Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Rassemblement mercredi contre les frais d’inscription différenciés à l’université

Rassemblement mercredi contre les frais d’inscription différenciés à l’université

Un collectif d’organisations syndicales d’étudiants et d’enseignants appelle l’Université de Strasbourg à maintenir une aide exceptionnelle aux étudiants étrangers. Un rassemblement est prévu mercredi sur le campus alors que doit se tenir un conseil d’administration.

Une intersyndicale composée de Solidaires, FO, FSU, CNT, Unef et L’Alternative Étudiante appelle à un rassemblement mercredi 15 décembre à 13h30 devant le bâtiment de la faculté de droit de l’Université de Strasbourg sur le campus de l’Esplanade.

Un conseil d’administration doit s’y tenir lors duquel la question des frais d’inscription pour les étudiants étrangers sera discutée. Depuis 2018, les universités françaises doivent appliquer des frais différenciés pour les étudiants en provenance de pays hors de l’Union européenne. Appelée cyniquement « Bienvenue en France », cette mesure du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche demande à ces étudiants 2 770€ de frais pour une inscription en licence et 3 770€ pour une inscription en Master.

Le rassemblement est prévu devant le bâtiment de la fac de droit de l’Université de Strasbourg Photo : Boyan_D / FlickR / cc

Le président de l’Université de Strasbourg, Michel Deneken, s’est élevé contre cette mesure dès janvier 2019. Mais cette position a été semble-t-il plus délicate à mettre en oeuvre qu’à proclamer. C’est tout l’objet d’une résolution que doit prendre le conseil d’administration de l’Unistra mercredi. Si la direction de l’Université affirme qu’elle accordera bien aux étudiants étrangers une exonération, les syndicats sont plus circonspects :

« Ce programme “Bienvenue en France” est un projet de casse du service public qui vise à soumettre l’université aux
exigences marchandes. Loin d’être une mesure isolée, ces frais différenciés s’inscrivent dans le sillage de toutes les mesures visant à accentuer la sélection dans l’enseignement supérieur (Parcoursup, etc.). Mais elle a ici des implications discriminatoires spécifiques du fait qu’elle pénalise avant tout les ressortissants de pays économiquement dominés. »

Une limite aux exonérations pourrait être imposée aux universités. Les syndicats mobilisés demandent que le conseil d’administration se prononce contre ces « choix éthiquement inadmissibles » et de « faire savoir publiquement qu’ils n’entendent pas se laisser imposer un plafond d’exonération aussi arbitraire qu’inepte. »

Dehors les jeunes, les précaires et les artistes : le quartier Gare s’embourgeoise

Dehors les jeunes, les précaires et les artistes : le quartier Gare s’embourgeoise

Depuis plusieurs années, le quartier Gare de Strasbourg est la cible des investisseurs et des marchands de biens. Entre immeubles achetés et revendus à la découpe et ateliers d’artistes transformés en logements, le quartier perd peu à peu son visage populaire. Reportage.

C’était une colocation festive, boulevard de Nancy. Après le départ d’une habitante en septembre 2021, Julien et Camille (les prénoms ont été modifiés) avaient trouvé un remplaçant. Ce dernier avait déjà donné son préavis pour son appartement. Tout semblait se goupiller parfaitement. Mais peu de temps avant l’emménagement, les deux jeunes Strasbourgeois apprennent que le propriétaire refuse de signer un avenant au contrat de location pour leur ami. Le marchand de biens Frédéric Ranson est sur le point d’acheter l’immeuble. Il souhaite rénover les appartements et les revendre. « On a alors compris que notre départ n’était qu’une question de temps… », souffle Julien.

L’arrivée du tram F par le quartier Koenigshoffen, la rénovation des voiries et de la place Saint-Aurélie ont contribué à la hausse des prix de l’immobilier quartier Gare. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Contacté, l’entrepreneur confirme le projet. Racheté en bloc, l’immeuble sera revendu à la découpe. Les appartements en colocations d’une centaine de mètres carrés seront ainsi transformés en petits appartements pour des jeunes couples avec enfants. Pour les locataires, le marchand de biens négocie au cas par cas une indemnité de départ, « mais parfois c’est plus intéressant pour eux d’avoir une proposition de relogement (dans son patrimoine immobilier, NDLR) », indique le nouveau propriétaire.

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Au Nouvel An, la préfète du Bas-Rhin impose un couvre-feu à tous les jeunes mineurs

Au Nouvel An, la préfète du Bas-Rhin impose un couvre-feu à tous les jeunes mineurs

La préfète du Bas-Rhin sort une nouvelle arme contre les dégradations qui ont lieu à chaque nuit du réveillon à Strasbourg : un couvre-feu à partir de 22 heures pour tous les jeunes de moins de 16 ans.

Les dispositifs pour lutter contre l’épidémie de covid sont de plus en plus rapidement recyclés pour être utilisés dans des objectifs de maintien de l’ordre par les autorités. Dans un communiqué diffusé lundi, la préfecture du Bas-Rhin annonce qu’au soir du 31 décembre, un couvre-feu sera imposé à tous les jeunes de moins de seize ans non accompagnés de leurs parents, à partir de 22 heures jusqu’à 6h le lendemain matin. Cette mesure s’appliquera sur les bans des communes de Strasbourg, Hoenheim, Bischheim, Schiltigheim, Illkirch-Graffenstaden, Lingolsheim et Ostwald.

Couvre-feu Photo : Jacque Lebleu / FlickR / cc

Dans son communiqué, la préfète du Bas-Rhin, Josiane Chevalier, justifie cette mesure ainsi :

« Des phénomènes de violences et de dégradation urbaines sont régulièrement observés dans l’agglomération de Strasbourg la nuit du Nouvel An depuis 1997. Ces phénomènes comprennent notamment l’utilisation d’artifices pouvant entraîner de graves blessures, l’incendie de véhicules et de mobilier urbain, ainsi que des agressions sur les sapeurs-pompiers et les forces de l’ordre. Chaque année les mineurs sont particulièrement impliqués dans ces troubles à l’ordre public, et plus particulièrement la tranche d’âge de 13 à 16 ans. »

En outre, la préfète indique que le « contexte sanitaire actuel, avec une circulation importante du virus parmi les jeunes, incite à limiter les rassemblements importants sur la voie publique. » Elle conclut en indiquant que cette mesure a été prise « après consultation par la préfète des maires concernés. » Le texte ne dit pas si les maires étaient d’accord avec elle sur cette mesure qui va s’appliquer à tous les jeunes de leur commune…

Manifestation des animateurs mardi pour de meilleures conditions de travail

Manifestation des animateurs mardi pour de meilleures conditions de travail

Une intersyndicale du secteur de l’animation appelle à la grève mardi 14 et mercredi 15 décembre. À Strasbourg, une manifestation est prévue mardi en fin de matinée entre la préfecture et le centre administratif.

Après une journée de mobilisation en novembre, les animateurs sont de nouveau en grève mardi 14 et mercredi 15 décembre, à l’appel d’une intersyndicale CGT / Solidaires / CNT. À Strasbourg, une manifestation est programmée avec un départ vers 11h place de la République. Le cortège doit se diriger ensuite vers le quai des Pêcheurs, puis des Bateliers, passer par la porte de l’Hôpital et se diriger vers le centre administratif de la Ville et de l’Eurométropole.

Les animateurs et les animatrices mobilisées sous la dénomination collective « Strasbourg animation en lutte » dénoncent l’emploi systématique de contrats courts et précaires (CDD, contrats d’engagement, intérim et vacations) dans leur secteur, avec en outre un manque constant de moyens, qui nuit « gravement à la qualité des animations. »

Un groupe de manifestants d’animateurs périscolaires, lors de la mobilisation du 19 novembre 2021 Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc

Dans son appel, le collectif dénonce « la gestion de l’État, qui multiplie les coupes budgétaires et le recours à des opérateurs privés pour des missions de service public sans leur en donner les moyens » ainsi que des taux d’encadrements beaucoup trop élevés, pouvant atteindre un animateur ou une animatrice pour 18 enfants.

