Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Géothermie : Fonroche tremble encore

Géothermie : Fonroche tremble encore

Le CNRS l’a dit ? Et alors ? Pour Fonroche, rien ne prouve encore le lien entre ses activités de géothermie et les séismes qui ont surpris Strasbourg. L’entreprise attend les résultats d’une autre étude de la Dreal… Qui ne donnerait aucune conclusion sur l’origine des séismes.

Fonroche est suspectée d'avoir provoqué un séisme avec ses activités de géothermie, notamment par des chercheurs du CNRS. Pour l'entreprise, les preuves sont insuffisantes.

Paye ton Noël et le meilleur de sorties de décembre : réécoutez 89dB

Paye ton Noël et le meilleur de sorties de décembre : réécoutez 89dB

Et voici l’émission de décembre de 89dB, le podcast de l’actualité culturelle de Rue89 Strasbourg, avec au menu Paye Ton Noël de Pelpass.

Salon des vins et électropop

Présent pour les 10 ans d’un caviste du Neudorf, le duo strasbourgeois Cash Poney Club a enflammé l’espace culturel Marcel Marceau. Jean-François Gérard y était. Il raconte pourquoi il est important qu’il y ait plus d’espace où vivre la musique à Strasbourg.

A gauche, à la technique, Maylis Cerbelaud.

Paye ton Noël, la 13e édition d’une autre vision de la fête

En marge du centre et de ses chalets de bois, l’association Pelpass organise son festival de décembre : Paye ton Noël. Concerts, théâtre, ateliers de bricolage et concours de cinéma, l’événement idéal pour réchauffer l’hiver strasbourgeois. Le directeur artistique de Pelpass, Jérémie Fallecker, était avec nous pour en parler.

A droite, Jérémie Fallecker, directeur artistique de l’association Pelpass.

Un cabaret de festivités envahit l’Espace K

Comme pour répéter les fêtes de fin d’année, l’Espace K organise une série de spectacles de cabaret à partir du 6 décembre. On y retrouver de la magie, de l’effeuillage, de l’art et du rire. Pour sa première chronique dans 89dB, Francis Gérardin évoque ces soirées virtuoses du quartier Laiterie.

Plonger dans l’histoire de l’humanité au CEAAC

Il ne faut pas en vouloir aux événements, c’est le nom de l’exposition qui s’ouvre vendredi 30 novembre au Centre européen d’Actions artistiques contemporaines (CEAAC) à la Krutenau. Le parcours sur deux étages présente des œuvres très variées qui invitent à l’imagination et font le pont entre notre présent et les nombreux passés de notre espèce.

De gauche à droite : Francis Gérardin, Tristan Kopp et Jean-François Gérard.

L’agenda des sorties du mois de décembre

Comme d’habitude l’équipe de 89dB vous donne ses recommandations de sorties pour le mois à venir.

Le fossé entre « indispensable » et « je suis prêt à payer »

Le fossé entre « indispensable » et « je suis prêt à payer »

« Indispensable. » C’est le qualificatif que nous ont donné nos lecteurs lors de notre enquête. Vous nous encouragez à produire plus d’investigations. Pour autant, l’idée de participer financièrement à un média majoritairement gratuit ne progresse pas.

Plus de 300 personnes ont répondu à notre enquête lecteurs fin septembre. Évidemment, les résultats sont biaisés car ceux qui ont répondu sont forcément les lecteurs qui nous sont les plus proches. Néanmoins, toutes ces personnes ont pris entre 8 et 12 minutes pour détailler leurs relations avec Rue89 Strasbourg et ces retours sont précieux. Ils nous aident à positionner notre petit média local au plus près des besoins des Strasbourgeois.

D’abord et ce n’est guère une surprise, la majorité de nos lecteurs provient de la newsletter quotidienne (45%), à laquelle plus de 5 000 personnes sont abonnées. C’est plutôt une bonne nouvelle puisque nous avions quelque peu délaissé ce moyen de diffusion à nos débuts, avant d’y revenir depuis quelques années en réaction aux filtrages délétères des réseaux sociaux. Rue89 Strasbourg étant un média politique, d’enquêtes, avec des contenus longs, nous sommes mal armés pour faire le buzz et provoquer des partages par centaines. Cependant, 22% déclarent venir sur Rue89 Strasbourg par Facebook.

Un rendez-vous quotidien pour 10 000 personnes

Près de 40% de nos lecteurs se rendent sur Rue89 Strasbourg au moins une fois par jour, ce qui est cohérent avec notre rendez-vous quotidien. Encore 36% nous visitent « plusieurs fois par semaine » et 15% « au moins une fois par semaine. » Donc 90% des répondants sont très proches de notre média, et lui trouvent un réel intérêt (Rue89 Strasbourg est visité chaque jour par environ 10 000 personnes).

Plus de 80% des répondants apprécient d’avoir entre 1 et 4 articles par jour à lire. Nous avions constaté qu’au-delà, les audiences cumulées tendaient à se confondre…

Pour autant, 70% des répondants n’ont pas souscrit un abonnement payant à Rue89 Strasbourg (5€ par mois). Pour 40% d’entre eux, c’est simplement par « manque de temps », tandis que 21% « n’en voient pas l’intérêt. » Encore environ 15% considèrent que « l’information devrait être gratuite. »

Ceux qui se sont abonnés l’ont fait d’abord « pour que des investigations journalistiques existent à Strasbourg » (63%) et par « envie de soutenir le média d’une manière générale » (56%).

Détail de Mixed Media par Choichun Leung / Dumbo Arts Center (Photo See-ming LeeSuivre / FlickR / cc)
Détail de Mixed Media par Choichun Leung / Dumbo Arts Center Photo : See-ming LeeSuivre / FlickR / cc

La délicate question du modèle économique

Ces chiffres sont très intéressants pour nous, alors que nous essayons d’ajuster l’offre globale de Rue89 Strasbourg : qu’est-ce que les gens sont prêts à payer comme information ? Apparemment de l’investigation et rien d’autre. Faut-il dès lors restreindre l’accès à nos enquêtes à nos abonnés pour en augmenter le nombre, au risque de creuser encore le fossé qui sépare ceux qui peuvent se payer l’info de ceux qui sont dépendants des sources gratuites, et parfois fausses, qui circulent sur les réseaux sociaux ?

Attachés à une diffusion large des informations, nous sommes encore très partagés. Certes, les articles ne peuvent se diffuser largement qu’en étant gratuits mais il nous faut reconnaître que le seul vrai générateur d’abonnements est la barrière d’accès à l’information. Trop nombreux sont ceux qui nous soutiennent… sans jamais passer à l’acte. En revanche, ils le font lorsque l’occasion leur est donnée, c’est-à-dire un article payant.

Ce débat entre modèle d’abonnement classique, type Médiapart, et une « adhésion à un projet éditorial » secoue toute la presse en ligne depuis un peu plus d’un an. Le modèle le plus connu d’adhésion est celui du Guardian, mais le site ne fonctionne que grâce à une audience considérable, dont il ne monétise qu’une infime portion. Aux États-Unis, de nombreux sites locaux fonctionnent par adhésion, mais la culture du « journalisme de communauté » est bien plus implantée là-bas…

Notre média est considéré comme « indispensable » par 81,2% des personnes qui ont répondu à cette enquête. C’est notre force et nous allons donc travailler pour réduire la distance entre « indispensable » et « je suis prêt à payer ça. »

Sceptique puis troublée : j’ai testé les « constellations ancestrales » et la psychomagie

Sceptique puis troublée : j’ai testé les « constellations ancestrales » et la psychomagie

Dimanche 13 octobre, comme tous les mois, Emilie Grossardt a animé un atelier de constellations. Une dizaine de femmes étaient au rendez-vous, prêtes à se connecter à leurs ancêtres féminines et persuadées de pouvoir ainsi surmonter leurs difficultés. Je me suis jointe à elles.

C’est un dimanche ensoleillé, de ceux qu’on aime passer à se balader dans la nature, en famille ou entre amis. Mais aujourd’hui, le programme est tout autre : je vais tester un atelier de « constellations ancestrales » à Schiltigheim en compagnie d’autres femmes. Elles sont dix, rassemblées devant un bâtiment qui ne paie pas de mine. Leur objectif aujourd’hui : « consteller » afin de régler un blocage qu’elles ont dans leur vie actuelle.

Emilie Grossardt : « Médiatrice en systémie »

Hormis deux soeurs, les dix femmes ne se connaissent pas. Certaines se sont déjà croisées à d’autres ateliers organisés par l’association Au coeur des Femmes-Ecole Humaniste. Il est 13h30, et ensemble nous montons les escaliers qui mènent aux locaux. C’est ici qu’Emilie Grossardt propose son atelier. Sur son site, la jeune femme se présente comme « médiatrice en systémie », accompagnatrice du changement et énergéticienne. Elle a développé ces compétences tout au long de sa vie, poussée par son intuition et des formations.

Le prix de l’atelier est de 50 euros. Le lieu est sobre, une pièce avec une moquette. On se déchausse en entrant. La salle principale, là où aura lieu l’atelier de cet après-midi, est plus grande. La « constellatrice » prépare les premiers rituels. Des bougies sont allumées par chacune des participantes, on sent la douce odeur boisée de l’arbre Palo Santo, utilisé pour « purifier l’espace. » Selon un rituel de purification spirituelle, certaines participantes, initiées, s’enveloppent de la fumée de ce “bois sacré”, tandis que d’autres, plus perdues, les observent.

L’une après l’autre, elles tirent une carte oracle dans une pioche, à même le sol. Un livre permet d’interpréter la carte. J’ai tiré la déferlante. « Seriez-vous de celles qui, juste avant les règles, deviennent acariâtres et insupportables ? » Bingo ! En plein dedans. Le livre s’appelle féminitude… cela me fait sourire, c’est un peu facile, je veux bien croire aux énergies mais on est nombreuses à être nerveuses avant nos cycles menstruels. « Les cartes oracles, ce sont mes guides qui me parlent », déclare cependant Emilie Grossardt.  

Faire appel aux ancêtres pour résoudre des difficultés 

Mais déjà, c’est l’heure de commencer. La constellatrice annonce aux femmes ma présence en tant que journaliste et participante. Car pour comprendre en quoi consiste le fait de consteller, il faut l’expérimenter et le ressentir, annonce Émilie :

« Tout ce qui est ici, reste ici, une fois que vous avez constellé, n’allez pas parler de ce qui s’est passé avec les autres participantes. L’objectif est de libérer la lignée et récupérer ainsi de la force. »

Devant mon regard interloqué, elle continue :

« En reconnaissant ou en rendant leur place à chacun des ancêtres, ceux-là vont mieux et la force peut donc couler de façon fluide. C’est ce qu’on appelle libérer la lignée. »

Se reconnecter avec son utérus

La séance commence par une brève méditation collective guidée par Émilie. L’objectif est de nous reconnecter avec notre utérus :

« L’utérus est le muscle de nos ancêtres. J’ai trouvé cela très adapté à une constellation ancestrale qui fait appel à la lignée des femmes. Je commence toujours mes séances par une méditation, cela permet aux participantes de sortir de leur quotidien, de s’ancrer dans le présent. »

Tour à tour, les participantes vont se « connecter à leur difficulté ». Puis elles vont choisir, parmi les autres femmes présentes, celles qui vont « représenter » sept de leurs ancêtres femmes sur trente-six générations. Autrement dit, chacune d’entre nous allons incarner les ancêtres les unes des autres.

À ce moment précis, je suis, il faut l’avouer très curieuse mais plutôt sceptique. Surtout qu’Émilie m’a précisé qu’il n’est absolument pas nécessaire de connaître ses ancêtres. Et que le problème de chaque personne lui est propre. Rien n’est dit, tout est dans le ressenti.

Émotions fortes et envie spontanée 

La première participante commence. Elle se connecte à sa problématique par une courte méditation, se concentre sur ce qui l’a amené ici. Puis elle se lève pour choisir intuitivement les sept femmes qui représenteront ses ancêtres féminines. Émilie précise :

« Dans la lignée des femmes, on ne choisit que des ancêtres femmes. Mais on ne sait pas qui on choisit, cela peut être la mère, la grand-mère, l’arrière grand-mère du côté paternelle ou maternelle ou même la tante. Des femmes qui font parties du système et qui ont un lien avec le problème que l’on cherche à résoudre. »

Pour cette première expérience, je suis également choisie pour représenter une ancêtre. Nous voici toute placées en file indienne, respectueusement accompagnée par la participante qui nous fait maintenant face. Elle nous regarde l’une après l’autre, puis se présente et répète ce que lui dit la praticienne :

« Je suis une de vos descendantes et dans ma vie je rencontre encore quelques difficultés et je n’arrive pas à incarner pleinement mes forces féminines (…), il y en a parmi vous qui ont incarné pleinement cette force féminine qui me manque. Est-ce-que vous voulez bien me transmettre de votre force un peu, voire beaucoup ? »

Des sensations : l’étrange commence

La participante s’approche ensuite de la première représentante. Une main sur l’épaule, le regard droit dans les yeux, elle devra « sentir » si cette descendante a la force qui lui est nécessaire pour surmonter sa difficulté. Si l’ancêtre est forte, elle sera placée à droite pour l’étape suivante. Mais dans tous les cas, la participante doit demander à son ancêtre la permission de la placer et de passer à la prochaine ancêtre.

C’est là que commence l’étrange : les représentantes choisies intuitivement vont ressentir des sensations, elles peuvent sentir un blocage et refuser de laisser passer la participante ou au contraire lui ouvrir le passage avec joie.

En cas de refus, la constellatrice interroge la représentante sur ses sentiments : « je me sens confuse », « je sens que je peux pas la laisser passer », « j’ai mal au genou »,  « je sens comme un étau »… Au fur et à mesure des constellations, les réponses sont différentes, les émotions également.

