Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Sans prédateurs, les cerfs mangent la forêt vosgienne, avec la complicité des chasseurs

Sans prédateurs, les cerfs mangent la forêt vosgienne, avec la complicité des chasseurs

En Alsace comme ailleurs en France, les cervidés sont de plus en plus nombreux, et se nourrissent massivement des jeunes arbres, ne laissant plus le temps à la forêt de se régénérer. Les chasseurs refusent de réduire cette population, et prennent position contre le loup, le prédateur naturel des cerfs. Reportage dans les Vosges.

Des sapins, des hêtres et des épicéas, âgés de plusieurs dizaines d’années, forment une canopée diversifiée, sur les hauteurs d’Orbey, au fond de la vallée de Kaysersberg, dans le Haut-Rhin. Mais aux pieds de ces grands semenciers, quasiment aucune jeune pousse ne parvient à grandir. « La régénération naturelle de la forêt est compromise. Les cerfs sont trop nombreux et mangent les petits arbres », explique Francis Dopff. Le vice-président d’Alsace Nature montre les dégâts, de part et d’autre du sentier de montagne : « C’est un phénomène lent, mais d’envergure en France, causé par un déséquilibre écosystémique : les grands herbivores ne sont pas régulés, ni par les chasseurs, ni par leurs prédateurs. »

Dans les années soixante, des cerfs ont été réintroduits massivement dans tout le pays, avec une réglementation stricte pour les chasser. Depuis lors, leurs populations sont en constante augmentation. Elles ont doublé dans le Haut-Rhin ces dix dernières années. Selon l’Office National des Forêts (ONF), un tiers des bois français étaient déjà en situation de déséquilibre à cause de la surpopulation de cerfs, de chevreuils, et de sangliers en 2015. L’institution publique n’a pas transmis les dernières données sur le nombre de cervidés dans le massif vosgien à Rue89 Strasbourg. Ce chiffre est « trop sensible ». Francis Dopff, un béret imposant sur la tête, se rappelle que chez lui, à Orbey, la situation a commencé à mal tourner en 2013 :

« C’est là que les populations de cerfs ont atteint, ici comme à beaucoup d’autres endroits dans les Vosges, une trop forte densité pour que le renouvellement forestier soit possible. Ça empire avec les années. »

Paul Dopff a vécu de l’élevage mais est favorable à la présence du loup dans les montagnes. Photo : TV / Rue89 Strasbourg

Les cerfs croquent les sapins, les feuillus, et laissent les épicéas

Les hardes, c’est-à-dire les groupes de cerfs, de plus en plus nombreuses, se déplacent à la recherche de nourriture, en l’occurrence les jeunes arbres. Pour illustrer leur impact, Francis Dopff prend l’exemple des sapins, « très appétents pour les cerfs ». Sur le mont Faux, au dessus d’Orbey, ils sont nombreux. Mais au sol, les rares pousses sont endommagées par des crocs. En revanche, les jeunes épicéas, seul arbre que le cerf ne mange pas à cause de sa pointe dure et piquante, sont abondants. L’écologiste s’inquiète :

« Si on ne fait rien, on aura plus que des épicéas. Et encore, les cerfs se frottent aux jeunes arbres et cassent les écorce. Les épicéas n’y échappent pas. Ils meurent aussi mais plus tard. Tout cela cause des répercussions économiques sévères du fait de la dépréciation du bois. »

Les chasseurs refusent de tirer

Que font les chasseurs, autoproclamés premiers écologistes de France, avec leur casquette de grands régulateurs des écosystèmes ? Ils réfutent la surdensité de cervidés et son impact. Pour Gérard Lang, président de la Fédération des chasseurs du Bas-Rhin, « ce n’est pas le cerf mais l’exploitation forestière, en appauvrissant le sol, qui est responsable de cette situation ». « C’est un autre problème, qui est bien réel », reconnait Francis Dopff. Mais le spécialiste des écosystèmes montagnards pointe du doigt de jeunes sapins endommagés :

« On voit bien que les arbres pousseraient s’ils n’étaient pas mangés. Les chasseurs manipulent les arguments comme ça les arrange. »

En médecin légiste de la forêt, l’écologiste montre deux parcelles de 30 ares qui appartiennent à un ami. Elles sont encerclées par des barrières, qui ne laissent pas passer les cervidés. La différence est spectaculaire. Juste derrière le grillage, des dizaines de jeunes sapins se développent. Sur toute la surface protégée, des bouleaux, des chênes, des érables, ou encore du houx poussent aussi à côté des épicéas. Le naturaliste lâche :

« On est bien d’accords, je ne suis pas pour clôturer la forêt partout, mais cela permet au moins de prouver que le problème est lié à la surdensité de cerfs. »

De part et d’autre du grillage, la différence est impressionnante : du côté protégé, des dizaines de jeunes sapins grandissent. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

« La forêt n’est pas juste un terrain de jeu pour les chasseurs »

En février 2021, la préfecture du Haut-Rhin a demandé aux chasseurs de tirer davantage de cerfs, « pour les dégâts trop importants causés sur les cultures et les forêts ». Ils ont refusé. 80 chasseurs se sont même rassemblés devant la sous-préfecture de Colmar pour contester la consigne. Leurs homologues bas-rhinois l’avaient acceptée, à contre cœur. D’après Jacques Adam, vice-président de la fédération des forestiers d’Alsace, « les chasseurs n’ont aucune raison de diminuer le cheptel », ils souhaitent maintenir ce déséquilibre pour avoir « de belles parties de chasse au printemps, avec une abondance de gibiers ». Yves Verilhac, directeur général de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) en France, contacté par Rue89 Strasbourg, a la même analyse :

« Les chasseurs ont toujours voulu influencer les politiques environnementales en faveur d’une abondance de gibier. C’est logique, c’est leur intérêt. Mais la forêt n’est pas juste un terrain de jeu pour eux. »

Aujourd’hui âgé de 65 ans, Francis Dopff se souvient avoir intégré le mouvement des « Jeunes pour la Nature », ancêtre d’Alsace Nature, quand il avait 13 ans, en 1969. Aujourd’hui « référent Loup » de l’association écologiste, son profil est atypique : il a gagné sa vie en élevant des chèvres en montagne. Le jeune retraité, qui habite encore dans sa ferme, espère le retour du grand prédateur :

« Il faudra le laisser se développer à l’avenir, si on veut retrouver un écosystème équilibré. »

Le loup pourrait jouer le rôle de régulateur

Dans la même logique, la Société forestière suisse a pris position en faveur du loup : « Comme le lynx, le loup a un effet indirect positif sur le rajeunissement de la forêt, notamment par la prédation et la régulation du cerf », expliquait l’institution publique dans sa prise de position lors du débat d’une loi sur la chasse en 2019. En écologie, les grands prédateurs sont considérés comme des espèces clé de voute : ils ont un effet très important sur leur environnement, car ils régulent les populations de leurs proies. Cela implique des effets en cascade : les herbivores sont alors moins nombreux, ce qui permet l’établissement de certaines espèces végétales, et ces espèces végétales permettent l’installation d’espèces d’insectes par exemple. Ainsi, dans le parc de Yellowstone aux États-Unis, le retour du loup a permis la réapparition des saules, des peupliers, d’une végétation aquatique ou encore des castors.

Dans les Vosges, les loups et les lynx jouent un rôle majeur en théorie. Mais ils ont été éradiqués par la chasse au début du XXè siècle. Aujourd’hui, ils ont le statut d’espèce protégée, et leurs prélèvements sont très contrôlés. Des lynx ont été réintroduits et des loups, qui viennent des Alpes italiennes, colonisent la région depuis 2011. Mais leurs populations ont finalement du mal à s’établir, et « c’est très difficile de comprendre pourquoi », interroge Alain Laurent, président de l’Observatoire des Carnivores Sauvages :

« Cet hiver, seulement deux loups et cinq lynx ont été recensés sur le massif. Pourtant, tous les éléments sont réunis pour qu’ils s’établissent durablement : il y a des cerfs et de l’espace disponible. En 2013, peu après leur arrivée, il y avait eu une première reproduction. La femelle avait littéralement disparue à l’époque. En tout, il n’y a eu qu’un seul abattage officiel de loup, en 2020, depuis le retour du canidé dans les Vosges. Cela nous fait soupçonner le braconnage. Même si c’est très difficile à prouver, on sait que ça existe. Un lynx a été tué illégalement à l’hiver 2020 par exemple. »

La Fédération des chasseurs et la FNSEA, contre le loup

La Fédération Nationale des chasseurs (FNC), grand lobby de la chasse, très influent pour le gouvernement, prône une régulation drastique des prédateurs, pour que les cerfs maintiennent leur population. Des élus de la majorité vont dans le même sens. Joint au téléphone, Alain Perea, député LREM dans l’Aude, président du groupe de travail sur la chasse de l’Assemblée Nationale, estime que « les populations de cervidés ne sont pas trop abondantes en France », et qu’elles sont même « menacées par les loups ». Il assure aussi que ce grand carnivore « représente une véritable menace pour les humains ».

De son côté, la FNSEA, syndicat agricole majoritaire, a publié des communiqués pour sommer le gouvernement de « prendre des décisions contre la recrudescence du loup » :

« Une pression inhumaine et insupportable s’exerce aujourd’hui sur les éleveurs. Nous demandons une augmentation significative des tirs de loups autorisés, et la mobilisation des chasseurs. »

« Donner la parole aux scientifiques »

Officiellement, la France compte 580 loups aujourd’hui. Tous les ans, le ministère de l’Écologie fixe un nombre d’individus à tuer. Par exemple, en 2021, 110 abattages sont autorisés. L’objectif est que la population de loup n’augmente plus. Pour Francis Dopff, comme pour de nombreux écologistes, cette politique est inefficace contre les attaques sur les troupeaux de chèvres ou de moutons :

« Les loups sont tirés au hasard, pourvu qu’un certain nombre soit tué. Cela a pour effet d’éclater les meutes et de se retrouver avec des individus esseulés. Ce sont les solitaires qui attaquent les troupeaux justement, dans plus de 60% des cas. L’idée serait plutôt de viser les loups qui posent des problèmes. La cohabitation est possible entre les prédateurs et le pastoralisme, avec des clôtures, des chiens de protection et des tirs ciblés. »

Pour Yves Verilhac de la LPO, « les politiques environnementales sont trop influencées par les chasseurs, avec des conséquences néfastes pour les écosystèmes ». Il estime que la parole doit être donnée « aux scientifiques, pour établir une gestion des populations de prédateurs pertinente pour les écosystèmes et le pastoralisme ».

Francis Dopff, l’éleveur défenseur du loup, une brindille à la main, rêve d’un monde où ces vieux clivages sont dépassés :

« Il ne faut pas nier les problématiques. C’est un sujet à prendre à bras le corps. Il nécessite un débat qui ne soit pas abreuvé de faux arguments. Les forêts de montagne en dépendent. »

Le marché du vélo électrique en plein essor mais peu informé sur le recyclage

Le marché du vélo électrique en plein essor mais peu informé sur le recyclage

Depuis le 1er juillet, les habitants de l’Eurométropole de Strasbourg peuvent bénéficier d’une aide de 300 à 500 € pour l’achat d’un vélo électrique ou d’une prime de 150 € pour l’électrification. Depuis la crise sanitaire, le secteur est en plein essor. Mais les filières du reconditionnement et du recyclage des batteries sont pour l’instant moins sollicitées.

Avec le « Plan vélo » voté le 25 juin (voir notre article), l’Eurométropole continue à inciter ses habitants à pédaler. Depuis le 1er juillet, les particuliers résidant dans la métropole peuvent bénéficier d’une aide à l’achat pour l’acquisition de vélos à assistance électrique (VAE). Ils peuvent toucher entre 300 et 500 euros selon le type de vélo et selon leurs conditions de ressources. La municipalité a également mis en place une prime de 150 euros pour l’électrification d’un vélo classique. L’aide est rétroactive et concerne également les achats de VAE depuis le 1er janvier.

612 dossiers de demandes d’aides

Depuis juillet, 612 dossiers de demandes d’aides ont été déposés. La municipalité en a traité environ 500. Alain Jund (EELV), vice-président de l’Eurométropole en charge des mobilités, se réjouit de l’accueil du dispositif :

« Nous avons une idée un peu plus précise des profils : des personnages âgées mais aussi des salariés qui prennent ce vélo pour se rendre au travail. Le VAE peut être une alternative à la voiture ou aux transports collectifs. Il est également utilisé pour la pratique sportive. Tout le monde peut donc s’y retrouver. »

Un vélo électrique coûte en moyenne 2 000 euros. Il est possible de trouver des modèles d’entrée de gamme à partir de 400 euros. Le prix d’un vélo très haut de gamme peut même atteindre jusqu’à 12 000 euros. La durée de vie de la batterie dépend de la marque et du fabricant. Pour les premiers prix, la durée moyenne est seulement de 2-3 ans. En revanche, pour du haut de gamme, la batterie peut tenir jusqu’à 10 ans. « En théorie, une batterie tient 1 100 cycles de charge complets, sachant que l’idéal est d’être le plus possible entre 40 et 90 % de la charge. Il ne faut pas trop la laisser se décharger, et ne jamais la charger à bloc », précise Vincent Morel, salarié de la boutique Bike Avenue, avenue des Vosges.

