Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

La fête du repos, un « micro-festival » lundi 1er mai pour défendre Fip

La fête du repos, un « micro-festival » lundi 1er mai pour défendre Fip

Lundi 1er mai, de 12h à 20h, l’association du Vraibourg propose une « fête du repos », rue du Faubourg-de-Saverne à Strasbourg. Une occupation de la rue et une série de petits concerts pour défendre la radio FIP, dont les équipes régionales risquent d’être réduites.

Lundi 1er mai les riverains de la rue du Faubourg-de-Saverne prévoient de fêter le repos plutôt que le travail, et tout d’abord la musique avec la défense des antennes locales de la radio Fip, dont celle de Strasbourg. L’association du Vraibourg, composée de citoyens et de commerçants de la rue du Faubourg-de-Saverne, organise de 12h à 20h, un « micro festival » autour de la station de tram du Faubourg-de-Saverne.

La portion de la rue entre la station de tramway et le boulevard Wilson sera coupée à la circulation le temps de la manifestation.

Au programme : petits concerts gratuits

Une restauration en continu est prévu au Mandala et au Bodrum, agrémentée par la musique de :

    Tileli (musique kabyle) Thomas Schoeffler Jr (blues), Grégory Ott / Pascal Beck (jazz), Di Mauro Swing (jazz manouche), The Ril Trio (avec Francesco Rees, Christophe Imbs, Jérémy Lirola, jazz), Western Europe (rock folk), DJ Lord Cumbia (global bass).

Fip, victime régulière des coupes budgétaires de Radio France

Créée en 1971, France Inter Paris (Fip) s’est développée dans certaines villes de l’hexagone. Aujourd’hui présentes à Bordeaux, Nantes et Strasbourg, les équipes d’animation des antennes régionales vont être réduites de huit à une personne.

Dans ces trois villes, les soutiens se sont multipliés pour soutenir la radio musicale et ses salariés, « les fipettes ». Selon eux, cette restructuration mènerait à une « uniformisation de l’offre culturelle et des esprits » car elles amèneraient ces antennes à devenir à 95% parisiennes avec uniquement un agenda quotidien d’environ 2 minutes pour les informations culturelles régionales. Lors d’un projet de restructuration précédent, la mobilisation en faveur des antennes locales de Fip avait réussi à faire reculer la direction.

Les Fipettes préviennent, elles « comptent bien engranger des soutiens supplémentaires lors de cette Fête du Repos placée sous le signe de l’insoumission au centralisme parisien, de la défense de la culture de proximité, de la complicité et du plaisir partagé. »

#Association du Vraibourg#Faubourg de Saverne#Fête du repos

Les questions juridiques posées par le tramway Strasbourg-Kehl ne sont pas toutes réglées

Les questions juridiques posées par le tramway Strasbourg-Kehl ne sont pas toutes réglées

Samedi, la ligne D du tram strasbourgeois traversera la frontière. Une avancée pour beaucoup, mais un casse-tête en matière de sécurité : sur une ligne binationale, qui intervient en cas de délit, comment coopérer efficacement pour lutter contre la fraude et les violences et interpeller les auteurs ? Police et justice des deux côtés du Rhin en sont encore aux réglages.

Que se passe-t-il si une agression a lieu dans le tram D entre une station française et un station allemande et que les auteurs doivent être interpellés ? Qui s’en charge et que faire alors des fautifs ? C’est le genre de situation que les autorités doivent envisager dans ce nouveau cas de ligne qui parcourt deux territoires nationaux différents.

Car la mise en place d’un tram transfrontalier n’est pas une mince affaire. Si la question des tarifs pour les usagers allemands et français a été réglée, d’autres questions restent en suspens, notamment juridiques et sur l’intervention des forces de police. La ligne D rejoint la gare de Kehl, et rejoindra l’hôtel de ville d’ici la fin de l’année.

Les transports peuvent donner lieu à des faits de délinquance : fraude, vols, agressions physiques, agressions sexuelles, dégradation du tram, et générer des accidents ou des conflits d’usage… Avec un potentiel de passagers de 11 500 à 25 000 personnes par jour pour la ligne D, des questions de sécurité se posent, comme dans tous les lieux publics.

Les questions juridiques posées par le tram transfrontalier ne sont pas toutes réglées (Photo KZ / Rue89 Strasbourg / cc)
Les questions juridiques posées par le tram transfrontalier ne sont pas toutes réglées (Photo KZ / Rue89 Strasbourg / cc)

Justices et polices allemande et française « en réflexion »

Un seul tram mais chaque pays a un cadre et des procédures propres en matière de contrôle, de ce qui constitue un délit, des personnes habilitées à arrêter les auteurs…  C’est ce qu’explique Lioba Markl-Hummel, chargée de projets mobilité à l’Eurodistrict, collectivité transfrontalière qui accompagne l’arrivée du tram et qui l’a cofinancé à hauteur de 100 000€ :

« C’est vraiment un cadre particulier car la situation est différente de chaque côté de la frontière. Or il faut savoir à quel moment qui est responsable, qui a le droit d’intervenir dans les différents délits, etc. Les parquets y travaillent mais à ce jour, on n’a pas eu de conclusions ! »

Les acteurs de la police et de la justice françaises et allemandes se réunissent pour établir des procédures adaptées à ces situations, inédites dans l’agglomération strasbourgeoise. C’est là que le Centre de Coopération Policière et Douanière (CCPD) intervient, étant une structure dédiée à l’échange et l’analyse d’informations entre les services de police actifs dans la zone transfrontalière.

Le procureur de Strasbourg Michel Senthille explique pourquoi et sur quoi porte la réflexion :

« Par exemple, s’il y a un délit sur le trajet de la France vers l’Allemagne, le trajet est-il français ou allemand ? Qui est compétent ? Et pour les contrôles, on le fait à l’aller ou au retour ? La DDSP (Direction Départementale de la Sécurité Publique) et le CCPD travaillent là-dessus, nous sommes en pleine réflexion : il faut décider quel texte est applicable, qui intervient parmi les acteurs de la justice et de la police. Il n’y a pas de corpus de droit européen applicable de manière semblable des deux côtés. »

Une ligne portée par deux pays en même temps

Pourquoi la question est-elle nouvelle pour les autorités locales ? Sur les lignes exclusivement françaises, on sait quelles sont les autorités compétentes pour agir, et que faire en cas d’incident. C’est notamment le cas pour la ligne de bus 21, qui allait certes en Allemagne, mais sans poser ces questions, comme l’explique Lioba Markl-Hummel :

« Avec le tram transfrontalier, on n’est pas dans la même situation qu’avec le bus car les trajets seront plus fréquents (toutes les 8 à 12 minutes, ndlr), qu’on va plus loin dans le territoire allemand et que la ville de Kehl est aussi impliquée dans le financement. »

Le tram transfrontalier est en effet plus allemand que la ligne 21 : l’extension de la ligne D est mise en place dans le cadre d’une convention entre l’Eurométropole de Strasbourg et la Ville de Kehl, pour gérer son financement, sa réalisation et l’exploitation.

Le Land de Bade-Wurtemberg et l’Etat fédéral allemand ont cofinancé les travaux à hauteur de 25,2 millions d’euros, plus que l’Etat français et le Département du Bas-Rhin (10,5 millions d’euros). Aussi, l’extension s’intègre dans le réseau de transports de Kehl, puisqu’elle fera partie des lignes que les abonnés allemands pourront utiliser, au même titre que les bus de Kehl et environs.

Incidents, interpellations et vidéosurveillance

Les autorités devront se mettre d’accord sur des procédures concrètes : s’il y a un incident, un délit commis dans le tram en France, qui interpelle l’auteur à l’arrivée ? Est-ce en fonction de sa nationalité, d’où il est parti, d’où il a commis son délit, ou à quel endroit il arrive ?

Lioba Markl-Hummel évoque des sujets supplémentaires, en-dehors des délits en eux-mêmes :

« Il y a également la question des droits du contrôleur. En outre, les règles sont différentes pour l’utilisation de la vidéosurveillance, alors il faut se mettre d’accord, décider si on va fonctionner comme en France ou comme en Allemagne. »

En France, la vidéosurveillance est autorisée et généralisée dans les lieux publics et dans les transports publics. Elle est utilisée sur le réseau strasbourgeois. En Allemagne, elle n’est autorisée que dans les lieux publics où une délinquance accrue aurait été constatée.

