Photo : Illustration Lab Numérique du Centre de culture numérique / Auteur: GAUCKLER D.
Le Centre de culture numérique de l’Université de Strasbourg organise une conférence intitulée « Metaverses, tour d’horizon et perspectives », jeudi 9 décembre de 12h45 à 13h45. Un événement gratuit, en ligne et ouvert à tous, qui a pour objectif de vulgariser le concept de metaverse, un « environnement 3D social ».
« On entend de plus en plus le terme ‘metaverse’ sans vraiment savoir ce qu’il signifie », explique François Schnell, informaticien ingénieur au Lab Numérique du Centre de culture numérique de l’université de Strasbourg. En charge de l’animation de la conférence intitulée « Metaverses, tour d’horizon et perspectives », l’informaticien propose une description du ‘metaverse’, de ses enjeux à son histoire dans la science fiction, en passant par les projets de Facebook, Epic Games ou Microsoft qui investissent des milliards dans ce domaine. La conférence en ligne d’une heure doit permettre de mieux comprendre « ce nouveau terrain de la tech ».
L’université de Strasbourg dispose déjà de son propre metaverse à destination de ses chercheurs : EVER. Photo : Illustration Lab Numérique du Centre de culture numérique / Auteur : GAUCKLER D.
Un metaverse est « un environnement 3D social »
Fin octobre, le groupe Facebook a changé de nom pour mettre en avant son metaverse. Désormais, le groupe se nomme « Meta ». Un événement qui a mis en avant le terme ‘metaverse’. François Schnell en donne sa définition :
« C’est un environnement en trois dimensions et social. Cela peut être un environnement virtuel de travail, de jeu ou de divertissement par exemple. On parle de 3D parce que le metaverse c’est l’idée d’une exploration en trois dimensions. Et social, car on ne parle pas de metaverse si l’on ne rencontre pas d’autres personnes pour y faire des activités. C’est un concept particulièrement difficile à vulgariser, d’où l’idée d’organiser une conférence.
Le plus populaire des metaverses dans le jeu vidéo est peut-être Fortnite. Dans ce jeu en ligne développé par Epic Games, les joueurs évoluent dans un environnement virtuel de jeu et de divertissement en 3D. Surtout, ils y rencontrent d’autres joueurs et peuvent interagir avec eux pour jouer, regarder un film ou un concert. À l’inverse, le jeu Assassin’s Creed développée par Ubisoft n’est pas un metaverse car il n’y a pas d’interaction avec d’autres joueurs ».
Pour saisir ce qu’est un metaverse, François Schnell abordera son origine dans la science-fiction, les mondes virtuels ludiques, le vocabulaire lié à ce domaine (monde virtuel persistant, immersion, réalité mixte, informatique spatiale) et la notion d’avatar ou encore d’interaction. « On privilégie de petites audiences pour favoriser les échanges », note François Schnell. 75 personnes ont déjà réservé leur place.
Depuis 2016, l’association Vrac a tissé un réseau de groupements d’achats dans sept quartiers populaires de Strasbourg. Elle mobilise les habitants pour qu’ils puissent s’offrir de la nourriture bio et locale, à un prix juste pour eux comme pour les producteurs. Reportage à la Montagne verte.
En cet après-midi d’automne, c’est jour de distribution à la Montagne verte. Comme chaque mois, l’association Vrac (Vers un réseau d’achat en commun) et ses bénévoles ont installé dans le centre socio-culturel le magasin du groupement d’achat du quartier. Celui-ci compte une centaine d’adhérents. Pour cette fois, une trentaine de personnes ont passé commande auprès de l’association. Sur les tables, des sacs de farine, des œufs d’un agriculteur de Lingolsheim, des sacs de lentilles vertes, d’amandes décortiquées ou encore de pâtes semi-complètes. Tous ces produits sont issus de l’agriculture biologique ou en conversion.
60 produits, vendus à prix coûtant
En tout, l’association présente à ce jour une soixantaine de produits issus d’une quinzaine de producteurs locaux et de quelques autres plus éloignés (il y a par exemple de l’huile d’olive produite en Catalogne). Ce sont ces producteurs qui fixent leurs prix, sans que l’association ne les négocie à la baisse. En novembre, Vrac a passé commande de 225 kg de farine blanche et de plus de 4 200 œufs.
Avec une force de frappe de près de 500 adhérents en 2020, l’association revend ensuite ces produits à prix coûtant (sans ajouter de marge, ndlr), via huit associations réparties dans sept quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) à Strasbourg et Illkirch, en majorité des centres socio-culturels. Son mot d’ordre : rendre accessible une alimentation de qualité à tous, même aux plus précaires.
Subventions de fondations, des collectivités et des bailleurs sociaux
Pour offrir ses marchandises à ce prix-là, l’association Vrac Strasbourg compte sur ses bénévoles pour assurer toute la logistique, de la réception des palettes à la mise en rayons. Il y a également deux salariés aux missions variées, de l’animation à la recherche de partenaires, qui sont payés grâce aux subventions versées à l’association.
En 2020, les plus grosses subventions provenaient de l’Eurométropole (19 600€), ainsi que de deux fondations (Fondation de France et Fondation Macif) qui ont donné 17 900€ à l’association. Il y a ensuite le Fond Social Européen (11 000€), la Région Grand Est (environ 5 000€) et l’État (4 800€).
L’association est également soutenue par deux bailleurs sociaux (Ophea et Habitation Moderne) qui financent 15% des ressources (10 700€ au total). En 2021, un troisième s’est ajouté dans la liste des partenaires : CDC Habitat.
Une cinquantaine de bénévoles
Sur les huit groupements d’achat, une cinquantaine de personnes se mobilisent régulièrement dans les quartiers. Une dizaine sont la cheville ouvrière, au rendez-vous tous les mois pour assurer la réception et la distribution des denrées entre leurs différentes destinations. « Nos adhérents avec peu de moyens, ont de fait aussi beaucoup de mal à se déplacer », analyse Emeric Woock, président de Vrac Strasbourg.
L’association a cinq ans, et peine encore à inclure son public dans ses instances.
« C’est compliqué d’intégrer ces personnes dans la vie associative. Pour une mère seule avec des enfants par exemple, il est difficile de dégager du temps pour des réunions. »
« Ici, il n’y a que les supermarchés »
« Il y a un cliché selon lequel quand on n’a pas d’argent, on ne s’intéresse pas aux questions d’alimentation, mais c’est plutôt qu’on a moins les moyens de se les approprier. Tout le monde s’intéresse à la cuisine », rappelle Léa Leclabart, coordinatrice de l’association.
Mais dans le quartier, les offres pour bien manger sont réduites. Pas de commerces de proximité, alors « pour se nourrir, il n’y a que les supermarchés », explique François Portal, coordinateur de l’animation globale du CSC de la Montagne verte, qui porte officiellement le groupement d’achat du quartier (initié à la demande d’habitants en 2019). Et il ajoute : « Ici, c’est le royaume de la bagnole ».
Distribution de l’association Vrac au centre socio-culturel de la Montagne verte. Crédit : Claire Gandanger
Une fois par mois, les clients viennent donc aussi trouver au centre socio-culturel une vie de quartier. Comme à chaque fois, les personnes âgées arrivent les premières en début d’après-midi, munies de leurs cabas à roulette. Sacs de papier, boîtes en plastique et même sachets de congélation, chacun se sert dans les différents sacs et bidons avec les contenants qu’il a apportés. Les caissiers du jour, Léa Leclabart et François Portal, enregistrent les listes sans regarder au grammage. « Nous sommes dans une relation de confiance », insiste ce dernier.
« L’Espagne, c’est vague »
Angélique est bénévole. Elle installe les rayons quand elle le peut. Entre son travail d’agent de restauration dans une crèche, et l’heure de sortie d’école de ses quatre enfants qui approche, elle n’a aujourd’hui que le temps de passer prendre ses courses. « Mais je fais de la pub autour de moi », assure-t-elle. « J’ai été convaincue par le rapport direct du producteur au consommateur et par l’ambiance chaleureuse », explique-t-elle, ravie que ce projet apporte de la vie à côté de chez elle.
Aujourd’hui, elle a notamment récupéré des pâtes semi-complètes. Un aliment qu’elle ne connaissait pas avant de découvrir le groupement d’achat. « Mon mari adore, alors maintenant je les prends carrément par 5kg », s’amuse-t-elle. Angélique n’a pas le permis de conduire. Elle se rend à vélo aux supermarchés. Son mari fait le marché de Hautepierre chaque samedi pour les produits frais. « Moi je ne supporte pas la foule », confie-t-elle.
« Avec une famille nombreuse, je dois faire attention. Avant nous ne consommions pas de produits bio, et très rarement du local. Mais venir ici n’a pas augmenté mon budget. J’ai gagné en qualité, et je suis en accord avec ma volonté de faire du circuit court. Quand il est écrit sur un produit qu’il vient d’Espagne, c’est vague. C’est grand l’Espagne. Maintenant je sais d’où vient ce que je mange. »
Angélique mesure sa commande de flocons d’avoine lors de la distribution des produits de l’association Vrac à la Montagne Verte. Ils coûtent ici 1,90 euros le kg contre 2,90 le kg en supermarché bio. (Photo CG / Rue89 Strasbourg).
Changer ses habitudes alimentaires
5kg de pâtes, 2 kg de café, 5 litres d’huile d’olive, une trentaine d’œufs, un sac d’oignons… Joris harnache sa mini-carriole en bois et sa sacoche à vélo. « L’huile d’olive, on ne la trouve nulle part ailleurs à ce prix et à cette qualité », explique le jeune homme. Le produit est vendu à 6,25 euros le litre. Le trentenaire a découvert le bon plan par son colocataire et fréquente le groupement d’achat depuis six mois. « Ici, ce sont les aliments qu’on peut stocker en gros, mais pour le reste, je continue d’aller au supermarché du coin », regrette-t-il.
« Venir ici accompagne ma réflexion sur mes habitudes alimentaires. J’ai aussi arrêté d’acheter des produits qui viennent des vaches, parce que c’est l’élevage le plus polluant. Je consommais déjà bio, mais je le fais bien plus maintenant. C’est aussi le concept qui m’a intéressé ».
