Deux jeunes femmes ont été victimes d’agressions sexuelles de la part d’un chauffeur Uber à Strasbourg. Signalé en 2017 auprès de l’application, il a de nouveau eu un comportement déplacé ce week-end. La dernière victime a porté plainte.
Dans les deux témoignages qui nous sont parvenus, le scénario est identique : Karim, son prénom a été changé, agresse les jeunes filles se retrouvant seules avec lui dans sa Mercedes, alors qu’il les raccompagne chez elles en pleine nuit.
Noémie se souvient très bien de la fin de sa soirée du samedi 21 octobre 2017. Alors qu’elle rentre du Baggersee avec des amis, l’étudiante d’alors 22 ans commande un Uber vers 3h du matin. Karim arrive au volant de sa Mercedes, il conduit le petit groupe jusqu’à l’Esplanade. Là, Noémie laisse ses amis et reste dans la voiture, car elle habite près de la cathédrale.
Dans les deux témoignages qui nous sont parvenus, le scénario est identique. Photo : Morten Schwend / FlickR / cc
Karim lui propose alors de passer devant, elle s’exécute sans trop réfléchir. Puis le chauffeur lui prend la main et la met sur sa cuisse à lui. Noémie est tétanisée… Elle ne comprend pas ce qu’il se passe et lui dit « d’arrêter ça. »
« Je pensais que vous aviez plus bu que ça »
Karim lui répond qu’il pensait « qu’elle avait plus bu que ça » et lâche sa main. Mais il continue d’avoir un comportement inapproprié avec elle, comme s’ils étaient ensemble. Arrivée enfin à son domicile, Noémie se rue sur l’application pour signaler Karim à l’aide de la fonction « je me suis sentie en danger. »
Après plusieurs échanges avec Uber, elle obtient des excuses et l’assurance que la situation « sera réglée. » Mais voilà que dimanche 17 novembre, une histoire similaire est publiée sur Facebook, par Sonia.
Deux ans plus tard, Sonia témoigne
Étudiante en école d’infirmière, Sonia, 22 ans, appelle dans la nuit de samedi 16 novembre un Uber place Gutenberg pour rentrer chez elle à la Robertsau avec trois amis. Karim arrive et convoie d’abord le petit groupe à Landsberg. Sonia était à l’avant, une fois ses amis déposés, Karim lui propose de rester à l’avant…
Karim lui pose alors des questions personnelles, sur sa vie d’étudiante, sur son logement, si elle vit seule, etc. Il conduit extrêmement lentement, ce qui inquiète l’étudiante qui répond évasivement. Puis il lui prend la main et la met sur sa cuisse à elle, en lui disant qu’elle est belle…
Plusieurs minutes… une éternité pour Sonia, 22 ans
Sonia lui demande de lâcher sa main mais il ne le fait pas, il gardera fermement la main de Sonia dans la sienne pendant plusieurs minutes, qui paraîtront une éternité à Sonia. Enfin arrivée à la Robertsau, Karim la lâche enfin et se penche vers elle pour l’embrasser, ce qu’elle évite en sortant de la Mercedes.
Elle aussi a fait un signalement via l’application et la fonction « Mon chauffeur a eu une attitude déplacée. » Uber lui conseille de déposer plainte, ce qu’elle fait dès le lendemain.
Défaillance de la vigilance d’Uber
Les deux victimes, qui ne se connaissent pas, font état de ces comportements en provenance du même profil de chauffeur. Noémie, la première victime, est choquée de constater à la lumière de la seconde agression qu’il n’a pas été sanctionné par Uber :
« On laisse cette personne reconduire des jeunes femmes éméchées et seules chez elles ! Quand je paie 20 ou 30€ pour un Uber, c’est justement pour rentrer chez moi en sécurité. Si ça se trouve, d’autres filles ont été victimes de ses attouchements, d’autres plus saoules que moi n’ont pas pu résister… Ça me met hors de moi. »
Contacté, Uber indique de son côté que leurs procédures incluent le recueil des témoignages des deux parties lorsqu’un incident survient. L’entreprise peut désactiver temporairement ou définitivement l’accès d’un chauffeur à l’application mais elle a refusé de communiquer quelle a été sa décision en 2017. Elle a également refusé que Rue89 Strasbourg puisse contacter le chauffeur en question.
Noémie prévoit de porter plainte à son tour dès ce lundi soir, pour que cette fois, les agressions s’arrêtent.
De plus en plus d’étudiants sont obligés de demander des aides alimentaires à des associations à Strasbourg, qui fait partie des villes dans lesquelles le coût de la vie étudiante augmente le plus. Les non-européens, qui ont moins accès aux aides sociales, sont les plus exposés.
Marie et Jeanne, deux sœurs respectivement étudiantes en médecine et en économie, se rendent tous les mercredis soirs au centre Bernanos, à côté du campus à l’Esplanade de l’Université de Strasbourg. Elles y récupèrent un colis alimentaire donné par l’association Asef (Association pour la Solidarité Étudiante en France) : « On a toutes les deux une bourse et un job étudiant mais ça ne suffit pas, on est obligées d’avoir une aide alimentaire. »
Les denrées des colis alimentaires de l’Asef proviennent de la banque alimentaire. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Malgré la douzaine de restaurants proposant des repas à 3,30€ à Strasbourg, 70 étudiants sont inscrits pour récupérer les colis de l’Asef en ce premier semestre de l’année 2019/2020. Zakary, bénévole pour l’association, explique que « d’ici un ou deux mois, il y en aura certainement une centaine. La banque alimentaire donnera plus de denrées, ce qui permettra à plus de personnes de s’inscrire. » Les bénéficiaires doivent justifier de leur situation avec leur avis d’imposition ou celui de leurs parents s’ils sont encore rattachés à leur foyer fiscal.
De plus en plus de colis alimentaires pour les étudiants
L’Asef n’est qu’un seul des dispositifs existants parmi ceux qui aident les étudiants à manger. Les Restos du Cœur du Bas-Rhin distribuent des colis alimentaires à 450 étudiants à Strasbourg. Une centaine d’étudiants sont aidés par la Croix Rouge française. L’association « Le Bonheur d’un Sourire » donne des paniers tous les mois à 70 étudiants dans le quartier Laiterie.
Près de 100 inscrits fréquentent les deux épiceries « Agoraé » gérées par l’Afges, le principal syndicat étudiant à Strasbourg. Ces deux échoppes, à Gallia et à l’Esplanade, vendent des produits à 10% du prix du marché. Le Secours populaire prend également des étudiants en charge. On estime désormais à un peu moins d’un millier, le nombre d’étudiants qui bénéficient de ces aides alimentaires à Strasbourg.
Armand Pérégo est l’ancien président de la délégation régionale de la Croix-Rouge française. Bénévole depuis 50 ans pour cette association, il a constaté la précarisation croissante des étudiants :
« Il y a 15 ans, c’était impensable de voir un étudiant toquer à notre porte. Maintenant, c’est quotidien. Ils nous expliquent que leurs familles ne peuvent plus les prendre en charge. »
Les étudiants sont de plus en plus nombreux à demander une aide alimentaire. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Augmentation du coût de la vie à Strasbourg
D’après l’enquête 2019 sur le coût de la vie étudiante de l’Unef (Union nationale des étudiants de France), la précarité étudiante augmente constamment. Marowan, référent de l’Unef à Strasbourg, explique que la capitale alsacienne fait partie « des villes où la hausse du coût de la vie est la plus importante » : le prix des transports a augmenté de 3,76% cette année, celui des loyers a augmenté de 3,96%, soit un loyer moyen de 472 euros pour les étudiants.
Souvent, la bourse du Centre régional des oeuvres universitaires et scolaires (Crous) ne permet pas aux étudiants sans ressources de couvrir leurs dépenses et de toutes façons, 73,8% des étudiants n’ont pas de bourse. Ce sont donc leur famille, le salariat ou les deux qui leur permettent de vivre.
