Comme chaque année, des organisations de défense de l’environnement appellent à une mobilisation dans le cadre d’une marche internationale contre Monsanto-Bayer samedi 21 mai. Elle aura lieu au départ de la place Kléber à Strasbourg.
Les organisateurs de la Marche internationale contre l’entreprise d’agrochimie Monsanto, rachetée par le Suisse Bayer en 2017, dénoncent l’hypocrisie de ces entreprises qui « empoisonnent pour ensuite vendre leurs médicaments, » indiquent-ils dans un communiqué. Ils réclament un changement radical dans les pratiques de l’agriculture pour qu’elles deviennent respectueuses des sols, des ressources en eau et de la biodiversité.
La marche internationale doit avoir lieux dans plusieurs villes de France et d’Europe le samedi 21 mai. À Strasbourg le départ sera donné de la place Kléber à partir de 14h, après des prises de parole qui doivent débuter à 13h30.
Relayés en Alsace par Alsace Nature, le Chaudron des alternatives, Vents de luttes entre Vosges et Rhin, les organisateurs demandent un changement de la Politique agricole commune (PAC) européenne et de sa déclinaison nationale, pour contraindre le gouvernement à réglementer les organismes génétiquement modifiés (OGM).
En Alsace, l’usage des pesticides est encore très répandu. Photo : Aqua Mechanical / Flickr / cc
Les organisateurs de la marche contre Monsanto-Bayer revendiquent la défense de « la biodiversité, de l’agroécologie et l’élevage paysan, de l’agriculture sans pesticides de synthèse ni OGM, la reconnaissance et la réparation des victimes du système agro-industriel (agent orange, chlordécone, glyphosate et autres pesticides), une redistribution équitable de l’argent de la PAC et la sortie des traités de libre-échange. »
L’ancienne Miss France ne représentera plus les fruits et légumes d’Alsace dès juin. Après avoir publiquement affiché son soutien au Rassemblement national entre les deux tours, c’est pour sa pratique de consommation végane, c’est-à-dire sans produits issus de l’exploitation animale, qu’elle n’a pas été reconduite comme « ambassadrice ».
Voir en Marine Le Pen « une maman pour les Français », ça passe en Alsace. Mais être végane, c’est franchir une limite. Coller aux attentes de l’interprofession fruits et légumes d’Alsace semble être un exercice d’équilibriste raté par la Miss France 2012, Delphine Wespiser. Comme l’a révélé France Bleu Alsace : le contrat de la plus célèbre des Miss Alsace s’arrête début juin et il ne sera pas renouvelé.
En cause, un véganisme qu’elle ne cache pas, sur ses réseaux et dans les médias depuis des années. Or ce militantisme anti-spéciste n’était pas du goût des producteurs de la filière animale alsacienne, comme le justifie à la radio locale Pierre Lammert, le président de l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace :
« On a tourné une page, à certains moments, elle ne cadrait plus vis à vis des autres productions agricoles. L’élevage c’est aussi important dans le paysage alsacien. »
« Des syndicats agricoles demandaient la fin de son contrat »
Dans l’entre deux tours de l’élection présidentielle, Delphine Wespiser s’était exprimé en faveur de Marine Le Pen sur le plateau de l’émission « Touche pas à mon poste ».
La question de la représentation de l’interprofessionnelle fruits et légumes d’Alsace par une ancienne Miss France ouvertement favorable à un parti aux positions xénophobes tel que le Rassemblement national s’était alors posée. Interrogé sur ce point par France Bleu Alsace, Pierre Lammert maintient que cette décision relève uniquement de « raison professionnelles, agricoles. » Entre les deux tours, le même Pierre Lammert prévenait tout de même : « Ça va lui poser quelques problèmes, car elle est aussi un peu l’ambassadrice de l’Alsace », déclarait-il aux DNA, en rapportant que ses propos créent « du souci » à l’interprofession.
Ces dénégations peinent à convaincre, notamment les éleveurs alsaciens. Car Delphine Wespiser ne mange pas de viande depuis son enfance, comme elle l’explique sur un blog culinaire. Plus récemment, en 2021, l’Alsacienne a affiché ses convictions et son régime végan. Ou en avril, elle était l’égérie de l’association de protection animale PETA, avec une grande affiche gare de Strasbourg.
Un éleveur et ancien président du syndicat Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin, qui a préféré rester anonyme, s’étonne :
« Ça fait plusieurs années que les syndicats demandaient la fin de son contrat. Mais nous avons toujours eu une fin de non-recevoir de l’interprofession. Maintenant pour ne pas dire que son engagement lepéniste est sanctionné, on agite une solidarité avec l’élevage. »
La décision de l’interprofession semble récente, puisque Delphine Wespiser apparaissait encore sur l’affiche d’un événement des « Fruits et légumes de France » prévu en septembre 2022 à Illkirch-Graffenstaden.
Présente sur l’affiche promotionnelle publiée en mars, Delphine Wespiser ne sera pas de la partie en septembre. Photo : affiche promotionnelle Fruits et légumes d’Alsace
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Photo : Achraf El Barhrassi / Rue89 Strasbourg / cc
Les négociations continuent entre la Ville de Strasbourg et le Parlement européen pour l’achat du bâtiment Osmose au Wacken. Une décision doit être prise au plus tard le 6 juin.
Le temps passe et les négociations entre la Ville de Strasbourg et le Parlement européen sur l’achat du bâtiment Osmose, faisant partie du quartier d’affaires internationales de Strasbourg “Archipel” n’ont pas encore été conclues. Selon la maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian (EELV), une décision doit être prise par le Parlement européen pour le 6 juin au plus tard, après une concertation avec les différentes institutions européennes, comme le Conseil européen, la Commission européenne ou encore le conseil de l’Union Européenne.
Osmose : un bâtiment réservé au Parlement européen
Les collectivités locales (Ville de Strasbourg, Eurométropole, Collectivité d’Alsace et Région Grand Est) ont financé ces deux bâtiments à parts égales et « à blanc », c’est-à-dire sans garantie qu’ils seront occupés par les administrations de l’Union européenne.
Si le Parlement européen ne s’est pas décidé le 6 juin ou qu’il décidait de ne pas acheter le bâtiment construit, les locaux d’Osmose seront ouverts aux entreprises qui souhaiteraient s’y installer. La procédure durera entre six et huit semaines. La Ville de Strasbourg avait annoncé une mise en concurrence dès le mois d’octobre 2021 mais la municipalité écologiste a repoussé cette échéance, en espérant que le Parlement européen investisse l’édifice.
Le Parlement européen (dont le siège strasbourgeois est à gauche) doit donner sa décision le 6 juin à propos de la possible acquisition du bâtiment Osmose (à droite). (Photo Achraf El Barhrassi / Rue89 Strasbourg / cc)Photo : Achraf El Barhrassi / Rue89 Strasbourg / cc
De son côté, le Parlement Européen se borne à affirmer que « des échanges sont en cours entre le Parlement et les autorités françaises en vue d’optimiser le fonctionnement du siège du Parlement européen à Strasbourg pendant et en dehors des sessions plénières. »
Un bâtiment contre un autre
Pour rappel, mi-février, le secrétaire d’État chargé des Affaires européennes, Clément Beaune, avait annoncé qu’un accord de principe avait été trouvé pour que le Parlement européen achète le bâtiment Osmose, contre la cession du bâtiment Salvador De Madariaga (dit SDM) dans un entretien accordé aux Dernières Nouvelles d’Alsace.
Le bâtiment Salvador de Madariaga sera peut être une institution hôtelière si le deal se fait entre le Parlement Européen et la ville de Strasbourg. Photo : Achraf El Barhrassi / Rue89 Strasbourg / cc
Le bâtiment Salvador de Madariaga, supposé devenir une résidence hôtelière pour les parlementaires et le personnel du Parlement européen, ne connaît pas encore son sort. Il s’agit d’un bâtiment d’à peu près 40 ans et d’une superficie de 20 000 m2 et qui nécessite une rénovation. Si l’achat se concrétise, ce sont les collectivités locales avec la Caisse des dépôts qui s’occuperont de l’acquisition et des travaux. D’après Jeanne Barseghian : « Il s’agit d’une hypothèse qui a été posée au sein du groupe immobilier du parlement européen, mais rien n’est acté. »
La maire écologiste réitère « sa confiance envers le Parlement européen » et trouve « indispensable que ce dossier puisse avancer. »
L’ordre du jour du conseil municipal du lundi 16 mai présente peu de points marquants, à l’exception des aménagements autour du nouveau stade de la Meinau. Face à cette absence de dossiers, les oppositions déposent un nombre record de résolutions et d’interpellations. À suivre en direct-vidéo et avec nos commentaires à partir de 12h30.