Et qu’en est-il du contrôle aux frontières alors, rétabli ponctuellement sur le trafic routier à l’entrée du pont de l’Europe côté français ? Jochen Sohnle, professeur de droit public à l’Université de Lorraine et spécialiste des questions transfrontalières explique que, pour le coup, il n’y a pas de questions à se poser :

« Lors du passage à la frontière, il n’y a plus de contrôles des personnes (accord de Schengen), sauf situation d’urgence et suspension provisoire de cet accord (comme c’est le cas actuellement du côté français). Mais le contrôle des personnes présentes dans le tram, lors de leur passage à la frontière, ne change pas de nature du fait qu’il y aura un tram. Les mêmes règles que pour les passagers de bus et des véhicules individuels, pour les cyclistes et les piétons s’appliquent. »

Le droit européen gère la responsabilité civile

Il faut aussi envisager ce qui peut se passer en matière de responsabilité civile en cas de dommages. D’après Delphine Porcheron, docteure en droit international privé, des règles sont de toute façon déjà établies par le droit international :

« Selon les situations, il y a soit des règlements de l’Union Européenne qui s’appliquent, soit des Conventions internationales. Par exemple, si le tram renverse un piéton en France, on se réfère au règlement européen Bruxelles 1-bis et la Convention de La Haye pour déterminer la juridiction compétente. Aussi, ce n’est pas toujours le même juge compétent pour un dommage. Si le tram prend feu en France par exemple, et qu’il explose en Allemagne, la victime peut choisir le juge du “fait générateur du dommage”, ou le juge du dommage. Alors le pays de la loi qui s’applique pourrait être différent que celui du juge. »

Pour le reste, la justice et la police des deux pays avouent être encore en train de mener la réflexion, alors que le premier trajet de la nouvelle ligne D est samedi. Mais le procureur l’assure :

« Ce sera prêt au moment de l’arrivée du tram. »

C’est l’essentiel.

#droit international

Au conseil de l’Eurométropole, l’abonnement CTS passe la barre des 50 euros

Au conseil de l’Eurométropole, l’abonnement CTS passe la barre des 50 euros

Avant le trajet inaugural de la nouvelle ligne de tram vers Kehl l’après-midi, le conseil de l’Eurométropole va se pencher sur l’augmentation des abonnements de la CTS. À suivre en direct à partir de 9h.

Cet été, comme en 2016, les abonnements de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) vont augmenter. Pour la première fois, l’abonnement mensuel en tarif plein coûtera plus de 50 euros par mois. Le 1er juillet 2017, il passera de 49,80€ à 50,80€.

Les autres abonnements à prix réduit vont aussi augmenter, dans différentes proportions. Cette hausse, la neuvième depuis 2008, sera en moyenne de 1,61%. Mais par exemple, en augmentant de 30 centimes, le tarif social qui correspond au quotient familial 3 à tarif réduit (pour les -25 ans et plus de 65 ans) grimpe d’un coup de 9,7%, de 3,1 à 3,4 euros par mois.

Le prix des tickets à l’unité reste inchangé : 1,60€ en version numérique (plus faciles à obtenir avec les nouvelles cartes Badgéo Multi) ou 1,70€ en version papier, mais à 2€ à bord des bus depuis février.

Augmenter la part de l’usager

L’Eurométropole assume une politique tarifaire où l’usager paie une part plus importante du « vrai » prix par rapport au contribuable, que par le passé. Cet équilibre financier tend à rapprocher Strasbourg des modèles anglo-saxons, scandinaves ou encore suisses et allemands, à contrario des systèmes d’Europe du sud, moins chers en moyenne.

Le « taux couverture » devrait atteindre 44,2% des recettes de CTS, le reste étant réglé par l’Eurométropole. Cette politique est jugée plus vertueuse pour les finances publiques, bien que les impôts locaux ont tout de même augmenté trois ans de suite.

Les augmentations de l’abonnement de tram grimpent plus vite que l’inflation (photo François Schnell / Flickr /cc)

Des augmentations plus rapides que l’inflation

Autres justifications, l’extension de la ligne D vers Kehl, la modernisation de la ligne 15 en L1, les extensions futures ou le fait de pouvoir circuler gratuitement dans les TER dans les communes de l’Eurométropole pour les abonnés.

Dans l’opposition, Jean-Emmanuel Robert (LR) remarque que les augmentations successives (3.37% en 2014, 1.79% en 2015 et 2.24% en 2016) sont plus fortes que l’inflation (0.5% en 2014, 0% en 2015, et 0.2% en 2016) et devrait intervenir sur le sujet. Il pointe aussi un coût accru pour les employeurs, qui doivent prendre en charge 50% de l’abonnement.

Autre protestataire, la CGT du Bas-Rhin, qui n’a pourtant pas l’habitude de réagir sur les hausses de tarif : « Ce n’est pas en augmentant les tarifs des transports en commun qu’on incitera les gens à les préférer à la voiture », vilipende le syndicat qui remarque que « les salaires n’augmentent pas » dans « un contexte d’austérité ». Il plaide « une politique tarifaire attractive et sociale » et une prise en charge « à 100% » des abonnements par l’employeur.

Et aussi, quelle place dans le Grand Est ?

Parmi les autres gros dossiers du jour, le conseil va débattre de comment s’insérer dans les deux « schémas » stratégiques en cours d’élaboration à la Région Grand Est.

L’un concerne le développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII), l’autre l’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (SRADDET). À suivre en direct vidéo en tête de cet article à partir de 9h.

 

Au Front National et au front républicain, les étudiants en lutte préfèrent « le front social »

Au Front National et au front républicain, les étudiants en lutte préfèrent « le front social »

« L’Assemblée générale des étudiants en lutte », collectif créé lors du mouvement social d’opposition à la « loi travail », s’est réunie mercredi à l’université de Strasbourg pour « organiser les luttes sociales des cinq prochaines années. » Le mot d’ordre : « ni Le Pen, ni Macron, ni patrie, ni patron. »

Mercredi 26 avril, il est 18h et, devant l’entrée du bâtiment Le Patio de l’Université de Strasbourg, une cinquantaine d’étudiants se sont pressés pour participer à une « assemblée générale » particulière, celle d’après le premier tour de l’élection présidentielle et devant déterminer une « ligne politique » pour la suite de cette frange du mouvement social.

Malgré un veto de l’administration pour l’utilisation des locaux, les étudiants sont passés outre en contournant les cordons de sécurité et en s’installant finalement dans un amphithéâtre de l’Atrium vers 19h aux cris de « l’université est à nous, nous ne sommes pas des terroristes. »

 

Certaines salles étaient libres, contrairement à l’affirmation dune administration qui semble ne pas être très disposée à accueillir les assemblée des « étudiants en lutte » (photo KZ/ Rue89 Strasbourg)

« Nous sommes des étudiants, pas des terroristes. »

 

Cette tension perpétuelle avec la direction de l’Université semble être un des problèmes majeurs, en terme d’organisation, des « étudiants en lutte ». Chacun à son tour, plusieurs étudiants proposent des solutions pour qu’ils puissent, à l’avenir, se réunir sans heurts au sein de l’Université.

La centaine d’étudiants présents à l’Atrium sont, pour la grande majorité, des habitués du mouvement social (photo KZ/ Rue89 Strasbourg)

Au final, une centaine d’étudiants ont participé à cette assemblée générale, avec comme ordre du jour, le bilan de élection présidentielle et les actions à venir. Plusieurs étudiants ont pris la parole, tous pour évoquer leur déception du résultat des urnes.

Escarmouches sur l’abstention au second tour

Cependant, tous ne sont pas d’accord sur les suites à donner. La vaste majorité des étudiants présents oscille entre l’abstention ou le vote blanc pour le second tour. La grande question a finalement été « mieux vaut-il être dans l’opposition sous Marine Le Pen ou sous Emmanuel Macron ? » Quel est le moindre mal le « capitalisme » ou le « fascisme » ?

Un jeune étudiant prend alors la parole pour rappeler que le Front national est le mouvement fondé par Jean-Marie Le Pen :

« On ne prend pas la mesure du danger posé par l’extrême-droite. Dans les banlieues, les jeunes vont souffrir encore plus. On doit se préparer à être dans l’opposition, ce sera de toutes façons le cas. Mais je préfère être dans l’opposition dans un pays présidé par Macron plutôt que par Le Pen. »

Mais, a-t-il ajouté, il est « inconcevable de voter pour le libéral Macron. »

Suite à cette intervention, un groupe d’étudiants, perché tout en haut de l’amphithéâtre, l’invectivent et affirment le contraire :

« Bien sur que Marine Le Pen est un danger mais minimiser les faits avec Macron, c’est aussi dangereux… Les jeunes qui souffrent dans les banlieues, c’était pas sous Marine Le Pen mais sous Hollande et Valls. Rappelle-moi pour qui ils appellent à voter ? »

« On est ici pour s’organiser, pas pour se taper dessus »

Après quelques minutes d’un débat virulent, l’étudiante qui a animé l’organisation de l’assemblée générale calme le débat et le recentre. Selon elle, dans les deux cas, les cinq prochaines années seront, de toute façon, des années « de luttes sociales et de manifestations. » Elle rajoute que chacun votera ou pas et que ce n’est pas le sujet de ce rendez-vous, « on est ici pour s’organiser, pas pour se taper dessus, » rappelle t-elle.