« Je suis troublée par ces émotions »

Je suis tour à tour choisie pour être l’ancêtre de l’une et de l’autre et je suis surprise d’avoir des sensations et des pensées variées et totalement différentes selon la personne que je suis censée représenter. Indifférente devant l’une des participantes, je suis terrorisée devant une autre. Une autre fois, je ressens une proximité très intense avec la participante, comme si elle était une confidente.

Je suis troublée par ces émotions. Il y a parfois énormément de joie, parfois énormément de tristesse, les participantes pleurent, et de mon côté il m’est arrivée une fois de trembler de peur, une autre d’avoir une envie spontanée de siffloter et de m’en aller. J’ai aussi eu envie de prendre la participante dans mes bras, comme si je l’attendais depuis longtemps.

Une expérience d’incarnation

À chaque fois que cela est nécessaire, surtout en cas de refus de passage, la constellatrice entre dans la boucle pour aider à résoudre le blocage. Elle dit des mots réparateurs que la participante va devoir répéter, ou elle déplace les participantes dans l’espace. Drame familial, ancêtre qui n’était pas considérée, il y a parfois même de nouveaux personnages qui entrent dans la boucle : une femme qui représenterait tous les Hommes ayant fait du mal aux ancêtres, ou la jumelle perdue d’une des ancêtres… 

Bizarrement, je sais que je suis moi mais je ressens des sentiments qui ne me concernent pas et qui disparaissent une fois la constellation terminée. Ces sentiments représentent en fait ce que ressentent les ascendants. On est donc en pleine expérience d’incarnation. « Comme en hypnose, il s’agit de faire confiance à l’inconscient ou à l’âme pour trouver une solution au problème », écrit le psychopracticien Yann Yves Mallet sur son site.

Ainsi, une personne qui ne sait pas lâcher prise, ou qui est trop rationnelle n’aura sûrement pas le même ressenti, comme en témoigne une des participantes :

« Il faut déjà réussir à faire venir une personne rationnelle à un atelier constellation. S’ils viennent en général, ils perdent leur temps et nous font perdre le notre également. » 

« Il faut donner au système le temps d’évoluer »

Une fois que les blocages de chacune des ancêtres sont résolus, les ancêtres fortes sont invitées à poser leurs mains sur leur descendante et lui transmettre ainsi la force de résoudre ses difficultés. Émilie affirme :

« C’est de la psychomagie, l’acte permet de prendre conscience que la personne peut y arriver, que la force est là avec elle. Dans le cas d’une constellation familiale, la force se transmet simplement par la résolution du conflit. » 

Les femmes présentes ce dimanche ont toutes eu déjà une fois l’expérience de la constellation familiale ailleurs avec une autre thérapeute. Elles sont toutes convaincues du bienfait de la pratique. Problème de procréation, décès d’un membre de la famille, manque de confiance, angoisse, difficultés relationnelles, manque de confiance avec les hommes, les raisons de leur venue sont nombreuses…

« La constellation avait débloqué quelque chose »

« On ne peut pas consteller sur le même problème deux fois normalement, car la constellation peut faire effet pendant deux ans, » affirme l’une d’entre elle. « Il faut donner au système le temps d’évoluer », confirme Emilie. « Le système est informé de ce qui se passe, ça se transmet de génération en génération, si par exemple un ancêtre a été reconnu comme partie du système, ça peut prendre du temps pour que tout le système en soit informé. » Mais selon une autre des participantes, cela peut être plus rapide :

« Moi, j’ai des membres de ma famille qui ne se parlaient plus depuis des années, après m’être fait constellée pour une autre raison, ils se sont appelés du jour au lendemain sans raison particulière. La constellation avait débloquée quelque chose. »

La participante regrette néanmoins la ritualisation un peu excessive selon elle d’Émilie. « Il faut être dans le ressenti, trouver le bon thérapeute, souvent cela se fait par le bouche à oreille, » conseille de son côté la constellatrice. À 41 ans, l’ancienne étudiante en management et marketing a officiellement lancé son entreprise Eyos en mars 2019 :

« Depuis environ six ans, je proposais surtout des constellations individuelles, c’est-à-dire que je représentais moi-même toutes les ancêtres. En janvier, j’ai commencé la formation « La voix des femmes » de l’association Au coeur des femmes et je me suis lancée ».

Émilie Grossardt n’est cependant pas la seule en Alsace à proposer des constellations. 

« Nous sommes toutes lessivées »

Dimanche, après cinq heures d’atelier entrecoupées de pauses, nous sommes toutes sorties lessivées. Surprise par le tourbillon d’émotions qui m’a envahi, je sens qu’il va me falloir quelques jours pour digérer. Si je suis convaincue par la force des énergies qui ont circulé pendant l’atelier, j’avoue que j’ai des réticences à retenter l’expérience pour résoudre une difficulté personnelle. Car, pour se faire, il faut oser s’ouvrir et se laisser aller totalement face à de parfaites inconnues. « Une question d’égo », me dira sûrement Emilie.

Ce dimanche, nous avons donc le sentiment d’avoir utilisé toute notre énergie pour soi et pour les autres : « C’était très intense, j’ai ressenti beaucoup beaucoup d’amour », souffle une des participantes. Une autre tire une deuxième carte oracle : « C’est intéressant de voir la différence entre ce que disent les cartes avant la pratique et ce qu’elles disent après », indique-t-elle.

Épuisée par les émotions, mais reboostée par l’énergie les unes des autres, les dix participantes vont maintenant laisser du temps au temps, jusqu’à ce que…

#ésotérisme

Cobalt : une exposition entre (a)pesanteur et gravité au Faubourg 12

Cobalt : une exposition entre (a)pesanteur et gravité au Faubourg 12

Du 23 novembre au 1er décembre, l’exposition Cobalt organisée par l’association Le Tube joue avec le vide au Faubourg 12 : de la chute à l’élévation, cinq installations d’art contemporain quittent le sol pour graviter dans l’espace.

« Soutenir la jeune création contemporaine », voilà le mot d’ordre de l’association Le Tube qui œuvre à Strasbourg et ses environs depuis 2016. Du 23 novembre au 1er décembre, les commissaires d’exposition abandonne les murs pour s’emparer du vide et proposer des œuvres en lévitation.

Vu de l’extérieur, le Faubourg 12 est un espace privé à l’aspect peu attrayant. C’est pourtant un lieu doux et apaisant que l’on découvre en y entrant. La toiture vitrée en dents de scie diffuse une lumière naturelle dans la salle. Des jeux d’ombre mouvants se déploient autour des œuvres réalisées pour l’occasion par les jeunes artistes Hélène Bleys, Jonathan Cyprès & Cécile Gallo, Jacques Herrmann & Vincent Lo Brutto, Emilie Philippon et Jamila Wallentin.

Vue de l’exposition Cobalt au Faubourg 12 (photographie : Yasmine Belhadi)

Suspension : une histoire aérienne

Il y a un an, l’exposition de l’historien de l’art Matthieu Poirier Suspension : une histoire aérienne de la sculpture abstraite, 1918-2018 était présentée au Palais d’Iéna à Paris et à la galerie d’art Olivier Malingue à Londres. Un large éventail d’œuvres suspendues jouait avec les limites de la spatialité. L’exposition clôturait un siècle de création durant lequel les artistes d’avant-garde s’étaient évadés du tableau et des murs de la galerie pour investir l’espace dans sa totalité. L’exposition du Tube fait écho à cette évolution contemporaine de l’oeuvre d’art, qui devient installation et environnement. Comment ces pratiques sont-elles revisitées par l’exposition ?

L’association ne pose, bien sûr, pas un regard historique sur la suspension, mais propose d’en examiner les développements actuels : les commissaires d’exposition Violette Doire et Margot Rieder ont pour volonté d’exposer un motif esthétique plutôt qu’un concept. Il s’agit de faire preuve de légèreté, à l’image de la notion de lévitation.

Mais que vient faire le cobalt dans tout cela ? Les commissaires soignent l’effet de surprise : « Nous nous sommes inspirées du monolithe, lien entre ciel et terre, présent dans 2001, l’odyssée de l’espace. C’est cette forme rectangulaire que la graphiste Juliette Riegel a d’ailleurs exploité dans le visuel d’exposition. » En faisant des recherches plus poussées sur les atomes, le cobalt a curieusement retenu leur attention. Ce métal gris permettait en effet de former des alliages résistants entre deux matériaux, une métaphore de la transition entre ciel et terre.

Des œuvres en mouvement

L’installation Inertie de Jamila Wallentin prend place au centre de l’espace. La pratique sculpturale de cette jeune artiste de culture franco-allemande joue de la matière et questionne le rapport aux corps. Des fils de coton blanc sont enroulés autour de fuseaux en bois de hêtre. Les fils sont suspendus au plafond et retiennent les bobines à quelques centimètres du sol. L’artiste réalise ces pièces à l’aide d’une bobineuse dont la vitesse de rotation est de 1 300 tours par minute. Ce geste d’une vitesse phénoménale semble s’arrêter momentanément. On ne distingue que la lente vibration des fils produite par le visiteur au fil de ses déplacements. Le mouvement est alors imprévisible.

Comment ne pas songer à la notion d’inattendu, évocatrice du courant d’art cinétique, apparu dans les années 1960. Des œuvres se meuvent aléatoirement grâce à des éléments naturels (le vent, le soleil, etc.), à un moteur ou à la déambulation des spectateurs. Les sens et la perception sont mobilisés, dans la continuité des « structures cinétiques » de l’artiste plasticien vénézuélien Jesús-Rafael Soto (1923-2005), dont les cascades de lignes composées de fils de nylon recréent la pulsation du mouvement vibratoire.

Jamila Wallentin, Inertie, diamètre au sol 1m et hauteur adaptée à l’espace, fil de coton DMC mercerisé blanc, bois hêtre, 2019 (Photographie : Yasmine Belhadi)

Juste derrière cette installation, Tout ce que l’on construit brûle présente de grands tissus suspendus qui se balancent au souffle de ventilateurs. Des ombres portées de végétaux sont imprimées sur le textile. On pense au linge étendu sur un fil, sur lequel se refléterait la végétation alentours. Cette danse des voiles reposante et méditative propose une pause pastorale dans l’agitation de la ville. L’oeuvre est signée par le duo d’artistes des artistes Jonathan Cyprès & Cécile Gallo , de leurs vrais noms Clément Davout et Léo Fourdrinier, qui œuvrent entre la France et la Belgique, en créant des installations et des sculptures in situ qui allient matières inertes et vivantes. 

Jonathan Cyprès & Cécile Gallo, Tout ce que l’on construit brûle, dimensions variables, acier, impressions sur tissus, ventilateurs, 2019 (Photographie : Yasmine Belhadi)

De suspension et de gravité

L’impesanteur de ces œuvres entre en tension avec la production d’Hélène Bleys, Le poids de la légèreté. Cette jeune artiste originaire de Nancy, membre du collectif d’artistes Ergastule depuis 2015, mêle humour et foisonnement à ses dessins et sculptures. Pour le Faubourg 12, elle produit des faïences colorées aux formes géométriques, fragilement suspendues au plafond par d’épaisses cordes rouges. En se rapprochant un peu, la richesse plastique des céramiques révèle un amoncellement d’ailes de papillon. Ce symbole de légèreté s’oppose aux lois de la gravité qui régissent cette œuvre. Chute ou élévation ? L’instant semble figé, en un bouleversement des perceptions.

Hélène Bleys, Le poids de la légèreté, dimensions variables, faïences, cordes polypropylène colorées, 2019 (Photographie : Yasmine Belhadi)

Plus loin, Intangible, d’Emilie Philippon propose un immense isoloir cylindrique en tissus noirs. Le spectateur est invité, s’il en a les capacités physiques, à se coucher sur le ventre pour passer la tête sous le rideau et découvrir ce qu’il dissimule. Pour conserver la magie de l’œuvre, je me résous à laisser planer le mystère : c’est à vous spectateur d’en faire l’expérience ! Des masques de protection respiratoires placés à côté des rideaux sont plus inquiétants qu’utiles au vu du temps passé sous l’oeuvre…

Emilie Philippon, Intangible, dimensions variables, pigments libres, ventilateur, minuteur impulsion, ampoule LED, bois, tissu, 2019

« Less is more »

Près de l’entrée, Horizon, témoin et corbeaux du duo Jacques Herrmann & Vincent Lo Brutto est plutôt déconcertante. Les deux artistes sont très différents : Jacques Herrmann travaille l’illusion d’optique en peinture. Vincent Lo Brutto réalise des sculptures qui troublent les sens.

Pour la première fois associés, ils ont réalisé une oeuvre conceptuelle : ils ont retiré un morceau du mur, comme en témoignent les poussières ocres sur le sol. La partie extraite est présentée dans une structure en verre positionné dans l’angle de la salle, comme flottant dans l’espace. Quelle parodie des vestiges architecturaux ! Les artistes jouent les archéologues en détruisant volontairement le mur.

Jacques Herrmann & Vincent Lo Brutto, Horizon, Témoin et corbeaux, 180 x 24 x 14 cm, MDF peint, verre extra-blanc, glycérine, verre borosilicate, fragment du Faubourg 12, peinture, 2019 (Photographie : Yasmine Belhadi)

Cette poussière au sol est-elle fortuite ou intentionnelle, s’agit-il d’une œuvre ou d’un accident ? Cette action in situ fait penser à L’exposition du vide d’Yves Klein, organisée en 1958 à la galerie parisienne Iris Clert : l’artiste avait présenté une galerie d’exposition vide. Au Faubourg 12 aussi  le public, dubitatif, en vient à interroger l’ensemble du lieu d’exposition : où est l’oeuvre ? Est-ce ces rideaux ? Ce simple radiateur ? Autant de questions qui traversent l’esprit en voyant le cartel malicieusement déposé près des débris de mur.