En dépit du nombre réduit de conseils municipaux, sept pour l’année 2022, la séance du conseil municipal du lundi 16 mai présente un ordre du jour inhabituellement maigre, avec 38 points, dont une grande partie relève des affaires courantes.
Les aménagements autour du stade en débat
Le principal sujet (point 2) concernera la rénovation du stade de la Meinau, de ses abords ainsi que de son centre de formation et d’entrainement. La délibération fait suite à une évaluation du projet par la Mission régionale de l’autorité environnementale (MRAE) sur laquelle la Ville de Strasbourg doit donner un avis.
Les aménagements autour du futur stade de la Meinau doivent encore être soumis à une enquête publique (Populous / doc remis)Photo : Document remis / Populous
Malgré une recommandation de la MRAE pour économiser de l’espace, la Ville ne souhaite pas qu’un parking à étages soit construit avenue de Colmar, face au stade. La collectivité estime que le silo attire les automobiles et suscite des embouteillages très près du stade tout en restant vide en dehors des matchs à domicile du Racing club de Strasbourg Alsace. La majorité écologiste veut donc privilégier les accès en train et tramway. Pour absorber les spectateurs supplémentaires, elle compte aménager un espace rue de la Fédération pour pouvoir stocker jusqu’à six trams en simultané et accroitre le stationnement vélo. Un parking en surface de 258 places sera néanmoins aménagé à l’arrière du stade et réservé aux personnalités les soirs de match.
Pour le reste, la Ville propose de donner suite à cinq des six autres recommandations de la MRAE, à savoir préciser les questions de pollution de l’air, des sols, des émissions des gaz à effets de serre, l’inventaire des arbres, etc. avant de soumettre le dossier à l’enquête publique, qui devrait se tenir entre mai et juillet.
En revanche, la Ville ne prévoit pas de donner suite à la « recherche de solutions significatives » contre le bruit de la nouvelle tribune surélevée, qui pourrait impacter l’Ehpad Sainte-Croix à Neudorf, de l’autre côté.
Avec la tribune surélevée, plus de bruit les soirs de match est à prévoir vers la voie ferrée et l’Ephad de l’autre côté. Photo : extrait Mrae
Les oppositions sont favorables à cette rénovation engagée lors du mandat précédent. Sans s’opposer frontalement, elles devraient avoir envie de s’exprimer sur la conduite de ce chantier, le plus conséquent du mandat. C’est l’Eurométropole qui instruira la suite du dossier.
Myriade d’interpellations
Mais quand les ordres du jour sont faiblards, l’opposition s’occupe de le remplir en mettant d’autres sujets à l’agenda. Ce sera donc un record avec dix interpellations en fin de séance. Pour la première fois, Alain Fontanel, tout juste investit candidat « Renaissance » aux élections législatives, s’en saisit. L’ancien premier adjoint demande de remettre en question le futur plan de circulation de l’Elsau, un quartier de la circonscription qu’il brigue. Il s’essaye aussi pour la première fois aux résolutions, des votes qui engagent la municipalité. Il propose qu’un service minimum soit instauré les jours de grève à la cantine. Elles ont fermé à six reprises depuis la rentrée 2021, lors de mouvements nationaux.
Lors des interpellations, Jean-Philippe Vetter (LR) soulèvera aussi l’avenir du bureau de poste de la Cathédrale, pour laquelle la Ville tente des négociations pour faire changer d’avis La Poste. Deux interpellations du groupe LREM / Modem font aussi écho au « baromètre social ». Dans cet audit interne 59% des agents ont répondu « pas du tout » ou « plutôt non », lorsqu’on leur demande si « ils ont le sentiment que le fonctionnement interne de la Ville et de l’Eurométropole s’améliore » depuis un an.
La socialiste Catherine Trautmann tente aussi de faire adopter une résolution à l’assemblée. Début avril, elle avait rebondi sur la polémique des recours ministériels aux cabinets de de conseil. Elle soumet au vote une résolution pour que le conseil municipal s’engage à publier chaque année les prestations de ces cabinets privés à laquelle elle a recours.
La proposition est d’autant mieux sentie que les écologistes avaient fait une demande similaire à la Collectivité d’Alsace (CeA) que le président Frédéric Bierry (LR) avait rejeté. Les écologistes seront-ils plus exemplaires et transparents en la matière ou feront-ils valoir le « droit d’amendement » pour dénaturer le sens du texte qui leur est soumis ?
Dans ce reportage, Rachel Knoebel a notamment rencontré Isabelle Meyer, 59 ans et bénévole de longue date dans des associations sociales. Elle raconte comment son RSA a été suspendu pendant deux ans :
« En 2016, la CAF m’avait adressé un courrier de “vérification de patrimoine” que je n’ai pas eu, et sans réponse au bout de quatre mois, elle coupe tout. Croyez-bien que si j’avais une résidence secondaire, un château, je m’éviterais l’assistante sociale, le conseiller de Pôle emploi pour les plus de 55 ans… »
Isabelle Maurer a rejoint la Maison de la citoyenneté mondiale, une association membre du Mouvement national des chômeurs et précaires. Avec les autres bénévoles indique l’article de Basta, elle manifeste tous les premiers mardis du mois devant la CAF de Mulhouse.
Isabelle Muller, 3e à d., manifeste chaque semaine devant le siège de la CAF du Haut-Rhin Photo : Alterpresse 68
« Le système a ses failles, il faut que la CAF le reconnaisse »
Basta donne également la parole à Serge Bertelli, autre bénévole de l’association d’aide :
« Il faut sortir de la honte face à la dégradation du service public. Nous demandons non pas du contrôle, mais une relation avec des agents et un accompagnement aidant et non pas culpabilisant. Le système a ses failles, il faut que la CAF le reconnaisse. Elle informe très mal les allocataires, pour ne pas dire pas du tout. Il y a des espaces personnels numérisés, prétendument de dialogue, mais quand vous y posez des questions, vous n’avez aucune réponse. »
L’association a obtenu, à force de mobilisations, des rendez-vous avec des représentants la CAF, afin d’instaurer et de conserver un dialogue avec des référents. Ce dialogue fonctionne mais seulement pour les dossiers qui remontent par l’association, les allocataires qui ne sont pas informés de son existence restants seuls face aux silences de la CAF.
Un immeuble entier situé rue de Bourgogne à la Meinau est occupé par des sans-abris depuis décembre. Suite à une plainte du propriétaire, l’agence In’Li, qui demande leur expulsion, le tribunal judiciaire de Strasbourg a décidé de repousser sa décision au 29 juillet.
L’audience concernant l’occupation d’un immeuble de 54 appartements rue de Bourgogne, par une centaine de sans-abris depuis décembre 2021, a eu lieu vendredi 13 mai. Le propriétaire de ce bâtiment emblématique de la Meinau, l’agence In’li Grand Est, demande l’expulsion immédiate des personnes pour pouvoir le démolir. Maître Sophie Schweitzer, qui représente les 18 squatteurs assignés à comparaitre devant la juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Strasbourg, réclame quant à elle, un délai d’expulsion.
L’immeuble de 54 logements situé à la Meinau accueille une centaine de sans-abris. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Les occupants n’étaient pas présents dans la salle d’audience. Après une petite dizaine de minutes de plaidoiries, la juge des contentieux a annoncé que la décision sera rendue le 29 juillet. « C’est une bonne nouvelle », assure Me Sophie Schweitzer :
« En général, ces décisions sont rendues en deux semaines, là on a deux mois et demi. Cela laisse encore du temps aux occupants. Si la juge décide d’octroyer un délai, on peut imaginer tenir jusqu’à la trêve hivernale de fin 2022. »
« Des personnes ont demandé un hébergement d’urgence à plus de 100 reprises »
Me Antoine Bon, avocat d’In’li Grand Est, considère aussi que le délai est particulièrement long :
« Même si la décision du 29 juillet est l’expulsion immédiate, la procédure peut prendre du temps. Nous serions dans l’obligation de recourir à la force publique, par le biais de la préfecture, qui devra alors organiser les opérations et trouver, du moins je l’espère, une nouvelle solution d’hébergement pour les personnes. »
Ce dernier estime que « les autorités semblent se satisfaire de ce statu quo », et que la seule solution pour que des hébergements soient proposés est justement l’expulsion, qui « obligerait l’État » à prendre en charge les squatteurs. Pour Me Sophie Schweitzer, rien n’indique que l’État proposera des solutions d’hébergement :
« Plusieurs personnes ont justifié d’avoir demandé un hébergement d’urgence à plus de 100 reprises au 115, sans solution proposée. Elles n’avaient donc d’autre choix que d’occuper cet immeuble. »
L’audience a eu lieu au tribunal de proximité, rue du Fossé-des-Treize. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
L’État est effectivement censé héberger inconditionnellement toutes les personnes qui le demandent, mais il ne le fait pas à Strasbourg. L’avocat d’In’li Grand Est a par ailleurs relevé « des problèmes de sécurité » inhérents à « l’occupation illicite du bâtiment ». « Plus on attend, plus il y a des risques », a-t-il déclaré, évoquant des déchets entreposés, des dégradations commises sur des circuits électriques, l’impossibilité de mettre en place une maintenance dans les conditions actuelles, ou encore des risques d’incendie.
