Le projet était en développement depuis près d’un an, mais le confinement en a accéléré la sortie. FEU ! est une application de mise en relation à destination des étudiants, développée au sein de l’Université de Strasbourg. Elle doit permettre de faciliter la solidarité étudiante, que ce soit pour un soutien scolaire, des contacts sociaux ou des échanges linguistiques.
Avec le confinement, nombre d’étudiants se retrouvent isolés. Plus d’accès aux cours bien entendu, mais aussi aux ressources nécessaires à leurs recherches. L’isolement social les frappe aussi durement, notamment pour ceux vivant en chambre universitaire. Ce contexte a poussé l’Institut de développement et d’innovation pédagogiques (IDIP) de l’Université de Strasbourg à accélérer la sortie d’une application prévue à l’origine pour septembre 2020.
Une application qui fait le pari de l’entraide
FEU ! (pour Forum d’Entraide Universitaire) est un projet né suite au concours d’innovation numérique de l’Unistra HackeTaFac. Le vainqueur de l’édition 2019, Théo Wittersheim, a imaginé cette application pour « mettre en relation tous les étudiants de manière à ce qu’un contact humain soit à portée de main au quotidien. »
Théo Wittersheim (avec le trophée à droite) a bénéficié d’un soutien financier de 10 000€ et d’un accompagnement de l’Unistra pour le développement de FEU! Photo : Document remis
L’application propose aux étudiants de poster des annonces dans trois grandes catégories, elles-mêmes divisées en sous-rubriques. Dans la catégorie universitaire, il s’agit principalement de demander ou de proposer de l’accompagnement scolaire et de l’aide dans les études. Dans la catégorie langues, les annonces se concentrent sur les discussions entre locuteurs pour favoriser un apprentissage mutuel. Les loisirs quant à eux regroupent toutes les propositions d’activités et de sorties (pour après le confinement).
L’application se veut la plus exhaustive possible. Les annonces ne sont pas pré-formatées et l’initiative est laissée aux utilisateurs. Une modération a posteriori est néanmoins assurée par les services de l’Unistra, afin de s’assurer du respect des conditions d’utilisation.
Un développement et un fonctionnement collaboratifs
Développée pour l’usage des smartphones, FEU ! est aussi disponible sur tablette et ordinateur. L’application s’adresse aux étudiants de Strasbourg, et il est nécessaire de disposer d’un identifiant à Ernest, l’Espace Numérique de Travail de l’Unistra, pour s’y connecter. Les 50 000 étudiants de l’Unistra sont donc invités à se contacter et à se rendre service.
L’application affiche par défaut toutes les annonces, mais il est possible de les trier selon plusieurs filtres. (Document remis))
L’application étant sortie avec 4 mois d’avance, pressée par la nécessité qu’impose le confinement, elle est encore amenée à évoluer. Les utilisateurs peuvent envoyer leurs retours et avis via un formulaire disponible sur la page de présentation du projet. Une foire aux questions est également déjà disponible pour guider les premiers pas.
Lancée le 15 avril, la plateforme comporte déjà une vingtaine d’annonces. Les offres vont de la discussion en anglais à la collaboration dans des jeux vidéos en ligne, en passant par un projet de structure associative.
L’année 2020 sera terrible pour la ferme Lux à Pfettisheim, l’exploitation d’asperges pourrait perdre jusqu’à 80% de sa production en raison de l’absence de main d’œuvre qualifiée.
Dans les champs autour de Pfettisheim, dans le Kochersberg, l’air du printemps est frais et sec. Sous un ciel bleu lumineux, c’est un temps parfait pour récolter l’asperge. Elles poussent sur les parcelles cultivées par Dominique Lux, dont c’est la production principale depuis qu’il a repris la ferme de ses parents en 1986.
Des lignes de monticules de terre bâchées s’étendent à perte de vue autour du village, seulement arrêtés par le chantier de l’autoroute du GCO. Il y en a pour 35 hectares à récolter cette année, avec sous chaque monticule, 4 à 8 000 kilos d’asperges blanches par hectare.
Les monticules de terre sont bâchés pour produire une asperge blanche, la préférée des Alsaciens. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas La main d’œuvre locale manque pour pallier l’absence des saisonniers polonais et roumains. Une partie de la production sera perdue. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Une vingtaine de personnes ont été recrutées pour la récolte cette saison, il en faudrait plus du double Photos : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas
Mais Dominique Lux est inquiet. Parmi les 55 saisonniers polonais et roumains qu’il mobilise chaque année, seuls huit ont fait le déplacement. Les autres ont préféré rester à l’écart de l’Alsace, dont la réputation comme foyer endémique du coronavirus s’est répandue en Europe :
« Ils ont peur et je ne peux pas leur en vouloir. Ce sont des gens qui viennent depuis 10 ans, 15 ans, chaque année et qui triplent leurs salaires habituels en travaillant chez nous. S’ils choisissent de ne pas venir, c’est qu’ils ont leurs raisons. »
Les saisonniers sont payés au Smic et logés, ce qui représente le triple de leur salaire habituel pour les Polonais et les Roumains. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Chaque hectare contient entre 4 et 8 000 kilogrammes d’asperges Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas La récole d’asperges nécessite un coup de main qui ne s’acquiert qu’avec l’expérience. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas L’asperge met trois ans à pousser mais une fois qu’elle est là, il faut la cueillir dans la journée. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas
Payés au Smic, les saisonniers étrangers sont en outre hébergés par l’exploitant, dans des chambres de 4 situés sur l’exploitation. Ils travaillent dans les champs de 7h à 13h voire 15h, en fonction de leur technique. Les rares saisonniers d’Europe de l’Est qui ont bravé les informations alarmantes pour la saison se repèrent bien dans les champs, ils ont 50 mètres d’avance sur les Alsaciens et leurs cageots sont remplis d’asperges plus longues.
Car c’est tout le problème de Dominique Lux, un bon cueilleur d’asperges se forme en plusieurs saisons :
« On a beau expliquer, ça ne sert à rien. Il faut avoir le coup de main. Il faut sentir la taille de l’asperge en plantant la gouge, la dégager sans l’abîmer et la sortir sans la casser. Ce savoir-faire ne peut que se transmettre… »
Résultat, même si des Alsaciens sont venus suppléer les saisonniers d’Europe de l’Est, Dominique Lux est dans l’incapacité de les former. Ils sont vétérinaires, cuisiniers, animateurs périscolaires, étudiants ou au chômage et appartiennent au cercle de connaissances étendu de Dominique Lux :
« Je ne peux accueillir qu’une vingtaine de débutants au maximum. Mais la plupart sont surtout motivés par l’envie de sortir du confinement, ce qui nous inquiète un peu. Surtout, ils produisent des asperges plus courtes et l’an prochain, ils ne reviendront pas… Nous les formons en pure perte. J’estime qu’on va perdre entre 60 et 80% de la récolte habituelle cette année. »
Les asperges prêtes à être récoltées ne peuvent attendre… sinon elles sont perdues. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Chaque jour, la ferme Lux produit environ 500 kg d’asperges, dix fois moins qu’en saison normale.
Cette saison, la ferme produit environ 500 kg d’asperges par jour quand elle devrait en sortir 5 000 ! En aménageant le bâchage, Dominique Lux a anticipé la crise, retardant au maximum la pousse des asperges mais selon ses prévisions comptables, il lui faudra une dizaine d’années pour rattraper la perte de chiffre d’affaires de cette saison.
Dominique Lux, 4e génération d’agriculteur à Pfettisheim, s’est spécialisé quasi-exclusivement dans la production d’asperges. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas
Lundi 20 avril, Rue89 Strasbourg en partenariat avec l’Université en campagne contre les idées reçues et la Société française de virologie propose une web-conférence en direct avec cinq chercheurs virologues de France.
Depuis le début de la crise sanitaire, les informations se sont multipliées à propos du coronavirus et de la maladie associée, la Covid-19, avec leur lot de fake news, d’informations malveillantes ou fabriquées d’autant plus que la connaissance du virus évolue vite, y compris au sein de la communauté scientifique.
Pour y voir clair, nous avons sollicité avec l’Université en campagne contre les idées reçues (Ucclir) l’aide de la Société française de virologie. Lundi 20 avril à partir de 14h30 sur la page Facebook d’Ucclir, quatre chercheurs de Strasbourg, Montpellier, Marseille et Maison-Alfort répondront à vos questions sur le virus, ses effets, la manière de le combattre, etc.
Les chercheurs membres de la Société française de virologie, de g. à d. et de haut en bas, Mylène Ogliastro, David Gilmer, Etienne Decroly et Sandra Martin-Latil Photo : doc remis
Ces chercheurs sont :
Mylène Ogliastro, directrice de recherche INRAe, Laboratoire Diversité Génomes Interactions Micro-organismes Insectes de l’université de Montpellier,Sandra Martin-Latil, chercheur en virologie à l’Anses, Laboratoire de Sécurité des Aliments, Unité des Virus Entériques à Maisons-Alfort,Aure Saulnier, virologiste en recherche et développement, spécialiste des virus humains à Lyon,David Gilmer, professeur de virologie moléculaire à l’Université de Strasbourg, chercheur à l’Institut de biologie moléculaire des plantes de Strasbourg,Etienne Decroly, directeur de Recherche CNRS, Laboratoire architecture fonction des macromolécules biologiques à Marseille.
