Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

La fabrique des écorchés

La fabrique des écorchés

Cela revient comme un samedi. Inéluctable rassemblement de gilets jaunes. Comment finir ? Et finir en beauté, est-ce trop demander ? Samedi 23 mars, Noémie Rousseau couvrait pour Libération le rassemblement régional à Metz, interdit suite aux violences parisiennes de la semaine passée. La journaliste livre ici un récit plus intime, presque impressionniste, de sa journée en reportage pour l’acte XIX. Elle remarque surtout que le gilet n’est plus seulement sur le dos. Il est ailleurs, il est dans la peau.

Elle a glissé une main sous sa jupe, pour attraper son gilet jaune caché entre son collant et sa culotte. Elle s’est pliée en deux, là, sur le trottoir, devant le Macdo de la place de la République de Metz. L’homme qui l’instant d’avant s’est penché vers moi, pour me proposer de m’amener à elle, lui lance, taquin, qu’elle finit toujours dans un Macdo. Elle est recherchée, m’a-t-il prévenue.

Anne est pleine de paillettes. C’est sa couverture. La coordinatrice du Grand-Est a un beau gilet. Un gilet avec un vrai imprimé, un truc de pro. Avec une photo, un slogan sur les femmes précaires et en colère. C’est un collègue du boulot qui lui a fait. Au service impression textile, sans doute. Anne est fonctionnaire. Un bas salaire, c’est certain. Elle parle de la touche « 5 euros » sur la pompe à essence. Du frigo et des placards qu’on remplit en début de mois en espérant que ça tienne le plus longtemps possible. Elle racle.

« Je lui ai demandé s’il y avait des blessés »

Le soir, je glisse une main dans la poche de mon manteau, à la recherche d’un briquet pour fumer avant de prendre le dernier TER pour Strasbourg, pour chez moi. J’ai une fiole jaune dans la main, du citron. C’est une dame qui me l’a donnée, une dame avec un casque, un très gros sac à dos, un t-shirt blanc. Elle a marché 62 km à Paris la semaine précédente. Une street médic, qui soigne les gilets jaunes. Je lui ai demandé s’il y avait des blessés aujourd’hui, parce que j’ai entendu des détonations, que ça pique un peu les yeux et que je suis journaliste, que je vais écrire. Elle m’a donné un masque en papier équipé d’un filtre ; elle m’a donné du citron pour le filtre. C’est « plus confortable », a-t-elle précisé. Je suis gênée de ce luxe que je ramène avec moi.

Anne m’a parlé de son canapé aussi. Parfois, il lui manque. Elle fait partie de ces femmes qui avancent le réveil pour dégager une heure. Le temps libre, c’est de 6 à 7h. Le temps pour répondre aux messages, organiser le mouvement, communiquer. Anne a enlevé les paillettes, mis son sac à dos, son pantalon noir. Elle est dans la rue. Les hommes l’écoutent, elle, la femme recherchée, sous couverture. Et elle dit que son canapé lui manque parfois. Elle s’étonne en se l’entendant dire : elle n’a même plus le temps de regarder la télé.

« Il ne reste que le noyau »

Sur les canapés, ils ont des réservistes. Ils en sont convaincus. Comme les réserves de voix sur lesquelles les partis politiques misent entre deux tours d’un scrutin. Ils ont des réservistes, des gilets jaunes sur des canapés qui regardent la télé. Leurs enfants, leurs parents, leurs belles-sœurs, leurs voisins. Qui descendront dans la rue, in extremis, les défendre s’il le faut. Ils le pensent. Acte 19, il ne reste que le noyau. La chair tendre, tout autour, a fondu.

Stéphane a le regard bas. Je ne lui ai pas dit mais il ressemble à Jean-Pierre Daroussin. Chacun de ses mots est comme un soupir. Stéphane ne porte plus de gilet jaune. Il n’a plus besoin de l’avoir pour en être. Entre eux, ils se reconnaissent en un coup d’œil. Même s’ils ne se sont jamais vu avant. Quelque chose a glissé.

« Le même ras-le-bol depuis vingt ans »

Stéphane ne sait pas comment tout cela va finir, mais il voudrait que cela finisse. Parce que c’est raisonnable. Raisonnable, de souhaiter que cela finisse. Et encore plus, de vouloir que cela finisse bien. Il veut que Macron lâche. Il est pessimiste, tiraillé. Finir. Il raconte le début, son arrivée au radar. C’est pas loin de chez lui, le radar. En rase campagne. Là, il y avait des gilets jaunes. Il leur a parlé. À eux, qui ne lui ressemblent pas. Qui ont des idées gênantes parfois. Qui le gênent visiblement, par moments, quand lui, le porte-parole désigné, me parle. Le regard toujours rentré, tout à lui, ou alors l’œil perdu au loin. Mais eux, ils ont le même ras-le-bol que lui se traîne depuis vingt ans.

Alors Stéphane est resté au radar. Ils ne l’ont jamais cassé. Ils ont fait écran. Depuis novembre, ils font écran. Se plantent devant le radar. Et plantés là, à faire écran, il me dit qu’ils sont devenus une famille. La cause est devenue aussi accessoire que son gilet. Je demande pourquoi ils viennent encore, pourquoi le 19e samedi. Ma question est déplacée. Elle suscite l’incompréhension. Les choses ont glissé. Je l’écoute. Alors, place de la République où nous nous trouvons bien désœuvrés, je lui demande encore quand ça va finir. Cela durera tant qu’ils n’auront pas obtenu l’impossible. On ne dit pas à sa famille qu’on va rompre. On le fait.

Sans les conjoints, rien ne serait possible

Il y a une infirmière de nuit, toute blafarde, toute frêle. Elle a des lunettes de piscine dans sa poche. Elle n’aurait jamais pensé. Jamais pensé que la France c’était comme ça. Surtout, jamais pensé vivre ça. Elle a dormi deux heures parce qu’elle était de garde. Elle l’est à nouveau cette nuit. Je veux savoir comment elle fait, comment elle fait quand cela devient violent. Elle montre, elle esquive, mais elle ne s’écarte pas quand les CRS chargent. Elle n’aurait jamais pensé vivre ça. Elle dit que sans les conjoints qui gardent les gosses, qui font à bouffer le soir, rien ne serait possible. Les conjoints se sont mis à faire bouffer les gosses, faire les devoirs, lire les histoires.

Puis il y avait cette dame aux cheveux blancs qui ne voyaient pas les écrans. Elle marchait, elle parlait, essayait d’entraîner les gens en les houspillant comme une maîtresse d’école qui appelle à se mettre en rang. Les gens la regardaient passer devant les vitrines, depuis le derrière les vitrines, depuis le derrière de l’écran de leur téléphone en train de la filmer. Elle avait des baskets fluos orange et une petite pancarte et un gentil mari en veste de costume. Elle m’a donné un faux prénom : Estelle, parce qu’elle aime bien ce prénom. Elle dit que sa fille a trop de bagage pour trouver du boulot. Bac + 5. Que elle, elle a trop élevé ses enfants pour retrouver un boulot. Je la prenais pour une retraitée. J’avais oublié que la retraite était un privilège.

Casser : « Jamais de la vie »

Ses deux cabanes ont été démontées sur son rond point, la dernière a brûlé. Elle a employé le mot « connard » pour me décrire un conducteur de 4×4 qui, un jour, lui a demandé si elle en avait pas marre. Elle l’imite. Elle fait très bien le connard. De toute façon, la fausse Estelle, comme d’autres, a fini par tourner en rond sur son rond-point. À chaque fois qu’elle me répond, elle me questionne aussi sec, veut savoir si je trouve pas moi aussi qu’il y a trop de taxes, trop d’injustices. Elle commence, grave, dans sa gorge. Elle termine dans les aigus, me regarde, me guette, avec sa pancarte « Macron tu nous presses comme des citrons ». Et Macron, elle craint qu’il ne lâche rien. La preuve : il a déjà laissé crever les yeux, dit-elle. Je lui demande si elle va se mettre à casser des choses, alors. La fausse Estelle me fait les gros yeux, elle dit : jamais de la vie. Son mari guette la rue, le bout du cortège. Le goulot d’étranglement, la préfecture, les casques de la rangée de CRS qu’on aperçoit. Il dit qu’ils s’arrêtent là. Elle dit que c’est l’heure. Ils rangent la pancarte jusqu’au prochain samedi.

Le même enlisement, la même écorchure

C’est une Nuit debout de jour. Une nuit debout qui ne frétille pas du bout des doigts. Une nuit debout sans le lyrisme, la poésie, la fantaisie, la subtilité, l’obscurité. Des samedis à marcher sans les étudiants, sans les artistes maudits et fauchés, sans les auteurs, les intellos incompris, la légèreté, le romantisme. C’est une ZAD sans terrain à défendre, sans la terre, sans la nature et les zones humides, c’est des cabanes cerclées de bitume, sans charme, sans potager, sans activiste accroché dans les arbres, sans ruche, sans poules. Mais c’est le même enlisement. Le même que celui des nuits debout de citadins assis dans l’obscurité qui glisse vers le happy hour philosophique. Le même que celui des zadistes qui refusent de rendre la terre, créent un village de cabanes colorées, sont tentés d’urbaniser l’écosystème fragile, sauvage. C’est la même écorchure. Celle des gens qui se frôlent, se frottent. C’est trop tard pour finir en beauté. Quelque chose est entré dans la peau. Ils se sont épanchés ensemble, ont pansé leurs plaies, pensé leurs vies, compté leurs blessures. Les fibres jaunes se sont mêlées au sang qui sèche. On ne peut plus enlever le gilet. On ne peut que se l’arracher, seul, en serrant les dents. Cela fera une cicatrice moche. Mais une cicatrice quand même.   

Soirée alimentation : les deux groupes « Génération.s » seront présents et se rapprochent

Soirée alimentation : les deux groupes « Génération.s » seront présents et se rapprochent

L’affiche semble indiquer que seul un des groupes de hamonistes participe à la soirée sur l’alimentation locale de ce mardi 2 avril. Mais le jeune mouvement est en passe de regrouper ses deux chapelles strasbourgeoises.

Une soirée sur l’alimentation (« bio, locale, pas chère… comment faire ? ») se tient ce mardi 2 avril à la Maison des associations, place des orphelins. Et sur l’affiche, sept logos d’organisations politiques de gauche cohabitent : Europe Écologie Les Verts ; Le Parti communiste ; La France insoumise . . .

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Greenpeace alerte sur la pollution de l’air dans les crèches et écoles strasbourgeoises

Greenpeace alerte sur la pollution de l’air dans les crèches et écoles strasbourgeoises

L’association environnementale Greenpeace vient de publier une carte montrant les écoles, les crèches et la pollution de l’air au dioxyde d’azote en 2017 à Strasbourg. Résultat : plus d’un tiers des établissements se trouvent à moins de 200 mètres de zones trop polluées…

Une carte interactive pour connaitre la pollution de l’air dans l’école ou les crèches strasbourgeoises. Avec cet outil, Greenpeace a lancé sa campagne sur la qualité de l’air à Strasbourg. Il suffit d’entrer le nom d’un établissement pour y connaître le taux de pollution au dioxyde d’azote (NO2). Mardi 2 avril, l’association environnementale a alerté sur les dangers encourus par les enfants : plus d’une centaine d’écoles (élémentaires, maternelles et primaires) et de crèches de Strasbourg et ses environs se situent à moins de 200 mètres de zones où le taux de dioxyde d’azote dépasse le seuil légal (40µg/m3)… Pire, 19 d’entre elles se situent à moins de 50 mètres d’une telle zone critique. Une vingtième, l’école maternelle du Danube, ouvrira ses portes le long de l’avenue du Rhin à la rentrée 2019.