Le collectif demande qu’un salaire minimum d’un animateur ou d’une animatrice soit fixé à 1 800€ bruts pour un temps plein, la fin des temps partiels subis, la fin des coupures non payées en pleine journée, un taux d’encadrement maximal, etc.

Au conseil municipal, un changement d’adjointes et un tram avenue des Vosges

Au conseil municipal, un changement d’adjointes et un tram avenue des Vosges

Le conseil municipal va avaliser le retrait des délégations de Céline Geissmann sur fond de rupture entre écologistes et socialistes, avant de débattre du choix d’implanter un tram sur l’emblématique avenue des Vosges. Il sera aussi question des services publics. À suivre en direct et avec nos commentaires à partir de 12h30.

Avec le dernier conseil de l’année, les écologistes comptent définitivement tourner la page de la tentative de rabibochage avec les socialistes strasbourgeois. Pour débuter la séance, la maire Jeanne Barseghian (EELV) fait voter à son assemblée le retrait de la délégation d’adjointe à Céline Geissmann. Cette jeune élue socialiste, 29 ans, s’occupait du numérique et la citoyenneté européenne. La maire n’a rien de particulier à lui reprocher dans son travail, mais contrairement à Salah Koussa (qui n’est pas encarté au PS), elle n’a pas su clarifier sa position lorsque la maire lui a demandé si elle se sentait solidaire avec la majorité dont elle faisait partie.

Fait politique majeur ou minime ?

Du côté socialiste, l’enjeu de ce début de séance sera de faire de cette exclusion un fait politique majeur pour rester au centre de l’attention, voire réussir à nationaliser ce nouveau différend avec les écologistes. Cette séquence intervient justement dans un moment de divergence sur la stratégie pour l’élection présidentielle. En position délicate, la candidate socialiste Anne Hidalgo souhaite sur le tard une primaire à gauche, là où d’autres formations estiment que cette proposition est trop tardive, voire une manœuvre.

Du côté dés écologistes, l’enjeu du débat sera de minimiser la portée de l’exclusion et de rappeler que la rupture est consommée depuis longtemps. Après tout, ce sont les Socialistes qui ont expliqué qu’ils étaient « ni dans la majorité, ni dans l’opposition » à la rentrée, alors que Jeanne Barseghian voulait repartir sur de nouvelles bases. Et lorsqu’ils sont au contact des interlocuteurs de la mairie et de citoyens, les quelques élus socialistes se présentent comme n’étant surtout « pas dans la majorité ».

Les oppositions LREM et LR ne sont en rien concernées par ce psychodrame entre les deux anciens alliés. Mais c’est l’occasion pour eux démontrer que les écologistes sont isolés. Ils pourraient donc embrayer aux côtés du PS. Surtout à l’heure où les relations avec le Parti communiste se tendent également. L’adjointe à la maire et conseillère régionale Hülliya Turan vient d’être débarquée de la présidence de la Locusem contre son gré, au nom du non-cumul des mandats. Le début de séance s’annonce théâtral.

Le débat strasbourgeois sur le tram

Passée les affaires politiciennes, le gros dossier de la séance est le choix du tracé du tramway entre la gare et les institutions européennes (point 6). La municipalité souhaite passer par l’avenue des Vosges afin de transformer l’axe majeur de la Neustadt. De quoi ramener aux débats de 2018 et à la campagne électorale des municipales. Les groupes d’opposition n’ont pas encore exprimé de position collective pour un autre tracé ou contre le tram à cet endroit. Ce sera la première occasion de les entendre sur ce dossier majeur, qui va occuper les débats tout le mandat.

Ils ont un angle d’attaque facile. Lors de la concertation, 98 avis ont été émis pour la solution retenue contre 122 pour un autre trajet via les quais et le palais de justice. Lors du mandat précédent, la Ville et l’Eurométropole ont montré qu’ils savaient ignorer une concertation, quand bien même un autre tracé était plébiscité à Koenigshoffen. Mais la précédente majorité n’avait pas fait campagne sur « l’urgence démocratique ». Les élus écologistes, qui se sont déjà sentis obligés de préciser qu’une « concertation n’était pas un référendum », devront donc convaincre des avantages et des raisons qui les ont poussés à retenir à le passage par l’avenue des Vosges.

Mais peut-on voter contre le tramway à Strasbourg ? En décembre 2020, lors du premier débat à l’Eurométropole, le groupe LREM avait voté « pour » le principe des extensions vers le nord, les Socialistes et LR s’étaient abstenus. Dans tous les cas, il est inenvisageable de donner un blanc-seing. Ils pourraient critiquer la méthode ou rappeler la place de la voiture sur ce grand axe Est-Ouest.

Davantage de présence pour les services public

Les écologistes espèrent aussi qu’un temps de débat important soit accordé aux services publics. Ils font voter deux délibérations (points 4 et 5) à ce sujet. L’idée générale est de lutter contre la dématérialisation et les fermetures de ces dernières années pour proposer des prestations en ligne à la place. « Une conciergerie numérique peut rendre service 24h sur 24 mais il faut aussi un accueil humain », explique Ariane Henry (PC), conseillère municipale à la présence des services publics dans les quartiers.

Ainsi deux maisons communales des services publics doivent être créées à l’Elsau et Koenigshoffen (à la place de l’ancien Hôtel de la rue) vont ouvrir pour un montant de 5 millions d’euros chacune. « Cinq millions d’euros, c’est plus que ce qui a été investi à l’Elsau en 15 ans », note pour sa part Benjamin Soulet, l’adjoint qui veille à une forme « d’équité » entre les quartiers. Cet équipement face au centre socio-culturel accueillera en 2025 une mairie de quartier, hébergera la médiathèque et un centre médico-social. « Le maillage des CMS date de 2012 », appuie Benjamin Soulet.

La municipalité souhaite ouvrir des espaces labellisés « France Services », c’est-à-dire avec au moins 9 administrations (CAF, CPAM, Pôle Emploi, etc.) présentes et plus si affinités, (comme des services de l’État), à l’Elsau, au Port-du-Rhin et aux Poteries / Hohberg. Il en existe déjà un dans une poste au Neuhof.

Ce plan vise aussi à restructurer l’existant, que ce soit les lieux d’accueil mais aussi les compétences des agents. Pour Ariane Henry, il faudra des formations afin qu’ils aient « les connaissances de base » pour orienter les personnes qui s’adressent à eux, même s’ils ne sont pas face au bon interlocuteur :

« Trop de personnes ont des courriers administratifs qu’ils ne comprennent pas et ne demandent pas leurs droits, ce qui induit une perte de pouvoir d’achat et un isolement. »

Benjamin Soulet, adjoint à l’équité territoriale, devrait intervenir sur les services publics. Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg

Parmi les autres points notons aussi :

    Des travaux de mise aux normes pour le cinéma de l’Odyssée pour 820 000 euros d’ici 2023 (point 13),La subvention aux Vitrines de Strasbourg pour les Illuminations de Noël, soit 324 000 euros sur 626 312 euros de budget total. L’association de commerçants perçoit par ailleurs 50 000 euros car la Grande braderie n’a pas pu se tenir en 2020 et 2021, événement qui lui permet d’engranger des ressources. Enfin, elle recevra 16 400 euros pour des animations passées à Pâques et 25 000 euros pour d’autres activités proposées les 3 et 4 juillet (point 34),La vente du terrain du Sofitel et du Mercure du centre ville aux copropriétaires actuels pour 14 millions d’euros. Cet ensemble continuera d’avoir une activité d’hôtellerie pendant 15 ans (point 45 – voir notre article),

Cet ordre du jour long et dense de 64 points a amené les oppositions à déposer moins de résolutions et d’interpellation de fin de séance qu’à l’accoutumée, avec deux textes. Il s’agit de débats sémantiques (sur les « woke » notamment), une obsession de la droite en vue d’électriser le débat, sans lien direct avec la vie locale.

