Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Au conseil municipal, la fin des réductions de personnel en 2020 ?

Au conseil municipal, la fin des réductions de personnel en 2020 ?

Le conseil municipal de ce lundi 25 novembre va préparer le dernier budget de la mandature, sur fond d’élections municipales. À suivre en direct et avec nos commentaires à partir de 15h.

Il ne reste que trois conseils municipaux au maire Roland Ries (PS ou LREM, on ne sait plus trop), avant que son successeur ne prenne sa place. En 2020, seul un conseil est programmé en février, pour solder les derniers dossiers avant les élections en mars.

Qui veut faire connaitre son orientation ?

Le gros point de cet antépénultième séance au centre administratif du mandat sera le débat d’orientation budgétaire (DOB), un tour de chauffe avant le vote du budget fin décembre. Le budget 2020 pourra être amendé en cours d’année par le ou la future maire, selon ses orientations politiques.

Pour les 4 seuls candidats investis à ce jour, le DOB sera donc une occasion rêvée de donner leur conception d’un budget idéal, qu’ils pourraient piloter s’ils sortaient vainqueurs de l’élection en mars. Car parmi les quatre candidats, trois sont élus de la majorité et un dans l’opposition. Jeanne Barseghian (EELV) et Mathieu Cahn (PS) ont davantage pris la parole dans l’hémicycle ces derniers mois, mais ce n’est pas le cas d’Alain Fontanel (LREM). Le premier adjoint laisse Christel Kohler s’exprimer pour le groupe « Strasbourg en Marche » sur les sujets divers, au-delà des domaines délégués à sa collègue adjointe. Quant à l’opposant Jean-Philippe Vetter (LR), cela dépend des séances, mais il ne devrait pas rater celle-ci.

2020 : stabilité des effectifs de la Ville ?

Sur le budget en préparation, un léger changement s’amorce par rapport au mandat passé. Pour 2020, la Ville table sur la stabilité des effectifs autour de 4 000 agents environ. Les années passées, quelques départs étaient non-remplacés et le montant de dépenses de personnel restait ainsi identique d’une année sur l’autre. Cette fois-ci, une hausse « mécanique » de l’enveloppe d’environ 1,5%, due aux promotions et avancées de carrière des salariés, est prévue. Cette stabilité du nombre d’agents s’explique en partie par le recrutement de 15 agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (Atsem). Cet ajout fait suite à la pétition d’un collectif de parents qui demandait 60 postes à la rentrée pour s’approcher de l’objectif d’une Atsem par classe à Strasbourg.

Emmaüs Connect au coeur d’un service public ?

Deux autres points pourraient amener des débats. En début de séance (point 5), les élus voteront une expérimentation pour qu’Emmaüs Connect intervienne dans le centre administratif. L’association pourrait ainsi aider les usagers perdus avec les démarches en ligne. Ces services se sont déjà implantés début 2019 dans le quartier Gare. Cette cohabitation future devrait poser de la place des agents et du service public au sein du centre administratif.

La subvention est de 9 158 euros (50% du coût du projet) pour cette opération menée pendant six mois, à partir de janvier 2020. « Le but est de mettre en place cet accompagnement de manière pérenne », commente l’adjoint au maire en charge du numérique Paul Meyer (La Coopérative).

Les adjoints Serge Oehler (à gauche) et Paul Meyer (à droite) devraient être sollicités, entre le premier débat budgétaire, Emmaüs Connect et les illuminations. Photo : Pascal Bastien / Divergence

Le financement des illuminations

Autre sujet, cette fois-ci récurrent, la subvention pour les illuminations de Noël des commerçants par les Vitrines de Strasbourg (point 24). Au début du mandat, nos révélations sur la gestion de ces fonds par l’association avait provoqué une commission d’enquête, qui a décidé de ne rien changer à ce système si ce n’est de demander un peu plus de rigueur aux Vitrines. Depuis, la subvention est à nouveau votée sans problème, même par l’opposition. Le sujet avait été débattu en 6 minutes en 2018.

Les discussions passées ont aussi porté sur « l’effet rebond » de cette politique. Késako ? Les économies d’énergie avec le renouvellement des ampoules sert en fait à redéployer la même somme, et donc de consommer et payer tout autant, plutôt que de générer de réelles économies. Mais à l’heure des festivités de Noël et à quelques mois d’élections, qui a envie d’entendre parler de sobriété ? Le budget public pour les illuminations augmente même de 300 000€ à 320 000€ par rapport aux éditions précédentes.

Cette année, la municipalité fait la promesse de mieux répartir l’effort dans les quartiers (Robertsau, Cronenbourg, Koenigshoffen, Montagne-Verte, Neuhof), notamment un effort « particulier et qui ne pourra se répéter chaque année » à Neudorf (20 000€). C’est d’ailleurs sur cet équilibre entre centre-ville touristique et périphérie que la majorité avait été interrogée l’année dernière.

Géothermie et politique en interpellation

En fin de conseil, une seule interpellation est prévue. Thierry Roos questionne la géothermie profonde et ses risques suite aux deux séismes ressentis à Strasbourg mi-novembre. Sur le fond, le maire et son équipe risquent de lui répondre que rien n’est établi. Mais cette question est une bonne manière pour l’élu robertsauvien de rappeler qu’il s’est battu contre le projet de puits au Port-aux-Pétroles, une position partagée à l’époque par un certain… Alain Fontanel. De là à faire liste commune en mars ?

À suivre en direct à partir de 15h.

Un rapport questionne les rémunérations d’élus par l’office de tourisme

Un rapport questionne les rémunérations d’élus par l’office de tourisme

Deux élus strasbourgeois, Paul Meyer et Jean-Jacques Gsell, perçoivent une indemnité de l’office de tourisme, dont ils négocient les subventions publiques. Un rapport d’audit pointe un risque de « prise illégale d’intérêt » sur fond d’enrichissement personnel. Paul Meyer justifie la rémunération et dénonce une attaque de ses rivaux politiques.

Négocier les subventions pour l’office de tourisme, les voter, et ensuite être indemnisé par… le même office de tourisme. C’est la situation de deux élus strasbourgeois que relève un rapport d’audit de la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg, que Rue89 Strasbourg s’est procuré. Or en politique, les rémunérations restent tabou. Il suffit de le constater les déclarations publiques d’intérêt remplies de manière bien vagues par les adjoints au maire de Strasbourg.

Un audit consécutif d’un audit

Au lendemain de l’audit du cabinet Deloitte sur l’office de tourisme de Strasbourg et sa Région (OSTR) publié en mars 2018, Ville et Eurométropole ont décidé d’entamer un groupe de travail sur l’association qu’elle subventionne pour organiser sa politique touristique.

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Pendant le Marché de Noël, la chasse aux pauvres continue

Pendant le Marché de Noël, la chasse aux pauvres continue

L’arrêté anti-mendicité « agressive » adopté en avril 2019 est reconduit pour le Marché de Noël. Un arrêté dénoncé par plusieurs élus de la majorité et les associations qui viennent en aide aux sans-abris. En un mois, trois ont trouvé la mort dans les rues de Strasbourg.

Julius au pays des songes : une pièce de rêve présentée au TAPS

Julius au pays des songes : une pièce de rêve présentée au TAPS

Du 27 au 29 novembre, Pauline Ringeade présente à nouveau La Pièce, le cœur du projet Fkrzictions, au Théâtre Actuel et Public de Strasbourg (TAPS). Le spectacle mêle danse, théâtre et littérature.

Julius, un homme banal et vivant dans une pièce étroite — à la mesure de sa place dans la société — devient fugitif par le chemin des songes. Voici l’intrigue de La Pièce ─ Fkrzictions, par la compagnie strasbourgeoise L’iMaGiNaRiuM. Le spectacle, déjà présenté au Théâtre Actuel et Public de Strasbourg (TAPS) en janvier 2018, est né d’un mélange d’esthétiques littéraires, picturales et chorégraphiques. Au-delà d’un portrait terrifiant d’une société inhumaine, il s’agit surtout de questionner la possibilité de vivre. Il sera mis en scène du 27 au 29 novembre.

La petite pièce est seule dans l’obscurité du plateau.Photo : Marie Augustin

Dans ce monde l’individu est comme une brique

Sur la scène, la pièce qui donne son nom au spectacle. Cette chambre est sommaire, munie d’un lit, d’une table et d’un lavabo. Le héros Julius, qui y vit, la sous-loue à deux autres travailleurs. Chacun occupe la pièce 8 heures par jour. C’est le principe des trois-huit de l’usine appliqué à la location immobilière. Cette case où tournent sans fin des silhouettes grises et fatiguées est la norme.