Quel appel choisir pour les tracts ? Comment les imprimer ? Comment communiquer entre étudiants de manière sécurisée ? Comment se rapprocher des syndicats ? Comment faire pour avoir à disposition à l’Université une salle où les étudiants peuvent se réunir sans que cela ne pose de problèmes, etc.

Ce débat a duré jusqu’à 20h. Bien que la moitié de la salle soit déjà partie à l’heure du vote, l’assemblée générale a acté plusieurs décisions : participation à la manifestation du 1er mai, organisation d’une manifestation « Ni Le Pen Ni Macron » samedi 29 avril, et des plusieurs actions samedi 6 mai et dimanche 7 mai, jour du second tour de l’élection présidentielle.

Pour l’un des étudiants participant, ces cinq ans seront « d’abord cinq années mobilisatrices qui feront renaître un mouvement social fort. »

Barbara Engelhardt, nouvelle directrice du Maillon

Barbara Engelhardt, nouvelle directrice du Maillon

Le théâtre du Maillon, sans direction artistique depuis son divorce avec Frédéric Simon en décembre 2016, vient de nommer une nouvelle directrice, Barbara Engelhardt. La dramaturge et programmatrice allemande arrive à l’heure du déménagement et compte bien faire de ce nouveau théâtre un lieu d’art et de vie tourné vers l’Europe.

Un jury composé des représentants de Strasbourg, du ministère de la Culture, de la région Grand Est, et de l’association qui régit le théâtre Le Maillon a nommé Barbara Engelhardt nouvelle directrice du théâtre strasbourgeois. Son projet, retenu mardi parmi 30 autres candidatures, a pour ambition de « replacer le Maillon comme scène européenne au niveau local et national. »

Tourner la page Simon

Le départ précipité de Frédéric Simon n’aura pas facilité l’arrivée de sa remplaçante. Difficile de tourner la page quand les termes et les raisons du divorce avec celui qui devait rester jusqu’en 2018 ne sont toujours pas connus.

Peu importe, « ne gâchons pas la fête de Barbara et des spectateurs strasbourgeois » bougonne Michel Reinhardt, le président de l’association du Maillon. Cette fois ci, c’est un choix fait « sans aucun doute » assure le président de l’association qui gère le théâtre, financé à plus de 80% par la Ville de Strasbourg.

Barbara Engelhardt, l’Allemande strasbourgeoise

Résolument européenne, multipliant les allers-retours entre l’Allemagne et la France, Barbara Engelhardt travaille depuis longtemps avec le théâtre français. Elle a co-fondé dès 2005 le festival Premières, qui met en lumière les travaux des jeunes metteurs en scène européens avec le Badisches Staastheater Karlsruhe, le Maillon et le Théâtre National de Strasbourg.

Co-programmatrice du festival Le Standard Idéal de 2004 à 2012 (MC93, Bobigny), directrice d’un autre festival consacré aux jeunes metteurs en scène, Fast Forward (Braunschweig, Allemagne), ex-rédactrice en chef de la revue « Theater der Zeit- Politik und Theater »… Barbara Engelhardt a multiplié les casquettes et compte mettre son expérience acquise des deux côtés du Rhin au service du Maillon :

« Ma nomination s’inscrit dans une certaine continuité dans le sens où il y a certaines figures emblématiques que je trouve importantes de suivre dans le futur, des créateurs qui poussent à réfléchir sur ce qu’est vraiment le théâtre contemporain, sur le rôle de l’artiste dans la société et sur la pertinence de l’action artistique aujourd’hui (…). Ce sont surtout des artistes qui créent le débat car le pire qui pourrait nous arriver, c’est de créer le consensus.

Je veux donc continuer dans cette exigence sur laquelle repose le rayonnement international du théâtre mais je veux aussi ré-ouvrir le cercle des compagnies, des formes théâtrales et scéniques, inviter, accueillir et proposer des choses différentes. Au niveau de la programmation il y a un renouvellement nécessaire tout le temps. Le changement sera aussi lié à l’inauguration d’un nouvel espace qui demande un nouveau projet. »

La nouvelle directrice arrive à la fin du chantier mais a déjà de nombreux projets pour faire du nouveau théâtre, « un lieu plein d’art et de vie. »  (Photo Alexandre Schlub)

Un nouveau théâtre

Car le Maillon déménage bientôt, pour aller juste en face, place Adrien Zeller. Ce déménagement vers un nouvel équipement, doté de deux salles de représentation, devait représenter le principal chantier de Frédéric Simon. Avec l’anniversaire des 40 ans du Maillon, ce sont deux grands défis qui attendent Barbara Engelhardt.

Bien que la date du déménagement reste encore inconnue, la nouvelle directrice évoque déjà des pistes pour aménager ce nouveau théâtre qu’elle imagine d’abord comme « un lieu plein d’art et de vie » :

« On aimerait créer un lieu ouvert dans la journée où la restauration, la musique, le bar, la convivialité jouent un rôle et qui attire un public et un non-public. On souhaite accueillir tous ceux qui pourraient être attirés par le charme du lieu ou une exposition dans les couloirs du théâtre, et en somme profiter de toutes ces rencontres hasardeuses pour les emmener jusqu’aux salles de théâtre. »

Le festival des Bishnoïs, la grosse répétition des anti-GCO samedi et dimanche

Le festival des Bishnoïs, la grosse répétition des anti-GCO samedi et dimanche

Pour la deuxième édition du festival « festif et politique » à Ernolsheim-Bruche contre le Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg, les Bishnoïs invoquent « la révolte des arbres » et l’univers du Seigneur des Anneaux de JRR Tolkien.

Les anti-GCO ont l’occasion de se compter ce week-end, les 29 et 30 avril. Après avoir réuni environ 2 000 personnes en avril 2016, le Festival des Bishnoïs revient pour une seconde édition, la dernière avant le début des « vrais » travaux cet hiver, après les sondages archéologiques et géotechniques déjà effectués.

Depuis l’automne, les actions contre le projet de rocade autoroutière de 24 kilomètres ont été régulières mais plutôt ponctuelles : inauguration de cabanes, marches, rassemblement, manifestation à Strasbourg et désormais occupations de cabanes et de rond-point. Plusieurs centaines de personnes y participent et environ 3 000 ont défilé à Strasbourg.

Le Bishnoï, deuxième édition, avant travaux du GCO (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Ce week-end, tous les opposants sont attendus à un moment ou un autre entre samedi 12 et dimanche 18h. Par rapport à la première édition, le lieu ne change pas, à la limite de Kolbsheim et Ernolsheim, dans l’espace naturel en contrebas du château de Kolbsheim.

Pour des alternatives

Les détracteurs du GCO ne constestent pas les difficultés de circulation sur l’A35 à Strasbourg mais estiment qu’un contournement ne réglerait pas la situation, car la plupart des déplacements se font vers et au départ de la capitale du Grand Est. Ils plaident pour des alternatives non-routières (ferroutage, transport fluvial, écotaxe, transports en commun etc.). Un constat que ne partagent pas les décideurs strasbourgeois et alsaciens.

Le Festival des Bishnoïs place sa deuxième édition placée sous le thème de « la révolte des arbres ». Un langage issu de la saga Les seigneurs des anneaux de l’écrivain JRR Tolkien. Les défenseurs du projet sont dépeints en « Saroumane », l’un des méchants de la trilogie de films et de livres.

Guillaume Bourlier, initiateur des Bishnoï début 2016 (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

L’ambition cette année ? « Plus de musique, plus d’animations, plus d’échanges avec les autres zones à défendre (ZAD), et plus de bonne humeur ! », promettent les organisateurs.

Et même si elle n’est pas annoncée de front, la question de reproduire ou non une telle opposition physique sur le terrain face aux machines reste en suspens. Les escarmouches juridiques n’ont pour le moment pas fonctionné.

Au programme: interventions, concerts, projection de films, stands de divers associations de protection de l’environnement et atelier de calligraphie elfique notamment.

Le programme complet

 

[Grand Entretien] Thierry Danet : « on n’est plus du tout dans le même monde qu’au début de l’Ososphère »

[Grand Entretien] Thierry Danet : « on n’est plus du tout dans le même monde qu’au début de l’Ososphère »

Cette année, l’Ososphère fêtera ses 19 ans à la Coop du 28 avril au 7 mai. Alors que le numérique est omniprésent, le festival des cultures électroniques est-il toujours pertinent ? Grand entretien avec Thierry Danet, directeur et cofondateur de l’Ososphère.

L’Ososphère s’installe à la Coop au Port-du-Rhin, pour les Nuits électroniques ce week-end et pour des expositions, ateliers et cafés conversatoires jusqu’au 7 mai. C’est le grand retour du festival « complet » qu’ont connu les premiers occupants de l’Ososphère, lors des années 2000 quand le festival occupait le quartier de la Laiterie à Strasbourg. Est-ce un retour ou une continuité ? Thierry Danet, directeur et cofondateur du festival, revient sur la génèse, les enjeux et les objectifs de l’Ososphère.