Contre les idées reçues
L’objectif de cette visio-conférence est de répondre aux idées reçues et aux simplifications qui sont couramment évoquées sur le coronavirus et la Covid-19. Les chercheurs répondront oralement aux questions qui seront posées par écrit. Il sera ainsi question de la gravité du virus, de son mode de circulation, de ses symptômes, du rôle du confinement, des traitements disponibles, etc.
Bien décidé à ne pas laisser le confinement installer le silence, l’Orchestre philharmonique de Strasbourg (OPS) met en place une série d’événements en ligne pour amener la musique dans les foyers strasbourgeois.
Concerts sur canapé
Pendant le confinement, faute de pouvoir jouer de nouveaux concerts, l’Orchestre philharmonique de Strasbourg (OPS) propose de redécouvrir ses précédentes prestations. Le concert Échappées russes, joué pour l’ouverture de la saison 2019-2020, est disponible sur Arte (en deux parties). La chaîne YouTube de l’OPS contient de nombreuses vidéos musicales, notamment l’intégralité de la symphonie des Arts 2019, jouée au Jardin des Deux-Rives.
Les musiciens de l’OPS passent en télétravail pour un petit morceau de Carmen de Bizet.
Se cultiver avec des conférences musicales tous publics
Pour comprendre les plus grandes œuvres du répertoire, la musicologue Sophie Gaillot Miczka propose une série de petites conférences, à destination des enfants et de leurs parents. Une conférence est prévue chaque lundi et jeudi, à 14h en direct sur la page facebook de l’OPS. Elles sont également disponibles en replay sur cette même page.
Pour encourager la créativité, même en restant chez soi
L’OPS se projette dans le futur et l’après confinement, en faisant gagner des places pour sa saison 2020-2021. La page Facebook de l’OPS propose un concours de dessins pour les enfants avec un thème différent chaque semaine. À gagner : des places pour les concerts jeune public.
Tous les soirs à 20h, le quartier de l’Esplanade à Strasbourg s’anime et rend hommage en musique aux professions en première ligne dans la lutte contre le coronavirus. À la manoeuvre, un étudiant en droit de 18 ans qui a aussi voulu rassembler son quartier pendant le confinement. Son initiative a permis de créer du lien entre des habitants qui ne se connaissaient pas forcément.
« Bonsoir tout le monde ! Il est 20 heures ! Vous allez bien ? » Perché sur son balcon, un mégaphone dans la main, Thomas Sengel sonne le rappel pour ses voisins et tous les riverains du quartier de l’Esplanade. Du haut du 9e étage de son immeuble de la rue de Boston à l’Esplanade, l’étudiant en droit européen de 18 ans rend depuis fin mars un hommage en musique au personnel hospitalier et aux professions mobilisées dans la lutte contre le coronavirus.
Tous les soirs à l’Espla, c’est grosse ambiance aux balcons (vidéo OG / Rue89 Strasbourg / cc)
Les deux grosses enceintes d’une puissance de 5 000 watts dirigées vers la place de l’Esplanade balancent la musique. Sur leurs balcons ou à leurs fenêtres, les riverains se mettent à danser, agitent les flashs de leurs téléphones portables ou sont juste là, pour profiter de la musique et sortir un peu du confinement, pendant 20 minutes. Sur la place de l’Esplanade, quelques livreurs à vélos s’arrêtent, dégainent leur smartphone pour filmer, puis repartent.
Il est 20h, Thomas Sengel s’apprête à lancer l’hommage au personnel hospitalier en musique. (Photo : Martin Sengel).
Dire « merci » en se montrant aux balcons et aux fenêtres
Juste avant la musique, les habitants applaudissent, imitant l’initiative née en Italie, pays le plus touché en Europe par l’épidémie. « Au début du confinement, en plus des applaudissements, j’ajoutais du bruit avec mon tamtam ou un cor des Alpes », se souvient Thomas Sengel. Le jeune homme, qui vit à l’Esplanade depuis deux ans, explique qu’il a surtout voulu rassembler les habitants de son quartier :
« Nous, on est enfermés dans nos appartements. On sait que dehors, il y a des personnes qui travaillent dur jour et nuit pour vaincre ce virus. À 20 heures, on se montre sur nos balcons et nos fenêtres pour les remercier, montrer qu’on est vivant et qu’on les soutient pendant 30 minutes de musique. »
Des vidéos suivies par 400 personnes sur Instagram
Confiné avec ses parents, ses trois frères et sa petite soeur, Thomas est aussi coupé de ses amis. Pour être un peu relié à eux pendant cette période, il a eu l’idée de se filmer en direct sur le réseau social Instagram. « Je voulais qu’on puisse partager ce petit moment de fête tous ensemble », sourit Thomas. Au départ suivi par une trentaine de personnes, ses vidéos en direct sont désormais regardées par près de 400 personnes tous les soirs. C’est notamment grâce aux réseaux sociaux que Thomas a fait le lien avec certains habitants du quartier.
« Les gens se font coucou, c’était jamais arrivé avant »
« Un soir, d’un coup, il y a eu de la musique, on ne savait pas d’où ça venait, ça nous a fait des frissons. On est sorties sur le balcon et on a filmé », se souvient Marion, 24 ans. Cette doctorante en biochimie habite de l’autre côté de la place de l’Esplanade, avec Mégane et Noémie, ses deux colocataires. Elles ont posté leur vidéo sur le groupe Facebook Tousse Ensemble, créé au début du confinement par le site web Pokaa. C’est comme ça que le lien avec Thomas s’est fait, raconte Marion :
« Depuis, on s’est appelés, on lui propose de la musique pour ses playlists. Nous, sur le balcon on fait des chorégraphies, on motive les gens. Ça nous fait des souvenirs entre nous : on danse pendant 20 minutes, on est de bonne humeur. Une fois que c’est fini, on rentre et on va finir de faire à manger. »
Marion, Noémie et Mégane habitent l’immeuble en face de celui de Thomas, place de l’Esplanade. (Photo doc. remis).
À leur balcon, Marion et ses colocataires ont accroché un drapeau alsacien et cette pancarte : « Tous soudés, tous sauvés ». Les trois filles disent ressentir une « énorme solidarité dans le quartier » depuis le début du confinement, le 17 mars. Elles échangent avec leurs voisins, un couple de personnes âgées, avec qui elles n’avaient jamais parlé auparavant. Et depuis les sessions musique à 20h, « les gens sourient et se font coucou, d’un balcon à l’autre, d’un immeuble à un autre. Ça n’était jamais arrivé auparavant », assure Marion.
Les voisins au balcon… pour profiter du bruit
« Ça tisse un lien », abonde Pierre. Cet ingénieur de 62 ans habite l’appartement juste au-dessus de celui de Thomas. Tous les soirs, avec sa femme et son fils, il est au rendez-vous sur le balcon. Il vit à l’Esplanade depuis 27 ans, un quartier à « grande mixité sociale, entre HLM et appartements privés ». Pendant cette période du confinement, il se dit « privilégié » :
« On n’imagine pas ce que vit le personnel hospitalier au quotidien, c’est un sacerdoce pour eux. Bien sûr que pendant ces quelques minutes de musique on va penser à nous, mais on pense aussi à eux. L’action de Thomas fédère le quartier et avec le confinement, on ne s’imagine pas forcément les situations personnelles de chacun, c’est un peu anxiogène. »
« Ça permet de ne pas me sentir seule »
Alyssa vit dans l’immeuble en face de celui de Thomas. À 20 ans, elle vit son confinement en solo et attend ce rendez-vous de fin de journée avec impatience :
« Même si on fait des facetime (appels vidéos à deux, ndlr) toute la journée, cette initiative permet de ne pas se sentir seule. Pendant 20 minutes on a l’impression d’être à une grande fête tous ensemble. C’est pour moi l’une des seules choses programmées de la journée : sortir sur le balcon, voir du monde, remercier les soignants et danser. »
La jeune femme vit depuis deux ans dans le quartier et a la sensation que cet interlude musical a unifié les blocs d’immeubles qui encadrent la place de l’Esplanade : « c’est comme si on était déjà tous liés, alors qu’à la base, on ne se connaît pas. »
Sur les balcons, les habitants dansent, chantent, d’autres en profitent pour voir un peu de monde. Photo : doc. remis
Pas une « cour de récréation à ciel ouvert », prévient la police
Après avoir vu certaines images sur les réseaux sociaux où des passants dansaient sur la place, la police nationale du Bas-Rhin a réagi auprès de Rue89 Strasbourg. Si les autorités saluent l’intention louable du jeune homme, elles préviennent que l’hommage de 20h ne doit pas se transformer « en cour de récréation à ciel ouvert » avec des contacts rapprochés.