In’li Grand Est veut porter un nouveau projet immobilier sur place
Me Sophie Schweitzer a rétorqué que les appartements étaient très bien entretenus par les occupants, et que In’li Grand Est n’avait fourni aucune preuve que les dégradations constatées avaient été réalisées par ces nouveaux habitants. En février, Rue89 Strasbourg publiait un article sur les incertitudes quand à l’identité des auteurs des dégradations sur le système électrique ayant causé un déficit temporaire de chauffage et d’eau chaude.
L’avocate des squatteurs a également demandé à la juge de prendre en compte la situation humanitaire dramatique des occupants du squat :
« Il s’agit de demandeurs d’asile déboutés, de personnes en demande de titres de séjour et de personnes ayant des titres de séjour mais pas de solution d’hébergement. Certaines travaillent et se disent prêtes à payer un loyer mais n’ont trouvé aucune solution de logement. »
De nombreuses familles, parfois avec des nourrissons, ont trouvé refuge dans l’immeuble. Après la destruction du bâtiment, In’li Grand Est projette de construire, avec d’autres bailleurs, 350 logements sur plusieurs ensembles. « Aucune date n’est avancée » pour le début des travaux de construction, a précisé le responsable juridique du propriétaire, présent à l’audience. Interrogé sur la nature du projet, il a rappelé qu’In’li Grand n’est pas un bailleur social et que les logements proposés par cette entreprise ne seront pas des HLM.
Les électeurs français sont appelés à choisir leurs députés les 12 et 19 juin. Avec notre carte, retrouvez tous les candidats et les candidates en Alsace.
Ils et elles étaient 223 au départ en 2017, on en compte 186 en 2022. Les inscriptions sont closes pour les prétendants alsaciens à un mandat de député. Ils se disputeront 15 circonscriptions, 9 dans le Bas-Rhin et 6 dans le Haut-Rhin. Les élections législatives se tiendront les dimanches 12 et 19 juin partout en France.
La Nupes a ses candidats
Après les 22% de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l’élection présidentielle, La France insoumise (LFI) a noué des accords avec les différentes formations de gauche, toutes sous les 5%. Ainsi Europe Écologie – Les Verts (EELV), le Parti communiste (PCF), le Parti socialiste (PS) et LFI forment la Nouvelle union populaire écologique et sociale : la Nupes ! Elle ambitionne d’imposer une cohabitation à Emmanuel Macron avec un programme à gauche.
En Alsace, la Nupes présente 15 candidats : trois pour les écologistes, une pour les Socialistes et onze Insoumis. On ne retrouve pas de personnalité locale de premier plan. La figure la plus identifiée est Sandra Regol à Strasbourg, investie dans la politique locale jusqu’en 2014, avant d’aller à Paris où elle est devenue numéro 2 d’EELV.
À gauche, l’Alsace ne connait pas de candidats PS dissident, même si l’ancien élu local et député Éric Elkouby rempli un peu ce rôle à Strasbourg. Néanmoins, plusieurs petits partis de gauche et écologistes se sont lancés dans la bataille.
C’est notamment à Strasbourg et Mulhouse que les élections s’annoncent les plus indécises, avec des chances pour la Nupes. En 2017, divisée, la gauche n’avait obtenu aucun député en Alsace.
Investitures disputées à Renaissance…
Après la réélection d’Emmanuel Macron, les regards se tournent aussi vers « La République en Marche », tout juste renommée « Renaissance ». Le parti présidentiel continuera-t-il de remplacer la droite, bien implantée en Alsace ? En fin de mandat, la majorité présidentielle (LREM-Modem-Agir) comptait sept députés dans la région.
La formation politique du président peut espérer reconquérir le Kochersberg, après le départ de la majorité de Martine Wonner depuis la crise sanitaire, et faire basculer dans son escarcelle des circonscriptions autour de Molsheim, Colmar ou Ribeauvillé…. « Renaissance » a ainsi choisi l’ancienne ministre déléguée Brigitte Klinkert, qui a fait tout son parcours local à droite, pour conquérir ce bastion historique de la droite alsacienne.
Mais là où elle manque de relais, LREM-Renaissance pratique le parachutage. On retrouve ainsi Patrick Depyl, ancien maire de la Wantzenau, investi dans l’Alsace bossue (Saverne-Sarre Union), très marquée à droite. Adjointe « divers gauche » à l’Éducation à Strasbourg pendant 12 ans, conseillère départementale des quartiers Est (2015-2021) et candidate en 2020 à Strasbourg, Françoise Buffet est quant à elle désormais candidate dans le Kochersberg, où elle indique habiter depuis une décennie.
À Strasbourg au contraire, ou même à Mulhouse, l’enjeu sera de conserver les cinq circonscriptions, sans se faire devancer par l’union de la gauche.
… et refusées chez Les Républicains
Après une élection présidentielle ratée, ces élections sont un bon moyen d’être à jour sur la force de la droite alsacienne. Malgré la vague macroniste en 2017, la droite parlementaire avait plutôt bien résisté en 2017 en Alsace (9 députés sur 15 au soir du 2e tour). Mais le score famélique de Valérie Pécresse en avril a eu raison de plusieurs ambitions. C’est notamment le cas des Strasbourgeois Jean-Philippe Maurer et Jean-Philippe Vetter, qui ont renoncé à se présenter. L’objectif sera de limiter la casse et de conserver un maximum de circonscriptions. En dehors peut-être du Kochersberg ou de la région de Mulhouse, peu de nouvelles conquêtes semblent à portée.
La voie est un peu plus dégagée pour l’eurodeputée Anne Sander qui fait partie des parachutées. L’élue de la Wantzenau est candidate tout au nord de l’Alsace, à Wissembourg. Il faut dire qu’elle avait été réélue de justesse au Parlement européen en 2019 et ça pourrait ne pas repasser en 2024… Elle a beau être aussi élue à la Région Grand Est jusqu’en 2028, mieux vaut avoir deux mandats qu’un seul pour passer d’une assemblée à l’autre et prolonger sa vie politique. Dans le Haut-Rhin, les réélections de jeunes députés comme Raphaël Schellenberger ou Yves Heymedinger s’annoncent disputées.
En embuscade, le parti régionaliste Unser Land compte tirer profit d’un certain embarras de la droite alsacienne sur la question de l’Alsace au sein de la région Grand Est, pour grapiller quelques pourcentages… Et forcer les partis à se positionner.
Quel ancrage pour le RN ?
Le score de second tour de Marine Le Pen a progressé en Alsace par rapport à 2017. Mais malgré ce bon point pour sa présidente, le RN souffre d’un manque d’ancrage et d’élus locaux. Ainsi, il ne part favori dans aucune circonscription d’Alsace.
Comme LR, le RN aura en plus une concurrence supplémentaire avec les représentants de Reconquête !, le parti d’Éric Zemmour. En Alsace, la formation d’extrême-droite n’a pas eu de transfuge d’ampleur et la formation présente surtout des novices. Ses chances sont plus que limitées, mais l’objectif est d’obtenir des financements publics grâce à ce scrutin en se présentant partout.
D’autres partis en quête de voix
Enfin, comme à chaque élections législatives, il y a foule de candidats sans étiquette et de tous petits partis méconnus. Le but de ces candidats est de se faire connaitre, de faire entendre une autre voix ou encore permettre à leur parti d’accéder aux financements publics, selon le principe très lucratif « 1 voix au premier tour = 1,64€ par an » pendant 5 ans ! Il faut cependant atteindre 1% des suffrages exprimés dans 50 circonscriptions en France pour accéder à cette manne. Un pari qu’avait réussi en 2017 le parti régionaliste alsacien Unser Land, en s’alliant à d’autres partis régionalistes, ou le Parti animaliste. Mais le parti Égalité et Justice avait échoué.