Dépouillement formel et réductionnisme : Horizon, témoin et corbeaux se place dans la lignée des mouvements minimalistes et conceptuels des années 1960 et 1970. Il s’agit d’aller à l’essentiel : c’était déjà la fameuse devise de l’architecte moderniste Mies Van der Rohe, « Less is more » (moins c’est plus).

« Un moyen pour le spectateur de s’approprier l’exposition »

Point non négligeable, les commissaires d’exposition ont apporté une touche personnelle à la médiation et à la communication de l’évènement. À l’entrée, une notice d’utilisation de Polaroïd invite le public à explorer l’espace à la recherche d’un détail, d’une image à saisir. Une fois la photographie imprimée, un message peut y être déposé. L’objectif est de constituer un panneau d’images, le temps de la semaine d’exposition, que le visiteur pourra retrouver en ligne, sur le site de l’association du Tube.

La microédition est l’un des médiums artistiques exploités par Le Tube : les multiples créations éditoriales liées à des projets précédents sont disponibles à l’achat. Des vinyles au contenu surprises de l’exposition Timelight jusqu’au contenu hybride et graphique de l’actuelle exposition Cobalt, l’intérêt est d’instaurer un rapport singulier avec le spectateur, pour que celui-ci puisse emporter avec lui une partie des créations des artistes.

Ensemble des microéditions proposées par l’association Le Tube lors de l’exposition Cobalt au Faubourg 12 (Photographie : Yasmine Belhadi)
#Le Tube

89dB, l’émission de radio du Rue89 Strasbourg, paye son Noël ce vendredi !

89dB, l’émission de radio du Rue89 Strasbourg, paye son Noël ce vendredi !

Qui dit dernier vendredi du mois, dit 89dB. Tous les bons plans culturels du mois de décembre seront dans le podcast de l’émission de Rue89 Strasbourg, à suivre en direct ce vendredi 29 novembre à 18h.

Pour les Strasbourgeoises et Strasbourgeois, Noël est déjà là, avec ses chalets, ses friandises et ses barrages de police. Pour le huitième numéro de 89dB, l’équipe a concocté, comme à son habitude, le meilleur de la scène strasbourgeoise, malgré l’absence de son maître d’œuvre Maxime Nauche. Au programme de l’émission, et donc du mois de décembre, festival déjanté, un cabaret glacé et une exposition vertigineuse.

L’événement sera à suivre sur notre page Facebook.

Le programme de l’émission

    Paye ton Noël en musique

Décembre ce n’est pas que le marché de Noël à Strasbourg, c’est aussi depuis 13 ans un festival qui remue, organisé par l’association Pelpass. Paye ton Noël vous fera l’effet d’un vin chaud du 6 au 21 décembre avec des événements place Grimmeissen au Marché Off, place de Zurich, au Molodoï et au Cinéma Star !

Jérémie Fallecker, directeur artistique de l’association Pelpass, sera l’invité de 89dB pour nous parler de ces festivités un peu anticipées. Au programme : de la musique éclectique, du théâtre barré et même une compétition de court-métrages !

    Fêter Noël en avance avec le meilleur du cabaret strasbourgeois !

Le Krismass Show, c’est l’esprit cabaret qui débarque à l’Espace K de Strasbourg pour les trois week-ends précédant Noël. Au programme : de la musique, des chansons, de la magie, de l’effeuillage burlesque, des sketchs, des performances étonnantes, le tout sur fond d’humour et de paillettes.

Le cabaret de l’Espace K réchauffe les hivers strasbourgeois Photo : de Cosimo D. Tassone
    Voir le monde à travers l’art

Quel regard les artistes d’aujourd’hui peuvent porter sur toute l’histoire humaine ? Il ne faut pas en vouloir aux événements : cette citation de Marc Aurèle sert de titre à la nouvelle exposition du Centre européen d’Actions artistiques contemporaines (CEAAC) du 30 novembre 2019 au 16 février 2020.

Des œuvres apparemment hétéroclites se succèdent pour créer une harmonie dérangeante. Toutes sont des indices d’éventements, passés ou en cours, qui expliquent un peu de notre présence actuelle de spectateur interrogatif. Quatorze d’artistes, choisis parmi plus de 700 candidats, offrent leur vision aux yeux du public.

    L’agenda du mois de décembre

Comme à chaque fin d’émission, on vous livre nos meilleurs tuyaux pour sortir ce mois-ci à Strasbourg !

Quatre mystérieux investisseurs s’ajoutent au projet de SIG Arena

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Au conseil de l’Eurométropole, un sursis pour la SIG Arena, AirBnb, séismes et transports gratuits les jours de pollution

Au conseil de l’Eurométropole, un sursis pour la SIG Arena, AirBnb, séismes et transports gratuits les jours de pollution

Le conseil de l’Eurométropole de ce vendredi 29 novembre va délibérer sur des avances pour que la SIG poursuive son projet d’extension du Rhénus. D’autres sujets, notamment sur les locations type AirBnb et les séismes devraient amener des débats jusqu’à la mi-journée. À suivre en direct à partir de 9h30.

La SIG va à nouveau disposer d’un an pour boucler son projet d’Arena (voir nos articles). Après quelques mois tendus et d’échanges interposés entre responsables politiques, l’extension de 2 000 places semble toujours possible. Après une présentation devant les élus fin octobre, l’Eurométropole, qui confierait au club de basket son Rhénus Sports pour 50 ans, a décidé de s’en remettre à l’appréciation de la Banque des Territoires (Caisse des Dépôts), co-actionnaire du projet à hauteur de 29% (depuis l’ajout de 4 investisseurs non-publics à ce jour). « La Banque des Territoires est notre boussole, garante des intérêts du public et du privé », commente le président de l’Eurométropole Robert Herrmann.

Selon un courrier du 29 octobre 2019 publié en annexe des délibérations, plusieurs réserves techniques mais parfois stratégiques (relations avec Strasbourg-Événements qui gère le Palais des Congrès assez proche) sont à lever, avant une validation définitive.

Parmi les interrogations : les loyers commerciaux estimés à 1,1 million d’euros. Il y a un doute sur cet optimisme que partageait déjà un audit de Deloitte, que Rue89 Strasbourg a pu consulter. « Un business plan évolue toujours et ne se réalise jamais entièrement comme prévu. Ces allers-retours sont assez classiques », tempère le directeur régional Patrick François. « Cette feuille de route, nous l’avons faîte ensemble », ajoute le président du club Martial Bellon. Une septième version a depuis été remise à la Banque des Territoires et aux banques.

Des « avances » pour reprendre le projet

À court terme, une info à retenir, l’Eurométropole verserait des « avances » (700 000 euros en plus des 400 000 de la Région et 100 000 du Département, soit 1,1 million au total), pour poursuivre le projet. Par ricochet, cette avance permettra au club de souffler d’un point de vue sportif. Comme nous l’indiquions, la SIG a engagé 1,8 million d’euros mais n’en a réglé que 1,1. Il a certes reçu 155 000€ de 31 des 92 actionnaires, mais surtout pioché dans ses fonds propres et « la trésorerie » de l’équipe sportive, de l’ordre de 700 000€, le prix d’un bon joueur. En début de saison, le club a affiché une masse salariale en baisse de 5%, à contre-courant du reste du la ligue (+12%).

Pour nombre d’observateurs de la balle orange, une partie des difficultés sur les parquets du début de saison s’expliquent par cette prise de risque. L’ailier-fort Australien Xavier Cooks, blessé dès le 7 août, n’a jamais eu de remplaçant et finalement ne viendra pas en Alsace. Depuis que le dossier de l’Arena s’est débloqué en novembre, la SIG a amélioré son effectif avec une recrue et enchaîne 5 victoires en France, quitte à un peu délaisser sa Coupe d’Europe. « Nous avons pris les risques qui font que nous avons un permis de construire délivré », justifie Martial Bellon.

Des étapes délicates à venir pour la SIG

L’étape la plus importante se profile vers le printemps 2020. Comme il y a de l’argent public en jeu (17,1 millions sur 40 environ), le club devra passer par un appel d’offres pour son concepteur-constructeur. Il avait dans un premier temps choisi Urban Dumez (Vinci). C’est seulement après cette consultation ce moment là que la SIG aura « un prix ferme et définitif » pour la salle de spectacles. Il devra être en dessous des 32 millions d’euros (hors commerces) pour que le projet « privé » ne soit pas trop subventionné au regard du droit européen sur la concurrence. Mais il ne doit pas être au-dessus de 36, car cela menacerait l’équilibre économique de la dernière version. Les esquisses d’architectes restent en revanche valables.

Avant cela, le club devra repasser début décembre une consultation pour reprendre un assistant à maîtrise d’ouvrage (AMO). « La personne que nous avions depuis mars 2017 avec Eiffage Consulting nous a quitté en juillet. Il a été recruté pour les infrastructures des Jeux Olympiques à Paris. Une opportunité qu’il ne pouvait pas refuser », explique Martial Bellon.

Si le bail est obtenu à temps, cela pourra débloquer le prêt de 21 millions d’euros que se partagent quatre banques. Le bail emphytéotique permet un loyer « modique », 60 000 euros par an. À partir de la sixième année, ce loyer est assorti de 1,5% de l’excédent brut d’exploitation.

Le fonctionnement annuel de l’Arena

Le montage du projet d’Arena selon nos informations au 28/11.

AirBnB, budget et transports gratuits

D’autres points devraient amener de longs débats. Tout d’abord, l’assemblée des 33 communes doit esquisser le dernier budget de la mandature, avec un débat préalable. Comme à la Ville de Strasbourg lundi, la métropole table sur une stabilité du nombre d’agents, après des années de non-remplacements successifs. En charge de l’état civil, l’adjoint au maire Éric Schultz (non-inscrit) avait alerté sur la situation et a menacé de ne pas voter le budget strasbourgeois dans 3 semaines si un état des lieux n’est pas fait. Bis repetita ce vendredi ?

Autre délibération importante, une modification du règlement en cas de changement d’usage de locaux d’habitation. Cela concerne en particulier la location de meublés touristiques, type AirBnB. Principale modification : obtenir « l’autorisation écrite de la copropriété et seulement à condition que l’activité n’engendre ni nuisance, ni danger pour le voisinage et qu’elle ne conduise à aucun désordre pour le bâti et les parties communes ». Comme lundi en conseil municipal, le sujet devrait amener de longs débats. Les élus se demandent toujours comment trouver le bon équilibre entre économie collaborative pour arrondir ses fins de mois et prédation immobilière.

Intervention sous tension de l’État à propos des séismes et de la géothermie

Autre délibération attendue, celle sur la gratuité des transports en commun lors des pics de pollution (voir ici): Elle sera activée dès que les voitures Crit Air 3, 4, 5 et sans vignette seront interdites, c’est-à-dire le 3è jour au seuil « d’alerte » soit souvent le 4ème jour d’un pic classique (on parle de seuil d’information, qui se transforme en seuil d’alerte dès 2 jours consécutifs) . Sur la base des années précédentes, cela représente quelques jours par an. Certains élus demanderont sûrement à ce que cette gratuité soit déclenchée plus tôt, dès qu’un pic est anticipé, afin de limiter leur effet.

En toute fin de séance, un représentant du préfet viendra communiquer les dernières avancées sur les enquêtes qui doivent établir un lien (ou non) entre les activités de géothermie et les séismes intenses ressentis mi-novembre à Strasbourg. Un sujet très tendu car des dizaines de millions d’euros ont été investis dans deux puits autour de Strasbourg et la chaleur n’est pas encore remontée. Les premiers retours du CNRS estiment qu’un lien est fort probable.

Le CNRS privilégie la piste de la géothermie pour expliquer le séisme

Le CNRS privilégie la piste de la géothermie pour expliquer le séisme

Le groupe de recherche « Sismicité Strasbourg » privilégie la piste de la géothermie pour expliquer le séisme de magnitude 3,1 du 12 novembre. La direction de Fonroche refuse ces premières conclusions et attend les conclusions d’un nouveau collège d’experts indépendants… qui ne doit pas s’exprimer sur l’origine de l’événement sismique.

« Il existe peu d’éléments favorisant une origine naturelle du séisme de magnitude 3,1 du 12 novembre. Au contraire, les conclusions (des premières recherches de l’Institut national des sciences de l’Univers (Insu) du Centre national de Recherche Scientifique (CNRS), ndlr) semblent indiquer un phénomène pouvant être déclenché par des activités liées aux forages profonds à proximité. »

La conclusion du groupe de travail « Sismicité Strasbourg » met clairement en cause le puits de géothermie profonde installé par Fonroche à Vendenheim, soit à 5 km de l’épicentre. Ce rapport a été transmis à la préfecture du Bas-Rhin mercredi 20 novembre.

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#Renass

Une marche pour « le climat et la justice sociale » samedi

Une marche pour « le climat et la justice sociale » samedi

Une nouvelle marche pour le climat est organisée dans les rues de Strasbourg samedi 30 novembre.

Le collectif « il est encore temps » de Strasbourg organise une « marche pour le climat et la justice sociale, samedi 30 novembre à Strasbourg. Le rendez-vous est donné devant le centre commercial de la place des Halles.

Le collectif d’organisation est composé notamment de Citoyens pour le Climat, La jeunesse pour le climat – Strasbourg, Gilets Jaunes Strasbourg République, EurOasis, Alsace Nature et Zéro Déchet Strasbourg.

Les pollutions industrielles dénoncées

Dans l’appel de cette nouvelle mobilisation pour des politiques plus immédiates et volontaristes en faveur de la préservation de l’écosystème naturel, le collectif a ajouté l’opposition à l’enfouissement pérenne des 44 000 tonnes de déchets ultimes à Wittelsheim. D’une manière générale, cette marche dénoncera « les pollutions industrielles : Lubrizol mais aussi les pollutions révélées au plus près de chez nous en Alsace et à Strasbourg. »

Un village associatif et des animations musicales attendent les participants à 16h, à l’arrivée de la marche, place d’Austerlitz.

