Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Des milliers de tonnes de bois toxique menacent les riverains et les bassins du Port du Rhin

Des milliers de tonnes de bois toxique menacent les riverains et les bassins du Port du Rhin

Semaine de l’investigation locale (1/5) – Au bord de l’eau, à côté d’habitations, s’entassent plus de 2 000 tonnes de déchets dangereux. Ce sont des anciennes traverses de chemins de fer traitées à la créosote, un produit toxique cancérigène. Le bois est stocké et broyé de manière illégale, ce qui menace les riverains, l’eau et les sous-sols.

Tout est parti d’une poussière. Une poussière qui « ressemblait à de la cendre très claire et qui tombait du ciel comme la neige » pour reprendre les mots de François Kopp, infirmier libéral à Strasbourg :

« Ce jour-là, je rendais visite à des patients qui vivent sur l’aire d’accueil des gens du voyage, rue de Dunkerque au Port du Rhin. Les voitures, les caravanes, les tables, tout était recouvert par cette poussière. C’était à l’automne 2018. »

Suite à cette visite, François Kopp informe l’association Médecins du Monde qui, à son tour, demande des comptes à la Ville de Strasbourg en novembre 2018. Il faut finalement attendre le 7 mai 2019 pour que la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) procède à une inspection.

Le suspect : l’entreprise MTS et son bois contaminé à la créosote

Dans le viseur de la Dreal, il y a l’entreprise MTS qui fait du transit de céréales, d’engrais, de charbon et de déchets, notamment des anciennes traverses de chemins de fer.

Il se trouve que les anciennes traverses de chemins de fer sont considérées comme des déchets dangereux car elles ont été traitées à la créosote. Le produit protège le bois de la moisissure mais il est probablement cancérigène selon l’Union européenne et très toxique pour les milieux aquatiques. La France est même allée plus loin en décembre 2018 en interdisant le recyclage du bois créosoté. Il doit être systématiquement éliminé dans des incinérateurs qui chauffent à plus de 850 degrés et qui détruisent un maximum de substances toxiques.

Le rôle de MTS est donc de récupérer ces traverses en fin de vie et de les envoyer vers des incinérateurs autorisés à les détruire. Mais aux yeux de la Dreal, l’entreprise ne respecte pas ses obligations de prévention des risques sanitaires et environnementaux.

À moins de cent mètres de l’air d’accueil des gens du voyage, MTS stocke plus de 2 000 tonnes de bois toxique Photo : Maxime Nauche / Rue89 Strasbourg / cc

Du bois toxique broyé sans aucune protection

Premièrement, sur son site de la rue d’Alger, MTS broie les traverses de chemins de fer, ce qu’elle n’a pas le droit de faire et encore moins sans confinement, en libérant des poussières créosotées dans l’air. Comme le rappelle Pascal Lajugie, chef de l’unité départementale du Bas-Rhin à la Dreal :

« Si vous respirez ces poussières, il y a un risque d’apparition d’un cancer des fosses nasales ou des poumons. »

Lors de son inspection, la Dreal ne peut que constater la présence des tas de broyats, mais les fonctionnaires ne voient pas d’opération de broyage sur le moment. MTS leur affirme ne plus avoir broyé de bois toxique depuis décembre 2018. D’après l’entreprise, il ne reste plus qu’à évacuer les broyats. Pascal Lajugie reconnait :

« C’est difficile de vérifier ce que nous dit MTS. On ne peut pas savoir depuis quand l’entreprise broie du bois créosoté illégalement. Ça peut être récent mais ça peut aussi remonter à 2015, année de création de MTS. »

Sur ce point, MTS ne souhaite pas s’exprimer.

Un stockage de bois toxique dans des conditions déplorables

Le deuxième point qui pose problème à l’administration, c’est la manière dont MTS stocke ses broyats illégaux. Ils sont entreposés en plein air et à même le sol. Les poussières créosotées s’envolent au gré du vent et ruissellent dans l’eau et les sous-sols quand il pleut.

Enfin, lors de sa visite, la Dreal découvre que MTS stocke des broyats et des traverses de chemins de fer entières place Henri Lévy, dans le port de Strasbourg à hauteur du quartier résidentiel du conseil des XV, sans autorisation. Ce site est encore plus proche de l’aire d’accueil des gens du voyage et des péniches que ne l’est celui de la rue d’Alger (voir carte ci-dessus).

Mi-octobre, des broyats de bois toxique s’entassaient à quelques mètres de l’eau Photo : Maxime Nauche / Rue89 Strasbourg / cc

Le 18 juin et le 9 septembre, la préfecture du Bas-Rhin adresse deux mises en demeure à MTS pour demander à l’entreprise :

    d’arrêter son activité de broyage, de stocker convenablement ses tas de broyats en attente de leur évacuation, de vider la place Henry Lévy des stocks illégaux.

Résultat : peu de choses ont changé

Alors aujourd’hui, où en est-on ? Le procureur de la République confirme « qu’une enquête est en cours. » MTS assure ne plus broyer de traverses. Les tas de broyats sont toujours à même le sol et ont été bâchés sans que cela n’empêche certains morceaux de s’éparpiller dans la nature, comme nous avons pu le constater (voir photo ci-dessous). Quant à la place Henri Lévy, elle n’a toujours pas été évacuée.

Les broyats de bois toxique ont été bâchés place Henry Lévy Photo : Maxime Nauche / Rue89 Strasbourg / cc

Pour expliquer la situation, MTS prétend avoir un problème de débouchés. En clair, les incinérateurs autorisés à recevoir ce bois toxique sont saturés. D’après MTS, certains incinérateurs demandent à ce que les traverses soient broyées avant de les récupérer. Pour Pascal Lajugie de la Dreal, l’administration se retrouve impuissante face à cette réponse :

« La situation est loin d’être idéale mais qu’est ce que vous voulez faire ? Vu les déchets, même s’ils n’ont rien à faire place Henry Lévy, on ne va pas s’amuser à les déplacer. On n’a pas d’autre choix que d’attendre que les stocks de bois s’écoulent petit à petit. »

Les traverses non-broyées s’entassent dans un piteux état place Henry Lévy Photo : Maxime Nauche / Rue89 Strasbourg / cc

Un « péril imminent » selon l’association Robin des Bois

Au dépôt illégal de la place Henri Lévy, il n’y a aucun contrôle d’accès. Une odeur d’hydrocarbures se dégage des monticules de bois. À leurs pieds stagnent des flaques d’eau parsemées de tâches grises. À quelques mètres s’étend un bassin du port. Un peu plus loin, on aperçoit des péniches. Cependant Pascal Lajugie se veut rassurant :

« C’est quand vous broyez les traverses que vous libérez la créosote mais les traverses entières ne représentent pas de danger en elles-mêmes. »

Mais force est de constater que les traverses dites « non-broyées » sont dans un état de décomposition avancé, éclatées en morceaux, ce qui inquiète beaucoup Jacky Bonnemains. Il est président de l’association Robin des Bois, qui a participé fin 2018 à la rédaction d’une charte relative à la gestion du bois créosoté avec le ministère de la transition écologique :

« En cas de prise de feu, les pompiers auront du mal à circonscrire l’incendie. Les émanations seraient très toxiques et pourraient recouvrir une partie de la ville ou de la zone portuaire en fonction des conditions météo du moment. Tout est sur le sol et il y a donc une pollution chronique des sols et sous-sols et probablement du bassin portuaire sous l’action des pluies. Il n’y a aucune étanchéité. La situation est scandaleuse. Il faut maîtriser ce péril imminent. »

Concernant un potentiel incendie, la Dreal parle de « risques très faibles. » Sur ce point, l’arrêté préfectoral de décembre 2001 qui autorise l’activité de MTS (à l’époque SOGEMA) n’est pas très précis. En revanche, sur les risques liés au ruissellement et à l’envol de produits toxiques, le texte ne fait pas de différence entre les traverses broyées et non-broyées.

Article 17. 1 : « La quantité de déchets de bois en transit est limitée à 1 200 tonnes. L’aire de stockage sera étanche et formera rétention. Les eaux pluviales souillées seront collectées et traitées dans la station des eaux de traitement du site. La zone de chargement / déchargement des déchets devra être aménagée afin d’éviter le déversement et les envols de déchets hors de la zone. La durée de stockage en vrac ne pourra excéder 15 jours. »

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Le broyage du bois toxique s’est-il vraiment arrêté ?

Le 16 octobre, nous nous rendons pour la première fois sur le dépôt illégal de la place Henry Lévy. Une drôle de machine verte attire notre attention (voir photo ci-dessous).

