Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Avec ces Strasbourgeois qui vivent sur l’eau

Avec ces Strasbourgeois qui vivent sur l’eau

La copropriété ? Très peu pour eux. Au Port de plaisance de Strasbourg, le long du quai des Belges, ils sont une vingtaine de Strasbourgeois à avoir troqué leur appartement ou leur maison pour vivre sur une péniche. Entre soif de liberté, contraintes administratives et relations de camaraderie parmi voisins de quais, rencontre avec ces bateliers qui ont fait le choix de quitter la terre ferme pour les remous du bassin de la Citadelle.

Il est 18 heures, le soleil se couche à peine et des files de joggeurs se succèdent déjà le long du parc de la Citadelle à Strasbourg. Avec leurs lampes frontales et leurs bonnets bien vissés sur la tête, ils bravent le froid et la nuit. Dans leur parcours, entre Rivétoile et le quai des Belges, ils côtoient des habitants un peu particuliers : des Strasbourgeois qui « vivent sur l’eau », dans des péniches ou des bateaux de plaisance.

Lisa, neuf ans, et Hélène, 29 ans, en route pour la terre ferme. Destination : l’école. (Photo GK/ Rue 89 Strasbourg/ cc)

À la nuit tombée, les lumières commencent à s’allumer sur le port, géré par le concessionnaire de bateaux Europe Boat Trading. Ici, un peu à l’écart de la route, une vingtaine d’habitants, venus des quatre coins de la France, vivent à l’année sur des monstres de ferraille et d’acier.

Sylvain, la quarantaine, nous retrouve à l’entrée, derrière un grand portail à code. Ne rentre pas qui veut dans ce port privé. Une fois la nuit tombée, les lumières du Vaisseau et des grues de Rivétoile, se reflètent dans l’eau calme, à peine troublée par le passage d’un canard, d’un cygne ou d’un ragondin.

Le bateau de Sylvain est au bout des quais flottants, un peu à l’écart. « Il s’appelle le Passat, comme la voiture : ça signifie « alizé » en allemand, ça ne s’invente pas pour un bateau ! », explique-t-il dans un sourire. Il n’est pourtant pas question ici d’un voilier : Sylvain vit depuis quelques années sur ce bateau à moteur d’environ 50 mètres carrés, d’une longueur totale de 14 mètres sur 4 mètres de large. « En hiver c’est un peu exigu. Mais en été, on peut utiliser comme terrasse tout le ponton supérieur, c’est que du bonheur ! »

Une vingtaine installés au port de Strasbourg

Ils sont une vingtaine, comme Sylvain, à vivre dans ce petit port en face du parc de la Citadelle. Pas seulement quand les beaux jours sont là, mais aussi en hiver, à la recherche d’un mode de vie particulier, d’un peu plus de liberté… Tous les habitants de ce petit port, ce « petit village » flottant, partagent la même soif de sortir des sentiers battus… et de quitter la terre ferme.

Sur le petit espace d’herbe entre les quais flottants et la route, en pleine conversation avec Sylvain, nous croisons un petit lapin noir, rencontre un peu inhabituelle dans un port. C’est Precious, le lapin de la petite Lisa, qui vient de rentrer de l’école.

« Un port c’est un environnement un peu hostile pour un lapin, ce serait con qu’il tombe à l’eau, surtout par cette température ! » soupire Jean, le père de Lisa. Originaire de Toulouse, la petite famille vit à Strasbourg depuis quatre ans.

Nous laissons là Lisa et son lapin échappé ; Sylvain nous fait le tour du port, nous montre les bateaux, entre petite barque mignonnette et grands yachts. Mais la plupart ne sont occupés que l’été ; les péniches, elles, sont pour la plupart habitées à l’année.

Des logements exigus mais fonctionnels et optimisés

Direction « Le Passat », la péniche de Sylvain : l’entrée sur le pont se fait par une petite échelle sur le côté : il faut ensuite courber la tête pour pénétrer dans l’espace entrée-salon. Un peu en contrebas, l’espace cuisine-salle à manger : c’est un peu exigu, assez sommaire, mais fonctionnel. De l’autre côté, un petit couloir qui mène à la salle de bain (équipée de toilettes électriques), et la chambre de Sylvain. Tout est en bois ; le tout ne manque pas de charme. Étonnamment, il fait assez chaud. Le thermomètre affiche zéro degrés dehors, mais il fait bon à l’intérieur :

« Ce genre de bateaux est assez bien isolé, et le chauffage central marche très bien ! On peut aussi chauffer au bois, ça permet d’éliminer un peu de l’humidité ambiante. Mais honnêtement, il ne fait pas plus humide que dans un appartement. Quand il n’y a pas de fuite dans la coque ! »

Pour éviter les fuites justement, il est obligatoire de sortir sa péniche de l’eau tous les 10 ans. C’est l’occasion de refaire un coup de peinture, et surtout de vérifier que l’épaisseur de la coque (souvent en acier) est homogène.

Nous retrouvons Jean sur sa péniche, achetée il y a 4 ans pour 130 000 euros, pour 60 mètres-carrés. Sa fille Lisa a récupéré son lapin entre temps, nous voilà rassurés. Avec son accent chantant du Sud, Jean retrace leur parcours :

« On habitait à Toulouse avant, sur une péniche. Une fois arrivés à Strasbourg, nous avons voulu acheter, mais pas un appartement ! Habiter sur une péniche, ça nous va très bien. La copropriété, non merci. »

Une vie de liberté…

Cette volonté de s’échapper d’un habitat « classique », de poursuivre une certaine idée de la liberté, se retrouve chez nombre de bateliers. Christophe et Cloé, anciens restaurateurs à Saint-Malo, ont fait 800 kilomètres jusqu’aux Pays Bas pour acheter leur péniche :

« On venait de faire la fermeture du restaurant, il était deux heures du matin. On avait vu l’annonce pour cette péniche sur un site Internet hollandais, on a sauté dans la voiture pour la visiter. Le lendemain, on avait signé le bail. »

Aujourd’hui, ils revendent leur bateau, pour la bagatelle de 120 000 euros (« négociables bien sûr ») pour aller s’installer au Panama : ils y reprennent un hôtel. Christophe, boulimique de nouvelles expériences (il est aussi passionné de photographie, de cuisine et… de couteaux), revendique ce mode de vie, toujours en mouvement :

« Le métro-boulot-dodo, c’est pas notre truc. On en avait assez de vivre en appartement… Un bateau comme ça, ça demande de l’entretien et de la débrouille : il faut être très polyvalent et ne pas avoir peur de toucher à tout. Au début je ne savais pas réparer grand-chose, mais des amis m’ont aidé. Maintenant que je sais comment fonctionne le moteur d’un bateau, c’est que du bonheur ! C’est ça aussi qui est intéressant, de se sortir de sa zone de confort et toujours apprendre. »

La péniche de Christophe et Cloé dispose d’une surface habitable de 40 mètres carrés. A l’intérieur, tout est optimisé… seule contrainte, ne pas être trop grand ! (Photo remise)

… mais aussi beaucoup de contraintes

Mais au-delà du rêve d’embrasser un mode de vie un peu décalé, habiter à l’année sur une péniche c’est aussi accepter les (nombreuses) contraintes qui vont avec : l’entretien, souvent onéreux (plusieurs milliers d’euros pour une révision complète), la lenteur de ce mode de transport (une moyenne de 6 km/h…), et les obligations administratives et légales auxquelles sont soumis chaque propriétaire de péniche.

Tout propriétaire de bateau doit payer chaque année une « vignette plaisance », en fonction de la longueur de son bateau et la puissance de son moteur, à Voies navigables de France, pour pouvoir naviguer. (Photo EB – Rue89 Strasbourg)

Vincent, jeune retraité et propriétaire d’une péniche qu’il propose en location sur le site Airbnb, reconnaît qu’il existe de nombreuses contraintes inhérentes à la vie sur un bateau. Sur la collecte des eaux d’abord : les « eaux noires » (issues des sanitaires ou des douches par exemple) comme les « eaux grises » (eaux de cuisine, ou contenant des produits ménagers) doivent en théorie être collectées dans des cuves pour être ensuite récupérées et traitées. « Dans la pratique, les gens rejettent souvent leurs eaux directement dans l’eau, surtout s’ils vivent sur de vieux bateaux qui ne sont pas équipés. Mais certains ont des petites stations d’épuration à bord ! » explique Vincent.

L’électricité est fournie par le biais de bornes placées sur le quai. Dans le port de plaisance de Strasbourg, elle doit être payée en plus du « loyer » que doit chaque plaisancier à Europe Boat Trading, entre 4 000 et 6 000 euros par an pour une péniche de taille standard. Mais tous s’y retrouvent : « comme on réside dans un port privé, on ne paie ni taxe d’habitation ni taxe foncière. Au final ça ne coûte pas plus cher à l’année de vivre dans un port que dans un appartement ou une maison », explique Sylvain.

Un « petit village » sur l’eau, où tout le monde se connait

Et niveau vie de quartier, Jean et ses voisins de quai n’ont rien à envier à la terre ferme. Selon Jean, leur besoin d’autonomie revendiqué n’empêche pas à ce microcosme un peu « en marge » d’avoir créé un « petit village » :

« Ici tout le monde se connaît, on surveille les bateaux des copains et inversement. Les ragots vont bon train, mais globalement tout le monde respecte l’intimité des autres. On boit des bières ensemble, on fait des soirées tartes flambées au printemps… C’est comme la fête du village quoi ! »

Pour Lisa, la fille de Jean, il a fallu intégrer quelques règles bien spécifiques : ne pas courir sur le pont, toujours être accompagnée quand elle quitte la péniche… et apprendre à nager très tôt.  (Photo EB – Rue89 Strasbourg)

Un village flottant donc, qui vit au grès des arrivées, et des départs. Mais qui a su profiter d’une meilleure image au fur et à mesure, selon Jean :

« Pendant longtemps, les mariniers étaient considérés un peu comme des manouches, des gitans, et avaient mauvaise réputation. Aujourd’hui les gens qui vivent sur des bateaux viennent d’un peu partout, font tous les métiers. Ici à Strasbourg on a de tout : un plombier, des retraités, une agente d’entretien, une maître de conférence, un architecte… »

La porte de sa péniche refermée, le calme retombe sur le port : avec les beaux jours, Sylvain, Jean et les autres seront rejoints par ceux qui ne restent sur leur bateau que quelques semaines par an. Le port accueillera deux fois plus de bateliers, sans compter ceux qui louent un bateau à la journée.

