Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Le Maillon quitte ses murs et attend son nouveau théâtre à 30 millions d’euros

Le Maillon quitte ses murs et attend son nouveau théâtre à 30 millions d’euros

Après 20 ans de présence dans le Parc des expositions du Wacken, le théâtre du Maillon quittera définitivement les lieux fin mars en attendant l’inauguration de son nouveau bâtiment, de l’autre côté de la place Adrien Zeller.

C’est une immense boite noire à quelques centaines du mètres du Parlement européen. Depuis plus d’un an, un nouveau théâtre s’érige, afin de déménager le Maillon du Parc des expositions, qu’il occupe depuis 1999. Le 7 place Adrien Zeller accueillera désormais un hôtel et le siège social de Puma France. Ce « moment charnière de l’histoire du Maillon », selon les mots du premier adjoint au maire en charge de la Culture Alain Fontanel, est majoritairement pris en charge par la ville de Strasbourg. Sur 29,8 millions d’euros, la municipalité de Strasbourg finance 24,5 millions, tandis que l’État apporte 3,3 millions et la Région Grand Est 2 millions.

Le clos couvert est achevé et l’heure est aux aménagements intérieurs. (photo d’Abdeslam Mirdass)

La migration vers un espace enfin adapté

Ce déménagement, prévu depuis 2013, est l’occasion pour le théâtre de disposer enfin d’un espace adapté. Le Parc des expositions, occupé pendant 20 ans par le Maillon, n’était pas pensé pour accueillir des spectacles. Au début de chaque été, l’équipe technique était obligée de démonter entièrement la scène, les gradins, les lumières, les coulisses… Objectif : laisser la place à la Foire Européenne de Strasbourg. La programmation devait donc tenir entre octobre et mai.

Le nouveau théâtre, d’une surface de 6900m², comporte deux salles de spectacle. La jauge est plus importante que celle de l’ancienne salle : 700 spectateurs assis (contre 592) ou 1400 debout. Une partie des gradins est amovible afin de réduire la jauge à 538 places. La présence d’une petite salle, de 250 places, constitue un avantage inédit. Jusqu’ici, l’unique salle fonctionnelle du Maillon interdisait de présenter des spectacles tout en disposant d’une place suffisante pour des troupes en répétition

La grande salle du nouveau Maillon, avec ses premiers rangs escamotables. (prévisualisation de LAN Architecture)

La présence de cette salle supplémentaire offre de nouvelles perspectives mais Barbara Engelhardt, la directrice du Maillon, tempère l’élargissement de la programmation :

« À budget constant, il sera difficile d’augmenter la programmation. Mais c’est inscrit dans le projet artistique du Maillon de développer le volet création, et aussi de proposer ce lieu comme un outil de travail, un lieu de résidence et de recherche. »

Le budget du Maillon ainsi que ses effectifs ne connaîtront aucune augmentation pour l’instant. Pour développer la programmation et les moyens du théâtre, Alain Fontanel évoque un « enjeu de partenariats et de mécénats » avec les entreprises installées dans le quartier d’affaires :

« La Ville de Strasbourg finance aujourd’hui 85% du budget du Maillon et nous sommes tout à fait ouverts à ce que d’autres partenaires viennent renforcer ces dynamiques. »

Barbara Engelhardt (directrice du Maillon) et Alain Fontanel (premier adjoint au maire en charge de la culture) dans le futur hall du Maillon. (photo de Tristan Kopp)

Accueillir le public dans la nouvelle demeure

L’une des principales préoccupations des équipes du Maillon est de déménager « l’âme » de son théâtre en même temps que ses meubles. Et d’éviter que le public craigne désormais de franchir les ports de cet imposant cube de béton, ce que l’on appelle, « l’effet seuil ». C’est un écueil que le Parc des expositions limitait grâce à son espace ouvert et son vaste bar au mobilier dépareillé. Le massif bâtiment en cours d’achèvement et son hall d’accueil de 500m² pourraient intimider.

Mais selon Barbara Engelhardt, cette adaptation se fera d’elle-même, après une période de rodage :

« Notre programmation est pluridisciplinaire et s’ouvre à des publics très différents. Cela permet qu’il y ait cette multiplication de générations et de publics. Je crois que ce sont les mêmes principes qui vont nous permettre de recréer une ambiance, une atmosphère, une ouverture vers la ville. Ce n’est pas la moindre des qualités du nouveau bâtiment d’avoir une telle ouverture dans son espace. »

Le nouveau Maillon présente de larges ouvertures sur l’extérieur, avec des fenêtres de 36m². (photo d’Abdeslam Mirdass)

Ceci n’est pas un théâtre

Ce bâtiment devra s’adapter aux évolutions de la création artistique et du public des prochaines décennies. Le projet de LAN Architecture, retenu parmi 155 dossier, a relevé le défi. Il rompt avec l’organisation traditionnelle des théâtres, composée de trois espaces distincts : la boite noire de l’espace scénique, les coulisses pour la technique et les artistes, et l’accueil pour le public qui est généralement un lieu de passage et d’achat. Pour le Maillon, il s’agit de favoriser une porosité entre les espaces et de stimuler les flux de circulation des spectateurs.

Maillon prévisualisation de LAN Architecture
Le bâtiment du Maillon sera ouvert sur la ville. (prévisualisation de LAN Architecture)

Le Maillon sera un espace physiquement modulable. Les grandes baies vitrées séparant le hall, l’espace de convivialité et la petite salle sont amovibles et pourront s’ouvrir pour fusionner les espaces. Le lieu est pensé comme une rue : une grande coursive de 800m² servira d’espace de circulation pour accéder aux salles ainsi qu’au bar du théâtre. Autour de cet axe central, les pièces sont des modules qui peuvent se rassembler ou se séparer. Les parois entre le bar, le hall de convivialité, la billetterie et le couloir de circulation peuvent elles aussi se mouvoir.

Le chantier du nouveau Maillon en mars 2019
Le nouveau Maillon sera achevé durant l’été. (photo de Tristan Kopp)

Le Maillon donnera son ultime représentation au Parc des expositions le samedi 30 mars, avant de quitter définitivement les lieux. En attendant de pouvoir investir ses nouveaux locaux, l’équipe administrative ira s’installer rue de Berne, afin de piloter le reste de la saison.

Les derniers spectacles seront présentés au Théâtre Jeune Public, au théâtre de Hautepierre mais aussi dans des lieux plus insolites comme un camion ambulant ou un parking souterrain de la Petite France. Ce chantier, débuté en octobre 2017, s’achèvera à la fin de l’été. La saison 2019-2020 débutera en novembre.

Le patio du Maillon une fois achevé Photo : Tristan Kopp / Rue89 Strasbourg

Deux pistes et une course politique pour rouvrir le supermarché de l’Elsau

Deux pistes et une course politique pour rouvrir le supermarché de l’Elsau

Deux responsables politiques sont engagés dans la bataille pour la réouverture d’un supermarché à l’Elsau. Une nouvelle piste émerge des négociations entre Mathieu Cahn (PS), vice-président de l’Eurométropole, et le propriétaire du terrain. De son côté, le député de la majorité Thierry Michels attend du Ministre de la Ville, Julien Denormandie, une enveloppe supplémentaire pour le commerce.

C’est la première revendication des Elsauviens : le retour d’un supermarché. Sans . . .

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Le 30 mars, les enseignants manifestent à Strasbourg contre la réforme Blanquer

Le 30 mars, les enseignants manifestent à Strasbourg contre la réforme Blanquer

Les principaux syndicats d’enseignants appellent à manifester samedi 30 mars à 14h sur la place Kléber à Strasbourg. Les professeurs opposés au projet de loi pour « l’école de la confiance » dénoncent un ministre de l’Education nationale « autoritaire » et une atteinte à la qualité de l’enseignement.