Pression en vue du Plan Climat

Selon Greenpeace, les enfants sont plus exposés aux risques liés à la pollution. Sarah Fayolle, chargée de campagne pour l’association, égrène les dangers : « asthmes, toux, troubles du développement mental, détérioration de la fonction pulmonaire, risques de maladie cardio-vasculaires à long-terme ». Au niveau de l’Eurométropole, le transport routier est à l’origine de 58% des émissions de dioxyde d’azote. L’association environnementale réclame donc une « zone à faibles émissions (ZFE), qui limite la circulation des voitures et des camions polluants et fixe un cap de sortie du diesel avant 2025. » Greenpeace anticipe les discussions sur le Plan Climat Air Energie 2030, à l’ordre du jour du Conseil métropolitain de ce 5 avril. L’ONG appelle à manifester samedi 6 avril, de 10h à 13h, sur la place Kléber.

J’veux du Soleil : dimanche radieux pour les Gilets Jaunes (et François Ruffin)

J’veux du Soleil : dimanche radieux pour les Gilets Jaunes (et François Ruffin)

Trois années après Merci Patron, François Ruffin revient dans les salles obscures avec un documentaire réalisé en quelques mois sur les Gilets Jaunes. Road-movie improbable de ronds-points en péages, le film dresse les portraits d’hommes et femmes dont le jaune fluo éclate à l’écran. Récit d’une avant-première réussie à Strasbourg.

L’annonce de la venue de François Ruffin pour soutenir la sortie de son deuxième film, J’veux du Soleil, n’est pas passée inaperçue. Sur l’événement Facebook, l’enthousiasme était flagrant : près de 2000 intéressés pour les salles du Cinéma Star St-Exupéry qui diffusent le film. Autant dire qu’il fallait s’y prendre à l’avance pour assister à l’avant-première. Partout en France, des séances complètes sont l’occasion pour de nombreux gilets jaunes et soutiens de se réunir pour découvrir ce nouveau projet documentaire, en totale cohérence avec le travail quotidien du député Ruffin : rendre visibles les invisibles.

Kill Bill façon lutte des classes

Comme l’annonce Stéphane Libs, gérant des cinémas Star, en ouverture de séance : « Merci Patron, c’est 500 000 entrées, l’équivalent documentaire d’un blockbuster français ». Autant dire qu’après un tel phénomène, jouissif comme un Kill Bill façon lutte des classes, on trépignait de voir le prochain projet du cinéaste de l’assemblée.

J’veux du Soleil est avant tout un film fédérateur, à l’aube d’un printemps jaune fluo. Cette fois-ci, François Ruffin est rejoint par Gilles Perret, réalisateur de documentaires militants (Les Jours Heureux, La Sociale, qui reviennent sur la naissance de la sécurité sociale et le Conseil National de la Résistance dont l’héritage est en péril). Ce nouveau projet ne réitère pas la claque cinématographique portée contre Bernard Arnault. J’veux du Soleil est un road-movie où les déserts américains deviennent des vignobles éteints par l’hiver et des parkings d’Intermarché, et les diners de la route 66 sont des ronds-points et péages jaunes fluo. Et comme dans tout road-movie, le voyage est parsemé de personnages attachants et complexes que Ruffin, filmé par Perret, va rencontrer.

J’veux du Soleil, réalisé par Gilles Perret et François Ruffin, sortie nationale le 3 avril. (Jour2Fête / Fakir)

« La honte privée est devenue une colère publique »

La genèse du projet est dévoilée dans le film : il fallait une réponse claire à l’accusation de fascisme du mouvement des gilets jaunes. Il n’y avait donc qu’une seule façon pour le député de la Somme de vérifier si les craintes, notamment formulées par les syndicats traditionnels, étaient avérées. Il fallait aller sur chaque rond-point et filmer ce qu’il s’y passait. Le documentaire a été tourné dans l’urgence. Si on en croit le tableau de bord de la voiture, le tournage a eu lieu pendant quelques semaines de décembre 2018. Cette rapidité à sortir le film est sûrement due à l’équipe maintenant rodée qui fonde le projet, distribué par Jour2Fête et Fakir, et avec des membres de l’équipe technique de Merci Patron.

Rencontre avec Khaled qui a trouvé dans les gilets jaunes une communauté accueillante. (Photo Jour2Fête / Fakir)

Se distingue ainsi un style cinématographique signé Ruffin. J’veux du Soleil serait un film d’auteur ? On retrouve en tout cas l’ironie propre au fondateur de Fakir. S’adressant à Serge, gilet jaune intérimaire qui peine à payer son impôt sur le revenu, Ruffin l’interpelle : « T’es bête. Pourquoi tu t’exiles pas fiscalement comme Auchan ? ». Cette ironie à la Ruffin, qui reprend les mots et les codes bourgeois pour les faire sonner faux, est un des éléments comiques du documentaire dont on ne se lasse pas. L’obsession du député : demander aux gilets jaunes, ou au maire d’un village, ce qu’ils diraient s’il était Emmanuel Macron. Cette demande répétée est l’occasion ludique de libérer la parole des interviewés. L’homme politique en profite pour construire son discours sur le décalage entre la réalité des gens et celle du président.

Lutte des images

Ce décalage entre le pouvoir politique et le quotidien de la population est rendu évident par un montage brillant. Mention spéciale à Cécile Dubois qui a dû composer avec plusieurs dizaines d’heures d’enregistrements. Cette dialectique se fait par la confrontation d’images médiatiques, dont l’hystérie des éditorialistes et l’uniformité du discours est soulignée par une musique anxiogène et une accélération des extraits. Le film est manichéen, c’est certain. Le lui reprocher reviendrait à rater son propos. Face à l’avalanche d’insultes des chroniqueurs BFMTV et autres experts-en-tout, il fallait une vision tout à fait différente. Des images radieuses de gilets jaunes dansants autour des cabanes qu’ils ont construites, accompagnés par Douce France de Charles Trenet, lie les différents ronds-points d’une représentation positive commune.

Ce curieux père Noël est l’un des nombreux personnages attachants du film. (Photo Jour2Fête / Fakir)

J’veux du Soleil est une réponse aux médias. Le film fait état par une brève compilation de l’accusation unanime des médias sur la « radicalisation du mouvement ». Ruffin s’empresse d’aller à la rencontre d’un jeune homme poursuivi pour organisation de manifestation interdite. Le portrait télévisuel qui lui est réservé jure avec la discussion entre Ruffin et l’homme. La séquence finit par montrer le haut-lieu de fomentation de la violence du gilet jaune incriminé : une petite cabane de jardin, avec des scies pour couper le bois et quelques clous, une « multinationale de la radicalisation », ironise Ruffin. Le documentaire s’amuse d’un jeu de miroir entre la représentation des gilets jaunes et leur image télévisuelle.

Reconquérir la beauté volée par la bourgeoisie

François Ruffin s’agace de ne voir que des parkings ternes, des supermarchés gris et des bâtiments délabrés. La question esthétique revient donc à la charge et ça, c’est une affaire de cinéma. En arrivant au prochain rond-point, il découvre le portrait d’un vieil homme sur une grande façade installée en plein campement. On s’y étonne du regard pénétrant de l’homme qui aurait tout vu, la peine et l’espoir d’une existence meilleure. Les traits tirés, vêtu d’un gilet jaune, Ruffin rappelle qu’il n’y a encore qu’un siècle, seuls les plus aisés pouvaient s’offrir une représentation d’eux-même dans ce format. L’esthétique est une question politique : on nous a volé la beauté. Ce qui est désirable, jugé comme beau, appartient aux valeurs bourgeoises (lire Pierre Bourdieu, La Distinction). Trouver de la beauté dans les parias, les pauvres, les dominés, c’est une réhabilitation esthétique dissidente.

Les images, aux couleurs chaudes, témoignent d’une capacité de Perret et Ruffin à mettre en scène le quotidien pour le magnifier. (Photo Jour2Fête / Fakir)

Le film obéit à cette idée en filmant des anonymes de près. On y voit les beaux yeux d’une mère handicapée. Elle vit avec la honte de fouiller dans les poubelles. On admire la fougue d’une « petite dame délinquante ». Elle pique des plots de chantier en pleine nuit. Le spectateur sourit face à la bonhomie de Khaled. L’étalonnage du film prend le risque de saturer les couleurs, transformant le jaune fluo délavé en vêtement radieux. À ce désespoir esthétique fait d’horizons grisonnants, l’œuvre refuse le terne et irradie ses images qui arrivent à atteindre parfois une certaine élégance.

Quelques regrets cela dit : le film, malgré la promesse d’heures et d’heures filmées, est bien trop court. On souhaiterait voir le double de témoignages, une heure seize, c’est bien trop peu pour apprécier à sa juste valeur les récits bruts de Gilets jaunes.

Convergence des luttes ?

En plus d’un générique en musique (qui reprend évidemment le morceau éponyme), la fanfare Duna Orkestar fait irruption dans une salle conquise par le film. Ovation générale pour François Ruffin, qui vient d’arriver de la gare après une journée marathonienne de présentation de séances. Escorté par la fanfare jusqu’à la place Kléber, il était désormais question de sortir le film de la salle obscure à la place publique. C’est l’une des craintes communes aux documentaristes militants, celle d’anesthésier la colère militante par des films exutoires dont on sortirait peinards et refroidis.

Avant son discours, François Ruffin partage sa tribune avec les différents collectifs locaux.

Entre 200 et 300 personnes étaient déjà réunies sur place pour écouter François Ruffin. Pendant une petite demi-heure, la tribune était offerte à des gilets jaunes, au collectif GCO Non Merci et au collectif antispéciste Animalise… avant que le député ne prenne la parole. Il souligne l’importance de « marcher sur la jambe verte, écologique, et rouge, révolutionnaire » sans appeler à la convergence des luttes. Le réalisateur engagé préfère une « synchronicité des luttes » (antiracistes, antispécistes, féministes, luttes étudiantes, etc…). Nul besoin de mariage forcé, en somme…

François Ruffin finit par une touche d’ironie. C’est un peu sa patte. Le Parisien titrait dimanche qu’Emmanuel Macron est au bord du burn-out. Ça tombe mal, la majorité parlementaire refusait il y a quelques mois une proposition de loi sur ce sujet, déposé par le député d’Amiens. Et le député de souhaiter malgré tout un prompt rétablissement à notre Président… et un peu de soleil.

#François Ruffin#Gilles Perret

Mercredi 3 avril, l’école Saint-Jean tient une réunion d’information sur la loi Blanquer

Mercredi 3 avril, l’école Saint-Jean tient une réunion d’information sur la loi Blanquer

Le projet de loi du ministre de l’Education nationale a déjà suscité une grève et une manifestation des enseignants. Mercredi 3 avril, l’école Saint-Jean organise une réunion d’information. Le député de la majorité Bruno Studer répondra aux questions des parents d’élèves et des enseignants.

Le député de la majorité Bruno Studer va tenter de rassurer enseignants et parents d’élèves à l’école Saint-Jean, à Strasbourg. Mercredi 3 avril, à 18h, l’établissement accueille une réunion d’information sur le projet de loi « Pour une école de la confiance, » organisée par des parents d’élèves. Entre la grève du 19 et la manifestation du 30 mars, les professeurs ont exprimé leur opposition à cette réforme du ministre de l’Éducation nationale. Ils craignent que leur liberté d’expression soit atteinte par un « devoir d’exemplarité » contenu dans le premier article de la loi. D’autres ont dénoncé l’idée de regrouper des écoles primaires et un collège au sein d’une nouvelle structure : les établissements publics des savoirs fondamentaux (EPSF)…  Sur ce dernier point, Jean-Michel Blanquer a promis d’inscrire dans la loi le caractère non-obligatoire de ce regroupement.

