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À Sainte-Marie-aux-Mines, le vote RN tire parti de la pauvreté dans la vallée

À Sainte-Marie-aux-Mines, le vote RN tire parti de la pauvreté dans la vallée

« Sur les fronts du RN » (1/4) – Contrairement à 2017, une majorité d’électeurs à Sainte-Marie-aux-Mines, et sa voisine Sainte-Croix, ont préféré Marine Le Pen à Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle. Anciennement prospère, la cité du Val d’Argent cumule plusieurs difficultés typiques des zones rurales qui permettent au vote RN d’y prospérer, sans toutefois y être installé.

« Sainte-Marie-aux-Mines est à la fois un lieu de passage et une frontière. C’est une vallée dans le Haut-Rhin qui débouche sur le Bas-Rhin et limitrophe de la Lorraine. Il y a toujours eu une double culture, la question de savoir à quel territoire on appartient. Cela se retrouve même dans l’urbanisme ». Dans la magnifique villa Burrus, ancienne maison de maître devenue propriété de la communauté de communes en 2004, David Bouvier, archiviste, brosse un portrait détaillé des subtilités de Sainte-Marie-aux-Mines et ses alentours Val d’Argent.

Il retrace les différentes communautés, les Vosgiens, les mineurs de Saxe, les catholiques et même la naissance Amish, il y a un peu plus de 300 ans. La grande époque remonte à la fin du XIXe siècle lorsque les mines d’argent et l’industrie du tissu emploient jusqu’à 20 000 personnes. « Les personnes âgées ont encore connu la fin de l’âge d’or, dans les années 1950-1970 », ajoute le fonctionnaire territorial.

La villa Burrus, qui accueille la médiathèque, vestige de la grande époque de Sainte-Marie-aux-Mines. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Anciennement la commune la plus riche d’Alsace et la troisième par sa population, Sainte-Marie a compté jusqu’à 12 000 habitants au début du XXe siècle. Un total retombé 5 000 âmes désormais. Et le 24 avril 2022, 1 106 d’entre eux ont choisi Marine Le Pen (52,99% des votants, 33% d’abstention) face à Emmanuel Macron. Cinq ans plus tôt, la candidate RN n’avait obtenu que 43,5% des suffrages. Comment expliquer cette bascule ?

Un sentiment d’injustice

« Je ne suis pas surpris », fait part Bruno qui jardine au pied de sa maison. Cet ancien ouvrier d’une usine de sachets plastiques, qui a fermé au milieu des années 2000, juste après son départ en retraite, a encore connu l’époque prospère « où on pouvait venir à 8h et se faire embaucher dans la journée, puis passer d’une usine à l’autre ». Il explique le vote RN à Sainte-Marie par un sentiment d’inégalité économique :

« Ma femme a une retraite de 860€ après avoir travaillé toute sa vie de 5h à 13h en contre-équipe, c’est rien. Et on voit d’autres personnes qui ont la vie tranquille. Il y a trop d’associations d’aides aux personnes… Certaines sont utiles, mais il y a trop d’injustices. On voit des réfugiés ukrainiens qui travaillent à peine arrivés et des vignerons qui ne trouvent pas de personnel… »

Mais il s’est laissé convaincre de ne pas voter Le Pen par sa famille. « Si ça ne tenait qu’à moi je voterais autrement. Mais quand j’entends mes enfants, j’ai tout faux… C’est leur avenir, plus le mien ». Pour lui, la question de l’emploi est toujours prégnante pour la situation sociale de la ville. Il voit pourtant « quelques points positifs » ces dernières années sur ce front, comme des embauches dans une charcuterie (Les produits de la cigogne), ou dans une cartonnerie (Rossmann) un peu plus bas dans la vallée.

Comment expliquer que le RN progresse de 10 points en 5 ans à Sainte-Marie-aux-Mines ? Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

« Pas de réponse » aux difficultés pour la maire

Devenue maire en 2020, Noëllie Hestin a signé une tribune pour appeler à voter pour Emmnanuel Macron dans l’entre deux tours. Casque de vélo accroché au sac à dos, la jeune élue de 36 ans reçoit dans la salle du conseil municipal. Elle tente d’esquisser les racines de ce vote :

« Avec les faibles loyers, on a envoyé des familles à Sainte-Marie-aux-Mines alors que l’emploi ouvrier diminuait et sans l’accompagnement nécessaire, y compris pour la mobilité. Quand on n’a pas de voiture, c’est très difficile d’aller chercher les emplois de Colmar, Sélestat ou Ribeauvillé. »

Sainte-Marie-aux-Mines n’a pas de ligne ferroviaire et n’est relié à Sélestat et Saint-Dié qu’avec une seule ligne d’autocar Fluo, à raison d’un par heure.

Noëllie Hestin a été élue maire en 2020 et réélue dès 2021, l’élection ayant du être réorganisée. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc

Avec ses collègues, Noëllie Hestin s’est livrée à un exercice. « On a regardé les professions de foi. Celle d’Emmanuel Macron n’avait rien de concret et celle de Marine Le Pen était édulcorée. Il n’y avait ni son de famille ni le logo du parti, avec des propositions qui donnaient envie, notamment pour le pouvoir d’achat. Pour quelqu’un qui ne regarde que ça, la question peut se poser. »

Malgré son appel à faire barrage à Marine Le Pen, la maire « sans étiquette » et aux convictions écologistes n’épargne pas les cinq années du mandat présidentiel passé :

« Nous avons une population précaire qui a des difficultés et n’a pas de réponse. D’un côté, on a supprimé l’Impôt sur la fortune (ISF), mais rien n’a vraiment soulagé les personnes en difficulté. Au contraire, il y a eu la baisse des APL. Ce vote est une critique des pouvoirs en place. »

Parmi les autres difficultés, la fermeture de lits qui ont touché l’hôpital de Sainte-Marie. Dans ce contexte, l’élue qui se dit « pro-vaccination » pense aussi que les propos sur le fait « d’emmerder » les non-vaccinés n’ont pas contribué à apaiser les choses. Enfin, l’irruption d’Éric Zemmour « a un peu fait oublier ce qu’était le Rassemblement national ». Qui n’a d’ailleurs aucun ancrage à Sainte-Marie-aux-Mines, commune qui historiquement vote plutôt à gauche au XXe siècle.

« Je n’ai pas été confrontée au racisme »

La pauvreté est une réalité à Sainte-Marie-aux-Mines. Les Restos du Cœur accueillent environ 400 personnes aux distributions bi-hebdomadaires, soit 4% de la population de toute la communauté de communes. Ces dernières années, Sainte-Marie-aux-Mines a aussi pris sa part dans l’accueil des réfugiés

Fatima est l’une d’entre eux. Assise sur un banc, elle est très émue. Arrivée en décembre à Sainte-Marie-aux-Mines, elle vient d’être régularisée en cette fin mai. Ce jour-là, elle doit quitter son hébergement d’urgence pour demandeur d’asile (Huda) pour un autre logement à Cernay. Après avoir « dormi sous un pont » en région parisienne, le bon accueil dans la commune la marque. « On m’a écoutée de A à Z, j’ai eu de supers assistantes sociales. Il y a aussi une vieille dame qui est devenue une amie. Je n’ai pas du tout été confrontée au racisme ». Atteinte d’arthrose, elle espère désormais que ses enfants puissent la rejoindre depuis le Mali. L’expérience est plus contrastée pour Mladena (prénom modifié), originaire d’Albanie. « Ici, quand on aide les gens, ils disent à peine merci ». Après avoir passé plusieurs années en Belgique, la jeune dame parle couramment français. Elle se sent « très seule », sans ses enfants.

L’histoire des mines d’argent est souvent rappelé dans la ville. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Ce n’est pas sur des questions d’immigration que Coralyne, 20 ans, et « toute sa famille », ont voté Marine Le Pen. Avec ses proches, elle « comparé les programmes » et estimé que la candidate RN était « moins chiante que Macron », en particulier sur le prix de l’essence ou les restrictions liées au Covid. La hausse des prix du carburant l’handicape pour « voir sa grand mère à l’hôpital », raconte-t-elle, assise sur un muret à côté d’une poussette et de son bébé. « Déçue » du résultat, cette habitante de la Vallée depuis son enfance ne sait pas encore si elle votera aux élections législatives en juin.

Moins loquace, une animatrice à l’hôpital et à l’Ehpad, qui a voté Mélenchon au premier tour (elle rejette dos à dos les deux finalistes et refuse de dévoiler son vote du second tour), estime également que le vote RN à Sainte-Marie « ne relève pas du racisme », mais « d’une envie de changement et de concret ».

Dans les montagnes, l’hôpital de Sainte-Marie-aux-Mines est confronté aux mêmes difficultés qu’en ville. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Un paradis pour André qui a trouvé pied à terre

Le changement, ce n’est pas du tout l’envie d’André, qui s’est installé il y a trois ans. Il a acquis « une maison de maître pour le prix d’un appartement ». Il alterne ses semaines entre plusieurs résidences en France, après avoir longtemps travaillé dans les décors de scène et de cinéma. Et adore le coin. « Les gens sont cons, ils dénigrent Sainte-Marie-aux-Mines or il y a tout ici ! », démarre le retraité qui promène son chien Philou. « C’est calme, il y a le col des Bagenelles pour la randonnée à vingt minutes, il y a toujours quelque chose comme un concert et puis c’est calme ! Les gens ne se rendent pas compte ». Et même des restaurants « entrée-plat-dessert pour 13€ ! » Certes, il y a « de la racaille, mais vous en avez partout ».

Sans hésitation, il a voté Macron. « Il nous faut des gestionnaires et des gens qui parlent plusieurs langues », estime-t-il. Il avait adhéré au Front national en 1985 mais n’est resté que huit mois. « Le Pen prend les gens pour des imbéciles », tranche-t-il. Mais il comprend en partie ses électeurs. Il fait part d’une agression par des jeunes étrangers pour lui-même et son fils. Son empathie s’arrête en revanche au vote Mélenchon (22,96% au premier tour à Sainte-Marie-aux-Mines), dont lui ont parlé ses petits enfants. « Ils sont à la Sorbonne et il y a des grèves tous les jours », caricature à peine le retraité.

Entre maisons et forêts, le cadre de vie est apprécié des habitants. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Se plaindre des « cassos », mais aussi les aider

Les faibles prix de l’immobilier ont fait un autre heureux. Attablé à une terrasse d’un bar autour d’une bière et d’un journal, Roland a acquis une vaste maison pour 250 000 euros. Pas grâce à sa petite retraite à 1 000€, mais grâce au « pactole » de la vente de son restaurant spécialisé dans les poissons et carpes frites à Ebermunster dans la plaine. « J’ai tout à 100 mètres ici. Je vais au théâtre, à la piscine, à la société de tir, je vois du monde à la pétanque… À Sélestat, ça m’aurait coûté le double ! ». Une vie rêvée de retraité et un vote identique qu’André ? Pas du tout. Le problème, selon lui, « les cassos de Sélestat, on les a dispatchés dans le coin ». Résultat « Les gens en ont un peu marre, on entend les rodéos ».