Le spectacle présente une dystopie capitaliste totalitaire, où, enfin, les corps des travailleurs on pu être compressés dans les briques de leur emploi. C’est à partir de cette claustrophobie initiale que la pièce se déploie. Julius rêve et cherche à s’échapper de cette cage. Il tord les frontières, élargit la chambre et, de fait, brise ses chaines sociales.

Le début du spectacle affiche la routine lénifiante des personnages.Photo : Marie Augustin

Des individus errants, aliénés

Pour ce spectacle, Pauline Ringeade s’est inspirée de deux auteurs : le romancier Sigismund Krzyzanowski et l’auteur de bandes dessinées Marc-Antoine Mathieu. Dans leurs œuvres, les individus errent, aliénés par leur travail, leur logement, leurs factures… un état du monde sans espace de liberté, de rêverie, entièrement dédié à la productivité.

Dans ce spectacle, Pauline Ringeade ne porte pas de discours politique ou moralisateur. Elle transmet seulement les esthétiques des deux auteurs, revisitées par le théâtre. La Pièce résulte de la friction entre deux plumes, l’une de mots et l’autre de traits.

Fkrzictions : ce nom impossible à prononcer est comme une altération du mot « friction » par Krzyzanowski. Ce mot, hors de la parole, illustre l’impossibilité de vivre. C’est à cela que Julius est confronté. Il sert d’individu témoin, il vit le quotidien de toute la population. Hanté par les figures cauchemardesques qui envahissent son clapier, il cherche une échappatoire.

En quittant la pièce, l’environnement de Julius se colore.Photo : Marie Augustin

La case qui s’ouvre pour donner — peut-être — la liberté

Toute la beauté du spectacle se révèle lorsque Julius s’échappe. Le cube initial, à la fois chambre et cage mais aussi case de bande-dessinée, éclate. Il ouvre ainsi à ses personnages un espace vertigineux. Le travail chorégraphique, qui se faisait ressentir déjà dans la superposition des corps au sein de la chambre, s’épanouit. Quelques cadres demeurent sur scène, comme le souvenir du fugitif parti en voyage. Dans l’espace onirique sans borne, Julius finit par se perdre.

Il y a du Beckett dans ces paysages indistincts, hors de toute géographie, où des silhouettes improbables patientent — apparemment sans but.Photo : Marie Augustin

Fkrzictions, ce n’est pas un spectacle mais un projet aux multiples incarnations. Autour de la pièce, L’iMaGiNaRiuM organisait plusieurs expériences, sous le nom des Excursions/Incursions. Installations, lectures musicales, casque de réalité virtuelle, performance participative… le projet proposait un véritable voyage aux spectateurs désirant aller au-delà du seul spectacle.

Pour ce retour au TAPS, seule la sieste sonore est présente. Allongés sur un transat, les spectateurs pourront écouter une boucle de sons divers, matériaux d’inspiration pour le spectacle et extraits coupés de la version finale. Malgré ce rétrécissement de l’espace poétique, La Pièce demeure intacte pour replonger dans les rêves de Julius.

Municipales : Pour les Insoumis et leurs alliés, un programme « à gauche » avant d’avoir un candidat

Municipales : Pour les Insoumis et leurs alliés, un programme « à gauche » avant d’avoir un candidat

Il y aura une liste à la « gauche de la gauche » aux élections municipales. La France insoumise et d’autres mouvements politiques espèrent se détacher de la majorité sortante.

Que pèse la gauche de la gauche à Strasbourg ? Si l’on se base sur les scores de l’élection présidentielle de 2017, les Insoumis seraient au coude-à-coude avec « En Marche » bien au-delà des 20%. Si l’on regarde ceux des élections municipales de 2014 ou des élections européennes de 2019, son poids est plus marginal, insuffisant pour se maintenir au second tour (respectivement 3,96% et 6,89%).

Avec quelques autres alliés, notamment le mouvement de Benoît Hamon, Generation.s (3,99% aux européennes), des signataires d’appels à l’union à gauche, du jeune « mouvement Ecolo« , la démarche des Insoumis strasbourgeois fait figure d’inconnue à gauche.

Contrairement à ses adversaires, cette future équipe compte présenter « un programme avant d’avoir une tête de liste », dixit Jean-Marie Brom, actuel « chef de file » chez les Insoumis. En l’absence d’élus au conseil municipal (la France insoumise n’existait pas en 2014 et le Front de gauche n’avait pas atteint les 5%) cette méthode cache peut-être aussi l’absence de figure emblématique. Quoiqu’il en soit, la liste propose de débuter par une Assemblée générale constitutive le jeudi 28 novembre à 19h, à la Maison des Associations. Trois premiers ateliers de programme sont prévus autour de la démocratie locale, le social et l’écologie. D’autres ateliers suivront ensuite. Les membres fondateurs de la démarche ont déjà des propositions, mais veulent les affiner et les soumettre aux participants de l’aventure. Il sera aussi question du mode opératoire pour désigner la tête de liste.

Sévères critiques du bilan de la majorité

Lors d’une conférence de presse de présentation, les initiateurs de la future liste tirent un bilan « plutôt négatif que positif » de la majorité locale sortante. Et selon leur analyse, toutes les composantes portent une responsabilité partagée.

Parmi leurs critiques : la politique du logement (« les nouvelles constructions ne correspondent pas aux besoins, notamment des étudiants et des plus pauvres »), le GCO (« dont le deuxième effet sera un étalement urbain »), le creusement des inégalités (« Strasbourg est la 3è ville la plus inégalitaire de France et le Port-du-Rhin est proche du désert médical avec un seul médecin généraliste »), l’arrêté anti-mendicité (« qui reprend avec le Marché de Noël dans le silence complet des nombreux membres de la majorité qui l’avaient combattu »), les conditions d’accueil pour les migrants, le bannissement des veilles voitures à essence et de tous les diesels en 2025 (« un effet d’annonce, mais sans réflexion sur les effets »).

Sur ces thèmes, « Strasbourg en commun » (nom provisoire qui fait écho à « l’avenir en commun », le programme de Jean-Luc Mélenchon), compte se démarquer avec un programme « à gauche ».

L’équipe de départ pour l’équipe des municipales de la France insoumise, Generation.s et des signataires de PEPS et Eco-métropole Photo : Diyar Sharif / Rue89 Strasbourg

Mauvais débuts vis-à-vis des écologistes

Comme toute liste sur la ligne de départ, « Strasbourg en commun » n’aime pas trop qu’on la questionne sur ses options de second tour. Mais forcément les regards se tournent sur l’absence d’union de la gauche, a minima avec les écologistes et les personnes engagées et non-encartées qu’elle a su agréger, notamment du Labo citoyen mais pas seulement.

« On se parlait tous. Mais après les élections européennes, les écologistes nous ont dit qu’ils poursuivaient leur propre démarche. Nous n’allions pas rester les bras croisés », explique Sébastien Mas (LFI) qui avait participé à un embryon d’union avec un forum sur l’alimentation. Les écologistes avaient lancé un premier appel en février et des premiers forums dès mars.

« Nous avons tous essayé d’avoir des discussions et ça n’a pas abouti. Le facteur commun, c’est EELV », appuie de son côté Améris Amblard, co-référente de Generation.s.

« Il y aura des débats entre nous et certaines lignes rouges avec la majorité sortante », tranche Anne-Véronique Auzet, universitaire et signataire de l’appel Éco-métropole et d’un autre appel des Communistes (qui ont finalement rejoint les écologistes comme à Schiltigheim) dans le but de les faire converger. Pour Jean-Marie Brom, « il n’est pas question d’un accord technique pour sauver une majorité dont les accords n’ont pas été respectés et faire du Tout Sauf Fontanel. Il faudra un vrai accord politique ». L’ancien vert tient néanmoins à rappeler que « nous ne sommes pas une liste anti-EELV ».

« Nous fêtons Noël alors que des gens meurent à nos pieds »

« Nous fêtons Noël alors que des gens meurent à nos pieds »

Le collectif En Marge, constitué au lendemain de la publication d’un arrêté visant la mendicité au centre-ville de Strasbourg par le maire Roland Ries, réitère son opposition, au moment où le texte est réactivé et que trois SDF ont trouvé la mort en un mois.