Fin du travail en pleine nuit, en cours à 8h
Laëtitia, étudiante en ostéopathie, n’a pas de bourse et ses parents ne peuvent pas prendre en charge ses études :
« Pour gagner un peu d’argent, je bosse dans la restauration. Mais avec les études, ça me fait souvent des semaines de 80 heures. Certains jours de la semaine, je finis vers 1h du matin et je dois être en cours à 8h. C’est quand même moyen pour réussir les examens. Et je cherche un colis alimentaire toutes les semaines pour manger parce que mon salaire me permet juste de payer le loyer. »
Beaucoup de chambres étudiantes du Crous font 9 m². Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Marowan recueille de nombreux témoignages d’étudiants qui « n’osent pas demander les aides alimentaires et qui se retrouvent à manger un seul repas par jour. » Renaud par exemple, étudiant en mathématiques, mange son seul repas de la journée le soir en général, « pour réussir à dormir. »
De plus en plus de difficultés liées au logement
Farouk Aïssa est veilleur de nuit dans des résidences étudiantes pour le Crous et délégué CGT. Il était présent à la manifestation devant le siège du Crous à Strasbourg le 12 novembre, en hommage à un étudiant lyonnais qui s’est immolé par le feu le 8 novembre. Il explique que les étudiants rencontrent de plus en plus de difficultés liées au logement :
« Ce qu’on dénonce, c’est le désengagement de l’État. Le Crous est financé par des subventions, mais celles-ci ne sont plus suffisantes. Les chambres les moins chères, à 175 euros, se dégradent. Je le constate, il y a des épidémies de punaises de lit, aucun effort n’est fait pour les cuisines collectives… Il y a souvent deux emplacements à casseroles pour 30 personnes par exemple. Et puis ces chambres bon marché disparaissent au fil des années avec les rénovations des logements du Crous, pour laisser place à des appartements bien plus chers. Les étudiants s’entraident, ça limite la casse, mais beaucoup sont quand même obligés de dormir dans des voitures en début d’année. »
Une manifestation en hommage à un étudiant qui s’est immolé par le feu a eu lieu le 12 novembre devant le Crous. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Le site du Crous de Strasbourg indique que les chambres de la résidence Paul Appell sont les dernières à 175 euros, mais certaines sont passées à 263 euros. D’autres résidences étudiantes sont beaucoup plus chères, comme celles à Gallia où les prix varient entre 346 et 550 euros pour une chambre individuelle. À Neudorf, la résidence du Bruckhof comporte des chambres dont les loyers vont de 357 à 473 euros.
« Je me suis sentie déshumanisée »
Reihane, étudiante en psychologie, insiste sur les imprévus qui ne sont pas pris en compte par l’administration, ce qui peut mettre les étudiants dans des situations très délicates :
« Mon père est mort l’année dernière. J’ai demandé une aide de 400 euros pour les deux derniers mois de l’année parce que j’étais en arrêt de travail à ce moment. Les partiels approchaient. À l’entretien, on n’a pas arrêté de me poser des questions quant à mon héritage. Cette période était déjà assez difficile, là je me suis sentie déshumanisée. Au final, on m’a refusé cette aide. »
Les logements étudiants sont de plus en plus chers. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Idir, étudiant d’origine algérienne,
témoigne aussi d’une sensation de déshumanisation :
« On est tellement concentrés sur la survie qu’on s’isole. Énormément d’étudiants vont en cours toute la journée, ne parlent à personne et se retrouvent seuls le soir dans leurs chambres. »
Les étudiants étrangers plus fragiles
À leur arrivée, les étudiants étrangers n’ont aucune aide sociale. Les Européens doivent avoir travaillé en France pour demander une bourse au Crous. Les non-européens doivent être en France depuis au moins deux ans et leur foyer fiscal de rattachement (père, mère, tuteur légal) doit également être situé en France depuis au moins deux ans. Une situation extrêmement rare. La plupart ne touchent jamais de bourse. Idir a vécu des situations très difficiles :
« L’année dernière, j’ai travaillé dans un hôtel en tant que veilleur de nuit. Deux fois par semaine, je faisais une nuit blanche parce que j’allais directement à la fac après mon boulot. Vraiment, c’était vertigineux, je ne savais pas comment j’allais m’en sortir. J’ai cotisé deux ans en France, mais comme je suis étranger, je n’ai droit à aucune aide. »
Une hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers avec de lourdes conséquences
De plus, les frais d’inscription pourraient augmenter drastiquement pour les étudiants non-européens. Une réforme devait entrer en vigueur à la rentrée 2019, mais l’Université de Strasbourg a refusé de l’appliquer, comme la majorité des établissements pour le moment. Les coûts passeraient de 170 et 243 euros à 2 770 euros pour la licence et 3 770 euros pour le master. Ali, étudiant en sciences sociales, pense peut-être partir en Grèce pour faire son Master, si l’Université de Strasbourg revient sur sa décision :
« 3 000 euros, cela représente réellement une fortune en Turquie ou dans les pays du Maghreb. C’est déjà très difficile comme ça pour les étudiants étrangers, beaucoup sont obligés de rentrer, là ça deviendra littéralement impossible. »
Le 11 octobre, le Conseil constitutionnel a indiqué que la gratuité de l’enseignement public en France concerne aussi l’université. Seuls de droits « modiques » peuvent être perçus. La légalité de la stratégie « Bienvenue en France » du gouvernement doit désormais être réexaminée par le Conseil d’État au regard de cette interprétation.
Dans cette résidence universitaire où habitent de nombreux étudiants étrangers, on compte deux emplacements à casserole et un four micro-ondes pour une trentaine de personnes. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Mehdi, étudiant en biologie, a travaillé pendant deux ans en Algérie pour mettre de l’argent de côté et faire des études en France :
« J’ai réussi à mettre 2 000 euros de côté, en pensant que cela suffirait pour une année. Je suis arrivé ici fin septembre 2019, à ce jour, je n’ai plus que 900 euros. J’ai dû payer deux loyers, les frais d’inscription, un timbre fiscal et à manger. Toutes mes dépenses étaient absolument obligatoires… Et pour le moment, impossible d’avoir un job, j’attends mon titre de séjour et mon autorisation de travailler. J’ai peur d’avoir des dettes, ça serait très difficile à rembourser. Je n’ai personne pour m’aider ici en France… »
De nombreux étudiants devraient participer à la mobilisation sociale du jeudi 5 décembre.
Dimanche 17 novembre, plusieurs centaines de personnes ont participé à la marche blanche en hommage à Sylvia Auchter, victime du 131e féminicide en France depuis le début de l’année. Dans le cortège, plusieurs femmes ont témoigné de violences conjugales subies, et de l’inaction de la justice et des gendarmeries environnantes.
« Moi aussi, mon mari me battait. » Patricia, 51 ans, est venue rendre hommage à Sylvia Auchter, victime du 131e féminicide en France depuis le début de l’année 2019. Mais Patricia veut aussi témoigner de son calvaire : « J’ai déposé plusieurs plaintes qui sont restées sans effet. Il me menaçait de mort et m’a même suivi jusqu’au travail. J’ai dû partir vivre 6 mois chez mes parents… » À Oberhoffen-sur-Moder, dans une marche blanche teintée de rose, la couleur préférée de Sylvia, la parole des victimes de violences conjugales s’est libérée.
« J’ai déposé plusieurs plaintes qui sont restées sans effet. » Il y a trois ans, Patricia, 51 ans, a aussi subi un calvaire, entre violences conjugales et inaction de la gendarmerie. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
« J’espère qu’ils vont fouiller à la gendarmerie de Bischwiller »
« On est déjà passé à côté d’un féminicide chez nous. » Dans la rue où Sylvia Auchter est morte poignardée, Manon (le prénom a été modifié) raconte les violences conjugales subies par sa mère. Elle a déjà passé 4 heures à la gendarmerie de Bischwiller sans pouvoir porter plainte. « À 18 heures, un gendarme a fini par me dire qu’il allait fermer, raconte Julie, j’espère que les enquêteurs vont fouiller dans les dossiers de la gendarmerie de Bischwiller (l’inspection générale de la gendarmerie nationale a été saisie, ndlr). »
« On est déjà passé à côté d’un féminicide chez nous. », témoigne Manon, qui a tenu à garder l’anonymat, par sécurité.