Le 16 octobre, une machine pour broyer le bois était sur le dépôt illégal de la place Henry Lévy Photo : Maxime Nauche / Rue89 Strasbourg / cc

En discutant, avec des riverains, certains nous assurent qu’il s’agit d’une machine pour broyer le bois et qu’elle a fonctionné lors de la première quinzaine d’octobre.

Mais il s’agit en fait d’un crible à tambour. Cela permet de trier les broyats en morceaux plus ou moins fins. Les poussières dégagées par l’opération ont dû laisser penser certains riverains qu’il s’agissait d’un nouveau broyage.

MTS avait-elle le droit de trier ses broyats toxiques à l’air libre et au bord de l’eau ? La DREAL était-elle au courant de cette opération ? Cela reste à éclaircir.

#rue de Dunkerque

Changement climatique : Les Vosges menacées par les pénuries d’eau

Changement climatique : Les Vosges menacées par les pénuries d’eau

Grand paradoxe du changement climatique : malgré des quantités d’eau plus importantes, leur irrégularité risque de rendre l’eau moins accessible à l’avenir dans le massif des Vosges. Les forêts de conifères sont également en danger.

En débat : L’état de l’information inquiète les démocraties

En débat : L’état de l’information inquiète les démocraties

Le Forum de la démocratie se penche du 2 au 8 novembre sur l’état de l’information. Le programme public, principalement à l’Aubette, permet de se faire une idée sur les enjeux qui secouent les médias, dont la bonne santé est essentielle au fonctionnement de nos institutions démocratiques.

Chaque année quand les frimas de l’hiver se font sentir à Strasbourg, le Conseil de l’Europe s’interroge sur l’état de la démocratie. Et le thème de ce forum mondial cette année concerne l’information, l’organe circulatoire des démocraties. Et il faut bien le dire, la situation de l’information des citoyens, et des médias en particulier, est préoccupante.

L’irruption des réseaux sociaux, qui succède à la révolution d’Internet qui s’est abattue sur des médias fragilisés, a transformé le paysage informationnel de nombreux citoyens en maelström où se mêlent fausses nouvelles, informations tronquées de propagande, messages commerciaux, sites bourrés d’inexactitudes et produits quasi-automatiquement dans le seul but de récupérer des données personnelles et… au même niveau, les médias d’informations journalistiques.

Menaces contre le jugement éclairé

Il faudra peut-être plus que quelques conférences et rencontres entre experts et diplomates au Conseil de l’Europe, du 6 au 8 novembre, pour sortir de cette situation qui menace les démocraties représentatives, en donnant aux extrémistes et aux complotistes de tous bords une audience inespérée.

La démocratie la plus puissante du monde, les Etats-Unis, ont élu un clown colérique à sa tête, provoquant des ressacs sur toute la planète dont les Kurdes sont les dernières victimes. Le Royaume-Uni se découvre plus européen qu’il ne le croyait et ne sait plus comment se sortir d’une trajectoire mortifère… Partout, les dégâts sont considérables.

Le programme public, qui débute samedi 2 novembre jusqu’au vendredi 8 novembre permettra peut-être d’alerter les citoyens sur ces enjeux colossaux, s’il parvient à intéresser au-delà de ceux qui se sentent déjà concernés. Place de YouTube, fake news, enjeux de l’investigation dans l’information avec notamment les documentaires Meurtre à Malte (lundi) et L’Enquête (dimanche)… De nombreuses rencontres et ateliers sont programmés (voir ci-contre), principalement à l’Aubette place Kléber.

Rue89 Strasbourg mobilisé avec 5 enquêtes

De notre côté, nous avons choisi de participer à ce moment de mobilisation sur l’information en publiant chaque jour une enquête sur Rue89 Strasbourg. Média local indépendant, Rue89 Strasbourg est l’une des rares rédaction en capacité d’enquêter longuement et en profondeur sur des situations et des enjeux locaux. Pour progresser, nous avons besoin du soutien des lecteurs et c’est pourquoi nous avons lancé une « édition abonnés » (5€ par mois, 50€ par an).

Des dessins pour la paix

En parallèle du FDLM, Cartooning for peace (dessins pour la paix) organise une série d’événements autour du dessin de presse, avec notamment une grande fresque le 6 novembre à 17h au Conseil de l’Europe, des expositions, des ateliers et des rencontres (programme complet ici). Notre super dessinateur, Piet, sera présent mardi 5 novembre à 13h30 à l’Aubette pour un atelier sur l’impact des images.

Strasbourgeoises et voilées : « On ressent une volonté de nous déshumaniser »

Strasbourgeoises et voilées : « On ressent une volonté de nous déshumaniser »

Sophia, Ilham et Khedija portent le voile. Alors que les polémiques et les débats ont envahi les médias et les réseaux sociaux, lassées que leur parole soit systématiquement confisquée, elles racontent leur quotidien à Rue89 Strasbourg.

Elles sont trois. Sophia, Ilham et Khedija (le prénom a été modifié) sont musulmanes et ont, à un moment de leur vie, fait le choix de porter le voile. Elles ont des âges et des parcours différents mais toutes les trois vivent à Strasbourg. Elles ne se connaissent pas mais toutes ont en commun des histoires d’agressions physiques, de voiles arrachés, d’insultes, de regards insistants ou de préjugés dans la rue ou dans le tram.

Après la polémique qui a suivi l’agression d’un élu RN contre une maman portant le voile lors d’une sortie scolaire au conseil régional de Bourgogne Franche-Comté, le 11 octobre, elles ont suivi les débats sur les plateaux télé, les réactions politiques ou les tribunes parues dans la presse, sur la place du voile dans la société. Pour un constat : sur plus de 80 débats télévisés sur le voile et 286 intervenants, aucune femme voilée n’a été invitée. Il faudra attendre une semaine après le début de la polémique pour que des musulmanes portant le voile soient présentes sur les plateaux télés (dans « Touche pas à mon poste » sur C8 le 18 octobre et sur CNews).

Khedija : "La femme est directement venue vers moi et a tiré mon voile vers l'avant". (Photo : OG  /Rue89 Strasbourg)
Khedija : « La femme est directement venue vers moi et a tiré mon voile vers l’avant ». Photo : OG /Rue89 Strasbourg

Khedija, 19 ans : « Les insultes font partie du quotidien des femmes voilées »

Khedija a 19 ans. Elle porte le voile et une longue jupe qui recouvre ses jambes depuis deux ans. Elle raconte avoir été prise à partie il y a deux semaines, peu de temps après la polémique sur l’agression de la maman par l’élu RN. Khedija raconte une altercation verbale, mais aussi physique :

« J’étais dans le tram, au niveau de l’arrêt Faubourg National. J’étais debout et à côté de moi, il y avait un couple. La femme est directement venue vers moi et a tiré mon voile vers l’avant. Je l’ai poussée et elle s’est cognée contre son mec. La femme a commencé à me parler de mon voile et a déclaré que Hitler s’était trompé de cible mais que ce n’était pas grave : d’autres feraient bientôt le ménage. »

« Ça fait partie du quotidien des femmes voilées », lâche Khedija, fataliste. La jeune femme, étudiante en sciences humaines et sociales, explique avoir choisi de porter le voile après la lecture d’un ouvrage de Freud. « Je ne me souviens plus du titre du livre, mais tout est parti de là. Freud parlait du fait qu’il fallait se chercher, se retrouver ».

Khedija, Ilham et Sophia ont toutes ont en commun des histoires d'agressions physiques, de voiles arrachés ou d'insultes. (Photo OG / Rue89 Strasbourg)
Khedija, Ilham et Sophia ont toutes ont en commun des histoires d’agressions physiques, de voiles arrachés ou d’insultes. Photo : OG / Rue89 Strasbourg

Sa famille, d’origine marocaine, ne l’a pas soutenue dans sa démarche et tous les jours, Khedija se voile en cachette dans les escaliers, en partant de chez elle. « Je ne peux même pas me confier à eux quand je me fais agresser. Ils considèrent que mon voile est un frein à l’intégration. D’un côté comme de l’autre, je me sens rejetée », explique la jeune femme.

Celle qui aimerait devenir psychiatre raconte une autre agression, une soirée de janvier, alors qu’elle attendait le tram à l’arrêt République :

« Trois hommes qui avaient bu m’ont demandé pourquoi je me couvrais la tête. Ils m’ont dit qu’on était des putes et que ça les excitaient. L’un d’eux a posé ses mains sur mes épaules, j’ai répliqué d’un coup de poing. Ça l’a fait saigner du nez. Ils se sont éloignés. Je fais 1m56, j’avais peur. Il y avait au moins une dizaine de personnes qui attendaient le tram comme moi et personne n’a bougé. »

"La féminité ce n'est pas mettre du rose ou du maquillage", estime Khedija. (Photo : OG / Rue89 Strasbourg)
« La féminité ce n’est pas mettre du rose ou du maquillage », estime Khedija. Photo : OG / Rue89 Strasbourg

Khedija discute régulièrement de ces épisodes difficiles avec d’autres amies, également voilées. Ensemble, elles listent les remarques et les insultes qui rythment leur quotidien : « Connasse », « pétasse ». « Les gens nous disent d’enlever notre “déguisement”. Tout récemment, une amie s’est aussi fait cracher dessus ». Jamais la jeune femme n’a songé à porter plainte ou déposer une main courante, de crainte de ne pas être prise au sérieux ni écoutée. Si tous les trams strasbourgeois sont équipés de vidéo-surveillance, il faut qu’une plainte soit déposée pour que la police ait accès à l’enregistrement (voir encadré).

