbourg. Au total, son voyage aura duré six mois et coûté 13 000 euros.

L’équipe des Strasbourg Royals et ses supporters après leur match lors d’un tournois de cricket à Strasbourg. Debout au centre, Zazaï crie victoire. Photo : CG/Rue89 Strasbour/cc

Huit ans plus tard, Zazaï a pris goût aux séances de cinéma, aux camemberts pasteurisés et aux tartes flambées. Il se déplace régulièrement en Suisse et en Allemagne pour défendre les couleurs de Strasbourg dans les tournois de cricket. Il aimerait désormais faire des émules au sein de son club sportif l’US Egalitaire. « Les femmes intéressées ne sont pas encore assez nombreuses pour former une équipe », regrette-t-il.

« Mes copains de lycée m’ont tous dit qu’ils allaient lire mon livre », se félicite le jeune électricien, diplômé d’un bac professionnel en alternance. En 2019, Zazaï a pu rendre visite à sa famille réfugiée au Pakistan. Maintenant que sa vie en France est lancée, le jeune homme se sent la responsabilité de faire profiter son pays d’origine de son expérience ici, « sur les droits des femmes surtout ». En France, il aspire à créer sa propre entreprise d’électricité et à aider les demandeurs d’asile.

Le Défenseur des droits demande à Kronenbourg de respecter le principe de non-discrimination à l’embauche

Le Défenseur des droits demande à Kronenbourg de respecter le principe de non-discrimination à l’embauche

Saisi pour un refus d’embauche estimé discriminatoire, le Défenseur des droits a analysé les listes d’intérimaires et de salariés en CDI au sein d’un service de la société Kronenbourg entre 2012 et 2020. Conclusion : les ouvriers aux noms à consonnance maghrébine ou turque sont plus fréquents parmi les intérimaires que les salariés en CDI.

Rabah n’est pas seul. Chez Kronenbourg, Volkan (le prénom a été modifié) estime aussi avoir été discriminé à l’embauche. Embauché en intérim dès le 29 janvier 2008, le machiniste alterne ses contrats avec les sociétés de travail temporaires avec des Contrats à Durée Déterminée (CDD) jusqu’en août 2020. Les CDD durent parfois quelques jours, sinon plusieurs mois voire une année entière pour 2017.

Ils sont toujours justifiés par l’aspect saisonnier de la production de bière ou par un accroissement temporaire d’activité. Le 29 août 2017, Volkan voit son embauche en tant que machiniste mécanicien refusé au motif que tous les postes disponibles auraient été pourvus. Un an plus tard, nouveau refus. Le 3 février, il saisit donc le conseil de prud’hommes de Saverne.

Les recrutements de l’entreprise Kronenbourg sont scrutés de près. Photo : Pauline Kletti / Flickr / cc

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Présidentielle 2022 en podcast : un agriculteur et une « rurbaine » débattent du cadre de vie

Présidentielle 2022 en podcast : un agriculteur et une « rurbaine » débattent du cadre de vie

[Podcast Dialogues de campagne] – Tout au long de la campagne de l’élection présidentielle 2022, les trois Rue89 locaux (Lyon, Bordeaux et Strasbourg) font se rencontrer et débattre des citoyen·es sur des thèmes de société. Troisième épisode à Schnersheim dans le Kochersberg, autour du cadre de vie dans un village agricole.

Peut-on encore discuter de politique sans s’invectiver ? C’est le pari de nos trois rédactions locales, après ce début de campagne d’une élection présidentielle sous tension, où les invectives sur les plateaux des chaînes d’informations semblent servir de métronome. De l’Aquitaine à l’Alsace, en passant par le Rhône, nous réunissons des Français qui semblent opposés par leurs idées et voteront sûrement différemment le 10 avril 2022. Objectif : susciter l’échange, repérer où se situent les différences et s’écouter, voire se comprendre.

« Présidentielles 2022 : Dialogues de campagne » est un podcast de Rue89 Bordeaux, Rue89 Lyon et Rue89 Strasbourg à retrouver un vendredi sur deux jusqu’au premier tour de l’élection présidentielle.

Jean-François Vieling, agriculteur à Schnersheim Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc
Marie-Odile Guth, résidente de Schnersheim Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc

Épisode 3 : Agriculture et villages, quelle qualité de vie à la campagne ?