C’est aussi la question du rapport au travail qui motive son vote. « Quand j’étais en apprentissage à 14 ans, on ne s’arrêtait pas à 22h », se souvient-il. Pour lui, « Marine Le Pen, elle est pour l’ouvrier, pas seulement pour les riches », même si avoir supprimé l’ISF n’était « pas plus mal ». Ce passionné de costumes et d’armes d’époque qu’il collectionne, il votera à nouveau RN aux législatives en juin, comme depuis 20 ans. « Je suis quelqu’un de fidèle », clame-t-il.

Roland n’a pas hésité à voter Rassemblement national comme depuis 20 ans. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Et les « cassos » installés Sainte-Marie, comment cohabite-t-il avec ? « Très bien », puisqu’il joue à la pétanque avec certains, des « jeunes et des moins jeunes ». Avec sa camionnette, il a prévu d’en aider un à déménager le lendemain de notre rencontre, dans l’espoir qu’il se rapproche d’un emploi.

« Il faut que la politique se réintéresse à la campagne »

Les réponses au vote RN sont elles au niveau local ? En plus de ses deux événements phares et historiques, la bourse aux minéraux ou le carrefour européen du Patchwork de tissu, l’agglomération tente d’amorcer plusieurs projets économiques. Parmi les derniers, la classification et l’ouverture de millions de tissus élaborés à Sainte-Marie-aux-Mines pour les mettre à disposition, payante, de créateurs.

Pour Noëllie Hestin, deux défis de long terme vont jalonner son mandat. Adapter la forêt au changement climatique « pour que dans 30 ans, ce cadre de vie existe encore » et mettre en place une société de transports en commun pour desservir en finesse les artères des quatre communes du Val d’Argent. « Un vecteur de vie sociale des personnes âgées et de retour à l’emploi pour les chômeurs, ainsi qu’une solution pour les entrepreneurs ».

David Bouvier dans la collection municipale des tissus, dans les sous-sols de la villa Burrus. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Mais au-delà de ces initiatives, « il faut que la classe politique se réintéresse à la campagne », espère la jeune maire. Ce n’est pas vraiment le signal envoyé avec les candidatures aux élections législatives. Les deux principaux candidats sont connus pour leurs mandats dans les communes du vignoble. Le député sortant Jacques Cattin (LR) a été maire 22 ans de Vœgtlinshoffen, tandis qu’Hubert Ott (Modem) est élu à Rouffach. La candidate RN, Nathalie Aubert, est de Colmar, où elle est responsable de circonscription. La France insoumise a de son côté misé sur Lilian Bourgeois, un jeune fleuriste de 25 ans à Soultzmatt.

En juin, le Wagon Souk déménage rue des Remparts, derrière la gare

En juin, le Wagon Souk déménage rue des Remparts, derrière la gare

Menacé d’expulsion, le Wagon Souk a trouvé un nouveau point de chute situé rue des Remparts, derrière la gare. L’inauguration du nouveau lieu est prévue le week-end du 25 et 26 juin.

Au courant du mois de juin, l’équipe du Wagon Souk quittera le parc Gruber à Kœnigshoffen pour emménager au 8 rue des Remparts, derrière la gare SNCF. L’annonce a été faite sur Facebook dans la soirée du lundi 30 mai : « Le Wagon Souk prend ses quartiers rue des Remparts ! Nouveau lieu pour une nouvelle vie ! » L’un des coordinateurs du lieu, Mohammed Zahi, connu sous le nom de Zaï Mo, affirme qu’une convention d’occupation est en cours de signature avec la Ville de Strasbourg. L’inauguration des lieux est prévue lors du week-end du 25 et 26 juin avec deux jours de festivités animés par le collectif marseillais La Famille Maraboutage et le collectif strasbourgeois La Finca.

Au courant du mois de juin, l’équipe du Wagon Souk quittera le parc Gruber à Kœnigshoffen pour emménager rue des remparts, derrière la gare SNCF.

« L’urgence, c’était de déménager »

Sur les caractéristiques du lieu, Zaï Mo évoque un intérieur de quatre pièces de 16 mètres-carrés environ. « On aurait aimé un lieu plus grand à l’intérieur », indique le président de l’association Sauver le Monde, mais s’en contente. Il y avait urgence : le Wagon Souk était menacé d’expulsion depuis le mois d’octobre 2021. Le propriétaire reprochait à l’équipe du lieu alternatif de l’utiliser à des fins festives, alors que le contrat de location ne permet qu’une activité de stockage. « L’urgence, c’était de déménager », admet Mohamed Zahi qui espère garder le même esprit dans ce nouveau lieu :

« La cantine de Mama va enfin avoir sa cuisine. Il y aura toujours le café associatif, le cycle souk, un projet de réparation et de vente vélos. Il y aura aussi le dispensaire de plantes. Là on est en train de voir pour installer des ruches. La friperie solidaire sera toujours là et la programmation artistique va prendre de l’ampleur. Pour nous, l’aspect festif comme vecteur de rencontres est très important pour garder une dynamique populaire. Le défi c’est ça : garder l’aspect populaire du Wagon Souk. »

Avant l’inauguration, Zaï Mo espère mettre en place la cantine et le café associatif dès que possible. Pour accélérer l’emménagement, le Wagon Souk fera appel à des bénévoles au courant du mois de juin. « Puis en juillet, on fera un pot de remerciements, assure Mohamed Zahi, pour les élus et élues de la Ville de Strasbourg, les partenaires comme Abribus, le Secours Populaire, La Cloche, Solidariteam et toutes celles et ceux qui ont participé aux plus de 11 000 signatures de la pétition contre notre expulsion. Ça a énormément compté pour nous trouver un nouveau lieu. »

Concert de PLK : huit plaintes pour des piqûres au Zénith, un homme interpellé mis hors de cause

Concert de PLK : huit plaintes pour des piqûres au Zénith, un homme interpellé mis hors de cause

Huit personnes ont porté plainte suite à un concert du rappeur PLK au Zénith d’Eckbolsheim samedi 28 mai. Elles estiment avoir été piquées. Un homme interpellé dans la soirée a été remis en liberté sans aucune poursuite.

Dans la soirée du samedi 28 mai, le rappeur PLK était en concert au Zénith d’Eckbolsheim. Selon la gendarmerie nationale du Bas-Rhin, huit personnes ont porté plainte à la suite du spectacle. Elles disent avoir été piquées par un ou plusieurs individus. Sur les réseaux sociaux, l’évocation de cet événement a suscité plus de 80 000 « j’aime » et de nombreux commentaires en lien avec des victimes de potentielles piqûres avec une seringue. Sur Twitter, il a suffi d’une vidéo d’un homme interpellé par les forces de l’ordre pour susciter un déferlement de haine et d’appel à la violence contre le supposé agresseur : « S’ils l’ont arrêté c’est qu’il devait avoir une seringue sur lui », affirme un des tweet.

Le Zenith de Strasbourg en 2009 Photo : Randalfino / FlickR / cc

L’homme interpellé a été libéré sans poursuite

Le Zenith d’Eckbolsheim confirme les plaintes de huit filles auprès de la sécurité de l’établissement en se plaignant d’une « sensation de piqûre ». Vers 23h, la gendarmerie s’est rendue sur place. Trois gendarmes ont attendu la fin du concert pour faire sortir les personnes une par une de la salle, dans l’espoir de repérer le potentiel agresseur. Un individu d’une vingtaine d’années a été identifié par des plaignantes et emmené en garde à vue.

Dans la matinée du mardi 31 mai, la gendarmerie du Bas-Rhin a publié un communiqué indiqué que l’individu interpellé a été laissé libre, « aucun élément impliquant l’intéressé n’a été retenu contre lui ». La Brigade de gendarmerie (BTA) de Wolfisheim et la Brigade de recherches (BR) de Strasbourg ont diligenté une enquête « pour identifier le ou les auteurs des faits ».

« Nous n’avons pas vérifié s’il y avait des traces »

La communication de la gendarmerie ne peut pas donner de détails supplémentaires sur l’enquête :

« Nous souhaitions faire une mise au point au sujet de la personne interpellée parce que les gens parlent à tort et à travers et accusent une personne qui a été auditionnée puis remis en liberté sans aucune charge. Pour le reste, une enquête est en cours. C’est au procureur de communiquer ou non. »

Contactées par Rue89 Strasbourg, deux victimes potentielles n’ont pas donné suite aux sollicitations de Rue89 Strasbourg. Une troisième n’a pas souhaité parler de l’incident. Sylvie Chauchoy, directrice du Zenith de Strasbourg, ne souhaite pas s’avancer sur l’enquête : « Les filles ont senti une piqûre, nous n’avons pas vérifié s’il y avait des traces. Quand plusieurs personnes se plaignent du même mal, il n’y a pas de raison qu’elles mentent. »

200 plaintes en France pour le seul mois de mai

Selon des informations de France Inter, « depuis la fin du mois de mars 2022, près de 350 clientes et clients boîtes de nuit ont porté plainte auprès de la police pour des piqûres reçues au sein d’établissements partout en France. Près de 200 plaintes auraient été déposées durant le seul mois de mai. »

Une enquête du média Arrêt sur Images questionne le traitement médiatique réservé à ces « piqures » d’autant qu’un phénomène s’est produit en Angleterre à l’automne 2021 sans aucun cas ne soit confirmé :

« En automne 2021, de nombreuses personnes se disant victimes de piqûres sauvages sont recensées au Royaume-Uni. Vice, le 16 novembre 2021, indiquait que sur les 274 cas rapportés, aucun n’avait été conrmé. Comme en France, personne n’a été poursuivi, aucune trace de drogue n’a été trouvée chez les victimes présumées. Et aucune de ces piqûres n’a été suivie d’agressions, de vol, ou de viol. Le parlement britannique, inquiété par ce phénomène, a diligenté une enquête parlementaire regroupant l’empoisonnement de verres au GHB et les piqûres sauvages : la police anglaise a recensé 1 382 cas de piqûres de début septembre 2021 au 26 janvier 2022, mais ne fait part d’aucune arrestation ni d’analyses positives au GHB. »

Un camp d’une quarantaine de demandeurs d’asile devant la mairie de Strasbourg

Un camp d’une quarantaine de demandeurs d’asile devant la mairie de Strasbourg

Au parc de l’Étoile, juste devant le centre administratif de la Ville de Strasbourg, des familles sans-abri dorment dans un campement d’une quinzaine de tentes fin mai. Il s’agit de géorgiens, de macédoniens ou encore d’érythréens, qui demandent l’asile.

Une quinzaine de tentes sont installées au parc de l’Étoile lundi 30 mai. Elles sont occupées par des familles sans-abri, soit une quarantaine de personnes au total. Beaucoup disent être en lien avec l’association du Foyer Notre-Dame. Selon les personnes interrogées sur place, les premiers se sont installées début mai. Originaires de Géorgie, de Macédoine ou encore d’Érythrée, tous demandent l’asile en France mais sont à des degrés divers de procédure.