Les VAE classiques, ainsi que les vélos cargo à assistance électrique sont éligibles pour bénéficier de l’aide de l’Eurométropole. La collectivité conseille d’acheter « un vélo de qualité plutôt qu’un vélo électrique à 500 euros. En effet, on sait que cela joue sur la qualité et la durée de vie de la batterie. L’objectif n’est pas de jeter le vélo au bout de peu de temps », indique Alain Jund.

Une augmentation des achats de VAE en raison de la crise sanitaire

Dans l’Eurométropole, une trentaine de magasins sont « partenaires véloptimistes » du dispositif. Pour les revendeurs, il n’est pas toujours facile de suivre la cadence car le secteur connaît des ruptures de stock. Sylvain Kozlik travaille dans la boutique Tendances cycles, avenue d’Alsace :

« Nous vendons beaucoup plus de VAE depuis 4-5 ans. Nous vendons à peu près tout ce que nous commandons, c’est-à-dire une centaine par an. Malheureusement, il y a du retard dans les commandes. Nous avons été livrés au mois de juillet au lieu de mars. »

Vincent Morel, salarié depuis 3 ans chez Bike Avenue, confirme cette tendance : 

« La vente de vélos en général a augmenté depuis les confinements. Les gens ne voulaient plus prendre les transports en commun. L’année dernière, on vendait 1 vélo électrique pour 5 vélos classiques. Donc la vente de vélos électriques représentait environ 40% du chiffre d’affaires. Il est trop tôt pour donner les chiffres de cette année mais c’est vrai qu’on est en rupture de stock. Les délais d’attente sont de 6 mois environ. Il y a des ruptures de stock partout. La France est moins bien approvisionnée que d’autres pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas qui sont des plus gros usagers de vélos électriques que nous. »

Les revendeurs de vélos électriques sont en rupture de stock. Il faut compter 6 mois d’attente environ pour les livraisons. Photo : LM / Rue89 Strasbourg

« Tous les gens qui viennent me parlent de l’aide »

Dans le cadre de l’aide à l’achat de l’Eurométropole, il est également possible de faire motoriser un vélo classique. Positionné sur ce créneau, la jeune entreprise Ohm & Watt a ouvert en mai 2021. Le directeur Thomas Hampe-Kautz prépare les vélos électriques dans l’atelier situé derrière la boutique : 

« Nous sommes très pris depuis que nous avons ouvert car pour l’instant, nous sommes les seuls à Strasbourg à pouvoir assembler sur place. Tous les gens qui viennent me parlent de l’aide. L’électrification coûte 890 euros quel que soit le modèle. Nous avons également des délais records : nous mettons environ une semaine pour préparer le vélo, contre 6 mois d’attente en moyenne pour acheter son VAE. »

Thomas Hampe-Kautz assemble les batteries des vélos à assistance électrique sur place, dans l’atelier derrière la boutique Ohm & Watt. Photo : LM / Rue89 Strasbourg

Thomas Hampe-Kautz n’a plus qu’à tout assembler sur le vélo : la batterie en lithium et le moteur qui pèse environ 3,9 kilogrammes. Les normes sont contrôlées : la classification VAE correspond à une limite de 25 km/h, une puissance de 250 watts, et un capteur de pédalage seul. « C’est beaucoup plus difficile à débrider qu’une trottinette. Il faut un mot de passe pour entrer dans le système, donc il faut vraiment être doué en informatique », précise le directeur de Ohm & Watt.

Le composant principal de ces vélos est donc la batterie en lithium :

« C’est l’élément le plus cher et le plus fragile du vélo. Le prix peut aller de 200 à 400 euros euros. 90% des pannes que nous avons sont liées à la batterie. Les gens ne font pas forcément attention, la laissent au soleil quand il fait trop chaud, dehors l’hiver ou alors sous la pluie. »

Thomas Hampe-Kautz, directeur de Ohm & Watt
La batterie lithium est le composant principal du vélo à assistance électrique. Elle pèse en moyenne 2,7 kg. Photo : Document remis

Des batteries reconditionnables qui le sont de moins en moins

Lorsque la batterie du vélo électrique devient défectueuse, il faut donc trouver quoi en faire. Il existe deux solutions : le reconditionnement ou le recyclage. À Haguenau l’entreprise Presta-batterie est spécialisée dans le reconditionnement des batteries, c’est-à-dire qu’elle remplace les cellules usagées par des cellules neuves à l’intérieur de la batterie. Fondée en 2014, elle compte aujourd’hui 6 salariés. Son directeur Philippe Dardel explique que la société est également débordée : 

« Nous reconditionnons environ 1 000 batteries par an et en ce moment, nous en refusons une centaine par mois car nous n’avons pas assez de main d’œuvre. Cela nous prend entre une semaine et dix jours mais les délais peuvent être plus longs ces derniers mois. Avec l’explosion du secteur, nous avons des pénuries de matières premières, notamment les cellules lithium-ion. Une batterie reconditionnée coûte entre 250 et 400 euros, dans les 300 euros en moyenne. »

Un procédé qui paraît donc écologique. Mais la tendance est en train de s’inverser depuis quelques années selon le directeur de Presta-batterie : 

« Nous avons un problème depuis 3-4 ans, certains fabricants font en sorte que les batteries ne soient pas reconditionnables. Cela concerne uniquement le haut de gamme pour l’instant. Sauf que ce sont des batteries qui coûtent entre 700 et 900 euros. Ils font cela pour protéger leur marché. Donc oui reconditionner c’est écologique, mais cela pourrait changer si les batteries ne sont plus reconditionnables. »

Autre option : le recyclage des batteries. Corepile et Screlec sont les deux éco-organismes en France agréés par l’État. Ce sont des sociétés privées sans but lucratif à qui l’État a donné une mission d’intérêt général : la gestion des déchets de piles et accumulateurs.

Seulement 25 000 batteries recyclées par an

L’entreprise Corepile, basée à Paris, compte 7 salariés et bénéficie de l’aide de 300 salariés travaillant dans les entreprises de collecte et traitement qui sont utilisées par Corepile. La filière piles et batteries portables existe depuis 20 ans. En revanche, l’éco-organisme a lancé sa filière spécialisée dans les vélos il y a 3 ans et demi. Le directeur général de Corepile, Frédéric Hédouin explique qu’il y a encore peu de besoin en termes de recyclage des batteries : 

« Ce sont des produits qui ont une durée de vie moyenne de 8-10 ans. De plus, avec un VAE, le cycliste doit pédaler, la batterie aide seulement dans les montées et à aller plus vite. Elle est donc beaucoup moins sollicitée que la batterie d’une trottinette par exemple. Nous recyclons 25 000 batteries par an, ce qui est très peu si on compare au nombre de piles recyclées qui est de 500 millions par an. Ce sont essentiellement des batteries de vélos mais nous ne trions pas par typologie de batteries ; nous récupérons des lots de batteries souvent non identifiables et parfois même partiellement démantelées. « 

Environ 65 à 70% de l’ancienne batterie sont recyclés

Pour récupérer les batteries, l’entreprise envoie un container de stockage et de transport à ses partenaires dans lequel il faut stocker les batteries. Quand il est plein, un collecteur passe et emmène le container au centre de tri. Le recyclage des métaux se fait ensuite selon deux catégories de procédés : la pyrométallurgie, par voie thermique, et l’hydrométallurgie par voie chimique. Corepile travaille avec deux usines en France : Euro Dieuze Industrie, à Dieuze, en Moselle (filiale de Veolia) et Snam, basée sur le site de Saint Quentin Fallavier (Isère).

« Pour résumer, on les passe dans un four pour déstructurer la matière. Nous récupérons environ 65 à 70% de l’ancienne batterie, qui sont ensuite réinjectés dans l’industrie métallurgique. C’est donc une économie circulaire. L’acier par exemple sert à faire de l’inox, utilisé pour tout ce qui est électroménager. Les 30% restants sont dépollués puis incinérés. »

Frédéric Hédouin, directeur général de Corepile

Un manque d’informations sur le recyclage

L’éco-organisme compte 1500 revendeurs partenaires sur le territoire, et seulement 5 à Strasbourg. Le département du Bas-Rhin compte une vingtaine de points de collectes, chez les marchands de vélos. Certains des revendeurs strasbourgeois interrogés ne savaient pas que ces organismes existaient. 

Pourtant, depuis le 1er octobre 2017, les magasins sont dans l’obligation d’accepter les batteries de vélo électrique à recycler de leurs clients. Pour Frédéric Hédouin, c’est aussi aux citoyens d’aller chercher l’information :

« L’information est disponible sur Internet. Nous n’avons pas les moyens de faire des grandes campagnes de communication. Mais l’information circule de plus en plus, les marques en parlent. Et il faut aussi le temps que les batteries arrivent à la fin de leur durée de vie. »

L’Eurométropole de Strasbourg a prévu une réunion à la rentrée avec les vélociste pour réfléchir au devenir des batteries. « Nous réfléchissions à la création d’une filière locale et nationale. Nous souhaitons développer à la fois le reconditionnement et le recyclage », indique Alain Jund.

EurOasis quitte le quai Jacoutot, la Ville rénovera les villas abandonnées à la Robertsau

EurOasis quitte le quai Jacoutot, la Ville rénovera les villas abandonnées à la Robertsau

En 2018, l’association EurOasis remportait l’appel à projet pour réhabiliter les trois villas du quai Jacoutot, en désuétude depuis plusieurs décennies. Mais depuis leur mise à disposition en 2019, l’association est dans l’impasse au niveau des travaux. La Ville choisit donc de rénover elle-même et de repositionner le projet.

Au quai Jacoutot à la Robertsau, le projet n’est plus le même. L’association EurOasis devait réaliser d’important travaux pour y réhabiliter les trois villas inhabitées depuis 15 ans et même 25, pour l’une d’entre elles. Le lieu devait accueillir des activités autour des « transitions écologiques, démocratiques et personnelles » et devenir une référence en Europe. Un hébergement type « auberge de jeunesse », de la restauration, une micro-crèche, une école alternative, de la permaculture, du yoga, des séminaires ou encore du coworking étaient envisagés. L’association estimait devoir réunir environ 3,5 millions d’euros de financement et faisait part de promesses de financements par divers organismes et même des personnalités (Pierre Rabhi, Cyrille Dion, Mathieu Ricard, Isabelle Delannoy).

Le 31 mars 2021, aucun de ces grands chantiers n’a débuté. Ainsi, la municipalité écologiste n’a pas renouvelé la convention d’occupation précaire attribuée depuis l’été 2019. Seul l’espace permaculture continuera à vivre au moins jusqu’au 31 décembre 2021. Ainsi se termine l’appel à projet ambitieux attribué par la Ville de Strasbourg avec peut-être un peu de légèreté et d’utopie en 2018.

Accumulation de difficultés

Un conflit juridique avec le voisin, un changement d’équipe à Euroasis suite à un conflit interne, des confinements et un état des maisons plus dégradé que prévu… Les difficultés se sont accumulées pour l’association fondée dans l’unique but de transformer cet espace aussi verdoyant qu’abandonné. Dans ce contexte, les partenariats et importants financements espérés ne sont jamais venus.

euroasis
La rénovation des villas n’a pas débuté Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

L’avenir du quai Jacoutot revient à un modèle bien plus classique. C’est finalement la Ville de Strasbourg qui conduira et financera les travaux sur ces villas qui lui appartiennent. Elle déverrouillera ainsi une situation devenue inextricable. Le calendrier est encore approximatif et la municipalité se donne comme objectif une ouverture pour « la fin du mandat (durant l’été 2026, ndlr) ».

La Ville assurera le financement

Face à la stagnation de la situation, Marc Hoffsess, adjoint à la maire en charge de la transformation écologique et élu-référent du quartier Robertsau-Waken, estime que la municipalité « a pris ses responsabilités » :

« EurOasis poursuit un projet de contenu, pas un projet d’ingénierie immobilière et de montage de dossiers pour rénover des villas. Ce n’est pas un promoteur. Les villas sont dans un état qui devient dangereux, ne serait-ce que pour y entrer. Il faut faire les travaux le plus vite possible. »

Beaucoup de charme, mais des maisons en très mauvais état qui se délabrent. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Dans les trois villas de 250 mètres-carrés, la première « rénovation légère » – avec un complexe système de bénévolat en échange de parts dans la future société coopérative – prévue à l’automne 2019 n’a jamais démarré. Quelques mois plus tard, l’association n’a plus eu accès aux bâtiments, où des problèmes d’amiante dans les murs et de mercure dans les sols ont été révélés.

Dès le départ, Euroasis s’est aussi heurté à un recours en justice. Le voisin, qui estime avoir été lésé dans l’appel à projets (Rue89 Strasbourg l’expliquait en septembre 2020, parmi les multiples difficultés que rencontrait déjà l’association) a attaqué la décision du jury de la précédente municipalité. « Il y avait toujours la menace d’une sanction qui aurait anéanti tout le travail accompli », décrit Marc Hoffsess. Comme l’appel à projets n’existe plus, le recours qui le concerne s’éteint par la même occasion. Pratique.

Vers un lieu d’éducation à la nature

Pour autant, la municipalité ne coupe pas les ponts avec EurOasis. Bien au contraire. Au crédit de l’association, Marc Hoffsess cite le développement du jardin de permaculture, la construction d’une hutte en terre cuite ou la tenue d’un camp Climat fin août 2020, qui « témoignent d’une volonté respectable ». Depuis avril 2020, l’association accueille par ailleurs un point de retrait de commandes de « La Ruche qui dit Oui », qui permet à des agriculteurs locaux de vendre leur production. On est loin des grandes ambitions initiales, mais le lieu vivote avec quelques événements.