À suivre en direct à partir de 12h30 !

À Strasbourg, l’artiste Jamila Wallentin tisse un fil à soi(e)

À Strasbourg, l’artiste Jamila Wallentin tisse un fil à soi(e)

Révélation personnelle du 25e anniversaire de la foire d’art contemporain ST-ART à Strasbourg, les incisions de l’artiste strasbourgeoise Jamila Wallentin, série de sculptures textiles, invitent à l’introspection.

Nous avons rencontré l’artiste Jamila Wallentin dans son atelier au Bastion XIV. Autrefois un bâtiment militaire, il abrite aujourd’hui une ruche d’ateliers d’artistes appartenant à la Ville de Strasbourg. Son antre est comme un cocon décoré de photographies, avec une bibliothèque remplie de ses livres fétiches et un établi en bois où les bijoux sont imaginés et crées. Jamila le partage avec son amie, également bijoutière et collègue de promotion, Cannelle Preira.

Diplômée en 2018, d’un master art-objet-atelier bijou de la Haute école des arts du Rhin (Hear) de Strasbourg, Jamila Wallentin aborde la question du lien entre les individus et entre l’artiste et la matière : l’argent, la laine, le coton, qu’elle transforme pour révéler ce qui l’entoure, mettre l’accent sur l’importance des sens, des gestes, dans un respect de techniques ancestrales et de l’artisanat. Telle une Pénélope des temps modernes, elle enroule du fil jour après jour pour former l’œuvre qui s’offre à notre regard. Le temps est distendu : il est lui aussi travaillé comme une matière organique.

Polyvalente, Jamila Wallentin est aussi autrice d’un texte pour l’artiste Elise Grenois, ainsi que d’un blog intitulé Les liens suspendus où elle partage son point de vue et son regard sur des productions contemporaines qui l’interpellent. Médiatrice le week-end pour le Centre européen d’actions artistiques contemporaines (CEAAC), elle travaillera bientôt aux côtés de Maryline Brustolin, directrice de la galerie Salle Principale à Paris.

Jamila Wallentin Photo : Maxime Weiler / doc remis

Un travail incisif

La pièce qui fut montrée au salon ST-ART est extraite d’une série commencée en 2017 : six petites bobines présentées en duo, appelées Les Incisions. Les pièces de textiles sont découpées pour laisser apparaitre ce qu’elles ont dans le ventre. Jamila Wallentin s’est inspirée du processus de morphogenèse, ensemble de lois qui régissent la forme et la structure d’un organisme en évolution.

Elle a construit une machine rudimentaire à l’aide d’un moteur de ventilateur et d’une pointe de serrage fixés sur un support : une structure similaire à celle d’un tour à bois où est inséré un axe en cire sculptée ou un morceau de bois qui entre en rotation. Des fils de couleurs et de textures différentes s’embobinent autour de la pièce et entrent en tension comme sur une machine à coudre puis passent dans une structure métallique placée sur un pot de colle blanche pour reliure.

Incisions, 2017-2018, bobinage mécanique, fil de coton, soie, polyester, colle.

Lorsqu’on le touche, que la connexion sensuelle s’établit, la main de l’artiste va influencer la forme de la pièce en train de se faire. Une fois celle-ci séchée, Jamila procède à l’incision pour découvrir les strates de fils enfermées à l’intérieur de la bobine. Leurs formes ouvrent le champ des interprétations possibles : tantôt géodes ou concombres, les regardeurs, interrogatifs, sont songeurs.

« Une oeuvre exposée est morte »

« J’aime faire et j’aime beaucoup utiliser le mot bricoler. Je poursuis une approche de la matière empirique et expérimentale », explique Jamila, inspirée par les ouvrages d’André Leroi-Gourhan ou de l’anthropologue Tim Ingold. Elle ajoute : « Le processus est tout aussi important que la pièce finale, une œuvre finie exposée est morte, celle qui est collectionnée l’est encore plus. » Le processus créatif est plus exaltant au moment de l’évolution d’une pièce à l’atelier que dans sa forme achevée et exposée.

La question du lien est essentielle pour comprendre sa pratique de la sculpture et du bijou. Elle apparait par sa sémantique, par ce qu’elle symbolise et matériellement. Le lien est aussi le titre de son mémoire de fin d’étude, par l’usage du terme allemand « zusammenhänge », littéralement « suspendre ensemble » pour renouer le lien avec les autres et notre environnement.

Place du Foin, le loup des Abruzzes par Abdesslam Mirdass

Place du Foin, le loup des Abruzzes par Abdesslam Mirdass

Le photographe Abdesslam Mirdass signe une exposition temporaire, en plein air, à la Krutenau pour accompagner le retour du loup dans les Vosges, à partir d’un séjour dans les Abruzzes en Italie, d’où le grand prédateur n’a jamais complètement disparu.

La Vallée de la Bruche est confrontée depuis le printemps 2019 au retour du loup. Une réapparition brutale avec des prélèvements sur les troupeaux de moutons, chèvres et veaux qui pâturent dans les Vosges… Suite à ces attaques, un groupe de travail et de réflexion s’est constitué à Ranrupt, avec des naturalistes, spécialistes et des éleveurs.

Les panneaux mettent en avant les habitants des Abruzzes Photo : Abdesslam Mirdass

Ce groupe espère aboutir à une coexistence apaisée, permettant à l’homme comme au loup de trouver sa place dans l’écosystème montagnard. Pour se documenter, plusieurs membres de ce groupe se sont rendus dans le parc national des Abruzzes au centre de l’Italie, à l’automne 2020. Abdesslam Mirdass, photojournaliste entre autres pour Rue89 Strasbourg, était du voyage.

L’exposition est librement accessible sur la place Photo : Abdesslam Mirdass

Une série de 24 panneaux avec ses photos a été tirée de ce voyage, à la rencontre des bergers et des éleveurs italiens. L’exposition intitulée « Sur les traces du loup » est à découvrir place du Foin, en plein air, jusqu’au 10 janvier. Les photos détaillent le quotidien des habitants, entre montagnes et forêts, où le loup n’a jamais disparu et où les bergers ont toujours vécu avec sa présence. Tout n’y est pas facile mais, comme le dit l’un d’entre eux, « il faut faire avec. » Une présence humaine à proximité des troupeaux et l’utilisation de chiens, des bergers des Abruzzes, les y aident.

L’eau sale de Quai ouest inonde le plateau Koltès du TNS

L’eau sale de Quai ouest inonde le plateau Koltès du TNS

Dans un quartier pauvre, au bord d’un fleuve, se déroule une tragédie triviale. Un notable est venu se jeter à l’eau et déclenche ainsi une lutte entre les habitants du cloaque. Leur empoignade de désirs se joue à demi-mot, dans l’ombre des hangars. Le metteur en scène Ludovic Lagarde propose sa version de Quai ouest, une pièce de Bernard-Marie Koltès. Le spectacle se tient jusqu’au 16 décembre au Théâtre national de Strasbourg, précisément dans la salle qui porte le nom du dramaturge.

Un quai, un hangar, une banlieue anonyme au fond d’une nuit de misère. Une silhouette se découpe sur le mur d’un bâtiment, nettement distincte par son allure, sa propreté et son apparente richesse. Maurice Koch est un homme d’affaires inapte à tout et bon à rien. Il ne sait ni conduire sa voiture, ni acheter ses propres vêtements. Il vient de perdre des millions, confiés à sa gestion. En fuite, calme, il est venu se jeter dans le fleuve comme il irait au bureau, avec deux pierres dans ses poches. Dans son sillage, sa secrétaire Monique tente de le raisonner, de le ramener, et de quitter au plus vite la zone portuaire en ruine où les deux bourgeois sont des étrangers.