Aujourd’hui, Julie ne vit plus avec son mari violent. Malgré le divorce, « on vit encore dans la peur. Il peut toujours nous retrouver », craint Manon, un dossard rose sur le dos. Ce témoignage fait réagir une jeune femme juste à côté. Cette mère célibataire de 24 ans a peur depuis que son ex-compagnon est sorti de prison : « Il continue de me menacer… »
« Il continue de me menacer… », dans le cortège, la parole se libère sur les violences faites aux femmes.
Manque de moyens dans la formation et l’accompagnement
Coprésidente de l’association Osez le féminisme 67, Barbara Rimlinger dénonce un manque de moyens « dans la formation des forces de l’ordre à l’accueil des victimes de violences conjugales. » La militante féministe demande aussi des financements supplémentaires pour l’hébergement et la protection des femmes battues.
« On ne veut plus compter nos morts. Ces féminicides ne sont pas une fatalité », clame Barbara Rimlinger, coprésidente de l’association Osez le féminisme 67.
Une vie pour les autres
Jacqueline, 58 ans, a tenu à venir soutenir la fille de Sylvia Auchter : « Stella a toujours été là pour nous lorsque ma fille a eu un cancer. » De même, Sylvia Auchter a travaillé toute sa vie pour les autres. Ces quinze dernières années, elle nettoyait les chambres et préparait les repas de personnes âgées ou handicapées à l’hôpital de Bischwiller.
Jacqueline a tenu à exprimer son soutien à la fille de Sylvia Auchter : « Stella a toujours été là pour nous lorsque ma fille a eu un cancer. »
« Il faudrait une révolution »
Sur le portail, devant la maison de Sylvia Auchter, une rose est attachée par un ruban : « Ne pas ouvrir. Pièces à conviction. » Mardi 12 novembre, le mari de Sylvia Auchter a été mis en examen pour meurtre sur conjoint. Il a été placé en détention provisoire. Le collectif Nous Toutes appelle à une mobilisation nationale à Paris samedi 23 novembre à 14h. Dans le cortège, une femme victime de violences conjugales conclut son témoignage : « Il faudrait une révolution là-dessus. »
Après avoir courageusement dénoncé l’abandon de sa mère par les pouvoirs publics, Stella Guitton est restée à l’écart des micros lors de la marche blanche.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
L’artiste Disco Invaders était de passage à Strasbourg. Il en a profité pour installer en quelques points de la ville des boules à facettes, emblème de cette musique pleine d’énergie des années 70, et dont, selon lui, nous avons bien besoin aujourd’hui.
Depuis plusieurs mois, l’artiste Disco Invaders, c’est son pseudo – il refuse d’être nommé, parcourt les villes et les places de France avec ses petits miroirs et sa colle, pour transformer ce qui peut l’être en boules à facettes. Cette emblème du disco a le pouvoir de suggérer à toute personne passant devant de remuer quelque peu son postérieur…
Illustration place de la République à Strasbourg, où l’artiste a décoré début novembre un pilier près du passage piéton menant vers la place Broglie début novembre.
Une publication partagée par Disco Invaders (@discoinvaders) le
En mai, il avait également décoré une boule près du monument aux Morts, une sur la rambarde du pont Saint-Guillaume et une autre au bout de la Grand’Rue. Mais ces boules à facettes ont déjà disparu, elles sont assez fragiles.
Le but : faire du bruit dans l’espace public
Contacté, Disco Invaders précise que s’il se donne tant de mal, ce n’est pas seulement pour améliorer la déco de l’espace public :
« Ces boules à facettes invitent les gens à danser, à s’amuser, à se donner un peu de temps pour eux. Ces instants festifs sont devenus trop rares dans notre société, où on ne tolère plus le moindre bruit, le moindre regroupement… en dehors d’espaces balisés et privatisés. Si, devant une boule à facettes, des gens se mettent à jouer de la musique, à danser et à se rencontrer, alors j’ai atteint mon but. Il faut qu’on s’interroge sur les villes que nous sommes en train de bâtir et les espaces de vie qui nous restent… »
Les artistes invasifs, déjà une tradition
Disco Invaders s’est inspiré de la démarche d’un autre artiste invasif, Space Invader, qui s’est donné pour mission de coller des petits envahisseurs issus des jeux vidéos, avec autant de petits carreaux que de pixels 8-bits.
Mais ces oeuvres sont hélas assez rapidement vandalisées. Disco Invaders avoue qu’elles ont une durée de vie trop limitée dans les lieux passants, surtout par rapport au temps nécessaire pour les installer. Pour celle de la place de la République, il faut compter environ une heure.
Compter une demi-heure à une heure d’installation Photo : doc remis
Il cherche un procédé industriel qui serait plus pérenne avec notamment une colle plus forte. Mais ce procédé aurait forcément des conséquences sur le mobilier urbain…
Disco Invaders devra-t-il nouer des accords avec les municipalités qu’il visite ? L’artiste n’en est pas encore là. Pour l’instant, ce projet l’occupe bénévolement, il n’a pas monétisé ni la démarche ni aucune de ses oeuvres, qui coûte entre 5 et 30€ rien qu’en matériaux.
En attendant, voici de quoi alimenter une playlist si vous passez place de la République :
L’affaire Lilian, le décès d’une femme battue malgré ses appels à l’aide, le séisme de Strasbourg… Cette semaine, Piet dessine ceux qui brillent par leur silence.
Comment les représentations de la femme par des femmes racontent-elles notre époque ? Cette question est soulevée par l’exposition de photographies « La moitié du monde », à voir jusqu’au 22 décembre à La Chambre.
Deux femmes d’âge mûr en maillot de bain : c’est le tirage photographique en grande dimension qui recouvre la façade de la galerie La Chambre, place d’Austerlitz à Strasbourg, pour annoncer l’exposition « La Moitié du monde », présentée jusqu’au 22 décembre.
Réalisée par Frédéric Cornu, l’image est positionnée comme une œuvre phare de cette manifestation qui questionne les représentations des corps féminins en photographie depuis les années 1980. En écho à la thématique de l’engagement politique et artistique en photographie explorée par Diagonal, réseau national des structures de diffusion et de production dans le domaine, l’événement fait découvrir des photographies sélectionnées dans les collections du Centre national des arts plastiques. Aux côtés de grandes pointures internationales (Shirin Neshat, ORLAN, Zoe Leonard), on découvre les regards plus confidentiels de femmes photographes françaises (Alexandra Boulat, Géraldine Millo) et d’une seule dérogation à ce corpus exclusivement féminin (Frédéric Cornu). Associant image documentaire, portrait et photographie plasticienne, le parcours articule plusieurs thématiques : les normes de beauté, la maternité ou encore les inégalités de genre.
Femmes opprimées, femmes engagées
L’approche documentaire d’Alexandra Boulat évoque les conditions féminines dans les sociétés musulmanes du Moyen-Orient. Ses récits en images capturent les multiples réalités quotidiennes de femmes tantôt réfugiées, pèlerines, kamikazes ou « poupées orientales ».
Une photographie attache particulièrement l’attention : des policières au centre d’entraînement de tirs de l’Académie de Police pour Femmes de Téhéran, chargées de toutes les affaires criminelles concernant les femmes. La scène percutante dévoile les paradoxes de la condition féminine en Iran : si la profession judiciaire leur confère un certain pouvoir, la cible blanche et noire qui surplombe ces femmes en tchadors dévoile leur impuissance face à un régime répressif.
Photo d’Alexandra Boulat, Modest, Façade de l’immeuble du centre d’entrainement de tirs à l’Académie de Police pour Femmes de Téhéran, 2005, Iran, Collection du Centre National des Arts Plastiques
Issues de la série Modest (2001-2005), les quelques clichés de la photojournaliste font écho à l’autoportrait de Shirin Neshat, artiste iranienne. La photographe-vidéaste détourne les stéréotypes liés aux Women of Allah. Regard fixé devant l’objectif, elle porte le tchador, arme à feu en main. Ajoutées à l’encre après tirage, les calligraphies persanes qui recouvrent les partis visibles de son corps questionnent la suppression des voix féminines sous la dictature islamique en Iran.