La hutte en terre cuite fait partie des réalisations de l’association Euroasis. Ici en septembre 2020. Photo : Manuel Avenel / Rue89 Strasbourg

Avec le changement de maître d’ouvrage, les parties prenantes changent aussi. EurOasis ne sera plus seule à avoir les clés. Elle sera associée à différentes associations naturalistes comme Alsace Nature, l’Office des Données Naturalistes (Odonat) du Grand Est ou France Nature Environnement, qui cherchent depuis les années 1990 un lieu commun d’envergure pour y installer leur siège, mais aussi des activités de formation et à destination du grand public.

Adjointe à l’urbanisme, Suzanne Brolly aimerait que la nouvelle version du quai Jacoutot propose « une approche familiale » sur l’éducation à l’environnement. Le lieu serait complémentaire de la Ferme Bussière au parc de Pourtalès à la Robertsau dont les activités sont « plus scolaires ». Ces ateliers pourraient dès lors bénéficier des financements de l’Eurométropole, compétente dans ce domaine.

L’espace permaculture a été aménagé et a trouvé son fonctionnement. Photo : Manuel Avenel / Rue89 Strasbourg

Soulagement pour EurOasis

Du côté d’Euroasis, la nouvelle équipe accueille cet engagement financier par la Ville avec soulagement. À la rentrée, elle devrait trouver un point de chute temporaire au quartier du Heyritz à travers un partenariat avec Sikle, une entreprise strasbourgeoise qui ramasse et composte les déchets organiques de professionnels.

« Savoir que la Ville accompagne est un signe positif », estime Somhack Limphackdy, une des co-présidente de l’association et arrivée avec la nouvelle équipe d’EurOasis. Elle trouve le nouveau projet « tout aussi enthousiasmant » :

« La situation a montré les écueils du système actuel. Elle renforce la certitude qu’il y a un besoin d’une volonté politique pour accompagner ce changement. Tout seul, ce n’était pas possible. »

Selon la bénévole, l’association bénéficie encore « d’avances financières de personnes membres » qui datent de l’amorce du projet. Elles lui permettent d’envisager sereinement ce déménagement. Mais la structure devra ensuite se positionner sur les futures activités pédagogiques, via des conventions et en nouant de nouveaux partenariats financiers.

La ville aimerait associer EurOasis à la rénovation des villas à travers un chantier participatif et écologique… si cela est possible réglementairement. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

L’association EurOasis a désormais deux ans pour mettre au point le projet détaillé avec les autres associations environnementales de Strasbourg. De ces besoins précis dépendront les aménagements dans les maisons et la programmation des travaux, qui devraient également nécessiter deux années.

Enfin dans son communiqué en avril, l’association EurOasis disait espérer également « l’obtention d’un nouveau lieu en adéquation avec [s]es projets structurants » imaginés à l’origine. Encore un autre chantier d’envergure… où tout recommence à zéro.

À la SPA Strasbourg : « À un moment de ma vie, je me suis sentie aussi abandonnée que ces animaux »

À la SPA Strasbourg : « À un moment de ma vie, je me suis sentie aussi abandonnée que ces animaux »

Dans des conditions parfois difficiles, bénévoles et salariés de la SPA strasbourgeoise font leur maximum pour accueillir dignement des dizaines de chiens, parfois plus de 200 chats, des tortues, des lapins… Mais l’association offre aussi un refuge aux âmes perdues, parfois isolées, et aux amoureux des animaux.

9h30. Le téléphone sonne à l’accueil de la SPA de Strasbourg. L’appel concerne un abandon. Sur le ton d’une phrase répétée à l’infini, l’une des deux secrétaires répond : « Nous n’acceptons plus de chats, nous sommes déjà plein. » Quelques heures plus tard, Anne fait face à une directrice d’Ehpad venue remplir « un formulaire d’abandon pour Pépette, la tortue d’une résidente décédée. » En contrat aidé depuis octobre 2020, Anne s’est « remise dans le circuit » grâce à la SPA strasbourgeoise. Suite au diagnostic d’un cancer, elle a perdu son travail. Son mari l’a quittée. À l’accueil de l’association de protection des animaux, la femme aux cheveux bouclés se sent bien ici : « Peut être parce que ça fait du sens pour moi de ma vie, à un moment, je me suis sentie aussi abandonnée que ces animaux. »

Anne, à l’accueil de la SPA Strasbourg : « A un moment, je me suis sentie aussi abandonnée que ces animaux. » Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

« Ici, tout le monde est surmené en général »

En tenue sportive à côté du comptoir, Simon jette un œil au programme de la journée : 14h, présentation d’un chien pour adoption. 15h, abandon de tortue. 17h, départ pour enquête sur des signalements de maltraitance. « Ici, tout le monde est surmené en général, les bénévoles comme les salariés », annonce le jeune homme. Avec le début des vacances d’été et la fin de son contrat d’assistant d’éducation au lycée Fustel, le trésorier et bénévole de l’association passe plus de temps ici : « Certaines semaines, je peux atteindre les 50 heures sur place », estime-t-il, le sourire aux lèvres.

Simon fait visiter les lieux, à commencer par les bureaux de l’association. À côté des ordinateurs, une tortue nage dans un aquarium. Dans la salle de réunion, à côté, un étrange amphibien blanc se cache dans un autre cube de verre, climatisé celui là. C’est la première fois que la SPA strasbourgeoise doit accueillir un axolotl, une espèce aussi fragile que menacée à l’état sauvage, qui ressemble à un têtard géant.

Simon présente un premier chien à Audrey et Laurent. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Une fiche pour améliorer le replacement

Au-delà de son bâtiment administratif à Cronenbourg, la SPA de Strasbourg se divise en deux grandes parties. Des enclos pour chiens d’un côté, difficilement séparés par un double grillage. Lors de notre visite, vendredi 30 juillet, 57 petits toutous, chiots, bergers allemands et autres molosses attendaient l’adoption.

Dans un brouhaha d’aboiements croissant, Simon passe devant chacun d’eux en passant les doigts dans les trous des barrières metalliques. L’obsession du jeune homme : replacer correctement les chiens et éviter au maximum de les voir revenir :

« J’ai mis en place une fiche pour avoir le maximum d’informations sur le chien. Est-ce qu’il est sociable ? Est-ce qu’il peut vivre dans un appartement, avec des enfants ? C’est pour ça qu’on préfère quand les propriétaires viennent déposer leurs animaux plutôt que de les laisser comme des objets… Si on connait le chien, ça nous permet de mieux organiser l’adoption. »

« On est souvent dépassé par la situation »

En face des chiens, un bâtiment accueille les chats et autres lapins. Du côté des félins, la SPA déborde : plus de 240 chats se trouvaient ici à la fin du mois de juillet. Les locaux offrent une capacité d’accueil de 172 félins… Simon ouvre la porte sur une pièce pleine de petites cages de 30 cm sur un mètre. Les chats y sont parfois entassés. Ici, une mère semble habituée se reposer dans sa litière. À ses côtés, des chatons partagent le peu d’espace restant. « C’est tellement galère, entre le nombre d’abandons et nos moyens, on est obligé de produire de la maltraitance », regrette Simon.

Dans une salle voisine, une jeune femme de 25 ans passe la serpillère depuis 8 heures du matin. Il est presque midi. Elle ne finira de nettoyer dans une heure ou deux. Il faudra ensuite passer au nourrissage de tous les chats. Sur le papier, Morgane est censée travailler huit heures par jour. Après avoir obtenu une licence en psychologie, l’étudiante a eu besoin d’une « pause ». Mais la parenthèse est loin d’être reposante. L’ancienne service civique, désormais en CDD, vient souvent plus tôt, et part plus tard : « On est souvent dépassés par la situation », explique-t-elle.

« Lui, si je ne viens pas le matin, personne ne le sort »

Toute la journée, des bénévoles passent devant un tableau sans cesse actualisé : il présente la liste des chiens à promener. Au fond de la SPA se trouvent les canidés les plus excités. Lorsque l’on passe devant, que les aboiements vont crescendo, un bénévole calme un berger allemand en lui parlant près de l’oreille et le caressant. L’homme semble toiser du regard le journaliste étranger qui a excité son toutou préféré. À deux reprises, l’homme ignore les tentatives d’approche. Thierry, promeneur bénévole depuis plus de trois ans, n’est pas étonné par ce comportement : « Ici, on trouve aussi des gens peu enclins à discuter, mais ils donnent tout aux animaux, c’est comme ça qu’ils trouvent de l’amour. »

Thierry, promeneur bénévole : « Ici, on trouve aussi des gens peu enclins à discuter, mais ils donnent tout aux animaux. C’est comme ça qu’ils trouvent de l’amour. »

Pour Martine, enseignante en collège et promeneuse bénévole, l’engagement à la SPA est une « addiction ». Lors des vacances scolaires, le week-end, elle s’occupe des quelques chiens difficiles. Ils sont là depuis plusieurs années parfois. Du fait de leur agressivité, des mauvais traitements subis, aucune famille ne veut d’eux. « Lui, si je ne viens pas le matin, personne ne le sort », explique-t-elle en désignant un vieux berger allemand. Son plaisir, elle le trouve « dans le regard du chien, je vois qu’il est content de me voir arriver, parce qu’il me fait confiance. »

Adoption et mains croquées

En début d’après-midi, un couple arrive de Mulhausen pour adopter. Le premier chien présenté, Rio, porte une collerette. Il aboie sans cesse. Lorsque Simon le lâche, il commence par me pincer vivement le mollet. Puis il égratigne l’avant-bras du mari. Alors le bénévole retourne dans les autres enclos, avec Laurent et Audrey. La femme s’arrête devant chaque cage où le chien ne montre pas les crocs : « Oh t’es mignon toi, mon pauvre, ils t’ont abandonné… »

Le couple s’en va après avoir payé les 280 euros pour l’adoption… mais sans le chien. Deux stagiaires de la SPA iront dans l’après-midi même chez Laurent et Audrey pour s’assurer que le petit chiot nommé Colette sera en sécurité chez eux.

Malaurye fait partie du duo qui se rendra chez le couple. Étudiante pour devenir auxiliaire spécialisée vétérinaire, la jeune femme de 23 ans a les deux mains bandées. La première porte deux points de suture provoqués par Tyson, un staff bull terrier. La seconde main a été blessée lorsque Malaurye a voulu dégagé sa première main des crocs du chien. « C’est un chien de combat, il a juste de mauvaises habitudes », dit-elle en souriant. Simon rétorque du tac au tac : « Ce n’est pas un chien de combat, avec ses énormes oreilles, c’est impossible qu’il a fait des combats… Et si tu dis ça, personne ne va l’adopter ensuite. »

Signalements et enquête de terrain

La fin de la journée approche. Catherine s’apprête à partir. Active dans l’association depuis 28 ans, elle enquête suite à des signalements de maltraitance sur des animaux. Aujourd’hui, elle se rendra devant quatre domiciles de l’Eurométropole de Strasbourg. Ce sont souvent les voisins, parfois des proches ou des passants, qui signalent un chien qui a trop maigri, des animaux malades ou coincés dans une cage minuscule ou sur une petite terrasse… De cette tournée ponctuée d’insultes et de menaces, Catherine rentrera, non sans l’aide de la police, avec deux chiens supplémentaires pour la SPA de Strasbourg.

La première maison du périnée en France ouvrira le 23 août à Strasbourg

La première maison du périnée en France ouvrira le 23 août à Strasbourg

La première maison du périnée en France va ouvrir ses portes le 23 août à Strasbourg, place Kléber. La médecin et sexologue Chloé Blum est à l’origine de ce projet qui rassemble des professionnels médicaux et non médicaux spécialisés dans les troubles du périnée chez les hommes, les femmes et les enfants.

Vous ne saviez pas que vous avez un périnée ? Pourtant, les hommes comme les femmes en ont un. Pour la première fois en France, une maison dédiée à ce muscle encore méconnu ouvrira le 23 août à Strasbourg, au numéro 1 de la place Kléber. Le principe est simple, rassembler des médecins et d’autres professionnels de santé pour prendre en charge tous les troubles du périnée.

Chez les hommes et les femmes, le périnée représente un ensemble de muscles et de ligaments situé entre l’anus et les parties génitales. Il forme une sorte de hamac qui soutient les organes du petit bassin. Il comprend en avant la vessie et son sphincter, au milieu chez les femmes le vagin et en arrière l’anus et son sphincter. La bonne santé de cet ensemble de muscles contribue à prévenir des problèmes de santé, comme l’incontinence urinaire, les descentes d’organes et la constipation.

Les hommes et les femmes ont un périnée, ensemble de muscles et de ligaments situé entre l’anus et les parties génitales. Photo : Source Planning familial

Une équipe multidisciplinaire

Chloé Blum, sexologue et médecin spécialisée dans les troubles urinaires, fécaux et sexuels, est à l’origine de la création de la maison du périnée

« Je voulais créer un lieu avec une équipe multidisciplinaire. Ce type d’initiative existe déjà dans certains Centre Hospitalier Universitaire (CHU) mais ce n’est pas la même démarche. L’intérêt ici est que des professionnels médicaux et non médicaux travailleront ensemble. Nous pourrons allier nos connaissances face à des cas complexes et nous pourrons ainsi tester plusieurs approches. »

L’équipe sera composée de quatre autres professionnels : Caroline Batzenhoffer, sage-femme sexologue, Marie-Flore Laslandes, sexothérapeute, Hugo Suguenot, kinésithérapeute spécialisé dans la gestion des douleurs chroniques et Mélanie Pryzbyla, diététicienne spécialisée dans les troubles de la périnatalité et troubles hormonaux. 

