ÉquiNote, une compagnie de cirque-théâtre-équestre strasbourgeoise, a choisi d’annuler ses représentations au jardin des Deux-Rives plutôt que d’avoir à filtrer le public en utilisant le pass sanitaire. La petite équipe s’en explique dans ce texte et appelle d’autres compagnies et acteurs culturels à les rejoindre.
Nous, la Cie ÉquiNote, sommes une compagnie de cirque-théâtre-équestre strasbourgeoise, portée par l’Association Sur un air de Terre, et rassemblant une équipe de 10 personnes et 7 chevaux, ainsi que 3 chapiteaux : une écurie, un chapiteau accueil, un chapiteau spectacle avec un gradin de 400 places. Nous sommes soutenus par le ministère de la Culture, la Drac Grand Est, la Région Grand Est et la Ville de Strasbourg.
Notre tournée aurait dû débuter à Strasbourg en avril 2021, mais en raison de la crise sanitaire, les représentations strasbourgeoises ont été reprogrammées du 20 juillet au 1er août 2021, 10 rendez-vous de notre nouveau spectacle « Avant la Nuit d’après », pour 6 artistes, 2 techniciens, 6 chevaux et 1 chien.
ÉquiNote refuse de filtrer son public Photo : Vladimir Lutz / doc remis
Installés au Jardin des Deux-Rives, nous avons monté nos trois chapiteaux, après deux jours de montage à 15 personnes. Nous étions très heureux de pouvoir renouer avec le public strasbourgeois, reprendre les spectacles après un an et demi d’attente et autant d’incertitudes sur l’avenir de notre métier (8 dates maintenues en 2020 sur 35 prévues).
Une décision prise sans concertation
Mais voilà qu’après 4 représentations, nous apprenons la mise en place du pass sanitaire pour le public par décision du président de la République, une décision prise sans aucune concertation avec les professionnels. L’annonce nous oblige à contrôler l’identité et la situation sanitaire de chaque personne qui se présentera à l’entrée du chapiteau, et d’en interdire l’accès à quiconque n’aura pas son pass en règle, sous peine d’une sanction pénale très dissuasive.
Ces nouvelles mesures ont créé une forte incompréhension, un grand désarroi, de la tristesse, de la colère et beaucoup de réflexions et de discussions au sein de l’équipe ainsi que pour les membres du conseil d’administration de l’association, parmi celles-ci :
À quel titre et avec quelle légitimité allons-nous, en tant que simples citoyens, demander à un autre citoyen de nous présenter ses papiers d’identité et de nous communiquer des éléments personnels sur sa santé ? Devons-nous refuser l’accès à la culture à certaines personnes, alors que nous considérons que la culture est un droit pour tous ? Devons-nous commencer à nous contrôler entre nous, membres de l’équipe ? Et puis, d’ailleurs, de façon purement pratique, comment mettre en place un tel système de contrôle ? Nous ne sommes pas assez nombreux pour gérer ça. Embaucher alors mais qui ? Des policiers ? Un service de sécurité ? Avec quel budget ?
La compagnie a préféré annuler ses six dernières représentations Photo : Vladimir Lutz / doc remis
Nous respections toutes les règles sanitaires
Nous respectons déjà toutes les mesures barrières, nous avons imposé le port du masque et la distanciation sociale.
La soudaine mise en place de ce pass sanitaire a freiné le rythme des réservations et nous recevons beaucoup d’appels et de questions à ce sujet. En pleine relance du secteur de la culture, voici les professionnels face à une nouvelle difficulté. Dans notre cas, la survie de notre cirque-théâtre-équestre est engagée.
Le coup est rude pour notre équipe artistique. Nous restons attentifs et à l’écoute des besoins individuels et de ceux du groupe. Nous essayons de ne pas nous laisser diviser par ces mesures, mais nous craignons la mise à mal de nos projets communs. Nous ne sommes pas opposés à la vaccination mais nous considérons que l’accès à la culture est un droit pour tous et nous sommes très soucieux :
de la liberté et du respect de chacun, de rester à notre place dans notre mission artistique et d’en préserver le sens, de préserver la qualité de notre relation avec notre public, de préserver la cohésion au sein de notre équipe et la pérennité de notre projet.
C’est pourquoi, avec beaucoup de tristesse, nous avons choisi d’annuler les 6 dernières représentations au Jardin des Deux-Rives. Il s’agissait de la seule option qu’il nous restait, la seule décision que nous puissions prendre en accord avec nos valeurs de partage, d’égalité, et de liberté.
Suite à des propos incitant les citoyens à faire le siège des permanences des députés, Martine Wonner a été exclue du groupe qu’elle avait co-fondé à l’Assemblée Nationale. Le Monde lui consacre un long article, revenant sur l’itinéraire oblique de cette députée du Bas-Rhin, qui a débuté avec En Marche pour finir par défiler avec Florian Philippot contre les vaccins et le pass sanitaire.
Martine Wonner a vite été en décalage avec le gouvernement, elle s’est notamment opposée à la construction du GCO, l’autoroute privée de contournement de Strasbourg. Mais Le Monde note une bascule, lorsque Martine Wonner a, dès le début de la crise sanitaire, « accumulé les contre-vérités sur l’hydroxychloroquine, les vaccins à ARN messager, les masques ou la gravité de l’épidémie. Ces positions lui ont valu de devenir l’une des figures des sphères covidosceptiques et complotistes. »
France Soir, Sud Radio…
Les Décodeurs, la mini-rédaction en charge des vérifications factuelles du Monde, rappellent que Martine Wonner a pris position en faveur de l’hydroxychloroquine contre la Covid-19, avec son collectif Laissons les médecins prescrire sans qu’il ait été démontré l’efficacité du traitement. Une position qui, remarque le quotidien, séduit au sein de sphères covidosceptiques et complotistes.
Elle se tourne alors vers des médias qui vont dans son sens, à commencer par Sud Radio et FranceSoir : deux médias relais des covidosceptiques, voire des théories complotistes. Elle s’associe en parallèle au meilleur du pire sur Internet, comme lorsqu’elle s’entretient avec le Strasbourgeois Silvano Trotta, banni de YouTube, Twitter et Facebook pour ses propos conspirationnistes.
Étudiant albanais à l’Université de Strasbourg, Klajdi Mirashi s’est vu refusé sa demande d’asile. Espérant un titre de séjour étudiant, son quotidien est constamment menacé par la possibilité d’une expulsion.
« Depuis le début, c’est compliqué… » Au dernier étage d’un immeuble de Cronenbourg, Klajdi Mirashi raconte son quotidien d’étudiant étranger, sans papier, à Strasbourg. Arrivé d’Albanie en 2015 avec ses parents et ses deux frères d’Albanie, ils se sont vus refuser le statut de réfugiés en 2018 et en 2021. Mais entre temps, Klajdi a appris le français, langue qu’il maîtrise parfaitement. Il a passé son bac et a obtenu une place au sein de la filière Sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps), très sélective, de l’Université de Strasbourg. Il se destine au métier de préparateur physique pour une équipe sportive.
Derrière le jeune homme au physique athlétique, ses parents sont assis sur un canapé en coin. Ils ont tous les deux le regard dans le vide. Ainé d’une fratrie de trois garçons, le jeune homme de 21 ans reste optimiste. Rester droit, garder espoir, c’est aussi une façon de protéger ses petits frères de 10 et 18 ans : « On essaye de les épargner mais ils sentent bien l’ambiance lourde à chaque rejet de la préfecture… »
Klajdi Mirashi, étudiant sans papier. Au second plan, ses parents. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
« Je n’ai aucun droit »
Étudiant en deuxième année, Klajdi Mirashi a toujours voulu « mettre les chances de [s]on côté et montrer [s]a bonne volonté ». Il dispose déjà d’un brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur (Bafa) et se forme pour devenir directeur de centre aéré ou de colonie de vacances. Footballeur, Kladji entrainait en 2021 l’équipe de foot U9 d’Illkirch-Graffenstaden. Dès la rentrée, il s’occupera de l’équipe des jeunes de moins de 13 ans.
En tant qu’étudiant, Klajdi pourrait obtenir un titre de séjour, lié à la poursuite de ses études. Dans sa demande, le jeune homme a joint une lettre de soutien de l’association Caritas, qui décrit son engagement au sein de la structure.
Bien occupé, Kladji Mirashi en oublie presque sa situation, « surtout quand je travaille comme bénévole en colonie de vacances. » Mais la vie quotidienne d’un étudiant sans papier le rappelle vite à la réalité :
« Même ma pièce d’identité albanaise est périmée. Je n’ai pas de statut donc je n’ai pas le droit de travailler, tout comme mes parents. Je ne peux pas passer le permis de conduire. À chaque fois que je dois me déplacer, c’est un stress… Je ne peux pas demander de bourse non plus. En fait, je n’ai aucun droit. C’est dur de se dire que le pays où je me forme et où je passe tout mon temps ne veut pas de moi. »
Le soutien d’un professeur et de la cellule dédiée
Pour son avenir, Klajdi Mirashi ne se voit pas ailleurs qu’en France : « Je suis ici depuis que j’ai 15 ans… C’est ici que j’ai mes amis, mes habitudes, mon réseau. C’est pour ça que l’on aimerait rester ici. » L’étudiant ne préfère pas s’étendre sur son pays d’origine. Il évoque simplement « une justice corrompue » et des menaces : « Ma famille était en danger en Albanie. »
Dans ce quotidien difficile, Klajdi peut compter sur l’aide de son professeur de sociologie, Michel Koebel, également coordinateur de la cellule de veille et d’alerte pour les étudiants internationaux. Pendant le confinement, l’enseignant s’est enquis des besoins de ses étudiants. Le jeune d’origine albanaise a alors envoyé un mail, pour lui faire part de sa situation. Il se souvient avoir reçu une réponse dans la journée. Depuis, Michel Koebel sert d’intermédiaire auprès de la préfecture, à chaque étape du processus de régularisation.
Doublement des dossiers en attente
En 2021, la cellule de soutien aux étudiants étrangers croule sous les appels à l’aide. Membre de ce groupe depuis 10 ans, Michel Koebel se souvient des années précédentes, « on avait six ou sept cas à suivre et on obtenait la régularisation de deux à quatre personnes. » Mais en 2021, le professeur de sociologie estime que 20 étudiants étrangers sont dans une situation similaire à celle de Klajdi, soit en tant que demandeurs d’asile, soit en attente d’un titre de séjour.
Deux étudiantes seulement ont obtenu satisfaction en 2021. Michel Koebel décrit leur profil :
« Il y a d’abord, une femme originaire du Tchad, que sa famille a voulu marier de force et qui a fui le mariage forcé. L’autre personne a été régularisée avec ses enfants en bas-âge et son mari qui était meneur d’une organisation d’opposition dans son pays. »
« Tous les dossiers que l’on porte auprès de la préfecture sont aussi défendables (que les deux cas cités plus haut, ndlr), à la fois sur le plan humanitaire comme sur le plan de la réussite », avance Michel Koebel.