La puissance formelle et politique de ces images est indéniable. Pour autant, l’accent porté par l’exposition sur l’oppression des femmes iraniennes n’est pas sans poser question. Cela ne reproduirait-il pas une opposition stéréotypée entre des corps féminins orientaux voilés et des corps féminins occidentaux dénudés, tels que dans la photographie de Frédéric Cornu à l’entrée ?
D’ailleurs, la valorisation importante de ce seul artiste masculin représente un autre parti-pris discutable de la proposition curatoriale. Pourquoi le mettre en exergue en ouverture ? Ce choix d’accrochage annonce les quelques paradoxes d’une exposition photographique censée rendre à « La moitié du monde » une visibilité artistique et s’inscrire dans l’actualité en abordant des enjeux féministes.
Des femmes photographes pionnières mais occultées
L’histoire des femmes en photographie est particulièrement riche. Pionnières dans le domaine, ces dernières se sont saisies du médium dès son apparition en 1839. Outil d’expérimentation, de création, de documentation du réel, de subversion ou d’émancipation : l’art photographique se renforce à travers les regards d’artistes comme Germaine Krull qui explore les thématiques du nu féminin comme de la guerre, Claude Cahun qui fait de la représentation de soi et de l’identité de genre des thèmes récurrents de son travail, ou encore les images marquées par le surréalisme de Lee Miller.
Pour autant, cette contribution a été largement occultée par l’histoire de l’art. Heureusement depuis une dizaine d’années, le Jeu de Paume a produit un travail de défrichage et de redécouverte, en défendant ces artistes oubliées – pour ne pas dire reniées – en leur dédiant 42% de ses expositions monographiques. Ce travail a été complété en 2015 par l’exposition « Qui a peur des femmes photographes ? », co-organisée par le Musée d’Orsay et le Musée de l’Orangerie, qui redonnait une place légitime aux femmes photographes dans l’histoire de l’art.
Avec une ambition forcément moindre, en raison de sa taille et de ses moyens, La Chambre s’intéresse aux regards des femmes en photographie depuis les années 1980. En effet, la question de la visibilité demeure prégnante dans la période contemporaine, puisque les expositions et les publications dans ce domaine sont encore largement androcentrées.
Une (dis)parité homme-femme
En dépit de cette nécessité de visibilisation des artistes femmes, Frédéric Cornu occupe paradoxalement la place d’honneur à l’entrée de « La moitié du monde ». Si ses photographies en noir et blanc, proches d’un style documentaire, s’insèrent convenablement dans la thématique de l’exposition (la représentation des femmes), son travail ne s’intéresse pas spécifiquement au corps féminin mais davantage aux marginaux, tous genres confondus.
Issues de la série Balnéaires, les trois œuvres présentées donnent à voir le corps vieillissant de femmes en maillot de bain qui, loin des canons esthétiques de beauté, portent les stigmates de la vie.
Photo Frédéric Cornu, Corps balnéaires, Janvier 1994, Braye-Dune, Collection du Centre National des Arts Plastiques
S’il s’agit de subvertir les normes du beau dans le cadre de l’exposition, la volonté plus large de l’artiste consiste à réaliser le portrait robot d’une strate de la société. Par son approche systémique de la photographie – frontalité, posture et cadrage identiques – l’artiste s’inspire directement de la célèbre photographe américaine Diane Arbus (1923-1971), dont le travail a été popularisé par le Jeu de Paume en 2011.
Reconnue pour avoir révolutionné la photographie tant dans sa technique que dans sa thématique, celle-ci représentait les « freaks » de la société américaine des années 1960 : les géants, les nains, les handicapés ou encore les travestis.
Frédéric Cornu apparaît comme figure d’autorité dans un parcours qui place ses œuvres au premier plan en défaveur d’artistes aux regards plus singuliers (Shirin Neshat, ORLAN, Zoe Leonard). Pourtant, celles-ci ne reflètent pas réellement les problématiques traitées par l’exposition. En intégrant un seul artiste masculin sur les huit présentés dans une exposition qui clame mettre à l’honneur l’autre moitié du monde, la Chambre n’accentuerait-elle pas la disparité homme-femme dans la représentativité artistique ?
De quelle féminité parle-t-on ?
Mais est-il vraiment nécessaire d’être attentif à la question du genre de l’artiste dans les expositions ? Pour Elisabeth Lebovici, critique d’art, et Giovanna Zapperi, historienne de l’art contemporain, cette question est à double tranchant. La notion d’art « au féminin » situe d’emblée la femme dans ses marges. Dans le même temps, elle met l’accent sur l’idée d’une émancipation accomplie.
C’est ce dernier message que semble porter La Chambre. Le texte de l’exposition consacré à « la femme » en partant du postulat d’une féminité naturelle et universelle, perpétue une vision essentialiste de l’art des femmes, qui se définirait uniquement par rapport à leur contrepartie masculine (l’autre moitié du monde). Cette question s’est élargie dans les années 1970 avec l’émergence des Gender studies (les études de genre en français) qui théorisent le « genre » à rebours de la notion de « différence sexuelle », fondée sur les attributs biologiques et physiques.
Ainsi l’identité de genre (masculine ou féminine) serait une construction socio-culturelle, liée à un contexte ou à une période donnée. Oubliant ces évolutions théoriques et sociales, le corpus artistique de l’exposition envisage uniquement les artistes féminines sous le prisme de la représentation du « deuxième sexe », pour reprendre l’expression de Simone De Beauvoir.
Dans un jeu d’ombres et de lumières, Ariane Lopez-Huici sublime les formes gourmandes de sa Vénus de Manhattan 2. La femme obèse, dont on ne voit pas le visage mais le corps nu, pose telle une statue grecque antique dans une gestuelle exaltante. En donnant à voir une corporéité rarement montrée, la photographe critique une société obsédée par la maîtrise de son poids et la minceur.
Photo Ariane Lopez-Huici, Le corps qui parle, Vénus de Manhattan 2, 1994, New York, Collection du Centre National des Arts Plastiques
Si elle transgresse les canons esthétiques de beauté portés par la mode et la publicité, elle s’inscrit dans la lignée de photographes femmes qui revendiquent la différence pour l’inclure socialement. On regrette par exemple l’absence de Valérie Belin dans l’exposition. Cette photographe française porte un intérêt particulier pour des féminités en métamorphoses, à l’écart des normes. En 2001, dans une série dédiée, elle capte les corps en transition de bodybuilders ou de personnes trans, au moment où les traits physiques attribués à la masculinité et à la féminité se cristallisent et se mêlent sur leurs visages. Dénuées de toute spectacularité, ses œuvres à l’aspect clinique donnent à voir la fluctuation de l’identité sexuelle.
Des corps maternels multiples… qui manquent
Si l’on déplore le manque d’attention porté au genre, « La moitié du monde » témoigne tout de même d’un féminisme pluriel, notamment en ce qui concerne le thème de la maternité.
À travers sa série d’autoportraits familiaux, l’artiste finlandaise Katharina Bosse souligne les points de jonction entre les identités de femme, de mère et d’artiste. Dans son œuvre Heïde, elle se tient à demi allongée près de son enfant pour lui donner le sein, rejouant clairement le mythe de la louve allaitant Romulus et Rémus.
La représentation monstrueuse du maternel entre en résonance avec deux œuvres de Zoe Leonard. Au musée de la médecine de Vienne, l’artiste queer américaine photographie à l’argentique des Gynecological Instruments, dont les formes métalliques et pointues rappellent des outils de torture. Sous un angle déformant, elle capture un modèle féminin aux organes visibles, cheveux luxuriants, tête maquillée. La posture du mannequin en cire rappelle le cadavre autopsié. L’artiste dénonce les expérimentations médicales infligées au corps féminin et dans une plus large mesure dévoile la fascination pour l’anatomie des femmes. Dans le cadre de l’exposition, ses photographies à l’ambiance macabre formuleraient une critique de la réalité sociale, où la femme est inévitablement réduite à ses capacités naturelles à procréer.
