Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Zéro déchet : pourquoi les grandes villes comme Strasbourg sont à la traîne

Zéro déchet : pourquoi les grandes villes comme Strasbourg sont à la traîne

Tri des biodéchets, principe du « pollueur payeur »… La France sait réduire ses déchets, mais pas à l’échelle d’une métropole. Les exemples français mis en avant par les associations se trouvent encore dans les petites agglomérations.

Mercredi, 17h30. Zamaraï gare son vélo-cargo sur les pavés de la place Saint-Étienne. Il traîne derrière lui un conteneur divisé en trois bacs. Trois réceptacles prévus pour accueillir « l’or vert » du centre-ville. Virginie est la première arrivée. Elle présente son seau en plastique marron fourni par la ville et verse ses épluchures, coquilles d’œufs, et autres restes de repas. Cette habitante du quartier est l’une des cent volontaires qui expérimentent la collecte des biodéchets en centre-ville.

« Ce sont des amis qui m’ont parlé de cette solution quand je suis arrivée dans le quartier en juin. Avant j’avais mon propre composteur d’appartement, mais il était trop volumineux pour mon nouveau logement. Et puis ici, ils acceptent aussi les restes de repas, contrairement au compostage de proximité. »

Les déchets verts sont ensuite transformés en méthane et en compost par Recybio, une filiale du groupe Schroll, basé à Strasbourg. L’expérience dure depuis fin 2018. L’Eurométropole la reconduit pour une année de plus et l’étend à 200 personnes. L’occasion selon Françoise Bey (PS), vice-présidente en charge de la gestion des déchets à l’Eurométropole, de tester la viabilité du dispositif avec un rayon de captage plus étendu.

Virginie confie ses biodéchets de la semaine à Zamaraï. Ceux-ci seront ensuite compostés ou méthanisés Photo : Pierre Pauma

Multiplication des expériences

Alors que son usine d’incinération n’en finit plus d’enchaîner les déconvenues, Strasbourg cherche des solutions pour réduire le poids de la « poubelle bleue ». Le ramassage à vélo n’est qu’une seule tentative parmi l’éventail de solutions testées par l’Eurométropole. On connaissait déjà le compostage de proximité par les associations et la collecte de biodéchets à vélo pour les restaurateurs. Holtzheim vient d’inaugurer la première collecte de biodéchets en « apport volontaire » de l’Eurométropole : les cobayes se sont vus confier le même seau marron que les habitants de la place Saint-Étienne à Strasbourg, qu’ils viendront vider aux points de collecte prévus. Avantage sur le vélo : plus besoin de pointer avec son seau à épluchures à une heure précise, chacun vient déposer ses restes alimentaires quand bon lui semble. Une expérience similaire est prévue à la Montagne Verte avec des conteneurs semi-enterrés, toujours menée par Recybio.

Chaque solution a ses avantages et ses inconvénients. Pour faire court : l’apport volontaire sur site (comme pour le verre) a le mérite d’optimiser le parcours des éboueurs, mais demande un effort aux usagers (comme pour le verre, il faut faire la démarche d’apporter ses biodéchets sur place). Le compostage de proximité est la solution la plus économique, car il limite au maximum l’intervention de prestataires extérieurs, et permet de recycler les déchets sur place. Mais mal géré, il attire les rats. Et le « lien social » vanté par ce service de proximité cache parfois une lourde responsabilité et une charge de travail qui est exercée bénévolement.

Reste la collecte en « porte-à-porte », qui est la plus simple pour l’usager. Comme pour ses poubelles bleues et jaunes, il n’a qu’à verser ses déchets « fermentescibles » dans un bac qui est ensuite collecté par les éboueurs. Mais c’est aussi la solution la plus onéreuse. L’Eurométropole voulait tenter l’expérience sur la Presqu’Île Malraux d’ici mai 2020. Mais le projet devrait prendre du retard. « Nous avions créé un marché public pour un budget de 60 000 euros, mais nous n’avons pas eu d’offre satisfaisante avec ce budget », indique Françoise Bey.

Le compostage de proximité a l’énorme avantage d’être économique. Mais il demande beaucoup d’investissement de la part des habitants Photo : Pierre Pauma

Objectif pour 2021 : 30 000 personnes couvertes par le tri des biodéchets

Pour la vice-présidente en charge de la réduction des déchets, le but en cette fin de mandat est d’expérimenter un maximum, et d’avoir une solution adaptée aux différentes situations présentes sur l’Eurométropole :

« Nous attendons beaucoup de l’expérimentation à la Montagne Verte qui se fera sur des logements sociaux. D’une manière générale, la grande difficulté de l’Eurométropole est d’avoir des zones d’habitations très variables, avec parfois beaucoup de densité. Même en deuxième couronne où l’on avait essentiellement des habitations individuelles, on voit de plus en plus de petits habitats collectifs. »

Les expérimentations devraient se poursuivre jusque fin 2020. L’équipe qui sera élue en mars aura ainsi des éléments pour passer à une nouvelle expérimentation à plus grande échelle, pour 30 000 personnes.

Les objectifs européens devancent en partie ceux du Plan Climat

Quelle que soit la majorité à l’EMS, il faudra s’en tenir aux objectifs du Plan Climat : réduire de moitié le tonnage de la « poubelle bleue », destinée à l’incinération, et recycler, valoriser ou composter 50 % des déchets ménagers.

Problème sur ce dernier point, ces objectifs sont en partie déjà caducs. La directive déchets de l’Union Européenne adoptée en 2018, fixe pour 2030 le taux d’emploi et de recyclage à 60%. Le tout avec une définition plus restrictive du recyclage. En France, le recyclage était jusque-là inclus dans un agrégat plus large, la « valorisation matière ». Une définition pratique, qui permet de gonfler les chiffres, en y ajoutant par exemple la réutilisation de certains déchets dans le BTP. Ainsi en 2018, le « taux de valorisation matière » dans l’EMS était de 31,6%. Enfin, d’ici fin 2023, tous les États-membres devront proposer une solution de tri des déchets à la source.

Paquets de chips et épluchures dans la même poubelle, bientôt une relique du passée ? L’Europe veut imposer le tri d’ici fin 2023. Photo : Pierre Pauma

Biodéchets et tarification incitative : les petites villes pionnières…

La plupart des villes qui produisent le moins de déchets par habitant sont des agglomérations de taille plus modeste. Dans un classement des communautés de communes les plus vertueuses en la matière, Zéro Waste France met l’accent sur deux mesures : le tri des déchets et une tarification incitative selon le principe du « pollueur-payeur ».

La championne de France vient du Haut-Rhin : la communauté de Dannemarie ne comptait en 2017 que 64 kgs par habitant « d’ordures ménagères résiduelles » (la poubelle bleue à Strasbourg). Dans le palmarès, on trouve également Guebwiller (89 kilos par habitants, 40 000 habitants), ou Thann-Cernay (95 kilos en 2018) bien placés. Besançon, seule ancienne « capitale régionale » du tableau d’honneur, ferme la marche avec 150 kilos de déchets par habitant en 2017. Strasbourg est loin derrière, avec 252 kilos d’ordures ménagères résiduelles par habitant en 2018.

D’ordinaire, les petites agglomérations tendent à produire plus de déchets (toutes poubelles confondues plus apports en déchetterie) que les grandes métropoles. Mais avec ce régime draconien sur le sac poubelle non recyclé, les agglos modèles rivalisent avec les performances des grandes villes : 446 kilos de déchets par habitant pour Dannemarie, 526 kilos pour Thann Cernay, contre 456 kilos pour Strasbourg.

… Les grandes villes derrière

Avec ses 250 kilos d’ordures ménagères par habitant qui devraient bientôt être entièrement incinérées, Strasbourg n’est ni en retard, ni en avance. Elle se situe dans le peloton des « expérimentateurs à grande échelle ». Nantes planche elle aussi sur le compostage et le ramassage des déchets verts à vélo, tandis que Paris tente la collecte des biodéchets dans les 2e, 12e et 19e arrondissements. Sur la tarification incitative, Grenoble passera le cap en 2022, là où Strasbourg l’a ajournée.

Dans les moyennes et grandes villes, Besançon fait office de bon élève. Avec ses 190 000 habitants, la capitale franc-comtoise est passée à la tarification incitative en 2012. Résultat : Une baisse des ordures ménagères par habitant de 20%. Encourageant, même si la collecte des biodéchets reste à optimiser dans l’hypercentre. Élus comme professionnels s’accordent sur un point : l’anonymat de la ville ne favorise pas le tri. En immeuble, le citadin moyen a tendance à être peu regardant sur son propre tri, quand sa propre négligence est diluée dans des bacs collectifs.

Infographie : Pierre Pauma

La tarification incitative repoussée

Avec « deux à trois ans » de planification, Strasbourg aurait pu lancer le chantier avant la fin du mandat. Il est possible d’avoir une part de proportionnalité dans la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM, rebaptisée TEOMI si l’on ajoute une part « incitative ») depuis une loi de 2016. Mais la tarification incitative a été reportée à 2026 par l’Eurométropole, au grand regret de certaines associations comme Zéro Déchet Strasbourg. La future majorité aura la possibilité d’être plus ambitieuse, mais pour Françoise Bey, il faut y aller par étape :

« Il ne faut pas brusquer les habitants : en quelques années, il va falloir digérer la consigne pour le verre (et peut-être le plastique, selon l’évolution de la loi ndlr), l’extension du tri plastique, le tri des déchets verts, et la tarification incitative. Tout cela va prendre du temps. »

Les effets pervers de la redevance spéciale sur les déchets des professionnels

Le long terme dira si la stratégie des petits pas était la bonne. En attendant, les professionnels et établissements publics qui produisent plus de 770 litres de déchets par semaine goûteront dès 2020 à la redevance spéciale. Un avant-goût de la tarification incitative généralisée, qui cible les gros producteurs de déchets ménagers. Certains restaurateurs ont pris les devants en cofinançant Sikle, un service de collecte des biodéchets à vélo pour les restaurants volontaires. Une manière de réduire le volume de sa poubelle destinée à l’incinération, et qui devrait être plus lourdement taxée.

Sikle conseille aussi les restaurateurs, note son cofondateur Joakim Couchoud. Cependant, il avertit des effets pervers liés à la nature du mécanisme : en baissant leur quantité de déchets, certains risquent de changer de mode de tarification, et de voir leur taxe augmenter.