Joris, qui ne se permettait pas de consommer en circuit court auparavant, souligne enfin : « J’aime bien l’idée qu’on s’organise ensemble pour moins d’intermédiaires. »
Les œufs à 0,14 euros l’unité : le produit phare
Une voisine d’Angélique se présente pour la première fois. La bénévole lui a parlé des œufs de Vrac, à 14 centimes d’euros l’unité. À ce prix imbattable, elle en a commandé une centaine. Les œufs sont le produit phare de Vrac, par lequel la plupart des familles se laissent convaincre de tester le système. En supermarché, un œuf bio produit localement est vendu à 51 centimes l’unité, un œuf premier prix de poule élevée en cage 11 centimes.
La référente famille du CSC la guide dans les rayons pour lui faire découvrir l’offre de l’association. Pas besoin d’huile d’olive. Elle a elle-même son filon, en Tunisie. Mais la nouvelle adhérente repère les dattes et s’étonne de leur prix : 5,12 euros le kg contre 14 euros le kg pour des dattes conventionnelles en grande surface. Après dégustation, la connaisseuse valide : « Elles sont vraiment très bonnes. » La visite suffira pour aujourd’hui, elle doit déjà filer récupérer ses enfants à l’école.
Une adhérente de Vrac se sert de la lessive bio dans la bouteille qu’elle a apportée, lors d’une distribution de l’association à la Montagne Verte. Sur les étales de Vrac, on peut aussi trouver du nettoyant multi-usages ou encore des savons au lait d’ânesse (Photo CG / Rue89 Strasbourg).
Le but : « que les gens se rencontrent »
« Au-delà du côté pratico-pratique, nous apprécions le grand écart sociologique que cette action crée ici », confie François Portal. « On voit des personnes âgées, des familles des deux cités du quartier, des étudiants et des trentenaires qui viennent par engagement écolo et qui ne fréquentent pas notre structure habituellement », résume-t-il.
« Le but du jeu, c’est aussi que les gens se rencontrent », appuie Emeric Woock, président de Vrac Strasbourg et président du centre socio-culturel d’Illkirch, regrettant que la crise du Covid ait cassé cette dynamique. « C’est plus devenu un service », s’inquiète-t-il. Pendant les mois de crise sanitaire en effet, les groupements d’achat se sont transformés en drive.
La crainte de la gentrification
Pour les bailleurs sociaux financeurs de l’association, la mixité sociale portée par celle-ci n’est pas la priorité. Ils se demandent si le dispositif touche assez leurs locataires et craignent qu’il se gentrifie. Emeric Woock estime, à partir des adresses des adhérents, que 70 % d’entre eux viennent bien du QPV du groupement auquel ils sont rattachés, et que les 30 % restant viennent effectivement de l’extérieur.
« Nous ne communiquons qu’auprès des habitants des QPV, pas auprès du grand public », insiste Léa Leclabart. Pour faire connaître la démarche Vrac, un animateur de l’association organise notamment des ateliers cuisine et autres dégustations en pied d’immeubles. Des paniers sont remis aux nouveaux locataires d’Ophéa.
« Une demande implicite des financeurs de documenter les revenus des adhérents »
À partir de janvier 2022, l’association va mettre en place un tarif d’adhésion différencié : 1 euro pour les habitants des QPV et les foyers aux revenus les plus modestes, et 20 euros ou plus pour les autres. « Cela pourrait nous permettre d’avoir une base de données pour prioriser les commandes s’il y en a beaucoup, et repérer où nous devons renforcer notre communication », explique Léa Leclabart. Mais Vrac espère ne pas avoir à aller plus loin.
Emeric Woock regrette en effet « une demande implicite des financeurs de documenter les revenus des adhérents ». « Nous avons toujours travaillé sur le principe du déclaratif », défend Léa Leclabart.
« Nous avons fait le choix d’accueillir tout le monde, pour ne stigmatiser personne. Nous voulons éviter aux personnes qui passent déjà leur temps à justifier de leurs revenus, de le faire une fois de plus. Si des gens se tournent vers nous, nous estimons simplement que c’est parce qu’ils en ont besoin. »
Léa Leclabar, coordinatrice de l’association.
« Il faudrait qu’on arrive à faire comprendre aux politiques qu’on n’a pas besoin d’habiter dans un QPV, pour ne pas avoir les moyens de manger bio », appuie Emeric Woock.
Petits et grands projets à venir
Vrac Strasbourg vient de bénéficier de 30 000 euros de l’État au titre du Plan de relance. Cette somme va lui permettre d’embaucher une nouvelle salariée, et surtout de déménager son siège dans des locaux aux plus vastes espaces de stockages.
Un agrandissement qui pourrait lui permettre à terme de s’ouvrir aux produits frais. En attendant, son équipe continue de sonder ses adhérents pour élargir son offre. Elle va aussi poursuivre sa quête d’une filière de pommes de terre bio, à la fois de qualité et à un prix abordable. Pas si simple, puisque trois tentatives ont déjà échoué par le passé.
Le réseau national Vrac, qui compte 13 associations en France, a récemment été habilité à l’aide alimentaire. Vrac Strasbourg va ainsi bientôt pouvoir vendre ses produits en-dessous de leurs prix d’achat à des publics précaires. Ceux-ci pourraient également utiliser leurs bons alimentaires pour choisir des denrées dans les rayons de Vrac. En 2022, Vrac lancera un 9ème groupement d’achat auprès des étudiants de l’Université de Strasbourg.
Dans La pièce rapportée, son troisième long-métrage, Antonin Peretjatko porte un regard burlesque et férocement drôle sur les rapports sociaux en utilisant les ingrédients du vaudeville, à la sauce piquante. Rencontre
Tout commence comme dans un conte de fée : la jolie guichetière Ava (Anaïs Demoustier) rencontre l’héritier de la famille Château-Têtard, Paul (Philippe Katerine), tout droit descendu de son fauteuil Louis XVI, pour tenter de prendre le métro alors que les taxis sont en grève. Et ils eurent beaucoup d’enfants ? Cela se complique car Paul, qui vit toujours chez Maman (Josiane Balasko) préfère jouer à Candy Crush et Ava s’ennuie… Dans ce scénario de vaudeville, Antonin Peretjatko glisse son regard burlesque et parle des rapports sociaux avec férocité.
Bande annonce
Rue89 Strasbourg : Vos deux premiers films ont été compliqués à financer, est-ce que vous avez eu plus de facilités pour ce vaudeville avec un casting en or massif : Josiane Balasko, Anaïs Demoustier et Philippe Katerine ?
Antonin Peretjatko : Non, ça n’a pas été plus facile et j’en ai été le premier surpris. On a fait le film avec le budget minimum. Avec ces trois comédiens et pour une comédie, je pensais qu’on aurait Arte ou France 2, on a eu finalement Canal+, sans qui il n’y aurait pas de film. Le film est construit autour de gags visuels et cette écriture ne rentre pas dans les grilles de lecture des sociétés de production. C’est pour ça que le cinéma français repose sur des films à dialogues et des films réalistes : avec un dialogue, on voit tout de suite si ça marche ou pas, c’est plus simple. Maintenant, l’essor des films de genre, très récent, va peut-être faciliter le financement de films différents, plus visuels, burlesques, oniriques…
Antonin Peretjatko, réalisateur de La pièce rapportée (photo Pascal Bastien).
Justement, le film est bourré de gags, qui sont étirés, développés, très bien construits. Il se passe aussi beaucoup de choses à l’arrière-plan, le spectateur est sans cesse surpris. Comment construisez-vous votre scénario ?
Les grandes lignes sont dans la nouvelle de Noëlle Renaude, « Il faut un héritier ». Après, dans chaque scène, je vais infuser ma manière de voir le monde. C’est difficile de décrire une situation burlesque, il y a donc un gros travail d’écriture pour rendre le scénario fluide à la lecture. Mes idées viennent avec l’histoire, avec les personnages, mais certaines attendaient de trouver leur place. Par exemple, la scène où Anaïs Demoustier est cachée dans une contrebasse est une adaptation d’une nouvelle de Tchekhov, Le roman d’une contrebasse, que j’avais écrite pour un film précédent mais ça ne fonctionnait pas. Ici, elle est devenue un élément central du film puisque c’est à partir de ce moment-là que les personnages vont penser que la reine-mère perd la tête.
Une contrebasse c’est si important ?
Tous les personnages en prennent pour leur grade, tout le monde est plus ou moins menteur et intéressé, est-ce que la morale vous ennuie ?
Dans la vie, non, mais dans le film, je souhaitais qu’ils aient tous plusieurs facettes : ils sont tous sympathiques à un moment, mais ils ont tous au moins un défaut. William Lebghil par exemple, qui joue Jérôme, a vraiment un capital sympathie énorme, mais finalement il est complètement pleutre. Dans la nouvelle, les personnages sont tous un peu idiots et c’est beaucoup plus méchant. Mais j’ai l’impression qu’on a moins besoin d’identification en littérature qu’au cinéma.
Personne ne s’aime vraiment non plus…
Oui, ce sont des amourettes, des rencontres, on aime par opportunité : c’est le propre du vaudeville ! Le spectateur sait qu’il va voir des mensonges, des quiproquos, des sentiments biaisés…
Dans la première scène, on découvre les Châteaux-Tétard en pleine partie de chasse. Elle pose de façon complètement burlesque le thème du film : les rapports de classe. C’est un hommage à La Règle du jeu de Renoir ?
Consciemment pas du tout ! Mais c’est vrai qu’on retrouve la même problématique que dans La pièce rapportée : les relations entre les domestiques et les maîtres.
En trois films, vous avez construit un style très personnel qui pourrait se décrire comme un mélange de nostalgie et de modernité.
C’est exactement ça. J’aime faire des films ludiques, qui n’arrêtent pas de faire des clins d’œil au spectateur. Je m’amuse avec les figures de style du cinéma classique : la fermeture de l’objectif, le flash-back, l’apparition de la star, le happy end… Les couleurs aussi, très nerveuses, évoquent plutôt le cinéma des années 60 aux années 80. Aujourd’hui, l’image à la mode est désaturée, sans contraste. Et en même temps, j’ai rempli mon film d’allusions à l’actualité. Le film a été tourné avant le Covid mais sinon, il y aurait surement eu des références à la distanciation sociale…
Anaïs Demoustier est face à Josiane Balasko.