Samedi 30 mars, les professeurs en colère manifesteront à partir de 14h à Strasbourg. Ils se rejoindront sur la place Kléber avant de se diriger vers la place de la République puis les quais des bateliers. Les principaux syndicats enseignants contestent le projet de loi « école de la confiance » du ministre de l’Education nationale. Laure Trémolière, enseignante strasbourgeoise et membre du syndicat SE-UNSA, décrit les trois principaux reproches adressés à Jean-Michel Blanquer.
Manifestation d’enseignants à Strasbourg. (Document Remis)
    « Avec la scolarisation obligatoire des enfants dès trois ans, de l’argent public va être versé à des écoles privés. »
La réforme Blanquer baisse l’âge de la scolarisation obligatoire, qui passe de six à trois ans. Pour certaines communes, cette mesure entraîne des dépenses nouvelles puisqu’elles devront désormais financer les maternelles privées sous contrat. Les syndicats enseignants et des maires dénoncent donc une mesure favorable aux établissements privés, « au détriment du public. »
    « Avec le regroupement collège-écoles du secteur, les directeurs des établissements primaires vont disparaître. »
Le ministre de l’Education nationale a d’abord proposé un « projet d’établissements publics des savoirs fondamentaux », regroupant collège et écoles. Les syndicats enseignants ont craint que cette nouvelle structure ne mette fin aux directeurs d’école primaire. « Avec un seul pilote à bord, le directeur du collège, le chef d’école primaire deviendrait un principal adjoint », estime Laure Trémolière. Suite au tollé suscité par cette mesure, Jean-Michel Blanquer s’est défendu de vouloir imposer les regroupements écoles-collège. Il a aussi affirmé que son projet « ne remet pas en cause l’existence des écoles et de leurs directeurs »
    « Avec le devoir de réserve, nous ne pourrons plus nous exprimer librement. »
L’article 1 du projet de loi ne comporte aucune mention du devoir de réserve. Mais c’est dans l’étude d’impact de cette réforme que FranceInfo a découvert des restrictions de la liberté d’expression : « Les dispositions de la présente mesure pourront ainsi être invoquées (…) dans le cadre d’affaires disciplinaires concernant des personnels de l’éducation nationale s’étant rendus coupables de faits portant atteinte à la réputation du service public » Autre motif de colère pour les enseignants : cette « exigence d’exemplarité » qui vaut « y compris hors du service. » Contacté, le syndicat enseignant de Force ouvrière rappelle son combat contre la réforme du lycée :
« Nous manifestons aussi contre la réforme du lycée. La diminution du nombre d’heures de cours, et la diminution du personnel enseignant vont dégrader la qualité de l’enseignement secondaire. »
Dans le Bas-Rhin toujours, une autre manifestation pour les mêmes motifs aura aussi lieu samedi à Sarre-Union. À l’initiative de parents d’élèves et d’enseignants, un cortège partira de la place de la République à 14h. Un préavis national de grève a été déposé pour la période du 25 mars au 6 avril.

Face au projet de rénovation de l’Elsau, les habitants ne décolèrent pas

Face au projet de rénovation de l’Elsau, les habitants ne décolèrent pas

Dans la soirée du 27 mars, plus de 200 Elsauviens ont assisté à la présentation du projet de rénovation de leur quartier. Pendant trois heures tendues, les responsables locaux ont tenté de répondre aux inquiétudes des habitants. Pour beaucoup, la colère subsiste.

La grande salle du Centre socioculturel de l’Elsau est pleine à craquer. Mercredi 27 mars à 18h30, plus de 200 personnes sont venues découvrir la rénovation à venir de leur quartier. L’ambiance est tendue. Les guichets bancaires et le supermarché fermés depuis trois ans, le chômage et la délinquance ont nourri la rancoeur elsauvienne. Ce soir, certains habitants craignent que leurs demandes répétées n’aboutissent pas. D’autres sont inquiets de voir leur immeuble promis à la destruction par le Nouveau Plan National de Rénovation Urbaine (NPNRU).

Beaucoup ont le sentiment de ne pas avoir été écoutés. Demain, plusieurs responsables strasbourgeois feront valider leur projet auprès de l’Agence national de rénovation urbaine (Anru). Mais « rien n’est gravé dans le marbre », assurent les meneurs du projet. Pas de quoi rassurer le public.

Les responsables du projet ont tenté de répondre à plus de 200 Elsauviens pendant près de trois heures. (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)

Pas de solution pour le supermarché

François Desrues, directeur de projet pour l’Eurométropole, suscite la première déception. À ce jour, aucune solution n’a été trouvée pour rouvrir un supermarché dans le quartier. Les Elsauviens voient là leur premier espoir douché. Mathieu Cahn, vice-président de l’Eurométropole en charge du renouvellement urbain, tente d’expliquer les leviers d’action à sa disposition : « Nous avons proposé une offre d’achat au propriétaire, qui l’a refusé. Je suis un élu, je ne peux pas ouvrir des banques ou un commerce. » « On n’a rien ici ! On est des clochards ! », répond une habitante du quartier.

« Où va habiter ma mère ? »

Deuxième question du public : « Où va habiter ma mère qui vit dans un immeuble qu’on va détruire ? » Sur ce point, l’élu strasbourgeois (PS) se montre plus rassurant :

« Nous allons accompagner les locataires concernés par les démolitions. Ils auront au moins trois propositions et pourront rester dans leur quartier s’ils le souhaitent. »

Philippe Bies, président du bailleur social CUS Habitat, abonde : « Pour chacun, il y aura systématiquement une enquête sociale pour trouver une solution. »

Pendant deux heures, les responsables locaux tentent de répondre aux inquiétudes et aux revendications des Elsauviens. Certains habitants craignent l’arrivée d’une route reliant Lingolsheim à leur quartier. Mais sur ce point les responsables locaux ont suivi les remontées du terrain : l’Elsau restera « délicieusement nichée dans le bras de l’Ill », comme le demandait le conseil citoyen. Cette instance de démocratie participative a aussi permis de renoncer à la démolition de l’immeuble situé du 21 au 29 rue Martin Schongauer.

Les exclus de la concertation

Mais la participation citoyenne a ses limites. Le président de l’association de locataires ALIS, Hmida Boutghata, dénonce un conseil citoyen « qui n’est pas représentatif de la population. » Son frère Moussa lutte depuis des années pour la construction d’un lieu de culte musulman. « Nous avons parfois 200 fidèles alors que le local que nous louons à CUS Habitat ne peut en accueillir que 100… », explique-t-il.

Luc Gillmann, adjoint de la Ville pour le quartier Elsau, élude rapidement la question : « Il y a déjà deux lieux de culte et nous n’avons ni terrain identifié, ni projet de financement pour une mosquée. » Moussa Boutghata quitte les lieux, furieux.

Hmida Boutghata, président de l’association de locataires ALIS, a dénoncé une concertation de façade. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Rappelant la problématique du trafic de drogue à l’Elsau, un autre habitant pose la question d’un projet destiné à la jeunesse. Michel Witasse, un habitant du quartier, demande plus que la construction d’une salle de boxe derrière le centre socioculturel. Mais le problème reste entier suite à la réponse des responsables locaux.

Laurent Garczynski, habitant du quartier voisin de la Montagne-Verte, a pourtant formulé une proposition concrète sur ce thème. L’initiateur du projet « Elsau idéale » souhaitait lancer un projet de construction durable dans le quartier :

« Nous avons proposé une maison du projet pour les nouveaux métiers du bâtiment. Grâce à un chantier participatif, impliquant des jeunes du quartier, l’Elsau aurait eu une vitrine et des Elsauviens formés à un métier qui a de l’avenir. »

« Rien d’alternatif n’est accepté »

L’idée n’a pas trouvé sa place dans le projet de rénovation… Alors Laurent Garczynski n’hésite pas à fustiger la « concertation dont se gargarisent les élus » :

« Le bilan est maigre quant aux résultats de notre action. Quand on présente quelque chose aux responsables, ils sont d’accord. Mais ensuite rien d’alternatif n’est acceptée. J’ai seulement obtenu une légère ouverture de CUS Habitat sur un projet de résidence pour séniors (dans la rue Michel-Ange, derrière l’établissement Léonard de Vinci, ndlr). »

21h30. Mathieu Cahn a décidé de mettre fin aux questions. La salle s’est déjà vidée de moitié. Près de la porte, deux habitants du quartier expriment leur rancoeur. L’un regrette que la question du stationnement et d’un parc pour enfants aient été absentes du débat. L’autre voit un problème plus profond :

« Regarde qui est-ce qui est devant. Ils viennent parler de l’Elsau mais ils ne connaissent pas la vie ici. Et le conseil citoyen, ce ne sont que des vieux. Les principaux concernés, les jeunes du quartier, personne leur a posé aucune question. »

89dB, la nouvelle émission culturelle de Rue89 Strasbourg

89dB, la nouvelle émission culturelle de Rue89 Strasbourg

Elle est toute neuve, elle est toute fraîche, Rue89 Strasbourg lance sa webradio : 89dB. Une émission enregistrée tous les derniers vendredis du mois pour faire le tour de l’actualité culturelle à Strasbourg. La première est prévue vendredi en direct du Local à partir de 18h.