Vous êtes candidat·e et ne figurez pas sur cette carte ? Remplissez notre formulaire (le lien ici – compte Google nécessaire) pour y apparaître. La carte sera fréquemment mise à jour jusqu’à la date limite du dépôt des candidatures
L’édition 2022 des Ateliers Ouverts se tient les week-ends des 14-15 et 21-22 mai de 14h à 19h. L’occasion d’y rencontrer 363 artistes lors de vernissages, concerts, guinguettes et performances dans toute l’Alsace. 38 rendez-vous ont lieu à Strasbourg.
Portée par l’association Accélérateur de particules, les Ateliers Ouverts 2022 ont été pensés en grand cette année, pour faire oublier les deux années Covid et leurs éditions amputées. Motivée par la volonté de promouvoir les artistes installés en Alsace, l’association propose ce type d’événement depuis 1999. Cette 23e édition met en valeur 363 artistes lors de 132 événements dont 38 ont lieu à Strasbourg.
Pour s’orienter dans la multitude d’offres, les organisateurs proposent aux participants 18 parcours choisis. Il est également possible de faire des recherches par ville, territoire, technique artistique, ordre alphabétique ou mot clef sur leur site. Photo : Atelier Petr Beranek Masevau / Alex Flores
À partir de ce week-end, les visiteurs peuvent découvrir et apprécier les œuvres de musiciens, plasticiens, comédiens, dessinateurs ou encore de céramistes lors d’événements ou d’ateliers ouverts. Une occasion unique d’entrer dans l’univers de ces artistes et d’en apprendre plus sur leur processus de création.
À la découverte des incontournables du territoire
Amoureux de l’art ou curieux, en famille ou entre amis, les visiteurs peuvent jeter leur dévolu sur la large proposition des grands ateliers strasbourgeois. Le bien connu Bastion 14 a élaboré une programmation riche, entre performances, goûters d’écoute et installations. Les paysages fantomatiques de Fanny Buecher, en pastel et fusain, et le travail sur la honte et la colère révolutionnaire de Jamila Wallentin y sont exposés pendant tout l’événement. Des rendez-vous dédiés à la création sonore, un défilé et une performance vidéo rythmeront les deux week-ends.
Chaque année, Accélérateur de Particules donne carte blanche à un artiste afin qu’il définisse la charte graphique des Ateliers Ouverts, en collaboration avec le studio graphique Ramel luzoir. L’artiste choisie pour cette édition est la Suisse Ariane Lugeon qui a un atelier autoconstruit à Hégenheim. Photo : Affiche Ariane Lugeon
L’imprimerie associative et maison d’édition Papier Gachette ouvre également ses portes à tous les intéressés. Plus intimiste, ce lieu voit souvent naître des créations aussi drôles qu’artistiques et propose régulièrement des stages ou des cours du soir pour rendre l’art accessible à tous.
Du côté de Port du Rhin, les Ateliers Bois, la Basse Cour des Miracles, le Garage Coop ont aussi répondu au rendez-vous. Tout comme le CRIC (Collectif d’artistes et d’artisans) qui invite les amoureux du spectacle vivant et de la musique à une soirée riche en couleur, samedi 21 mai. De 18h30 à 2h du matin, les histoires drôles et coquines du cabaret de la bouche d’en bas, les concerts de David Lafore et Kaspar et le DJ set de Miss Tricky se succéderont pour une soirée prometteuse.
Plonger dans la curiosité des ateliers, à Strasbourg et ailleurs
Les Ateliers Ouverts sont aussi l’occasion de sortir des chemins battus et de découvrir où se nichent les artistes qui n’ont pas rejoint les grosses structures, comme le Bastion 14 à Strasbourg, le Motoco à Mulhouse ou encore le Parc d’Husseren-Wesserling.
Derrière la porte d’un appartement ou en plein air, ils profitent du retour des beaux jours pour dévoiler leurs ateliers et l’intimité de leurs lieux de travail. Magalie Ors accueille par exemple tous les amateurs d’art à Schiltigheim, dans l’ancienne boutique située derrière l’historique brasserie Fischer qu’elle a transformée en atelier. Elle y partage sa passion des paysages montagneux et de la nature qu’elle immortalise dans des camaïeux outremer et sienne. Le graveur Alban Dreysse et le peintre Patrick Bastardoz font découvrir leurs nouveau lieu de travail, situés tous deux au sein du Parc Gruber, sur l’ancien site de la brasserie du même nom, fermée depuis 1966.
Les Ateliers Ouverts sont aussi l’occasion de voir certains artistes travailler, comme le graveur Alban Dreyssé. Photo : Alex Flores
Mais certaines des visites les plus insolites se trouvent en dehors de Strasbourg. A titre d’exemple, Céline Martin présente son travail autour du latex, de la terre et de la couture dans son atelier située dans une ancienne dépendance alsacienne à Houssen, près de Colmar. Petr Beranek accueille les visiteurs dans autre décor particulièrement étonnant : un atelier niché sur le Domaine de l’Abbaye dans une ancienne usine de Masevaux. Parfois, les ateliers deviennent autant art que les œuvres qui y sont réalisées.
Mercredi 11 mai, le sénateur écologiste Jacques Fernique a effectué une visite surprise du centre de détention d’Oermingen. Les bâtiments, construits en 1938, souffrent d’une importante vétusté qui occasionne des « conditions d’hébergement indignes » selon le contrôleur général des lieux de privation de liberté.
1938. Difficile de ne pas remarquer la date de construction de l’actuel centre de détention d’Oermingen, au Nord de l’Alsace. Ces anciennes casernes militaires portent leur date de naissance taillée sur des façades décrépites. Mercredi 11 mai, vers 15 heures, le sénateur écologiste Jacques Fernique vient utiliser son droit de visite des lieux de privation de liberté. La directrice adjointe de la prison Frédérique Matthys l’accueille et évoque d’emblée « un établissement très vieux et vétuste ».
Lors de sa dernière inspection, en septembre 2019, le contrôleur général des lieux de privation de liberté avait décrit un « établissement qui nécessite surtout qu’un plan d’investissements immobiliers pour la rénovation – voire la restructuration – des bâtiments, proprement indignes à l’hébergement de personnes privées de liberté ».
212 détenus pour 260 places
Le centre d’Oermingen compte 212 détenus pour 260 places. La directrice adjointe de l’établissement évoque une « centaine de surveillants employés, soit un surveillant pour deux détenus ». Des statistiques à faire pâlir d’envie tout employé de la maison d’arrêt de Strasbourg, où vivaient 650 détenus pour 447 places en février 2022. Frédérique Matthys vient justement de quitter la prison strasbourgeoise, où elle travaillait en tant que cheffe de détention. Invitée à comparer les deux établissements pénitenciers, celle qui a débuté en tant que surveillante à la fin des années 90 décrit :
« En maison d’arrêt, il n’y a pas assez de place, on n’a pas le temps de s’occuper des problèmes administratifs, des cartes d’identité ou des titres de séjour des détenus. En centre de détention, tout notre travail, c’est de responsabiliser les détenus pour favoriser leur réinsertion à travers les formations et le travail proposé. »
70% des détenus travaillent
La visite commence par les ateliers du centre de détention d’Oermingen. Ces espaces font la fierté de la direction de l’établissement. Ici, 70% des personnes incarcérées travaillent alors que la moyenne nationale ne dépasse pas les 29%. Au-delà des classiques travaux en cuisine ou à la lingerie, les prisonniers peuvent occuper l’un des 70 postes proposés par cinq « concessionnaires », des entreprises comme Symea, KHK, Brennenstuhl ou l’association Emmaüs. Côté formation, les détenus peuvent bénéficier d’une centaine de places en soudure, en boulangerie, en cuisine, en paysagisme et bientôt dans les métiers du bâtiment.