En attendant, l’eau du bassin de la Citadelle continue de refléter les lumières au loin du Vaisseau… et des petites fenêtres de ces habitats posés sur l’eau.

#Quai des belges

Schiltigheim : Schilick Écologie fait bande à part

Schiltigheim : Schilick Écologie fait bande à part

Schilick Écologie se lance seule dans les élections municipales anticipées à Schiltigheim en avril. La liste prône un changement d’attitude, un urbanisme plus équilibré et laisse la porte ouverte à d’éventuelles alliances de second tour.

L’association Schilick Ecologie présentera une liste autonome « Vivre Schilick » aux élections municipales anticipées à Schiltigheim les 7 et 15 avril. À sa tête, Danielle Dambach a dévoilé ses premiers colistiers à la Cab’Anne . . .

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#Schilick écologie

« En Marche » pas emballé par les municipales à Schiltigheim

« En Marche » pas emballé par les municipales à Schiltigheim

La tenue d’élections municipales anticipées à Schiltigheim pourrait servir de laboratoire pour tester « En Marche » sur une campagne locale. Alors que les grosses écuries se lancent dans la bataille, le mouvement présidentiel est toujours silencieux. Normal, car plusieurs lignes coexistent dans le parti… sans cohabiter.

Les deux anciens boss de Schiltigheim, Jean-Marie Kutner et Chrisitian Ball, inaugurent leurs locaux de campagne. Pendant ce temps chez « En Marche » le mot d’ordre est que « la décision, en lien avec le national, n’est pas prise » précise la référente départementale Laurence Vaton. Quoiqu’il en soit il n’y aura « aucun soutien » du mouvement présidentiel à l’ex-premier adjoint Christian Ball (LR), ni au maire sortant, Jean-Marie Kutner (ex-UDI). Avec ces élections municipales anticipées les 8 et 15 avril, le mouvement en Marche pouvait utiliser Schiltigheim comme un laboratoire pour des élections locales. Mais à deux semaines de la date limite du dépôt des listes en préfecture, il n’y a aucun signe de mobilisation chez « En Marche. » Ses principaux élus et représentants regardent ailleurs.

Deux comités dans la même ville

Comme d’autres formations avant elle, En Marche se heurte au micro-climat politique schilikois. Là où ailleurs certains comités locaux formés pour l’élection présidentielle peinent à trouver un second souffle, la cité des Brasseurs en compte… deux ! Celui historique Eurométropole Nord (à Schiltigheim, Souffelweyersheim, Reichstett, Hoenheim et Bischheim), rebaptisé « Schiltigheim et environs » lorsque la majorité locale a explosé et un autre « LaREM Schiltigheim« , créé par quelques dizaines de militants en juin 2017, pour être au plus proche des problématiques schilikoises.

Appel à candidatures puis plus rien

Lors d’une réunion avec plusieurs dizaines de militants le jeudi 22 février, il a été convenu que les candidatures devaient être adressées à Laurence Vaton et Alain Fontanel, premier adjoint au maire à Strasbourg et membre du bureau exécutif d’En Marche. En plus des deux élus strasbourgeois, le député de la circonscription et ancien référent bas-rhinois Bruno Studer et sa suppléante Axelle Benamran sont aussi présents. Mais près de deux semaines plus tard, peu d’infos filtrent sur ces candidatures. Il faut 41 candidats hommes et femmes pour monter une liste. Ferveur et tractations dans les rangs ? Même pas : le comité local « Schiltigheim et environs » vient de communiquer sur… la tenue de son prochain atelier le 22 mars, autour d’un sujet national, la loi immigration.
Schiltigheim, un mélange d’identité d’urbaine et d’identité alsacienne aux portes de Strasbourg (photo François Schnell / Flickr / CC 2.0)

Marcheurs éparpillés sur 3 ou 4 listes

Les convergences entre centre-droit et centre-gauche le temps d’une présidentielle, facilitées par des candidats très à droite et très à gauche vainqueurs des primaires PS et « Les Républicains », se heurtent aux divergences locales. Christian Ball annonce « 3 ou 4 » marcheurs et marcheuses présents sur sa liste. Parmi eux, Anne Meunier ancienne élue d’opposition avec l’ancien maire Raphaël Nisand (PS passé chez LREM). L’écurie Jean-Marie Kutner compte dans ses rangs Patrick Heiwy, Pierrick Poisbeau, Christian Deleau, Myriam Kehrli ou encore Gérard Bouquet comme adhérents ou proches du parti présidentiel. Tandis que d’autres marcheurs ont de la sympathie pour les écologistes, qui doivent présenter leur liste ce jeudi 8 mars. Chez les militants, une partie plaidait pour une liste autonome d’En Marche. Après tout, le renouvellement des visages (aussi appelé « dégagisme ») a bien fonctionné aux élections législatives (et à Kaysersberg). Problème : personne ne s’impose comme candidat à Schiltigheim pour le mouvement présidentiel, plutôt occupé à resserrer ses troupes qu’à devoir trancher entre plusieurs lignes. Des Schilikois ont aussi fait part d’un mystérieux sondage pour tester la notoriété de personnalités schilikoises d’En Marche. Des sources répondent que d’autres noms de candidats figuraient aussi dans ce questionnaire. Pour pallier cette carence, d’autres proposaient une alliance temporaire avec l’ancien adjoint démissionnaire Christian Ball (dont la démission fracassante n’est pas sans rappeler un certain Emmanuel Macron, un temps ministre de l’Économie de François Hollande). L’objectif était de bénéficier de l’expérience du mandat pour les deux années de transition, puis refaire des listes séparées en 2020.

Beaucoup à perdre

Dans cette élection aux paramètres très incertains (quelle participation ? quelle importance pour la notoriété des candidats ? quel rejet ?), « En Marche » pourrait décrocher sa première ville, avec plus de 31 000 habitants. Une belle opportunité, surtout après y avoir cartonné aux élections législatives en juin 2017. Mais elle a aussi beaucoup à perdre. À deux ans des élections municipales générales, une défaite lors d’une ces élections anticipées pourrait avoir un retentissement national, comme les élections législatives partielles fin janvier. Localement, la petite musique irait à l’encontre d’une machine bien huilée qui avance sereinement vers ses objectifs à Strasbourg, autour des adjoints au maire actuels, Olivier Bitz et Alain Fontanel. De plus, une éventuelle alliance de second tour pousserait le parti à se positionner à gauche ou à droite, ce qu’il a soigneusement évité de faire jusqu’ici. Animateur du comité « LaREM Schiltigheim », Elric Ferandel, professeur de mathématiques et candidat sans étiquette en 2014 (4,67%) s’étonne quelque peu de l’atonie de son mouvement :
« Nous sommes toujours en phase d’attente. Mais le temps venu, il faudra prendre position et nos responsabilités. »
Son homologue du comité « Schiltigheim et environs », Raphaël Kleinklaus est plus nuancé et pour lui, « il n’y a pas de bonne solution » :
« Comme toutes les autres formations, les démissions nous ont pris de court. Le débat est aujourd’hui focalisé sur la « bétonisation » qui est surtout un sujet de centre-ville, mais pas dans les grands ensembles des quartiers populaires. Il y a aussi le stationnement, la mixité, la transition énergétique ou la pauvreté. On avait commencé à travailler sur les transports, avec l’idée par exemple de mieux utiliser la gare et le réseau ferré. Mais pour être sérieux, il faut faire un minimum de recherches, poser des questions à l’Eurométropole, etc. C’est aussi notre crédibilité locale qui est en jeu. Et d’un autre côté, ce serait normal que le mouvement du gouvernement soit représenté dans une élection. Nous sommes consultés, mais la décision appartient à la commission nationale d’investiture et je la respecterai. »
Quant au député Bruno Studer, il annonce une décision « sous 48 heures » pour son mouvement :
« Nous nous sommes distanciés de Ball-Kutner, car ils ont obtenu une majorité pour six ans qu’ils n’ont pas su mener au bout. En tant que parlementaire, cela me conforte sur la non-fusion des listes entre deux tours d’une élection municipale, comme le proposait le sénateur alsacien Daniel Hoeffel en 1988. »
Plus à gauche, Schiltigheim peut aussi servir de laboratoire pour le rapport de force entre Insoumis, et un PS autrefois puissant, aujourd’hui en retrait dans un projet de liste citoyenne, écologiste et d’union. Voilà pourquoi l’élection schilikoise est scrutée de près du côté de la capitale du Grand Est.

La Laiterie taguée de slogans contre le concert de Bertrand Cantat

La Laiterie taguée de slogans contre le concert de Bertrand Cantat

Ambiance tendue autour du concert de Bertrand Cantat à la Laiterie ce mercredi 7 mars. Les associations féministes protestent contre une “impunité des agresseurs” en couvrant les murs autour de la Laiterie de leurs slogans.

“Cantat Assassin”, “Féminicide”, voilà les mots qui jalonnent le chemin des spectateurs se rendant au concert, complet, de Bertrand Cantat ce mercredi 7 mars à la Laiterie. Une date qui fait mouche, la veille du 8 mars, journée internationale des Droits des femmes, et qui a nourri la protestation d’associations féministes locales, comme Osez le féminisme 67 et le collectif ACAP (Anti Capitalisme Anti Patriarcat).

Ce mardi 6 mars, un collectif de militantes se rend aux abords de la salle de spectacle pour recouvrir les murs d’affiches avec le visage du chanteur et la mention “Assassin en concert”. Peu de temps après, vers 23h, un autre groupe arrive, bombes de peinture et pochoirs en main, pour taguer des slogans similaires… jusqu’à ce que l’arrivée de la police mette fin à leur action.

Les militantes féministes protestent contre "la célébration d'un auteur de féminicides" (Photo GK/ Rue 89 Strasbourg/cc)
Les militantes féministes protestent contre « la célébration d’un auteur de féminicides » (Photo GK/ Rue 89 Strasbourg/cc)

Au sol, la mention “Remember Marie” brille en lettres rouges. Marie, c’est Marie Trintignant, morte en 2003 sous les coups de l’ex-chanteur de Noir Désir, condamné en 2004 à huit ans de prison pour l’homicide involontaire de sa compagne. Il avait obtenu sa liberté conditionnelle 3 ans après. Depuis, il a repris une activité artistique en solo et est actuellement en tournée dans toute la France.

