Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

L’étonnant montage immobilier des dirigeants d’Horizon Amitié

L’étonnant montage immobilier des dirigeants d’Horizon Amitié

Le président, la directrice et l’ex-directeur d’Horizon Amitié sont propriétaires, à titre personnel, de locaux utilisés par l’association d’aide aux personnes précaires. Les loyers versés proviennent des subventions accordées à cette structure majeure de l’aide sociale à Strasbourg. Enquête.

En France, les politiques d’actions sociales financées par des fonds publics sont majoritairement mises en œuvre par des associations. Horizon Amitié est une structure importante du réseau strasbourgeois de l’aide aux personnes précaires. L’association gère 18 établissements d’hébergement d’urgence, d’accueil pour les demandeurs d’asile ou encore de réinsertion sociale. Elle compte 200 salariés et opère grâce à un budget annuel de 12 millions d’euros, principalement alimenté par des subventions de l’État.

En plus des contrats de location pour accueillir ses différents services, Horizon Amitié loue près de 500 logements dans lesquels des personnes sont placées. Sur tout ce parc locatif, au moins 3 baux font apparaître une utilisation étonnante des fonds publics : le président, la directrice et l’ex-directeur de l’association sont propriétaires, à travers des sociétés immobilières, de biens loués par Horizon Amitié. C’est ce que Rue89 Strasbourg prouve à travers cette enquête.

Tout a commencé avec un reportage dans un centre d’hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile, géré par Horizon amitié, publié en novembre 2019. Il révélait des conditions de vie indignes pour les bénéficiaires de ce foyer, dont les méthodes de gestion sortaient du cadre légal. Suite à cet article, des employés du centre ont été licenciés pour des motifs fallacieux, dévoilant une gestion managériale violente de la part des cadres de l’association. Nous relations les faits en août 2020. Choqués, des membres de plusieurs associations caritatives ont alerté Rue89 Strasbourg sur une potentielle utilisation des fonds publics « à des fins d’enrichissement personnel, via le parc locatif de leur association. »

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Huawei choisit Brumath pour y construire son usine

Huawei choisit Brumath pour y construire son usine

Le géant chinois des télécommunications Huawei a confirmé qu’il avait choisi une zone industrielle de Brumath, entre Haguenau et Strasbourg, pour implanter sa première usine européenne. 500 emplois sont attendus.

La Région Grand Est a indiqué jeudi que le géant chinois des télécommunications Huawei va installer au « Business park » de Brumath sa nouvelle usine, confirmant une information des Dernières nouvelles d’Alsace.

Huawei avait semble-t-il opté pour le Bas-Rhin pour implanter cette nouvelle usine en Europe, devant fabriquer des composants pour les opérateurs européens, mais le géant chinois hésitait avec une implantation à Illkirch-Graffenstaden.

L’usine de Huawei de Brumath devrait produire un milliard d’euros d’équipements par an. Photo : Kārlis Dambrāns / FlickR / cc

L’opposition à l’Eurométropole n’a pas manqué de voir dans le choix de Huawei la conséquence d’une position politique critique sur la 5G, portée par la présidente et ses deux présidentes-déléguées. Dans un communiqué, le conseiller eurométropolitain (LR) Jean-Philippe Vetter s’est étranglé :

« Pia Imbs et Jeanne Barseghian ont choisi d’afficher leur défiance face aux activités de Huawei. En signant, aux côtés de Jean-Luc Mélenchon notamment, une tribune dans le JDD pour remettre en cause la 5G, elles ont mis indirectement et publiquement en cause le cœur de l’activité de cette entreprise. »

300 emplois au départ, 500 à terme

Selon la Région Grand Est, cette usine représente « un investissement de 200 millions d’euros, 300 emplois directs dans un premier temps et 500 à terme, et 1 milliard d’euros de valeur de production par an. »

Mais rien dans le communiqué victorieux de la Région Grand Est ne vient répondre aux questions posées sur l’objectif de cette première implantation du groupe chinois en Europe… Pourquoi cette firme, suspectée d’espionnage au profit de la dictature chinoise et de collaboration dans l’extermination des Ouïghours en Chine, éprouve-t-elle le besoin d’installer une usine à Brumath ?

Julien Hohl « quitte ses fonctions » à Deaf Rock suite à nos révélations

Julien Hohl « quitte ses fonctions » à Deaf Rock suite à nos révélations

Deux jours après notre enquête sur des faits de harcèlement et d’agressions sexuelles visant Julien Hohl, le patron du label Deaf Rock Records « quitte ses fonctions. » Il reste cependant parmi les propriétaires du label.

Suite aux révélations de Rue89 Strasbourg et Médiapart portant sur des accusations de harcèlement et d’agressions sexuelles visant Julien Hohl, 36 ans, patron du label Deaf Rock Records à Strasbourg, le silence a d’abord été de mise. Rien sur la page Facebook du label, rien sur Twitter non plus. Jusqu’à mercredi après-midi, soit deux jours après notre enquête, avec la publication de ce post :

Pégase est en réalité une maison de disques, une société juridique ou SARL, officiellement lancée en 2019 par Julien Hohl. Cette « maison des labels« , comprend donc Deaf Rock Records, un label de rock, Iconic, un label de rap, et Avril un label de pop et d’électro. Sur le site de Pégase, et sur le site societe.com on peut voir que Julien Hohl en est le directeur et « le principal directeur artistique ». La « Maison des labels » se targue par ailleurs de représenter « plus de 30 artistes aux univers variés ». D’après ce post, on peut donc comprendre que Julien Hohl ne sera plus directeur de Pégase.

« De la poudre aux yeux »

Réactions des internautes après le post : « c’est de la poudre aux yeux », dénonce dans un tweet Élodie Mathieu, une ancienne stagiaire et bénévole de Deaf Rock. Même réponse d’internautes sur la page Facebook du label.

Trois actionnaires de Constellation, dont Julien Hohl et Lisa Annicchiarico

En réalité, la SARL Pégase est détenue par une holding (une autre société qui détient les parts et qui en contrôle l’activité), appelée Constellation.

Au sein de Constellation, trois actionnaires se répartissent les parts : Lisa Annicchiarico (associée de Julien Hohl depuis le début) avec 34%, Julien Hohl qui détient 33%, et un troisième associé qui tient à conserver son anonymat et qui cherche à revendre ses parts (33% également). Informé du mouvement #MusicToo dès cet été, et de l’enquête que nous menions sur Julien Hohl, il explique : « Je ne peux pas cautionner ces actes, je souhaite que cette histoire cesse et s’arrête », confie encore cet associé.

Julien Hohl n’est donc pas majoritaire mais d’après plusieurs sources interrogées au cours de notre enquête avec Mediapart, Lisa Annicchiarico a toujours défendu et soutenu Julien Hohl. Contactée sur les agissements du patron du label, elle avait d’ailleurs refusé de répondre à nos questions. Si le troisième associé quitte la holding, il ne restera donc que ce duo d’amis proches.

Pour un ancien associé, si Julien Hohl « ne revend pas ses parts dans la holding Constellation, c’est lui qui reste décideur du fonctionnement de la structure, c’est certain. Il nommera quelqu’un qui a son soutien pour diriger Pégase, et c’est bon. »

À nouveau contacté, Julien Hohl n’a toujours pas souhaité répondre à nos questions.