« Toute ta vie tourne autour de ça » : un couple de Strasbourgeoises raconte sa PMA en Belgique

« Toute ta vie tourne autour de ça » : un couple de Strasbourgeoises raconte sa PMA en Belgique

Alors que l’Assemblée Nationale a adopté la PMA pour toutes en septembre, Rue89 Strasbourg a voulu savoir comment vivent celles qui partent faire un bébé à l’étranger. Deux trentenaires strasbourgeoises racontent leurs aller-retours à Bruxelles, leurs doutes, leur fatigue et leur façon d’envisager l’avenir avec optimisme.

C’est dans leur propre petite entreprise du centre-ville de Strasbourg, que Cécile et Sophie (les prénoms ont été changés) ont accepté de nous rencontrer. Elles y prennent le temps de raconter leur procédure de Procréation Médicalement Assistée (PMA) qui les occupe depuis un an et demi. En couple depuis 5 ans, elles se sont mariées « par militantisme ». Aujourd’hui, à 37 et 34 ans, elles ont envie de fonder une famille.

Il a alors fallu se décider sur la manière de fonder cette famille, et là-dessus, elles ont « beaucoup changé d’avis ». Sophie, qui ne portera pas l’enfant, raconte :

« On a pensé à choisir un donneur dans notre entourage, un ami, mais on a rapidement exclu cette option. Je ne savais pas comment j’allais réagir, je me demandais quelle serait ma place et celle de notre couple dans tout ça. On a donc choisi le donneur anonyme. »

Des forums informels à la clinique belge

Au début, elles préfèrent se débrouiller par elles-mêmes pour trouver un donneur et faire l’insémination : elles découvrent les forums où des hommes proposent de donner leur sperme sans passer par une banque ou un processus médicalisé. Elles passent le cap et choisissent un donneur, mais la tentative sera infructueuse :

« Les recherches étaient un peu glauques, on avait l’impression d’être un drogué qui va chercher son héroïne dans les bas-fonds du darkweb. On s’est bien entendu avec le donneur, mais on a fait trois essais et ça n’a pas marché. »

Cécile et Sophie se sont tournées vers une clinique belge pour professionnaliser leur démarche Photo : doc remis

Test pour « permis d’avoir un enfant »

Elles se rendent compte qu’il faut être « beaucoup plus au fait de son corps, notamment de son cycle » pour mettre toutes les chances de leur côté, c’est-à-dire connaître le moment exact de l’ovulation, vérifier que tout fonctionne bien, suivre le processus avec des examens…

Elles se disent qu’il serait bon de médicaliser la procédure. « Tant qu’à perdre du temps, autant avoir un suivi », estime Sophie. Elles se tournent alors vers une clinique à Bruxelles, à 5 heures de route de Strasbourg, car « les Belges ont 20 ans de recul et se foutent même de nous, les Français ». C’est là que commence l’odyssée médicale, raconte Cécile :

« Ça commence par un entretien psychologique d’une heure et demi, pour voir quelle relation on entretiendra avec l’enfant, pour obtenir une sorte de « permis d’avoir un enfant ». Et puis il y a le dépistage IST (infections sexuellement transmissibles) et des tests pour s’assurer qu’on est apte à procréer. »

Ensuite, il est possible de faire un essai d’insémination chaque mois. Sauf qu’il n’y a pas que l’insémination, il y a aussi le contrôle et le suivi autour, décrit Cécile, un peu fatiguée :

« À chaque début de cycle, il faut prévenir la clinique, puis faire une batteries d’examens pendant les 14 premiers jours, des échographies, etc. On peut faire tout cela à Strasbourg. Il y a trois contrôles avant le jour de l’ovulation, et quand tous les marqueurs sont bons, il faut filer à la clinique. »

Il faut être très flexible pour pouvoir se rendre à la clinique quand les chances de fécondation sont au plus haut. Photo : Doc Remis

« Toute ta vie tourne autour de ça »

Dans cette période, il vaut mieux être flexible en termes d’organisation de son temps, car il ne faudrait pas rater le moment idoine :

« En général, la clinique appelle pour dire « Demain à 10h, il faut être là ». Alors on saute dans la voiture le jour-même, on trace à Bruxelles, on y passe la nuit, on fait l’insémination, on rentre. Et on est crevées. »

Cécile et Sophie ont la chance d’avoir leur propre entreprise. Elles peuvent se permettre ces voyages impromptus. Elles ont tout de même été surprises par le niveau d’engagement, comme le précise Cécile :

« C’est très lourd logistiquement et psychologiquement. Toute ta vie tourne autour de ça : il y a les rendez-vous médicaux, il y a nos rendez-vous professionnels qu’on aménage en fonction de la potentielle ovulation… Au début on était « au taquet », on se disait que ça allait marcher du premier coup. Pour l’instant, on est à 3 essais et 3 échecs. Alors on essaye de ne pas trop anticiper, de ne pas trop se projeter, parce que cela peut mettre très longtemps : la moyenne est à 7 ou 8 essais. »

A la Marche des Fiertés de Rennes, les militants manifestent aussi pour la PMA pour toutes Photo : Amanda Hinault / FlickR / cc

À chaque tentative, elles essayent de s’encourager et de garder le moral. Elles racontent que leur PMA, c’est aussi une aventure de plus dans leur relation :

« On profite des road trips. Ce sont des moments où, pendant 5 heures, on est en tête-à-tête, c’est cool. On va toujours dans le même hôtel, on teste tous les restaurants de Bruxelles… On est juste super heureuses d’être ensemble, on se dit que ce qui arrivera, ce sera bien, et c’est ce qui nous sauve. »

Peut-être 20 000€ pour rien

Le couple ne tente pas tous les mois. Cet été, elles ont eu besoin de partir, de souffler. En partant au Canada, elles ont pu « se retrouver hors PMA », oublier les contraintes et la pression. Au début du mois d’octobre, elles voulaient s’y remettre. Au moment même de l’interview, Cécile recevait un message de la clinique (“Encore un”, soupirait-elle), lui enjoignant de renvoyer tout un tas de documents et de résultats de tests.

Le problème, c’est aussi que plus la procédure est longue, plus elle est coûteuse. Chaque essai est un gouffre financier, Cécile énumère :

« On est à 1 000€ de frais incompressibles pour chaque essai : plus de 600€ pour l’insémination, et puis l’hôtel, la route, etc. Ce sera pire si on arrive à l’étape où il faut faire de la stimulation hormonale (après le 8e essai), voire faire une FIV (fécondation in vitro). Là, les coûts sont plus élevés. Si on va jusqu’au bout sans succès, on aura claqué 20 000€ pour rien. »

En France, la PMA pour les couples hétérosexuels est remboursée à 100%, jusqu’à six inséminations artificielles et quatre FIV. Sophie et Cécile espèrent que la loi sera rapidement mise en place (adopté par l’Assemblée Nationale, le projet de loi bioéthique sera examiné par le Sénat en janvier, NDLR). La situation actuelle constitue une discrimination à leurs yeux :

« Les couples hétéros peuvent être aidés, mais pas nous, alors qu’on est un couple normal, tout à fait capable d’apporter quelque chose à un enfant. On a cette envie de transmettre. »

Pour Cécile et Sophie, autoriser seulement la PMA aux couples hétérosexuels est une discrimination Photo : Amanda Hinault / FlickR / cc

« La médecine est là pour défier la nature »

Cécile et Sophie trouvent cela difficile d’en parler autour d’elles, même si leurs amis sont solidaires de leur démarche : « Les gens autour de nous ne comprennent pas tout. » Heureusement, le couple a le soutien des parents. « Ma mère le sait, et elle a hâte d’avoir des petits-enfants, se félicite Cécile, alors qu’au début, elle n’était pas trop pour que je sois avec une fille… »

Ces réticences et ce regard parfois malveillant de la société, elles y sont confrontées avec les discours de haine de la part d’organisations militantes notamment :

« Quand j’entends qu’il serait “contre-nature” qu’on ait des enfants, je me dis que ce n’est pas du tout un argument. La médecine est là pour aller contre, pour défier la nature. Ce sont des possibilités qu’on a aujourd’hui, et j’espère que notre société va évoluer. »

Une vraie question : le don anonyme

Cécile se réjouit que les débats à l’Assemblée se soient rapidement focalisés sur d’autres questions :

« On va sur des choses plus intelligentes, sur la question du donneur anonyme, la filiation, l’accès aux origines… C’est bien que cela soit discuté. »

Le flou du donneur

Pourtant, Sophie et Cécile n’ont pas eu d’autres choix que de faire appel à un donneur anonyme : c’est la procédure belge. Elles ont très peu d’informations sur lui, si ce n’est qu’il sera blanc, comme elles, car c’est le seul paramètre que la clinique « est obligée de respecter ».

Pour le reste, c’est le flou. Une sensation un peu étrange pour le couple, qui a demandé à ce que le patrimoine génétique du donneur corresponde, si possible, à des caractéristiques de Sophie (cheveux et yeux marrons notamment). Une manière de faire une place à la « mère sociale », qui raconte comment elle vit tout le processus :

« Au début, pour moi, il a fallu accepter plusieurs choses : d’abord, qu’on n’aurait jamais un enfant qui serait, biologiquement, à toutes les deux. Ensuite, que l’enfant se crée avec un patrimoine qui n’est pas le mien, dont je ne connais rien. D’un côté, c’est perturbant de ne pas du tout savoir à quoi ressemblera son bébé. Et d’un autre côté, ne rien connaître du donneur permet de voir dans mon enfant quelque chose de moi. »

« On est un couple normal, tout à fait capable d’apporter quelque chose à un enfant », disent les deux trentenaires Photo : Amanda Hinault / FlickR / cc

Profiter de la loi sur la filiation

Même si la loi autorisant la PMA en France est promulguée rapidement, elles ne pensent pas en bénéficier. Elles estiment que leur procédure belge sera plus rapide, le temps que la loi se mette en place en France et que « le système se rôde ».

En revanche, elles comptent sur cette loi pour faciliter la filiation, sans passer par la case « adoption » (voir encadré). En attendant, elles se « mettent à la place de l’enfant », essayent d’anticiper ce qu’il leur dira, ce qu’il leur demandera. Elles ont déjà choisi la totale transparence sur le sujet de sa venue au monde :

« On pense qu’il faut être honnête et clair, et le plus tôt possible, avec des mots qu’un enfant peut comprendre, bien sûr. On a un peu peur qu’il soit stigmatisé, mais on lui donnera les armes pour faire face à ce qui lui arrivera dans la vie. »

#PMA

L’Université prête à appeler des huissiers contre ses vacataires

L’Université prête à appeler des huissiers contre ses vacataires

Mi-novembre, des enseignants vacataires ont reçu un deuxième courrier de l’Université de Strasbourg réclamant le remboursement d’un trop-perçu et menaçant cette fois de l’intervention d’un huissier de justice. Le collectif Dicensus et plusieurs syndicats enseignants et étudiants dénoncent une attitude « brutale et injuste ».

Vacataire précaire de l’Université de Strasbourg, au chômage, Simon (le prénom a été modifié) est dans une situation kafkaïenne. L’enseignant a reçu un courrier du service comptable de l’Unistra à la mi-octobre : suite à une erreur du Ministère de l’Economie et des Finances, Simon doit rembourser autour de 90 euros de sa maigre paye.

Problème : « J’ai dû rendre mon revenu à Pôle Emploi parce que je bénéficie d’une aide au retour à l’emploi… » Malgré sa prise de contact avec l’administration universitaire, Simon reçoit un deuxième courrier, en novembre, carrément menaçant :

« Sans paiement de votre part dans un délai de huit jours, je serai dans l’obligation de mettre en oeuvre à votre encontre une procédure de recouvrement par voie d’huissier de justice dont les frais seront à votre charge (…) »

Une menace pour recouvrer… 5 125 euros au total

Selon l’Université de Strasbourg, 141 vacataires ont reçu un salaire trop élevé du fait d’une défiscalisation indue des heures complémentaires. L’administration a décidé d’envoyer un courrier de recouvrement à 70 personnes, dont les excédents de rémunération étaient supérieurs à 30 euros. Au total, l’Unistra compte ainsi récupérer 5125 euros. « Le trop-perçu moyen était de 41 euros, pour un maximum de 284 euros », assure la responsable de la communication.

Le 14 novembre, le collectif Dicensus (Défense et Information des Chercheurs et Enseignants Non-Statutaires de l’Université de Strasbourg) a écrit à Elisabeth Demont, vice-présidente en charge des ressources humaines. Plusieurs syndicats étudiants et enseignants (SES-CGT, SNESUP-FSU, SNTRS-CGT, Solidaires Étudiant-e-s Alsace, Sud Education Alsace) se joignent à la démarche, qui reste sans réponse. Pire : quelques jours plus tard, la menace de l’huissier de justice arrive dans les boites aux lettres de certains vacataires.