Khedija ajoute qu’elle sature des débats et des émissions autour du voile. Et ne supporte plus que voile et féminisme soient souvent opposés :

« Je suis une femme, pas un “sac poubelle qui marche”… C’est une expression qu’on m’a déjà sortie. La féminité ce n’est pas de mettre du rose ou du maquillage. C’est se sentir épanouie et belle, peu importe comment. »

Sophia, 18 ans : « Une copine m’a demandé comment je faisais face à tout ça »

Sophia porte son voile depuis le mois de mai. Inscrite en droit à l’Université de Strasbourg, elle a attendu de pouvoir aller à la fac pour porter le voile sans avoir à l’enlever avant les cours (la loi du 15 mars 2004 sur le port des tenues et signes liés à l’appartenance religieuse n’interdit pas le voile dans l’enseignement supérieur, ndlr). « J’y pensais depuis des années et un jour j’ai sauté le pas. Ma mère porte le voile, une de mes tantes aussi », explique la jeune femme qui vit à Hautepierre :

« Ma famille n’était pas trop pour et me disait que je me mettais des bâtons dans les roues toute seule. J’ai toujours essayé de garder la tête froide. Moi, ça me fait du bien de le porter. »

Sophia a fait le choix de se couvrir la tête depuis le moi de mai. En sept mois, elle comptabilise six agressions. (Photo : OG / Rue89 Strasbourg)
Sophia a fait le choix de se couvrir la tête depuis le moi de mai. En sept mois, elle comptabilise six agressions. Photo : OG / Rue89 Strasbourg

L’étudiante décrit au moins six agressions, depuis sept mois qu’elle porte son voile. Dont celle-ci, au mois de juin, en plein centre-ville, à l’arrêt de tram Homme de Fer :

« Une jeune fille m’a violemment tirée hors du tram. Elle a pris ses clés et a déchiré mon voile. Tout le monde me regardait et était abasourdi. Je me suis tue. J’étais choquée. J’ai regardé l’immense trou dans mon voile. Je n’ai même pas pensé à porter plainte. Je n’en voulais pas à cette fille, mais à ses parents. C’est un problème d’éducation. »

Débats télé, émissions, chroniques : Sophia a tout voulu regarder, tout écouter de ce qu’il se disait sur les femmes voilées et sur l’islam :

« Sans mentir, j’ai eu très mal au coeur de voir des hommes, la plupart du temps, prendre la parole à la place des femmes, et bien souvent les entendre réduire une mère, une soeur, une femme, à un voile. »

De ses amies, Sophia explique que celles qui ne sont pas musulmanes sont les plus choquées par l’islamophobie latente à laquelle la jeune femme est confrontée. « Une de mes copines, qui n’est pas musulmane, m’a avoué qu’elle ne savait pas comment je faisais au quotidien face à tout ce qui se dit. Heureusement, il y a énormément de solidarité entre nous. »

Ilham, 37 ans : « Le coach m’a dit que s’il me laissait m’entraîner, il risquait sa place »

Ilham porte le voile depuis un peu moins de dix ans. Après avoir été aide à domicile, l’Alsacienne de 37 ans a repris les études et est actuellement inscrite en deuxième année de master de sociologie à l’Université de Strasbourg. Alors que le port du voile est autorisé dans l’enseignement supérieur, l’étudiante raconte avoir fait face à quelques réticences lorsqu’elle a voulu s’inscrire à un cours de boxe anglaise :

« Le coach m’a dit que s’il me laissait m’entraîner avec mon voile et que si ça se savait, il risquait sa place. J’ai eu un sentiment d’humiliation. Être mise à la marge, ça fait mal, et pour peu qu’on ait pas trop confiance en soi, on peut facilement sombrer et tomber au même niveau que ceux qui excluent les femmes voilées. »

Le règlement général d’utilisation des installations sportives de l’Université de Strasbourg, daté de mai 2019, indique en effet que « le port de tout couvre-chef, d’insigne ou de bijou est interdit dans les activités ». Le règlement intérieur de l’Université en revanche, ne spécifie rien sur les signes d’appartenance religieuse ou le foulard islamique. De cette situation, Ilham dit regretter de ne pas pouvoir accéder aux équipements du campus, en raison, selon elle, de son choix religieux.

« Au lieu de s’unir contre les violences faites aux femmes, certaines féministes nous font violence à nous », regrette Ilham. Photo : OG / Rue89 Strasbourg

La Strasbourgeoise explique que c’est notamment son étude approfondie de l’islam qui l’a décidée à sauter le pas. Elle fustige un certain féminisme qui peut s’avérer excluant envers les femmes ayant la tête couverte pour des raisons religieuses :

« Au lieu de s’unir contre les violences faites aux femmes, certaines activistes font l’inverse de ce contre quoi elles luttent. Elles nous font violence. »

Dans un contexte de crispation autour de la question du voile, Sophia, Ilham et Khedija ont décidé de faire valoir leurs points de vues. Photo : OG/Rue89 Strasbourg

Lorsqu’elle exerçait son activité d’aide à domicile, Ilham précise n’avoir rencontré aucun souci jusqu’à ce qu’une bénéficiaire lui exprime son malaise. « Par la suite, elle a regretté et voulait que je revienne travailler chez elle, mais j’ai refusé », se souvient-elle.

Dans un contexte où le Sénat vient de voter l’interdiction des signes religieux aux parents lors des sorties scolaires, Ilham exprime un sentiment de rejet :

« On ressent comme une volonté de déshumaniser ou de rabaisser les femmes voilées, une injonction d’être un modèle “unique” de femme. Alors que ce qui compte au final c’est la façon dont la personne se comporte ».

Le Bas-Rhin se désendette mais craint une tutelle de l’État

Le Bas-Rhin se désendette mais craint une tutelle de l’État

Les finances du Département du Bas-Rhin ont retrouvé une « trajectoire plus saine, » selon son président Frédéric Bierry (LR). Mais il s’inquiète des projets du gouvernement, qui pourrait supprimer les capacités d’agir des départements sur les taux d’imposition.

Le président du Conseil départemental du Bas-Rhin, Frédéric Bierry (LR), respire : les finances du Département sont sorties de l’ornière financière où elles se trouvaient. En 2015, des dépenses sociales en hausse et des compensations de l’État en baisse avaient poussé Frédéric Bierry à augmenter le taux sur la taxe sur le foncier bâti, pour éviter « la faillite. » Puis, le Département a gelé ses investissements pendant trois ans et mené un programme d’économies.

Pour 2020, les conseillers départementaux doivent voter lundi 4 novembre un budget « assaini » selon le mot du président, avec une capacité de désendettement du Département ramenée de 7 à 3 ans et demi (pour un stock de dette de 714,3 millions d’euros en 2015 à 522,9 millions en 2018).

Les dépenses en 2020 devraient s’établir autour de 857,4 millions d’euros. L’investissement est maintenu au modeste niveau de 120 M€.

Ce qui a sauvé le Département en fait, c’est l’inattendue poussée des droits de mutation. La taxe sur le foncier bâti (TFB) a rapporté à la collectivité 175,4 millions d’euros en 2018, 30 millions de plus que ce qui était attendu. Prudent, Frédéric Bierry préfère maintenir dans ses orientations budgétaires une recette de TFB autour de 135 millions d’euros.

Vers une perte de l’autonomie financière ?