Troisième épisode à Schnersheim, un village d’Alsace. Jean-François Vierling et Marie-Odile Guth se connaissent bien. Le premier est maraicher, avec une partie de son exploitation de blé, d’ail et de légumes en production biologique. La seconde a emménagé dans la commune il y a une vingtaine d’années. Elle s’engage pour un meilleur cadre de vie et notamment contre les exploitations de très grande taille. Petite-fille d’agriculteurs, cette commerciale pour un grand groupe médical dit ne plus reconnaître les villages ruraux de son enfance.

Jean-François Vierling lui répond que la « mission nourricière » des agriculteurs a changé, ce qui justifie des exploitations plus grandes et certaines nuisances à la campagne. Pour le retraité, toujours impliqué dans sa ferme, on ne peut pas qualifier les poulaillers et les porcheries géantes « d’usines ». Les deux habitants de Schnersheim débattent de comment les hommes et femmes politiques peuvent influer sur le développement de l’agriculture et ses répercussions sur l’environnement.

Stade de la Meinau, tram et TER du quotidien, au conseil de l’Eurométropole, des grandes dépenses et des impôts jusqu’en 2026

Stade de la Meinau, tram et TER du quotidien, au conseil de l’Eurométropole, des grandes dépenses et des impôts jusqu’en 2026

L’Eurométropole va présenter son Plan pluriannuel d’investissement qui implique une hausse de la taxe foncière de 64 euros en moyenne par propriétaire. Des dépenses et un recours à la fiscalité locale qui devraient occulter les choix de la majorité, notamment pour les transports en commun. À suivre ce vendredi 4 février en direct dès 9 heures.

Après la Ville, le 4 février, l’Eurométropole dévoile à son tour son Plan pluriannuel d’investissements (PPI), c’est-à-dire comment elle compte dépenser 1,5 milliard d’euros en travaux jusqu’en 2026. Comme à Strasbourg, ce PPI consiste à augmenter ces dépenses exceptionnelles par rapport au mandat précédent, de l’ordre de 200 millions d’euros (+15%).

En parlant projets, dépenses d’avenir et « transformation écologique du territoire », la majorité des maires et des écologistes espèrent un peu atténuer le débat budgétaire. Car l’opposition compte répéter à l’envie que pour réaliser ses objectifs, l’exécutif instaure un quadruplement du taux de taxe foncière (soit une hausse de 300% et non 400% comme l’a mal calculé l’opposition strasbourgeoise). Les maires d’opposition devraient rappeler à leurs homologues de la majorité que certains d’entre eux avaient fait campagne sur la stabilité des impôts dans leur commune. Or, ils vont avaliser un choix différent au sein de la métropole.

65 euros de taxe foncière en plus soit +300%

En effet, la part de l’Eurométropole passera en 2022 d’un taux de 1,15 à 4,6% sur la partie imposée. Soit un effort de 64 euros par an en moyenne pour les propriétaires dans les 33 communes selon les calculs de l’Eurométropole, auquel on peut ajouter la revalorisation des bases d’imposition décidées par le gouvernement. Un effort qui rapportera 25 millions d’euros de plus par an, financera une partie du fonctionnement et limitera la hausse de l’endettement.

Face aux critiques classiques sur le « matraquage fiscal », l’exécutif rétorquera qu’il met en place une « hausse des services inégalée » notamment le développement des transports en commun qui regroupent 43% des investissements. « Une famille avec deux enfants économise 500 euros par an avec la gratuité de l’abonnement CTS », défend par exemple le strasbourgeois Syamak Agha Babaei, vice-président en charge des Finances. « Les investissements représentent 600 euros par habitant et par an », ajoute la présidente Pia Imbs (sans étiquette). Le duo assure que seule une « portion congrue de la hausse des dépenses, la plus juste et modérée possible », est demandée au contribuable.

Pour les entreprises, la hausse représentera en moyenne 247€ pour les locaux commerciaux et 1 811€ pour les établissements industriels. Dans le détail, la fiche d’impôt n’augmentera « que » de 100€ ou moins pour 61% des entreprises et de 500€ maximum pour 90% des sociétés. Pia Imbs rappelle aussi que les entreprises avaient bénéficié de la baisse d’un tiers de la Cotisation foncière des entreprises (CFE) en 2020, en réponse au Covid.