Rue89 Strasbourg : Pourriez-vous nous raconter les débuts de l’Ososphère avec les soirées Ohm Sweet Ohm jusqu’en 1997 ?

Thierry Danet : Au tout début de la Laiterie, en 1994, on a assez vite réfléchi à des propositions autour des musiques électroniques qui soient différentes de la forme classique du concert. Les soirées Ohm sweet ohm, en référence à un titre de Kraftwerk, portaient le message que notre maison, qui est la Laiterie, était aussi une maison pour ces musiques là. A l’époque il y avait très peu de ce types de salles en France, Strasbourg a vraiment été pionnière dans ce domaine.

On a eu la volonté d’inventer quelque chose qui soit en intelligence avec toutes ces musiques là, qui se passe la nuit et avec des propositions de plusieurs artistes en même temps. Aujourd’hui, ça paraît banal mais à l’époque c’était révolutionnaire et c’est la musique électronique qui a installé ce concept. Au début, l’idée c’était de proposer ça à la Laiterie et c’est de là qu’est partie notre réflexion pour l’étendre sur l’ensemble du quartier de la Laiterie et de là, inventer l’Ososphère.

Avec la création de l’Ososphère, on a voulu travailler à l’échelle de la ville en proposant un événement dans un morceau urbain qui soit lié à ces musiques électroniques et aux questionnements autours de la ville et de son mouvement.

« L’Ososphère va au delà de la démonstration numérique »

Aujourd’hui, on a des siestes, des potagers et mêmes des parties de pétanque électroniques. Mais, en 1998, organiser des nuits électroniques ça voulait dire quoi ?

L’Ososphère, c’est un projet qui va au delà de la démonstration de la chose numérique. Au départ, le principe c’était d’inventer un endroit pour que cette culture là existe dans la ville et au fur et à mesure il y a une évolution qui se fait avec les artistes et les publics qui ont, aujourd’hui, intégré le numérique. Au début de l’Ososphère, on utilisait le modem 56k pour aller sur Internet, on n’est plus du tout dans le même monde. Cependant les questions fondamentales que posaient les artistes à l’époque sont toujours aussi importantes, sauf que maintenant ces questions ne se posent plus à la marge mais au centre.

Avant 2006, les Nuits Électroniques de l’Ososphère se déroulaient lors du dernier week-end de septembre (photo l’Ososphère)

« L’objectif de l’Ososphère ce n’est pas de faire un showroom mais c’est de se requestionner en permanence »

Alors, l’Ososphère est-il toujours avant-gardiste ou est-il devenu un festival électronique parmi tant d’autres ? 

Les artistes persistent dans le questionnement, l’Ososphère qui les accueille est donc en permanence renouvelée, c’est toujours neuf. De manière globale, la culture c’est toujours une reformulation nouvelle de ce qui existe déjà et notre festival n’échappe pas à la règle. De temps en temps, il y a une impression de big-bang mais quand on cherche bien ce big-bang ne vient jamais de nulle part. Par exemple, nombre de ceux qui furent investis dans les raves à l’époque venaient du punk, et dans le punk beaucoup de gens venaient du mouvement beatnik, etc. Du coup je ne vois pas pourquoi les choses seraient obsolètes parce qu’elles ne changent pas toujours de forme. 

La proposition artistique se renouvelle mais le public aussi, avec à chaque fois une nouvelle approche aux œuvres. Si je prends la partie des œuvres qu’on présente, la première fois qu’on a présenté une oeuvre interactive, c’était neuf. Vous alliez devant une oeuvre et elle réagissait à votre comportement, on n’était pas du tout habitué à ça. Vingt ans plus tard, ce n’est plus neuf et les œuvres interactives on en a vu plein mais, par contre, la manière dont l’oeuvre est interactive est forcément toujours renouvelée par le regard de l’artiste.

Il y a aussi des artistes qui travaillent « à l’envers », c’est à dire qu’à un moment ce qui les amuse ou les intéresse, c’est de revenir vers des techniques non numériques alors que ce sont eux-mêmes des artistes qui viennent du numérique, c’est juste un parcours d’artiste. En somme, l’objectif de l’Ososphère, ce n’est pas de faire un showroom du neuf mais c’est de se requestionner en permanence sur les choses.

Thierry Danet, directeur de la Laiterie en 1994 et de l’Ososphère quelques années plus tard (Photo Thomas Danesi / Coze magazine)

« Nourrir le regard des gens sur le monde qu’ils habitent, à l’échelle de la ville »

Les nuits de l’Ososphère sont devenues l’Ososphère en 2006 et au delà des concerts, c’est surtout la partie des expositions qui a beaucoup évolué. Cette évolution de format s’est-elle accompagnée d’un changement de public ? 

On pense que ces formes d’art doivent aussi être dans l’espace public, elle doivent rencontrer le plus grand nombre et notamment des gens qui ne vont pas dans des lieux d’art. C’est magnifique de pouvoir assister à une exposition alors qu’on n’est pas dans un lieu prévu pour ça, ni dans un moment prévu pour ça. L’enjeu fondamental de l’Ososphère, c’est d’amener dans l’espace public à la fois, les œuvres, mais aussi les questionnements portés par les artistes à travers ces œuvres.

L’Ososphère c’est politique au sens premier du terme. Une formule qui est importante pour nous vient de l’artiste plasticien Robert Filliou qui dit : « L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art. »

Ososphère 2006: Dans une installation vidéo qui fonctionne en temps réel, Yann Jaffiol interroge le principe de réalité (photo Philippe Groslier)

Elle nous inspire beaucoup parce qu’elle ramène l’art dans la vie. C’est pas qu’on est critique envers l’art tourné vers lui même mais ce n’est pas ce qui nous intéresse. Nous, on veut des formes artistiques qui parlent de la vie et qui, en parlant de la vie, notamment de la ville, nous amène à nous interroger nous mêmes que ce qu’on vit au quotidien, sur ce qu’on pratique, sur la façon dont on fonctionne. En fait, l’objectif c’est de nourrir le regard des gens sur le monde qu’ils habitent, et cela à l’échelle de la ville parce que nous pensons que c’est là que se synchronisent les mouvements du monde.

Les endroits où vous avez installé le festival ont beaucoup évolué et étaient significatifs de messages forts. Cette année, la Coop pour une ville qui se tourne vers le Rhin et l’Europe, l’Ososphère est-il devenu un objet politique ?

Il a toujours été politique, au sens premier du terme.

Le choix de la Coop est aussi un choix politique, cette année l’Ososphère rentre en résonance avec l’ouverture d’une ligne de tram transfrontalière, qui affirme par le quotidien la nature européenne de Strasbourg. On vient s’articuler à ça et c’est important parce que nos artistes et nos publics sont déjà européens. Chez nous, tout le monde est assez excité à l’idée qu’on invente un territoire commun là où il y avait une frontière, qu’on construise des ponts là où d’autres construisent des murs.

Ososphère 2009: neuf jours d’expositions en conteneurs dans la ville (photo Lucia Rossi)

Et en même, ça fait partie de l’histoire de l’Ososphère qui est d’avoir commencé au quartier de la Laiterie, puis d’être partie de notre maison pour aller vers le Rhin, vers l’Est, vers le port parce qu’on sentait bien que le mouvement de Strasbourg allait vers là.

La question c’était comment s’articuler avec ce mouvement là ? On a d’abord commencé avec les conteneurs dans la ville en 2009 dans lesquels on organisait différentes expositions sur les places de la  ville de façon à faire exister le Port Autonome de Strasbourg, qui n’était pas perceptible dans la ville. Et ensuite, en passant par la Tour Seegmuller puis la Coop, c’est comme si on avait accompagné les gens vers ce port pour y vivre des émotions, des fêtes et de beaux moments artistiques juste avant que tout cela ne se construise et ne se développe.

Ososphère 2011: Les bâtiments désaffectés du Môle Seegmuller accueille le festival avant de devenir la « Maison universitaire internationale »

Pourquoi le festival est revenu de nombreuses fois à la Coop?

Quand on est venu à la Coop pour la première fois, en 2012, ce lieu n’avait pas du tout dans le même rapport à la ville et maintenant, il est sur la trajectoire du tram, des ponts se sont construits, il y a plein de festivités notamment autour du jardin des Deux-Rives qui devient, à nouveau, un lieu repère… Participer de tout ce mouvement là c’est très excitant pour nous.