Problème : la future loi « 3D » pour décentralisation, différenciation et déconcentration, prévoit de transférer le produit de la TFB aux communes. Frédéric Bierry s’en inquiète :

« Pour remplacer la taxe d’habitation, le gouvernement veut transférer la taxe foncière aux communes et les départements auraient… la TVA. Mais la TVA est une taxe dont le produit dépend de l’activité économique, or les dépenses des départements croissent justement quand l’activité économique baisse ! Donc on est sûr de créer un effet de ciseaux avec cette idée. On a demandé au Premier ministre des garanties en cas de baisse de l’activité économique, on n’a obtenu aucune réponse. »

Les droits de mutation ont sauvé les finances du Bas-Rhin en 2018 (Photo WoodleyWonderWorks / FlickR / cc)
Les droits de mutation ont sauvé les finances du Bas-Rhin en 2018 Photo : WoodleyWonderWorks / FlickR / cc

Mais surtout, avec le transfert de la TFB, les départements perdraient leur dernier levier fiscal, puisqu’ils n’ont aucun pouvoir de taux sur toutes les autres recettes :

« Les départements deviendraient de fait des “sous-traitants” de l’État, nous serions sous tutelle. Ce n’est pas acceptable, la Constitution prévoit la “libre administration des collectivités locales”, ce qui n’est pas possible si elles n’ont pas d’autonomies financières et fiscales. »

Frédéric Bierry et tous ses collègues de l’Assemblée des départements de France ont « vivement exprimé » leurs inquiétudes au gouvernement lors de leur dernier congrès. Sans succès jusqu’à présent.

Une assemblée de zombis campe au Musée vodou

Une assemblée de zombis campe au Musée vodou

Situé à la sortie ouest du centre de Strasbourg, l’imposante bâtisse du Musée vodou accueille des centaines d’artefacts issus de cette culture rituelle. Fort de nombreux événements, le musée accueille jusqu’au 1er décembre l’installation Château Zombi.

Entrer au Musée vodou avec une certaine idée de ce que l’on peut y trouver, c’est s’exposer à quelques désillusions. Pas de poupées maudites en pelote d’épingles, pas de bocaux remplis de serpents au formol, ni même la moindre trace d’une planche Ouija.

Le musée, installé dans un ancien château d’eau, abrite d’authentiques pièces tirées de rituels vodous africains, provenant principalement du Bénin et du Togo. Loin des images hollywoodiennes de sorcelleries occultes exotiques, le vodou doit se comprendre comme une religion et une philosophie de vie, avec de multiples ramifications. Une exposition temporaire, Château zombi, complète jusqu’en décembre la collection avec une œuvre d’art contemporaine.

Le zombi, grand incompris des médias de masse

Les zombies sont extrêmement populaires dans la pop culture. Cadavres en putréfaction revenus à la vie, errant à la recherche de cervelles fraîches à dévorer, ils peuplent tant les films que les jeux vidéos. Pourtant, le zombi traditionnel est un être humain, bien vivant. Présent dans le vodou haïtien, il s’agit d’un humain prenant une drogue simulant la mort. Il est ensuite soumis à la volonté du sorcier qui se sert de lui comme d’un pantin.

Le musée vodou accueille jusqu’au 1er décembre 2019 une œuvre d’art contemporaine : une quarantaine de poupées de chiffon symbolisant des zombis Photo : document remis

Dans la performance chorégraphique Zombification, Kettly Noël et Michel Meyer se sont emparés de cette figure pour servir un discours social. Ce spectacle chorégraphique présenté à Athènes en 2017 n’est pas joué à Strasbourg : c’est son adaptation en exposition que présente le Musée vodou. Le chorégraphe et réalisateur Michel Meyer étant alsacien, il était naturel que son œuvre passe dans la région.

Une quarantaine de poupées humanoïdes à taille réelle, faites de chiffons et de cordes, sont installées sur des chaises. Ces pantins étaient manipulés par les danseurs de Zombification. Une captation vidéo du spectacle est diffusée au-dessus de l’assemblée immobile, permettant de découvrir Zombification en même temps que les poupées.

Le monde se zombifie

L’œuvre porte une idée simple : le monde se zombifie. Bien que le libre-arbitre semble toujours de mise, nous sommes manipulés insidieusement, par la société de consommation, par la mémoire de nos ancêtres, par les violences perpétrées les siècles passés… Ces pantins impotents malmenés, pendus, entassés peuvent rappeler pêle-mêle les champs d’esclaves, les camps de la mort, les lynchages… Les silhouettes alignées en rangs serrés évoquent la cave d’un bateau négrier.

Les poupées zombi rappellent les figures humanoïdes issus des rituels vodou qu’expose le musée. Photo : document remis

Les cordes qui les enserrent montrent l’aliénation de ces personnages, et leurs visages couverts de fragments de miroirs sont sujets à interprétations. Ils reflètent les visages de visiteurs, pour les mettre à leur place. Ils évoquent la blessure, mais aussi la possibilité de porter différents regards depuis un même point de vue. Placée au dernier étage du musée, comme le point final de la visite, la foule des pantins crée une résonance entre le patrimoine historique et le monde contemporain, refusant la mise à distance d’une culture qui est encore vivace de nos jours.

Découvrir le vodou au-delà des films d’horreur

Le Musée vodou offre une ressource précieuse : un fond de documentation et d’artefacts permettant de se saisir de la réalité du vodou. L’exposition se renouvelle régulièrement. Elle présente 220 objets mais la réserve en comporte plus de 800. Ces artefacts font partie de la collection privée de Michel Arbogast, ancien P-DG des brasseries Fischer et Adelshoffen, qui décida d’ouvrir ce musée privé en 2013.

Dans le panthéon vodou, plus de 400 divinités se partagent les attributions. Les fétiches peuvent les représenter, ou être plus spécifiquement dédiés à une personne ou un souhait. Pour activer les objets, il est nécessaire de leur faire une offrande : des céréales, de l’alcool, des plantes ou du sang. C’est ce qui explique la croûte organique présente sur la plupart des objets rituels. Ce combustible est censé donner son pouvoir à l’objet, lui-même servant d’intermédiaire vers le monde de l’invisible et les vodous.

Le seul fétiche vodou « activé » du musée se situe au rez-de chaussé et protège la collection. La statue, faite de bois et d’os de chevreaux, est régulièrement entretenu par des offrandes de riz, de gin, d’huile de palme et de sang de poulet. Photo : document remis

Parmi les différentes pièces du musée, beaucoup sont des masques rituels. En fait de masques, il s’agit de costumes complets à destination de diverses cérémonies. Les geledes, costumes figurant des femmes, servent à des spectacles satiriques durant les moissons. Les egunguns, vastes œuvres de tissus, représentent les ancêtres et permettent aux vivants de s’entretenir avec eux, grâce à un traducteur. On y trouve également des oros, ces plastrons protecteurs couverts de statuettes et de coquillages servant à protéger le reste du cortège des forces maléfiques.

Pour se saisir de l’esprit contemporain de la pratique vodou, le musée propose une expérience unique : assister à une cérémonie vodou grâce à un casque de réalité virtuelle. Projet à l’initiative de la startup strasbourgeoise Virtual Journey, ces court-métrages tournés au Bénin permettent de s’immerger dans les rituels. Le musée propose également aux groupes des visites nocturnes, à la lampe de poche.

Une boutique d’objets unisexe pour « tordre le cou aux clichés » dès l’enfance

Une boutique d’objets unisexe pour « tordre le cou aux clichés » dès l’enfance

Pour venir à bout des stéréotypes de genre et lutter contre l’inégalité des sexes, Joy Fleutot a ouvert une boutique pour enfants unisexe. Plus de rose pour les filles ni de bleu pour les garçons, les enfants pourront choisir sur d’autres critères, ceux qui leur plaisent.

Dans la boutique Joy Concept, qui doit ouvrir en décembre dans la bien nommée rue du Jeu-des-Enfants au centre-ville de Strasbourg, parents et enfants pourront s’y procurer des vêtements, des jouets, des livres et des objets de petite décoration unisexe. Unisexe, c’est-à-dire que les objets ne seront pas pensés pour s’adresser au genre des enfants en utilisant des codes et des clichés liés au sexe (couleur des emballages, illustrations, mise en avant d’attributs liés au sexe, etc).

Joy Fleutot, 27 ans, a eu l’idée de créer sa boutique pendant ses études, il y a deux ans :

« En cours de marketing, on nous apprend qu’il faut segmenter son marché pour vendre. Il faut commencer par le sexe. On ne vend pas un produit de la même façon à un homme ou à une femme et pour différencier, on se base sur des stéréotypes de genres, les femmes sont douces, les hommes sont forts, etc. En ce qui concerne le marketing à destination des enfants, c’est encore pire, on a droit à une explosion de clichés : les garçons sont des super héros, les filles peuvent commencer à apprendre à faire le ménage… »

Ce marketing genré est tellement ancré que la jeune femme prévoit d’aménager une partie café dans sa future boutique, afin d’échanger sur cette question avec les parents. Des ateliers de bricolage et d’échange devraient également être organisés pour les enfants.