L’arrêté municipal du 25 avril 2019, dit arrêté « anti-mendicité agressive » n’a aucun effet concret. Il sert de totem posté à l’entrée d’une ville marchande dont l’espace doit servir à faire du shopping et du tourisme, où l’individu doit être un consommateur. Il est devenu le symbole d’une ville inhospitalière pour ses habitants.

Son retrait est un objectif pour la prochaine ou le prochain maire de Strasbourg. Les règlements municipaux en matière de propreté, salubrité et de tranquillité dans le domaine public sont anciens et cet arrêté n’accorde aucun nouveau pouvoir à la police. Pire, le bilan que l’on peut en retirer depuis sa mise en place démontre sa totale inutilité. La comparaison des mains courantes des périodes d’avril à septembre 2018 et en 2019 relevant du champ de l’arrêté (période et horaires) le démontre : 42 en 2018 et 43 en 2019. Sur ces 85 mains courantes, seules 13 en 2 ans ont fait l’objet d’une verbalisation par les forces de l’ordre.

Manifestation de Strasbourg Action Solidarité contre l'arrêté anti-mendicité et pour l'hébergement des personnes sans-abri, vendredi 22 novembre à Strasbourg. (Photo remise)
Manifestation de Strasbourg Action Solidarité contre l’arrêté anti-mendicité et pour l’hébergement des personnes sans-abri, vendredi 22 novembre à Strasbourg. Photo : remise

Il sert uniquement la communication d’un acteur précis désirant modeler la ville à son avantage : la Chambre de Commerce et d’Industrie et son représentant local, les Vitrines de Strasbourg.

L’arrêté anti-mendicité a en effet été pris suite à leur lobby : « il en va du dynamisme et de la réputation de Strasbourg, » selon MM. Heimburger et Bauer dans les DNA du 18 mai 2019. La Ville-Vitrines ne s’embarrasse pas des catégories sociales qui lui sont inutiles, en particulier les personnes en errance et en difficulté. Rappelons ici que l’espace public appartient à toutes et à tous et qu’il n’a pas seulement une fonction marchande.

« Il est désormais interdit de s’arrêter rue des Grandes-Arcades »

Habitantes et habitants de Strasbourg, prenez conscience que la Ville-Vitrines est vecteur d’exclusion des plus démunis d’entre nous : mobilier anti-SDF, refus de vente de boissons chaudes après 17h place d’Austerlitz, etc.

Habitantes et habitants de Strasbourg, considérez qu’il vous est maintenant interdit de vous arrêter de manière prolongée d’avril à septembre et pendant le Marché de Noël, sur les places du Marché-Neuf et du Temple-Neuf et rue des Grandes-Arcades, si tant est qu’il vous serait encore agréable de le faire ! Les conséquences de l’exclusion des plus démunis s’imposent à tout le monde.

Cette Ville-Vitrines n’est pas le reflet d’une ville hospitalière, mais celui d’une ville du mépris et de l’intérêt particulier. En ces temps électoraux propices aux débats sur l’avenir de Strasbourg, il est bon d’ériger et d’abattre les symboles !

Manifestation de Strasbourg Action Solidarité contre l'arrêté anti-mendicité et pour l'hébergement des personnes sans-abri, vendredi 22 novembre à Strasbourg. (Photo remise)
Manifestation de Strasbourg Action Solidarité contre l’arrêté anti-mendicité et pour l’hébergement des personnes sans-abri, vendredi 22 novembre à Strasbourg. Photo : remise

Mesdames, Messieurs les candidats aux élections municipales, inscrivez le retrait de l’arrêté anti-mendicité dans vos programmes politiques pour la Ville de Strasbourg !

Au-delà de cette stigmatisation, c’est aussi la mort qui vient chercher ces citoyens et citoyennes : 3 décès en 1 mois à Strasbourg de personnes vivant à la rue. À grand renfort de communication, la préfecture annonce dans sa grande mansuétude “mettre à disposition” 321 places d’hébergements supplémentaires dans le Bas-Rhin pour le plan hiver, quand le manque d’hébergements et de logements correspond plutôt à des besoins de 1 500 places pour l’Eurométropole de Strasbourg.

« Nous demandons un plan d’urgence pour sortir de la crise du logement »

Aujourd’hui nous pouvons affirmer que la continuité et l’inconditionnalité de la mise à l’abri n’est pas assurée. Aujourd’hui l’on fait porter toute la responsabilité aux personnes refusant des hébergements. À savoir que les hébergements d’urgence ne sont ni adaptés aux profils, ni garantis sur une longue période (parfois seulement pour une seule nuit).

Les hébergements de plus longue durée se trouvent parfois dans des lieux indignes (appartements et lieux surpeuplés, conditions d’insalubrité constatées, présence de puces de lit, horaires d’accueil et de sortie non
adaptées) et ne sont pas plus adaptés aux besoins des personnes (personnes en couple, familles, personnes avec des animaux).

Nous demandons aux services de l’Etat, un plan d’urgence pour faire face à la crise, associant personnes de la rue, acteurs associatifs et professionnels de terrains, ainsi qu’un réel effort en matière de proposition d’hébergements et de logements afin de garantir un habitat digne à toutes et tous.

#collectif En Marge

En 2019, ST-ART a invité le design mais a oublié l’art vidéo

En 2019, ST-ART a invité le design mais a oublié l’art vidéo

La 24e édition de ST-ART s’est tenue dans un parc des expositions temporaire. Cette foire européenne d’art contemporain met aussi en avant le design parmi les arts plastiques… tout en négligeant l’art vidéo.

N’allez plus chercher ST-ART au Wacken, mais derrière le lycée Kléber ! En attendant la construction du nouveau Parc des expositions, c’est sous une infrastructure temporaire voisine de l’hôtel Hilton qu’ont été installées plus de soixante-dix galeries.

Vue d’ensemble de ST-ART 2019 Photo : Aude Ziegelmeyer

Après avoir exposé le Museu Picasso Barcelona en 2018, l’édition 2019 de ST-ART a proposé, selon sa directrice artistique Patricia Houg, « une introduction au design par l’objet de l’assise. » Au milieu des stands, des rééditions de chaises ayant marqué l’histoire du design ont été exposées : de la chaise Zig Zag de Gerrit Rietveld (1932) à la chaise longue Lockheed Lounge LC-1 de Marc Newson (1985). Au fond de la salle, cinq exemples de peinture de genre ont été installées aux côtés d’un siège correspondant à celui peint sur la toile.

La chaise : objet phare de l’exposition

Dans ce même échange transdisciplinaire, la foire s’est ouverte sur l’objet-siège de l’artiste et designer franco-argentin Pablo Reinoso. Intitulée Banc Saint-Germain, l’imposante sculpture constituée de tiges d’acier peintes en noir représente le matériau même qui le constitue : une poutrelle en acier, qui se serait affranchie de sa fonction et de sa nature pour devenir une assise au caractère vivant, végétal.

Il était ainsi possible de s’asseoir sur les ramages les plus ordonnés qui composent l’oeuvre, tandis que ceux à l’état sauvage s’élèvent et forment son noyau. Issu de la série « Scribbling Benchs« , le Banc Saint-Germain incite à partager un moment de pause au sein d’une œuvre mêlant art contemporain et design. Pablo Reinoso, explique :

« Les lectures de ce banc sont différentes en fonction du lieu où il est exposé. À Paris, dans une architecture du 18e arrondissement, son allure était très classique, puis, je l’ai mis dans un parc et il est devenu complètement végétal. À ST-ART, j’y vois un nouvel aspect, comme un dessin dans l’air. »

Pablo Reinoso, Banc Saint-Germain, 2015 Photo :  Aude Ziegelmeyer

Briser la frontière oeuvre-spectateur

L’installation rappelle l’oeuvre de l’artiste conceptuel français Bernar Venet, visible sur le chemin menant à ST-ART, au milieu de la place de Bordeaux. Cette sculpture abstraite, Ligne Indéterminée, en acier noir, représente la « matérialisation métallique du geste du sculpteur » (CEAAC) depuis 1990. Pourtant, le hasard est le plus total et Pablo Reinoso s’enthousiasme de la nouvelle lecture qu’il découvre à sa sculpture, sans faire de lien avec celle qui trône au centre du terre-plein, quelques rues plus loin.

Les oeuvres de Reinoso et Venet trouvent surtout leurs similarités dans leur scénographie. Celle de Venet nécessite que son spectateur traverse la pelouse qui l’entoure pour s’en approcher et accéder à sa description sur un petit écriteau. Celle de Reinoso, exposée à ST-ART, suppose que le visiteur aille de lui-même s’y asseoir. Mais traverser une pelouse ou s’asseoir sur une œuvre présentée dans le cadre d’un événement artistique relève pour beaucoup de l’interdit.