Strasbourg repasse à la semaine de 4 jours dans ses écoles (Photo Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg)
La réforme « Pour une école de la confiance » suscite des craintes et des incompréhensions… chez les enseignants et les parents d’élève. (Photo Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg)

Une grève sans précédent à l’école Saint-Jean

L’école Saint-Jean vit cette défiance des enseignants en interne. Les représentants des parents d’élèves parlent d’un « taux de grévistes sans précédent le 19 mars. » Ils proposent donc de « comprendre les raisons de la colère des enseignants » en invitant le président de la commission des affaires culturelles et de l’éducation à l’Assemblée nationale. Bruno Studer débattra avec Virginie Solunto, co-secrétaire départementale du syndicat des enseignants SNUipp-FSU 67 et un représentant des fédérations de parents d’élèves.

Municipal-o-drome de mars 2019 : un premier cheval hors course

Municipal-o-drome de mars 2019 : un premier cheval hors course

Qui sera le nouveau maire de Strasbourg en mars 2020 ? Avec le municipal-o-drome, Rue89 Strasbourg vous propose de retrouver chaque mois le positionnement de chacune des listes et ses candidats potentiels. Mars 2019 est marqué par la mise hors course d’une candidate à droite.


Le municipal-o-drome est un outil imaginé par Rue89 Strasbourg qui vise à sortir de l’instantanéité des déclarations des prétendants. L’autre objectif est d’avoir l’ensemble du panorama électoral en un coup d’œil pour remettre chaque mouvement dans ce contexte plus global. Passer la ligne d’arrivée revient à être le candidat investi par sa formation.

Depuis janvier 2019, le positionnement de chaque candidat est décidé par les journalistes de la rédaction selon leur appréciation de la situation. Il dépend aussi de critères objectifs comme une déclaration publique ou non de candidature qui permet d’apparaître sur la pelouse, la concurrence au sein de son « écurie » ou la capacité des différentes équipes à mener une liste. S’être déclaré en premier confère aussi un avantage (provisoire) au sein de sa famille politique. L’ordre de placement de haut en bas ne répond pas à une logique particulière.

Deux candidatures qui s’éloignent

Le mois de mars 2019 n’a pas enregistré de déclaration, mais un abandon (pas officiel, mais presque). L’ancienne maire puis candidate malheureuse Fabienne Keller (Agir) rejoindra le Parlement européen en mai, grâce à sa 7ème place sur la liste « En Marche ». Il est donc peu probable de la voir faire machine arrière vers la mairie 10 mois plus tard. Son « exfiltration » permet de dégager un peu d’espace politique au centre-droit à « La République en Marche » et à « Les Républicains ».

À gauche, une soirée mardi 2 avril sur l’alimentation rassemblera presque toutes les formations locales de gauche d’EELV aux Insoumis, une grande première qui pourrait compter pour la suite. À Place publique, Thierry Kuhn a quitté ses fonctions de référent bas-rhinois, en désaccord avec la stratégie pour les européennes (manque de « base citoyenne forte » et de « conditions d’un rassemblent large ») suite à l’alliance avec le Parti socialiste. Ce départ rapide est un signe que les configurations peuvent vite changer dans cette phase de recomposition. Même s’il ne s’était pas déclaré, il incarnait une figure inspirante dans le microcosme, de par son expérience à la tête d’Emmaüs Mundolsheim et d’Emmaüs France.

Pour zoomer, il suffit de continuer à faire défiler son écran vers le bas.

Des pistes d’améliorations ? N’hésitez pas à nous en faire part en commentaires. Nous tenterons d’en tenir compte pour les prochaines éditions.

Jean-François Gérard, Geoffrey Brossard et Nina Courtois
Un outil créé à trois, dans l’ordre : un journaliste, un développeur web et une graphiste

Sexisme à la Maison des associations : le directeur mis à pied

Sexisme à la Maison des associations : le directeur mis à pied

Suite aux révélations de Rue89 Strasbourg sur la persistance d’un sexisme ambiant à la Maison des associations de Strasbourg, le directeur de la structure, Patrick Gerber, a été mis à pied à titre conservatoire par le bureau de l’association, réuni au soir du lundi 1er avril.

Président de l’association, Mathieu Cahn, adjoint au maire (PS) de Strasbourg, explique ainsi son changement d’avis :

« J’ai décidé de relever avec effet immédiat M. Patrick Gerber de ses fonctions de directeur de la Maison des associations de Strasbourg. Cette décision, prise en lien avec le bureau de l’association unanime, est liée à des éléments évoqués dans l’article publié par Rue89 Strasbourg et dont les administratrices, les administrateurs et moi même n’avions pas connaissance jusqu’alors, notamment lorsque nous avons été amenés à prendre une première sanction à l’encontre de M. Gerber en septembre. »

D’un blâme à une faute grave

Suite à l’enquête interne qui avait été menée durant l’été, le bureau de l’association avait renouvelé sa confiance à Patrick Gerber. La décision avait ébranlé les victimes, qui pensaient avoir été claires dans leurs différents témoignages. Mais pour Mathieu Cahn, il n’est plus possible de rester sur cette voie :

« Nous avons ainsi appris par cet article le dépôt très récemment de plaintes ; cette démarche, qui nous semble utile et souhaitable, contribuera à qualifier précisément les faits évoqués. Par ailleurs, les propos de M. Gerber rapportés par l’article, et notamment ceux selon lesquels il estime avoir “été blanchi” par l’enquête interne, alors même que celle-ci a débouché sur une sanction, ne nous semblent pas de nature à permettre un retour à des relations de travail normales au sein de l’équipe salariée et montrent qu’il n’a pas pris pleinement conscience de la situation. »

Une nouvelle procédure disciplinaire sera notifiée à Patrick Gerber, avec notamment une convocation en vue d’un éventuel licenciement pour faute grave.

La Région Grand Est espère que la concurrence va sauver les petites lignes de train

La Région Grand Est espère que la concurrence va sauver les petites lignes de train

Jeudi 28 mars, le conseil régional du Grand Est a désigné les premières lignes de train concernées par l’ouverture à la concurrence. Cette résolution devrait permettre à d’autres compagnies que la SNCF de s’implanter en Alsace et en Lorraine dès 2022. Une première en France et un choix politique qui inquiète les syndicats de cheminots.

Le Grand Est veut devenir la « première région à mettre en oeuvre la concurrence ferroviaire. » Jeudi 28 mars, le conseil régional a voté un rapport pour mettre fin au monopole de la SNCF sur plusieurs lignes en Alsace et en Lorraine. À partir de 2022, des sociétés autres que la SNCF pourront exploiter jusqu’à 10% du réseau de voies régionales. Plusieurs syndicats voient dans cet empressement une menace pour la qualité du service des TER et sur les conditions de travail des cheminots.

La région Grand Est vient d’adopter un calendrier serré pour permettre l’ouverture à la concurrence sur plusieurs lignes dès 2022. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Deux formes d’ouverture à la concurrence

Dès 2020, la Région souhaite publier deux « appels d’offres d’expérimentation ». Le premier porte sur la ligne Nancy – Vittel – Contrexéville, principalement routière depuis décembre 2016. D’après SNCF Réseau, la rénovation de ce tronçon coûterait 100 millions d’euros. Une estimation insatisfaisante pour le conseil régional, qui souhaite donc réattribuer non seulement l’exploitation, mais aussi « la régénération et le financement de la section au sud de Pont-Saint-Vincent. » Les élus du Grand Est estiment que les coûts peuvent être baissés à 66 millions d’euros grâce à la mise en concurrence. Pour compenser cet investissement conséquent, le contrat d’exploitation du tracé durerait 22 ans.

Le deuxième appel d’offres portera sur la seule exploitation des lignes. Il concerne plusieurs tracés, ferroviaires ou routiers (voir ci-dessous), appartenant au « lot Bruche – Piémont – Vosges ». Ici encore, la région affiche sa volonté de rouvrir une ligne de train récemment fermée, reliant Epinal à Saint-Dié-des-Vosges. Mais la plupart des tronçons dans cette zone, comme Strasbourg – Molsheim ou Strasbourg – Sélestat, ne correspondent pas à des « petites lignes » menacées.

Une concrétisation encore floue

En 2018, le conseil régional a dépensé plus de 440 millions d’euros pour le fonctionnement annuel du TER. La politique transports constitue la première source de dépenses pour la Région. Mais David Valence, vice-président de la Région Grand Est, assure que « l’objectif numéro 1 n’est pas de faire des économies mais de développer l’offre ferroviaire. On veut faire circuler plus de trains avec le même budget qu’on consacre actuellement. »

Côté syndical, le discours de David Valence ne rassure pas. Pour Maxime Kieffer, délégué syndical CGT, un flou inquiétant prédomine sur de nombreuses questions : la politique tarifaire et la réparation des trains concurrents, l’organisation des correspondances entre deux exploitants ferroviaires, les règles de sécurité… Il craint aussi la poursuite de la déshumanisation du service ferroviaire, déjà amorcée dans le secteur de la vente de billets, ou du contrôle des tickets à bord des trains. L’agent d’escale déplore l’opacité du conseil régional et de la SNCF :

« Aujourd’hui, le travail syndical se heurte à la loi sur l’opacité des affaires. Il y a donc un flou sur la stratégie économique de l’entreprise qui est aussi lié au fonctionnement des appels d’offre. La région et la SNCF invoquent la distorsion de concurrence pour refuser de répondre à nos questions. Du coup, on ne peut pas aller vérifier et contester le discours des politiques qui disent “le service va s’améliorer, ne vous inquiétez pas.” »

« C’est un choix politique »

Gérard Coinchelin, cheminot retraité de Saint-Dié-des-Vosges, se montre aussi fataliste. Ce syndicaliste CGT a vu la ligne pour Épinal fermer en décembre. Pour les usagers et les élus locaux, l’ouverture à la concurrence semble aujourd’hui l’unique solution. Le militant du ferroviaire public fustige donc des « choix politiques » ayant conduit à la situation actuelle :

« Si on avait mis toutes les énergies de la SNCF, le savoir-faire des cheminots aurait permis de trouver une solution. Il y a quatre ans, si les investissements avaient été faits pour rénover la ligne, on ne parlerait pas de concurrence. »

« Je suis pas là pour pleurer le train » Le 19 décembre, Gérard Coinchelin enchaîne les appels téléphoniques avec des journalistes. La lutte pour la ligne Epinal-Saint-Dié continue. (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)

« Le dogme de la privatisation »

Dans une note de blog, le secrétaire général du syndicat cheminots FIRST rappelle « les excellentes performances de la SNCF sur le périmètre Grand Est, qui arrive souvent en tête de classement ou bon second en terme de régularité et les 200 trains supplémentaires quotidiens à coût constant dès 2017. » Bernard Aubin dénonce « le dogme de la privatisation » et une attaque contre la SNCF :

« Cette initiative engendrera forcément des dégâts collatéraux sur l’entreprise publique : plus on lui réduit sa voilure, moins elle devient « rentable » car les coûts fixes ne se réduisent pas proportionnellement aux nombres de trains transférés au privé. Avec la privatisation, c’est toujours, au final, le contribuable qui paie la facture des « économie » a priori réalisées. »

Les exemples étrangers

Sur la libéralisation du ferroviaire, chaque camp dispose d’un exemple étranger pour son argumentaire. Les tenants d’un monopole public invoquent l’exemple des privatisations au Royaume-Uni, ses tarifs prohibitifs et la piètre qualité de certaines lignes. Suite à l’accident de Hatfield (40 blessés et 7 morts), la privatisation y a connu un brutal coup d’arrêt en 2004.