Placé en garde à vue avant de manifester, il doit laisser sa fille de 12 ans seule dehors

Placé en garde à vue avant de manifester, il doit laisser sa fille de 12 ans seule dehors

Samedi 12 décembre, le dessinateur Sylvain-Moizie et sa fille de 12 ans se rendent à la manifestation contre la loi « sécurité globale ». Avant même de rejoindre le cortège, le père est placé en garde à vue. La petite Adèle passera près d’une heure, seule, sous la pluie, sur la place de la République.

« Papa voulait me montrer qu’il y avait beaucoup de gens qui manifestent en ce moment. » Adèle a 12 ans. Samedi 12 décembre, 14 heures passées, son père l’emmène faire un tour en manifestation contre la loi « sécurité globale ». Arrivés à vélo sur le pont du Théâtre, devant la place de la République, ils sont fouillés par un gendarme.

Photo : Dessin Sylvain-Moizie

Sylvain-Moizie ouvre la petite poche de son sac à dos et découvre qu’il y a laissé quatre couteaux, trois type couteau-suisse et un quatrième, à cran d’arrêt et d’une douzaine de centimètres, acheté chez un coutelier. « Je devais les amener chez un ami qui avait acheté une meuleuse, je les avais complètement oubliés », explique-t-il. Le dessinateur s’apprête donc à renoncer à la manifestation et à rebrousser chemin, lorsqu’un autre gendarme lui demande d’avancer vers l’une des camionnettes des forces de l’ordre. Sylvain-Moizie obtempère et lance un « bouge pas je reviens » à sa fille. Il ne reviendra pas. Sa mésaventure lui a inspiré plusieurs dessins que nous publions ici.

« Personne n’a répondu à mes questions »

Les gendarmes lui demandent de donner tous ses objets (dont les couteaux, mais aussi une fourchette, un couteau en bois et ses clés). Puis Sylvain-Moizie est prié de s’installer à l’arrière de la camionnette. Le dessinateur pense devoir répondre à quelques questions avant de retrouver sa fille. Tout à coup, le véhicule se met en branle, direction le commissariat. Immédiatement, le père pense à sa fille et demande des explications aux deux agents à l’avant. « À partir de cet instant, personne n’a jamais répondu à mes questions », décrit-il. Adèle se retrouve ainsi avec deux vélos et le sac de son père, seule place de la République, sous la pluie.

En sortant de la camionnette, Sylvain-Moizie est menotté malgré son infirmité apparente : il utilise des béquilles depuis qu’il s’est fait renverser par une voiture qui lui a fracturé le tibia. Une fois au poste, un « chef » de police lui pose quelques questions d’identité. Il ne porte pas de masque. Le père d’Adèle évoque sa fille seule dehors. Le policier ne répond pas. Lorsque le téléphone du dessinateur sonne, le fonctionnaire de police le laisse décrocher. La seule faveur que lui accordera le policier :

« C’était Jeanne, ma grande fille, j’ai pu lui dire d’aller chercher sa soeur. Mais quand j’ai demandé à appeler leur mère, le chef m’a répondu “Ça va, on va pas appeler toute la famille non plus !” »

Au sous-sol, les geôles

Sylvain-Moizie est ensuite emmené au sous-sol et découvre les geôles du commissariat de Strasbourg. Il décrit une cellule « de deux mètres sur trois, avec des excréments partout sur les murs. Il y a des toilettes mais pas de papier. Une planche en bois permet d’essayer de dormir. Une lumière passe constamment à travers la porte, de sorte qu’on ne peut pas faire de différence entre le jour et la nuit. Il faut demander pour boire de l’eau ou se laver les mains et ils mettent parfois une heure à te répondre. »

Photo : Dessin Sylvain-Moizie

Ici aussi, le dessinateur comprend qu’il ne sert à rien de demander des explications. Alors il essaye de passer le temps au mieux. Quelques exercices et des étirements pour diminuer le stress. Sylvain-Moizie cogite sans cesse dans sa cellule. Il tente de comprendre ce qui l’a amené ici. La nuit est atroce. Il n’arrive pas à dormir. Dans la cellule voisine, une femme en état d’ivresse crie sans s’arrêter, « police fils de pute ! ».

« Une grosse erreur de discernement »

Il faut attendre le lendemain vers 11 heures, pour qu’un autre policier vienne enfin à la rencontre de Sylvain-Moizie en demandant : « Vous avez besoin de vos béquilles (ces dernières ont été gardées à l’extérieur de la cellule, ndlr) et votre fille est restée seule sur la place ? » Le dessinateur confirme et éclate en sanglots : « Oui, on a laissé une petite fille pleurer seule sous la pluie campée au même endroit ! » Le policier regrette d’emblée « une grosse erreur de discernement » avant de l’auditionner et de le laisser repartir. Jeudi 17 décembre, cinq jours plus tard, le Strasbourgeois n’a toujours aucun document indiquant le motif exact de son interpellation.

Suite à cette garde à vue de 20 heures, Sylvain-Moizie reçoit un appel de la Direction Départementale de la Sécurité Publique (DDSP) du Bas-Rhin. La DDSP accepte la demande de la mère, qui a proposé de faire visiter le commissariat avec Adèle. Cette dernière a ainsi découvert les locaux de police avec sa mère Marie, mercredi 16 décembre. « On sentait qu’ils étaient emmerdés avec cette histoire. Apparemment il y a eu un problème de communication entre le premier gendarme qui a fouillé et son chef », raconte Marie. Sa fille de 12 ans ajoute une autre explication entendue : « Apparemment, ils avaient peur que des parties rivales viennent se battre (sans doute lié à l’affrontement provoqué par des hooligans néonazis le 29 novembre, ndlr), donc ils avaient une consigne exceptionnelle pour embarquer en cas de doute. »

Photo : Dessin Sylvain-Moizie

Sur un gobelet, « votre sécurité, c’est notre priorité »

Sur la table de la cuisine, Adèle a posé les petits cadeaux reçus suite à la visite du commissariat : un beau livre de photos intitulé « La police », un policier en forme de porte-clé, un sac en tissu « devenirpolicier.fr », une gomme, des stylos et un gobelet « Votre sécurité, c’est notre priorité ». Mais la collégienne ne compte pas devenir policière. Elle préférerait devenir une « Arsène Lupine ».

Sylvain-Moizie s’estime victime d’un abus de pouvoir et d’une mise en danger de la vie d’autrui : « Me mettre en garde à vue était absurde, laisser ma fille de 12 ans seule dehors était inadmissible. »

La Direction départementale de la sécurité publique du Bas-Rhin n’a pas souhaité répondre à nos questions.

L’ancien directeur de la Maison des associations de Strasbourg condamné pour harcèlement sexuel

L’ancien directeur de la Maison des associations de Strasbourg condamné pour harcèlement sexuel

Le tribunal correctionnel de Strasbourg a condamné jeudi l’ancien directeur de la Maison de Strasbourg à douze mois de prison avec sursis pour des faits de harcèlement sexuel commis sur trois jeunes femmes entre 2018 et 2019.

L’ancien directeur de la Maison des associations de Strasbourg, Patrick Gerber, a été condamné à douze mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Strasbourg jeudi 17 décembre. Suite à l’enquête judiciaire consécutive aux révélations de Rue89 Strasbourg, il a été reconnu coupable de harcèlement sexuel sur deux ex-employées de la Maison des associations entre 2018 et 2019 et sur une stagiaire de l’UFC – Que choisir.