Strasbourg regorge de talents et de lieux où ils s’expriment. Rue89 Strasbourg vous propose de découvrir celles et ceux qui font vibrer nos soirées et nos week-ends dans une émission radio, réalisée en partenariat avec Radio Rhino.

Tous les mois, 89dB sera diffusée en direct depuis un endroit différent, un théâtre, une salle de concerts, un studio… Il n’y a pas de règle mais ce sera dans tous les cas un endroit qui soutient les artistes locaux dans toute leur diversité. Musique, théâtre, cinéma, photo, peinture, la scène culturelle strasbourgeoise est très riche et, plus qu’un écho, 89dB souhaite en être le haut-parleur.

Première vendredi en direct du Local dès 18h

Rendez-vous vendredi à partir de 18h pour la première édition de 89dB au Local. Le bar de la Krutenau est devenu un tremplin pour beaucoup de groupes locaux. Son co-fondateur, Stéphane Kirschherr, sera notre invité. Il sera accompagné d’Allan Ros, créateur du nouveau label strasbourgeois Blue Bear Records qui sera officiellement lancé le 19 avril lors d’une soirée au Local.

Demandez le programme !

Outre ce coup de projecteur sur le Local et Blue Bear Records, 89dB reviendra sur le concert des Lemon Twigs à la Laiterie. Nous y étions et c’était un moment très particulier.

Il sera également temps de se tourner vers le mois d’avril avec, notamment, l’Ind’Hip’Hop Festival. L’occasion de découvrir des rappeurs et DJs américains, européens, mais aussi strasbourgeois comme Sonje.

Les fans de polaroid et de photos vintages seront aussi servis puisqu’on parlera de l’Expolaroid et de Sexpolaroid qui se tiendront, entre autres, à l’hôtel Graffalgar.

Pour suivre l’émission sur notre live Facebook :

L’équipe

    rédaction en chef : Maxime Nauche réalisation : Maylis Cerbelaud journalistes : Pierre France, Tristan Kopp invités : Allan Ros, Stéphane Kirchherr

Affaire Naomi Musenga : les failles de la thèse d’une intoxication au paracétamol

Affaire Naomi Musenga : les failles de la thèse d’une intoxication au paracétamol

Des éléments du dossier médical et du rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) à propos du décès de Naomi Musenga démontrent que l’intoxication au paracétamol n’est pas possible. C’est pourtant encore la thèse officielle retenue à ce jour pour expliquer la mort de la jeune femme de 22 ans, en décembre 2017.

Des éléments tirés du dossier médical et du rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) démontent la thèse d’une intoxication au paracétamol de Naomi Musenga. Cette explication du décès de la jeune femme de 22 ans, dont l’appel au Samu avait été moqué par une opératrice fin décembre 2017, par une sorte de suicide médicamenteux minimiserait les responsabilités des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) dans l’enchaînement des faits.

Cette explication a toujours été contestée par la famille de la victime, qui dénonce le retard des secours et la prise en charge de Naomi. Ces doutes sont fondés, car dans les documents du dossier médical, que Rue89 Strasbourg a pu consulter, les analyses réalisées au moment de la mort de Naomi à l’hôpital ainsi que lors de l’autopsie, ne mettent pas en évidence une surdose de paracétamol dans le corps de la jeune strasbourgeoise.

Pas d’hépatite toxique selon les analyses biologiques

Le 11 juillet 2018, un communiqué du procureur de Strasbourg, Yolande Renzi, indiquait que la mort de Naomi Musenga était « la conséquence d’une intoxication au paracétamol absorbé par automédication sur plusieurs jours. La destruction évolutive de son foie a emporté une défaillance de l’ensemble de ses organes conduisant rapidement (au décès de Naomi Musenga ndlr) ». 

Pourtant, les résultats de l’unique bilan sanguin réalisé peu avant la mort de Naomi montrent qu’il n’y avait pas d’hépatite, c’est à dire une inflammation et une perturbation du fonctionnement, au niveau du foie, organe où le paracétamol se métabolise.

Selon ce bilan, les taux des marqueurs biologiques du foie se situent en-dessous des chiffres habituellement indiqués lors d’une prise mortelle de paracétamol. Le taux de gamma GT de Naomi était à 28 unités internationales par litre (UI/L), pour une norme de 10 à 49 UI/L. Dans le cas d’une infection au paracétamol, les taux de gamma GT s’élèvent entre 150 et 450 UI/L. Idem pour la bilirubine, présent dans la bile et en faible quantité dans le sang, son taux se situait à 2,5 micro-moles par litre, pour une norme située entre 2 et 20 micro-moles par litre. Dans le cas d’une hépatite au paracétamol, les taux de bilirubine sont 3 à 6 fois supérieurs, entraînant une jaunisse ou ictère, or il est précisé dans le rapport d’autopsie, autre document que nous avons pu consulter, que Naomi n’en n’avait pas.

Des taux et des délais incompatibles

Quant aux marqueurs principaux des hépatites, les transaminases TGP et TGO (deux enzymes présentes au niveau du foie), les taux étaient respectivement de 335 UI/L et 319 UI/L (pour des normes comprises entre 10 et 50 UI/L). Lors d’une intoxication au paracétamol de gravité moyenne, sans risque mortel, ces taux se situent entre les 1 000 UI/L à 5 000 UI/L. Dans les cas d’hépatites sévères avec risque d’évolution vers un décès, les taux des transaminases dépassent les 20 000 UI/L ! On note également que les résultats du bilan hépatique, et en particulier les taux des transaminases, n’apparaissent pas dans le bilan transmis aux enquêteurs de l’IGAS, qui n’avaient donc pas connaissance de la normalité des marqueurs hépatiques.

L’Organisation mondiale pour la santé (OMS) indique qu’une dose unique de 10 à 15 grammes de paracétamol suffit à provoquer une nécrose du foie qui évolue en deux temps. L’OMS précise également que dans les 24 heures suivant la prise, une intoxication au paracétamol se manifeste par des symptômes tels que des vomissements et des nausées, accompagnés d’un état léthargique de fatigue ou de somnolence. L’atteinte du foie se fait progressivement, dans un second temps et elle ne devient menaçante que trois à quatre jours après la prise du médicament.

Pour le procureur, une intoxication au paracétamol serait la cause du décès de la jeune femme... (Dessin Ariane Pinel)
Pour le procureur, une intoxication au paracétamol serait la cause du décès de la jeune femme… Photo : Dessin Ariane Pinel

Sauf que chez Naomi Musenga, les troubles, du premier signe jusqu’au décès, semblent s’être déroulés sur la seule journée du 29 décembre 2017 et plusieurs témoignages que nous avons recueillis concordent pour affirmer que les jours précédents, et jusqu’à la veille de sa mort, la jeune femme ne se plaignait d’aucune douleur et n’avait pris aucun traitement.

Même le rapport d’autopsie indique que les analyses « n’ont pas apporté d’explication directe quant à la cause de la mort. » Le document note en outre, avec toute la retenue déontologique possible qu’il ne « semble pas légitime d’affirmer qu’il s’agissait d’une hépatite fulminante au paracétamol. » Les deux raisons invoquées sont le caractère peu étendu des lésions du foie (alors que la totalité du foie est atteinte lors d’une hépatite au paracétamol) et l’atteinte de certaines cellules du foie qui sont habituellement préservées lors d’une hépatite au paracétamol. Le rapport d’autopsie se poursuit toutefois en indiquant, au conditionnel, que les lésions du foie pourraient indiquer « un stade précoce d’intoxication au paracétamol ».

