Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Au Parlement européen, il ne fait pas bon être un lanceur d’alerte

Au Parlement européen, il ne fait pas bon être un lanceur d’alerte

Le Parlement européen a bataillé dur pour obtenir une meilleure protection des lanceurs d’alerte sur le Vieux continent. Mais au sein même de l’institution, aucune protection spécifique n’est en place pour ceux qui dénonceraient d’éventuelles fraudes.

Le vote a été fixé à l’ordre du jour de justesse. Un peu plus et il aurait fallu le confier aux prochains eurodéputés du Parlement suivant. Alors dans l’hémicycle, beaucoup soupirent d’aise : sauf coup de théâtre majeur, la directive qui vise à mieux protéger les lanceurs d’alerte en Europe devrait être validée ce mardi 16 avril à Strasbourg, pendant la dernière séance plénière avant les élections européennes.

Ce nouveau texte est un véritable pas en avant pour le continent… mais il ne pourra pas être appliqué au sein même des institutions européennes qui l’ont négocié. Les fonctionnaires européens ont en effet un statut propre – moins protecteur que la directive – qui restera, pour l’heure, de mise. Ce texte leur impose de donner l’alerte s’ils sont témoins d’une irrégularité. Ce règlement, qui date de 2014, prévoit notamment des procédures spécifiques pour le signalement d’une « fraude », d’un acte de « corruption préjudiciable aux intérêts des Communautés » ou d’une « conduite en rapport avec l’exercice de ses fonctions pouvant constituer un grave manquement aux obligations des fonctionnaires des Communautés ».

Un réseau d’assistants fictifs…

Le Hongrois Balázs Molnár, qui a travaillé comme agent contractuel au Parlement européen entre 2011 et 2013, auprès du groupe des non-inscrits, est de ceux qui ont déjà « lancé l’alerte ». En effet, dès son arrivée dans l’institution, il a rapidement constaté que l’un des députés non-inscrits, Béla Kovács, qui a officié à Bruxelles et à Strasbourg durant deux mandats, jusqu’à l’été 2018, était coupable de fraude au budget de l’UE, en employant des assistants fictifs :

« Quand j’ai compris qu’il était à la tête de tout un réseau d’assistants fictifs, ça m’a rendu dingue. Je ne pouvais rester les bras croisés. Je n’ai donc pas hésité trop longtemps avant de prendre contact avec l’OLAF (l’office européen de lutte antifraude, qui enquête sur les abus au sein des institutions européennes, ndlr.). Car un pan essentiel de mon boulot, c’était de préparer les listes de votes pour les députés. C’est un document qui récapitule s’il faut voter pour ou contre tel texte, ou tel amendement. Les préparer prend énormément de temps. Normalement, il faut être une dizaine pour ça ! Moi, j’étais seul ou presque. Sur 10 personnes, sept n’étaient jamais à Bruxelles. Je me suis vite rendu compte que des gens employés comme assistants accrédités au Parlement vivaient en fait à Budapest… »

Balázs Molnár a témoigné auprès de l’OLAF en 2015. Il a commencé par envoyer une lettre décrivant précisément ses soupçons. Trois auditions avec des enquêteurs ont suivi. Béla Kovács est maintenant poursuivi en Hongrie.

Lanceur d'alerte
Balázs Molnár a témoigné auprès de l’Olaf, l’office antifraude de l’UE, en 2015. (Photo : DR)

Un ancien assistant parlementaire raconte aussi avoir « vu des trucs pas clairs » au sein de la délégation à laquelle appartenait son eurodéputé. Il a pu évoquer les irrégularités qu’il avait détectées (un mauvais usage des différentes enveloppes budgétaires à disposition des députés) directement avec son chef :

« J’ai eu de la chance parce que mon député m’a laissé libre d’agir. J’ai donc prendre les mesures nécessaires pour que la situation soit régularisée. Mais si je n’avais pas ouvert mon clapet, je me demande combien de temps ce petit manège aurait encore duré… »

« Pour dénoncer, contactez votre supérieur… »

Au sein de cette grande maison qu’est le Parlement européen, ce sont des règles internes qui datent de décembre 2015 qui viennent mettre en oeuvre le règlement de 2014. Celles-ci disposent notamment que :

« Un lanceur d’alerte peut, sur demande, obtenir de l’aide et des conseils confidentiels pour dénoncer des fraudes sérieuses. Ce conseil et cette assistance sont données par le supérieur du lanceur d’alerte et/ou par le membre du bureau du Secrétariat général responsable des relations avec l’OLAF. »

Viriginie Rozière au parlement européen
Pour l’eurodéputée Virginie Rozière, voir les lanceurs d’alerte du privé en Europe mieux protégés que ceux au sein des institutions européennes est « un comble ». (Photo : EP)

La députée européenne Virginie Rozière, élue dans le Sud-ouest, a été la rapporteuse (comprendre : la négociatrice en chef) au Parlement européen, de la directive sur la protection des lanceurs d’alerte à l’échelle européenne. Elle l’admet :

« Les règles internes concernant les lanceurs d’alerte au sein du Parlement européen sont moins protectrices que celles pour lesquelles les eurodéputés se sont battus à l’échelle de l’Europe ! Ce serait un comble que les salariés du privé ou que les fonctionnaires nationaux soit mieux protégés que les fonctionnaires européens. Il faut revoir le statut de ces derniers au plus vite. »

Pour comprendre les raisons de ce décalage, il faut revenir à la genèse de la directive. À l’heure actuelle, les lanceurs d’alerte, ces hommes et ces femmes – à l’image d’Inès Frachon dans le scandale du Mediator, de Denis Robert dans l’affaire Clearstream ou d’Antoine Deltour, à l’origine des LuxLeaks – qui osent dénoncer des méfaits de tous types dont ils sont témoins dans le cadre professionnel, ne jouissent d’un statut de protection spécifique que dans une dizaine d’Etats membres.

Dès 2016, le Parlement a donc réclamé qu’ils soient mieux protégés, partout en Europe. La Commission européenne a entendu cet appel, mettant sur la table une proposition de directive en avril 2018, pour qu’une protection puisse être assurée à l’échelle européenne pour ceux qui dénoncent des infractions à la législation de l’UE.

Des règles « complètement connes »

Tout au long des pourparlers, les conditions d’octroi de cette protection (afin de garantir la sécurité et la confidentialité des lanceurs d’alerte) ont largement fait débat. Au centre des disputes, cette question : vers qui les lanceurs d’alerte doivent-ils s’adresser en premier lieu ? Le Conseil de l’UE maintenait qu’ils devaient d’abord effectuer un « signalement interne », au sein de leur entreprise. Le Parlement, lui, voulait qu’ils puissent choisir entre le canal interne et le canal externe (soit une autorité nationale compétente, comme le Défenseur des droits en France), avant de se tourner vers la presse. Les eurodéputés ont fini par avoir le dernier mot : il n’y aura pas d’obligation pour un lanceur d’alerte de tirer la sonnette d’alarme en premier lieu au sein de l’entreprise ou de l’organisme où il travaille.

Parlement européen Strasbourg agora
Les règles du Parlement européen imposent qu’un lanceur d’alerte au sein de l’institution aille voir directement son supérieur. (Photo : EP)

En imposant au « staff » du Parlement européen (un terme qui, théoriquement, couvre aussi bien les employés de l’administration que les assistants des eurodéputés) d’effectuer un signalement au sein même de l’institution (à leur supérieur ou au coordinateur entre le Parlement et l’OLAF), les règles internes au Parlement sont donc beaucoup moins accommodantes que la nouvelle directive. Et moins protectrices, aussi. Un assistant parlementaire dénonce des « règles internes, elles sont complètement connes » :

« Si on voit quelque chose qui ne tourne pas rond, il y a des chances que cela concerne directement le député pour lequel on travaille. Or selon les règles, c’est lui qu’il faudrait qu’on aille voir ! Cela ne fait aucun sens. Et aller se confier au Secrétariat général, ce n’est pas mieux : c’est beaucoup trop « top-niveau » pour qu’on puisse un seul instant se sentir en confiance. »

En clair, les eurodéputés se sont donc battus pour que les lanceurs d’alerte en Europe puissent « sauter » l’étape du signalement interne, mais au sein même du Parlement, c’est toujours cet échelon-là qui prime. Au sein du Secrétariat général, Piotr Bartoszewicz-Malicki joue le rôle de trait d’union avec l’OLAF. Contacté, il n’a pas souhaité répondre à nos questions, prétextant « ne pas être entraîné pour parler aux journalistes ».

Une situation impossible pour les assistants

Les règles internes du Parlement européen prévoient également qu’un lanceur d’alerte puisse être « transféré à un autre poste, s’il le souhaite ». Dans les services administratifs du Parlement, cette disposition peut être appliquée sans trop de difficultés. Mais dans le cas des assistants parlementaires, c’est impossible, comme le souligne Alejandro Cercas Fernandez, l’un des représentants des quelque 2000 « APAs » du Parlement (assistants parlementaires accrédités) :

« Les assistants sont dans une position difficile. Leurs contrats émanent du Parlement européen, mais c’est le député qui décide des embauches. C’est une relation de confiance qui se noue entre un APA et un député : les APAs ne sont donc pas interchangeables ! »

Parlement Strasbourg
Ce n’est qu’en 2018 que, sous la pression du Parlement européen, la Commission européenne a mis sur la table une proposition de directive pour mieux protéger les lanceurs d’alerte en Europe. (Photo : EP)

À Bruxelles, Nick Aiossa est l’un des meilleurs spécialistes des lanceurs d’alerte, à l’intérieur comme à l’extérieur du Parlement. Lui-même a travaillé plusieurs années en tant qu’assistant parlementaire. Il connaît tous les rouages de cette grande machine nommée « Parlement européen ». Aujourd’hui, il est chercheur chez Transparency International. Le sort des lanceurs d’alerte au Parlement le préoccupe tout particulièrement :

« La situation pour les assistants est dramatique : s’ils décident effectivement de devenir des lanceurs d’alerte et de dénoncer un méfait commis par leur député, le risque qu’ils perdent leur job est extrêmement élevé car le député en question peut être renvoyé à la suite de l’alerte. En résumé : dans le cas où un lanceur d’alerte dénonce le député pour lequel il travaille, la case chômage est quasi-inévitable. »

Lancer l’alerte ou payer les factures

Et Alejandro Cercas Fernandez de confirmer :

« Face à une fraude, l’assistant est confronté à un dilemme cornélien : obéir à sa conscience et dénoncer l’abus, ou ne rien dire et pouvoir continuer à payer ses factures… Si l’assistant a une famille à nourrir, il y a de fortes chances qu’il opte pour la deuxième option. Certains personnes n’hésiteront pas à dénoncer un député, même si cela leur coûte leur poste. Mais ces assistants-là sont des personnes extraordinaires. »

D’autant que se taire peut aussi avoir des conséquences, puisque le règlement de 2014 sur le statut des fonctionnaires européens impose à ces derniers de dénoncer toute irrégularité dont ils pourraient être témoins.

Parlement Strasbourg
Au Parlement européen, certains assistants parlementaires préfèrent rester dans l’ombre que de lancer l’alerte, car ils risquent trop gros. (Photo : EP)

En 2017, trois assistants parlementaires se sont tournés vers l’OLAF. Les trois ont perdu leur emploi. Seul l’un d’entre eux a été embauché par un autre député et travaille toujours en tant qu’assistant parlementaire. Mais la plupart de ceux qui ont endossé le dur rôle de lanceur d’alerte au Parlement européen ne veulent pas en parler, peu enthousiastes à l’idée de revenir sur cette période extrêmement compliquée de leur vie.

Une solution pour mieux protéger les assistants parlementaires serait de rouvrir le texte qui fait état de leur « statut ». Le puissant « Bureau » du Parlement européen, composé du président de l’institution ainsi que de 14 vice-présidents et des cinq questeurs et qui se veut être l’organe de direction, pourrait se saisir de cette mission, pour faire en sorte d’y ajouter des dispositions plus protectrices, notamment pour les lanceurs d’alerte. Mais la volonté politique d’ouvrir cette « boîte de Pandore » fait défaut. La problématique sera donc confiée au prochain Parlement européen, qui sera élu fin mai. Reste à voir s’il saura et osera s’en saisir.

La cathédrale Notre-Dame de Paris en partie détruite par un incendie

La cathédrale Notre-Dame de Paris en partie détruite par un incendie

La cathédrale Notre-Dame de Paris a été en partie détruite par un incendie dans la soirée du lundi 15 avril. Le feu s’est propagé peu avant 19 heures dans les combles du monument historique le plus visité d’Europe. Plus des deux-tiers de la toiture ont été consumés. Les pompiers ont mis plus de quatre heures de lutte pour venir à bout des flammes, malgré d’importants moyens y compris aériens. Les deux tours de la cathédrale ont pu être sauvées ainsi que la structure.