Le piège où s’est englué le monde

Koch marche, à cette heure et en ce lieu, avec un désir. Il veut disparaitre. Il est prêt à faire affaire avec les habitants du port, leur payant son droit de s’approcher du fleuve et de se laisser couler. Mais en face de lui, la famille refuse, car elle espère bien plus que ce qu’il leur offre. Tout tourne autour de l’argent, et l’argent lui-même est sujet à débat. Koch affirme que sa voiture, sa montre et ses cartes de crédit sont du vrai argent ; que les pièces et les billets qu’attendent ses interlocuteurs sont une monnaie de pauvre. Déjà, dans leur définition de la richesse, les personnages mettent en jeu leur valeur sociale, leur position, et leur honneur.

Le frère et la sœur, Charles et Claire (Micha Lescot et Léa Luce Busato), forment un duo difficile à saisir, tant ils retiennent pour eux leurs véritables sentiments. Photo : Jean-Louis Fernandez

Le commerce est une thématique centrale chez Koltès. C’est la seule constante fiable dans un monde d’obscurité et de menace. La seule justice qui existe entre les hommes et les animaux. Et, en même temps, le plus violent conflit qui soit. Dans le deal, celui qui se découvre en premier s’expose aux coups. Quai ouest se concentre autour des désirs des uns et des autres, parfois clamés, parfois murmurés avec honte. Désirs d’argent, de pouvoir, de sexe ou de lumière : pour les contenter, chaque personnage se tient prêt à mordre et à dévorer les autres. Rien ne se résout pour de bon, car personne ne prend vraiment l’ascendant. La victoire gagnée au milieu de la nuit est déjà nulle au matin. Lorsque Monique récupère les clés de la Jaguar, il manque une pièce du moteur. Lorsqu’elle finit par l’obtenir, elle découvre que les pneus ont été crevés.

Au fil des jours qui se succèdent comme de courtes trêves de grisaille, la situation s’enlise durablement. Le quai est un lieu d’où l’on ne part pas. Il y a une dimension allégorique évidente dans le spectacle. Chacun des personnages campe un type socio-culturel bien précis : le bourgeois, la mère de famille, le jeune qui rêve d’aventure, l’immigré silencieux. De l‘autre côté du fleuve, il y a quelque chose, souvent mentionné, jamais expliqué. Il y a les gens qui ont pris le ferry, dernière connexion du quartier. Ceux qui ont coupé l’électricité, l’eau. Ceux qui viendraient s’ils soupçonnaient, dans les ombres des masures, le moindre soupçon d’illégalité dans les rêves rêves des habitants.

Silencieux, Abad (Kiswendsida Léon Zongo) s’exprime dans ses actions, lorsqu’il tend la main à Charles ou une cigarette à Cécile par exemple. Photo : Jean-Louis Fernandez

Quai ouest compile un bon nombre des obsessions de Bernard-Marie Koltès. Il y fait se croiser ses duos dichotomiques habituels : le riche et le pauvre, l’homme et la femme, le blanc et le noir. Ces oppositions ne sont jamais gratuites : elles sont la manifestation d’un rapport de force permanent et d’une violence sociale qui ne se calme pas. Dans le microcosme du quai, c’est avec précision et cruauté que les personnages se confrontent et s’écharpent. Selon les mots de Koltès, la confrontation entre des êtres qui ne se ressemblent en rien, sauf le fait de manger de dormir et de marcher, nécessite des circonstances bien particulières. Le hangar, comme le théâtre, sont des lieux aptes à ces rencontres.

Dernière cigarette avant l’oubli

C’est justement de cette puissante incompatibilité entre les individus que nait toute la dynamique de la pièce. Ils ne parviennent pas à s’entendre. Les objets passent de main en main : les clés de la voiture, la tête de delco, la montre, la kalachnikov. Le briquet s’échange, allume des cigarettes qui, comme les conversations, sont vite épuisées. Les personnages se manquent sur le terrain de la compréhension et se voient réduits à une lutte au corps à corps, les mots au fond des poings.

C’est avec son honneur perdu et ses rêves piétinés que Cécile (Dominique Reymond) décide de s’en prendre à Koch. Photo : Jean-Louis Fernandez

Dans le rôle de Maurice Koch, on retrouve Laurent Poitrenaux, un acteur récurrent des spectacles de Ludovic Lagarde. Avec la finesse qui le caractérise, il pose son personnage dans toute sa violence sociale de dominant, mais avec une fragilité confondante. Koch méprise et crache sur tout ce qui l’entoure. Il est, dans le même temps, totalement inapte à s’occuper de lui-même. La blessure au pied qu’il traine le désigne comme une victime absolue, mais c’est toujours son bon plaisir que vont solliciter les autres. Ses sursauts de volonté, pour hâter sa fin, sont électrisants, comme des flashs de lucidité sur sa propre destination.

Le spectacle s’ouvre par un échange entre Laurent Poitrenaux et Micha Lescot, qui incarne Charles. Une singulière similitude entre le phrasé, les inflexions et le débit des deux acteurs installe d’office un lien entre leurs personnages. Opposés par la richesse, par l’âge, ils demeurent tous deux persuadés de n’avoir besoin de personne et de diriger leur vie vers une échappatoire évidente (pour l’un le suicide, pour l’autre la fuite). Christèle Tual joue la secrétaire, très maternelle, soucieuse du bien de Maurice Koch. Mais Monique se montre insultante et méprisante envers les autres, réservant sa compassion à ceux de son rang. Sa chute va de pair avec celle de Maurice. C’est l’expiration d’un capitalisme colonialiste ancien, remplacé par de nouvelle méthodes, par des chiffres plus mécaniques et plus impalpables que jamais. La Jaguar XJS, incapable de les tirer du guêpier, ressemble à ce modèle de société moribond qui s’est échoué mollement au bord du fleuve.

Laurent Poitrenaux campe tour à tour un financier puissant et une homme fatigué qui n’attend plus que la mort Photo : Jean-Louis Fernandez

La dualité dont ne peut résulter que la violence

Tous les personnages forment ainsi des duos qui s’affrontent ou se soutiennent, variant au gré des scènes. L’échange entre Léa Luce Busato (Claire) et Antoine de Foucauld (Fak) ressemble à un jeu enfantin, mais cache toute la violence et la prédation de l’emprise patriarcale. Le non-dit couve une grande brutalité, et passe pour plus cruel encore que ne le serait l’expression en pleine lumière des intentions de l’homme. La discussion est pourtant comique, car rien n’est monolithique dans ce spectacle. Les registres sont mélangés comme ils peuvent l’être au quotidien. Ce réalisme accentue encore le désespoir de ce qui se déroule sur scène. Fak est celui qui ressemble le plus à un animal. Il n’exprime aucun rêve. Il ne fait ses calculs que pour son profit. Il prend, puis disparait, froid et avide.

Laurent Grévill (Rodolphe) et Dominique Reymond (Cécile) rejouent une construction classique de couple. Cécile est à l’initiative, autoritaire, elle planifie les opérations, abat ses cartes pour obtenir ce qu’elle désire. Elle rappelle leur honneur perdu, eux qui étaient une famille respectée dans leur pays d’origine. Rodolphe est profondément égoïste. Il cultive dans le secret son attachement à la violence, aux armes à feu et son désintérêt pour ses proches. Kiswendsida Léon Zongo joue Abad, homme noir silencieux, véritable miroir de Koch, qui ne parle qu’au creux de l‘oreille de Charles. Sans parole audible, il écoute, regarde, interagit lorsqu’on lui demande. Il est la cible des attaques, des menaces, comme lorsque Rodolphe lui fait comprendre que si les autorités se mêlent de leurs affaires, il n’aura aucun mal à l’accuser. C’est pourtant lui qui a sorti Koch de l’eau, et qui reste de marbre pendant que tous les autres cherchent à tirer profit du bourgeois grelottant. Chaque personnage a plus d’un double, et plus d’un opposé. C’est cette interconnexion des conflits et des intérêts, parfois convergents, qui donne à la micro-société sa force explosive.