« Mes enfants dorment dans le froid, à côté des rats »

Giorgi, 35 ans, père de famille originaire de Géorgie, s’est installé place de l’Étoile le 15 mai, le jour de son arrivée en France, avec sa femme et ses deux filles, Salomé, 11 ans, et Nene, 8 ans. Ils ont immédiatement demandé l’asile et un logement, et attendent une réponse de la Structure du premier accueil des demandeurs d’asile (SPADA). Pour l’instant, ils dorment donc entassés dans une petite tente. « Mes enfants dorment dans le froid, à côté des rats. C’est dangereux », déplore Giorgi. Ce père de famille, cuisinier de métier, a « tout laissé derrière lui pour venir trouver refuge en France ».

De nombreux enfants dorment dehors au parc de l’Étoile. Photo : AE / Rue89 Strasbourg / cc

« Nous voulons un toit pour nos enfants, des médicaments et de l’alimentation », souffle-t-il, l’air désespéré. Juste à côté de la tente de Giorgi, se dresse celle de la famille de Maka, une jeune femme géorgienne de 30 ans avec son mari et ses enfants, dont une fille d’un an. Elle dit qu’elle est venue en France pour des raisons politiques mais ne souhaite pas donner plus de détails.

À quelques mètres, Efram et sa femme, Rahwa, érythréens, entretiennent leur tente. Le couple espère avoir une réponse positive de la part de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), après deux demandes refusées. « La police est venue faire un recensement le 4 mai, puis rien ne s’est passé après », indique Efram.

Pas de toilettes ni d’accès à l’eau potable

En journée, les habitants du camp affirment faire leurs besoins aux toilettes de la gare routière qui se trouvent juste à côté. Quand ces toilettes sont fermées, ils sont contraints de se soulager dans le parc. Ils n’ont pas de source d’eau potable dédiée.

Pour se nourrir, ils se rendent au restaurant solidaire Les 7 pains. « On peut y aller du lundi au samedi, mais c’est compliqué avec les enfants », indique Maka. La jeune maman semble épuisée : « Je ne sais pas ce qui va se passer, on ne nous dit rien. » En théorie, l’État est censé héberger toute personne qui le demande de manière inconditionnelle.

Les familles dorment dans de petites tentes, où elles stockent aussi la nourriture. Photo : AE / Rue89 Strasbourg / cc

La MDPH du Bas-Rhin est l’une des plus lentes de France pour donner l’allocation aux adultes handicapés

La MDPH du Bas-Rhin est l’une des plus lentes de France pour donner l’allocation aux adultes handicapés

Le dernier baromètre trimestriel des MDPH montre que celle du Bas-Rhin a traité les demandes d’allocation aux adultes handicapés en 6,1 mois en moyenne au dernier trimestre de 2021, soit l’un des délais les plus importants de France. Le délai national moyen était de 4,7 mois sur la même période.

Depuis fin 2020, la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) a mis en place un baromètre des Maison départementales des personnes handicapées (MDPH). Le but : être transparent quant aux délais de traitement des demandes des personnes en situation de handicap. Les dernières données, publiées en avril 2022, concernent le quatrième trimestre de 2021.

Le délai moyen de traitement des demandes était de 6,1 mois pour le Bas-Rhin alors que la moyenne nationale se situe à 4,7 mois. L’écart est encore plus important lorsque l’on compare avec la MDPH du Haut-Rhin. Elle affiche un délai moyen de 3,1 mois sur la même période. La loi définit une durée légale de 4 mois pour traiter une demande. Sur la centaine de départements français, seulement 13 ont un délai équivalent ou supérieur à celui du Bas-Rhin fin 2021. Il s’agit donc de l’un des délais moyens les plus importants de France.

Localement, c’est le département, soit la Collectivité européenne d’Alsace (CeA), qui gère la MDPH. Interrogé par Rue89 Strasbourg, Paul Geoffroy, directeur général adjoint des solidarités pour la CeA, tente de relativiser les chiffres du baromètre : « Entre 2010 et 2020, le nombre de demandes a augmenté de 30% à l’échelle alsacienne. » D’après Handidonnées Grand-Est, entre 2016 et 2020, le nombre de bénéficiaires de l’AAH s’est accru d’environ 19% pour le Bas-Rhin. On comptait 16 317 bénéficiaires en 2020 contre 13 695 en 2016. Une hausse qui se traduit aussi à l’échelle nationale. Selon un rapport du Sénat, de 2006 à 2018, le nombre de demandes traitées a augmenté de 170%.

Un passage au numérique sur le tard

D’après Noémie (prénom modifié), fonctionnaire à la MDPH du Bas-Rhin, les difficultés ne datent pas du dernier trimestre 2021. Elle pointe du doigt une informatisation des dossiers tardive :

« La numérisation a seulement commencé entre 2020 et 2021. Elle est effective dans le Haut-Rhin depuis plusieurs années. Avant, tout était en format papier. Les documents étaient rendus à l’accueil puis passaient de bureau en bureau pour les vérifications. Parfois, les dossiers se perdaient et donc ça rallongeait les délais. »

Selon Paul Geoffroy, la crise sanitaire a également eu un impact : « Avec le confinement, le personnel a dû rester à la maison. Les conditions de travail étaient moins bonnes, on l’a ressenti sur les résultats ». Des propos que confirme Noémie : « Il y avait des coursiers qui nous ramenaient les dossiers chez nous. Une fois traités, il fallait les retourner à la MDPH. Il a fallu du temps pour que ce système se mette en place. »

Le Haut-Rhin donne plus d’AAH sans limite de temps

Cependant, la MDPH du Haut-Rhin a affiché, durant cette même période, de meilleurs résultats. Elle se situe systématiquement en dessous de la moyenne nationale en ce qui concerne les délais de traitement des demandes. Concrètement, en 2020, la MDPH du Haut-Rhin a rendu un avis pour 48 883 demandes, avec un effectif d’une soixantaine de personnes. La MDPH du Bas-Rhin a traité, la même année, 63 507 demandes avec une centaine d’agents.

Les méthodes de gestion et d’administration des MDPH changent d’un département à l’autre. Pour Noémie, les différences entre le Haut-Rhin et le Bas-Rhin sont nombreuses :

« Il y a moins de recours possible pour un usager dans le Haut-Rhin quand il veut contester une décision. Or, le processus de contestation rentre dans le délai de traitement des demandes. Le Haut-Rhin, avec ses délais plus courts, encourage d’une certaine façon les usagers dont la demande a été rejetée à en reformuler une nouvelle. Et ainsi de suite. »

Enfin, la MDPH du Haut-Rhin a pris l’habitude d’octroyer plus facilement des droits sans limitation de durée. Lorsqu’une personne en situation de handicap ne verra pas sa situation s’améliorer avec le temps, il y a la possibilité de lui attribuer ses allocations sans limite de temps. Concrètement, cela signifie qu’elle n’a plus à reformuler de demande pour la prolongation de ses droits.

Dans le Haut-Rhin, la part des droits sans limitation de durée concernant l’AAH atteint 71% au 4ème trimestre 2021. Dans le Bas-Rhin, cette part atteint à peine 52% à la même période, soit 13 points de moins que la moyenne nationale. « Comme ces droits deviennent permanents, il n’y a plus de dossiers à constituer. C’est une façon de gagner du temps », constate Noémie.

La CeA lance un plan d’action

Consciente de ces résultats mitigés, la CeA a lancé en mai 2021 un plan d’action qui repose sur deux exigences majeures : « diminuer les délais et être irréprochable quant à la qualité du service rendu au public en situation de handicap ». Le plan d’action a déjà eu des effets concrets : « On a embauché 22 personnes en CDI pour la MDPH du Bas-Rhin. Cela porte l’effectif à 120 personnes pour le département », se félicite Karine Pagliarulo, vice-présidente de la CeA en charge de la santé.

Ce recrutement a permis d’alléger les demandes en attente de traitement, c’est-à-dire les demandes en stock. Lorsqu’elles s’accumulent au fil du temps, les demandes sont considérées en stock. Il faut les différencier du flux de demandes qui représente les nouvelles requêtes arrivant au fur et à mesure. Au premier janvier 2021, la MDPH du Bas-Rhin comptabilisait 7 500 demandes en stock. Suite aux embauches, ce chiffre est descendu à 2 125 demandes en stock au 23 mai 2022.

Un autre aspect à améliorer est la réponse au téléphone, autrement dit le taux d’appels décrochés. En octobre 2021, seulement 55% des appels à la MDPH du Bas-Rhin débouchaient sur la réponse d’un agent. « Au 9 mai 2022, le taux de décroché était de 94% », se réjouit Paul Geoffroy. Avec l’ensemble de ces nouvelles mesures, le délai de traitement des demandes est redescendu à 5,1 mois pour mars 2022 d’après le directeur général adjoint. Son objectif est d’atteindre les 4 mois réglementaires.

Hôtel d’Alsace vu depuis les ponts couverts de Strasbourg (Photo ND / Rue89 Strasbourg / cc)

La fusion des deux MDPH

Depuis le premier janvier 2022, les MDPH du Bas-Rhin et du Haut-Rhin ont fusionné. Une réorganisation interne est donc en cours. Paul Geoffroy voit dans ce réarrangement « une nouvelle voie » dans laquelle il faut « tirer le meilleur parti des uns et des autres ». Noémie n’a pas encore constaté de changement important dans ses pratiques. Avec la fusion, l’effectif global se porte désormais à 180 professionnels, qui doivent traiter les demandes de toute l’Alsace.

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Étudiants, ils assument de combiner travail du sexe et études

Étudiants, ils assument de combiner travail du sexe et études

Ils sont étudiants à Strasbourg et se prostituent. Cette activité leur permet de financer leurs études mais l’argent n’est pas leur seule motivation. Ils affirment qu’il s’agit d’un moyen de reprendre le pouvoir sur leur corps et leurs identités et ne se retrouvent pas dans la condamnation sociale du travail sexuel.

Entre une bouffée de cigarette et une lampée de lait végétal, Capucine (il s’agit d’un nom d’emprunt) se souvient : « Depuis que j’ai 14 ans, je savais que je voulais faire ça. Pour moi, c’était une sorte de vie idéale, un peu rebelle. C’était évident d’y penser et d’y réfléchir, de me demander si j’arriverais à le faire. »

En 2018, elle quitte la région parisienne pour poursuivre ses études à Strasbourg. Et depuis un an, elle a des rapports sexuels tarifés avec des hommes. Il est très difficile de quantifier l’ampleur de la prostitution étudiante. Des questionnaires anonymes entre 2011 et 2013 avaient abouti à estimer entre 2 à 4% la proportion d’étudiants concernés. Et la précarité étudiante récemment aggravée par la pandémie de Covid 19 a potentiellement amplifié le phénomène. Selon l’INSEE, près de 20% des étudiants vivent sous le seuil de pauvreté.