Vous avez tourné deux films avec Vimala Pons et Vincent Macaigne. Vous les avez abandonnés pour Anaïs Demoustier et Philippe Katerine, pas si éloignés des premiers… Pourquoi ce changement ?
Je ne voulais pas qu’on pense que j’étais abonné à ces acteurs et que plus personne ne veuille tourner avec moi ! Je voulais tourner avec Philippe Katerine depuis longtemps. Il a beaucoup aimé le personnage et notamment cette phrase qui le présente en voix off : « Paul est un bon garçon, sans aucune once de méchanceté ». Face à Josiane Balasko, Anaïs Demoustier apporte un jeu plus sobre, on a beaucoup joué sur ses regards en créant des apartés avec le spectateur, comme au théâtre.
Josiane Balasko est une pièce rapportée dans votre cinéma…
Josiane Balasko ne connaissait pas mes films. Elle n’a pas fait tant de rôles burlesques depuis les Bronzés et elle a pris beaucoup de plaisir à jouer de façon outrée. Elle me disait : « Tu sais depuis les années 30, on ne joue plus comme ça ! Alors tu veux quoi ? Une tranche plus fine ou une tranche plus épaisse ? » Et au montage, on a toujours pris les tranches épaisses, elle y va à fond et ça passe ! Elle a apporté beaucoup à son personnage, qu’elle trouvait un peu trop monolithique. Par exemple, dans le scénario, elle engueulait tout le temps son fils et dans le film, elle lui passe tout. J’aime ces discussions sur les personnages, qui aboutissent à une construction plus claire pour tous, le tournage est d’autant plus efficace.
Le dossier de Rabah, embauché et réembauché pendant 30 ans par Kronenbourg sans jamais obtenir de CDI, était devant le conseil des prud’hommes de Saverne mardi. Son avocate a plaidé une discrimination à l’embauche, tandis que l’avocat de Kronenbourg s’est retranché derrière la « qualification moindre » de l’ouvrier.
« Le problème, c’est que Rabah travaillait chez Kronenbourg depuis les années 80. Des ouvriers qu’il a formés ont été embauchés. Mais ils n’avaient pas les cheveux crépus ou les yeux foncés. » Ces propos sont ceux de Bernard Schwarz, un ancien employé du brasseur alsacien, aujourd’hui retraité. Il était présent mardi devant le conseil des prud’hommes de Saverne pour témoigner en faveur de son ex-collègue, Rabah. En trente ans de carrière chez Kronenbourg, Rabah a signé plus de 160 contrats de mission en intérim et 16 CDD mais jamais de CDI (voir notre article de mars 2021).
Les locaux du conseil des Prud’hommes de Saverne. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
La préfecture du Bas-Rhin, qui se désole de la nouvelle progression de l’épidémie de Covid-19 dans le département, a ordonné le renforcement des règles sanitaires au sein du Marché de Noël de Strasbourg. À partir de vendredi 3 décembre, il faudra un passe sanitaire pour accéder aux places Broglie et Kléber.
Cinquième vague, troisième dose, deuxième série de mesures sanitaires pour le Marché de Noël. Il faut suivre. Dans un communiqué publié mardi soir, la préfète du Bas-Rhin, Josiane Chevalier, a annoncé un renforcement des règles sanitaires afin de contrer la progression de l’épidémie de Covid-19.
Désormais, les tenanciers pourront être verbalisés s’ils laissent les passants déguster leur vin chaud devant leur chalet… Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
Constatant un taux d’incidence qui a presque doublé en une semaine pour atteindre 414 nouveaux cas pour 100 000 habitants dans le Bas-Rhin au 30 novembre et que les fameuses « zones d’alimentation dédiées » ne sont guères utilisées par les amateurs de vin chaud, la préfète a signé un nouvel arrêté qui prendra effet vendredi 3 décembre, à l’ouverture du Marché de Noël :
mise en place du passe sanitaire à l’entrée des places Broglie et Kléber ;augmentation des zones de restauration soumises à passe sanitaire ;renforcement de l’information des visiteurs : affichages plus visibles et messages sonores réguliers ;responsabilisation des commerçants : rappel permanent des règles sanitaires et mise en demeure avant fermeture en cas de non-respect ;intensification des contrôles conjoints des polices municipale et nationale et verbalisations systématiques des contrevenants ;fermeture du Marché de Noël tous les soirs à 20h (au lieu de 22h).
Il faudra attendre quelques jours après vendredi pour savoir si ces mesures auront un quelconque effet sur la propagation de la cinquième vague de Covid-19. En attendant, les centres de vaccination ont réouvert de nouveaux créneaux afin de pouvoir administrer une troisième dose de vaccin…
Les professionnels du secteur médico-social se sont mobilisés dans la matinée du mardi 30 novembre, place de la République, à Strasbourg. Travailleurs sociaux, éducatrices spécialisées et autres professionnels réclament une revalorisation des métiers de l’accompagnement à la personne. Retour en images.
« Ségur imposture », chantent en chœur les manifestants réunis en arc de cercle devant l’entrée de la préfecture, place de la République, à Strasbourg. Plus de 1 000 personnes étaient présentes ce mardi 30 novembre, principalement des employés du secteur médico-social, pour interpeller l’État et l’opinion publique concernant leur situation.
Ils se considèrent comme les « oubliés » du Ségur de la Santé. Selon le statut de leur structure, certains employés du corps médico-social ne bénéficient pas de l’augmentation de 183 euros nets par mois, alors que le secteur et ses bas salaires rencontrent des difficultés pour recruter. C’est également le cas des éducateurs, des professionnels de la protection maternelle et infantile, ou de l’aide sociale à l’enfance. Alors que le gouvernement doit mener des négociations avec « l’ensemble des financeurs », les manifestants réclament une « revalorisation salariale pour tous ».
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Margaux Himber, assistante sociale au centre de Harthouse et Manon Wieser, Ludivine Rochelle, Barbara Bosc, psychologues cliniciennes et du développement : « On travaille dans la fonction publique alors qu’on pourrait toucher plus dans le privé mais on ne nous accorde même pas les 183 euros d’augmentation par mois du Ségur de la Santé ? D’autant plus dans un secteur où l’on a du mal à recruter ». Un manifestant brandit une pancarte devant place de la République, à Strasbourg. Célia Wagner, éducatrice spécialisée en foyer, au sein de l’institut Mertian : « On est là pour la revalorisation du salaire et de l’emploi. Je gagne 1 600 euros par mois sachant que pour arriver à ce montant je dois travailler les dimanche et jours fériés. On peut faire jusqu’à 44 heures en une semaine de travail. On fait un métier très important alors il faut que ça bouge ». Un manifestant brandit une pancarte devant place de la République, à Strasbourg. Pauline Mabru, aide-soignante au centre de Harthouse : « Dans notre cas, on fait partie de la fonction publique et on est même pas concerné par le Ségur de la santé. On fait tous le même travail mais on n’est pas payé pareil. On est ici aujourd’hui pour les 183 euros qu’on n’a pas eus ». Béatrice, aide médico-psychologique (AMP) et Nadia, cuisinière, travaillent toutes les deux au foyer d’accueil médicalisé Pierre Valdo : « Dans le secteur médico-social, tout le monde n’a pas eu les 183 euros du Ségur de la santé et ça créé des inégalités. Je (Béatrice) suis ici pour les non-diplômés qui n’ont pas eu le droit à une revalorisation salariale. Il faut qu’ils en aient une ».
Face au manque de places d’hébergement, des citoyens se mobilisent pour héberger chez eux des personnes en recherche d’un toit. Des associations proposent un cadre légal et un accompagnement, pour faire de cet engagement une rencontre sereine.
« À Strasbourg, on peut mourir de froid dehors ! » s’exclame Julie, bénévole à l’Ouvre-Porte. « C’est dingue », ajoute-t-elle. L’antenne strasbourgeoise de l’association l’Ouvre-Porte est la plus jeune des initiatives d’hébergement solidaire qui existent dans la capitale alsacienne. Elle s’est lancée à la rentrée, et avec JRS Welcome (Jesuit Refugee Service) et la Fédération d’Entraide Protestante, elle propose des dispositifs qui « aident les particuliers à aider » les personnes sans-abri. Elles organisent une soirée dédiée à l’hébergement solidaire et citoyen ce mardi 30 novembre à 19h, pour présenter leur activité et espérer « recruter » des hébergeurs.
Créer une chaîne pour assurer la mise à l’abri
« Notre premier job, c’est de trouver des gens qui veulent bien héberger les personnes sans-abri recommandées par des associations partenaires comme le réseau Respire (Réseau d’accueil psychologique des familles immigrées et réfugiées) ou même l’OFII (Office Français de l’Immigration et l’Intégration) », explique Baptiste, bénévole à l’Ouvre-Porte. Le concept est simple : pour chaque « accueilli », le collectif construit une « boucle » de quatre à cinq accueillants, qui joueront les hôtes à tour de rôle, pendant une à deux semaines. « Jusqu’à ce qu’une solution pérenne soit trouvée », poursuit Baptiste. Cette alternance entre familles peut donc durer plusieurs mois, surtout s’il s’agit d’une personne en attente de titre de séjour.
Suzon, Anaëlle et leurs colocs accueillent Ali de manière informelle avant qu’il rejoigne une boucle de l’Ouvre-Porte Photo : DL / Rue89 Strasbourg
Justement, le pôle juridique du collectif l’Ouvre-Porte Strasbourg (qui va devenir une association) assure le suivi de la personne, se met en contact avec un avocat et fait le lien avec des structures comme la Cimade, Casas etc. Le collectif a commencé de manière informelle, avant même de constituer des boucles, grâce à la solidarité de celles et ceux qui allaient devenir bénévoles. « Le premier demandeur d’asile dont on s’est occupé au printemps avait été assigné à résidence et faisait l’objet d’un arrêté de transfert qu’il fallait contester tout de suite », se souvient Julie.