« Certains restaurateurs utilisent trois poubelles, ils peuvent en supprimer au moins une. Dans la moitié des cas, ils sont en redevance spéciale, et pour eux ça peut représenter une baisse des coûts. Mais s’ils repassent en dessous du seuil de la redevance spéciale, ils sont de nouveau considérés comme des ménages et paient de nouveau une taxe d’enlèvement des ordures basée sur leur taxe foncière. Au final, ils risquent de payer plus cher pour l’enlèvement de leurs déchets, alors qu’ils ont réduit le poids de leur poubelle bleue. »

Sikle ne se contente pas de collecter les biodéchets des restaurateurs. Le projet porté par Bretz’selle fait aussi de la prévention Photo : Jean-François Gérard

Le bac marron : une fausse bonne idée ?

Concernant l’obligation européenne de proposer une solution de tri des biodéchets, on est tenté de regarder ce qui se fait de l’autre côté du Rhin et de généraliser comme en Allemagne la bonne vieille poubelle marron, ramassée une à deux fois par quinzaine.

Pourtant, même les professionnels du secteur restent prudents. À Recybio, Jérémie Friedrich met également en avant les alternatives au ramassage des biodéchets :

« Si vous compostez déjà, ne vous arrêtez surtout pas. La collecte des biodéchets doit être pensée comme un complément à d’autres outils comme la lutte contre le gaspillage, la sensibilisation au tri, ou la gestion des biodéchets in situ. »

La Maison du compost ne dit pas mieux. Depuis 2012, celle-ci initie les Strasbourgeois aux joies du compostage individuel ou collectif à l’échelle d’un immeuble, voire d’un quartier. Pour Elsa Distel et Jean-Yves Brockers, le ramassage des biodéchets doit être pensé comme un complément, et non comme une solution de facilité :

« Il y a toujours le risque de déresponsabiliser les usagers. Certains feront le tri, mais n’iront pas jusqu’au bout de la démarche qui consiste à produire moins de déchets. Ce qui est quand même le but. De plus, sans un minimum d’entretien, la poubelle des biodéchets finit par sentir. Certains prennent sur eux de la laver régulièrement, d’autres non. »

Message de service de Jean-Yves Brockers et Elsa Distel : contrairement à une croyance répandue, les agrumes sont compostables. Il suffit de varier le mélange et de les débiter. Photo : Pierre Pauma

« On sait bien qu’on ne fera pas du compost partout »

Depuis sa création, la maison du compost a accompagné 150 projets collectifs dans l’agglomération. Cela va du projet d’immeuble pour une dizaine de ménages à des institutions telle la maison d’arrêt. En 2018, elle estimait avoir composté 279 tonnes de déchets, pour environ 4 500 personnes. Un joli score obtenu par trois salariés, deux services civiques, et des dizaines de bénévoles. Ils ont accompagné plus de la moitié des 260 sites de compostage recensés par l’Eurométropole. Mais cela reste une goutte d’eau à l’échelle d’un territoire de 490 000 habitants. Jean-Yves Brockers en a conscience, mais il veut tout de même pousser la logique le plus loin possible.

« On sait bien qu’on ne pourra pas faire du compost partout. Mais il faut avancer au maximum. On a quand même eu de belles réussites. Au quartier des Généraux à Schiltigheim dans des logements sociaux, les gens jouent le jeu, il n’y a pas plus d’erreur de tri qu’ailleurs. »

Comme toutes les grandes métropoles, Strasbourg cherche la formule pour alléger les poubelles. Reste à voir si la stratégie des petits pas permettra de suivre le rythme imposé par l’Europe.

Alain Fontanel et Paul Meyer : influenceurs un jour…

Alain Fontanel et Paul Meyer : influenceurs un jour…

Et une liste de moins à gauche ! Paul Meyer a annoncé qu’il rejoignait Alain Fontanel pour les élections municipales de 2020. Reste à savoir si ces deux hyperactifs des réseaux sociaux iront jusqu’à se partager les codes d’un compte commun…

En difficulté, l’usine d’incinération entasse ses déchets dehors

En difficulté, l’usine d’incinération entasse ses déchets dehors

Vendredi 9 novembre, plusieurs tonnes de déchets s’accumulaient à l’air libre sur un terrain de l’usine d’incinération du Rohrschollen à Strasbourg. Le directeur de l’installation explique l’arrêt temporaire des trois fours de l’usine par « les difficultés inhérentes au redémarrage d’une installation. »

Vendredi 8 novembre, 16h30. Des camions de la Ville de Strasbourg déversent les ordures ménagères sur un terrain de l’usine d’incinération du Rohrschollen. En cause : l’arrêt technique des trois fours de l’incinérateur et une fosse à déchets qui déborde à l’intérieur de l’installation. En attendant un retour à la normale, un tas de déchets grandit à l’air libre… En dépit de cette illustration manifeste des difficultés de l’entreprise, le directeur Thierry Provendier relativise :

« Ce que vous voyez là, c’est seulement un jour et demi d’apport (en déchets ménagers, ndlr). C’est malheureux de voir ça, mais ça n’est pas extravagant lors d’un redémarrage après deux années de travaux. »

Suite à des difficultés techniques sur les trois fours de l’usine d’incinération, les camions de la Ville de Strasbourg doivent déverser les ordures ménagères strasbourgeoises à l’air libre. (Vidéo Rue89 Strasbourg)

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Augenblick : Avec Christian Petzold en invité d’honneur, l’intime au cœur du festival

Augenblick : Avec Christian Petzold en invité d’honneur, l’intime au cœur du festival

Jusqu’au 22 novembre, le festival du cinéma germanophone Augenblick investit les salles Art et Essai d’Alsace. Un programme ambitieux autour du cinéma d’auteur et de l’histoire allemande, à l’occasion des 30 ans de la chute du Mur de Berlin.

Regarder un film germanophone en salle ? Compliqué… Les cinémas en France diffusent au maximum une petite dizaine de films allemands par an, uniquement dans les grandes villes. Le festival Augenblick en propose trois fois plus entre le 5 et le 22 novembre, mais surtout, il en rend une grande partie accessible dans toute l’Alsace à travers un réseau de 30 salles Arts et Essais. 

De jeunes réalisateurs à l’honneur

Les 6 films en compétition offrent un regard très actuel sur la société allemande. Après son divorce, Mathias se demande qu’est-ce qu’être père dans l’Anniversaire de Carlos A. Morelli. Le premier film Oray de Mehmet Akif Büyükatalay place son héros musulman aux prises entre son amour pour sa femme et ce qu’une partie de sa communauté attend de lui.

Oray prend le risque de se séparer de sa femme pour satisfaire sa communauté. Photo : Document remis

Le coup de coeur de l’organisatrice du festival, Milène Ehrhart, revient à Benni, deuxième film de la réalisatrice Nora Fingscheidt : le parcours d’une gamine de 9 ans pleine de colère, rejetée de foyers en familles d’accueil, dont la mise en scène a soufflé l’Académie des Oscars qui l’a sélectionné pour 2020. Plus léger, la comédie 25 km/h de Markus Goller est un road-movie à mobylette qui a cartonné outre-Rhin ou encore les déambulations berlinoises de la nonagénaire Frau Stern, qui voudrait bien mourir mais dont les plans sont contrecarrés par sa petite-fille.

25 km/h (bande annonce Augenblick / YouTube)

Christian Petzold, star du cinéma d’auteur

Après avoir fait venir l’immense Werner Hertzog pour les 10 ans d’Augenblick en 2015, le festival frappe fort une nouvelle fois en accueillant le réalisateur Christian Petzold, chef de file du renouveau du cinéma d’auteur allemand. Une filmographie tournée vers l’intime, comme dans le très beau Barbara récompensé en 2012 par un succès international où la relation entre une pédiatre et un médecin-chef dans un hôpital de RDA est mise sous tension dans un climat de suspicion permanent.

Bande annonce de Barbara (Festival Augenblick / YouTube)

Une occasion unique de découvrir les 10 films du réalisateur, avec la possibilité de le rencontrer à Strasbourg, Mulhouse ou Guebwiller.

Christian Petzold rencontrera le public strasbourgeois le lundi 18 novembre à 18h au MAMCS. Photo : doc remis

Une soirée au Kalt, un ciné-concert et un mur qui tombe

Trentième anniversaire de la chute du mur oblige, une sélection de fictions et de documentaires invite à se tourner vers le passé pour combattre les murs d’aujourd’hui, ironiquement intitulée « Les maçons ont du travail »… On pourra par exemple y voir Mikhaïl Gorbatchev raconter les six ans qui ont fait basculer le Bloc de l’Est, interviewé par Werner Hertzog !

Les nuits électro à Berlin à travers le documentaire Quand je pense à l’Allemagne, la nuit. Photo : doc remis

À ne pas rater pour les amateurs de musique électro, le documentaire Quand je pense à l’Allemagne, la nuit est diffusé samedi 9 novembre au cinéma star Saint-Exupéry à Strasbourg, suivi d’un apéro mix et d’une soirée au Kalt animée par des DJ du label Tresor, fondé à Berlin dans les années 1990.

Et comme il y en a pour tous les goûts, le festival fermera cette 15e édition au cinéma le Trèfle de Dorlisheim le 22 novembre autour d’un ciné-concert avec glass harmonica, vibraphone et harpe. 

Bois toxique au Port du Rhin : l’entreprise ne pouvait pas « laisser ses clients sur le tapis »

Bois toxique au Port du Rhin : l’entreprise ne pouvait pas « laisser ses clients sur le tapis »

Notre article paru le 4 novembre sur le stock de bois toxique au Port du Rhin a suscité plusieurs réactions, à commencer par celle du groupe Lingenheld. Il détient l’entreprise MTS visée par la justice dans cette affaire. D’après Lingenheld, ce sont ses obligations vis-à-vis de ses clients, combiné au manque de débouchés qui l’ont poussée vers l’illégalité.

MTS, qui a stocké des milliers de tonnes de bois toxique au Port du Rhin (lire notre enquête), est une entreprise qui appartient au groupe Lingenheld et qui fait entre autres du transit d’anciennes traverses de chemins de fer au Port du Rhin. Son rôle est de récupérer les traverses usagées auprès de leurs propriétaires, puis de les envoyer vers des incinérateurs habilités à les brûler.

MTS est autorisée à stocker 1 200 tonnes de traverses rue d’Alger. Mais aujourd’hui le stock avoisine les 4 000 tonnes ce qui a poussé l’entreprise à entreposer des traverses place Henri Lévy sans autorisation et sans respecter les mesures de protection de l’environnement. Ces anciennes traverses sont contaminées par de la créosote, un produit probablement cancérigène et très toxique pour les milieux aquatiques.