Les soutiens d’une ouverture à la concurrence citent volontiers l’Allemagne en modèle. Depuis 1994, les « régions » allemandes gèrent le transport ferroviaire. Elles ont délégué un tiers des « petites lignes » à des exploitants privés. Résultat : des lignes fermées dans les années 2000 ont rouvert. Outre-Rhin, 68% des Allemands prennent la voiture pour se rendre au travail. Contre 80% des Français.

Accusations de harcèlement sexuel : le directeur « blanchi »

Accusations de harcèlement sexuel : le directeur « blanchi »

Le directeur de la Maison des associations des Strasbourg est accusé de harcèlement par d’anciennes employées et utilisatrices. Suite à une enquête interne, il s’en sort avec un blâme et a été reconduit à ses fonctions.

 

Dessin de Piet.

À Lille, le Racing remporte la Coupe de la Ligue au bout de la nuit

À Lille, le Racing remporte la Coupe de la Ligue au bout de la nuit

Au terme d’un match indécis, le Racing a finalement remporté la Coupe de la ligue de football samedi soir à Lille, face à Guingamp.

Le Racing remporte son premier trophée depuis 2005 ! Huit ans après avoir touché le fond en retournant au niveau amateur, au cinquième échelon du foot français, le club alsacien s’adjuge la Coupe de la Ligue face à l’En Avant Guingamp. Après la montée en Ligue 2 en 2016, la montée en Ligue 1 en 2017, le maintien héroïque en 2018, le RCS tient son exploit pour 2019 !

Pour cela, il a fallu 120 minutes de jeu sans le moindre but, puis une séance de tirs au but (0-0 ; 4-1) disputée face à la tribune investie par les supporters strasbourgeois. Si le match et ses prolongations ne marqueront pas l’histoire du beau jeu, la séance finale a été idyllique pour les Bleus et Blancs.

le premier tir au but de la finale à Lille (photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)
le premier tir au but de la finale à Lille (photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)

Le grand soir des seconds couteaux

Habituellement remplaçant, le gardien Bingourou Kamara a arrêté une tentative la troisième tentative adverse. Avant cela, la première frappe des Guingampais s’était déjà envolée dans les gradins bleus. En difficulté l’an dernier, le jeune gardien français a été élu homme du match. Un beau symbole de la rencontre où ce n’est pas tant les joueurs les plus en vue du Racing qui ont fait la différence. C’est par exemple Lionel Carole, défenseur qui revient de blessure et auteur d’une entrée en jeu percutante qui a converti le quatrième et dernier tir. Ainsi, chavira toute la tribune sud après plusieurs minutes d’ennui et de sueurs froides. Lors du temps réglementaire, le portier strasbourgeois avait déjà sauvé la mise à sa défense à plusieurs occasions.

Les quatre tireurs strasbourgeois, eux, n’ont pas tremblé. Le gardien breton Marc-Aurèle Caillard était pourtant un spécialiste de l’exercice  jusque-là. Il avait permis à son équipe de s’en sortir 3 fois lors des 4 matches précédents. Dimitri Liénard, joueur emblématique du club mais en retrait cette saison, a gratifié les spectateurs d’une « panenka » lors de son tir, un geste technique difficile et risqué. Le milieu de terrain rescapé des années en National était rentré à quelques minutes de la fin seulement.

Au début du match, les objectifs étaient clairs pour chacune des équipes (Photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)
Au début du match, les objectifs étaient clairs pour chacune des équipes (Photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)

Les montagnes russes de l’ambiance

Le stade Pierre Mauroy de Lille était grandement acquis à la cause des Bleus et Blancs, y compris dans les zones « grand public ». Dans une ambiance digne de la Meinau, les fervents supporters ont pourtant semblé connaître quelques coups de moins bien. Plusieurs percées des Bretons auraient pu mettre KO le Racing. Le match a été fermé, mais chaque équipe a eu quelques situations pour débloquer son compteur, sans réussite. L’état de la pelouse, pas à la hauteur d’une finale, n’a pas aidé à améliorer le spectacle, les joueurs multipliant les glissades et imprécisions. Cette longue soirée s’est ainsi achevée aux alentours de minuit.

Après le match, les abords de l’enceinte de 50 000 places étaient paradoxalement silencieux, même dans la zone strasbourgeoise. Comme si les supporters étaient lessivés par le voyage, les 120 minutes parfois stressantes, puis la communion avec les joueurs après la remise de la coupe. Ce grand calme a même surpris quelques supporters bretons qui n’avaient pas perdu leur bonne humeur. L’objectif prioritaire du club est désormais de se maintenir dans l’élite d’ici la fin de la saison.

Le retour de la Coupe d’Europe ?

Toute la journée de nombreux maillots bleus avaient investi les principales places et artères de Lille, avec des chants, pétards et fumigènes. Un cortège de plusieurs milliers de fans est parti peu avant 17h sur un parcours de 5 kilomètres.

Avec cette victoire, le Racing, quasi-maintenu en Ligue 1, retrouvera des joutes européennes l’an prochain. Un premier tour de qualification pour la Ligue Europa débutera dès la fin juillet, sous forme de match aller-retour.

Les ambitions du Local pour la scène strasbourgeoise et notre sélection de sorties pour le mois d’avril

Les ambitions du Local pour la scène strasbourgeoise et notre sélection de sorties pour le mois d’avril

Pour cette première édition de 89dB, l’émission culturelle de Rue89 Strasbourg, nous sommes allés demander au Local quelles étaient les raisons qui les avaient poussés à installer une scène dans leur caveau. Puis nous avons sélectionné une série de sorties à ne pas manquer à Strasbourg.

Le Local, un bar dans le quartier de la Krutenau, vient d’ouvrir son caveau pour accueillir, plusieurs fois par semaine, des artistes locaux ou de passages pour des petits concerts intimistes. Pourquoi était-ce important alors que de nombreux lieux dédiés à la musique ferment les uns après les autres ? Stéphane Kirchherr, gérant du Local et musicien lui-même, détaille dans 89 dB pourquoi il se bat contre des régulations sécuritaires qui imposent chaque année de nouvelles mesures :

« Le fait qu’il y avait une cave, c’est la raison pour laquelle on a choisi ce local… même si son état était pire que le ghetto de Varsovie après sa destruction en 45… Mais la difficulté, ce n’est pas faire venir les gens, inviter les artistes, trouver comment les payer… Non, la difficulté ce sont les régulations de sécurité qui changent en permanence à coups de milliers d’euros et les taxes de la Sacem qui nous mettent dans la catégorie la plus forte même si tout ce qu’on leur donne reviendra à Jean-Jacques Goldman et pas aux musiciens qu’on défend… »

Blue Bear Records, nouveau label rock et folk à Strasbourg

Le Local accueillera vendredi 19 avril le lancement d’un nouveau label strasbourgeois, Blue Bear Records. Cinq groupes réunis par Allan Ros sont parmi les fondateurs : Churchman (Stéphane Kirchherr), Odrylane, Prokop, Grand Brume et Allan Ros lui-même. Dans 89 dB, Allan Ros explique pourquoi les raisons qui l’ont poussé à réunir ces talents :

« Un label, c’est théoriquement un banquier pour les musiciens (rires)… Mais avec Blue Bear Records, notre travail est plutôt d’accompagner des artistes et d’être un soutien à la fois technique et logistique. Et surtout, notre rôle est d’être en mesure de dire aux artistes s’ils s’égarent ou s’ils se laissent aller… On s’épaule dans une cohérence artistique, et c’est pour ça qu’il fallait un nouveau label pour nos groupes. »

Notre sélection de sorties en avril

L’Ind’Hip Hop Festival, du 4 au 9 avril

En avril, ne manquez pas ces rendez-vous et d’abord, la 8e édition de l’Ind’Hip’Hop festival. Douze concerts en 5 jours dans 3 endroits différents : Le Local, l’espace Django au Neuhof et Le Fat à la Krutenau, avec des rappeurs américains, européens et alsaciens. On vous faire découvrir dans 89dB Sonje qui sera le 4 avril au Fat, Black Milk, rappeur de Détroit, sur le circuit depuis une dizaine d’années, qui sera à l’espace Django le 6 avril, Youguène Blackrock, une rappeuse sud-africaine qui sera présente le même soir avec également Kamma et Navillus, des Alsaciens au rap mélancolique…

L’appareil photo Barbie est l’un des plus recherchés !

Expolaroid jusqu’au 11 avril et Sexpolaroid

Il y a un noyau dur de passionnés de Palaroid à Strasbourg, ils ont leur association : Polalsaco et ils organisent pour la septième année consécutive deux expositions, Expolaroid et Sexpolaroid, avec une douzaine d’artistes à voir à l’hôtel Graffalgar (jus’au 11 avril), au Chariot (du 27 avril au 10 mai).

Il y a une exposition principale et une autre avec des clichés un peu plus osés, car il y a un lien direct entre le sexe et les photos polaroid, comme l’explique dans 89dB Jean-Christophe Denis, président de l’association Polalsaco et organisateur du Sexpolaroid. Cette exposition ne sera visible que chez Two Aces Tattoo, un salon de tatouage du Neudorf du 6 au 13 avril.

La plus grande fresque de street art le 3 avril

Rendez-vous mercredi 3 avril pour le vernissage de la plus grande fresque jamais graffée à Strasbourg, sur la façade de la résidence universitaire Les Flamboyants à l’Esplanade. L’artiste s’appelle Astro, il a commencé son oeuvre gigantesque lundi et si tout va bien il aura terminé mercredi. Astro c’est un graffeur français qui a déjà décoré des bâtiments aux quatre coins du monde. Parfois en noir et blanc, parfois très coloré. Tout en courbes avec beaucoup d’effets d’optique. Pour voir le résultat l’inauguration est prévue mercredi à 18h30.

Jacob Banks, nouvelle icône soul le 16 avril

Le jeune britannique Jacob Banks est à la Laiterie mardi 16 avril. Il vient de sortir un premier album fin 2018. Il a une voix de dingue qui fait vibrer jusqu’aux entrailles. Des instrus à mi-chemin entre le hip-hop et la dubstep. Démonstration avec “Chainsmoking”.

La Dame aux Camélias, au TNS jusqu’au 4 avril

Jusqu’au 4 avril, le Théâtre national de Strasbourg présente La Dame aux camélias, un spectacle d’Arthur Nauzyciel d’après Alexandre Dumas. C’est l’histoire d’amour culte et tragique, entre Armand Duval, un jeune bourgeois, et Marguerite Gautier, une prostituée. Le spectacle revisite ce classique de la littérature en piochant dans le roman d’Alexandre Dumas ainsi que dans son adaptation réalisée pour le théâtre par le même auteur.

Arthur Nauzyciel est directeur du Théâtre National de Bretagne depuis 2017, et peu avant sa nomination il était déjà passé au TNS, en juin 2016, présenter “Jan Karski, mon nom est une fiction”, un spectacle très marquant sur le devoir de mémoire et le souvenir de la Shoah. La Dame aux camélias fait appel au cinéma, avec un film préparé en amont diffusé tout le long du spectacle, dans un dialogue constant entre la scène et l’écran. Les mises en scènes d’Arthur Nauzyciel sont toujours très inventives.

Le Cartographe, échelle 1/400 000 au Cube Noir

Strasbourg accueille la plus ancienne troupe de théâtre universitaire de France, l’Artus, qui crée plusieurs spectacles chaque fin de saison. Du 24 au 28 avril Erwan Burel met en scène Le Cartographe, échelle 1/400 000, un texte de Juan Mayorga. En 1940, une petite fille trace pour son grand-père la cartographie du ghetto où ils sont enfermés. Son parcours fascine une femme qui soixante-dix ans plus tard cherche à raviver cette mémoire et à retrouver cette carte. Le Cartographe sera créé au théâtre du Cube noir, au CREPS d’Alsace.