Puis, il y a eu Ikram au début de l’été, jeune afghan qui est aujourd’hui dans la première boucle constituée par l’Ouvre-Porte. Une deuxième boucle est bientôt finalisée, pour accueillir un deuxième afghan, Ali, qui a atterri à Strasbourg après être passé par Poitiers et par la Suède. Les bénévoles qui allaient créer l’Ouvre-Porte ont entendu parler de lui cet été à la suite d’un appel sur Facebook.
Offrir un toit, une aide et… une vie sociale
Pour le moment, Ali est hébergé par Julie et ses colocataires Marie, Suzon et Anaëlle, qui constituent une « coloc d’urgence » en attendant qu’il entre dans le dispositif. Ces dernières sont étudiantes en didactique visuelle à la Haute école des Arts du Rhin (Hear) et n’ont pas hésité à dire oui quand la situation d’Ali s’est présentée :
« On est habituées à héberger des gens, on a fait beaucoup de couchsurfing (de l’hébergement gratuit, NDLR), on dépanne. »
Elles sont contentes de pouvoir proposer un « espace semi-privé »à leur invité, ayant séparé leur salon en deux avec un rideau. Ali dort sur un matelas deux places, il a son petit espace dans la salle de bain et il y a toujours à manger pour lui dans la cuisine, puisqu’ici, « tout le monde cuisine toujours pour tout le monde ». Les étudiantes l’ont accueilli « comme un 5e coloc ». Le week-end, ils font le ménage ensemble et essaient de partager des loisirs. Ali a même découvert le cinéma français en allant voir Illusions perdues. « C’était pas facile », sourit-il au sujet de cette adaptation du roman d’Honoré de Balzac dans le Paris du XIXe siècle.
Les étudiantes en didactique visuelle sont habituées à héberger des gens dans le besoin (Photo DL / Rue89 Strasbourg).
Ali passe tout le mois de novembre dans cette colocation à l’Esplanade, puis entrera dans la boucle. Même s’il espère, bientôt, « avoir son propre chez lui », parce qu’il a « peur de déranger, surtout le matin dans la salle de bain », avant de partir au travail. Il a trouvé un emploi dans une entreprise de réparation d’électroménager. En passe d’obtenir son titre de séjour, il a visité les colocations Caracol, des colocations solidaires qui ne prennent que des personnes dont la situation est régularisée. Anaëlle l’avait accompagné. Ça allait de soi. Et Ali leur en est reconnaissant :
« Elles sont très gentilles, elles m’ont beaucoup aidé, à faire des mails, à remplir des papiers… »
Les jeunes filles lui ont aussi montré comment obtenir sa carte d’abonnement CTS et remplir des papiers pour l’entreprise d’intérim. « On peut le faire parce qu’on est quatre », explique Suzon. « Forcément, l’une d’entre nous aura le temps de lui filer un coup de main ».
En cas de question, elles peuvent se tourner vers l’Ouvre-Porte. « On a d’ailleurs établi un document pour expliquer le cadre juridique, bien faire comprendre que les hébergeurs ne risquent rien », explique Julie. Elle ajoute que l’équipe rencontre chaque famille d’accueil et qu’une convention est signée entre accueillants et accueillis. À part ça, il n’y a pas de critère : tout le monde peut accueillir, « à condition de ne rien attendre en retour », précise Baptiste. Les accueillis sont généralement des personnes seules, françaises ou étrangères.
La maire écologiste Jeanne Barseghian acte la prise de distance progressive des Socialistes en retirant à leur seule adjointe, Céline Geissmann, ses délégations. Par ailleurs, deux élues écologistes démissionnent, ce qui entraîne l’arrivée de deux colistiers et une petite redistribution des responsabilités.
Après 18 mois de mélodrame entre élus socialistes et écologistes, la maire Jeanne Barseghian (EELV) a finalement retiré à Céline Geissmann, sa seule adjointe socialiste, sa délégation à la « ville numérique et innovante ». L’élue de 29 ans s’était aussi vu confier des missions autour de la « citoyenneté européenne ».
Arrivés troisième en juin 2020, les sept élus socialistes comptaient jusqu’à ce lundi 29 novembre, une adjointe, un élu de quartier et un président d’une société publique. Mais ils ne veulent plus être assimilés aux écologistes de Strasbourg. Depuis le début du mandat, la grande majorité de leurs interventions critiquent leurs anciens alliés écologistes. À la rentrée 2021, ils avaient tenu une conférence de presse pour signifier officiellement qu’ils n’étaient « ni dans la majorité, ni dans l’opposition ». Même s’ils se disent prêts à participer à la majorité « au coup par coup », le ton employé, voire les attaques personnelles, ne correspondent pas vraiment à celles « d’alliés ».
Cette posture n’était pas celle des écologistes, quand ils étaient un petit groupe d’élus associés aux Socialistes entre 2008 et 2020. Quelques propositions du PS ont certes été reprises récemment (l’ajustement d’une aide à l’achat d’un vélo, une dérogation à la Zone à faibles émissions pour les automobilistes occasionnels), mais sur le fond, aucune méthode de travail en commun n’a été trouvée. Et les vielles rancœurs empêchent d’avancer.
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Fin mars 2020, la société d’investissement lyonnaise AMDG a acheté six immeubles strasbourgeois pour plus de 10 millions d’euros. Entre pression financière et psychologique, les locataires subissent la stratégie immobilière de l’investisseur et d’autres marchands de biens locaux.
« J’ai 77 ans. J’habite ici depuis trente ans et j’ai bien l’impression qu’ils vont me faire partir. » Dans son appartement situé boulevard d’Anvers, Claudine (le prénom a été modifié) voit l’avenir avec inquiétude. Le 16 avril 2021, la Strasbourgeoise et ses voisins ont reçu un courrier d’un notaire strasbourgeois. La lettre indique que le nouveau propriétaire de l’immeuble est une société, Appart Invest 3 Anvers. Cette filiale du gestionnaire financier lyonnais AMDG est spécialisée dans la revente à la découpe, une stratégie classique pour optimiser un investissement immobilier qui consiste à diviser des lots pour ensuite revendre des appartements plus petits.
Entrée de l’immeuble acheté par la société d’investissement AMDG. Les mansardes pourraient être exploitées pour proposer des studios.
« Je ne pourrai jamais racheter mon appartement »
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Après avoir tenté de les dissimuler pendant plusieurs années, Nestlé s’est décidé à nettoyer ses décharges illégales dans les Vosges. Les premières évaluations par les services préfectoraux donnent une idée de l’étendue des dégâts.
L’équivalent de cent piscines olympiques remplies de déchets. Soit 345 000 m3 d’ordures. Voilà ce que les usines d’embouteillage appartenant aujourd’hui à Nestlé ont enterré, souvent en toute illégalité, dans les souterrains vosgiens au fil des décennies, à en croire les chiffres avancés par la préfecture des Vosges.
Des restes encombrants de la success story du plastique, démarrée en grande pompe en 1968. Cette année-là, Vittel surprend la France en lançant la première bouteille d’eau en PVC, et non plus en verre. Un an plus tard, Nestlé entre à hauteur de 30 % dans le capital de la Société des eaux minérales de Vittel (SEV).
Cinquante ans plus tard, le PET, plus léger, a remplacé le PVC sur les lignes de production, et la multinationale de l’agroalimentaire Nestlé a pris le contrôle de la SEV. Héritant au passage des rebuts du passé.
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Paye ton Noël, le festival de la déconne, des cadeaux et des lutins, s’installe en trois lieux de Strasbourg lors des trois premiers week-ends de décembre. Revue de détail, forcément parcellaire, d’un programme barbu.
Pandémie ou pas, il y aura des démonstrations physiques de talent brut à Paye ton Noël cette année. Le festival qui allie théâtre, jeux, concerts et vin chaud piloté par l’association Pelpass reprend la forme maximale qu’il avait atteinte en 2019, soit trois week-ends répartis sur trois lieux : du 3 au 5 décembre place de Zurich, du 10 au 12 décembre place de Zurich et du 16 au 18 décembre au Molodoï. En outre, une soirée de courts-métrages d’amateurs est programmée mardi 14 décembre au Star Saint-Exupéry (voir ci-contre). Une trentaine d’artistes et groupes sont à l’affiche au cours de ces trois week-ends.
Directeur artistique de Pelpass, Jérémie Fallecker détaille les ambitions de cette 15e édition :
« C’est une édition compliquée pour nous parce qu’en raison du Pelpass festival en septembre, toute la préparation de cette édition de Paye ton Noël a été décalée. On a eu les réponses très tard pour les occupations des places, et on doit faire face à de nouvelles contraintes au Molodoï mais on voulait quand même être présents, avec tous les artistes qu’on aime et qu’on suit. »
Spectralex les yeux fermés place Grimmeissen
Pour la programmation, Jérémie Fallecker puise dans ses découvertes ainsi que dans celles des bénévoles de l’association, une partie de la programmation profite du passage près de Strasbourg de certains artistes en tournée. Et puis il y a les « stars », ceux que Pelpass suit depuis des années et dont les spectacles sont programmés avant même d’avoir été vus. C’est le cas d’Arnaud Aymar, alias Spectralex, qui est programmé trois fois les 4 et 5 décembre sous un chapiteau installé place Grimmeisen, comme l’explique Jérémie Fallecker :
« Le dimanche, Arnaud Aymar propose une version courte, deux heures, de Canoan contre le roi Vomiir, un spectacle prévu pour être découpé en épisodes et d’une durée totale de 8 heures… Il y a 200 rôles et Arnaud les interprète tous. On adore, c’est génial, on programme les yeux fermés. »
Extrait de Conoan contre le roi Vomiir
Également au programme de ce week-end, la Compagnie qui perd ses clés avec un théâtre d’objets choupis-compatible et Le Thyase avec Leçon impertinente #2, un programme plus engagé sur les rapports amoureux à l’heure de l’omniprésence du numérique. Côté concerts, notons les passages des groupes strasbourgeois Seamer et Two Magnets.