Ososphère 2012: Le collectif « Le Clair Obscur »interroge la place du corps à l’ère d’Internet (photo Philippe Grosslier)

On prend la situation à l’instant T et on s’y articule. On a vécu la Coop en activité, on a vécu un temps intermédiaire où ce site été laissé à l’abandon et là on revient alors que ce site va rentrer dans une phase de modifications. L’idée c’est de raconter ces choses là. Cette année, par exemple, on partage ce beau moment avant l’ouverture du chantier à la Coop.

D’un autre côté quand nous allons sur le campus universitaire en novembre 2015, on s’est aussi adapté au campus qui devenait un jardin public et on s’est articulé à ça. On est toujours dans la logique de créer quelque chose qui correspondent à la situation que vit le lieu dans lequel on vient tout en l’éclairant. Parfois la force des usages fait vite disparaître la beauté de ces phases de mutation, avec le festival ont marque ces mutations de la ville. En somme, L’Ososphère à la Coop ne parle pas « de » la Coop mais « depuis » la Coop à toute une ville qui est entrain de se transformer.

Pendant une semaine, l’Ososphère va questionner le geste urbain avec des activités artistiques et des ateliers

Pendant une semaine, l’Ososphère va questionner le geste urbain avec des activités artistiques et des ateliers

Cette année, en plus des Nuits Électroniques, l’Ososphère accueille à la Coop du 28 avril au 7 mai des expositions, des performances artistiques, des ateliers ou des conférences.

Depuis 2012, l’Ososphère avait dû se concentrer sur les concerts des Nuits Électroniques, faute de budget, de bon timing, de lieu… Mais cette année, c’est festival ! En plus de retrouver le lieu emblématique de la Coop au Port-du-Rhin à Strasbourg, l’Ososphère renoue avec sa forme complète avec en plus des concerts, un parcours artistique, des performances, des conférences ou des ateliers sont organisés tout au long de la semaine du vendredi 28 avril au dimanche 7 mai.

Avec Tesseract, le collectif 1024 Architecture crée une expérience immersive
Avec l’oeuvre monumentale Tesseract, le collectif 1024 Architecture crée une expérience immersive pour le visiteur (Photo Philippe Groslier)

Ces performances se focalisent sur les thèmes récurrents chers au festival : une réflexion autour de l’évolution de la ville de Strasbourg mais aussi la découverte des arts numériques, avec l’ambition de s’adresser au public qui fréquente les Nuits.

Des œuvres réalisées pour l’Ososphère

Avec l’exposition In Situ, les visiteurs pourront découvrir une trentaine d’œuvres exposées sur les quatre étages de la Cave à Vin de la Coop. Les artistes ont travaillé tout au long de l’année avec le festival, afin de créer ces œuvres réalisées sur mesure. Ainsi, le collectif d’artistes strasbourgeois 1024 Architecture a créé une structure architecturale de 14 mètres de haut, Tesseract qui réagit au son. La plupart des oeuvres présentées proposent aux visiteurs une expérience immersive.

Les oeuvres sont exposées partout sur le site de la Coop : à l’intérieur, mais aussi sur les façades et à l’extérieur. Beaucoup d’artistes jouent sur la perception des espaces, des mouvements. Les miroirs de l’oeuvre Trame d’Etienne Rey jouent avec la façon dont l’espace se structure, Daydream de Nonotak Studio donne l’illusion d’un tunnel infini, grâce à quatre écrans posés côte à côte…

Des ateliers culinaires proposés pour la première fois

Pour la première fois, Ososphère ouvre un restaurant éphémère, appelé Hinterland. Animé par le chef Olivier Meyer, Hinterland se veut un espace d’expérimentation culinaire et de réflexion sur le « manger mieux », notamment à travers différents ateliers. Vous pouvez par exemple imaginer et construire la ville de demain à partir d’aliments, à 14h les 29 et 30 avril, ou réinventer la cuisine de cantine du 2 au 7 mai à 10h.

Avec Hinterland, Ososphère propose des workshops culinaires
Avec Hinterland, l’Ososphère propose des ateliers culinaires et des expériences gustatives (Photo Philippe Groslier)

D’autres ateliers sont aussi proposés, autour des arts comme la photographie, par exemple. Un atelier en trois sessions, les 2, 3 et 4 mai à 14h, propose de créer son propre sténopé, photographier des formes architecturales du port et les développer soi-même les clichés.

Ces ateliers sont encore l’occasion de se questionner sur la perception de la ville et de ses sons. Les membres de l’Ososphère organisent des balades, le 30 avril à 14h30, le 2 mai à 19h ou le 6 mai à 10h, dans le port de Strasbourg, et donnent l’occasion de s’initier à l’écoute des sonorités urbaines et de s’interroger sur notre rapport aux sons de la ville.

Questionner le visible et l’invisible de l’environnement urbain

Cette semaine permettra aussi de découvrir des artistes en pleines performances. Martin Messier par exemple, met en scène les sons, grâce à une composition visuelle et sonore : Fields, au Grand Dôme le 3 mai à 21h. Grâce à un système de panneaux à connexions multiples, le Québécois rend visibles des champs électromagnétiques omniprésents dans notre quotidien.

Envie d’une expérience inédite ? Le Berlinois M. Kardinal et le Québécois Jean-François Laporte font voyager à travers des mouvements invisibles des paysages urbains. La performance Not All Those Who Wander Are Lost est créée à partir de « found footage », c’est-à-dire le recyclage d’anciennes pellicules en un film nouveau, présentée sous le Grand Dôme le vendredi 5 mai à 21h.

L'oeuvre d'Etienne Rey, Trame, joue avec la perception des espaces
L’oeuvre d’Etienne Rey, Trame, joue avec la perception des espaces grâce à des miroirs exposés dans divers angles (Photo Quentin Chevrier)

Des cafés conservatoires autour de la question « Quelle ville sommes-nous ? »

Tout au long du festival, l’Ososphère va proposer d’échanger et de débattre autour d’une question centrale : « quelle ville sommes-nous ? » Autour de ce grand sujet, plusieurs thématiques sont proposées, allant de la proximité avec l’Allemagne le samedi 29 avril à 16h, à l’importance du port le lendemain à 16h également, mais aussi des relations entre voisins le 6 mai à 16h.

Si l’Ososphère continuera à proposer des performances artistiques tout au long de l’année, le festival ne reviendra sous cette forme d’envergure qu’en… 2019, notamment à cause des travaux qui transformeront le lieu de la Coop.

Avec Fakear, Boyz Noize et d’autres, les Nuits de l’Ososphère retrouvent enfin la Coop

Avec Fakear, Boyz Noize et d’autres, les Nuits de l’Ososphère retrouvent enfin la Coop

Festival des cultures numériques, l’Ososphère étend ses travaux pluridisciplinaires à Strasbourg depuis maintenant 20 ans. Les Nuits, rendez-vous de musiques électroniques au rayonnement européen, réinvestissent La Coop vendredi 28 et samedi 29 avril.

Originellement organisées dans tout le quartier Laiterie à Strasbourg, délocalisées à La Coop pendant 3 ans, puis ramenées vers la grande salle de la rue du Ban de la Roche, les Nuits électroniques de l’Ososphère ont beaucoup bougé ces dernières années. Pour cette édition 2017, bonne nouvelle : elles sont de retour dans le site de La Coop.

Friche urbaine électronique

Moments de rencontre et de croisement entre la musique, l’espace, les arts visuels, la ville et ses habitants, l’Ososphère est un festival qui n’a cessé d’interroger et de confronter l’espace urbain à toutes les formes du numérique. Il conviendra donc de célébrer le retour à la Coop, l’un des lieux strasbourgeois les plus en mouvement du moment, juste avant le commencement des travaux qui verront sa transformation en lieu public pour 2019.

Sur le chemin vers l’Allemagne, ancienne zone industrielle qui devient chaque jour un peu plus le bastion des nouvelles cultures, il sera agréable de profiter là-bas des expositions et performances proposées par ailleurs jusqu’au 7 mai.

Une programmation underground et exigeante

Mais avec ses deux dancefloors, c’est surtout la programmation de ces nuits de l’Ososphère qui attire l’oreille. Vendredi 28 avril, la première Nuit électronique propose une affiche presque exclusivement francophone.

Parmi les têtes d’affiches, Fakear, jeune beatmaker de 26 ans, découvert en 2013 avec son titre La Lune Rousse. Après avoir envoûté le Printemps de Bourges, celui-ci s’apprête à entraîner les Strasbourgeois en proposant les titres de son récent album intitulé Animal dans des sonorités trip-hop lancinantes.

Dans un registre tout aussi jeune, Strasbourg accueillera les deux dandys chics de la nouvelle vague deep house française, Synapson. Le duo parisien, révélé en 2015 avec son album Convergence,  mixe plusieurs influences musicales, proposant ainsi une musique à danser, électronique teintée de jazz et de groove.