Monique (Christèle Tual) est le personnage le plus proche du spectateur, dans son ancrage fort à une vie quotidienne. Dans ses évolutions se dessine la déliquescence de la norme. Photo : Jean-Louis Fernandez

Le cycle des jours et des nuits entraine dans la mise en scène des extinctions successives de la lumière. Ce roulement abêtit le regard, bouffi comme l’est celui des habitants insomniaques du port. Quai ouest laisse un goût d’inachevé et de désillusion. Personne ne quitte la zone sombre qui jonche le plateau, malgré toutes les tentatives. Les personnages ressemblent à des oiseaux pris dans une nappe de mazout, avec l’espoir de s’en échapper au prochain battement d’aile. Même dans leur comportement, parfois ignoble, il est dur de tous les détester, comme il est dur de condamner un fauve lorsqu’il broie la nuque d’une proie. Tout désemparé devant ce spectacle, le jugement devient inapplicable, et il ne reste qu’une infinie pitié. La fable importe peu, puisque dans cette succession de tableaux ombreux, la narration est secondaire. Pourquoi alors limiter ce qui se joue à la scène, comme si cela n’était qu’une fiction passagère sans aucun rapport avec l’extérieur ? Quai ouest ouvre une plaie dans le théâtre. Son eau sale suinte des programmes, sourd à travers les sièges rouges et baigne la rue nocturne, bien après la fin des applaudissements.

GCO : les mesures de Vinci pour protéger la nature jugées peu crédibles

GCO : les mesures de Vinci pour protéger la nature jugées peu crédibles

Nouvel examen du dossier du GCO par le Conseil national de protection de la Nature (CNPN) et nouvel avis négatif. Cette fois-ci les spécialistes n’ont pas seulement analysé les mesures prévues dans le dossier, mais ont demandé des comptes sur celles effectuées depuis les travaux. Et le compte n’y est pas.

Alors que le Premier ministre Jean Castex doit inaugurer samedi 11 décembre le GCO (voir tous nos articles), le groupe Vinci va bientôt pouvoir démarrer une collection des avis environnementaux négatifs. Le groupe de BTP a beau vanter une infrastructure « construite dans le respect de l’environnement », le Conseil national de la protection de la Nature (CNPN) a un avis différent. Cette institution du ministère de la Transition écologique vient de publier un nouvel avis négatif sur le GCO, après une séance tenue le 23 novembre. Comme en 2016 et 2017, ses experts ont voté un avis défavorable par 10 voix contre 3 et 5 abstentions.

À l’automne, en plus de préparer l’inauguration et d’affiner les tarifs, les équipes d’Arcos ont aussi dû une nouvelle fois rendre compte de leurs actions pour limiter la destruction de la nature. Un travail supplémentaire qui fait suite à la décision du tribunal administratif de Strasbourg du 20 juillet. Les juges venaient enfin d’étudier sur le fond les arrêtés qui avaient autorisé le démarrage des travaux en 2018. Et ils avaient estimé que l’État et la société Arcos devaient renforcer leurs engagements en faveur de l’environnement et de la biodiversité. Ils avaient laissé un délai de 10 mois pour prendre des mesures plus protectrices et actualisées. Cette décision aurait pu repousser l’ouverture de la rocade, avant qu’un autre jugement de la cour administrative d’appel de Nancy en décide autrement en novembre.

Un nouvel examen demandé par la justice

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Condamné pour violences conjugales, Serge Oehler refuse de quitter ses mandats

Condamné pour violences conjugales, Serge Oehler refuse de quitter ses mandats

Le Parti socialiste du Bas-Rhin communique avoir demandé à Serge Oehler de démissionner de ses mandats électoraux. Le conseiller départemental et municipal aurait refusé selon le PS.

Le conseiller municipal et départemental Serge Oehler refuse de démissionner de ses mandats électoraux après sa condamnation mercredi, en première instance, à 24 mois de prison dont 18 avec sursis pour des faits de violences conjugales. L’information vient du Parti socialiste du Bas-Rhin qui annonce dans un communiqué envoyé vendredi :

« Dans les valeurs du Parti Socialiste figure notamment notre engagement à lutter contre toutes les formes de violences faites aux femmes et de violences conjugales. Nous avons demandé à Serge Oehler d’agir en cohérence avec les valeurs et les engagements communs et donc, de renoncer à l’exercice de ses mandats et de ses responsabilités au sein du Parti Socialiste. »

Serge Oehler au conseil municipal de Strasbourg, septembre 2021 Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg

Le communiqué est signé par Thierry Sother, premier secrétaire de la fédération bas-rhinoise du PS et par Catherine Trautmann, présidente du groupe « Faire ensemble » des élus socialistes et apparentés à la Ville de Strasbourg et à l’Eurométropole de Strasbourg.

Sauf que Serge Oehler n’a pas l’intention de donner suite à cette injonction, « et nous le regrettons », ajoute le duo socialiste qui annonce également à la place de Serge Oehler que ce dernier entend faire appel de sa condamnation et préfère plutôt quitter le groupe « Faire ensemble » et le Parti socialiste…

Ancien adjoint aux Sports et du quartier de Hautepierre-Cronenbourg de Roland Ries, Serge Oehler est élu à la Ville et à l’Eurométropole de Strasbourg jusqu’en 2026 ainsi qu’à la Collectivité européenne d’Alsace jusqu’en 2028. Il est également président de la Samins, la société publique de l’Eurométropole qui s’occupe du Marché Gare. Une fonction rémunérée à laquelle le conseil d’administration peut mettre fin s’il le souhaite.

À Strasbourg, des médecins appellent à une minute de silence « pour la mort annoncée de l’hôpital public »

À Strasbourg, des médecins appellent à une minute de silence « pour la mort annoncée de l’hôpital public »

Pénurie croissante de personnel soignant, fermeture de lits malgré la hausse des besoins d’hospitalisation… Le médecin des urgences strasbourgeoises Sébastien Harscoat et plusieurs de ses collègues appellent à une minute de silence vendredi « pour la mort annoncée de l’hôpital public ».

« On démarre l’hiver sans aucune possibilité d’ouvrir le moindre lit supplémentaire. Je suis médecin depuis 16 ans. On a connu des moments difficiles. Mais ce qu’on vit là est inédit. » Dorothée Bazin-Kara exerce au sein du service de néphrologie des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS). Son collègue Sébastien Harscoat partage le constat d’une décennie de « dégradation continue, au niveau du budget, des effectifs et des lits d’hospitalisations ». Médecin aux urgences, il estime qu’ « entre 15 et 20% des lits de médecine et de chirurgie des HUS sont fermés actuellement ».

Avec ses collègues, il appelle tout le personnel hospitalier à observer une minute de silence « pour la mort annoncée de l’hôpital public » devant le parvis de chaque site des HUS, vendredi 10 décembre à 14 heures.