« La moitié du monde » présente ainsi des visions féministes plurielles qui entrent en décalage avec le discours essentialiste porté par le texte de l’exposition.
L’exposition s’achève dans un recoin par la Mise en scène pour une sainte n°7 de 1982 signée ORLAN. Dans une esthétique baroque, l’artiste française se représente sur fond de ciel sombre en habit matrimonial dans ce tableau photographique en couleur, simulant son mariage catholique devant l’autel, prêt à jeter son bouquet en main à la Vierge.
En s’inspirant de l’iconographie judéo-chrétienne et en s’appropriant des stéréotypes pour en détourner les motifs, elle pointe du doigt les pressions politiques et sociales exercées sur le corps féminin. Depuis les années 1960, la plasticienne a réalisé un travail révolutionnaire sur la féminité, transformant son propre corps en matériau de création. Son travail plus récent, qui n’est malheureusement pas montré dans l’exposition, explore sa physicalité mutante et hybride, modifiée par la chirurgie esthétique. Encore un regret, face à une exposition peu ancrée dans l’actualité et qui aurait gagné à traverser les frontières du genre, avec les artistes.
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Pour J’ai perdu mon corps, le réalisateur français Jérémy Clapin a reçu le Grand Prix Nespresso de la Semaine de la Critique à Cannes. Dans ce long-métrage d’animation, une main part en quête du reste de son corps, celui d’un jeune homme qui tente de se reconstruire face à un destin qui a mal tourné.
Une main s’échappe, très agile, d’un laboratoire. Elle part à la recherche de son corps comme l’indique le titre du premier long-métrage de Jérémy Clapin, J’ai perdu mon corps. Commence le parcours d’une combattante : une main qui glisse des toits de Paris vers les rails du métro, attaquée, malmenée, mais qui retombe toujours sur ses doigts. Le découpage est haletant, drôle et angoissant à la fois.
Course poursuite singulière sous le métro parisien Photo : Rezo Films
Une main perdue, une main qui cherche
Pourquoi une main rechercherait son corps ? En parallèle, le spectateur découvre l’histoire de Naoufel, livreur de pizza solitaire, avant qu’il ne perde sa main. Cette main qui grimpe et s’agrippe symbolise le chemin du héros pour recoller les morceaux. Le récit se tisse subtilement entre passé et présent : les séquences d’enfance, dans un noir et blanc gorgé du soleil marocain, font face à des scènes urbaines pluvieuses, à l’ambiance plus rude.
Enfant, Naoufel enregistrait ses parents sur un magnétophone qu’il écoute maintenant en boucle pour essayer de comprendre et d’accepter l’inacceptable : leur disparition. Mais la voix qui fait battre son cœur aujourd’hui est celle de cette fille à l’interphone, qui n’a pas voulu de sa pizza écrabouillée. Naoufel a désormais un but : la retrouver. La quête amoureuse rejoint la quête de sens.
Dans le long-métrage d’animation J’ai perdu mon corps, la quête amoureuse rejoint la quête de sens. Photo : Rezo Films
Entre Happy hand, Rubber et Miyazaki
Quand Jérémy Clapin découvre le roman Happy hand de Guillaume Laurant, il est passionné par l’idée de rendre vivante et crédible cette main baladeuse. Il va donc réaliser J’ai perdu mon corps en se revendiquant d’un film dingue comme Rubber, où le réalisateur Quentin Dupieux raconte l’histoire d’un pneu assassin.
Les décors sont plutôt inspirés de l’animation japonaise. Les personnages sont perdus dans un Paris d’ultra moderne solitude, dans le métro ou sur les toits de tours d’immeubles immenses, plus proche des mégapoles asiatiques que des représentations « carte postale » habituelles.
Pour la finesse des sentiments, on pense aussi à des auteurs comme Miyazaki et Takahata. Jérémy Clapin allie habilement les genres, du fantastique à l’intime, sans jamais perdre le spectateur. Sa réussite tient aussi de sa capacité à dessiner un jeune héros fragile, toujours sur la brèche, comme on en voit rarement au cinéma.
Bande annonce de J’ai perdu mon corps (Rezo Films / YouTube)
Pas de chauffage, coupures d’électricité, couvre-feu à 21h… Les conditions d’accueil des demandeurs d’asile sont parfois très difficiles et non-conformes au cadre réglementaire dans les hébergements qui leur sont dédiés par l’État. Après l’évacuation du camp des Ducs d’Alsace, 17 familles ont été placées dans un ancien hôtel à Lingolsheim qui accueille 200 personnes. Reportage.
« Un jour, il y avait des centaines d’asticots dans le couloir qui est à côté des poubelles. Et on ne compte plus les cafards. Il faudrait plus de bennes et un entretien adapté. » Elene (tous les noms ont été changés dans l’article et les chambres des personnes qui témoignent n’apparaissent pas sur les photos) vit depuis plusieurs mois dans un ancien hôtel, transformé en centre d’hébergement d’urgence de demandeurs d’asile (HUDA).
Des dizaines de sacs de déchets sont entassés, ce qui peut permettre la prolifération d’asticots. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Géré par l’association Horizon Amitié, celui-ci se trouve au 7 rue de la gare aux marchandises à Lingolsheim. 17 familles qui vivaient au camp des Ducs d’Alsace, démantelé le 22 octobre, ont été orientées là par les services de l’État. En tout, 236 personnes avaient été placées dans différentes structures ou sont en cours d’expulsion.
Cet ancien hôtel situé à Lingolsheim abrite maintenant des demandeurs d’asile. (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc) Photo : TV / Rue89 Strasbourg
« Il peut littéralement pleuvoir dans les chambres. »
Elene rend compte de nombreux éléments non-conformes au règlement intérieur des HUDA :
« Dans ma chambre comme dans beaucoup d’autres, il n’y a pas de chauffage, l’électricité est souvent coupé et l’eau chaude ne fonctionne pas. Chez d’autres, il y a parfois des fuites d’eau, il manque des joints au niveau de certaines fenêtres donc il peut littéralement pleuvoir dans les chambres. Un jour, il y a même une fenêtre qui s’est effondrée chez quelqu’un… heureusement, il n’y avait personne en dessous. »
Dans l’HUDA de Lingolsheim vivent presque 200 personnes en provenance d’Europe de l’Est et d’Afrique. Elles restent sur des périodes très variables, pouvant aller de quelques semaines à plusieurs mois. Sur 3 étages, on compte environ 75 chambres de 10 à 12m², avec des salles de bains de 3m². Familles ou regroupements de personnes isolées, ce sont 2 à 4 individus qui vivent ensemble dans ces pièces. La surface minimale de 7,5 m² par personne isolée, fixée par le cahier des charges des lieux d’hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile, n’est donc pas toujours respectée.