Pour se débarrasser des stéréotypes de genres, Joy Fleutot va ouvrir une boutique unisexe pour enfants : Joy Concept Photo : HJ / Rue89 Strasbourg

Des enfants libres de choisir

Ce marketing genré ne concerne pas que la couleur des boites, il influe aussi sur le développement des enfants et sur la place qu’ils sont invités à prendre dans la société. Ainsi les garçons ont accès à l’aventure et sont poussés à prendre des risques dès leur plus jeune âge. Mais ce n’est pas le cas des filles :

« Quand j’étais petite, j’allais chez un copain qui jouait souvent aux circuits de voitures. J’adorais ça. Pourtant, je n’en ai jamais commandé à Noël : je ne regardais que les pages roses des catalogues de jouets, et, dans les pages roses, il n’y a pas de circuits de voitures… Maintenant, je me rends compte que je me suis bridée toute seule. En créant une boutique qui prouve qu’il est possible de mettre fin aux clichés et que ça fait du bien aux enfants, la demande va peut-être évoluer. »

Joy détaille son concept de boutique unisexe pour enfants (vidéo Joy concept / YouTube)

Joy proposera à ses petits clients des jouets en bois de la marque Plan Toys. Dans la boutique, ils seront disposés en fonction de l’âge et du stade de développement de l’enfant. Le mobilier sera également adapté à la taille des enfants. Les étagères et les tringles à vêtements seront à leur hauteur pour qu’ils puissent choisir plus facilement les produits qui les attirent.

Des vêtements à 30 euros

Dans sa boutique, Joy a choisi de vendre les vêtements de marques « éco-responsables » telles que Tootsa, Colchique ou encore Tiny Cottons. Prix moyen : une trentaine d’euros par pièce. Selon la jeune femme, la qualité des vêtements justifie cette somme assez élevée :

« Quand on veut des vêtements en coton bio qui ne sont pas produits à l’autre bout du monde par des enfants payés une misère, ça coûte toujours un peu plus cher… »

Joy envisage de mettre en place un coin dédié aux vêtements d’occasion dans la boutique. Ainsi, elle pourra racheter certains vêtements puis les revendre à d’autres clients. C’est également, selon elle, un bon moyen de lutter contre la surconsommation.

« Construire les enfants autrement »

En ce qui concerne les livres, la boutique proposera des ouvrages que Joy qualifie d’alternatifs et dans lesquels toutes les différences (couleur de peau, religion, sexe, handicap) seront mises en avant :

« Dans les livres pour enfants, lorsqu’on représente une cour d’école, il y a toujours le groupe de filles qui papotent toutes ensemble d’un côté et les garçons qui jouent au foot de l’autre. C’est cliché, mais c’est la réalité de ce qui est proposé aujourd’hui. »

Les enfants pourront également se procurer des histoires qui abordent les thèmes de l’écologie ou du féminisme. Selon Joy, il est important de transmettre ces valeurs aux enfants qui seront les principaux acteurs de la société de demain :

« Petite, je vivais avec mon père. Il faisait la cuisine, il reprisait mes jeans, il bricolait aussi la voiture… Quand je disais aux adultes que c’était mon père qui avait fait mon ourlet, les gens s’exclamaient toujours. Je ne comprenais pas pourquoi. Si on éduque les enfants en leur expliquant qu’être une fille ou un garçon c’est pareil, on peut aider à effacer les inégalités qu’on rencontre à l’âge adulte. Par exemple, pourquoi un patron payerait moins une femme ? Ça n’aurait plus lieu d’être. »

La carte des lieux kids friendly à Strasbourg

La carte des lieux kids friendly à Strasbourg

Vous venez d’avoir un enfant et vous vous demandez où vous allez bien pouvoir sortir avec votre bambin ? À moins que vous ne soyez déjà parents depuis un bon moment et que vous ne cherchiez de nouvelles idées de sorties en famille ? Cette carte des lieux kids friendly de Strasbourg est faite pour vous !

Ce n’est pas parce qu’on a des enfants qu’on ne peut plus se rendre dans un bar (on ne vous parle pas de ceux où vous alliez danser jusqu’à pas d’heure évidemment…). À Strasbourg, on trouve quelques bars / restos / café / salons de thé qui pensent à l’accueil des plus petits avec matériel de puériculture à disposition (chaise haute, table à langer au minimum). Plusieurs bars à jeux ont ouvert et offrent une bonne occasion de sortir en ville avec vos mômes.

Pour les plus petits

Les endroits destinés aux plus petits sont nombreux. Il y a tout d’abord des lieux de rencontre parents-enfants. Ce ne sont pas des crèches ni des haltes-garderies mais bien un espace où l’enfant (jusqu’à 4 ou 6 ans selon le lieu) est invité à se rendre avec ses parents, grands-parents ou sa nounou. Il peut y jouer et rencontrer d’autres enfants et d’autres adultes.

L’idée de ces lieux abrégés « LAPE » est d’offrir un espace de socialisation aux petits. Une bonne idée de sortie pour les mamans en congé maternité qui souhaitent rompre leur isolement et qui permet à votre bébé de « tester » la rencontre avec d’autres enfants avant l’entrée en crèche. 

À la Maisonnée, les enfants y sont accueillis en compagnie de leur parents. (Photo FL / Rue89 Strasbourg / cc)
À la Maisonnée, les enfants y sont accueillis en compagnie de leur parents. Photo : FL / Rue89 Strasbourg / cc

La maisonnée, rue Kageneck, est le premier lieu de ce genre. Il a ouvert à Strasbourg en 1984. Il s’agit d’une association fondée sur l’idée de la maison verte de Françoise Dolto. 

Ici on vous accueille avec vos bambins de 0 à 4 ans, tous les après-midis du lundi au samedi. On y vient quand on veut. Il n’est pas nécessaire de s’inscrire à l’avance. Jeux d’eau, coin lecture, tricycles, on y trouve toutes sortes de jouets et du matériel de puériculture.

Pour les parents c’est l’occasion de partager leurs questionnements avec les professionnels présents dans la structure. Ce sont des psychologues ou des psychanalystes, contrairement aux LAPE gérés par la ville où se sont des professionnel de la petite enfance qui vous accueillent. Les femmes enceintes y sont également les bienvenues.

Une participation financière, laissée à la libre appréciation de chacun, est souhaitée à chaque passage et contribue à faire exister la Maisonnée.

Les autres lieu d’accueil parents-enfants de la ville ne sont pas indiqués sur la carte mais vous trouverez la liste (et une carte) ici : LAPE de Strasbourg

Vous trouverez aussi sur notre carte ci-dessous plusieurs restaurants et bars où l’on ne vous regardera pas de travers si vous arrivez avec une poussette ou si vous demandez une chaise haute pour votre bébé. Et c’est toujours rassurant de savoir où l’on pourra changer facilement bébé lors d’une sortie en ville (parole de maman).

Bars à jeux et ludothèques

Ces derniers mois, plusieurs bars à jeux ont ouvert à Strasbourg : Baraka jeux, Philibar ou encore Schluck N’Spiel. Si ces endroits ne sont pas spécialement destinés aux enfants, ils s’avèrent très prisés par les familles les après-midis de week-end et pendant les vacances. C’est une bonne occasion de sortir prendre le goûter en famille (au Philibar tout est fait maison) et de découvrir de nouveaux jeux de société. Il y en a pour tous les âges, parfois même dès 4 ans. Pour vous en faire une idée, le Philibar, café-resto de l’historique magasin de jeu Philibert, a mis en ligne sa liste de jeux.

Au Philibar, plus de 400 jeux sont proposés en accès libre aux clients du bar. (Photo FL / Rue89 Strasbourg / cc)
Au Philibar, plus de 400 jeux sont proposés en accès libre aux clients du bar. Photo : FL / Rue89 Strasbourg / cc

Plusieurs ludothèques accueillent les familles pour jouer sur place et / ou emprunter des jeux. L’accès est soit libre soit sur adhésion et des animations sont régulièrement proposées par ces structures.

La Ludothèque de la Meinau, par exemple, offre pas moins de 5 000 jeux à disposition des familles et des collectivités. Des jeux d’éveil aux jeux géants, à emprunter pour les fêtes par exemple, en passant par les jeux de société.

À la maison des jeux, à la Montagne-Verte, des créneaux sont réservés pour les “Bébés joueurs” (de 0 à 3 ans) et le vendredi “Adapta’jeu” propose des jeux adaptés aux situations de handicap. Des animations sont régulièrement proposées, comme le Cluedo Géant.

Bars et restos détendus

On peut désormais se pointer dans pas mal d’endroits avec des petits sans risquer de se faire dévisager et certains restaurateurs ont pensé aux détails pouvant rendre leur établissement accueillant pour tous.

Le bistrot Au bercail (rue Finkwiller à la Petite-France) dispose carrément d’une salle de jeux. Ils cherchaient comment employer leur grande pièce au sous-sol et c’est en constatant que le local était entouré d’écoles que l’idée a germé. Pendant que les parents passent un bon moment à table, les enfants ont de quoi se divertir à l’étage du dessous : balançoire, cabane, tableau à dessin et jouets.