Groundation, du reggae old school mercredi 17 avril

Groundation, c’est un groupe de reggae mythique des années 90. La dernière trace d’un passage de Groundation à Strasbourg remonte à 2013. Le groupe a fait une pause de 3 ans et a sorti un nouvel album à l’automne 2018. Il s’appelle “The Next Generation”.

Tire-moi le portrait : l’art contemporain, le selfie et le narcissisme au Séchoir de Mulhouse

Tire-moi le portrait : l’art contemporain, le selfie et le narcissisme au Séchoir de Mulhouse

Espace de création et de diffusion de l’art contemporain, abrité dans les locaux de l’ancienne tuilerie Lesage à Mulhouse, le Séchoir présente trois nouvelles expositions, à voir du 1er mars au 14 avril : « Enfin libres ! », « Un battement d’ailes de papillon » et « Tire-moi le portrait ». Focus sur cette dernière qui présente les œuvres de 20 artistes autour de l’art du portrait, revisité à l’époque des réseaux sociaux.

Au Séchoir de Mulhouse, lieu encore empreint de son âme industrielle, l’exposition est introduite par Muriel/Selfshot, un dessin à l’aquarelle et au graphite sur papier de l’artiste alsacien Henri Walliser qui représente le buste d’une femme dont la partie inférieure s’estompe progressivement jusqu’à disparaître.

Me, I and my selfie

Si le médium et la composition sont classiques, l’œil est néanmoins surpris par le smartphone brandi par le modèle, au-dessous duquel apparaît l‘instantané du visage d’un homme. Rituel ultra-contemporain du selfie, mise en abyme de ces images quotidiennes démultipliées : ce phénomène est amplifié par le geste du spectateur, qui photographie à son tour l’œuvre à l’aide de son téléphone. L’œuvre est un préambule efficace à l’une des thématiques centrales de l’exposition : la mise en scène de soi à l’ère des réseaux sociaux.

Henri Walliser, Muriel/Selfshot, 2019.Graphite et aquarelle sur papier. (Photo Bernadette Kihm)

Avec Tire-moi le portrait, le duo de commissaires Sandrine et Matthieu Stahl souhaite interroger « la place du portrait dans la création aujourd’hui », ère de la multiplication des images narcissiques. Dans la lignée d’artistes contemporains qui ont réactualisé les codes du portrait, comme Cindy Sherman ou Pierre et Gilles, les œuvres exposées mettent judicieusement en avant la survivance de ce genre, non seulement en art, mais aussi dans les pratiques sociales quotidiennes.

Une prolifération des visages

Selon l’historien de l’art Hans Belting dans Faces. Une histoire du visage (2013), démultiplié à grande échelle avec la démocratisation de la photographie, le visage devient, « dans le délire de reproduction dont nous sommes témoins, toujours plus omniprésent et toujours plus désincarné ». Responsables de la « prolifération des visages », pour reprendre l’expression du philosophe autrichien Thomas Macho, les réseaux sociaux semblent également pointés du doigt dans l’exposition par la plasticienne Lucie Morel dans Poésie et papier peint. Cette installation en trois parties se compose d’un papier peint à motifs répétitifs de personnages en position de selfie, d’une vingtaine de cadres reproduisant des phrases issues de statuts Facebook anonymes, ainsi que d’une série de livrets contenant ces mêmes citations.

Lucie Morel, Poésie et papier peint. (Photo Bernadette Kihm)

En se penchant sur la représentation de soi à l’époque des réseaux sociaux, en s’inspirant des réflexions pseudo-philosophiques sur Facebook (« La vie est un mystère qu’il faut vivre, et non un problème à résoudre »), l’artiste tourne en dérision la tendance contemporaine au narcissisme et au déballage sentimental. Pour autant, décrié par beaucoup, le selfie ne reprendrait-il pas les fonctions traditionnelles du portrait ?

De l’autre côté du miroir

Pose, vêtements et symboles indicateurs du statut social étaient déjà minutieusement choisis par les modèles portraiturés à la Renaissance. Objet récurrent dans l’art de l’autoportrait, outil d’analyse du moi, le miroir se décline tout au long du parcours de l’exposition. Deux artistes alsaciennes, Heidi Kuhl et Marina Krüger, usent de ce dispositif. Dans Selfons, Kuhl incite le spectateur à se prendre en selfie face à un miroir bombé puis à publier le résultat sur les réseaux sociaux. L’artiste se joue des adeptes de la pratique qui s’empressent de s’exécuter, générant ainsi une flopée de clichés identiques, se mêlant au flot constant d’images injectées sur internet.

Heidi Kuhl, Selfons. (Photo Bernadette Kihm)

Marina Krüger, Oh mon beau miroir. (Photo Bernadette Kihm)

L’œuvre de Krüger, Oh mon beau miroir, dont la forme reprend celle d’un miroir à main ancien, cite le conte de Blanche-Neige et sa réplique culte : « Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle ! ». En brisant la surface réfléchissante, Krüger met en garde contre les diktats de beauté qui conditionnent les femmes depuis l’enfance, les cantonnant à n’être qu’images. Les contes ne sont pas d’innocentes histoires, mais ont contribué pendant des siècles à asseoir la domination patriarcale en réduisant les femmes à « Sois belle et tais-toi ! ». L’artiste invite les femmes à retirer leur masque de féminité et à redistribuer les rôles sexuels.

Un détour par le mythe de Narcisse, relaté par Ovide dans les Métamorphoses, permet une autre lecture de l’œuvre de Krüger. En venant s’abreuver à une source, Narcisse tombe amoureux de son propre reflet qu’il découvre à la surface de l’eau et qu’il prend pour quelqu’un d’autre. Lorsque Narcisse identifie cet autre à sa propre image et réalise qu’il ne pourra jamais entrer en contact avec cet alter-ego, ses larmes viennent troubler la surface de l’eau, rendant son reflet définitivement inaccessible. L’éclatement du miroir chez Krüger a pour effet de démultiplier le reflet, rendant la surface du miroir tangible et l’image de soi d’autant plus insaisissable. C’est tout un jeu entre le « je » et l’autre, entre l’identité, l’intériorité et l’altérité, qui se fait alors jour.

« Je » de rôle

Artiste résident au Séchoir, Mathias Zieba interroge les limites de la représentation du visage avec sa vidéo Personnage muet 7 : un plan fixe rapproché sur un visage partiellement masqué, la bouche recouverte d’un tissu blanc dont les mouvements laissent percevoir une respiration irrégulière, voire haletante. Ses mains, gantées de blanc, entrent dans le cadre et se portent à sa tête pour saisir le masque dont il ne se défait cependant jamais.

Mathias Zieba, Personnage muet 7. Captures issues de la vidéo. (Photos Bernadette Kihm)

Vibrante de tension, l’œuvre cite le fameux Cri d’Edvard Munch (1893), réinterprétation d’une sensation d’angoisse intense vécue par l’artiste, devenue une symbolisation universelle de la peur.

Laissant une grande place à l’autoportrait, qui n’en est pas moins un portrait, l’exposition évoque tout de même d’autres fonctions traditionnelles de ce genre artistique, tel que la mémoire d’une personne disparue. Les œuvres de Dom Poirier (Mémoire) et de Sandrine Stahl (Mon Ange passe) rendent ainsi hommage à leur ami Denis Scheubel, figure de la scène rock alsacienne, décédé en 2018.

Les  problématiques liées à l’identité de genre et à ses représentations, quasiment absentes du parcours, auraient cependant mérité une plus grande attention. La confrontation des différents médiums, du dessin à la vidéo, sans oublier l’impression 3D, fait tout de même de Tire-moi le portrait une exposition généreuse et plurielle. À explorer jusqu’au 14 avril !

#le Séchoir

Rupture d’alimentation des aiguillages, annulations et retards de trains à Strasbourg

Rupture d’alimentation des aiguillages, annulations et retards de trains à Strasbourg

Les deux premiers TGV remplis de supporters du Racing à destination de Lille ont pu partir ce samedi matin mais les prochains auront entre 45 minutes et 1h30 de retard… En cause, une rupture d’alimentation sur un poste automatisé d’aiguillages contrôlant le trafic des trains au sud de Strasbourg.

Aucun train express régional (TER) allant à Strasbourg ou partant depuis la gare de Strasbourg ne peut circuler depuis 11h20. Ce qui fait que de nombreuses personnes souhaitant prendre le troisième TGV à destination de Lille sont bloqués à quai.

Plus de trains vers Strasbourg en gare d'Erstein (Photo GK / Rue89 Strasbourg)
Plus de trains vers Strasbourg en gare d’Erstein (Photo GK / Rue89 Strasbourg)

La SNCF ne connaît pas encore les raisons qui ont conduit à ce qu’une panne de courant affecte le fonctionnement d’un dispositif aussi essentiel à la régulation du réseau ferré qu’un poste automatisé.

La priorité a été donnée aux TGV quittant la gare de Strasbourg par le nord, c’est à dire en direction de Paris (et Lille). À 13h45, le fonctionnement du poste de commande des aiguillages a pu reprendre et le trafic également au sud de Strasbourg. Quelques retards sur certains trains sont à prévoir.

Pas footeux mais fêtard ? 11 choses à savoir pour profiter de la finale

Pas footeux mais fêtard ? 11 choses à savoir pour profiter de la finale

Plusieurs dizaines de milliers d’Alsaciens se rendront à Lille pour suivre la finale de la Coupe de la Ligue face à Guingamp (21h) et sûrement autant suivront le match devant un écran à Strasbourg. Pas spécialiste de foot, mais envie de participer à la fête ? Voici onze choses à savoir sur le Racing et ce match, pour ne pas être hors-jeu dès le coup d’envoi.

Pourquoi onze et pas dix points ? Car il y a onze joueurs sur le terrain.

1 –  La star du Racing joue en défense

D’habitude, les attaquants marquent le plus de buts et sont les plus connus. Les joueurs de pointe Ludovic Ajorque, Nuno Da Costa et Lebo Mothiba n’ont pas démérité cette saison. Mais celui qui attire le plus les regards s’appelle Kenny Lala, arrivé à l’été 2017, et joue arrière droit, ou « latéral » dans une défense à 5 joueurs (3 au milieu et 2 sur les côtés).

Le système de jeu de Strasbourg a notamment été imaginé pour mettre en valeur ses qualités offensives. Résultat : 4 buts et surtout 11 passes décisives (les passe avant les buts) toutes compétitions confondues cette année pour Kenny Lala. Vous le verrez sûrement courir à toute allure en bas de votre écran (vers la droite) ou en haut (vers la gauche) puis centrer la balle vers le milieu.

Pré-sélectionné en équipe de France en mars, il n’a finalement pas été retenu dans le groupe de Didier Deschamps pour les premiers matches de qualification de l’euro, mais cet intérêt témoigne de la progression du joueur de 28 ans. Restera, restera pas au Racing cet été ? Le président Marc Keller a indiqué au micro de RMC que seule une grosse offre pourrait le faire réfléchir. Le joueur, qui vient de prolonger son contrat, a dit qu’il n’irait pas dans un club qui « offrira moins » que Strasbourg. Comprendre, en temps de jeu et peut-être une coupe d’Europe (voir au numéro 8).

2 – Les finales ne sont pas toujours trépidantes

Les spectateurs occasionnels de football ont sûrement le souvenir de la très spectaculaire finale de la Coupe du Monde entre la France et la Croatie (4-2). Mais toutes les finales ne sont pas de cet acabit. Elles sont parfois très fermées, pour ne pas dire ennuyeuses. Les équipes prennent peu de risques et seulement quelques moments-clés font basculer le match.