2 à 4 personnes cohabitent dans des chambres d’à peu près 10 m². Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc Ces micro-logements comportent tout de même des salles de bains, mais l’eau chaude ne fonctionne pas toujours. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Un règlement à l’encontre de l’arrêté ministériel
Certaines règles durcissent la vie des usagers. Par exemple, un couvre-feu est instauré à 21h. Dans d’autres lieux de ce type, c’est même 20h30. Ceci n’est pas en accord avec l’arrêté du 19 juin : les demandeurs d’asile peuvent s’absenter pour une durée pouvant aller de 24h à 1 semaine s’ils en « informent préalablement le gestionnaire de l’établissement. » Une absence supérieure à 1 semaine doit être justifiée. » Irina, qui vit aussi dans le centre, témoigne à ce sujet :
« C’est souvent impossible de faire du bénévolat ou des activités sportives. On est censés rester dans nos chambres à partir de 21h, dans le noir s’il n’y a pas d’électricité. Il faut bien se rendre compte que c’est tous les jours, tout le temps, c’est très infantilisant. »
5 plaques de cuisson pour 200 personnes
Dans le bâtiment, l’équipement
électroménager fait également défaut, comme le fait remarquer
Yvan, qui se lève souvent à 6h30 pour avoir le temps de cuisiner
pour lui et ses enfants :
« Pour 200 personnes, on a seulement deux fours et 5 plaques de cuisson avec deux emplacements pour casseroles à chaque fois. Ça fait 10 casseroles en tout qui peuvent chauffer en même temps… Il y a une seule machine à laver, un seul sèche-linge… En plus, à cause des normes de sécurité, on ne peut brancher aucun appareil électroménager dans nos chambres. »
La cuisine pour 200 personnes : on compte 5 plaques de cuisson et deux fours dans la cuisine collective pour tous les résidents du centre d’hébergement. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc Il n’y a qu’une seule machine à laver, et qu’un seul sèche-linge pour 200 personnes. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc Il est interdit de brancher du matériel électroménager dans les chambres. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
La préfecture, qui finance l’hébergement des demandeurs d’asile, ne trouve rien à redire :
« L’État assure l’accueil des demandeurs d’asile en leur garantissant un logement et en veillant à leurs besoins particuliers liés à leur état de vulnérabilité ou à la préservation de l’unité familiale. Nos services ont effectué plusieurs visites dans l’HUDA de Lingolsheim depuis son ouverture, dont une dernière le 11 juillet 2019. Ils ont constaté un fonctionnement normal avec un effort de renouvellement des équipements par l’association (lits, matelas et meubles). »
En tout à Strasbourg, suite à des démantèlements, plus de 1000 demandeurs d’asile ont été pris en charge en 2019. Un partie sont orientés vers des logements de ce type. Au total, 3400 places d’hébergement pour demandeurs d’asile sont financées par l’État dans le Bas-Rhin en 2019. L’immense majorité se trouve dans l’Eurométropole.
Un cas loin d’être isolé
« Le cas du centre de Lingolsheim n’est pas isolé, d’autres HUDA, ou même des CADA (centre d’hébergement pour demandeurs d’asile) présentent des problèmes similaires » d’après Léna, travailleuse sociale dans un autre centre d’hébergement.
En effets, les conditions ne sont pas meilleures pour ceux logés dans des chambres d’hôtel. À Bischheim par exemple, une cinquantaine de personnes sont hébergées dans l’hôtel à La Victoire, au 21 avenue de Périgueux. Les habitants rencontrent également de nombreux problèmes comme des coupures d’eau chaude, voire d’eau tout court. Là-bas, seules trois casseroles sont utilisables en même temps. De nombreuses prises électriques sont endommagées et dangereuses, y compris dans des chambres avec des enfants.
La cuisine pour 50 personnes à l’hôtel à la Victoire à Bischheim. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc État des prises électriques dans une chambre dans laquelle vit une famille avec 2 enfants. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
« Ces personnes sont abandonnées, et ça semble tout à fait toléré par la société. »
Léna livre son analyse de la situation :
« On a le sentiment que, comme ces individus sont des migrants, l’État peut se permettre de telles conditions d’hébergement. L’opinion publique n’est pas forcément en leur faveur donc ça passe. Les logements financés doivent être le moins cher possible. On n’a pas non plus de moyens pour faire des activités avec des enfants par exemple… L’accompagnement est rudimentaire. Ces personnes sont abandonnées, et ça semble tout à fait toléré par la société… Mais ce sont des êtres humains, et souvent, ils n’ont pas d’autre choix que d’être là ! »
Christiane et Michèle, présidente et trésorière de la branche alsacienne de l’Association d’Aide aux Familles et Individus Victimes de Sectes (Adfi Alsace) sont inquiètes. Avec la disparition de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), ces bénévoles perdent un précieux partenaire…
« Chaque semaine, nous accueillons deux ou trois victimes de dérives sectaires, ou plus souvent un proche de victimes. » Christiane et Michèle sont toutes les deux retraitées. L’ancienne cadre santé et l’ex-juriste donnent aujourd’hui de leur temps à la branche alsacienne de l’Association d’Aide aux Familles et Individus Victimes de Sectes (Adfi Alsace) à Strasbourg. Mais la disparition à venir de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) inquiète la présidente et la trésorière de l’association. Le groupe d’une quinzaine de bénévoles perdra ainsi un précieux partenaire pour s’informer sur les différents groupes sectaires et accompagner leurs victimes. Interview.
Christiane et Michelle, présidente et trésorière de la branche alsacienne de l’Association d’Aide aux Familles et Individus Victimes de Sectes (Adfi) Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Rue89 Strasbourg : Quelles sont les situations des personnes qui vous demandent de l’aide ?
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Selon France Bleu Alsace, les activités de géothermie profonde à Reichstett sont suspendues depuis ce jeudi 14 novembre. Cet arrêt fait suite aux deux séismes en moins de 48 heures à Strasbourg. Les épicentres se situent au nord de l’agglomération (le 1er ici et le 2è là), c’est-à-dire du côté des forages à 5000 mètres de profondeur de la société Fonroche. Plusieurs spécialistes évoquent en effet des tremblements de terre « induits » par l’activité humaine et non d’origine naturelle. La préfecture a ainsi indiqué à la radio publique locale qu’elle diligente une enquête pour établir ou non un lien.
Les puits de géothermie permettent de récupérer la chaleur des sous-sols pour plusieurs dizaines d’années. Mais l’éventuelle sismicité générée a plusieurs fois été questionnée. Un autre puits de géothermie est en phase avancée à Illkirch-Graffenstaden, exploité cette fois-ci par Électricité de Strasbourg. Aucun des deux gisements n’est encore en phase de fonctionnement final. Le premier puits d’ÉS a été terminé à la rentrée 2019 et il n’y a plus de forage depuis, le temps d’analyse complémentaires avant de creuser le deuxième puits courant 2020.
De son côté, Fonroche réitère que ses opérations de « stimulation des puits » sont à l’arrêt depuis le 8 novembre, conformément à son calendrier. Elles doivent reprendre que « fin 2019 ». « Toutes les autres opérations sur site sont maintenues et peuvent se poursuivre, en parfait accord avec les autorités », poursuit la société dans un communiqué.
À la mi-journée, la Préfecture a indiqué l’avancé du dialogue
« Une première réunion entre les opérateurs de géothermie (la société Fonroche et électricité de Strasbourg), le RéNaSS et la DREAL a eu lieu le 13 novembre. Les échanges menés au cours de cette réunion confirment qu’à ce stade d’analyse aucune origine du séisme (naturelle ou induite) ne peut être avancée. Une deuxième réunion de travail est prévue dès la semaine prochaine.
Les tests pourront reprendre « après analyse de Evènement par un comité d’expert et accord du préfet » Elle rappelle qu’il s’agit d’une procédure obligatoire dès qu’un séisme de magnitude 2 est enregistré.
Le puits de géothermie à Reichstett, au début des travaux en 2017 Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d’abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
En réaction à l’attentat du 11 décembre 2018, la préfecture et la Ville de Strasbourg ont opté pour un dispositif sécuritaire renforcé pour le marché de Noël 2019. Les forces de l’ordre seront plus nombreuses, les agents de sécurité auront plus de liberté pour fouiller les sacs et certains accès à la Grande île seront fermés.
Le 22 novembre approche et comme chaque année lors du Marché de Noël, Strasbourg a peur. Suite à l’attentat du 11 décembre 2018, l’édition 2019 connaît encore une surenchère sécuritaire. Pour Robert Herrmann, adjoint au maire de Strasbourg en charge de la sécurité, il n’y a pas le choix : « Personne ne comprendrait un allègement du dispositif de sécurité alors que l’on reste dans le même risque d’attentat que l’année dernière. » Le préfet de la région Grand Est, Jean-Luc Marx, n’imagine pas de retour en arrière niveau sécurité… sauf si « deux ou trois ans passent sans aucun attentat ou tentative d’attentat en France. »
Cette année, la Ville de Strasbourg et la Préfecture ont opté pour un dispositif de sécurité proche de celui qui a suivi l’attentat du 11 décembre Photo : Pascal Bastien / Divergence
Des policiers en civil en permanence dans l’enceinte
Des forces de l’ordre plus nombreuses seront mobilisées, assure le préfet de la région Grand Est. Ce dernier n’a pas souhaité communiquer de chiffres plus précis. Pour rappel, l’année dernière, le marché de Noël a mobilisé 260 policiers nationaux, 50 policiers municipaux et des dizaines de militaires Sentinelle.