Entre 2014 et 2016, la précédente coalition droite-gauche avait augmenté 3 années de suite ses impôts locaux (dont une fois de 150% la taxe foncière, puis de 1,5% et 3%). À la Ville, les écologistes souhaitent aussi ne plus augmenter le taux d’impôt, mais ont renvoyé la responsabilité aux choix financiers du futur gouvernement vis-à-vis des communes. À l’Eurométropole (EMS), Pia Imbs prend un engagement plus ferme :

« Nous faisons la promesse d’une seule hausse sur le mandat. »

Parmi les grandes dépenses jusqu’en 2026 figurent notamment :

    Les extensions tram à l’ouest, le nord et vers les institutions européennes (100 millions d’euros pour l’EMS). À ce sujet, les documents budgétaires mentionnent « un solde » de 20 millions d’euros en 2027, ce qui pourrait faire dire aux oppositions que les lignes se seront pas achevées pour 2026.Les autres extensions pour transports en commun (TSPO, prolongation du BHNS G jusqu’à Danube).La rénovation-extension du stade de la Meinau (70 millions pour l’EMS), dont le coût prévisionnel augmente de 20% (119,6 millions).Le nouveau Parc des expositions au Wacken (92 millions).120 kilomètres de pistes cyclables pour 100 millions et 50 millions pour les autres routes.190 millions pour l’habitat dont 72,5 millions pour les logements sociaux, 46,1 pour l’habitat privé et 35,4 pour la rénovation urbaine.43,3 millions pour des bâtiments pour l’Université (Paps-Pcpi ; Next-Med ; ISU ; ESPE à la Meinau).10 millions pour la 2è phase de la piscine de Hautepierre et des travaux à Schiltigheim et au Wacken.

« Un tiers des projets vient du mandat précédent », explique Pia Imbs. D’autres travaux lancés en cours de mandat devraient de la même manière déborder les années suivantes, par exemple l’achèvement du quartier des Deux-Rives (38 millions pour ce mandat). « On a beaucoup parlé de la végétalisation des cours d’école à Strasbourg, mais il y a aussi beaucoup de demandes dans les communes que nous allons aider. Ce sera aussi le cas pour l’acquisition de nouveaux véhicules moins polluants ou encore des gymnases et des cimetières », poursuit Pia Imbs, la maire de Holtzheim, qui met en avant « l’aide aux communes ».

Les train du REM pour commencer

Avant cette grande explication, le premier point devrait être plus consensuel avec le « Réseau express métropolitain » (REM) réalisé avec la Région Grand Est. Comme annoncé depuis quelques années, il s’agit d’avoir des trains toutes les demi-heure de 5h à 22h sur les lignes principales, et plus de passages le week-end. Le service commencera le 12 décembre 2022.

Dans le détail, les gagnants sont Molsheim (179 arrêts par jour ; +44%), Entzheim (177 arrêts/jour +61%), Geispolsheim (79 arrêts/jours ; +93%) Vendenheim (140 arrêts/jour ; +137%) ou la gare méconnue de Graffenstaden (68 arrêts/jour +209%) au milieu de la zone commerciale de la vigie.

Les dépenses de fonctionnement supplémentaires (14,5 millions/an) sont partagées à 50/50 avec la Région Grand Est. Idem pour les nouvelles recettes.

Schéma du réseau express métropolitain, qui compare les fréquences avec 2020. (document

Les communes extérieures appelées à participer et abonder

En revanche, le REM ne permet pas de meilleure desserte sur la ligne vers Lauterbourg au nord (qui passe par Schiltigheim-Bischheim) et Strasbourg-Offenbourg à l’est. L’Eurométropole espère une amélioration pour 2025. À cette date-là, la Région espère avoir ouvert à la concurrence les deux lignes « transfrontalières », dans un marché qui comprendra aussi les travaux d’entretien.

Enfin un syndicat mixte avec les communautés de communes sera fondé. Il devra veiller à améliorer les correspondances avec les autres services de transport et simplifier la tarification. Les intercommunalités pourront aussi abonder financièrement ce système de transport, financé uniquement par la Région et l’Eurométropole, pour améliorer l’offre à long terme.

L’ordre du jour compte 70 points. Il sera aussi question d’un lissage des prix pour les habitants de Hautepierre et Poteries reliés à la chaufferie de Hautepierre, non-concernée par le « bouclier tarifaire » du gouvernement, qui contient la hausse des prix du gaz à 30%.

« Arthur Rambo » de Laurent Cantet : comment Twitter m’a tué

« Arthur Rambo » de Laurent Cantet : comment Twitter m’a tué

Dixième long-métrage de Laurent Cantet, Arthur Rambo retrace, sans en être une copie conforme, l’affaire Medhi Meklat, jeune journaliste fauché en plein vol par des tweets haineux, rédigé… par lui-même. Un personnage complexe pour ce réalisateur qui aime sonder les méandres de l’esprit humain. Rencontre.