Le tribunal a suivi les réquisitions du Parquet, mais a diminué les montants demandés pour les préjudices moraux. Patrick Gerber a été condamné à verser 800€ à Louise et Isabelle (les prénoms des victimes ont été modifiés), en provision d’une audience sur intérêts civils à venir. Il doit en outre verser 1 500€ à Nathalie. Il a également été condamné aux dépens (il devra donc payer les frais de procédure), au bénéfice des trois victimes ainsi qu’à l’Association des victimes faites au travail (AVFT) qui s’était portée partie civile. Patrick Gerber dispose d’un délai de 10 jours pour faire appel de cette décision.

Me Caroline Bolla et Me Amandine Rauch ont représenté les victimes Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

À Colmar, l’incendie de 3 000 tonnes de déchets n’inquiète personne

À Colmar, l’incendie de 3 000 tonnes de déchets n’inquiète personne

Le 21 septembre, 3 000 tonnes de bois, plastiques et cartons ont brûlé dans l’enceinte de l’entreprise Schroll, à Colmar. Les pompiers ont mis 48 heures à éteindre l’incendie. La plateforme « Notre Maison brûle » et un spécialiste des risques industriels s’inquiètent des conséquences sanitaires et environnementales de l’incendie. Côté industriel et autorités, on assure que tout va bien. Une enquête réalisée en partenariat avec Bastamag.

Les images sont impressionnantes. Deux énormes colonnes de fumées noires et opaques montent dans le ciel de Colmar. Il est environ 20h ce lundi 21 septembre et le site de l’entreprise Schroll, professionnel du recyclage et de la gestion des déchets, s’est transformé en un immense brasier.

Incendie de l’entrepôt Schroll, situé rue du Prunier à Colmar, le 21 septembre. Photo prise par un habitant, Mickaël Meguellati.

Mickaël Meguellati, 30 ans, agent de maintenance dans un lycée : « J’habite à l’ouest de la ville et ce jour-là quand j’ai vu la fumée, j’ai cru que c’était tout près de chez moi tellement c’était gros. J’ai voulu aller voir et j’ai dû faire du vélo pendant 15 minutes pour arriver à l’origine du feu ! » La rue du Prunier – où se situe l’entrepôt Schroll en question, se trouve en effet à l’opposé du domicile du jeune homme, à l’extrémité nord-est de cette ville de 71 000 habitants, qui s’étend sur près de 67 km2.

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Affaire Sissoko : d’une enquête lacunaire à une justice incomplète

Affaire Sissoko : d’une enquête lacunaire à une justice incomplète

Confiée à la gendarmerie de Marckolsheim, l’enquête sur l’affaire Sissoko, joueur noir agressé pendant un match de football, laisse plusieurs zones d’ombre, entre témoins écartés et questions non-élucidées. Rue89 Strasbourg a recontacté plusieurs témoins de ce match.

Depuis cette rencontre contre l’AS Mackenheim le 6 mai 2018, Kerfalla Sissoko n’a plus jamais joué au football, sa passion. La décision du tribunal correctionnel de Colmar, début décembre, n’aidera pas le Strasbourgeois à réparer son traumatisme. L’ancien joueur de l’AS Benfeld a été relaxé, de même que son ex-coéquipier Moudi Laouli, mais seuls deux joueurs de l’équipe adverse ont été condamnés à 1 000 euros d’amende avec sursis pour « violences commises en réunion sans incapacité lors de manifestation sportive ». Le caractère raciste, condition aggravante, n’a pas été retenu.

De gauche à droite : Moudi Laouali et Kerfalla Sissoko, à la sortie de l’audience en appel de la Ligue de Foot du Grand Est en août 2018. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Pour Kerfalla Sissoko, « justice n’a pas été faite »

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À la manif’ des artistes : « Il n’y a pas de cluster dans les salles de spectacles »

À la manif’ des artistes : « Il n’y a pas de cluster dans les salles de spectacles »

Le monde de la Culture proteste contre la fermeture prolongée de leurs établissements, en dépit du nouvel allègement du confinement. Aux difficultés économiques s’ajoutent un questionnement sur l’utilité des artistes dans ce contexte de crise sanitaire.

Les Strasbourgeois ont eu le droit à une représentation artistique avant le 7 janvier 2021. Il n’y avait pas besoin de ticket d’entrée, mais il n’y avait qu’une seule représentation, mardi 15 décembre à 14h. Ce jour devait marquer le retour des spectacles en début de soirée, avant l’heure du couvre-feu. Le gouvernement en a décidé autrement.

Place Kléber, environ 25 artistes ont improvisé une brève performance, devant une centaine de personnes. Disséminés dans des cercles distants d’un mètre, ils et elles se sont envoyé de la farine, « une métaphore du brouillard » dans lequel la profession est plongée. Avant cela, un cri profond de colère avait lancé les hostilités, qui ressemblaient à une bataille de boules de neige.

La prestation était moins aboutie qu’en juin, car la mauvaise nouvelle est arrivée seulement le jeudi précédent. Partout en France les professions des métiers culturels et techniques ont vite lancé un appel à la mobilisation dans différentes villes.

La farine, une « métaphore du brouillard » qui entoure le monde de la Culture. Photo : Rue89 Strasbourg

Des opportunités qui s’envolent

Chez les artistes, les espoirs étaient partagés. « Je m’y attendais », lâche Delphine-Aurélie Langhoff, qui accompagne plusieurs groupes à la batterie. Après n’avoir assuré que « deux dates sur la quarantaine programmée » depuis mars, elle a perdu ses illusions de ne plus avoir « des annulations d’une semaine sur l’autre » au mois d’octobre. « Jean Castex disait qu’il était trop tôt pour reparler de confinement et trois jours plus tard on nous parlait de reconfinement… ». À ce moment-là, son opportunité aux Transmusicales à Rennes s’est envolée. En février, elle compte jouer dans un théâtre en Allemagne, « ça pourrait s’assouplir là-bas à cette période », envisage-t-on dans la profession. À l’approche des fêtes, l’Allemagne vient de se confiner plus strictement qu’en France.

Son amie Marie-Anne Alizon « vit juste de l’intermittence, au taux le plus bas » depuis mars. À cause de la nature de son activité, elle s’inquiète davantage pour le moyen terme. « Je chante plutôt un répertoire rock et dans les clubs et les bars, donc ce n’est pas prêts de repartir ». Beaucoup de participants s’identifient à la situation des restaurateurs. Marie-Anne Alizon ne croyait de toute façon pas à la Culture sous couvre-feu et « l’horodatage » des billets espéré par le président Macron. « Qui peut arrêter son travail à 17h pour venir au spectacle ? C’est absurde. »

Ces consignes contradictoires « traduisent une méconnaissance du métier d’artiste », juge Grégory Ott, pianiste. « On est sur des temps longs et depuis mars il faut tout le temps se réinventer sur des temps courts ». Il est peu impacté par la dernière décision du gouvernement car il est en période d’enregistrement. Pour son amie trapéziste et clown Orianne Bernard, la facture est plus salée :

« Le premier confinement j’ai perdu 70 dates et là avec le deuxième 120, car avec les fêtes de fin d’année c’est une période où il y a beaucoup de représentations, par exemple dans les cabarets. »

L’artiste de cirque devait partir en tournée en Allemagne. « Il y a les dégâts économiques, mais aussi psychologiques de la décision. Là, c’est comme si on n’était pas important. »

« La Culture produit aussi de la richesse »

Laurence Mener, représentante régionale du Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles déplore la question sur le plan économique, mais aussi sanitaire :

« Des salles avaient programmé des spectacles et ont dû tout annuler. Il y a certes des aides, mais on ne peut pas tout acheter. La Culture produit aussi de la richesse. À force de décaler les représentations, il va y avoir des embouteillages dans les calendriers. On sent le public prêt à revenir. La décision est mal vécue car il y a déjà eu un protocole sanitaire strict qui fait qu’il n’y a eu aucun cluster dans les salles de spectacles. »

Joro Raharinjanahary, musicien et chanteur la compagnie pour enfants Tartine Reverdy est venu manifester en famille, avec sa compagne Alexandra Guedron de la compagnie Zakoté et sa fille Kaloina, qui apprend la danse. Depuis mars, le père de famille, n’a joué « qu’une fois à la Passerelle » contre 30 concerts annulés. « Cet hiver on devait avoir 12 spectacles à Hautepierre, puis aller à Créteil », déplore-t-il.