Étudiants étrangers : un conseil d’administration extraordinaire convoqué

Étudiants étrangers : un conseil d’administration extraordinaire convoqué

La parution des décrets concernant la multiplication par 16 des droits de scolarité universitaires pour les non-européens est imminente. Opposée par la voix de son président, l’Université de Strasbourg s’apprête à en accepter le principe, tout en annulant son impact pour les nouveaux venus en 2019/2020.

L’Université de Strasbourg (Unistra) opposée par la voix de son président Michel Deneken à la hausse des droits d’inscription des non-européens ? L . . .

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Sciences Po Strasbourg au cœur d’une polémique de chants racistes, sexistes et négationnistes

Sciences Po Strasbourg au cœur d’une polémique de chants racistes, sexistes et négationnistes

Des élèves strasbourgeois ont tenu des propos racistes, sexistes et négationnistes lors d’un tournoi sportif opposant les Instituts d’Études Politiques (IEP) français. Dans une lettre adressée aux étudiants, la direction affirme son intention de sanctionner les coupables. Par la voix de sa présidente, le collectif Copines dénonce un problème de longue date, ignoré par l’administration.

« Et 1, et 2, et IIIe Reich ! Et 4, et 5 et 6 millions ! Et 7 et 8 et prouvez-le ! » Le week-end du 30 mars, lors d’un tournoi sportif, des élèves de Sciences Po Strasbourg ont proféré des chants négationnistes, mais aussi sexistes ou racistes. La page Facebook « Paye ton IEP » a d’abord dénoncé ces propos. Puis le directeur de l’Institut d’Etudes Politiques (IEP) strasbourgeois en a été « officiellement » averti. Gabriel Eckert a envoyé une lettre à ses étudiants dans la soirée du 11 avril, dans laquelle il condamne des « comportements (…) profondément inadmissibles » tenus lors du Critérium inter-IEP ou « Crit », et s’engage à identifier et à punir les responsables « par la saisine du Conseil de discipline de l’Université, voire des juridictions pénales compétentes. »

« Folklore » et « microcosme »

Maxime (le prénom a été modifié) a participé à ce tournoi annuel opposant les différents IEP de France. Le sportif condamne ces chants tout en dénonçant une réaction « excessive » du côté de l’administration. Pour cet étudiant en première année, il est important de situer ces propos dans leur contexte :
« Comme l’IEP de Strasbourg est associé à l’Allemagne, il y a une espèce de tradition. Ce genre de chants je ne les ai pas entendus ailleurs. Moi non plus je vois pas trop à quoi ça sert. C’est compliqué à expliquer, comme toute forme de folklore. Il y a un peu cette idée de “Vous pensez qu’on est allemand, ben on s’en fout ça nous fait même rire.” Et puis il y a un effet de groupe. Le Crit c’est quelque chose de festif, tout ce qui se passe au Crit, c’est un espèce de microcosme. »

« Un problème à Sciences Po »

« La honte ». Voilà ce que Maureen Morlet a ressenti en entendant une trentaine de ses camarades chanter dans la matinée du dimanche 31 mars. Seule face à un groupe principalement masculin, la présidente du collectif féministe Copines n’a pas osé exprimer sa désapprobation. Au cours du même week-end, elle est aussi témoin de chants sexistes (« Et les poms poms c’est des salopes ! ») ou racistes : (« Moi j’aime le Rwanda car il y a des enfants soldats et que les enfants soldats c’est bon surtout quand c’est les Noirs qui le font ! ») Pour l’étudiante, la direction a réagi trop tard :
« Ici, certains étudiants pensent qu’ils ont le droit de tout dire parce qu’on est à Sciences Po. Ça touche toutes les discriminations. Ils ne comprennent pas que les blagues racistes et sexistes peuvent blesser. Ce n’est pas seulement le problème du Crit. C’est un problème qu’on veut régler à Sciences Po. »

Des propos sexistes…. et banals

Plusieurs sources évoquent un conflit permanent entre le collectif Copines et des étudiants dénonçant une « censure permanente ». Un élève strasbourgeois prend pour exemple un autre chant controversé : la danse du Limousin. Pendant des soirées étudiantes, un groupe pousse une chansonnette incitant une personne à se déshabiller. Si elle ne va pas jusqu’au bout, les étudiants entonnent : « Cet homme est une femme, il n’a pas d’organe. » Il y a celles et ceux qui y voient des propos sexistes, à bannir et ceux qui n’y voient une tradition festive, innocente. Cette tension existe depuis plusieurs années au sein de l’IEP de Strasbourg. Perrine peut en témoigner. L’étudiante a organisé le tournoi inter-IEP à Strasbourg l’année dernière. Elle raconte les craintes liées à un événement souvent émaillé de dérives :
« On savait qu’il y aurait des dérapages. On a essayé de les prévenir au mieux. Le brief qu’on a fait à la sécurité, je m’en rappelle, on leur a dit : “Vous allez croiser des gens, non seulement ce sont des gens de Sciences Po, ils vont péter plus haut que leur cul, non seulement ils seront alcoolisés mais en plus dans chaque IEP, il y a quelques élèves qui chantent des trucs racistes ou nazis. Donc ne surréagissez pas.” C’est triste mais la sécu devait être consciente de ces dérives. »

Les « ultras » : une minorité

L’étudiante en master reste optimiste. En cinq années d’études à Strasbourg, elle a vu la position des associations évoluer au sujet des propos discriminatoires :
« Au début, les associations comme celle du Bureau de Sport disait au collectif Copines “Arrêtez, ça a toujours été comme ça.” Maintenant, le collectif Copines fait partie intégrante du paysage associatif et travaille avec les autres associations, qui veulent être irréprochables. Je pense qu’il y aura toujours des gens pour dire “ça fait chier”, notamment les plus ultras des hooligans de l’IEP mais c’est une minorité. »
Pour mettre fin à ces comportements excluants, la direction de l’IEP a pris des mesures au cours des dernières années. L’établissement a mis en place une charte anti-discrimination, rédigée en écriture inclusive. Depuis 2017, une déléguée à la lutte contre les discriminations est disponible pour les étudiants. Elle peut mener des enquêtes approfondies et demander des comptes à la direction. Des mesures insuffisantes selon le collectif Copines. Ses membres ont ainsi coorganisé une zone d’écoute et de calme pour les victimes d’agression en marge du Crit à Strasbourg, l’année dernière.

Une circulaire contre les chants discriminatoires

Contactés, les organisateurs du tournoi rappellent leur engagement contre les propos haineux et affichent leur fermeté :
« Les responsables (…) seront exclus à vie de notre événement. Le travail engagé depuis plusieurs années par la Fédécrit a permis une véritable évolution des comportements. Cette année nous avions par exemple mis en place une circulaire spécifique contre les chants discriminatoires. (…) Le comportement d’un petit nombre d’individus vient ternir l’image de notre événement auquel 2500 étudiants ont pris part. Nous le regrettons profondément. »

Des armes françaises employées au Yémen, contre des civils

Des armes françaises employées au Yémen, contre des civils

Une note de la Direction du renseignement militaire (DRM) confirme que l’Arabie saoudite emploie des armes produites en France dans son soutien au camp loyaliste au Yémen. Cette note a été transmise à la présidence de la République et à la ministre de la Défense, qui ont pourtant affirmé le contraire en public. Cette enquête est produite par Disclose, le média d’enquête à but non-lucratif dont Rue89 Strasbourg est partenaire.

Disclose a été destinataire d’une fuite inédite de documents portant la classification « Confidentiel Défense » – le premier niveau du « secret défense ». Un rapport de 15 pages que des officiers de la Direction du renseignement militaire, la DRM, ont rédigé le 25 septembre 2018. Intitulés « Yémen – situation sécuritaire », ces documents confidentiels ont été transmis au président de la République Emmanuel Macron et à la ministre de la Défense Florence Parly. Mais aussi à Matignon et au ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, à l’occasion du conseil de défense restreint consacré à la guerre au Yémen qui s’est tenu le 3 octobre 2018, à l’Elysée.

Tableaux et cartes de la région à l’appui, la note de la DRM révèle pour la première fois ce que le gouvernement français s’efforce de dissimuler : la liste détaillée des armes françaises impliquées dans la guerre au Yémen.

Chars Leclerc, obus flèche, Mirage 2000-9, radar Cobra, blindés Aravis, hélicoptères Cougar et Dauphin, canons Caesar… Les auteurs du rapport ont scrupuleusement noté chaque modèle, spécifiant s’il s’agit de matériel vendu à l’armée saoudienne ou à son puissant voisin émirati. Mais surtout, ils dévoilent que plusieurs armements « made in France » font feu sur le Yémen, y compris sur des zones civiles.

L’itinéraire secret des canons César

Plus de 400 000 civils sous la menace des armes françaises

Depuis quatre ans, différentes ONG humanitaires surveillent de près le déroulé de la guerre, et en particulier ses retombées sur les civils. Les chercheurs de l’organisation d’analyse des conflits basée aux États-Unis Acled épluchent et recoupent les informations de la presse yéménite et les sites web qui rapportent des bombardements.

La principale agence de presse yéménite Yemen News Agency rapporte que le 14 juin 2018 un tir d’artillerie saoudien a tué deux enfants et blessé plusieurs adultes dans le nord du Yémen. Une information recoupée pour les analystes de l’ACLED. Le village bombardé, Bani Faid, situé dans le district de Midi, est dans la zone de tir des canons français Caesar. Des canons de fabrication américaine, britannique ou chinoise tirent eux aussi sur le nord du Yémen, mais d’après la carte de la DRM, leur portée n’atteint pas le village en question.

La carte de la DRM qui indique que des populations sont concernées par les tirs des armes françaises (document Disclose)
La carte de la DRM qui indique que des populations sont concernées par les tirs des armes françaises (document Disclose)

Le 25 août 2018, un autre tir d’artillerie de la coalition vise une localité voisine de la ville de Harad (22 000 habitants). Une maison s’écroule. Les habitants ramassent un mort et trois blessés. Positionnons ce bombardement sur la carte dessinée par la DRM. Le voilà pile dans la zone de tir des canons Caesar postés de l’autre côté de la frontière.

Civils blessés, encore, et bâtiments endommagés le 28 avril 2018 quand des obus pilonnent la localité d’Al Mazraq et le village d’Al Atn, près de la frontière saoudienne. Et toujours dans cette zone du nord du Yémen où seuls des canons Caesar, selon le dessin de la DRM, tiennent les populations sous la menace des tirs.

Train, vélo, trottinette, ils font sans voiture (ou presque) par choix

Train, vélo, trottinette, ils font sans voiture (ou presque) par choix

Ils sont strasbourgeois, travailleurs pendulaires, et se débrouillent sans voiture pour leurs trajets quotidiens. Même si une fois sorti de l’Eurométropole, il est rare de s’en séparer complètement.

Joao et Cindy : Une voiture familiale en 20 ans… Et plus rien

Joao, Louis, Cindy et Benjamin.

Un samedi matin au jardin partagé de la Petite France, Joao s’étire entre deux aller-retours avec l’arrosoir, tout content de lui :

« Ça fait deux mois que j’ai plus de voiture, et franchement ça me manque pas plus que ça. »

Il en parle comme s’il avait arrêté la cigarette. Pourtant sa Mégane coupé, c’était un peu comme un animal domestique qui a eu une vie exceptionnellement longue. Elle a vu naître et grandir ses deux enfants. Elle a transporté des tonnes de courses depuis Kehl, emmené la famille en vacances, transporté Joao et ses collègues au travail… Joao en était l’unique conducteur. Et puis un jour enneigé de février, presque 20 ans après l’avoir achetée, Joao a emmené sa voiture au garage et est revenu sans. « Mais il est rentré avec deux sacs remplis à ras bord » s’amuse son épouse Cindy. Cette voiture, c’était un peu une extension de l’appartement. Un cagibi où étaient entreposées les affaires de sport, les ballons des garçons, et mille autres petites choses. Depuis, les affaires sont entreposées à la cave.

« Ça a quand même été assez marquant, cet abandon de la voiture. Le soir, on a ouvert une bouteille pour marquer le coup. On s’est regardé et on s’est dit : ça, c’est fait. »

Joao et Cindy ne sont pas les seuls citadins à avoir fait ce choix. Strasbourg fait partie des rares zones du Bas-Rhin où les ménages délaissent peu à peu le véhicule individuel. Entre 1990 et 2012, leur équipement en voiture a diminué de 4 % dans la capitale alsacienne, selon l’Adeus. Conséquence directe de la politique de durcissement des règles de circulation et de stationnement, couplée à un réseau de transports en commun dense.