C’est d’ailleurs ce qui a fait réagir Thomas, qui a renoncé à faire son petit concert mardi 14 avril : « Lundi soir, il y avait trop de monde sur la place, des gens trop proches les uns des autres, qui nous filmaient. Du coup, on a applaudi, et c’est tout ». Une réaction comprise et soutenue par les riverains : « J’ai trouvé ça vraiment bien qu’il annule. Pour s’en sortir, il ne faut pas sortir ! », abonde Pierre.
Et après le confinement ? « On ira boire un verre avec Thomas et ceux qui voudront se joindre à nous », lancent Marion et ses colocataires. Quant à Thomas, il imagine déjà organiser une fête sur la place en bas de chez lui. Pour tout le quartier. Si cette place se mettait à vibrer, ce serait une première…
Journaliste indépendante et professeur d’éducation aux médias. Sujets société, inégalités, éducation, police-justice. J’aime aussi écrire sur le rap et la culture hip hop de Strasbourg et d’ailleurs.
La Ville de Strasbourg s’apprête à mettre en place un système de chèques alimentaires comme d’autres villes en France.
La municipalité strasbourgeoise devrait bientôt instaurer des chèques alimentaires pour les familles qui rencontrent des difficultés à nourrir leurs enfants pendant le confinement. Le montant de ces bons d’achat devrait être d’environ 100€, peut-être un peu moins.
Cette prestation serait attribuée aux familles bénéficiaires du tarif le plus bas dans les cantines scolaires, voire à celles de la deuxième tranche inférieure. Les 10 catégories de prix à Strasbourg sont définies grâce au quotient familial. Une politique similaire de chèques alimentaires a été mise en place à Brest et d’autres municipalités en France.
Un rapport de l’administration de la Ville de Strasbourg sur le sujet et le coût de la mesure sera remis aux élus ce jeudi 16 avril. La décision devrait ensuite intervenir sous quelques jours.
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À Guebwiller dès janvier, à Strasbourg dès février, à Colmar dès mars… Pendant des mois, infirmières, chirurgiens ou le directeur des Urgences à Colmar ont alerté sur les faibles stocks de masques dans les hôpitaux alsaciens. Face à la pénurie, les autorités sanitaires ont appliqué des mesures de protection au rabais mettant en danger le personnel soignant.
Le 31 janvier 2020, plusieurs infirmières du centre hospitalier de Guebwiller ont alerté leur direction sur le manque de masques chirurgicaux de type II-R. Sans réponse satisfaisante, elles rédigent une seconde déclaration « d’événement indésirable » mi-février. Rien n’y fait : « Jusqu’au 25 mars, une partie du personnel soignant n’a porté que des masques chirurgicaux simples alors qu’ils étaient en contact avec des patients Covid », constate Guillaume Raimondi, secrétaire général CGT de l’hôpital haut-rhinois.
À la mi-mars, 15 membres du personnel soignant de Guebwiller étaient diagnostiqués positifs au coronavirus. Selon l’infirmier Guillaume Raimondi, le port de masques FFP2 ou II-R aurait pu permettre d’éviter ces contaminations.
« Un masque chirurgical, c’est une passoire »
Rue89 Strasbourg a recueilli de nombreux témoignages de personnels hospitaliers alsaciens, équipés de simples masques chirurgicaux. Ces derniers protègent certes les patients en contact avec le soignant, mais pas le porteur, contrairement au FFP2 (voir encadré ci-dessus). À l’hôpital public de Cologne, en Allemagne, le personnel soignant doit ainsi porter un masque FFP2 pour tout type de contact avec un patient Covid-19.
Au Nouvel hôpital civil de Strasbourg, une infirmière déplore l’absence de masques FFP2 dans son unité conventionnelle, transformée en secteur Covid :
« Quand on a rempli une déclaration d’événement indésirable sur le stock de FFP2, on nous a répondu avec une dépêche des hygiénistes pour justifier que les masques chirurgicaux seraient suffisants. Sauf qu’un masque chirurgical, c’est une passoire. C’est pour ça que plus de 300 personnes des HUS sont positives au Covid aujourd’hui (519 au 14 avril, ndlr). Je pense qu’il y a une vraie hypocrisie quand on voit le président Macron qui se balade à Mulhouse avec un FFP2 alors que nous, on nous dit que c’est réservé à l’intubation, extubation et les soins en aéorosolisation. En fait, on nous a envoyé éteindre un feu en bermuda. »
Un changement de doctrine pratique
« On a l’impression d’être livrées à nous mêmes », témoigne Anne-Marie (le prénom a été modifié), aide-soignante dans un hôpital strasbourgeois. Les réponses des directions hospitalières ne calment pas les inquiétudes des soignants. Le 23 mars, le directeur des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), Christophe Gautier étend le port du masque chirurgical à tous les agents des HUS, mais le FFP2 est attribué en priorité à certaines interventions : « les soins critiques type intubation, extubation, fibroscopie bronchique… » En préambule, le responsable rappelle la conformité de cette décision avec « l’avis conjoint de la Société française des Sciences de la Stérilisation et de la Société française d’Hygiène hospitalière du 21 mars 2020. »
Suite à une déclaration de danger grave et imminent le 27 mars, la direction de l’hôpital de Guebwiller maintient sa position, la même qu’à Strasbourg : « Les masques FFP2 sont laissés en priorité aux personnels qui pratiquent, notamment sur des patients atteints du Covid-19, des manœuvres susceptibles de générer un risque d’aérosolisation (diffusion d’un liquide en particules très fines dans l’atmosphère, ndlr) des sécrétions. »
La doctrine officielle sur l’utilisation des masques vient en fait de changer. Jusqu’au 28 janvier, la Société française d’Hygiène hospitalière préconisait le port d’un FFP2 pour « tout soignant au contact d’un cas « suspect, possible ou avéré de Covid-19 ».
« On est pas du tout protégées »
Pour tenter de convaincre de l’inutilité du masque FFP2 pour tout type de contact avec un patient contaminée par le coronavirus, la direction hospitalière de Guebwiller a aussi rappelé au personnel soignant le port du masque pour les patients suspectés Covid-19. « Au départ, cela me paraissait une réponse satisfaisante », témoigne Christine (le prénom a été modifié), infirmière de l’hôpital de Guebwiller.
Mais sur le terrain, elle constate rapidement les limites de cette politique : « Nous intervenons constamment à proximité des patients. Or, certains d’entre eux enlèvent le masque parce qu’elles ont du mal à respirer, ou des personnes âgées démentes l’arrachent… Au final, on est pas du tout protégées… »
Près d’un mois après le début du confinement, Christine regrette avant tout un manque de transparence de la part de sa direction :
« Ce qui est frustrant, c’est qu’on ne nous dit pas que c’est la pénurie niveau masques FFP2. On aurait préféré entendre qu’on a pas de masques et qu’on les réserve donc aux soignants à risque, avec une pathologie ou en période de grossesse. Là, on a juste l’impression de ne pas être entendues lorsqu’on alerte sur la protection insuffisante du masque chirurgical… »
Un risque de pénurie connu
À Strasbourg, le risque de pénurie sur les masques FPP2 était connu dès la mi-février. Le 18 février, un mail interne aux HUS informait les différents services des « difficultés d’approvisionnement en masques FFP2 et chirurgicaux. » Les cadres hospitaliers se voyaient ainsi conseiller d’adopter une « stratégie d’épargne des masques ». « Des limitations de distribution pourront être mises en place aux HUS au besoin, selon l’évolution de la pénurie », concluait le mail.