Le journaliste à BeIn Sports Jeoffrey Voltzenlogel, auteur de plusieurs livres sur le Racing à base de statistiques (dont le dernier est Racing Data Story) qu’il compile « par passion », s’est d’ailleurs plongé dans l’historique : « Avant les 5 dernières années où le PSG l’emporte, les trois dernières finales se terminent par 1-0 ». L’animateur du compte Twitter @1RacingDatabase poste régulièrement des infos historiques, comparaisons et insolites. Une bonne source pour briller en société. Samedi soir, il sera dans les gradins et ne compte pas toucher à son téléphone pour profiter de la finale : « ça arrive une fois tous les quinze ans ». Mais il promet quelques trouvailles sur ce compte pour les jours suivants.

Le Racing a aussi par le passé remporté deux autres finales (la Coupe de France 2001, la Coupe de la Ligue 1997) sur le score de 0-0, ce qui a nécessité des tirs aux buts (et même 8 tirs). Il faudra donc peut-être faire preuve de patience avant d’entamer la troisième mi-temps.

3 – Rhénus, bar, chez soi… Bien choisir son spot

Où regarder la finale à l’extérieur à Strasbourg ? La place Saint-Nicolas-aux-Ondes à la Krutenau est devenu un lieu prisé avec ses bars et ses grandes terrasses, notamment en cas de beau temps. Idem pour la place d’Austerlitz, plus proche du centre-ville. Mais pour être bien placé, il faut arriver plusieurs heures en avance soit vers 18h pour un coup d’envoi vers 21h. La météo annonce un beau samedi, mais les températures retombent vite pendant la nuit, ce qui nécessite aussi de s’équiper pour ne pas finir le match congelé. En cas de prolongation, voire de tirs aux but, le match se terminerait vers 23h30.

Une projection sur grand écran est prévue au Rhénus, dans le quartier du Wacken, sur inscription gratuite. La salle, dont les portes ouvriront à 19h, pourra accueillir jusqu’à 8 000 personnes et aura une petite restauration. Enfin, le match est diffusé sur France 2 ce qui permet à tout le monde de le regarder chez soi.

En cas de victoire, aucune règle existe, mais les fêtards ont l’habitude de converger vers la place Kléber. Le dimanche ou le lundi suivant, une présentation du trophée aux supporters se déroule au centre-ville, l’Hôtel de ville place Broglie ou place Kléber (comme après la montée en Ligue 1 en 2017). Le match suivant à la Meinau se joue quatre jours plus tard, le mercredi 4 avril, contre Reims et pourrait être une occasion de revoir les joueurs (et le trophée). Quelques places sont encore disponibles.

4 – À Lille, Strasbourg a déjà gagné le match des tribunes

Dans le stade Pierre Mauroy de Lille de 50 000 sièges, toutes les 11 900 places réservées au club de Strasbourg ont trouvé preneur. De surcroît, environ autant d’Alsaciens ont acheté leurs places parmi celles ouvertes au grand public, car ils craignaient de ne pas avoir accès à celles réservées au club. Et pour cause, il y en avait moins d’une par abonné (environ 19 000).

Chez les Bretons de Guingamp, ce n’est pas tout à fait le même enthousiasme. « L’En Avant » est 18ème en Ligue 1 et surtout préoccupé par son maintien. Il a retourné 3 900 places sur son quota. Comparaison n’est pas raison, il faut dire que Guingamp est moins bien relié à Lille et surtout son agglomération avec Paimpol dans les Côtes d’Armor ne compte que 73 000 habitants, soit 7 fois moins d’habitants qu’à Strasbourg.

Dans les rues de Lille, un cortège partira à 16h45 du parc Jean-Baptiste Lebas, distant de 5 kilomètres du stade. Jusqu’à 5 000 personnes sont attendues pour arriver bien en avance, chanter, manger quelques tartes flambées, avant d’encourager les Bleus et blancs dès l’échauffement. Surprise ou pas dans les tribunes avec une banderole ou un « tifo » comme au Stade de France en 2005 ? Suspense, car les Strasbourgeois auront accès aux installations que tardivement… Mais les supporters les plus impliqués savent être ingénieux.

Après le match, les Bretons ou les Alsaciens devraient célébrer (ou se consoler) du côté des rues Solférino et Massena, les « rues de la Soif » lilloises.

5 – Les supporters sont au top, mais tout n’est pas rose

Jeoffrey Voltzenlogel constate que « dans les médias nationaux, il y a un regard bienveillant sur le club ». Cela vient en partie de l’ambiance mise par son public à domicile, comme à l’extérieur. Mais lors du dernier match à Nîmes, un centaine de supporters des UltraBoys 90 ont voulu démontrer qu’ils n’étaient pas une menace pour la sécurité publique, en arrivant par la gare, en dépit d’un arrêté qui l’interdisait.

Attendus par les policiers, ils ont été accompagnés au poste de police et renvoyés à Strasbourg sans voir le match. Partout en France, des arrêtés successifs interdisent aux supporters de se rendre dans les rues autour des centrales et autour des stades. Le club n’a pas réagi au cas nîmois.

6 – Les chants en tribune sont un sujet polémique

Peut-on crier « PD » ou « enculé » à l’encontre d’un adversaire, de l’arbitre, ou de la Ligue professionnelle de foot dans un stade ? Pour la ministre des Sports, l’ancienne nageuse mulhousienne Roxana Maracineau, qui a assisté PSG-OM le 17 mars, c’est non. La ministre souhaite mettre les clubs à l’amende. Dans le monde du foot, on est gêné aux entournures avec ce sujet un peu tabou. La présidente de la Ligue Nathalie Boy de la Tour a notamment expliqué que certains spectateurs assimilaient cela à un « folklore », sans pour autant rendre « acceptables » ces propos.

Plus généralement, les spécialistes estiment qu’il est difficile de sanctionner concrètement ce genre de comportements dans une tribune. Cette finale sensée célébrer « la Ligue » est le premier match professionnel français depuis cette polémique.

7 – On risque de reparler du dossier du stade de la Meinau dans les prochains mois

Refait en 1984, le stade de la Meinau à Strasbourg n’a pas connu de grande rénovation depuis. L’enceinte appartient à l’Eurométropole. Le projet de rénovation table sur l’ajout d’une tribune surélevée sur l’un des deux grands côtés. Les tribunes pourraient passer de 26 000 à 33 000 places environ, dont une part importante de loges pour sponsors. Les quatre collectivités (Ville, Eurométropole, Département et Région) vont verser 60 millions d’euros et 40 millions restent à trouver, notamment via un prêt et peut-être un sponsor qui donnerait son nom au stade.

Le détail du projet final n’est pas encore connu, si bien que le sujet pourrait s’inviter dans le débat d’ici les élections municipales de 2020. Question timing, le club et la métropole espèrent la fin des travaux avant les Jeux olympiques de 2024, où Strasbourg compte accueillir des rencontres.

8 – Une victoire samedi qualifierait le Racing pour une coupe d’Europe

Remporter la Coupe de la Ligue permet de tenter sa chance dans la compétition européenne de deuxième rang, l’Europa League. Mais pour cela le parcours est désormais semé d’embûches.

Jeoffrey Votzenlogel détaille ce qui attend peut-être le Racing, non sans risque :

« Se qualifier en Europa League après avoir gagné la Coupe de la Ligue demande de passer deux tours avec des matches aller-retour, dont le premier emmène souvent dans des pays exotiques tels la Moldavie ou l’Albanie, dès la fin juillet puis un autre tour. Et ensuite, il y a encore un tour de barrage, avec des équipes un peu plus fortes, où l’ont pourrait avoir Saint-Petersbourg, la Lazio de Rome, le FC Séville… Donc quand le championnat commence, l’équipe qui passe par là peut avoir déjà quatre matches dans les jambes et une dizaine en tout dès la fin du mois d’août, avec de longs déplacements. Bordeaux a réussi cela cette année, mais connait un trou d’air aujourd’hui. C’est une difficulté qu’il faut anticiper notamment pour composer son effectif, mais le Racing saura faire. »

S’il passe ces trois épreuves, le Racing accéderait à un tour de poule à 4, avec de meilleures équipes, ce qui garantit 3 matches à la Meinau (et 3 ailleurs en Europe) entre septembre et décembre. Voilà qui promettrait de belles affiches en Alsace.

Cette opportunité de jouer une coupe d’Europe pourrait aussi permettre au club de gagner un nouveau public. Jeoffrey Votzenlogel remarque aussi que le club a peu de fans en dehors de ceux qui ont un lien personnel avec le club. « Une étude assez documentée montrait que l’on devient fan d’un club d’une ville où l’on habite pas lorsqu’il réalise un exploit et que la personne a entre 6 et 12 ans », se rappelle le journaliste. Un nouveau défi pour le club ?

9 – La dernière fois qu’il a gagné la Coupe, l’effervescence n’était pas la même

La dernière finale de Racing remonte à 14 ans, la Coupe de la ligue (déjà), gagnée en avril 2005, au stade de France. Compte tenu de l’euphorie actuelle, difficile d’imaginer que la demi-finale s’était jouée dans une Meinau loin d’être pleine (11 307 spectateurs, 1-0 face à Saint-Étienne). Le club alors présidé par l’allemand Egon Gindorf connaissait une période d’instabilité avec des reventes, des changements d’actionnaires, des problèmes extra-sportifs, sur fond de résultats médiocres. L’affluence moyenne cette saison-là était de 17 441 spectateurs (pour une capacité à l’époque de 29 000 places). Rien à voir avec cette saison où le club enchaîne les guichets fermés (12 en 14 matches), pour sa deuxième année au plus haut niveau. Un indicateur que l’effervescence sera encore plus forte dans les rues en cas de victoire ?

L’année 2005 est d’ailleurs la dernière « bonne » saison du Racing dans l’élite (malgré un début difficile et un changement d’entraîneur), où en plus de ce titre, il se classe onzième (le Racing est actuellement dixième). L’année suivante, il descend en Ligue 2. Malgré une remontée immédiate en 2007, il redescend aussi vite, et c’est le début de la spirale négative qui entraîne le club jusqu’au niveau amateur, le cinquième échelon du foot français en 2010. On espère que l’histoire ne se répétera pas.

10 – Le Racing a trois rescapés de la troisième division

« Dire qu’il y a trois ans, ils n’étaient qu’en troisième division », c’est la phrase que l’on devrait entendre à la télé ou dans les discussions. Ce retour rapide au plus haut niveau fait partie de la cote du popularité nouvelle du club historique. Mais cette page a été tournée. Dans l’équipe actuelle, seuls Abdallah N’Dour, Jérémy Grimm et Dimitri Liénard ont connu l’échelon National.

Le Colmarien Jérémy Grimm est blessé depuis l’automne, Abdallah N’Dour joue peu. Dimitri Liénard, baladé à plusieurs postes cette année, a le plus de chances de fouler la pelouse. Joueur combatif et apprécié des fans, le héros du maintien en 2018 grâce à un but à la dernière minute de l’avant-dernier match, n’est cependant pas certain d’être titulaire, le système de jeu étant moins adapté à son profil.

11 – Le Racing n’a plus gagné depuis… sa victoire en demi-finale fin janvier

La Meinau était en effervescence le mercredi 30 janvier pour la victoire face à Bordeaux (3-2). Cette qualification avec panache couronnait un mois de janvier inespéré : 6 victoires toutes compétitions confondues, dont 5 buts à Monaco, contre une seule petite défaite prévisible en Coupe de France à Paris. Depuis, le Racing affiche un bilan de 3 défaites 4 matches nul et zéro victoire. Pas terrible en termes de points, mais de quoi quasi assurer son maintien. L’équipe a pourtant fait de bons matches sur le terrain, notamment en partageant les points avec Lyon (3è) et Lille (2è).