Le grand absent : l’art vidéo

L’installation, l’art vidéo, la performance, le happening et bien d’autres pratiques se font leur place parmi les collections muséales aux côtés des traditionnelles peintures et sculptures. Aujourd’hui, les œuvres d’art audiovisuelles sont omniprésentes dans la création artistique, particulièrement choisies par les jeunes artistes.

En parlant d’eux, comment ne pas penser à l’artiste et réalisateur colmarien Clément Cogitore, aux œuvres de la vidéaste Mali Arun (jusqu’au 16 février au CEAAC) ou encore à celles de la berlinoise Nina E. Schönefeld, dont la Galerie La Pierre Large, à Strasbourg, expose les films d’anticipation jusqu’au 21 décembre !

Pourtant, pas de trace de ce médium à ST-ART. Pour citer Patricia Houg : « les premiers directeurs artistiques de ST-ART, sont les galeristes. » Certes les galeries exposées sont sélectionnées par un jury, mais ce sont bien elles qui proposent le contenu de ST-ART. Où sont donc les représentants de ce médium propre à notre siècle hyperconnecté ? Si Art Basel Miami propose un espace dédié à l’art vidéo, le parc éphémère de ST-ART ne permet pas les mêmes dispositions que celles de cette grande foire. Il est toutefois regrettable qu’il soit complètement absent d’un événement visant à représenter la création artistique actuelle.

Vue du stand de la galerie française de design The Sloughis Design Photo :  : Aude Ziegelmeyer

Un verre qui ne tient qu’à un souffle…

Également boudée par la foire, la performance s’est invitée le soir du vernissage sur le stand de la European Studio Glass Art Association (ESGAA) par le biais de Juliette Defrance, artiste diplômée en 2018 de la Haute École des Arts du Rhin (HEAR) mention Art-Objet. Au centre d’un petit espace plongé dans le noir, un spot lumineux éclaire une baignoire remplie d’eau. L’artiste, nue, est emprisonnée de la tête jusqu’aux cuisses par une plaque de verre posée à la surface de l’eau. Seules ses jambes dépassent du dispositif. Submergée, elle respire par le biais d’une « gorge de verre », un orifice dans la paroi qu’elle a façonnée. Ses gestes sont lents ou inexistants. Quelques fois, ses bras cognent la paroi sans qu’elle puisse s’en libérer puisque sa survie dépend de ce baiser.

À peine entrées, plusieurs personnes quittent précipitamment la pièce. « Désolée, je n’ai pas pu (rester, ndlr) », avoue une jeune femme à son amie. La performance d’une durée de vingt minutes, intitulée Danaé, réinterprète de manière critique et féministe le mythe grec de Danaé et la pluie d’or, et ainsi, le viol de la jeune femme par le dieu Zeus. Face à la détresse de Danaé, deux possibilités s’offrent à nous : l’observer en voyeur ou en soutien, ou fuir et l’abandonner à son funeste destin. Bien que ses assistants l’encadrent pour prévenir le moindre accident, « le risque de faire un malaise n’est jamais très loin », explique l’artiste.

Juliette Defrance, Danaé, performance Photo : Aude Ziegelmeyer

La commercialisation de la performance

La présence de Juliette Defrance et de son action au cœur de ST-ART pointe du doigt la question de la commercialisation de la performance. Ces dernières peuvent être vendues et achetées : certains artistes proposent des protocoles pour reproduire la performance, vendent les reliques ou le film qui en résultent, d’autres s’engagent une fois l’œuvre acquise à venir la réaliser pour l’acheteur. Si ce n’est pas encore le cas de ST-ART et de ses galeries, la foire bruxelloise A Performance Affair soulevait en septembre ces mêmes problématiques dans le but de faire entrer la performance sur le marché de l’art.

Pour sa 24e édition, la foire strasbourgeoise présentait des choix autant visuels que commerciaux plus diversifiés et enthousiasmants que les années précédentes, malgré le nombre restreint de galeries. La disposition des stands au sein de la structure éphémère permettait une circulation agréable au sein de l’espace. Enfin, le focus fait sur les échanges entre les disciplines et sur l’apport du design dans l’histoire de l’art, bien qu’encore timide, augure de belles choses pour les éditions futures. À condition que des pans entiers de la création artistique actuelle ne soient plus mis de côté.

Vue du stand de la galerie allemande URBAN SPREE et des œuvres de l’artiste Hendrik Czakainski Photo :  : Aude Ziegelmeyer

Néonazis et extrémistes européens aiment se retrouver en Alsace-Lorraine

Néonazis et extrémistes européens aiment se retrouver en Alsace-Lorraine

Concert pour l’anniversaire d’Hitler, festival néonazi, rencontres de groupuscules d’extrême-droite… Les fachos allemands, suisses, belges ou autrichiens aiment se retrouver en Alsace ou en Lorraine, constate le journaliste Robert Schmidt dans le journal luxembourgeois Reporter.

Début novembre, plusieurs corporations d’étudiants d’extrême-droite devaient se réunir près de Colmar. Thème de l’événement : « Le maintien du peuple allemand dans une société majoritairement multiculturelle. » Plusieurs députés du parti d’extrême-droite allemand Alternativ für Deutschland (AfD) devaient aussi s’exprimer… Suite à l’alerte d’un groupe antifasciste de Freiburg, les nationalistes allemands et autrichiens n’ont pas pu tenir leur raout dans le château du Hohlandsburg, comme prévu, mais dans un petit hôtel de Guebwiller.

Concert néonazi dans le Bas-Rhin

L’ultradroite de toute l’Europe organise de plus en plus d’événements dans l’Est de la France, en particulier en Alsace et en Lorraine. La mouvance néonazie Hammerskin a encore organisé un concert début novembre à Plaine (Bas-Rhin). 250 skinheads ont ainsi pu écouter le groupe « Kraft durch Froide », dont les paroles oscillent entre racisme et apologie de certains dirigeants du IIIe Reich…

Marche aux flambeaux par un groupuscule néonazi dans le Land de Rhénanie-Palatinat. Photo : Kai Schwerdt / Flickr

Selon le journaliste d’investigation Robert Schmidt, les gendarmes étaient peu nombreux pour surveiller cette fête d’ultradroite. Dans plusieurs rapports, les renseignements généraux allemands ont pourtant alerté sur les violences commises par des membres de la scène Hammerskin.

« Fêter l’anniversaire de Hitler »

En novembre 2018, le festival Hammerfest a réuni près de 1500 personnes à Toul (Meurthe-et-Moselle). Le même événement néonazi a eu lieu en 2012 et en 2009, dans la même ville… A chaque fois, la stratégie est la même : l’événement est présenté à la mairie ou à un propriétaire de terrain comme une « fête privée », ou un « événement sportif ». A chaque fois, le maire apprend par la presse ou la gendarmerie la réelle teneur de l’événement ayant lieu dans sa commune…

Ainsi, samedi 20 avril 2019 au soir, le maire de Sexey-aux-Forges (54) célèbrait Pâques en famille. Vers 20h30, le téléphone sonne. C’est la gendarmerie. Patrick Potts apprend que sa salle polyvalente est occupée par une centaine de néonazis : « Ils sont en train de célébrer l’anniversaire d’Hitler« , lui dit le gendarme. « J’étais estomaqué », se souvient l’édile.

Moindre surveillance en France

En fait, les néonazis de toute l’Europe profitent d’une moindre surveillance et d’une législation moins stricte en France. Malgré les appels à l’aide des maires concernés par ces événements, aucune mesure n’a été mise en place pour freiner l’arrivée de néonazis avide de fête de fachos en Alsace et en Lorraine…

Une marée bleue attendue samedi à Stocamine pour protéger l’eau potable d’Alsace

Une marée bleue attendue samedi à Stocamine pour protéger l’eau potable d’Alsace

Le collectif Destocamine, élargi pour l’occasion, appelle à une grande manifestation samedi 23 novembre pour retirer un maximum, voire tous les déchets toxiques de Stocamine. Il craint qu’à force d’attendre, il ne soit trop tard pour empêcher à terme la pollution de la nappe phréatique d’Alsace.

Un quarantaine d’associations, mouvements et syndicats alsaciens, appellent à une grande marche samedi 23 novembre pour demander un déstockage total des déchets enterrés dans l’ancienne mine « Stocamine » à Wittelsheim dans le Haut-Rhin.