Pour les associations féministes, c’est cette exposition artistique et médiatique qui est à condamner. Le collectif ACAP s’est joint à d’autres associations comme Les Effronté-e-s et le Collectif Copines pour demander l’annulation du concert dans une lettre ouverte au maire, de Strasbourg Roland Ries (PS) dans laquelle elles justifient leur demande par un souci de ne pas laisser impunies “les violences de genre » :

“Accorder à un auteur de féminicide (le meurtre d’une femme en raison de sa condition féminine, ndlr) la possibilité de maintenir son statut de personnalité publique n’est pas anodin. Cela renvoie l’image d’un soutien indifférent au crime qu’il a commis, et d’un mépris envers les victimes de violences et de crimes genrés”.

Plusieurs associations ont recouvert les murs aux abords de la Laiterie pour rappeler le rôle du chanteur dans la mort de Marie Trintignant (Photo GK / Rue 89 Strasbourg / cc)
Plusieurs associations ont recouvert les murs aux abords de la Laiterie pour rappeler le rôle du chanteur dans la mort de Marie Trintignant (Photo GK / Rue 89 Strasbourg / cc)

Un premier collectif a couvert les murs d'affiches rappelant les femmes mortes sous les coups de leur conjoint (Photo GK/ Rue 89 Strasbourg/ cc)
Un premier collectif a couvert les murs d’affiches rappelant les femmes mortes sous les coups de leur conjoint (Photo GK/ Rue 89 Strasbourg/ cc)

“La responsabilité de ceux qui participent à la programmation de ses concerts”

Dans un communiqué, l’association Osez le féminisme 67 veut surtout “rappeler les faits” :

“Bertrand Cantat a tué. Et en effet cette réalité doit déranger. Nous sommes du côté de celles qui ne sont jamais entendues ni reconnues. Se servir de sa notoriété pour faire accepter ses crimes est une des stratégies récurrentes des agresseurs. Cantat sait très bien profiter de son statut pour légitimer sa présence médiatique. Se pose la question de la responsabilité de ceux qui participent à la programmation de ses concerts et qui le soutiennent.”

C’est pour faire passer ce message auprès des organisateurs et spectateurs qu’elles ont décidé de les accueillir avec les slogans “Stop agresseurs”, “#Féminicide”, “Cantat Assassin” et  “Remember Marie”, comme l’expliquent les militantes, bombes de peinture à la main :

“Si cela peut faire réfléchir quelques personnes, c’est déjà ça de gagné. »

Les militantes ont choisi d'agir de nuit par souci de discrétion... (Photo GK/ Rue 89 Strasbourg/ cc)
Les militantes ont choisi d’agir de nuit par souci de discrétion… (Photo GK/ Rue 89 Strasbourg/ cc)

... avant d'être stoppées net par la police (Photo GK/ Rue 89 Strasbourg/ cc)
… avant d’être stoppées net par la police (Photo GK/ Rue 89 Strasbourg/ cc)

Ce mercredi 7 mars, Bertrand Cantat et ses spectateurs seront accueillis par des messages sans équivoque (Photo GK / Rue 89 Strasbourg/ cc)
Ce mercredi 7 mars, Bertrand Cantat et ses spectateurs sont accueillis par des messages sans équivoque (Photo GK / Rue 89 Strasbourg/ cc)

Les slogans militants parsèment les murs jusque sur le pont qui surplombe la rue du Hohwald (Photo GK/ Rue 89 Strasbourg/ cc)
Les slogans militants parsèment les murs jusque sur le pont qui surplombe la rue du Hohwald (Photo GK/ Rue 89 Strasbourg/ cc)

Pression partout en France

Le concert affiche complet et aura bien lieu. La mairie n’a pas répondu à la demande d’annulation de l’événement. L’adjointe chargée des droits des femmes, Françoise Bey (PS), a simplement indiqué que si elle avait pris connaissance de la date plus tôt, elle aurait demandé à déplacer le concert. La municipalité organise au même moment un contre-événement autour d’une projection du film « Jusqu’à la garde » de Xavier Legrand, au cinéma UGC Ciné cité.

Contactée, La Laiterie n’a pas répondu à nos sollicitations. Cette pression n’est pas spécifique à Strasbourg. L’Aluna Festival annonce qu’il déprogramme le chanteur suite au désengagement de partenaires. Dans la Manche, le conseil départemental a retiré sa subvention au festival des Papillons de nuit.

Interpellée publiquement et interrogée sur France Inter ce mercredi 7 mars, la ministre de la culture Françoise Nyssen répond de son côté que Bertrand Cantat « a été jugé et a le droit de chanter » tout en estimant que « les programmateurs ont le droit de décider en responsabilité ».

Une carte collaborative pour recenser les vélos volés à Strasbourg

Une carte collaborative pour recenser les vélos volés à Strasbourg

Une carte en ligne ouverte à tous permet de recenser les vols de vélos à Strasbourg. L’initiative vient d’une Strasbourgeoise qui aimerait qu’on en sache un peu plus sur ce phénomène très intense dans la métropole alsacienne.

Une internaute strasbourgeoise a eu l’idée de mettre en ligne une carte pour recenser les vols de vélos. Chacun peut ajouter un point pour localiser où sa bicyclette a été fauchée, et ajouter éventuellement des détails (date, condition, type de cadenas, arceau ou local privé).

Marion Foussal a pris cette initiative après que son vélo soit volé trois mois plus tôt :

« J’avais d’abord créé le groupe Facebook « Vélos volé Strasbourg » et j’avais remarqué que les gens se faisaient beaucoup voler aux mêmes endroits ou aux même heures. On va voir ce que ça va donner, mais l’idée c’est de voir s’il y a des zones à éviter ou des parcours type pour les voleurs. »

Des dizaines de contribution en quelques heures

Mercredi 7 mars à la mi-journée, soit moins de 24h après la mise en ligne, plus de soixante contributions ont été postées pour plus de 1 500 vues. Sans surprise, les premières contributions se concentrent dans le cente-ville et ses quartiers proches (Krutenau, Gare, Neudorf).

Ce ballon d’essai est hébergé par Google Maps. Mais Marion Foussal souhaite à terme évoluer vers une autre plateforme pour gérer une carte plus puissante, avec peut-être des tris par dates, type de cadenas, inclure les vols de roues ou les dégradations, etc. De quoi créer un embryon d’expertise citoyenne sur le sujet.

Cette nouvelle mouture de la carte serait gérée par « deux ou trois personnes » pour l’administrer et organiser toutes les publications. Sur la carte actuelle, tous les points ne sont pas documentés avec le même degré de précision. D’autres internautes peu familiers avec l’outil ont visiblement ajouté des calques par erreur.

À la même date, le site des « vélos trouvés » de la police à Strasbourg recense 222 vélos dans ses stocks, dont 11 retrouvés en 2018.

Voir la carte et contribuer à la carte sur Google Maps

Dimanche, le Carnaval de Strasbourg inaugure un nouveau trajet

Dimanche, le Carnaval de Strasbourg inaugure un nouveau trajet

Dimanche 11 mars se tiendra le défilé du carnaval de Strasbourg. Il partira à 14h11 précises de la place de l’Étoile et arrivera aux alentours de 16 heures place de l’Université. Une douzaine de chars seront utilisés pour un trajet, qui pour la première fois, aura lieu en partie dans la Neustadt.

« Vibrato, Piston et Octopus » sera le thème du Carnaval de Strasbourg cette année. Sous ces airs énigmatiques, le défilé s’annonce similaire aux dernières éditions. Des chars, des personnages fantastiques et des musiciens jetteront des confettis et danseront sur les deux kilomètres qui séparent la place de l’Étoile de la place de l’Université.

Mais, et c’est une première, le défilé se clôturera devant le palais universitaire, l’un des bâtiments emblématiques de la Neustadt, fraîchement classée au patrimoine mondial de l’Humanité par l’Unesco.

Des activités annexes au carnaval

Les plus motivés pourront participer à des activités annexes du défilé : deux ateliers de maquillage seront proposés place du Maréchal de Lattre de 12h30 à 15h30 et avenue de la Liberté de 13h30 à 16h30. Une exposition de cerfs-volants aura lieu à partir de 13h au parc de l’Étoile, avant le début du défilé. Enfin, les bidulos, nom donné aux chars du carnaval depuis sa reprise par Arachnima, seront exposés après la parade de 16h30 à 17h30 à la place de l’Université.

Le trafic sera interrompu de 9h à 18h au niveau de la rue de Vienne (à côté de la place de l’étoile). Sur le tracé du défilé et aux alentours, la circulation sera interdite à partir de 13 heures et jusqu’à la fin de la parade. Enfin, le stationnement sera interdit sur le trajet du défilé dimanche de 1h du matin jusqu’à 20h.

À l’Elsau, entre cafards et moisissures, des habitants malades de leur logement

À l’Elsau, entre cafards et moisissures, des habitants malades de leur logement

Cafards, punaises de lit, moisissures, ascenseurs en panne, maladies respiratoires… Certains habitants de la cité de l’Elsau, à l’ouest de Strasbourg, vivent dans des appartements insalubres. CUS Habitat, le bailleur des logements concernés, ne fait plus grand-chose pour les entretenir. Reportage auprès de deux familles, qui vivent dans des conditions néfastes pour leur santé depuis plusieurs années.

« Dès qu’on nous propose un autre logement ailleurs, nous partons, le plus vite possible. » Fernand, un habitant de la cité de l’Elsau, au sud-ouest de Strasbourg, peine à contenir sa colère. Entre deux quintes de toux (il est asthmatique), il détaille l’état de son logement : des infiltrations d’eau le long des murs, les joints des fenêtres qui ne tiennent plus, les murs noirs de moisissures, le papier peint qui se décolle, la température glaciale dans la chambre de sa fille…

Dans l’appartement de Fernand, le papier peint n’a pas résisté à l’humidité qui transpire des murs. (Photo EB – Rue89 Strasbourg)

Bienvenue dans l’une des quatre grandes tours d’habitat social de la rue Jean-Martin Weis, en plein cœur du quartier de l’Elsau, au sud de Strasbourg. Dans ces immeubles bâtis au début des années 1970, les marques du temps et de l’usure se voient de plus en plus – et rendent difficile le quotidien des habitants.