Avant le déplacement à Nîmes, le coach Thierry Laurey indiquait qu’il n’était pas inquiet par cette moins bonne série, car sur le terrain son équipe jouait bien contrairement à « l’an dernier à la même période, où là on pouvait se poser des questions. Cette saison, on joue beaucoup mieux, on marque plus et on encaisse moins de buts ».

Pendant la même période, son adversaire Guingamp, qui n’est pas favori, affiche un meilleur bilan (2 victoires, 2 matches nuls et 2 défaites). Toutes ces considérations statistiques ont tendance à s’estomper une fois le coup d’envoi donné. Comme l’a rappelé son entraîneur, Strasbourg n’était d’ailleurs pas le favori lors des trois tours précédents contre Lille, Marseille et Lyon.

« Signer une convention sur le climat c’est bien, passer à l’action c’est mieux ! »

« Signer une convention sur le climat c’est bien, passer à l’action c’est mieux ! »

Après le vote d’une convention qui vise à réduire les gaz à effet de serre, six associations environnementales listent dans une tribune 10 propositions pour réduire vraiment ces émissions polluantes à Strasbourg.

Le conseil municipal de Strasbourg a décidé dans une délibération en date du 25 mars de signer la Convention des maires pour le climat et l’énergie, mouvement de collectivités locales de 53 pays (dont l’Eurométropole est déjà signataire depuis 2009, sans avoir jamais rapporté aucun progrès dans ses objectifs depuis lors, voire a empiré la situation en soutenant la construction du Grand Contournement Ouest, projet climaticide par excellence) appelant à réduire leurs émissions de Gaz à Effet de Serre (GES ou CO2) de 40 % d’ici à 2030 par rapport aux émissions relevées en 2010.

Bravo, mais soyez ambitieux !

Nous, associations strasbourgeoises engagées dans la lutte contre le changement climatique, tenons tout d’abord à féliciter la municipalité pour ce premier objectif, qui n’est que le premier pas en direction d’une société décarbonée, seule apte à relever le plus grand défi de notre génération.

Mais des objectifs à long terme ne sont pas une garantie d’actions concrètes et efficaces, pourtant indispensables. Nous tenons à rappeler qu’une diminution de 40 % des GES d’ici 2030 pour les pays développés reste insuffisante. L’objectif fixé n’est en effet pas à la hauteur de l’enjeu puisque, comme le soulignent les experts du GIEC dans leur rapport de 2018, limiter le changement à 1,5 degrés nécessite des transitions « rapides et de grande envergure ». Cela implique une neutralité des émissions carbone d’ici 2030, ce qui signifie que la quantité de GES captée devra a minima compenser exactement la quantité de GES produite.

Si l’on s’en réfère uniquement à la convention des maires pour le climat et l’énergie, cet objectif de neutralité carbone globale ne serait atteinte que 20 ans au-delà de la date limite, soit en 2050.

Des associations lancent 10 propositions pour que la municipalité strasbourgeoise agisse limiter ses émission de gaz à effets de serre. (photo Pascal Bastien / Divergence)
Des associations lancent 10 propositions pour que la municipalité strasbourgeoise agisse dans le but de limiter les émissions de gaz à effets de serre. (photo Pascal Bastien / Divergence)

Sans actions supplémentaires nous ne respections plus l’accord de Paris

Selon le rapport de WWF France de Juillet 2018 sur « le défi climatique des villes » et dans le cadre d’une limitation de l’augmentation de 2 degrés du réchauffement climatique, les villes françaises disposent à ce jour d’un budget carbone restant qui sera utilisé en seulement 10 ans au rythme des émissions actuelles.

Ne perdons pas non plus de vue que les différents pays ne pourront atteindre simultanément cet objectif. En effet, ceux d’entre eux qui sont aujourd’hui plus directement concernés par le changement climatique – et qui sont pour la majorité des pays moins développés tant sur le plan économique que humain – auront besoin de plus de temps pour mettre en oeuvre les mesures de réduction des émissions de GES et en même temps permettre à leur population de satisfaire leurs besoins de base. Raison de plus pour agir dès maintenant, car nous en sommes capables.

Échouer à atteindre la neutralité carbone en France d’ici 2030 et se contenter d’une réduction de 40 % des GES alors que nous avons les capacités financière et technique pour aller plus loin et plus vite que bien d’autres pays, c’est sortir concrètement du cadre de l’accord de Paris pour le climat de 2015.
Un Français produit actuellement en moyenne 10,5 tonnes de GES chaque année – en considérant aussi les importations – alors que la neutralité carbone supposerait de ne pas dépasser les 4 tonnes annuelles par individu, sans prendre en compte les possibilités supplémentaires de captation. Si nous ignorons ce fait, nous nous acheminerons immanquablement vers un réchauffement d’au moins 3 degrés.

Nos dix solutions

C’est pourquoi nous demandons à la ville de Strasbourg de faire preuve de plus d’ambition et de viser, grâce à des objectifs à court et moyen terme, la neutralité en GES d’ici 2030. Pour appuyer notre demande, nous proposons à la municipalité de Strasbourg 10 solutions concrètes à mettre en oeuvre dès maintenant pour initier cette transition dans les 2 ans à venir, avant la mise en place de mesures plus ambitieuses encore :

    Réduire de 50 % la consommation de viande dans toutes les cantines – scolaires ou professionnelles – dépendantes de la municipalité. Passer à la tarification incitative du ramassage des déchets pour ne pas dissocier production et responsabilité, et inciter chacun à faire des efforts. S’emparer de la question des biodéchets, soit en installant 1 000 composteurs partagés dans toute la ville, soit en les collectant en porte-à-porte, ou via un mix des deux. Restreindre la circulation et la pollution des véhicules thermiques en ville par la mise en place d’une Zone à Faible Émission (ZFE) pour les véhicules les plus polluants, et d’une zone 30 km/h généralisée pour réduire les émissions de GES. Convertir la flotte de véhicules municipaux en vélos et vélos-cargos, dans la mesure du possible. Lutter contre la pollution de l’air en déclenchant l’alerte et en rendant les transport en commun gratuits pour tous dès le 2e jour de dépassement des seuils OMS (parfois plus stricts que ceux de l’Union Européenne). Doubler la superficie des pistes cyclables et convertir le quart des places de stationnement de l’hypercentre en parkings à vélo sécurisés. Financer la rénovation thermique (chauffage et isolation) de 1 000 logements par an grâce à un guichet unique sur le modèle du service de rénovation “Oktave”, combiné avec des prêts à taux zéro, dont le montant sera compensé par la réduction des frais de chauffage. Instaurer un moratoire sur l’étalement urbain – y compris pour les zones commerciales – et sur la construction de nouveaux logements pour inciter à la rénovation. Favoriser la renaturation de l’espace urbain (les arbres étant de véritable absorbeurs de CO2) pour diminuer la chaleur urbaine. Tout nouvel espace bétonné devra être compensé par une surface équivalente naturelle protégée.

Il ne s’agit là que de quelques mesures réalistes pour engager la transition et permettre à la ville d’atteindre une neutralité en GES d’ici 2030. Non contentes d’être peu coûteuses, elles peuvent même pour certaines d’entre elles générer des économies de fonctionnement tout en réduisant efficacement et rapidement les émissions de GES de la municipalité, voire de l’Eurométropole.

On peut vous aider

Les solutions sont variées, et certaines seront plus drastiques que d’autres. Nous sommes prêts à faire des propositions supplémentaires aux collectivités et à co-animer des ateliers d’initiative citoyenne.

En attendant, nous restons mobilisés et offrirons aux citoyens la possibilité d’exprimer leur engagement dans la lutte contre le changement climatique. Nous vous donnons toutes et tous rendez vous le 24 mai prochain pour la 2ème grève mondiale pour le climat.

Alsace Nature,
Alternatiba Strasbourg,
ANV-COP21 Strasbourg,
Il Est Encore Temps Strasbourg,
La jeunesse pour le Climat Strasbourg,
Strasbourg Respire

#CO2#convention pour le climat

À la Maison des assos, les femmes victimes d’un sexisme permanent

À la Maison des assos, les femmes victimes d’un sexisme permanent

Ex-salariée, salariée ou utilisatrice de la Maison des associations, elles dénoncent un climat d’oppression sexuelle de la part du directeur. Traumatisées, elles cherchent toujours un moyen de se réparer. Trois femmes ont fini par porter plainte après avoir alerté leur hiérarchie et l’inspection du travail.

Isabelle (tous les prénoms des victimes ont été changés) a 25 ans. Elle se souvient très exactement de la première fois qu’elle a rencontré Patrick Gerber, le directeur de la Maison des associations de Strasbourg (MDAS), 55 ans.

Alors qu’elle était en stage au sein d’une association hébergée par la MDAS, elle se voit proposer une journée d’observation, en vue d’un futur contrat de service civique. Le lundi 9 juillet, Patrick Gerber l’invite à déjeuner pour « lui expliquer le fonctionnement de la structure » :

« À chaque fois qu’on passe une porte, il me touche l’épaule, le bras, le bas du dos… Je me dis qu’il est naturellement tactile… Je n’y fais pas plus attention que ça mais une fois au restaurant, il se met à me parler de lui : qu’il est un homme libre, séparé de sa femme, qu’il faut profiter de la vie, qu’il se tape plein de filles, des jeunes, des vieilles, encore trois la semaine dernière… et même à plusieurs, ça ne lui pose pas de problème. Je suis très mal à l’aise, je ne comprends pas ce que je fais là mais je ne vois pas comment mettre fin à ce déjeuner : mon président à l’association a validé ce rendez-vous, donc je reste là comme une conne à l’écouter débiter son CV intime comme si nous étions en speed-dating… J’essaie de réorienter sur le contrat de service civique mais il me répond qu’on “verra plus tard.” À chaque fois que je m’avance, il en profite pour me saisir la main, pour me caresser l’avant-bras… J’essaie de ne pas lui donner d’occasion, je me recule contre le mur du restaurant le plus possible… Je me souviens que j’avais soif mais que la carafe était de son côté de la table… J’ai préféré y renoncer, j’étais tellement mal. À aucun moment on aura pu avoir une conversation professionnelle pendant ce déjeuner. »

« Les heures les plus longues de ma vie »

Mais ce n’était pas le pire, comme elle n’allait pas tarder à le découvrir. Patrick Gerber lui propose de prendre le café dans son bureau. Devant la machine à café, il met sa main au creux des reins de Isabelle :

« Là j’étais vraiment mal… J’étais tétanisée. Il avait pas besoin d’être aussi proche de moi. Il finit par s’éloigner et, alors que je me penche pour prendre mon sac sur une grande table ronde, il se place en face de moi et me dit qu’il “voit toute la bijouterie.” Et là, je me dis que je n’ai pas pu entendre ça. C’est pas possible. Je le regarde sans rien dire et il répète ! Et là, je ne sais pas quoi dire, je ne sais pas quoi répondre à ça… Puis il m’emmène, toujours en me touchant l’épaule, dans le bureau où va se dérouler une consultation juridique que je dois observer. Et là, j’ai passé les heures les plus longues de ma vie. »

(Dessin Noémie Weber)
Photo : Dessin Noémie Weber

Lors d’entretiens, Patrick Gerber conseille les adhérents de la MDAS mais à chaque fois qu’une personne s’en va, il en profite pour toucher Isabelle :