« Vous ne pouvez pas laisser vos clients sur le tapis »

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Vol, menace et extorsion de fonds : les pratiques mafieuses du président de la mosquée Eyyub Sultan

Vol, menace et extorsion de fonds : les pratiques mafieuses du président de la mosquée Eyyub Sultan

Semaine de l’investigation locale (5/5) – En 2017, le président régional du mouvement islamique turc Milli Görüs, Eyup Sahin, a aidé un de ses membres à créer son entreprise. Mais ce soutien s’est transformé en piège, avec vol, menace et extorsion de fonds.

24 novembre 2017, Ercan (le prénom a été modifié) écrit et signe une reconnaissance de dette… sous la contrainte : « Je soussigné Ercan (…) reconnaît devoir à l’association Vision (…) la somme de 40 000 euros. » Son texte est dicté mot pour mot par Lokman Arslan, responsable jeunes du mouvement islamique turc Milli Görüs dans le Grand Est. L’association Vision est présidée par Eyup Sahin, actuel président de la mosquée Eyyub Sultan à la Meinau et du mouvement Milli Görüs pour l’Est de la France.

Cadeau empoisonné

Comment en est-on arrivé là ? En 2015, Ercan lance son entreprise, des cours privés de préparation à un concours. « Eyup le président », comme tout le monde l’appelle dans le milieu, accepte de se porter garant du jeune entrepreneur pour héberger sa société. En mars 2016, il lui propose de louer des locaux via l’association Vision, puis de sous-louer l’espace à Ercan.

Problème : le contrat de sous-location tarde à être signé. Le jeune entrepreneur occupe donc des locaux, dont il paye un loyer et les charges… mais l’espace est officiellement loué par l’association Vision. Un an et demi plus tard, en septembre 2017, Eyup Sahin commence à exiger des loyers plus élevés, explique Ercan :

« Il voulait d’abord me facturer sans raison 2 500 euros par mois, au lieu des 1 352,40 euros prévus initialement, correspondant au montant exact du loyer. Puis il a exigé 50% des gains de ma société. Je refusais car ses exigences auraient mis en péril l’avenir de mon entreprise. À la fin, on m’a forcé à signer cette reconnaissance de dette en envoyant trois exécuteurs de ses ordres, comme la mafia. »

L’entretien tendu a été filmé (document remis)

Vol et changement de serrure

Le 17 novembre 2017, trois hommes entrent dans les locaux de la société d’Ercan pendant un cours de mathématiques. Ils demandent aux étudiants de quitter les lieux après avoir annoncé que leur formation a des dettes et qu’elle devra trouver d’autres locaux.

Absent au moment des faits, le jeune entrepreneur retrouve son bureau vide de tout ordinateur et autres documents administratifs. Pire : la serrure a été changée et les caméras de surveillance détruites.

Suite au passage des trois membres du mouvement Milli Görüs dans les locaux de la société d’Ercan, la serrure a été changée. Photo : Doc Remis

« On ne dormait plus… »

Une semaine passe entre le cambriolage et la restitution du matériel volé. Entre le 17 et le 24 novembre, Ercan et sa compagne vivent un enfer. L’organisme ne peut pas donner les cours prévus. Pire, un examen blanc doit être annulé car les exercices se trouvent sur les ordinateurs subtilisés. Des clients se plaignent, inquiets pour la suite de la préparation de l’examen d’entrée en deuxième année de leur formation.

« C’était pour lui rendre »

Lokman Arslan a participé à cette expédition. Il admet avoir pris les ordinateurs et les documents administratifs dans le bureau du jeune entrepreneur. Mais ce responsable du mouvement Milli Görüs explique ainsi son comportement :

« Lorsqu’Ercan nous a demandé de soutenir son projet, il était responsable de la branche université du mouvement au niveau du Grand Est. Mais au bout d’un an, il ne nous fournissait aucun rapport d’activité. Sans réponse de sa part, nous avons fait fermer sa formation et nous avons pris son matériel.Mais c’était pour l’avoir en face et lui rendre. »

6 000 euros contre les clés

Cette explication est discutable à plusieurs égards. Tout d’abord, une analyse d’un ordinateur d’Ercan par un informaticien montre que la machine a été utilisée peu après son vol. Les mails du jeune étudiant-entrepreneur, alors âgé de 23 ans, ont été exportés. Ceux concernant la formation ou des données bancaires ont été ouverts.

Puis il y a ce SMS, qu’Ercan a reçu d’Eyup Sahin trois jours après l’intervention :

« Selman va au QG (de la CIMG, rue de la Fédération, ndlr). Tu récupéreras la clé. Donne un chèque de 6 000 euros et pour chaque mois fais des chèques de 2 500 euros. Nous encaisserons chaque mois (pour rappel, le loyer initial était de 1 300 euros environ, ndlr). Écris aussi une reconnaissance de dette pour avoir une preuve de tes paiements. »

Message SMS d’Eyup Sahin à Ercan suite à l’intervention des quatre hommes dans les locaux de sa société. Photo : Doc Remis

Chantage et traumatisme

« En plus de tout ça, les hommes de Milli Görüs, qui avaient accès à toutes les données de l’entreprise, me menaçaient d’envoyer des mails frauduleux aux élèves. Ça aurait détruit ma réputation. Je n’étais même pas sûr de récupérer mes dossiers administratifs et mes ordinateurs. », se souvient le jeune homme. Des membres de la communauté Milli Görüs reprochent aussi à Ercan son refus de se soumettre aux ordres du « président Eyup ».

La situation aura des effets dévastateurs sur le plus long-terme : « On en est sorti traumatisé, pendant quatre mois, on ne mangeait presque plus, on ne dormait plus… », raconte Zeynep (le prénom a été modifié), la compagne d’Ercan.

Une plainte déposée… classée sans suite

En mai 2018, Ercan a perdu près de 20 000 euros. Il a d’abord fait un premier chèque de 6 000 euros pour récupérer les nouvelles clés de son local. Puis il a dû faire plusieurs chèques de 2 500 euros versés mensuellement. Le jeune étudiant demande à bloquer ces chèques signés à l’avance, mais la procédure a pris du temps. Les premiers transferts de fonds ne peuvent être empêchés. Il finit par porter plainte contre X pour « violation de domicile, vol, extorsion, chantage ».

Mais sa plainte est classée sans suite en juin 2019. Selon nos informations, Eyup Sahin et les trois exécuteurs du vol ont été auditionnés.

Nouvelle plainte à venir

Me Olivier Schneider a défendu Ercan dans le cadre de cette première plainte. Contacté au sujet des motivations du classement sans suite, l’avocat fait part de son incompréhension :

« C’est une enquête de police, nous n’avons aucun élément sur le dossier qu’ils ont transmis au parquet. »

Ercan ne veut pas en rester là. Il a récemment demandé un nouvel avocat au tribunal de grande instance de Strasbourg pour déposer une nouvelle plainte, cette fois avec constitution de partie civile. La procédure permet à une victime d’obtenir réparation pour le préjudice subi. « Je veux qu’il soit condamné parce qu’on en a marre de voir notre communauté aveuglée par rapport au président du mouvement », explique Ercan.

Eyup Sahin, cumul des présidences

Eyup Sahin préside l’association Vision, qui gère l’espace culturel autour de la mosquée Eyyub Sultan, dans le quartier de la Meinau dans le sud de Strasbourg. Dans ses statuts de 2013, l’objectif affiché de l’entité est de « mettre en oeuvre tous type d’action en faveur de la jeunesse, dans les domaines éducatif, scolaire, sportif, social et culturel. » Ainsi Vision gère déjà le collège Eyyub Sultan.

Eyup Sahin préside aussi, depuis l’été dernier, l’association détentrice du permis de construire pour la mosquée Eyyub Sultan. Mais le chantier de la CIMG-GMES (Communauté Islamique Milli Görüs – Grande Mosquée Eyyub Sultan) est à l’arrêt depuis août. Les fidèles reçoivent des SMS les appelant à donner pour relancer les travaux.

Fin septembre, un fonctionnaire de la Ville de Strasbourg a accompagné Eyup Sahin au Qatar. Objectif : convaincre la fondation Qatar Charity de contribuer au paiement du chantier. Selon nos informations, la dette de l’association envers les entreprises de BTP dépasse les trois millions d’euros.

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Une asso pilotée par un siège en difficulté

Le siège du mouvement islamique Milli Görüs se trouve en Allemagne. Les décisions prises pour la mosquée Eyyub Sultan ne peuvent être prises sans l’accord des responsables du siège, à Cologne. En effet, un protocole d’accord confidentiel, que Rue89 Strasbourg a pu consulter, donne un droit de veto au président du réseau au niveau international, Kemal Ergün, grâce à sa présidence de l’Union européenne pour la construction des mosquées (UECM).

Les difficultés de cette mosquée strasbourgeoise se trouveraient-elles à Cologne ? En mars, quatre anciens dirigeants du mouvement Milli Görüs en Allemagne ont été reconnus coupables d’évasion fiscale et condamnés à des peines d’emprisonnement, de 14 à 24 mois. Il y a deux mois, Eyup Sahin promettait un redémarrage pour la mi-octobre… Début novembre, le chantier restait bloqué.

Contacté, Eyup Sahin a simplement reconnu être « en procès avec ce monsieur » mais n’a pas répondu à nos questions sur ses pratiques ou celles de ses hommes de main.

Avec la Vélorution dimanche, le collectif compte peser sur les municipales

Avec la Vélorution dimanche, le collectif compte peser sur les municipales

Dans le cadre d’un mouvement national, une nouvelle manifestation à vélo est prévue à Strasbourg le dimanche 10 novembre à 14h45. Les cyclistes strasbourgeois rouleront sur les axes peu praticables, en vue de peser sur les élections locales de mars 2020.

« Cette manifestation à vélo empruntera des voies non-adaptées à l’usage du vélo, pour montrer que même dans « la capitale française du vélo » il reste beaucoup à faire : rue de la Mésange, boulevard Poincaré, boulevard Wilson, rue Humann et le début de la route du Polygone. » 

Voilà pour le mot d’ordre de la Vélorution du dimanche 10 novembre, qui s’élancera de la place Kléber à 14h45. Dans le même ordre d’idée, notre tour de la Grande-Île à vélo, dans le sens des aiguilles d’une montre, ou l’inverse, avait montré qu’aux abords du centre, les aménagements cyclables sont parfois tortueux, voire dangereux. Le parcours de dimanche empruntera des artères du centre et du quartier Gare.