De 200 à 30 euros de frais par mois

Le couple avait préparé le terrain depuis un moment. L’idée avait germé petit à petit dans cette famille écolo qui achète en vrac, local, et qui fait ses produits d’hygiène elle-même. Mais les motivations sont aussi d’ordre financier. La voiture avait coûté presque 5000 euros de réparation lors des deux dernières années. Le prix d’une citadine d’occasion. La dernière tuile annoncée à 800 euros par le garagiste aura été celle de trop. Pour Joao, ce sera le bus et le tramway pour se rendre au travail à Pfulgriesheim. Avant d’abandonner son destrier, Joao a eu un dernier geste d’affection pour sa voiture… Qui lui a aussi fait comprendre qu’il était temps.

« Avant de la lâcher, j’ai voulu mettre le moteur en marche une dernière fois. Le type qui était dehors m’a arrêté tout de suite. Il y avait de l’huile qui fuitait dans la neige ! »

Le pas a été plus simple à franchir pour son épouse, qui se dit « libérée d’un poids ». Elle travaille dans le centre de Strasbourg, et confie ne pas utiliser les transports très souvent. La marche fait très bien l’affaire, qu’importe la météo. Et surtout, elle ne l’a jamais conduite : elle avait commencé le permis, sans aller au bout.

« Ça m’a toujours effrayé de prendre le volant. On a eu un gros accident quand j’étais petite. On s’en est sortis indemnes, mais c’était assez spectaculaire. »

Quand le couple habitait à l’extérieur de Strasbourg, Cindy venait en train. Quitte à marcher une petite demi-heure jusqu’à la gare ou à prendre le vélo.

À peu près sevré, Joao voit déjà les premiers avantages. De 200 euros de frais de déplacement par mois, en incluant l’essence et l’assurance, il est passé à 30 euros. Son seul regret : ne pas pouvoir aller jusqu’à Pfulgriesheim avec le Pass’mobilité, car les derniers kilomètres ne font pas partie de l’Eurométropole. Ils relèvent donc de la CTBR (Compagnie de Transport du Bas-Rhin), désormais gérée par la Région Grand Est. Il envisage quand même de prendre un abonnement d’autopartage à Citiz pour les rares fois où la voiture est indispensable.

Parmi les rares questions en suspens, reste celle des vacances. Les virées à l’autre bout de la France ou en Allemagne risquent d’être plus compliquées.

« Peut-être qu’on se limitera à des destinations bien desservies. Ou bien on partira moins loin, mais pour faire des choses qu’on ne fait pas habituellement. »

Charles, Léa : la débrouille sans permis

Charles n’aime pas deux choses : les voleurs de vélo, et les piétons sur la piste cyclable. (photo Pierre Pauma)

Charles est venu à notre rendez-vous à vélo, depuis Ostwald. Comme de plus en plus de jeunes citadins, il ne voit pas l’intérêt de passer le permis. Du moins, pas à court terme. Encore une fois, il n’est pas le seul. Selon une étude d’Opinion Way en 2017, seuls 39 % des 18-20 ans possédaient le permis de conduire, contre près de 75% en 2013.

À Strasbourg, Charles fait presque tout à vélo. Quand il travaillait au technicentre de Bischheim, il faisait ses 40 minutes de trajet par tous les temps. Il possède une carte Badgéo avec des billets à l’unité, mais s’en sert très peu. Le tram c’est sympa quand on est chargé, mais pas forcément plus rapide.

« Je suis parti d’Ostwald à vélo à 13h38, et je suis arrivé à 13h55. Je te laisse faire le calcul. »

Actuellement en recherche d’emploi, il ne se fait pas trop de souci pour trouver un poste qu’il pourra rallier avec son VTT.

« En général, les offres d’emploi précisent si le permis est indispensable ou non. S’il l’est, tant pis. Je passe mon chemin. »

Schiltigheim-Strasbourg avec… un diable

A défaut de permis, Léa a un diable de compet’. (Photo Pierre Pauma).

Léa elle, vit depuis 6 ans avec son conjoint à Schiltigheim. Elle s’est installée avec lui en faisant un emménagement « sac à dos », avec un seul bagage apporté en train. Pas question pour elle de passer le permis. Son compagnon pourrait peut-être franchir le pas un jour, si jamais elle venait à attendre un heureux événement. Mais la voiture, très peu pour elle.

« J’ai peur de prendre le volant, je n’arrive pas à faire confiance aux autres conducteurs. J’ai grandi entre la Creuse et la Bretagne, je n’aurais peut-être pas eu le choix si j’étais resté dans ces coins-là. Mais à Strasbourg je m’en passe très bien. »

Employée dans l’Éducation nationale, elle jongle entre les deux lycées où elle est affectée entre le tramway et le bus. Vivre sans permis, c’est parfois vivre une sorte de déménagement permanent. Pour ses emplettes un peu lourdes, Léa et son copain ont un diable. Et elle peut l’utiliser sur des distances surprenantes.

« Bon c’est un diable de compétition hein, on a bien mis 80 euros dedans. C’est pas le petit truc d’IKEA qui plie en deux secondes… Quand on a déménagé avec mon copain, on a pris un appart qui était à 500 mètres de l’ancien. On a déménagé les ¾ des affaires avec le diable. Je m’en sers aussi parfois pour porter les sacs de terreau pour le jardinage. Je fais aussi partie d’un groupe de dons et d’échanges d’objets sur Strasbourg, il m’arrive de faire l’aller-retour avec le diable jusqu’à Strasbourg pour récupérer des trucs… Parce que dans le bus, 9 fois sur 10 on me le refuse. »

Quand il doit déplacer des encombrants, Charles sait qu’il peut utiliser son joker « appel à un ami ». Ou plutôt à son parrain, heureux propriétaire d’une camionnette.

« Un jour, j’ai eu l’occasion de récupérer un piano gratuitement à condition de venir le récupérer. On est allés le chercher ensemble avec la camionnette. Ça m’est arrivé aussi de me faire conduire en soirée par un ami. Mais en général on préfère sortir en ville pour que tout le monde puisse boire. »

Pour les trajets longue distance, tous deux s’en remettent au train, à l’autocar, au covoiturage ou à l’avion. À 60 euros l’aller-retour pour Rennes, Léa ne se prive pas. Pour les vacances, ça peut-être un peu plus compliqué :

« Là par exemple on se planifie des vacances au Canada. On va devoir se limiter aux grandes villes et aux excursions organisées. Tant pis, on s’adapte. »

Contre les vélos fauchés, des écrous goudronnés

Comme de nombreux cyclistes, Charles ne craint que deux choses : les vols et les autres usagers de la route. Pour le premier problème, il a sorti l’artillerie lourde : Exit les clips, les vis papillons et tout autre dispositif facilement démontable. Sur son vélo, c’est écrous doubles avec supplément goudron. De quoi dégoutter les voleurs les plus avisés.

Écrou goudronné = sécurité (Photo Pierre Pauma).

Comme beaucoup de cyclistes, il est assez sévère avec les piétons qui marchent sur sa piste cyclable… Mais il roule de temps en temps sur les trottoirs pour ne pas avoir à circuler avec les voitures. Comme dans la rue de Molsheim aux abords du musée d’art moderne. Un jour, il a voulu éviter une cycliste qui arrivait en face sur l’étroit trottoir… Et a fini sa course dans un réverbère. Une roue avant voilée, mais plus de peur que de mal. Plus récemment en revanche, il s’est fait renverser par une voiture. Il porte encore la cicatrice sur la tempe gauche.

Malgré les multiples accidents, il se passe de casque.

« Maintenant je fais hyper gaffe quand je roule… Même quand j’ai mes écouteurs. »

Julien et Loïc : pendulaires sportifs, ils laissent la voiture au garage

Fatigué des embouteillages, Julien est passé au vélo. (Photo Pierre Pauma)

Travailleur pendulaire et cycliste depuis plus de 10 ans, Julien compte lui aussi quelques accidents à son actif. Dont un passage sur le capot d’une voiture qui l’a marqué. Pour lui, les comportements exemplaires et les incivilités sont à mettre sur le compte de tous les modes de transports. Mais sur sa selle, il se sait particulièrement vulnérable.

« Je fais partie du Comité d’Hygiène et de Sécurité au Travail de ma boîte [disparu depuis 2018 au profit du CSE ndlr]. On a les statistiques, et je sais que le vélo et le mode de transport le plus accidentogène. Ça incite à être prudent. »

Cet informaticien s’est converti au vélo, lassé de ses 45 minutes de trajet. Un temps un peu long pour parcourir les 20 kilomètres qui séparent Nordhouse du quartier Wacken où il travaille. Il s’est laissé séduire par la possibilité de faire un peu de sport et de lire dans le train. Six ans après son arrivée dans la région, il a opté pour l’abonnement TER et la bicyclette. Désormais, sa voiture dort au garage presque tous les jours de la semaine.

« On garde quand même deux voitures avec ma femme et ma petite fille, c’est une sécurité. Ça évite qu’il y en ait un qui se retrouve bloqué à la maison pour une raison ou une autre. »

Julien n’est pas vraiment une exception. Une fois sorti de Strasbourg, difficile de renoncer complètement à la voiture est moins évident. D’après l’Adeus, plus de 40 % des ménages conservent au moins deux voitures dans les communes de moins de 10 000 habitants de la région Grand Est. Un proportion trois fois plus forte que dans les villes de plus de 100 000 habitants, telles Strasbourg.

Trottinette ou vélo ?

Même combat pour Loïc, qui a lui aussi deux voitures dans son garage, à Limersheim. Comme Julien, Il utilise la ligne de TER Selestat-Erstein-Strasbourg pour se rendre à son travail. Puis il  termine son trajet en trottinette. Un mode de transport dont il a pu constater le développement :

« Il y a 7 ans j’étais quasiment le seul à me balader avec ma trottinette dans le train, j’avais un peu l’impression d’être un extraterrestre. Et puis ça s’est banalisé. Pour la SNCF, c’est un bagage à main. Et du point de vue du code de la route, je suis un piéton vu que ce n’est pas un modèle électrique. Autrement dit je peux circuler sur les trottoirs, ce qui est assez sécurisant. »

En cas de train surchargé, la SNCF peut se réserver le droit de refuser les passagers avec des vélos. Plutôt rare sur sa ligne, concède Julien. En revanche, le problème est un peu plus fréquent pour ses collègues qui empruntent la ligne TER de Molsheim.

« Lors d’un petit déjeuner de rencontre avec les usagers, un employé de La SNCF m’avait expliqué qu’ils voulaient à terme inciter les cyclistes à monter à bord sans vélo, pour limiter l’encombrement des voitures. L’idée ça serait de laisser un premier vélo à sa gare de départ, et d’en prendre un deuxième à la gare d’arrivée pour finir le trajet. Mais d’une, ça expose davantage les cyclistes au vol en gare, et de deux ça a quand même un certain coût. Entre les deux cadenas en U et les changements d’écrous, il faut compter minimum 100 euros pour sécuriser un vélo à fond. »

Pour le moment, Julien parvient à garder le même vélo pour tout le trajet. Il n’a jamais été débarqué d’un TER à cause de sa bécane. Si les contrôles venaient à s’intensifier, peut-être qu’il investirait dans un vélo pliable, qui est considéré comme un bagage à main.

Des investissements très vite amortis

Toujours est-il que l’affaire est rentable. Pour Loïc, le calcul est vite fait. 20 euros d’abonnement TER (son employeur en paie la moitié), plus une trottinette qui lui fait entre un an et un an et demi qu’il estime amortir à raison de 10 euros par mois : 30 euros par mois, avec un minimum d’entretien :

« Il faut juste la décrasser un peu l’hiver quand les trottoirs sont plus sales, graisser un peu les rouages… C’est vraiment pas grand-chose. »

Julien n’a jamais vraiment fait le calcul, et il n’est pas sûr de s’y retrouver cette année. Il vient d’investir dans un nouveau vélo urbain, mais les freins ont connu une fin prématurée. Il s’attend à des frais supplémentaires, mais « ça reste incomparable aux frais de réparations d’une voiture ».

Alors faisons le calcul : Dans son nouveau vélo, Julien a investi 400 euros qui comprennent la monture, un cadenas neuf, un siège enfant, une fixation pour porte-bagage, et les réparations à venir. Sur un an, cela fait 33 euros par mois. S’ajoutent 25 euros de sa poche pour l’abonnement TER mensuel, soit un budget de déplacement mensuel de 58 euros.