Un mois plus tard, les urgences de Colmar connaissent les mêmes tensions. Dans un mail daté du 15 mars, le chef du pôle Urgences de Colmar, Yannick Gottwalles, alertait sur le manque de matériel dans son établissement : « moins de 3 jours de stock en masques FFP2, moins de 4 jours de stock en masque chirurgical (…) et des perspectives de réapprovisionnement dans 6 à 8 semaines ! »
Le mensonge d’État
La pénurie de masques FFP2 est donc constatée depuis des semaines à Colmar, Mulhouse, Strasbourg ou Guebwiller. Une situation qui n’empêche pas le ministre de la Santé, Olivier Véran, de déclarer sur France Inter le 17 mars :
« Nous avons suffisamment de masques FFP2 pour faire face aux besoins hospitaliers et pour équiper les infirmières ou les médecins libéraux. »
Le successeur d’Agnès Buzyn reviendra sur ces propos 4 jours plus tard, le 21 mars, admettant qu’ »il ne restait notamment aucun stock d’État de masques FFP2. » Une enquête de Mediapart a démontré les ratés étatiques sur la gestion des stocks de matériel de protection, entre commandes insuffisantes, livraisons tardives et masques laissés au personnel de l’entreprise Airbus…
« Tous les outils de l’État n’ont pas fonctionné »
Début avril, les urgences de Colmar profitaient enfin d’une baisse du nombre de patients après trois semaines de crise sans précédent. « On était à deux doigts d’une implosion complète du service », estime le directeur du pôle Urgences de Colmar Yannick Gottwalles. Selon lui, le conseil régional autorités régionales a permis de pallier les carences de l’État :
« Tous les outils de l’État n’ont absolument pas fonctionné. Ils ont mis plus d’une semaine, dix jours, à nous entendre. Le président de la Région Grand Est, qui connait bien les équipes, a fait le max pour nous trouver des équipements. Il nous a trouvé une solution en 24-36 heures quand j’apprenais que le stock d’État n’était pas encore arrivé. »
Réponse de l’ARS, de la Région et des professionnels locaux
Le 7 avril, l’Agence régionale de santé (ARS) estimait que Santé Publique France avait livré 1,6 million de masques FFP2 en un mois dans le Grand Est. Pour compléter ce stock, l’ARS, la Préfecture et la Région ont lancé une « plateforme de mise en relation d’initiatives industrielles (…) visant à mettre en relation les entrepreneurs du Grand Est et la demande d’équipements de protection individuelle. (…) Cette démarche vient compléter les actions engagées de distribution d’équipements de masques chirurgicaux et FFP2. »
Le travail du Conseil régional pour commander des masques destinés au personnel soignant et organiser une production locale de matériel de protection fera l’objet d’un deuxième article. Cette trilogie d’investigation locale se terminera par la mobilisation inédite de quelques soignants alsaciens pour construire une plateforme de distribution des masques dont l’utilisation se développe dans d’autres régions françaises.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Fin mars, pendant plusieurs jours, la maison d’accueil spécialisée de Riespach dans le Haut-Rhin s’est retrouvée livrée à elle-même. Ses résidents handicapés ne pouvaient plus être pris en charge par le Samu. Pierre Buchon directeur de l’association Marie Pire, gestionnaire de l’établissement, raconte dix jours dramatiques, tout en espérant entrevoir le bout du tunnel.
Dimanche 22 mars, un résident de la Maison d’accueil spécialisée de Riespach, au sud d’Altkirch dans le Haut-Rhin, est décédé des suites du coronavirus. En pleine crise sanitaire, le Samu n’a pas pu prendre en charge cette personne handicapée. Lorsque le directeur de l’association Marie Pire, gestionnaire de plusieurs établissements sociaux et médico-sociaux, s’en est ému auprès de l’Agence régionale de santé, il apprend d’abord que la situation va perdurer ainsi. Le 28 mars, un second résident meurt dans les mêmes conditions.
Début avril, les hôpitaux haut-rhinois ont enfin retrouvé des places disponibles. Des personnes handicapées de cette maison d’accueil spécialisée du Sundgau ont à nouveau pu être amenées à l’hôpital. Pierrick Buchon, directeur général de l’association Marie Pire, revient sur cet épisode dramatique en espérant entrevoir le bout du tunnel.
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Les mesures de confinement ont pris de court les personnes handicapées accueillies en établissements : certaines sont coupées de leur famille et d’autres les ont rejointes. Dans les deux cas, l’entourage essaye de gérer les changements d’habitudes parfois soudains pour des individus potentiellement fragiles.
Nathalie (le prénom a été changé) n’a pas vu son fils depuis plus de 15 jours et n’a pas eu le temps de se préparer à cette séparation. Nicolas (le prénom a été changé) a 30 ans et souffre d’un handicap mental à tendance autistique. Il vit dans un foyer d’accueil spécialisé près de Strasbourg, mais passe tous les week-ends dans sa famille. Or, peu avant vendredi 13 mars, celle-ci reçoit un appel de l’éducatrice référente, lui indiquant qu’elle ne pourrait pas le prendre.
« J’étais soufflée », raconte Nathalie. En fait, les parents ont eu la possibilité de prendre leur enfant chez eux mais avec l’interdiction de revenir, confinement oblige. Nathalie fait le choix de laisser son fils au foyer, « la mort dans l’âme ». D’autant que les équipes travaillent en personnel réduit en raison de quelques arrêts maladies, « mais ils sont présents, très professionnels et d’un soutien inestimable. »
Les résidents confinés dans leur chambre de deux
N’ayant aucune idée de la situation quotidienne au foyer au bout de quelques jours, elle rappelle l’établissement et c’est là qu’elle apprend que les résidents sont tous confinés dans leur chambre, où ils prennent également leur repas. Nathalie se dit choquée de les savoir enfermés (« c’est un peu violent de l’apprendre comme ça »), même s’ils peuvent faire des balades individuelles dans le jardin. Par contre, elle craint pour sa santé qui comporte des fragilités. Sa principale inquiétude est que son fils soit touché par le virus et qu’elle doive se battre pour l’emmener à l’hôpital :
« Quand je l’accompagne, je suis plutôt un soutien pour les équipes. Je sais qu’en ce moment les malades sont pris en charge seuls, mais si ça arrivait à mon fils, je ferais des pieds et des mains pour être là. »
Handicap mental et confinement ne font pas bon ménage
Aussi, la capacité mentale et émotionnelle de Nicolas à supporter le confinement et cette situation exceptionnelle l’inquiète, même si, pour l’instant, il « le vit bien ».
Les personnes handicapées accueillies en établissement sont séparées de leurs familles, si elles ne sont pas rentrées à la maison Photo : DL / Rue89 Strasbourg / cc
Rémy Welschinger, directeur de la SEI (Santé-Education-Insertion) du Ried, un ensemble de structures accueillants des jeunes (à Diebolsheim et Huttenheim, notamment), a constaté qu’il est « effectivement très difficile de concilier troubles du comportement et confinement ».
En plus, l’un des services de la SEI du Ried, « L’Escale vacances et week-ends » héberge une vingtaine de jeunes qui relèvent également de la protection de l’enfance. Alors, pour gérer des groupes de jeunes « particulièrement difficiles », la structure a renforcé le nombre d’éducateurs.
C’est tout le quotidien qui doit être réaménagé pour des adolescents qui, d’habitude, passent leurs journées dans des instituts médico-éducatifs (IME) ou médico-professionnels (IMPro). Or, tous ces établissements ont été fermés dès le 16 mars. Les éducateurs doivent alors redoubler d’inventivité, « trouver des astuces, des activités », raconte Rémy Welschinger. Heureusement, ils peuvent profiter du parc de 4 hectares.
À la SEI du Ried, seuls trois résidents qui présentaient des symptômes du Covid-19 ont été confinés dans leur chambre. Mais dans les établissements gérés par l’AAPEI (une association de « parents, de personnes handicapées mentales et leurs amis »), tous les résidents le sont, car « plusieurs symptômes grippaux sont apparus », indique le directeur général, Jean-David Meugé. Il précise que ce confinement sera bientôt levé et que des activités collectives ont été organisées « avec tous les gestes barrières ». Des moments bienvenus pour un public à besoins spécifiques :
« Certains résidents ont du mal à comprendre ce qui se passe, il faut utiliser des pictogrammes, des gestes pour leur expliquer. »
À l’Arche, des résidents heureux de ne pas être seuls
Dans les maisons de l’Arche, à Strasbourg, qui accueillent principalement des porteurs de trisomie 21, on demande « quand le virus va s’en aller ». La structure au nombre réduit de résidents s’adapte plutôt bien. Veronika Ottrubay, la directrice, se dit « agréablement surprise de leur créativité et inventivité ». Ils ont rapidement organisé des plannings : yoga, jeux, ménage de printemps, tout y passe. Dans ces deux maisons du quartier Danube, 4 professionnels vivent sur place avec 12 adultes handicapés. Ils ont chacun leur propre studio. Comme les ESAT (Etablissement et Service d’Aide par le Travail) ont également fermé, ils sont dès lors en « vacances », profitent de la terrasse et du jardin, cuisinent, et continuent à faire des activités en collectif. Ils sont « bien contents de ne pas être seuls », d’après la directrice. L’Arche a eu un seul cas suspect et la personne a été isolée. La vigilance est de mise pour ces personnes à la santé fragile :
« Heureusement, c’est un profil qui a pu supporter l’isolement. Je ne sais pas comment on aurait fait dans un autre cas de figure. Pour l’instant, il n’y a pas d’autre cas et c’est un soulagement, car les personnes porteuses de trisomie 21 ont souvent des malformations cardiaques ».
Veronika Ottrubay, directrice de l’Arche à Strasbourg
À l’Arche à Strasbourg, les résidents cuisinent plus que d’habitude, et continuent à faire des activités en commun Photo : DL / Rue89 Strasbourg / cc
En attendant, les résidents communiquent avec leurs familles par appels vidéos, « comme tout le monde », indique Veronika Ottrubay. Elle ajoute que les parents ont été plutôt compréhensifs sur la suspension des visites. Une famille a tout de même choisi de prendre son enfant chez elle.