Jeux débiles place de Zurich
Place de Zurich, Pelpass déploie plusieurs structures afin d’édifier un « mini-village » de Noël. Dans l’une d’elles, une scène accueillera des compagnies bien barrées les vendredi et samedi, comme par exemple la Compagnie Bruital qui propose un western entièrement mimé et sonorisé par un bruiteur (samedi à 18h45). Le dimanche après-midi, les spectacles prévus sont « tous publics », afin d’accueillir les enfants pendant que leurs parents découvrent les nouvelles saveurs du vin chaud. C’est Noël pour tout le monde après tout.
Raconter Hamlet aux enfants ? Les Batteurs de pavés relèvent le défi ! Photo : Renaud Berger
Quand les enfants seront enfin couchés, les musiciens prendront la place des comédiens, avec notamment la « poésie noire post-punk » de Contremeute le vendredi et la « poésie électronique et organique » de Komorebi le samedi. C’est Paye ton Noël, mais paye ton poète aussi apparemment…
À noter pour la session place de Zurich, la présence d’un ensemble de petits ateliers, sans inscription préalable. Il s’agira de créer des objets de Noël ou des bijoux à partir de matériaux de récupération. Une bonne part de ces ateliers sont proposés par l’association d’économie circulaire Creative Vintage, d’autres directement par les bénévoles de Pelpass. Présent également, Depictor le système de photomaton dessiné…
Il y aura aussi les jeux Pelpass dont le mythique « jeu des caisses », lors duquel il s’agit de tenir le plus longtemps possible sur des caisses de bières plus ou moins bien empilées… Risqué mais c’est tellement Noël !
Les strasbourgeois de Another Five Minutes Photo : doc remis
Avalanche de concerts au Molodoï
Point d’orgue du festival, la session au Molodoï du jeudi 16 au samedi 18 décembre ne pourra pas occuper la rue du Ban-de-la-Roche comme c’était l’usage, en raison d’un changement dans les sens de circulation dans le quartier Laiterie qui rend toute déviation impossible. Dommage mais l’association Pelpass prévoit tout de même d’installer des stands et une buvette sur le parking en face.
Les soirées sont payantes (8€) et il n’y a plus que des concerts au Molodoï, répartis en trois thématiques : rock jeudi avec notamment The K. et Johnny Mafia, hip hop vendredi, avec notamment le rap nerveux de Jewel Usain, et l’afro-électro pour faire la fête samedi soir. Deux créations sont au programme, les rencontres de Another Five Minutes (de Strasbourg) avec Black Peppers (Langres) jeudi soir et de NCY Milky Band (Nancy) avec de Flupke (de Strasbourg) samedi soir. À noter, si vous venez au Molodoï avec un cadeau emballé, vous repartez avec un cadeau !
Fin novembre 2020, les hooligans provoquaient une bagarre en pleine manifestation à Strasbourg. Un an plus tard, le groupuscule néonazi continue d’agir, sans se cacher, en toute impunité.
Le sentiment d’impunité chez les hooligans strasbourgeois semble atteindre son paroxysme récemment. Fin octobre, une quarantaine d’entre eux ont fait le déplacement à Rennes, en marge d’un match du Racing Club de Strasbourg. Sur un réseau social spécialisé dans le hooliganisme, ils publient une photo de leur groupuscule, sur laquelle plusieurs membres font le salut nazi.
Photo de Strasbourg Offender, lors d’un déplacement à Rennes fin octobre.
Dimanche 14 novembre, des membres de Strasbourg Offender ont fait le déplacement à Metz, en raison d’un match de coupe de France. L’AS Nancy jouait contre un club amateur de Metz. Les Offender entretiennent une forme d’ »amitié » avec leurs homologues de Nancy, les Brizak, rivaux de ceux du FC Metz. Dans la ville de Moselle, les hooligans strasbourgeois ont collé des stickers d’Anne Franck vêtue d’un maillot du club de foot messin. Selon nos informations, un supporter de Metz a été agressé à cette occasion.
Le 29 novembre 2020, une dizaine de hooligans avaient provoqué une bagarre avec des militants antifascistes lors d’une manifestation contre la loi « sécurité globale ». L’affrontement dure quelques minutes, sur le quai des Pêcheurs. Les membres de Strasbourg Offender prennent la fuite. Malgré la foule hostile, ils parviennent à s’extirper du cortège. C’est l’une des forces du groupuscule néonazi : ils s’en sortent toujours, sans trop de dommage physique, et surtout sans poursuite.
Un an plus tard, le parquet de Strasbourg reste toujours aussi silencieux sur cette affaire. La garde à vue de trois membres de Strasbourg Offender le 4 décembre 2020 n’a pas été suivie de poursuites. Interrogée six mois après ces interpellations, une source proche du dossier ne semblait pas surpris de cette impunité : « Si personne n’a balancé en garde à vue, l’enquête peut simplement continuer pour trouver les autres participants… » Une autre source policière estimait que le dossier lié à la bagarre du 29 novembre 2020 était mince : l’unique plaignant a finalement retiré sa plainte, par peur de représailles…
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Désemparés face à la situation d’élèves sans abri, des enseignants de plusieurs écoles de Strasbourg se mobilisent. Ils veulent alerter les pouvoirs publics pour mettre fin à ces situations de grande précarité dans leurs classes.
Il est 18 heures jeudi soir à l’école élémentaire Langevin de Cronenbourg. La sonnerie vient de retentir, les derniers élèves sortent rejoindre leurs parents en courant, la nuit est tombée, et la température frôle les 2°C. Dans la salle des maîtres au premier étage, une quinzaine d’enseignants, de parents d’élèves et de membres d’associations se retrouvent. Leur but : s’organiser pour que plus aucun élève n’ait à passer une nuit dehors.
Une élève « dort dans les halls d’immeuble depuis octobre »
À l’origine de cette réunion, un constat commun : certains élèves scolarisés, de la maternelle au collège, dorment dans la rue. « J’ai retrouvé une jeune fille de ma classe sous la verrière de la gare avec sa famille, un vendredi soir » commence Anne-Claire, professeure au collège Stockfeld du Neuhof. « Elle dort dans des halls d’immeubles, chez des particuliers ou sous la tente depuis octobre, car le 115 ne répond pas ». Toutes acquiescent : elles ont déjà entendu parler d’une situation similaire. « C’est une situation de non assistance à personne en danger » insiste Yaël, enseignante à l’école élémentaire Langevin.
Dans cet établissement, le vendredi 19 novembre, l’équipe éducative s’est mobilisée pour trouver un hébergement d’urgence à une autre de leurs élèves. « On a obtenu la mise à l’abri d’une famille jusqu’à fin mars, en mettant la pression aux élus », raconte Chantal, directrice de l’école Langevin. « On a demandé à la Ville si on pouvait ouvrir l’école, si l’État ne leur proposait pas de solution ». Et le coup de pression a fonctionné. Yaël confirme : « Quand on alerte et qu’on adopte une posture collective, on arrive à faire bouger les choses ».
Message partagé sur facebook vendredi 19 novembre par Yaël, appelant à la mobilisation pour soutenir une famille d’élève à la rue. Photo : capture d’écran
Cette posture collective, toutes semblent déterminées à la tenir. Sous les lumières jaunes de la salle des maîtres, la parole est prise à tour de rôle. Les idées sont notées scrupuleusement pour alimenter un compte-rendu qui sera diffusé plus largement. Le collectif a invité Christelle Wieder, adjointe à la maire et élue référente du quartier Cronenbourg, Jonathan Herry, élu référent du quartier Neuhof-Sud, et Hülliya Turan, adjointe en charge de l’éducation et de l’enfance. Seule la dernière se présente en cours de soirée.
« Je ne veux plus me sentir seule ou démunie », explique Anne-Claire. Yaël réagit : « Quand on a proposé d’ouvrir l’école, je me suis sentie isolée ». Isolée vis-à-vis des institutions, qui ne s’intéressent pas à la situation. Sophie, présidente de l’association des parents d’élèves indépendants des Romains, à Koenigshoffen, ajoute que « des directeurs d’établissements ne sont pas au courant ».
« La majorité des enseignants ne savent pas ce qu’il se passe : si les parents ne parlent pas, tu ne le sais pas » explique Catherine, professeure à l’école maternelle Langevin. Les travailleurs sociaux qui accompagnent les familles sont tenus de ne pas révéler l’identité des personnes qu’ils suivent aux enseignants. Les enseignants peuvent repérer les situations les plus difficiles, lorsque les enfants ou leurs parents les confient à leurs professeurs, et c’est tout.
Pousser les responsables institutionnels à l’action
« Il faut interpeller tout le monde, mairie et préfecture, peu importe leurs compétences, car nos élèves dorment dehors, » estime Chantal, directrice de l’école élémentaire Langevin. « J’en ai marre de voir tout le monde se renvoyer la balle, la mairie aussi doit prendre ses responsabilités » insiste Marie-Jeanne de l’association de parents, l’APESte. « On n’a qu’à leur dire qu’avec l’hiver qui est là, il pourrait y avoir un drame, » poursuit-elle, déterminée.
La sonnette du portail retentit : Hülliya Turan s’installe et est invitée à se présenter. « Je suis là en tant qu’élue, mais aussi en tant que citoyenne : la situation est inacceptable et je peux vous aider à la faire connaître dans le débat public, » commence l’adjointe communiste à la maire. Selon elle, il y a plusieurs institutions à qui le collectif peut demander d’agir : « La mairie pour les questions d’éducation, la préfecture pour l’hébergement d’urgence, et la Collectivité européenne d’Alsace pour l’aide sociale à l’enfance, » explique-t-elle.
L’aide sociale à l’enfance est une prérogative départementale à laquelle a droit toute personne résidant en France, quelle que soit sa nationalité. Elle prend en charge non seulement des mineurs, mais également des femmes enceintes ou isolées avec un enfant de moins de trois ans. Le risque d’interpeller l’ASE, « c’est que les enfants soient placés et que les parents restent dehors » craint Magali. Sabine intervient : « Nous avons déjà essayé de faire appel à eux et ils ne nous ont jamais répondu ».