Dans les ateliers du centre de détention d’Oermingen, la partie dédiée à l’association Emmaüs. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc Les ateliers du centre de détention d’Oermingen. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc Ici, 26 détenus travaillent le matin pour produire des caissons d’enceintes acoustiques de la marque Simea. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Chauffage suranné, cellule à deux
En sortant des ateliers, le petit groupe guidé par l’officier Mathieu se dirige vers le bâtiment E. Plus récent que les casernes voisines, il date des années 80. Gilbert (le prénom a été modifié) accueille dans une petite cellule sans rangement. Dentifrices et autres crèmes sont posées sur une lampe au-dessus d’un miroir branlant. La bouilloire tient en équilibre sur les robinets au-dessus d’un lavabo en piteux état. Gilbert n’est pas du genre à se plaindre, il préfère d’abord évoquer « la gamelle qui est très bonne » puis il se réjouit que le chauffage ait été coupé : « Il faisait une chaleur… C’était plus tenable. » Comme l’explique la directrice adjointe, « les radiateurs sont si vieux ici, qu’on ne trouve plus de thermostat pour remplacer les pièces défectueuses. Donc pour éviter que les détenus aient froid, soit le chauffage au fioul tourne à fond, soit il ne tourne pas du tout. Ça nous coûte 500 000 euros par an… »
Dans la chambre de Gilbert, il n’y aucune place pour ranger ses affaires. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc Dans la plupart des bâtiments du centre de détention, les murs tombent en décrépitude. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc Equilibre précaire des affaires de salle de bain. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Puis finalement, Gilbert a quand même quelques reproches à faire à cette prison. Certes, de nouvelles fenêtres ont été installées, « mais les joints ont mal été posés, donc on sent des courants d’air ». Le détenu d’une cinquantaine d’années se plaint aussi des chambres à deux détenus, alors que la loi oblige à ce que les cellules soient individuelles : « Je me suis retrouvé deux fois avec des jeunes personnes bipolaires, qui ont eu des accès de violence. Je ne comprends pas pourquoi ils regroupent pas les gens par âge, par le fait qu’ils travaillent ou non, ou par leur état de santé mental… » Interrogée, la directrice adjointe de l’établissement estime que 20% des détenus vivent seul en cellule.
Dans le seul bâtiment rénové, le contraste est saisissant
En milieu d’après-midi, plusieurs dizaines de détenus profitent des espaces verts au cœur de la prison. Certains jouent au foot, d’autres à la pétanque. Plus loin, un homme fait des pompes, un autre des tractions. Ici, les détenus bénéficient d’une plus grande liberté qu’en maison d’arrêt. Les centres de détention accueillent les personnes qui ont le plus de chance de se réinsérer à la sortie de prison.
Dans le bâtiment D, rénové récemment, le contraste est saisissant. Pour les soixante détenus de cette section, il y a une armoire qui permet d’éviter les empilements précaires comme chez Gilbert. Les murs sont aussi repeints. Les structures des lits superposées sont neuves. C’est la seule section où les douches sont en cellule. Dans d’autres ailes de la prison, les douches sont collectives. Certaines d’entre elles sont mal aérées, l’humidité persistante produit une odeur de moisi. D’autres n’offrent qu’une intimité limitée aux détenus. « Pour poursuivre les rénovations des bâtiments et pour changer tout le système de chauffage, nous attendons encore un financement de Bercy », regrette Frédérique Matthys.
Dans le seul bâtiment rénové du centre de détention d’Oermingen. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
« C’est en prison qu’on observe la réalité concrète de la République. »
Après cinq heures de visite, le sénateur Jacques Fernique dresse un bilan contrasté des conditions de détention à Oermingen. L’élu écologiste apprécie d’abord les démarches entreprises pour permettre la resocialisation et la réinsertion des personnes incarcérées, de même qu’il se réjouit du « parloir flambant neuf » et les « appartements de famille (permettant des visites de quelques heures, voire quelques jours, NDLR) ».
Il déplore néanmoins les « conditions de vie qui confinent à l’inhumain dans des bâtiment très vétustes, avec des chambres exiguës et des installations qui nous ramènent à la ligne Maginot. Même si l’on sent aussi bien du côté des détenus qu’ils ne cachent pas leur préférence pour ce cadre là par rapport aux maisons d’arrêt. « On est au grand air », disent-ils et du côté du personnel, il y a une culture d’établissement manifeste. Le personnel est attaché à donner du sens à ce qu’ils font. Ça exige d’autant plus des pouvoirs publics un effort d’investissement pour la rénovation des bâtiments et la reconnaissance des équipes. C’est une conviction politique personnelle, c’est en prison qu’on observe la réalité concrète de la République. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Dans un avis publié le 4 mai sur sa page, le déontologue de la Ville de Strasbourg déplore que la municipalité n’ait pas publié sur ses sites les déclarations d’intérêts de ses principaux élus.
Les déclarations d’intérêts des élus de l’exécutif municipal devraient être publiées sur le site Strasbourg.eu. C’est en substance ce que note le déontologue de la Ville de Strasbourg, Patrick Wachsmann, professeur de droit public de l’Université de Strasbourg, qui est chargé, bénévolement, d’étudier les signalements d’atteinte à l’éthique des élus du conseil municipal.
À l’heure où Citiz (re)lance une expérimentation vers l’électrification de son parc de voitures en libre-service, une nouvelle société, Shaary, s’implante sur un créneau similaire avec 30 véhicules. Une évolution rendue possible par le déploiement de davantage de bornes à Strasbourg.
En 2020 et 2021, les voitures partagées de Citiz ont moins roulé. Confinements, couvre-feu, isolement, essor de la visio-conférence… Autant de raison de ne plus se déplacer ponctuellement en automobile. Mais après deux ans d’incertitude, la coopérative strasbourgeoise relance à nouveau des projets d’avenir avec la sortie de crise sanitaire. Et ce regain d’optimisme coïncide avec l’arrivée pour la première fois d’un concurrent à Strasbourg, une entreprise française nommée Shaary.
Citiz, qui fête bientôt ses 20 ans, voit à nouveau l’avenir avec optimisme, comme l’explique son directeur, Jean-François Virot-Daub :
« L’une des conséquences du Covid, c’est l’essor des déplacements quotidiens à vélo, donc moins de raisons d’avoir une voiture personnelle. Mais c’est l’occasion pour certains de basculer sur l’autopartage. Il y a surtout une vraie opportunité pour les professionnels qui utilisent moins leur flotte de véhicules, et qui ont donc davantage de besoins ponctuels. »
Regain d’abonnés et recapitalisation
Entre janvier et mai 2022, Citiz a enregistré 1 400 nouveaux abonnés (sur un total de 15 000) dans le Grand Est, la majorité à Strasbourg. Une tendance plus rapide que les 3 000 de 2021 et 2 400 de 2020. Ce retour de l’activité devrait permettre d’éponger les 60 000 euros de pertes étalées sur deux ans à cause de la pandémie. Chômage partiel, PGE, paiements échelonnés, remises de partenaires… Citiz a activé tous les leviers pour limiter la casse après s’être fait très peur, avec 80% d’activité en moins lors du premier confinement.
Elle a aussi pu compter sur le soutien des collectivités locales, qui ont abondé au capital (150 000 euros pour l’Eurométropole et 155 000 pour la Région Grand Est) pour permettre de garder de bons ratios financiers, et donc de continuer à emprunter pour renouveler la flotte. Même au cœur de la tempête, Citiz a pu faire appel à ses sociétaires, qui ont soutenu à hauteur de 50 000 euros en parts sociales.
L’apparence des Citiz électriques est identique à celle des voitures à essence. Photo : Citiz
Pendant cette période creuse, la société a réaménagé ses bureaux, consolidé ses liens avec d’autres coopératives, fait auditer sa comptabilité pour évaluer ses apports à la société, ou encore revu son système de nettoyage des véhicules. Plutôt que « d’ajouter du trafic » et faire rouler les voitures vers une unique station de lavage, ce sont des équipes qui tournent à vélo électrique, équipés de sacoches pour porter le matériel.
Mais ce n’est pas ces réorganisations internes qui font l’actualité de la coopérative en ce printemps. La coopérative reprend à Strasbourg une mutation de ses voitures rouges en libre service Yea! vers l’électrique. « Le virage de l’électrique est là chez les constructeurs. Les trajets des voitures sont souvent plus courts avec les voitures en libre service, donc pour nous c’est cohérent de débuter avec cette flotte », indique Jean-François Virot-Daub.
L’essence reste plus adapté pour l’offre « complémentaire », des voitures en station, avec 200 véhicules à Strasbourg et 350 en Alsace. D’ailleurs, l’ouverture de nouvelles stations, souvent à perte les premières années, a également repris dans tout le Grand Est.
Même tarifs et même zone
Yea! avait lancé en fin 2019 une expérimentation avec deux Smart électriques. Mais le test s’était vite heurté à l’absence de bornes dans l’Eurométropole, à cause d’un gros raté dans le déploiement. Depuis, le marché a été relancé et un déploiement de stations de recharge Freshmile est en cours. Parallèlement, l’autonomie des véhicules augmente.
Les Citiz se déverrouillent par téléphone ou via internet et une carte à puce. Shaary fonctionne uniquement avec une appli. Photo : CitizPhoto : Citiz
Comment concilier électrique et facilité d’usage ? « L’utilisateur ne sera pas tenu de se brancher en fin de réservation, on reste un service de freefloating simple », développe Jean-François Virot-Daub. Néanmoins, en plus des équipes qui veilleront à acheminer les voitures avec moins de 20% de batterie vers les bornes, Citiz compte impliquer ses clients avec des incitations financières. Des remises sont prévues pour celles et ceux qui se gareront à une station, ou débrancheront une voiture rechargée.