Les organisateurs espèrent alerter l’opinion et surtout les décideurs sur l’urgence de la situation :

« Notre eau est déjà contaminée par les pesticides et vouée à se raréfier par le réchauffement climatique. À ces menaces globales se rajoute la menace des 42 000 tonnes de déchets enfouis à Wittelsheim sur la nappe phréatique rhénane. Nous travaillons à faire respecter nos droits à une eau saine en provoquant un revirement total des décisions de nos institutions politiques qui, encore aujourd’hui, sont résolus à la pire option : la condamnation définitive des déchets sous la plus grande nappe phréatique d’Europe. Une solution « rustine » qui ne résout rien et ne fera que retarder la remonté de la saumure (mélange de sel, d’eau et de déchets chimiques) vers la nappe phréatique.

Le temps presse ! Il ne nous reste que quelques mois avant de prendre perpétuité ! Les galeries sont en cours d’effondrement, l’eau destinée à une utilisation domestique, agricole et industrielle agroalimentaire dans 6 pays européens sera bientôt contaminée irrémédiablement. »

Extraits de l’appel à manifester

Ancienne mine reconvertie

Cette ancienne mine de potasse a été reconvertie dans les années 1990 en centre de stockage – en théorie temporaire – de déchets industriels « ultimes », que l’on ne sait ni traiter ni recycler.

Un incendie dès 2002 a mis fin prématurément à l’activité, plusieurs mois après la découverte de fûts non-autorisés (lire notre long récapitulatif de cet été). Après des années d’attentisme des gouvernements successifs et un déstockage d’environ 2 000 des 44 000 tonnes entreposées lors du quinquennat socialiste, la majorité actuelle a choisi en février 2019 de commander une nouvelle étude, après un revirement spectaculaire. Elle porterait sur la faisabilité d’un déstockage, hormis le « bloc 15 » où l’incendie a provoqué un effondrement des galeries. En attendant, rien ne se passe.

Le collectif Destocamine a l’habitude d’interpeller les gouvernements successifs Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Une marée bleue espérée

Le rendez est fixé à 13h au Château d’Eau de Wittelsheim pour les premières prises de parole et discours. Les organisateurs appellent à se vêtir de la couleur bleue, une référence à l’eau de la nappe phréatique d’Alsace. Un village associatif et de nouvelles prises de paroles sont prévus à la fin de la marche.

Les partisans du déstockage craignent une contamination à terme de la nappe phréatique d’Alsace, la plus grande d’Europe, qui contient l’eau que boit 7 millions d’Européens entre la Suisse, la France et l’Allemagne. La pollution serait « inéluctable » dans plusieurs dizaines ou centaines d’années selon une enquête publique de 2016. Les partisans du non-destockage, le gouvernement, la société Stocamine, des ingénieurs et certains mineurs, rétorquent que l’opération est trop coûteuse et trop risquée.

Sans déstockage, la pollution de la nappe phréatique sera « inéluctable »

Sans déstockage, la pollution de la nappe phréatique sera « inéluctable »

Sans déstockage des déchets entreposés dans l’ancienne mine de Wittelsheim, la plus grande réserve souterraine d’eau potable d’Europe, qui alimente les Européens de Bâle à Francfort en passant par l’Alsace, sera polluée même si on ne sait pas quand, probablement dans 70 à 300 ans. Explications.

Les déchets industriels situés dans une ancienne mine à Wittelsheim contamineront la nappe phréatique alsacienne s’ils ne sont pas déstockés. C’est du moins ce que les éléments scientifiques à disposition permettent d’affirmer. Reste à savoir dans combien de temps et dans quelle mesure l’eau potable des sous-sols d’Alsace sera polluée.

Entre 1999 et 2002, la société Stocamine, filiale des mines de potasse d’Alsace (MDPA), a stocké 44 000 tonnes de déchets industriels ultimes dans ses galeries. Celles-ci se trouvent à 550 mètres de profondeur, bien en-dessous de la nappe phréatique rhénane, la plus grande réserve d’eau souterraine européenne. Cette réserve d’eau alimente des millions de personnes en eau en Alsace, en Suisse et en Allemagne.

À l’époque, ce stockage était censé être « provisoire », on parle alors de « réversibilité », avec une durée maximale de 30 ans. Cette activité prit fin de manière précipitée à cause d’un incendie.

Bigbag de déchets dans une galerie de stockage à 500 mètres sous terre. (Photo Pascal Bastien / Divergence)
Bigbag de déchets dans une galerie de stockage à 500 mètres sous terre. Photo : Pascal Bastien / Divergence

Contact « inéluctable » dans 70 à 300 ans.

Entre temps, la société MDPA a changé de position et demande maintenant à pouvoir stocker ces déchets toxiques de manière illimitée. Le rapport de l’enquête publique relative à cette demande terminée fin 2016, fait état de nombreux éléments scientifiques. Elle a été réalisée par des commissaires enquêteurs nommés par le tribunal administratif de Strasbourg. Sa conclusion donne un avis favorable au stockage illimité.

Pourtant, le rapport reconnait que le plus probable est que l’eau de la nappe soit polluée un jour :

« Les remarques et avis précédents, et la faiblesse dans l’exploration du champ du possible (possibilités de déstockage) auraient dû nous conduire à donner un avis défavorable au présent projet. Cependant nous avons la certitude que le temps joue contre l’intérêt collectif et que ce rythme de dégradation tant pour les déchets que pour la mine s’accélère. Nous avons trop peur qu’un tel avis puisse conduire à une nouvelle léthargie dans la conduite du dossier. Le déstockage de déchets solubles polluants doit tout de même être réalisé. »

Conclusion de l’enquête publique, p.108/109

Pour le moment, l’option vers laquelle on se dirige est un déstockage partiel des déchets solubles et un enfouissement définitif du reste des déchets, mais l’incertitude règne car l’État revient régulièrement sur sa décision. Malgré l’enfouissement, une contamination de l’eau « est inéluctable » dit l’enquête (p.17). les déchets industriels seront en contact avec l’eau au bout de 70 à 300 ans :

Schémas explicatif du scénario le plus probable du comportement de l’eau dans la mine, issu du dossier de l’enquête publique. Photo : Schéma Enquête publique

Un jour, malgré la faible perméabilité de la barrière mise en place, l’eau atteindra le lieu de stockage des déchets par infiltration progressive dans les sous-sols. Elle se chargera alors des substances toxiques entreposées. Les parois de la mine évoluent en permanence, ce qui aboutira vraisemblablement à terme à une lente remontée de l’eau vers les puits de la mine, puis la nappe phréatique. C’est en tout cas le scénario le plus probable.

Une étude incomplète

Le rapport de l’enquête publique conclue que si rien n’est déstocké, la dilution du mercure, seul composé pour lesquels les données sont connues, aboutirait sur une non-potabilité de l’eau de la nappe profonde à proximité du site de stockage d’ici 300 ans. Si 56% du mercure restant est déstocké, l’eau alsacienne resterait potable.

Ce tableau issu du dossier de l’enquête publique expose des prévisions de concentrations en mercure dans l’eau de la nappe selon différentes conditions. Les cases jaune correspondent à des concentrations non potables. Photo : Tableau enquête publique

En 2017, 24,16 des 25,70 tonnes de mercure, soit 94% des barils présents, sont déstockées. Au total environ 2 000 des 44 000 tonnes sont remontées à la surface. Cependant, il est bien spécifié dans l’enquête que la composition exacte des déchets « ultimes » entreposés n’est pas connue. D’autres substances hautement toxiques sont présentes comme de l’arsenic, du cyanure ou encore de l’amiante, mais dans des quantités inconnues. Certains composants comme le cyanure pourraient être plus présents qu’initialement estimé.

La combinaison de plusieurs d’entre eux peut aboutir à un « effet cocktail », ce qui signifie potentiellement une plus forte toxicité du fait qu’ils agissent en synergie. L’évolution des composés dans l’eau pourrait aussi aboutir à la formation chimique de dérivés plus toxiques. Ces facteurs incertains ne sont pas pris en compte dans les études.