« À chaque attentat, on nous dit qu’il va y avoir un besoin de Culture »

« C’est compliqué de danser avec le masque et surtout compliqué de danser chez soi », embraye sa fille, membre d’un cours d’une vingtaine de personnes. Joro Raharinjanahary se lasse des discours politiques contradictoires :

« À chaque attentat, on nous dit qu’il va y avoir un besoin de Culture chez les jeunes, mais là, on se sent comme le dernier maillon, qu’en fait on peut se passer de nous. »

Quant à sa compagne Alexandra Guedron, elle est « autorisée aux résidences, mais pas aux représentations ». Elle remarque que « le corps enseignant devient frileux » à emmener ses classes, alors qu’il « n’y a pas plus de risque » selon la musicienne. « Un spectacle vivant en visio, ce n’est plus vraiment du spectacle vivant », ajoute-t-elle.

Parents-enfant, une famille d’artistes professionnels et en devenir est venue manifester. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Une décision de justice sous quelques jours

Les représentants des différentes professions, artistes mais aussi techniciens ont déposé un référé-liberté devant le Conseil d’État contre cette fermeture prolongée. La décision sous quelques jours déterminera si d’autres actions revendicatives seront mises en place d’ici le 7 janvier, date d’une réouverture potentielle, toujours sous couvre-feu.

Agressions sexuelles et attouchements, le patron de Deaf Rock mis en cause

Agressions sexuelles et attouchements, le patron de Deaf Rock mis en cause

Peu après leur appel à dénoncer les violences sexistes dans la musique, les animatrices de #MusicToo ont reçu plusieurs témoignages impliquant le responsable du label Deaf Rock Records à Strasbourg. Mediapart et Rue89 Strasbourg ont enquêté sur ces signalements. 

Leurs noms sont apparus très vite. Quand les animatrices de #MusicToo ont lancé leur appel à témoignages sur les réseaux sociaux en juillet, elles ont rapidement reçu plusieurs messages impliquant le label de rock strasbourgeois Deaf Rock Records et son cofondateur Julien Hohl, parmi les centaines de récits de violences sexistes et sexuelles postés en l’espace de quelques mois

Depuis, Mediapart et Rue89 Strasbourg ont enquêté sur ces faits : nous avons interrogé environ 40 personnes, qui travaillent ou ont travaillé avec le label, à Strasbourg ou à Paris, des stagiaires, des salariés, des musiciens… Presque toutes les personnes interrogées ont demandé à rester anonymes : la musique est un milieu dans lequel les places sont chères, et que l’épidémie de Covid-19 a encore plus fragilisé.

Parmi celles-ci, une dizaine de femmes, souvent jeunes, rapportent des comportements déplacés, voire violents, à caractère sexuel, qui se seraient produits entre 2015 et 2019 : propos sexistes, drague répétée, baisers décrits comme forcés, relations sexuelles où le consentement ferait défaut, de la part de Julien Hohl, 36 ans, figure emblématique d’un label né en 2009 à Strasbourg. Deaf Rock Records fait référence dans le rock indé français. Avec des albums salués par la presse, il a rapidement acquis une notoriété nationale.

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Manifestation du spectacle vivant mardi

Manifestation du spectacle vivant mardi

Comédiens et techniciens du spectacle vivant se donnent rendez-vous mardi en début d’après-midi place Kléber à Strasbourg, pour dénoncer la prolongation du confinement dans ce secteur culturel est victime. Cette action se déroule dans le cadre d’un appel intersyndical national.

L’intersyndicale des comédiens et techniciens du spectacle vivant appellent tous ses adhérents et sympathisants à manifester, mardi 15 décembre, partout en France. C’est à cette date qu’était attendue la reprise des spectacles et la réouverture des salles culturelles.

Mais jeudi 10 décembre, le gouvernement a estimé que les conditions sanitaires ne permettaient pas de réouvrir les lieux culturels et ce, quels que soient les efforts effectués pour respecter les gestes barrières. Cette annonce a été jugée « méprisante » et « incohérente » par ces syndicats. À Strasbourg, la manifestation est prévue mardi à 14h, place Kléber. L’intersyndicale appelle « comédiens, techniciens et public » à « se transformer en homme / femme sandwich avec les affiches de spectacle », à venir avec ses « instruments, accessoires et outils de travail et à faire du bruit.

Les comédiens et techniciens du spectacle vivant avaient déjà manifesté en juin Photo : Thomas Niess / doc remis

« C’est quoi vivre ? »

Samedi 20 juin, un collectif de comédiens avait déjà réalisé une manifestation place Kléber contre le confinement de la culture, avec une pièce de rue semi-improvisée intitulée « C’est quoi vivre ? ». Une réponse au gouvernement qui juge la culture comme « non essentielle » voire carrément optionnelle. Pour l’intersyndicale, « la culture est un droit et un bien essentiel. L’art est public. Il n’est pas une variable d’ajustement. »

Le gouvernement a indiqué qu’une nouvelle date pourrait être envisagée, le 7 janvier. L’intersyndicale y voit une nouvelle manoeuvre dilatoire du gouvernement, alors que tout le secteur est à l’arrêt quasi-total depuis mars :

« Les spectacles « debout » comme les grandes jauges sont interdites. Les grands festivals n’ont pas eu lieu, annulés les uns après les autres. Les prestataires techniques pourvoyeurs d’emploi de techniciens ne peuvent plus travailler. L’autre partie, les salles de théâtre, les scènes publiques, ont souffert d’une activité dégradée par les périodes de confinement, mesures de couvre-feu et les jauges réduites imposées dans la période. La destruction du volume d’activité et d’emploi pour nos secteurs est donc sans précédent et appelle des réponses d’exception. »

Une 2e semaine de l’investigation locale pour réchauffer l’hiver

Une 2e semaine de l’investigation locale pour réchauffer l’hiver

À partir de mardi 15 décembre, Rue89 Strasbourg va publier une enquête par jour. Cette 2e semaine de l’investigation locale est accompagnée d’une promotion sur l’abonnement.

Certains articles peuvent être bouclés en quelques heures, d’autres nécessitent des mois de travail et de recherches avant d’être publiés. C’est le cas des articles que nous allons proposer tout au long de cette deuxième « semaine de l’investigation locale » de Rue89 Strasbourg.

À partir de mardi 15 décembre, nous allons publier une enquête par jour. Ces articles ont nécessité beaucoup de persévérance de la part des journalistes qui en sont les autrices et les auteurs. En outre, ils représentent un effort financier significatif pour notre petit média porté, rappelons le, par une entreprise strasbourgeoise indépendante. Chacune de ces enquêtes aura nécessité plusieurs milliers d’euros d’investissement et c’est pourquoi nous les réservons, contrairement à la première édition, à nos abonnés.