« Il m’installe à côté de lui, à chaque fois qu’il accueille les gens ou qu’il les raccompagne, il doit passer derrière moi. Et il passe sa main sur mon dos, sur mes épaules… J’ai compris plus tard qu’il faisait ça très consciemment, discrètement, parce que les gens en face de nous ne voyaient rien, mon corps faisait écran. Lorsqu’une personne s’est tournée pour prendre ses affaires, il en a profité pour me faire une caresse appuyée sur la tête ! Je suis pas bien, j’ai envie de vomir, j’ai envie de crier. Mais je fais rien de tout ça, je ne peux pas partir, il connaît mon patron, je saurais pas comment assumer… Et puis mes affaires avec mes clés sont restées dans son bureau, fermé à clé. Je suis en panique, dès que je vois qu’un entretien se termine, je sais qu’il va s’approcher et je ne peux pas me reculer à cause d’un petit meuble derrière moi. Et les heures ne passent pas… »

« Je vais pas te violer »

Cet après-midi de cauchemar finit par se terminer. Mais avant de laisser partir Isabelle, Patrick Gerber lui avoue que le poste dont il était question n’existe pas. Il a besoin d’une subvention et de l’accord d’une collaboratrice pour créer ce service civique. Puis il lui fait part de ses techniques très spéciales de management ouvert :

« Il me dit qu’il a besoin de discuter, qu’il n’est pas quelqu’un qui impose… Puis il ajoute : “c’est comme là, je vais pas te prendre ni te violer.” Et là encore, je reste interdite. Je ne sais pas quoi dire, je veux seulement en finir et me barrer de là. Mais il me dit “qu’on n’est pas pressé, qu’il n’est que 17h” et il me demande où j’habite. Je réponds vaguement “pas loin” et là, il pose une main sur ma cuisse et me dit que pour parler du service civique, on pourrait en discuter chez moi avec une pizza ! »

Le malaise et les larmes

Avec l’énergie du désespoir, Isabelle formule un « non » sonore, lequel arrête Patrick Gerber. Elle finit par récupérer ses affaires puis remonte à l’étage de son association. Et là, elle fond en larmes devant une de ses collègues :

« Je ne pouvais plus masquer le profond malaise que je ressentais. Je comprends à ce moment que ce n’était pas qu’une drague un peu lourde. J’ai tout raconté à ma collègue, qui me dit qu’elle aussi à eu une remarque sur son physique de la part de Patrick Gerber. »

Patrick Gerber tentera d’appeler Isabelle plusieurs fois sur son portable ce soir-là. Isabelle ne décroche pas, il lui envoie un sms : « bisous ». Trois jours plus tard, elle se rend au commissariat de police pour déposer une main courante :

« Je suis juriste, je savais que ce serait compliqué de porter plainte, il y aurait la charge de la preuve, etc. Mais je ne pouvais pas rien faire, alors j’ai fait ça… Mais j’ai mis longtemps à m’en remettre. Au travail, je pleurais sur mon clavier, le soir chez moi, je n’ai pas pu rester seule pendant plusieurs semaines… Je me sentais vulnérable tout le temps… Je tremblais de peur de le croiser dans les couloirs… »

Isabelle n’est pas la seule victime

Mickaël, salarié de la MDAS, le seul autre homme de la structure, fait le lien avec d’autres signalements qui lui sont parvenus. Il dit à Isabelle qu’elle « n’est pas toute seule » et en parle à Louise, une autre collègue de la MDAS. À ce moment là, Louise est déjà en délicatesse avec Patrick Gerber. Elle aussi a eu à subir des propos et des gestes déplacés. Elle décide que c’en est trop et qu’il faut agir.

Louise alerte alors le bureau de l’association gestionnaire de la MDAS, présidée par Mathieu Cahn, adjoint au maire (PS) en charge de la vie associative. Ce dernier met en place rapidement une enquête interne, auditionne l’ensemble des salariés de la MDAS ainsi qu’Isabelle.

« Je niais le problème »

Lors de ces entretiens, Louise explique ce qu’elle a vécu :

« Premier jour dans la structure, Patrick Gerber m’a aussi invitée à déjeuner, et moi aussi j’ai donc appris qu’il était libertin, qu’il voulait tranquillement “faire crac-crac” dans le jardin… et des questions sur ma vie personnelle, si j’avais quelqu’un dans ma vie, si mon coloc était amoureux de moi, si j’avais de l’intimité pour recevoir quelqu’un chez moi, etc. Je me suis promis de ne plus jamais déjeuner seule avec lui mais je suis restée parce que c’était mon premier poste intéressant. »

À 28 ans, Louise décide de s’accrocher :

« Il n’arrêtait pas de me faire des remarques déplacées, sur les femmes, sur moi, sur mes tenues. Ces regards inappropriés étaient constants Puis il m’a proposé de faire un tour des maisons des associations de France, juste tous les deux… Comme si ça allait arriver ! C’était permanent mais moi, je m’étais blindée, comme les autres collègues d’ailleurs, voire même des fois on en riait. Mais quand le témoignage d’Isabelle est arrivé, j’ai compris qu’en fait, je niais le problème. Ça devait s’arrêter. »

Eviter d’être seule avec le directeur

À partir de là, Louise ne parvient plus à venir travailler à la Maison des associations et se met en arrêt de travail. Entre temps, l’enquête interne dévoile d’autres faits qui lui font prendre conscience de la gravité, et surtout, de la récurrence des comportements de Patrick Gerber. Ainsi une service civique de 21 ans s’est entendu dire, alors qu’elle témoignait à Patrick Gerber de son envie de faire de l’audiovisuel, « qu’un certain type de film, quand on n’était pas trop pudique, était très bien payé. » Une autre s’est vu répondre, lorsqu’elle demandait comment réserver une salle, que « ça se passait sous le bureau… » Entre collègues, des stratégies sont mises en place pour éviter aux femmes de se retrouver seules avec le directeur.

Nathalie, salariée de la MDAS de juillet 2017 à janvier 2018, a aussi dû subir un déjeuner plein de remarques sexistes, et ce dès le début de son contrat :

« Il m’a dit qu’il était échangiste, qu’il aimait les femmes, qu’il m’avait choisie pour ce travail parce que j’étais la plus mignonne, qu’il retapait sa maison et qu’il m’y verrait bien faire des travaux en petites tenues, etc. Quand je m’en suis ouvert à d’autres salariées de la MDAS, elles m’ont dit que j’étais pas la première à qui ça arrivait… En gros, tout le monde le savait ! Une ancienne juriste de la MDAS m’a donné son numéro de portable en me demandant de l’appeler “s’il y avait un problème”. »

Pantalon et stratégies d’évitement

Nathalie est restée en pantalons durant tout son contrat et elle aussi a mis des stratégies d’évitement. Mais ça n’a pas suffi :

« Je commençais à me sentir mal. Durant l’été, la Maison des assos était souvent vide, je craignais de tomber sur lui. Fin août, je suis seule dans une salle de réunion et Patrick Gerber arrive. Il essaie de m’embrasser, je tourne la tête mais il insiste. J’avais peur, j’avais besoin de ce travail. Je sors en pleurant et je suis allée voir Louise, puis j’ai tenté de me laver la joue aux toilettes. »

Suite à cette agression, Nathalie et Louise prennent contact avec le Centre d’information des droits des femmes et des familles (CIDFF) qui propose notamment un accompagnement juridique. Pour les juristes du Centre, les faits constituent bien du harcèlement, mais sont, comme pour chaque affaire similaire, difficiles à prouver. Les harceleurs s’assurent bien souvent de ne pas être vus, voire de ne laisser aucune trace. On les prévient que la procédure sera longue et qu’elles « y laisseront des plumes. »

Dépitées, elles décident de ne pas porter plainte et de faire confiance au conseil d’administration et à l’inspection du travail désormais tous au fait des agissements de Patrick Gerber. Mise au placard, Nathalie anticipe son départ de la Maison des associations en décembre 2017, avant que l’enquête interne n’aboutisse. Mais elle reste en contact avec ses ex-collègues.

Fin août 2018, l’enquête interne livre ses conclusions. Douche froide. En tant que président, Mathieu Cahn annonce que « le bureau de l’association renouvelle sa pleine confiance à Patrick Gerber. » Un blâme lui est imputé et l’obligation de laisser la porte de son bureau ouverte. Louise, Nathalie et Isabelle sont abasourdies. Mickaël, qui a recueilli les témoignages de ses collègues, se sent quant à lui « méprisé. » Louise étudie alors les possibilités de quitter la MDAS et confie sa situation à une avocate. Me Amandine Rauch entame des négociations avec l’association gestionnaire. Ces négociations sont toujours en cours.

Mathieu Cahn : « Aucun fait qualifiable de harcèlement »

Joint mi-mars à propos de cette affaire, Mathieu Cahn considère qu’il n’y a pas de harcèlement :

« À l’issue de notre enquête, nous avons constaté que les faits dénoncés n’étaient pas qualifiables de harcèlement mais constituaient des propos ponctuels inadaptés et inappropriés dans un cadre professionnel, qui ont pu être mal perçus par les salariés. Nous avons donc rappelé le directeur à ses responsabilités et à la nécessité d’adopter un comportement strictement professionnel au sein de l’association. Il a été sanctionné par la plus forte sanction prévue par notre règlement intérieur avant licenciement. Cette sanction a été notifiée le 3 septembre. J’ai aussi lancé une démarche interne pour prévenir ce type de situation et accompagner l’équipe dans ce moment délicat. Cette démarche, en concertation avec l’inspection du travail, est à ce jour en œuvre et aucune réitération de faits de ce genre n’a été portée à ma connaissance.

Patrick Gerber : « J’ai été blanchi »

De son côté, Patrick Gerber se dit « dévasté » par ces accusations :

« Il y a eu une enquête interne, j’ai été blanchi. Ce sont des accusations qui cherchent à masquer une incompétence de la part de salariées… Je n’évoque pas ma situation conjugale lors des déjeuners professionnels, et d’ailleurs je vis depuis 7 ans avec ma femme et je suis présent tous les soirs. C’est vrai que j’aime bien connaître mes collaborateurs. J’ai compris que mes questions pouvaient apparaître comme déplacées… Bon, je crois que je suis tombé sur quelqu’un de particulièrement sensible… »

Sur la journée avec Isabelle, la stagiaire de l’association hébergée à la MDAS, Patrick Gerber dit « tomber des nues » :

« Nous n’étions pas seuls au restaurant lors du déjeuner. Pourquoi ne s’est-elle pas tournée vers notre voisin de table si elle était mal à l’aise ? Quand elle s’est penchée sur la table, je lui ai dit qu’on voyait sa poitrine oui, mais c’est pour sa formation. Si elle veut faire des consultations juridiques, il faut qu’elle sache comment se tenir ! C’était peut-être maladroit… Maintenant je ferai particulièrement attention. En tout cas, je ne lui ai jamais proposé d’aller manger une pizza chez elle ! »

Trois plaintes pour harcèlement sexuel

Quant à Louise, Patrick Gerber met ses propos sur le compte d’un différend professionnel. Une négociation est en cours quant à son licenciement, mais qui achoppe sur le montant des indemnités. Patrick Gerber rappelle qu’en « 30 ans de responsabilités, « aucune femme ne m’a jamais fait remonter quelque élément que ce soit sur des propos qui auraient pu prêter à ambiguïté. » Mais en 10 ans, depuis qu’il est directeur de la MDAS, aucun homme n’a jamais été embauché.

L’association gestionnaire a missionné un cabinet pour entamer une « médiation » afin de ramener une ambiance propice au travail au sein de la Maison des associations. Motif de la médiation inscrit au dossier ? « Un directeur au plus mal et désemparé. » Et ces femmes ? « Dégoûtées » au plus haut point et durablement marquées. Elles ont toutes les trois porté plainte contre Patrick Gerber pour des faits de harcèlement sexuel. « Pour qu’ils entendent et pour éviter que d’autres n’aient à subir la même chose. »