« On parle des enfants scolarisés à la rue, mais il y a aussi des enfants à la rue qui ne sont même pas scolarisés » pointe Catherine. « L’inscription à l’école et à la cantine, ça dépend uniquement de la mairie », appuie-t-elle devant l’adjointe à la maire. Hülliya Turan répond que tant que les familles n’entament pas les démarches pour scolariser les enfants ou les inscrire à la cantine, rien ne se passe. « Ça peut être compliqué, la démarche est dématérialisée, il faut beaucoup de documents… » poursuit Chantal. « Ça peut prendre des mois ». L’assemblée acquiesce. Hülliya Turan invite à faire part de cette problématique par écrit aux services de la Ville, pour qu’elle puisse l’appuyer.
Plusieurs enseignantes et enseignants n’ont pas souhaité être pris en photo. Photo : CB / Rue89 Strasbourg
Mettre à l’abri les familles sans les instrumentaliser
L’hébergement d’urgence, c’est la préfecture qui est légalement obligée de l’assurer inconditionnellement. Mais c’est la préfecture également qui est responsable des procédures liées à la demande d’asile. « Certaines familles concernées sont en fin de droit, » explique Sabine. C’est-à-dire que leur demande a été refusée, mais qu’elles n’ont pas reçu d’obligation de quitter le territoire. La crainte, c’est qu’en demandant à ces familles de prendre part à une action du collectif, elles risquent l’expulsion.
Marie-Jeanne réagit : « Il faut que ce soit anonyme. On a pas besoin de dire de quelle famille il s’agit, ni de quelle école sont issus les enfants » propose-t-elle. Autour des tables, tout le monde approuve. « Il faut veiller à ne pas les instrumentaliser », poursuit Sabine. Le collectif veut s’assurer de ne pas mettre une pression supplémentaire à des familles déjà précaires. « Ça me semble difficile de décider sans avoir l’avis des premiers concernés » regrette Magali.
Au milieu des hésitations, une idée forte revient tout au long de la soirée : occuper une école si des places d’hébergement d’urgence ne sont pas débloquées, comme l’a fait l’école Langevin. Marion, professeure des écoles dans Réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED), se rappelle la mobilisation des professeurs à Lezay Marnezia, à la Meinau en 2019 : « lls ont dormi dans des tentes, et ça a fait bouger les choses » se souvient-elle. Mais là encore, leur crainte est que cela ne change rien.
« Il ne faut pas proposer à une famille d’occuper l’école avec elle si c’est pour la remettre à la rue le lundi », prévient cependant Yaël. Les voix se mélangent : comment s’assurer que les actions du collectif seront efficaces, et permettront aux familles d’être à l’abri ? Les avis divergent. Magali propose d’organiser une collecte d’habits et de produits de première nécessité avec tous les parents, mais Chantal rétorque : « Je ne veux pas faire vestiaire, je veux que les enfants soient au chaud ».
Hülliya Turan (au centre) se joint à la réunion en cours, et partage avec les participantes des pistes de réflexion et d’action possible (photo CB / Rue89 Strasbourg).
Difficile d’estimer le nombre d’enfants à la rue
De combien d’enfants parle-t-on ? « J’ai demandé aux services de la Ville combien d’enfants étaient à la rue, voire non scolarisés, ils n’ont pas pu me répondre », explique Hülliya Turan, « mais ça doit être environ 50 ». Un aveu qui surprend les participantes. « Ce n’est pas normal de ne pas savoir » murmure l’une d’elle. Dans une interview à Rue89 Strasbourg, deux élues en charge de cette problématique, Suzanne Brolly et Floriane Varieras, indiquaient le chiffre de 45 enfants, lors de la semaine du 1er au 7 novembre.
Anne-Claire conclut : « Certains parlent facilement du fait qu’ils sont sans abri, mais j’imagine que d’autres ont peur, ou honte ». Il est 20 heures passées, certaines participantes sont à l’école depuis 8 heures du matin et fatiguent dans la salle mal chauffée. Il est temps de se répartir les responsabilités. Une action « coup de poing » est notamment envisagée. Les participantes devront trouver du temps dans l’espoir de mobiliser les structures prévues par la loi. Et pendant ce temps, des enfants continuent de dormir dehors à Strasbourg.
Depuis le 30 septembre 2008, les États membres de l’Union Européenne ont l’obligation de publier la liste des bénéficiaires des subventions de la Politique agricole commune. Entre 2019 et 2020, les plus gros montants reviennent aux exploitations viticoles, aux professionnels et aux négociants du vin, qui fonctionnent avec un régime d’aide spécifique. Les subventions aux autres exploitations alsaciennes ont baissé, en raison du nivellement des aides.
Le Parlement européen a donné son feu vert, mardi 23 novembre, à la nouvelle Politique agricole commune, qui s’appliquera aux 27 États membres à partir de janvier 2023. Ces aides à l’agriculture représentent 40% du budget européen, et apportent chaque année environ 9 milliards d’euros aux agriculteurs français. Avec ses deux piliers et sa vingtaine de « mesures » (différents types d’aides), ses contours forgent les grandes orientations économiques du secteur, toujours confronté à la mondialisation et aux bas prix du marché.
Cette nouvelle PAC remplacera l’actuelle, en vigueur depuis 2014 jusqu’à fin 2022. Elle fonctionnera toujours selon le même principe des deux « piliers ». Le premier rassemble différentes aides directes aux agriculteurs, majoritairement distribuées en fonction de la taille des exploitations : on parle alors d’ »aides découplées à l’hectare ». Le deuxième sert au développement rural, et se décline en plusieurs mesures, dont les aides écologiques (mesures agroenvironnementales et climatiques ou MAEC, aides à l’agriculture biologique), des aides spécifiques selon les secteurs ou encore des aides à l’investissement physique (pour des machines, des bâtiments…).
Sur la plateforme TéléPAC, il est possible de consulter la liste des bénéficiaires de la PAC pour la période allant du 16 octobre 2019 au 15 octobre 2020, détaillée par types d’aides. Une analyse de cette liste permet de comprendre les principales orientations de budget.
La part belle aux viticulteurs
Parmi les 20 principaux bénéficiaires alsaciens, six sont des exploitations viticoles, des professionnels et des négociants du vin. Cette surreprésentation de la filière viticole s'explique par le fait que les viticulteurs, qui ne faisaient pas partie de la PAC avant la réforme de 2014, ont tout de suite négocié une aide spécifique. Celle-ci visait à se détacher de l'aide à la surface (appelée "aides découplées à l'hectare" ou "DPB"), dont le total est calculé en fonction d'un montant attribué à chaque hectare d'exploitation.
"Ne pas fonctionner à l’hectare était une demande de la profession viticole, car les besoins sont différents en fonction des régions. Avoir un hectare en Champagne ou dans une autre région, cela n'implique pas les mêmes investissements. En Alsace, les besoins sont plus tournés vers l'achat de matériel, tandis que la Champagne a besoin de replanter des vignes. Donc c'était une manière de rendre l'aide plus adaptée aux besoins des professionnels".
Les aides à la viticulture sont intégralement regroupées sur TéléPAC sous un même intitulé : "soutien au secteur vitivinicole". Elles échappent donc aux aides conditionnées aux surfaces (qui sont particulièrement faibles pour les viticultures, une exploitation viticole occupe en moyenne 10,5 hectares). Cette distribution est assurée par France Agrimer (Établissement national des produits de l'agriculture et de la mer), et se décline en plusieurs mesures, telles que l'investissement, la promotion ou la restructuration.
Selon le directeur de l'AVA, une grande partie de ces aides est consacrée à des campagnes de publicités collectives pour les vins d'Alsace. Le Comité interprofessionnel des vins d'Alsace (Civa) occupe ainsi la sixième place du classement, avec 475 729 euros d'aides allouées. Les Grands Chais de France, premier vinificateur français, occupe la première place avec 898 893 euros. Aucun des deux n'a répondu à nos demandes sur le détail de l'utilisation de ces aides.
Les hectares toujours plus largement rémunérateurs
Pour les autres exploitations, l'aide à l'hectare constitue une grande partie des montants versés : un tiers des aides totales pour l'Alsace pour la seule "aide de base découplée à la surface" (DPB). Il existe deux autres principaux paiements à l'hectare : la surprime aux 53 premiers hectares ("soutien supplémentaire aux premiers hectares") et le paiement vert, conditionné à trois critères de "verdissement". Néanmoins pour les exploitations en bio, l'aide à l'agriculture biologique peut représenter des montants plus importants. Il convient d'inclure les "mesures agroenvironnement - climat" (MAEC) proposant des aides à la conversion à l'agriculture biologique et aux pratiques vertueuses pour l'environnement.
Ce système de paiements directs à la surface est critiqué, comme l'explique Matthieu Courgeau de la plateforme "Pour une autre PAC" :
"Depuis la réforme des années 2000, l’enveloppe est largement distribuée selon les hectares de chaque ferme. Plus vous êtes gros, plus vous touchez d'aide. Cette logique appelle les fermes à se concentrer, avec de moins en moins d'agriculteurs individuels."
En 2014, "la convergence" : une nouvelle réforme qui pénalise l'Alsace
Pour rétablir une forme d'égalité par rapport aux régions moins productives, la réforme de la PAC appliquée depuis 2014, avait donc mis en place une aide minimum, qui était de 196 euros par hectare et par an, toutes cultures confondues. Comme l'expliquait Rue89 Strasbourg au début de cette réforme, l'Alsace risquait alors de perdre au change.
En effet, pendant des années, la région assurait des prix élevés à l'hectare (en moyenne 330 euros / hectare à l'époque), grâce à une haute productivité sur de petites surfaces (33 ha en moyenne, 37 dans le Bas-Rhin, 29 pour le Haut-Rhin, contre 65 au niveau national). Mais avec la réforme de 2014, tous les prix ont été nivelés à un minimum de 196 euros / hectare. L'idée : réduire les inégalités entre petites et grandes exploitations. Les exploitations alsaciennes ont donc vu légèrement diminuer leur prix à l'hectare, afin de "participer" à cette solidarité européenne, appelée à l'époque "convergence".