Communes, associations et citoyens prennent position pour le déstockage

Très critiques, les commissaires enquêteurs expliquent « qu’après des promesses fallacieuses, des engagements non tenus, des fautes techniques indiscutables et une très longue inaction dommageable, il est à peine tolérable que le projet présenté soit incomplet. »

Finalement, une étude de faisabilité d’un déstockage total sauf du bloc incendié a été réalisée par le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) et publiée en janvier 2019. Elle met en évidence qu’une préparation du personnel, qu’un équipement adapté et qu’une réorganisation du travail sur le site serait nécessaire. Jean-Pierre Hecht, mineur retraité de Stocamine et porte-parole de la CFDT des mineurs de potasse, affirme que le déstockage total, bien que compliqué techniquement, est faisable. Le montant de l’opération est estimé entre 200 et 300 millions d’euros.

Un mineur de Stocamine dans une galeries de stockage à 500 mètres sous le sol Photo : Pascal Bastien / Divergence

« Nous ne pouvons plus leur faire confiance »

Les associations et collectifs comme Alsace Nature, Destocamine, CCLV et l’immense majorité des citoyens qui se sont exprimés lors de l’enquête publique ont émis un avis défavorable au stockage illimité. De plus, 8 des 9 conseils municipaux des communes concernées ont donné un avis négatif également. Selon l’analyse des commissaires, la confiance envers les « experts » semble être altérée par l’historique des événements.

Daniel Reininger, président d’Alsace Nature, revient sur cette évolution contrariée :

« Lorsque le projet de stockage a été présenté dans les années 90, on nous avait expliqué que celui-ci ne présenterait pas de risques et qu’il était réversible. Après 3 ans d’activité, un incendie a eu lieu. Maintenant, on nous explique que le déstockage est trop compliqué. Nous ne pouvons plus leur faire confiance, notamment pour les conclusions quant à la toxicité potentielle de l’eau… d’autant plus que les études sont incomplètes. »

« On ne peut pas tout prévoir. »

Yann Flory, du collectif Destocamine, est aussi très critique sur les évaluations de la dilution des éléments toxiques dans la nappe :

« On sait très bien qu’on ne peut pas tout prévoir. C’est incroyable de jouer avec le feu à ce point là. On a déjà pu constater à de nombreuses reprises que les « experts » pouvaient se tromper. Le BRGM a reconnu avoir fait des erreurs pour ce qui est de la diffusion de composés dans la nappe. On devrait juste tout faire pour sortir ces déchets de là, et en urgence. »

Des erreurs de prévisions admises par le BRGM

Effectivement, dans un rapport paru en 2016, le BRGM admet des erreurs de prévisions sur un autre élément, l’évolution de la teneur en sel dans l’eau en provenance des mines de potasse d’Alsace :

« Les observations faites en 2013 puis en 2014 s’éloignent sensiblement des prévisions. Ainsi, à fin 2014, les concentrations en chlorures simulées diffèrent significativement des concentrations observées (par exemple, fortes concentrations en chlorures observées à proximité immédiate des terrils, non prévues par le modèle). »

Ce samedi 23 novembre, une manifestation contre le projet d’enfouissement définitifs des déchets de Stocamine est prévue à Wittelsheim.

Une marche contre les violences faites aux femmes samedi

Une marche contre les violences faites aux femmes samedi

Seize associations et collectifs féministes organisent une marche contre les violences faites aux femmes, samedi 23 novembre à Strasbourg.

Un collectif de 16 associations féministes bas-rhinoises organise samedi 23 novembre une marche de lutte contre « toutes les formes de violences à l’encontre de toutes les femmes. » Le départ est prévu à 14h, parc de l’Étoile au début de Neudorf pour arriver au palais de justice, quai Finkmatt autour de 16h. La marche sera ponctuée de cinq arrêts pour donner la parole aux associations et groupes informels de Strasbourg participant à cette mobilisation.

À l’initiative de cette marche, Nous Toutes 67 rappelle qu’à ce jour, 136 femmes ont été assassinées depuis le 1er janvier 2019 par leur compagnon ou leur ex-compagnon, soit une femme tous les 2 jours.

Photo : Illustration Alexiane Magnin / doc remis

Les chiffres donnent le tournis. Chaque année selon Nous Toutes, 94 000 femmes sont violées, 225 000 sont victimes de violences conjugales, 4 millions de femmes et d’hommes sont victimes d’inceste et 165 000 enfants sont violés chaque année en France.

Pour les associations participantes, ces « chiffres alarmants sont le reflet d’une société qui tolère les violences envers les femmes et les enfants. » Elles dénoncent « l’inaction des pouvoirs publics devant ce déferlement de violences. »

Stéréotypes, racisme, police… La dure vie d’Ayman, calligraphe syrien à Strasbourg

Stéréotypes, racisme, police… La dure vie d’Ayman, calligraphe syrien à Strasbourg

Ayman est un calligraphe strasbourgeois. Ces derniers mois, à chaque fois qu’il a dessiné dehors, ce réfugié d’origine syrienne a subi des remarques agressives, une intervention de la police ou des tags racistes recouvrant son oeuvre. Témoignage d’un artiste arabe face à la xénophobie rampante.

« Je dois toujours justifier mon travail… Ça me freine de voir la peur des autres. » Ayman est calligraphe. D’origine syrienne, il vit à Strasbourg depuis 2007. Il passe sa thèse en Arts plastiques en 2013. Face au développement de la guerre civile syrienne, l’artiste décide de ne pas rentrer à Alep et obtient le statut de réfugié. Depuis, l’expert en calligraphies arabes, mais aussi gothiques ou orthodoxes, vivote de son art et de quelques cours de dessin. Il travaille dans son petit appartement dans un immeuble de Hautepierre.

Ayman n’a pas les moyens de louer un atelier. Il travaille dans son petit appartement, dans un immeuble du quartier de Hautepierre.

Mais l’artiste ne se plaint pas de sa précarité. Auprès de Rue89 Strasbourg, il a souhaité relater les tags racistes, les remarques agressives et une intervention de la police injustifiée qu’il a subis ces derniers mois…

En juin 2019, un calligraffiti d’Ayman a été recouvert de tags xénophobes dans le quartier de Cronenbourg. Photo : Document remis

Des remarques agressives

Mi-octobre, l’association Nouvelle Ligne commande à un calligraffiti (mélange de calligraphie et de graffiti) à Ayman dans le cadre du projet Colors. Le 20 octobre, l’artiste commence à réaliser sa calligraphie sur un boîtier internet dans le quartier de la Meinau. Un premier couple s’approche sans dire bonjour. La femme l’interroge sur la signification de l’oeuvre. Elle n’est pas convaincue par la réponse d’Ayman. L’homme demande l’autorisation de la Ville de Strasbourg en menaçant d’appeler la police…

La police alertée

Un deuxième homme succède au couple. Il prend une photo de l’oeuvre, s’en va, puis revient avec une feuille sur laquelle un verset coranique a été imprimé. « Votre travail, ça ressemble à ça », lui dit-il. « J’avais beau lui expliquer qu’il y avait des lettres gothiques et japonaises dans cette oeuvre, il ne voulait rien entendre », se souvient Ayman. La police arrivera peu après pour vérifier l’autorisation de la Ville. « Les gens ont peur », auraient dit les policiers.

Plus d’une cinquantaine d’artistes ont participé à ce projet de l’association Nouvelles Lignes. À sa connaissance, Ayman est le seul à avoir subi ces remarques et cette intervention de la police…

Plus de stéréotypes que de questions…

L’artiste strasbourgeois comprend que son art interroge. « Si on m’aborde poliment, j’explique ce que je fais. C’est normal. » Mais pour Ayman, les gens viennent plus souvent avec des stéréotypes que des questions :

« Parce que j’ai la peau foncée, ils me prennent pour un arabe, et donc un musulman (ce qui n’est pas le cas d’Ayman par exemple, ndlr) De même, parce que le texte ressemble à de l’arabe, ils prennent ça pour un texte coranique… Toutes ces associations sont complètement fausses ! »

Calligraphie sans texte

Depuis plusieurs années, Ayman s’intéresse à une calligraphie sans texte. « Déjà en Syrie, je me posais la question de la lisibilité, se souvient l’ancien étudiant de l’université d’Alep, les gens cherchent toujours à lire quelque chose dans mes œuvres. Mais pour moi, ce qui est important, c’est la plastique des lettres, la gestuelle de l’écriture. »

Tags racistes en juin

En juin, une autre calligraphie d’Ayman a été recouverte de tags xénophobes dans le quartier de Cronenbourg. À droite, l’inscription « Muz (musulmans, ndlr) dégagez ! ». À gauche : « This is not art! (ce n’est pas de l’art) », accompagné d’une croix celtique, symbole du GUD, un ancien groupuscule d’ultradroite. Le graffiti d’Ayman n’avait pourtant aucune signification littérale. « Pour moi, l’art doit être détaché du politique, explique-t-il, s’il y a un message dans mon travail, c’est un message d’amour. »

Des peines de prison prononcées contre les anti-GCO qui ont construit une cabane sur le tracé

Des peines de prison prononcées contre les anti-GCO qui ont construit une cabane sur le tracé

En avril, 13 militants contre le GCO étaient placés en garde à vue après avoir construit une cabane sur le tracé de l’autoroute. Mercredi 20 novembre, ils ont été condamnés à des peines allant de 2 mois de prison avec sursis à 4 mois de prison ferme.