Quand il faisait le même trajet en voiture, il faisait un plein à 50 euros qui lui durait 3 semaines (sa petite citadine n’est pas très gourmande). Soit 1,33 plein par mois à 66 euros. Ce à quoi s’ajoutent les frais de parking : 22,80 euros de sa poche via le pass’mobilité, qui constitue l’alternative la moins chère :

« On a des places réservées, mais dès 8h30 tout est pris. La meilleure solution, c’est le parking relais-tram du Wacken. »

Résultat des courses : un budget de 88,80 euros par mois entre l’essence et le parking, sans compter une éventuelle hausse du coût de l’assurance, et l’usure de la voiture. Dès la première année, l’achat du vélo auquel s’ajoute l’abonnement TER (58€ au total) s’avère rentable.

La trottinette électrique, chaînon manquant de l’intermodalité ?

Julien et Loïc ont opté pour une mobilité dit « douce ». Auraient-ils franchi le pas aussi aisément avec des enfants à déposer ou un genou en vrac ? La chasse à la voiture dans les grandes villes comme Strasbourg comporte un risque : celui de faire de « la ville durable » un terrain praticable uniquement par des hommes jeunes, libérés de toute contrainte et en bonne santé.

Dans sa boutique à Erstein, Alde Ohrel voit passer des travailleurs pendulaires qui prennent également le train. (Photo Pierre Pauma)

Certains prestataires anticipent la diversité des publics, que ce soit en optant pour le vélo cargo ou la trottinette électrique. Parfois représentée comme un gadget, sujette à de nouveaux conflits avec les piétons, les cyclistes et les conducteurs, elle devient pourtant de plus en plus plébiscitée par les travailleurs pendulaires. Assez pour que se développe une offre en libre-service avec Knot.

Même à l’extérieur de Strasbourg, le marché se développe. À Erstein, Alde Orehl, gérant d’électric’cars leur a fait une place dans sa boutique au milieu des voitures et des scooters électriques il y a 6 ans. Et depuis, la demande grimpe.

« Au tout début, on était plutôt sur une pratique de loisir avec des modèles qui atteignaient 40 kgs ! Il y a eu de gros progrès sur l’ergonomie et la légèreté. De plus en plus, on se dirige vers une utilisation quotidienne. »

Un constat que partage Valentin Servet, gérant d’Eleqtron à Strasbourg, qui fait dans le vélo et la trottinette électrique.

« Le gros de ma clientèle, ce sont des gens qui cherchent une solution pratique pour leurs déplacements au travail. Dont beaucoup qui comme moi prennent le TER, et qui complètent avec la trottinette. »

Pour le moment, les engins électriques restent dans un flou juridique. Mais avec l’adoption de la loi d’orientation des mobilités – dite LOM – au cours de l’été, leur encadrement pourrait être redéfini. Les professionnels du secteur s’attendent à voir disparaître les véhicules non-homologués, et se limiter aux engins bridés à 25 km/h. Les utilisateurs devront se soumettre à l’obligation d’immatriculation et d’assurance.

#pass mobilités

Pratique : se prémunir des allergies à l’arrivée du printemps

Pratique : se prémunir des allergies à l’arrivée du printemps

Avis aux allergiques ! Les pollens d’aulnes et de bouleaux sont arrivés dans la région. Et d’autres vont suivre avec l’arrivée du printemps. Rue89 Strasbourg fait le point sur les allergies respiratoires alsaciennes et les moyens de s’en prémunir.

L’allergie respiratoire est reconnue au 4e rang mondial des maladies chroniques. De plus en plus de personnes sont allergiques dans le Grand Est : 25 % de la population serait concernée. Selon le degré de sensibilité du patient, son niveau d’exposition aux allergènes et les organes atteints, les manifestations de l’allergie peuvent être variées : crises d’éternuement, nez qui gratte, parfois bouché et qui coule clair, yeux rouges qui démangent ou qui larmoient, respiration sifflante, toux, poussée d’eczéma, urticaire de contact, fatigue générale et même difficultés de concentration. Si vous observez une gêne répétitive et saisonnière liée à ces symptômes, vous souffrez peut-être tout simplement d’une allergie.

Les pollens, principaux allergènes

Parmi les principaux facteurs qui provoquent des allergies respiratoires, on retrouve en première position les fameux pollens qui pullulent à l’arrivée du printemps. Le pollen est un petit grain de poussière, libéré par les plantes. Dans la nature, il a une fonction très mignonne, à savoir féconder et multiplier les plantes. C’est beau. Les pollens se déplacent dans l’air jusqu’à leurs plantes dulcinées de deux manières selon les espèces de plantes : par les insectes et notamment les précieuses abeilles ou par le vent, et là, autant dire qu’ils font le voyage en nombres pour mettre toutes leurs chances de leur côté.

cc : Pierro Fissore / Flickr

Ce sont ces pollens grégaires transportés par les vents qui causent la plupart de nos allergies. Parmi eux, les pollens d’arbres et ceux d’herbacées. En Alsace, nos tortionnaires sont les aulnes (hiver et printemps), les bouleaux (printemps), les frênes (hiver et printemps), les noisetiers (hiver et printemps), et les graminées (dactyle, fléole, flouve, fromental, ray-gras, vulpin…) au printemps et en été. Dans une moindre mesure, l’ambroisie nous embête aussi en été et automne.

Les moisissures en embuscade

En deuxième position, et là on y pense moins, certaines moisissures menacent nos muqueuses. Celles qui se reproduisent de manière asexuée et disséminent donc des spores en grande quantité dans l’air pour pouvoir donner naissance… à d’autres moisissures. Les spores aiment les zones humides, les végétaux fraîchement coupés… En matière de moisissures, trois coupables sont présentes en France : l’alternaria au printemps et en été, la basidiospore à l’automne, et le cladiosporium au printemps, en été et à l’automne (qu’on retrouve aussi souvent dans les logements humides). Les fameuses canicules alsaciennes neutralisent les spores de moisissures. C’est toujours ça de pris…

Autres motifs d’allergies moins courantes : les acariens, les poils d’animaux, et les poussières diverses.

Les bonnes pratiques pour prévenir

En fonction des allergies et des périodes de concentration dans l’air des pollens et spores de moisissures, quelques bonnes pratiques sont à retenir pour prévenir les allergies :

Chez soi

    D’abord, on se rince les cheveux tous les soirs, pour se débarrasser des pollens qui s’y déposent en quantité. Ensuite, on aère son logement avant le lever et après le coucher du soleil, pour éviter le phénomène d’émission des pollens dans l’air qui débute dès le lever du soleil. Et puis, on évite de s’exposer dans son logement aux autres substances irritantes ou allergisantes en air intérieur (tabac, produits d’entretien, parfum d’intérieur, encens…)

À l’extérieur

    On évite les activités qui nous surexposent aux pollens (entretien du jardin, sport en plein air), ou alors on s’y adonne en fin de journée, équipés de lunettes de soleil et de masques. On évite de faire sécher son linge dehors, car les pollens aiment se déposer sur le linge humide. Si on doit se déplacer en voiture, on garde les vitres fermées.

Les pics de pollution atmosphériques, plutôt habituels en Alsace, empirent les risques évidemment. Il faut alors être encore plus attentif à ces recommandations.

Une plateforme Internet pour s’informer en temps réels

Pour prévenir les allergies aux pollens, Atmo Grand Est a lancé un réseau participatif inédit pour mettre en relation les observateurs de plantes à pollens allergisants et les personnes allergiques, via une plateforme numérique. L’idée est que plus les personnes allergiques sont informées tôt de l’arrivée des pollens incriminés et plus vite elles peuvent adopter les comportements préventifs adaptés. D’abord développé en Lorraine, ce réseau Pollin’Air couvre depuis près d’un an tout le territoire du Grand Est et donc Strasbourg et ses environs. Les personnes allergiques peuvent s’inscrire sur la plateforme Pollin’Air pour être informées de l’arrivée des pollens auxquels elles sont sensibles via Facebook et Twitter ou par le biais d’alertes personnalisées.

Et si le mal est déjà arrivé ?

Si l’allergie provoque une gêne respiratoire, il faut consulter un médecin rapidement. Celui-ci pourra prescrire des tests pour identifier l’allergène responsable et traiter l’allergie avec un traitement adapté (antihistaminique, corticoïdes, désensibilisation). Les rhinites allergiques doivent être soignées car elles peuvent dans le cas contraire évoluer en asthme !

#allergies

Après The Voice, le premier album du Strasbourgeois Valentin Stuff à découvrir à l’Illiade jeudi soir

Après The Voice, le premier album du Strasbourgeois Valentin Stuff à découvrir à l’Illiade jeudi soir

Après quelques jours de résidence, l’artiste strasbourgeois Valentin Stuff présentera Autoportrait, son album à venir, à l’occasion d’un concert à l’Illiade d’Illkirch-Graffenstaden jeudi 18 avril. Le meilleur moyen de découvrir un artiste complexe, à la voix incroyable, qui avait déjà surpris dans The Voice 2017.

Sa voix vous sera peut-être familière. Son visage aussi. Valentin Stuff fait parti de la poignée d’Alsaciens passés par The Voice. Lors de l’édition 2017, son interprétation du célèbre « Pull Marine » d’Isabelle Adjani co-écrit avec Serge Gainsbourg fait se retourner Florent Pagny. Il passera encore les duels avant d’être éliminé à l’épreuve ultime. Mais cette étape n’aura finalement été qu’un coup de projecteur et une corde supplémentaire à son arc puisque Valentin Stuff, aka Valentin Stoeffler, a un parcours pour le moins original.

Une formation jazz au conservatoire d’abord et c’est un spectacle de théâtre musical qu’il crée ensuite en duo avec un de ses anciens camarades, sous le nom de Firmin & Hector. L’histoire de deux croque-morts se déroule au son d’une guitare électrique et d’un accordéon, et n’est pas sans laisser penser aux univers oniriques de Tim Burton ou Mathias Malzieu. Mais cette année, c’est bel et bien un projet solo qu’il construit et qu’il a travaillé lors d’un séjour à l’Illiade d’Illkirch-Graffenstaden, autour des titres de l’album à venir. Avec pour point d’orgue, un concert gratuit faire découvrir les fruits de ce travail.

Poésie et schizophrénie

Cet album s’intitulera Autoportrait et mettra en avant cette voix reconnaissable entre mille, petit mélange lointain de celles de Grand Corps Malade et d’Arthur H. Musicalement, Autoportrait défendra une idée certaine de la chanson française et d’une musique « poético-réaliste » construite autour d’une contrebasse et d’une guitare électrique. L’album sera aussi un triptyque autour de 3 pans de la personnalité de Valentin Stuff, qui s’articuleront autour de 3 pièces d’un appartement.

Un salon, un bureau/chambre d’ado, et une salle de bain… Bref, l’occasion parfaite pour le public de découvrir ou re-découvrir Valentin Stuff, dans toute sa complexité. Rendez-vous donc le jeudi 18 avril à l’Illiade pour découvrir ce qui se cachera derrière chacune de ses pièces, et faire un peu la lumière sur cet artiste aux multiples facettes.

Étudiants étrangers : un syndicat propose à Michel Deneken de mettre sa démission en jeu

Étudiants étrangers : un syndicat propose à Michel Deneken de mettre sa démission en jeu

À l’occasion de la visite de la ministre de l’Enseignement supérieur à Strasbourg, un syndicat d’enseignants appelle tous les administrateurs, dont les présidents d’Université, à mettre leurs mandats en jeu si la multiplication par 16 des frais d’inscription réservée aux non-européens devait être adoptée par le gouvernement.

La ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal est à l’Université de Strasbourg ce vendredi 12 avril. Cette visite de travail s’inscrit dans un contexte tendu entre le gouvernement et les universitaires.

Le projet de multiplication par 16 des droits d’inscription réservées aux non-européens (2 770 euros contre 170€ en Licence et 3 770€ contre 243 en Master) suscite un rejet assez général dans le milieu universitaire. Cette hausse des frais est jugé contraire aux valeurs et principes des universités françaises.

Malgré une opposition de principe des présidents d’université, dont celui de Strasbourg fin janvier, la mesure est en passe de se généraliser à moyen terme. Dans un deuxième courrier publié le mercredi 10 avril, le président Michel Deneken revient partiellement sur sa promesse (voir notre article sur les raisons), où il s’engage uniquement à « minimiser l’impact réel » de la réforme pour une année, la rentrée 2019, sans plus de précisions.

Michel Deneken, opposé à l’augmentation des frais de scolarité, au point de démissionner? (photo Unistra)

 

Démission collective ?

Les négociations touchent à leur terme. Le syndicat d’enseignants SNESUP-FSU de l’Université de Strasbourg appelle donc les élus du conseil d’administration, et en premier lieu son président Michel Deneken, à mettre en jeu leur démission si la mesure devrait être adoptée.