Des ateliers pour faire « tomber les tabous »

« Le principe est le même que celui d’un cabinet libéral. La particularité ici est que nous sommes plusieurs praticiens différents regroupés au même endroit. Pour les remboursements, cela dépend de la convention de chaque professionnel », précise la docteure Blum. Elle espère recruter encore quelques personnes, notamment un psychologue spécialisé dans les douleurs chroniques. L’initiative de la médecin et sexologue va plus loin qu’un simple cabinet. La maison du périnée proposera des ateliers collectifs en fonction des spécialités de chaque professionnel : 

« Nous voulons aussi développer l’interaction avec les patients et patientes avec des ateliers qui permettront de faire tomber les tabous qui entourent le périnée. L’objectif est aussi de faire prendre conscience aux hommes qu’ils en ont un. En effet, il est recommandé de muscler leur périnée de manière préventive pour éviter les troubles de l’érection et de l’éjaculation. »

Dr Chloé Blum, médecin spécialisée en pelvi-périnéologie (urologie de la femme) et sexologue

Marie Flore Laslandes animera un atelier abordant la question suivante : « Comment parler de sexualité avec nos enfants ? » Un atelier « Des règles et nous » est prévu pour mieux appréhender les changements liés à la puberté et mieux gérer les règles. 

De nombreuses situations peuvent fragiliser le périnée, comme l’accouchement, mais aussi le port de charges lourdes régulières, la constipation… Photo : Source Planning Familial

Le périnée, un organe fragile

De multiples situations peuvent fragiliser cet ensemble de muscles situés au niveau du bassin. Chez les femmes, la conscience du périnée est davantage acquise, notamment car la rééducation est devenue une norme après un accouchement. Mais le tabac, le surpoids, le port de charges lourdes régulières, la constipation, etc. sont autant de facteurs qui peuvent l’altérer. 

Pour Chloé Blum, il est grand temps de s’intéresser au périnée :

« Le périnée englobe l’ensemble des trois tabous liés à l’intimité : pipi-caca-sexe. En consultation, il est difficile de parler de tels sujets à son médecin. Aucun de ces troubles n’engage le pronostic vital alors les patients se disent que ce n’est pas si grave. Ils finissent par s’habituer à des situations difficiles comme faire pipi 15 fois par jour, une perte d’érection… Et cela finit par avoir un impact sur leur qualité de vie. »

Le rôle du périnée dans le plaisir sexuel

Suivre une éducation ou une rééducation du périnée permet également d’améliorer sa vie sexuelle, comme le détaille la docteure Chloé Blum :

« C’est surtout la prise de conscience qui permet une amélioration des sensations. Chez les hommes, muscler leur périnée permet d’avoir une meilleure érection. Chez les femmes, elles prennent souvent conscience qu’elles en ont un après l’accouchement. C’est cette prise de conscience qui fait qu’elles connaissent mieux leur corps et ont donc une meilleure sexualité. »

Atteintes de vulvodynie, la galère de deux Alsaciennes pour se faire soigner

Atteintes de vulvodynie, la galère de deux Alsaciennes pour se faire soigner

La vulvodynie est une maladie encore méconnue et taboue qui touche entre 8 et 16% des femmes. Il faut des années pour obtenir un diagnostic, en raison du manque de professionnels formés.

« Lorsque je faisais une crise de vulvodynie, j’avais l’impression qu’on me brûlait la vulve avec un briquet et je ne pouvais ni m’habiller, ni sortir. » Élodie est atteinte de vulvodynie. Cette maladie encore méconnue et taboue touche entre 8 et 16% des femmes, selon les chiffres de l’ISSVD (une organisation américaine spécialisée dans l’étude des maladies vulvo-vaginales). Elle se définit comme une douleur chronique ou périodique localisée sur la vulve. C’est une pathologie difficile à traiter et à diagnostiquer car elle ne comporte pas de symptômes visibles.

Un délai moyen entre 5 et 7 ans pour se faire diagnostiquer

Habitante de Schlierbach, Élodie, 26 ans, a commencé à ressentir des douleurs à la vulve il y a environ trois ans :

« J’avais l’impression qu’on me brûlait la vulve avec un briquet. Lorsque je faisais une crise, je ne pouvais ni m’habiller, ni sortir. Heureusement, mes patrons étaient compréhensifs et je pouvais me mettre en télétravail, sinon je ne sais pas comment j’aurais fait. Cela me gâchait la vie, je n’osais même pas en parler à mon conjoint. »

En un an, cette habitante de Schlierbach s’est rendue trois fois aux urgences de Mulhouse. On lui a diagnostiqué des cystites, des mycoses et prescrit des antibiotiques. La jeune femme a ensuite consulté cinq gynécologues et trois sages-femmes à Colmar et Mulhouse. C’est finalement Jennifer Trubaluk, sage-femme à Rixheim, qui lui diagnostique une vulvodynie, à l’aide du « test du coton-tige ». Ce test consiste à poser un coton-tige au niveau de l’abouchement des glandes de Bartholin, situées de part et d’autre de la vulve. Si la douleur est immédiate à la pression du coton-tige, le test est positif. Cette douleur peut être plus importante d’un côté que de l’autre.

Le test du coton-tige permet de diagnostiquer une vulvodynie. Si la douleur est immédiate à la pression du coton-tige, le test est positif. Photo : document remis

Élodie a eu de la chance : le délai moyen entre le début de la douleur et le diagnostic d’une vulvodynie se situe entre cinq et sept ans, selon le Centre Hospitalier Lyon Sud. Corinne Claudot, sage-femme à Golbey dans les Vosges, abonde :

« La plupart de mes patientes ne viennent pas pour ce motif, mais on s’en rend compte lors de la consultation. J’ai une patiente qui a été diagnostiquée au bout de sept ans, après sa deuxième grossesse. »

Une douleur physique et psychologique

Pour Morgane (le prénom a été modifié), 18 ans et à peine sortie du lycée, les douleurs ont commencé il y a deux ans, lors de vacances aux États-Unis avec sa famille. Au début, elle pensait qu’il s’agissait d’une mycose. Elle suit donc un traitement. Une fois de retour en France, elle consulte plusieurs gynécologues et spécialistes. La douleur était de pire en pire alors qu’elle n’avait pas de mycose :

« J’étais prête à tout essayer. Je ne pouvais pas vivre ma vie normalement : je n’allais presque pas en cours, je ne pouvais pas m’habiller comme je voulais, ni sortir avec mes amis. Ce n’était pas possible d’avoir une sexualité comme les autres… Psychologiquement, c’est très difficile. J’avais l’impression que je n’allais jamais m’en sortir. »

« Au bout de 6 mois, les douleurs étaient toujours là »

Désespérée, la lycéenne cherche des remèdes sur Internet et finit par se convaincre de suivre un régime très strict, pendant six mois, car elle pense qu’une alimentation déséquilibrée pourrait être à l’origine de ce qui lui arrive. Pas de sucre, pas de lactose, pas de gluten… « Mais au bout de 6 mois, les douleurs étaient toujours là. » 

Morgane décide alors de voir une psychologue, ce qui est le cas pour de nombreuses patientes. Mais la vulvodynie n’est pas pour autant une maladie psychologique :

« C’est une maladie qui a des répercussions psychologiques. Ressentir de la douleur en permanence est très difficile psychologiquement. De plus, comme elles sont diagnostiquées au bout de plusieurs années, c’est une inquiétude permanente. Et enfin, cette maladie a un impact sur leur sexualité puisqu’elles ne peuvent pas avoir de relations comme elles le souhaiteraient. »

Jennifer Trubaluk, sage-femme à Rixheim

Les traitements ne fonctionnent pas toujours

Morgane continue ses recherches sur Internet et tombe sur un article qui mentionne les symptômes de la vulvodynie et se dit que cela pourrait être ce qui lui arrive. Prête à faire le déplacement partout en France, elle contacte une sage-femme à Lyon qui mentionne la vulvodynie sur son site, Camille Tallet. Cette dernière lui recommande Jennifer Trubaluk, plus proche du domicile de la lycéenne.

Une fois diagnostiquée, le traitement peut commencer. Dr Émilie Faller, gynécologue médical et obstétrique au centre hospitalier universitaire à Strasbourg détaille un processus qui prend au minimum 6 mois :

« Nous sommes souvent démunies car les traitements que nous proposons à nos patientes ne fonctionnent pas toujours. Nous leur prescrivons des médicaments, des crèmes, de la kinésithérapie et nous adaptons en fonction des cas. Il y a peu de recherches en France sur le sujet. Quand on tape « vulvodynie » dans Pubmed, le principal moteur de recherche en médecine, on compte 65 articles sur la vulvodynie dans l’année en cours contre 1914 pour l’endométriose. »

Un traitement pluridisciplinaire

Élodie et Morgane sont toutes les deux suivies par Jennifer Trubaluk. Cette sage-femme a fait ses études en Belgique et est spécialisée dans les pathologies vulvaires :

« Lorsqu’on parvient à mettre un nom sur la maladie, souvent les patientes se mettent à pleurer de soulagement. Un bon diagnostic est la première étape du traitement. Ensuite, il faut une prise en charge pluridisciplinaire : être suivie par une sage-femme et un.e kinésithérapeute pour les exercices de rééducation du périnée, une dermatologue pour se faire prescrire des crèmes à appliquer sur la vulve, un.e gynécologue qui prescrit les médicaments contre la douleur et enfin, consulter un.e psychologue ou sexothérapeute pour les femmes qui en ressentent le besoin.« 

Élodie a dû se rendre à Lyon pour voir un gynécologue, le Dr Étienne Beaufils :

« Je n’ai pas trouvé de gynécologue formé pour me suivre et qui soit proche de mon domicile. J’ai donc préféré faire le déplacement, même si cela a un coût financier. Heureusement je n’ai fait qu’un seul rendez-vous en présentiel, les consultations se font maintenant en visioconférence.« 

Certains médicaments utilisés dans le traitement de la vulvodynie ne peuvent être prescrits par la sage-femme, notamment ceux qui diminuent les douleurs.

Cette maladie est à la fois dermatologique, car elle touche les tissus de la vulve, gynécologique, musculaire et a une dimension psychologique. Il faut donc allier différentes méthodes pour la guérir. Élodie se rend chez une sage-femme pour une séance de rééducation avec par semaine. Elle prend des médicaments pour réduire la douleur et consulte un ostéopathe une fois par mois. Elle a aussi des crèmes à appliquer au niveau de la vulve. De son côté, Morgane voit la sage-femme une fois par semaine, prend des médicaments toutes les semaines, ainsi que de l’homéopathie :

« Je ne suis pas encore guérie mais ça va beaucoup mieux. Le plus frustrant avec cette maladie, c’est qu’il faut être patiente. Il faut se réjouir des petites victoires. La douleur peut revenir et c’est ça qui fait le plus peur. »

Les patientes atteintes de vulvodynie doivent souvent prendre des médicaments toutes les semaines, notamment pour diminuer la douleur. Photo : Volodymyr Hryshchenko / Unsplash

Virginie Lutz-Chaussemy, dermatologue spécialisée dans la prise en charge des pathologies vulvaires à Strasbourg, oriente ses patientes vers des kinésithérapeutes qui s’occupent de la dimension musculaire de la vulvodynie : 

« Ces professionnels ont des techniques particulières. Ils font des exercices de rééducation du périnée, ce qui permet de relâcher les muscles internes et externes des patientes. De mon point de vue, cela fonctionne vraiment. J’ai beaucoup de patientes qui vont mieux rien qu’avec ce type d’exercice. »

Pas assez de spécialistes formés en Alsace

Il existe très peu de formations en France, spécialisées dans les pathologies vulvaires. Contactés, plusieurs professionnels indiquent à Rue89 Strasbourg avoir suivi une formation à Paris ou à Lyon. Le Centre hospitalier Lyon Sud a ouvert une consultation spécialisée en 2019, alliant gynécologie et dermatologie.

Les gynécologues sont censés être formés sur ces questions pendant leurs études. Cependant, Élodie et Morgane ont toutes les deux consulté plusieurs gynécologues qui ne leur ont pas détecté de vulvodynie et leur ont répondu que « c’était dans leur tête ».

Les causes des vulvodynies sont encore inconnues. En France, les douleurs des femmes intéressent peu la recherche. Rappelons que l’endométriose (une maladie qui déclenche des douleurs pendant les règles) a été décrite pour la première fois par le médecin tchèque Karel Rokitansky en 1860, mais n’est entré dans les programmes des études de médecine qu’en septembre 2020.

#vulve

Deux rassemblements et une manifestation en six jours contre le pass sanitaire

Deux rassemblements et une manifestation en six jours contre le pass sanitaire

Le collectif anti pass 67 appelle à une troisième manifestation à Strasbourg samedi 7 août. Deux rassemblements statiques place Kléber sont aussi annoncés pour les dates clés de l’entrée en vigueur du dispositif sanitaire contesté.

Les opposants au pass sanitaire parviendront-ils à mobiliser encore plus de soutiens ? À l’approche de l’extension programmée du dispositif, le collectif Anti-pass 67 multiplie les rendez-vous revendicatifs. Une manifestation et deux rassemblements statiques sont annoncés en ce début du mois d’août.