Rapport de force délicat avec la préfecture
Mais selon le professeur de sociologie, et d’autres personnels de l’Université impliqués dans le soutien aux étudiants étrangers, la préfecture est de plus en plus sourde à leurs revendications :
« On a l’impression d’être dans un rapport de force du type “syndicat / patronat”, où la préfète nous donnerait satisfaction sur deux dossiers pour nous calmer. On ne comprend pas leur logique. Ils ne prennent plus en compte le côté humanitaire des situations présentées. »
Dans une lettre ouverte datée du 5 juillet, le syndicat des enseignants du supérieur (Snesup-FSU) de l’Université de Strasbourg a dénoncé :
« Le Snesup-FSU invite l’administration préfectorale à faire preuve de plus de diligence dans le traitement des demandes de cartes de séjour étudiant, à plus d’attention au soutien pédagogique manifesté par la communauté universitaire et à plus de discernement dans la prise en compte des situations humanitaires. La politique du chiffre dans la délivrance des OQTF (Obligation de quitter le territoire français) n’est pas compatible avec nos traditions universitaires et les valeurs d’accueil et de protection des étudiants étrangers. »
Contactée, la préfecture n’a pas donné suite à notre demande d’informations complémentaires.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Haykal Rezgui Raouaji et son épouse ont obtenu leur mutation après avoir vécu un calvaire à Strasbourg. Dénonçant le racisme de ses collègues, la demande du brigadier de police avait été rejetée. Il avait porté plainte pour racisme, harcèlement et discrimination en septembre 2020.
La fin d’un calvaire pour les époux Rezgui Raouaji. Lundi 12 juillet, le brigadier de police Haykal Rezgui Raouaji apprend que sa demande de mutation a été acceptée, de même que celle de sa femme. Le couple de policiers est donc dans les cartons cet été. Ils feront leur rentrée dans le Sud Ouest de la France, bien loin de leur douloureuse expérience strasbourgeoise. Haykal Rezgui Raouaji a subi le racisme d’une partie de ses collègues pendant plus d’un an. Et les alertes auprès de sa hiérarchie n’ont rien changé. Pire : sa femme, aussi policière, a subi des représailles lorsque le brigadier de police a dénoncé les agissements des xénophobes de sa brigade (lire notre enquête).
Haykal Rezgui Raouaji, brigadier de police strasbourgeois. Dénonçant le racisme dans son unité, il a porté plainte en septembre 2020. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Un avis défavorable à la mutation en juillet 2020
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
À Strasbourg, les opposants au pass sanitaire organisent une nouvelle manifestation place Kléber jeudi soir, alors que le Parlement a voté dimanche son extension.
Alors que le Parlement a voté dimanche en faveur d’une extension du pass sanitaire, la mobilisation contre ce dispositif de filtrage entre personnes vaccinées et les autres continue. Pour la sixième manifestation en un mois à Strasbourg, les opposants appellent à se rassembler jeudi 29 juillet de 18h à 20h30, place Kléber. Pas de cortège cette fois, mais une manifestation statique avec des prises de parole.
Samedi 24 juillet, le même collectif d’organisations était parvenu à mobiliser plus 4 000 personnes à Strasbourg, pour un défilé entre la place Kléber et de la République. Ces manifestants s’opposent à l’extension du pass sanitaire et à l’obligation vaccinale pour les soignants, ils ne sont pas tous opposés aux vaccins.
Toma Gric, délégué CGT et Gilet jaune, anime le débat lors de la manifestation du mercredi 21 juillet. (photo GK / Rue89 Strasbourg / cc).
Pas de licenciement pour les travailleurs non vaccinés mais une suspension de salaire
Dimanche, sénateurs et députés réunis en commission mixte paritaire sont revenus sur le licenciement pour des personnes qui ne respecteraient pas l’obligation vaccinale ou un pass sanitaire obligatoire du fait de leur profession. Il s’agissait d’une revendication importante des opposants. Le Parlement a opté pour une mise en congé, puis un congé sans solde pendant deux mois contre ceux les soignants qui refuseraient de se faire vacciner, mais aussi contre des salariés des lieux soumis au pass sanitaire, comme les théâtres, cinémas ou les bars et les restaurants…
Le 16 juin, Amazon a annoncé un service de livraison en moins de deux heures à Strasbourg en vélos électriques. Dans les faits, des produits alimentaires du Monoprix de Neudorf sont livrés en camionnette en moins de trois heures par une cascade de sous-traitants.
Une livraison en moins de deux heures en vélo électrique. C’était la promesse faite par Amazon le 16 juin lorsque la multinationale de la distribution a lancé à Strasbourg son service de livraison rapide, réservé à ses abonnés Amazon Prime. Ce dispositif permet aux habitants de 27 communes de l’Eurométropole (dont Schiltigheim, Illkirch-Graffenstaden, Bischheim et Hœnheim) de se faire livrer entre 14 et 22 heures une sélection d’environ 6 300 références, dont 1 600 articles de marques propres à Monoprix. Ces produits vont de « l’alimentaire (épicerie, produits frais, fruits et légumes, crèmerie…) aux produits d’hygiène et de beauté, en passant par les produits d’entretien de la maison ». La livraison est facturée 3,90€ mais elle est gratuite à partir de 60€ d’achats.
4 – 5 livraisons par créneau de deux heures
Dans ce partenariat avec Monoprix, Amazon se charge de la livraison et de la logistique tandis que Monoprix assure la disponibilité des produits et leur stockage. La multinationale promet dans ses publicités « un service de livraison ultra-rapide. » Rue89 Strasbourg a donc voulu en vérifier l’efficacité. Première étape, se créer un compte Amazon Prime. L’abonnement coûte 49 euros par an et permet à Amazon de fidéliser sa clientèle, peu encline à commander ailleurs ensuite. Pratique.
Une fois la commande passée, il faut sélectionner un créneau de livraison. Lorsque nous avons voulu commander vers 15h, lundi 19 juillet, il ne restait qu’un créneau de 18h à 20h. Nous avons finalement commandéle lendemain matin, vers 10h, mais plusieurs créneaux étaient indisponibles et nous avons été livrés vers 16h30. Laura Auvray, directrice alimentaire ultra-rapide pour Amazon France, reconnaît :
« La disponibilité des créneaux entre 14 et 22 heures peut varier et ils peuvent effectivement se remplir rapidement. Dans un créneau de 2 heures, le livreur effectue 4 à 5 livraisons. »
À Strasbourg, Amazon s’appuie sur le Monoprix du Neudorf, situé rue Fix. Les commandes sont préparées dans un petit local séparé du magasin, par des salariés du supermarché. Les sacs aux logos d’Amazon sont placés sur une étagère où des livreurs viennent les chercher. Les commandes sont ensuite acheminées dans 28 communes de l’Eurométropole de Strasbourg.
Les commandes Amazon Prime sont préparées dans le local du Monoprix Neudorf, où les livreurs viennent ensuite les chercher. Photo : Rue89 Strasbourg
Sous-traitants en cascade
Plusieurs sous-traitants d’Amazon se chargent d’effectuer ces livraisons. Laura Auvray affirme que la multinationale travaille avec trois entreprises : Top Chrono, Paack et Stars Service et affirme avoir « créé 200 emplois au niveau national » pour la livraison rapide. Ces trois entreprises emploient des centaines voire des milliers d’employés, pour certaines à l’international.
Mais lorsque la commande de Rue89 Strasbourg est arrivée, son livreur, Baha (prénom modifié, ndlr) indique travailler pour une autre société : Course 7. Cette dernière est en fait sous-traitante de Top Chrono. Basée à Aubervilliers et employant une quarantaine de salariés, Course 7 s’est implantée à Strasbourg, avec ce marché de livraison.
Conducteur d’un véhicule utilitaire sans marque apparente, Baha indique être payé 8,50 euros nets de l’heure, soit un tout petit peu plus que le minimum légal (8,11€ nets de l’heure).
La société Course7 s’occupe de livrer la commande Amazon Prime en camionnette le 20 juillet. Photo : Marine Dumény / Rue89 Strasbourg / cc
Contacté, le gérant de Course 7, Malik Rahou, détaille :
« Amazon réserve des créneaux de livraison, à nous ensuite d’y répondre. Mais ils ont un système appelé “forecast”, très précis qui permet d’établir des prévisions et d’employer des salariés à temps plein. Ils sont 4, dont 3 de Strasbourg, payés au Smic avec leurs primes et un panier repas. Pour l’instant, le service de livraison rapide est encore balbutiant mais il permet notre implantation en Alsace. Notre objectif est de trouver d’autres clients pour établir une base logistique. »
Des vélos-cargos électriques encore très discrets
Dans ses communiqués de presse, Amazon indique que ces livraisons rapides sont réalisées en vélos-cargos à assistance électrique. Rien de tel dans notre test, puisque Baha est venue au volant d’un véhicule utilitaire Dacia, à propulsion thermique et immatriculé dans la Seine Saint-Denis. Elane, un habitant de Furdenheim qui a utilisé quatre fois le service de livraison rapide, témoigne d’une « livraison effectuée par une camionnette à chaque fois. »
Interrogée sur ce point, Laura Auvray admet que la livraison à vélo sera pour plus tard :
« Nous sommes encore dans une phase de rodage mais nous avons prévu de passer au 100% électrique très prochainement. Il faut prendre en compte la contrainte des infrastructures dans certaines communes. Nous ne pourrons peut-être pas tout livrer en vélo électrique car il n’est pas possible d’emprunter une voie rapide avec ce moyen de transport. »
Difficile transition vers l’électrique
Quentin Dampierre, directeur général adjoint de Top Chrono, titulaire du marché strasbourgeois pour Amazon, confirme :
« Notre société a déjà entamé une transition vers l’électrique et nous sommes en capacité d’assurer ce service à Strasbourg. C’est une problématique complexe car j’ai déjà un parc de 500 véhicules, qui pour certains sont récents. Je ne peux pas opérer cette transition en un claquement de doigts. C’est devenu une exigence sociétale et c’est pour cela qu’on fait un test pilote à Strasbourg. »
De son côté, Malik Rahou, qui assure ce service pour Top Chrono, promet que deux vélos-cargos électriques sont déjà déployés à Strasbourg :
« On démarre avec ces deux unités puis on devrait rapidement en avoir quatre, comme à Bordeaux. C’est pour ça que Course 7 a été choisie, nous nous spécialisons dans les livraisons à domicile en véhicules électriques. »
Autre difficulté pour les entreprises de livraison à Strasbourg : l’installation de bornes de recharge électrique. Car le foncier manque dans la capitale alsacienne pour accueillir l’infrastructure nécessaire au développement de la voiture électrique. Certains sous-traitants spécialisés dans la logistique ont a dû renoncer à Strasbourg pour installer ou louer ces équipements dans les communes voisines, comme Illkirch-Graffenstaden.
Fin 2018, la municipalité obtenait un Prix spécial du jury des Trophées des territoires électromobiles en promettant d’installer 200 bornes de recharge supplémentaires d’ici la fin de l’année suivante. Mais un an plus tard, aucune nouvelle borne n’avait été installée dans l’agglomération.
Amazon ne compte pas s’arrêter là. Fidèle à sa stratégie qui consiste à assécher le marché pour empêcher tout concurrent de se développer, la multinationale prévoit déjà d’étendre ce service de livraison rapide dans d’autres communes de la région Grand Est, en s’appuyant cette fois sur un partenariat avec Casino. Environ 200 points de collecte seront proposés aux habitants de zones moins denses que les métropoles.
De nombreux scientifiques estiment que le risque d’inondation augmente dans certaines régions, à cause du dérèglement climatique. Entre les Vosges et le Rhin, l’Alsace est particulièrement concernée. Mais dans certaines zones rurales, les élus rechignent à mettre en place des mesures de prévention.