Pour son dixième film, Laurent Cantet se penche sur l’affaire Medhi Meklat, qui avait secoué la sphère médiatique en 2017. Medhi Meklat a 17 ans quand il est repéré par Pascale Clark pour animer une chronique sur France Inter, avec son coéquipier du Bondy Blog (média basé en Seine Saint-Denis), Badroudine Said Abdallah. Ensemble, ils réalisent des documentaires, écrivent un premier roman, deviennent des journalistes reconnus.

Jusqu’à ce qu’en 2017, une série de messages très dérangeants resurgissent du fil Twitter de Marcelin Deschamps, le pseudo ironique de Medhi Meklat, tweets écrits entre 2011 et 2015. Le long-métrage de Laurent Cantet commence ici : son personnage Karim D. est en pleine ascension sociale et médiatique, les messages de son alias sur Twitter, Arthur Rambo, font basculer cette réussite, qui va s’avérer fragile, dans un monde qui n’est pas le sien.

On n’est pas sérieux quand on a 17 ans ? Le réalisateur questionne notre rapport aux réseaux sociaux, mais aussi la possibilité d’un véritable changement de milieu social. Sans pour autant atténuer les propos réellement polémiques de son personnage, il tente des hypothèses d’explications.

Bande annonce d’Arthur Rambo

Rue89 Strasbourg : Qu’est-ce qui vous a interpellé dans l’affaire Medhi Meklat au point de vouloir en faire un film?

Laurent Cantet : Je voulais me pencher sur les réseaux sociaux, qui prennent de plus en plus de place dans nos vies privées et dans le champ politique, mais que nous utilisons sans les questionner assez. Dans mon précédent film, l’Atelier (2017, avec Marina Foïs et Matthieu Lucci, NDLR), déjà mon personnage principal était un jeune homme qui cherchait sur les réseaux des réponses faciles à ses troubles et à son désir d’extrémisme. Cette histoire m’a permis d’aller voir ce qu’il se passait sur les réseaux et de décrire le monde d’aujourd’hui.

De plus, cette affaire, je l’ai vécue en direct, je connaissais Medhi Meklat et Badroudine Said Abdallah à travers mes lectures du Bondy Blog et par leurs chroniques sur France Inter. Medhi Meklat avait 17 ans à l’époque, j’étais assez bluffé par ses sujets politiques et culturels et quand j’ai découvert ses tweets, j’ai eu du mal à recoller les morceaux. J’ai été saisi d’un vertige et j’ai voulu partager ces questions à l’aide du cinéma.

Est-ce que vous avez rencontré Medhi Meklat et son entourage pour tenter de comprendre le personnage ?

Je l’ai rencontré pour lui dire que j’allais m’inspirer de cette affaire mais que je n’allais pas raconter son histoire, plutôt faire une synthèse des questions soulevées par ce genre d’histoires. Lui-même était dans un moment de réflexion puisqu’il écrivait un livre qui revenait sur les événements de 2017, Autopsie. Je ne voulais surtout pas faire un biopic et j’ai trouvé la solution pour retranscrire mon vertige quand j’ai resserré le scénario sur les deux jours qui suivent la diffusion des tweets. Il s’agit de voir le résultat de la résurgence de ces messages, alors que le personnage est en pleine ascension : à partir de là, je tire des fils qui ne vont pas tout expliquer car il y a trop de complexité, mais qui permettent de formuler des hypothèses.

Le spectateur balance sans cesse entre la sympathie que nous inspire le personnage de Karim D. et l’horreur suscitée par les tweets d’Arthur Rambo, son alias sur Twitter. Cela nous place dans une situation très inconfortable.

C’est l’inconfort que j’ai pu éprouver face à la réalité de ce personnage. Cela a été le fruit d’un dosage millimétré, de l’écriture jusqu’au montage, notamment dans l’ordre d’apparition des tweets, pour que la violence des propos ne nous empêche pas de revenir vers lui. On a donc dosé cette bascule entre l’empathie pour un jeune homme qui est dans un état de sidération, et le rejet que l’on peut ressentir car je tenais à ne pas en faire une victime et qu’il endosse la responsabilité de ses messages.

La lumière et la part d’ombre de Karim D. alternent tout au long du film Photo : Céline Nieszawer / doc remis

Vous ne vouliez pas prendre position ?