Deuxième courrier du service comptabilité de l’Université de Strasbourg aux vacataires ayant perçu un excédent de salaire pendant l’année scolaire 2018-2019. Photo : Document Remis

« Nous demandons une remise gracieuse »

A l’heure où nous écrivons ces lignes, l’Université assurait qu’une réponse aux syndicats et collectif était en cours de rédaction. Martin (le prénom a été changé), membre du collectif Dicensus, dénonce ce silence de l’administration, qui a précédé la médiatisation de l’affaire. Le militant exprime la revendication du collectif :

« Nous demandons que ces sommes soient remises gracieusement car les montants sont importants pour les vacataires, mais dérisoires pour l’université. »

La précarité des vacataires

Pour les vacataires menacés, c’est une énième source de stress due à la précarité de sa situation. Pour rappel, Rue89 Strasbourg révélait cette année que les enseignants non-contractuels de l’unistra sont rémunérés à un taux inférieur au minimum légal. Pour Simon, il y a aussi un problème de santé qui traîne. Pour obtenir un arrêt maladie après son opération, l’enseignant doit attendre le début de l’été :

« Malgré trois ans de doctorant contractuel et trois ans de chargés de cours, je n’ai pas assez d’heures travaillées pour obtenir un arrêt maladie. Il faut bosser quatre mois à temps plein pour l’obtenir, soit 150 heures de cours contre 110 de cours pour moi au premier semestre. C’est scandaleux parce que l’Université ne compte que nos heures passées en cours, alors qu’on doit préparer les cours, corriger les copies… »

« Il faudrait que les vacataires soient salariés »

Julie (le prénom a été changé) a aussi reçu les courriers du service comptabilité de l’Université de Strasbourg. Elle doit rendre 60 euros à l’Unistra. Choquée par la menace d’une intervention d’un huissier, Julie dénonce l’absence de compréhension de l’administration vis-à-vis des vacataires :

« Malgré ma précarité, je peux rembourser 60 euros… mais il y a d’autre manière de faire. L’administration pourrait s’excuser même si la faute se trouve à Bercy. Parce que leur modalité de rémunération nous met dans une situation difficile car trop floue pour des institutions comme la CAF ou Pôle Emploi. Ma paye au mois d’août, c’était 1800 euros sur plusieurs mois, mais la CAF ne comprend pas ça. Vu qu’il y a des mois où je gagne rien, j’ai pas de prime pour l’emploi, et sinon je gagne trop pour avoir le RSA… Il faudrait que les vacataires soient salariés, que l’université paye des charges pour qu’on soit protégé. Notre travail à l’université, c’est pas pour de l’argent de poche. »

« Un courrier de relance standard »

Interrogé sur le recours à un huissier de justice en cas de non-remboursement du trop-perçu, la communication de l’Unistra a répondu à Rue89 Strasbourg :

« Ce courrier est un courrier de relance standard dans le cadre du dispositif de recouvrement. Il rappelle l’origine de la créance, demande une nouvelle fois de la régler ou « à défaut d’informer -l’agence comptable- des raisons qui s’y opposent ». Parmi ces raisons, les motifs sociaux sont pris en comptes, et peuvent donner lieu à la mise en place d’échéancier. »

Pour les deux vacataires interrogés, cette situation démontre le peu d’égard de l’Unistra vis-à-vis de ses vacataires. Dicensus et les syndicats enseignants et étudiants rappellent que « les enseignants vacataires assurent 25% des heures de cours et que le nombre d’enseignants titulaires n’a fait que diminuer ces dernières années (-5% entre 2010 et 2018). » Julie dénonce le rapport de force inégal : « Nous, vacataires précaires, devrions les rembourser sous huit jours, alors que l’Unistra met toujours plus de six mois à nous payer! C’est scandaleux… »

#Enjeux 2020 – Le logement, comment Lyon, Bordeaux et Strasbourg poussent-ils les murs ?

#Enjeux 2020 – Le logement, comment Lyon, Bordeaux et Strasbourg poussent-ils les murs ?

#Enjeux2020 – En vue des élections municipales de mars 2020, les trois Rue89 locaux, Lyon, Bordeaux et Strasbourg proposent des regards croisés sur des problèmes communs à ces trois métropoles. Deuxième épisode, les constructions de logements neufs, parfois décriées sous le nom de « bétonisation ».

Lyon se parisianise

Lyon ne connaît pas (encore) une crise du logement de l’ampleur de celle de la région parisienne, mais se loger devient de plus en plus compliqué, surtout à Lyon et Villeurbanne.

Il n’a jamais été aussi cher d’y acheter un logement : le prix du mètre-carré atteint désormais 5 440€ dans l’ancien.

Les moins aisés poussés en périphérie par les prix de l’immobilier

Et quand les prix restent identiques pour des appartements neufs, ce sont les surfaces qui rétrécissent. Une tendance favorisée par la loi Pinel qui permet une défiscalisation jusqu’à 300 000 euros, soit le prix d’un T2 à Lyon et de certains T3. Les familles partent donc en périphérie, où les loyers sont plus accessibles et les logements plus grands. Ce qui rajoute des trajets domicile-travail, de quoi grever malgré tout leur budget comme l’ont rappelé les Gilets jaunes.

À la location aussi, la situation est également préoccupante. A en croire les chiffres de l’Observatoire local des loyers de l’agglomération lyonnaise, le loyer médian au m² à Lyon a augmenté de 0,3€, passant de 11,9€/m² en 2016 à 12,2€/m² en 2018, et jusqu’à +0,7 €/m² sur la même période dans le centre-ville. A l’échelle de la métropole, le prix au m² a également augmenté, mais plus légèrement (11,4€/m² depuis 2017).

Le bonheur d’Airbnb

Depuis 2017, le volume de logements mis en vente sur Lyon et Villeurbanne a diminué de 20% d’après la chambre des notaires du Rhône. Aujourd’hui, la demande est donc bien supérieure à cette offre réduite.

D’après les chiffres de l’Observatoire Airbnb repris par la Métropole de Lyon, il y avait sur la plate-forme de logements pas moins de 11 211 annonces de locations (chiffres arrêtés à fin mai 2019). Nombre d’entre elles, hors de prix, se trouvant dans les quartiers touristiques : la Presqu’île, le Vieux Lyon ou encore la Croix-Rousse.

À Lyon, pour louer sa résidence principale plus de 120 nuitées par an, ou pour louer un bien qui n’est pas une résidence principale, il faut respecter plusieurs conditions : remplir un formulaire, remplacer le bien par un bien similaire sur le marché immobilier s’il est dans le centre-ville… Mais d’après la Métropole de Lyon, seules 15,05% des annonces d’Airbnb respectent la réglementation.

Logements sociaux : des temps d’attente interminables

Quant aux logements sociaux dont peuvent bénéficier les ménages les plus précaires, il n’y en a pas assez. Plus de 11 000 logements sociaux sont attribués chaque année et 15 545 ont été financés entre 2015 et 2018 d’après les chiffres de la Métropole de Lyon. Mais la file d’attente ne cesse de s’allonger, de 50 000 demandes en 2015 à 77 000 en 2018 (+50%).

La commune de Lyon a jusqu’à 2025 pour atteindre l’objectif imposé de 25%, alors qu’elle n’est qu’à 19,77% (23,98% dans l’ensemble de la métropole).

Des premières petites mesures pour aider à accéder à la propriété

En 2019, la Métropole a adopté la création d’un office foncier solidaire (OFS), baptisé Orsol. L’OFS prendrait en charge le coût du foncier pour les personnes accédant à la propriété pour la première fois, ne leur laissant à payer que le coût du bâti. Ce qui devrait réduire de 20 à 30% le prix d’achat à en croire Michel le Faou, le vice-président de la Métropole en charge de l’urbanisme et du logement. Chaque année, 900 logements pourraient bénéficier du dispositif.

Bordeaux ne se rêve plus millionnaire

Des nouveaux logements, stop ou encore ? Bordeaux Métropole a couru pendant des années après le million d’habitant, pour des raisons de prestige ou par volonté d’éviter l’étalement urbain, en concentrant dans l’agglo les nouveaux arrivants en Gironde. L’objectif était fixé pour 2030 alors que la population actuelle est de 750 000 Bordelais.

Alain Juppé parti, les candidats à sa succession prennent aujourd’hui des distances avec cet objectif, synonyme à tort ou raison de dégradation de la qualité de vie : embouteillages monstrueux, manque de places de stationnement, écoles saturées, flambée des prix des logements…

Les maires des principales communes de la métropole mettent le frein sur les permis de construire. Le candidat Vincent Feltesse (ex-PS) parle de moratoire sur les nouveaux quartiers en construction (Euratlantique, Brazza, Bastide Niel…) si les services publics et la qualité de vie n’y sont pas au rendez-vous. Il avait lancé un plan de densification à la métropole entre 2008 et 2014. Thomas Cazenave (La République en Marche) suggère lui un audit de ces opérations d’aménagement, tandis que Pierre Hurmic et les écologistes veulent stopper l’artificialisation des sols, et donner la priorité à la rénovation et/ou la réquisition des logements vides.

Paradoxe criant

Le paradoxe est pourtant criant, limite embarrassant : doit-on cesser de bâtir dans la métropole alors que celle-ci traverse des crises du logement étudiant et de l’hébergement d’urgence, illustrée par la récente série d’expulsions de squats ou la polémique sur les refus du 115 ? Et alors que les prix exigés pour habiter ont éloigné les Girondins de la métropole, nourrissant la colère des Gilets jaunes ?

Malgré un nombre de mise en chantier record – plus de 9000 logements par an dans la métropole depuis 2016, dont 2000 à Bordeaux -, se loger n’a jamais coûté aussi cher à Bordeaux : les loyers ont augmenté de 16% entre 2010 et 2018, bien plus que l’inflation ; les prix à l’achat ont quasiment doublé – de moins de 3000 à près de 5000 euros le m² en moyenne, portés par la spéculation immobilière liée à l’arrivée de la LGV Paris-Bordeaux en 2017, et la forte l’attractivité de la ville.

Airbnb, encadrement de loyers et société foncière

La Ville n’exclut donc pas de renforcer l’encadrement des locations saisonnières, qui ont détourné du marché traditionnel plus de 8000 logements, selon l’Observatoire national Airbnb, créé par le conseiller municipal bordelais Matthieu Rouveyre (PS). Ce dernier préconise de baisser de 120 à 60 nuitées proposées à la location saisonnière pour les particuliers.

Un office foncier solidaire (OFS) est déjà en cours de création par plusieurs bailleurs sociaux, avec la participation à sa gouvernance de Bordeaux Métropole.  Un tel organisme, récemment lancé à Lyon, achète des terrains dont il reste ensuite propriétaire, percevant ensuite un loyer (via un bail réel solidaire) des propriétaires des bâtiments qui y sont construits ; cela prévient par la suite toute tentative de spéculation foncière.

Côté logement sociaux, Bordeaux est encore loin de l’objectif de 25% en 2015 ( 18,49% actuellement). Le candidat « En Marche » juge « peu réaliste » de l’atteindre, tandis que l’équipe en place affirme au contraire que cet objectif sera atteint, grâce à un rythme de construction supérieur à 1000 logements sociaux par an. Insuffisant toutefois pour répondre au besoin : 41 460 demandes de logements sociaux ont été enregistrées en 2018, soit 13% de plus qu’en 2016, pour seulement 8000 satisfaites…

D’autres différences fondamentales s’observent entre les candidats à Bordeaux sur la question de l’encadrement des loyers. Les socialistes demandent à la mairie d’expérimenter. Les loyers moyens se situent « autour de 15,5 €/m² (soit 421 € par mois en moyenne) pour les T1 dans les zones les plus chères et peuvent aller au-delà de 20 €/m². Un T3 se loue en moyenne à 730 € par mois. », reconnait un diagnostic de la Ville sur le secteur du logement qui parlent de montants « relativement élevés au regard des revenus ».

Pour l’instant, la droite aux commandes Nicolas Florian, comme Patrick Bobet, président de la métropole, refusent de tester cet encadrement. A l’instar d’Alain Juppé qui avait une première fois enterré cette idée, ils invoquent la « stabilité » des loyers dans l’agglomération ces dernières années, et l’encadrement des loyers à la relocation.

Strasbourg construit plus qu’en 1995

En 1995, Strasbourg construisait plus de 3 000 logements par an. Un niveau qu’a retrouvé – et même dépassé – l’Eurométropole depuis 2009 après une grosse décennie autour de 1 900 en moyenne, soit le seuil pour maintenir une population identique. La majorité socialiste revenue aux affaires en 2008 après une parenthèse de la droite (2001-2008) a insisté sur un « rattrapage » du rythme de constructions. La moyenne s’élève à 3 400 logements construits par an, une majorité de 2-pièces et 3-pièces (61%) pour 2 ou 3 occupants et très prisés des investisseurs pour leurs dispositifs de défiscalisation. Ce nombre de livraisons excède les gains de population sur la même période (2 980 habitants par an entre 2011 et 2016). Cet écart s’explique surtout par la diminution continue du nombre d’occupants dans chaque maison et appartement (2,12 en 2015 contre 2,98 en 1968). Depuis 2011, la métropole s’est remise à accueillir des familles (+143 par an) alors qu’elle en perdait plusieurs centaines chaque année depuis 1999.

Le deuxième mandat en 2014-2020 a gardé ce rythme et cet objectif. Principal changement, une meilleure implication des communes de première et deuxième couronne dans la répartition des constructions et notamment des logements sociaux. La conséquence d’une coalition gauche-droite inédite à la métropole, qui a impliqué les maires des alentours. Concernant le parc de logements sociaux, la proportion s’élève désormais à 30% à Strasbourg contre 19% 2008 et 25% à l’échelle des 33 communes de l’agglomération. La loi impose un taux de 25%. Le « rattrapage » n’a pas permis d’enrayer le nombre de demandeurs, de 12 000 en 2008 à 24 000 en 2020, sur fond d’augmentation de la pauvreté : Strasbourg est devenue la ville avec le 3è plus fort taux de pauvreté, soit un quart de la population et métropole la plus inégalitaire depuis la fusion Aix-Marseille.

Globalement, la politique a limité une potentielle « flambée des prix » comme dans d’autres grandes villes. Les prix médians dans l’ancien étant autour de 2 500€ le mètre-carré, il n’y a guère de barre symbolique qui émerge dans le débat politique, comme les 10 000€ à Paris. Dans le neuf, cette limitation est est un peu moins visible. Les prix ont augmenté de 19% entre 2010 et 2018, soit 2,5 fois l’inflation, à plus de 3 500€ le mètre-carré. Sur une opération de luxe près du centre-ville, la rénovation d’un ancien Hôtel des Postes, un prix a plus de 9 000€/m² est tout de même affiché pour un 6-pièces et les autres appartements à plus de 6 000€. Strasbourg n’a pas, comme d’autres grandes villes, de « société foncière » qui permet d’acheter des terrains pour que leurs prix ne soient pas répercutés dans les ventes. En cette fin 2019, elle vient de voter des prises de participation dans une société de ce type.