Velorution 10 novembre 2019
Le parcours empruntera des axes non-adaptés aux vélos, avant d’arriver devant la mairie.

Peser sur les programmes des listes aux municipales

Ce défilé de deux-roues s’inscrit cette fois dans un journée nationale de la Fédération des usagers de la bicyclette (Fub). Objectif ? Pousser les candidats lors des élections municipales à prendre des engagements forts pour les cyclistes, afin d’accompagner « l’augmentation sensible du nombre d’usagers » et leur sécurité. Et bien sûr, c’est là que ça se complique, appliquer ces promesses pour les heureux gagnants. Parmi les grandes villes concernées le 10 novembre : Lyon, Nantes, Montpellier, Grenoble ou Rennes (la carte complète ici).

Plusieurs associations et collectifs strasbourgeois se joindront à la parade de petites reines : le Cadr67, Alternatiba, le groupe local de Greenpeace, Strasbourg respire, Il est encore temps Strasbourg, Extinction Rebellion Strasbourg, Bretz’selle, A’Cro du Vélo, le Stick, et la Schilyclette

Départ de la Velorution d’octobre 2019 vers Schiltigheim, suite au décès d’une cycliste. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

À Strasbourg, le monde cycliste compte entamer une sorte de lobbying auprès des listes, en présentant une série de revendications, dans le but de les voir reprises dans les programmes. L’augmentation du budget alloué à « Vélostras », un réseau d’autoroutes pour vélos, en fait partie.

Avec la même intention, le collectif Vélorution et l’association CADR67 avait organisé un débat en partenariat avec Rue89 Strasbourg sur la thématique du cyclisme, le 22 septembre à la Grenze. Les échanges avaient permis de déceler quelques nuances entre les formations politiques. Mais il était un peu tôt pour avoir de vrais engagements.

Revoir le débat

De gauche à droite : Antoine Splet (PC) , Pernelle Richardot (PS), Christel Kohler (LREM), Thibault Gond-Manteaux (RN), Jean-Baptiste Gernet (La Coopérative) et Marina Lafay & Alain Jund (liste « Strasbourg écolo et citoyenne »). Débat modéré par Jean-François Gérard, placé entre Messieurs Manteaux et Gernet.

La trésorerie des Hôpitaux de Strasbourg pas pressée de rembourser les patients

La trésorerie des Hôpitaux de Strasbourg pas pressée de rembourser les patients

Semaine de l’investigation locale (4/5) – Chaque jour, la trésorerie des Hôpitaux universitaires de Strasbourg doit rembourser des usagers après des erreurs de paiement. Mais des mesures d’économie ont fait croître le nombre de dossiers en souffrance. Pire : les usagers ne sont plus informés pour les remboursements de moins de 8 euros.

« Si encore nous étions un cas isolé… Mais notre voisine a eu les mêmes problèmes », explique Fabienne B., infirmière à la retraite. Le 8 avril, elle conduit Jean-Marc, son mari, aux urgences ophtalmologiques du Nouvel Hôpital Civil à Strasbourg. A la fin de la consultation, la secrétaire leur dit qu’ils n’ont rien à régler :

« Nous devions recevoir un avis avec une somme à payer… qui n’est jamais arrivé. En juillet, nous avons eu directement une relance ! Je paie aussitôt les 38,73 euros. Deux semaines plus tard, nous recevons un autre avis pour la même consultation, mais de 32,73 €. La première facture, erronée, a été annulée. Pourtant nous devons payer la seconde… sans avoir été remboursés ! »

« Il aura fallu six mois… »

Pas d’accord, Fabienne appelle plusieurs fois le numéro indiqué sur l’avis : « Personne ne décroche. » Alors elle envoie des courriers. « Pas de réaction de la trésorerie des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) et le service « Relation avec les usagers » me répond que ça n’est pas de sa compétence. » En plein déménagement, le couple met le dossier en attente. D’autant que début août Jean-Marc retourne deux fois aux urgences. Mais Fabienne ne désarme pas :

« Le 5 septembre, j’envoie un courriel à la trésorerie. Qui me répond enfin ! Plus besoin de payer le second avis : ils remboursent les 6 € d’écart entre les deux factures, si je règle la première d’août. Ce que je fais.

Mais quelques jours après, je reçois un avis de somme à payer pour les deux consultations d’août ! Finalement, ça ne sera vraiment réglé que le 4 octobre. Il aura fallu 6 mois… Une erreur, ça peut arriver. Mais il est anormal que ce soit si difficile d’avoir des explications, et qu’il faille autant de temps  pour la corriger… »

Une facture sur 22 erronée

Le cas de Jean-Marc et Fabienne n’est pas isolé. Chaque semaine, les HUS commettent un millier d’erreurs de facturation : mauvaise cotation d’un acte, erreur sur la personne, confusion entre régimes d’assurance maladie, etc.

En 2018, d’après leurs propres chiffres, les HUS ont dû revoir 57 766 des 1 291 398 titres qu’ils avaient émis. C’est à dire qu’une facture sur 22 a été corrigée, voire annulée. Un taux important (4,47 %) mais dont la direction assure qu’il est « stable depuis 2014 » et « comparable à celui observé dans les hôpitaux de même catégorie ».

Ces erreurs génèrent des facturations erronées et, par conséquent, des « excédents de versement ». En clair : l’hôpital doit de l’argent à un usager.

La trésorerie des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, 10 cour Saint-Nicolas.

Erreur de l’usager en sa défaveur

Autre cause de ces excédents, certains patients ont payé un acte deux fois. Cela arrive le plus souvent quand un malade a bénéficié des mêmes soins à plusieurs reprises. Ou quand un usager a reçu l’avis initial de paiement puis une relance. Comme ces deux documents portent des numéros de référence différents, il arrive qu’il règle les deux. Une trentaine de doublons de chèques sont ainsi constatés chaque jour ouvrable à la trésorerie.

Le long, long, long parcours du remboursement

Quelle que soit l’origine des excédents, c’est la trésorerie des HUS qui doit restituer les trop perçus. Mais avant qu’un agent puisse demander les éléments nécessaires au remboursement d’un usager, les délais sont longs. Entre le passage des chèques par le Centre National de Traitement de Lille, et l’édition de l’avis par le Centre Editique National de Meyzieu, en banlieue de Lyon, ou par celui de Strasbourg, il faut parfois deux mois pour que le document parvienne à la trésorerie, et prenne sa place dans la pile.

L’état des remboursements au 4 novembre.

Une pile épaisse… Lundi 4 novembre, elle comptait 2 119 dossiers de remboursement en souffrance. Un chiffre cependant en baisse depuis juillet (2 500). Le nombre de dossiers « traités » mais en attente de remboursement faute de références bancaires de l’usager a, lui, augmenté de 4 300 à 5 731. Conclusion : les dossiers sont traités plus vite, mais moins efficacement. Pourquoi ?

La trésorerie demande moins d’efforts pour rembourser

Début août, de nouvelles « modalités de fonctionnement » ont été instituées par le trésorier principal des HUS. Elle sont exposées dans une note de service que nous nous sommes procurée. Deux décisions ont une incidence directe sur les usagers.

Entourées de rouge, les deux nouvelles « modalités de fonctionnement » qui impactent directement les usagers dont le remboursement est inférieur à 30 €

D’abord pour tous ceux dont le remboursement est compris entre 30 € et 8 €. Pour eux, l’agent n’a plus le droit de rechercher des coordonnées bancaires dans les dossiers archivés afin de les rembourser directement. Dorénavant, il doit obligatoirement attendre pour les rembourser qu’ils renvoient leur RIB en réponse à l’avis d’excédent qu’il leur a adressé. Ce qui entraîne un délai supplémentaire et des courriers dont tous n’arrivent pas à leur destinataire…

Des usagers jamais avertis

Pire, pour les règlements inférieurs à 8 € : pas davantage de recherche de RIB dans les archives, et l’agent ne leur envoie même plus d’avis d’excédent. Ainsi, un usager peut tout à fait être créditeur des HUS sans jamais le savoir. Délai de prescription oblige, il perdra son remboursement au bout de 3 mois… L’argent reste alors au Trésor public et le dossier est classé !

Les sommes en jeu peuvent sembler minimes, mais un avis d’excédent sur 6 concerne de tels montants, le plus souvent de 6,90 € ou 7,80 €. Des sommes qui correspondent à des erreurs classiques sur le régime de l’assuré (général ou local).

Interrogés sur cette mesure, les HUS renvoient la balle à leur partenaire :

« L’envoi d’un courrier ou son absence sont assurés par la Direction Générale des Finances Publiques, et non pas par les HUS. »

Priorité aux rentrées d’argent

De son côté, le trésorier principal a catégoriquement refusé de répondre à nos questions. On peut cependant examiner sa gestion du service. Dès son arrivée aux commandes de la trésorerie, en mai, Gérard Le Douce a demandé à ses agents de privilégier les recettes aux dépenses. Conformément à cette priorité, il a affecté au service « Recouvrement » des agents des services « Dépenses » et « Comptabilité ».

À ce jour, il n’y a plus qu’un seul fonctionnaire en charge des excédents de versements. Et il travaille à mi-temps ! En septembre, le collègue qui l’assistait depuis le mois de mars a été affecté à d’autres tâches, en remplacement d’un agent parti à la retraite.

Fermée le vendredi depuis février

Ces changements ont provoqué des mécontentements au sein de la trésorerie, en particulier la fin des remboursements de moins de 8€, que plusieurs fonctionnaires jugent iniques. Ils la replacent dans un contexte de dégradation du service au public : depuis février l’accueil de la trésorerie, déjà fermée le mercredi après-midi, l’est également tous les vendredis. Et il est prévu qu’à partir du printemps 2020, les transactions en liquide soient impossibles. Les usagers ne pourront donc plus y venir se faire rembourser instantanément en liquide. Même pour moins de 8€.

Acte 52 des Gilets jaunes : ce samedi, les luttes du Grand Est convergent à Strasbourg

Acte 52 des Gilets jaunes : ce samedi, les luttes du Grand Est convergent à Strasbourg

Gilets jaunes, défenseurs du Référendum d’initiative citoyenne, anti-GCO ou militants pour le droit au logement… Des manifestants de nombreuses causes et de tout le Grand Est convergeront ce samedi à Strasbourg, pour l’acte 52 des Gilets jaunes.