« À cause du changement climatique, on aura plus de risques de crues et donc d’inondations », annonce Philippe Ackerer, implacable. Directeur de recherche au CNRS, il travaille sur les prévisions à long terme de débit dans les cours d’eau en Alsace. Daniel Reininger, pilote du réseau eau d’Alsace Nature et chef de service retraité de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (ONEMA), renchérit : « Cet aléa doit être impérativement pris en compte dans l’aménagement du territoire. »
Avec l’augmentation du débit d’eau, les rivières et les fleuves sont en crue et peuvent sortir de leur lit. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)Photo : TV / Rue89 Strasbourg
Inondations en Allemagne : « En Alsace, on a eu de la chance »
« Le dérèglement climatique implique des phénomènes que nous ne connaissons pas. Alors il faut être humble et appliquer le principe de précaution, en adaptant les aménagements. Comme le préconise le plan de gestion des risques d’inondation (PGRI) Rhin Meuse, il faut recréer des zones inondables naturelles qui font effet tampon et libèrent l’eau progressivement. Certaines digues doivent être repensées pour que les rivières et canaux s’écoulent moins vite. Les nouvelles zones constructibles nécessitent d’être à distance des aires à risques. En amont des habitations, on préconise les prairies au lieu des champs de maïs, qui favorisent le ruissellement de l’eau en raison de leur faible couverture végétale. »
Le sol d’un champ de maïs est favorable au ruissellement. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Élus en zones à risque mais contre le plan de prévention
Mais les élus locaux ne sont pas toujours de cet avis. Par exemple, le 30 juin, le conseil municipal de Saint-Amarin, dans le sud du Haut-Rhin, s’est prononcé contre le PGRI, estimant « qu’il rend impossible le développement de la commune ». Même chose à Ensisheim le 29 mai, à Ostheim le 4 juin ou encore Rouffach le 22 juin. « Cette vision est très court-termiste », juge Daniel Reininger :
« Souvent, les élus veulent avoir le maximum de surface pour les cultures, le développement économique et les zones constructibles. Donc ils font en sorte que les cours d’eau prennent le moins de place possible, et évitent d’installer des zones naturelles inondables. C’est cet environnement artificialisé qui favorise les crues ingérables. »
En 2016, d’importantes pluies avaient provoqué une inondation à Lochwiller (Photo Alain Philippot).
Plus de crues en hiver à cause du changement climatique
Justement, selon les études du chercheur Philippe Ackerer, « à moyen-long terme, les crues seront probablement plus importantes dans ces villages aux abords des Vosges » :
« Elles sont causées par une forte arrivée d’eau sur une période courte. Aujourd’hui, en hiver, l’eau tombe sous forme de neige dans les Vosges. Elle ruisselle ensuite progressivement, au rythme de la fonte. D’ici 2050 à 2100, il n’y aura quasiment plus de neige en hiver. Les nombreuses précipitations de la saison froide tomberont sous forme de pluie, iront massivement dans les cours d’eau, et provoqueront des crues plus ou moins importantes. Il faudra composer avec. »
Philippe Ackerer, directeur de recherche au CNRS, spécialiste des prévisions de débit des cours d’eau en Alsace
Aussi, des scientifiques et météorologues estiment que les épisodes de fortes précipitations – y compris en été –, susceptibles de causer des inondations, comme le phénomène de la goutte froide qui a provoqué la catastrophe en Allemagne et en Belgique, seront plus fréquents à cause de l’évolution du climat. Parallèlement, il y aura aussi des périodes de sécheresse.
Le Rhin est sorti de son lit à Kehl le 17 juillet 2021, dans la zone inondable du Jardin des Deux Rives. Photo : remise
L’Eurométropole s’affirme armée contre les crues
À Strasbourg, les responsables politiques semblent plus prudents. Thierry Schaal, vice-président de l’Eurométropole, en charge notamment de la prévention des inondations, se dit en accord avec les principes du PGRI :
« Nous avons en mémoire la crue de la rivière de la Bruche de 1983 qui a causé une grosse inondation à Holtzheim. Depuis, les digues ont été renforcées et sont surveillées. Aujourd’hui, des stations de relevés des niveaux d’eau contrôlent les crues aux abords de Strasbourg. Nous avons aussi, dans les zones à risque, un système d’alerte téléphonique nommé Vigicrue : les personnes inscrites reçoivent un appel téléphonique quelques heures avant les crues que nous pouvons anticiper. Et nous sommes favorables à la restauration de zones inondables. »
Mais le vice-président de l’Eurométropole rappelle que « le risque zéro n’existe pas » et des volumes de précipitations comme ceux observés en Allemagne auraient causé des inondations dramatiques à Strasbourg. « Mais la topographie plate des alentours de la capitale alsacienne couplée à la vigilance des services concernés limitent le danger », expose-t-il.
Le débit du Rhin a quadruplé aux alentours du 16 juillet au Jardin des Deux-Rives. (Photo remise / Rue89 Strasbourg / cc)Photo : Photo remise
Le Rhin bien aménagé d’après la VNF
Le Rhin, quant à lui, « est doté d’aménagements de prévention très performants » selon Vincent Steiner, directeur de l’unité territoriale de Voies Navigables de France (VNF) à Strasbourg :
« En général, on est à 1 000 mètres-cube par seconde (m3/s) à Strasbourg. Le 17 juillet, on a relevé 4 000 m3/s, le débit a quadruplé. Nous avons un protocole de mise en place de dispositifs qui absorbent les crues, au fur et à mesure de l’augmentation du débit. Lors de ce dernier épisode de pluie, nous avons inondé le polder d’Erstein et l’île du Rohrschollen. Nous pouvions encore utiliser de nombreux autres ouvrages. Le suivant aurait été le polder de Saint-Louis, plus en amont, mais la crue n’était pas suffisante pour l’alimenter. »
Les risques d’inondation dépendent largement des aménagements prévus Photo : Carte Raphaël Da Silva / Rue89 Strasbourg / cc
Les aménagements autour du Rhin sont prévus pour résister « à un débit de plus de 8 000 m3/seconde », explique Vincent Steiner. De tels niveaux n’ont jamais été mesurés, « ils sont très improbables », assure-t-il. En Alsace, le seul endroit où le Rhin est moins aménagé se situe aux alentours de Roppenheim. Le salarié de VNF assure qu’une équipe d’astreinte surveille cette zone 24h/24 pendant les jours de forte crue. Plus généralement, les digues du Rhin sont contrôlées par des professionnels toutes les semaines. « Grâce à des capteurs de chaleur, les éventuels débuts de fuite sont immédiatement détectés et traités », ajoute-t-il.
L’île du Rohrschollen est une zone inondable qui permet d’absorber de l’eau et de limiter les crues. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Contactés par Rue89 Strasbourg, les services de l’État responsables de la surveillance des crues et de la prévention des inondations n’ont pas été autorisés à communiquer par la préfecture.
L’association Lupovino, en partenariat avec la photographe Jeannette Gregori et l’artiste Django Ettori, publie l’ouvrage : « Des caravanes aux pavillons ». Un des rares écrits sur la communauté du voyage. Entre ses pages, à l’esthétique travaillée, il retrace la mue du quartier du Polygone. Et plus particulièrement, la mémoire des familles de la rue de l’Aéropostale, à Strasbourg.
Rue de l’Aéropostale, les pavillons se suivent, les uns à côté des autres. Tous semblables. Tous clôturés. Rue des violonistes, des accordéonistes, des luthiers, des harpistes, etc. Elles quadrillent le quartier qui mène jusqu’au local de Lupovino. Implantée depuis 1995, et née de la volonté de bénévoles et d’habitants de l’ancien terrain vague de donner une voix au Polygone, l’association est à l’origine de la publication de ce recueil de témoignages.
Marie Amalfitano revient sur la création de l’association :
« Lupovino est née d’une nécessité. Les familles avaient été oubliées sur le terrain, et entourées d’un vocabulaire extrêmement péjoratif. Il a fallu plus de dix ans pour régler les problèmes liés à l’électricité et à l’eau. Nous avons développé l’association, effectué la médiation avec la Ville de Strasbourg. En 2000, elle le déclare insalubre. Après pas mal de hauts et de bas, les travaux ont finalement pu débuter en 2008, en gardant les familles sur place. »
Des caravanes aux pavillons – 1ère et 4ème de couverture du livre édité par Lupovino avec le soutien de la FNASAT (association des Gens du Voyage). Témoignages recueillis par Marie Amalfitano et Eric Faure, photographies par Jeannette Gregori et dessins par Django Ettori (photo MD / Rue89 Strasbourg / cc).
Un livre pour se souvenir
En parallèle de leur activité associative (soutien scolaire, activités, etc), quelques membres de Lupovino ont donc décidé de se lancer dans l’édition. Projet qui aura mis quatre ans à voir le jour. Ses auteurs, proches des familles du quartier, ont pris soin de les tenir au courant, à chaque étape, des modifications apportées à la maquette. Marie Amalfitano, ancienne directrice de Lupovino aujourd’hui retraitée, et Eric Faure, ancien directeur de l’école primaire du quartier, font partie des fondateurs de l’association et sont donc porteurs de ce projet de livre. Jeannette Gregori et Django Ettori, artistes, respectivement photographe primée (notamment en photojournalisme) et peintre, y ont par la suite été associés. L’écrit est pour la communauté tsigane une barrière. Leur tradition, essentiellement orale, fait de l’ouvrage une rareté.
Alors justement, pour garder une trace, pour les générations futures, pour ne pas oublier, cet ouvrage a vu le jour. Les photographies de Jeannette Gregori, les témoignages recueillis par Marie Amalfitano et Eric Faure, et les portraits dessinés au peigne par Django Ettori s’entrelacent pour donner une voix au Polygone. D’autant qu’une grande nostalgie persiste. Dans l’un des pavillons, en bordure de rue, Koiros, fait partie des premiers membres de Lupovino. Il réside sur le terrain avec sa famille depuis les années 70 et témoigne de la mue du quartier :
« Notre terrain était propre, pas insalubre, nous avions notre maison, notre organisation avec nos caravanes. Et même un four à pizza ! L’espace était ouvert, pas contraint comme maintenant. Le livre est beau, on le trouve bien, et il montre comment c’était. Il explique aussi pourquoi il y a cette nostalgie et les problèmes posés par les changements. »
Koiros a participé à la naissance de Lupovino. Il est l’un des témoins interrogés dans le livre Des caravanes aux pavillons.
Koiros, habitant du Polygone, tient le livre contenant son témoignage sur la mue du quartier : « Des caravanes aux pavillons », publié par l’association Lupovino (photo MD / Rue89 Strasbourg / cc).
La photographe strasbourgeoise Jeannette Gregori, dont les œuvres illustrent les témoignages, souhaite que son travail soit utile à la communauté Tsigane. Elle travaille de longue date avec celle-ci et connaît les problématiques qui leurs sont propres.
« La raison d’être de ce livre, c’est de laisser des traces mémorielles, c’est un pan de la culture tsigane important qui s’est effondré avec leur habitat. Qui se souviendra de ce quartier si singulier, riche de par sa culture, sa tradition du voyage, ses valeurs? Ce livre est là pour nous le rappeler. »
Jeannette Gregori, photographe spécialiste de la communauté tsigane.
Waou, habitant du Polygone, témoigne également dans l’ouvrage. Le voici devant son abri de jardin, monté de ses mains, avant les pavillons (photographie Jeannette Gregori / cc).