Des enfants autistes à la maison, 24h / 24
Les enfants qui n’étaient pas en internat, eux, n’ont pas eu le choix. C’est le cas d’Esteban, 10 ans, habituellement pris en charge tous les jours à l’IME de Cronenbourg, où il suit des activités et une scolarité adaptée. Dès le jeudi 12 mars, ses parents, divorcés, ont dû s’organiser avant la fermeture des établissements le lundi 16. Sa mère, Maryline, est soignante, alors c’est chez son père qu’il a passé ses deux premières semaines. Maintenant qu’il est de retour chez sa mère, son beau-père prend le relais. La famille estime qu’elle a eu de la chance, car les modes de gardes prévus pour les enfants de soignants ne sont pas adaptés aux enfants handicapés. Pour autant, il n’est pas facile d’occuper un enfant autiste à la maison :
« La continuité pédagogique est assurée par les professeurs en télé-travail. Mais le reste du temps, il faut pouvoir remplacer les promenades, qu’Esteban affectionne beaucoup, sans savoir combien de temps cela va durer. L’idée, c’est d’éviter qu’il passe des heures sur un écran. »
Maryline, Maman d’Esteban
Elle raconte qu’il est particulièrement difficile pour les jeunes autistes comme son fils de changer aussi brutalement de lieu, d’habitudes, de rituels. Surtout qu’il ne peut pas mettre en mots ce qui le chiffonerait :
« D’habitude, quand les vacances arrivent, nous le prévenons plusieurs jours avant. Nous lui avons expliqué la situation avec des mots simples, mais nous ne pouvons pas savoir s’il en a compris l’ampleur, car il ne parle pas. »
A l’Arche de Strasbourg, les résidents font aussi des « apéros visio » avec les autres maisons de l’Arche en France Photo : doc remis
Jean-David Meugé rapporte que les enfants autistes qui vont habituellement dans les structures de jour de l’AAPEI « ont beaucoup de mal à comprendre pourquoi ils ne vont plus en établissement » :
« Les familles ont demandé à pouvoir montrer à leur enfant que l’établissement est fermé. Elles souhaitent que cela puisse être considéré comme un motif dérogatoire pour pouvoir sortir. »
Il ajoute que chaque famille est suivie quotidiennement par un professionnel, de manière à s’adapter à toutes les situations au cas par cas. Une activité restreinte d’IME va être ré-ouverte avec un éducateur, pour offrir une « soupape » aux jeunes et aux familles.
Dans cette même perspective, le secrétariat d’Etat chargé des personnes handicapées a mis en ligne un site de ressources et de solidarité. Les parents peuvent trouver des réponses à leurs besoins de modes de garde, de « temps de répit » ou encore d’aide pour faire les courses. Le site autismeinfoservice se propose également d’accompagner les familles pendant cette période de confinement.
La limitation des déplacements et la distanciation sociale ont des conséquences psychologiques pour la majorité de la population, des troubles qui pour certains peuvent aller jusqu’à entraîner des tentatives de suicide. Un numéro d’écoute, le CoviEcoute 67, a été mis en place depuis lundi pour répondre aux questions et aux doutes de la population.
Après trois semaines de confinement à Reinhardsmunster, Mélissa ressent une dégradation de sa santé :
« Quand je stresse, je serre les dents la nuit et ça me provoque des douleurs dans la nuque et des névralgies. Cela ne m’était pas arrivé depuis un mois. Mais là depuis deux jours, j’ai des insomnies et je fais à nouveau des crises de douleurs. »
Le confinement provoquée par la crise sanitaire est venue chambouler le rythme de vie de la population. Résultat, une partie de celle-ci en perd ses repères, ce qui provoque des conséquences sur sa santé mentale :
« J’ai toujours été quelqu’un qui a besoin d’une certaine routine. Le fait de ne pas avoir de date de fin de confinement, me fait très mal réagir : c’est le flou total et aucune lunette pour y voir clair. Je suis en stand by, j’ai l’impression de vivre un cauchemar et que je vais me réveiller… mais non, c’est bien réel. Je culpabilise aussi de vivre à la campagne, je suis tiraillée entre mon envie d’aider les autres et la peur de mettre en danger ma famille. »
Les médecins sont bien conscients qu’une bonne partie de la population va souffrir de troubles psychiques, souvent légers, comme de la nervosité, l’altération de la concentration ou encore des troubles anxieux, mais parfois aussi plus graves comme des addictions, une détresse psychologique, voire des hallucinations…
C’est pourquoi un numéro d’appel à destination du grand public a été mis en place depuis le 6 avril dans le Bas-Rhin (voir ci-contre). Les écoutants redirigent ainsi chaque personne, selon ses besoins, vers la structure médico-sociale la plus adaptée. En plus de faire baisser le nombre d’appels vers les structures d’urgences,« notre objectif est de prévenir les syndromes dépressifs », explique le Dr Alexandre Feltz, président du conseil local en santé mentale et co-responsable du dispositif d’écoute, CoviEcoute 67.
Un impact sur le moral mais pas de maladie
« Chez l’ultra-majorité des gens on va assister à une gêne, un désagrément, peut-être de l’anxiété, mais en théorie si vous êtes en bonne santé, cela ne va pas provoquer une maladie, » rassure le Dr Dominique Mastelli, co-responsable du dispositif d’écoute grand public et responsable de la cellule d’urgence médico-psychologique (Cump 67).
Sauf que le manque de sommeil constant a forcément un impact sur le moral. À Strasbourg, Romy (prénom modifié) fait des insomnies et sent qu’elle tire de plus en plus sur la corde :
« Au moment de m’endormir, je ressasse ma journée et j’ai des émotions négatives. Je pense aux déceptions amicales, à mon copain dont je suis séparée à cause du confinement, au stress du lendemain… »
Du coup, la jeune femme regarde Netflix, écoute de la musique et traîne sur les réseaux sociaux parfois jusqu’au petit matin :
« C’est comme un échappatoire dans le contexte actuel. Je me rends compte que je retarde le moment où je vais être seule avec moi-même, je cherche donc à m’épuiser pour m’endormir directement. »
Tentatives de suicides et addictions supplémentaires
La peur phobique du virus peut également entraîner chez certains des troubles sévères pouvant aller jusqu’à des tentatives de suicide, comme le raconte le Dr Amaury Durpoix, interne en psychiatrie :
« Nous avons eu le cas d’une patiente très angoissée après avoir été infectée par le virus. Elle a eu peur de mourir, ça l’a empêchée de dormir et ça a fini par entraîner des idées suicidaires. Nous avons dû l’hospitaliser sous contrainte parce que son mari l’a trouvée sur le point de sauter par la fenêtre. »
Le Dr Dominique Mastelli s’inquiète aussi pour la population dont les troubles, contenus en temps normal, peuvent être réactivés pendant cette période. Les claustrophobes qui sortaient pour calmer leurs angoisses ne peuvent plus le faire. Celles et ceux qui trouvaient dans le sport un échappatoire ne l’ont plus et il est difficile d’éviter sa famille lorsqu’on est confiné avec elle :.
« Si je suis irritable, je vais faire du catch ou de la boxe pour distiller mon agressivité. Mais si je ne peux pas, elle va se transformer en violence. »
Le confinement peut avoir de lourdes conséquences psychologiques Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas
Ainsi, jusqu’à présent, en France, le confinement a déjà eu pour conséquence une augmentation de plus de 30% des violences conjugales. Adrien Taquet, secrétaire d’Etat à la protection de l’enfance parle également d’une augmentation de 20% des appels au 119, la ligne dédiée aux violences sur les enfants. Le Dr Mastelli constate aussi une « augmentation des idées suicidaires, des appels de la population pour des idées noires et des rechutes pour les personnes anciennement dépressives. »
Les médecins s’attendent également à une augmentation des consommations addictives (alcool, tabac…). La fermeture des frontières et les patrouilles de police perturbent le trafic de drogue et entraînent un sevrage brutal : « Certaines personnes qui ont une addiction au cannabis vont donc le substituer avec de l’alcool ou des anxiolytiques, » explique le Dr Amaury Durpoix.
De nombreux patients dans « l’angle-mort »
Le Dr Durpoix s’occupe généralement de patients atteints du trouble borderline, c’est-à- dire dont les émotions varient beaucoup et de manière très rapide d’un extrême à un autre. Étant donné que les séances ont dû être arrêtées en raison du confinement, l’interne en psychiatrie de 25 ans a décidé de créer une série de vidéos sur YouTube pour aider ses patients à gérer leur émotions : « Cela permet de garder un lien avec les patients. Les vidéos sont complémentaires aux séances et j’espère que ce sera utile pour plus tard », explique-t-il.