De 250 à 400 euros le rendez-vous

Pour se lancer, Capucine s’est inscrite sur un site internet dont elle a entendu parler dans le milieu étudiant. Elle y vend ses culottes mais aussi des photos et des vidéos intimes d’elle. Pour l’étudiante de 21 ans, cette expérience provoque une première prise de conscience :

« Je me suis rendu compte que je n’avais aucun problème à montrer mon corps et que des inconnus étaient contents de le voir. Ça m’a même donné un regain de confiance en mon corps, au pouvoir qu’il me confère. » 

Mais l’aspect financier n’est pas à négliger pour la jeune femme. Elle l’assume : 

« Quand j’ai commencé, l’été arrivait et je voulais gagner de l’argent, sans avoir de jobs étudiants classiques car ils me mettaient dans une angoisse terrible. Je m’occupais d’enfants, et ça me demandait beaucoup d’énergie, c’était une trop grosse responsabilité. »

Alors, la jeune femme postule dans la restauration et la vente, des candidatures qui restent sans réponse faute d’expérience. « C’est dur de trouver un travail. Être prostituée a été finalement plus simple car je suis ma patronne, je suis maîtresse de tout », ajoute-elle. Via le site internet, Capucine peut gérer ses rencontres, les lieux, les tarifs et les horaires pour qu’ils soient compatibles avec ses horaires de cours. Elle gagne entre 250 et 400 euros par rendez-vous. Des tarifs qu’elle fixe en fonction des prix des autres travailleuses du sexe à Strasbourg mais aussi en négociant avec ses clients. 

Reprendre le pouvoir dans la rue… 

Pour la jeune femme, ces expériences lui permettent de désamorcer les regards d’hommes qu’elle croise dans la rue et qui l’effrayaient auparavant. Elle explique se sentir plus apaisée dans l’espace public :

« J’arrivais à mieux cerner le regard des hommes sur moi et je n’avais plus peur. C’était comme si je les connaissais. Par exemple, j’ai compris que mes jambes ont un pouvoir. C’est donc devenu simple de décrypter ce qu’il se passe dans la rue. C’est comme si mon secret me permettait de mieux comprendre ce qu’il se passe dans la tête des hommes attirés par des jeunes femmes qui marchent dans la rue. »

Capucine contacte ses potentiels clients sur un site de rencontre qui propose de mettre en relation des « hommes fortunés » avec des « femmes attirantes ». Un site fier de comptabiliser 40 millions d’inscrits à travers le monde et qui tire profit des abonnements payés par les hommes sur le site. En s’abonnant, ils peuvent ainsi envoyer des messages privés aux filles inscrites.

Depuis chez elle, Capucine entre en contact avec ses potentiels clients sur un site dédié. Photo : Inès Guiza / Rue89 Strasbourg

Après la prise de contact sur internet, l’étudiante rencontre ses clients – âgés de quarante à cinquante ans, de passage à Strasbourg ou Alsaciens – dans un lieu public, autour d’un verre. Elle les retrouve ensuite à l’hôtel, lors d’un second rendez-vous. 

La jeune femme rit, gênée, et raconte comment elle s’est sentie après son premier rendez-vous :

« Ce qui m’a choqué avec cette première fois, c’est que je me sentais tellement… normale, après. J’étais sûre que j’allais pleurer sous ma douche en rentrant. Mais je suis simplement allée boire un coup avec une amie. »

… et dans son intimité

Interrogée sur le sentiment qu’elle a d’elle depuis qu’elle se prostitue, Capucine prend le temps avant de répondre, réfléchit en regardant le plafond de son appartement strasbourgeois, puis développe :

« Le rapport à mon corps a été catastrophique pendant mon adolescence, avec des relations sexuelles qui se sont très mal passées. Quand j’ai commencé [la prostitution], j’ai mieux compris ce que j’aimais et ce que je n’aimais pas. Ça m’a permis de mieux me placer dans ma vie personnelle, de réussir à dire non quand je n’en ai pas envie. Alors qu’avant, c’était toujours un peu flou, c’était compliqué de savoir si j’en avais envie ou pas. »

Elle explique que se prostituer lui a également permis de s’assumer telle qu’elle est. Pendant les rendez-vous, elle ne crée pas de personnage. Par exemple, elle ne s’épile pas et n’a jamais eu envie de le faire : 

« Ça n’a jamais posé de problème. J’ai compris que je pouvais être bien avec mon corps, que les clients s’en fichaient. Ils sont même contents que je me sente bien comme ça. J’ai réalisé que j’avais imposé des barrières à mon corps, mais qu’en choisissant de s’en libérer, les gens ne sont pas si fermés que ça. » 

Mais la prostitution à partir des sites de rencontre – aussi appelée « escorting » – est différente de celle qui se pratique dans la rue. Les femmes, majoritaires, y sont plus vulnérables face aux clients et sont souvent victimes de traite humaine, de réseaux de proxénétisme structurés à Strasbourg. Capucine, elle, avoue n’avoir jamais été confrontée à des situations dangereuses lors de ses rendez-vous. En tchattant au préalable sur internet, la jeune femme peut « filtrer » et refuser de rencontrer des clients « irrespectueux » :

« Certains peuvent être paternalisants parce que, pour eux, il y a un déséquilibre de genre, d’âge et de position sociale entre nous. Par exemple, il peut y avoir des remarques sexistes et un rapport de pouvoir qu’ils essaient de mettre en place. Je ne donne pas suite, car je veux être dans un rapport d’échange et de partage. »

Capucine, dans son salon, en tenue qu’elle aime porter lors de ses rendez-vous avec des clients. Photo : Inès Guiza / Rue89 Strasbourg

Lutter contre l’isolement

Même si elle garde son activité secrète, l’étudiante se sent accompagnée. Elle peut se confier à sa meilleure amie, également étudiante et travailleuse du sexe. Elle propose des shows en webcam et a des relations sexuelles tarifées avec des hommes rencontrés sur le même site qu’utilise Capucine. « C’est rassurant, car je peux lui envoyer l’adresse de l’hôtel », confie-t-elle. 

Quant à sa famille, seule sa mère est au courant de son activité. Même si mère et fille sont très proches, la mère de Capucine ne comprend pas pourquoi elle se prostitue. « Pour elle, c’est un métier bas, sale, voire antiféministe », avoue-t-elle. Selon l’étudiante, sa mère est déçue d’elle, mais pour Capucine, ce sentiment n’a pas lieu d’être : 

« Je n’ai pas raté ma vie, j’en suis qu’au début. Et ce moment-là de ma vie aura juste participé à ce que je ferai plus tard, ça m’aura aidé financièrement. »

La jeune femme regrette que la prostitution soit condamnée moralement, souvent associée à une exploitation du corps des femmes :

« Le travail du sexe est toujours ramené à des histoires sordides. Il faut arrêter d’infantiliser les personnes qui font ça et qui sont jeunes. Pour certaines et pour moi, c’est un choix. Je continue à faire mon travail, un travail qui ne me détruit pas et qui, au contraire, me permet d’avancer dans mes problématiques, ma sexualité et l’émancipation de mon corps. »

Après ses études, Capucine aimerait voir des clients plus régulièrement, se déclarer en tant qu’auto-entrepreneuse « pour cotiser pour la retraite » et déclarer ses revenus. 

« Jouer avec les codes sociétaux pour reprendre le contrôle sur mon identité »

Entre 2018 et 2020, Estéban (le prénom a été modifié) a étudié à Strasbourg et c’est dans la capitale alsacienne que l’étudiant a commencé à apprendre les rouages du travail du sexe. Il enchaînait les histoires d’un soir avec des inconnus :

« J’allais chez des gens que j’avais rencontrés sur des applications de rencontre classiques sans les avoir vus avant. C’était gratuit, mais je couchais avec eux alors qu’ils ne me plaisaient pas tant que ça. Alors je me suis dit, autant être payé. »

Avec ses rencontres, Estéban découvre sa sexualité et son corps. Mais il n’ose pas avoir de rapports sexuels tarifés, parce qu’en arrivant à Strasbourg ses questionnements sur son identité se sont intensifiés :

« En tant que personne queer, les discriminations commencent très tôt. Mon corps et mon identité ont toujours été ramenés à ma sexualité. Par exemple, dès la 6e, on a pu me dire “fais attention, tu as du sperme sur le coin de la bouche”. Les blagues tournent toujours autour de pratiques sexuelles supposées. »

Après deux années de réflexion et de découverte de sa sexualité à Strasbourg, il décide de franchir le pas à l’étranger. Vendre son corps devient un moyen de déjouer les injonctions à l’hétérosexualité mais aussi à la sexualisation qu’il subit très tôt. Pour Estéban, cette pratique lui permet de reprendre le pouvoir sur son identité de genre :

« C’est une forme d’émancipation de soi, une manière de s’affranchir de cette boîte dans laquelle on nous met. Certes, on me sexualise. Eh bien, désormais j’utilise cette sexualisation à profit. Et c’est une manière d’utiliser les codes, d’en jouer pour ensuite reprendre le contrôle sur mon corps et mon identité. »

Un travail « comme un autre »

Installé à Marseille depuis septembre 2021 pour la poursuite de ses études, l’étudiant explique qu’il ne se prostitue pas par « besoin financier vital », il considère tout de même sa pratique comme un travail : 

« Ça ne correspond pas à tout le monde, mais pour moi, c’est une manière intéressante de se faire de l’argent. Il y a des gens qui vont critiquer le fait de vendre son corps, mais j’ai envie de répondre : quand je suis serveur ou que je travaille à l’usine, c’est pareil, le corps est assujetti contre de l’argent. »

Pour effectuer son travail au mieux, il doit réussir à dissocier l’acte sexuel de son plaisir. Il détaille :

« Il faut réussir à trouver ce juste milieu entre la prise de plaisir et l’acte sexuel en lui-même. Il faut bien-sûr une certaine envie d’exercer ce métier, mais comme tous les jobs étudiants, je ne vais jamais te dire que j’avais envie d’aller faire la plonge. C’est toujours un entre-deux. »

Estéban n’est pourtant pas parvenu à parler de son activité à sa famille. Il craint leur réaction : 

« Même s’ils sont ouverts, je ne suis pas sûr qu’ils soient prêts à le savoir, car ce sont des sujets sensibles et tabous. Par contre, je leur parle souvent du droit des travailleurs du sexe. Même s’ils se doutent que c’est quelque chose de présent dans ma vie, ils ne savent pas à quel point. » 

Son « job étudiant » a en tout cas permis à Estéban de comprendre et d’assumer qui il est. Désormais, il se dit prêt à rencontrer de nouveaux clients quand il reviendra à Strasbourg. 

Manifestation intersyndicale des travailleurs sociaux mardi

Manifestation intersyndicale des travailleurs sociaux mardi

Plusieurs syndicats de travailleurs sociaux appellent à une journée de grève et à des manifestations pour « visibiliser leur colère » mardi 31 mai. À Strasbourg, un rassemblement est prévu à midi devant l’Hôtel du département.