Selon l’analyse de ce syndicat, qui rejoint celle d’un administrateur opposant que nous interrogions la veille, le gouvernement reculerait face à des démissions collectives dans toutes les universités françaises. Et Strasbourg pèserait lourd dans la balance : c’est non seulement le plus grand établissement de France mais c’est aussi un modèle dans l’adoption sans remous des récentes réformes. Le SNESUP-FSU, opposant local à Michel Deneken, aimerait donc que la capitale alsacienne prenne la tête de ce combat, conformément à ses récentes prises de positions.

À l’Elsau, chaque vendredi, des Musulmans doivent encore prier dehors

À l’Elsau, chaque vendredi, des Musulmans doivent encore prier dehors

Les Musulmans de l’Elsau sont trop nombreux pour le lieu de culte situé au 74 rue Martin Schongauer. Le vendredi et les jours de fête, plusieurs dizaines de personnes sont contraintes de prier dehors. Pour de nombreux fidèles, la situation a des tristes airs de déjà-vu.

Vendredi 5 avril, peu après 13h30, les fidèles occupent le moindre recoin du lieu de culte musulman situé au 74 rue Martin Schongauer à l’Elsau. Peu à peu, les couloirs se remplissent, puis la pièce où les chaussures sont laissées… Sur les étagères, les Elsauviens ont laissé plus de 150 paires de baskets, de chaussures en cuir et de pantoufles.

Cette fréquentation, habituelle le vendredi, ne respecte pas les normes de sécurité. Le bailleur social CUS Habitat l’a rappelé à l’Association des jeunes parents de l’Elsau (AJPE) dans un courrier daté de novembre 2018 : le local ne peut accueillir plus de 100 personnes. Vers 14h, ils sont près de 200 à prier. Une trentaine d’entre eux ont dû rester dehors. Ils s’agenouillent sur des tapis posés sur le béton. Une enceinte diffuse le prêche.

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« La ville n’est pas ouverte au dialogue »

Moussa Boutghata, président de l’AJPE, s’occupe du bon déroulement de la prière. Tous les vendredis, le chauffeur de taxi éteint le compteur et retourne à l’Elsau. Ce vendredi, il arrive avec quelques minutes de retard et s’active. Il faut brancher la sonorisation et dérouler les tapis dehors au fil des arrivées… Pour l’Elsauvien, la situation ne peut plus durer. Il milite pour la construction d’un lieu de culte :

« On nous parle toujours de participation citoyenne. Mais la ville de Strasbourg n’est pas ouverte au dialogue. À ce jour, nous avons écrit trois courriers au maire sur ce sujet et on a toujours aucune réponse… Tout ce qu’on demande, c’est un lieu de culte digne. Je demande pas un truc cher avec des décorations, juste une salle qui peut accueillir tout le monde. »

Tuncay, 31 ans, préfère voir le bon côté des choses. Pratiquant depuis ses 16 ans, l’habitant de l’Elsau a d’abord connu les prières dans une cave, située au 32 rue Mathias-Grünewald. Aujourd’hui, les musulmans ont au moins un appartement. « Ici, il suffit de serrer les rangs, comme à l’armée », lance-t-il en souriant.

« Les jeunes sentent une discrimination »

Vêtu de babouches jaunes et d’une longue djellaba blanche, Saïd vient de sortir du local. Depuis plus d’un an, il traduit en français le prêche de l’imam, un bénévole du quartier, gagnant sa vie en tant qu’agent de nettoyage. Le traducteur demande aux responsables locaux qu’une solution soit trouvée pour la communauté musulmane :

« On a besoin d’un lieu de culte dans le quartier. Les personnes âgées ne peuvent ni prier dehors, ni se rendre dans d’autres mosquées de la ville. Et pour les plus jeunes, c’est important d’avoir ce lieu pour les éloigner des nombreux fléaux qu’on connaît ici. »

À ses côtés, Nasdim acquiesce. Cet employé du Centre socioculturel de l’Elsau sait que de nombreux jeunes musulmans sont amers face à la situation du culte musulman dans le quartier :

« Les jeunes sentent qu’il y a une sorte de discrimination. Ils me demandent pourquoi les chrétiens ont un lieu de culte et pas les musulmans. À la fin, ils ont l’impression que les Blancs ont plus de considération qu’eux. »

Cave, tonnelle, rue, appartement…

Les Musulmans de l’Elsau semblent avoir connu toutes les formes de lieux de culte dans leur quartier… sauf la mosquée. Au début des années 2000, ils priaient dans une cave régulièrement inondée. Puis l’orage de trop a frappé en 2008, inondant le souterrain d’excréments et autres reflux des égouts. Les fidèles ont alors prié sous une tonnelle, en attendant, puis devant la mairie, la même année, pour manifester. Un projet de construction a été présenté aux élus. L’idée a traîne jusqu’en 2013 mais elle ne s’est jamais concrétisée. Face au blocage des négociations, la location à CUS Habitat de l’appartement au rez-de-chaussée du 74 rue Martin Schongauer apparaît comme un compromis.

Ces discussions s’étaient déroulées dans un climat de fortes tensions avec la municipalité. L’ancien adjoint de quartier Éric Elkouby avait par exemple porté plainte en 2008 pour agression verbale contre les membres d’une autre association de fidèles, le CIEL. Ils prient aujourd’hui dans un autre lieu de culte, au bout de la rue de l’Unterelsau. Pour expliquer l’absence d’une mosquée unique à l’Elsau, plusieurs responsables politiques successifs ont pointé une scission au sein de la communauté musulmane locale.

Les négociations ont enfin buté sur le concordat alsacien : « Ils veulent une cession de terrain à titre gracieux, comme pour les cultes concordataires (dont l’Islam ne fait pas partie, ndlr). Mais la Ville n’a pas la possibilité de modifier le Concordat ! », affirmait l’adjoint chargé des cultes, Olivier Bitz, dans les DNA du 28 février 2009.

Une problématique absente du projet de rénovation

Moussa Boutghata rejette cet argument. « De toutes façons, il n’y a pas assez de place pour tout le monde dans les deux locaux », ajoute le président de l’AJPE. Présent lors de la réunion d’information sur la rénovation à venir du quartier, il a interpellé les responsables de la Ville sur le lieu de culte manquant à l’Elsau. L’adjoint chargé du quartier avait rapidement éludé, arguant d’une absence de terrain identifié et de projet de financement. En congé lors de notre demande d’interview, Luc Gillmann (PS) renvoie la balle vers son collègue chargé des cultes.

« Les présidents des associations CIEL et AJPE n’ont pas demandé à me voir depuis ma prise de fonction en septembre 2018 », répond Nicolas Matt (LREM), qui découvre par Rue89 Strasbourg la situation au 74 rue Martin Schongauer. Signe que la question n’est pas une priorité de la municipalité, ni son prédécesseur, ni l’adjoint de quartier, ni CUS Habitat, ni le maire ne lui ont transmis le dossier.

Nicolas Matt, ouvert au dialogue

Le conseiller municipal délégué martèle le mantra de la ville sur le sujet : « Chacun a le droit d’exercer son culte de façon digne. » Prêt à rencontrer le président de l’AJPE, il tient à donner quelques chiffres sur les surfaces dédiées aux cultes dans les quartiers de Strasbourg :

« Pour leurs activités cultuelles, les Musulmans disposent de 311 m² (addition du lieu de l’Unterelsau et rue Schongauer ndlr) à l’Elsau. À titre de comparaison, l’association Éveil Meinau a 120 m². L’association de la Montagne Verte a 150 m²… Donc l’Elsau est un des quartiers les mieux dotés au niveau de la surface dédiée à la prière, si on met de côté les grandes structures telles que la grande mosquée de Strasbourg, Hautepierre et Eyyup Sultan. Mais peut-être que ce n’est toujours pas suffisant pour le quartier. Je suis tout à fait disposé à recevoir les responsables sur ce sujet. »

Hausse des frais d’inscription pour les étrangers : l’Université de Strasbourg tergiverse

Hausse des frais d’inscription pour les étrangers : l’Université de Strasbourg tergiverse

Malgré son engagement en janvier, la direction de l’Université n’a pas encore adopté de texte pour contourner la multiplication par 16 des droits d’inscriptions, réservée aux étudiants non-européens. Dans un deuxième message, son président Michel Deneken revient sur deux avancées, mais formule une promesse bien plus floue pour l’avenir.

L’Université de Strasbourg et son président Michel Deneken farouches opposants à l’explosion des frais de scolarité pour les étudiants non-européens ? C’était le sens d’une solennelle prise de position publiée fin janvier. Mais plus deux mois plus tard, aucune disposition en ce sens n’a été votée par le conseil d’administration.

Pas de vote le 17 mars

C’était pourtant la promesse de sa première lettre (« Si l’application des frais d’inscription différenciés entre en vigueur en septembre 2019, je m’engage à soumettre au vote du conseil d’administration des dispositions permettant aux étudiants internationaux de se voir appliquer les mêmes droits que les étudiants nationaux et européens), prévue « le cas échéant », le 12 mars. Le point n’a pas été mis à l’ordre du jour lors de la réunion du mardi 17 mars (celle du 12 avait été décalée suite à une mobilisation pour les vacataires), qui a duré plus de quatre heures.

Pour rappel, le gouvernement entend augmenter à 2 770 euros et 3770 euros les frais d’inscriptions aux licences et masters des Universités françaises pour les étudiants non-européens (on parle « d’étudiants extra-communautaires ») contre 170 euros et 243 euros pour les européens. Cette stratégie « Bienvenue en France », doit en théorie financer davantage de bourses. Cette réforme qui n’était pas dans le programme d’Emmanuel Macron rencontre une opposition quasi-unanime dans le monde universitaire, y compris auprès des directions. Mais sa mise en œuvre se précise.

L'Université de Strasbourg appliquera-t-elle la hausse des frais de scolarité pour les non-étudiants ? (photo Pascal Bastien)
L’Université de Strasbourg appliquera-t-elle la hausse des frais de scolarité pour les non-européens ? Photo : Pascal Bastien / Divergence

L’attente des décrets

Rue89 Strasbourg avait contacté l’Université de Strasbourg mercredi 10 avril, qui avait répondu « attendre la publication des décrets » pour voter une délibération adaptée. Conscient des questionnements que cette non-décision suscite (l’opposition avait dénoncé cet attentisme dans un mail collectif deux semaines plus tôt), le président a publié dans la soirée l’état actuel de sa position (voir en fin d’article).

Michel Deneken, qui réitère une opposition de principe, fait part des deux avancées : d’une part les étudiants qui ont entamé leur cursus paieront les mêmes frais que les européens jusqu’au bout de leurs études. D’autre part, les doctorants ne sont désormais plus concernés par la multiplication par 16 des droits d’inscription (imaginée à 3770 euros les concernant). La lettre ne le dit pas, mais c’est un atout non-négligeable à Strasbourg notamment en raison de ses facultés de théologie, une spécificité alsaco-mosellane issue du Concordat, où nombre de doctorants viennent d’Afrique et seraient les premiers impactés par une telle explosion des tarifs, une « sélection par l’argent », selon les mots de Michel Deneken.

Des explications fournies

D’après des participants au dernier conseil d’administration, Michel Deneken a soumis une explication légale aux élus, qui ne figure pas dans sa lettre aux personnels et étudiants : selon un décret de 2013, une université ne peut exonérer que 10% de ses étudiants. Or il y a déjà 8,5% des 50 800 étudiants qui le sont à Strasbourg, sur différents critères (la décomposition exacte n’est pas connue). Ainsi, la marge ne serait que de 700 à 800 étudiants, là où l’Unistra accueille 7 000 étudiants extra-communautaires, (10 000 étrangers en comptant les européens), une des plus forte proportion de France. Reims a par exemple pu voter une délibération en ce sens pour 2019/2020.

Augmenter les seuil d’étudiants pouvant être exonéré serait l’une des pistes de travail au Ministère de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur. En l’état actuel, il faudrait qu’à Strasbourg ce taux soit relevé à plus de 20% des étudiants (si rien ne change par ailleurs). Au Sénat, la ministre Frédérique Vidal s’était opposée à relever ce taux à 15%.

Autre mini-avancée, une enveloppe de 10 millions d’euros à se répartir entre les 67 universités a été débloquée par le ministère. « On connaît à présent le prix de nos principes », fustige la liste Alternative, qui chiffre à quelques centaines de milliers d’euros les retombées pour Strasbourg.

Dans sa deuxième lettre, Michel Deneken se montre en fait un peu plus vague dans sa promesse future. Il dit s’engager à proposer une délibération « réduisant au maximum l’impact réel sur les étudiants », et non plus une exonération totale, toujours limitée à « l’année prochaine ».