Le restaurant Au Bercail, à Strasbourg, propose une salle de jeux pour les enfants. Photo : FL / Rue89 Strasbourg / cc

Dans quasiment tous les bars et restaurants de notre liste, une chaise haute est à disposition, une table à langer et un espace pour mettre la poussette. Au Kitsch’n Bar il y a tout ça et on pourra même vous donner des craies pour que les bambins puissent exprimer tout leur talent sur le sol de la terrasse. Le babyfoot au sous-sol et l’étagère pleine de jeux sont aussi de bons arguments.

Pour prendre l’air

Sur cette carte, on ne vous liste pas tous les espaces verts ni les squares de jeux disponibles à Strasbourg. Les lieux les plus spacieux et les plus « nature » sont assez excentrés mais on trouve tout de même ce joli square Suzanne-Lacore au cœur de la Petite-France. Attention, il s’agit de celui qui est accessible seulement par la rue des Moulins. À ne pas confondre avec le square voisin (de l’autre côté de l’eau), nommé Louise-Weiss, parfois alcoolisé en journée, voire carrément enfumé…

Dans le top trois, on pense aussi au parc de la Citadelle pour ses jeux d’eau quand il fait chaud et à l’Orangerie pour ses beaux espaces propices au pique-nique, ses aires de jeux et son manège de voitures anciennes. 

Concernant le jardin des Deux-Rives, le côté allemand est bien plus sympa, soyons clair. C’est surtout le petit parc juste à côté du restaurant le Rheinschneck qui séduit les parents strasbourgeois grâce à l’apport de l’eau et à son côté convivial… Un mix apparemment impossible à reproduire en France.

Les plus grands seront curieux de monter tout en haut de la Weißtannenturm, point d’observation qui, après un peu d’effort, offre une vue à 360° sur le sur le Rhin et la Forêt-Noire.

Tract d’Alain Fontanel aux agents : c’est possible car ils ne sont pas stupides

Tract d’Alain Fontanel aux agents : c’est possible car ils ne sont pas stupides

Alain Fontanel, adjoint au maire en charge du Personnel, pouvait bien s’adresser aux agents de la Ville de Strasbourg en tant que candidat, selon un avis du déontologue.

Le 22 octobre, le tout nouveau conseiller municipal Andréa Didelot (Rassemblement Bleu Marine), avait saisi le déontologue de la Ville de Strasbourg. L’élu d’extrême-droite se demandait si le Premier adjoint au maire, Alain Fontanel, pouvait distribuer un tract électoral aux agents des services administratifs de la Ville de Strasbourg, étant donné qu’il est également en charge du Personnel…

La réponse du Pr Patrick Wachsmann n’a pas tardé, c’est oui. Le texte a été transmis à la presse par Alain Fontanel, visiblement soulagé de se défaire aussi rapidement d’une première pique de campagne :

« La distribution de tracts électoraux incriminée n’est contraire à aucune obligation résultant, pour l’élu concerné, du code de déontologie dont s’est doté le conseil municipal de Strasbourg et, en particulier, ne révèle aucun conflit d’intérêts en la personne de [M. Alain Fontanel]. »

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Sécheresse de 2018 : 19 communes du Bas-Rhin en catastrophe naturelle

Sécheresse de 2018 : 19 communes du Bas-Rhin en catastrophe naturelle

En deux arrêtés, la préfecture du Bas-Rhin a reconnu l’état de catastrophe naturelle due à la sécheresse pour 19 communes.

Dans un arrêté publié samedi 26 octobre au Journal officiel, la préfecture du Bas-Rhin reconnaît l’état de catastrophe naturelle pour 6 communes du Bas-Rhin, suite à l’épisode de sécheresse de l’été 2018.

Sont concernées les communes de :

    KeskastelLalayeOtterswillerSteinbourgTruchtersheim Hegeney

Pris le 17 septembre par la préfecture du Bas-Rhin, cet arrêté permet une meilleure indemnisation pour les dommages matériels assurables provoqués « des mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols survenus du 1er juillet au 31 décembre 2018 » (à partir du 1er octobre seulement pour Hegeney).

En juillet, 13 communes du Bas-Rhin avaient déjà fait l’objet d’une reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle pour des périodes similaires de sécheresse. Il s’agit de :

    AltwillerBouxwillerHeiligensteinHerbitzheimHinsingenHochfelden Kirrwiller MarlenheimSarre-UnionSarrewerdenSaverneWaltenheim-sur-Zorn Wœrth

L’état de catastrophe naturelle permet d’ouvrir droit à la garantie des assurés :

    pour les effets de la catastrophe naturelle sur les biens faisant l’objet des contrats d’assurance visés au code des assurances,lorsque les dommages matériels directs ont pour cause déterminante les effets de la catastrophe naturelle,lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir ces dommages n’ont pu empêcher leur survenance ou n’ont pu être prises.

Une situation récurrente

Les sinistrés concernés ont un délai de 10 jours (!) à compter de la date de publication au Journal officiel pour déposer une déclaration de sinistre et un état estimatif de leurs pertes auprès de leur assureur.

Durant l’été 2019, les deux départements alsaciens ont connu des situations de « vigilance sécheresse » et ont dû prendre des mesures de restrictions d’usage de l’eau (voir pour le Bas-Rhin, pour le Haut-Rhin).

Des pénuries d’eau récurrentes menacent les villages du massif vosgien

Des pénuries d’eau récurrentes menacent les villages du massif vosgien

Fondé pour étudier l’impact des pluies acides sur la forêt vosgienne, l’Observatoire du Strengbach à Aubure collecte depuis 1986 des données, écologiques, chimiques, hydrologiques et météorologiques. Elles confirment que l’évolution du climat du massif menace l’approvisionnement en eau des villages.

En 2003, quand Marie-Claire Pierret devient responsable scientifique de l’Observatoire hydro-géologique du Strengbach (OHGE), le problème des pluies acides est en passe d’être réglé. Les dépôts annuels de souffre relevés sur le versant du Strengbach sont passés de plus de deux tonnes à moins de 200 kilogrammes en 30 ans. Pourtant à Aubure, la forêt ne se porte pas beaucoup mieux selon ses observations :

« Les sols étaient encore acides, lessivés par les pluies qui avaient emporté magnésium et calcium, déjà rares sur ces terrains majoritairement granitiques. Puis on s’est rendu compte que le peuplement d’épicéas acidifie les sols et exige beaucoup d’eau. Ensuite, les cervidés broutent tous les jeunes plants, sauf dans les enclos expérimentaux. Et les parasites, comme les scolytes, apprécient les forêts affaiblies et manquant de diversité… »

Marie-Claire Pierret, responsable scientifique de l'OHGE depuis 2003
Marie-Claire Pierret, responsable scientifique de l’OHGE depuis 2003 Photo : FG

« La température a déjà augmenté de 0,7 à 1 degré »

Et puis il y a un facteur qui s’est fait de plus en plus présent : l’évolution du climat. Marie-Claire Pierret a entrepris d’analyser les données engrangées durant 33 ans – un corpus qui n’a que peu d’égal dans le monde (voir encadré). Une publication doit être bouclée prochainement mais déjà, des tendances se dégagent :

« Depuis le début des relevés, la température dans les Vosges a augmenté de 0,7 à 1 degré. Ce sont surtout le printemps et l’automne qui se réchauffent. L’été et l’hiver n’ont que peu varié, ce qui va à l’encontre des souvenirs selon lesquels les hivers étaient plus rigoureux « dans le temps ». En fait, ils sont toujours aussi froids, mais avec des périodes intenses plus courtes. Et avec moins de neige. »

Plus d’eau, mais moins disponible

Toujours selon les mesures de l’OHGS, les précipitations n’ont pas baissé :

« Au contraire, la quantité d’eau déversée sur le massif a même tendance à augmenter. Mais la répartition annuelle des pluies est modifiée avec des hivers plus secs, des printemps plus humides et des périodes de sécheresse plus longues. Il tombe moins de neige, dont la fonte recharge les réserves, et davantage de pluies fortes, qui s’évacuent vite dans les ruisseaux. »

Composée à 80 % de résineux, presque exclusivement des épicéas, la forêt est dégradée
Composée à 80 % de résineux, presque exclusivement des épicéas, la forêt est dégradée Photo : FG / Rue89 Strasbourg / cc

Ces modifications sont inquiétantes pour la flore comme pour la faune. Et lourdes de menaces pour les villages de montagne. S’ils ne s’adaptent pas, ils pourraient avoir à faire face dans l’avenir à des pénuries d’eau récurrentes.