Outre l’aspect mémoriel, Eric Faure espère que l’ouvrage aura un effet bénéfique sur le quartier :
« Le livre existe aussi pour que le quartier s’ouvre, que des artistes aient envie d’y venir, que le vocabulaire autour de ses habitants évolue. Nous souhaitons combattre les préjugés. Il faut que les gens du Polygone puissent faire la paix avec leur vie d’avant, et s’approprier leur nouvel environnement »
Eric Faure, ancien directeur de l’école primaire du quartier et membre fondateur de Lupovino a participé au recueil des témoignages et à la confection de l’ouvrage.
Inadapté aux besoins de ses habitants, le nouveau Polygone doit évoluer
Un environnement achevé en 2017 qui ne satisfait toujours pas la population à laquelle il était destiné. L’organisation architecturale des lieux, pensée en carrés pavillonnaires, ne correspond pas au mode de vie de la communauté du voyage et freine son fonctionnement social. Le livre met en lumière cet aspect, et le dénonce.
« La route est très passante et donc dangereuse pour les enfants, qui ne peuvent pas jouer dehors comme avant. Et avec toutes ces clôtures, il n’y a aucun lieu où nous réunir. »
Koiros
Des caravanes aux pavillons – Lupovino – Auparavant terrain vague et sans barrières, adapté aux mouvements des caravanes qui rythmaient la vie des familles, le Polygone est aujourd’hui une succession de pavillons identiques, sans âme (photo MD / Rue89 Strasbourg / cc).
L’aspect familial de l’organisation de cette communauté est également très fort. En fonction des affinités et des moments de vie, les résidents déplacent en effet leur caravane : d’un mariage à une dispute, les familles se rapprochent ou s’évitent au gré des évènements. La rigidité des pavillons casse cette dynamique. Marie Amalfitano faisait partie de la médiation avec la Ville lors de l’élaboration du plan d’urbanisation :
« On a essayé d’être au plus proche de leurs attentes… mais avec ce quadrillage en rue ce n’était pas évident. La difficulté, c’est que même si ces familles se côtoient depuis des années, elles étaient mobiles. À partir du moment où elles sont rentrées dans une maison, elles se sentent coincées. »
Marie Amalfitano
Un manifeste contre l’oubli
« Des caravanes aux pavillons » se classe dans la catégorie des Beaux Livres. Néanmoins, il ne se résume pas à son visuel. Lutter contre les préjugés, et ne pas oublier les habitants : le Polygone use de sa voix et en fait une œuvre politique engagée. D’autant que la transformation du terrain, présentée dans l’ouvrage, était déjà intervenue après plus de 30 ans d’occupation des lieux. Il s’agit donc de ne pas répéter les mêmes erreurs.Sa vocation est de rappeler au bon souvenir de l’Eurométropole un quartier mis de côté depuis trop longtemps. Pour que trente années d’oubli supplémentaires ne viennent pas fragiliser un peu plus les familles de la rue de l’Aéropostale.
Des caravanes aux pavillons – Lupovino – Les témoignages se succèdent, et permettent d’appréhender au mieux la réalité et le quotidien de ces familles (photo MD / Rue89 Strasbourg / cc).
Après un peu plus de quatre années de vie dans leurs nouvelles maisons, les habitants du quartier continuent de constater l’apparition de malfaçons. Celles-ci ne sont prises en considération que tardivement par le bailleur : chauffe-eau en panne pendant six mois, sol de cuisine inondé durant une année entière avant une intervention… Éric Faure souhaite une prise de conscience de la Ville :
« Je compte sur la tradition humaniste de Strasbourg, pour que les problèmes structurels soient réglés ».
Eric Faure
Jeannette Gregori, qui a discuté avec les familles à l’occasion de la sortie du livre, exprime un engagement plus marqué :
« Un plus grand suivi mériterait d’être assuré au niveau des maisons. Il y a une nécessité de réaménager un environnement naturel (parcs, végétation) et des terrains de jeux pour les enfants. J’espère que « Des caravanes aux pavillons » interpellera la Ville de Strasbourg, afin que ces familles ne soient ni stigmatisées, ni oubliées. »
Jeannette Gregori
Ce livre, condensé de souvenirs, est une façon de faire tomber les barrières de la stigmatisation. Il appelle aussi l’Eurométropole et la Ville à ne pas en faire des laissés-pour-compte. Marie Amalfitano, Jeannette Gregori, Éric Faure, et Django Ettori invitent le lecteur à participer au quotidien des familles, au-delà du mythe ou des préjugés sur ces communautés du voyage.
Actionnaire majoritaire d’Alsace20, Dominique Formhals a annoncé le 26 mai à ses salariés sa volonté de vendre ses parts. Neuf ans après avoir racheté la chaîne au Crédit Mutuel, le patron d’Aquatic Show se retire finalement. Parmi les potentiels candidats au rachat : BFM et le groupe EBRA.
Tout a commencé avec une convocation individuelle des salariés par mail, reçue le lundi de Pentecôte. Deux jours plus tard, les 20 salariés d’Alsace20 sont convoqués, un par un, dans le bureau « du big boss », alias Dominique Formhals. « Évidemment, recevoir ce genre de mail un jour férié, c’est un peu inquiétant. On s’est tous dit qu’il se passait un truc pas normal », raconte Charlie (tous les prénoms ont été modifiés) :
« On avait un ordre de passage. Chacun avait droit à cinq minutes dans son bureau. C’est là qu’il nous a annoncé qu’il décidait de partir à la retraite. Il a dit qu’il était encore en forme, mais qu’il avait pris de l’âge, et que vu la crise sanitaire, il voulait se retirer de la chaîne. »
Charlie, salariée d’Alsace20.
Alsace20 propose aujourd’hui des programmes classiques, avec des JT et des magazines plus longs (capture d’écran).
« Aucun de nous n’a songé à les lui racheter »
Lors de cet entretien individuel, Dominique Formhals propose à chacun de ses salariés de lui racheter ses parts. Il possède 58% de la holding Aquafi, propriétaire d’Alsace20. « Je crois qu’il est obligé par la loi de faire ça », glisse Emma, l’une des dix journalistes de la chaîne locale. Avant de confier :
« Aucun de nous n’a songé à les lui racheter. On sait bien que cette chaîne n’est pas rentable, et on est tous très jeunes. Je ne me vois pas racheter les parts de cette boîte, même si je l’adore. »
Les salariés sont certes un peu inquiets, mais Emma reste confiante :
« Je suis en quête de changement, donc je trouve que c’est bien. Et puis, en tant que journaliste, je sais qu’il y a la clause de cession qui me protège (elle permet au journaliste de rompre son contrat dès lors qu’il a connaissance de la vente de son media, ndlr). »
Mais les semaines suivantes vont semer le doute chez les salariés. Et l’amertume parfois.
Page d’accueil du site internet d’Alsace20 (capture d’écran).
La rumeur BFM gonfle, mais la direction ne moufte pas
Au sein de la rédaction d’Alsace20, journalistes, opérateurs, chroniqueurs, chefs de pub : personne n’est informé des potentiels candidats au rachat. Mais à l’extérieur des murs de la petite chaîne télé (qui se vante d’attirer plus de 500 000 téléspectateurs par semaine tout de même), c’est bien différent. Charlie raconte : « Une journaliste de la rédaction a croisé un jour un collègue sur le terrain qui lui a dit : « Alors, bientôt à BFM ? » ».
Et quand ce ne sont pas les collègues, ce sont carrément les élus locaux qui semblent avoir des infos. Eric Straumann, ex-député LR du Haut-Rhin glisse à une autre journaliste : « Alors, c’est signé avec BFM ? » L’actuel maire de Colmar explique à Rue89 Strasbourg avoir entendu cette histoire de rachat d’Alsace20 par BFMTV circuler dans les milieux médiatiques parisiens : « Je ne rappelle plus exactement qui m’a parlé de ça, mais c’est quelque chose qui se raconte à Paris. »
Les locaux d’Alsace20, Avenue de Colmar à Strasbourg (photo MdC / Rue89 Strasbourg / cc).
« Des rumeurs, mais en interne, rien pour nous informer »
Emma, elle, raconte avoir entendu d’autres rumeurs, sur un rachat par le groupe EBRA (propriétaire des DNA, ex-propriétaire d’Alsace20 jusqu’en 2012, ndlr) : « Il y a eu pas mal de partenariats depuis un an avec les DNA, et puis il y a eu des déjeuners avec les gens de EBRA, des rencontres… »
Charlie s’agace :
« On entend des rumeurs mais en interne il n’y a rien, pas de réunion, pas de mail pour nous informer. En tant que salariés, on reproche au patron ce manque de transparence. Ce n’est pas rassurant. On est une petite équipe, je trouve qu’on pourrait être tenus au courant des étapes, surtout avant les départs en vacances. Si ça se trouve, à la rentrée, tout change ! »
La jeune femme trouve la situation « délicate et bancale » : « Des gens à l’extérieur d’Alsace20 savent plus de choses que nous, on a un peu l’air ridicules. »
« BFM est comme tous, dans la course »
D’après nos informations, des discussions sont en effet en cours entre BFM et Dominique Formhals, mais le président d’Alsace20 assure « Rien n’est fait. » Il confirme en revanche : « Oui, BFM est dans la course, comme d’autres », avant d’expliquer que les derniers contacts avec Alain Weil (fondateur de NextTV, groupe propriétaire de RMC et BFMTV) datent de novembre 2020. « Après il y a eu le Covid, les confinements, etc. Nous n’avons pas eu de contact depuis », affirme Dominique Formhals. Autre changement : le 1er juillet 2021, soit huit mois plus tard, Alain Weil a quitté Altice, le groupe de médias qui possède NextTV.
Alors le patron alsacien tente aujourd’hui de trouver de potentiels acheteurs. Des acteurs locaux principalement, assure-t-il :
« J’ai contacté des industriels régionaux, on verra comment ils peuvent s’impliquer. Il y a aussi le groupe EBRA qui a les moyens, le groupe Figaro, beaucoup de journaux nationaux s’intéressent à la télé locale parce que le papier a une durée de vie limitée dans le temps, et que tout passe par l’image. On laissera la priorité à des investisseurs locaux, s’ils existent. »
Et s’ils n’existent pas ? Serait-il inquiet de vendre cette petite chaîne d’info locale au mastodonte parisien Altice ? « Non, je ne serais pas spécialement chagriné, glisse Dominique Formhals. Ce sont de grands professionnels. Quand on regarde BFM Lyon ou BFM Grand Lille, on voit qu’ils ont réussi à faire de la télé locale, une vraie télé pro. Ce sont les seuls en réalité. BFM ne sera pas un choix de dernier recours ! »
BFM Lyon est la deuxième antenne locale de la chaîne nationale BFMTV. Elle a été créée en 2019. Photo : capture d’écran
Alors, après BFM Paris en 2016, BFM Lyon en 2019, BFM Grand Lille en 2020, BFM DICI Haute Provence et Alpes du Sud en 2021, verra-t-on naître BFM Strasbourg d’ici 2022 ? Réponse de l’actuel patron d’Alsace20 : « Il faut voir la proposition qu’ils nous font en termes de grille de programme et de reprise de salariés, mais pour l’instant je n’ai rien eu. »
Un rêve d’indépendance financière jamais atteint
Officiellement, Dominique Formhals l’assure, il souhaite simplement vendre ses parts parce qu’il souhaite « prendre sa retraite ». Il est vrai que l’homme d’affaires est déjà très occupé entre Alsace20, sa société Aquatic Show qui organise depuis 1979 des spectacles de jets d’eau à l’international (20 millions de chiffre d’affaires en 2018 tout de même), et la Maison de l’Alsace à Paris qu’il préside depuis 2016. « À 66 ans, il faut savoir à un moment s’arrêter », confie-t-il pudiquement.