En décembre, les travailleurs sociaux avaient manifesté pour réclamer que la prime Ségur accordée aux soignants leur soit également octroyée. Ils avaient partiellement obtenu gain de cause en février. Mais, selon la CGT Mosaïque Action Sociale, « de nombreux collègues restent exclus des mesures, notamment les professionnels des filières administratives et logistiques. » Cette prime est de toutes façons jugée insuffisante par une intersyndicale comprenant la CGT, Sud Santé Sociaux et le SNUASFP de la FSU, qui exige « une augmentation pérenne de 300 euros minimum. »

En novembre, les travailleurs sociaux manifestaient déjà pour une revalorisation de leurs salaires Photo : Rue89 Strasbourg / cc

L’intersyndicale appelle à une journée de grève mardi 31 mai ou mercredi 1er juin. À Strasbourg, un rassemblement est organisé le mardi 31 mai à partir de 13h devant l’hôtel de la Collectivité d’Alsace, place du Quartier-Blanc dans la Petite-France. Le cortège devrait prendre ensuite la direction de la préfecture du Bas-Rhin, place de la République.

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L’intersyndicale mobilise aussi les salariés du secteur social en réaction à une série de menaces, comme un projet de convention unique des employeurs, qui permettraient selon eux des rémunérations négociées et non plus selon le diplôme et l’ancienneté. L’intersyndicale demande que cette convention unique s’aligne sur les plus hauts niveaux de garanties existants dans chaque branche.

Des militants écologistes ont brièvement occupé le site de Stocamine à Wittelsheim

Des militants écologistes ont brièvement occupé le site de Stocamine à Wittelsheim

Une trentaine de militants écologistes du mouvement Extinction Rébellion ont occupé ce matin une partie des installations de Stocamine, à Wittelsheim près de Mulhouse. Rue89 Strasbourg était sur place. Retrouvez le compte-rendu en direct de cette opération.

Reportage sur place par Déborah Liss.

C’est la fin de l’opération de blocage d’Extinction Rébellion, et la fin de ce compte-rendu en direct. Merci de nous avoir suivi. Ce n’est pas la fin du dossier Stocamine cependant ! Rue89 Strasbourg a produit nombre d’articles sur ce centre de stockage de déchets ultimes, tous à retrouver ici.

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Entretien avec « Sergent D » à l’issue de son entrevue avec l’officier commandant les gendarmes présents sur le site.

Une trentaine de gendarmes ont été déployés sur le site pour sécuriser les abords, dont deux à moto.

La militante d’Extinction Rébellion est finalement revenue assez vite après avoir été identifiée par les gendarmes.

Une militante d’Extinction Rébellion qui n’avait pas sur elle ses papiers a été emmenée par les gendarmes pour « des vérifications d’identité ».

Les militants ont démonté eux-mêmes leurs installations et sortent du site. (vidéo DL / Rue89 Strasbourg)
« Pousse » explique les raisons de la fin de l’opération

Les militants d’Extinction Rébellion annoncent la fin de l’opération et leur dispersion. Ils commencent à démonter leurs blocages.

L’accès au site est bloqué par des barrières posées par la ville de Wittelsheim, sur ordre du maire de la commune, Yves Goepfert. Photo : DL / Rue89 Strasbourg
Des militants de Déstocamine ont rejoint l’occupation mais sont tenus à distance par les gendarmes. Photo : DL / Rue89 Strasbourg

Ambiance assez calme sur le site de Stocamine, les militants d’Extinction Rébellion sont toujours accrochés aux grilles tandis que les gendarmes continuent de faire des relevés et d’instaurer un périmètre d’interdiction d’accès autour du site.

Militants du collectif Déstocamine, Philippe Aullen et Jean-Pierre Hecht sont venus apporter leur soutien aux militants d’Extinction Rébellion. Photo : DL / Rue89 Strasbourg
Les gendarmes filtrent désormais les entrées et l’accès au site Photo : DL / Rue89 Strasbourg
« Pousse » est venue du sud de la France pour participer à cette opération, car elle se sent concernée par toutes les opérations de préservation de l’environnement et de la biodiversité. Photo : DL / Rue89 Strasbourg

Thirion réaffirme l’intention des militants de rester toute la journée sur le site pour le bloquer.
Jacques a fait partie de « toutes les bagarres » sur Stocamine.
Interview de Jacques, militant de Wattwiller, engagé contre Stocamine « de longue date »

Jacques avait déjà tenté d’alerter sur Stocamine en montant sur la tour de l’Europe à Mulhouse. Il s’est joint spontanément à la mobilisation d’Extinction Rebellion.

Interview de « Marmotte », l’une des militantes enchaînée, selon laquelle les études ne sont que des tentatives de délayer le déconfinement.

Des gendarmes procèdent à une inspection du site pour « constater les dégradations » selon un officier présent sur les lieux. Les échanges se déroulent dans une ambiance cordiale.

La directrice des MDPA, Céline Schumpp, est sur place pour constater l’occupation. Elle déplore cette action dont elle ne comprend pas le sens, « d’autant que les travaux ont été suspendus par la justice », dit-elle.

D’autres gendarmes viennent d’arriver devant l’entrée principale. Photo : DL / Rue89 Strasbourg

Deux gendarmes sont postés à l’une des entrées de Stocamine et prennent des photos de l’opération et des militants sur place.

Interview de Thirion, militant d’Extinction Rébellion qui détaille le but de l’opération

Alertés par la Société des mines de potasse d’Alsace (MDPA), des gendarmes sont venus constater l’opération de blocage. Ils sont repartis prendre les « instructions de la hiérarchie. »

L’objectif de l’opération était de bloquer les entrées de Stocamine, afin d’empêcher les travaux de pré-confinement définitif des déchets. La justice administrative ayant annulé l’arrêté autorisant ces travaux, les militants ont maintenu leur opération, afin de sensibiliser plus de personnes au problème de ces déchets polluants enfouis sous terre.

Des militantes se sont enchaînées aux grilles de l’installation pour bloquer les accès Photo : DL / Rue89 Strasbourg

Certains militants se couchent sur le sol, d’autres s’attachent avec des « arm-locks » dans des sacs de ciment. Photo : DL / Rue89 Strasbourg
Les militants se sont attachés à des sacs de ciment pour être plus difficiles à déplacer.

Au petit matin, une trentaine de militants écologistes d’Extinction Rébellion se sont installés devant les accès des puits de Stocamine.

Quelques militants se sont posés devant les grilles Photo : Rue89 Strasbourg
Les installations de Stocamine en février 2019 Photo : Claude Ruisselet / FlickR / cc

Stocamine est une ancienne mine de potasse à Wittelsheim, entre Cernay et Mulhouse. Les galeries d’un des puits, le puits Joseph Else, ont été transformées en système de stockage des déchets ultimes à partir de 1991. Après un incendie en 2004 qui aura nécessité deux mois d’interventions pour être éteint, ce stockage a été jugé trop dangereux. Plus de 42 000 tonnes de déchets ont été entreposés entre 1999 et 2002. Se pose désormais la question de l’avenir de Stocamine : un déstockage complet mais délicat, la position des écologistes et des collectivités locales, ou un enfouissement définitif, la position du gouvernement, au risque de polluer la nappe phréatique d’Alsace d’autant que des doutes se posent quant à la nature exacte des déchets entreposés.

Gouvernement et la société des mines de potasse d’un côté, et collectivités locales et écologistes de l’autre côté, s’affrontent depuis plus de deux ans devant la justice administrative pour que soit décidé l’avenir de ces déchets. Mercredi 25 mai, la justice administrative a annulé l’autorisation des travaux précédent l’enfouissement définitif.

West Side Story : un classique de la comédie musicale à l’Opéra national du Rhin

West Side Story : un classique de la comédie musicale à l’Opéra national du Rhin

Le classique « West Side Story » de Leonard Bernstein investit l’Opéra du Rhin, du 29 mai au 10 juin. La célèbre tragédie musicale emporte les spectateurs dans les rues new-yorkaises, où l’amour se heurte au racisme et à la pauvreté de la société américaine.

Après « Un violon sur le toit », en 2020, la comédie musicale revient à l’Opéra du Rhin (OnR) avec la très célèbre « West Side Story ». Mis en musique par Leonard Bernstein et chorégraphié par Jerome Robbins en 1957, ce Roméo et Juliette des temps modernes est remis en scène par Barrie Kosky, également directeur artistique du Komische Oper de Berlin. En résulte une magnifique performance artistique, qui aurait cependant gagné à se libérer davantage du modèle original pour renouer avec l’actualité.

Le couple d’amoureux maudit est incarné par la soprano néozélandaise Madison Nonoa et Mike Schwitter, diplômé en comédie musicale de la Faculté de musique de l’Université de Cincinnati. Photo : Klara Beck / ONR

Les rideaux s’ouvrent sur une scène très minimaliste. Seul un panier de basket, des lumières tamisées et un joueur solitaire permettent de situer l’action. Ce parti-pris est assumé tout au long du spectacle par Barrie Kosky qui a expliqué, dans un entretien réalisé pour l’OnR :

« C’est ce que (nous) voulions depuis le début : une West Side Story dans laquelle le monde de la ville naît uniquement de la lumière et des corps humains. La ville, vraiment la voir, n’est pas nécessaire. Ce qui est important, c’est de sentir la ville ! Et les gens qui y vivent. »

Aimer au milieu de la violence et des inégalités

Dans ces rues new-yorkaises – mais qui auraient pu appartenir à une autre ville – deux gangs s’opposent. Les Jets, fiers descendants d’immigrés européens, craignent de perdre le contrôle de leur quartier depuis l’arrivée des Sharks, jeunes Portoricains. Un cadre politique intéressant qui met au centre de l’intrigue des personnages pauvres et racisés, quand ces caractéristiques sociales assumées sont encore rares sur les planches des opéras.

Mais au lieu de reporter leur haine sur la société qui les maintient dans la rue, c’est contre les nouveaux arrivants que les Jets décident de se battre pour conserver le peu qu’ils ont. Lors d’une soirée dansante, Riff, leur chef, déclare la guerre aux Portoricains et leur propose un combat dès le lendemain.

Le spectacle, à la mise en scène épurée, est marquée par plusieurs tableaux particulièrement esthétiques. Ici, la scène du bal et de la rencontre entre les deux amoureux. OnRPhoto : Klara Beck

Dans ce contexte haineux, Maria, la sœur du chef des Sharks, et Tony, ancien meneur des Jets, se rencontrent fortuitement. Dès leur première danse, illuminée par les reflets de dizaines de boules à facettes, ils tombent amoureux. Liés l’un à l’autre par leurs sentiments, ils tenteront de survivre dans un monde violent qui pousse les communautés à se déchirer.

Chanteurs internationaux, danseurs et orchestre alsacien

Pour faire vivre cet univers, plus de soixante interprètes occupent la scène. Parmi eux, les fantastiques danseurs du ballet de l’OnR au complet se glissent parfaitement dans leur rôle. Ornés d’imposants tatouages, le regard droit, ils exécutent avec force les grands mouvements d’ensemble du chorégraphe Otto Pichler. Avec la participation du metteur en scène Barrie Kosky, ce dernier a remanié la chorégraphie originale de Jerome Robbins pour lui donner un nouveau souffle. Les danseurs sont portés par la somptueuse musique de Leonard Bernstein, interprétée par l’Orchestre symphonique de Mulhouse.