Chez Fernand et Nicole, les enfants sont restés à la maison ce matin de février : ils toussent tous les trois, deux d’entre eux ont développé de l’asthme. « On est déjà allé chez le médecin deux fois, on y retourne aujourd’hui… Mais il ne peut pas faire grand-chose », explique Nicole, la maman. À ses côtés, sa fille Chloé, 10 ans, tousse bruyamment.

Derrière le canapé du salon, la grosse tâche d’humidité est toujours présente. Les meubles en bois souffrent beaucoup de cette humidité ambiante : « Je peux en jeter plusieurs, certains sont très abîmés », explique Fernand. (Photo EB – Rue89 Starsbourg)

Dans l’appartement règne une forte odeur d’humidité. Le papier peint se décolle des murs : « J’ai essayé d’en coller plusieurs fois, mais il tombe systématiquement au bout de quelques jours. La peinture, sur le mur d’en face, était jaune. Elle est devenue orange à cause de l’humidité », explique Fernand :

« En hiver on sent le vent de l’intérieur, même quand les volets sont fermés. Les joints des fenêtres ne tiennent plus du tout, le lino du salon est trempé quand il pleut… On a du colmater les trous des fenêtres nous-mêmes. »

« C’est mieux si vous ne percez pas les murs… »

Le volet de la grande fenêtre du salon est constamment baissé, pour éviter d’autres infiltrations. S’il n’y avait que ça… « CUS Habitat nous a dit il y a deux ans qu’on ne devait pas percer les murs, parce qu’il y a encore de l’amiante », s’exaspère Nicole.

La cuisine n’échappe pas aux infiltrations d’eau en-dessous des fenêtres. (Photo EB – Rue89 Strasbourg)

Au quotidien, le mauvais état du bâtiment a des conséquences très concrètes sur la vie des habitants. Nicole s’exaspère :

« C’est compliqué pour sécher le linge, surtout en hiver. Le chauffage s’éteint régulièrement, sans qu’on sache pourquoi, et redémarre quelques heures plus tard. Pareil pour l’eau chaude. »

Dans le couloir, les tuyaux d’évacuation d’eau gouttent sur le sol.

Des problèmes récurrents de cafards

Pour pallier la mauvaise isolation des fenêtres, Fernand a du calfeutrer les encadrements avec des tissus. (Photo EB – Rue89 Strasbourg)

Chez les voisins d’en-dessous, c’est à peine mieux : les murs de la salle de jeu des enfants sont noirs de moisissures. Là encore, le papier peint se décolle. Caroline, la maman, a dû jeter plusieurs meubles, abîmés par l’humidité des murs.

Dans la cuisine, elle déplore l’invasion de cafards une fois la nuit tombée :

« Ils se cachent pendant la journée et ne sortent que le soir, ça grouille partout dans la cuisine. CUS Habitat vient parfois asperger un produit pour les tuer, mais ce n’est efficace que quelques jours… »

En cas d’invasion de cafards dans l’ensemble d’un immeuble, c’est au propriétaire, ici CUS Habitat, d’intervenir pour éradiquer les indésirables. Chez Nicole et Fernand, l’agent de désinfection envoyé par le bailleur social s’est bien déplacé, mais n’a effectué qu’un traitement superficiel, sans viser les nids. Les cafards étaient de retour quelques jours après. Alors Fernand vaporise lui-même un produit, sans grande efficacité tant le nid est important…

Fernand et Nicole se débrouillent comme ils peuvent pour éradiquer les cafards de leur logement. Mais quand plusieurs logements sont touchés, c’est généralement l’ensemble de l’immeuble qu’il faut traiter. (Photo EB – Rue89 Strasbourg)

D’autres habitants signalent des punaises de lit, qui provoquent boutons et démangeaisons ; CUS Habitat se déplace, mais facture 70 euros pour l’intervention, selon une travailleuse sociale.

Des parties communes peu entretenues

Les parties communes de l’immeuble sont à peine mieux entretenues : la porte d’entrée reste ouverte en permanence. Le système de badges qui doit permettre un filtrage des entrées n’a fonctionné que quelques mois… alors n’importe qui peut rentrer dans l’immeuble.

Le quartier doit faire l’objet d’un Plan de rénovation urbaine… prévu depuis 2015. À ce jour, aucun chantier n’a été amorcé.  (Photo EB – Rue89 Strasbourg)

Des immondices et des déchets divers recouvrent à certains étages les paliers de la cage d’escalier… Parfois les habitants retrouvent des seringues usagées.

Les deux ascenseurs de l’immeuble sont « souvent en panne » d’après des habitants, compliquant la vie des personnes les moins mobiles. Comme Fernand, asthmatique, qui ne peut monter à pied les neuf étages qui mènent à son appartement : il est cloîtré chez lui quand l’ascenseur ne fonctionne pas.

Des habitants à bout de nerfs… face à l’inaction de CUS Habitat

Les résidents de cet immeuble vétuste ont bien fait remonter tous ces problèmes auprès de CUS Habitat. Thierry, le compagnon de Caroline, a fait part au bailleur social des problèmes de moisissures dans son logement – certificats médicaux de ses enfants à l’appui. Pas de réponse de CUS Habitat, qui a refusé également de répondre à nos questions.

Comme explication à l’inaction de CUS Habitat, certains habitants évoquent le fameux Programme de rénovation urbaine, promis au quartier de l’Elsau en 2015. Mais aucune avancée concrète n’a été observée depuis : sans précision sur le budget alloué par la Ville à ce PRU dans le cas de l’Elsau, CUS Habitat préférerait ne plus investir davantage dans la rénovation des bâtiments appelés à être détruits ou réhabilités.

Alors Nicole et Fernand ont fait des demandes pour déménager, si possible dans un autre quartier de Strasbourg. Mais ils ne sont « pas prioritaires » ; alors en attendant, ils vivent là, entre les moisissures et les cafards, en espérant que la toux de leurs enfants se calme…

Coopalim, le projet de supérette où les clients sont bénévoles

Coopalim, le projet de supérette où les clients sont bénévoles

Créée en septembre 2017, l’association Coopalim voudrait créer, d’ici un ou deux ans, la première coopérative alimentaire participative à Strasbourg. Le principe : que chaque adhérent donne trois heures de son temps par mois, pour profiter des produits proposés dans sa future épicerie. Au menu : du bio, du circuit-court, du vrac… et surtout la volonté de « reprendre en main son alimentation ».

Ils sont une trentaine de curieux, jeunes ou moins jeunes, à s’être déplacés à la réunion d’information de l’association Coopalim, mercredi 21 février, dans le quartier de la Krutenau à Strasbourg. Ils ont entendu parler du projet sur Internet, par une collègue, un ami, un voisin, ou encore lors du Marché de Noël Off.

Rassemblés dans une salle de la Maison des associations, tous les participants se retrouvent sur la volonté de reprendre le contrôle sur leur alimentation, sur la provenance des produits… et même le désir de ne plus « enrichir la grande distribution sur le dos des petits producteurs ».

Une trentaine de Strasbourgeois est venue s’informer sur ce nouveau projet de coopérative alimentaire participative. (Photo EB – Rue89 Strasbourg)

Ça tombe bien, le projet de « coopérative alimentaire participative » de Françoise Pèlerin, la déléguée générale, et des autres membres de l’association Coopalim, va dans ce sens : installer en plein cœur de Strasbourg, une épicerie ou petit supermarché, où chaque client travaillera trois heures par mois, pour avoir accès aux ventes. Ce seront eux qui décideront des produits proposés en rayon ; eux qui iront les récupérer auprès des producteurs ; eux qui géreront la caisse.

Sur le modèle d’une coopérative participative à New York  

L’idée de monter la première coopérative alimentaire à Strasbourg germe dans l’esprit de Françoise Pèlerin, lorsqu’elle assiste en novembre 2016 au cinéma Star, à la projection du film Food Coop. Celui-ci retrace la création d’un établissement similaire à New York, dès 1973. C’est une révélation : l’association Alsace Nature, qui a organisé la projection, la pousse à se lancer. Elle demande au cinéma Star un ciné-débat, en mai 2017 ; le cinéma « rechigne », craint un succès mitigé. La salle est finalement pleine.

Puis tout s’enchaîne : des Strasbourgeois intéressés par le projet prennent contact avec Françoise. Le petit groupe s’agrandit et les réunions s’enchaînent durant l’été… jusqu’à la création de l’association, en septembre 2017.

Coopalim s’inspire aussi de la dizaine de coopératives alimentaires participatives qui existent déjà en France : La Louve à Paris, La Cagette à Montpellier, ou encore Les Oies sauvages à Colmar.

L’association Coopalim est à la recherche d’un nom pour la future coopérative. Elle a déjà environ 120 adhérents. (Document remis)

Des commandes en attendant un local

Le projet n’en est qu’à ses débuts. Pas de local, donc pas de stock : la première vente, organisée samedi 17 février au Centre socio-culturel du Neudorf s’est faite uniquement sur commandes. Françoise Pèlerin se félicite de cette première étape :

« Les 56 personnes qui ont commandé sont venues chercher leurs produits, et ça s’est très bien passé, dans une bonne ambiance. En attendant d’avoir le local et de lancer la coopérative à proprement parler, on envisage d’organiser une vente par mois. »

La première vente de Coopalim a réuni une soixantaine de personnes au CSC du Neudorf. Les adhérents ont du passer leur commande sur le site de l’association, parmi 50 références. (Document remis)

L’association fonctionnera avec ce système de commandes pendant quelques mois, le temps de trouver un local pour y installer son supermarché. Les adhérents-clients devront eux-mêmes démarcher les producteurs, organiser les livraisons, gérer la mise en rayon, tenir les caisses, nettoyer le magasin, etc. « Vous ne pourrez plus râler contre le caissier comme à Cora ou Auchan, puisque la prochaine fois, le caissier ce sera vous ! » prévient Françoise.