Des loyers dans la fourchette basse

Concernant les loyers, la modération est plus visible. « En 3 ans, les loyers privés ont augmenté de 0,3% pour rester à un prix médian 10€/m², ce qui reste une moyenne plutôt basse en France. Mais nous restons un marché tendu. En juillet, il n’y avait plus aucun studio en location, alors que 41% des foyers sont occupés par une seule personne », résume Syamak Agha Babaei le vice-président de l’Eurométropole en charge du logement, un ancien du PS qui sera sur la liste des écologistes.

Les différents candidats s’accordent à dire que le Plan local d’urbanisme de fin 2016, même quand ils l’ont voté, est « caduque ». Pour autant, aucune liste ne s’engage à réduire ce fameux objectif de 3 000 logements par an jusqu’à 2030, un seuil de 45 000 logements qui permettrait un accroissement de la population (avec plus 27 000 logements en 2030, l’agglomération ne pourrait que maintenir son nombre d’habitants).

Plusieurs mécanismes successifs ont tenté « d’encadrer » les offres de location de meublés type AirBnb, par exemple en limitant à deux appartements par individu, en exigeant une immatriculation et désormais l’accord de la co-propriété pour « un changement d’usage ». Mais cela n’enraye pas la dynamique des locations saisonnières. On estime à 400 logements « perdus » chaque année à Strasbourg et environ 10% le nombre de logements « perdus » dans le centre-ville. Les élus assurent vouloir dissocier la location ponctuelle de son logement d’habitation et les locations à l’année.

#Enjeux2020 – Pourquoi Strasbourg construit plus que dans les années 1990 et pour qui

#Enjeux2020 – Pourquoi Strasbourg construit plus que dans les années 1990 et pour qui

Une ville doit-elle accueillir tout le monde et toujours grandir ? C’est le débat en creux sur la « bétonisation ». Comme en 2014, les candidats ne critiquent pas tant le fait de construire des logements que leur allure.

Entre 2011 et 2016, l’Eurométropole a gagné 2 980 habitants par an. Dans la même période, elle a construit environ 3 400 logements neufs tous les ans, souvent des 2 ou 3-pièces (respectivement 31 et 30% de l’offre) calibrés pour 2 ou 3 occupants. La capitale alsacienne entasserait donc des logements non-occupés juste pour le plaisir des constructeurs ?

Séparation de couples, déménagements professionnels et d’étudiants, allongement de la vie, familles avec moins d’enfants, remplacements d’appartements par des locations touristiques notamment via AirBnb… Comme toutes les grandes villes, Strasbourg fait face aux transformations de la société française. Ces changements de modes de vie dépassent l’influence que peut avoir un maire et son équipe.

Moins d’habitants par logements

En 1968, près de trois personnes habitaient sous un même toît à Strasbourg (2,98), selon les données compilées par l’Agence de développement et d’urbanisme de l’agglomération strasbourgeoise (Adeus). Depuis, cette moyenne n’a cessé de baisser, pour tomber quasiment à deux (2,12 en 2016). En résumé, même à population égale, il faut plus de maisons et surtout d’appartements. De plus, 41% des foyers ne sont composés que d’une seule personne.

Ainsi dès 2008, le Parti socialiste de retour aux commandes a insufflé une politique qu’il qualifie de « rattrapage », après une dizaine d’années à environ 1900 logements par an. La cadence a retrouvé – et même dépassé – les pics de 1987 ou 1996, à plus de 3000 logements neufs.

Voté fin 2016, le Plan local d’urbanisme des 33 communes a fixé un objectif de 45 000 logements en 15 ans, toujours sur les bases de 3 000 constructions annuelles. « Pour maintenir une population égale, il faut 27 000 logements (soit 3 sur 5) », explique Benjamin Soulet, chef de projet développement de la connaissance territoriale à l’Eurométropole. Le débat devrait en théorie se porter sur la nécessité des 18 000 logements supplémentaires (2/5) qui serviront à augmenter la population.

L’opération de 8 bâtiments place de l’Étoile est l’une des opérations emblématique des critiques de l’urbanisme du mandat Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Une ville doit-elle toujours grandir ?

Une ville doit-elle toujours grandir ? Est-ce le revers d’une politique « d’attractivité » ? Cette ambition s’inscrit dans la compétition entre les grandes métropoles françaises. À Strasbourg, cette concurrence se matérialise par des soutiens à des programmes d’excellence universitaire (notamment autour de la recherche médicale, du co-financement d’un recrutement d’un cinquième « prix Nobel »), du développement du quartier d’affaires Archipel, notamment dans le but d’attirer/maintenir des sièges de sociétés prestigieuses (Adidas, Caisse d’Épargne Grand Est, regroupement au Crédit mutuel, Puma), le soutien aux institutions européennes, la construction d’un nouveau Parc des expositions, la rénovation du Palais des Congrès ou les agrandissements des enceintes d’équipes de sport professionnel (stade de la Meinau, Sig Arena), des vecteurs de « rayonnement » et qui deviennent des lieux d’affaires via leurs loges.

Dans la même veine, Strasbourg s’était battue pour obtenir l’agence européenne du Médicament, qui quitte Londres suite au Brexit. Avec un « taux d’accroissement de population » de 0,6% par an environ, Strasbourg « grandit » moins vite que les métropoles de Lyon, Toulouse, Rennes, Nantes, Bordeaux et Montpellier qui « croissent » deux à trois fois plus vite. L’inverse de Paris qui perd 12 000 habitants par an.

Ville étalée ou ville dense ?

Deux options de développement s’offrent aux décideurs. Plus aérée, la « ville étalée » nécessite de longs temps de déplacement, notamment en voiture là où les transports en commun ne sont plus réguliers ni rapides. A contrario, la « ville dense », plus ramassée dans l’espace, génère parfois de la congestion et des îlots de chaleur.

En 2014, les choses étaient assez simples. Les listes de droite et de gauche soutenaient le développement des métropoles comme Strasbourg, quitte à diverger sur le rythme. Face à eux, Front de gauche et Front national plaidaient pour aménager le territoire et ne pas dévitaliser les villes secondaires. (Re-lire notre article sur le faux débat de la « bétonisation »)

En 2020, toutes les listes critiquent, plus ou moins fortement, la direction que prend la ville. Mais pour autant, aucune ne prend l’engagement formel de réduire le rythme actuel de constructions. Ni ne plaide pour la « ville étalée ».

Un rythme soutenu que personne ne remet en cause

La « bétonisation » c’est d’ailleurs l’un des angles d’attaque majeur de Jean-Philippe Vetter (LR), après un mandat dans l’opposition. Il s’était abstenu sur le vote du Plan d’urbanisme.

« De nombreuses parcelles de verdure ont donné lieu à des projets immobiliers sans âme », déplore le conseiller municipal. « On peut tout à fait penser une ville dense et de qualité », ajoute-t-il en prenant comme exemple la Neustadt et comme contre-exemple l’Avenue du Rhin. Mais le candidat LR ne s’engage pas sur le rythme de construction.

Le Pixellium sur l’Avenue du Rhin, un axe bruyant et très pollué. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Que l’opposition soit critique d’un mandat est dans l’ordre des choses. Que des candidats issus majorité le soient est moins commode. Alain Fontanel (LREM,) qui a pour sa part voté le PLU et ses révisions, est l’un d’eux :

« Le premier mandat a été très intense pour répondre aux besoins. Le deuxième a perpétué cette situation sans interroger les réalités nouvelles du changement climatique et notamment les îlots de chaleur. Seule l’approche du nombre a été privilégiée, de manière un peu dogmatique, et a oublié les autres paramètres pour garantir la qualité de vie. »

« Une opération comme le Heyritz est un exemple »

Celui qui a pour slogan « La ville heureuse » dit « ne pas croire pas à la course en avant pour être toujours plus gros ». S’il est élu, il assure qu’une révision du PLU sera « un chantier prioritaire » :

« Il faut un objectif de qualité et celui-ci déterminera si la quantité peut être maintenue. Il peut y avoir des prescriptions réglementaires des taux d’occupation de sols, d’exposition à la pollution, ne pas mettre de balcons sur les côtés les plus pollués ou sur les formes architecturales. Une opération comme le Heyritz est par exemple équilibrée. De plus, nous avons construit mais les prix ont continué d’augmenter, de 14% depuis 2008. »

La critique notamment sur le « dogmatisme » vise directement les écologistes, leur adjoint à l’urbanisme Alain Jund et le vice-président au logement Syamak Agha Babaei qui figureront sur la liste de Jeanne Barseghian.

Le temps long des projets immobiliers

L’élu défend son bilan mais rappelle qu’ « aucune opération [qu’il n’a] signée n’est encore livrée » :

« C’est l’un de mes enseignements du mandat. Le temps des décisions de la conception jusqu’à la livraison est très long. Le quartier Danube (souvent cité comme contre-exemple y compris par Alain Fontanel) est une opération dont les prémisses remontent au mandat de Fabienne Keller et dont tout n’est pas fini, notamment les espaces verts. C’est un sujet qui appelle chacun à l’humilité. »

Les critiques sur « l’uniformisation » des bâtiments, Syamak Agha Babaei les a entendues dès sa prise de poste en 2014. Il assure que le PLU a permis d’ajouter des éléments qualitatifs qui se verront dans les prochaines années :

« Les projets en cours prévoient des formes variées, une double orientation pour 85% des logements, des salles de bain avec une ouverture sur l’extérieur, plus d’intimité sur les balcons et des rez-de-jardins mieux cachés pour être utilisés. Par ailleurs, les logements trop petits sont rendus impossibles (les logements neufs ont en moyenne 3m² de moins ndlr). »

Des opérations « qu’il défendra à 100% » vont bientôt être achevées à Schiltigheim ou Reichstett, y compris des « maisons individuelles dense », qui ne se construisaient quasiment plus.

Transport doux et aménagements pour femmes

Syamak Agha Babaei pointe néanmoins des améliorations possibles : accompagner les opérations immobilières de vélos électriques ou de voitures en autopartage, comme cela s’est fait à Ostwald et va se reproduire à Reichstett et La Wantzenau. L’objectif de l’homme politique est aussi de moins exposer à la pollution sonore et de particules, de penser des aménagements aussi pour les femmes plutôt pour ceux surtout utilisés par des hommes comme les mini stades de foot ou skateparks. « Il y a beaucoup d’hommes comme moi dans ce milieu, sauf dans les services de l’Eurométropole (où une majorité de femmes sont employées, ndlr ».

Côté PS, Mathieu Cahn a toujours défendu sans ambiguïté la politique de logement initiée par Roland Ries. Lors de ses vœux en janvier 2019, l’adjoint de quartier à la Meinau, souhaitait préserver qu’à Strasbourg, « on puisse vivre dans des formes d’habitat variées, de la maison individuelle à de grands ensembles collectifs ». Il a été à la manœuvre sur les opérations de renouvellement urbain des grands quartiers de Strasbourg et des alentours.

Densité et étalement urbain

En dehors de la majorité à gauche, la géographe Anne-Véronique Auzet porte la critique pour la liste de la France insoumise et ses alliés :

« Dès qu’on veut aborder le sujet avec EELV, il y a comme un blocage. À la fois on a eu la densité, qui est un objectif que je partage, mais aussi l’étalement urbain, qui sera un deuxième effet induit du GCO. Par ailleurs, Strasbourg a de grands espaces verts, mais il en faut aussi des petits à l’échelle de quartiers ou de quelques rues. Enfin avec la SPL qui gère l’urbanisme aux Deux-Rives, la création de 7 tours de 15 étages à côté du Port-du-Rhin n’a fait l’objet d’aucun débat démocratique (elle l’a été rapidement pour la première fois au conseil municipal du 25 novembre, après l’interview). »

De là à remettre en cause le rythme ? Là non plus, pas vraiment. « Plus que le nombre de logements, c’est le type. Ils ne répondent pas aux besoins des étudiants issus de milieux modestes et des plus pauvres. »

L’attrait des investisseurs dans le neuf

Parmi les « profils des acheteurs » dans le logement neuf recensés par l’Adeus, il y a certes des trentenaires qui s’installent (on parlent de « primo-accédant »), mais encore plus d’acheteurs entre 45 et 60 ans. Une population que l’on retrouve très peu dans l’ancien, contrairement aux trentenaires. Une grande part de ces acheteurs plus âgés souhaitent vraisemblablement investir, plutôt que d’habiter, attirés par les dispositifs de défiscalisation de la loi Pinel.

Cette double demande explique la hausse des prix du neufs (3600€/m2) soit environ 1000€ plus cher que l’ancien (d’autant plus prisé par les trentenaires) et une hausse de 19% depuis 2010, soit 2,5 fois l’inflation. Dans l’opération de luxe à l’Hôtel des Postes, des prix entre 7000€ et 9000€ sont même affichés, bien au-delà des 4800€ le m² des Black Swans qui fixaient déjà des records quelques années plus tôt.

Quelles répercussions ont ces politiques sur les loyers ? Selon l’observatoire des loyers, qui utilise la même méthode pour de nombreuses grandes villes, Strasbourg est avec un prix médian à 10€/m² dans la fourchette basse des agglomérations comparées. Ce prix s’élève à 10,9€ dans le centre élargi et baisse à 8,9 dans les communes au nord.

Le défi du social

Sur le logement social, personne n’annonce de grand big bang. Les différentes listes partagent l’idée d’une « mixité » des opérations et un rééquilibrage entre quartiers. Il faut aussi « améliorer la mixité au sein des quartiers populaires, voire des immeubles », pointe Alain Fontanel. En revanche les conditions de vie des occupants des logements sociaux font aussi l’objet de critiques chez toutes les équipes.