Dominique Formhals, 66 ans et principal actionnaire depuis 2012 de la chaîne Alsace20, cherche à revendre ses parts. Il est également le fondateur et PDG de la société Aquatic Show, et président de la Maison de l’Alsace à Paris (document remis).
« C’est un pari sur l’avenir. Comme lors des radios libres au début des années 80, les instants passionnants, c’est maintenant. Après, quand les modèles sont établis, c’est de la banque… Je regarde aussi ce qui se fait aux Etats-Unis, là-bas les chaînes locales sont les plus regardées ! On peut tout à fait envisager des décrochages nationaux en France comme ça se pratique outre-Atlantique. Avec un peu d’effort de gestion, un peu de communication, un peu d’aide et une visibilité sur l’avenir, cette équipe a le potentiel pour réussir. »
Dominique Formhals, interrogé en mars 2012 par Rue89 Strasbourg au moment de son arrivée chez Alsace20.
Alors, que s’est-il passé en neuf ans ? « Ce pari sur l’avenir » a-t-il été tenu ? Le patron d’Aquatic Show fait part des difficultés du milieu : « Globalement, toutes les télés locales perdent de l’argent. Certaines font faillite, et personne n’a de trésorerie. Ce n’est pas une affaire qui se revend, ni qui se cède comme ça. En neuf ans d’exercice, nous n’avons jamais dégagé un centime de marge. J’ai toujours cru que nous pourrions un jour être financièrement indépendants mais nous n’avons malheureusement jamais réussi à atteindre cet objectif. »
En 2020, le coût de fonctionnement de la chaîne Alsace20 s’est chiffré à 1,7 million d’euros (photo MdC / Rue89 Strasbourg / cc).
Alsace20 est en effet financée à 50% par des contrats d’objectifs et de moyens, passés avec les différentes collectivités (Ville de Strasbourg, Ville de Mulhouse, Eurométropole, CEA), et à 50% par de la publicité. Budget total de fonctionnement de la chaîne de 20 salariés en 2020, selon Olivier Hahn le directeur général : 1,7 million d’euros.
Une chaîne tout juste à l’équilibre, mais « les salariés seront tous repris »
Le sujet de l’emploi des 20 salariés sera évidemment au cœur des négociations. Charlie semble défaitiste : « Je ne suis pas journaliste, donc oui, je pense que je suis plus menacée que les autres. J’aimerais juste savoir si je dois chercher du travail dès maintenant ou pas. »
Mais là encore, Dominique Formhals insiste : « Les salariés seront tous repris. » Le sexagénaire explique : « Mes deux principaux associés, Lionel Augier (directeur de la rédaction) et Olivier Hahn (directeur général) sont très impliqués, et ils tiennent ce bébé à bout de bras depuis des années. Il n’y aura pas de coup fourré et je ne partirai pas avant d’avoir vendu mes parts. » Olivier Hahn confirme cette bonne entente : « C’est grâce à Dominique que nous ne sommes pas morts il y a neuf ans. Je lui dis merci pour ça. Je lui fais confiance pour la suite, il va faire ça bien. »
Contacté, Philippe Antoine, le directeur des rédactions BFM Régions, n’a pas souhaité s’exprimer.
Diplômée à Lille en 2012. Après Paris et Marseille, je me suis installée à Strasbourg en 2020. Je suis aujourd’hui indépendante en radio et web, pour Rue89 Strasbourg, Mediapart, Louie Media et France Culture. J’aime les reportages et les enquêtes au long cours, sur les sujets de société et sur notamment sur les violences sexistes et sexuelles.
À Strasbourg, les opposants au pass sanitaire donnent rendez-vous place Kléber samedi à 13h pour des prises de parole avant de partir en cortège à partir de 14 heures.
Une mobilisation inhabituelle : une cinquième manifestation en deux semaines, au cœur de l’été. Les opposants au pass sanitaire appellent à défiler à Strasbourg ce samedi 24 juillet. Le rendez-vous est donné dès 13 heures, place Kléber. Le cortège s’élancera direction la place de la République en passant par la rue des Francs-Bourgeois, de la Division Leclerc puis en longeant le quai des bateliers jusqu’au pont d’Auvergne.
« Le rassemblement n’est pas contre la vaccination »
La mobilisation du mercredi 21 juillet avait débouché sur des verbalisations pour rassemblement non-autorisé. Cette fois-ci, la manifestation est autorisée, assure Toma Grcic, délégué CGT et Gilet jaune. L’informaticien indique avoir reçu l’autorisation de la préfecture. Il explique la mobilisation à laquelle il participe :
« Je le répète, le rassemblement n’est pas contre la vaccination. C’est contre le pass sanitaire et l’obligation vaccinale. Nous souhaitons que le gouvernement revienne en arrière. La mobilisation est forte et, du fait de l’aspect social, avec la mise en danger des emplois des soignants par exemple, il y a une vraie convergences des luttes. Nous souhaitons ainsi continuer à informer les gens de la situation. «
Après une nuit blanche à l’Assemblée Nationale, les députés ont adopté vendredi 23 juillet le projet de loi prévoyant notamment l’extension du pass sanitaire obligatoire « pour les activités de loisirs, les restaurants (à l’exception de la restauration collective, des relais pour routiers et des débits de boissons), les foires, séminaires et salons professionnels, les transports publics de longue distance en France, ainsi que les grands magasins et centres commerciaux », comme l’indique FranceInfo. Le texte est désormais examiné au Sénat, où il sera sans doute retouché pour être renvoyé vers l’Assemblée Nationale.
Qui sont les furries ? Ces adultes fascinés par l’univers antropomorphe et qui aiment revêtir des costumes d’animaux ont le plus souvent mauvaise réputation. Doux-dingues, gamins attardés ou fétichistes pervers des peluches ? Rencontre à rebours des clichés avec des membres heureux et fiers d’une communauté où ils ont pu apprivoiser leur part humaine. Quatrième épisode de notre série d’été sur les « Fous alliés des bêtes ».
Sur la table, deux têtes glabres d’oiseaux fixent le visiteur, l’un a les yeux rouge vif, l’autre bleu perçant. Un crâne de chien, regard vert et truffe grise, la tête entourée de chatterton, affiche un petit rictus, mi-amusé, mi-menaçant. Sur un portant est suspendu son corps sans tête, bardé de gros scotch, telle une momie. Et dans des bacs en plastiques transparents, on devine des mètres de poils et des poignées de plumes multicolores.
Bienvenue à Illkirch, dans la tanière de Leosca. Furry et « maker » pour la communauté du même nom. Si on veut traduire le jargon : Leosca est tailleuse de costumes anthropomorphes. Elle donne forme à des « fursonas », ces personnages en fourrures que des humains ont imaginés, leurs doubles fantastiques à poil ou à plumes, plantigrades ou digitigrades. Et la créativité n’a pas de limite.
Dans l’atelier de Leosca (Photo SW / Rue89 Strasbourg / cc).
Le « phénomène » suscite la curiosité, mais le plus souvent les moqueries, voire un regard entendu. Qui sont-ils, ces grands enfants attardés qui aiment s’habiller en peluche géantes ? La communauté serait aussi un repaire de fétichistes, des pervers qui aiment à forniquer vêtus de fourrures synthétiques et coiffés de têtes de nounours. Fantasmes ou réalité ?
Les animaux fantastiques
Leosca veut justement combattre les clichés. Pour cette jeune femme de 32 ans, la communauté ne compte ni plus ni moins de pervers que d’autres. Elle explique comment elle est arrivée dans cet univers furry :
« Je traînais beaucoup dans les fêtes médiévales, les conventions dédiées aux jeux de rôles comme les Alchimistes, ou le Don des Dragons. Je suis aussi fan de jeux vidéos. Une fois, j’ai vu une fursuit (costume) à une Japan Addict convention et je me suis dit : « C’est cool, ça me plaît, j’en veux une ». »
En 2015, elle contacte un maker, mais il est un peu trop directif à son goût et elle a envie de garder la main sur son personnage. Il la laisse tomber, et elle se retrouve à finir de confectionner son costume elle-même, tutos à l’appui. Depuis 2019, elle crée de façon professionnelle. Leosca mesure le chemin parcouru en montrant les progrès réalisés sur les yeux d’un oiseau qu’elle confectionne : 10 à 12 couches de peinture, l’effet lumineux, presque animé, est époustouflant.
Nosca dans la forêtLa fiche de référence du fursona Nosca, dessinée par Géode de Matz bien après la réalisation du costume. (document remis )
Un bras nécessite une demi-journée de travail, un costume requiert jusqu’à deux mètres de fourrure (fausse) et pour un digitigrade il faut compter au moins deux mois pour le costume entier. Les prix varient de 900 à 2 000 euros, avec des éléments, comme les moules à masques en silicone ou certaines fourrures, qui sont importés des États-Unis.
Jeune, Leosca rêvait de faire les Beaux-Arts. Mais devant la réalité financière et le manque de moyens de sa famille, elle préfère s’orienter vers un diplôme en secrétariat-comptabilité. Aujourd’hui, celle qui dit « adorer créer » ne s’épanouit ni dans ses études, ni dans son travail. Finalement, c’est grâce au furry qu’elle renoue avec ses goûts et retombe sur ses pattes.
« Certaines personnes s’identifient totalement à leur personnage et – une fois en costume – ils sont à l’opposé de celui ou celle qu’ils sont dans la vraie vie. C’est un peu celui ou celle qu’ils aimeraient être. Parmi ceux qui me passent commande, pour certains c’est juste un objet. Pour d’autres c’est le but de leur vie. »
La créativité peut être sans limite, mais paradoxalement, la communauté a aussi des règles très rigides sur les canons d’un fursona donné. Il existe des « modèles référencés », et s’en revendiquer suppose de respecter tous les critères, parfois nombreux, détaillés dans des fiches. Attention le Sergal du Nord n’est pas le Sergal du Sud. Et le Dutch Angel Dragon n’a qu’un demi-anneau autour du museau.
Des furries et des hommes
Le fursona de Leosca – baptisé Nosca – lui, est un « hybride aviaire », inspiré d’un oiseau noir et bleu repéré au Muséum d’histoire naturelle : un irène. Elle lui a ajouté de vraies plumes d’oies et de pintades teintes. Puis a équipé son masque d’un ventilateur (on cuit là-dedans) et de LED bleues. Le bec est mobile, il s’ouvre et lui permet de parler.
« Avec Nosca, je peux aller plus facilement au contact, c’est comme un jeu de rôle ; cela facilite beaucoup de choses d’être en costume et ça allume des étoiles dans les yeux des gamins. »
Dans l’atelier de Leosca, sous les yeux d’une peluche tigre, un corps de costume attend sa fourrure (photo SW / Rue89 Strasbourg / cc).