Les curieux venus à la réunion sourient. Certains s’inquiètent de ne pas arriver à se libérer trois heures par mois pour la coopérative… « C’est le principe même du projet, et trois heures, ça n’est vraiment pas grand-chose. On aura des plages horaires d’ouverture importantes donc tout le monde pourra s’arranger selon son emploi du temps », rassure Lucie Bolland, déléguée générale adjointe de Coopalim.

Atelier « approvisionnement »

En attendant chaque adhérent peut s’inscrire dans l’un des ateliers créés pour la future coopérative. Le pôle « Approvisionnement » est par exemple chargé de démarcher les producteurs de la région ; le pôle « Communication » de faire parler du projet ; le pôle « Démocratie » d’intégrer au mieux les adhérents à chaque étape des décisions qui sont prises.

Le pôle « Financement » fonctionne déjà bien, ses membres ont obtenu deux subventions de la part de la Ville de Strasbourg, à hauteur de 18 000 euros, pour l’association.

Mercredi 21 février, à la Maison des associations, de nombreuses questions ont été posées sur le fonctionnement de la future coopérative. Prix et provenance des produits, localisation du futur supermarché, organisation du travail des bénévoles… (Photo EB – Rue89 Strasbourg)

Des produits « entre 20 et 30% moins chers »

Côté approvisionnement, c’est pour le moment une cinquantaine de références qui sont proposées. À terme, la coopérative promet des tarifs « entre 20 et 30% moins chers qu’en supermarché », explique Lucie Bolland :

« Le supermarché n’aura que deux ou trois employés, ça permettra de réduire les coûts donc les prix de vente. En outre, on ne va pas chercher à faire du bénéfice, on aura une petite marge pour couvrir les coûts de fonctionnement mais c’est tout. »

Mais pour être véritablement rentable, la coopérative devra compter entre 1 000 et 1 200 clients… donc autant d’adhérents. « C’est une moyenne qui s’applique généralement dans le domaine de la vente », explique Françoise Pèlerin :

« On en est déjà à 120 adhérents, en seulement quatre mois d’existence. Donc d’ici l’ouverture du supermarché, dans 18 mois ou deux ans, on espère bien atteindre ce chiffre ! »

« L’état d’esprit dans lequel on est dans l’association, c’est celui de la confiance les uns dans les autres », explique Lucie Bolland, déléguée générale adjointe. (Photo EB – Rue89 Strasbourg)

À la différence des projets qui existent déjà à Strasbourg (les AMAP, La Ruche qui dit oui, l’association VRAC par exemple), Coopalim espère créer un « lieu de vie » et de convivialité, où chaque adhérent est acteur :

« Le supermarché est un lieu d’isolement complet de l’individu. Nous au contraire, on veut créer un lieu où existe un véritable lien social, qui ne soit pas simplement un lieu de consommation mais aussi un lieu d’échanges, autour de conférences sur le compost, le recyclage, l’utilisation de cosmétiques faits maison par exemple… Chaque adhérent sera invité à participer à chaque étape de la vie de la coopérative. C’est un projet en perpétuelle construction ! »

L’appel est entendu. Parmi le petit groupe de curieux venus à la Maison des associations, beaucoup sont déjà convaincus.

En Alsace, des haies végétales pour préserver la paix sociale

En Alsace, des haies végétales pour préserver la paix sociale

Depuis quelques années, l’Alsace se pare de haies végétales. Leurs propriétés écologiques séduisent les pouvoirs publics qui invitent agriculteurs et entreprises à en planter. Préservation de la biodiversité, lutte contre l’érosion, elles adoucissent aussi les mœurs. Mais les réticences restent fortes à la campagne comme à la ville.

L’Alsace, ses cigognes, ses vignes et son bocage. Certes, la région est encore très loin de concurrencer la Normandie. Mais depuis une dizaine d’années, agriculteurs, industries et municipalités plantent de plus en plus de haies. La raison de cette soudaine émergence ? Leurs effets positifs sur l’environnement et l’homme. Et surtout, elles apaisent les querelles de voisinage en bloquant la vue et les odeurs des usines ou des élevages.

Au cœur de cet engouement, l’association Haies vives d’Alsace. Depuis 2012, l’équipe aide les paysans et les mairies à installer des haies champêtres. Mais oubliez les lignes de thuyas qui envahissent les tristes lotissements. Les haies de l’association relèvent de la science. Arbustes, arbres et buissons d’origine locale s’enchevêtrent et cohabitent afin de créer de mini-écosystèmes. En cinq ans plus de douze kilomètres ont émergé en Alsace. Une vingtaine de projets sont dans les cartons, soit 38 kilomètres supplémentaires d’ici deux ans.

Pour Jacques Detemple, chargé de mission et membre fondateur de l’association, l’objectif est la sauvegarde de la biodiversité :

« Les haies facilitent le déplacement des animaux sauvages et enrichissent les sols. Elles attirent de nombreux prédateurs d’insectes nuisibles aux cultures. Cela permet de limiter l’épandage de pesticides dans les champs. Mais il faut s’adapter aux besoins des commanditaires pour les convaincre de leur utilité. »

Cette haie plantée à Hattstatt, près de Colmar, s'organise autour de branches tressées. (photo / Haies vives d'Alsace)
Cette haie plantée à Hattstatt, près de Colmar, s’organise autour de branches tressées. (photo Haies vives d’Alsace)

Une haie contre deux mille cochons

Comme à Witternheim, près de Benfeld. Là, c’est un conflit avec les voisins qui a poussé un éleveur, Sébastien Haug, à installer des haies le long de deux hangars. Les effluves de ses cochons incommodent les riverains. Pas étonnant. Entre ses 2 000 bêtes et les premières maisons du village, à peine 300 mètres de champs.

La gêne des habitants laisse vite place à la colère. Si bien que la mairie décide de bloquer la construction d’un troisième bâtiment. « Ça risque de devenir un site industriel si ça s’agrandit », s’inquiète l’édile, Philippe Braun. Las, Sébastien Haug accepte de semer des haies coupe-vent. Un gage de bonne volonté à 6 500 euros, entre les fournitures et l’installation des plants.

En décembre 2017, les membres d’un chantier d’insertion mandaté par Haies vives d’Alsace plantent donc deux lignes végétales. Encore à l’état de jeunes pousses, les arbres maintiendront la ligne de vent en hauteur d’ici quelques années. Les odeurs devraient passer au-dessus des têtes des villageois. Bonus, les bâtiments disparaîtront du paysage derrière les murs végétaux.

Le rêve de Jean-Louis Klipfel, maire de Laubach, 300 âmes cernées de champs. Il aimerait que les agriculteurs du coin se mettent aussi au vert :

« Des habitants craignent que les pesticides atterrissent chez eux à cause du vent. L’épandage se fait parfois à quelques mètres des maisons. Et puis les haies pourraient masquer des bâtiments peu esthétiques. »

À l'automne 2012, un agriculteur fait planter une haie près d'Erstein, le début d'un phénomène régional. (photo / Haies vives d'Alsace)
À l’automne 2012, un agriculteur fait planter une haie près d’Erstein, le début d’un phénomène régional. (photo / Haies vives d’Alsace)

« Un truc de bobos »

Mais pour l’instant aucun projet de barrière végétale dans sa commune. Car les haies pâtissent d’une mauvaise réputation auprès de nombreux agriculteurs. Soupçonnées souvent à tort de consommer les nutriments du sol, elles empêcheraient de manœuvrer les engins et occupent des surfaces fertiles. Un scepticisme partagé par un agriculteur du sud du département, qui préfère rester anonyme :

« Je ne suis pas foncièrement contre, mais c’est beaucoup de contraintes pour peu de retours positifs. C’est une mode, pour ne pas dire un truc de bobos. La plupart de ceux qui se plaignent des odeurs sont des citadins installés récemment. Quand on vient vivre à la campagne, il faut aussi accepter les côtés moins sympas. Et puis, c’est facile de nous demander de planter des haies, mais qui paye au final ? Tout le monde ne peut pas débourser des milliers d’euros là-dedans. »

Des poulets moins stressés

Pourtant certains y trouvent leur compte. En bordure de Pfulgriesheim, Florian Lossel, jeune éleveur de volailles, a intégré 100 mètres de frênes le long de ses quatre bâtiments flambant neufs :

« Ça ne peut être que bénéfique. Les arbres coupent le vent, les poulets sont moins stressés. C’est aussi un plus pour le paysage et ça ne coûte pas si cher. »

Cela va même lui rapporter de l’argent. En effet, combinée à d’autres mesures, sa plantation lui donne droit à 2 000 euros supplémentaires sur les aides de l’État à l’installation des jeunes agriculteurs.

Car les pouvoirs publics prennent conscience de l’importance des lignes végétales. Ainsi, l’Agence de l’eau Rhin-Meuse finance jusqu’à 80% des projets destinés à lutter contre l’érosion des sols. La Région paye les études de sol préliminaires. En outre elle a lancé un appel à projet pour planter 50 km de haies d’ici 2020 en Alsace.

L'association Haies vives d'Alsace fait souvent appel à des bénévoles, comme ici à Sundhoffen début 2018. (photo / Haies vives d'Alsace)
L’association Haies vives d’Alsace fait souvent appel à des bénévoles, comme ici à Sundhoffen début 2018. (photo Haies vives d’Alsace)

« Tous unis pour plus de biodiversité » Vraiment tous ?

À Strasbourg, l’Eurométropole commence à prendre le sujet au sérieux. Depuis 2010, elle incite ses agriculteurs à préserver la trame verte. Un réseau continu d’espaces verts censé faciliter les déplacements des animaux sauvages. Son principal levier ? Les baux signés avec les paysans locataires de terrains de la collectivité. Des exploitants vont ainsi planter des haies ou établir des bandes d’herbe sur des parcelles à Hœnheim, Bischheim et Niederhausbergen.

À la Robertsau une haie est venue jouer les casques bleus entre les locataires de jardins partagés et un agriculteur qui pulvérise des produits phytosanitaires. Néanmoins, l’administration prévient que les arbres ne peuvent pas résoudre tous les problèmes de voisinage. « Nous voulons éviter de construire des murs entre différents mondes », explique-t-on à la Ville.