De gauche à droite : Dr Floriane Zeyons, cardiologue, Dr Dorothée Bazin-Kara, néphrologue, Dr Vincent Poindron, médecin immunologue, Dr Annie Trinh, cardiologue et Dr Sebastien Harscoat, médecin aux urgences des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Un sous-effectif croissant depuis 2018

Dans son service, Sebastien Harscoat a vu un médecin partir après un mois d’exercice tant les conditions de travail étaient épuisantes. Toujours aux urgences, le docteur constate que des infirmières essuient un refus de la direction lorsqu’elles démissionnent. « Pour partir, elles sont obligées d’abandonner leur poste », souffle l’urgentiste qui rappelle :

« Il y avait déjà un manque de 150 soignants aux HUS en 2018, mais aujourd’hui ce sont 300 postes qui manquent, dont 150 infirmières spécialisées, mais aussi des manipulateurs radio, des techniciens de laboratoire, des assistantes sociales, des kinés… »

« Tout le monde se demande s’il ne ferait pas mieux de quitter l’hôpital »

Cette dégradation constante des moyens de l’hôpital public strasbourgeois aboutit à un « cercle vicieux », comme le décrit Sebastien Harscoat :

« Dans cette pénurie d’infirmières et de personnel soignant, on finit par tomber dans la maltraitance en rappelant les soignants sur leurs repos ou leurs congés. Ils finissent par jeter l’éponge sinon leur santé est atteinte. Aujourd’hui je crois que tout le monde se pose la question chaque jour : est-ce que je ferais pas mieux de quitter l’hôpital ? »

Pour Vincent Poindron, médecin du service d’immunologie des HUS, cette situation de sous-effectif au niveau des infirmières existe depuis plus de dix ans :

« Chaque été, on ferme des services pour permettre aux infirmières de prendre leurs vacances. Mais en une décennie, aucun responsable politique n’a essayé de mettre fin à cette dégringolade du service public… »

Retard accumulé, reprogrammation et risque de décès

Dorothée Bazin-Kara décrit les conséquences de cette pénurie d’infirmières :

« Les blocs opératoires ne fonctionnent qu’à 70-80%. Et l’été dernier, c’était encore pire. Les chirurgiens ne pouvaient pas opérer par manque de personnel. Donc on n’arrive pas à rattraper le retard accumulé avec les hospitalisations déprogrammées pour faire face à la pandémie… »

De même, la cardiologue Floriane Zeyons décrit un stress quotidien dans la gestion de l’urgence et du tri des patients :

« Sur les hospitalisations, il faut faire le choix entre les patients des urgences qui attendent sur un brancard dans un couloir, prendre des patients programmés pour des hospitalisations déjà reprogrammées trois fois ou prendre les gens qui nous sont adressés par leur spécialiste. À force de manquer de place, on fait de la mauvaise médecine. Un jour ou l’autre, ça va être trop de risques accumulés et on aura des décès… »

Interrogés sur leurs revendications, les médecins se joignent à l’objectif affiché par Sebastien Harscoat : « On veut juste soigner correctement les malades ! » Le médecin urgentiste souhaite alerter « sur l’état de l’hôpital public, moribond et exsangue de ses soignants. Car c’est à la population de se mobiliser pour que les institutions prennent de véritables actions afin de sauver l’hôpital public. »

Un hôpital en attente de soutien du gouvernement

Ces derniers mois, Rue89 Strasbourg a révélé à plusieurs reprises les difficultés de l’hôpital public strasbourgeois. En manque de personnel, le service hépato-gastro de Hautepierre ne pouvait plus assurer la sécurité des malades mi-octobre 2021. La pédiatrie fait face à des difficultés similaires, entre lits fermés et sous-effectif. Les chefs de service de ce pôle sont contraints de réfléchir à l’abandon de certaines offres de soins. Ainsi, pour éviter une « régression », les Hôpitaux de Strasbourg réclament une aide de 100 millions d’euros à l’ARS.

La maire de Strasbourg Jeanne Barseghian (EELV) et son adjoint en charge de la Santé, Alexandre Feltz (PP), espèrent attirer l’attention du gouvernement sur la situation des HUS alors que le Premier ministre Jean Castex (LREM) doit se rendre au Nouvel hôpital civil samedi :

« Nous attendons de l’État un soutien à la mesure de la situation du centre hospitalier le plus endetté de France. Cette situation résulte notamment de choix qui ont favorisé l’offre de soins privés au détriment de l’hôpital public. »

Dans une interview aux Dernières nouvelles d’Alsace publiée jeudi soir, le Premier ministre a confirmé que l’État reprendrait à son compte 190 millions d’euros de la dette des HUS, soit 40% de l’endettement total de l’établissement public (comme l’Agence régionale de santé l’avait indiqué au président de la commission d’établissement en septembre, voir notre interview). Jean Castex a également confirmé que l’État financerait à hauteur de 75% les 28 millions d’euros nécessaires pour rénover les locaux de la pédopsychiatrie (lire le reportage de Rue89 Strasbourg dans ces locaux).

À Strasbourg, l’ambassadrice du Royaume-Uni en France cherche à relancer la coopération universitaire

À Strasbourg, l’ambassadrice du Royaume-Uni en France cherche à relancer la coopération universitaire

Nouvelle ambassadrice du Royaume-Uni en France, Menna Rawlings doit reconstruire des décennies de coopération après que le Brexit ait soudainement tout arrêté. Elle était à Strasbourg lundi.

Ambassadrice du Royaume-Uni en France depuis fin août, Menna Rawlings a fort à faire pour éviter que les relations entre les deux nations ne se résument à nouveau à une rivalité coriace. Outre la question migratoire et l’épineux dossier de la pêche, le Royaume-Uni constate que depuis le Brexit, les étudiants français ont plus de difficultés pour venir étudier à Oxford, Cambridge ou Cardiff. De passage à Strasbourg lundi 6 décembre, Menna Rawlings a détaillé sa stratégie pour relancer les échanges académiques entre les deux pays.

Menna Rawlings dans l’aula du Palais universitaire Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Rue89 Strasbourg : Les étudiants français et alsaciens en particulier appréciaient de pouvoir partir à Londres quelques mois afin d’y poursuivre une partie de leurs études. Depuis que le Royaume-Uni ne participe plus au programme européen Erasmus, ce n’est plus possible. Qu’allez-vous faire pour y remédier ?

Menna Rawlings : Le Royaume-Uni a une longue tradition universitaire, avec des centres d’excellence comme Oxford ou Cambrige, et des universités d’excellent niveau à Edimbourg, Manchester, Liverpool, Cardiff… Nous sommes en train de mettre en place les outils administratifs et légaux pour remplacer Erasmus. Et nous encourageons les universités, comme celle de Strasbourg, à mettre en place des protocoles avec les universités britanniques qui les intéressent. C’est aux régions, aux villes et aux universités de créer ces liens directs, sans attendre des accords internationaux qui seront forcément longs à établir. C’est la raison pour laquelle je me suis engagée à visiter chaque région de France pendant ma première année en tant qu’ambassadrice.

Demander aux universités de se débrouiller entre elles, ça risque de produire un ensemble d’accords complexe à décortiquer pour les étudiants, non ?

Je ne le pense pas. D’une part, il n’est pas nécessaire pour un étudiant français de demander un visa pour étudier au Royaume-Uni moins de six mois. Et à l’ambassade, nous veillons à rendre les procédures aussi simples que possible pour les durées plus longues. D’autre part, nous avons créé un programme national qui a permis à 3 000 étudiants britanniques d’étudier en France en 2021. Nous espérons qu’un programme similaire sera mis en place en France rapidement, même si nous sommes bien conscients que ce n’est pas le moment de mettre un tel programme à l’agenda diplomatique.

Est-ce que finalement, vous n’êtes pas en train de reconstruire, brique après brique, les accords qui prévalaient avant le Brexit ?

Il ne s’agit pas de regarder en arrière. Le Brexit est une réalité à présent, le peuple britannique a voté, le gouvernement l’a fait, il faut désormais construire l’avenir. Mon travail aujourd’hui consiste à détecter quelles entités françaises pourraient, ou voudraient, développer des liens plus étroits avec le Royaume-Uni. Ainsi, je reviendrai prochainement à l’Université de Strasbourg, afin de discuter avec le président Deneken de l’association du Royaume-Uni au programme européen Horizon, qui encadre les échanges internationaux au niveau des enseignants-chercheurs.

Que sont devenus les 104 réfugiés afghans arrivés en août à Strasbourg ?

Que sont devenus les 104 réfugiés afghans arrivés en août à Strasbourg ?