« L’entretien a été une variable d’ajustement de la pression que subissent les bailleurs. Il faudrait un bonus pour ceux qui traitent bien leurs occupants, car certains y arrivent », analyse Syamak Agha Babaei, qui siège lui-même chez CDC Habitat (ex-Nouveau Logis de l’Est) et Habitation Moderne.

« Dans chaque opération de plus de 12 logements, il y a désormais 35% de logement social, hors Quartiers prioritaire de la Ville (QPV) où c’est interdit et à proximité où nous voulons une proportion moindre. Seules quelques opérations ont échappé à cette règle, les Blacks Swans et Archipel 1 qui n’étaient pas piloté par les services d’urbanisme (mais par le maire ou son 1er adjoint Alain Fontanel, ndlr). Par ailleurs, 30% des logements sociaux sont du “très social”, à 5,5€/mois/m² hors charges. »

La construction neuve pose la question du logement – ou du relogement quand un immeuble est détruit lors d’une rénovation d’un quartier – des plus pauvres. Dans le parc ancien, des loyers aidés existent à 4€/m², voire moins.

Les QPV concentrent les loyers sociaux les plus faibles

Les QPV concentrent le plus de logements sociaux et les loyers les plus faibles. Les nouvelles opérations s’adressent à des moins modestes. L’Esplanade devient un quartier avec des loyers modérés.

Dans ce soucis d’extraire la pauvreté des quartiers les plus difficiles, la loi Egalité et citoyenneté de 2016 demande qu’un quart des logements hors QPV soit attribué aux demandeurs les plus pauvres. Strasbourg n’y est pas encore, avec 13% actuellement. Une réforme du système d’attribution avec un système de « cotation » des dossiers est entré en vigueur en septembre 2019, après de longues discussions avec les maires et bailleurs. Il s’agissait d’une promesse de la campagne de Roland Ries. Rallié à Alain Fontanel, Paul Meyer demandait l’anonymisation. « Aucun système n’est parfait, il y aura toujours quelqu’un chez le bailleur qui lèvera l’anonymat et pourra faire entrer de l’arbitraire », répond Syamak Agha Babaei.

Autre défi qui chamboule les attributions, l’augmentation des familles monoparentales. Elles représentent désormais 30% des demandeurs. Avec les gardes alternées, ces occupants ont souvent besoin d’un 3-pièces, dont une chambre n’est pas utilisée l’ensemble du temps.

En dépit de ces nombreuses constructions de logements sociaux (entre 1100 et 1500 par an selon les sources), Strasbourg compte près de 24 000 demandeurs pour y habiter, alors que seules 4 500 places sont attribuées chaque année. Parmi eux, 40% cherchent à changer d’appartement et 60% à intégrer le parc. C’est surtout bien plus que les 12 000 en 2008. Pourquoi ce chiffre augmente-t-il en dépit des constructions successives ?

Les observateurs l’expliquent principalement par l’augmentation du nombre de pauvres. Le taux de pauvreté est passé de 22% à 25%, soit 70 000 Strasbourgeois, le 3è plus haut total de France. L’Eurométropole est devenue la métropole la plus inégalitaire suite à la fusion d’Aix-Marseille. Des classements dans lesquels Strasbourg engrange deux podiums, mais qui ne collent pas aux aspirations « d’attractivité » et de « rayonnement » qui attirent de nouveaux habitants.

#Anne-Véronique Auzet

« Au pied d’ma tour » : trois jeunes de Hautepierre racontent leur quartier dans une web-série

« Au pied d’ma tour » : trois jeunes de Hautepierre racontent leur quartier dans une web-série

À 17 et 18 ans, Dylan, Mikaïl et Ameur tournent actuellement la web-série « Au pied d’ma tour » dans le quartier de Hautepierre, où ils ont grandi. L’histoire raconte le destin de trois potes qui ont le même rêve : faire carrière dans la musique. Ils sont repérés par un producteur mais rien ne se passe comme prévu… Deux épisodes ont été tournés depuis septembre, six autres sont prévus.

« Ça va pas le faire. » Ameur Brieg s’aperçoit qu’un des acteurs de la web-série « Au pied d’ma tour », tournée depuis septembre à Hautepierre, s’est coupé les cheveux. Les bras croisés dans sa doudoune, le jeune homme de 18 ans est songeur : « avant, il avait les cheveux plus longs. Là, ça va poser des problèmes de raccords au montage. »

Dans la matinée du samedi 9 novembre, ils sont une dizaine à s’activer au pied des immeubles de la place Erasme, en plein cœur de la maille Éléonore. « Silence », « action », « coupez » : les prises s’enchaînent sous un grand soleil malgré un thermomètre qui ne dépasse pas les sept degrés. Casquette vissée sur la tête, Ameur regarde dans l’écran de la caméra la scène qui vient d’être enregistrée.

Ameur Brieg, 18 ans, cite le film "Taxi", comme référence absolue. (Photo : OG/ Rue89 Strasbourg)
Ameur Brieg, 18 ans, a grandi à Hautepierre. Il cite le film « Taxi » comme référence absolue.
Photo : OG/ Rue89 Strasbourg

Des épisodes d’une dizaine de minutes

Tournée depuis septembre à Hautepierre, la web-série s’inscrit dans un partenariat entre la Maison des Adolescents (MDA), la Jeep (Jeune équipe d’éducation populaire) et l’association Horizome qui soutient des projets initiés par des jeunes du quartier. Les premiers épisodes seront diffusés sur une chaîne YouTube dédiée. Ils seront projetés dans la soirée du samedi 14 décembre au centre socioculturel de Hautepierre.

L’idée est née il y a un an, lors d’une réunion dans les locaux d’Horizome. Ameur et deux amis d’enfance, Dylan Hunzinger et Mikaïl Baba, 17 ans tous les deux, décident de reprendre le nom de « Au pied d’ma tour » (une émission de HTP radio qui vise à mettre en avant des personnalités de Hautepierre) pour raconter une histoire.

Influencés par la série marseillaise « Les Déguns », qui cartonne sur YouTube, le trio opte pour le format de la web-série avec des épisodes courts d’une dizaine de minutes en moyenne. Leur scénario : trois artistes du quartier, deux garçons et une fille, cherchent à percer dans le milieu du rap. Ils sont repérés par un producteur mais chacun va choisir une voie différente pour réaliser son rêve.

Âgés de 17 ans, Mikaïl Baba (à gauche), et Dylan Hunzinger, ont planché sur l'écriture du scénario et le langage audiovisuel. (Photo : doc.remis)
Âgés de 17 ans, Mikaïl Baba (à gauche), et Dylan Hunzinger, ont planché sur l’écriture du scénario et le langage audiovisuel. Photo : doc.remis

« Ils avaient déjà les plans en tête »

Encadrés par la designer Pauline Desgrandchamps, membre d’Horizome, et le vidéaste strasbourgeois Vincent Viac, Ameur, Dylan et Mikaïl ont retravaillé le scénario et ont ainsi été initiés aux codes de l’écriture image. Vincent Viac détaille :

« Ils se sont rendu compte de certaines limites : si à la séquence 12 un personnage fait telle action, dans la séquence 22 de l’épisode 3, il ne peut pas faire ça. Mais c’était hallucinant parce-qu’ils avaient déjà les plans dans leurs têtes : un panoramique qui descend du haut de la tour, puis la caméra qui s’arrête sur la porte, puis sur le personnage. L’aspect de réalisation était déjà là. »

Le vidéaste strasbourgeoisVincent Viac (doudoune bleue) supervise le déroulement des tournages. (Photo : OG / Rue89 Strasbourg)
Le vidéaste strasbourgeois Vincent Viac (doudoune bleue) supervise le déroulement des tournages. Photo : OG / Rue89 Strasbourg

Tout a commencé avec un téléphone

C’est au collège que les trois potes ont commencé à filmer des petites histoires avec un iPhone. Plus tard, au sein du collectif strasbourgeois Eklips Production, ils ont participé à la réalisation de plusieurs clips de rappeurs du quartier. Ameur sourit :

« On faisait des trucs à l’instinct. Par exemple, les champs, contre-champs, je ne savais pas comment ça s’appelait. Je pensais avoir inventé quelque chose en le faisant ! »

Sur les tournages, les jeunes filment en alternance avec des professionnels comme ici, JP, vidéaste de l'association Kapta. (Photo : OG / Rue89 Strasbourg)
Sur les tournages, les jeunes filment en alternance avec des professionnels comme ici, JP, vidéaste de l’association Kapta. Photo : OG / Rue89 Strasbourg

Les contraintes du tournage

En parallèle de la web-série, les trois garçons ont bénéficié de sessions de formations sur le langage audiovisuel, le montage ou le cadrage, assurées bénévolement par le réalisateur strasbourgeois Quentin Écrepont ou le photographe Dominique Pichard. Lors des tournages, Dylan, Ameur et Mikaïl assurent les prises d’images et de sons en alternance avec d’autres professionnels de l’audiovisuel. Ils ont découvert les contraintes de certains tournages. Ameur raconte :

« On découvre que ce n’est pas parce qu’on a une idée en tête que ça va être fait. Ça va dépendre de la météo, de la lumière, de l’angle. Et si on n’est pas d’accord avec ce qu’un pro vient de tourner comme plan, on en discute. Je me souviens par exemple d’un effet de flou dans une séquence qui ne me plaisait pas. On n’a pas toujours le dernier mot. »

20 000 euros de subvention, 22 volontaires

La préfecture du Bas-Rhin finance le projet à hauteur de 20 000 euros, dans le cadre du dispositif Mildeca sur la prévention des addictions. Un budget divisé entre la web-série et une émission de HTP Radio. « C’est serré, ce qui implique beaucoup de bénévolat », affirme Vincent Viac.

Entre l’équipe technique et les acteurs, ce sont au total 22 personnes qui sont volontaires sur le projet. Massar, un éducateur de la Jeep, campe même un petit rôle dans la série. Sa collègue Waïla, est aussi présente sur les tournages, en soutien.

"On est comme les cinq doigts de la main", explique Ameur pour décrire l'ambiance qui règne dans l'équipe. (Photo : doc.remis)
« On est comme les cinq doigts de la main », explique Ameur pour décrire l’ambiance qui règne dans l’équipe. Photo : doc.remis

Les petits dirigent les « grands frères »

Pour Ameur, Mikaïl et Dylan, parler du rap et du quartier où ils ont grandi était évident. « C’est vraiment ce qui représente Hautepierre », considère Ameur. Sur les tournages, deux générations du même quartier travaillent ensemble et ce sont les petits qui dirigent les anciens.

Junior et Ridfauve incarnent deux des trois artistes qui souhaitent percer dans le rap. (Photo : doc. remis)
Junior et Ridfauve incarnent deux des trois artistes qui souhaitent percer dans le rap.
Photo : doc. remis

Pour incarner les personnages, les trois jeunes ont fait appel aux rappeurs hautepierrois Moxxx et Ridfauve, 40 ans tous les deux. Junior, un autre rappeur strasbourgeois et Serena, une chanteuse originaire du Neuhof, ont par la suite rejoint le casting. Mikaïl se souvient d’avoir été intimidé de donner des directives à ceux qu’ils appellent des « grands frères » :

« Ils ont su se mettre dans la peau de leur personnage. Moxxx, c’est le boss du rap à Hautepierre. C’était évident que ça soit lui qui joue le rôle du producteur. Ridfauve, Junior et Serena jouent les artistes qui veulent percer. Ils connaissent le milieu de la musique. Ils étaient faits pour ces rôles. »

Décrit comme le "grand du quartier" par les jeunes, Moxxx joue le rôle du producteur. (Photo : doc.remis)
Décrit comme le « grand du quartier » par les jeunes, Moxxx joue le rôle du producteur.
Photo : doc.remis

Junior et Ridfauve, qui ne sont pas des acteurs professionnels, considèrent leur participation à la web-série comme un échange, une transmission avec les jeunes. « Je les laisse me diriger parce que c’est un apprentissage pour eux », explique Ridfauve. « Ce sont des jeunes qui arrivent à porter un projet, ça donne l’exemple pour les autres. »

La maille Éléonore, l’actrice principale

Figure centrale de la web-série : Hautepierre. Mikaïl, qui connaît toutes les mailles « comme sa poche », s’est chargé du repérage des lieux de tournages. Un petit défi dans un quartier où trois mailles sur cinq ont été largement transformées par la rénovation urbaine et où les tours n’existent presque plus. Son choix s’est finalement porté sur la maille Éléonore, la « Élé », où lui et Ameur ont grandi. La dernière, avec la maille Brigitte, à ne pas encore avoir été modifiée par les rénovations. Ameur décrit :

« Ailleurs dans le quartier, les immeubles sont plus colorés, tout est plus urbanisé, comme à la maille Jacqueline. Alors qu’à la Éléonore, tout est blanc et gris, à l’ancienne. »

Tournage au pied du 32, place Érasme, au coeur de la maille Éléonore. La dernière, avec la Brigitte, à ne pas encore avoir été touchée par les rénovations. (Photo : doc.remis)
Tournage au pied du 32, place Érasme, au coeur de la maille Éléonore. La dernière, avec la Brigitte, à ne pas encore avoir été touchée par les rénovations. Photo : doc.remis

Certaines séquences, comme les sessions d’enregistrements en studio, ont été tournées aux ateliers M33, à la Meinau, ou au centre-ville de Strasbourg. Depuis le mois de septembre, deux épisodes ont été enregistrés. Huit au total sont prévus.

Des séquences ont été tournées au centre-ville, d'autres à la Plaine des Bouchers, à la Meinau. (Photo : doc.remis)
Des séquences ont été tournées au centre-ville, d’autres à la Plaine des Bouchers, à la Meinau. Photo : doc.remis

Apprendre la patience et le collectif

Dans le quartier, la web-série a suscité la curiosité des habitants et d’autres jeunes participent régulièrement aux tournages comme figurants. Parmi eux, Abdou qui s’est découvert une passion pour l’animation et a démarré un stage auprès de Vincent Viac.