Du paracétamol uniquement dans un prélèvement pulmonaire

Une analyse toxicologique a été réalisée sur des échantillons prélevés lors de l’autopsie. Comme le corps de Naomi ne contenait plus aucune trace de sang, les prélèvements ont été effectués au niveau de l’oeil et au niveau du liquide entourant les poumons. Aucune trace de paracétamol n’a été retrouvée dans l’oeil et un taux modéré du médicament a été retrouvé dans le liquide pleural. Pour le Pr Christian Marescaux, qui épaule la famille Musenga et que l’hôpital de Strasbourg a tenté de poursuivre en 2015 pour avoir dénoncé des manques de créneaux d’IRM, la recherche de toxique réalisée à cet endroit est un « non-sens » :

« Naomi a vomi dans ses bronches et à ce moment-là, moins de l’équivalent d’un 1/10è de comprimé de paracétamol est passé dans les bronches puis dans le tissu pulmonaire et le liquide pleural. C’est au moment du vomissement que le liquide pleural a été contaminé par le paracétamol qui était présent en faible quantité dans l’estomac. Par ailleurs, Naomi a reçu par voie intraveineuse quatre médicaments puissants dont on ne retrouve aucune trace dans les prélèvements de liquide pleural ou oculaire. Ce qui veut bien dire que ces prélèvements au niveau de la plèvre ne montrent pas les médicaments qui ont été administrés par voie intraveineuse mais uniquement la contamination lors d’un vomissement dans les bronches. »

Dans une interview au Parisien le 17 janvier, la ministre de la Santé Agnès Buzyn avait pour sa part estimé que les analyses toxicologiques « n’avaient pas permis de connaître les causes du décès » de Naomi Musenga et craignait que les causes exactes de sa mort ne soient jamais connues.

Pourquoi avoir mis en avant la thèse du paracétamol ?

Christian Marescaux avance une autre hypothèse : celle d’un infarctus mésentérique (qui suit l’obstruction d’une artère ou d’une veine de la paroi des intestins). En juin, il questionnait l’hôpital et l’IGAS sur le refus d’envisager cette hypothèse : « pourquoi ne veulent-ils pas que l’infarctus mésentérique soit présenté ? » Stéphane Gayet, médecin des HUS et professeur à l’Université de Strasbourg, qui a exposé sur le site Atlantico les différents éléments qui pourraient mettre en doute la version officielle sur la mort de Naomi, indique que l’infarctus mésentérique est une urgence chirurgicale « classique et en principe connue de tous les médecins, bien qu’elle soit peu fréquente » chez un sujet jeune. Lorsqu’il est diagnostiqué, un protocole spécifique est mis en place.

Dans le cas de Naomi, qui se plaignait de violents maux de ventre le 29 décembre 2017, des failles dans la prise en charge et le diagnostic ont fait perdre près de cinq heures, depuis le premier appel au SAMU, à 11h30, et son admission en réanimation, à 16h30. Ces éléments mettraient en cause la responsabilité de l’hôpital. Contactés, les Hôpitaux universitaires de Strasbourg n’ont pas souhaité répondre à nos questions, invoquant l’enquête judiciaire toujours en cours.

Autre point qui pose question : le refus de l’hôpital de transmettre deux documents à la famille, qui cherchait à connaître les causes du décès. Dans son rapport rendu public en juin 2018 et disponible sur internet, l’IGAS mentionnait que le service de réanimation a répondu de manière incomplète aux parents de Naomi Musenga. « Deux des pièces, qui auraient pu éclairer les causes du décès n’ont pas été transmises », note l’IGAS.

Le 30 octobre, la famille Musenga, accompagnée de son avocat, a rencontré la juge d’instruction Sophie Thomann. Elle leur a annoncé la nomination prochaine d’un collège d’experts, chargé de faire la lumière sur ce qu’il s’est réellement passé.

Fabienne Keller, future eurodéputée grâce à « En Marche »

Fabienne Keller, future eurodéputée grâce à « En Marche »

La septième place de l’élue strasbourgeoise sur la liste de la République en Marche pour les élections européennes ouvre par ricochet l’espace au centre-droit pour les élections municipales en 2020.

Le début de la liste pour les élections européennes de « La République en Marche » (LREM) est connu. L’ancienne maire de Strasbourg (2001-2008), actuelle sénatrice et toujours opposante à la municipalité actuelle, Fabienne Keller, figure en 7ème position de l’équipe

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La CTS équipe sa ligne 10 de bus électriques chinois

La CTS équipe sa ligne 10 de bus électriques chinois
Dans un communiqué, la Compagnie des Transports Strasbourgeois (CTS) a indiqué avoir passé commande d’une douzaine de bus électriques à Dietrich Carebus Group. Ces bus, construits en Chine par Yutong et aménagés à Ingwiller, doivent équiper la ligne 10, qui réalise un tour du centre-ville de Strasbourg, en passant par les boulevards, les quais et la Neustadt.
La ligne 10 de la CTS (doc remis)
La ligne 10 de la CTS (doc remis)
Il s’agit de la deuxième commande de bus électriques passée par la CTS. Quelques jours plus tôt, la CTS s’est déjà portée acquéreur de douze autres de bus électriques pour desservir le quartier d’affaires Archipel depuis la gare. Mais les businessmen et businesswomen auront droit, eux, aux bus Aptis construits par NTL à Hangenbieten. Le consortium était à nouveau candidat pour le marché de la ligne 10 mais il n’a apparemment pas eu les mêmes faveurs…
Les bus chinois doivent équiper la ligne 10 (doc remis)
Les bus chinois de Yutong doivent équiper la ligne 10 (doc remis)
Les bus chinois, d’une longueur de 12 mètres, doivent être mis en circulation sur le réseau CTS à compter de l’automne 2019. Ils rejoindront les 235 bus dont 87 bus articulés et 11 bus à haut niveau de service (BHNS) qui peuplent les 43 lignes de la CTS.
#ligne 10

« Pour un tram à l’ouest de Schiltigheim et de Bischheim »

« Pour un tram à l’ouest de Schiltigheim et de Bischheim »

Alors que l’enquête sur les déplacements à Schiltigheim fait l’objet d’une analyse par l’Eurométropole jusqu’en juin, le nouveau collectif « Montramjtiens », rappelle dans une tribune les arguments pour la relance du projet de tramway à l’ouest de la ville et vers Bischheim, dans l’espoir que le projet, voté en 2013, soit relancé.

Le Collectif « Mon tram j’y tiens », à l’appel de plus de 130 citoyens, rejoints déjà par près de 1 200 concitoyens, demande qu’un tram soit très rapidement installé.

Pourquoi le tram ?

L’arrivée d’une ligne nouvelle est à la fois :

    Un outil de justice sociale espéré, attendu, par les habitants des quartiers : il accompagnera la transformation du secteur suite aux projets immobiliers et culturels (friche Fischer, réaménagement du centre commercial Leclerc, transformation du quartier Ecrivains-Istra). Au-delà, il reliera des lieux d’habitat importants à Bischheim, Hoenheim et Souffelweyersheim, voire à Mundolsheim et Vendenheim plus au nord. Un atout de développement en accompagnant les projets scolaires, culturels et économiques situés à proximité en créant un maillage de différentes mobilités, permettant des rabattements. Le tram garantira fluidité et rapidité de déplacement vers la ville-centre.

Outre le désenclavement des quartiers populaires et l’amélioration de l’accessibilité, facteur d’attractivité, le tram – plus capacitaire qu’un bus – apportera un service plus adapté aux besoins de déplacement pour travail, scolarité, courses ou loisirs.

Le voyage sera de meilleure qualité, l’augmentation croissante et déjà prévisible d’habitants sera mieux absorbée. Le tram apaisera le trafic routier saturé, répondra à la demande des personnes à mobilité réduite et offrira une meilleure qualité des déplacements pour cyclistes et piétons. C’est une réponse écologique pour réduire la pollution de l’air, responsable chaque année de 67 000 décès en France, selon une réactualisation récente.

Schiltigheim aura-t-il droit à son tram à l'ouest, voté en 2013 ? (Photo Pascal Bastien / Divergence)
Schiltigheim aura-t-il droit à son tram à l’ouest, voté en 2013 ? (Photo Pascal Bastien / Divergence)

Rappelons-nous !

Le 12 juillet 2013, la CUS (devenue Eurométropole) a décidé de créer une ligne de tram de Strasbourg vers Vendenheim en passant par Schiltigheim, Bischheim, Hoenheim, Souffelweyersheim et Mundolsheim : mais la mise en service a été malheureusement mise de côté fin 2015, sur demande de l’ancien maire de Schiltigheim, Jean-Marie Kutner. Cette annonce est encore bien présente chez nos concitoyens, comme en témoigne les retours recueillis lors de la campagne de pétition : ils ne comprendraient pas que Schiltigheim soit encore oubliée !