Dans mes films, j’essaie de ne pas juger mes personnages, je les décris pour essayer de comprendre leurs fonctionnements. Avec mes co-scénaristes Fanny Burdino et Samuel Doux, le procédé que nous avons construit est une séries de « procès » où Karim se trouve, tour à tour, confronté à ses cercles privés et professionnels : il s’explique, se justifie de différentes façons et ainsi, par petites touches, on ne dresse pas un portrait mais on arrive à balayer un certain nombre d’hypothèses.

Comment réagissent les premiers spectateurs et notamment les adolescents ?

Ils comprennent les enjeux plus directement que, peut-être, un public plus âgé. ils ne sont pas dans la négation du problème, quelqu’un m’a dit : « Il faut supprimer les réseaux sociaux », mais dans un décodage. Ils connaissent bien mieux les règles du jeu que nous et accepte plus facilement ce troisième degré dont parle Karim. J’ai l’impression, grâce à l’éducation sur les réseaux dans le système scolaire ou ailleurs, qu’ils connaissent les dangers et l’emprise d’Internet.

Karim (Rabah Naït Oufella) a été dépassé par son personnage Photo : doc remis

Ils en ont conscience peut-être, mais ils sont aussi dépassés, comme nous tous d’ailleurs.

Bien sûr, Karim revendique le droit à la provocation mais il a été dépassé par son personnage. Quand son petit frère le renvoie à une colère, qui a dû être la sienne quelques années auparavant, il comprend qu’il est allé trop loin. Cette colère, il l’a domptée parce qu’il voulait être accepté dans un nouveau milieu social, mais je peux la comprendre. Et quand on a un outil comme Twitter pour exprimer si facilement cette colère, elle déborde…

La mise en scène des tweets est très forte, si Karim veut les minimiser par la parole, vous leur donnez un poids énorme, vous en avez fait un personnage à part entière.

Ils sont une excroissance de Karim, ils viennent parasiter l’histoire. Sur fond noir, ils sont de plus en plus présents et le rythme de défilement devient tel qu’on ne peut plus les suivre, comme sur un fil Twitter.

Pour finir, comment s’est fait le choix de Rabah Nait Oufella, avec qui vous aviez déjà travaillé pour Entre les murs en 2008 ?

C’est un acteur que j’ai vu grandir et je pensais à lui en écrivant. À un moment, je me suis même méfié de cet attachement mais je suis revenu vers lui et je le trouve très convaincant dans toutes les facettes du personnage. On sent à la fois le plaisir qu’il a d’en être et en même temps le fait qu’il n’est pas tout à fait à sa place. Au fur et à mesure de ses prises de conscience, il glisse vers quelque chose de plus intime. Il endosse ces différentes facettes avec une grande facilité, sans chercher à être plus malin que le personnage. Le seul travail que j’ai eu à faire avec lui c’est de gommer son regard charmeur et son sourire, il a dû se durcir un peu.

Fin de la grève à Kronenbourg, et quelques avancées pour les salariés

Fin de la grève à Kronenbourg, et quelques avancées pour les salariés

L’activité a repris normalement ce jeudi 3 février à l’usine Kronenbourg à Obernai. La direction a annoncé une augmentation de 4% et au moins 5 « équivalents temps plein » supplémentaires. C’est en-deçà des revendications de la CGT, qui demandait 5% d’augmentation, une prime de 1 000 euros et 15 à 20 embauches.

Les chaines de la brasserie Kronenbourg tournent à nouveau normalement depuis 14h ce 3 février. La décision a été prise en assemblée générale à midi. Pendant 10 jours, du 24 janvier au 2 février, environ 80% des employés de la production n’ont pas pointé. Entre sept et huit groupes d’embouteillages sur dix étaient à l’arrêt. L’effectif de l’usine à Obernai est de 450 personnes, dont 200 ouvriers.

Brigitte Perret, secrétaire générale de la CGT Kronenbourg, considère qu’il y aura « un avant et un après ». « Nous étions unis, et nous avons créé un vrai rapport de force avec la direction », dit-elle. La mobilisation avait commencé entre la deuxième et la troisième réunion de la négociation annuelle obligatoire. « Ils voulaient limiter l’augmentation à 3%. Nous demandions 5% », rappelle Brigitte Perret.