« Ils ne peuvent pas aller puiser dans des nappes profondes, trop loin dans le sous-sol, leur approvisionnement en eau repose donc uniquement sur les sources qui relâchent les eaux de pluie tombées sur les massifs. Cette ressource ne devrait pas manquer, mais pour mieux l’exploiter, il est fondamental d’en connaitre davantage sur le fonctionnement hydrologique des zones de montagne, et d’établir des modèles afin d’envisager les différents scénarios possibles. »

Marie-Claire Pierret

Il y a urgence à mieux gérer la ressource pluviale

Marie-Claire Pierret n’a pas encore terminé l’étude des données. Interrogée sur les solutions à mettre en oeuvre, elle rappelle que ce sera aux décideurs de se prononcer. Cependant, elle imagine quelques pistes qui pourraient être explorées :

« Du côté de la forêt, il faudra sans doute privilégier des essences forestières moins gourmandes en eau que l’épicéa, et tant qu’à faire, moins acidifiantes. À plus court terme, on peut imaginer qu’en captant plus de sources qu’aujourd’hui, on tirerait mieux parti de ces précipitations qui tombent en abondance mais de manière brutale. Pour passer les périodes sèches, des capacités de stockage plus importantes pourraient être indispensables. Et puis, bien sûr, il faudra revoir les réseaux pour limiter le gaspillage. »

Les eaux du Strengbach sont étudiées en permanence par des système de mesure automatisés et reliés aux laboratoires strasbourgeois
Les eaux du Strengbach sont étudiées en permanence par des système de mesure automatisés et reliés aux laboratoires strasbourgeois Photo : FG / Rue89 Strasbourg / cc
Dans les placettes expérimentales, les lessivats qui s'écoulent sous les arbres sont recueillis (doc remis)
Dans les placettes expérimentales, les lessivats qui s’écoulent sous les arbres sont recueillis Photo : doc remis
#Marie-Claire Pierret

Frédéric Bierry, président du Bas-Rhin : « Les compétences, je m’en fous »

Frédéric Bierry, président du Bas-Rhin : « Les compétences, je m’en fous »

Le président du Conseil départemental du Bas-Rhin, Frédéric Bierry (LR), veut conforter les atouts de Strasbourg, capitale européenne… même si ce n’est pas de son ressort.

On savait le président (LR) du Conseil départemental du Bas-Rhin (CD 67), Frédéric Bierry, peu disposé à rester dans les limites des compétences de sa collectivité (aide sociale, vieillesse, quelques routes et les collèges). Il l’a une nouvelle fois affirmé lundi en marge d’une rencontre avec la presse, avant la session plénière annuelle du CD 67 :

« Moi les compétences, je m’en fous. Ce qui m’intéresse, c’est la vie quotidienne des Alsaciens et l’attractivité d’un territoire. »

Prêt au grand contournement…

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Et si des péniches sur l’Ill remplaçaient les camions à Strasbourg ?

Et si des péniches sur l’Ill remplaçaient les camions à Strasbourg ?

L’Eurométropole de Strasbourg et Voies Navigables de France ont lancé un appel à projets pour trouver un utilisateur à la plate-forme logistique du quai des Pêcheurs. L’objectif : développer une navette fluviale quotidienne pour approvisionner les magasins du centre-ville par la voie d’eau. Mais à quoi ressemblera cette nouvelle forme de livraison ?

Bientôt un port marchand au cœur de Strasbourg ? En octobre 2018, une péniche avait acheminé des pavés du port de Strasbourg au quai des pêcheurs pour approvisionner le chantier de piétonisation du quai des Bateliers, tout proche. Cette solution avait permis d’éviter l’entrée dans le centre-ville de dizaines de camions… mais elle avait coûté 8 000€ de plus qu’un transport sur route (sur un marché total de 1,5 million d’euros).

Quai des pêchers, le petit port aménagé pour cette opération par Voies Navigables de France (VNF) pourrait bien reprendre du service. L’objectif : transporter par voie d’eau des marchandises à destination des commerces et des entreprises du centre-ville. L’Eurométropole de Strasbourg et VNF viennent de publier un appel à projets allant dans ce sens.

En mai 2018, le chantier des Quais Sud avait donné l'occasion de tester l'utilisation du fluvial dans la desserte du centre-ville de Strasbourg (photo Nathalie Stey).
En mai 2018, le chantier des Quais Sud avait donné l’occasion de tester l’utilisation du fluvial dans la desserte du centre-ville de Strasbourg (photo Nathalie Stey).

Principal atout : la réduction de la pollution

Avec l’interdiction à venir des moteurs diesel en ville, l’Eurométropole doit favoriser les modes de livraison « doux ». Le transport fluvial en fait partie. Avec un seul moteur, il permet de transporter l’équivalent du chargement de dizaines de camions. Autre avantage : l’Ill est bien moins encombrée que les routes. Une fois déchargés du bateau, les colis et marchandises pourront être acheminés par des véhicules propres, comme les vélos-cargo ou les camionnettes électriques. Ce mode de transport permet aussi de désengorger les rues.

Jean-Baptiste Gernet, adjoint au maire de Strasbourg (La Coopérative) en charge des mobilités alternatives, résume ainsi l’objectif de cet appel à projets : 

« L’opérateur choisi devra proposer un coût à la tonne compétitif pour être accessible à tous les commerçants. Il lui faudra probablement démarrer sur des flux faciles à massifier, comme les fûts de bière par exemple. Le sujet du retour à la voie d’eau est aujourd’hui installé, c’est une évolution écologique qui plaît aux habitants. Si l’exemple réussit, cela permettra d’aller plus loin et d’aménager d’autres plateformes. »

Un premier exemple avec les supérettes Franprix

Cette ambition s’appuie sur des exemples de plus en plus nombreux d’utilisation du fluvial en ville. Certains sont anciens. Depuis plus de trente ans, l’entreprise Point P approvisionne ses dépôts en bord de Seine grâce à des bateaux.

Mais l’exemple le plus connu de transport fluvial urbain concerne l’approvisionnement des 300 magasins Franprix à Paris. Depuis 2012, une barge chargée d’une quarantaine de conteneurs part du port de Bonneuil-sur-Marne, dans l’est de l’Île-de-France pour rejoindre le cœur de la capitale. Les caisses sont ensuite chargées sur des camions roulant au gaz.

L’exemple de Franprix semble démesuré à l’échelle d’une ville comme Strasbourg. Il a pourtant servi de déclencheur pour toute une série de tests en France et sur l’Ill notamment. Car un bateau peut être utilisé pour amener toute sorte de contenants jusqu’au centre-ville.

Des marchandises en palettes sur l’Ill

Des bateaux plats spécialisés dans le transport de palettes et colis existent déjà. En Belgique, la société Blue Line Logistics en a fait construire pour livrer les entreprises du BTP. Longs de 50 mètres, les « Zulu » (c’est leur nom) peuvent transporter l’équivalent de 15 camions en ayant besoin d’un seul moteur. Peu profonds, ils accèdent à la plupart des voies d’eau urbaines. Ces pontons peuvent ensuite être déchargés à l’aide d’une petite grue de bord, ou même d’un chariot élévateur. Le Zulu a été testé à Gand pour transporter des vélos-cargo utilisés par DHL.

Un garage à vélos-cargo flottant

L’idée d’utiliser une péniche pour acheminer des vélos-cargos en centre-ville n’est pas tout à fait nouvelle. En 2012, Gilles Manuelle, créateur de La Petite Reine, un des premiers services de livraison en triporteur, lançait une expérimentation à Paris. Le projet Vert chez vous utilisait lui un bateau dont la cale avait été aménagée en petit entrepôt flottant. Une grue à bord permettait de charger et décharger les vélos sur quasiment n’importe quelle berge.

Sur un parcours d’une dizaine d’escales dans Paris, le bateau déposait les vélos chargés, les reprenait quelques kilomètres plus loin, en relâchant simultanément un autre essaim. Les temps de navigation étaient utilisés par les livreurs pour préparer leur tournée.

Mais malgré l’appui de grandes enseignes (Raja, Saint-Gobain, Sanofi), le service a finalement été arrêté deux ans plus tard, faute de rentabilité. Car si les entreprises aime aujourd’hui afficher leur vertu écologique, elles sont rarement prêtes à payer plus cher pour une prestation de transport estampillée « vert ».

Un bateau-entrepôt… à 3,4 millions d’euros

Gilles Manuelle n’a pas lâché l’affaire pour autant. L’entrepreneur a travaillé à la conception d’un bateau dédié à ce type de service, aux capacités améliorées par rapport aux péniches actuelles, rentable et capable de naviguer à l’électricité. Le bateau Fludis a été inauguré à Paris, en septembre.

Ikea et Lyreco sont les premiers à tester ce nouveau type de livraison urbaine. Il emprunte le même schéma que celui imaginé pour Vert chez vous. Sept tonnes pourraient ainsi être transportées chaque jour en cœur de ville, sans aucune émission polluante. Une solution transposable, selon Gilles Manuelle, dans n’importe quelle ville traversée par un cours d’eau navigable.