Le constat à ce jour est le suivant :

    Dans le nord de l’agglomération n’existe qu’une ligne de tram qui longe les trois communes (Schiltigheim, Bischheim et Hoenheim) par l’Est. L’Ouest n’est desservi que par des bus L6 (nord-sud) et 50, 60 et 70 (est-ouest), tandis que la gare de Bischheim, si elle existe, est mal utilisée, peu accessible, non-desservie en bus et trop peu connue. La réorganisation de la ligne L6 est insuffisante au vu de la demande de meilleures conditions de déplacement. Après six mois de service, les gains de temps semblent minimes, une saturation importante est constatée à certaines heures de la semaine.

Pendant ce temps, les quartiers concernés se développent à vive allure, avec autant de voitures supplémentaires en perspective sur un axe déjà encombré. À l’opposé, issus pour l’essentiel de quartiers d’habitat populaire, nombre de concitoyens ne possèdent pas de voiture, d’où la nécessité d’un transport collectif à la hauteur de leurs besoins.

Ces lieux à desservir

La multiplication des programmes immobiliers entraînera une augmentation conséquente des habitants-riverains. La création d’un complexe cinématographique à Fischer, une meilleure desserte possible de la Briqueterie (ex-salle des fêtes), de la piscine, du stade Romens, du gymnase Leclerc, du tennis et de futures Maison des Arts et Maison de la Santé créeront de la demande.

Cette ligne pourrait par la suite être prolongée vers la zone commerciale nord, qui continue sa densification, puis vers la gare de Vendenheim desservie par des TER.

La délibération de 2013 est plus que jamais d’actualité : c’est pourquoi, pour toutes ces raisons, rejoignez-nous et demandons qu’une ligne de tram soit construite, dans le respect de cette délibération.

Julia Reda, la « pirate du Parlement, » se sera battue jusqu’au bout contre la réforme du droit d’auteur

Julia Reda, la « pirate du Parlement, » se sera battue jusqu’au bout contre la réforme du droit d’auteur

Le Parlement européen s’exprime ce mardi sur la réforme du droit d’auteur. Ce texte vise à adapter les règles du droit d’auteur à l’économie numérique dans l’Union européenne. Dès le début des pourparlers, Julia Reda, seule eurodéputée du parti Pirate, s’est distinguée en essayant de préserver l’ouverture initiale d’Internet. Mais ses espoirs ont été douchés et l’élue se dit « très déçue » du résultat des négociations. Chronique d’une désillusion.

Mardi 26 mars, 12h30, Strasbourg. La date est entourée en rouge dans l’agenda de Julia Reda. Après des mois de négociations hors norme, pendant lesquels les lobbyistes se sont livrés à une guerre sans merci et ont redoublé d’efforts pour tenter d’influencer les négociateurs, la directive « droit d’auteur » doit être formellement validée par le Parlement européen.

Pour Julia Reda, 32 ans, « la pirate du Parlement » comme elle se définit elle-même sur son site web, c’est une catastrophe. Les tensions se cristallisent autour de l’article 13 de la directive. Taxée de « machine à censure », accusée de « tuer internet », cette disposition vient instaurer le principe d’une « responsabilité » pour les plateformes numériques. Plus question pour elles de se retrancher derrière la responsabilité des utilisateurs : elles devront s’assurer que les contenus qu’elles rendent disponibles respectent bel et bien les règles du droit d’auteur.

Et tant pis pour la liberté d’expression, Internet rejoint le monde des espaces régulés… Sur Twitter, en allemand parfois, mais le plus souvent en anglais pour se faire comprendre du plus grand nombre, la députée multiplie les messages assassins. En ligne de mire : tantôt Berlin, tantôt Paris, tantôt certains de ses pairs à Bruxelles.

L’autre mesure phare du texte, l’article 11, c’est la création d’un droit voisin pour les éditeurs de presse, qui vise à les doter du droit d’autoriser la reproduction de leurs contenus, mais aussi de se faire rémunérer. Certaines plateformes comme Google News tirent en effet profit des publications de presse (par le biais de la publicité ou de la récolte de données personnelles notamment) sans reverser le moindre centimes aux éditeurs. Mais pour Julia Reda, cette disposition mettra les éditeurs dans la poche de Google et sapera l’un des fondements d’Internet, la capacité de faire des liens.

Plus qu’une bataille, un choix de société

Si Julia Reda, 32 ans, s’est rapidement distinguée dans ces négociations et a fait tant parler d’elle, c’est parce qu’elle s’est d’emblée investie corps et âme dans le dossier, qui lui tient à coeur depuis longtemps. Elle raconte :

« Réformer le droit d’auteur en Europe, en réalité, c’est ce qui m’a donné envie de devenir eurodéputée. Je n’étais qu’alors assistante de recherche à l’université, et travaillais sur les questions de droit d’auteur, de propriété intellectuelle, etc. C’est à ce moment-là que j’ai eu le déclic. J’ai su ce qu’il me restait à faire. »

Julia Reda a été élue au Parlement européen en 2014. (Photo domaine public)
Julia Reda a été élue au Parlement européen en 2014. (Photo JuliaReda.eu / cc)

En décembre 2013, la Commission européenne met sur pied une vaste consultation afin de réfléchir aux meilleurs moyens de repenser des règles du jeu du droit d’auteur, pour les voir mieux adaptées à un environnement numérique en pleine mutation. Ni une, ni deux, Julia Reda fonce. Elle répond avec le plus grand soin aux quelque 80 questions de l’exécutif européen, avant de faire de la réforme du droit d’auteur son principal argument de campagne. L’eurodéputée membre du groupe des Verts / Alliance libre européenne (ALE) au Parlement européen se souvient :

« A ce moment-là, j’étais encore très optimiste. Je pensais qu’une fois que la Commission avait entre ses mains toutes ces réponses – dont certaines étaient assez prometteuses, il faut le dire – à sa consultation, elle allait agir vite. Et bien. Cela ne s’est pas exactement passé comme prévu… »

Julia Reda est bel et bien élue le 25 mai 2014, mais la Commission européenne ne met sa proposition de réforme sur la table qu’en septembre 2016. Comme l’impose le processus législatif européen, le Parlement et le Conseil de l’UE s’emparent alors du texte. Ce n’est que dans un second temps que les co-législateurs cherchent un terrain d’entente, jusqu’à trouver un accord provisoire. C’est celui-ci qui est soumis aux votes à Strasbourg aujourd’hui.

Les sirènes des lobbyistes

Au Parlement, l’Allemand Axel Voss, membre du groupe du Parti populaire européen (PPE), Allemand lui aussi, devient « rapporteur » du texte, au grand dam de Julia Reda. Tout au long des négociations, elle n’aura de cesse de fustiger le travail de son collègue, l’accusant de céder aux sirènes des lobbyistes – notamment ceux de l’industrie culturelle qui lorgnent du côté des profits de Google et Facebook.

Julia Reda décroche pour sa part le rôle de « rapporteure fictive » pour son groupe des Verts / ALE. Chaque groupe a son rapporteur, responsable de mener à bien les travaux. Mais aucun d’entre eux ne semble autant faire de cette réforme un combat personnel que Julia Reda.

Julia Reda ne veut bringuer un nouveau mandat (photo domaine public).
L’article 13 de la réforme est la bête noire de Julia Reda. (Photo : Domaine public)

« Je ne lâcherai rien »

C’est avant les deux premiers votes (le premier négatif, le second positif) en plénière au Parlement (en juillet 2018, puis en septembre) que les campagnes de lobbying ont atteint des sommets. Celle intitulée « Save the internet » invitait les internautes à appeler ou à envoyer un e-mail aux eurodéputés pour les inciter à barrer la route à l’article 13. Les boîtes électroniques des élus débordent ; dans leurs bureaux, le téléphone sonne sans cesse. Beaucoup s’arrachent les cheveux, mais pour Julia Reda, une telle mobilisation n’avait rien de malsain :

« C’est fantastique de voir des gens s’engager pendant les négociations. La plupart du temps, l’opinion publique attend qu’un texte soit entré en vigueur pour s’en plaindre. Cette fois, les choses ont été différentes. D’autant que les eurodéputés ont l’obligation d’écouter leurs électeurs ! »

À partir du mois d’octobre, les « YouTubeurs » ont aussi été appelés par la plateforme de vidéos en ligne de Google à prendre position contre l’article 13. Et beaucoup ne s’en sont pas privés. En parallèle, les négociateurs du Conseil de l’UE et du Parlement européen se rencontrent, le temps de nombreuses réunions, tenues à huis clos, parfois à Bruxelles, parfois à Strasbourg. Fervente défenseure de la transparence, Julia Reda n’hésite d’ailleurs pas à rendre publics des documents de négociations supposés rester secrets.