Finalement, la CFDT, qui n’a pas participé à la grève et continuait les négociations, s’est positionnée le 27 janvier en faveur d’un « accord à 4% avec une clause de rattrapage de l’inflation » selon Mohammed Gherairi, délégué central du syndicat. Puis, Force Ouvrière a suivi quatre jours plus tard, rendant l’accord majoritaire. Il a donc pu être signé le 1er février.

« Nous demandons 15 à 20 embauches pour relâcher la pression sur les salariés »

Kronenbourg a aussi annoncé l’embauche d’au moins 5 personnes à temps plein. Pour Brigitte Perret de la CGT, même s’il y a des avancées, le bilan de la grève reste mitigé :

« L’usine tourne en flux tendu, avec 35% de CDD et d’intérimaires. Souvent, pour remplacer les collègues malades, des ouvriers sont prévenus de leurs horaires la veille. Nous demandions entre 15 et 20 embauches de personnes à temps plein, pour relâcher la pression sur les salariés. Nous voulons aussi une transformation de tous les CDD en CDI. Enfin, nous revendiquions une prime de 1 000 euros, que nous n’avons pas obtenu. »

Le cas de Rabah, ouvrier qui a cumulé 161 contrats de mission en intérim et 16 CDD en 30 ans à Kronenbourg, illustre le recours régulier aux salariés précaires dans l’entreprise. Mohammed Gherairi de la CFDT estime que l’accord de 4% et les 5 embauches ont été acquis grâce à la négociation et non la grève. Pour Brigitte Perret, au contraire, c’est l’unité des salariés dans la grève qui a fait plier la direction. « Le succès de cette mobilisation est un bon présage pour les prochains mouvements sociaux », relève-t-elle.

Dans un communiqué envoyé en fin d’après midi le 3 février, la direction annonçait aussi le retour à la normale chez Kronenbourg, et la mise en place d’un dialogue « serein et constructif » sur les conditions de travail.

Un corps en décomposition avancée repêché près du pont Saint-Thomas dimanche 30 janvier

Un corps en décomposition avancée repêché près du pont Saint-Thomas dimanche 30 janvier

Le corps d’un homme a été repêché par les pompiers au niveau du pont Saint-Thomas en fin d’après-midi le dimanche 30 janvier. Une enquête a été ouverte mais la police n’a pas encore réussi à déterminer les circonstances du décès.

« J’ai vu dériver un cadavre hier soir à travers les canaux de la Petite-France. Le fait qu’il ait dérivé lentement sans que personne ne le remarque est une expérience étrange, » indique Vincent. Il était de sortie avec sa famille à Strasbourg dans l’après-midi du dimanche 30 janvier. Pendant que ses deux enfants jouent dans le square des Moulins, le père observe une forme étrange à la surface de l’Ill. Il pense d’abord à « un mannequin, parce que son visage était très gonflé et gris, comme une boule de scotch Gaffer et qu’il portait encore ses lunettes. »

La police finit par se rendre sur place et interroge le père de famille : « Je leur ai montré la vidéo, ils semblaient assez sûrs que c’était un corps qui était resté longtemps dans l’eau. »

Une enquête en cours

Personne ne prête attention au cadavre flottant. Heureusement les enfants sont trop occupés à jouer. Des touristes se prennent en selfie ou photographient les édifices pittoresques de la Petite-France. « Cette scène m’a fait prendre conscience du fait qu’on peut mourir dans l’Ill, estime Vincent, j’ai cherché sur Google ensuite, ce n’est pas la première fois qu’on trouve un cadavre dans l’Ill. »

Commercial de profession, Vincent s’étonne d’avoir été le seul spectateur de ce macabre spectacle : « Il y a des caméras partout, tout le monde filme avec son téléphone, mais plus personne ne voit avec ses yeux… »

Contactés, les pompiers confirment avoir repêché un corps d’une personne d’une soixantaine d’années aux alentours de 17 heures au niveau du pont Saint-Thomas. Dans un mail envoyé dans la matinée du mercredi 2 février, la police confirme qu’une enquête a été ouverte : « Pour l’heure celle-ci n’a pas permis de répondre aux questions que nous aussi nous posons à ce jour. »

Des obsèques plus drôles et plus écolos à Strasbourg ? Le chemin est encore long

Des obsèques plus drôles et plus écolos à Strasbourg ? Le chemin est encore long

L’association strasbourgeoise « Maintenant, l’après » milite pour proposer des obsèques plus éthiques et écolos mais la loi française n’est pas prête.