Fludis préfigure les nouveaux bateaux fluviaux : hybrides, modernes, adaptés à la ville. Mais son coût ne le met pas à la portée de tous les opérateurs, ni de toutes les villes (Photo Fludis).

Mais le bateau de Fludis fait déjà l’objet d’une procédure contentieuse. Certaines avancées techniques ne fonctionnent pas, malgré les 3,4 millions d’euros qu’il a fallu trouver pour le construire. Le temps que ces soucis soient réglés, le service ne devrait pas démarrer avant fin novembre, au mieux. Son application à d’autres villes n’est donc pas pour demain.

Des caisses plutôt que des vélos

D’autres solutions fluviales ne nécessitent pas la construction d’un bateau neuf. La start-up Green switch meridian expérimente depuis 2012 un concept de caisse pouvant être chargée dans les péniches existantes et déchargées directement sur un petit utilitaire effectuant le dernier kilomètre de livraison.

« Cette solution est moins invasive qu’une flopée de vélo-cargos », estime son concepteur, Marc Bazenet. Ce dernier le certifie : grâce à une manutention très rapide des caisses, cette technique permettrait au fluvial de ne pas être plus cher que la route, sans avoir à amortir un investissement important. Elle a d’ores et déjà donné lieu à de nombreuses expérimentations. Pour autant, aucun client ne s’est encore engagé au-delà de quelques essais…

« Les verrous à l’utilisation du fluvial ne sont pas qu’économiques. Pour les utilisateurs, il s’agit d’une démarche complexe, qui ajoute au moins deux heures de délais supplémentaires à leur logistique et les oblige à repenser totalement leur organisation. L’autre difficulté est de faire coexister sous le même toit toute une nouvelle chaîne de valeurs, des transporteurs aux gestionnaires d’entrepôts, en passant par les industriels, les commerçants et les entreprises de recyclage. »

La rentabilité avant tout

Le futur utilisateur du quai des Pêcheurs devra faire face à toutes ces contraintes. Certes, les études logistiques liées au développement du service et les éventuels investissements en bateau peuvent être en partie pris en charge par VNF dans le cadre de ses plans d’aide. Mais ce sera à l’opérateur de convaincre commerçants, distributeurs et enseignes du e-commerce d’adopter le transport fluvial. Seront-ils davantage séduits par un service de transport de palettes, de vélos-cargo ou de caisses ? Le choix de la Ville se portera en tout cas sur la solution identifiée comme la plus rentable.

Altin Gün et Taxi Kebab : danses orientales garanties à la Laiterie mardi

Altin Gün et Taxi Kebab : danses orientales garanties à la Laiterie mardi

Mardi soir à la Laiterie, un voyage du côté de la Turquie et du Maroc est programmé avec instruments et musique d’autres pays. Pour le même résultat : des sets ultra-dansants qui promettent chaleur et bonne ambiance.

Lea Jiqqir et Romain Henry sont d’origine nancéienne mais tournent actuellement partout en France (et même à Hambourg au célèbre festival Repperbahn) avec pour seule sortie un single à ce jour. C’est peu dire que l’attente est grande autour de leur groupe Taxi Kebab, au concept musical étrangement efficace. De passage à l’Espace Django à l’occasion d’un Derby Grand Est en mars, une poignée de Strasbourgeois avaient pu découvrir en live la force de ce duo.

Taxi Kebab, une première partie à ne pas manquer

Synthétiseurs et boîtes à rythme d’un côté, buzuq et chant en darija de l’autre. L’Europe d’un côté. Le Maroc de l’autre. Et au final, un mélange terriblement incisif, hypnotique et contagieux. On est à la fois transporté loin et solidement ancré au dancefloor, sans autre choix que de danser sur les rythmes électro pop psyché. Lea et Romain ont d’ailleurs trouvé le qualificatif parfait à leur musique : psyché désoriental. Terriblement addictif.

Taxi Kebab, Lmchi w Rjou3 (vidéo Taxi Kebab / YouTube)

Taxi Kebab sera donc la parfaite entrée en matière avant la troupe d’Altin Gün. Eux aussi ont décidé de prouver que l’expression « choc des cultures » était musicalement inadaptée. Les cultures musicales qu’ils convoquent, eux néerlandais allant creuser dans la pop psyché turque, ne s’entrechoquent en rien, mais se marient au contraire dans un élan joyeux et populaire au sens le plus noble du terme.

Histoire musicale turque et danse en communion, les secrets d’Altin Gün

Fondé par Jasper Verhulst, ancien bassiste de Jacco Gardner, le groupe Altin Gün se compose maintenant de 6 musiciens, réunis par Jasper après une révélation il y a environ 4 ans. De passage à Istanbul, il découvre en effet la pop anatolienne qui faisait fureur dans les années 1970. Il décide donc de remettre au goût du jour ce répertoire, issu d’un folk turc maintes et maintes fois repris, et s’adjoint pour ça les services d’anciens camarades néerlandais. Puis recrute deux chanteurs turcophones qu’on retrouve en avant de scène lors des concerts, Merve Dasdemir et Erdinç Yildiz Ecevit. C’est le début d’un succès qui n’a rien d’étonnant.

Altin Gün – Vay Dünya | Live Plus Près De Toi (vidéo Radio Nova / YouTube)

Parce que sur scène, inutile de résister bien longtemps. La troupe fait danser quelque soit le lieu, quelque soit le temps, et embarque très vite avec elle le public. Le groupe se regarde autant qu’il s’écoute et finit par créer un esprit de communion bienvenue autour de l’histoire d’une musique pas assez présente par ici. De quoi redonner un beau coup de projecteur sur les belles sonorités turques.

À écouter dans 89dB, la Fête de l’Amour à Mimir et les meilleures sorties de novembre

À écouter dans 89dB, la Fête de l’Amour à Mimir et les meilleures sorties de novembre

La Fête de l’Amour à la Maison Mimir, le nouveau spectacle du TAPS, une magnifique expo photo à la Wantzenau et plein d’autres idées pour sortir en novembre. Tout ça, c’est dans 89dB et c’est à réécouter ici.

Gorge bleue, le défi d’une nouvelle maison d’édition indépendante à Strasbourg

Il parait que le livre est en voie de disparition et pourtant. Une maison d’édition indépendante vient de voir le jour à Strasbourg. Elle s’appelle Gorge bleue.

Une partie de l'équipe qui fait tourner la Maison Mimir explique le concept (Photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)
Une partie de l’équipe qui fait tourner la Maison Mimir explique le concept Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc

La Fête de l’Amour, l’événement loufoque mais nécessaire de la Maison Mimir

Avant de parler de la Fête de l’Amour, qui se déroulera du 15 au 17 novembre, il fallait poser les bases. Savez-vous vraiment ce qu’est la Maison Mimir ? Laissez vous guider par trois habitués des lieux : Justine, Gauthier et Mathilde.

Pour illustrer ce qu’est la Maison Mimir, 89dB a donné la parole au groupe strasbourgeois TransVersal qui a un lien particulier avec cet endroit et qui jouera à l’occasion de la Fête de l’Amour.

Mais alors la Fête de l’Amour, c’est quoi ? Trois jours de concerts et de spectacles mais pas que. Eugénie, Mathilde, Justine et Auguste nous en disent plus sur l’événement coloré et chaleureux du mois de novembre.

Tristan Kopp détaille la programmation des TAPS (Photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)
Tristan Kopp détaille la programmation des TAPS Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc

Au TAPS, une pièce très actuelle écrite il y a plus de cent ans

Quel lien entre un paysan russe du XIXe siècle et Greta Thunberg ? Réponse au TAPS Scala du 5 au 15 novembre avec l’adaptation de la pièce « Once Vania » d’Anton Tchekhov.

Rencontre avec un chasseur pas comme les autres

Qui aurait cru que la forêt de la Robertsau renfermait autant de trésors ? C’est le terrain de chasse favori d’Aurélien Ebel. Il faut se camoufler, patienter parfois des heures. Finalement, tout se joue en une fraction de seconde…

L’agenda des sorties du mois de novembre

À la fin de 89dB, on vous aide à vous y retrouver parmi les innombrables idées de sorties le mois prochain à Strasbourg.

La fine équipe de 89dB à la Maison Mimir Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Municipales : la gauche en désordre de bataille

Municipales : la gauche en désordre de bataille

Une nouvelle fois, la gauche part en campagne divisée. Écologistes, hamonistes, socialistes et cavaliers solitaires trouveront-ils un terrain d’entente un peu plus large que leurs désaccords avec les têtes de pont de la majorité sortante ?