Autre changement annoncé par le préfet : des policiers en civil circuleront en permanence sur la Grande île. Ils bénéficieront aussi de la gratuité des transports publics dans le cadre d’une expérimentation de six mois. Robert Herrmann rappelle aussi l’utilisation d’environ 400 caméras de vidéosurveillance dans l’hypercentre de la ville.
Selon le préfet de la région Grand Est, la fouille des visiteurs (au coeur des critiques suite à l’attentat du 11 décembre) sera renforcée. Un dispositif de double file d’attente sera mis en place ainsi qu’un toit pour protéger des précipitations. Les personnes sans sac feront la queue d’un côté et les visiteurs avec bagage seront inspectés dans une file dédiée. Les agents de sécurité privée pourront, en cas de suspicion, fouiller manuellement les sacs et palper les visiteurs du marché de Noël.
Un accès encore plus restreint
L’accès à la Grande île de Strasbourg sera encore restreint cette année. Seuls 16 ponts seront ouverts du 22 novembre au 24 décembre (contre 19 habituellement). Le pont de la rue du Faubourg-National et celui de la rue du Faubourg-de-Pierre seront fermés pendant toute la durée du marché, ainsi que la passerelle des Moulins. Comme lors des éditions précédentes, les passerelles des Juifs et des Faux remparts seront bloquées.
Plan des accès au Marché de Noël 2019 Photo : doc remis
Côté transports, la station Broglie sera inaccessible pendant toute la durée du Marché de Noël. Les stations Homme de fer, Langstross Grand’Rue et Alt Winmärik seront fermées aux heures d’ouverture du Marché de Noël. De même, les lignes de bus 3, 4, 6 et 10 seront déviées. Les lignes 14 et 24 verront leur terminus déplacés à l’arrêt Etoile Bourse.
Circulation restreinte
Le stationnement en voirie sera interdit sur l’ensemble de la Grande île à partir du 21 novembre à 22h et jusqu’au 24 décembre à 18h. Aussi, la circulation des voitures sur la Grande île sera totalement interdite aux horaires suivants :
De 11h à 20h du lundi au jeudi De 11h à 21h le vendrediDe 11h à 22h le samedi
Pour cette édition 2019, le dispositif sécuritaire reproduit les mesures qui ont suivi l’attentat du 11 décembre et la fermeture du marché de Noël pendant 48 heures. Selon le premier adjoint au maire (LREM), Alain Fontanel, le budget sécurité a encore augmenté. Pour rappel, il est passé de 300 000 euros en 2015 à plus d’un million d’euros en 2018.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Qui sera le nouveau maire de Strasbourg en mars 2020 ? Avec le municipal-o-drome, Rue89 Strasbourg vous propose de retrouver chaque mois le positionnement de chacune des listes et ses candidats. En octobre, trois chevaux supplémentaires sont arrivés, mais d’autres ne franchiront jamais la ligne.
Le municipal-o-drome est un outil imaginé par Rue89 Strasbourg qui vise à sortir de l’instantanéité des déclarations des prétendants. L’autre objectif est d’avoir l’ensemble du panorama électoral en un coup d’œil pour remettre chaque mouvement dans ce contexte plus global. Passer la ligne d’arrivée revient à être le candidat investi par sa formation.
Depuis janvier 2019, le positionnement de chaque candidat est décidé par les journalistes de la rédaction selon leur appréciation de la situation. Il dépend aussi de critères objectifs comme une déclaration publique ou non de candidature qui permet d’apparaître sur la pelouse, la concurrence au sein de son « écurie » ou la capacité des différentes équipes à mener une liste. S’être déclaré en premier confère aussi un avantage (provisoire) au sein de sa famille politique. L’ordre de placement de haut en bas ne répond pas à une logique particulière, si ce n’est que les abandons, un seul à ce jour, sont en bas.
Octobre, le mois des investitures
Ils sont au moins quatre ! Après Jeanne Barseghian pour les écologistes, les grosses écuries, le Parti socialiste, « Les Républicains » et La République en Marche ont à leur tour désigné leur candidat. Tout à gauche de la gauche, le Parti ouvrier indépendant démocratique (POID) compte aussi présenter une liste.
La chute la plus spectaculaire vient du concurrent Rassemblement national. Le parti de Marine Le Pen avait aussi investi un candidat, avant que celui-ci ne s’écrase en quelques heures. Rattrapé par un passé violent et xénophobe qu’il avait caché, il s’est retiré avant même d’officialiser la chose. Aucun candidat de substitution ne se dégage comme une évidence.
La fin de l’année 2019 devrait voir les différentes initiatives de gauche s’installer. Il n’y aura en tout cas pas de liste « La Coopérative / Generation.s » puisque ses deux élus ont finalement rejoint la liste menée par Alain Fontanel, pourtant investi par LREM. Quant aux autres partisans ou ex-partisans de Benoît Hamon, ils vont se retrouver avec les Insoumis. Sachant que l’une ou l’autre « liste citoyenne » pourrait aussi émerger.
Pour zoomer, il suffit de continuer à faire défiler son écran vers le bas.
Des pistes d’améliorations ?
N’hésitez pas à nous en faire part en commentaires. Nous tenterons d’en tenir compte pour les prochaines éditions.
Jean-François Gérard, Geoffrey Brossard et Nina Courtois Un outil créé à trois, dans l’ordre : un journaliste, un développeur web et une graphiste
À la suite du classement sans suite de sa plainte pour blessures involontaires sur son fils, Flaure Diéssé écrit son désarroi au Président de la République, Emmanuel Macron.
M. le Président de la République,
Je vais vous raconter l’histoire dramatique d’un adolescent de 16 ans, mon fils. Il a été touché par un tir de LBD le 12 janvier 2019 à Strasbourg lors d’une manifestation de Gilets jaunes.
Il n’est ni manifestant, ni casseur encore moins black bloc. Il allait juste acheter une doudoune en solde.
Il est resté 6 heures au bloc opératoire, mâchoire en bouillie… Il a perdu son année scolaire (il est resté enfermé à la maison 3 mois avec les broches qui consolidaient sa mâchoire). Il a perdu sa sensibilité au niveau des lèvres et a une sérieuse cicatrice sur la joue droite qu’il gardera à vie.
Pour fuir tout cela il s’est réfugié en septembre dans un internat breton à 800 km d ici, près de ses grands-parents. La police s’étant empressée de le désigner comme casseur, l’information a vite circulé sur les réseaux sociaux et les sites numériques de certains médias. Il ne voulait plus affronter cela à Strasbourg.
« Avec toutes les caméras de vidéosurveillance, on n’a pas réussi à trouver qui a tiré ? »
Après 10 mois d’enquête, le procureur adjoint de Strasbourg m’annonce que l’affaire est classée sans suite car on n’a pas pu identifier le responsable du tir. Avec toutes les caméras de vidéosurveillance qu’il y a à Strasbourg et celles utilisées par des policiers, on n’a pas réussi à trouver qui a tiré ?
L’État était sensé protéger cet adolescent. J’ai toujours appris à mes enfants le respect des lois de la République, de l’Autre. Aujourd’hui c’est l’État qui a massacré la vie de cet enfant avec ce tir de LBD, « selon la plus haute probabilité » pour le procureur, alors que le rapport médical l’atteste !
« Pas un mot d’excuse de l’État, quel mépris pour des victimes ! »
Pas un seul regret ! Pas un mot d’excuse de l’État ! Quel mépris pour les victimes que nous sommes, quelle injustice ! Si un de vos enfants avait été touché par un tir de LBD entraînant les mêmes conséquences que celles de mon fils, auriez-vous accepté ce classement sans suite ? Non, assurément. Vous auriez tout mis en œuvre, remué ciel et terre et déployé tous les moyens pour retrouver l’auteur. Moi je dois me contenter d’un classement sans suite, bref circulez, il n’y a rien à voir !