Pour Julia Reda, le Parlement européen, c'en est fini : elle ne briguera pas un nouveau mandat. (Photo : EP)
Pour Julia Reda, le Parlement européen, c’en est terminé : elle ne briguera pas un nouveau mandat. (Photo EP / cc)

En février, l’accord dit « provisoire » entre les co-législateurs est enfin trouvé, après moult rebondissements. Pour Julia Reda, c’est le début de la désillusion. Elle n’aura pas réussi à barrer la route aux appétits des éditeurs. L’Allemande originaire de Bonn ne mâche pas ses mots :

« Cet accord est mauvais. Les éléments positifs dans ce texte sont trop rares… Les articles 11 et 13 sont franchement problématiques, bref, à mon sens, il faut rejeter cet accord. Je nous pensais vraiment capables, en tant qu’Européens, de négocier un meilleur texte. Je suis très déçue. »

Mardi 26 mars, 12h30, Strasbourg. Si la date est entourée en rouge dans l’agenda de Julia Reda, c’est aussi car au fond, elle le sait : cette bataille-là, maintenant, est derrière elle. Dans un message sur son blog, elle décrit comme la bataille va se dérouler mardi au Parlement, comme une sorte de pièce de théâtre déjà écrite… Mais l’Allemande n’a pas encore dit son dernier mot :

« Je ne veux pas me présenter aux élections européennes de mai. Mon but n’a jamais été de devenir politicienne professionnelle. Par contre, je vais maintenant me battre en Allemagne pour que cette directive soit mise en oeuvre de la « moins pire » manière possible. Une chose est sûre : je ne lâcherai rien. »

Manifestations mardi en soutien à la réforme du droit d’auteur européen à Strasbourg

Manifestations mardi en soutien à la réforme du droit d’auteur européen à Strasbourg

Mardi 26 mars, les eurodéputés doivent voter à Strasbourg la directive sur le droit d’auteur, après de très longues et âpres négociations. Dans la matinée, le mouvement « Europe for creators » organise un rassemblement devant le Parlement européen pour soutenir cette réforme controversée. Au cœur du débat : la responsabilité des plateformes web dans le respect des droits d’auteur.

Le mouvement « Europe for creators » se mobilise pour la réforme du droit d’auteur. Dans la matinée de ce mardi 26 mars, les soutiens de cette directive seront rassemblés devant le Parlement européen jusqu’au vote prévu pour 12h30. l’aboutissement d’une campagne débutée en 2013. Plusieurs acteurs de la création artistique seront présents, comme le Groupement Européen des Sociétés d’Auteurs et Compositeurs (GESAC) qui représente près d’un million d’auteurs et ayants droit dans de nombreux domaines culturels (musique, audio-visuel, arts graphiques, œuvres littéraires, etc.) et la Société des Auteurs Compositeurs et Éditeurs de Musique (SACEM) et d’autres organisations européennes…

Une dernière pression sur les élus

Dès 8h du matin, les membres de ces associations distribueront leurs éléments de langage aux eurodéputés à l’entrée du Parlement. De 10h à 13h, le GESAC organisera une fanfare et une prise de parole publique. À 11h30 est prévue l’arrivée d’une délégation d’artistes et responsables de la SACEM en provenance de Paris. Les organisations et sociétés seront accompagnés de créateurs et de start-ups engagés à leurs côtés.

L’objectif : mettre une dernière fois la pression sur les élus européens pour qu’ils adoptent cette réforme du droit d’auteur, qui responsabilise les plate-formes du numérique (Google et Facebook sont dans le viseur, notamment). Le mouvement a même créé un site internet dédié à l’article 13, afin de tenter d’informer les citoyens sur leur vision de l’Internet et du droit d’auteur…

#Yes2Copyright

Actuellement, les plateformes en ligne telles que YouTube, Vimeo, Soundcloud ou encore Dailymotion sont considérées comme des hébergeurs. Si un utilisateur met en ligne un contenu violant le respect du droits d’auteur, les plateformes n’en prennent pas la responsabilité. Elles n’ont pour seule obligation que de retirer le contenu incriminé suite à une détection par un processus automatique appelé « content id » ou un signalement manuel (procédure de notification et retrait).

Grâce à l’article 13 de la directive, YouTube et consorts seraient requalifiés en diffuseurs. Ces géants du streaming auraient donc de nouvelles responsabilités. Le texte européen oblige les plateformes à négocier des licences avec les ayant-droits. La diffusion de contenu soumis à droit d’auteur se ferait ainsi en échange d’une rémunération. Car c’est bien là l’objectif : les éditeurs et auteurs veulent une part du gâteau d’Internet.

La page de #SaveYourinternet présente uen sélection de vidéos informatives très largement en défaveur de l’article 13 (capture d’écran)

Youtube et l’Internet ouvert : farouchement contre

Youtube s’est farouchement prononcé contre cette directive. Avec la campagne #SaveYourInternet, la plate-forme a mobilisé de très nombreux youtubeurs afin d’engager leurs communautés contre la directive. Le géant du net a présenté le texte comme impliquant la fermeture de Youtube en Europe et a invoqué la liberté d’expression. Mais le mouvement 404 Creators not found, qui sera présent devant le Parlement demain matin, dénonce l’hypocrisie du site web, indiquant que « Youtube a supprimé 8,7 millions de vidéos entre septembre et décembre 2018 pour se conformer aux désidérata de ses annonceurs. »

Mais tout l’Internet militant, celui attaché à un Internet ouvert, décentralisé et libre, est également contre cette directive qu’ils accusent de préparer un Internet privatisé. Le parti Pirate et les Verts se sont mobilisés, en vain, contre cette directive (voir le portrait de Julia Reda, la pirate du Parlement).

Des centaines de créateurs ont prêté leur image au mouvement 404 creators not found (document remis par le mouvement)

Le mouvement diffuse sur les réseaux sociaux des portraits de créateurs de tous horizons, écrivains, compositeurs, cinéastes, plasticiens, dramaturges, producteurs, éditeurs et diffuseurs, journalistes, photographes. L’objectif est de montrer le visage des milliers de créateurs dont le travail est utilisé sur internent sans respecter le droit d’auteur. Dans un communiqué adressé aux députés européens, le mouvement dénonce la « cupidité » des « géants basés dans la Silicon Valley » et affirme que « la culture, rempart contre les nationalismes et les extrémismes, ne peut pas être prise en otage par des sociétés hégémoniques. »

Si la directive sur le droit d’auteur est adoptée mardi, les pays européens devront l’intégrer dans leurs législations et les plate-formes devront négocier avec les ayant-droits. Ses effets devraient se faire ressentir aux alentours de 2021.

Travail : l’Europe protège ou met-elle en concurrence ? On en parle mercredi

Travail : l’Europe protège ou met-elle en concurrence ? On en parle mercredi

L’Europe protège-t-elle les travailleurs ou les tire-elle vers le bas ? C’est en substance à cette vaste question qu’essayera de répondre, avec des arguments scientifiques, la nouvelle soirée de « l’Université en campagne contre les idées reçues », en partenariat avec Rue89 Strasbourg, mercredi 27 mars à Vendenheim.

L’Université de Strasbourg et Rue89 Strasbourg organisent une table-ronde « Europe : outil protecteur ou néolibéral ? » mercredi 27 mars à 18h à l’espace culturel de Vendenheim. Une rencontre sur le même thème, avec d’autres invités, s’était déroulée le mercredi 27 février à Bischwiller (à revoir ici). Ce soirées se déroulent dans le cadre d’un cycle sur les réalités de l’Europe, dans la perspective des élections européennes du mois de mai.

Venez poser vos questions ou confronter vos perceptions avec nos deux universitaires invités : Marine De Lassale, sociologue, professeure à l’Institut d’Etudes Politique de Strasbourg et directrice du laboratoire de recherche SAGE et Marco Rocca, juriste à l’Université de Strasbourg, chargé de recherche au CNRS depuis 2018, spécialiste de droit social de l’UE, notamment des travailleurs détachés.