Bien entendu, les agriculteurs sont loin de porter toute la responsabilité du recul de la biodiversité. Surtout en ville. Alors depuis 2012, l’Eurométropole tape aux portes des industriels, associations et mairies pour faire adopter la charte « tous unis pour plus de biodiversité ». Ses membres s’engagent à abandonner les pesticides, créer des marres, installer des nichoirs à oiseaux ou encore planter des haies.

En tout, une grosse cinquantaine de signataires. Parmi eux, Puma, Arte, la maison d’arrêt de l’Elsau, Emmaüs ou Strasbourg Événements. Un succès ? Si on veut, mais seulement la moitié des communes de l’Eurométropole ont paraphé le document. Le bocage alsacien a encore un long chemin devant lui.

Grand Est : un but en commun ?

Grand Est : un but en commun ?

Piet est bien paradoxal. Alors que le débat sur le statut et les compétences administratives de l’Alsace est relancé, c’est son chauvinisme (sportif) qui le pousse à préférer la région Grand Est. En attendant le rachat de Neymar par le Racing Club Strasbourg, mieux vaut miser sur le plus grand nombre de chevaux possibles.

(Dessin Piet)

Le festival des Giboulées s’installe comme le rendez-vous européen de la marionnette

Le festival des Giboulées s’installe comme le rendez-vous européen de la marionnette

L’édition 2018 des Giboulées – Biennale Corps, Objet, Image – approche à grands pas. Du 16 au 24 mars, les marionnettes dans toute leur diversité investiront les salles de spectacle de Strasbourg. Voici un éclairage pour composer votre programme, avec notre sélection de pépites.

Plus qu’une petite quinzaine de jours avant le retour des Giboulées, le festival emblématique du TJP qui a soufflé ses 40 bougies en 2016. Depuis sa création par André Pomarat – alors directeur du TJP – en 1977, ce temps fort offre au public strasbourgeois un panorama de la scène contemporaine autour des arts de la marionnette. Aujourd’hui, il s’affirme comme l’un des plus grands festivals dans ce domaine en Europe, et sa programmation ne cesse de s’enrichir de nouvelles formes. Qu’en est-il de l’édition 2018 ? En chiffres : 27 compagnies, 14 pays représentés, 73 représentations, 13 lieux. Mais surtout de belles découvertes en perspective.

Renaud Herbin présente ce festival comme un « concentré du projet artistique du TJP ». En effet, les problématiques qui tissent la programmation 2017/2018 (la sensibilité à la matière, à l’objet et à la marionnette ; la relation entre vivant et inerte ; la question des représentations de l’humain sur cette planète) s’y retrouvent dans des spectacles qui viennent solliciter nos imaginaires autrement.

À l’instar d’Anne Aycoberry, qui y présentera deux spectacles, c’est aussi un temps de partage pour les nombreux artistes qui s’y retrouvent :

« Les Giboulées représentent une belle opportunité de montrer notre travail, une joie de découvrir des spectacles divers et le plaisir de partager des moments de convivialité et d’échanges avec au coeur le spectacle vivant. »

Comédien, Tim Spooner, de son côté, ajoute :

« C’est une grande révélation de voir ces différentes expérimentations sur la façon dont le non-humain peut jouer. »

Les cartes géographiques s’exposent dans A de Catherine Poher et Paolo Cardona (Photo: Christophe Loiseau)

« Le souffle et la vie »

Première mondiale, Solace d’Uta Gebert traite de nos propres solitudes à travers le regard d’un enfant, en mêlant marionnette, modelée par elle-même, et danse. Dans ce spectacle sans parole, la metteure en scène travaille sur les frontières entre la marionnette et l’humain, l’objet et le vivant. Ali Moini viendra à son tour brouiller les seuils dans un jeu de miroir entre son corps et un squelette métallique. Grâce à un réseau de fils, de poulies et de contre-poids, le danseur et sa marionnette s’animent de concert, à tel point qu’on finit par se demander qui est sujet : l’artiste ou son avatar ? Le titre Man anam ke Rostam bovad pahlavan (« C’est par Rostam que j’hérite ma gloire ») vient d’ailleurs souligner cette relation et la lier à la question de l’usurpation.

Uta Gebert donne vie aux marionnettes dans Solace (Photo: Uta Gebert).

« La machine et le vivant »

Autre limite à expérimenter, celle du vivant et de la machine – robots ou corps mécanisés – également à l’honneur de cette édition. Ainsi, avec Monkeys, Amit Drori et son équipe poursuivent leur travail de robotique en concevant et en fabriquant des singes robotisés. Entre l’animal et la machine, ces « Electro-Monsters » viennent interroger l’essence même de notre humanité.

Avec Novo, Paulo Duarte fait suite à l’installation qu’il avait présentée lors de l’édition 2016 : un voyage visuel et sonore à travers des maquettes urbaines. Au centre, une femme endormie qui se révèle être un automate. Son ombre apparaît en toile de fond, elle semble veiller sur la ville. Enfin, le théâtre de Joris Mathieu se passe des hommes. Artefact est un spectacle de machines où une intelligence artificielle rêve de faire du théâtre ; il questionne notre rapport au vivant et à la technologie.

Artefact, le théâtre joué par des machines (Photo: Nicolas Boudier).

« La notion de déplacement »

Tout aussi actuelle que celle de la machine, la problématique du déplacement occupera deux spectacles : Terres invisibles, de la Cie Livsmedelt Theater et A de la Cie Skappa ! Terres invisibles met en regard le voyage de Marco Polo, et son récit, avec le traitement médiatique actuel des migrants. L’exil y est raconté à travers un mélange entre le micro- et le macroscopique, où les corps se font paysages pour narrer les déplacements qui concernent aujourd’hui des milliers d’individus. Dans A, nous partons à la recherche du paradis terrestre dans un théâtre d’ombre et de peinture : une visite troublée par un intrus qui viendra détruire petit à petit l’exposition.

Les Terres Invisibles de la Cie Livsmedelt (Photo: Jalkajono Iso).

Des spectacles jeune public

Accessible dès 6 ans, A fait par ailleurs partie des spectacles jeune public proposés par le TJP pour la Biennale Corps-Objet-Image. Parmi eux, notons également La Fascination des pommes (à partir de 2 ans) de la marionnettiste et metteure en scène Catherine Sombsthay qui, en explorant matières, sons et couleurs, repousse les limites du possible.

Le théâtre de projections, d’ombres et de marionnettes à tiges de Fabrizio Montecchi promet au public dès 5 ans une histoire d’amitié curieuse et poétique entre un canard et la mort. Adapté de l’album de Wolf Erlbruch, le décor ne dénote pas avec l’univers visuel de l’illustrateur et tout se conte et se fabrique à vue, près du public.

Réactualiser les contes

La Valse des Hommelettes (dès 6 ans), fait lui aussi partie des spectacles destinés aux plus jeunes spectateurs. Des personnages des frères Grimm prennent place dans une horloge au mécanisme ingénieux, qui réserve et révèle surprises.

Autre manière d’actualiser les contes, la Cie Pseudonymo propose un parcours onirique autour du conte de Blanche-Neige. A partir du texte Noirs comme l’ébène de Claudine Galea, d’où la pièce tire son nom, nous sommes amenés à plonger dans une série de tableaux où les figures féminines se superposent et se confondent.

Au programme de cette édition, notons la présence de la pièce Eldorado Terezin de la metteure en scène et chercheuse strasbourgeoise Claire Audhuy. Conçu en deux partie, ce spectacle traite dans un premier temps du rapport fait par la Croix Rouge du ghetto de Terezin. Dans un spectacle entre marionnettes, jeu, maquettes et caméras, ressortent le mensonge et la manipulation orchestrés par le commissaire nazi Karl Rahm.

Le second temps est une mise en scène d’un texte écrit par un jeune garçon du ghetto de Terezin, Hanuš Hachenburg (dont Rue89 a déjà parlé). Au cours de ses recherches, Claire Audhuy a trouvé cette pièce – On a besoin d’un fantôme – qu’il avait écrite pour marionnettes et où lui et ses camarades se moquent de leurs bourreaux. Marie Hatterman, comédienne et marionnettiste, commente : « C’est Ubu, c’est incroyable de lucidité ! ».

Claire Audhuy a pu se baser sur des témoignages d’autres jeunes de ce ghetto pour redonner à entendre ce texte et documenter sur ce genre de théâtre extrême. Eldorado Terezin fait ressortir d’autres problématiques propres à la marionnette ; certains manipulateurs sont en noirs, tandis que d’autres, à vue, engagent un va-et-vient entre jeu d’acteur et de marionnettiste.

Les marionnettes d’Eldorado Terezin, la dernière création de Claire Audhuy (Photo Baptiste Cogitore).

Dans cette programmation, remarquons par ailleurs la présence d’Inside, du duo Bruno Latour, sociologue, anthropologue et philosophe des sciences et Frédérique Aït-Touati, chercheuse, auteure et metteure en scène. Il s’agit d’une conférence, que Bruno Latour donne assez peu, qui questionne le rapport de l’humain à la planète. Cette collaboration permet une immersion dans l’espace nommé « zone critique », où l’eau, le sol, le sous-sol et le monde du vivant interagissent.

Rare à Strasbourg, Sylvie Baillon n’en est pas moins une figure importante des arts de la marionnette. Elle sera présente aux Giboulées pour présenter Une tâche sur l’aile du papillon, un huis-clos où le réel se tord et sème le doute dans l’esprit du spectateur.

Inside, une conférence-spectacle sur les dernières découvertes scientifiques (Photo: DR).

Une création de Renaud Herbin avec des figurines

Renaud Herbin présentera Open the Owl, sa  dernière création, avec le théâtre de marionnettes de Ljubljana. Véritable machine à illusions, la réalité des êtres se dévoile à mesure que le castelet s’ouvre. Les marionnettes de ce spectacle sont des miniatures de 10 cm de hauteur conçues pour une pièce de répertoire créée en 1936 par Milan Klemencic. Basé sur un texte de Célia Houdart, le spectateur y est invité à se déplacer pour voir ce qui se passe derrière l’image.

Les marionnettes slovènes du théâtre de Ljubljiana (Photo: Benoit Schupp).

Cette année encore, le festival s’étendra hors les murs avec Floe de Jean-Baptiste André et Maibaum de Jordi Gali, respectivement sur le parvis du théâtre de Hautepierre et sur le campus de l’Esplanade. Ainsi, les Giboulées sortiront du TJP à la conquête de l’espace public.