Le duo belge 2manydjs sera également de la fête. Officiant depuis 1995 , ils réunissent leur chansons préférées pour en créer des enchaînements rapides. Sur scène, les deux frères offrent leur culture musicale inépuisable, qu’ils mixent afin de créer un nouveau style artistique. Une base référentielle à laquelle ils ajoutent leur touche personnelle, offrant au public un shoot d’énergie.

Techno variété / cyber troubadour de Salut c’est cool

Salut c’est cool, proposeront quant à eux , leur « techno variété / cyber troubadour ». De l’électropunk volontairement désordonnée, aux accents kitsch dans laquelle ils jouent sur la dérision. Dans la même vague d’originalité, le collectif d’électro chill Bon entendeur fera découvrir au public strasbourgeois ses mixtapes de musique comprenant des passages d’interview en hommage à des personnalités françaises.

Le très attendu Boys Noize complétera la liste, avec un DJ set teinté de titres de Mayday, dernier album de l’Allemand qui saura sans aucun doute transformer le port du Rhin en club survolté à l’ambiance berlinoise.

Samedi 29 avril, DJ et groupes de toute l’Europe viendront encore électriser les deux salles. Les lives de Stephan Bodzin, Allemand à la techno minimale, et Bjarki, petit prodige islandais qui lorgne du côté d’Aphex Twin, se disputeront l’adhésion d’un public qui aura de quoi faire. En effet, sont aussi prévus ce soir-là le duo français Sinners, le meilleur DJ 2016 Sven Väth et l’habitué du Berghain Rødhad. De grands noms de la scène underground qui seront précédés des talents à suivre, comme la Belge Charlotte De Witte ou le Français MOLECULE 60°43′ nord.

Une Osophère franco-allemande

L’édition 2017 s’inclut dans un week-end festif, le « tramfest », avec l’inauguration vendredi du tram vers Kehl suivi d’une série de manifestations, rencontres et spectacles des deux côtés du Rhin. Une très belle occasion de célébrer l’amitié franco-allemande sur les beats effrénés des meilleurs DJs d’outre-Rhin, pour deux nuits uniques et qui promettent d’être courtes.

Pourquoi il est important de traiter régulièrement du Grand contournement ouest de Strasbourg

Pourquoi il est important de traiter régulièrement du Grand contournement ouest de Strasbourg

La couverture médiatique du Grand contournement ouest (GCO) est intense, presque mois par mois. Pourquoi tant d’articles pour un projet lancé, mais dont les travaux effectifs n’ont pas encore débuté ?

Le contrat du Grand Contournement Ouest (GCO) de Strasbourg est signé depuis janvier 2016 et prévoit près de quatre ans de travaux pour une mise en service fin 2020. Partant de ce constat, on pourrait penser qu’il n’y a plus qu’à laisser faire et attendre la dernière pierre pour voir si l’autoroute payante de 24 kilomètres est à la hauteur de ses promesses ou non.

Pourtant, pas un mois sans un article concernant ce projet, construit puis exploité 54 ans par le groupe Vinci, via sa société Arcos. Et si une certaine lassitude, notamment chez ceux qui ont une position bien tranchée peut poindre, voici pourquoi Rue89 Strasbourg, comme d’autres médias locaux, effectue un suivi régulier de ce dossier hors-normes.

Un grand investissement dans la région

Ce n’est pas tous les jours qu’un projet à plus de 500 millions d’euros se réalise en Alsace, avec ses retombées directes et indirectes. À titre de comparaison, c’est un quart de la Ligne à grande vitesse (LGV) Est vers Paris pour les TGV. De tels projets économiques méritent une information exhaustive.

Et s’il n’y a pas d’argent public dans le montage financier, les moyens publics sont mobilisés par nombre de mesures autour du projet, que ce soient les services de l’État sur les aspects archéologiques et écologiques, le remembrement des terres agricoles chapeauté par le Département, ou les futurs travaux sur l’A35 qui devront en découler.

Si les camions ne sont pas interdits de circuler en transit sur l’A35 lors de la mise en service, des compensations financières sont également prévues pour Vinci.

Car le débat est toujours vif

Si les prémisses du projet remontent aux années 1970 et sa déclaration d’utilité publique à 2008, certains Alsaciens, qui n’étaient pas toujours présents à l’âge de ces débats, ne sont toujours pas convaincus de son efficacité.

« Le GCO, c’est bien mais il faut le faire gratuit », entend-on souvent par exemple dans une région où les autoroutes sont gratuites. Nombre de citoyens se disent aussi partagés entre les « avantages et inconvénients », qui ne sont pas du même ordre, sans parler de ceux ouvertement opposés, car pour eux la majorité des déplacements sur l’A35 sont vers Strasbourg et non pas pour traverser l’agglomération.

Des défenseurs du projet ont d’ailleurs déjà dit qu’il y aurait toujours des embouteillages sur l’A35 après le GCO. Des études le confirme, d’autres nuancent… Le problème avec une autoroute, c’est qu’on ne peut pas mettre en place une expérimentation.

De la même manière, ceux qui aiment circuler en quelques minutes des quartiers sud aux quartiers ouest ou nord de l’agglomération à coup de trajet sur l’A35 (en dehors des heures de pointe) s’inquiètent de la transformation de cette autoroute en boulevard urbain, avec feux et passages piétons.

Le GCO aura une gare de péage unique, à mi-chemin (Capture d’écran Alsace 20)

Car une mobilisation inédite se forme dans le Kochersberg

Entre janvier et mars, plusieurs centaines de personnes ont marché les dimanches entre les cabanes malgré les températures hivernales. Plusieurs milliers devraient se rendre au festival des Bishnoï. Est-ce beaucoup ou est-ce insignifiant ?

Il n’empêche que la vie de centaines d’habitants du Kochesberg est aujourd’hui bouleversée par un engagement militant, de terrain et de longue durée. Voilà longtemps que la campagne alsacienne ne s’était pas soulevée. Quand un projet est vastement accepté, comme pour les lignes de TGV, la couverture médiatique est moindre.

Car le GCO a un rapport à tous les aspects de la vie quotidienne

Les transports, les terres agricoles, quelques espaces naturels, la pollution de l’air, le pouvoir d’achat des automobilistes (l’autoroute étant à péages et les automobilistes guidés pour en emprunter une partie, même s’ils viennent à Strasbourg)…

Tous ces éléments sont impactant à différents niveaux pour la société. Autant d’angles pour une question qui s’avère plus large que simplement l’endroit où l’on fait passer les voitures et camions.

Car il doit transformer la ville de Strasbourg

Le GCO nouvelle mouture et sensé s’accompagner d’une suppression, au moins partielle, de l’A35 qui traverse Strasbourg du nord au sud. Elle serait remplacée par un boulevard, avec des immeubles et des carrefours tout de long et donc de nouveaux quartiers, à horizon 2025, entre Schiltigheim et la Vigie.

Pour certains, décourager efficacement les automobilistes de traverser Strasbourg en voiture est la seule condition pour que le GCO soit efficace, pour diminuer le trafic, mais aussi financièrement pour l’équilibre du projet et la société Arcos. Sinon, les quelques camions détournés ne suffiraient pas

Car les médias ont un rôle de veille

Une couverture régulière permet de montrer que les médias sont attentifs à ce qui se passe. Cela ne veut pas dire qu’un journaliste est derrière chaque salarié de Vinci, par manque de temps, de moyen, d’intérêt, mais la présence montre un suivi, être à l’écoute des défenseurs comme des détracteurs du GCO.

Un contre-pouvoir qui peut s’avérer utile si des agissements ne correspondent pas à ceux notifiés dans le contrat de concession signé avec l’État. C’est l’un des rôles des médias.

Lundi, manifestation pour le Travail à Strasbourg, les syndicats divisés face au Front national

Lundi, manifestation pour le Travail à Strasbourg, les syndicats divisés face au Front national

Une manifestation intersyndicale célébrera la Fête internationale du travail, le 1er mai à Strasbourg. Mais ce sera sans la CFDT qui ne veut pas marcher à côté de « ceux qui n’appellent pas à voter contre le Front national. » L’appel des autres syndicats pour cette édition d’entre les deux tours de l’élection présidentielle comporte d’autres revendications. Voici le parcours.

Dans un appel commun, les syndicats CGT, FO, FSU, CNT, UNEF et Solidaires proposent de manifester pour la Fête internationale du travail le 1er mai, soit lundi à partir de 10h30 à Strasbourg. Dans leur communiqué, ces syndicats placent ce défilé dans une « période d’attaques sans précédent contre le droit du travail et de régression sociale ». Pour les syndicats signataires, le contexte est plutôt revendicatif que festif :

« Le CICE et autres cadeaux aux entreprises n’ont créé aucun emploi, la précarité ne cesse d’augmenter, la « Loi Travail a inversé la hiérarchie des normes, des gouvernements successifs au service d’un MEDEF qui rêve de salariés corvéables et jetables selon ses carnets de commande ou ses résultats financiers, une politique d’austérité sans précédent, notamment dans les hôpitaux… Les organisations syndicales CGT, FO, FSU, CNT, UNEF, Solidaires appellent à une manifestation du 1er mai 2017 de lutte, de revendications et de résistance ! »

Le ton est donné.