Les danseurs du Ballet de l’OnR participent au grand complet au spectacle. En plus de la danse, ils participent également au chant. Photo : OnR/ Klara Beck

La performance de la soprano néozélandaise Madison Nonoa, dans le rôle Maria, se distingue particulièrement par une touchante et très juste interprétation. Mais les rôles secondaires ne sont pas en reste, dans un spectacle qui laisse la place à la singularité de chacun.

Une vision très classique de l’œuvre

La prestation est réussie et très proche de la version originale du spectacle, démocratisée par son adaptation au grand écran en 1961. Mais dans une société en perpétuel changement, cette fidélité peut être aujourd’hui discutée, que ce soit dans la représentation très genrée des bandes de rue ou dans la mise en scène de violences sexuelles.

Si les inégalités mentionnées dans la pièce persistent, elles prennent de nos jours des formes différentes qu’il aurait été intéressant d’étudier en imaginant une version plus moderne de cette histoire d’amour impossible. West Side Story a originellement été créée pour dépoussiérer et redonner une dimension politique au mythe de Roméo et Juliette. Il serait peut-être temps pour les générations actuelles de s’en emparer à leur tour pour dépasser le beau divertissement et renouer avec la force politique de l’art.

Aux Ateliers éclairés, des artistes de quatre pays pour le festival Strasbourg danse l’été

Aux Ateliers éclairés, des artistes de quatre pays pour le festival Strasbourg danse l’été

Le festival Strasbourg danse l’été se tiendra du 9 au 12 juillet, aux Ateliers éclairés, au port du Rhin. Le public pourra assister à des spectacles chorégraphiques de danseurs de plusieurs nationalités et participer à des ateliers de danse.

Du 9 au 12 juillet, le Centre international de rencontres artistiques (Cira) organise la neuvième édition de Strasbourg danse l’été aux « Ateliers Éclairés », un tiers-lieu créatif situé au port du Rhin. Cinq danseurs italiens, japonais et français, ainsi qu’une compagnie allemande y proposeront des performances chorégraphiques. Le public pourra aussi participer à des ateliers de danse.

Les locaux de l’espace « Les Ateliers Éclairés » le tiers-lieu à la Coop.
(Photo : Achraf El Barhrassi / Rue89 Strasbourg / cc

 

Des styles très différents

Chorégraphe français d’origine ivoirienne, Abdoulaye Konate est le fondateur de la compagnie Ateka. Il présentera sa création collective « Humming-Bird/Colibri ». Akiko Hasegawa jouera son spectacle « Haré Dance », un solo chorégraphié qui renvoie aux « jours festifs ».

Ezio Schiavulli et Jesus Baptista joueront, en binôme, une performance où ils entrent « en communication spirituelle avec leurs êtres supérieurs respectifs ». Rien que ça.

L’artiste Tchekpo Dan Agbetou rendra « hommage à la vie » à travers la pièce « Pour Miles. D ». Son spectacle de danse jazz-rock se veut inspirée de l’œuvre du trompettiste Miles Davis.

Le chorégraphe Tchekpo Dan Agbetou rendra hommage à Miles Davis à travers un spectacle lors de la 9ème édition du festival « Strasbourg danse l’été ». Photo : Jim Coleman / Document remis / cc

« C’est important, dans ces temps où on voit une montée de la xénophobie »

Yogo Nguyen, directrice artistique du Cira, et Noé Milesi, responsable des Ateliers éclairés, insistent sur la dimension européenne de ce festival par le lieu d’une part, qui manifeste une proximité avec l’Allemagne, par la pluralité des artistes programmés d’autre part, et surtout grâce au « partage auprès du plus grand nombre de la danse d’ici et d’ailleurs ». 

« Ça me semble très important aujourd’hui, dans ces temps où on voit une montée de la xénophobie », ajoute Yoko Nguyen.

Dépendance, décès, mauvais usage… Les antidouleurs à base d’opium prescrits trop facilement

Dépendance, décès, mauvais usage… Les antidouleurs à base d’opium prescrits trop facilement

Des Strasbourgeois témoignent de leur consommation d’opiacés, des médicaments antidouleurs à base d’opium. Ils révèlent que certains médecins prescrivent trop vite et trop souvent ces antalgiques, qui peuvent causer une dépendance voire des décès.

Céline (prénom modifié) a subi une opération chirurgicale en 2007. C’est là qu’on lui a prescrit pour la première fois du Lamaline, un antidouleur à base d’opium. Depuis, la consommation de ce produit est rentrée dans ses habitudes. Elle demande régulièrement à son médecin de lui en prescrire, afin de soulager des douleurs « d’intensité moyenne », par exemple pour « faciliter la reprise du sport après des entorses ou des tendinites ». Cette Strasbourgeoise de 34 ans, qui reprend ses études pour un diplôme dans le social, estime que c’est ce « qui fonctionne le mieux » :

« Lorsque je dis à mon médecin que je veux du Lamaline pour des douleurs, il m’en prescrit assez facilement. Il n’évalue pas forcément la douleur avant de le proposer. D’autres médecins et chirurgiens m’ont prescrit du Tramadol, et de l’Acupan, sans trop chercher à savoir. Il suffit que je dise que j’ai mal quelque part et on me prescrit ces antalgiques. Je n’en demande pas systématiquement, mais je suis persuadé que si j’en voulais plus, je pourrais en avoir plus. »

« J’avais des bouffées de chaleur, des sueurs froides, la nausée »

Céline ne voit aucun problème concernant sa quasi automédication. Elle assure qu’elle fait « très attention et les prends avec parcimonie ». Ces médicaments sont des opiacés, c’est à dire des produits dérivés de l’opium qui peuvent engendrer une dépendance. Céline a expérimenté le manque, après s’être trompée dans la posologie : au lieu d’une pilule de Lamaline toutes les huit heures, elle a pris huit pilules toutes les trois heures pendant une semaine. Elle raconte :

« En allant chez mon généraliste pour faire retirer les fils de mon opération, je lui ai demandé une boite parce que je n’avais plus de Lamaline. Il a trouvé cela bizarre parce que je devais encore en avoir, mais il m’en a quand même prescrit une nouvelle fois. Je ne suis pas allée la chercher le jour même, et c’est là que j’ai eu les symptômes de manque. J’avais des bouffées de chaleur, des sueurs froides, la nausée, une agitation, et de l’anxiété. Le lendemain je suis allée chercher ma nouvelle boîte de médicaments et j’ai bien lu la notice. C’est à ce moment-là que j’ai compris que j’avais surdosé. »

Une pharmacie à Strasbourg, place d’Austerlitz. Photo : MB / Rue89 Strasbourg / cc

Le Tramadol en tête des overdoses aux opiacés

Dans un rapport sur les « médicaments antalgiques opioïdes et leurs usages problématiques », l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a constaté dans les dix dernières années, en France, une forte augmentation (+150%) de consommation d’antidouleurs à base d’opium. Par exemple, en 2015, « près de 10 millions de français ont eu une prescription d’antalgique opioïde ». Les hospitalisations liées à la consommation de ces médicaments ont presque triplé (+167%) et le nombre de morts a plus que doublé (+146%) depuis 2000.

En 2016, entre deux cents et huit cents français sont morts d’une overdose liée aux opioïdes. L’extrémité supérieure de cette fourchette comprend la consommation illégale. La méthadone n’a tué que 140 personnes, et l’héroïne n’en a tué que quatre-vingt-six. Le Tramadol est le produit antalgique le plus fréquemment mis en cause dans les décès liés à la prise d’antidouleurs. Le nombre de prescriptions de Tramadol s’est stabilisé à 5,9 millions d’usagers sur prescription en France entre 2013 à 2018, mais son mésusage a été multiplié par 1,7 à cause de ses effets relaxants.

Aux États-Unis, la surprescription et le mésusage des opiacés a provoqué une grave crise de santé publique : durant les vingt dernières années, 500 000 personnes sont mortes suite à des overdoses.

Maxime utilise les « failles du système » pour se procurer du Tramadol

Maxime (prénom modifié), Strasbourgeois de 28 ans, travaille « dans le secteur de la Défense ». Il prend du Tramadol pour « ses effets relaxants ». Il utilise « les failles du système » pour que ses prescriptions répétées ne déclenchent aucune alarme :

« J’ai dit à mon médecin traitant que j’avais des migraines et que le Tramadol marchait bien avec moi. Il n’a pas cherché plus loin et m’a fait une prescription sur 6 mois. Mes rendez-vous pour différentes raisons médicales sont espacés afin de ne pas éveiller les soupçons, mais je demande à chaque fois du Tramadol. Ça peut être pour un problème d’allergie. Je lui indique être à la fin de ma boîte de Tramadol, et que j’aimerais en avoir pour les mois à venir “au cas où”. »

Selon lui, Maxime n’est pas dépendant aux opiacés grâce aux règles qu’il se fixe :

« Je ne veux ni dépendance, ni accoutumance, ni surdose, ni effets négatifs, donc je régule ma consommation de médicaments et de drogues en fonction de mes besoins. Il m’arrive de ne pas en prendre du tout pendant trois mois, et puis il m’est déjà arrivé d’en prendre dix en une semaine… C’était une grosse semaine au travail, très chargée, très stressante, avec peu de sommeil. »

Maxime affirme connaître au moins cinq personnes qui emploient des stratégies similaires liées à un mésusage du Tramadol.

Le Tramadol est l’un des médicaments antalgiques les plus connus. Photo : MB / Rue89 Strasbourg / cc

Ordonnances sans suivi ni historique médical

De son coté, Sophie (prénom modifié), 25 ans, professeure de français à Strasbourg, s’est vue prescrire de l’Izalgi, un autre opiacé, après être tombée dans les escaliers sur le dos. Elle raconte comment elle a vécu les effets secondaires :

« L’Izalgi a un peu apaisé ma douleur et calmé mon irritabilité, mais je me sentais à la ramasse et super triste. J’ai arrêté d’en prendre car je voulais continuer de travailler et rester lucide. Après cette expérience, j’ai trouvé étrange qu’on me propose ce type de médicament sans suivi et sans connaître mon historique médical. »

Aucun des quatre patients interrogés pour cet article ne se souvient avoir été interrogé sur ses antécédents médicaux avant de se voir prescrire un antidouleur à base d’opium.