Strasbourg, capitale de la marionnette

Renaud Herbin tient particulièrement à ce que le TJP accompagne les nouvelles créations, aussi accorde-t-il une importance non-négligeable aux temps de résidence ainsi qu’aux co-productions. Le directeur du TJP explique :

« Les artistes nous interrogent sur le monde et sur nos façons de le représenter. Le TJP est là pour accompagner leurs projets – co-productions et premières – et les rendre tangibles et hospitaliers pour tous. Portées par le seul centre dramatique national dirigé par un marionnettiste, Les Giboulées placent Strasbourg au carrefour d’histoires et de pratiques des arts de la marionnette d’aujourd’hui, au coeur de la profession et au service du public. »

Dans The Pulverized Palace, Tim Spooner et Anne Aycoberry se lancent dans la construction d’un mémorial (Photo: Tim Spooner).

En résidence au TJP, Tim Spooner et Anne Aycoberry travaillent sur une nouvelle création : The Pulverized Palace, basé sur le récit de la « maison de la poussière » dans l’Epopée de Gilgamesh. Ce texte intéresse particulièrement Tim Spooner car d’une part il s’agit d’un des textes les plus anciens que nous ayons, mais aussi car il véhicule une vision de la vie après la mort totalement différente de celle qu’on retrouve dans le Christianisme :

« Il n’y a aucune dimension morale de récompense ou de punition mais au lieu de cela un lieu de neutralité et une dispersion de la signification. »

Ce temps de résidence au TJP est important pour les deux artistes. Tim Spooner explique:

« Nous entretenons des liens de longue durée avec le TJP et je pense qu’il y a quelque chose de très précieux dans le fait de pouvoir suivre une longue ligne de recherche (à travers les années et les projets) avec le soutien de la même organisation et du même groupe de personnes. Ainsi à cette étape nous sommes capable d’expérimenter davantage car notre compréhension est profonde. »

Pour Anne Aycoberry :

« C’est extrêmement précieux de pouvoir travailler dans d’excellentes conditions, d’être soutenu et encouragé. »

Un espace de rencontres, de réflexions et d’expérimentations

Les Giboulées sont un espace qui favorise les rencontres entre artistes, notamment lors des « Chantiers de pratique artistique » ou des « Journées professionnelles ». Il met également en valeur les jeunes générations en présentant les travaux des étudiants de la HEAR de Strasbourg et de l’école de Marionnette de Stuttgart: de cette collaboration est née une série de formes courtes qu’ils présenteront par duos au TJP Grande scène.

Le 22 mars aura par ailleurs lieu le lancement du troisième numéro de la revue Corps-Objet-Image consacré à la Ré-Animation. Une publication dans laquelle artistes et chercheurs pensent ensemble et autrement les arts de la marionnettes.

Le rap mélodique et inspiré de Géabé et d’Hippocampe Fou vendredi 16 mars au Stride

Le rap mélodique et inspiré de Géabé et d’Hippocampe Fou vendredi 16 mars au Stride

Concert dans un lieu original et affiche qui réunit deux artistes rap plus poètes qu’il n’y paraît. Le festival Ind’Hip’Hop, jusqu’au 20 mars, organise vendredi 16 mars la soirée de la semaine, avec Géabé et Hippocampe Fou au Stride, le bikepark de Strasbourg.

Ind’hip’hop est un festival strasbourgeois organisé par l’association Pelpass. Entre le festival de Noël (Paye Ton Noël), le festival de fanfares (Fanfar’o’doï) et le festival de plein air (Pelpass Festival) en été, Ind’Hip’Hop s’installe pour attendre le printemps pendant 3 semaines dans différents lieux de la vie nocturne de Strasbourg (Mudd Club, Molodoï, Fat Black Pussycat en tête). Beaucoup de rap et de beatmaking, des artistes internationaux et locaux, Ind’Hip’Hop donne un coup de projecteur à la scène indé.

Cadre atypique dans la salle underground du Stride

Le vendredi 16 mars, c’est dans un lieu un peu plus original que le concert aura lieu : le Stride. Ce « Strasbourg Indoor Bike Park », moins de 2 ans après son inauguration, est devenu LE lieu de rencontre de tous les amoureux de VTT ou de BMX, et surtout le tout premier bike park couvert de France. Avec ses 12 000 m², l’endroit est plus qu’atypique pour un concert. Mais c’est justement là tout l’intérêt de la programmation d’Ind’Hip’Hop.

Et ce sont Géabé et Hippocampe Fou qui auront le plaisir d’y jouer. Le premier naît en banlieue parisienne mais s’installe vite à Strasbourg. Il y écrit ses textes, « cette ville a vu grandir [son] rap, a fait de [lui] un homme ». Il collabore avec le groupe Art District, et se lance dans une carrière solo émaillée de collaborations multiples avec les beatmakers du coin. Puis retourne plus tard à Paris, où ses rencontres avec les MC’s de la capitale le mènent à multiplier les scènes et les voyages.

Après deux albums, il a sorti le mois dernier « Love Always », 3e opus à la fois écorché et optimiste. Toujours, Géabé montre son amour pour une France multiculturelle (« Ma France »), son attachement à Strasbourg (« Way Back Home »), dans une poésie honnête teintée de nostalgie et d’indignation.

Géabé et Hippocampe Fou, retrouvailles au sommet

Hippocampe Fou fait partie des rencontres parisiennes de Géabé, avec qui il a d’ailleurs collaboré en 2013 sur « Le Retour d’Hélios ». Pour lui aussi, la sortie d’album est récente. Avec « Terminus », Hippocampe Fou clôt sur la terre ferme une trilogie qu’il avait commencé dans les fonds océaniques (« Aquatrip ») et fait passer par les cieux (« Céleste »). Avec son flow impressionnant, il installe toujours sur scène une énergie folle.

Les doses d’humour qu’il ne manque pas de servir au public cachent souvent des paroles intelligemment mordantes et qui font mouche, surtout quand il parle du milieu de la musique (« Underground »). Pas étonnant qu’avec Géabé, ils se soient bien trouvés. À eux deux, la soirée au Stride montrera la facette mélodique et poétique d’un hip hop français qu’on n’entend pas assez.

 

« Phénomènes », une exposition sensiblement poétique au Frac Alsace

« Phénomènes », une exposition sensiblement poétique au Frac Alsace

Le Frac Alsace a depuis peu une nouvelle directrice et ça se sent : une bouffée d’air frais pour cette nouvelle exposition qui présente des œuvres issues de la collection sous le prisme des liens entre matières(s), nature et culture. Une thématique parfaite pour observer avec un peu plus de bienveillance cette fin d’hiver aux accents sibériens.

Un dimanche de février, je me décide à  braver le froid strasbourgeois pour prendre le train jusque Sélestat, où une fine neige m’attend le long du court chemin vers ma destination. Cette condition météorologique si particulière tombe à pic, au vu du thème de l’exposition que je m’apprête à découvrir.

“Phénomènes” est le nom de la première démonstration du travail curatorial de Felizitas Diering au sein du Fond Régional d’Art Contemporain d’Alsace. La nature et ses manifestations sont au cœur de toutes les œuvres présentées, l’exposition offrant un panorama des différentes appropriations de ces phénomènes par les artistes.

Des œuvres sensorielles et narratives

Aile de Faucon, (1988),  (Photo B. Burkhard / archive)

Le premier objet sur lequel se fixe mon regard se trouve à proximité de l’entrée : une photographie argentique de Balthasar Burkhard. Les grandes dimensions de l’œuvre (114×117 cm) transforment le sujet de l’image en motif contrasté. Ma perception se trouble : s’agit-il plutôt d’un papillon, d’un poisson ou d’un volatile ? Seule la nature organique de l’objet reste certaine. Un coup d’œil au titre de l’œuvre, Aile de Faucon, (1988) et me voilà fixée. Pourtant l’étrange beauté de cet élément sorti de son contexte reste entière.

Après cette première expérience visuelle, mon œil est attiré par un photogramme de Pierre Savatier, spécialiste de cette technique sans appareil photographique : le sujet est directement mis en contact avec du papier photosensible. Créée en 2002, l’œuvre Gouttes d’eau (grande) #2, semble m’offrir un paysage long de plus de deux mètres. Les gouttes d’eau deviennent lumières et ombres, et m’emmènent dans des contrées lunaires faites de noir et de blanc. Une fois encore, le titre de l’œuvre renvoie au matériau premier, ici l’eau. Ces simples gouttes sont sublimées par l’artiste, jusqu’à les rendre objets d’une grande force évocatrice.

 Une vue de l’exposition, avec l’oeuvre de Pierre Savatier au premier plan. crédits photographiques: Klaus Stöber
Une vue de l’exposition, avec l’oeuvre de Pierre Savatier au premier plan. crédits photographiques: Klaus Stöber

Histoire(s) (sur)naturelles

Toujours éveillée par la poésie des matières, je m’avance vers une série de dix lithographies et collages, intitulée Natural History Part I – Mushrooms (1974). Cette oeuvre de Cy Twombly associe deux techniques : la lithographie laissant intact le trait rapide et expressif caractéristique de l’artiste, et le collage qui vient “composer” l’espace de la feuille à partir de formes imprimées et photographiées.

Planche n°8 de Natural History Part I- Mushrooms, (Photo SP / Rue89 Strasbourg)

La multiplicité des éléments déclinés et croqués par l’artiste, mêlés à des photographies de “non-lieux” et à différents papiers griffonnés de mots et de signes, me plonge dans un univers qui évoque des carnets de recherche, similaires à des indices disséminés sur le papier. Comme si c’était à moi de tisser les liens entre les éléments, je tente de décrypter ce qui semble être des repères visuels de la pensée de l’artiste. Le motif du champignon, support de narration, est présent dans chacune des planches : la simple histoire naturelle se mue en de nouveaux récits, à la fois historiques et personnels.