Le sexe ? Pourquoi pas, mais selon la jeune femme cela doit être comme de « faire l’amour avec son canapé » et surtout cela doit rester du domaine privé, et ne pas apparaître en convention. Ces grandes réunions lancées aux États-Unis dans des hôtels dédiés à l’événement, existent désormais en Europe. Certains témoignages rapportent des conduites délurées entre participants. Mais dans l’imaginaire cela va encore plus loin : un épisode de la série policière CSI , intitulé « Fur and loathing » ( « En fourrure et répugnant ») va jusqu’à mettre en scène des orgies et un tueur en série, s’inspire directement de l’univers furry.
On ne peut plume rien dire
Telle qu’elle est présentée dans les médias ou la pop culture mainstream, la communauté sent donc un peu le soufre et a eu récemment le souci de faire le ménage et d’interdire ces conventions aux mineurs, par principe de précaution. En ce qui la concerne, la maker d’Illkirch dit refuser de confectionner des « mursuit » : les combinaisons furry adaptées, voire appareillées, pour les rapports sexuels.
Dans un documentaire qui retrace les origines du « fandom », la dimension sexy est pourtant bien présente à la naissance de cet univers dans les années 80, en marge des conventions de sciences fictions et comics. Les pères fondateurs étaient des dessinateurs qui se sentaient à l’étroit dans l’univers noir et blanc des comics, dominés par des super héros très normés.
Les personnages qu’ils créent alors prennent des traits anthropomorphes et bousculent les frontières d’un monde étriqué. Objectif : plus de fantaisie, d’inclusivité et de « sex positivity ».
La fiche de référence de Fury FoxusFury Foxus lors d’une furwalk au marché de Noël à Paris avec un fursuiter russe (document remis)
Une communauté inclusive
Ce n’est pas un hasard non plus si de nombreux membres de la « famille » furry, et ce dès les origines, sont issus de la communauté LGBT. 80 % des membres du fandom s’identifient comme LGBTQI selon une étude Furscience Anthrocon. Selon l’un des membres interviewé dans le documentaire cité ci-dessus : « C’est un univers social très largement queer, où l’art est vu comme un véhicule pour explorer son identité ».
Patricia est une femme trans. Elle le sait depuis des années, mais c’est notamment grâce au furry qu’elle a pu l’assumer pleinement et surtout en parler à ses proches à Wissembourg : famille, amis et collègues. Toujours selon l’étude américaine, la communauté est un endroit « safe » pour explorer la transition : 12,2 % des personnes interrogées s’identifient comme trans, contre 0,6 % dans la population générale. Patricia se souvient de son premier fursona :
« J’ai choisi un panda roux, le plus mignon des animaux que je connaissais à l’époque. Je l’ai customisé pour le rendre plus original avec des ailes. Après quelques années, j’ai décidé de me créer un autre personnage, féminin cette fois, une jaguar. Et puis quelques temps après, j’ai fusionné les deux. C’est à ce moment-là, l’été dernier, que j’ai dit à mes amis que j’étais une femme transgenre. Cela m’a aidée à franchir le pas. »
Puiser sa force dans son double
La trentenaire raconte avoir avancé à petits pas. En nommant d’abord son fursona « elle », puis en mettant en avant ses caractères féminins… L’annonce de sa transition à ses collègues ou à sa mère s’en est suivie, naturellement. Patricia se décrit comme quelqu’un de très réservé qui n’aime pas sortir de sa zone de confort. Quelqu’un qui fuit le contact. Mais lorsqu’elle enfile son costume de Furry Foxus, elle est quelqu’un d’autre : une personne confiante, qui aime aller vers l’autre.
« J’ose davantage avec mon fursuit. J’incarne un autre personnage que moi-même, j’ai bien plus de courage à approcher les gens. Et ces rencontres comptent beaucoup pour moi. »
Fury Foxus lors d’une furwalk au marché de Noël à Paris Photo : document remis
Le furry a beaucoup apporté à la vie de la jeune femme. Elle se souvient de son voyage pour une convention à Pittsburgh, aux États-Unis, et de son costume acheté 1 400 dollars qu’elle revêtait alors pour la première fois : un voyage pour lequel elle a économisé deux ans.
« Cela fait partie de mes meilleurs souvenirs : j’étais dans la file d’attente pour l’inscription, en sueur, dans ma combinaison, et puis le reste du séjour du matin au soir. C’était la première fois que j’incarnais mon fursona. »
Transition à pattes de velours
« Valkia » n’a pas encore franchi le pas du costume complet. La jeune fille, en transition également, vient de passer son bac. En 2020, elle a sollicité les talents de Leosca pour la confection d’éléments de fursuit. Assise dans un café, elle sort sa tête d’oiseau-griffon d’un sac de supermarché, la désébouriffe et la regarde avec tendresse : « Je n’ai pas eu l’occasion de la porter beaucoup », avant de l’enfiler. Avec des pattes noires. Puis elle fixe à sa taille une queue grise et touffue, maintenue par une ceinture.
« Valkia » est une jeune femme en transition. Le furry l’a aidée à trouver sa véritable identité (photo SW / Rue89 Strasbourg / cc).
Valkia est le nom de son fursona, l’adolescente n’a pas encore fait part de sa transition à ses parents, et préfère témoigner sous ce nom-là. Elle raconte que le furry l’a aidée à trouver sa véritable identité.
« J’étais dans un ancien costume à l’Orangerie lors d’une furwalk (sortie en groupe et en costume, ndlr), un canari que j’avais fabriqué moi-même. Une mère a dit à son enfant : « Tu as vu la dame oiseau? » Cela a confirmé ce que je savais déjà. J’en avais déjà parlé à la communauté qui est plutôt ouverte sur ces questions. »
Au départ, c’est la fibre créatrice de Valkia qui l’attire dans cet univers fantastique, où beaucoup d’artistes se rejoignent. L’ado pratique le dessin et réalise des fursonas. Ses clients sont souvent des habitués qui lui demandent des décors et gestuelles variés pour leur persos. Avant de songer à la fursuit, beaucoup se font faire un badge avec l’image de leur double anthropomorphe.
Pattes patrouilles
Un projet d’association est dans les cartons. Les furwalks ont été impossibles durant le confinement, et avec l’été et les fortes chaleurs, marcher dans ces costumes peut s’avérer très pénible. Pourtant c’est l’une des activités préférées des membres du groupe : aller à la rencontre des passants et notamment des enfants.
Valkia n’a pas eu l’occasion de beaucoup porter son costume en extérieur (photo SW / Rue89 Strasbourg / cc).
Mais ces sorties dans les lieux publics requièrent des autorisations, comme toute manifestation. Et se cacher le visage dans la rue, même (ou surtout?) avec une tête d’élan ou d’oiseau, n’est pas toujours bien vu, sourit Leosca.
« Marcher le visage recouvert dans un lieu public peut poser problème. On sentait que les patrouilles vigipirates n’étaient pas détendues quand elles nous croisaient, surtout à la suite de l’attentat du marché de Noël. »
Les furwalks sont souvent accompagnées par des humains sans costume. On les appelle les « helpers ». Chaleur, vertiges : marcher avec une combinaison peut s’avérer difficile ou dangereux quand on en a pas l’habitude. La visibilité est réduite, le visage n’exprime rien, « et certains préfèrent éviter de parler de peur de briser la magie », commente Leosca. En général les interactions se passent bien, mais les regards méfiants de certains adultes blessent parfois les furwalkers rapporte Leosca.
« Le furry serait un truc de dégénérés ? Cela me fait peur d’entendre ça. Est-ce que des gens hésitent à emmener leurs enfants voir un Disney ou Zootopia ? »
Retour dans le café avec Valkia qui montre un dessin de sa fursona en cheerleadeuse : visage réjoui, chaussettes hautes et jupette à plis. L’adolescente compte commencer un traitement hormonal à la rentrée. Elle sait qu’elle devra alors parler de sa transition à ses parents. Sa voix tremble un peu quand elle en parle. La jeune trans attendra de voir les effets du traitement pour s’offrir un costume complet adapté à ses « nouvelles formes ». Un objectif qui lui donne du courage.
Jeunes, retraités, complotistes, chômeurs, professeurs, soignants, salariés du privé, Gilets jaunes, syndicalistes… Une foule hétéroclite a manifesté mercredi 21 juillet contre le pass sanitaire. Portrait d’une mobilisation qui a surpris les renseignements intérieurs par sa diversité et son ampleur en plein cœur de l’été.
Au coin d’une boulangerie de la chaîne Brioche Dorée, une enceinte grésille en direction de la rue des Grandes-Arcades. Malgré le soleil éclatant d’un 21 juillet en fin d’après-midi, les discours opposés au pass sanitaire se succèdent. Ils étaient près de 200 personnes il y a une heure, mais le cortège s’est déjà dispersé après une première manifestation partie de la place de la République. Il est 17h30 lorsqu’une soignante au masque bleu et t-shirt rose prend le micro :
« Notre président adore l’innovation. Et là, il vient d’inventer un nouveau motif de licenciement du personnel soignant (détails à lire sur le site Capital.fr, ndlr). J’ai le droit de m’opposer à ça, tout comme j’ai le droit de choisir si je me fais vacciner. On veut nous réduire à des anti-vaccins ou des antisémites. C’est insupportable ! »
Au micro, une soignante s’inquiète face à un nouveau motif de licenciement lié au pass sanitaire. Assise de dos, l’une de ses collègues. Sur sa blouse, le slogan : « Soignante mais pas cobaye ». Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Toma Grcic, Gilet jaune sur le gilet rouge de la CGT. L’informaticien anime le débat (photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc).
Une Peugeot 3008 banalisée se fraye un chemin sur la place Kléber et passe juste derrière Toma Gcric. Gilet jaune sur gilet rouge CGT, sur chemise violette à rayures, l’informaticien anime le débat. Pour ce délégué syndical, l’échange et la discussion forment la première raison d’être de ce rassemblement. Le salarié du Crédit Mutuel craint par exemple pour la liberté de se rassembler, « notamment lorsqu’il faudra manifester contre la réforme des retraites. L’obligation de se vacciner ou de faire un test pour prendre le train pour monter à Paris, ça risque de réduire l’ampleur des prochaines mobilisations », avertit le modérateur du coin de la place Kléber en débat.
Le salarié du Crédit Mutuel craint par exemple pour la liberté de se rassembler, « notamment lorsqu’il faudra manifester contre la réforme des retraites » (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc).
« Libertés individuelles » et « droit de choisir »
Ici, personne ne porte le masque. Les prises de paroles s’enchaînent. L’un lit un poème sur la démocratie, l’autre tente de glisser son opinion politique autour de l’élection présidentielle à venir. Il est vite réprimandé : « On n’est pas ici pour parler politique. Cela nous divise, ce n’est pas ce que nous voulons », lance un homme en chemise à carreaux.
Non loin, Huseyin Sincer, 37 ans, informaticien et Gilet jaune donne un argument récurrent parmi les manifestants : « le droit de choisir » contre « la restriction des libertés individuelles ». À ses côtés, Jean-Jacques Pion, 82 ans, se décrit comme le « doyen des Gilets jaunes de Strasbourg » : « Mon sentiment est que nous vivons un coup d’état sanitaire. Mais j’ai de l’espoir car nous assistons à un réveil social, lancé par le mouvement des Gilets jaunes. »
Huseyin Sincer et Jean-Jacques Pion font tous les deux partie du mouvement des Gilets jaunes et manifestent contre le pass sanitaire (photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc).