Le saviez-vous ? Le granit de nos pierres tombales vient de Chine et d’Inde. Saviez-vous aussi que rien, dans la loi, n’oblige à tenir une cérémonie religieuse pour la mort d’un proche, voire une cérémonie tout court ? « Il serait tout à fait possible de commémorer dans les bois, un peu comme un mariage », pointe Mélissa, présidente de l’association Maintenant, l’après.

Fondée en 2019 à Strasbourg, l’association veut tout chambouler dans le secteur funéraire, proposer une alternative plus éthique, plus écologique, d’après les mots de Valentine, une des cofondatrices.

La Coopé de la mort

Leur objectif est de créer une coopérative de service funéraire : des pompes funèbres dont la gouvernance serait partagée (un associé = une voix) afin de proposer d’autres choix aux proches d’une personne décédée, comme l’explique Melissa, une autre cofondatrice :

« Aujourd’hui, quand on doit réaliser des obsèques de proches, le choix est très restreint. On fait une célébration, souvent dans un lieu cultuel, et pour le corps, on enterre ou on incinère, voilà. »

La coopérative proposerait des célébrations en-dehors des lieux de cultes, « où on pourrait passer des larmes au rire », avance Valentine, avec de la musique, des propositions écologiques pour les matériaux (cercueils en carton, urne bio-dégradable), et pour les corps des solutions comme le « compost humain » ou la forêt sanctuaire. Valentine détaille :

« Les méthodes habituelles ont un impact écologique, entre les matériaux qui viennent de loin et l’énergie utilisée pour les fabriquer ou pour brûler le corps et le cercueil. Alors pour des personnes qui ont été vertueuses toute leur vie, être enterrées et entourées de plastique et de produits phyto-sanitaires, ce n’est pas forcément très cohérent ».

Il existe déjà cinq coopératives funéraires en France. À Nantes, par exemple, on peut choisir un cercueil en bois parisien Pirée et un capiton en coton naturel. Ajoutés à toute la prestation classique obsèques, la famille doit alors débourser 3 450 euros, soit bien moins que 4 300€, le prix moyen des obsèques selon la Confédération des professionnels du funéraire et de la marbrerie.

Valentine et Mélissa amènent toujours leur tête de mort mexicaine aux apéros mortels, pour alléger l’ambiance Photo : DL / Rue89 Strasbourg

La loi face aux méthodes radicalement écolos

Le projet strasbourgeois a germé dès 2018 dans l’esprit de personnes éloignées du milieu funéraire, réunies dans la « dynamique » Start-up de territoire. Près de 4 ans plus tard, la concrétisation de la mort écolo à Strasbourg est toujours lointaine, notamment à cause de la législation. La loi n’autorise pas les méthodes les plus écolos, comme le fait qu’un corps devienne du humus, le fameux « compost humain », expliqué par Valentine :

« Il n’y a pas de cercueil, juste un linceul. Le corps est posé sur du broyat et recouvert de copeaux, et se décompose à son rythme. Puis, les restes osseux sont réduits en cendres. C’est ce qu’il y a de plus vertueux et ce qui se rapproche le plus du retour à la terre. »

Valentine, co-fondatrice de Maintenant, l’après, à propos de l’humusation.

La méthode n’est autorisée qu’aux États-Unis, dans l’État de Washington et de l’Oregon. « Nous demandons des espaces dédiés, dans des cadres naturels, pour cette méthode déjà utilisée il y a des milliers d’années », explique Valentine. Mais elle constate que « la société française n’en est pas encore là », à en juger par les réticences autour des forêts cinéraires. Ces parcelles de forêt, dédiées à l’enfouissement d’urnes biodégradables sous un arbre, existent en Allemagne. Melissa en a visité une récemment à Schlingen, dans le Bade-Wurtemberg en Allemagne et vante ses avantages :

« Les arbres où des cendres ont été déposées ne peuvent être coupés, donc cela favorise la biodiversité. Ces bouts de forêt deviennent de fait sanctuarisés. »

Si l’association s’active auprès d’élus locaux pour rendre ces lieux possibles, elle constate des freins dans la réglementation et la culture des institutions :

« En France, les lieux d’inhumation, les jardins du souvenir etc., doivent être des lieux clos. Il n’existe même pas de concession pour une dispersion de cendres dans la forêt. »