Pour le reste « rien ne change ». La zone de dépose reste la même, les tarifs sont identiques (39 centimes du kilomètre + 2,5€ ou 5€ de l’heure selon que l’usager ait souscrit à un abonnement ou non).
Six véhicules en test
Avant d’opter pour un modèle, Citiz va faire tester à ses usagers quatre véhicules, desRenault Zoé, Peugeot e-208, Fiat 500e et Smart ForFour EV. Parmi les différences, l’autonomie : 150 kilomètres pour les Smart, 300 pour la Zoé et la Fiat 500 et jusqu’à 350 pour la Peugeot e-208.
En raison des délais d’approvisionnement, le réseau d’autopartage mettra aussi en circulation les mini-voitures sans permis Ami de Citroën. « On est pas mal sollicités dans les petites communes pour ces véhicules car c’est vu comme une réponse au manque de mobilité des jeunes », explique le directeur. Enfin, Citiz mettra en circulation… des Dacia Spring.
Shaary débarque avec 30 Dacia Sping
Les Dacia Spring, c’est justement avec ce véhicule que se lance ce jeudi 12 mai la société Shaary, qui déploie 30 voitures à Strasbourg, sa deuxième ville après Marseille.
À Marseille, Shaary propose de petits électriques deux places. À Strasbourg, il s’agira de voitures plus grandes, compactes et avec une autonomie estimée entre 150 à 200 kilomètres. Les véhicules sont plus grands que les petites citadines Yea!.
Un prix à la minute
Principale différence, un prix uniquement en fonction du temps, à savoir 35 centimes/minute. À l’arrêt, un mode « pause » fait baisser le tarif à 15 centimes la minute. Les prix sont plafonnés à 17€ de l’heure ou 50€ la journée. Compte tenu des modes de calcul différent, il est difficile de comparer les deux services.
La jeune entreprise française basée à Lyon a été lancée fin 2020 par cinq associés et compte 30 salariés. Il s’agit d’anciens de la navette autonome Navya, qui peine à trouver des débouchés. Une partie de ses fondateurs ont par le passé été entrepreneurs pour les sociétés de jeux vidéos Infogrames, Inphonie dans l’internet ou Blablacar.
Diego Isaac directeur marketing ne voit pas l’arrivée de Shaary comme une concurrence directe à Citiz :
« Notre concurrent est surtout la voiture individuelle. Plus il y a d’offre, plus les habitants iront vers l’autopartage. Nous n’avons pas de frais d’inscription et pas d’abonnement. Notre logique est la même partout, faire sauter les barrières à l’usage de l’autopartage. Notre seul coût d’entrée est le déblocage du véhicule. »
Si la deuxième ville est Strasbourg, c’est tout simplement car le contact est allé plus vite avec la municipalité que dans d’autres métropoles. Shaary aura au départ une carte des zones de dépose plus limitée que celle de Citiz au départ. Aussi, les réservations ne pourront se terminer dans la Grande-Île.
Shaary envisage plusieurs évolutions sous quelques mois, notamment de la carte de dépose. « On est encore en discussion avec des hypermarchés et l’aéroport pour augmenter notre nombre de zones de dépose », ajoute Diego Isaac. Le nombre de véhicules pourra aussi être augmenté.
Les voitures sont équipées de GPS. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg L’équipe de Shaary. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
À Strasbourg, Shaary compte un salarié permanent, et bientôt deux à temps plein, qui seront chargés d’acheminer les véhicules vers les bornes Freshmile quand leur autonomie deviendra faible. Shaary se lance en partenariat avec l’Automobile Club d’Alsace, qui met à disposition des locaux et se fera le relais de certaines opérations de communication.
« Égalité de traitement » pour la Ville
Du côté de la Ville de Strasbourg, « l’équité de traitement » entre Shaary et Citiz s’est imposée. Une convention annuelle a été signée lorsque Shaary a soumis un dossier de candidature. Elle fixe une redevance pour la société à 58€ par véhicule et par an. Ces véhicules ne sont pas soumis au stationnement payant. Pierre Ozenne, adjoint en charge de la voirie et l’espace public, espère que cette arrivée débouche sur « une complémentarité » plutôt qu’une concurrence. « Shaary mise sur une facilité d’usage et d’accès encore plus forte. Citiz propose un réseau plus large, avec aussi des stations fixes dans de nombreuses villes en Alsace et en France. Dans les deux cas, on estime qu’un véhicule d’autopartage équivaut à 10 voitures en moins sur la voirie ce qui est vertueux », ajoute l’élu.
C’est surtout la robustesse du modèle économique de Shaary qui déterminera son avenir dans la capitale alsacienne. De nombreuses sociétés se sont lancées dans l’autopartage avant d’y échouer, y compris le groupe Bolloré avec les Autolib, qui avait tenté de s’implanter à Strasbourg en 2015. Les élus strasbourgeois avaient décliné l’offre. Shaary a fixé son seuil d’équilibre à 2h d’utilisation par jour par voiture. Elle se donne plusieurs mois, voire plusieurs années pour l’atteindre. Du haut de ses 20 ans d’expérience, Citiz peut compter sur 15 000 abonnés et des sociétaires impliqués.
Comparatif des offres Yea! et Shaary
Yea! par Citiz
Prix : 2,50€/heure (ou 5€ sans abonnement) + 0,39cts/kilomètre
Déblocage du véhicule : 2,50€
Prix plafonnés : 22€/jour et 0,25 cts/km au-delà de 100 kilomètres
Frais d’inscription : 40 ou 20€ (tarif réduit)
Abonnement : Au choix. Abonnement à 16€/mois qui diminue le prix horaire. Tarif réduit pour les sociétaires.
Autonomie : de 150 à 350 kilomètres pour l’électrique selon les modèles et « illimité » avec les voitures à essence, une carte bancaire pour faire le plein étant fourni.
Réservation à l’avance : oui, facturé au quart d’heure.
Autre avantage : Accès au reste du réseau Citiz en stations dans le Grand Est, avec des stations fixe, ainsi qu’ailleurs en France.
En gris la zone de dépose en début et fin de réservation des voitures Yea! de Citiz.
Shaary
Prix : 35 centimes/minute en roulant, 15 cts/min à l’arrêt
Déblocage du véhicule : 1,50€
Prix plafonnés : 17€ de l’heure et 50€/jour
Frais d’inscription : non
Abonnement : non
Autonomie : de 150 à 200 kilomètres.
Réservation à l’avance : 15 minutes maximum
Autre avantage : Accès au réseau Shaary à Marseille.
La zone de dépose lors du lancement. Il n’est pas possible de mettre fin à sa réservation dans la Grande-Île.
Samedi 14 mai, à partir de 11h, des militants communistes organisent la Fête de l’Humanité 2022 à la salle du Manège, au Neuhof. Après deux éditions annulées, cette manifestation festive, culturelle et politique proposera des débats, des tables rondes et des concerts de groupes locaux.
Pour signer son retour après deux années perturbées par le Covid, la Fête de l’Humanité 67 propose un programme dense dans un nouveau lieu : la salle du Manège située au Neuhof. Si cet espace est un peu excentré, il permet la tenue d’activités intérieures et extérieures.
Comme à son habitude et à l’instar de la Fête de l’Huma nationale, cette journée sera marquée par des échanges, des débats, des tables rondes politiques, une programmation musicale locale, des stands et ateliers pour tous les âges. Principalement porté par des membres du Parti communiste français 67 (PCF 67), cet événement est ouvert à tous : militants, membres associatifs, curieux…
Créée en 1930 par le directeur du journal communiste l’Humanité, Marcel Cachin, cette fête, d’abord nationale, devait à l’origine être un lieu de rencontre et de diffusion du journal. « A Strasbourg, elle s’était déclinée autour du journal L’Humanité d’Alsace Moselle puis de L’Humanité 7 jours, journal local rédigé en français et en allemand », précisent les organisateurs. Samedi, un stand sera dédié au journal pour que les visiteurs puissent s’y abonner ou le soutenir.