Dans le Grand Est, l’acte 52 des Gilets jaunes aura lieu à Strasbourg ce samedi 9 novembre. Deux manifestations ont été déclarées. La première, statique, aura lieu place d’Austerlitz. Anti-GCO, soutiens du référendum d’initiative citoyenne, militants pour le droit au logement ou agriculteurs de la Confédération paysanne… Ils tiendront en tout une dizaine de stands entre 11h et 18h sur cette place de la Krutenau.

Gilets jaunes et convergence des luttes

Les organisateurs de la seconde manifestation appellent au rassemblement place de l’Étoile dès 11h. La marche commencera à 13h. Elle passera par la place Kléber, puis la place de Bordeaux, avant d’atteindre le Parlement européen. Elle reviendra ensuite place de l’Étoile, après un passage par l’llée de la Robertsau.

Acte 24 des Gilets jaunes à Strasbourg, le 27 avril 2019. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg /cc

La deuxième manifestation aura le même mot d’ordre : la convergence des luttes. Pascal, Gilet jaune de Brumath et membre de la Coordination des Gilets jaunes du Grand Est explique :

« L’écologie, c’était pas ma première préoccupation au début du mouvement. Mais les derniers mois, on s’est rendu compte que tout est lié et qu’il fallait se mettre ensemble pour lutter contre ce système qui privilégie l’argent à l’humain et au climat. »

Les Strasbourg Offender, ces hooligans agressifs que le Racing tolère

Les Strasbourg Offender, ces hooligans agressifs que le Racing tolère

Semaine de l’investigation locale (3/5) – Depuis le début de la saison, la banderole des hooligans d’ultradroite de Strasbourg Offender a refait son apparition à la Meinau. Ses membres se rendent coupables de violences aggravées, d’expressions xénophobes, de saluts nazis ou d’intimidations… mais toujours à l’extérieur du stade.

Fin du match Strasbourg – Monaco, dimanche 1er septembre. Dans la tribune populaire nord, plusieurs hooligans de Strasbourg Offender prennent un étudiant à partie. Parmi les spectateurs, Lionel assiste à la scène sans trop comprendre : « Un des hools (diminutif de hooligans, NDLR) tenait le jeune par le col.

Il menaçait de lui casser la gueule s’il ne supprimait pas sa publication Facebook. » En cause : un post où le supporteur se demandait pourquoi ce groupuscule d’ultradroite bénéficiait d’une telle tranquilité au sein du stade de la Meinau.

« On a bien flippé une fois dehors »

Identifiée, la victime n’a pas souhaité répondre à nos questions, par crainte de représailles. L’ami qui l’accompagnait raconte l’intervention tardive des agents de sécurité :

« La sécurité nous a exfiltrés pendant que les types de Strasbourg Offender nous tournaient autour. Les agents nous ont demandé d’échanger nos vêtements et nous ont indiqué une sortie alternative, parce qu’ils craignaient que ces gars nous attendent au niveau de l’entrée principale… On savait que rien ne nous arriverait dans le stade, mais on a bien flippé une fois dehors. »

Saluts nazis à Strasbourg, bagarre à Lille

Prudents dans l’enceinte du stade, les membres de Strasbourg Offender ont déjà laissé libre cours à leur violence et à leur xénophobie à l’extérieur du stade cette année.

En juillet, Rue89 Strasbourg révélait des photos publiées par le groupuscule suite au match contre l’équipe du Maccabi Haïfa. Les hooligans y brûlaient des écharpes du club israélien tout en affichant des croix gammées et des saluts nazis. Un mois plus tard, ces membres de l’ultradroite étaient impliqués dans une bagarre suite à la rencontre entre le Racing et l’équipe de l’Eintracht Francfort.

Sur le drapeau rouge, des croix gammées figurent en haut à gauche et en bas à droite. A gauche de la photo, un bras tendu est flouté. Photo : Capture d’écran

Strasbourg Offender se lâche aussi lors des déplacements du Racing à l’extérieur. À quelques heures de la finale de la coupe de la Ligue à Lille, Tristan (le prénom a été modifié) vient de manger un kebab. Dans un bar à côté, il reconnait plusieurs membres de ces hooligans strasbourgeois. Son fils est aux toilettes lorsqu’un affrontement éclate :

« J’ai entendu une vitre se casser. J’ai enfermé mon gamin dans les toilettes et je suis allé voir. Les fachos étaient en train de se battre (avec des militants d’ultragauche, selon la Voix du Nord, NDLR). Partout où ils vont, ces types cherchent toujours la merde. »

Un meneur déjà condamné… en 2008

Les membres de Strasbourg Offender font montre de leur violence et de leur xénophobie depuis de nombreuses années. En 2008 déjà, l’un des leaders de ces hooligans, Philippe C., était condamné à huit mois d’emprisonnement avec sursis pour violences aggravées suivie d’une incapacité de travail n’excédant pas 8 jours. Rue89 Strasbourg s’est procuré une copie des condamnations de quatre personnes, dont un récidiviste à 4 ans de prison dont trois avec sursis.

Le juge avait alors retenu les caractères xénophobe et collectif de cette agression, commise devant l’enceinte du stade de la Meinau. Philippe C., ancien membre du Bastion Social, avait été interdit de stade pendant deux ans. L’une des victimes se souvient encore parfaitement de son passage à tabac :

« Ils criaient : “Ils sont ou les négros, les bougnoules” et faisaient des cris de singe. Ils étaient des dizaines. Ils se sont déversés sur nous, on s’est pris quelques droites et c’était fini. Ça a dû durer 30 secondes, même pas. Parmi eux, un Benjamin K. s’est pris 1 an ferme parce que c’était pas la première fois qu’il faisait ce genre de trucs apparemment. »

Intimidation et omerta organisée

Aujourd’hui encore, Philippe C. semble jouer un rôle important au sein des Strasbourg Offender. En septembre, Rue89 Strasbourg faisait un appel à témoignages de hooligans, ou ex-hools. L’ancien secrétaire du Bastion social strasbourgeois nous a alors contacté : il craignait qu’un témoin parle au nom de son groupuscule. Le meneur d’ultradroite nous a ainsi écrit :

« Je ne sais pas si vous avez déjà un rdv avec une personne mais je peux vous assurer que si c’est le cas cette personne n’est en rien légitime. (…) On ne discute pas avec les journalistes. »

Ce message faisait suite à une première prise de contact avec un homme se disant ancien hooligan. Contacté par des membres de Strasbourg Offender, il n’a plus jamais répondu à nos messages. De la même manière, plusieurs personnes nous ont témoigné d’intimidations envoyées sur les réseaux sociaux à ceux qui oseraient critiquer les hooligans strasbourgeois.

Meinau Boys puis Strasbourg Offender

Un éternel débat reprend donc au sein des supporters strasbourgeois. En 2016 déjà, sur le forum Racingstub, rendez-vous de la communauté connectée des supporters du Racing, un internaute dénonçait les « strasbourg offender (…) recyclés des meinau boys (groupuscule d’ultradroite aujourd’hui inexistant, ndlr). Je suis tout à fait d’accord qu’ils ternissent notre image et c’est inquiétant de voir qu’ils veulent se réimplanter au stade. » Un utilisateur lui répondait sur les responsables de la situation : « Ce n’est pas à un quelconque groupe de supporters d’intervenir, mais bien au club qui ne semble manifestement pas pressé mais « surveille » ce coin du stade. »

Le Racing : « Strasbourg Offender ? Connais pas »

Trois ans plus tard donc, le Racing Club de Strasbourg n’a pas changé de position face à cette cinquantaine de hooligans d’ultradroite. Contacté, le secrétaire général du club joue d’abord l’ignorant :

« Strasbourg Offender ? Je ne sais pas qui c’est. Ce n’est pas une association de supporters. »

Romain Giraud rappelle ensuite une culture bien ancrée à la Meinau : « On ne fait pas de politique au stade », rejetant ainsi toute la problématique d’un symbole de l’ultradroite affiché au stade à chaque match à domicile.

Interrogé sur l’exfiltration de deux spectateurs lors du match Strasbourg-Monaco, le secrétaire général refuse de s’exprimer sur l’événement. Il répète, à plusieurs reprises : « On sera intransigeant sur toutes formes de comportements répréhensibles dans le stade. » Un message très bien compris par Strasbourg Offender…

Selon une source policière, proche du dossier, le groupuscule Strasbourg Offender n’a pas connu une croissance récente. Il affirme aussi que « la majorité des interdictions de stade prononcées depuis le début de la saison concerne ces hooligans d’ultradroite. »

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« Le Racing est un club de migrants »

Interrogé, le président de la fédération des supporters RCS défend une « vision populaire du football où les idées politiques extrêmes n’ont pas leur place et où l’on se fiche des origines. » Philippe Wolf exprime son malaise face au retour de la banderole Strasbourg Offender :

« Moi, la dernière fois qu’une action des hooligans strasbourgeois m’a marqué, c’était quand ils avaient déployé la banderole « Migrant Raus » en 2015. Et c’était ridicule symboliquement : pendant la guerre, les joueurs du Strasbourg ont fui en Dordogne, et c’est là qu’ils ont gagné un championnat en 1940, après l’évacuation de la ville au début de la Seconde Guerre Mondiale. En fait, le Racing est aussi un club de migrants. »

#Enjeux2020 – Place de la voiture en ville, comment font Bordeaux, Lyon et Strasbourg

#Enjeux2020 – Place de la voiture en ville, comment font Bordeaux, Lyon et Strasbourg

#Enjeux2020 – En vue des élections municipales de mars 2020, les trois Rue89 locaux, Lyon, Bordeaux et Strasbourg proposent des regards croisés sur des problèmes communs à ces trois métropoles. Pour ce premier épisode, retour sur la place de la voiture en ville.

À Lyon, l’aller-retour des autoroutes urbaines

Dans la métropole de Lyon, 42% des trajets étaient effectués en voiture en 2015, contre 48% en 1995 (d’après l’enquête déplacements du Sytral 2014-2015 (la dernière en date). Dans le centre métropole (Lyon et Villeurbanne), seuls 26% des déplacements se font en voiture en 2015.

Dans la métropole de Lyon, 42% des trajets étaient effectués en voiture en 2015, contre 48% en 1995 (d’après l’enquête déplacements du Sytral 2014-2015 (la dernière en date). Dans le centre métropole (Lyon et Villeurbanne), seuls 26% des déplacements se font en voiture en 2015.