Du fait de cette convergence, Yohann Lecoustey, directeur de la FDSEA 67, qualifie la réforme de 2014-2022 de "douloureuse" pour l'agriculture alsacienne :
"Il y a eu plus de 10 millions d'euros perdus en Alsace sur les six ans écoulés, certains agriculteurs ont perdu plus d'un tiers de leurs aides."
Un privilège relatif pour les grandes surfaces
Yohann Lecoustey détaille :
"Lorsque l'on revient aux fondements de la PAC, toutes les aides étaient couplées à la production. La stratégie des petites surfaces, nombreuses en Alsace, a été de créer des cultures à forte valeur ajoutée sur les exploitations, donc intensives et fortes en main d’œuvre. La valeur finale des aides, calculées à l'hectare, était cohérente : 330 euros en moyenne. Quand le système de découplage a été instauré en 2000, les subventions à l'exploitation (élevées) ont été divisées par le nombre d'hectares (faible). Donc les aides restaient relativement élevées. Avec la convergence, on a considéré que cela n'était pas normal de toucher des aides différentes à l'hectare, donc on a rapproché tout le monde d'une moyenne nationale. C’est peut être une mesure d’égalité, mais nous avec 33 hectares en moyenne dans la région, nous avons été les grands perdants de cette réforme."
Denis Scharrenberger, gérant du GAEC éponyme qui occupe pourtant la 12e place de la liste des bénéficiaires en termes d'aides allouées, fustige une aide "en baisse continue" depuis la convergence :
"L’année dernière nous avons reçu 80 000 euros, cette année nous ne sommes même pas à 50 000 euros d'aides. En conséquence, nous avons dû contracter un prêt pour nous en sortir."
Les aides à l'hectare ont été revu, ce qui a un peu pénalisé les agriculteurs alsaciens lors de la précédente PAC. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc
Les éleveurs "pas trop" pénalisés
La convergence des paiements à l'hectare n'a pas particulièrement affecté les aides des éleveurs de bovins, d'agneaux, de vaches allaitantes et vaches laitières, interrogés par Rue89 Strasbourg. Jean-François Huckert, en 20e place du classement global, explique qu'il n'a "pas trop été pénalisé" avec des surfaces plutôt grandes, mais peu productives (majoritairement des prés pour nourrir le bétail). "Avec une exploitation de montagne, mes aides à la surface ont toujours été peu élevées". Même constat pour Sébastien Better, qui possède 200 hectares, dont les trois quarts sont des prés pour ses vaches.
Les éleveurs – toutes catégories confondues – sont au nombre de six parmi les vingt premiers du classement. Leurs aides enregistrent un bond grâce au soutien à des investissements physiques, qui vont de 28 000 à 91 000 euros.
Un montant d'aides "exceptionnel" de 28 293 euros a permis à Jean-François Huckert la construction d'un bâtiment de 600 m² pour stocker du foin. En dehors de cet important investissement, son GAEC situé à Grendelbruch près de Schirmeck, reçoit normalement "aux alentours de 115 000 euros" d'aides pour son élevage de 200 hectares.
Le bio a perdu une aide
Il souligne en revanche un changement pour son élevage : la suppression de l'aide au maintien de l'agriculture biologique par le gouvernement, intervenue en 2018, pour privilégier les prix du marché plutôt qu'un soutien de l'État. Cette aide prenait le relais après les 5 ans d'aide à la conversion vers l'agriculture biologique. Cela signifie concrètement qu'après 5 ans, les agriculteurs qui se sont convertis au bio ne reçoivent plus d'aide.
Certaines régions, comme la Normandie ou les Pays de la Loire, avaient décidé de combler ce manque à gagner par des aides spécifiques. La filière bio du Grand Est avait tout de même réussi à négocier un délai de 4 ans supplémentaire, qui a pris fin en 2020. Matthieu Strohm, qui est deuxième du classement pour les aides à l'agriculture biologique et 15e du classement alsacien, regrette la disparition de cette aide :
"J'ai perdu 25 000 euros d'aide sur mes parcelles converties. C’est dommage de supprimer l'aide au maintien car si rien n’est remis en place, des agriculteurs vont repartir en conventionnel."
Pour la PAC "verte", des ambitions à la baisse
La nouvelle PAC est censée renforcer la politique de transition des agriculteurs en bio. Elle promettait pour cela un nouveau système d'écorégime : un paiement à l'hectare qui remplace le paiement vert de l'ancienne PAC (qui était aussi un paiement à l'hectare), conditionné à trois critères. Ceux-ci concernaient la diversité des cultures, la conservation des prairies permanentes et la présence de 5% de "surfaces d'intérêt écologique" (arbres, haies...). Ce système avait failli à sa tâche, n'entraînant des changements de pratique que sur 5% des terres agricoles de l'UE.
Selon Laurent Cousin, président du groupement régional Bio Grand-Est, cet écorégime reproduit les erreurs du passé :
"C'est un régime qui se veut très inclusif. Pour accéder au premier palier, il suffit que les achats d'intrants chimiques soient inférieurs à 30% du chiffre d'affaires. Sauf que dans la majorité des terres, les taux d'intrants sont déjà inférieurs à cela, notamment sur les terres viticoles (autour de 14% du chiffre d'affaires en moyenne, selon une note confidentielle de l'Office français de la biodiversité consultée par Le Monde, NDLR). Le ministre avait annoncé que 80% des agriculteurs, sans changer leurs pratiques actuelles, pourront y avoir droit."
Plus préoccupant encore pour la filière bio, la certification HVE (Haute Valeur Environnementale), instaurée en France en 2011, devient un critère d'éligibilité pour l'écorégime de la nouvelle PAC, au même titre que le label AB (Agriculture biologique). Pour Laurent Cousin, la certification HVE pourrait donc s'imposer comme une forme de "label alternatif" au label AB. Un risque vis-à-vis du consommateur selon le président du groupement régional Bio Grand-Est :
"Dans la version française du plan stratégique, le certificat HVE permet d'avoir la même aide que le label AB. Pourtant, pour obtenir le certificat HVE, les exigences sont bien plus abordables, avec simplement des changements de pratiques qui continuent d’utiliser la chimie, comme les cultures intermédiaires, les techniques sans labour, ou l'agriculture de conservation."
Toujours selon Le Monde, en juin 2021, l'Office français de la biodiversité appelait le ministère de l'Agriculture à revoir "en profondeur" le cahier des charges de cette certification, qui pourrait être trompeuse pour le consommateur. Et peu encourageante des pratiques "vraiment vertueuses" souhaitées par la nouvelle PAC.
Dans le quartier du Neuhof, des locataires d’Ophéa sont concernés par la rénovation urbaine. Relogements qui traînent ou carrément insalubres, deux familles à bout ont alerté la rédaction.
Depuis septembre Aysel A. est locataire de deux appartements du parc social au Neuhof. Sur le papier en tout cas, et pour Ophéa – son bailleur social –, qui lui réclame deux loyers. Dans les faits, aucun des deux n’est adapté. Depuis 4 ans, elle a tout tenté pour quitter son trois pièces, situé au 4e étage sans ascenseur. Mais impossible pour autant de s’installer avec sa famille dans le nouveau T5 qu’on lui a proposé, et pour lequel elle a signé un bail le 22 septembre.
Avec une mère immobilisée et un mari malade qui vient de subir une greffe de rein, elle est pourtant soulagée lorsqu’en juin, Ophéa lui attribue un appartement « Handilogis ». L’appartement n’est pas neuf, mais il est censé être adapté aux personnes en situation de handicap.
« Mon but c’était : je rentre dans mon logement avec mes malades et chacun sa chambre », dit-elle en poussant la porte du jardinet de l’appartement situé en rez-de-chaussée. D’un geste, elle désigne le jardin non clôturé sur plus d’un mètre : des gravats et des bouteilles traînent à terre.
Une partie de l’ancienne terrasse en bois, rongée par l’humidité, a été arrachée et attend d’être remplacée. Après avoir patienté tout l’été, c’est seulement à la remise des clés qu’elle découvre que son logement a subi un incendie en janvier 2021. Les murs sont noirs, le revêtement sur le sol troué par endroit et les plinthes gorgées d’humidité.
Des étais dans la salle de bain
Rassurée par l’agence Ophéa Neuhof qui lui promet de finir vite les travaux, Aysel signe l’état des lieux qui souligne les défauts de l’appartement et du jardin. Aidée d’un ami, elle décide de prendre en main la peinture des murs. Elle découvre alors que des étais ont été placés dans la pièce principale et dans la salle de bains, entravant l’accès à la baignoire. La façade est en train d’être restaurée et les entrepreneurs ont laissé ces poteaux le temps que le ciment se solidifie. Une autre preuve, flagrante, que l’appartement attribué pourtant depuis le mois de juin, n’est toujours pas habitable.
Aysel refuse de s’y installer :
« Ma voisine a eu un logement à Esplanade : en dix jours elle avait déménagé, tout est propre et en bon état, et nous depuis on attend, je suis face à un mur. »
Début novembre, un responsable de l’agence Ophéa Neuhof est venu sur place avec un collègue en charge des travaux. Aysel poursuit :
« Tout ce qu’il m’a dit c’est que j’avais taché le sol avec la peinture. Il était dans un tel état ce lino, j’imaginais qu’ils allaient le changer, mais non. Et il a dit qu’il n’y aurait pas d’autres travaux. Il s’est aussi plaint qu’on ait arraché les plinthes, mais elles étaient pourries d’humidité. »
Avec des étais dans la salle de bain, l’usage de cette pièce n’est pas sécurisé. Des étais existent aussi dans la salle de séjour (Photo SW/ Rue 89 Strasbourg/ cc).