Incompréhension d’une part du conseil d’administration

Interrogés à l’issue du conseil d’administration, d’autres membres disaient avoir du mal à comprendre le non-vote. C’est le cas de l’opposante Laurence Rasseneur, de la liste Alternative :

« Strasbourg est très observée par le Ministère, car c’est le plus grand établissement de France et qu’elle est souvent encline à être la “bonne élève” dans l’application des réformes des gouvernements. Donc si ça bloque ici, le gouvernement y réfléchira par deux fois. C’est dommage que l’on n’ait pas affirmé plus franchement notre opposition. Les textes de motions d’opposition à la réforme plus tranchées avaient d’ailleurs été refusés. »

C’est aussi la position de l’association étudiante de l’Afges, qui entretient de bonnes relations avec la direction locale, mais qui à l’instar de sa fédération nationale (la Fage) est farouchement opposé à cette réforme. Alexandre Meny, représentant au conseil d’administration, se dit mitigé sur la non-délibération :

« On peut comprendre qu’on ne vote pas un texte inapplicable. Mais il y a aussi un enjeu d’image de la France et de l’Université de Strasbourg. En attendant, les étudiants qui voudraient s’inscrire à Strasbourg sont désavantagés, car sur le site d’inscription Campus France, on apparaît comme ceux qui appliquent la hausse. Compte tenu de ses prises de position, Michel Deneken ne peut pas ne pas proposer de délibération. »

Dans un longue analyse sur Twitter, Julien Gossa, un autre administrateur opposant, conclut que le deuxième courrier n’engage à « rien » et sert à « garder du crédit auprès de sa base », tout en avalisant en fait la décision du gouvernement.

Contacté, il ajoute :

« Dès le début, les présidents de manière générale se sont opposés aux modalités pour 2019/2020, mais pas sur le principe. S’ils avaient mis leur démission dans la balance, cela aurait changé le rapport de force. Un courrier dont on a pris connaissance via une dépêche de la presse spécialisée (AEF) et que la présidence a refusé de nous montrer, indique que ces hausses de frais viendraient en fait compenser le glissement vieillesse technicité (GVT), c’est-à-dire les revalorisations des salaires. Les négociations sont quasi-terminées. C’était un test pour d’autres réformes et les directions ont cédé. »

La prochaine réunion du conseil d’administration est prévue uniquement en mai. Mais selon l’Université, une réunion « extraordinaire » pourrait être convoquée dans l’urgence suite à la parution des décrets.

Samedi, une manifestation… pour la liberté de manifester

Samedi, une manifestation… pour la liberté de manifester

Une vingtaine d’organisations alsaciennes appellent à manifester samedi 13 avril suite à la nouvelle loi qui encadre les manifestations. Collectifs, syndicats et partis politiques déplorent la hausse des poursuites contre des manifestants.

Emmanuel Macron, soucieux de se démarquer de ses prédécesseurs, avait promis qu’il ne prendrait pas de loi pour répondre à l’émotion et à l’actualité. Mais les principes ne résistent pas toujours à l’exercice du pouvoir. Suite au mouvement des Gilets jaunes et des violences en marge des rassemblements, une loi dite « anti-casseurs » a été adoptée au Parlement. Ce texte, qui encadre davantage la liberté de manifester, a été adopté en un temps record (moins d’un mois) par la majorité.

En réponse, une vingtaine d’associations et collectifs strasbourgeois appellent à manifester samedi 13 avril à 14h pour défendre… la liberté de manifester. Le départ est fixé place Kléber, pour rallier le tribunal de grande instance, quai Finkmatt (voir le trajet ci-dessous).

Une partie de la loi censurée

Jeudi 4 avril, le Conseil constitutionnel a censuré l’article le plus contesté de la loi, même au sein de la majorité : celui des interdictions administratives. En clair, le gouvernement voulait laisser aux préfets la possibilité d’interdire à des individus de participer à toute manifestation en France pendant un mois, même en l’absence de condamnations de ce type prononcées par la Justice. Il suffisait que le représentant de l’État estime qu’une personne représente « une menace d’une particulière gravité pour l’ordre public ». Une personne pouvait donc être interdite de manifester si elle avait commis un « acte violent » ou tout type d’ »agissements«  lors d’une manifestation émaillée de violences sur des biens ou personnes. Il n’était pas nécessaire de prouver le lien entre l’individu interdit de manifestation et les dégradations ou violences…

Pour les gardiens de la Constitution, cet article trop vague était contraire au « droit d’expression collective des idées » et des opinions, ainsi qu’aux principes de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789. Mais les Sages n’ont invalidé que les modalités, pas le principe en soi. L’interdiction administrative et préventive pourrait donc revenir sous d’autres formes lors de futures lois.

En revanche, d’autres dispositions critiquées ont été validées. C’est le cas de l’interdiction de dissimuler, même partiellement, son visage en cortège. Ou encore, la possibilité pour les policiers de fouiller préventivement les véhicules et bagages. Enfin, la possibilité pour un juge d’interdire de manifester une personne placée sous contrôle judiciaire a aussi passé l’examen.

Manifester est une liberté, mais elle est encadrée. (photo Pascal Bastien / Divergence)
Manifester est une liberté, mais elle est encadrée. (photo Pascal Bastien / Divergence)

Des cas détectés localement

Au-delà de la loi en question, ce sont aussi « l’état d’urgence dans le droit commun » ou « la mobilisation des militaires de l’opération Sentinelle » que contestent les manifestants de samedi. Pour Jacky Wagner, secrétaire général de l’Union départementale de la CGT, ce contexte s’est aussi fait sentir en Alsace :

« Localement, cinq copains syndicalistes de Haguenau avaient été condamnés à des peines de prison avec sursis pour avoir bloqué l’autoroute quelques minutes, alors qu’il y avait 200 personnes pendant cette manifestation contre la loi Travail. Il y a aussi eu des comparutions immédiates de Gilets jaunes et plusieurs anti-GCO emmenés devant les tribunaux (dont deux d’entre eux pour avoir décroché un portrait d’Emmanuel Macron en mairie, ndlr). C’est ce principe qui nous fait bouger : dès que ça ne va pas, on fait une loi pour taire la contestation. »

Côté civils, le collégien Lilian porte toujours des broches et une sonde deux mois après un tir des forces de l’ordre, alors qu’il ne participait pas à la manifestation des Gilets jaunes du 12 janvier. D’autres manifestants ont déjà fait état de leurs blessures et parfois porté plainte.

Le trajet de la manifestation

Ainsi, « le droit fondamental de manifester se trouve clairement menacé », craignent les organisateurs qui rappellent le contexte national et international dans leur appel :

« L’ONU a déjà mis en garde la France, pays de la déclaration des Droits de l’Homme, pour ses manquements à ses engagements pour les libertés fondamentales. La pénalisation du mouvement social, écologiste et syndical, le mépris au regard des contre-pouvoirs, est une façon d’empêcher tout dialogue, toute issue positive aux crises de notre époque. »

« Un arsenal aussi spectaculaire qu’inefficace »

Pour mettre fin aux tensions, les organisateurs proposent « d’en finir avec les provocations et le recours à un arsenal sécuritaire aussi exponentiel qu’inefficace, comme il le fait depuis des semaines vis-à-vis des gilets jaunes » (voir notre article sur le maintien de l’ordre en Allemagne). Sur le fond, ils demandent que « les pouvoirs publics répondent concrètement aux aspirations qui s’expriment largement dans le pays pour la justice sociale, pour une vie digne pour chacune et chacun, pour la lutte contre le mortifère réchauffement climatique ». Tout un programme.

Un tiers des gares du Grand Est n’offre aucun moyen d’acheter un billet

Un tiers des gares du Grand Est n’offre aucun moyen d’acheter un billet

La SNCF vient de mettre en place une politique dissuasive à l’égard des voyageurs sans billet de train. Pourtant, un tiers des gares de la région Grand Est ne disposent ni de guichet, ni de distributeur automatique. Des choix à rebours de la conquête de nouveaux voyageurs.

Les guichets ferment, les contrôleurs se font rares, les tarifs des billets à bord explosent. Depuis le 20 mars, un billet acheté dans le train express régional (TER) en se présentant au contrôleur, coûte un forfait minimal de 10€. Le prix plancher sans réduction était avant de 2,70€. Dans la région Grand Est, la politique ferroviaire en marche inquiète les syndicats cheminots et la fédération d’usagers. Et pour cause : un tiers des gares d’Alsace, de Lorraine et de Champagne-Ardenne n’offrent aucun moyen d’acheter un billet de train.

La Lorraine mal lotie

Les gares alsaciennes sont les mieux dotées en distributeurs, avec 124 stations équipées sur 151. En Champagne-Ardenne, 58% des gares disposent d’une machine, contre 51% en Lorraine. Et encore, ces statistiques ne prennent pas compte des éventuelles pannes.

Face à ces chiffres, SNCF Mobilités se focalise sur la fréquentation actuelle :

« Dans le Grand Est, seuls 2% de nos clients TER Grand Est empruntent un train dans une gare ou halte dépourvue de tout moyen de distribution (…) Et parmi ces 2%, tous ces clients n’ont accessoirement pas forcément besoin d’acheter un titre de transport, puisque certains sont déjà en possession d’un abonnement ou d’une carte. »

Une réflexion qui oublie que ces gares peu utilisées pourraient drainer de nouveaux usagers. Elle va à l’encontre des discours qui encouragent à délaisser la voiture, à l’heurr où le mouvement des Gilets jaunes a mis en avant la faiblesse des alternatives dans les zones périphériques, y compris autour de Strasbourg.

Une étude? Quelle étude?

En novembre 2017, le Conseil économique social et environnemental régional (Ceser), un vaste organe consultatif qui représente la société civile (253 membres), craignait déjà la dégradation des services de vente en gare. Dix mois plus tôt, la SNCF et la région Grand Est s’accordaient sur une stratégie de digitalisation pour l’achat des billets dans la convention d’exploitation 2017 – 2024. Le Ceser recommandait donc de réaliser une étude sur « le comportement d’achat des usagers afin de prendre en compte la garantie d’égalité d’accès sur tous les points du territoire Grand Est. » Cette demande est restée lettre morte.

Appel d’air et déshumanisation

Cette nouvelle politique dissuasive va de pair avec une diminution du nombre de contrôleurs. Les trains peuvent aujourd’hui circuler avec le seul conducteur à bord. Du côté de la CGT, on déplore une « déshumanisation du service ». Sur son blog, Bernard Aubin du syndicat cheminot FIRST, dénonce un appel d’air provoqué par la Région :

« En 2017, la Région Grand-Est avait mis sur pied un plan de disparition progressive des contrôleurs à bord des trains au profit de brigades sporadiques et mobiles débarquant dans les gares. Des méthodes qui ont largement démontré leurs limites ailleurs en France. L’absence de contrôleur, comme la disparition des guichets et des personnels SNCF, constituent des appels passifs à la fraude. »

Pour un principe de tolérance

La Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut) dénonce « des mesures qui violent le principe d’égalité entre usagers. » François Giordani, président de la Fnaut Grand Est, milite auprès de la SNCF et de la Région pour « un principe de tolérance à l’égard des voyageurs partis d’une gare sans distributeur ou guichet. » Une décision tout à fait réaliste puisque « les contrôleurs disposent de machines qui permettent de vérifier l’absence de moyen de vente en gare. Cette tolérance existe déjà dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. Il n’y a que la région Grand Est qui refuse d’entendre parler de ça », déplore celui qui a longtemps été président de l’association strasbourgeoise des usagers des transports en commun (Astus).

Interrogé sur les mesures prévues pour pallier aux distributeurs manquants, le directeur adjoint du cabinet de Jean Rottner évoque, à long-terme, « des distributeurs installés dans les trains, comme c’est le cas sur des petites lignes allemandes exploitées par Transdev (une entreprise française concurrente de la Deutsche Bahn, ndlr) »

Quant à la requête d’une exception pour les usagers venant de gares sans machine, Thierry Van Oost renvoie la balle : « Pour les voyageurs de bonne foi, nous laissons la SNCF mettre en œuvre une tolérance en place. » À bon entendeur.

À l’Université, des étudiants se mobilisent contre « des bâtiments qui s’écroulent »

À l’Université, des étudiants se mobilisent contre « des bâtiments qui s’écroulent »

Alors que la plupart des bâtiments du campus de l’Esplanade datent des années 60, des étudiants appellent à un rassemblement ce mercredi pour dénoncer “des locaux gangrénés par la moisissure et l’humidité”. Le « Platane », imaginé comme provisoire, est particulièrement visé, mais aussi d’autres lieux comme le « Patio ». Les étudiants dénoncent également des conditions d’études marquées par un manque de places et d’isolation. Plusieurs grands chantiers sont attendus à court terme répond la direction.