Mais la bonne nouvelle est que cette semaine est accompagnée d’une promotion : 1€ le premier mois avec le code « SAPIN » et c’est toujours sans engagement, le désabonnement ne nécessitant qu’un seul clic.

Publier des enquêtes dans un univers local est toujours une aventure particulière. Les personnes mises en cause sont parmi nos lecteurs, parmi nos cercles étendus parfois. C’est délicat et difficile, mais nous sommes persuadés de leur utilité publique.

À la base des enquêtes, les alertes

Nous le devons aussi aux personnes qui ont pris le risque de nous alerter, soit en nous contactant par la plate-forme anonyme, soit directement par le formulaire, soit par contacts communs, parfois en prenant des risques personnels. Qu’elles et ils soient ici remerciés pour leur courage et pour leur disponibilité.

Plus d’un millier de Strasbourgeois se sont abonnés à Rue89 Strasbourg pour accéder à nos enquêtes et soutenir notre démarche. Notre média doit atteindre 2 000 abonnés pour maintenir la composition actuelle de sa rédaction, soit 4 journalistes à temps plein et le recours régulier à une dizaine de journalistes indépendants.

Au conseil municipal, les assiettes des écoliers au menu

Au conseil municipal, les assiettes des écoliers au menu

Le dernier conseil municipal de l’année s’intéressera aux cantines des écoles, mais aussi au futur budget ou aux illuminations de Noël. À suivre en direct et avec nos commentaires à partir de 14h.

Le conseil municipal du lundi 14 décembre ne devrait pas se terminer à deux heures du matin. Après le record de l’heure de fin la plus tardive le 16 novembre, l’ordre du jour de décembre compte moins de points (65), d’interpellations (4), et aucun invité extérieur.

Un débat budgétaire avec les citoyens… mais pas trop

Pour autant les débats devraient s’étirer dès le premier point, car il concerne le budget de la majorité écologiste pour 2021. Il s’agira du premier acte politique fort pour orienter les politiques des années à venir. Dans les milieux économiques notamment, on attend « un signal » comme l’indique ce chef d’entreprise alsacien :

« Beaucoup de choses ont été dites sur cette équipe, mais c’est là qu’on verra les choix d’investissement, d’endettement ou de fiscalité. »

Avant de livrer ses choix, la municipalité tient à organiser un « débat d’orientation budgétaire citoyen » avec les habitants de Strasbourg. Pour cette première, les ambitions sont extrêmement limitées. Selon la délibération, les objectifs se limitent à un peu d’information :

    Comprendre les rouages d’un budget local, c’est-à-dire les principales notions (fonctionnement, investissement, dépenses et recettes, équilibre du budget, etc.),Partager la notion de « bien commun » : les impôts (locaux ou nationaux) qui financent les services publics,Rappeler les politiques publiques portées par la ville de Strasbourg via ses compétences.

Après les fêtes de fin d’année, le temps d’échange avec la population sera très court. Les élus débattront à leur tour de ces « orientations » dès le conseil du 25 janvier. Puis s’ouvrira une « deuxième et dernière phase d’arbitrage » entre la maire, adjoints et adjointes pendant près de deux mois, avant un vote le 22 mars.

Quelles ambitions pour la restauration scolaire ?

Le sujet le plus important (point 27) concerne le marché de la restauration scolaire. Cela touche 18 000 enfants parmi les 25 500 scolarisés à Strasbourg. En 2017, il avait été renouvelé jusqu’à la rentrée 2021, avec comme grande nouveauté, la sortie progressive des barquettes plastique à usage unique. Désormais, 51% des repas sont réchauffés dans de l’inox, mais « le plus facile a été fait » note Soraya Ouldji, la conseillère municipale déléguée désormais en charge de cette question. En effet, pour les autres établissements, la bascule nécessite des travaux.

La délibération donne l’orientation générale, mais peu d’objectifs chiffrés. Plus précis, le cahier des charges sera ensuite publié sous un mois environ. Le marché ne durera qu’une année, mais sera renouvelable deux fois, c’est-à-dire jusqu’au mois de juin 2024 au maximum.

Soraya Ouldji détaille l’ambition « en deux temps » de la municipalité :

« Nous avons notamment comme objectif de sortir de la liaison froide pour la livraison des repas, qui est davantage source d’additifs et de perturbateurs endocriniens. Mais la priorité était que chaque enfant ait un repas chaud à la rentrée prochaine. C’est pour cela qu’on propose un marché court, mais qui peut se renouveler. Nous aurons donc du temps, jusqu’à 3 ans, pour entamer une évolution vers une alimentation plus saine, comme en installant des cuisines sur place ou de la liaison chaude si possible. Pour ce premier marché, la part d’aliments bio va néanmoins augmenter à 30%, dont deux tiers d’origine locale, contre 17,8 actuellement. Si l’offre augmente, nous avons un travail en parallèle sur la conversion des terres agricoles de l’Eurométropole, nous pourrons augmenter ce pourcentage, le cahier des charges sera soumis à modification. Il y aura aussi des critères sur le bien-être animal, le type d’œufs, des fruits et légumes de saison, des produits issus du commerce équitable. »

Cette ancienne membre de l’association Cantines sans plastique France, interlocutrice de la municipalité précédente et désormais élue en charge de ces questions, explique qu’un effort particulier sera mis « en priorité » pour la Petite enfance :

« Nous voulons d’abord trouver des solutions de cuisine sur place pour ces établissements, ce qui nécessitera plus d’agents, car c’est à cet âge que les enfants sont les plus perméables à la qualité de l’alimentation et aux perturbateurs endocriniens des barquettes plastiques réchauffées. Si nous y arrivons, nous pourrons les sortir du marché. »

Le marché des 46 cantines d’écoles va être séparé en 8 secteurs géographiques, soit le double du précédent. La municipalité estime que des sociétés plus petites que l’actuel prestataire, l’Alsacienne de restauration, seront en mesure de postuler. À la rentrée prochaine, la majorité va d’ailleurs faire réaliser un audit externe du ou des prestataires choisi(s) pour évaluer dans quelle mesure le futur cahier des charges sera respecté.

Avec Soraya Ouldji, l’adjointe en charge de l’Éducation, Hulliya Turan devrait être interrogée sur les ambitions de la municipalité pour les cantines des écoles de Strasbourg. À ses côtés, Alexandre Feltz travaille sur la question de la nutrition et des perturbateurs endocriniens. Photo : Abdesslam Mirdass / Studio Hans Lucas

« Pas dogmatique »

À l’initiative de la mobilisation contre le tout-plastique fin 2016 et partie prenante du « groupe de travail » avec les élus et élues, Ludivine Quintallet est satisfaite des premières inclinaisons :

« Soraya Ouldji n’est pas dogmatique, avec une réflexion sur la qualité des aliments et surtout la chaîne de production, du champ à l’assiette, pour tenir ces objectifs. Avoir un marché plus court me paraît une bonne chose. Cela évite qu’on nous réponde que les choses sont décidées pour 4 ans et qu’on ne peut plus rien changer. Le groupe de travail sera vigilant à ce que ce mandat permette une transformation de la restauration scolaire vers un mode de préparation moins industriel – en liaison froide, les repas sont préparés 4 jours à l’avance voire plus ! – plus sain et plus durable. »

Associée aux discussions depuis cet été, l’association Assiette végétale est de son côté moins convaincue par les orientations. Son co-fondateur Cyril Ernst explique :

« Le discours est surtout focalisé sur la part de nourriture locale à augmenter, mais pas la composition de l’assiette. Or, le transport des aliments n’est responsable que de 6% des émissions de gaz à effets de serre, alors que les produits laitiers, la viande et les œufs en représentent 83%. Pour lutter contre le réchauffement climatique, la Ville aurait dû introduire une proportion de protéines végétales dans les apports protéiques. Aucun menu n’est durable si cette question n’est pas prise en compte. Nous œuvrerons pour que la majorité développe les protéines végétales dans son prochain marché. »

Lors de la campagne électorale, Jeanne Barseghian avait promis de proposer deux repas végétariens par semaine. Cette fréquence reste d’un par semaine pour les prochaines années. Pour Soraya Ouldji, il convient d’abord d’améliorer la qualité de ces repas « hyper transformés et pas plébiscités », avant de tenir cet engagement lors du « deuxième marché ». Lorsque les quatre repas (standard, sans porc, halal et végétarien) sont proposés, les plats végétariens ne sont commandés que par 5% des écoliers.