Une baisse qui ne suffit pas pour atteindre à des niveaux de pollution acceptable sur un plan strictement réglementaire et qui n’empêche pas d’énormes bouchons de paralyser une partie de l’agglo aux heures de pointe. Durant ce dernier mandat, Lyon a pourtant vu exploser l’usage de vélo. Au point de constater les premiers embouteillages de cyclistes. Rien qu’entre janvier à mai 2019, l’association La Ville à Vélo (référente en la matière) a noté une augmentation de 18% du nombre de cyclistes, bien au-delà des 10 à 15% supplémentaires chaque année depuis 2009 L’objectif de 1000 kilomètres d’aménagements cyclables d’ici 2020 devrait être atteint. À noter notamment une piste cyclable « expresse », complémentaire à la « voie verte » des quais du Rhône. Mais les associations d’usagers du vélo regrettent des aménagements déjà « sous-dimensionnés ».

Parallèlement au vélo, les transports en commun ont continué de ce développer dans l’agglomération lyonnaise. Mais sans réalisation d’envergure. Une sixième ligne de tram qui devrait être mis en service prochainement et un métro B prolongé jusqu’aux Hôpitaux Sud en 2023, voire le lancement d’une cinquième ligne métro E. Comme ailleurs, les problèmes demeurent hors centre-métropole. Dès la première couronne le maillage est beaucoup plus lâche, avec essentiellement des bus aux fréquences réduites. À ce tableau, il faut ajouter, pour les habitants de la grande périphérie, des parkings relais surchargés et des TER dont les fréquences et la ponctualité restent insuffisantes. Mis à part pour celles et ceux qui vivent et travaillent dans le centre de la métropole (Lyon+Villeurbanne), s’en remettre entièrement aux transports en commun reste donc une gageure.

Que faire de l’autoroute en ville ?

C’était la grosse annonce de ce mandat 2014-2020, en matière de transport : la réparation d’une absurdité urbaine, celle de deux autoroutes (l’A6 et l’A7) éventrant Lyon par le tunnel sous Fourvière. En 2016, Gérard Collomb, alors président de la Métropole, a obtenu de l’Etat leur déclassement et leur transformation en deux boulevards urbains. Comme condition à la réalisation de cette mutation, il avait promis un péage urbain de « transit » pour pénaliser les véhicules qui ne font que passer par l’agglomération lyonnaise. Mais un amendement à la loi d’orientation des mobilités (LOM) allant dans ce sens a été rejeté fin mai. Reste la réalisation du bouclage du périph’ lyonnais d’ici 2030 rebaptisé « Anneau des sciences » qui avait été remisé au placard et qui a refait surface à l’occasion de ce déclassement de l’A6/A7. Les oppositions sont nombreuses contre ce projet. Sa non-réalisation est au cœur des revendications des Marches pour le climat lyonnaises. Mais le « bouclage » du périphérique est toujours ardemment défendu par Gérard Collomb et, encore, par son rival David Kimelfeld comme la condition sine qua non au déclassement des deux autoroutes urbaines. La Zone à faibles émissions (ZFE) mise en place par la Métropole au 1er janvier 2020 à Lyon, Villeurbanne, Caluire-et-Cuire et à certains endroits de Bron et Vénissieux est une tentative de limiter le trafic routier. Mais les véhicules des particuliers ne sont pas concernés. A Lyon, l’actuel président de la Métropole David Kimelfeld aimerait s’aligner sur les capitales qui interdisent les voitures dans le centre-ville. L’expérimentation de la piétonisation de la Presqu’île (l’hypercentre) un samedi par mois pendant six mois pourrait déboucher sur une pérennisation en septembre 2021. Après les élections de mars 2020 donc.

Les alternatives à la bagnole calent à Bordeaux Métropole

Les élus sont rarement contents d’être sous la barre des 50%. Pourtant, ce fut « une grande étape franchie par Bordeaux Métropole », claironnait la collectivité, que le passage de 59% des déplacements réalisés en voiture (en 2009) à 49%, selon l’enquête mobilité ménages de 2017.

Pour l’agglomération bordelaise, cela légitimait les investissements colossaux réalisés essentiellement dans le tramway depuis 2000 : plus de deux milliards d’euros pour quatre lignes, dont la dernière en date, la D, sera inaugurée en décembre.

Pourtant, l’utilisation des transports collectifs n’a que faiblement augmenté, de 10% à 12% des déplacements. Ce qui met « le point » de part modale à un prix un peu chérot d’1 milliard d’euros…

RER Gilets jaunes

À tel point que des associations (TransCub) et des élus métropolitains, dont Vincent Feltesse, ancien président (PS) de la métropole et actuel candidat (sans étiquette) à la mairie de Bordeaux, et son rival écologiste Pierre Hurmic, remettent en cause la politique du tout tramway.

Ceux-ci critiquent les extensions de ligne onéreuses vers celles des 28 communes de la métropole qui ne sont pas encore desservies – des projets sont notamment à l’étude vers Saint-Médard-en-Jalles, Talence ou Gradignan, des communes cossues, dans la majorité divers droite à la métropole, et toutes situées sur la rive gauche de la Garonne.

Ils plaident en revanche pour multiplier les lignes de bus ou de trains circulaires – le RER métropolitain, qui s’appuiera sur l’augmentation des fréquences de TER -, reliant davantage l’agglomération au reste du département.

Successeur d’Alain Juppé à la mairie de Bordeaux Nicolas Florian (Les Républicains), est d’accord avec son opposition sur ce point. Il voudrait d’ailleurs imposer le terme de RER Girondin. Après une année de secousses de l’ex-Belle endormie par les Gilets jaunes, cela permettrait de souligner les efforts de la ville pour améliorer la mobilité quotidienne.

Ceux-ci sont en effet régulièrement coincés dans les bouchons sur la rocade de Bordeaux, où se concentre 80% des emplois du département, quand le prix galopant des logements repousse toujours plus loin de la ville-centre ses travailleurs.

Voilà qui explique au passage un recul de la voiture en fait très relatif : il est surtout du au doublement de la pratique du vélo (de 4 à 8%) et à la croissance de la marche à pied (29% des déplacements contre 24% en 2009).

Sur le pont

Le dernier mandat d’Alain Juppé à la mairie de Bordeaux aura ainsi été marqué par l’interdiction aux voitures du pont de pierre par dessus la Garonne. Après une phase d’expérimentation, ce monument symbolique est désormais réservé aux modes doux et aux transports collectifs.

Plus impactant encore aura été la généralisation du stationnement résidentiel payant dans quasiment tout le centre ville. Alors qu’en 2014 il était encore possible de se garer gratuitement, chaque automobiliste doit désormais passer au parcmètre. Et si les Bordelais disposent d’un tarif préférentiel, celui-ci se limite à un seul véhicule par ménage. L’effet de ces deux mesures a été significatif, poussant un nombre important de gens à laisser Titine au garage.

Culture bagnole

Mais lorsqu’Alain Juppé a voulu étendre le stationnement payant au delà des boulevards, et notamment dans les quartiers aisés formant le cœur de son électorat, il s’est heurté à la fronde vigoureuse de riverains. L’ancien maire a préféré faire machine arrière. L’ex- maire et président de la métropole (il cumulait les deux fonctions) a aussi repoussé aux calendes grecques le projet pourtant bien avancé de ZFE (zone à faible émission), avec les vignettes Crit’air.

Car la culture bagnole-pavillon de banlieue à l’américaine reste solidement ancrée dans la métropole bordelaise, très étendue (la même taille que Lyon pour deux fois moins d’habitants). Elle s’illustre par la quasi absence de politique coordonnée des 28 maires sur le stationnement, ou par la priorité donnée à la route (très coûteux passage à 2X3 voies de la rocade, projet ressorti des limbes de grand contournement autoroutier…).

Pourtant, des investissements conséquents, mais plus modestes, comme le Plan vélo, ont rapidement prouvé leur pertinence.

Les concertations qui s’ouvrent à quelques mois des municipales sur l’aménagement des boulevards, cette autoroute urbaine ceinturant Bordeaux et la séparant de ses voisines (Mérignac, Pessac, Bègles…) seront un bon test. Les candidats se mouilleront-ils pour faire reculer la place écrasante de la voiture à Bordeaux ? Peu d’entre eux ont pour l’heure exposé leurs idées sur les transports. L’ancien socialiste Vincent Feltesse propose carrément d’interdire le stationnement de surface aux voitures particulières dans l’intra-boulevard, et de mettre à l’étude un péage urbain.

Strasbourg, les réductions au centre peinent à atteindre la périphérie

37% : c’est le pourcentage de déplacements effectués en voiture en 2019 dans l’Eurométropole de Strasbourg. Même si cette proportion est en baisse (46% en 2009), cela reste d’une courte tête le mode de transport privilégié juste devant la marche à pied (36,5% ; +3,5 points en 10 ans). Lors du mandat, la municipalité a continué une politique de piétonisation des rues du centre-ville. La majorité PS-EELV (et LREM + Generation.s depuis 2017) a supprimé environ 400 places de stationnement en surface et le stationnement est devenu payant entre midi et 14h.

De plus, la société Streeteo a été choisie pour les contrôles, dont la restriction a déjà fait ses preuves, tout comme l’extrême difficulté pour réussir un recours, même quand l’automobiliste est en règle. La Ville a aussi repoussé les cars de tourisme en dehors de l’hyper-centre, qui a la forme d’une île, limité les livraisons de poids-lourds les plus polluants ou entrepris quelques livraisons de chantiers par péniches. Le société coopérative d’autopartage Citiz a accompagné cette diminution des voitures individuelles en doublant ses abonnés durant le mandat, de 4000 à 8000 dans les 33 communes de l’Eurométropole 

Les candidats restent prudents sur la « requalification » de l’autoroute A35, qui sera trois fois plus fréquentée que n’importe quel boulevard après la mise en place du contournement ouest (photo Abdesslam Mirdass / Studio Hans Lucas)Photo : Abdesslam Mirdass / Studio Hans Lucas

Mais la piétonisation grandissante entraîne une difficile cohabitation. L’espace libéré des véhicules est occupé par les terrasses (sur les côtés) et les piétons (au centre). Difficile d’y trouver des axes fluides traversants pour les cyclistes, tout comme de contourner le centre-ville. Un comble dans la ‘“capitale du vélo”. La municipalité tente alors de remettre les vélos, il est vrai pas toujours très disciplinés, sur les axes désormais moins engorgés, avec ce qu’on appelle des “Vélorues”. Sur ces voies, les bicyclettes sont prioritaires et utilisent le centre de la chaussée.