La peur de perdre son travail
18h. C’est l’heure du second rassemblement organisé, cette fois, sous la statue du général Kléber. La foule entonne le traditionnel « On est là, on est là, même si Macron ne veut pas… » puis Hervé Gourvitch prend la parole. Tendu, il explique que la Préfecture a interdit la seconde manifestation. Il enjoint les manifestants à ne provoquer aucun débordement, avant de dénoncer des entraves à la liberté de manifester depuis plusieurs mois.
Jismy a 27 ans. Au micro, l’ancien professeur de philosophie contractuel s’inquiète de l’impact du pass sanitaire sur l’emploi des non-vaccinés : « Depuis une semaine, de plus en plus de gens autour de moi ont peur de perdre leur travail. Mais ils vont nous faire passer pour des imbéciles qui n’avons que ça à faire de manifester. »
Jismy a 27 ans. Au micro, l’ancien professeur de philosophie contractuel s’inquiète de l’impact du pass sanitaire sur l’emploi des non-vaccinés (photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc).
Pour Anita, l’inquiétude est encore plus grande. L’infirmière libérale craint de ne plus pouvoir exercer son métier à partir de septembre. Tout en niant être anti-vaccin (« je suis déjà vaccinée contre l’hépathite, le tétanos etc. »), elle refuse le vaccin contre le covid. Sur son dos, un résumé de son propos, assimilant notamment les vaccins Astrazeneca et Jansen à des OGM. « Je n’ai jamais été au chômage, rappelle-t-elle, je pars au travail à 5h et je rentre parfois à 21h. On veut me priver de mon métier, alors qu’il n’y a pas assez de soignant. »
Anita, infirmière libérale : « On veut me priver de mon métier alors qu’il n’y a pas assez de soignant » (photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc).
Une troisième manifestation samedi
L’argumentaire est similaire chez Carmen. La retraitée de 67 ans n’est pas anti-vaccin, « mais je suis anti-injection expérimentale. On ne connaît pas les effets secondaires à long terme et on nous oblige à nous vacciner (sur cette question voir l’article du journal Le Temps, ndlr) ».
À l’ombre, assis sous la statue du général Kléber, quelques manifestants plus nerveux s’impatientent : « C’est pas comme ça qu’on va faire la révolution », souffle l’un d’eux. Les interventions s’essoufflent, alors la modératrice propose de partir en manifestation. Elle soumet la décision au vote à bras levé. Sans parvenir à distinguer si une majorité est pour, un cortège s’élance spontanément dans la rue des Grandes-Arcades, direction le pont Corbeau, en clamant « Liberté ! Liberté ! Liberté ! ». Au micro, la militante des Gilets jaunes Strasbourg République a juste le temps de rappeler la manifestation prévue samedi 24 juillet à 13 heures.
Vers 19h, un cortège s’élance spontanément dans la rue des Grandes-Arcades, direction le pont Corbeau, en clamant « Liberté ! Liberté Liberté ! » (photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc).
Le tribunal administratif de Strasbourg estime que les études d’impact du Grand contournement ouest sur l’eau, les sous-sols, l’air, le trafic routier et la santé humaine sont insuffisantes. Mais les travaux « très avancés » empêchent de suspendre les arrêtés d’autorisation de l’autoroute. La décision a été reportée à mai 2022.
Des recours engagés en septembre 2018… et près de trois ans plus tard, une décision reportée en mai 2022. Mardi 20 juillet 2021, le tribunal administratif a rendu ses jugements sur six dossiers relatifs au Grand contournement ouest (GCO – voir nos articles) de Strasbourg. Alsace Nature avait initié ces procédures lorsque le préfet du Bas-Rhin avait autorisé le lancement des travaux pour cette autoroute payante de 24 kilomètres.
Les procédures lancées par Alsace Nature permettront tout juste de retarder l’ouverture à la circulation du GCO. L’autoroute devait être exploitée dès début 2022. Vinci devra attendre une nouvelle audience du tribunal administratif en mai 2022. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
« L’étude d’impact est entachée d’insuffisances »
Si la justice a constaté des irrégularités, elle a préféré reporter sa décision pour permettre à la préfète de produire un arrêté de régularisation. D’où le commentaire de l’avocat de l’association environnementale, Maître François Zind : « C’est une victoire à la Pyrrhus, car les travaux ne s’arrêtent pas. La décision du tribunal administratif ne fait que décaler la date de mise en service de l’autoroute. »
Le tribunal administratif a ainsi constaté que « l’étude d’impact est entachée d’insuffisances (…) en ce qui concerne respectivement l’analyse de l’impact du projet sur les sols et les sous-sols, l’analyse des effets du projet sur la qualité de l’air à moyen et long terme, en prenant en compte les émissions des véhicules en conditions réelles de circulation, l’analyse de ses effets sur la santé humaine en incluant ces émissions de polluants ».
Des irrégularités, bientôt régularisées…
De même, l’information est insuffisante concernant les conséquences du GCO pour « la fréquentation de l’A35 ». Les soutiens du projet d’autoroute payante ont sans cesse martelé que le Grand contournement ouest permettrait de mettre fin aux bouchons sur l’A35, récurrents aux heures de pointe.
Le tribunal administratif demande à la préfète du Bas-Rhin « d’édicter un arrêté complémentaire tenant compte des éléments supplémentaires produits par la société Arcos, des conclusions de l’enquête publique complémentaire, et le cas échéant, des prescriptions qui s’avéreraient nécessaires. »
Des mesures de compensation insuffisantes
De même, concernant la construction d’un échangeur par la société concessionnaire d’autoroutes Sanef, le tribunal administratif relève « l’omission de trois espèces d’oiseaux protégées dans la demande de dérogation » et « des mesures de compensation insuffisantes pour le déboisement provoqué par le chantier ». Ici encore, la préfecture a dix mois pour régulariser la situation.
Les juges ont aussi donné raison à Alsace Nature lorsque l’association a dénoncé une compensation insuffisante pour « l’atteinte aux zones humides, notamment situées dans les surfaces boisées du sud de la forêt du Krittwald, qui aurait pu être mieux évitée. » Mais les soutiens du GCO n’ont pas à s’inquiéter. La Sanef n’a qu’à proposer « une superficie complémentaire de création de zone humide ». La préfète suivra sans doute. Le tribunal administratif statuera à nouveau dans dix mois.
Beaucoup de procédures, mais peu d’effet…
Le dernier point sur lequel les opposants au GCO ont obtenu gain de cause concerne une décision du conseil municipal de Geudertheim. Le 29 septembre 2017, la commune avait décidé de déboiser et de céder plusieurs parcelles à la société Arcos pour réaliser les premiers travaux de la future autoroute. Une décision annulée par le tribunal administratif.
Beaucoup de procédures, mais peu d’effet… Le tribunal administratif statuera en mai 2022 sur les requêtes d’Alsace Nature. Déjà achevée à 90%, l’autoroute ne pourra être empruntée avant cette date. De quoi retarder un tout petit peu les projets de Vinci, qui prévoyait de démarrer l’exploitation du GCO début 2022.
Sur les six requêtes d’Alsace Nature, seule une procédure a abouti au rejet des conclusions de l’association environnementale.
Contactée, la communication du groupe Vinci n’a pas donné suite à notre demande d’interview.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Près de 80 foyers d’un quartier près de l’ancien hôpital Lyautey doivent être relogés avant la démolition de leurs immeubles à l’horizon 2023. Un processus vécu dans la souffrance par certaines familles, entre flou sur leur avenir et, d’après elles, mépris du bailleur social.
« C’est toute notre vie qui change, on veut choisir où on va habiter ! », s’exclame Sabah, trentenaire, mère de trois enfants. Elle habite un appartement de trois pièces, rue de Sarlat au Neuhof. Le bâtiment se trouve non loin de la rue des Canonniers, juste à côté de l’ancien hôpital Lyautey. Son immeuble est un logement social, qui sera détruit à l’horizon 2022. Elle montre trois barres d’immeubles en écartant les rideaux de la fenêtre de son salon : elles subiront progressivement le même sort, d’ici 2023.
Le bailleur social qui gère les immeubles, Habitation moderne, est chargé de les reloger mais Sabah ne sait pas où, ni quand :
« On n’a aucune date officielle de début du chantier, ni de date butoir à laquelle on sera relogé. Ils nous ont peut-être donné des dates au début, à la réunion d’informations avant le premier confinement, mais on n’a pas de nouvelles depuis. »
Sabah garde tous les échanges avec le bailleur social, dont elle juge qu’il la met sous pression (Photo DL / Rue89 Strasbourg).
Selon les prévisions d’Habitation moderne (indiquées dans le « Journal de relogement urbain du Neuhof »), la phase de relogement de la rue de Sarlat (numéros 8 à 10, 12 à 14 et 24 à 26) aurait lieu depuis le mois de juillet 2020 et jusqu’en décembre 2022. Les premiers à être relogés, aux numéros 20 et 22, doivent l’être d’ici décembre 2021. Plusieurs familles sont déjà parties. Habitation moderne n’a pas répondu à nos sollicitations.
« On ne sait pas où on sera à la rentrée »
Sabah ouvre la porte de son appartement aux pièces exiguës. Seul le salon est plus grand. Il est décoré de photos de famille et doté d’un canapé confortable. À peine le temps d’évoquer le relogement de Sabah que la sonnette retentit. C’est Saliha, du numéro d’à côté. La jeune quadra, mère de quatre enfants, n’aura de cesse d’acquiescer au récit de sa voisine. Parfois, elles parlent toutes les deux en même temps, sans s’arrêter. L’angoisse est palpable chez Saliha :
« On ne sait pas où on sera à la rentrée de septembre, si ma fille va changer de collège, ou si elle devra le faire au milieu de l’année scolaire. »
Elles racontent que le relogement est sur toutes les lèvres du quartier, qu’elles perçoivent le stress de leurs voisins quand elles les croisent. Sabah propose d’aller faire le tour des immeubles.
Ces deux immeubles seront détruits d’ici 2023 (Photo DL/ Rue89 Strasbourg).
L’ensemble « Les Kerguelen », situé juste à côté de l’immeuble des Sabah, évoque plutôt l’autre nom de cet archipel méconnu de l’océan indien : les « Îles de la Désolation ». Les façades sont délavées, un peu de linge qui sèche aux fenêtres y met de la couleur. Les quelques arbres font pâles figures à côté du béton. Sur le parking entre les deux blocs, Annie (le prénom a été changé), fonctionnaire bientôt à la retraite, rejoint la petite troupe. Elle attend qu’une voiture passe la prendre pour faire les courses. Elle a le temps de discuter un peu, et partage les mêmes peurs que Saliha :
« Je vis avec mon mari qui a arrêté de travailler suite à des problèmes de santé. On est dans une telle incertitude. Depuis plus d’un an, on se demande si ce sera le dernier été qu’on vit ici, puis le dernier Noël. »
« Je vais vous faire une troisième proposition, et ce sera la porte »
Comme tous les riverains, Annie a dû remplir un formulaire avec ses souhaits pour son futur logement : quartier, nombre de pièces, loyer, rez-de-chaussée, petit jardin… Le bailleur social doit ensuite leur faire 3 propositions. Mais Sabah et ses voisines déplorent que rien ne corresponde à leurs choix :
« On m’a proposé un 4 pièces au Stockfeld, mais j’avais demandé une petite maison ou un rez-de-jardin, pour changer de mon appartement du 3e étage. Ensuite on m’a montré un duplex vers le lycée Oberlin, mais pas loin d’un foyer pour SDF. J’avoue qu’en tant que femme seule avec trois enfants, je ne m’y sentirais pas en sécurité. »
Saliha hoche la tête vigoureusement :
« C’est pareil pour moi ! On m’a proposé une maison au Neudorf, mais les pièces étaient petites. Ensuite, on nous a proposé la Montagne Verte. Mais je ne connais personne là-bas, et mes enfants vont au collège et au lycée ici au Neuhof. »
Les immeubles sont trop vétustes pour être rénovés et seront détruits (Photo DL/ Rue89 Strasbourg).