Les illuminations de Noël reconduites

Autre point important (point 14), la municipalité reconduit telles quelles les illuminations de Noël, co-financées par l’association de commerçants « Les Vitrines de Strasbourg », qui récupère 320 000 euros. Le montant est le même que celui de l’année dernière et supérieur à ce qui était voté au milieu du mandat précédent (300 000 euros). En 2019, l’actuel premier adjoint en charge des Finances, Syamak Agha Babaei, avait voté « contre », en désaccord avec les Vitrines sur l’arrêté anti-mendicité, retiré par la nouvelle équipe.

À l’époque, Jeanne Barseghian (EELV), conseillère municipale, avait exprimé « des manques », « des réserves » et des « propositions pour l’avenir ». « Des efforts ont été faits en matière énergétique pour améliorer la performance de ces illuminations, mais il y a encore des gaspillages », avait-elle déclaré. Mais elle avait ensuite cité d’autres aspects de l’opération « Strasbourg capitale de Noël », telles la patinoire en plein air, les terrasses chauffées, l’exportation à New York… Une intervention « hors sujet » avait estimé son prédécesseur Roland Ries. Ces propos avaient aussi beaucoup énervé Pascal Mangin (LR), qui siège toujours dans l’opposition et parlait en même temps que le tour de parole de la candidate écologiste lors d’un « débat » chaotique (revoir la séquence). « Démago ! », avait-il notamment lancé à l’encontre de la candidate. Des tels propos de part et d’autres seront-ils reproduits maintenant que Jeanne Barseghian est aux commandes ?

Sécurité, communication et trains de nuit pour finir

Parmi les autres points saillants, figure une mission d’information de six mois sur « l’avenir du bâtiment de l’Opéra » (point 4) qui n’est plus aux normes de sécurité.

En fin de séance, Jean-Philippe Vetter (LR) interpelle la majorité sur la sécurité des conducteurs de bus et tramways. Au début du mois, une série de violences, menaces et caillassages a notamment entrainé une interruption de ligne vers l’Elsau. Lors du précédent conseil, un échange sur la sécurité avait précédé une dizaine de jours d’extrême tension entre majorité et opposition, via réseaux sociaux interposés (lire notre article). L’esprit de Noël permettra-t-il un peu plus de concorde ?

De son côté, le groupe LREM questionne à nouveau la majorité sur la 5G, le soutien aux étudiants ou encore « le paradoxe de la communication ». Faisant référence à des publications sur les réseaux sociaux (décidément), Nicolas Matt estime que des membres de la majorité sont « restés dans un militantisme de bas-étage ».

Enfin, Catherine Trautmann (PS) propose une motion pour que Strasbourg soit davantage concernée par la relance des trains de nuits en Europe. Selon la Deutsche Bahn et la compagnie autrichienne, Strasbourg est bien sur le trajet du Paris-Vienne, ce que les autorités françaises ne confirment pas. L’occasion de tirer les choses au clair.

Babar et le Nouvel An

Babar et le Nouvel An

Dans le magazine de la ville de Strasbourg, le groupe Strasbourg Ensemble (LREM, Modem, Agir) a interpellé la maire Jeanne Barseghian sur le baptême du feu qui l’attend le 31 décembre : quelles mesures prévoit la nouvelle majorité pour limiter la casse et les incendies de voitures ? Piet a bien une hypothèse, mais il n’est pas sûr que ce soit la réponse attendue par Alain Fontanel et ses collègues.

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Confiné, l’art émergent strasbourgeois tente de survivre à la crise

Confiné, l’art émergent strasbourgeois tente de survivre à la crise

Le deuxième confinement a porté un coup critique à l’industrie de la Culture. Tandis que les structures culturelles reportent, voire annulent leur programmation, nombre d’artistes sont livrés à eux-mêmes. Comment mesurer les effets de cette décision gouvernementale sur l’art et la création ? Et quelles sont les conséquences pour les artistes émergents ? Le monde de l’art contemporain à Strasbourg cherche des solutions et reconnaissance.

L’art contemporain a besoin de rencontrer son public pour exister. Avec le reconfinement, la création se trouve isolée des regards. Comment le milieu artistique strasbourgeois a-t-il survécu à 2020 ? Étudiantes en Master Critique-Essais à l’Université de Strasbourg, privées des expositions et des rencontres artistiques qui catalysent nos études, nous avons décidé de mener l’enquête en allant virtuellement, confinement oblige, à la rencontre des artistes, des commissaires d’exposition et des institutions culturelles.

« Ce reconfinement ébranle et fragilise encore davantage le secteur culturel »

Pour le milieu culturel institutionnel autant que pour le secteur artistique indépendant, ces deux confinements ont été dévastateurs. Festivals reportés, expositions en pause : l’incertitude règne parmi les artistes et les structures. Les calendriers sont sans cesse ajournés.

« Ce reconfinement ébranle et fragilise encore davantage le secteur culturel et la situation des artistes, qui se sont à peine relevés du premier confinement. Il plonge de nouveau le secteur dans une hibernation », estime Élodie Gallina, responsable de l’Espace International au Centre Européen d’actions artistiques contemporaines (CEAAC). Les collectifs artistiques indépendants n’ont d’ailleurs pas la possibilité de reporter sans cesse leur programmation : « C’est la deuxième fois qu’on annule notre festival« , regrette Olivier Maurel, cofondateur du groupe de musique expérimentale HANATSUmiroir.

Vue de l’exposition PRISMES, Goethe, réflexions contemporaines, née dans le contexte du premier confinement et écourtée par le second, CEAAC, septembre 2020. Photo : Crédit Élodie Gallina

D’autres associations ont eu plus de chance. « On fait partie des projets qui ont pu continuer à évoluer malgré le calendrier compliqué de cette année », raconte Cléophée Moser, artiste et cofondatrice du collectif artistique Eaux Fortes. Cette association soutient l’art contemporain émergent par des publications, l’élaboration d’expositions ou encore par l’aide à la création. Dans les lieux d’art contemporain également, quelques expositions ont tout de même réussi à se concrétiser entre les deux confinements. C’est le cas de PRISMES, Goethe, réflexions contemporaines au CEAAC. Née dans le contexte inédit de la crise sanitaire, l’exposition ouverte à partir du 18 septembre a été écourtée par le second confinement.

La pandémie a pu par ailleurs avoir des effets inattendus. Pour Nygel Panasco, jeune artiste strasbourgeoise musicienne et illustratrice, le premier confinement a été libérateur. Afin de se consacrer entièrement à son art, elle a quitté son emploi alimentaire dans un magasin de vêtements. Une décision qui semble lui réussir, puisque ses projets continuent à grandir : elle a publié en octobre dernier L’an 2021, un livre d’illustrations imaginé comme une « vision de ce que l’avenir nous réserve ».