En dehors du centre et ses abords, les efforts pour la réduction de la place de la voiture sont moins visibles. D’ailleurs les dépenses publiques pour les transports en commun n’ont jamais retrouvé leur niveau de 2014. L’extension de tram au nord s’est faite à la place d’habitations et jardins, sans toucher aux axes de circulation. Idem pour le tram vers l’Allemagne, construit sur des friches portuaires parallèles à une vaste avenue encombrée. Vers les quartiers populaires de l’ouest, c’est la variante la moins disante qui l’a emporté. La prolongation envisagée de la seule ligne de bus à haut niveau de service (BHNS) depuis la gare, a quant à elle été repoussée au mandat suivant. Alors que l’utilisation ou non des vignettes Crit’air incombera au futur maire de Strasbourg, les maires de 1ère et 2ème couronne insistent pour plus d’offres en transports en commun depuis la périphérie. Six lignes “à la demande”, à réserver 30 minutes à l’avance, ont été lancées fin 2019. Enfin, après une expérimentation à l’été pour bloquer les voitures aux heures d’entrée et de sortie d’une école, la concrétisation via des bornes automatiques est toujours attendue.

#Enjeux2020 – La réduction des voitures en dehors du centre de Strasbourg, une ambition au point mort ?

#Enjeux2020 – La réduction des voitures en dehors du centre de Strasbourg, une ambition au point mort ?

Les voitures se font de plus en plus rares dans la Grand-Île de Strasbourg et ses abords directs. Mais si le recul de la voiture ne fait pas l’unanimité, candidats et spécialistes espèrent un changement de paradigme après 2020.

Les travaux de piétonisation de la rue du 22-Novembre se terminent. C’était la dernière des « Grandes percées » de la première moitié du siècle où il était possible de venir et repartir du centre-ville en voiture. À la clé, un cheminement innovant par rapport aux opérations précédentes. Un côté piéton, une séparation végétale et un côté à double sens pour les vélos, à partager avec les livraisons le matin.

Dans le centre-ville et ses abords, il est indéniable que la place de la voiture a diminué lors de ce mandat. Le maire Roland Ries (longtemps au PS, désormais tenté par LREM) a souvent parlé de « zone de pertinence » de la voiture, qui s’arrêterait aux portes de la Grande-Île. À la demande de commerçants et d’habitants, la rue du Jeu-des-Enfants a été piétonisée et colorée, alors que ce n’était pas prévu. Idem place de Vignette, un ancien mini-parking à quelques centaines de mètres de là.

La nouvelle rue du 22-Novembre, avec certains flux dissociés sera-t-elle inaugurée le 22 novembre pour le Marché de Noël ? Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Srasbourg

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Tir de LBD sur Lilian, 16 ans : la plainte de sa mère classée sans suite

Tir de LBD sur Lilian, 16 ans : la plainte de sa mère classée sans suite

Selon une source proche du dossier, le parquet de Strasbourg a classé sans suite la plainte contre X concernant le tir de LBD ayant touché le jeune Lilian qui sortait d’un magasin de vêtements un jour de manifestation des Gilets jaunes en janvier 2019. Sa mère, Flaure Diesse, dénonce une « décision lamentable ».

Encore une violence policière impunie. Le parquet a classé sans suite la plainte de Flaure Diesse, concernant le tir de Lanceur de balles de défense (LBD) qui a touché son fils le 12 janvier 2019 lors d’une manifestation de Gilets jaunes à Strasbourg. Selon une source proche du dossier, ce classement sans suite trouve son origine dans l’enquête de l’inspection générale de la police nationale (IGPN) sur l’affaire Lilian, du nom du jeune de 16 ans gravement blessé à la mâchoire, alors qu’il ne manifestait pas… Puisque l’auteur du tir de LBD n’a pas été identifié, il n’est pas possible pour le parquet de poursuivre au pénal.

Lilian Diesse : « C’est lamentable »

Un seul élément de l’enquête de l’IGPN donne satisfaction à Flaure Diesse : l’institution reconnait que le jeune Lilian ne participait pas à la manifestation. Pour le reste, la mère nous a partagé sa colère, la gorge nouée :

« Je suis révoltée par ce classement sans suite. Lorsqu’un Gilet jaune commet une violence, même cagoulé, on le retrouve. Mais quand c’est un policier non, même s’il y a des caméras de vidéosurveillance. C’est lamentable… »

« Lorsqu’un Gilet jaune commet une violence, même cagoulé, on le retrouve. Mais quand c’est un policier non, même s’il y a des caméras de vidéosurveillance. C’est lamentable… » Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg

Une nouvelle épreuve

L’enquête de l’IGPN établit aussi de manière certaine que c’est bien un tir de LBD qui a percuté le visage de Lilian. D’après le code de la Sécurité intérieure le tireur « vise de façon privilégiée le torse ainsi que les membres supérieurs ou inférieurs […] la tête n’est pas visée ». Selon une source proche du dossier, les recherches policières prouvent que « l’usage du LBD dans ces circonstances était justifiable d’un point de vue purement légal parce que des manifestants étaient violents à l’égard des forces de l’ordre. Il y a donc légitime défense. »

Une nouvelle épreuve attend donc la mère de Lilian. Selon nos informations, Flaure Diesse compte maintenant engager une action en responsabilité de l’État au tribunal administratif. « Il faut que l’État rembourse les frais que ça a engendré pour nous », nous confiait l’ancienne conseillère en vente, en juin dernier.

Flaure Diesse est parfaitement consciente de ses chances au niveau pénal :

« Au niveau pénal, c’est un combat perdu d’avance m’a dit mon avocat. On trouvera jamais le policier qui a tiré, ils se couvrent entre eux, regardez les autres cas de violences policières… »

Des vies brisées

Flaure Diesse sort épuisée de cette longue épreuve. La décision du parquet a mis près de 11 mois à arriver. Et puis, Lilian ne vit plus avec elle. Traumatisé, il avait besoin de quitter Strasbourg. Le lycéen a repris sa scolarité dans une autre région de France, après avoir déménagé chez son père. Pour la mère, une chose est sûre : rien ne sera jamais plus comme avant.

Avec son audience reportée, l’Hôtel de la rue pourra passer Noël

Avec son audience reportée, l’Hôtel de la rue pourra passer Noël

Edson Laffaiteur était appelé à comparaître devant le tribunal d’instance de Strasbourg mardi 5 novembre pour l’assignation en expulsion de l’Hôtel de la rue. 167 sans-abris vivent dans ce squat depuis l’été. L’audience pour une éventuelle expulsion a été reportée au 14 janvier, à la demande de l’avocate de l’association. Une soirée de soutien aura lieu samedi 9 novembre au Wagon Souk.

« C’était ce qu’on attendait », déclare Me Sophie Schweitzer, devant le palais de justice de Strasbourg. L’avocate de la défense, a réussi à reporter l’audience de l’Hôtel de la rue, qui devait avoir lieu ce mardi 5 novembre, au mardi 14 janvier :

« Je viens de recevoir les pièces de la part de l’avocat de la Ville de Strasbourg… Là on va avoir le temps de constituer un dossier pour montrer que ce squat répond à un vrai besoin : héberger des personnes qui n’ont pas d’autre solution. »

Me Sophie Schweitzer

L’avocat pour la Ville de Strasbourg, Me Jean-Marie Bourgun, a également soutenu ce report. Des discussions sur l’avenir du site ont toujours lieu entre la municipalité et les occupants.

L’Hôtel de la rue loge des personnes isolées, des familles, des enfants. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Plus de trois mois d’occupation

Fin juillet, un collectif informel a occupé un bâtiment de la Ville de Strasbourg, situé au 91 route des Romains à Kœnisghoffen, vide depuis près de 10 ans, pour créer un squat d’hébergement. La Ville a décidé de porter plainte contre cette « occupation illicite ». Le lieu permet de loger 167 personnes dont 63 mineurs d’après La Roue Tourne, l’association de sans-abris très présente à l’Hôtel de la Rue et fondée suite à l’occupation. Edson Laffaiteur, président de l’association, est le seul appelé à comparaître pour cette assignation à expulsion car il a donné sa carte d’identité lorsqu’un huissier de justice s’est présenté au squat :

« Ils veulent vraiment casser un projet comme ça ? C’est incroyable de se retrouver au tribunal alors qu’on héberge des familles, des enfants qui sont tous scolarisés maintenant, des hommes et des femmes isolées. Nous, on ne peut pas admettre qu’il y ait autant de gens qui dorment dehors. »

Edson Laffaiteur est soulagé de voir le procès reporté. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Une soirée de soutien samedi

Un peu moins de 100 personnes étaient présentes dès 8h30 ce mardi 5 novembre pour soutenir l’Hôtel de la rue lors de l’audience. Deux élus de la majorité municipale, Éric Schultz (non-inscrit) et Syamak Agha Babaei (ex-PS, fondateur du « Labo Citoyen ») sont venus apporter leur soutien. La mobilisation citoyenne a permis d’équiper les pièces, les sanitaires et les cuisines de ce bâtiment.

Une centaine de personnes étaient présentes pour soutenir l’Hôtel de la rue ce mercredi 5 novembre. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Dans la même dynamique, une soirée hip-hop est prévue samedi 9 novembre de 16h à 6h au Wagon Souk au 91 route des Romain, en contrebas de l’Hôtel de la rue.

Les bénéfices seront utilisés pour financer une cuisine collective et des douches pour le squat. Sly2, graffeur parisien, Ours Samplus, groupe de Lille, et d’autres artistes de la scène locale strasbourgeoise seront présents.

Comment deux usines d’incinération alsaciennes ont pu masquer leurs émissions polluantes

Comment deux usines d’incinération alsaciennes ont pu masquer leurs émissions polluantes

Semaine de l’investigation locale (2/5) – Deux anciens employés d’usines d’incinération alsaciennes racontent les procédés employés pour masquer les émissions polluantes des incinérateurs. Selon ces témoins, la surveillance mise en place par l’État souffre d’une confiance aveugle dans les rapports d’autocontrôles des incinérateurs.

« En deux ans d’expérience, j’ai vu l’usine tricher au moins une dizaine de fois sur les relevés d’émissions polluantes. » Au milieu des années 2010, Christophe (le prénom a été modifié) a travaillé dans l’un des quatre incinérateurs d’Alsace en tant que cadre. En février 2019, l’ingénieur thermicien a alerté Rue89 Strasbourg sur « la méthode employée afin de berner le système de contrôle réglementaire. »

L'incinérateur de Strasbourg, opéré par la société Sénerval (Photo GK / Rue89 Strasbourg)
L’incinérateur de Strasbourg, opéré par la société Sénerval Photo : GK / Rue89 Strasbourg

Un stratagème rendu possible par une méthode toute simple : l’auto-contrôle des usines d’incinération. « Dans ce système, l’usine est juge et partie puisque c’est elle qui décide des données qu’elle envoie à la Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (Dreal) », résume Christophe.