Pour rappel, dès le 9 août, la présentation d’un Pass sanitaire devrait conditionner l’accès aux cafés, restaurants, centres commerciaux, hôpitaux, maisons de retraite, établissements médico-sociaux, les voyages en avion, train et car pour les trajets de longue distance. Pour entrer dans ces lieux, il faudra montrer soit une attestation de vaccination complète, soit un test PCR ou antigénique négatif de moins de 48h, ou une preuve guérison du Covid (un test positif de plus de 11 jours, mais moins de six mois).

Des licenciements possibles

Cette liste s’ajoute à celle des lieux de loisirs recevant 50 personnes depuis le 21 juillet (voir encadré en fin d’article). « D’autres lieux pourront s’ajouter à la liste selon l’évolution de la situation sanitaire », indique le gouvernement.

Le personnel des établissements concernés doit aussi présenter ce pass à compter du 30 août. Si tel n’est pas le cas, la loi permet une suspension de salaire, voire à terme des licenciements. Par ailleurs, la loi oblige le personnel soignant à être complètement vacciné à compter du 15 septembre.

Pour contester la loi votée le 25 juillet, trois nouvelles dates ont donc été annoncées par le collectif Anti-pass 67 :

    L’habituel rassemblement du mercredi est décalé au jeudi 5 août de 18h à 20h place Kléber. Il s’agit du jour de la décision du Conseil constitutionnel sur le projet de loi. L’institution pourrait supprimer des passages de la loi s’il relève des atteintes aux principes d’égalité et aux libertés garanties par la Constitution française.Le samedi 7 août, l’après-midi, une nouvelle manifestation dans les rues de Strasbourg est programmée. Le rendez-vous est fixé à 13h place Kléber. Le cortège ralliera ensuite la place de la République.Enfin, un nouveau rassemblement place Kléber pour des prises de paroles est prévu lundi 9 août de 18h à 21h. Il s’agit du jour d’entrée en vigueur prévue du Pass sanitaire en France

La décision du conseil constitutionnel très attendue

Delphine Bergmann, membre de l’organisation au sein du collectif Anti-pass 67, estime que la décision du Conseil constitutionnel sera déterminante pour la suite de la mobilisation :

« On espère que le Conseil constitutionnel retoque toute la loi, même si on y croit peu. Cependant, peut-être que sur les licenciements et l’accès aux hôpitaux, qui concerne des soins non urgents mais des traitements lourds comme le cancer, on peut espérer une censure. Du côté du collectif, on souhaite naturellement un troisième samedi plus massif pour montrer qu’on ne lâche pas. Ce sont des manifestations représentatives de la France et de son hétérogénéité, avec des personnes de tous bords politiques. C’est pour certains leurs premières manifestations. Il y a des personnes non-vaccinées, mais aussi des personnes vaccinées qui s’opposent à ce type de discrimination. »

Comme ailleurs en France, les détracteurs du pass sanitaire en Alsace ont réussi à mobiliser au cœur de l’été. À Strasbourg, 4 à 5 000 personnes ont manifesté samedi 31 juillet. Une mobilisation similaire à la semaine précédente et plutôt conséquente par rapport aux standards de la capitale alsacienne. À Mulhouse, environ 6 000 personnes ont battu le pavé le même jour, ce qui fait du 31 juillet le plus grand rassemblement depuis la contestation du CPE en 2006 selon les Dernières Nouvelles d’Alsace.

La place Kléber est le point de rendez-vous de tous les rassemblements et des manifestations du week-end. Photo : PF / Rue89 Strasbourg

Début de recul de l’épidémie dans le Bas-Rhin

Dans le Bas-Rhin, les nouveaux cas sont en légère baisse depuis quatre jours. Cette évolution fait suite à près de quatre semaines de hausse ininterrompue suite à l’irruption du variant Delta. Malgré une légère hausse depuis la mi-juillet, les hospitalisations (97) et réanimations (13) sont bien en-deçà des totaux des deuxième et troisième vagues.

En un mois, on dénombre 14 décès dans les hôpitaux du département en lien avec le Covid, là encore un total faible comparés aux mois précédents. Deux tiers des habitants du département (66,72%) ont reçu au moins une dose de vaccin.

Le nombre de nouveaux cas est presque similaire à ceux connus depuis le début de l’année 2021. L’indicateur est néanmoins en baisse depuis quelques jours. Photo : Source Covid Tracker / Guillaume Rozier
Malgré la hausse des cas, la « quatrième vague » est modérée sur les hospitalisations et réanimations dans les hôpitaux du Bas-Rhin. Photo : source, Germain Forestier

Mommenheim, un village devenu autoroute

Mommenheim, un village devenu autoroute

Entre le péage de Schwindratzheim et la plate-forme d’activités de Brumath, le village de Mommenheim n’est plus qu’une zone de desserte pour poids lourds et voitures d’employés. De 5h à 22h, le flux incessant de la circulation empêche ses habitants de vivre.

Il est 5h45 à Mommenheim et déjà, poids lourds et voitures se succèdent sur la D421, qui traverse le village. Cette route départementale dessert directement la zone industrielle de Brumath et sa vingtaine d’établissements industriels. Lors d’une enquête menée entre février et mai 2021, les services communaux ont compté 10 000 passages quotidiens en semaine et 6 500 le week-end et ce, malgré les confinements.

Marlène, retraitée et ancienne institutrice, a toujours vécu dans la région. À 7h, elle promène sa petite chienne, très remontée contre les camions puisqu’elle ponctue chaque passage de ses aboiements aigus. Marlène rappelle les cédez-le-passage au sol et les panneaux limitant la vitesse ou l’interdiction aux poids lourds de plus de 7,5 tonnes, en riant :

« Au moins ça décore ! C’est vrai que sur cette portion ça se marrie bien avec les couleurs des maisons. On a commencé à voir apparaître les changements dans les années 1980, avec des engins agricoles de plus en plus imposants. Puis à la fin des années 1990, il y a eu les plateformes d’activités. Celle de Brumath, à Mommenheim, s’est étendue à partir de 2003. De là, le village agricole avec ses fermes alsaciennes s’est transformé en zone de transit. On relève le problème de la circulation depuis 4 ans parce qu’il progresse, mais il a débuté il y a 20 ans. »

La RD421, à Mommenheim, panneau d'entrée de village et interdiction aux PL de plus de 7,5 tonnes
Même avec l’interdiction aux poids lourds de plus de 7,5 tonnes, certains camions sont autorisés à emprunter cette route. La coopérative Alsace Lait bénéficie par exemple d’une dérogation permanente pour circuler cet axe, afin de collecter le lait dans deux exploitations situées à Mommenheim. Photo : graphie MD / Rue89 Strasbourg / cc

Riverains de la D421, un temps plein de nuisances

La majorité des riverains de l’axe principal de Mommenheim ne cache pas son irritation. Corinne, garde ses petits-enfants cet été, comme souvent. Conditionneuse de médicaments en pharmacie, elle livre les DNA le matin :

« À partir de 5h-5h30, ça commence. Dix-huit ans que je vis ici et la nuisance sonore n’a fait qu’amplifier sur les 4 dernières années. Pour la circulation, malgré les feux du côté de Schwindratzheim, en sortie de village, on a des accidents. Une fois, on a eu un tête-à-queue qui a fini dans le jardin ! Un passage à l’orange, un refus de priorité… et une vitesse bien excessive ! »

Chacun y va de son anecdote personnelle ou de sa démonstration. Ainsi, Francis, le coiffeur du village, propose en souriant de fermer la porte : « C’est impossible de travailler la porte ouverte. Voyez, c’est flagrant ! » Effectivement, entre le bruit sourd du passage des camions et la circulation dans son ensemble, parler aux clients porte ouverte semble nécessiter des capacités vocales rares, même pour un coiffeur.

En bout de rue, Marie-Madeleine, née en 1937, rouspète avec un savant mélange de français et d’alsacien contre la densification de la circulation, mais surtout contre ses dangers :

« Non mais vous imaginez avoir des enfants ici ? C’est trop dangereux. Les camions vous frôlent beaucoup trop vite aux heures de grosse circulation ! Et pour éviter les camions, les voitures font un détour en passant devant l’école ! Qu’est ce qu’ils roulent mal ! Vite et sans respecter quoi que ce soit ! »

Pour la vitesse, Martine et Alice, riveraines du centre du village, désignent d'un geste las l'embranchement de la rue des Juifs, à quelques maisons :

"Là, pendant 2 mois, que des cartons ! De la petite casse, rien de grave, mais deux mois à entendre ça... Parce que la mairie a installé des “cédez-le-passage” sur cet axe, mais ils font décoration. Les gens roulent comme des fous tôt le matin et tard le soir. Voilà le résultat ! En plus les voitures c'est une chose… mais les camions ici, ça fait trembler la maison quand ils roulent vite, redémarrent ou sont très chargés."

Les "cédez-le-passage installés sur la RD421, en traversée de Mommenheim, ne sont guère respectés Photo : MD / Rue89 Strasbourg / cc

Il est bientôt midi et le trafic appuie leurs dires : l'imposante porte en bois et la cour se secouent au rythme du passage des poids lourds. Des fissures sont d'ailleurs apparues sur la façade de la maison d'habitation. Crue de 2008 ou circulation et vitesse excessives ? Pour Alice, l'un ne va pas sans l'autre. Sa maison, fragilisée, subi le trafic. Son mari, Pierre, est direct :

"La préfecture fait n'importe quoi sur cet axe. Il faudrait savoir, à la fin : camions ou pas camions ? Si c'est non, alors on prend des mesures et on les renvoie sur l'autoroute ! Si oui, un peu de cohérence et on enlève le panneau limitant aux camions de 7,5 tonnes !"

La plateforme d'activités, responsable d'une partie de la circulation. La vitesse est limitée à 70 Km/h Photo : MD / Rue89 Strasbourg/ cc
Les chantiers de la plateforme d'activités, en pleine extension et qui s'apprête à recevoir Huawei Photo : MD / Rue89 Strasbourg/ cc
Le Comptoir Agricole, en bas du village Photo : MD / Rue89 Strasbourg/ cc

"Le problème est connu"

Francis Wolf, maire de Mommenheim, précise les contours de cette interdiction aux poids lourds de plus de 7,5 tonnes :

"Les exceptions concernent les entreprises riveraines de la RD 421. Ce qui englobe un panel très large, d'autant que “riveraines” est assez flou."

route mommenheim
Très sollicité, l'axe génère des embouteillages malgré la réglementation sensée les limiter.Photo : MD / Rue89 Strasbourg

L'arrêté préfectoral concernant ce tronçon ne semble pas non plus empêcher les engins et les camions du chantier du GCO de circuler. Mommenheim est en outre en pleine expansion, comme le rappelle le maire :

"Depuis cet arrêté en 2011, nous avons construit des lotissements, dont un en haut du village, et gagné 480 habitants. Nous sommes aujourd'hui environ 1 800 sur la commune. Pour aller travailler, chacun a sa voiture, ce qui ajoute au flux. Et nous avons l'autoroute, et ce péage de Schwindratzheim qui est évité car trop cher, qui se décharge sur la départementale. En plus, pour des questions d'économie, les GPS redirigent les conducteurs ici. "

Pour Jeannot Klein, adjoint au maire, le futur plan d'investissement de la communauté d'agglomération de Haguenau, voté en fin d'année, doit servir à Mommenheim pour réaménager la voirie :

"Nous avons déjà refait la signalisation il y a deux mois avec des panneaux stop installés devant l'école, mais ça ne suffit pas. On a aussi installé des radars pédagogiques et, contre les détours des automobilistes, on a transformé les rues devant l'école, la mairie et l'église en zones de rencontre. La prochaine étape, si la communauté d'Haguenau nous accorde le financement, ce sera soit un rétrécissement de la chaussée, soit, si ça ne tenait qu'à moi, une limitation à 30 km/h de la RD 421 entre la pharmacie et la boulangerie."

Mais le maire Francis Wolf tempère vite son adjoint :

"Il faut que les gens s'habituent à la signalétique. Nous verrons ce qu'il est possible de faire, d'autant que ces aménagements, en entrée et sortie de village, coûteront 1 million d'euros chacun. En outre, nous sommes dépendants de la préfecture, et depuis 2011 nous avons beaucoup moins de contact avec eux."

Le problème ne devrait pas aller en s'améliorant. Le premier centre de production européen de Huawei doit s'installer sur la zone d'activités tandis que SEW Usocome, déjà installé sur le site avec 400 employés, prévoit d'y construire un nouvel entrepôt automatisé.

#RD421

Contre l’accumulation compulsive, rendre le patient « expert de son trouble »

Contre l’accumulation compulsive, rendre le patient « expert de son trouble »

Anne Goepper, est psychologue clinicienne et psychothérapeute. Spécialiste en thérapies comportementales, cognitives et émotionnelles, elle détaille les mécanismes de l’accumulation compulsive et de son traitement.

Diplômée d’un master « Psychologie clinique en thérapies comportementales et cognitives » de la faculté de psychologie de Strasbourg, Anne Goepper exerce en libéral à Marlenheim. Elle intervenait auparavant en psychiatrie adulte au Nouvel hôpital civil (NHC) de Strasbourg.

Anne Goepper, Psychologue spécialisée dans les TCCE (Document remis)
Anne Goepper, Psychologue spécialisée dans les TCCE Photo : Document remis

Rue89 Strasbourg: Qu’est ce que l’accumulation compulsive ?