Faire accepter le recyclage des dernières demeures

Pour Valentine et Mélissa, un changement des mentalités est nécessaire pour imaginer les obsèques du futur. Designer, Melissa entame une réflexion pour proposer de nouvelles stèles et s’est engagée dans l’association quand elle a réalisé qu’elle finirait « six pieds sous terre avec un bloc gris ou noir posé là ». Elle plaide pour des stèles personnalisées et recyclées. « Car, actuellement, on est en train de dépasser nos ressources en granit. Alors, pourquoi ne pas créer des pierres de synthèse à partir de déchets ? » « Ou tout simplement introduire le réemploi », ajoute Valentine :

« Les stèles dont la concession est terminée pourraient ne pas être jetées mais réutilisées en changeant juste le nom, tout simplement. Mais même ça, c’est encore assez gênant pour la majorité des gens. »

Si elle pointe que certaines communes françaises proposent un catalogue d’objets funéraires d’occasion, elle n’en connaît pas en Alsace. En fait, pour elle, la difficulté de faire émerger des offres alternatives réside dans le monopole de grands groupes de pompes funèbres et de pratiques totalement standardisées sur toute la filière :

« La réglementation funéraire est une chape de plomb pesant sur la créativité. La loi impose une disparition du corps en 6 jours. Les familles pourraient faire la célébration dans les trois semaines suivantes, sans le corps, mais elles le font en général dans ces 6 jours. Avec la sidération, pas facile de faire preuve de créativité. Alors les familles acceptent les propositions basiques. Aussi parce qu’il y a beaucoup de croyances limitantes, les gens ne savent pas ce qui est possible… »

L’association souhaite aussi revaloriser les cimetières et en faire des lieux de vie, qui accueilleraient des visites guidées Photo : Rue89 Strasbourg

Un circuit court du funéraire à bâtir de zéro

D’où leur solution « clé en main » de coopérative, qui pourrait proposer tout un réseau de prestataires locaux. Les fondatrices espéraient débuter leur entreprise en 2021 mais l’irruption du covid a mis un coup d’arrêt aux rencontres. En 2022, l’objectif est de « monter un circuit court du funéraire » explique Valentine :

« Au lieu de venir de Chine, les linceuls pourraient être fabriqués dans les Vosges, par une couturière qu’on a identifiée, ou être remplacés par du linge de maison de la famille. Pour les urnes, nous allons travailler avec une artiste de Benfeld. L’objectif est aussi de proposer des fleurs de saison, qui viennent de France et non des Pays-Bas… »

Elles cherchent aussi des partenaires musiciens et des maîtres de cérémonie, afin d’assurer les célébrations, ainsi que des « doulas de fin de vie », sorte d’accompagnatrices des derniers moments, pour partir sereinement.

Enfin, la coopérative veut proposer des prix « justes, équitables et transparents », intégrer les futurs salariés dans la gouvernance et réinvestir les bénéfices dans le développement des alternatives funéraires.

Jeunes fans de stèles recherchent recrues mortelles

À ce jour cependant, « Maintenant, l’après » ne compte qu’une dizaine de bénévoles, dont plusieurs conseillers funéraires diplômés, mais aussi des retraités, des infirmières et des assistantes sociales… Mélissa glisse que le projet a « cruellement besoin de bénévoles supplémentaires ».

Les jardins du souvenir sont des lieux clos où les cendres peuvent être dispersées. « Maintenant, l’après » milite pour l’ouverture de forêts cinéraires en France. Photo : wikimedia commons

Les deux bénévoles pointent que les autres activités de l’association leur demandent beaucoup de temps et d’énergie : c’est que « Maintenant, l’après » souhaite, plus généralement, ouvrir les débats autour du décès et des obsèques et « briser le tabou sur la mort ».

Depuis 2019, elles organisent les « Rendez-vous mortels » avec des conférences, des visites de cimetières et de forêts sanctuaires en Allemagne. Tous les mois, les « Apéros mortels » réunissent toutes les personnes intéressées pour parler d’un sujet dédié, comme les soins palliatifs ou l’humusation…

Adoptant volontairement un ton et des graphismes plutôt joyeux, les deux bénévoles sont d’avis qu’il faut prendre le temps de réfléchir à ses « obsèques de rêve », et d’en parler en famille. En multipliant ces actions, l’association retarde la création de la coopérative, mais estime qu’elle contribue à faire connaître ses idées, une étape nécessaire pour changer la législation. Mélissa n’a que 27 ans et elle est confiante dans le fait que le sujet peut toucher tout le monde :

« Le grand public n’y pense pas forcément tous les jours, mais quand on parle autour de nous des absurdités du marché et des alternatives possibles, les gens se sentent concernés. Je pense qu’ils sont prêts. »