Les organisateurs ont prévu une programmation particulièrement riche avec un début des festivités dès 11h. Ils attendent une participation au moins aussi importante que les dernières éditions qui ont connu des pics à 500 personnes. Photo : Programme DR / Document remis
Capitalisme, NUPES et place des municipalités au programme
Tout en étant festive, cette journée est un rendez-vous politique. Dès 11h30, la journée débutera par un débat intitulé « Les municipalités peuvent-elles répondre aux besoins populaires face à l’austérité gouvernementale ? », en présence d’associations, d’organisations politiques et de syndicats locaux. Hülliya Turan, adjointe à la mairie de Strasbourg et organisatrice de l’événement, détaille :
« Dans le contexte électoral que nous traversons, il était important pour nous de soulever cette question. Avec notre pays très centralisé et la réinvestiture d’Emmanuel Macron, nous savons que c’est le choix d’une politique d’austérité qui sera fait, ce qui pénalise forcément nos luttes sociales et écologiques. »
Cette édition de la fête, qui s’est ajustée jusqu’au dernier moment, cherche à être au plus proche de l’actualité politique. Une table ronde pour évoquer la NUPES (Nouvelle Union populaire écologique et sociale) a été ajoutée à 16h. Elle réunira Jean-Marie Brom, de la France insoumise, Jacques Fernique, sénateur écologiste, Linda Ibiem, conseillère régionale socialiste, et Hülliya Turan autour d’une question : La NUPES est-elle le Front populaire du XXIème siècle ?
Dans la lignée de ce rapprochement et en perspective des futures éditions de la fête, Hülliya Turan invite les membres d’autres influences politiques à participer à l’organisation : « La fête de l’Huma est un bien commun et ne doit pas être considérée seulement comme un événement communiste. Pour l’instant, il n’y a pas vraiment d’associations ou de groupes dédiés à l’organisation. Nous sommes ouverts aux propositions! »
La Fête de l’Huma, une vieille tradition de la gauche. Photo : Chmee2/wikimedia commons
Stéphanie Roza, chercheuse en philosophie, Eliane Assassi, sénatrice et rapporteuse de la commission d’enquête sur les cabinets de conseil privés et Cédric Lepage, conférencier engagé pour l’éducation populaire, seront également de la partie pour évoquer l’avenir de la gauche et « les conséquences dramatiques d’un capitalisme 2.0 » qui repose, selon ce dernier, sur « une aliénation technologique ».
Des concerts locaux inspirés par les musiques du monde
Trois temps musicaux rythmeront la journée entre les différentes prises de parole. Au programme, des artistes engagés comme le groupe Two Magnets qui s’emparera de la scène à 15h pour livrer leurs chroniques sociales sur une musique blues, rock et folk. Puis les Las Baklavas emporteront le public du côté des Balkans et de l’Amérique latine avec un mélange de chant et de polyphonie électrique. La fête se finira avec le concert de Noufissa Kabbou Quartet qui mêle la poésie et la musique pour proposer un jazz inspiré par des sonorités du monde entier.
Les concerts ainsi que l’intégralité des événements de la fête sont accessibles en entrée libre. Photo : Affiche DR. Polices « Le Murmure » par Jérémy Landes et « Fengardo Neue » par Loïc Sander
« Les participants pourront également déambuler au milieu des stands, se restaurer avec des tartes flambées et participer à différents ateliers », ajoute Hülliya Turan. La fête étant prévue pour recevoir aussi bien les groupes d’amis que les familles, un espace sera réservé à des activités pour les enfants (jeux, contes…), de 11h à 18h. Pour les plus grands, une dictée féministe, des échecs ou encore un atelier brico-récup sont prévus. De quoi passer une belle journée entre culture, politique et détente.
Intrusion dans les immeubles voire les appartements, dégradation des voitures, pullulement dans les poubelles… De nombreux habitants de la Meinau se plaignent des rats, devenus très nombreux dans le quartier. La municipalité avait annoncé un plan d’action fin avril 2021 mais un an plus tard, de nombreuses poubelles sont encore perméables aux rats et rien n’a vraiment changé pour les Meinauviens. Reportage.
« Moi je vais essayer de déménager à cause de ces problèmes de rats, j’habite à la Meinau depuis 30 ans, c’est terrible, de pire en pire. C’est dégradant de vivre dans un environnement comme ça », pose Yasmina. Elle désigne les buissons et les trous au bas des murs de son immeuble :
« Ils se faufilent par là, rentrent dans les caves et les cages d’escaliers. J’en ai jusque devant ma porte d’entrée. Heureusement ils ne rentrent pas chez moi, mais chez d’autres c’est le cas. »
La municipalité avait annoncé, le 29 avril 2021, un plan d’action d’envergure contre les nuisances liées aux rats. Plus d’un an après, pour une douzaine de Meinauviens interrogés, la situation ne s’est pas améliorée dans ce quartier du sud de Strasbourg. Trois d’entre eux évoquent spontanément l’immeuble au 4 rue d’Anjou, particulièrement touché, où un rat est notamment sorti des toilettes d’une dame à l’été 2021.
Une préoccupation de tous les quartiers populaires
Selon des militants de la France insoumise, qui ont rencontré « les habitants de 6 000 logements à l’occasion du porte-à-porte pour l’élection présidentielle », ce problème de rats a été très souvent abordé dans les quartiers populaires de Strasbourg.
Parmi les témoignages, une femme a raconté avoir retrouvé des crottes de rat dans le lit de son enfant au 55 rue Erasme. Place de Haldenbourg, une autre a indiqué qu’elle n’invite plus personne parce qu’elle a honte des rongeurs chez elle.
Pour Nicolas Chapelle, responsable technique de Radical Pest Control, une entreprise de dératisation, « tout le monde connait ce qui cause la surpopulation des rats et les solutions pour y remédier depuis longtemps » :
« Il faut impérativement empêcher la stagnation de ressources alimentaires accessibles pour les rongeurs. Devant de nombreux immeubles, de grandes quantités de déchets sont à leur portée, dans des îlots de poubelles non étanches, et pas loin de zones herbeuses non entretenues qui leur permettent de nicher tranquillement. Les poubelles enterrées sont une solution à généraliser car une moindre disponibilité de la ressource aboutirait forcément sur une régulation des rats. »
Certains espaces verts permettent aux rats de nicher facilement, près des poubelles. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Au sous-sol de son immeuble, Yasmina montre un tas de déchets « qui date de plusieurs années ». « Comment voulez-vous qu’il n’y ait pas de rats ? On paye des charges mais il n’y a aucun entretien des parties communes », assure-t-elle.
Le manque d’entretien de certaines parties communes des immeubles attire les rats à l’intérieur. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
L’espèce présente en Ville n’est pas porteuse de la peste
Pas loin, Hakima attache la ceinture de son fils dans sa voiture. Ses essuie-glaces ne fonctionnent plus : « C’est les rats qui ont rongé les fils électriques sous le capot. On est beaucoup dans cette situation. » Yasmina craint aussi « les maladies qu’ils peuvent transmettre ».
Le surmulot, ou rat brun, l’espèce présente à Strasbourg, n’est pas celle qui a été porteuse de la peste, le rat noir ou rat des champs. En revanche, elle peut transmettre, par contact avec l’urine, la leptospirose, une maladie bénigne dans la majorité des cas mais qui peut provoquer une insuffisance rénale et qui touche 600 personnes en France tous les ans en moyenne. Plus généralement, « tout contact trop important entre les humains et les animaux augmente le risque d’apparition de zoonose, et donc d’épidémie, comme on l’a vu avec le Covid », précise Véronique Philippot, ethnobiologiste à Strasbourg.
Les rats endommagent les fils électriques dans les moteurs des voitures. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Sandrine Glatron, urbaniste basée à Strasbourg et directrice d’un réseau de chercheurs sur l’environnement urbain, a travaillé sur la question des rongeurs en ville :
« Il n’est pas possible d’éradiquer complètement les rats. Il faut savoir qu’ils nous rendent même des services, par exemple en débouchant les égouts. Pour beaucoup, ils sont associés à quelque chose de sale et ne devraient pas exister en ville. Je pense qu’il faudrait plutôt intégrer qu’ils sont présents parmi nous, pour mieux agir s’ils deviennent trop nombreux, car c’est ça le vrai problème.
Par exemple, dératiser avec des produits chimiques pour les tuer, cela correspond à une philosophie d’éradication, mais c’est une solution qui ne fonctionne que quelques jours parce que d’autres rats les remplaceront. Il faut agir sur les causes pour limiter leur nombre de façon plus structurelle. »
La chercheuse remarque également que les nuisances liées aux rats apparaissent davantage dans les quartiers populaires. « Il s’agit d’un vrai marqueur social. Les gens habitent dans de grands ensembles, souvent en mauvais état, avec d’importantes quantités de déchets concentrées dans des îlots de poubelles accessibles. Cette disposition n’existe pas dans les autres quartiers d’habitation », dit-elle.