Mais où est la CFDT ?

La CFDT ne s’est pas jointe à cette manifestation car, selon la secrétaire régionale Sabine Gies :

« L’intersyndicale n’appelle pas à voter contre le Front National dimanche 7 mai. Malgré l’imminence du vote, ils préfèrent revenir sur d’anciennes revendications comme la Loi Travail. On ne peut pas défiler à côté d’eux dans ces conditions. »

La CFDT organisera, à Colmar, sa propre manifestation pour la journée internationale du Travail.

Tous ensemble, tous ensemble ! Ouais ! Ouais ! (Photo Borisdenice / FlickR / cc)
Tous ensemble, tous ensemble ! Ouais ! Ouais ! (Photo Borisdenice / FlickR / cc)

Parcours des grandes heures

À Strasbourg, c’est le parcours des grandes manifestations qui a cependant été retenu pour lundi, avec un départ place de la Bourse à 10h30 (place du Maréchal de Lattre de Tassigny), un tour par les quais, la place de la République, place Kléber et un retour place de la Bourse.

Yves Zehr : « ce n’est pas moi qui ai tué Coop Alsace »

Yves Zehr : « ce n’est pas moi qui ai tué Coop Alsace »

Yves Zehr publie un livre « vérité » sur les dernières années de Coop Alsace. Titré « Qui a tué Coop Alsace ? », l’ancien directeur général emporté par l’affaire des bons d’achats étrille les équipes successives qui ont abouti à la liquidation du groupe de distribution coopératif alsacien. En exclusivité, découvrez des extraits du livre sur Rue89 Strasbourg.

Pendant ses procès en 2013, pour détournement et escroquerie dans l’affaire des bons d’achats de Coop Alsace, Yves Zehr était resté relativement silencieux face aux juges. Quatre ans après sa condamnation, l’ancien président et directeur général emblématique du groupe de distribution régional a choisi de prendre la parole, dans un livre, sobrement titré « Qui a tué Coop Alsace ? » (éd. Jérôme Do Bentzinger, 188 p.).

Qui a tué Coop Alsace ? de Yves Zehr, 188 p. Ed. Jérôme Do Bentzinger. Disponible en librairie le 13 juin.

Tuons le suspense : ce n’est pas lui. Qui alors ? La réponse est un peu plus complexe.

Dans son livre rédigé après ses 21 mois de détention à la maison d’arrêt de l’Elsau, Yves Zehr, 70 ans, revient rapidement sur les tempêtes et les consolidations qui ont secoué le monde de la distribution et ont placé Coop Alsace dans une situation délicate au tournant des années 2000.

« Entreprise de liquidation, enfumage généralisé »

Puis, il attaque direct : la direction de Bruno Vincent-Genod, qualifiée d’ésotérique (voir ci-dessous des extraits du livre), puis celle de Christian Duvillet, une entreprise de liquidation selon Yves Zehr. L’ouvrage se termine sur le dépôt de bilan de l’entreprise coopérative en 2014, fondée plus d’un siècle auparavant. Dirigeants, syndicalistes, administrateurs… Tout le petit monde gravitant autour des dernières années de Coop Alsace y passe, ou presque.

Au Ciarus dont il a été le président, Yves Zehr a conservé de solides amitiés (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Au Ciarus dont il a été le président, Yves Zehr a conservé de solides amitiés (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Détendu, Yves Zehr reçoit au Ciarus, un hôtel associatif à Strasbourg où il a conservé de nombreuses amitiés, restées fidèles malgré les tempêtes judiciaires et économiques. Il avoue avoir longtemps hésité avant de rédiger ce livre. Mais il l’a fait pour « ses petits-enfants et pour les milliers de salariés de Coop Alsace » :

« Ce livre n’est pas un règlement de comptes, c’est une tranche de vie. J’ai beaucoup sacrifié à cette boite, j’ai été correctement payé en retour mais c’est surtout une question d’honneur. C’est ma vérité parce qu’au final, on est trop vite passé dessus. On s’est retrouvé avec une direction de Coop Alsace incompétente pour diriger l’entreprise, mais d’une formidable compétence en revanche pour la démanteler, en roulant tout le monde dans la farine, dont les élus et le préfet mais aussi les salariés. Ceux qui ont gagné au jackpot dans cette affaire, ce n’est pas la gérante du Point Coop de Krautergersheim… Elle a aussi le droit à la vérité. »

« Je vais mettre les Alsaciens au travail »… avec une chamane pour le comité de direction !

« Écrit comme je parle »

Rédigé dans un style direct, Yves Zehr avoue que son ouvrage n’est pas un « morceau de littérature » : « il est écrit comme je parle. » Le lecteur se retrouve rapidement plongé dans les choix stratégiques à faire en 2007, lorsque Coop Alsace se cherchait un partenaire pour ses achats : Cora, Leclerc, Casino… ? Il faut s’accrocher, l’ouvrage n’omet rien des questions de marges arrières, des problèmes logistiques et des ratés dans les logiciels de gestion des stocks.

Mais il est savoureux pour ceux qui ont suivi la chute de Coop Alsace depuis 2011, Yves Zehr renvoie dos à dos les dirigeants, les syndicats et les administrateurs. Selon l’ancien P-DG, tous ont d’abord pensé à leurs intérêts propres avant ceux du groupe, ce qui a abouti à brader les actifs de la société les uns après les autres pour équilibrer la trésorerie, régler de hauts salaires, des faramineuses notes d’honoraires et d’impressionnants plans de départs volontaires.

Le plan de départs volontaires… « et ses aberrations »

Les bons d’achats, « un système ancien et connu de tous »

Quant aux détournements pour lesquels Yves Zehr a été condamné, via le système des bons d’achats, l’ancien P-DG y consacre un chapitre dans lequel il reprend la défense qu’il a adopté lors de ses procès. En résumé, le système des bons d’achats existait bien avant sa direction et il était connu des « commissaires-aux-comptes chargés d’auditer les caisses centrales, qui n’ont rien trouvé à y redire » :

« Le montant qui m’était reproché, (1,2 million d’euros ndlr) ça représentait 0,035% du chiffre d’affaire de l’entreprise. Bien peu d’entreprises dépensent si peu pour leur publicité. Cette façon peu orthodoxe de communiquer était néanmoins un élément majeur de notre intégration locale, évitait l’arrivé de nouveaux concurrents et préservait l’essence même de la coopérative : être au service de l’Alsace. Quant aux autres accusations, factures privées payées par la Coop, emplois fictifs, etc. C’était de la pure fantaisie et l’enquête m’a disculpé sur tous ces points. »

L’épreuve de la prison

Incarcéré à la maison d’arrêt de l’Elsau de novembre 2012 à octobre 2014, sauf pendant deux mois avant son procès en première instance en juillet 2013, Yves Zehr avoue avoir pensé à mettre fin à ses jours :

« On ne pense qu’à ça de toutes façons, on n’arrive pas à penser à autre chose en prison, en raison de la promiscuité. Et puis j’ai eu la chance de rencontrer le Pr Jean-Louis Terra, avec lequel j’ai été formé pour être “codétenu de soutien”. Quand un prisonnier est en situation de détresse, l’administration vous l’envoie. C’est une énorme responsabilité, mais c’est aussi une énorme chance parce qu’en me consacrant aux autres, je je n’ai plus pensé à ma propre fin. »

La maison d’arrêt n’a pas mis longtemps pour mettre à profit les compétences d’Yves Zehr :

« On m’a demandé si je voulais travailler. J’ai dit bien sûr ! J’ai donc collé des étiquettes sur des biberons pendant quelques temps. Puis le chef de l’atelier a été déplacé dans une autre prison. On m’a proposé, on m’a ordonné en fait, de reprendre la gestion de l’atelier. Pour une commande de caisses, j’ai fait quelques modifications dans l’organisation du travail, et on a gagné 100% en productivité ! Des types qui gagnaient 100€ par mois se retrouvaient avec le double. Ce qui permet de cantiner, la nourriture est tellement immangeable ! Mon statut social a vite progressé, j’étais Dieu après ça. »

En raison des saisies judiciaires et fiscales, Yves Zehr ne profiterait pas des droits d’auteurs issus de la vente du livre. Il y a renoncé, au profit d’une association caritative.

#Bruno Vincent-Genod

Tram vers l’ouest : le collectif demande une suspension de l’enquête publique

Tram vers l’ouest : le collectif demande une suspension de l’enquête publique

Nouveau rebondissement dans le dossier du projet de tramway vers l’ouest de Strasbourg. Le collectif pour le tram à Koenigshoffen, qui regroupe plusieurs associations dont celles des habitants de la gare, de l’Elsau et de Koenigshoffen, demande à la municipalité de suspendre l’enquête publique, pour la prolonger de « quelques semaines ». Débutée fin mars, elle doit se terminer ce vendredi 28 avril.