« Je suis choquée par la facilité avec laquelle ces médicaments sont prescrits »

Veena Augustin, médecin addictologue à la Maison urbaine de santé dans la cité de l’Ill, raconte :

« En 2021, j’avais deux patientes, toutes les deux des femmes enceintes, qui présentaient des dépendances au Tramadol. En 2022, je suis une jeune femme qui consommait 900 mg de Tramadol par jour alors que la dose maximale est de 400 mg ! Elle l’utilise comme une drogue pour être ailleurs pendant un moment… Dans ce cas, c’est un médecin qui lui a prescrit suffisamment pour ce mésusage, mais en général, les patients dépendants savent comment mentir pour solliciter des prescriptions à plusieurs médecins en même temps. »

Selon Veena Augustin, les médecins devraient être plus vigilants :

« Les médecins ont les moyens de détecter si une demande est abusive ou non. Ils peuvent commander des examens complémentaires pour mieux évaluer la réalité d’une source de douleurs et envoyer les patients vers des médecins spécialisés dans les douleurs. Ils devraient systématiquement se demander pourquoi leurs patients réclament perpétuellement des prescriptions d’opiacés. »

L’ARS va sensibiliser sur les dangers du Fentanyl, pas sur ceux du Tramadol

Pour autant, Veena Augustin ne veut pas bannir les antalgiques des prescriptions de médecins généralistes, qui sont adaptés dans certaines situations. Mais elle préconise « une gradation et des évaluations des résultats ». Dans sa pratique, elle commence par prescrire un antidouleur du palier 1, le Doliprane par exemple. Quand elle prescrit des antidouleurs opiacés du palier 2, elle fait le point avec son patient le lendemain pour voir s’il faut augmenter le dosage ou changer de médicament. Elle se dit aussi « choquée par la facilité avec laquelle les service d’urgence prescrivent du Tramadol, parfois pour une lombalgie ou des entorses, sans essayer d’autres antalgiques moins forts en premier ».

Contactée, l’Agence régionale de santé s’est bornée à indiquer qu’un projet de sensibilisation des médecins sur la prescription du Fentanyl, un opioïde à action rapide, est en cours. Le Tramadol n’est pas visé par cette action.

Au centre de détention d’Oermingen, les nouveaux droits des prisonniers repoussent les entreprises

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#Oermingen

Après les minutes de silence « pour la mort annoncée de l’hôpital », Jean-Luc Mélenchon en campagne au NHC

Après les minutes de silence « pour la mort annoncée de l’hôpital », Jean-Luc Mélenchon en campagne au NHC

Mercredi 25 mai dans la matinée, Jean-Luc Mélenchon s’est rendu au Nouvel Hôpital Civil (NHC) de Strasbourg. Le but : s’entretenir avec le collectif de soignants qui a lancé la minute de silence pour « la mort annoncée de l’hôpital public ». L’occasion pour eux de faire entendre leurs revendications concernant leurs conditions de travail difficiles.

Assis autour d’une table en bois à l’ombre, Jean-Luc Mélenchon écoute les témoignages d’une dizaine de soignants du Nouvel Hôpital Civil (NHC) de Strasbourg. Il est de passage express dans la capitale alsacienne ce mercredi 25 mai au matin. Sandra Regol et Emmanuel Fernandes, respectivement candidats pour la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes) dans la première et la deuxième circonscription du Bas-Rhin, sont à ses côtés.

Parmi les principales doléances du corps médical, une revalorisation des salaires, la mise en place d’un plan massif de formation d’infirmières et d’aides-soignants ou bien encore l’arrêt de la tarification à l’acte, un système de financement des hôpitaux accusé par les syndicats de causer de lourdes restrictions budgétaires

Jean-Luc Mélenchon avec des soignantes. Photo : ND / Rue89 Strasbourg / cc

Ce n’est pas un hasard si Jean-Luc Mélenchon a choisi l’hôpital de Strasbourg pour sa visite. C’est ici qu’a été initiée la minute de silence « pour la mort annoncée de l’hôpital public ». Un mouvement repris dans toute la France : « On est surpris que ça ait aussi bien marché », se félicite Vincent Poindron, médecin immunologue. 

« Si on continue, nous allons vers une crise de l’hôpital »

Le personnel soignant des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) vit une période difficile notamment suite à la signature du « contrat d’avenir » avec l’Agence régionale de santé (ARS). Un contrat qui oblige les HUS à augmenter leur activité sans embaucher… tout en réduisant le nombre de postes de personnel non-médical jusqu’en 2026. 

La visite de Jean-Luc Mélenchon au NHC a donc été l’occasion pour lui de tirer la sonnette d’alarme sur la dégradation du service public hospitalier. Le candidat auto proclamé à la fonction de Premier ministre pointe du doigt la volonté du gouvernement actuel de « réduire la durée moyenne de séjour à l’hôpital » ainsi que la « tarification à l’acte ». Il condamne les logiques financières et de rendement qui « prennent de l’ampleur dans le monde hospitalier ». « Si on continue comme ça, nous allons vers une crise sanitaire grave », conclut Jean-Luc Mélenchon. 

Mettre en lumière la Nupes

La conférence de presse terminée, plusieurs infirmières, parmi la cinquantaine de personnes présentes, se dirigent vers Jean-Luc Mélenchon. L’occasion de discuter avec lui et de faire un selfie pour immortaliser la venue du député. « Je la montrerai ce soir à mes enfants. On est beaucoup à apprécier Mélenchon ici. Pour moi, c’est le seul qui tape du poing sur la table et qui comprend les problèmes des soignants », souligne Flore, assistante de soin des hôpitaux (ASH). Elle salue la création de la Nupes, qui unit plusieurs partis de gauche pour les législatives, et espère voir Jean-Luc Mélenchon devenir Premier ministre. 

De gauche à droite : Emmanuel Fernandes, Sandra Regol et Jean-Luc Mélenchon. Photo : ND / Rue89 Strasbourg / cc

L’insoumis a profité de son passage par la capitale alsacienne pour rencontrer Jeanne Barseghian (EELV), maire de la ville. C’était aussi l’occasion pour lui d’attirer l’attention sur les candidatures de la Nupes en Alsace. Pratiquement tous les candidats étaient à ses côtés ce mercredi 25 mai. La photo de famille faite, Jean-Luc Mélenchon est reparti vers Paris pour « présenter le plan d’urgence pour le pouvoir d’achat » de la Nupes dans l’après-midi.

Des soignants du NHC, comme ici Vincent Poindron, ont pu discuter avec Jean-Luc Mélenchon. Photo : ND / Rue89 Strasbourg / cc

À Stocamine, les premiers travaux de confinement des déchets toxiques suspendus par la justice

À Stocamine, les premiers travaux de confinement des déchets toxiques suspendus par la justice

Le tribunal administratif de Strasbourg a considéré que les premières opérations de remblayage du bloc incendié et des barrages de béton dans les anciennes mines ne peuvent pas se poursuivre.

Les travaux préparatoires au confinement et de blocage définitif du bloc 15 incendié à Stocamine sont suspendus. La procédure d’urgence (en référé) de la Collectivité européenne d’Alsace, l’association Consommation Logement Cadre de vie (CLCV) du Haut-Rhin et d’Alsace Nature contre l’arrêté préfectoral du 28 janvier 2022 a réussi.

Dans leur décision ce mercredi 25 mai, Les juges administratifs ont notamment considéré que cet « arrêté de mise en demeure » allait trop loin dans ses prescriptions. Les opérations de remblayage du bloc 15 et de préparation des barrières de confinement en béton ont bien un aspect définitif et irréversible pour les magistrats. Or, de tels travaux de confinement des déchets toxiques ne sont pas autorisés pour le moment.

Le stockage interdit sans autorisation environnementale

Annulé une première fois par la justice, le stockage total et illimité nécessite désormais une autorisation environnementale et une enquête publique. Une procédure qui pourrait prendre environ un an. Depuis le mois de mars, une enquête pénale de la gendarmerie est également en cours pour mettre au jours d’éventuelles dissimulations sur les déchets entreposés dans le sous-sol alsacien.

Seuls les arguments juridiques d’Alsace Nature ont été retenus. Les juges ayant estimé que la CLCV n’avait pas d’intérêt à agir. L’État doit verser 1 000 euros à Alsace Nature. Une somme qu’elle avait perdu lors d’un précédent référé en mars.

Un déstockage toujours possible ?

Lors de l’audience, la Préfecture et la société des Mines de Potasse d’Alsace (MDPA) avaient notamment présenté ces premiers travaux « à titre conservatoire » comme une nécessité pour déstocker d’autres blocs, qui contiennent plus de 40 000 tonnes de déchets, à rebours de la volonté du gouvernement (lire notre article). Sans déstockage et malgré les barrages, ces déchets contamineront la nappe phréatique d’Alsace, ressource d’eau potable en Alsace, en Allemagne et en Suisse.

Les coulées de béton dans la mine ne sont pas autorisées. Photos : leonmul68 / Flickr

L’avocat d’Alsace Nature, Me François Zind, est très satisfait de cette décision :

« C’est la deuxième victoire après la suspension du 15 octobre. Elle redonne du crédit à l’idée qu’un déstockage est toujours possible et que cette option sera vraiment soumise. On avait peur d’être devant le fait accompli avec des barrières de confinement déjà construites lors de l’enquête publique à venir. Cette victoire redonne l’opportunité à la CeA et la Région de refaire des propositions pour le déstockage. On espère que l’État va les autoriser à descendre dans la mine. »

Dans un communiqué, le ministère de la Transition écologique a « pris acte » de la décision et « examine l’opportunité d’un pourvoi en cassation » devant le Conseil d’État sous 15 jours. Il a réaffirmé « l’importance de procéder rapidement aux travaux de confinement », après avoir défendu l’inverse, à savoir un potentiel déstockage dans cette procédure. Candidat pour la majorité présidentielle dans le Haut-Rhin, Hubert Ott (Modem) s’est au contraire félicité de cette décision. « La ministre Barbara Pompili avait confirmé lors de sa venue en 2021 que 96% des déchets encore stockés peuvent être techniquement retirés et que les galeries resteront praticables jusqu’en 2025 », affirme-t-il. Loin d’être bouclé, le dossier attend donc la nouvelle ministre Amélie de Montchalin.

Piscine mobile et concerts place du Château : des nouveautés dans les animations de l’été 2022 à Strasbourg

Piscine mobile et concerts place du Château : des nouveautés dans les animations de l’été 2022 à Strasbourg

Comme chaque année, la Ville de Strasbourg propose des événements culturels pour la période estivale. Mardi 24 mai, les élus ont annoncé la programmation 2022, avec quelques nouveautés.

La Ville de Strasbourg a dévoilé, mardi 24 mai, sa programmation pour la période estivale 2022, lors d’une conférence de presse. La fête de la musique le 21 juin, sera l’événement du lancement des festivités. Le spectacle d’illumination de la Cathédrale sera de retour tous les soirs à partir du 8 juillet, jusqu’au 28 août.

Comme ces dernières années, un spectacle d’illumination de la Cathédrale sera proposé tous les jours.
Photo : Passe Muraille & AV Extended / Document remis / cc

Des nouveautés pour cette année 

Les illuminations des vendredis et samedis soirs seront enrichies par plusieurs concerts du groupe « Les Percussions de Strasbourg » et d’autres artistes qui se produiront sur une scène place du Château. Owusu Tufuor, l’adjoint à la maire en charge des sports, a aussi annoncé la création d’une piscine mobile à l’Elsau « pour permettre aux petits d’apprendre à nager ». Le dispositif, encore au stade d’expérimentation, commencera dans ce quartier mais pourra être installé à d’autres endroits.