Quelques exemples d’idées reçues qui seront évoquées mercredi :

« “L’euro a fait perdre du pouvoir d’achat“ ; “L’Europe est uniquement un projet pour les entreprises“ ; “Toutes les lois françaises sont en fait décidées à Bruxelles“ ; “Les travailleurs détachés prennent des emplois et tirent les salaires à la baisse“. »

Un exemple en vidéo ?

Voir l’émission sur Facebook

#droit social

Au conseil municipal, résister au changement climatique, adhérer au pass Culture

Au conseil municipal, résister au changement climatique, adhérer au pass Culture

À un an des élections municipales de 2020, le conseil municipal de ce lundi 25 mars sera celui des délibérations solennelles, concernant le changement climatique ou l’accueil des migrants. Plus concret, l’adhésion au pass Culture pose la question des politiques culturelles strasbourgeoises. À suivre en direct et avec nos commentaires à partir de 15h.

Après les manifestations de milliers de lycéens, puis de citoyens de toutes les générations les 15 et 16 mars, la question climatique sera dans l’hémicycle du conseil municipal du 25 mars. La Ville de Strasbourg renouvelle son engagement à la convention des maires pour le Climat et l’Énergie, comme en 2009 déjà.

Beaucoup de symboles

Ce texte signé par des maires de 53 pays est peu contraignant, mais vaut pour un engagement, réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre en 2030 (par rapport à 2010), en présentant un plan d’actions. Ce renouvellement sera l’occasion d’un débat plus général sur les manières concrètes d’adapter la ville, notamment pour résister aux étés plus chauds (voir notre article de septembre 2018), en se focalisant sur les marges de manœuvres d’une municipalité, et non de la métropole.

L’adjointe à la nature en ville, Christel Kohler (LREM), pointe plusieurs pistes :

« Nous pouvons diminuer l’éclairage public, être plus soucieux de nos achats, s’engager dans la rénovation thermique ou être exigeants sur l’isolation dans le neuf, avoir des objectifs d’arbres par quartiers, recréer des petits bois qui permettent de d’avoir des îlots de fraîcheur. Enfin, dans les écoles, nous pouvons avoir des jardins pédagogiques ou déminéraliser les cours d’écoles (à l’instar de Paris ndlr) voire les ouvrir le reste du temps sous forme de petits squares, notamment dans le centre ville où de tels espaces manquent. »

À ce stade, il ne s’agit que de propositions, mais les idées germent parfois dans l’hémicycle avant de devenir des actions réelles à l’avenir. L’opposition devrait se faire un plaisir de relever les différentes artificialisations d’espaces vides, voire naturels, ou de coupes d’arbres dans le cadre de projets en cours ou programmés, notamment immobiliers. Dans ce débat récurrent, la majorité répond que la « densification » est une manière de lutter contre l’étalement de la ville sur les champs et forêts des alentours.

Manifeste pour les migrants

Ce conseil à environ un an des élections de mars 2020 est celui des résolutions symboliques. Ce sera aussi le cas, avec l’adoption d’un « Manifeste pour l’accueil des migrants », sujet souvent débattu dans l’hémicycle, et de vive controverse avec les deux élus du Front national, devenu Rassemblement national. Le manifeste issu d’une mobilisation de plusieurs maires français à l’hiver 2017 pose plusieurs engagements généraux motivés par le principe de l’accueil « inconditionnel » dans un premier temps.

L’enjeu à Strasbourg est notamment la période d’instruction des demandeurs d’asile. En l’absence de solutions d’hébergement temporaire, plusieurs camps de sans-abris se sont formés avant d’être démantelés et l’espace public est parfois stérilisé pour les repousser ailleurs. En 2014, environ 1 800 demandeurs ont été enregistrés dans le Bas-Rhin (la majorité à Strasbourg), souvent venus des Balkans, contre 4 000 en 2018. Les taux d’acceptation des demandes restent similaires, de l’ordre de 20%.

Le maire Roland Ries (à droite) a-t-il assez engagé Strasbourg dans la lutte contre le réchauffement climatique ? (photo Pascal Bastien)
Le maire Roland Ries (à droite) a-t-il assez engagé Strasbourg dans la lutte contre le réchauffement climatique ? (photo Pascal Bastien)

La Culture, bonne à mettre en pass ?

Autre délibération qui devrait amener des échanges, l’adhésion des structures gérées directement par la Ville de Strasbourg (les Taps, Orchestre philharmonique, centre chorégraphique, etc.) au pass Culture. Le principe de ce nouvel outil initié par le gouvernement, est de confier 500 euros à chacun à l’âge de ses 18 ans, pour les dépenser dans des loisirs culturels (spectacles, livres, musique, jeux vidéo, etc.). Le dispositif est actuellement en test dans le Bas-Rhin (voir notre article). Ces structures strasbourgeoises proposeront donc des places sur le site et l’application qui compile toutes les offres, à consommer avec les crédits offert. Pour l’expérimentation du moins, le manque à gagner sur les entrées est entièrement compensé par le ministère de la Culture. Pour la suite, cela « devrait » être le cas pointe la délibération, plus prudente.

Comme il s’agit de la seule promesse concrète du candidat Macron dans le domaine culturel, le sujet et ses zones d’ombres à ce stade pourraient être débattues par les différents formations candidates à la succession de Roland Ries. La Culture est l’un des principaux budget de la Ville de Strasbourg. Il est donc important pour chaque candidat de se positionner.

Clash prévisible sur la mendicité ?

En fin de séance, l’une des trois interpellations de l’opposition devrait amener plus de remous que les autres. L’un des candidats à droite Jean-Philippe Vetter (LR) demande des « actions concrètes » contre la mendicité dite agressive. Interrogé par France Bleu et 20 Minutes, l’adjoint à la sécurité et aussi candidat Robert Herrmann (PS) a proposé un « arrêté anti-mendicité ». Mais ce dernier s’exprime peu en conseil municipal. La gauche s’y est toujours opposée à Strasbourg, jugeant une telle mesure inefficace et contraire à ses valeurs. Un nouveau potentiel sujet de fracture ?

#Pass culture

Agressions sexuelles et loi du silence au PCF

Agressions sexuelles et loi du silence au PCF

Plusieurs cas de violences sexuelles dénoncés au sein du PCF et du MJCF sont restés impunis. Strasbourg n’y a pas échappé. Une militante des MJCF dénonce les agissements d’un de ses camarades qui militait également au PCF, et des sanctions insuffisantes de la part du parti.

Dessin de Piet.

GCO : Des étudiants de l’INSA boycottent une conférence « obligatoire » de Vinci

GCO : Des étudiants de l’INSA boycottent une conférence « obligatoire » de Vinci

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À la galerie Aedaen, la résistance colorée des murs en béton avec Banlieue-Banlieue et Antoine Hoffmann

À la galerie Aedaen, la résistance colorée des murs en béton avec Banlieue-Banlieue et Antoine Hoffmann

Les « Estampes Numériques » du collectif d’artistes plasticiens Banlieue-Banlieue, pionnier de l’art urbain en France, et l’exposition « 23:58 » de l’artiste Antoine Hoffmann, transforment la galerie Aedaen en un mur d’expression libre jusqu’au 30 mars.

Comme si le geste artistique résonnait dans les crevasses de la cloison en ciment, les affiches de Banlieue-Banlieue et les œuvres d’Antoine Hoffmann jouent avec les caractéristiques de la galerie Aeden pour proposer un dialogue intergénérationnel.