L’auto-contrôle a la correction facile

Pour s’auto-contrôler, les usines d’incinération achètent un système d’analyseur de combustion. Problème, selon Christophe : « Les constructeurs du logiciel d’évaluation donnent les codes d’accès à leurs clients. » Pour les établissements, il devient facile de corriger certaines valeurs lorsque leurs émissions dépassent la limite autorisée, explique l’ingénieur :

« Au redémarrage d’une chaudière, ou quand des déchets qui n’auraient jamais dû arriver chez nous, des cadres de fenêtre PVC par exemple, sont incinérés, les pollutions en acide chlorhydrique et en poussières peuvent monter en flèche. Alors les résultats étaient divisés par 10 pour rester en dessous des valeurs réglementaires. »

La boite noire reste inaccessible

Environnement SA produit ces systèmes de mesure des émissions polluantes. Questionné sur la possibilité de modifier les données de son logiciel par les usines, un responsable de la communication assure qu’une « base de données inviolable existe, la Dreal peut consulter les vraies valeurs à tout moment. » Problème : en juin, le communicant admettait que « la Dreal n’avait jamais demandé l’accès à la base en 2019. »

La Dreal du Haut-Rhin a communiqué à Rue89 Strasbourg les relevés d’auto-contrôle qu’elle a reçu ces dernières années de l’une des deux usines d’incinération du département, celle de Colmar. Ces documents consistent en des tableaux de moyennes quotidiennes. Pratique, ils ne permettent pas d’observer des courbes suspectes, où la valeur de pollution indiquée serait soudainement divisée par 2, 3 ou 10. Les dépassements passent ainsi allègrement sous le radar de la Dreal…

Document type transmis à la Dreal par une usine d’incinération dans le cadre de l’autocontrôle des émissions polluantes des usines d’incinération Photo : Doc Remis

Imprécis ou non-réglementaires

Dans les documents mis à disposition, seuls quatre graphiques auraient pu permettre une observation plus précise de la pollution de l’incinérateur en continu. Ces courbes étaient noyées dans des centaines de pages de tableaux, tels que celui ci-dessus. Selon l’ancien cadre, le tableau ci-dessous pourrait correspondre à la pratique dénoncée.

Sur cette courbe, le taux d’acide chlorhydrique grimpe en flèche avant de chuter brutalement proche de la valeur 0. Problème : l’intervalle de temps sur l’axe horizontal est trop élevé. Il ne permet pas d’observer précisément l’évolution de cette décroissance subite. Photo : Doc Remis

Mais encore une fois, le graphique manque de précision. Pire : selon un expert du sujet, « le temps figurant en abscisse ne permet pas d’interpréter correctement les résultats (…) Le graphique tel que présenté ne répond pas aux critères de l’arrêté ministériel du 20/09/02 relatif aux installations d’incinération. »

Fumées opaques, chiffres opaques

Le directeur de l’incinérateur colmarien n’a pas souhaité répondre à nos demandes de documents plus précis, ni d’interview. Les relevés d’émissions polluantes, prescrits par arrêté préfectoral, sont pourtant publics. Chacun est sensé pouvoir accéder à ces informations.

En Alsace, il est établi qu’une usine d’incinération a déjà masqué illégalement certains pics de pollution, celle de Strasbourg en 2014. Ce sont des employés de l’entreprise exploitante, Sénerval, qui ont dénoncé le stratagème auprès de la Dreal bas-rhinoise. Documents à l’appui, ils ont prouvé que les arrêts de fours mentionnés dans les rapports mensuels étaient mensongers. Dans les faits, les fours continuaient de tourner… et de polluer.

Autosurveillance infidèle en 2014

Rue89 Strasourg a pu consulter un rapport de l’inspection de l’environnement sur l’incinérateur de Strasbourg. Le document (disponible en entier au bas de cet article) date d’avril 2014. Suite à l’alerte des ouvriers, le constat des inspecteurs est clair :

« Il apparaît que pendant des jours pratiquement entiers de fonctionnement des fours, (…) les résultats des analyseurs peuvent ne pas être comptabilisés par le logiciel d’acquisition dès lors que la ligne est passée en procédure « NOP (de non-observation, ndlr) ». C’est le cas des journées du 18 juillet et du 17 décembre 2013. Il en découle que certains résultats d’autosurveillance ne peuvent être considérés comme représentatifs. »

Rapport de l’Inspection de l’environnement pour la société Senerval, visite du 16 avril 2014 (Document complet disponible au bas de l’article)

Selon un ancien salarié de l’ »Unité de Valorisation Énergétique », cette fraude n’avait pas pour but d’éviter d’éventuelles sanctions de la préfecture. La direction de l’incinérateur cherchait plutôt à masquer la nécessité d’investir dans une modernisation de l’installation : “Les électrofiltres, les laveurs sont défectueux depuis longtemps. Et aujourd’hui, la situation reste la même, d’après mes collègues toujours en poste. Tout ça était fait pour éviter les investissements qui sont nécessaires pour rester sous les seuils réglementaires en fonctionnement normal.”

En temps normal, ce bassin doit servir à refroidir les cendres sorties du four. Mais l’eau, trop chaude, a ici produit de la mousse. Photo prise peu après le redémarrage de l’usine d’incinération de Strasbourg. Photo : Doc Remis

Contournement institutionnalisé

Pascal Lajugie, directeur de la Dreal bas-rhinoise, se souvient d’une pratique organisée chez Sénerval : « Il y avait carrément une fiche pour contourner la légalité ! » Interrogé sur la possibilité de réduire artificiellement les valeurs de pollution des incinérateurs, Pascal Lajugie admet :

« Les usines ont accès à leur propre système de pilotage, ils peuvent donc paramétrer leur logiciel. Mais le code de l’environnement est clair : les déclarations d’autosurveillance, c’est sous leur responsabilité. »

Un contrôle externe difficile

Le responsable de la Dreal du Bas-Rhin tient à rappeler les deux autres niveaux de contrôle qui existent :

« Tous les trois mois, les usines sont obligées de faire un contrôle par un laboratoire externe, payé par eux mais agréé par le Cofrac (comité français d’accréditation). Ce laboratoire peut perdre son accréditation si il dit n’importe quoi. Et enfin nous réalisons des contrôles inopinés… même si les contrôles sur la qualité de l’air nécessitent de prévenir l’opérateur à l’avance, pour qu’il mette des nacelles et du matériel spécifique à disposition. L’exploitant sait qu’il aura un contrôle dans l’année, mais pas à quelle date. »

Questionné sur la possibilité de consulter la « boite noire » du logiciel, Pascal Lajugie estime qu’il est impossible de vérifier des « kilomètres » de graphiques représentant les nombreux polluants émis par un incinérateur. L’action de la Dreal est dépendante « d’informations ou de renseignements en amont », de lanceurs d’alerte en d’autres termes. Chez Sénerval, ceux qui avaient alerté sur l’insécurité ou les pollutions masquées ont été poussés dehors.

Des sanctions pourtant faibles

Face à cette problématique, une incompréhension subsiste pour Pascal Lajugie. Quel était donc l’intérêt de ces contournements de la réglementation chez Sénerval ? Si l’usine d’incinération strasbourgeoise avait transmis les données réelles, elle aurait dépassé certains seuils légaux d’émission mais sans risquer de lourdes sanctions. L’ingénieur explique :

« Dans le pire des cas, l’usine a dépassé les 60 heures maximales annuelles de non-observation des émissions. Alors on les met en demeure et c’est tout. On ne peut pas arrêter un incinérateur, qu’est-ce qu’on ferait des déchets de Strasbourg ? »

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Chez Sénerval, le dernier contrôle… avorté

Plus récemment, l’usine d’incinération Sénerval a dépassé les seuils de pollution réglementaires en dioxynes. Selon Pascal Lajugie, chef d’unité de la Dreal du Bas-Rhin, de tels dépassements arrivent souvent au moment du redémarrage d’un incinérateur.

Entre le 21 août et le 19 septembre 2019, les lignes 1 et 2 de l’incinérateur ont émis en moyenne 0,17 nanogrammes de dioxyne par mètre cube (ng/m3) contre 0,10 nanogrammes par mètre cube autorisé. Pour la ligne 2 de l’unité de valorisation énergétique, le taux était de 0,23 ng/m3. La Dreal a donc décidé d’effectuer un contrôle dans la matinée du 4 novembre. Mais l’inspecteur de la Dreal est rentré bredouille… car les fours incriminés ne fonctionnaient pas. Contacté, le directeur de l’installation n’a pas souhaité répondre à Rue89 Strasbourg.

Comment on vit à côté de la centrale de Fessenheim

Comment on vit à côté de la centrale de Fessenheim

Un documentaire de France 2 s’intéresse à la vie quotidienne à Fessenheim, à l’ombre d’une centrale en voie de démantèlement mais pleine de ressources.

Mardi 22 octobre, le magazine Infrarouge de France 2 a diffusé le documentaire « Ma vie à côté de la centrale », réalisé et tourné à Fessenheim par Julie Roth.

Dans ce documentaire d’une heure, Julie Roth revient sur le poids de la centrale nucléaire pour les habitants de ce village du Haut-Rhin de moins de 3 000 habitants mais qui compte un collège et de nombreux équipements sportifs grâce aux 3 millions d’euros que la centrale nucléaire verse à la commune.

Chez Valérie, le bistrot du coin, où se discute pas mal l'activité de la centrale... (capture d'écran)
Chez Valérie, le bistrot du coin, où se discute pas mal l’activité de la centrale… Photo : capture d’écran

Alors qu’il est question de démanteler le complexe, le documentaire revient longuement sur les positionnements des habitants, à propos de la filière de production d’énergie nucléaire. Le sujet fait débat dans la société mais pas tellement dans le village, où le seul opposant fait figure de mouton noir.

Pastilles d’iode, codes d’alerte, sonneries… Enfant de Fessenheim, Julie Roth laisse parcourir son objectif au gré des rues et des habitants dans ce documentaire très vivant, sur un sujet pourtant très aride, grâce aux rencontres avec le maire, un délégué syndical, un écologiste, des riverains et des employés d’EDF.