Pour le Dr Adrien Gras, psychiatre aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg, il est en effet indispensable d’assurer la continuité du suivi des patients : « Le fait de les appeler et de les soutenir, les rassure. Ils savent qu’on ne les prive pas de leur espace de parole et ça c’est très important. »
Mais pour certains patients, le contexte de crise sanitaire accroît le sentiment de culpabilité. C’est le cas de Mathilde (prénom modifié). Hospitalisée avant le confinement et de retour chez elle, elle a commencé, au bout de quelques temps, à se dévaloriser et son sommeil s’est dégradé :
« J’observais les manifestations de la maladie revenir et l’angoisse de ne pas réussir à reprendre une vie normale. Mais je n’osais pas appeler l’hôpital. Dans un contexte comme celui-là on ne sait pas comment les gens vont et j’imagine que les médecins sont surbookés. »
Le Dr Durpoix s’inquiète également pour ceux qui n’avaient pas entamé une démarche de soins avant le confinement et qui aujourd’hui ne savent pas comment réagir.
« Mes patients vont moins bien, mais il y a des personnes qui ne vont pas bien du tout et qui n’osent pas appeler. Ils sont dans l’angle-mort qui ne sera révélé qu’après le confinement. »
Dans un post sur les réseaux sociaux, Alain Fontanel a appelé à produire localement des masques pour toute la population. Si seulement il disposait d’un ancien ministre de l’industrie dans ses soutiens. François Loos, au hasard…
Depuis quelques jours, Ariane a décidé de porter un masque. Après quelques débuts hésitants, elle imagine une société où le masque serait obligatoire pour tout le monde.
Depuis trois semaines, banderoles, calicots et pancartes fleurissent aux fenêtres. Ils transmettent à la rue des messages de soutien, des slogans, de la poésie, des maximes. Nous avons interrogé leurs auteurs.
Contrairement à ceux de Marseille ou de Nantes, les habitants de Strasbourg s’expriment peu sur les murs de la cité, par des tags ou des graffitis. Et encore moins d’affiches à leurs fenêtres. Mais ces dernières semaines, les messages affichées sur les façades strasbourgeoises se sont multipliés. La crise du coronavirus, qui donne matière à débattre et empêche de se retrouver physiquement pour le faire, a été l’élément déclencheur. Faute de pouvoir descendre eux-mêmes dans cette rue qu’ils convoitent, les Strasbourgeois y envoient leurs mots.
À commencer par les messages chaleureux, sans destinataire particulier. Comme celui-ci, à la Krutenau. « Forest », la brune, est assistante de direction. « Poupette », la blonde, tient une boutique de bijoux. Le contact quotidien avec les gens lui manque :
« C’est la première fois qu’on accroche quelque chose à notre fenêtre. On a fabriqué la banderole lundi pour faire un coucou à nos voisins. On est trop sociables pour être confinées ! »
« Poupette » : « On est trop sociables pour être confinées ! » Photo : FrG
Soutien au personnel soignant
Mais beaucoup des messages de soutien s’adressent précisément aux membres du corps médical. Comme celui-ci, très coloré, que Céline a attaché à son balcon, quartier gare. C’est une idée de ses enfants, Hugo, 9 ans et Lise, 6 ans :
« Ce sont eux qui ont écrit le texte. Pour la première phrase, ils trouvent que trop de monde passe encore dans la rue malgré le confinement. Pour la seconde, le papa de leurs cousins est médecin. Bien sûr, nous applaudissons les soignants chaque soir. »
Lise et Hugo ont écrit le texte. Photo : FrG / Rue89 Strasbourg
« Les caissiers, les livreurs, les éboueurs… »
Robin et sa compagne Mélanie ont aussi mis les soignants en tête des banderoles qu’ils ont confectionnées. Avec l’aide de leur petite Ellie, 2 ans et demi. Mais leur gratitude ne s’adresse pas seulement aux blouses blanches : elle va aussi aux livreurs, aux éboueurs, aux chauffeurs des trams qui passent sous leurs fenêtres.
« Mélanie et moi on voulait soutenir tous ceux qui nous permettent de vivre aujourd’hui. On se sentait impuissants, alors comme nous faisons de l’art tous les deux et que nous avons du temps à revendre, ça nous a permis de nous rendre utiles de façon agréable. »
Robin : « Tous ceux qui nous permettent de vivre en ce moment » Photo : FrG
« C’est notre première banderole »
Dans la Neustadt, même inspiration pour Dominique, retraité du monde du spectacle, et pour Catherine, enseignante. Jusque là, ils s’étaient contentés de mettre des bougies à leurs fenêtres après les attentats, ceux de Paris et celui du marché de noël. Mais jamais encore de banderole.
« Comme il y avait déjà dans la rue une pancarte pour les soignants, on s’est dit qu’il ne fallait pas oublier les employés des magasins, ceux qui vident nos poubelles, les travailleurs sociaux… Ils ont eux aussi du mérite. »
Du soutien à la revendication, il n’y a qu’un pas. Sarah et Sacha l’ont rapidement franchi. Réparateur de vélo et, surtout, passionné de calligraphie, Sacha avait le matériel à portée de main dans leur appartement proche des Halles. Et le message en tête. C’est le même qu’ils scandaient déjà avant le confinement, dans les manifestations en faveur des personnels hospitaliers en lutte.
« C’est notre manière de poursuivre la manifestation. Certains de nos amis refusent d’applaudir « sur commande ». Nous, quand nous nous mettons au balcon à 20 h, notre banderole clame que nous n’oublions pas ce qu’il s’est passé avant. Dès qu’on pourra sortir, on retournera manifester. En attendant, grâce à cette saleté, on a fait connaissance avec les voisins d’en face. Ici, tous les soirs on se croirait au stade de la Meinau ! »
Sacha : « On n’oublie pas ce qu’il s’est passé avant » Photo : FrG
Pas leur première banderole
Les colocataires de cet appartement du quartier gare sont aussi des habitués des manifs. Pour la photo, ces jeunes graphistes ont d’ailleurs enfilé les masques qu’ils arborent dans les cortèges. Et cette banderole n’est pas la première. C’est Anouk (chat jaune) qui raconte :
« On en avait une pour soutenir l’Hôtel de la rue, une autre pour défendre les réfugiés. Aujourd’hui, au-delà de la gestion de la crise sanitaire on dénonce surtout la libéralisation qui nous a collés dans cette situation. Alors tous les soirs à 20h on applaudit les soignants, mais après on reste aux fenêtres et on chante des chansons de lutte. Pour dire qu’on est toujours-là. »
Anouk : « On dénonce surtout la libéralisation qui nous a collés dans cette situation » Photo : FrG
« La banderole, on ira manifester avec ! »
Tout près du Musée d’Art Moderne et Contemporain, une autre colocation d’étudiants en arts graphiques. Militants, eux aussi, ils n’avaient encore jamais utilisé leur balcon pour s’exprimer : au 4e étage, il n’est pas très visible. C’est le rituel de 20h, auquel ils participent, qui les a poussés à faire une banderole.
Emilie : « Nous avons ressorti un vieux slogan, mais toujours d’actualité » Photo : FrG
William :
« Nous ne voulons pas jouer le jeu de l’héroïsation des soignants sans remettre en cause le système. Alors nous avons a ressorti un vieux slogan de Besancenot. Malheureusement, il est toujours d’actualité. La banderole, on la décrochera pour aller manifester avec ! »
« Pâques au balcon, Macron démission »
Quartier Laiterie, ce professeur ronge lui aussi son frein, frustré de ne pas pouvoir descendre dans la rue pour protester contre le pouvoir. Il préfère ne pas donner son prénom et cache son visage. Certains disent avoir peur de la répression à venir. Lui craint d’abord sa hiérarchie et une application extensive du « devoir de réserve professionnel ». Pourtant, ça n’est pas à son ministre qu’il s’en prend sur ses pancartes.
Une pancarte saisonnière a remplacé provisoirement celle consacrée au préfet de police de Paris Photo : FrG
« Ça m’énerve de voir ce gouvernement encenser les infirmières qu’il castagnait juste avant l’épidémie. Le responsable, c’est Macron. Et puis j’ai ajouté Lallement, qui applique avec zèle sa politique. Je viens de le remplacer par une pancarte de saison, et si ça dure, je trouverai sans doute autre chose : j’ai du temps et du carton. »
« Confinons le virus néolibéral »
Avenue des Vosges, Baptiste et ses quatre colocatairess ont accroché leur calicot dès le début du confinement. Inspirés par l’exemple de Nantes. Ils militent, dans différentes associations, mais il n’y a eu ni hésitation, ni désaccord sur le texte. Juste un brainstorming.
Baptiste : « On commence à réfléchir au texte d’une deuxième banderole » Photo : FrG
« On est assez fiers de « Confinons le virus néolibéral ». On sait que notre geste n’a qu’une portée limitée, mais comme on est sur une artère passante, on espère quand même inspirer d’autres gens. D’ailleurs, il y a un événement Facebook, « A nos banderoles », lancé par plusieurs collectifs, qui les recense. Vu qu’on a encore de la place sur la façade et du matériel, on commence à réfléchir au texte d’un deuxième calicot. »
Poésie et sagesse populaire
D’autres messages sont moins politiques. En tous cas moins revendicatifs. Par exemple celui de Natacha. Cette dame discrète a l’habitude de fleurir son balcon, ainsi que les parterres au pied de son immeuble du quartier gare. C’est dans le même état d’esprit, « égayer la rue », qu’elle a accroché sa banderole orange. Mais pourquoi de la poésie ?