Un cri provenant de la rue

Présentée à l’entrée, l’œuvre Sans Titre de Banlieue-Banlieue, une illustration à la teinte chaleureuse imprimée en grand format, invite d’emblée à l’examen en détail. Un tourbillon de couleurs, de l’ocre à l’azuré, se déchaîne pour dessiner, au centre de l’image, la silhouette d’un ange aux ailes diffuses. Les contours blancs d’une créature mi-homme mi-cheval toisent un petit homme rouge aux jambes jaunes. Au sein de ce vacarme de couleurs qui donne le vertige se détachent trois zones qui attirent le regards. Instinctivement, l’œil aperçoit une lumière blanche éblouissante qui surplombe les personnages et laisse apparaître les deux yeux sombres d’une vanité. Le regard continue sa route vers les extrémités basses de l’affiche, où se cachent des créatures surréalistes. Ces êtres étranges sont éclairés d’un côté, par une lumière noire – comme des ombres dans la nuit – et, de l’autre, par une lumière rouge laconique éblouissante.
Alain Campos, Antonio Gallego, et José Maria Gonzalez alias Banlieue-Banlieue (création à « trois têtes »), Sans Titre, 2017, tirage pigmentaire, 90 cm x 140 cm
Actif entre 1982 et 1989, Banlieue-Banlieue était un collectif composé d’une dizaine d’étudiants issus des Beaux-Arts de Versailles et des Arts Décoratifs de Paris. Cette nouvelle génération cherchait alors à rompre avec l’art conceptuel des années 1970, en s’ouvrant à des formes d’expression et de genres culturels marginalisées. Comme réponse à une justice sociale en crise, à l’installation d’un néolibéralisme naissant, ou encore à l’art élitiste des galeries et musées, le collectif Banlieue-Banlieue a œuvré lors de concerts, de manifestations ou de peintures-performances (comme sur la Grande Scène de la Fête de l’Humanité à Paris en 1989). Ces « peintres sauvages » ont fait le choix de s’exprimer en banlieue – à Aubervilliers ou La Courneuve – et de s’en inspirer. A l’instar du mouvement punk – extrêmement fédérateur dans les quartiers –, le collectif refusait l’ordre établi. Leurs actions engagées mêlaient ainsi poésie urbaine et attitudes décalées, dans l’idée d’un art gratuit pour tous. De manière plus artistique que revendicative, le collectif se mobilisait socialement sans pour autant être politisé.

Un seul tableau retravaillé

Le groupe s’est aujourd’hui reformé autour des artistes Alain Campos, Antonio Gallego et José Maria Gonzalez. Après avoir été créés en autonomie, leurs travaux respectifs – entre univers pictural, graphique et photographique – sont assemblés et retravaillés, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus qu’un seul tableau à l’effet multiplié. Les estampes pigmentaires qui en résultent restituent un grain lisse rendu possible par la performance des logiciels de conception graphique. Le velouté de l’impression adoucit l’extravagance des illustrations. Dans une autre œuvre également intitulée « Sans Titre », un crâne est crayonnée rapidement, entouré d’un liseré blanc qui le sépare du fond. Des têtes décomposées dont ne ressortent principalement que les yeux jaunes, une silhouette de femme miniature alanguie, des éclats de langues et de dents, des tentacules désagrégées… le tout baignant dans un fond couleur boue. Aux ailes acérées, cette fois, un ange noir surplombe ce mélange repoussant et domine l’image.
Alain Campos, Antonio Gallego, et José Maria Gonzalez alias Banlieue-Banlieue (création à « trois têtes »), Sans Titre, 2019, tirage pigmentaire, 50 cm x 75 cm
Ces représentations farfelues contrastent vivement avec les installations de l’artiste Antoine Hoffmann, qui apportent une touche d’actualité aux tableaux imprimés de Banlieue-Banlieue. À l’entrée de l’arrière-salle de la galerie Aedaen se tient un vestiaire composé de vêtements ultra-contemporains, Street Wear (2017), qui ferait pâlir les membres du gouvernement : des gilets jaunes tagués au nom des plus gros syndicats français. Plus loin, des sacs en plastique contiennent des milliers de bandes de papier, semblables à  celles que l’on retrouve dans les déchiqueteuses de bureaux pour assurer la confidentialité des documents. Mais point de secret ici puisque l’on distingue un morceau de feuille sur lequel est écrit le nom « Banksy ». Le livre Wall and Piece publié par cet artiste britannique internationalement reconnu a été broyé. Cette installation fait référence à l’action au cours de laquelle, lors d’une vente aux enchères tenue à Sotheby’s à Londres en octobre 2018, la célèbre œuvre Shredding the girl and balloon de Banksy s’est auto-détruite au moyen d’une déchiqueteuse intégrée dans son cadre. S’inspirant de cette démarche devenue virale qui eut un impact certain sur le marché de l’art – en faisant augmenter la valeur de l’œuvre, le prix d’acquisition de la pièce War and Spray d’Antoine Hoffmann est volontairement le même que celui attribué à l’oeuvre de Banksy : 1,185 millions d’euros.

Horloge apocalyptique…

Le titre de son exposition, « 23:58 »,  fait référence à l’horloge de la fin du monde, conceptualisée en 1947 par les directeurs du magazine Le Bulletin des Scientifiques de l’Atome, de l’Université de Chicago. La configuration de l’horloge dépend des tensions géopolitiques mondiales : lorsque les aiguilles pointent sur minuit, l’apocalypse s’annonce. L’horloge indique 23:58 depuis l’élection de Donald Trump à la présidence américaine. En interrogeant l’actualité en cours, Antoine Hoffmann propose une vision tout aussi engagée que celle adoptée par Banlieue-Banlieue dans les années 1980, avec une manière de faire bien différente cependant : au lieu d’amener l’art dans la ville, c’est la ville qu’il emmène dans l’art. Exposer sa démarche, qui questionne les modalités et processus de résistances sociétales, permet au public de prendre ses distances face à des évènements banalisés.
Vue de l’exposition « 23:58 » d’Antoine Hoffmann aka SekuOuane (Photo Yasmine Belhadi)

« Nous cherchons l’onirisme et non le concept, la poésie et non la raison »

Le collectif Banlieue-Banlieue n’a plus la volonté de s’engager d’une quelconque manière que ce soit. Les artistes laissent volontiers les « artivistes » comme Antoine Hoffmann s’en charger. Leurs idéaux de jeunesse sont délaissés au profit d’un art chimérique. Telles un point d’interrogation métaphysique, les affiches de Banlieue-Banlieue cherchent à jouer avec l’imagination plutôt qu’à  délivrer un message. Ces estampes, composées d’une multiplication d’images, incitent à voyager, à circuler d’un univers artistique à l’autre. De nombreuses références aux œuvres de l’histoire de l’art s’y entremêlent, qu’il s’agisse des vanités, du Styx – le fleuve des Enfers –, ou de la Joconde. Ce déplacement de figures successives laisse la place au vagabondage et à la subjectivité. Détournée de son contexte, chaque parcelle colorée est un fragment poétique.  Excursion dans le temps, excursion dans l’inconscient, les œuvres imprimées de Banlieue-Banlieue sont propices au voyage. On peut cependant regretter que le fluo qui colorait les fleurs des jardins publics s’est désormais déplacé dans des lieux uniformisés destinés à l’art. Le projet utopique et non moins sincère de Banlieue-Banlieue a été rattrapé par la nécessité d’une financiarisation de leurs travaux, trahissant leurs rêves de jeunesse, et sonnant le début de la fin d’un groupe révolté.
Vue de l’exposition « Estampes Numériques » d’Alain Campos, Antonio Gallego, et José Maria Gonzalez alias Banlieue-Banlieue (création à « trois têtes »), 2017/2019 (Photo Yasmine Belhadi)
Banlieue-Banlieue a imprégné l’histoire de l’art urbain des parfums d’aérosol et de rébellion. Les sprays de peintures se sont évaporés et ont laissé place au médium numérique, en se dégageant de tout lieu à caractère subversif. Mais l’outillage urbain employé à l’époque des grandes revendications sociales des années 1980 n’est cependant pas mort, il s’est réinventé. Le détournement des équipements et des modes d’action traditionnels font partie d’un nouveau genre de protestation : Antoine Hoffmann s’amuse à en décoder la gestualité et les images. Grâce à ces deux expositions, les parois de la galerie Aedaen font ainsi résonner les contestations en tant que réalité sociale, en déployant les genres possibles de la subversion citoyenne. Les expositions « Estampes Numériques » de Banlieue-Banlieue et « 23:58 » d’Antoine Hoffmann sont à découvrir jusqu’au 30 mars 2019 à la galerie Aedaen. Le Syndicat Potentiel présente des archives d’images, de documents et de vidéos d’époque du collectif Banlieue-Banlieue, du 14 mars au 7 avril 2019. Dans le cadre de ces deux expositions, Mathieu Tremblin et Antonio Gallego ont initié « Post-posters », une proposition coopérative autour de l’affichage public rassemblant des artistes du monde entier, jusqu’en mai 2019.
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