Suite à la prise du pouvoir des talibans en Afghanistan, 104 réfugiés sont arrivés à Strasbourg le 26 août. Hébergés à l’hôtel Mercure de la place de Bordeaux, ils ont tous été relogés depuis grâce aux dispositifs dédiés aux demandeurs d’asile. Environ la moitié de ce contingent est resté dans le Bas-Rhin tandis que l’autre a été dispersée dans toute la France.

Les 104 réfugiés afghans, arrivés en août à Strasbourg, ont tous déposé leur demande d’asile à la préfecture. « L’examen de ces demandes est en cours et devrait prendre de 6 à 12 mois. Ils devraient obtenir une réponse favorable étant donnée leur parcours », explique Arnaud Fritsch, directeur de l’association Foyer Notre-Dame de Strasbourg.

Hôtel réquisitionné pour l'accueil de demandeurs d'asile à Strasbourg fin août 2021. Place de Bordeaux. (Photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc).
L’hôtel réquisitionné pour l’accueil de demandeurs d’asile à Strasbourg fin août 2021. (Photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc).

Tous relogés grâce à des dispositifs dédiés aux demandeurs d’asile

Suite à la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan le 15 août, l’armée française a évacué 2 834 personnes — dont plus de 2 600 ressortissants afghans — de Kaboul dans le cadre de l’opération spéciale Apagan. 104 d’entre eux sont arrivés jusqu’à Strasbourg, le 26 août. La préfecture du Bas-Rhin a alors réquisitionné l’hôtel Mercure de la place de Bordeaux, vide pour cause de travaux, afin de les loger en urgence.

Depuis le 20 septembre, ces réfugiés afghans ont tous quitté cet hôtel et relogés dans les structures affectées à l’hébergement des demandeurs d’asile : des Cada (Centres d’accueil de demandeurs d’asile) et des des Huda (Hébergement d’urgence des demandeurs d’asile).

Une moitié encore dans le Bas-Rhin, l’autre un peu partout en France

La préfecture avait mandaté l’association du Foyer Notre-Dame, qui gère déjà plusieurs centres d’hébergement de demandeurs d’asile, pour assurer l’accueil et le suivi de ces personnes. Son directeur, Arnaud Fritsch, précise :

« De nombreuses familles, quelques hommes isolés et un petit nombre de femmes seules composent le groupe de 104 Afghans hébergés à l’hôtel Mercure. Il y a beaucoup d’enfants dont certains en bas âge. Entre 40 et 50 réfugiés sont toujours hébergés dans le Bas-Rhin et à Strasbourg. L’autre moitié a été réorienté un peu partout en France : Lille, Nantes, Paris… »

En attendant la réponse de l’Ofpra concernant leurs demandes d’asile, les 104 Afghans disposent tous d’un titre de séjour temporaire qui leur permet de rester sur le territoire français pendant ce temps (voir notre article dédié sur la procédure d’asile). Le Cada de l’association Foyer Notre-Dame à Strasbourg a pris en charge une vingtaine de ces ressortissants, répartis en petits groupes dans des logements sociaux et des logements du parc privé. L’association Accueil Sans Frontières 67 de Saverne et le Cada de l’unité locale de la Croix-Rouge française en ont également pris en charge une partie.

Manifestation contre le GCO samedi 11 décembre, jour de son inauguration

Manifestation contre le GCO samedi 11 décembre, jour de son inauguration

Le collectif GCO Non Merci appelle à manifester samedi, jour de l’inauguration de l’autoroute A355, à proximité de la gare de péage d’Ittenheim. Ils souhaitent rappeler au Premier ministre Jean Castex, présent pour l’occasion, que le GCO (Grand contournement ouest) est « incompatible avec la lutte contre le dérèglement climatique ».

La cérémonie d’inauguration du GCO (Grand contournement ouest, lire tous nos articles) est prévue samedi 11 décembre, en présence du Premier ministre Jean Castex. Pour le collectif GCO Non Merci en revanche, par de quoi célébrer la création de cette autoroute de 24 km, le collectif appelle à manifester le même jour à 10 h, à Ittenheim, dans un champ proche du lieu de l’inauguration :

« Nous souhaitons rappeler à M. Castex et au gouvernement que le GCO est inutile et incompatible avec la lutte contre le dérèglement climatique ».

Communiqué du collectif GCO Non Merci du jeudi 9 décembre
Mi-novembre, le collectif GCO Non merci avait déjà manifesté contre une ouverture au public du GCO Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Appel à ne pas participer à l’inauguration

Le collectif appelle également les élus à boycotter l’événement pour « ne pas se rendre complices d’un fiasco prévisible et annoncé ». Dans un communiqué, les membres du collectif ajoutent :

« Il semblerait qu’une partie de l’exécutif actuel de l’Eurométropole de Strasbourg (EMS), bien que s’étant battu contre le GCO, s’en accommode aujourd’hui, en réduisant la vitesse et la circulation sur la M35, entérinant ainsi un principe de “régulation par la saturation” (pour que des usagers consentent à emprunter le GCO, il faut que la M35 soit saturée) et d’exportation des nuisances ».

Pour le collectif, « avec une concession de 54 ans, toutes futures politiques de baisse des flux routiers visant à réduire les nuisances pour tous entreront en contradiction avec les intérêts de Vinci et de ses actionnaires » :

« Le GCO ne se contentera pas d’accueillir les camions en transit de la M35, mais il en attirera des milliers en plus en Alsace. La pollution générée pas tous ces poids lourds, sous l’effet des vents dominants, reviendra vers l’agglomération strasbourgeoise, comme l’a démontré l’association Strasbourg Respire. En ajoutant à cela que le contournement ne soulagera pas la circulation pendulaire domicile-travail des zones périurbaines vers l’EMS. Au contraire, il aggravera la congestion sur l’axe Ittenheim-Strasbourg (+14 000 véhicules jour /semaine). »

Parcelle où se déroulera le rassemblement
Parcelle où se déroulera le rassemblement. (Image collectif GCO Non Merci)

Pour rappel, la date exacte de mise en service de l’A355 n’est pas encore connue précisément mais elle devrait se dérouler entre le 12 et le 17 décembre.

Après deux semaines, le collectif « Pas d’enfant à la Rue » grandit et s’adresse à la mairie

Après deux semaines, le collectif « Pas d’enfant à la Rue » grandit et s’adresse à la mairie

Les membres du collectif « Pas d’enfant à la Rue », fondé fin novembre, s’organisent. Une cinquantaine de personnes sont venues porter des revendications auprès la municipalité quant à l’hébergement des sans-abris. Cette dernière ne prend pas d’engagement supplémentaire. 

Ils sont plus d’une cinquantaine à avoir répondu à l’appel. Enseignants, parents d’élèves, membres d’associations et citoyens se sont rassemblés pour appeler la municipalité à prendre ses responsabilités quant à l’hébergement des personnes sans-abri et en particulier les enfants. Leurs revendications sont triples : qu’aucun élève ne dorme à la rue, que tous les enfants vivant à Strasbourg puissent s’inscrire à l’école, ainsi qu’à la cantine. Le collectif ne veut pas prendre en charge ces questions, mais pousser la Ville à le faire. 

Une cinquantaine de manifestants et un noyau dur de vingt personnes

Yaël, enseignante à l’école élémentaire Langevin explique qu’ils sont une trentaine de personnes à s’être inscrits sur la liste de diffusion par e-mail du collectif. « Et chaque jour, on reçoit deux ou trois messages d’écoles qui nous contactent – enseignants, infirmiers… pour nous faire part de situations d’enfants à la rue ». Le collectif a aussi contacté des établissements scolaires suite à des informations relayées par des associations de maraude. « Ça va dans les deux sens, et c’est inquiétant car les personnes sont isolées », estime l’enseignante. « Parfois les enseignants ne sont pas au courant et parfois quand ils le sont, ils ne savent pas quoi faire », résume-t-elle.