« Ma hantise, c’est d’en avoir dans un étalage »
À la Meinau, effectivement, tout le monde semble habitué à composer avec les rats. Aslan, qui tient une épicerie, a des portes bien étanches et pose des pièges tous les soirs pour être certain qu’ils n’entrent pas dans son stock. « Ma hantise, c’est d’en voir un jour dans un étalage. Imaginez la réputation ! », souffle-t-il. Véronique Philippot explique :
« Les rats sont très opportunistes. Ils se dirigent vers les sources de nourritures là où elles sont disponibles. Donc si des trous dans les immeubles donnent accès à des aliments, c’est une aubaine pour eux. En plus, ils ont très peu de prédateurs en ville, et peuvent donc prospérer. Cependant, c’est une espèce qui s’autorégule : si les ressources diminuent, les rats font des portées moins nombreuses. C’est aux humains de contrôler cela, avec la gestion des déchets. »
Aslan installe des pièges à l’entrée de son stock alimentaire. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
« Les responsables doivent agir en coordination »
Benjamin Soulet (Labo citoyen), adjoint à la maire de Strasbourg en charge de l’équité territoriale, revient sur le plan de lutte contre la prolifération des rongeurs, censé « mobiliser de concert les services de la Ville et les bailleurs » :
« Toutes les zones de prolifération des rats sont étudiées par les responsables, qui doivent agir de façon coordonnée. Le service espaces verts repère et détruit les terriers, identifie les lieux où les rats peuvent nicher. Les bailleurs analysent les aménagements qu’ils peuvent mettre en place. Nous les invitons à enterrer les poubelles ou les enfermer dans des cabanons étanches. Ophéa a embauché six gardiens d’immeubles, ce qui porte leur nombre à 56 sur le parc de ce bailleur. Ils peuvent entretenir les bâtiments et contrôler les poubelles. Nous avons obtenu des résultats allée Reuss au Neuhof et rue Lavoisier à Cronenbourg. »
Mais rue Jean Hoepffner, Coralie, Vanessa et Marina font remarquer que de nombreuses poubelles placées devant les immeubles sont toujours accessibles aux rats. Souvent, sous les grilles qui empêchent l’accès aux bennes, des espaces de quelques centimètres laissent passer les rongeurs. Les clapets pour jeter les sacs de déchets sont ouverts. C’est aussi le cas rue Louis Loucheur, où les immeubles sont vieux et en mauvais état.
Dans certaines poubelles et buissons, les rats se déplacent et se font entendre. « Ils sortent surtout le soir et le matin », dit Vanessa : « Moi ça me fait peur, ils sont capables de passer entre les jambes des gens. » Rue Schulmeister, devant des bâtiments plus modernes, les cabanons rendent les poubelles étanches. « C’est là où ils construisent des nouveaux HLM, avec des loyers hyper chers, qu’ils font plus de choses. Mais chez moi, il n’y a rien, et je pense qu’on est bons pour attendre encore longtemps », commente Coralie.
Penser les dispositifs avec les habitants
Benjamin Soulet admet que les étanchéifications de poubelles se font au rythme des bailleurs. Or, ces derniers ont subi de lourdes restrictions budgétaires, amplifiées par le gouvernement d’Édouard Philippe. Salah Koussa, président d’Ophéa, confirme que l’installation de dispositifs contre les rats au niveau des poubelles « se fait en même temps que la rénovation » des bâtiments : « Sur notre parc, à l’horizon 2026, on compte passer partout aux poubelles enterrées et installer des soubassements en béton pour empêcher les rats d’entrer dans les immeubles. »
Jutta, d’origine allemande, est aussi Meinauvienne depuis plus de 30 ans. Elle veut sensibiliser ses voisins sur la gestion des poubelles : « Je vois des personnes qui posent leurs sacs n’importe où. Certains les jettent par la fenêtre. C’est aussi à cause de ces comportements que les rongeurs prospèrent. »
Jutta. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Véronique Philippot insiste sur le travail de médiation à mener auprès des habitants :
« Lorsque j’étais à l’Elsau ou à Hautepierre, j’ai observé des comportements favorisant la présence de rats : il peut arriver que des habitants donnent à manger aux rongeurs… J’ai trouvé de la brioche devant l’entrée d’un terrier une fois. Des rats nichent aussi dans des encombrants entreposés dehors. »
« Certains dispositifs ne sont pas adaptés aux habitants », remarque Sandrine Glatron. Elle plaide pour que les aménagements soient pensés avec eux, afin qu’ils soient fonctionnels :
« C’est souvent les enfants qui descendent les poubelles, mais l’ouverture de certaines bennes est trop haute pour eux. Ils laissent donc les sacs par terre, aux pieds des îlots… Pour éviter ce genre d’erreur de conception, il faut imaginer les aménagements en concertation avec les habitants. »
Un abri à poubelles où les déchets sont accessibles aux rats, à la Meinau. Photo : TV / Rue89 Strabourg / cc
Yasmina analyse que beaucoup de bâtiments ont été laissés à l’abandon, et que leur réhabilitation ou la construction de nouveaux logements coutera cher et prendra du temps :
« La priorité contre les rats, c’est de rénover tous les emplacements à poubelles. Il ne faudrait pas attendre la rénovation des immeubles et du quartier pour changer ça ! »
« J’ai conscience que c’est difficile pour les locataires, mais on ne peut pas faire les choses en deux fois, le plan de rénovation se fait sur plusieurs années, mais à la fin, il y aura des résultats », garanti Salah Koussa, d’Ophéa. Étienne Wolf, le président d’Alsace Habitat, autre bailleur social, n’a pas répondu à notre sollicitation.
Mardi 10 mai, la construction de barrages en béton a commencé à Stocamine. L’opération ne compromet pas, pour le moment, la possibilité de sortir les déchets. Le confinement définitif, voulu par l’État, est pour l’instant non autorisé à cause d’une décision de justice. La Collectivité européenne d’Alsace, défavorable au confinement, a déposé un référé suspension devant le tribunal administratif.
Les travaux de confinement des 42 000 tonnes de déchets industriels ultimes sous la nappe phréatique ont commencé ce mardi 10 mai, sur le site de Stocamine à Wittelsheim. La direction des Mines de Potasse d’Alsace (MDPA), la société de l’État qui gère Stocamine, assure que le chantier n’altère pas encore la possibilité de sortir les déchets. Il s’agit de barrages en béton qui n’entravent pas l’accès aux big-bags et aux fûts.
La Collectivité européenne d’Alsace (CeA) a déposé, le 10 mai, un référé suspension au tribunal administratif de Strasbourg. Dans un communiqué envoyé le même jour, elle rappelle le compromis qu’elle propose à l’État : « le confinement des galeries en mauvais état et le retrait le plus important possible des déchets situés dans les galeries en bon état et pour lesquels le déstockage est parfaitement réalisable. » Elle insiste aussi sur le fait que le confinement génèrerait « un risque sérieux sur la nappe phréatique du bassin rhénan, l’une des plus importantes d’Europe, et, au final sur la santé des habitants (en France mais aussi en Allemagne et en Suisse) ».
Le site de Stocamine, à Wittelsheim. Photo : Claude Ruisselet / FlickR
La préfecture n’a pas encore pu délivrer l’autorisation environnementale
Pour réaliser les travaux de confinement définitif, les MDPA doivent attendre que la préfecture du Haut-Rhin délivre une nouvelle autorisation environnementale, comme l’arrêté précédent avait été retoqué par la Cour administrative d’appel de Nancy en octobre 2021. Selon Me François Zind, avocat d’Alsace Nature, cette procédure, qui nécessite notamment une enquête publique, l’avis de l’autorité environnementale et un rapport de la Dreal, devrait encore durer plusieurs mois, jusqu’à fin 2022 probablement.
Dans un article du Monde, on apprend que les MDPA comptent tout de même « commencer le remblai du bloc 15 » mi-juin, ce qui rendrait inaccessibles les déchets de ce bloc, à l’origine de l’incendie qui a causé la fermeture de Stocamine en 2002. Pour le gouvernement, ces derniers ne peuvent de toute façon plus être sortis vu l’état de dégradation de la galerie en question.
Alsace Nature a également déposé un référé suspension le 12 mai. L’association a porté plainte contre X suite à une enquête de Rue89 Strasbourg et Reporterre révélant des doutes sérieux sur la nature des déchets stockés dans la mine, suite à quoi le parquet a mandaté la gendarmerie pour une enquête pénale. Pour Me François Zind, le remblai du bloc 15 constituerait une obstruction à l’enquête judiciaire et serait un début de confinement définitif, avant-même que l’enquête publique préalable et les autres procédures aient pu se dérouler.
L’audience est prévue le 19 mai au tribunal administratif de Strasbourg.