Le verdict du « procès de la butte » est tombé mercredi 20 novembre au tribunal correctionnel de Strasbourg. Treize militants écologistes ont été condamnés pour avoir construit une cabane sur le tracé du Grand contournement ouest (GCO, lire tous nos articles) en avril dernier. Onze d’entre eux étaient jugés pour vol en réunion avec dégradations.

Selon Vinci, l’entreprise en charge du chantier, du matériel de chantier aurait été déplacé pendant l’action. Ce motif a été requalifié en vol avec recel. Dix de ces personnes ont été reconnues coupables et condamnées à des peines de 2 mois de prison avec sursis. La onzième personne a été condamnée à « 60 jours amende », ce qui signifie qu’elle doit payer une amende de 300 euros ou bien aller en prison pendant 60 jours.

4 mois de prison ferme pour un militant

Les deux dernières personnes étaient jugées pour violences envers des personnes dépositaires de l’autorité publique (des gendarmes). L’une a été condamnée à 4 mois de prison ferme, l’autre à 4 mois de prison avec sursis.

En effet, une altercation a eu lieu pendant l’évacuation de la cabane. Cette intervention a été unanimement critiquée par les activistes qui se déclarent « pacifistes ». Ceux-ci dénoncent des violences policières, notamment un gazage en milieu clos, dans la cabane, alors qu’une petite dizaine d’individus se trouvaient à l’intérieur. Une militante a réalisé un montage vidéo qui dénonce cette intervention :

« Une volonté de réprimer »

Dans la motivation de sa décision, le juge reconnait des vices de forme dans l’intervention des gendarmes. Mais il indique que les activistes auraient dû se soumettre aux forces de l’ordre. Il doute même de réelles violences perpétrées et évoque « l’apparence d’une résistance » pour justifier les peines.

Le juge explique aussi que les panneaux de signalisation qui ont été déplacés pendant l’action viennent du chantier. Selon lui, ces objets ont été récupérés suite à un vol. La construction d’une cabane par les militants constituerait donc du recel. C’est sur cette base que 10 personnes ont été condamnées à deux mois de prison avec sursis.

Sur la cabane, les militants ont affichés divers slogans, tels que « Non au GCO » ou « ZAD ». Photo : remise Zaddumoulin / Rue89 Strasbourg / cc

Me Florence Dole, l’une des trois avocates des anti-GCO, a réagi suite à ce délibéré :

« J’ai eu au téléphone certains des condamnés. Ils sont consternés et ont le sentiment qu’il y a une volonté de les réprimer. On parle de peines d’emprisonnement pour des jeunes qui ont construit une cabane pour manifester leur opposition au GCO… Le tribunal nous donne raison sur le fait que les gendarmes ont agit suite à un ordre illégal et sur des vices de forme lors de l’intervention, mais prononce tout de même des condamnations extrêmement sévères. Il faut qu’on en discute, mais il est probable que nous fassions appel car certains éléments sont très discutables juridiquement, notamment la requalification en recel. »

« On transmet beaucoup plus d’informations par la voix qu’un simple message »

« On transmet beaucoup plus d’informations par la voix qu’un simple message »

Le Shadok et Rue89 Strasbourg organisent jeudi une soirée d’échanges sur les enjeux posés par les assistants vocaux avec Véronique Routin, de la Fondation internet nouvelle génération et Emmanuel Vincent, chercheur à l’Inria. Il y sera beaucoup question de vie privée…

Pourquoi Apple, Google, Amazon et Microsoft se livrent une guerre féroce afin d’être l’opérateur qui sera en mesure d’écouter tout ce qui se dira dans les foyers ? Encore balbutiants, les assistants vocaux sont imposés à grands coups d’opérations marketing. En partenariat avec le Shadok, Rue89 Strasbourg décortique ces petits boitiers jeudi soir lors d’une soirée d’échanges avec Emmanuel Vincent et Véronique Routin, deux experts des enjeux derrière ces applications d’interactions vocales.

Emmanuel Vincent est chercheur à l’Inria, membre de l’équipe Multispeech. Dans le cadre du programme européen Comprise, il a trois ans pour développer la prochaine génération d’outils d’interaction vocale.

Rue89 Strasbourg : Emmanuel Vincent, quel est le but du programme Comprise et pourquoi la recherche publique s’intéresse aux assistants vocaux ?

Emmanuel Vincent Photo : doc remis

Emmanuel Vincent : Comprise est une réponse à un appel à projets européen. On s’est rendus compte que les outils d’interaction vocale existants avaient des biais en faveur des langues les plus utilisées, en raison notamment du coût de la collecte des données vocales nécessaire. Avec Comprise, notre objectif est de proposer une technologie qui fera baisser le coût de cette collecte, afin de permettre aux applications d’intégrer plus facilement des langues moins utilisées que l’anglais, voire des dialectes. En outre, les applications d’interactions vocales posent d’importants enjeux en terme de vie privée, Comprise a l’ambition de proposer une méthode industrielle respectant ces enjeux.

« Il est souhaitable et possible de traiter le signal depuis le terminal »

Placer un micro et être sans cesse écouté chez soi, il était évident qu’il y aurait un problème de vie privée, non ?

Le principal problème est que les assistants vocaux actuels utilisent beaucoup Internet pour répondre aux requêtes, ce qui implique une transmission du signal. Nous pensons qu’il est souhaitable et possible de traiter la requête depuis le terminal, c’est à dire bien souvent le téléphone. Ceci évite l’envoi des données à un opérateur dont les pratiques pourraient ne pas être éthiques et limite la possibilité d’un vol.

Il y aurait des traitements contraires à l’éthique dans les assistants vocaux ?

On n’en sait rien en fait. Mais la voix transmet beaucoup plus d’informations que le simple message. Il y a d’abord l’identité vocale d’une personne, la capacité de reconnaître quelqu’un formellement, son état actuel, s’il est agité, essoufflé, énervé… mais aussi son état de santé peut être détecté. Et puis il y a l’environnement sonore autour du locuteur, qui peut également être analysé. Toutes ces informations sont envoyées par les assistants vocaux, et traitées, sans que l’on sache vraiment ce qui en est fait.

« Et si les assistants vocaux s’imposaient en réglant la cacophonie des objets connectés ? »

Rue89 Strasbourg : Véronique Routin, pourquoi la Fondation Internet nouvelle génération (FING) s’est intéressée aux assistants vocaux ?

Véronique Routin Photo : doc remis

Véronique Routin : La FING a vocation à éclairer ses partenaires et le grand public sur l’état et les usages des technologies du numérique. Avec les assistants vocaux, dans le cadre du programme Hypervoix, nous nous sommes posés des questions sur leurs emplois possibles dans une série de scénarios explorant l’avenir proche. Il y a l’apprentissage par exemple, qui semble être un secteur évident pour les assistants vocaux mais nous pensons qu’ils pourraient trouver leur utilité au centre du foyer, comme régulateurs de la cacophonie des objets connectés.

Avec leurs applications et leurs protocoles concentrés, les assistants vocaux forcent tout un écosystème d’appareils à communiquer entre eux. C’est un gros avantage mais qui pose d’importantes questions en termes de vie privée et sur nos rapports, à nouveau entre les mains des géants de la Silicon Valley…

Est-ce que les assistants vocaux vont à nouveau enfermer leurs utilisateurs dans une bulle ?

Pour l’instant, les assistants vocaux ne proposent qu’une seule réponse aux requêtes, lorsqu’elles sont comprises. Et c’est la première réponse qui est appliquée même si l’utilisateur, s’il avait eu le choix entre une dizaine de réponses, aurait peut-être opté pour la deuxième ou la troisième…

Donc oui, au delà des écosystèmes d’applications déjà fermés par les opérateurs, il y a des enjeux en termes d’ouverture et de possibilités sur les réponses apportées par ces appareils.