Nygel Panasco, Symptôme, dessin tiré de l’ouvrage L’an 2021 paru en octobre 2020. Crédit photo : Nygel Panasco

« Sans le public, je ne sers à rien »

La solitude et l’isolement ont néanmoins porté un coup dur aux artistes et professionnels de la culture. Le manque de public se fait largement ressentir.  « En tant qu’interprète musical, je suis un médium entre le compositeur et le public. Sans lui, je ne sers à rien », remarque amèrement Olivier Maurel. 

Difficile d’envisager l’avenir pour l’ensemble des personnes interrogées. Nygel Panasco reprend :

« Il y a énormément de zones d’incertitudes. Tellement de domaines vont mal et celui de l’art contemporain en fait partie. Il y a une précarité importante, et je n’ai pas l’impression que ça va aller en s’améliorant »

Cynthia Montier, jeune artiste-chercheuse développant des performances et des interventions collectives dans l’espace public, en contact avec des publics plus précaires, constate chaque jour la violence de cette mesure. Le confinement a cela de sordide qu’il « amplifie » les inégalités dans la population. Isolement, perte et difficulté de la recherche d’emploi, de logement… Les chiffres ne trompent pas : selon le niveau de vie et les conditions de confinement, cette mesure est vécue très différemment. Une enquête d’Ipsos-Sopra Steria pour le Centre de Recherches politiques de Sciences Po (anciennement Cevipof), parue dans Le Monde, mettait ainsi en garde contre les conséquences psychologiques d’un confinement prolongé chez certaines catégories de la population.

Face à cela, la création prend toute son importance : n’avons-nous pas toutes et tous besoin, plus que jamais, d’avoir accès à de l’art et de la culture ? Pour Cléophée Moser, la culture n’est pas une priorité pour l’État :

« Historiquement, c’est une vérité : à chaque fois qu’il y a un drame sociétal qui se produit, on se rend compte qu’il y a très peu d’investissements qui sont faits pour les artistes. Considérée comme inutile, notre pratique passe en dernier, ce qui est paradoxal puisque les gens n’ont jamais autant consommé ou cherché à consommer de culture qu’en ce moment. Sans elle, ils deviendraient fous. » 

Fallait-il maintenir un accueil du public dans les expositions et les lieux d’art pour ce second confinement ? Élaborer un projet d’exposition, de concert ou de festival est un travail de longue haleine. Olivier Maurel redoute que les deux ou trois prochaines années soient « pauvres » en événements.

« Il n’y a pas réellement de statut d’artiste. Le problème est structurel »

Comme beaucoup de secteurs, l’art contemporain se retrouve en grande difficulté financière. Face à la crise, l’État et les collectivités territoriales ont mis en place des aides d’urgence : plus de cinq milliards d’euros ont été débloqués par le gouvernement français pour aider les secteurs de la culture. Une mesure satisfaisante ? Pas si sûr. Ce soutien est soumis à conditions, et faute de revenus suffisants, nombre de jeunes artistes émergents n’ont pas pu en bénéficier.

À l’échelle régionale, les soutiens paraissent plus à même d’aider ces créateurs et créatrices. L’Eurométropole a ainsi réuni un fonds d’urgence d’environ 200 000 euros, permettant à différentes structures de la Ville de Strasbourg l’acquisition d’œuvres d’une trentaine d’artistes de la métropole, comme Léa Barbazanges, Nora Fluckiger al Zemmouri, Saba Niknam, Ainaz Nosrat ou encore Gretel Weyer.

Autre levier selon Anne Mistler, adjointe à la maire et responsable des arts et des cultures, l’Artothèque à Neudorf. Son fonds d’œuvres d’art destinées au prêt pour les abonnés des médiathèques consacre depuis mars la totalité de son budget aux nouvelles acquisitions d’œuvres. « L’objectif est d’apporter une aide et un budget consacré à ceux qui font le dynamisme culturel du territoire, complète Madeline Dupuy Belmedjahed, directrice de l’Artothèque.

La Ville de Strasbourg a mis par ailleurs mis en place des dispositifs d’écoute et annulé des loyers d’ateliers d’artistes dont elle est propriétaire lors du premier confinement.

De leur côté, le CEAAC et le Syndicat Potentiel – l’historique association d’artistes et espace d’exposition, désormais située au Neudorf – proposent à leur manière de soutenir la création contemporaine. Le premier remplace ses prochaines résidences de création par des « cartes blanches », des projets réalisés en toute liberté par l’artiste. Le second propose un « Appel à manifestation d’affinités » pour leur future programmation. En outre, la Bourse de Résidence à Domicile mise en place par le Frac (Fonds Régional d’Art Contemporain) Alsace a permis à Cynthia Montier de continuer à créer pendant le confinement. Le but de ces dispositifs : permettre la rémunération des artistes tout en les rendant plus visibles. 

Cependant, tous les collectifs d’artistes ne sont pas directement affectés par la crise. L’ensemble musical HANATSUmiroir n’en souffre pas dans l’immédiat et a refusé certaines offres de financements publics. Ces derniers devraient être maintenus en dépit de l’annulation des festivals. De plus, jusqu’au 31 août 2021, la protection des intermittent·e·s du spectacle est garantie par le dispositif dit de « l’année blanche ». 

L’outil numérique : un territoire sous-investi

Mais tout cela est-il suffisant ? La crise sanitaire met en avant la profonde instabilité de la condition d’artiste. « Au-delà des dispositifs d’aides mis en place par la Ville et l’Etat, je pense que la plupart des artistes cherchent des bricolages pour s’en sortir. Les aides, c’est très bien, mais ça ne change rien au fait qu’il n’y a pas réellement de statut d’artiste. Le problème est structurel », affirme Cynthia Montier.

Cynthia Montier & Ophélie Naessens, RITUAL OF HOPSCOTCH — AN ESOTERICOGEOGRAPHICAL ATTEMPT, Mai 2020. Workshop conversation de groupe. Vidéo 33 min 31 sec. Crédit photo : Cynthia Montier

Puisque la crise semble partie pour durer, artistes et structures ont dû repenser leur pratique et leur fonctionnement pour pouvoir continuer à créer dans ce contexte inédit. Tandis que certains sont habitués à travailler depuis leur domicile, d’autres ont dû revoir entièrement les formats de création et de diffusion. C’est le cas de Cynthia Montier, qui développe un art basé sur l’expérience collective notamment dans l’espace public. Avec le confinement, elle a dû imaginer de nouveaux dispositifs: des performances sous attestation dérogatoire ou bien des workshops à distance comme avec Ritual of Hopscotch, un protocole de rituel collectif en ligne qui questionne les espaces géographiques tant virtuels qu’ésotériques. 

Pour autant, le virtuel n’est pas non plus une solution miraculeuse. Selon Olivier Maurel, le premier confinement avait donné lieu à une surproduction – souvent médiocre – sur les réseaux. Il critique notamment l’exploitation gratuite de la culture, en évoquant la mise en garde de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (Ompi, une institution des Nations Unies) dans une enquête menée auprès de la population en avril.