Anne Goepper : En psychologie, la thésaurisation pathologique fait partie, selon le DSM-5 (manuel référence des troubles psychiques et mentaux), des troubles obsessionnels et compulsifs (TOC). Elle représente une difficulté persistante à jeter ou à se séparer de certains objets, indépendamment de leur valeur réelle et une souffrance au fait de les jeter. Cette difficulté aboutit à l’accumulation d’objets qui encombrent les lieux d’habitation et entraîne une détresse ou une altération du fonctionnement de la personne. Pour parler de ce trouble, différents termes synonymes existent en français : syllogomanie, collectionnisme pathologique, TOC d’accumulation ; résumés en anglais sous le terme « hoarding ».

Quelles sont les raisons et origines de ce trouble ?

L’accumulation pathologique est un symptôme qui se retrouve dans différents troubles, qui peuvent être les troubles obsessionnels compulsifs, les démences, chez des personnes ayant subi des traumatismes crâniens ou dans certaines formes de schizophrénie. Les facteurs pouvant expliquer l’origine de l’accumulation pathologique proviennent de troubles de la décision, du perfectionnisme, une tendance à la procrastination ou trouvent leur origine dans des évènements de vie stressants ou traumatisants. Ils peuvent aussi apparaître suite à des facteurs biologiques (problèmes du processus de l’information, troubles psychiatriques ou psychologiques), et des facteurs sociaux (facteurs de vulnérabilité familiaux).

Lorsque jeter provoque un ressenti désagréable

Pourquoi la personne ne parvient pas à jeter ?

Une situation, par exemple le tri de vêtements troués et usagés, active des pensées (« quelqu’un pourrait en
avoir besoin » ; « on verra après », « je les garde pour les raccommoder plus tard ») qui à leur tour activent des émotions et un ressenti désagréable (anxiété, doute, panique, peur). La personne qui présente un trouble d’accumulation met ainsi en place différents comportements : elle évite ces émotions désagréables en conservant les vêtements, ce qui renforce le mécanisme du trouble. Elle peut aussi par exemple accumuler davantage de vêtements pour obtenir du plaisir. Cela entraîne des difficultés à débarrasser, désencombrer ou à se séparer d’objets et entraîne la personne dans un cercle vicieux et d’aggravation de ce trouble.

Qu’est ce qu’une TCC / TCCE, et comment fonctionne cette thérapie?

Les Thérapies comportementales, cognitives et émotionnelles (TCCE) sont des prises en charge brèves. Elles se basent sur des recherches scientifiques, dont l’efficacité est prouvée. Ce sont des thérapies actives : le patient est rendu expert de son trouble, soutenu par l’expertise de la thérapie que maîtrise le psychologue. La prise en charge s’articule notamment autour des pensées, émotions et comportements ressentis et vécus par la personne lorsqu’elle se trouve dans des situations déclenchant le trouble. Les principes actifs de la psychothérapie avec les TCCE sont entre autres l’exposition (face à des situations à risque où l’objectif est la non-acquisition des objets), la résolution de problèmes, la prise de décision (garder contre s’en séparer), la restructuration des pensées, la relaxation, ainsi que le rangement et tri au domicile avec le patient.

#Marlenheim

Les petites victoires et les rechutes de Thomas, victime d’accumulation compulsive

Les petites victoires et les rechutes de Thomas, victime d’accumulation compulsive

Thomas est un strasbourgeois de 29 ans. Il y a 4 ans, il a été diagnostiqué d’un trouble d’accumulation compulsive, qu’il traite depuis quelques mois. Pour Rue89 Strasbourg, il a ouvert la porte de son appartement.

L’entrée est une petite pièce dépouillée. À droite, une patère pour poser son manteau. À gauche, un guéridon, sur lequel s’alignent une trentaine de boites d’allumettes. Premier témoignage visible du trouble qui touche Thomas, strasbourgeois de 29 ans.

C’est à 23 ans, pendant ses études, qu’il commence à constater un changement de comportement, il a de plus en plus de mal à se séparer d’objets. Au fur et à mesure que le temps s’écoule, il en conserve de plus en plus. Il consulte pour la première fois un psychologue clinicien, à Strasbourg, à la fin de son master. On lui diagnostique alors un TOC (trouble obsessionnel compulsif) d’accumulation : Thomas ne peut s’empêcher de garder certains objets, craignant d’en avoir l’utilité plus tard.

Accumulation compulsive - Thomas
La chambre de Thomas Photo : MD / Rue89 Strasbourg / cc

Thomas ouvre avec difficulté la porte de sa chambre… « C’est surement surprenant pour quelqu’un qui n’est ni atteint d’un trouble similaire, ni professionnel de la santé mentale, mais ce que vous voyez, c’est vraiment rien par rapport à ce que ça aurait pu être », affirme-t-il pendant que se dévoile un tas de déchets en plastique.

La pièce fait 11 mètres-carrés. Sur la gauche, directement visible, toute la surface au sol est recouverte de bouteilles, vides et sales. Sur 30 centimètres de hauteur, des cartons à pizza, assiettes et couverts usagés, des cannettes de boissons énergisantes, et des sacs poubelles bloquent le passage jusqu’au lit. La fenêtre est grande ouverte mais l’air extérieur ne suffit pas à assainir la pièce. L’odeur des déchets prend à la gorge :

« C’est l’image même de mon trouble. Et encore, il est circonscrit à ma chambre. Je dors sur le lit en poussant un peu les piles d’objets. »

Thomas

Des vêtements et des livres trainent dans la pièce, surmontant les piles de détritus et de vaisselle. Un ordinateur trône sur le lit. Le reste de l’appartement est relativement rangé, en raison d’une précédente vie en colocation qui a empêché l’extension de l’accumulation aux autres pièces. Thomas y veille et travaille avec son thérapeute. Le bureau est rangé, malgré un nombre impressionnant de crayons, stylos, chargeurs, et autres trombones. Le salon et la cuisine ne présentent que quelques traces : les livres sur une étagère, les figurines, les bougies, les couverts sont en surnombre évident.

« Le risque c’est de ne plus ressortir de cette chambre »

Thomas est ingénieur, salarié d’une entreprise industrielle, il fut major de sa promotion de l’Insa Strasbourg. Au travail, il est recherché pour ses compétences et apprécié de ses collègues. Son meilleur ami, Maung, travaille avec lui. Il est la seule personne, hormis son thérapeute, à être au courant de son trouble :

« Nous étions ensemble à l’école. C’est quelqu’un de brillant et d’extrêmement gentil. En fait, pendant longtemps j’ai dormi ici, sur le canapé. J’ai eu des problèmes de logement pendant mon cursus et Thomas m’a ouvert sa porte sans réfléchir. Je crois qu’au final, ça a limité les dégâts avant sa prise en charge. Quand il a commencé à être malade, je ne l’ai pas vu de suite parce que je ne rentrais pas dans sa chambre. « 

Maung, le meilleur ami de Thomas, a été son colocataire durant leur deux dernières années d’école d’ingénieur.

Thomas acquiesce. Son trouble d’accumulation se limite certes à sa chambre mais il reste important :

« J’ai bientôt 30 ans et n’ai plus eu de relation amoureuse suivie depuis que j’ai commencé à garder tout et n’importe quoi. Impossible de ramener quelqu’un ici dans ces conditions. J’aurais trop honte. Donc quand je vois des gens, je les vois chez eux. Mais c’est une entrave pour toute relation, forcément. Même amicalement… c’est compliqué. Impossible aussi pour moi d’en parler à ma famille. Le risque, c’est de s’enfermer dans ce trouble, de fermer la porte de ma chambre et de ne plus en ressortir. »

Les sacs poubelles, empilés, illustrent la volonté de Thomas de se séparer de ces objets, et par extension de son trouble Photo : MD/ Rue89 Strabourg/cc

Exercice : jeter ses déchets du déjeuner au bureau

Une demi-douzaine de sacs poubelles occupent un coin de la chambre de Thomas. Dedans, des objets dont il s’est résolu à se séparer… sans y parvenir tout à fait. Thomas est suivi pour ce trouble d’accumulation par un psychologue formé aux thérapies comportementales et cognitives (TCC). Cette forme de thérapie permet d’impliquer le patient dans sa guérison, avec entre autres choses des « exercices » à faire d’une séance sur l’autre. Effective sur le court ou moyen terme, elle rend le patient expert de son trouble et elle est construite sur mesure avec le psychologue ou psychiatre.

Bien que Thomas ait été pris en charge tôt, il doit composer avec une anxiété parfois ingérable qui le fait « replonger » dans l’accumulation :

« Si je ne bosse pas sur les exercices que me donne mon thérapeute, comme jeter mes déchets du midi au bureau et ne pas les ramener, évacuer la vaisselle, ou encore me fixer des objectifs pour trier mes vêtements, ou le laisser m’aider à évacuer de temps en temps un sac poubelle d’objets, cela ne sert à rien. Parmi ces objectifs, il y a eu de le laisser, lui et d’autres gens, voir ma chambre. Puis celui de ne plus entasser les emballages. »

Au début de sa thérapie, les rendez-vous de Thomas étaient hebdomadaires. Désormais, le jeune homme n’a plus qu’une heure par mois. Durant ces séances, il amène des photos, et un compte-rendu des exercices confiés précédemment :

« Mon psychologue et moi avons fait un point qui est très positif : je n’ai rien amassé cette semaine ! C’est une fierté et un vrai progrès. »

Malgré une rechute durant le confinement, du fait de l’isolation qui a développé son anxiété en cassant son rythme de vie, la thérapie fonctionne. Et des perspectives de guérison totale sont désormais envisagées par le thérapeute, même si la conservation des objets d’ordre sentimental a tendance à persister.

Non, le jeune Colmarien de 19 ans n’est pas « entre la vie et la mort » suite à sa deuxième dose de Pfizer

Non, le jeune Colmarien de 19 ans n’est pas « entre la vie et la mort » suite à sa deuxième dose de Pfizer

Vacciné mercredi 21 juillet, Samuel Jonett a été pris en charge par le pôle cardiologie de l’hôpital Pasteur la semaine suivante. L’état du jeune homme est aujourd’hui stabilisé. Le directeur des urgences colmariennes l’assure : les bénéfices du vaccin dépassent largement ses effets indésirables.

À Colmar, le restaurant La petite Alsace a fermé ses portes. Sur sa devanture, Laurence Troudi a collé un papier griffonné : « Nous sommes obligés de fermer ce soir. Notre fils de 19 ans suite à sa deuxième injection Pfizer est en urgence cardio entre la vie et la mort. » Une photo de ces mots a suscité des centaines de réaction et de partage sur les réseaux sociaux. Le compte Instagram loupzaptv, suivi par plus de 15 000 personnes, a publié une capture d’écran d’un post, annoté : « A l’entrée d’un restaurant de Colmar!!! Ca on en parle pas à la télé ! Vu ce soir le 31/07/2021 » Rue89 Strasbourg a voulu vérifier la réalité derrière ces publications aussi vagues qu’alarmistes.

Post de la page Instagram Loupzaptv dans la soirée du 1er août 2021. Pour rappel, cette page dispose de plus de 15 000 abonnés.

Suite au vaccin, Samuel souffre d’une myocardite

Samuel Jonett a 19 ans. Mercredi 21 juillet, « il est allé avec sa petite copine se faire vacciner en cachette à la foire aux vins », raconte sa mère. La semaine qui suit, il développe une infection au niveau de la bouche et une angine. Une semaine après la vaccination, « son état s’est dégradé », poursuit la restauratrice, « il avait une partie du visage paralysée et une douleur au bras gauche. » La mère et son fils souffrant se rendent aux urgences de l’hôpital Pasteur à Colmar mercredi 28 juillet.

Dans la matinée du vendredi 30 juillet, le laboratoire de biologie médicale de l’hôpital Pasteur reçoit des prélèvements réalisés sur Samuel. Le jeune homme a été admis au service cardiologie pour une « douleur thoracique post-deuxième dose de vaccin Pfizer (…) suspicion de myocardite. » Il s’agit d’une inflammation du muscle du cœur qui permet la circulation du sang. Sans prise en charge, elle peut provoquer un arrêt cardiaque.

Les résultats d’analyse confirmeront le premier diagnostic. La cardiologue conclut à un « stigmate de myocardite aigue avec persistance d’œdème myocardique. » Le taux de troponine détecté est 73 fois supérieur à la normale (1028 nanogrammes par litre contre 14 normalement). Un résultat qui corrobore la thèse d’une myocardite chez le jeune Colmarien.

Conclusion de la cardiologue suite aux prélèvements réalisés sur le jeune Samuel. Photo : Document remis

Une mère sceptique, son généraliste aussi

Laurence Troudi n’a « jamais été confiante vis-à-vis du vaccin ». Après avoir passé plusieurs jours « à pleurer et à prier à l’église », la restauratrice a perdu toute confiance en la vaccination : « Mes enfants ne veulent plus faire la deuxième injection, mais comme on a un restaurant, on ne sait quoi faire… »

Médecin généraliste de la famille, Claude Deroussent ne semble pas étonné :

« La myocardite fait partie des complications connues du vaccin, plus particulièrement chez les jeunes et avec les vaccins à ARN messager, donc les Pfizer et Moderna. »

Le docteur de Mutzenheim (Haut-Rhin) se montre aussi sceptique vis-à-vis de l’efficacité du vaccin, indiquant qu’il ne s’est laissé vacciner qu’à cause de l’obligation vaccinale pour les soignants.