De leur côté, Ameur Dylan et Mikaïl expliquent avoir appris la patience et travailler avec un collectif. « Moi qui pensais que ça pouvait se faire en deux ou six mois, ça a pris presque un an ! », lâche Ameur. Il confirme qu’il souhaite plus que jamais devenir réalisateur et s’imagine un destin à la Steven Spielberg.

Mickaël Labbé  : « Nos villes sont devenues des zones à défendre »

Mickaël Labbé  : « Nos villes sont devenues des zones à défendre »

Philosophe de l’Université de Strasbourg, Mickaël Labbé s’alarme de la perte de repères qui touche l’action publique quand elle aménage la ville. Alors que l’espace public ne semble plus pensé qu’en une succession de fonctions, il appelle les citoyens à repenser à la manière de cohabiter en ville, alors qu’ils doivent bientôt choisir une nouvelle équipe municipale.

Plutôt qu’une arène de petites phrases, les élections municipales devraient être l’occasion d’une interrogation substantielle, démocratique et ouverte quant aux questions qui orientent réellement le devenir d’une ville : quelle ville voulons-nous ? Qui voulons-nous être, nous qui habitons un même lieu ? À quelle conception de nous-mêmes voulons-nous voir ressembler les lieux qui sont les nôtres ?

La « relocalisation du politique », tout comme le désir d’ancrage en un lieu qui soit réellement le nôtre, sont des aspirations légitimes d’une large frange des citoyens-habitants, en même temps que l’expression d’une grande inquiétude quant à la manière dont la ville est produite aujourd’hui. Nous ne voulons pas que la ville soit produite sans nous ou contre nous.

Mickaël Labbé, maître de conférence en esthétique et philosophie de l'art à l'Université de Strasbourg (Photo Emilie Vialet / doc remis)
Mickaël Labbé, maître de conférence en esthétique et philosophie de l’art à l’Université de Strasbourg Photo : Emilie Vialet / doc remis

Face à la privatisation de portions toujours plus larges d’espaces publics ; face à des logiques d’exclusion et d’augmentation de la précarité ; face au développement obsessionnel des stratégies de branding des villes dont l’objectif prioritaire est de vendre leur image ; face aux attaques en règle des promoteurs et autres investisseurs qui traitent l’espace urbain comme une marchandise à valoriser et non comme un bien commun ; face au mépris affiché par des projets architecturaux et urbains pharaoniques et anachroniques qui mutilent la nature et défont les tissus sociaux produits par la patience des échanges quotidiens, etc. nos villes sont devenues des zones à défendre.

Par ces quelques réflexions, qui sont celles d’un Strasbourgeois qui n’a aucune prétention à diriger qui que ce soit, je souhaiterais replacer au centre du débat à venir l’idée du « droit à la ville ». Idée qui, au passage, s’est élaborée dans certaines de ses dimensions essentielles dans la ville de Strasbourg alors que son inventeur, Henri Lefebvre, y enseignait juste avant 1968. Voilà qui, à n’en pas douter, ferait un bel héritage à assumer, une belle tradition à réactiver.

Une ville de la cohabitation et non de l’exclusion

Contre la tendance à une « archipelisation » accentuée de la société, au développement d’une ville de l’entre soi et de l’exclusion qui ne nous confronte plus à l’autre que par accident, il faut rappeler le sens même de ce qu’est une ville : un espace de cohabitation et non de simple coexistence.
Que l’on se ressemble ou non, que l’on s’apprécie ou pas, que l’on soit importuné par l’autre ou à l’inverse que l’on s’émerveille de sa rencontre, que sa différence nous attire ou au contraire nous irrite, en ville, nous avons à apprendre à co-habiter, à habiter ensemble et pas simplement à vivre les uns à côté des autres. Bon gré mal gré, l’existence urbaine est sans doute l’une des seules expériences qui permette un tel apprentissage, qui est d’une nature fondamentalement démocratique, en nous confrontant à une mosaïque d’âges, de rythmes, de langues, de nationalités, de milieux sociaux différents des nôtres.

Or, la manière même dont nous faisons la ville aujourd’hui tend tout à l’inverse à favoriser l’uniformité et l’homogénéité, à renforcer les dynamiques qui nous poussent au repli et à la reproduction du même.
Entre ghettoïsation et embourgeoisement, il faut sans cesse appeler ceux qui sont en charge de la ville à la plus extrême prudence. C’est là la logique de l’action humaine selon Hannah Arendt : une fois la décision prise et l’action engagée, les conséquences sont à la fois imprévisibles et irréversibles. S’il ne s’agit pas de plaider pour une quelconque forme de muséification (déjà largement à l’œuvre), car il faut bien agir, il me semble essentiel d’appliquer aux grandes décisions d’aménagement et de développement un tel souci des conséquences, une telle précaution minutieuse quant aux effets non mesurables des choix présents.

Les sempiternels appels à la rénovation urbaine pour remédier à l’isolement des « quartiers », les décisions de piétonisation qui ne manqueront pas de favoriser unilatéralement le commerce et d’augmenter les loyers, le réaménagement monofonctionnel d’une place destinée entièrement à la consommation et excluant d’autres formes d’usage des lieux, la promotion de « lieux de vie » et « d’écosystèmes » (pour prendre deux termes à la mode) taillés sur mesure pour de jeunes actifs favorisés (dont je suis) réduits à leur identité de « bobos », et ainsi de suite : longue est la liste des « améliorations » immédiates, opérées en toute bonne foi (et je le dis sans cynisme), dont nous aurons à payer les effets.

Il faudrait ainsi avoir à l’esprit que les décisions d’aménagement ne sont pas uniquement des décisions techniques ou esthétiques, mais qu’elles ont d’abord une implication fondamentalement politique et sociale. Qu’elles favorisent ou empêchent des manières d’être ensemble, qu’elles promeuvent une certaine vision du « nous » qu’il s’agit d’élargir ou, au contraire, de défaire.

C’est pourquoi, et pour ne prendre qu’un exemple qui pourrait sembler insignifiant, la présence de mobilier anti-SDF au cœur même d’une ville comme Strasbourg me paraît absolument incompréhensible et inacceptable. L’installation de ces pièces d’architecture « défensive » ou « hostile » n’est pas un acte anodin ou sans conséquence. Il ne saurait s’agir d’une simple décision technique visant à prévenir les conflits d’usages ou les comportements indésirables. Encore une fois, ce n’est pas là une manière de vouloir nier les problématiques en question, mais simplement d’affirmer qu’une telle solution n’est pas admissible. Qu’elle n’est pas même une solution. Qu’elle nous déshonore.

Outre l’insupportable violence exercée en sous-main sur les populations ciblées (selon une logique du mépris social véhiculé par les formes de l’espace urbain), qui sont parmi les plus fragiles et qui, qu’on le veuille ou non, sont au même titre que nous des habitants et des usagers de notre ville, les effets irrationnels sur l’ensemble des habitants sont légion.

N’acceptons pas qu’un modèle social du mépris s’installe en ville

Pensons également aux personnes âgées, aux femmes enceintes, aux enfants, aux personnes en situation de handicap. De plus, et c’est là un phénomène indéniable qu’il s’agirait d’avoir toujours à l’esprit, toute décision d’aménagement (jusqu’au choix en apparence anodin d’une pièce de mobilier urbain) véhicule un certain modèle spatial et social aux conséquences potentiellement néfastes.

Installer du mobilier anti-SDF, c’est ainsi produire par le biais des espaces un modèle social du mépris, de l’hostilité et de la défiance. C’est à la fois produire des rapports sociaux plus hostiles et légitimer de tels rapports comme étant la norme.

Mais voulons-nous réellement d’une ville qui, en ciblant les plus vulnérables, et même s’ils nous importunent ou nous choquent parfois, cède à l’expression du mépris social et rend la ville en définitive moins habitable pour nous tous ? Est-ce là le « nous » que nous souhaitons former ? Car, sauf à assumer un projet ouvertement inégalitaire et à jouer carte sur table (on fait une ville pour les riches et les touristes !), il faudrait pouvoir rêver d’un projet de ville qui refuserait par principe le recours à de telles formes de mobilier urbain, qui ferait le pari d’une ville de la confiance, qui ne céderait pas à l’impératif dogmatique et déraisonnable du « tout sécuritaire. »

« Nous sommes Strasbourg »

Au moment même où le Marché de Noël va ouvrir ses portes, nous allons commémorer les événements tragiques qui ont frappé notre ville le 11 décembre 2018. Cette violence barbare qui s’est introduite dans nos vies a visé Strasbourg en son cœur même et dans la multiplicité de ce que représente la ville (le luxe et le symbole représentés par la rue des Orfèvres ; le lieu de passage et de mélange de la rue des Grandes-Arcades ; le Strasbourg jeune et nocturne de la rue Sainte-Hélène ; la ville mixte, populaire et « boboïsée » du Neudorf, etc.). Le souvenir de cette nuit d’horreur sera à n’en pas douter présent en chacun de nous.

Par-delà l’indispensable hommage à rendre aux victimes, l’attentat terroriste nous aura révélé à quel point nous sommes reliés par le partage d’un lieu et d’une identité. De manière sinistre, il nous aura rappelé à ce simple fait, qu’au-delà de nos désaccords, Strasbourg est un « nous ». Nous, habitants de Strasbourg. Nous, réunis en un lieu qui nous fait ce que nous sommes ; « où » qui nous construit comme un « nous ». Comme le soulignait magnifiquement Winston Churchill : « Nous commençons par construire des édifices ; ensuite, ce sont eux qui nous construisent ».

Peu importe qui nous sommes, simples citoyens, élus ou gens de passage, habitants du centre-ville ou des quartiers périphériques (pour reprendre ce vilain terme), nous faisons toutes et tous partie de cette conversation continuée qui est comme l’être d’une ville. Dans toute notre diversité et dans toute notre ouverture aux visiteurs d’une année ou d’un jour. En effet, ce soir-là, les touristes aussi étaient des Strasbourgeois.

Réaffirmer le droit à l’usage collectif de la ville

Face à un tel rappel, il est plus que nécessaire de remettre au cœur de nos réflexions cette dimension du droit à la ville. Qui a droit à la ville ? Pour qui la ville est-elle faite ? Dans de trop nombreux territoires, la réponse à ces questions tend à devenir beaucoup plus monolithique que réellement pluraliste.

Tous les Strasbourgeois le savent et en font l’expérience quotidienne : le Marché de Noël est en effet un temps fort de l’année, qui incarne toutes les contradictions d’un Strasbourg pris entre la fierté d’un moment de perpétuation de son identité et l’exploitation de son image, entre tradition humaniste d’ouverture sur le monde et tensions tourismophobes de plus en plus marquées (sous l’effet d’un surtourisme), ancrage populaire et marchandisation d’une identité réduite à la dimension d’un produit folklorique.

C’est pourquoi il s’agit de saisir cette occasion pour militer contre la réduction de la ville à une image de marque qu’il s’agit de valoriser sur le marché de la concurrence territoriale ou des destinations touristiques. Il s’agit de réaffirmer que la ville est notre bien commun. Qu’elle est d’abord un lieu que l’on habite avant que de le consommer. Qu’elle n’est pas un produit, une chose ou une marchandise que certains pourraient posséder, que l’on pourrait vendre et promouvoir sur un marché en en privant les autres.

La ville relève d’abord et avant tout d’une autre logique : celle d’un droit à l’usage collectif. La ville est ce « où » au sein duquel un « nous » peut se constituer dans l’usage même qu’il fait de ce « où ». Ce à quoi il faut immédiatement ajouter, et cela est essentiel : par la pluralité des usages (au sein desquels, bien entendu, tourisme et commerce ont leur place), tant la promotion exclusive d’un type d’usage marchand et consommatoire semble rendre impossible toutes les autres formes d’usages des lieux qui sont pourtant les nôtres et tant elle nous prive de toute possibilité d’appropriation.

Nous nous sentons ainsi toujours plus dépossédés des lieux qui sont pourtant les nôtres, du milieu même au sein duquel se déroule nos vies et que nous contribuons pourtant à faire vivre par nos corps, nos activités, nos rencontres, nos déplacements.

Comme le rappelait inlassablement Henri Lefebvre, faire usage d’une chose n’est pas la posséder (au sens économique et juridique), c’est pouvoir se l’approprier. Faire vivre la chose par un usage qui est nécessairement partagé. Ce n’est pas non plus simplement participer, être écouté ou être consulté ponctuellement au sujet d’un projet déjà largement avalisé en amont, que des « experts » auront à exposer « pédagogiquement » à la population selon une logique infantilisante anachronique, plutôt que de s’exposer à un véritable dialogue permettant une co-invention.

S’approprier l’espace de nos villes, c’est pouvoir se replacer à la racine des décisions qui nous concernent, c’est pouvoir se réapproprier les conditions qui définissent nos existences quotidiennes et, aussi, dans la plus large mesure possible, pouvoir contribuer à les définir et à les mettre en forme.

L’idéal d’une juste cohabitation, qui puisse faire une place à chacun dans la ville, avec une claire priorité à l’usage, est sans doute un équilibre foncièrement précaire et une réalité très difficile à mettre en œuvre dans les faits. Il ne nie en rien la réalité des conflits et des contradictions qui émaillent la vie dans les villes. Inutile de rêver un consensus total ou sans accroc.

Mais en ces temps où nous sommes appelés à prendre des décisions et à opérer des choix entre différentes visions de ce que sera notre ville, en espérant qu’un choix entre des options réellement diverses sera au rendez-vous, il faut pouvoir s’orienter et poursuivre l’aventure démocratique d’une confrontation dans laquelle nous nous inventons par la contradiction des idées et non par la violence ou l’exclusion, quels que soient leurs masques.

Mickaël Labbé