Est-ce que ces enjeux sont connus ?

Des spécialistes oui, du grand public un peu moins. C’est pourquoi nous pensons qu’il est important que les gens apprennent à connaître ces technologies qui nous écoutent, et comprennent comment elles fonctionnent. On devrait savoir à tout moment quand elles sont activées par exemple, ce n’est pas forcément évident à l’heure actuelle… Certains objets sont en train d’invisibiliser ces technologies, ce qui pose quand même de nouvelles questions…

#Emmanuel Vincent#Véronique Routin

« Les femmes lesbiennes, bi et trans sont aussi victimes de violence »

« Les femmes lesbiennes, bi et trans sont aussi victimes de violence »

Mardi 19 novembre, la Ville de Strasbourg tient un colloque dédié à la lutte contre les violences faites aux femmes. Dans une tribune, l’association SOS-homophobie Alsace regrette de ne pas avoir été conviée. Un choix qui contribue à « invisibiliser certaines formes de violences à l’encontre de femmes lesbiennes, bisexuelles et trans. »

« Nous aurions aimé que l’organisation d’un colloque sur la lutte contre les violences faites aux femmes témoigne de l’attention portée par la mairie de Strasbourg à la lutte contre toutes les formes de discriminations. Nous aurions apprécié que le colloque du mardi 19 novembre aborde aussi les violences faites aux femmes de la communauté LGBT. Nous aurions aimé pouvoir dire que toutes les associations féministes impliquées dans cette lutte sont les bienvenues à un événement comme celui-ci.

Nous regrettons de ne pas pouvoir dire tout cela.

SOS-homophobie évincé du colloque

Pour la deuxième année consécutive, la délégation alsacienne de l’association SOS-homophobie s’est vue refuser la possibilité de tenir un stand lors de cet événement. Nous luttons pourtant contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre, discriminations qui prennent notamment la forme de violences commises à l’encontre de femmes. Nous avions d’ailleurs tenu un stand pendant plusieurs éditions du colloque jusqu’à notre éviction en 2018.

Malgré nos multiples réclamations et tentatives de dialogue, les équipes d’organisation et l’adjointe au maire Françoise Bey (PS) ont continuellement refusé notre présence dans le forum associatif. Cela nous conduit aujourd’hui à employer des mots forts vis-à-vis de la municipalité strasbourgeoise. En refusant notre présence et celle d’autres associations LGBT, comme La Nouvelle Lune, la Ville de Strasbourg se rend coupable de lesbophobie, biphobie et transphobie.

La communauté LGBT, aussi concernée

Pourquoi ne serions-nous pas concernées par ce colloque ? Les femmes lesbiennes, bisexuelles et trans seraient-elles moins des femmes que les autres ? Les violences qu’elles subissent seraient-elles moins graves ? Devrait-on oublier ou taire que ces femmes peuvent être victimes de violences spécifiques et plurielles ?

Nous avons choisi de ne pas boycotter cet événement, de ne pas manifester pendant sa tenue et de ne pas nuire à son bon déroulement. Ce colloque peut en effet être salutaire pour bien des femmes et instruire de nombreuses personnes. Cependant, nous ne vous laisserons pas nous expliquer que notre association n’est pas concernée par ce colloque.

En 2018, des centaines d’actes haineux

En 2018, SOS-homophobie a recensé 365 actes haineux à l’encontre de lesbiennes. Trop souvent en danger lorsqu’elles sont identifiées comme telles dans l’espace public, beaucoup de femmes lesbiennes préfèrent laisser cet espace aux agresseurs. Elles se font parfois discrètes ou quittent les lieux dès la première remarque pour éviter les coups ou les agressions sexuelles.

Les femmes concernées par les 130 cas de biphobie recensés en 2018 méritent aussi qu’on parle d’elles. Il n’est plus possible de taire le rejet dont elles souffrent ainsi que les insultes prononcées à leur encontre, notamment sur internet et au sein de leur famille.

Enfin, les 210 victimes de transphobie recensés en 2018, dont de nombreuses femmes, ont besoin que leur réalité soit évoquée au sein des forums associatifs et ailleurs. Régulièrement jugées, jaugées et rejetées, physiquement ou sexuellement agressées, ces femmes sont aussi en proie à l’ignorance de certaines administrations qui peinent à évoluer avec le droit français.

En attendant l’alternance…

Françoise Bey et son administration se cachent derrière une décision qui aurait été prise collégialement. Elles mentionnent aussi que nous devons notre absence à notre manque d’investissement dans la préparation du colloque, préparation à laquelle nous n’avons jamais été conviées en 2019 malgré notre interpellation avant et après l’édition 2018.

Pire, nos élus actuels nous expliquent qu’il ne nous reste qu’à attendre de discuter de cela avec « la nouvelle équipe d’élus quand elle aura pris ses fonctions ». Nous espérions pourtant ne pas avoir besoin d’une alternance politique pour faire valoir les droits des femmes lesbiennes, bisexuelles et trans.

L’échec actuel : le maintien des discriminations

Pour cette édition 2019, le programme portait un sous-titre évocateur et prometteur : « échecs, victoires et rêves ». L’échec actuel, c’est celui du maintien des discriminations liées à l’orientation sexuelles et à l’identité de genre. La victoire, c’est celle de l’invisibilisation de certaines femmes et de certaines violences. Le rêve c’est celui d’une vigilance de la Ville de Strasbourg pour qu’une place soit accordées à toutes les femmes au sein de ses politiques, de ses communications et de ses événements, et ce sans attendre les prochaines élections. »

Radio France enterre les locales de FIP, dont Strasbourg

Radio France enterre les locales de FIP, dont Strasbourg

L’antenne strasbourgeoise de la radio musicale FIP cessera d’émettre dès juin 2020. Cette décision s’inscrit dans un plan d’économie présenté par la présidente de Radio France le 15 novembre.

Radio France veut supprimer les trois dernières stations locales de FIP d’ici juin 2020. Malgré plusieurs mobilisations des auditeurs, notamment en 2017, FIP Strasbourg cessera donc d’émettre dans moins d’un an. Cette décision s’inscrit dans un vaste plan d’économie présenté par la présidente de la radio publique Sybil Veil le vendredi 15 novembre.

Mais pour Agnès Sternjakob, animatrice de la locale strasbourgeoise depuis 1984, la fin des FIP en région relève d’une décision idéologique :

« Ça fait des années qu’on a plus de budget ici et qu’on fonctionne avec une coordinatrice à plein temps et quatre animatrices à temps partiel. On ne coûtait presque rien à Radio France. La vraie raison à tout ça est idéologique. C’est l’idée qu’il faut tout centraliser à Paris, ce qui est un déni de la culture en région… »

Un acteur important de la culture locale est sur le point de disparaître à Strasbourg. « Nous faisons entre 900 et 1 000 annonces culturelles par mois. Et nous offrons en moyenne 400 places de spectacle chaque mois », affirme l’animatrice strasbourgeoise.

Quelle suite pour les Fipettes ?

À Strasbourg, plus d’une dizaine de « Fipettes » sont concernées par cette décision. En plus des quatre animatrices et de la coordinatrice de la station strasbourgeoise, « il y avait cinq CDD qui nous remplaçaient pendant nos vacances ou pendant un arrêt maladie », précise Agnès Sternjakob. Selon l’animatrice, la direction n’a aucune proposition pour les animatrices remplaçantes. Les permanents doivent choisir entre départ volontaire, la retraite ou un plan de formation…

Une antenne purement nationale

Comme le note Rue89 Bordeaux, après avoir failli totalement disparaître des ondes, FIP (pour France inter Paris…) continuera à émettre, mais sous forme d’antenne nationale pilotée entièrement depuis la Maison Ronde. Près de 48 000 personnes avaient signé une pétition pour sauver la « pépite éclectique » de Radio France, seule radio à mixer à toute heure jazz, rock, classique, chanson, musiques du monde…

Malgré de bonnes audiences (565 000 auditeurs quotidiens en 2018), et la charge minime de ses programmes (1,4% des coûts de la Maison Ronde), FIP est donc condamnée sous sa forme actuelle. Radio France doit certes composer avec une baisse de la dotation de l’État de 20 millions d’euros, tandis que ses charges augmentent mécaniquement de 20 millions d’euros et qu’elle doit en dépenser autant dans le numérique.

Reste à savoir comment les syndicats et les salariés vont réagir à l’annonce de ce plan et s’ils voudront à nouveau tenter de faire reculer la direction.