« Il n’a jamais été entre la vie et la mort »

Chef des urgences de l’hôpital Pasteur, Éric Thibaud confirme le passage de Samuel Jonett au sein de son établissement. Mais le soignant réfute l’état décrit par la mère du jeune homme, « il n’a jamais été admis en réanimation. Il n’a a jamais été entre la vie et la mort. »

Le médecin rappelle aussi que le Colmarien de 19 ans avait contracté une angine peu avant son arrivée aux urgences. Or cette inflammation des amygdales peut aussi contribuer au développement d’une myocardite : « On ne peut pas exclure que l’angine a déclenché la myocardie, comme on ne peut pas exclure que c’est le vaccin. »

Une semaine après sa deuxième injection de Pfizer, Samuel a vu son état décliner. Photo : Document remis

Davantage d’hospitalisations chez les jeunes pour cause de Covid

Le médecin colmarien rappelle les statistiques générales :

« Il faut garder la tête froide, les statistiques ont un gros défaut. Quand vous êtes la statistique, vous vous en foutez des chiffres. Mais il faut rappeler qu’il y a eu seulement 325 cas de myocardites après 26 millions de doses chez les moins de 30 ans aux États-Unis. L’incidence est donc de 0,001%, soit une personne atteinte de myocardite pour 100 000 vaccinés. Et dans 95% des cas de myocardites détectées suite au vaccin, le patient s’en est sorti sans séquelle. Donc ce jeune homme, qui va bientôt quitter l’hôpital, fera partie de ceux qui s’en sortent sans séquelle.  »

Eric Thibaud compare ces chiffres à l’impact du Covid sur la population jeune « Sur 5 700 jeunes de moins de 19 ans qui ont eu le covid sans être vacciné, 215 personnes sont hospitalisées en moyenne (soit 3,7%) et entre deux et quatre personnes en mourront. »

En d’autres termes, il y a beaucoup plus de risques de mourir du Covid que des effets secondaires du vaccin.

L’académie de Strasbourg augmente son recours à des professeurs précaires en élémentaire

L’académie de Strasbourg augmente son recours à des professeurs précaires en élémentaire

L’académie de Strasbourg a baissé le nombre de postes d’enseignants titulaires en école élémentaire à l’issue du concours 2021. Constatant par ailleurs une hausse du recours aux contractuels, plus précaires, les professeurs des écoles craignent une précarisation de leur métier.

« On entend partout que les professeurs des écoles manquent. Puis le rectorat baisse le nombre de postes de titulaires à l’issue du concours. » L’été sera éprouvant pour Sophie (le prénom a été modifié). Diplômée d’un master 2 en « Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation (Meef) », la Strasbourgeoise de 24 ans ne sait toujours pas à quoi ressemblera sa rentrée. Sur liste complémentaire à l’issue du concours des professeurs des écoles, Sophie regrette la baisse de postes titulaires pour la rentrée 2021/2022 :

« Il y avait 320 postes proposés en 2019 et en 2020, mais seulement 250 en 2021. L’Education Nationale comble ses besoins en recrutant de plus en plus de contractuels. C’est décourageant, quand on a une formation et qu’on passe un concours, de se dire que des personnes diplômés d’une seule licence peuvent être embauchés pour faire le même travail, avec un contrat précaire (des CDD de 10 mois renouvelables six fois avec une rémunération plus faible, ndlr). »

Les sacs à dos d’élèves de l’école primaire Gutenberg à Strasbourg. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Postuler en contractuel ou se réorienter

Vu sa position sur la liste complémentaire, Sophie a peu d’espoir d’obtenir une place de titulaire. Lorsqu’elle candidate dans le secteur privé, les responsables d’établissements lui demande si elle est prête à renoncer à son statut de fonctionnaire :

« Cette situation me bloque pour chercher autre chose. Si je dis la vérité, aucun établissement privé ne prendra le risque de me voir rejoindre le public à la dernière minute. »

Après deux années d’études en master Meef, Sophie est amère : « Je l’ai en travers de la gorge ce master, avec lequel je ne peux rien faire d’autre, à part peut-être directrice de centre de loisirs… » D’autant qu’elle a été une étudiante brillante. Au second semestre de sa seconde année de master, elle a obtenu 17 de moyenne. Sophie hésite encore :

« Si en septembre, je n’ai rien, je postulerai en contractuel, à moins que je trouve un CAP qui me plait, quelque chose où je peux trouver du travail. »

Un manque de remplaçants depuis plusieurs années

Cette évolution dans le recrutement du rectorat de Strasbourg est d’autant plus étonnante que l’académie a connu d’importants problèmes de remplacement dans ses écoles élémentaires au courant de l’année scolaire 2020 / 2021. « Une centaine de classes n’ont pas été accueillies faute de remplaçant entre avril et juin 2021 », estime Didier Charrie, cosecrétaire général du syndicat d’enseignants Unsa 67. Interrogé sur le nombre précis de classes n’ayant pas eu de professeur pendant au moins une semaine, le rectorat esquive mais sur le nombre de contractuels, il précise :

« De 2018 à 2020, le nombre de professeurs des écoles contractuels était stable à hauteur de 100 personnels, ce qui correspond à 1,1% de la population enseignante de l’académie. En 2020 / 2021, il a été nécessaire de recruter 64 enseignants supplémentaires afin d’assurer le remplacement des enseignants absents pour des motifs liés à la crise sanitaire (personnels vulnérables ou cas contacts). »

Mais pour le professeur des écoles Didier Charrie, « il y a une nécessité d’embaucher du personnel enseignant pour pallier l’absence de moyens de remplacement suffisant. » Avec 38 ans de carrière, le représentant syndical rappelle que « les remplaçants ne servent pas seulement lorsqu’un enseignant est malade, ce sont aussi pour des enseignants en formation continue… Or, en raison du manque de remplaçants, les professeurs ne se forment plus. » Le syndicaliste Unsa évoque aussi trente postes de remplaçants supprimés pour la rentrée 2020 : « À la rentrée 2021, 15 postes on été recréés, mais on reste en solde négatif… »

Une réforme et de nouveaux professeurs, « étudiants contractuels alternants »

L’académie de Strasbourg rappelle que depuis « la refonte de la formation initiale des professeurs du premier degré mise en place à partir de la rentrée 2021 », elle dispose d’une nouvelle source de profils. Avec cette réforme, deux groupes d’enseignants entreront en fonction à la rentrée : ceux qui ont été admis au concours de recrutement des professeurs des écoles (CRPE), soit 250 personnes et « 120 étudiants contractuels alternants ». Il s’agit d’étudiants qui prépareront leur master 2 MEEF et seront invités à tenter le concours en 2022.

Le rectorat se veut donc rassurant : « Le recours à des enseignants contractuels correspond à un besoin ponctuel de compétences qui relève d’un ajustement des ressources. »

Samedi, septième manifestation contre le pass sanitaire à Strasbourg

Samedi, septième manifestation contre le pass sanitaire à Strasbourg

À Strasbourg, les opposants au pass sanitaire donnent rendez-vous place Kléber samedi à 13h pour des prises de parole avant de partir en cortège à partir de 14 heures

Alors que le pass sanitaire doit être élargi dès le 9 août aux bars, cafés et restaurants, les opposants à ce système de contrôle et de filtrage de la population continuent à se mobiliser pour demander son retrait. Pour la septième manifestation en un mois à Strasbourg, les membres du collectif Anti-pass 67 appellent à se rassembler samedi 31 juillet à partir de 13h place Kléber.

Le trajet sera le même que la manifestation du samedi 24 juillet ; le cortège s’élancera vers la place de la République en passant par la rue des Francs-Bourgeois, de la Division Leclerc puis en longeant le quai des Bateliers jusqu’au pont d’Auvergne. Lors des deux manifestations précédentes, le collectif Anti-pass 67 était parvenu à mobiliser plus 4 000 personnes à Strasbourg, ce qui est considérable.

Des manifestations à Mulhouse, Colmar, Sélestat et Metz

Des manifestations sont également prévues dans d’autres villes d’Alsace. À Mulhouse, la manifestation aura lieu à 14h à partir de la place de la Bourse, à Colmar le rendez-vous est donné à 14h place de la Mairie et à Sélestat à 14h place du Maréchal de Lattre de Tassigny. À Metz, la manifestation est autorisée à 14h place de la République mais la préfecture a annoncé des restrictions en raison « d’attaques violentes contre les forces de l’ordre perpétrées lors des manifestations du 17 et 24 juillet ».

À la manif contre le pass sanitaire, « nous ne sommes pas des irresponsables »

À la manif contre le pass sanitaire, « nous ne sommes pas des irresponsables »

Quelques centaines de personnes se sont réunies jeudi soir, à l’initiative du collectif Anti-pass 67. Parmi les personnes présentes, des gens désemparés face à la crise sanitaire mais surtout atterrés par l’autoritarisme d’Emmanuel Macron.

Jeudi, à l’heure où les Strasbourgeois se pressent sur les terrasses pour profiter d’une douce soirée d’été, plusieurs centaines de personnes choisissent de soutenir les derniers rayons du soleil, en restant immobiles, debout, au milieu de la place Kléber. Leurs regards convergent vers la statue du général, où se succèdent des prises de parole de membres du collectif Anti-pass 67. Une association de citoyens opposés au pass sanitaire constituée au lendemain de l’annonce de son extension.

Ils se sont déplacés avec le sentiment de lutter pour « la liberté » : la liberté de se soigner, la liberté de se déplacer… Ce n’est pas toujours très clair dans leurs discours, mais s’ils sont présents ce soir là, c’est à cause de leurs tripes. Un sentiment d’intestins noués qui a commencé lors de l’allocution d’Emmanuel Macron, le 12 juillet, lorsque le président de la République a annoncé qu’un pass sanitaire serait obligatoire pour se rendre aux événements publics.

Jismy (à gauche) a annulé ses vacances pour empêcher la mise en place du pass sanitaire Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Contre les dispositifs de contrôle de masse

Jismy, 27 ans, pilier du collectif et qui se présente comme « ancien professeur de philosophie », se souvient très bien de cette soirée :

« J’étais avec mon compagnon, je suis resté bouche bée lorsque j’ai entendu le président annoncer l’instauration du pass sanitaire et les mesures qui allaient avec. On s’est regardés et on s’est dit qu’on ne pouvait pas le laisser faire, nous ne pouvons pas vivre dans une société où chaque citoyen peut être le flic d’un autre. Il n’en est pas question. »

Indigné, Jismy se rend à la première manifestation contre le pass sanitaire, celle du samedi 17 juillet, qui suit le discours présidentiel et rassemble plus de 4 000 personnes à Strasbourg :

« Je ne suis pas très militant d’habitude mais j’ai étudié trop d’auteurs, Tocqueville, Foucault par exemple, qui nous ont mis en garde contre les dispositifs de contrôle des masses. Parce que c’est exactement ce dont il s’agit avec ce pass : on utilise des impératifs sanitaires, présentés comme incontestables, pour imposer un contrôle politique de la population, c’est une intrusion de l’Etat dans la vie privée. Si on laisse faire, on ne pourra plus s’en débarrasser. »

En espérant lutter contre la désinformation et les accusations d’être anti-vaccins, le collectif Anti-pass a produit un tract détaillé Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Vacances annulées pour sauver les libertés

Jismy a bousculé ses vacances pour cette mobilisation. Avec son compagnon, leur quotidien désormais consiste à déclarer des manifestations à la préfecture (la prochaine est samedi 31 juillet), communiquer sur les réseaux sociaux et répondre aux personnes qui se posent des questions sur le pass sanitaire, etc. Jismy est très clair, ce collectif n’est pas opposé à la vaccination et n’est pas complotiste :

« On sait bien que notre discours n’est pas audible, parce que tout est fait pour qu’aucun discours ne soit audible, avec même des membres du gouvernement et des experts qui se contredisent… Plus personne ne sait qui écouter, qui croire… Donc on travaille au sein du collectif pour expliquer, clarifier et détailler ce à quoi nous sommes collectivement confrontés et pourquoi nous y sommes opposés. »

Delphine enseigne la philosophie et se réjouit de voir que ce mouvement existe : « ça sert à quelque chose de former à l’esprit critique ! » Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

« La vraie liberté, c’est l’autonomie »

Isabelle, une autre enseignante qui s’est très impliquée dans le mouvement des Gilets jaunes, vient justement distribuer un tract, reprenant ces arguments et demandant le retrait du pass sanitaire, ainsi qu’une « société où nous serions libres de décider de ce qui nous concerne. » « Platon, rappelle Jismy, a démontré que la vraie liberté, c’était l’autonomie. Le pass sanitaire, c’est l’inverse ! »

Delphine, également enseignante de philo à Sélestat, 48 ans, renchérit :

« Quand j’ai entendu Emmanuel Macron instaurer le pass sanitaire, j’étais atterrée, en larmes, toute seule devant ma télé. Heureusement qu’il y a ce mouvement de résistance, sinon la déprime aurait pris le dessus. Cette société du contrôle permanent, comment peut-on accepter ça ? Un passeport pour accéder à certains lieux, est-ce qu’on aurait cru possible un tel discours il y a seulement deux ans ? »

Pour nombre de participants, l’épidémie de covid-19 n’est pas si grave qu’elle justifie autant de mesures attentatoires aux libertés fondamentales Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

La gravité de l’épidémie questionnée

L’impératif sanitaire, Jismy et Delphine l’évacuent assez vite. Bien qu’ils reconnaissent l’existence de l’épidémie, Jismy interprète ses conséquences surtout par la faillite d’un système de santé sous-financé tandis que Delphine considère qu’il y a trop peu de morts pour justifier de telles mesures de contrôle et de filtrage.