Jeanne Barseghian (EELV) était présente à la conférence de presse pour annoncer la programmation estivale 2022. Photo : AE / Rue89 Strasbourg / cc

La Ville de Strasbourg lance également le dispositif « Touriste dans ma ville ». Le concept est d’organiser des visites guidées des quartiers pour les habitants des autres quartiers. « C’est surtout destiné à ceux qui habitent dans des zones éloignées, afin de leur permettre de découvrir Strasbourg sous un nouvel angle », précise Guillaume Libsig, adjoint à la maire en charge de la vie associative.

Un budget de 1,3 millions d’euros

Les élus annoncent un budget de 1,3 millions d’euros pour la saison estivale de cette année, avec une programmation destinée aux strasbourgeois et aux touristes. Au jardin des deux rives, du 24 au 26 juin, lors de la « Symphonie des arts », la Ville propose un cinéma karaoké en plein-air, des dj sets, des ateliers de danse, et des concerts. Au Docks Malraux, la plage éphémère et la base nautique seront à nouveau installées, et des spectacles d’arts vivants seront organisés les vendredis à 18h.

Élèves stressés, orientation bâclée, désaffection du métier : des profs de lycée témoignent

Élèves stressés, orientation bâclée, désaffection du métier : des profs de lycée témoignent

Le gouvernement a mené une importante réforme des lycées pendant le précédent quinquennat. Rue89 Strasbourg donne la parole à trois enseignants qui estiment que les conséquences de cette réorganisation majeure sont néfastes pour les professeurs et les élèves. Témoignages.

« Après le mandat de Jean-Michel Blanquer au ministère de l’Éducation nationale, on se sent complètement désabusés, lésés, et on a peur pour l’avenir », résume Arnaud Sigrist, professeur de sciences économiques et sociales au lycée Camille Sée de Colmar. Il est aussi co-secrétaire académique du Snes-FSU à Strasbourg. Pour lui, l’impact du dernier quinquennat se mesure déjà par des chiffres :

« Depuis la rentrée 2017-2018, on a perdu 134 postes de profs de lycée dans l’Académie de Strasbourg, à cause des non remplacements de départs à la retraite. Mais, et c’est nouveau, les démissions ont augmenté, il y a entre 30 et 40 demandes de ruptures conventionnelles par an. Cela n’existait pas avant, les profs finissaient leur carrière dans l’Éducation nationale. Nous observons une désaffection sans-précédent de notre métier. »

Le rectorat de l’académie de Strasbourg n’a pas transmis à Rue89 Strasbourg le nombre de démissions de professeurs de lycée en 2021. Selon les syndicats, 18 enseignants ont démissionné dans le Bas-Rhin en 2021.

« Les élèves jouent leur vie toute l’année »

Jean-Michel Blanquer a changé radicalement l’organisation des filières. Depuis l’année 2020-2021, terminés les bacs scientifique, littéraire, économique et social. Place à des programmes à la carte, où les lycéens choisissent trois spécialités parmi treize. Pour l’année de Terminale, ils ne gardent que deux de ces matières. Place aussi au contrôle continu : les notes de l’année comptent pour le bac. Enfin, avec Parcoursup, le nouveau système de sélection pour les études supérieures, toutes les notes de l’année comptent pour l’orientation.

Sarah enseigne l’anglais dans un lycée du Nord de l’Alsace. Pour elle, ce nouveau fonctionnement a créé énormément de tensions :

« Sur Parcoursup, les lycéens doivent enregistrer 10 vœux sans ordre de préférence, et sont affectés selon leurs notes. Leur orientation est bâclée. Comme chaque note compte, ils sont beaucoup plus stressés au quotidien, ils ont le sentiment de jouer leur vie toute l’année. Il y a beaucoup d’insomnies, de plaques d’eczéma, et d’autres troubles psychosomatiques, avec des absences de longue durée.

J’ai même une élève qui a fait une forme de burn-out. Personne ne devrait être dans cet état là au lycée. Nous, les profs, sommes en première ligne face au mal-être des jeunes, leurs réclamations quand ils ont une mauvaise note, leurs questionnements légitimes. »

Elle évoque l’organisation des épreuves de langues : « On doit évaluer l’expression orale et écrite ainsi que la compréhension orale et écrite, mais il n’y a plus de créneaux banalisés pour ça, on doit le faire sur nos heures de cours », indique-t-elle. En arrêt maladie et non remplacée (du fait de la pénurie de profs remplaçants qui est aussi devenue critique ces dernières années) pendant un mois et demi cette année, ses classes n’ont donc pas eu cours. L’organisation des épreuves a été « très compliquée » et « réalisée à la va-vite », selon elle. Dans son lycée, une enseignante d’allemand était absente pendant trois mois, rendant le contrôle continu très difficile à organiser également pour ses élèves.

Le nombre de professeurs de lycée a fortement diminué dans le Bas-Rhin sous le quinquennat d’Emmanuel Macron. Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Plus de classes à gérer, plus de cours à préparer et de copies à corriger

« Entre les absences des profs, celles des élèves, et la subjectivité des notations, cela pose des questions sur l’égalité des chances », analyse-t-elle. Sarah observe aussi que le nombre d’heures de cours a diminué pour les langues, en passant de quatre heures en Seconde et trois en Terminale avant la réforme, à 2h45 pour les Secondes, 2h15 pour les Premières et deux heures pour les terminales en 2022. « C’est la nouvelle stratégie du ministère : moins de profs et donc mécaniquement moins d’heures de cours », constate Arnaud Sigrist.

Le temps de travail, lui, a augmenté, si l’on en croit les trois professeurs de lycée interrogés. Pour Arnaud Sigrist, il est passée de 40 heures par semaine en 2017 à 50 en 2022. Les profs ont autant d’heures de cours à donner, mais avec plus de classes différentes, donc le temps de préparation est plus important. « Quand j’ai commencé à enseigner, j’avais cinq classes. Maintenant j’en ai 6 parce que je suis agrégée et c’est déjà dur. Les collègues certifiés, qui ont 18 heures de cours par semaine, cumulent 8 ou 9 classes différentes, avec plus de plans de cours à préparer, plus d’évaluations à concevoir et à corriger », assure Sarah.

« On essaye de convaincre les élèves de continuer les maths »

Professeur de mathématique dans un lycée du centre de l’Alsace, Fanny déplore le fait que la matière soit devenue une option parmi les autres spécialités pour les Premières et les Terminales :

« On observe une forte baisse du nombre de lycéens qui pratiquent les maths. Certains arrivent dans les études supérieures, dans des filières qui nécessitent des connaissances, par exemple en statistiques, et sont complètement perdus parce qu’ils ont un niveau Seconde. Ce système met des jeunes en difficulté. Dans notre établissement, 60% des élèves ont continué les maths en Première, en choisissant l’option. Ce n’est pas beaucoup mais des collègues d’autres établissements me disent que cela peut descendre jusqu’à 40%. »

Beaucoup renoncent aussi aux maths entre la Première et la Terminale, au moment de mettre de côté l’une des trois spécialités. Fanny commente :

« Ils constatent qu’ils n’ont pas de très bonnes notes en math et souhaitent arrêter. Nous, on essaye de les convaincre parce qu’on sait qu’ils auront besoin de ces connaissances après le lycée. C’est difficile de sentir que notre matière est rétrogradée comme ça, surtout que c’est au détriment des élèves. »

Pas toutes les spécialités dans les lycées

Dans le tronc commun, les lycéens ont tout de même deux matières qui font intervenir les professeurs de math : enseignement scientifique et science numérique et technique. Fanny détaille :

« On se retrouve à enseigner des matières qui n’existaient pas jusqu’alors, et qui cumulent physique-chimie, SVT et mathématiques. Nous ne sommes pas formés pour ça. Selon le programme, on fait en sorte que le prof qui intervient pour un cours donné soit le plus adapté possible mais j’ai tout de même dû improviser sur des éléments du programme qui ne correspondaient pas à ma matière. »

Après cette catastrophe pour le niveau général des élèves en mathématique, le ministère envisage d’ajouter, aux classes de Première, 1h30 par semaine consacré aux mathématiques dans le cadre de la matière enseignement scientifique. Il a également été constaté que les élèves qui continuent cette matière après la Seconde sont majoritairement des garçons et issus de classes sociales favorisées.

Les personnels de l’éducation avaient manifesté en janvier 2022, pour plus de moyens, notamment face à la pandémie de Covid-19. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Selon Fanny, les lycées n’ont pas les moyens de proposer toutes les spécialités. Elle donne « un exemple parmi d’autres » : dans son établissement, l’année dernière, une petite dizaine de lycéens voulaient faire l’option Langues, littératures et cultures étrangères et régionales (LLCE). « Ils n’ont pas pu parce qu’ils n’étaient pas assez, le lycée a choisi de ne pas ouvrir la spécialité pour ça. Finalement, il y a une dégradation du choix que l’on propose aux élèves, et certains peuvent être vraiment affectés comme ils ne peuvent pas suivre les matières qu’ils choisissent », affirme-t-elle.

Une réforme « déconnectée de la réalité »

Pour Arnaud Sigrist, « les ordres et contre-ordres » prononcés par le ministère de l’Éducation nationale à destination du corps enseignant à cause des réformes et de la pandémie ont été très mal vécus par les enseignants :

« Nous nous sommes retrouvés dans des situations où on expliquait des choses aux élèves, et ces derniers ne savaient pas s’ils devaient en tenir compte comme tout changeait en permanence. C’est nous qui étions face à eux, à leurs doutes, qui étaient justifiés, surtout au vu de l’enjeu pour eux.

Les épreuves des spécialités, a fort coefficient pour le bac, étaient initialement prévues en mars. Fin janvier, Jean-Michel Blanquer a annoncé qu’elles auraient finalement lieu en mai. Sur le coup, les élèves n’étaient pas sûrs du tout de ce qu’on leur annonçait. »

L’enseignant en sciences économiques et sociales conspue « un décalage immense entre les discours de Jean-Michel Blanquer qui prônait une école égalitaire, adaptée à chaque élève, et la réalité du terrain, où les enseignants sont de moins en moins nombreux, les heures de cours rabotées, avec de moins en moins de travaux dirigés, au détriment des lycéens ».

Des professeurs mal payés, pas assez d’admissibles au Capes

Arnaud Sigrist rappelle que les professeurs certifiés sont payés « à peine un peu plus que le Smic en début de carrière, malgré leurs semaines de 50 heures ». Il ajoute : « Avec en plus, la dégradation des conditions d’enseignement et les réformes jugées absurdes, on ne risque pas de créer des vocations. » D’ailleurs, le nombre de personnes admissibles au Capes a fortement diminué en 2022, notamment en math et en allemand, au point que leur nombre est bien inférieur aux postes à pourvoir pour la rentrée 2022-2023. La rentrée de septembre s’annonce déjà très tendue…

#Réforme du bac