Le 6 avril, le Comité de lutte – Patio (comité né des mobilisations étudiantes de 2018) partageait une photo sur Facebook, celle d’un morceau de plafond d’une salle de classe tombé par terre. Il s’agit d’une salle du “Platane”, bâtiment en préfabriqué datant de 1995 et qui avait une vocation provisoire sur le campus de l’Esplanade de l’Université de Strasbourg.

L'image du Platane posté sur Facebook (Photo FB)
L’image du Platane posté sur Facebook (Photo FB)

En ce mardi 9 avril pluvieux, les gravats ont été dégagés, mais il pleut à légères gouttes sur le sol de la pièce.

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Léo, du Comité de lutte, estime que le bâtiment n’était clairement pas fait pour durer longtemps et résiste mal aux effets du temps :

“Ce n’est pas étonnant que le Platane s’écroule, mais ce n’est pas normal pour autant. Le plafond supporte mal l’humidité, de nombreuses salles présentent de telles taches sur la plafond. Un morceau s’est aussi écroulé dans une salle de l’institut de Botanique, nous a rapporté une élève”.

Les étudiants du comité de lutte estiment que le Platane devrait être détruit et remplacé (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Les étudiants du comité de lutte estiment que le Platane devrait être détruit et remplacé (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)

De mauvaises conditions d’études à cause de l’isolation

Le Comité de lutte appelle à un rassemblement ce mercredi 10 avril à 14h devant la faculté de droit, pour protester contre de mauvaises conditions d’études. Selon Léo, plusieurs bâtiments du campus témoignent d’une mauvaise isolation :

“Il fait froid dans les salles du Platane, mais également au “Patio”, où plusieurs amphithéâtres donnent sur l’extérieur avec de grandes fenêtres et ne sont pas chauffés. Résultat, il faut garder sa veste en hiver. Il y a une salle au Patio dont une fenêtre est brisée depuis quelques temps, donc c’est problématique niveau température…”

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Léo estime que parfois les conditions sont proches de l’insalubrité : il raconte qu’un amphithéâtre du Patio présente des traces d’amiante.

L’université précise que, comme tous les bâtiments des années 60, de l’amiante a été utilisé dans les procédés constructifs, en particulier dans les joints de fenêtres entre le dormant et le mur, mais que ces zones sont inaccessibles aux usagers et qu’il n’y a pas d’amiante volatile (donc pas de risque pour les usagers). Les 700 fenêtres du Patio doivent d’ailleurs être remplacées.

A 20 dans une salle pour 15

Pour le Comité de lutte, cela rejoint des conditions générales d’études qui sont loin d’être idéales. Les salles sont trop petites ou inadaptées, selon Léo :

“En L1 Maths/informatique, ils sont plus souvent dans des salles que dans des amphis. Or, elles ne peuvent accueillir tout le monde, et il n’est pas rare que des étudiants doivent s’asseoir par terre ou dans le couloir”.

Des étudiants qui n’ont pas de place dans leur amphi et doivent se contenter d’une chaise. La photo date de 2016. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Selon lui, cela participe d’une sorte de sélection à l’entrée des cours. Les étudiants seraient découragés de venir s’ils ne peuvent pas suivre de TD (travaux dirigés, en plus petits groupes que les promotions entières) dans des conditions correctes :

“Il arrive qu’aucune salle ne soit disponible pour les TD, alors, ils ont lieu en amphithéâtre, ce qui enlève tout l’intérêt du TD. Par ailleurs, j’ai des cours d’anglais qui se passent eux aussi dans des salles pour 15 personnes, alors que nous sommes 20, et où certains ne viennent pas à toutes les séances car ils devraient travailler sans table, ce qui n’est quand même pas très pratique”.

Le Comité de lutte demande des rénovations et estime que le Platane devrait être démoli pour être remplacé.

Les cloisons des amphithéâtres du Patio sont en grande partie vitrées, et le chauffage n'est pas suffisant, d'après Léo, ce qui a pour conséquence que les étudiants étudient dans le froid (Phot/Rue 89 Strasbourg/cc)
Les cloisons des amphithéâtres du Patio sont en grande partie vitrées, et le chauffage n’est pas suffisant, d’après Léo, ce qui a pour conséquence que les étudiants travaillent dans le froid (Phot/Rue 89 Strasbourg/cc)

Colmater les brèches au jour le jour…

La direction de l’Université se dit consciente de la vétusté de certains locaux. Yves Larmet, vice-président en charge du Patrimoine de l’Université de Strasbourg, explique dans une réponse par mail que tout est fait pour que le quotidien se passe au mieux :

« Nous assumons l’héritage du patrimoine historique de l’université, mais aussi d’une absence de maintenance et d’investissements pendant de longues années. Dès que des pannes, fuites et autres dysfonctionnement apparaissent dans les salles de cours et dès que nous en sommes informés, les services de l’université se mobilisent pour assurer une réparation. Pour ce qui est du Platane, dans la mesure du possible, nous essayons de localiser les cours dans d’autres lieux plus agréables, mais les contraintes d’emplois du temps sont fortes. »

… et miser sur les nombreux nouveaux locaux

Surtout, l’Université est engagée depuis 10 ans dans un « Plan Campus », un vaste chantier de réhabilitation « afin d’améliorer l’accueil des étudiants et les conditions d’enseignement ». Cela concerne une trentaine de projets pour un montant d’investissement de 330 millions d’euros.

Parmi eux, la réhabilitation de la faculté de droit avec la rénovation de toutes les salles de cours pour la rentrée 2019, mais aussi… la destruction des préfabriqués du Platane en 2020, afin d’y ériger à leur place le nouveau Centre Sportif Universitaire (CSU, aujourd’hui au milieu du campus). Les salles et bureaux administratif seront répartis entre le Studium (nouveau bâtiment dont le grand chantier se situe entre l’Institut le Bel et l’arrêt de tram Observatoire), le Patio, et d’autres espaces seront libérés par l’arrivée, qui a pris de nombreuses années de retard en raison de malfaçons, du Paps-PCPI près de l’hôpital civil. Plusieurs établissements dont Sciences Po vont y déménager.

Le budget du Studium est estimé à 30,2 millions d'euros (architecte Jean-Pierre Lott)
Boulevard de la Victoire, le Studium est actuellement en travaux. Un chantier estimé à 30,2 millions d’euros (architecte Jean-Pierre Lott)

Ces nouveaux bâtiments devraient libérer plus d’espace de manière générale pour le campus, d’après Yves Larmet.

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Les chantiers sont visibles sur le campus. Le Patio est en transformation depuis plusieurs mois, et les travaux doivent se poursuivre jusqu’en 2020, pour, notamment, permettre le terrassement du jardin intérieur.

La première pierre du Studium a été posée en septembre 2018 et les travaux se poursuivent aussi jusqu’en 2020. Alors que le nouveau Patio a fait son apparition en 2010, l’Université promet un campus de plus en plus neuf, et le plus tôt possible, explique Yves Larmet :

« Ces investissements nécessitent du temps pour leur mise en œuvre et un calendrier contraint puisque nous devons continuer à travailler et accueillir les étudiants pendant les travaux. Mais l’ensemble des services et composantes de l’université s’activent au quotidien pour que les opérations immobilières soient livrées dans les temps, car nous sommes tous conscients que nous devons offrir de meilleures conditions de travail à tous les étudiants de toutes les disciplines. « 

En attendant, les ultimes occupants doivent s’armer de patience… et d’une bonne veste.

Big Est, le collectif qui veut enfin fédérer la culture hip hop locale sous un même blaze

Big Est, le collectif qui veut enfin fédérer la culture hip hop locale sous un même blaze

Vous les avez peut-être croisés dans les rues de Strasbourg, lors de leurs « street show », des spectacles de rues mélangeant chant a-capella, beatbox et danse hip hop. Fondé en 2018, le collectif strasbourgeois Big Est veut fédérer tous les acteurs de la culture hip hop strasbourgeois et alsaciens, mais aussi faire vivre la mémoire locale à travers un centre d’archives.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ceux-là ont la bonne humeur communicative. Dans le local de l’association des Sons d’la Rue, au Neudorf, où il se retrouvent un vendredi de fin mars, les membres du collectif de hip hop strasbourgeois Big Est se chambrent et enchaînent les vannes.

Très vite, la table basse autour de laquelle ils sont regroupés disparaît sous les paquets de chips, petits gâteaux, thés, cafés et autres sodas rapportés. « J’étais certaine qu’il y aurait trop de trucs à grignoter ! », se marre Cyrielle Millant.

Assise dans un coin de canapé, ordinateur sur les genoux, cette professeure de danse hip hop et secrétaire de Big Est donne l’ordre du jour de la réunion : structurer le collectif en une association. Car depuis qu’il s’est constitué en mai 2018, Big Est s’est concentré sur son principal objectif : fédérer la scène hip hop alsacienne sous une bannière.

Et c’est un peu piqués au vif que Cyrielle et trois autres danseurs, Nouna, Karim et Alex, ont eu l’idée de se regrouper. Petit retour en arrière : le 28 avril 2018, l’événement « Le hip hop ouvre ses portes », est organisé au centre chorégraphique de Strasbourg par une association parisienne. Expositions, spectacles, jams (entraînements collectifs) et ateliers d’écritures sont, entre autres, organisés.

Le public et les artistes issus de la scène hip hop locale sont conviés mais très vite, le malaise est palpable. Cyrielle se souvient :

« Danseurs, rappeurs, graffeurs : à cet événement, chacun est venu de son côté. Les organisateurs nous ont fait comprendre que eux, n’étant pas Strasbourgeois, ont réussi à rassembler les acteurs de la scène locale. Sous-entendu : “pourquoi vous n’avez jamais rien fait ?” Et la discussion n’a tourné qu’autour de ce qui ne va pas. Du coup, on est sortis de là, et avec quelques autres danseurs on s’est dit qu’on ne pouvait pas laisser les choses comme ça et qu’il fallait qu’on soit forts et représenter la culture hip hop à Strasbourg. »

Un pour tous, tous pour le collectif

Et pour être plus fort, quoi de mieux qu’une initiative commune ? Né dans les ghettos du Bronx aux États-Unis au début des années 70, le mouvement hip hop débarque en France dix ans plus tard. Dès le départ, les notions de « crew » (« équipe » ou « groupe », en anglais, ndlr) et de collectif sont surtout l’ADN de la danse hip hop, discipline qui s’est déclinée en de nombreuses compagnies dans l’Hexagone.

Si Big Est compte une majorité de danseurs dans ses rangs, plus habitués à travailler en groupe, les autres disciplines – rap/chant, beatbox, deejaying et graffiti – sont aussi représentées parmi les 18 personnes du bureau de l’organisation.

Intermittents du spectacle, professionnels ou semi-pro, le collectif concentre plusieurs générations d’acteurs du hip hop : « Ne parlons pas d’âge ! », sourit Cyrielle. « Il y a des petits bébés », précise-t-elle en désignant un membre du collectif visiblement adolescent, « jusqu’à Mouss ! », le taulier des Sons d’la Rue et jeune quadra. Fou rire général.

Sujet de la réunion du soir : structurer le collectif en une association. Photo : Big Est / Instagram.
Sujet de la réunion du soir : structurer le collectif en une association. (Photo : Big Est / Instagram)

Dans le hip hop, on représente un quartier, un territoire. Le collectif a choisi le blaze de « Big Est », « Grand Est », en anglais. L’idée : devenir une référence « à la droite de Paris » sur une carte. Et pourquoi ne pas se calquer sur le modèle administratif de la région Grand Est et regrouper aussi la Lorraine et la Champagne-Ardennes ?

« Même l’Allemagne ! Une nana est déjà venue peindre lors d’une rencontre. L’idée c’est d’ouvrir au plus grand nombre : plus on est fous, plus on rit », complète Meelady. Cette chanteuse strasbourgeoise, ancienne choriste de la rappeuse Diam’s sur deux tournées mais également membre des Pin’up d’Alsace, explique qu’au sein du collectif, chacun s’implique comme il l’entend :

« On a tous un job, on est tous artistes, on a tous des concerts qui terminent tard le soir ou d’autres trucs. L’idée c’est que tu puisses t’impliquer à hauteur de ce que tu veux, de ce que tu peux donner. »

Les Rencontres : créer des open space entre acteurs de la culture hip hop

En septembre 2018 puis en janvier, le collectif a organisé deux « Rencontres », au Centre chorégraphique de Strasbourg et au centre socio-culturel du Fossé-des-Treize, exclusivement réservées aux artistes de la culture hip hop. Une manière pour Big Est de renouer avec les racines du mouvement hip hop en mixant toutes les disciplines en un seul lieu. Meelady détaille :

« Pas de public ni d’enjeux financiers : l’idée c’était vraiment de créer une forme d’open space entre artistes, pour tchatcher entre nous de façon posée. Une centaine de personnes est venue dans ces espaces et la première réunion était aussi l’occasion de mélanger les différentes disciplines du hip hop. On s’est rendus compte qu’il y avait des petits cercles mais qu’on ne se mélangeait pas trop : on reste entre chanteurs, entre rappeurs, entre danseurs, entre graffeurs… »

« Et pourtant on se connaît tous ! », constate Cyrielle. Ces réunions ont servi au collectif à lister les acteurs du monde du hip hop afin d’établir un annuaire qui recense, pour le moment, 355 personnes dans toute l’Alsace.