Paradoxalement, le virtuel est mis en avant comme la seule alternative pour imaginer l’avenir. De nouvelles plateformes de vente d’œuvres en ligne voient le jour dans l’optique de poursuivre la mission des galeries : permettre aux artistes de vendre et de vivre de leur art. C’est ainsi que Les Nouveaux Collectionneurs, propose tant de la vente d’œuvres en ligne depuis leur site qu’un travail curatorial, avec l’exposition FRONTIÈRES présentée sur leur site Internet. Cette initiative en collaboration avec plusieurs artistes cherche à rendre l’art plus accessible.

Pour les structures et les lieux d’arts, la problématique se situe du côté des expositions : comment les valoriser à distance ? Ce processus passe par un développement de la présence sur les réseaux sociaux, un outil relativement délaissé jusqu’à présent. La communication, à défaut de se faire en présentiel, passe alors par la multiplication de podcasts, de rétrospectives vidéo, de présentation des collections… 

« Nos corps ne vont pas disparaître. Nos espaces non plus »

Selon Estelle Pietrzyk, directrice au Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg (MAMCS), ce nouvel investissement des réseaux « viendrait combler le manque d’un champ qui n’était pas pour le moment sur-investi en France ». « Ce n’est pas qu’une question de confinement, c’est aussi une question d’accessibilité à des publics plus empêchés », ajoute-t-elle, relevant un avantage crucial du virtuel. 

Tirant parti de l’outil numérique, le collectif artistique et curatorial Eaux Fortes envisage un format hybride pour sa prochaine exposition, Maison de force #bainspublics : une édition qui sera à la fois physique et digitale. « Tout l’enjeu pour l’art contemporain sera de trouver comment parvenir à avoir du corps à l’intérieur d’espaces digitaux, qu’il sera nécessaire de développer », ajoute Cléophée Moser.

Capucine Vandebrouck, Hi Robert 2, 2020, PVC radiant, 210x180x17 cm, exposition PRISMES, Goethe, réflexions contemporaines, CEAAC, septembre 2020. Crédit photo : Élodie Gallina

Le virtuel ne pourra jamais se substituer à l’expérience physique de l’’art, aux sensations qui surgissent dans cette rencontre. Si l’art contemporain nécessite d’être vu et expérimenté pour exister, comment retrouver « des espaces de partage, de découverte, d’émerveillement, d’enchantement et de sensible ? », se demande Cléophée Moser. « Nos corps ne vont pas disparaître. Nos espaces non plus », affirme-t-elle.

Élodie Gallina partage cet avis :

« Je pense et suis intimement convaincue que le médium exposition doit et continuera d’exister. Le public a besoin de ressentir, de voir, d’éprouver l’art. Par ailleurs, la proximité physique avec l’œuvre originale, associée à l’expérience de l’espace et du lieu, convoquent des sens ou des émotions que le virtuel ne pourra jamais supplanter. »

La réouverture des lieux d’art et d’exposition prévue le 15 décembre devait apporter un peu réconfort avant la fin d’année. Le report au plus tôt au 7 janvier ajoute au sentiment que l’art passe après le reste.

Avec Nebbiu, rappeur naturophile, sobre et heureux

Avec Nebbiu, rappeur naturophile, sobre et heureux

Pour le 7e épisode de notre podcast « Sortez-nous de l’Art ! », rendez-vous sur la terre de Nebbiu, un jeune rappeur Bas-Rhinois. Amoureux des mots et de la nature, fervent défenseur de la sobriété, il nous fait découvrir son rap, loin des clichés.

Le Nebbiu c’est d’abord un coin de la Haute-Corse. Et c’est en l’explorant, durant l’été 2017, que ce jeune rappeur originaire du Bas-Rhin a choisi son blaze : « Sur une table d’orientation était écrit “Terre de Nebbiu” », se rappelle-t-il. Cette région tire son nom d’une brume marine. « C’est un moment où j’avais pas mal de brume dans mon crâne », ironise-t-il. « Je ne cherchais pas particulièrement un nom, c’est plutôt le nom qui m’a trouvé ».

Nebbiu donne rendez-vous dans un studio à la Krutenau. Ce « studio » est en fait la chambre d’étudiant de JimBim qui entre deux cours de musiques actuelles produit certains artistes du coin. Entre la cuisine minimaliste et le lit une place, sont intercalés un bureau et un micro illuminés par un néon vert. C’est là que tous les sons sont enregistrés. Il paraît loin le temps où Nebbiu, la vingtaine, se contentait d’être un « free styler de soirées » comme il se définit en se remémorant les années lycée.

Guitariste dans le jardin familial

Entre deux prises, il nous propose des bredeles pâtissés par sa « mamie ». Sa musique, c’est avant tout une histoire familiale. À une dizaine de kilomètres de Strasbourg, dans le salon parental, le piano fait la belle part lorsque les guitares ne sont pas de sortie autour d’un feu de joie dans le jardin. 

Dans ce même jardin, doigts glissant sur les cordes, qu’il s’adonne aux reprises guitare-voix sur fond de ciel bleu, gris, nuageux, ou au soleil couchant. Du Lara Fabian, en passant par Ben Mazué, Flora Cash et Dooz Kawa : le grand écart artistique loin des stéréotypes d’inspirations rap.

C’est lors d’un semestre d’études à Montréal que cet ingénieur prend conscience de la crise écologique. Le 11 décembre est sorti « La Colère », le dernier titre de son album « VAP ».

Une page se tourne et il prépare désormais un nouvel EP intitulé « Sobre », écrit pendant le confinement.

Une ode à la nature et un appel à la sobriété largement inspiré par ses expériences personnelles et ses propres réflexions existentielles :

« Être dehors ça me crée un espace mental où d’un coup je ne pense pas forcément à grand chose. Parfois, il y a une mélodie qui vient, parfois un texte, parfois simplement une idée, et elle sera toujours reliée à la nature ».

Fonroche toujours déterminée à exploiter Hurtigheim et Eckbolsheim

Fonroche toujours déterminée à exploiter Hurtigheim et Eckbolsheim

En dépit de la « suspension » des projets de géothermie profonde près de Strasbourg, Fonroche garde l’intention d’exploiter les puits prévus à Hurtigheim et Eckbolsheim. Selon le directeur, il faut tirer profit du séisme « anormal » du 4 décembre pour mieux calibrer les futures forages. Pour le riverains qui ont constaté des fissures, il promet des indemnisations « sous deux mois ».

Jean-Philippe Soulé, le directeur de Fonroche Géothermie, le reconnaît : la « limite d’acceptabilité est dépassée » pour le puits de géothermie à Vendenheim. Mais il estime qu’il était possible « d’imaginer d’autres solutions ». Tant pis. « L’urgence » désormais, est de réduire le nombre de mètres-cube d’eau par heure, par pallier, chaque jour, jusqu’à l’arrêt total, et donc définitif du site. L’opération devrait prendre « trois à quatre semaines », qui sera assortie d’une « période de surveillance » de deux semaines. D’ici là, d’autres secousses sont possibles. La pression est à 58 bars, à peine moins que celle de 60 bars utilisée jusqu’au 4 décembre.

Autre urgence, les indemnisations. La société invite les habitants à se signaler sur geoven.fr. Un expert de l’assurance de la société sera diligenté pour déterminer une classification entre « fissure fraîche » ou « ancienne », liée notamment à la sécheresse. L’évaluation sera faîte sous un mois et l’ensemble des dossiers traités « sous deux mois ». L’entreprise avait indemnisé une dizaine de cas sur la vingtaine de dossiers reçus suite à la secousse du 28 octobre. Les dégâts sont « à 80% cosmétique, des fissures dans le crépi », relativise Jean-Philippe Soulé.

« Période difficile »

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