« Le bonheur en partant a dit qu’il reviendrait. » Jacques Prévert Photo : FrG
« J’enseigne le français à des mineurs isolés et à des jeunes demandeurs d’asile. Ces temps-ci, je leur envoie de courts poèmes pour les aider à garder le moral. Souvent du Prévert, un auteur que j’aime énormément, et dont la langue fait remarquablement passer les émotions. Cette citation est un message d’espoir adressé à mes voisins et à tous les passants. On en a bien besoin en ce moment. »
Et puis il a cet aphorisme, à la Krutenau, laissé par une personne qui n’a répondu ni aux coups de sonnette, ni aux « Hello ! » lancés de la rue. Peut-être était-elle occupée à lire…
Comme tous les élèves de France, la classe de Seconde dont je suis professeure principale est confinée depuis trois semaines. 33 élèves dans un univers parallèle, dans lequel ils doivent travailler, à distance et en autonomie et où les horaires et les notes ont disparu. Un exercice inédit auquel personne n’était préparé.
Dernier jour avant le confinement, une atmosphère vraiment étrange règne sur notre lycée strasbourgeois. Bien sûr, quelques élèves attendent le confinement avec impatience mais la plupart manifestent plutôt de l’inquiétude. J’explique à la classe de Seconde dont je suis en charge en tant que professeure principal la fameuse « continuité pédagogique » : il va falloir avancer dans les programmes et rendre des travaux, aller chaque jour sur Mon Bureau Numérique (MBN), plate-forme scolaire et messagerie bien connue des parents d’élèves du Grand Est.
Le bureau de Driss Photo : document remis par l’élève
Les premiers jours, MBN surchauffe. Les lycéens n’arrivent pas à se connecter. Je crée rapidement un groupe sur la messagerie WhatsApp avec l’ensemble de la classe. À situation exceptionnelle, moyens exceptionnels. Tout le monde est rassuré et progressivement les chosent se mettent en place. Mais au bout de trois semaines, les messages se font rares, les professeurs me signalent qu’ils commencent à perdre des élèves en route. J’ai donc pris mon téléphone pour appeler les familles, sachant que pour une fois, je suis sûre que les élèves seront à la maison.
« Netflix, on mange et on dort«
Premier constat : avant 14 heures, personne ou presque ne répond… Le père de Léo confirme : « On s’est progressivement décalé, les enfants ne sont plus au lit à 21h mais plutôt vers minuit. » Je m’alarme davantage quand plusieurs élèves confessent qu’ils se couchent en fait bien après minuit, tchattant ou jouant sur leur téléphone à Minecraft, s’enfilant toute la nuit les saisons de La Casa de Papel ou, plus surprenant, l’intégrale de Prison Break. Quand je demande à Samia comment elle passe ses journées, elle me répond stupéfaite : « Netflix, on mange et on dort : comme tout le monde ! ». Donc je reprends les bases et leur explique qu’il va falloir retrouver un rythme correct sinon, la sortie de confinement va s’avérer difficile.
L’image du confinement pour Imane: son lit ! Photo : document remis par l’élève
Manque de motivation
Au fur et à mesure des coups de fil, je m’aperçois que pour une partie de la classe, le travail scolaire se dissout dans le magma de ces journées où l’on s’ennuie et où le jour ressemble à la nuit. Chloé, d’habitude si sérieuse, m’explique qu’elle a de plus en plus de mal à travailler. La mère de Thomas souligne que « la tentation est grande de prendre de la distance, il faut faire le point régulièrement, être derrière lui car il est de moins en moins motivé. » Une bonne partie de la classe m’avoue travailler maximum une heure par jour, quand les plus assidus s’organisent pour rester concentrés 3 à 4 heures. Loin des profs et des évaluations, certains ne se rendent pas réellement compte qu’ils décrochent.
Snapchat à la rescousse de MBN
Tous se veulent pourtant rassurants : « Ne vous inquiétez pas Madame, on gère. » Quand je creuse, c’est plus compliqué. Imane se connecte à MBN tous les jours, classe les messages par matières, note ses devoirs sur son téléphone puis supprime les mails traités, ensuite elle fait imprimer les cours par quelqu’un de sa famille. Mais Mathieu, qui n’a pas d’ordinateur comme six de ses camarades, se sent « un peu perdu par toutes les informations reçues : si un prof ne répond pas tout de suite à mon problème, j’oublie. » Ses parents sont préoccupés « car il avait déjà du mal cette année, on essaye de l’aider mais on n’est pas prof. »
La mère de Giani s’avoue dépassée : « Je ne peux pas faire son boulot, j’ai pas appris ces choses. Ce n’est pas mon monde… » En même temps, qui pourrait « démontrer graphiquement » à sa progéniture « les extremums d’une fonction sur un intervalle », à moins d’être soi-même prof de maths ? Je suis contente de voir que la classe s’est organisée pour s’entraider, comme c’était déjà le cas avant le confinement, grâce à un bon esprit général : ils ont créé un groupe sur le réseau social Snapchat dans lequel ils exposent leurs difficultés.
Les Secondes ont créé un groupe pour s’entraider Photo : document remis par une élève
« Vous savez quand est-ce qu’on va reprendre ? »
En tant que professeure principal, il s’agit pour moi de les apaiser, de leur expliquer qu’ils ne seront pas pénalisés mais qu’il faut continuer à dialoguer avec leurs enseignants et travailler avec leurs manuels. Les cours en visioconférence sont l’occasion de communiquer en direct avec leurs profs même s’ils sont encore rares. Surtout, il faut garder le cap. La question de la fin du confinement émerge à chaque coup de fil ou presque, de la part des élèves ou des parents. Michel, d’habitude confortablement installé au fond de la salle de classe, toujours impatient de connaître la date des prochaines vacances, craque :
« Je préfère mille fois aller au lycée, même si j’aime pas les cours. Mes parents travaillent tous les jours au magasin et je suis seul avec mon frère, je commence à devenir fou à la maison ! »
À la maison, dans l’appartement, dans ma chambre
S’il y a un point commun entre tous ces adolescents aux parcours scolaires et sociaux variés, c’est le respect scrupuleux du confinement. Certains ne sont quasiment pas sortis depuis trois semaines. Quand je suggère qu’il faut quand même se dépenser un peu, le père de Martin me répond : « J’essaie de le faire sortir mais c’est pas facile. » Younès n’a pas beaucoup mis le nez dehors non plus : descendre les poubelles, aller à la pharmacie, c’est tout. « Mes parents m’interdisent de sortir, mais j’étais déjà habitué à rester chez moi donc ça va, » assure-t-il. La mère de Nora, qui habite le même quartier, confirme : « Ici, dans les tours, on entend les mouches voler. Beaucoup de gens ont eu le virus, on se l’est transmis entre voisins, maintenant on se protège. »
« Je travaille 12 heures par jour, c’est difficile d’aider ma fille »
Reflet de la société, le coronavirus impacte aussi ma classe. Plusieurs élèves ont des parents qui travaillent dans le secteur de la santé. Je découvre que toute la famille de Driss est mobilisée : sa mère est chirurgienne à l’hôpital et son grand frère infirmier. Tous les deux, sous pression, ils rentrent à la maison pour dormir quelques heures et repartent. Driss et son frère jumeau ont l’habitude d’être autonomes : ils se lèvent tôt, font le ménage, travaillent et vont courir un peu le soir. « On a peur qu’ils attrapent le Covid, mais on garde notre stress pour nous. » Aide-soignante dans une clinique, la mère de Soraya gère dans son service une soixantaine de personnes atteintes de la Covid-19 : « Je travaille 12 heures par jour, j’arrive à aider un peu ma fille pour le lycée, mais c’est difficile. »
Et puis, dernier coup de téléphone en fin d’après-midi, je tombe sur la voix essoufflée de la mère de Farès. Elle est malade et ne peut pas beaucoup parler. Son fils me raconte que sa grand-mère et son père ont été touchés et sont guéris, sa mère doit se reposer. Avant de me passer Farès, elle a pris le temps de me glisser qu’il n’a pas d’ordinateur et travaille uniquement sur son téléphone alors qu’il est sujet à de graves migraines ophtalmiques. « C’est affreux, rajoute-t-il, d’habitude je prends de l’Ibuprofène, mais là je ne peux pas, c’est trop risqué… » Je l’encourage, lui demande de me tenir au courant.