Monsieur Castaner répète les mêmes phrases lors de toutes ses interviews : « s’il y a eu faute, il y aura sanction » ou « la justice fait son travail », cela ressemble à de l’enfumage. Dans le cas de mon fils, il y a eu faute grave, une faute qui aurait pu être mortelle. Le policier a tiré au niveau du visage et à un centimètre près il sectionnait la carotide de mon fils.
« C’est bien l’État qui est responsable de cet accident »
Le classement sans suite est justifié par le fait qu’on n’a pas pu identifier le tireur. Mais je tiens à vous rappeler que le tireur appartient à la police donc à l’État. Identification du tireur ou pas, c’est l’État qui est responsable de cet accident.
Monsieur Nunez, dit sur BFM qu’il « ne connait pas le dossier » de mon fils, alors que l’affaire a été sérieusement médiatisée en janvier dernier. Cela montre à quel point il banalise les victimes. Un secrétaire d’Etat en charge de la sécurité qui n’est pas au courant du dossier d’un adolescent innocent, qui a frôlé la mort suite à un tir de LBD, c’est vraiment déplorable et inquiétant.
Je joins la photo de mon fils sur son lit d’hopital afin que vous réalisiez la gravité de la blessure commise par le LBD et le traumatisme que mon fils a subi…
Lilian sur son lit d’hôpital Photo : doc remis
Que vous réalisiez la souffrance de cet enfant innocent…
Que vous imaginiez la douleur qui m’a rongée et qui me ronge encore…
Je joins également la seconde photo où il porte sa doudoune achetée quelques minutes avant le drame. Il était si heureux de la porter. Elle est barrée du sang de l’innocence. Vous vous êtes débarrassés du dossier sans même un mot pour notre douleur mais ce sang vous l’aurez sur la conscience.
Si vous étiez vraiment pour la justice, le respect des droits de l’Homme, ce dossier ne serait pas classé sans suite ou en tout cas pas classé sans la moindre excuse ni la moindre compassion envers une famille qui a souffert et souffre toujours de cette indifférence.
Flaure Diéssé, une maman rongée par la douleur, la tristesse et l’incompréhension
Une secousse d’une magnitude de 3,3 a été ressentie à Strasbourg, mardi 12 novembre à 14h38. Son épicentre se situe au nord de Strasbourg. Peu de dégâts signalés. Évoqué comme cause possible, le site de géothermie de Fonroche à Vendenheim dément.
Un séisme a secoué l’agglomération de Strasbourg, mardi 12 novembre à 14h38. Il a été enregistré par les instruments du Réseau national de surveillance sismique (Renass), un service de l’Université de Strasbourg, qui lui octroie une magnitude de 3,3 sur l’échelle ouverte de Richter et le qualificatif « d’événement induit ».
Les données sont en cours de collecte par les scientifiques, qui appellent les habitants qui ont ressenti la secousse à leur envoyer leurs témoignages, via leur site. L’intensité de l’événement a été établie à 4, sur une échelle qui compte 12 unités (de « aucun effet » à « tout est rasé »).
Pour les chercheurs du Rénass, cette secousse est à mettre en relation avec les opérations de géothermie profonde, menées par le groupe Fonroche à Vendenheim, à 5 km de l’épicentre. Antoine Schlupp, sismologue du Rénass, détaille :
« Une secousse sismique aura la même signature, que l’origine soit naturelle ou humaine. Donc on ne peut pas corréler de manière certaine le séisme de mardi à la géothermie profonde à Vendenheim. Mais depuis mars 2018, soit depuis le début des activités de forage de Fonroche, nous avons détecté des centaines d’événements sismiques dans le secteur, souvent autour d’une magnitude de 2. »
Le sismogramme établi par Renass pour l’événement du mardi 12 novembre Photo : doc Renass / Unistra
De son côté, Fonroche, par la voix du directeur du site de Vendenheim, Jean-Philippe Soulé, dément catégoriquement être à l’origine ou avoir un lien quelconque avec cette secousse :
« Notre activité de forage peut provoquer une activité sismique, mais d’une intensité maximale de 1,5 qui peut se sentir jusqu’à 1 km. Pas plus. C’est impossible qu’on soit à l’origine d’un événement dont l’épicentre est à 5 km. En outre, nos activités dans le puits sont à l’arrêt depuis le 8 novembre. »
Jean-Philippe Soulé rappelle que la Terre a tremblé du côté de Montélimar la veille et qu’aucune activité de géothermie n’est active dans ce secteur.
Ressentie jusqu’au piémont des Vosges
Selon la carte des effets du Rénass, l’événement sismique de mardi a été ressenti jusqu’au piémont des Vosges, à Weiterswiller. Il a fait de fortes impressions à Strasbourg, comme en témoignent les nombreux tweets publiés juste après un bang suivie d’une secousse de quelques secondes.
Pas de secousses chez moi (Orangerie) mais juste un gros "boum" dans un mur, comme venant de la cave et un "grincement" des fenêtres. Chose bizarre, les luminaires au plafond n'ont pas bougé d'un poil. #Strasbourg
Le centre opérationnel départemental d’incendie et de secours (Codis) du Bas-Rhin a reçu une cinquantaine d’appels. Les pompiers se sont déplacés trois fois, pour évacuer un bâtiment fissuré à Schiltigheim et pour la chute de briques d’une cheminée.
Le procès pour harcèlement sexuel de l’ancien directeur de la Maison des associations de Strasbourg a été repoussé en mars. À la demande du prévenu, le tribunal a accepté un supplément d’information.
Elles étaient pourtant prêtes à faire du bruit ! Avec seaux et bâtons, une trentaine de militantes du collectif Entendre, croire, agir ont bruyamment pris position mardi matin sur le parvis du Palais de justice de Strasbourg, alors que devait se tenir le procès de l’ancien directeur de la Maison des associations (MDAS).
Les militantes du collectif Entendre, Croire, Agir, s’étaient donné rendez-vous sur le parvis du Palais de justice Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
Patrick Gerber est accusé de harcèlement sexuel, sur des employées de la Maison des associations et une stagiaire de l’UFC – Que Choisir, pour des faits qui ont eu lieu au cours de l’année 2018. Suite aux plaintes des trois victimes, l’enquête avait été rapidement menée par la brigades des moeurs de Strasbourg, peut-être trop rapidement aux yeux de Me Thomas Steinmetz, l’avocat de l’ancien directeur, qui a demandé un supplément d’information. Le tribunal l’a accepté et l’audience est désormais fixée au 17 mars, en plein pendant l’entre deux-tours des élections municipales.
Me Amandine Rauch juge la manœuvre de Patrick Gerber « dilatoire » Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
Onze auditions supplémentaires demandées
Me Steinmetz a demandé à ce que l’adjointe de Patrick Gerber et actuelle directrice par intérim soit auditionnée, ainsi que deux autres employés de la MDAS. Pour Me Amandine Rauch, avocate de deux des trois victimes, il s’agit d’une manœuvre dilatoire :
« Nous ne sommes pas dupes. Avec ce report, M. Gerber veut ajouter du temps entre les faits commis et l’audience, en espérant que retombe l’attention sur cette affaire. Mais nous avons aussi à faire valoir nombre de témoignages qui n’ont pas été entendus dans cette affaire et nous avons proposé au tribunal de les ajouter à la procédure. »
Me Rauch et Me Caroline Bolla, avocate de la troisième victime, ont proposé que les auditions de 4 salariés et anciens salariés de la MDAS soient versées à la procédure, ainsi qu’une ancienne salariée du Clapest, une ancienne association d’aide aux réfugiés, dont Patrick Gerber a été le directeur. L’adjoint au maire de Strasbourg, Éric Schultz, devrait également être auditionné pour évoquer les conditions de recrutement de M. Gerber.
En outre, l’enquête interne à la MDAS qui avait été diligentée suite aux premières alertes, et le rapport de l’Inspection du travail, devraient également être joints au dossier, à la demande de Me Steinmetz.