« Des risques d’infection »
Là où étaient les plinthes, une couche d’humidité noirâtre longe les murs. Une des infirmières qui suit la famille depuis 20 ans a été choquée de voir des vidéos de l’état de l’appartement. Puis elle a été voir sur place. Si elle n’est pas rentrée dans le logement, l’état du jardin et du bâtiment suffisent à la révolter :
« C’est inacceptable pour tout le monde, mais avec des patients greffés, il faut absolument éviter les risques d’infection et vivre dans un logement salubre. On se sent impuissants, nous qui suivons ces familles sur le plan médical, on rentre chez eux et on sait dans quoi ils vivent, certains bailleurs sociaux exagèrent. Ce n’est pas parce qu’on est dans un quartier défavorisé, qu’on peut leur proposer n’importe quoi. »
Dans son T3 actuel, Aysel et sa famille sont les uns sur les autres. Sa mère dort sur le canapé du salon. Parfois aux côtés de sa fille ou d’elle-même. Le fils occupe une autre chambre. Dialysé, puis ayant bénéficié d’une greffe de rein il y a sept mois, son époux a besoin d’un environnement sain. Pour lui qui va régulièrement à l’hôpital, monter et descendre les escaliers se révèle un calvaire. Dans la salle de bain actuelle, les carreaux sont tombés, les murs devraient être désamiantés, mais ce chantier est aussi en suspens. Depuis le palier où squattent des jeunes, les notes d’un morceau de Jul s’échappent d’un smartphone et entrent dans l’appartement. « Ma jolie, faut que j’reste solide », chante le rappeur.
On observe des traces d’humidité bien visibles sous les plinthes (Photo SW/ Rue 89 Strasbourg/ cc).
Deux loyers à payer
Les nerfs également ont souffert. Et le confinement a aggravé la santé de la famille. Lycéenne au moment du confinement, la fille d’Aysel a raté son bac et connu de sérieux problèmes digestifs à répétition. Aysel raconte les nuits à dormir par terre à côté de sa fille, les trajets nocturnes aux urgences. Aujourd’hui, l’adolescente est sortie d’affaire, a obtenu son bac au printemps et est inscrite à la fac.
« C’était l’occasion pour elle aussi d’avoir sa chambre, de pouvoir se concentrer sur ses études. Là, je suis prête à prendre un appart plus petit, mais dans un état décent. J’ai même regardé pour louer dans le privé, les loyers sont à peu près identiques, mais c’est impossible pour nous… »
En effet si les montant sont équivalents, les revenus touchés par la famille d’Aysel, où personne n’a un CDI, ne lui permettent pas d’accéder au parc privé. Toutes les agences ont refusé son dossier. En comptant son appartement actuel qui lui coûte 300 euros par mois (après déduction des APL), Ophéa réclame donc un loyer supplémentaire de 830 euros pour le T5, qui est loin d’être habitable. Soit 1 130 euros à débourser désormais.
Contacté, le bailleur explique que « le logement a été en situation d’occupation, mais que depuis la signature du bail, des travaux de mise en conformité ont été nécessaires. » Une compensation a été proposée à la famille, selon le même interlocuteur qui ne peut en préciser le montant : « Je pense que cela compense ». Aysel, elle, n’a jamais entendu parler de cette proposition.
Un travailleur social, qui a préféré garder l’anonymat, connaît la famille et a vu le logement en question :
« Ils continuent à exiger le loyer malgré tout. Pour ce genre d’habitat insalubre, on a du mal à croire que le propriétaire est un bailleur social et pas un marchand de sommeil. »
En sortant de l’appartement, deux hommes prennent des mesures de la façade pour une entreprise de peinture.
« C’est chez vous ?
– J’ai les clés en tout cas, répond Aysel, mais vous avez vu l’état ? Vous pensez pourvoir commencer quand… et finir quand ? »
Avec un demi-sourire, l’entrepreneur répond : « Vous savez, on a envoyé le devis il y a un an déjà. On commence dès qu’on pourra. Ophéa nous a contacté, mais pour la moitié de la façade. Les traces de brûlé là-bas, c’est un autre incendie, on ne s’en occupe pas. »
Des murs qui suintent et des flaques d’eau
Au Neuhof toujours, chez Hajer A., le couscous mijote sur la gazinière, mais ça ne suffit pas à réchauffer l’appartement glacé. La fenêtre est grande ouverte pour aérer des murs qui suintent. Des sols engorgés font gonfler le revêtement.
Depuis 2003, la locataire a toujours connu son logement humide. Elle change régulièrement ses meubles et ses papiers peints, rongés par l’humidité et les champignons. La réponse d’Ophea est toujours la même : « Aérez, ouvrez les fenêtres ».
L’entrée de l’immeuble où seule la famille d’Hajer vit encore. Le panneau indique que le permis de démolition a été délivré le 8/04/2021 et la mention : « chantier interdit au public ». Photo : SW / Rue 89 Strasbourg/ cc
Chauffage central coupé
L’immeuble dans lequel elle vit est voué à la démolition, comme l’annonce déjà un panneau « chantier interdit au public » sur la façade. Tous les locataires ont fini par être relogés. Le premier est parti en 2020. Comme la famille est restée seule dans l’immeuble, le chauffage n’a pas été allumé. Lorsque Hajer s’en est alarmée, Ophéa a mis à disposition deux petit radiateurs électriques, qui réchauffent à peine. La famille s’entasse autour, enroulée dans des couvertures.
Hajer a certes d’abord refusé les logements proposés – le premier en mars 2021 – « des endroits peu sûrs, trop petits, trop loin du quartier, ou chauffés au gaz, ça me serait revenu trop cher ». Déterminée à quitter son taudis, et la santé des uns et des autres se dégradant, elle a finalement accepté un logement route du Polygone, le 21 octobre. Quelques travaux sont nécessaires (peinture, carrelage) dans la cuisine, et Hajer veut s’installer au plus vite. Mais aucune date, même approximative, ne lui est fournie.
Chez Ophéa, on insiste sur les trois relogements proposés à la famille depuis mars dernier : « Des T4 conformes aux besoins et aux revenus de la famille. » La responsable qui a répondu à Rue89 Strasbourg assure que les services sont en lien permanent avec les locataires, et reconnaît une situation « inconfortable ».
Mais les conditions de vie actuelle que nous avons constaté sur place vont bien au delà de l’inconfort. La mère de famille montre le sucre et le sel gorgés d’humidité : les boîtes en carton sont déchiquetées. Dans la salle de bain, au sol, il y a une serviette trempée d’eau par ce qui suinte du mur. « Je la change plusieurs fois par jour ». Le linge ne sèche pas à l’intérieur, et elle ou ses filles se succèdent pour utiliser le sèche-linge au lavomatic du quartier.
Si le bailleur assure que le chantier route du Polygone a commencé, il ne peut fournir une date de fin, et par conséquent d’entrée dans le logement. Il ne communique pas non plus sur la nature exacte des travaux. Ce manque de visibilité est insupportable pour Hajer et sa famille. Ophéa affirme aussi avoir proposé une solution intermédiaire. Mais Hajer a refusé, craignant que le provisoire ne s’éternise. Elle ne veut pas entreprendre deux fois un déménagement.
La mère de famille qui cumulait deux emplois a eu un accident du travail il y a deux ans, puis elle a enchaîné les maladies. Elle raconte qu’elle aimait son emploi dans une cantine d’un quartier de Strasbourg, qu’elle complétait par des heures de ménage dans une entreprise le soir. Malgré ses ennuis, Hajer affiche un sourire qui ne s’efface pas aisément. Elle a la plaisanterie facile, et s’arme de patience pour contacter ses interlocuteurs ou se rendre en bas de son nouvel immeuble en espérant voir des ouvriers à l’œuvre.
« J’essaye de rester debout pour ne pas tomber, mais je pète les plombs. Je ne veux pas me plaindre mais bon… Ca ne bouge pas ! Pourtant, les fois où je n’ai pas pu payer les loyers à temps, ils ont su réagir vite, j’ai été deux fois au tribunal. En tout cas, si on déménage je n’emmènerai pas grand chose : le lit que j’ai acheté il y a un mois, le frigo et la télé. Tout le reste, il y a de la moisissure. »
Alstom a choisi un repreneur pour son usine de trains régionaux en Alsace. La vente est assortie de garanties d’activités jusqu’en 2026. Les organisations syndicales sont plutôt rassurées par le profil du groupe espagnol CAF, qui a remporté plusieurs grands marchés en Europe.
À Reichshoffen, l’usine Alstom va connaître un nouveau propriétaire. Le constructeur espagnol CAF, pour Construcciones y Auxiliar de Ferrocarriles, a été choisi par le géant français du ferroviaire pour reprendre son site dans les Vosges du Nord.
Fondée 1848, l’usine De Dietrich Ferroviaire avait été rachetée en 1995 par Alstom. Le groupe y produit notamment ses trains régionaux Coradia. La cession de cette entreprise d’environ 760 salariés était « une condition à l’approbation de la transaction Alstom/Bombardier par la Commission européenne », rappelle un communiqué du groupe Alstom.
CAF est déjà implanté en France avec une usine à Bagnères-de-Bigorre dans les Hautes-Pyrénées. « CAF continue d’investir en France en consolidant sa position dans ce pays et parallèlement le groupe va renforcer ses activités sur les marchés allemands et centres européens », poursuit le communiqué commun. Le constructeur est présent dans 40 pays et possède d’autres usines en Espagne, au Royaume-Uni, en Pologne, au Brésil, au Mexique et aux États-Unis.
Représentant CGT et membre de l’intersyndicale avec la CFE / CGC et FO, Daniel Dreger est soulagé. Il n’a pas d’inquiétudes à court terme sur le nombre d’emplois. À moyen terme, il pointe les références de CAF :
« Nous avons des garanties de production et d’activités des bureaux d’études par Alstom jusqu’à la mi-2026. On restera également dans un consortium Alstom-Caf pour les trains Régiolis et Régiolis à hydrogène. CAF a remporté un marché d’un milliard d’euros pour les trains à batteries en Allemagne, les trains AMLD, c’est-à-dire les trains régionaux de longue distance face à Alstom ou le RER B avec Alstom. CAF s’est aussi positionné sur plusieurs gros contrats à venir en France et en Europe. »
À plus court terme, les syndicats vont devoir s’atteler à « la renégociation des accords sociaux » une fois la vente complètement achevée, entre avril et septembre 2022. « Nous passons d’un grand groupe à un groupe moyen », note Daniel Dreger.
L’usine Alstom de Reichshoffen passe sous pavillon espagnol. Photo : Capture Google Street view