Je raccroche, lessivée par ces deux jours pendue au téléphone, avec cette question qui persiste: » Savez-vous combien de temps tout cela va encore durer ? »
Avec « Parlement », la série qu’il a créée et co-écrite, diffusée à partir de jeudi sur le site de France Télévisions, le scénariste Strasbourgeois Noé Debré propose une plongée en 10 épisodes dans l’univers du Parlement européen. La fiction humoristique raconte les aventures de Samy, un jeune assistant parlementaire fraîchement débarqué dans l’institution.
Rue89 Strasbourg : Comment vous est venue l’idée de cette série ?
Noé Debré : « J’ai grandi à Strasbourg, tout près du Parlement européen. Et quand j’ai débarqué à Paris, je me suis rendu compte de combien les institutions européennes étaient lointaines et mystérieuses pour beaucoup de monde. C’était en 2005 au moment où le traité établissant une Constitution pour l’Europe a été soumis au référendum… J’ai donc toujours eu l’intuition que le Parlement européen était un lieu de fiction intéressant, un endroit romanesque…
Votre intérêt pour l’Europe trouve donc ses racines dans vos origines alsaciennes…
En tout cas, c’est mon hypothèse ! En grandissant en Alsace, on reçoit une éducation européenne singulière, on fait l’expérience de l’Europe, on la vit au quotidien, ne serait-ce qu’en pouvant se rendre en Allemagne en traversant une frontière qui n’existe pas. Ce territoire-là, son meilleur qualificatif, c’est « européen ».
Créateur de la série « Parlement », Noé Debré a grandi non loin du Parlement européen à Strasbourg. Photo : Simon Birman
Mettre l’Europe à l’écran dans une fiction, n’est-ce pas un pari risqué ?
Si ! Mais artistiquement, cela n’a que des avantages. C’est un territoire largement non exploré en fiction. J’aurais été bien en peine d’imaginer une série policière : dès qu’on allume la télé, il y a en a une qui passe ! Alors que ce qui est intéressant avec le Parlement européen, c’est qu’où que l’on aille, quoi que l’on filme, c’est nouveau en termes de représentation.
« Pour s’inspirer, on s’est fait accrédités par des copains »
Comment avez-vous travaillé pour écrire « Parlement » ?
Nous étions quatre co-auteurs [avec Maxime Calligaro, Pierre Dorac et Daran Johnson, ndlr] – dont deux travaillent dans les institutions européennes. Nous avons convenu de sessions d’écriture une fois par mois, tantôt à Bruxelles, tantôt à Strasbourg. Pendant les plénières à Strasbourg, c’était génial, on se faisait accréditer par des copains pour entrer, on se trouvait une salle vide pour travailler. Puis on mangeait à la cantine avec des assistants, on prenait un café avec des fonctionnaires, et le tout nourrissait la série !
Ce furent vos premiers pas au Parlement européen ?
Non, la première fois que je suis allé au Parlement à Strasbourg, c’était pendant une sortie de classe en primaire ! Et j’en ai enchaînées quelques unes du genre par la suite ! Le bâtiment est tellement plus beau à Strasbourg qu’à Bruxelles, et plus monumental. Visuellement, il est plus saisissant.
Aurait-il été possible de faire cette série sans y intégrer l’interminable « bataille du siège » entre Bruxelles et Strasbourg ?
Difficilement, parce que cette fracture est tellement saillante… Cette situation est marrante ! Dramatiquement, c’est génial car on ne pouvait pas rêver mieux pour une série que le final se joue dans un autre décor, encore plus spectaculaire, le bâtiment de Strasbourg !
« Parlement », est-elle une série politique, comique ou initiatique ?
« Politique », c’est toujours un mot ambigu quand on parle de fiction. « Parlement » est une fiction sur le monde de la politique, pas une fiction politique. C’est la même différence qui existe entre écrire une lettre d’amour et un roman d’amour… Cette série n’a pas un message ou un objet politique, mais elle raconte un monde bien particulier.
Cette série est-elle alors en quelque sorte une lettre d’amour à l’Europe ?
Je suis prudent là-dessus… Parler de lettre d’amour à l’Europe, c’est mièvre et ça me met mal à l’aise. Ce sera aux spectateurs d’en juger !
Pourquoi avoir choisi le registre comique pour aborder un sujet si sérieux ?
Il y a ce présupposé que quand on fait de la comédie, on se moque. Mais dans la série, on rit de leurs défauts et de leurs manquements… Michel, l’eurodéputé, et son assistant Samy n’ont pas d’hostilité particulière envers l’Europe mais n’y comprennent pas grand-chose, au moins au début…
La série raconte l’histoire de Samy, un jeune assistant parlementaire qui doit tout découvrir du fonctionnement du Parlement européen. Photo : Crédit : France télévisions
L’eurodéputé Michel Specklin est élu au Parlement depuis trois ans et dit qu’il ne comprend toujours rien à son fonctionnement. Vous faites passer les députés européens pour des amateurs…
Pour moi, Michel ne représente pas les eurodéputés, mais plutôt les citoyens. Il est ignorant au même titre que l’est le public. Ensemble, ils vont faire un apprentissage énorme. Les eurodéputés qui regarderont la série s’identifieront d’ailleurs certainement plutôt à un autre élu, Cornelius Jaeger, ultra compétent et qui fait tout bien comme il faut.
Quel public visez vous justement ? La « bulle » européenne ou les profanes des institutions ?
Parler seulement à la « bulle » aurait été un peu compliqué. La série s’adresse à tous et les gens à l’intérieur de la bulle s’y reconnaîtront peut-être. Quant aux assistants, ils vont adorer car ils ont le beau rôle dans la série : ce sont eux qui font tout !
Bande annonce de Parlement (Vidéo France Télévision)
De qui est inspiré Samy, l’assistant qui occupe le rôle principal ?
Un peu de l’expérience de Maxime Calligaro, l’un des auteurs qui est bel et bien assistant au Parlement européen (et auteur du livre Les Compromis, un roman noir qui se déroule au Parlement, ndlr). Mais Samy (interprété par Xavier Lacaille, ndlr), est un arlequin qui a trop confiance en lui. Il croit pouvoir passer entre les gouttes et se prend les pieds dans le tapis. Tous les personnages sont globalement des archétypes de comédie, appliqués à la bulle européenne.
Dans quels travers fallait-il éviter de tomber ?
Le piège évident, c’est de céder aux clichés… Les Italiens qui parlent fort, les Allemands psychorigides. On ne s’en prive pas, il y a effectivement beaucoup de blagues sur les Allemands ! Mais la série repose sur un métadiscours : elle s’amuse du fait que les gens ont des préjugés, plutôt que des préjugés eux-mêmes.
Pour le créateur de la série, Samy (à gauche) « est un arlequelin qui a trop confiance en lui ». Photo : France télévisions
L’intrigue repose sur le vote d’un amendement concernant le « finning », cette pratique qui consiste à couper l’aileron des requins. N’avez-vous à aucun moment douté de votre capacité à tenir les spectateurs en haleine, du début à la fin ?
J’ai découvert cette pratique du « finning » dans une note qui traînait sur le bureau d’une assistante au Parlement à Strasbourg. Et je me suis dit : « C’est génial, c’est très concret, tout le monde peut comprendre de quoi il s’agit ! ». À première vue, cette cause semble anecdotique et qu’elle vise à défendre les requins, elle en dit aussi long sur la mondialisation. Le « finning », ce sont aussi des pêcheurs en Espagne ou au Portugal qui vendent ces ailerons aux Chinois qui, eux, pensent qu’ils sont aphrodisiaques. Cet amendement résume la complexité du monde dans lequel on vit. Et le Parlement européen, c’est aussi une métaphore de cette complexité, une institution difficile à diriger où les problèmes sont ceux de notre époque. Il est le reflet du monde dans lequel on vit.
Que répondez-vous à ceux qui disent que l’Europe, « c’est trop compliqué » ?
Si elle est complexe, c’est pour de bonnes raisons, et dans un sens, tant mieux ! Mais elle est aussi complètement explicable. Pour comprendre l’Europe, il faut s’y intéresser. Elle n’a rien de plus compliqué que la démocratie américaine, elle n’est pas plus retorse que ce qu’on voit dans « The West Wing » ou « House of Cards » ! »
La Ville et l’Eurométropole va s’approvisionner en prévision de nombreux besoins de masques pour ses services et la population au-delà du confinement.
La Ville et l’Eurométropole passent en ce mois d’avril plusieurs commandes pour des masques, jetables et réutilisables. Les deux collectivités anticipent que le port de cet ustensile sera nécessaire dans certaines situations après le confinement.
La collectivité va d’une part acquérir deux millions de masques jetables. Ces derniers sont produits en Chine. Le délai sera vraisemblablement de plusieurs semaines, voire plusieurs mois, compte tenu de la très forte demande urgente à travers le monde. Dans ce contingent, 300 000 masques devraient être livrés à la fin avril. Ils rejoindront le stock actuel de 28 00 masques chirurgicaux de la collectivité.
Des masques en tissus, produits localement
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