Alors qu’un membre du collectif s’égosille au micro en proclamant « nous ne sommes pas des irresponsables », la petite foule se surprend à se laisser entraîner dans des slogans variés, comme « liberté, liberté » ou à huer les mesures de séparation des élèves, prévues pour la rentrée des classes. Hervé, ancien syndicaliste, chauffe la place Kléber sur les conséquences sociales du pass sanitaire, dont il estime qu’il deviendra une sorte de « permis de travailler. »

Après un poème déclamé par Sarah, une personne prend le micro pour relayer des propos de Silvano Trotta. La star complotiste est connue pour raconter n’importe quoi sur sa plate-forme vidéo. Même YouTube, pourtant pas avare de complots, l’a viré. Anti-pass 67 assure garder ses distances avec le complotisme mais l’orateur n’est pas écarté du podium. En s’adressant à la foule, il assure qu’on « ne compte pas les morts, parce qu’il n’y en a pas », mais qu’on compte les cas, pour maintenir l’illusion d’une épidémie.

Nathalie a fait le déplacement depuis Plaine, poussée par son instinct. Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

« On se fout de notre gueule »

Succès dans l’audience et notamment chez Valérie, 56 ans, venue de Plaine à l’extrémité du département, avec son mari spécialement pour participer à ce rassemblement. Agent administratif hospitalier, elle assène que « les médias en font trop » sur la covid-19 avant d’avouer que de toutes façons, elle ne suit aucun média. Pour s’informer, elle fait plutôt confiance à son cercle de proches :

« Instinctivement, je sens qu’on se fout de notre gueule. Avant on soignait avec des antibiotiques, maintenant, il ne faut plus d’antibiotiques. On a des défenses immunitaires, je crois plus en mon corps que dans le vaccin. On veut nous l’imposer par la peur, pourquoi ça ? Pourquoi est-ce si urgent et pourquoi faut-il signer une dispense de responsabilité aux firmes qui ont produit les vaccins ? »

Complètement perdue, comme tout le monde dans cette crise sanitaire, Nathalie se raccroche à son expérience immédiate :

« Ma mère, 80 ans, a eu le covid alors qu’elle était vaccinée. Elle a appelé l’hôpital qui lui a dit de prendre un doliprane et que ça allait passer. J’ai insisté pour qu’un médecin aille la voir, ce qu’il a fini par faire. Elle n’a pas été hospitalisée mais au moins, nous avons un bilan exact de son état de santé au moment où elle est tombée malade. »

Difficile de savoir si elle s’est rendue compte que le vaccin a probablement sauvé la vie de sa mère et qu’un doliprane lui aurait effectivement suffi, dans ce monde où les errements et les agendas politiques du gouvernement ont rendu les Français suspicieux, et où les infectiologues sont moins écoutés que les ufologues. Il faudra peut-être plus que quelques prises de paroles place Kléber pour débattre sereinement des atteintes aux libertés publiques. Une troisième manifestation est prévue samedi.

« Pourquoi j’ai fini par manger ma poule »

« Pourquoi j’ai fini par manger ma poule »

Le temps d’une crise sanitaire, Dorian et sa famille ont goûté aux plaisirs d’avoir un poulailler dans le jardin de leur maison strasbourgeoise. Ça ne s’est pas très bien terminé…

« Ça a été sympa d’avoir des poules. Surtout tant qu’on n’habitait pas encore dans la maison », prévient Dorian, installé dans son salon, au milieu de ses trois enfants qui l’écoutent d’une oreille. Tout commence avec les restrictions du premier confinement. Les distractions sont limitées dans le périmètre de l’appartement de la famille de Dorian et Marine, dans le quartier des Ducs d’Alsace. Pour l’heure de promenade réglementaire, le couple et ses trois enfants poussent le plus souvent jusqu’à la belle maison qu’ils viennent d’acquérir un peu plus loin en direction du centre-ville. Là, une fois les travaux finis, ils pourront profiter d’un beau jardin de 120 m2, une aubaine. Sur leur chemin, ils remarquent le jardin du boulanger du quartier, avec ses superbes poules qui gambadent calmement sur un gazon verdoyant. Les enfants les adorent. Régulièrement, ils reviennent leur donner du pain sec. Le rendez-vous illumine les sorties.

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Le jardin résistera-t-il aux poulettes ? Photo : Gilles Péris y Saborit / Flickr / cc

Et si eux aussi accueillaient dans leur nouveau jardin quelques volatiles ? Séduit, Dorian se rend à la jardinerie la plus proche dès la réouverture des magasins. Trois enfants, ce sera trois bestioles. Forcément. Celles des deux filles sont blanches. Elles les baptisent Rose et Elsa. Celle du petit dernier est rousse. Il la prénomme Pat Patrouille, ou plutôt Pat Papoule, comme il arrive à le prononcer du haut de ses deux ans et demi. « Les enfants se régalaient à courir après pour les attraper, se souvient Dorian avec plaisir :

« Pour nous les adultes c’était plus difficile de les approcher mais elles semblaient en confiance avec les enfants. Ils allaient chercher les œufs. Nous venions les nourrir. Nous leur donnions tous nos déchets, donc il y avait une démarche un peu écolo. »

À chaque saison son poulailler

Puis vient enfin l’heure d’emménager. Et là c’est un peu la surprise. Dorian n’avait pas imaginé que les trois poules pouvaient être aussi bruyantes. Le jardin est entouré d’immeubles. Le père de famille s’inquiète de déranger ses nouveaux voisins. « Mine de rien, elles braillent. Leurs cris sont encore plus fort au moment où elles pondent le matin », a-t-il noté. La famille s’accroche quand même. Dorian veille à leur bien-être, par tout temps, et apprend à les connaître. À chaque saison ses péripéties. En pleine canicule, la première basse-cour, placée au fond du jardin, condamne les poulettes au cagnard. Dorian installe un petit toit en planches. Les volatiles ne quittent plus son ombre, serrées comme des poulets de batterie. Elles s’engueulent, se battent. Le volume de leurs caquètements est à son maximum.

« On a dû déplacer leur enclos quatre fois », explique le père de famille. « À chaque fois, c’était un chantier avec les enfants pour construire leur cabane. » Puis vient l’hiver, la neige, les températures négatives. Dorian rapatrie la basse-cour devant la maison, sous la terrasse. « Mais il y avait quand même de la neige qui passait », rappelle l’aînée des enfants. Rose, Elsa et Pat Papoule, se blottissent les unes contre les autres dans leur abri fourni de pailles. Mais les températures descendent toujours. Au grands maux les grands remèdes : « J’ai mis des couettes autour du poulailler, des grosses vestes, des grosses doudounes, pour limiter le froid au maximum », explique Dorian. « Le but n’était pas qu’elles meurent glacées. On s’est inquiétés, mais elles étaient bien vivantes. Elles se réchauffaient entre elles. »

La guerre des vers de terre

Le trio n’est pas pour autant un exemple de solidarité. Un jour, Pat Papoule prend la confiance. La poule rousse entend régner sur les réserves de vers de terre. Le nouvel usage est qu’elle les chipe sans scrupule sous les becs de ses congénères. Pas questions de se laisser faire, Rose et Elsa fomentent leur riposte. Leur opération punitive s’abat sur Pat Papoule. Dès qu’elle s’aventure hors du poulailler, l’impératrice déchue les trouve en travers de son chemin. Rose et Elsa sont sans pitié. Déplumé, affamé, assoiffé, le volatile dépérit un mois durant. Finalement, son calvaire endurcit la bestiole. À l’isolement, elle médite son retour. Pas question de rester plus longtemps clouée au pilori. Elle ressort plus convaincue que jamais de ses ambitions et reprend le contrôle des lombrics. Les deux poules blanches battent en retraite et tombent pour de bon sous sa coupe.

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Pat Papoule la poule rousse a pris le dessus. Photo : Laurent KB / FlickR / cc

Pour Dorian, hors de question de cantonner les poules à leur enclos. Dès que c’est possible, il les lâche dans le jardin. La terre est particulièrement riche, et donc pleine de lombrics qui pourraient favoriser la pousse de tant de plantes et légumes. Mais non, ce sont bien les poules qui en profitent et s’en repaissent à l’envie. « Elle nous ont littéralement retourné le jardin », regrette Dorian jalousant celui du boulanger resté impeccable. À l’arrivée du printemps, le terrain plein de promesses n’est plus que terre battue. Pas un brin d’herbe n’a résisté. Pas un pot de fleur. Seuls les rosiers ont survécu, tels les vestiges d’un rêve lointain de nature.

C’en est trop. Dorian abdique. Parce qu’il souhaite « un jardin potable ». Parce qu’il préfère prévenir avant que les voisins ne se plaignent du bruit. Et aussi parce que les poules ne sont pas des chats ou des chiens que l’on peut emmener en vacances, souffle son épouse…

Pousser « l’expérience » jusqu’au bout

Mais que faire des poules ? « Je n’avais encore jamais mangé un animal que j’aurais élevé, tué, et même vidé moi-même, explique Dorian. Donc je me suis dit, je vais essayer d’en cuisiner une. » Pour le père de famille, la démarche a du sens : « Elles ont bien vécu, elles se sont régalées de vers de terre et de graines, elles n’étaient pas dans des batteries à ne pas sortir. »

Dorian ne s’attarde pas sur le sort des volatiles auprès des enfants. « Nous étions à la sortie de l’hiver, les poules n’allaient plus trop dans le jardin. À cette période, les enfants n’avaient pas beaucoup de rapports avec elles. » Les parents les consulte quand même sur celle qui atterrira dans leurs assiettes :

« Nous leur avons expliqué que nous voulions faire un essai avec une des poules, et nous leur avons demandé, parce que c’était quand même les leurs, si ça ne les dérangeait pas qu’on en tue une et qu’on la mange. »

Pas de drame. L’aînée se porte volontaire sans réserve pour mettre Rose à contribution. Quant à Pat Papoule et Elsa, le mystère plane. « Nous nous en sommes séparés aussi », élude Dorian, à côté des enfants. « Nous ne les avons pas mangées… », tente-t-il encore. « Nous les avons données à un paysan », lâche-t-il finalement devant la curiosité insistante des bambins.

La fibre de la campagne

Pour abattre Rose, Dorian peut compter sur le savoir-faire d’une grand-mère de sa connaissance, originaire de la campagne. Elle vient lui enseigner les gestes et l’accompagner. « Il a fallu la plumer, enlever la tête, les pattes, la vider… », raconte Dorian dans un mélange de pudeur et de fierté. Rose passe au four un dimanche. La famille la déguste dans son plus simple appareil, rôtie. Et c’est un bide.

« Ça n’a pas du tout fonctionné », reconnaît Dorian :

« C’était une poule pondeuse et ça n’a rien à voir avec du poulet. C’est tout en muscle. La chair n’est pas du tout faite pour être mangée, un peu comme une vache à lait qui n’est pas du bœuf. Donc c’était très sec. Nous avons appris par la suite qu’il aurait fallu la faire bouillir longtemps. »

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Les poules sont meilleures bouillies. Photo : Jeanne Menjoulet / Flickr / cc

Depuis, Dorian et Marine ont planté dans tout le jardin un gazon, devenu bien vert, et ont agrémenté le terrain d’un petit potager ordonné. « Je suis déçu de ne pas avoir pu les garder. Mais c’était une bonne expérience », conclut Dorian. « Elles nous ont bien rendu service, en nous donnant des œufs et en mangeant les déchets de toute la famille », reconnaît-il. Cette expérience initiatique lui a ouvert des horizons. Le pur citadin s’est découvert une fibre qu’il n’oubliera pas :

« Si un jour nous avons une autre maison avec un plus grand jardin, j’aimerais y élever quelques animaux comme des lapins ou des poulets, pour pouvoir les manger. C’est locavore et écologique. »

Vétuste, laid et isolé : à l’Elsau, le service de pédopsychiatrie du CHU attend son déménagement depuis plus de 10 ans

Vétuste, laid et isolé : à l’Elsau, le service de pédopsychiatrie du CHU attend son déménagement depuis plus de 10 ans

Sans cesse repoussé pour des raisons financières, le déménagement du service psychothérapique pour enfants et adolescents du Centre hospitalier universitaire de Strasbourg ne peut plus attendre. Isolés et vétustes, les locaux de l’Elsau sont inadaptés pour le personnel soignant comme pour les adolescents pris en charge.

« Les parents sont souvent reconnaissants du personnel soignant, surtout qu’ils voient qu’on travaille dans des locaux pourris. » Anne-Lise (le prénom a été modifié) travaille dans le service psychothérapique pour enfants et adolescents (SPEA) des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS). Soignante depuis plusieurs années, elle connait parfaitement les défauts du site elsauvien. Situé au fin fond de ce quartier enclavé de l’ouest de Strasbourg, ses bâtiments aux airs de préfabriqués présentent des façades fatiguées : « De l’extérieur, ça fait pitié », estime la soignante. Mais le déménagement, évoqué depuis plus de 10 ans, n’a jamais eu lieu.

Entrée du Service Psychothérapique pour Enfants et Adolescents (SPEA), dans le quartier de l’Elsau. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Les arguments pour le déménagement sont pourtant nombreux. L’emplacement géographique tout d’abord. Isolée, l’unité d’hospitalisation rencontre des problèmes de sécurité. Si l’un des douze enfants hospitalisés devient violent la nuit ou le week-end, il n’y a que deux soignants et un vigile (jusqu’à minuit) pour le calmer. Françoise (le prénom a été modifié) raconte :

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