Saliha craint que la chargée de relogement ait compté cette offre comme une deuxième proposition refusée. Car en cas de refus des trois propositions, les habitants ne peuvent plus bénéficier de la procédure du relogement. Ils risquent l’expulsion.
Une dame âgée, qui souhaite rester anonyme, raconte qu’elle s’est entendue dire par la chargée de relogement : « Vous avez refusé deux propositions, je vais vous en refaire, une que je sais que vous allez refuser, et ce sera la porte ». Sa fille était avec elle lors de ce rendez-vous. Elle confirme ces propos.
À ce sujet, Sabah dégaine son téléphone portable. Elle a gardé tous les échanges de mails avec Habitation moderne. La chargée de relogement y insiste sur l’extrait du texte de loi selon lequel Sabah ne bénéficiera plus du « droit au maintien dans les lieux », si elle exprime trois refus. Elle l’a vécu « comme une menace ». Elle raconte ce sentiment d’être un problème embêtant, dont on veut se débarrasser rapidement, et cela lui pèse au quotidien : « On veut juste être respectées », explique-t-elle, aux côtés de ses voisines, qui acquiescent. « On se sent comme de simples numéros, des dossiers qu’ils veulent classer au plus vite ».
Une interlocutrice dédiée, aux abonnés absents
Car au-delà de l’incertitude sur l’avenir, c’est la procédure qui mine leur moral, explique Sabah. Elle attend des nouvelles d’Habitation moderne depuis deux mois. Saliha depuis cinq mois, quand la chargée de relogement lui avait laissé un message vocal lui demandant de la rappeler rapidement :
« Je me suis dit qu’il s’agissait peut-être de la troisième proposition, j’étais très anxieuse. Je l’ai rappelée mais elle n’a pas répondu pendant 10 jours. Quand je l’ai enfin eue, elle m’a dit qu’elle ne « savait plus pourquoi » elle avait appelé. Pour moi, Habitation moderne fait juste preuve d’incompétence. »
Les riveraines sont attachées à la vie de quartier et s’inquiètent de leur futur changement d’environnement (Photos DL / Rue89 Strasbourg).
Aïcha, descendue de son 4e étage, au même immeuble qu’Annie, opine du chef. Cette femme plutôt discrète écoute ses voisines, avant d’ajouter qu’elle a trouvé elle-même un six pièces au Neudorf qui serait idéal pour sa famille de cinq enfants. Elle attend une réponse d’Habitation Moderne depuis deux mois :
« Je perds un peu patience car je devrais être prioritaire, puisque je bénéficie de l’ACD (Accord collectif départemental, dispositif qui vise à faciliter le logement de certaines personnes précaires, ndlr). Je suis arrivée il y a deux ans ici, on m’avait dit que je n’y resterai qu’un an. J’attends encore. »
« Ça fait 32 ans que je suis là »
Au début, Annie, la doyenne du petit groupe, hésitait à nous parler. Mais elle n’y tient plus : elle pointe du doigt un secteur à quelques centaines de mètres. Elle y a repéré un 3 pièces dans un lot qui sera livré à l’automne, et en a parlé à Habitation Moderne. La chargée de relogement lui a signifié qu’elle passerait en commission en octobre. Elle s’indigne :
« C’est moi qui l’ai trouvé, pourquoi on ne me l’attribuerait pas ? On est vraiment déconsidéré. Sinon, on m’a proposé d’aller à Hautepierre, mais ça fait 32 ans que je suis là ! J’ai mon médecin, mon jardin ouvrier, les jeunes du quartier me connaissent et m’aident pour les courses. On ne change pas de vie comme ça ! Ça se voit qu’ils n’en ont rien à faire de notre état psychologique. »
Refusant d’envisager un autre logement social que celui qu’elle a repéré, elle a commencé à chercher dans le privé. Elle en est revenue désespérée des critères demandés, et du mépris des propriétaires :
« Ils nous demandent de gagner 3 fois le loyer… Et en général, dès que je donne le nom de mon mari algérien, je n’ai plus de nouvelles. »
« On est des illettrés »
« C’est le même mépris du côté d’Habitation moderne », renchérit Sabah. « Ils nous traitent comme ça parce qu’on vient d’un quartier, on est des « illettrés » pour eux. Pourtant, on n’a jamais posé de problème, pas un retard de loyer, rien ».
Selon les habitantes, des résidants de cet immeuble regrettent d’être partis trop vite (Photo DL/ Rue89 Strasbourg).
Le ciel se voile en ce début du mois de juin. Sous les premières gouttes qui tombent, les riveraines continuent à vider leur sac, heureuses d’être écoutées. Elles constatent toutes que la chargée de relogement leur reproche leur entêtement, et leur a signifié qu’il y avait peu de logements qui entraient dans leurs critères. Pour Saliha, Sabah, Aïcha et Annie, il s’agit simplement de choisir où elles vont habiter, « comme des gens normaux », dit Saliha sur un ton amer :
« Tout ce qu’ils nous proposent nous coûtera plus cher. La maison au Neudorf était à 995€. Aujourd’hui, notre loyer est de 500€, dont 300€ sont pris en charge par l’APL. Je suis prête à payer plus, mais autant avoir du confort, non ? J’ai deux grands garçons, puis une collégienne et une petite de 4 ans. Chacun a droit à son intimité. »
Elle aimerait d’autant plus monter en gamme qu’elle subit l’assaut de cafards dans son appartement, tous les deux mois, même après traitement : « Je veux être sûre de tomber sur un truc bien : tant que je n’aurais pas de coup de cœur, je ne bougerai pas ! Même si je suis la dernière du quartier ».
Sabah aimerait éviter une situation trop pénible si des restrictions sanitaires devaient à nouveau s’imposer : « Mon aîné a besoin de sa chambre, de son propre bureau. Ici, au premier confinement, l’école à la maison, c’était l’enfer ».
Le début de la cité Lyautey, le long de l’ancien hôpital du même nom (Photo DL / Rue 89 Strasbourg).
Annie ressent le besoin de se justifier également. Elle aimerait une pièce supplémentaire pour accueillir ses petites-filles. Elle craint de se retrouver dans un appartement plus petit, de devoir se débarrasser de meubles :
« Il paraît qu’une fois la proposition acceptée, on a un mois pour déménager. On a quand même investi toute une vie dans certaines petites choses, un lit, une belle armoire. On ne sait pas si on pourra garder tout cela. Même les gens qui ont refait leur cuisine ou leur salle de bains eux-mêmes, c’est triste qu’ils soient obligés de partir après ces efforts pour embellir leur foyer. »
Relogés trop vite ou trop lentement
Plusieurs familles ont déjà été relogées, dont certaines seulement à quelques rues de là. Les voisines s’interpellent avec une complicité propre à ceux qui partagent des soucis communs depuis plusieurs années : « Tu sais que ceux du troisième étage regrettent d’avoir accepté trop vite ? », demande Annie à Sabah en pointant l’immeuble en face du sien. « Ce sont des retraités, ils avaient peur d’une troisième proposition moins intéressante que les autres, et qu’on les mettrait dehors sans rien. Ils ont accepté d’aller à la cité Mâcon, ils payent 800€, et ils ont des rats ».
Ses interlocutrices renchérissent en rappelant que d’autres ont été relogés dans des appartements qui n’étaient pas encore finis, en plein travaux. « Ils en ont pleuré », affirment-elles.
À l’inverse, elles ont vu quelques familles partir dans de nouveaux logements rue de Plobsheim, qu’elles jugent corrects, et ne comprennent pas comment s’est fait l’attribution. Sabah avait mis le Neudorf dans ses critères et ne s’est pas vue proposer ces logements.
Le « chauffeur » d’Annie arrive. Elle balbutie un « Bref, voilà quoi », monte dans la voiture et disparaît après avoir déversé toutes ses angoisses pendant de longues minutes. Soudain, le petit groupe manque de mots.
Une impuissance résumée par le haussement d’épaules de Rafik, à la fenêtre du rez-de-chaussée de l’immeuble de Saliha. Lui et ses parents n’ont reçu aucune proposition d’Habitation Moderne pour l’instant. L’homme entre deux âges « ne sait pas trop quoi dire » sur la procédure de relogement, à part que « c’est long. Très long. »
Le Marché-Gare de Strasbourg se prépare à accueillir une nouvelle Halle pour le printemps 2022. Ces 1 000 mètres carrés seront dédiés à la vente aux particuliers. La halle devait ouvrir en 2021, mais a subi des retards du fait de la crise sanitaire.
Trois millions d’euros. C’est l’investissement annoncé par Jean-Paul Auguste, président du groupe Géraud, pour l’aménagement du nouvel espace du Marché-Gare. Il s’étendra sur 1 000 mètres carrés qui accueilleront grossistes et commerçants pour la vente aux particuliers. La halle gourmande, prévue pour le printemps 2022, devrait accueillir «18 à 25 commerçants » d’après le magazine de la Ville de Strasbourg.
Entrée du Marché-Gare de Strasbourg. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Des particuliers qui venaient déjà au marché de gros
« Le Marché-Gare est normalement réservé à la vente en gros. Seulement depuis quelques années, les particuliers s’y rendaient pour acheter au détail, ce qui n’est pas légal. L’aménagement d’un nouvel espace de vente dédié aux particuliers doit régler cette problématique. La halle gourmande permet, en plus, de mettre en avant le marché local et de saison », explique Jean-Paul Auguste.
Le président du groupe Géraud, qui gère en France des marchés sur plus de 300 communes, présente son projet :
« Nous sélectionnerons en fonction de leur originalité et de leur projet les commerçants pour occuper les emplacements restants dans la halle. Les grossistes seront prioritaires puisque le Marché-Gare est à la base un marché de gros. Dans un deuxième temps et selon la demande, nous inviterons des producteurs à s’installer à l’extérieur au niveau du parking (situé à côté du caviste Le théâtre du vin, ndlr). »
Les travaux de la future halle gourmande sont en cours, devant l’entrée du caviste Le théâtre du vin. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Toit végétalisé et semaines thématiques
« Le marché couvert sera quotidien », annonce Serge Oehler, président de la Société d’aménagement et de gestion du marché d’intérêt national de Strasbourg (Samins). Et d’ajouter : « Il y aura un toit végétalisé, avec notamment des fraises et de la ciboulette. »
Le nouvel espace accueillera aussi des semaines thématiques pour promouvoir la saisonnalité des aliments. Le groupe Géraud mettra son réseau d’implantation à l’étranger au service de la halle du Marché-Gare : « Vous pourrez goûter des mets anglais ou déguster du saumon norvégien », détaille Serge Oehler. « Comme c’est une halle gourmande, il ne s’agira pas seulement de ramener de bons produits pour cuisiner chez vous. Il y aura un espace dégustation ».