Les pierres sublimées de Californie

De l’autre côté de la salle d’exposition se trouve l’œuvre Sailing Stones d’Adrien Missika. Projetée au mur, l’œuvre est une vidéo d’une dizaine de minutes composée de plans fixes d’un désert, où seules des pierres noires contrastent avec le sol clair et sec. À l’horizon, se dessine un flanc de montagne du même noir de jais que les roches. Seul le vent qui souffle en continu anime les vues immobiles du film, et pourtant, d’étranges traces, manifestement dessinées par les pierres, sont visibles au sol. Ces preuves d’une animation passée renvoie à un mouvement qui eut lieu, à un récit potentiel.

vue de Sailling Stones d’Adrien Missika, crédits photographiques Klaus Stöber
vue de Sailling Stones d’Adrien Missika, crédits photographiques Klaus Stöber

Dans le lac asséché de la Death Valley (Californie, USA), ces pierres ont suscité l’intérêt des chercheurs depuis les années 1950, qui ont alors créé de nombreuses théories plus ou moins rationnelles autour d’elles. Depuis, le mystère a bel et bien été résolu, prouvant qu’il ne s’agit là que d’une manifestation rare sans être surnaturelle. Mais la poésie de ces pierres animées reste entière, d’autant plus que le générique du film personnifie avec une touche d’humour ces objets (en apparence) imperturbablement stoïques.

Le générique de Sailling Stones d’Adrien Missika (Photo SP/Rue89 Strasbourg)

Première réussie pour la directrice

Pour une première en tant que directrice du Frac, Felizitas Diering frappe juste. Contrairement à l’exposition précédente où l’unique œuvre présentée était l’impressionnante installation Pipeline Field du sculpteur Michael Beutler,  “Phénomènes” retourne à une forme d’exposition plus traditionnelle.  Celle-ci mérite le détour grâce à une sélection soignée parmi les œuvres que possède le Fonds d’Art Contemporain, qui met en valeur la collection.

Bien d’autres pièces de Jan Fabre, Edith Dekynth, Marc Couturier, Damien Cadio, Richard Monnier, Nathalie Talec, y sont à découvrir, ainsi qu’une œuvre issue de la collection du Frac Champagne Ardenne : Wellenwanne de Carsten Nicolai. À la fois sensibles et poétiques, les œuvres dialoguent entre elles tout en offrant un bel équilibre entre perception et réflexion, et je ressors avec l’impression surprenante d’avoir lu un poème sans mots.

Sur l’Alsace, les positions strasbourgeoises prêtes à se décanter avec la prise de parole de Roland Ries

Sur l’Alsace, les positions strasbourgeoises prêtes à se décanter avec la prise de parole de Roland Ries

Roland Ries va exprimer sa position sur la fusion et les évolutions possibles des deux départements alsaciens. Une prise de parole attendue, alors qu’un calendrier serré est pour la première fois sur la table.

Le maire de Strasbourg, Roland Ries (PS) est attendu comme premier orateur ce samedi matin au temple protestant de Neudorf pour une grand événement sur l’avenir institutionnel de l’Alsace. Neuf autres élus alsaciens lui succéderont à la tribune, à l’invitation de l’Initiative citoyenne alsacienne (ICA). Le temps de parole sera limité à 10 minutes chacun.
C’est un . . .

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Un an après, le bilan de notre supplément pour abonnés

Un an après, le bilan de notre supplément pour abonnés

Notre supplément réservé aux abonnés de Rue89 Strasbourg souffle sa première bougie. Voici nos enseignements un an après.

Non, Rue89 Strasbourg n’est pas « devenu payant » ! C’est une « fake news », pourrait-on dire. La preuve, cet article est lisible par tous et toutes. Et c’est le cas d’environ 80% des productions de notre média strasbourgeois vieux… de six ans ! Mais depuis un an, nous proposons bien un supplément, ou « version augmentée », réservé aux abonnés, après 5 ans de gratuité totale. Comme la plupart des médias numériques privés, nous faisons le constat que l’information de qualité ne peut pas dépendre uniquement de la publicité en ligne, qui stagne, et du nombre de clics.

Ne pas être dépendant des réseaux sociaux

C’est aussi une manière de ne pas faire la course aux désirs des réseaux sociaux contre quelques euros, en particulier ceux de Facebook, et en dépit de ce que souhaite une rédaction. Lorsque Facebook change ses règles, les médias archi-dépendants doivent s’adapter. Le réseau social de Mark Zuckerberg a par exemple financé de nombreuses vidéos en direct par les médias, avant de laisser tomber. Ces derniers ont aussi vite arrêté ces émissions. Nous ne voulons pas rentrer dans cette dépendance infernale. En quelques mois, le nouvel algorithme a déjà fait sa première victime, Little Things et sa centaine de salariés, aux États-Unis, qui a perdu 75% de son trafic. Nous misons sur un public fidèle, qui peut retrouver nos informations sur notre site en s’y rendant ou en demandant à voir nos articles en priorité. Nous avons fait le choix d’une offre à prix mini (5 euros par mois ou 50€ par an), et sans engagement, telles les plateformes Netflix, Spotify, Deezer ou des chaînes comme Bein Sport. L’idée est aussi de garder les principales informations en accès libre, pour que l’information circule et ne soit pas l’apanage d’un petit cercle de personnes abonnées et très informées.

Beaucoup de gratuit et un peu de payant

Ainsi, nos révélations sur le Bastion social, les burn out et départs en série à Strasbourg-Événements, le centre de primatologie à Niederhausbergen ont été maintenues en accès gratuit, même si elles auraient sûrement déclenchées quelques abonnements supplémentaires. L’édition abonnés propose des informations à valeur ajoutée, souvent en amont des événements. Il s’agit souvent de projets en discussions, d’analyses, de compléments d’enquête ou d’informations sur les acteurs publics. Des informations que nous avions parfois sous le coude, mais que nous ne traitions pas, car nous ne les estimions pas toujours « grand public » et susceptibles d’être annoncées plus tard.

Un an de petits scoops

Mais pour autant, on se rendait compte qu’il y a tout de même des gens que cela intéresse. Des informations précises, ciblées, en primeur, pour lesquelles des personnes sont prêtes à payer au niveau local, davantage que pour des longs reportages, enquêtes ou portraits. L’édition abonnés a ainsi par exemple permis de connaitre le futur sponsor de l’Arena de la Sig, le projet d’extension du centre commercial Rivétoile, les idées de Frédéric Bierry pour refaire une Région Alsace, la vision de Robert Herrmann sur le partage entre mairie de Strasbourg et présidence de l’Eurométropole ou ses engagements pour la transition énergétique, le projet de congélateur contre les punaises de lit, celui sur un salle de réalité virtuelle, les dates du marché de Noël ou des élections à Schiltigheim avant tout le monde, la liquidation de Schutzenberger SAS, les changements de directeurs pour le Semia ou la forum européen de bioéthique, etc. (Ces articles sont temporairement en accès libre en cliquant sur les mots soulignés). Nous essayons notamment de rythmer la publication avec une analyse politique le samedi.

Du travail et des revenus supplémentaires

Ainsi, les internautes qui nous font remarquer qu’ils avaient participé à notre crowdfunding il y a trois ans – qu’ils se voient ici une nouvelle fois remerciés – pour garder Rue89 Strasbourg gratuit n’ont été privés d’aucun article. Tous les jours à 6h, a minima en semaine, un article au moins est publié en accès gratuit, comme par le passé. Pour n’en manquer aucun, il suffit de s’abonner à notre newsletter gratuite. Des revenus réguliers, même moindres, sont plus durables pour nous que 36 000 euros tous les trois ans. Paradoxalement, une campagne de financement a aussi un coût. Nous n’aurions pas produit ces 138 articles si nous étions restés dans une version entièrement gratuite. C’est néanmoins un travail supplémentaire pour notre petite rédaction. Car avoir une information ou une réflexion dans un coin de sa tête, n’est pas la même chose que la confirmer et de l’écrire. Il y a aussi tout un travail au contact de sources à entretenir, plus intense que par la passé, qui prend du temps. Plus que ce que nous l’avions imaginé au lancement.
L’édition abonnés de Rue89 Strasbourg a un an et progresse (Photo Pascal Bastien)
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Plus de 350 abonnés

Comme notre domaine de spécialité sont les politiques locales, il y a naturellement un tropisme vers les informations politiques, côté coulisses. En ce moment, les plus fidèles lecteurs ont remarqué d’intenses actualités du côté de Schiltigheim et ses élections anticipées. Mais comme pour notre version gratuite, nous ne nous interdisons aucun domaine, selon les infos dont nous disposons. Nous avons ainsi parlé de géothermie à Reichstett, de l’extension de Blue Paper, des centaines de milliers d’euros débloqués pour garder une école d’ingénieurs à Strasbourg, des problèmes de financement des illuminations de Noël Grand’Rue ou d’un certificat médical d’impossibilité à dormir dehors (sic!) demandé aux sans-abri, afin de ne pas les laisser à la rue. Ce jeudi 1er mars, plus de 350 abonnés ont un compte actif. D’autres se sont aussi inscrits quelques mois avant d’arrêter. Difficile de dire combien de personnes ces articles touchent. En cliquant sur les boutons de partage en haut de l’article, il est possible d’en faire profiter ses amis Facebook et followers Twitter, même s’ils ne sont pas abonnés à Rue89 Strasbourg.
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Gagnez vos places pour Menuet au Maillon le jeudi 15 mars

Gagnez vos places pour Menuet au Maillon le jeudi 15 mars

Rue89 Strasbourg et le théâtre du Maillon au Wacken vous proposent de gagner 5 invitations pour deux personnes pour la pièce de théâtre musical Menuet, le jeudi 15 mars à 20h30.

Le pitch

Un homme, une femme, une jeune fille. Ce trio rythme Menuet, une tragédie intimiste. Lui, travailleur déprimé dans une cave frigorifique, regarde avec ennui son épouse. Au milieu de ce désintérêt, la très jeune aide-ménagère les observe. Avec provocation, elle réveille désirs et abîmes, entre la parole et le non-dit.

Les mêmes événements sont présentés chaque fois à travers les yeux d’un personnage différent.

Ce théâtre musical composé par Daan Janssens, sur un texte de Louis Paul Boon et mis en scène Fabrice Murgia, est joué pour la première fois en France. La pièce est en allemand, surtitré en allemand et en français.

(Photo Kurt Van de Elst)

Le concours

Vous pouvez participer jusqu’au jeudi 8 mars, jour où le tirage au sort aura lieu.

Vidéo