Le collectif met en avant qu’une rencontre des services techniques de la Ville et de la CTS avec les experts tourangeaux serait souhaitable. Ces derniers ont estimé que le tracé par la gare, via une prolongation de la ligne C plutôt qu’un détournement de la ligne F vers l’Elsau, est préférable en termes de coût et de desserte des populations (tous les détails ici) dans une contre-étude financée par des habitants et le collectif.

Entrevue avortée

Dans un courrier adressé à l’Eurométropole, le collectif met en avant qu’une telle entrevue a été proposée par le maire de Strasbourg Roland Ries (PS) lors de la réunion publique début avril, mais qu’elle n’a pas été possible :

« Les dates proposées par vos services, à savoir le 24 ou le 25 avril, sont incompatibles avec l’agenda du bureau d’experts. Ces derniers ne peuvent se libérer qu’à partir du 3 mai 2017. Or, il est indispensable que cette rencontre s’inscrive dans le cadre de l’enquête publique. C’est pourquoi une demande de prolongation de la durée de l’enquête publique a été déposée auprès de la commission d’enquête. Toutefois celle-ci n’a pas pu donner une suite favorable, car elle n’était pas en possession de la totalité des éléments à l’appui. »

Le tramway F continuera-t-il sa route tout droit, sur le Faubourg national, pour aller vers Koenigshoffen (Photo Much Ramblings / Visual Hunt / cc)

Des recours individuels

Le commissaire ayant refusé un report, seul le porteur du projet, l’Eurométropole peut désormais décider d’une tardive suspension pour éventuellement apporter des modifications ou du moins un échange d’arguments avec le cabinet KCW Beauvais.

Le collectif pointe par ailleurs que des habitants de la rue du Faubourg-National pourraient engager des recours individuels (mais pas au nom du collectif) s’ils s’estiment lésés par le choix du tracé, alors qu’une alternative est possible.

#tram C

D’une présidentielle à l’autre, comment les votes des strasbourgeois ont bougé à chaque élection

D’une présidentielle à l’autre, comment les votes des strasbourgeois ont bougé à chaque élection

Avec un graphique et ses onglets, retrouvez les résultats, en nombre de voix, à Strasbourg de toutes les élections entre 2012 et 2017.

À quelle élection faut-il comparer cette élection présidentielle ? La dernière ou la précédente présidentielle ? Ou aucune, tant les formations politiques étaient chamboulées ? Voici en tout cas le nombre de voix du quinté de tête à chaque élection générale à Strasbourg de la présidentielle 2012 à celle de 2017.

Quelques enseignements :

    La droite de François Fillon a perdu plus de 8 500 voix par rapport à 2012, avec Nicolas Sarkozy, et plus de 3 500 par rapport aux municipales de 2014. Le FN réalise ses deux meilleurs scores, semblables, aux présidentielles. Il a néanmoins grappillé des voix à chaque fois depuis 2014, quelle que soit la participation. En tête, Emmanuel Macron réalise 6 000 voix de moins que François Hollande en 2012 et le même nombre total que Nicolas Sarkozy. En revanche, il collecte 3 à 6 fois plus de voix, que lorsqu’il y avait une candidature « centriste » autonome (UDI et/ou Modem). Jean-Luc Mélenchon passe de 12 000 voix à 25 000 en 5 ans, alors qu’aux élections intermédiaires, le Front de gauche n’avait jamais réuni plus de 3 502 voix. Le PS a enregistré largement son plus faible total, toutes élections confondues. Mais une partie de ses électeurs (et de ses élus) se sont retrouvé dans le vote d’Emmanuel Macron, ou vraisemblablement pour Jean-Luc Mélenchon.

Une trentaine de radiés des listes électorales étudient leurs voies de recours

Une trentaine de radiés des listes électorales étudient leurs voies de recours

Des personnes radiées des listes électorales de Strasbourg ne sont pas prêts à abandonner la bataille pour voter au second tour. Plusieurs d’autres eux se sont réunis mardi matin devant le tribunal d’instance afin de se renseigner sur les possibles recours. En campagne, Éric Elkouby, député PS, était présent pour leur apporter son soutien.

Deux jours après avoir appris leur radiation des listes électorales, l’incompréhension demeure. Sur les 16 000 radiés, ils n’étaient qu’une petite trentaine, ce matin, à avoir répondu à l’appel lancé sur Facebook à se réunir devant le tribunal d’instance à Strasbourg. Le but de la rencontre était de voir quels recours étaient encore possibles pour récupérer leur droit de vote d’ici le second tour de l’élection  présidentielle.

Eric Elkouby, Député PS, était venu apporté son soutien à la trentaine de radiés des listes électorales réunis devant le Tribunal d'Instance de Strasbourg.
Eric Elkouby (à droite), député PS, est venu apporter son soutien à la trentaine de radiés des listes électorales réunis devant le tribunal d’instance de Strasbourg (photo RG / Rue89 Strasbourg)

Éric Schultz : « la démagogie d’un député aux abois a des limites »

Éric Elkouby était présent ce matin, en soutien aux radiés des listes électorales. La veille, le député PS de la première circonscription du Bas-Rhin avait déjà publié un communiqué virulent sur cette affaire, accusant les services municipaux de légèreté. Ce matin, il s’est dit « scandalisé » et regrette que les radiations n’aient pas été accompagnées d’une campagne de communication plus poussée. Il a saisi le ministre de l’Intérieur dans le but de faire évoluer la situation.

De son côté, Éric Schultz, adjoint au maire (ex-EELV) en charge notamment des listes électorales, a rappelé sur Facebook qu’Éric Elkouby était parfaitement au courant des opérations de radiation :

« La démagogie d’un député aux abois a des limites… De 2008 à 2016 date de son élection à l’Assemblée nationale, Éric Elkouby a fait partie de la commission chargée de la révision de la liste électorale en tant que représentant du maire et était parfaitement informé du processus de remise à plat de nos listes électorales qu’il a d’ailleurs approuvé. En septembre 2016 ses proches ont d’ailleurs validé la radiation des électeurs qu’il conteste aujourd’hui. »

Une campagne de communication jugée inefficace

Si plusieurs des personnes présentes ce matin reconnaissent avoir vu les affiches de la municipalité informant sur la nécessité de s’inscrire sur les listes électorales, elles ne se sont pas senties concernées. La grande majorité d’entre eux a déménagé il y a plus de dix ans, parfois seulement de quelques rues, et avait voté aux précédentes élections dans leur bureau de vote habituel. Ils étaient donc certains d’être en règle.

Franck fait partie de la liste des radiés. Il a pourtant reçu sa carte électorale en 2012, malgré plusieurs déménagements. Il accuse la municipalité d’avoir envoyé plusieurs courriers à la première adresse connue et non pas à la dernière et de ne pas avoir tout fait pour les retrouver. Il regrette cette volonté « d’élaguer les listes électorales », les radiés représentant autour de 10% du nombre d’électeurs sur Strasbourg.

Certains engagent un pourvoi à la Cour de cassation

Sandra Isly, avocate et également radiée des listes électorales, était présente mardi matin. Elle a décidé d’aider les autres en rédigeant un texte modèle pour les recours devant le tribunal d’instance et pour les pourvois devant la Cour de cassation. Certains, dont le recours au tribunal d’instance a déjà été débouté, sont déjà passés à l’étape suivante. Via Facebook, ces quelques dizaines de personnes se conseillent et prévoient de déposer ensemble leurs recours, grâce aux conseils de Me Isly.

Néanmoins, il y a peu de chances que la Cour de cassation statue avant le second tour de l’élection présidentielle. L’enjeu reste important, puisque des élections législatives sont prévues les 11 et 18 juin.

Saisi de l’ensemble des irrégularités constatées en France lors du scrutin du dimanche, dont les radiations de Strasbourg, le Conseil constitutionnel doit également apporter une réponse globale mercredi.

Le fort score de Jean-Luc Mélenchon pourrait se diviser en 4 à 6 candidatures dès les législatives en juin

Le fort score de Jean-Luc Mélenchon pourrait se diviser en 4 à 6 candidatures dès les législatives en juin

Les scores élevés de Jean-Luc Mélenchon à Strasbourg attirent des convoitises à gauche, mais les candidats investis sur l’espace politique de la France Insoumise sont déjà nombreux.

C’est la principale surprise de ce premier tour, Jean-Luc Mélenchon (France insoumise) a réalisé plus de 24% des suffrages exprimés à Strasbourg. Or dans cette ville, lorsque la gauche du PS (et de leurs alliés Europe Écologie Les Verts) s’approche des 10%, c’est déjà un exploit.
Que . . .

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