« Venez les gars ! Y’a des saltimbanques ici ! »

Les Strasbourgeois ont eu l’occasion de croiser Big Est lors des « street shows », des spectacles de rues, qu’ils ont donné en août et en septembre, place Kléber et place du Château, et en décembre, rue des Grandes-Arcades.

Une fois l’autorisation obtenue via l’association musique et art centre de Strasbourg (AMAC) de se produire dans la rue, les danseurs, chanteuses, et beatboxeurs se sont lancés sur le bitume. Meelady raconte un moment marquant à la fin de l’été dernier : 

« C’était un soir où il y avait eu un problème technique lors des illuminations à la cathédrale. Les gens n’ont pas pu voir le spectacle alors on les a alpagués “venez les gars, y’a des saltimbanques ici !” et ça a trop bien marché ! Comme toutes les lumières étaient éteintes, on a demandé à tout le monde d’allumer les téléphones. C’était beau, c’était un super moment. »

Patrimoine et office du tourisme du hip hop

Autre ambition de Big Est, préserver la mémoire du hip hop à Strasbourg et en Alsace. Pour Mouss, investi depuis 1996 aux Sons d’la Rue dans le développement de projets artistiques issus des quartiers populaires, il s’agit d’un « devoir de transmission » dont les acteurs du mouvement hip hop doivent s’emparer avant qu’il ne soit récupéré par les institutions :

« Qui est capable de faire ce genre de travail à part les personnes qui ont vécu cette culture et qui ont traversé les époques jusqu’à maintenant ? »

Deux membres du collectif, Lockino et Hilda, sont chargés de collecter les 30 ans d’archives du hip hop à Strasbourg et en Alsace et de les écouter, les disques durs sont déjà bien remplis et Big Est a d’ailleurs créé une adresse e-mail (archives.bigest@gmail.com) pour réunir et compiler les photos et vidéos prises lors d’événements. Cyrielle estime ce devoir de mémoire nécessaire : 

« Il faut qu’on préserve ce patrimoine, pour que les jeunes générations arrivent à se rendre compte que tout ce qui existe vient de quelque part. Et si on ne préserve pas tout ça, on balance tout ce qu’on a fait. »

Et la suite ? Dans ses rêves les plus fous, Big Est imagine un centre culturel pluridisciplinaire dédié au hip hop à Strasbourg, sur le modèle de La Place, qui a ouvert aux Halles à Paris, en 2015. « On parle d’office de tourisme du hip hop », sourit Cyrielle qui se projette déjà : « Non mais t’imagines ? Ça serait magnifique. Parce-qu’on l’aura, c’est sûr ». Avant ces grands projets, une rencontre sur le Hip hop strasbourgeois vu par les « anciens » se tient à la Course Art Gallery, rue de la course dans le quartier Gare ce jeudi 11 avril à 19h.

Quand il a fallu transformer la Laiterie dans les années 1990

Quand il a fallu transformer la Laiterie dans les années 1990

Archives vivantes – La Laiterie, c’est une salle de concert bien connue à Strasbourg et au-delà. Tellement, qu’on en oublierait presque l’activité qui lui a donné son nom. Les discussions pour la transformation dans les années 1990 ont connu plusieurs revirements. Deuxième et dernier volet de cette mini-série.

Le premier volet de cette mini-série revenait sur l’histoire de plus de 60 ans de collecte, de pasteurisation et de distribution de lait aux portes du centre-ville. La vie de l’usine de « la laiterie centrale de Strasbourg » marqué notamment par une unique – et aussi éphémère que réussie – grève de en 1974, que la direction voulait contourner.

L’objectif initial : un « bordel organisé »

À partir de 1979, le site proche de la gare passe plus de 10 ans à l’abandon (vidéo 1), parfois squatté. Avec l’élection de Catherine Trautmann (PS) en 1989, la nouvelle majorité à gauche souhaite donner une ambition culturelle à cette friche au cœur d’un quartier populaire. Le jeune l’architecte strasbourgeois Georges Heintz est sélectionné. Le concepteur des Docks de la presqu’île Malraux à Strasbourg, bâtiment multi-primé, garde un souvenir contrarié de cette transformation. Son ambition était un de créer un lieu foisonnant, où plusieurs types d’artistes se côtoyaient :

« En visitant des studios à Paris et en rencontrant des groupes, je m’étais rendu compte que dans ces endroits, il y avait des artistes, mais aussi des babacools, des jeunes en déshérence, qui fuguaient et donc une grosse demande sociale. À Strasbourg, il n’y avait pas de lieu comme ça et 150 groupes cherchaient un endroit où répéter. Il fallait autre chose que juste un lieu d’enregistrement avec un accueil. Une réponse technique ne suffisait pas. Mon idée, c’était une ruche, un bordel organisé avec tous types d’art. Catherine Trautmann était bottée à fond. Mais les échanges étaient parfois difficiles avec les services de la Ville qui avaient une autre culture et voulaient un espace très organisé. »

« L’époque exigeait de la mixité »

Dans la vaste salle centrale (130 mètres de long), l’architecte imaginait des alvéoles ouvertes, délimitées par les piliers modulables. Cette flexibilité offrait aux occupants la possibilité de se croiser. L’objectif : permettre de « s’adapter à des projets réversibles, malléables, évolutifs ». Et cela sur plusieurs niveaux. Pour l’architecte, c’était aussi une tendance dans les années 90 :

« C’était l’époque des transformations de la friche Belle de Mai à Marseille ou des anciennes usines Lu à Nantes (le Lieu unique). Ce que l’époque exigeait, c’était de la mixité. Cela parait ancien aujourd’hui, mais c’était le tout début des clips à la télévision, du rap, à une époque où les Bi-bop faisaient office de téléphone portable. Partout en France, il y avait une frénésie pour ces nouveaux lieux. On entrait dans une époque créative. »

La « ruche » tuée par les impératifs

Mais l’idée de la ruche fut rattrapée par d’autres impératifs :

« Toutes les démolitions étaient faites. Mais à ce moment là, il a fallu trouver des espaces pour le Conservatoire, qui partageait ses locaux avec le TNS qui s’agrandissait. On a à nouveau cloisonné les murs pour que le conservatoire déménage à la Laiterie. »

En 2006, le Conservatoire investit ses nouveaux (et actuels) locaux place de l’Étoile. La friche Laiterie est alors créée (vidéo 3). C’est un lieu dédié à la création culturelle, ouvert à diverses compagnies. L’association éponyme, qui gérait aussi le hall des Chars, est ensuite partie lorsque ce bâtiment est devenu l’Espace K début 2016. Les bâtiments sont aujourd’hui répartis entre plusieurs structures, certains étant directement administrés par la municipalité.

L’histoire de la peinture

Autre idée avortée : mettre une peinture photo-luminescente sur les murs. Georges Heintz se souvient d’une anecdote :

« Catherine Trautmann vient dans mon bureau. Je l’emmène dans un cagibi de 2m² où la maquette était sous bâche. Le garde du corps est suspicieux, mais Catherine Trautmann lui dit que c’est bon. J’éteins la lumière et enlève la bâche d’un coup. Surprise, Catherine Trautmann pousse un petit cri et le garde du corps débarque. Et les deux disent que c’est super. Le projet est présenté, mais une tribune d’un universitaire strasbourgeois, le mari de l’adjointe écologiste Andrée Buchmann, explique que cette peinture est cancérigène et cela a mis fin à l’idée. »

On peut voir cette peinture depuis l’autoroute à hauteur de Mundolsheim, où elle recouvre les grandes lettres sur la façade de l’entreprise Sagos.

L'ancien bâtiment se distinguait par sa couleur bleu (diapositive remise)
L’ancien bâtiment se distinguait par sa couleur bleu (diapositive remise)

Des parkings et des bureaux pour une « skyline »

Le long de l’autoroute, un grand hangar est « pété en une demi-journée » pour faire place à l’actuel parking du Ban-de-la-Roche. Pour le stationnement, Georges Heintz avait justement une idée. Face au talus de l’A35, l’architecte souhaitait construire des parkings sur quelques niveaux, surmontés de plusieurs grandes « tours sculptées » de bureaux. « Un super emplacement près du centre, et directement accessible par l’autoroute », se souvient aujourd’hui à regret l’architecte.

Les tours auraient permis de couper le son des véhicules, de financer la construction du parking et de faire émerger « un début de skyline strasbourgeoise ». L’idée : les places qui se remplissent le matin et se vident le soir au rythme des allées et venues des salariés. Ainsi, ils libèrent les emplacements pour les riverains et les spectateurs des salles de spectacles le soir. En 2019, le stationnement difficile dans le quartier, en particulier les soirs de concert et de représentations, est toujours un sujet de mécontentement dans ce quartier populaire.

La Laiterie, la salle rock

En 1991, Georges Heintz remporte aussi l’autre concours, celui de la salle rock. La livraison est demandée pour 1994. Cette fois, il puise son inspiration d’Amsterdam, où il travaille sur d’autres projets :

« C’était l’ambiance post-punk, il s’ouvrait des endroits géniaux pour concerts, où l’on pouvait fumer, boire, manger, écouter de la musique, se faire tatouer. Cela drainait du monde. Le but était de créer une scène alternative à Strasbourg. »

Parmi les défis à relever, l’architecte des bâtiment de France avait demandé de garder le toit pointu sur la maison rue de Hohwald. Côté rue de Ban de la Roche, les fenêtre qu’on l’on aperçoit de l’extérieur ont leur histoire :

« À ce moment là, on imaginait un bar à l’étage avec vue sur l’autoroute qui n’avait pas encore son mur antibruit. Ainsi, le soir on voyait et les voitures qui défilent à toute allure dans les deux sens, avec les lumières des phares qui éclairaient la Laiterie. « 

L’architecte a dû faire preuve d’imagination avec un budget limité, mais sans rogner sur la technique. « Le bloc noir, c’est un coffrage brut. Ce n’est pas ce qu’il y a de plus beau mais c’était le moins cher et il est d’origine ». Autre fierté, « la pluie d’étoile » sur le plafond, avec 3 000 douilles de chantier, mais qui n’existe plus

À l’intérieur, le pont suspendu est fait pour que les visiteurs voient les artistes passer des loges à la scène (ce qui rappelle la conception du nouveau Maillon) depuis la « rue intérieure », avant ou après les concerts.

La demande de sièges

La conception du lieu fut moins contrariée que celles des bâtiments en face. Mais l’architecte a dû jongler avec plusieurs demandes :

« Les élus voulaient des sièges assis. Un truc de vieux alors que c’était une salle rock ! Cela a fait des mois de débat. Les techniciens voulaient aussi une seule régie centrale pour les deux salles, derrière une vitre. Ils’étaient opposés à ce que deux concerts soient joués en simultané. J’avais prédit que les artistes et leurs équipes y entreposeraient leurs vestes. Et dès le premier concert, c’était devenu un vestiaire géant. »

Le groupe strasbourgeois Kat Onoma joue pour l’inauguration de la salle, le 27 octobre 1994 (vidéo 2). « Je flippais à mort », se rappelle l’architecte, qui se demandait si le public allait suivre. Avec le recul, l’usage de la salle correspond aux visions de l’architecte :

« Quand je vois ce qu’ont fait Thierry Danet et son association avec l’Osophère c’est exactement ce à quoi on avait pensé. Artefact a marqué l’identité du lieu. Vingt cinq ans plus tard, La Laiterie est l’une des salles avec le plus de dates en France, notamment grâce à son acoustique excellente. »

Retour de l’Osophère et rénovation du quartier

Après quelques éditions à la Coop au Port-du-Rhin, le festival des nuits électroniques de l’Ososphère réinvestira plusieurs rues du quartier Laiterie entre le 13 et le 22 septembre, comme dans les années 2000. Le secteur devrait connaitre une nouvelle transformation notable au début des années 2020 avec la rénovation de quelques artères. En particulier, la partie ouest de la rue du Hohwald, entre la salle de concert et l’ex-usine, doit devenir piétonne et aménagée de manière conviviale.