Les manifestants se rassemblent devant le centre administratif, place de l’Étoile. Photo : CB / Rue89 Strasbourg / cc

« Les associations de parents d’élèves sont là et c’est un super levier, on ne peut pas laisser les gens à la rue pour Noël » estime Yaël. Parmi les personnes mobilisées, il y a les enseignants, mais aussi les parents d’élèves et leurs associations. Marie-Jane est l’une d’entre elles. « Nous sommes beaucoup de personnes de partout, je trouve qu’on a une bonne dynamique et que notre impact existe déjà ». L’impact, selon elle, est qu’un lien s’est créé à travers différentes écoles de Strasbourg et que les informations circulent vite.

« Pas d’Enfant à la Rue » compte une petite vingtaine de membres actifs. Les infos fusent sur le groupe de messagerie instantanée. Enseignants, parents d’élèves, membres d’association ou citoyens engagés, le collectif rassemble. « Et c’est voué à grandir », espère Catherine, enseignante à l’école maternelle Langevin.

Deux semaines d’action et un bilan positif

Quant aux actions, une lettre à la Direction académique au service de l’Éducation nationale (Dasen) est en préparation. « On ne s’est pas tournés vers la préfecture pour ne pas mettre en danger certaines familles (dont la demande d’asile a été refusée, NDLR) », précise Catherine. Des actions de tractage ont eu lieu samedi au Marché de Noël et devant certaines écoles, pour mettre au courant les parents d’élèves. « Sur le Marché de Noël, c’était un peu compliqué car il y avait beaucoup de touristes, ou de personnes qui ne se sentaient pas concernées », explique Anne-Claire, enseignant au collège du Stockfeld.

À l’issue de la manifestation, sept membres du collectif ont également rencontré des élus municipaux. « On sait que la municipalité adhère à notre cause : la question c’est de voir si c’est uniquement du blabla, ou s’ils sont prêts à agir » se demande Marie-Jane. Catherine rejoint la mère d’élève : « la Ville a une responsabilité de mise à l’abri des personnes en danger, on ne veut plus entendre dire qu’elle ne peut rien faire ».

Pendant la mobilisation, plusieurs enfants accompagnent leur parents. Photo : CB / Rue89 Strasbourg / cc

Des situations recensées dans tous les quartiers

En deux semaines, le collectif s’attelle à aider les associations à mesurer l’ampleur du phénomène des élèves sans-abri. Car l’un des impacts mesurable du collectif, c’est le recensement de ces situations. « On a eu des alertes dans les quartier du Conseil des XV, Reuss, Cronenbourg, Hautepierre, Schiltigheim, Vauban, Émile Mathis, Pontonniers… C’est dans toute la ville, » insiste Yaël. « On a essayé de faire le point mais c’est compliqué. » La Ville annonce entre 40 et 60 enfants dans la rue, mais le collectif estime que le chiffre est plus proche de la centaine en comptant les enfants qui ne sont pas scolarisés.

Certaines familles identifiées sont dans un processus de demande d’asile, plusieurs autres ont obtenu leurs papiers, ou sont de nationalité française. « Ça fait peur, parce que ça touche tout le monde, » s’alarme Marie-Jane.

Trois revendications et une exigence : des actions concrètes

Le collectif a élaboré ses premières propositions. « Les écoles pourraient proposer une adresse postale, pour que ce ne soit plus un obstacle à l’inscription », résume Catherine. À la cantine, ils demandent la gratuité des repas pour les enfants concernés.

Emmanuelle prend la parole face à la cinquantaine de manifestants rassemblés devant le centre administratif, pour expliquer les revendications qui seront communiquées à la mairie le soir même Photo : CB / Rue89 Strasbourg

Quant à l’hébergement d’urgence, « on sait que la Ville va nous dire que c’est de la responsabilité de la préfecture », prédit Catherine. « Mais on ne veut plus l’entendre ». Yaël complète : « On surveille le gymnase ouvert par la préfecture, on ne sait pas quand il va fermer et c’est très anxiogène pour les familles qui y sont ». Fin novembre, 80 places de mise à l’abri ont été créées dans le cadre du plan grand froid.

Pour Marie-Jane, la rencontre avec la municipalité sera un succès si cette dernière leur offre des solutions « à mettre en place dans la semaine ». Pour l’hébergement : « mettre à disposition des habitats de la Ville inoccupés, ou déléguer leur gestion à des associations si la Ville ne peut pas le faire elle-même, et y garantir un accès inconditionnel » explique Yaël :

« On n’est pas là contre la Ville. Mais on veut leur dire que ce n’est pas notre rôle de citoyens d’héberger les gens – et pourtant on le fait. Ce n’est pas notre rôle de donner dans des cagnottes – et pourtant on le fait. L’État ne le fait pas mais nous, citoyens, on le fait : la Ville peut le faire aussi. »

Yaël, enseignante à l’école élémentaire Langevin

En fin de manifestation, Emmanuelle, membre de l’Association des parents d’élèves de l’enseignement public en Alsace (Apepa) prend la parole. « Nous sommes réunis pour que les écoliers soient des écoliers et qu’on ne les définisse pas en fonction de la situation ou de la fortune de leurs parents », explique-t-elle, au petit cercle qui s’est formé autour d’elle. Après de brefs applaudissements, les manifestants scandent « Pas d’enfant à la rue », avant de recommencer à parler entre eux.

De son côté, la Ville « ne s’engage à rien »

À l’issue de la rencontre avec quatre élues, dont Marie-Dominique Dreyssé (EELV) et Hülliya Turan (PC), l’adjointe à l’Éducation, les représentantes du collectif ressortent déçues. Sabine Carriou, présidente de l’association Les Petites Roues, raconte :

« La discussion tournait en rond. Marie-Dominique Dreyssé (EELV) a expliqué qu’avec 400 nouveaux demandeurs d’asile par mois, la Ville ne pouvait pas gérer. Apparemment, elle n’avait pas compris la teneur de la réunion. Seule Hülliya Turan a dit ne pas s’opposer à l’occupation d’une école. »

Sur des hébergements supplémentaires, la bénévole s’est heurtée à un mur. « Ils nous ont dit avoir déjà créé 194 places, que ce n’est pas leur compétence, et qu’en tant qu’élus ils ne peuvent pas prendre de décision », explique Sabine.

Quant aux demandes pour la scolarisation facilitée, « on nous a dit que tout était déjà mis en œuvre pour que tous les enfants soient scolarisés. En gros on ne nous croit pas », déplore-t-elle. Seule petite victoire : la gratuité de la cantine pourrait être envisagée, en discussion avec la Collectivité d’Alsace. Après ce premier rassemblement, qui a permis d’élargir la base de soutiens, « on a des idées d’actions, et la mobilisation continue », promet Sabine Carriou.

Au Maillon, Carte Noire à l’afro-féminisme

Au Maillon, Carte Noire à l’afro-féminisme

Le théâtre du Maillon anime un nouveau temps fort, consacré cette fois-ci à l’afro-féminisme. À l’intersection des oppressions et des luttes, ce mouvement oppose une résistance farouche à la norme et à l’invisibilisation des femmes noires. Avec ce focus, le Maillon ouvre tout son espace pour l’expression d’une parole puissante, multiple et marginalisée dans une société encore réfractaire. Théâtre, danse, lecture et ateliers, c’est un bouillonnement artistique qui fait la part belle au décloisonnement des arts et des corps.

Pour son focus de décembre, le Maillon a choisi de programmer une grande variété de formes artistiques. La lecture organisée mercredi 10 décembre par exemple propose de découvrir des morceaux choisis de littérature afro-féministe. Des textes que ne croisent que rarement le grand public, et qui sont d’autant plus précieux par leur éclectisme. Dans les murs du théâtre, des spectacles inédits sont proposés.

Carte Noire nommée Désir, l’espace de la parole rare

L’idée de Carte Noire nommée Désir germe en 2017, alors que Rébecca Chaillon travaille au théâtre de La Loge, à Paris. La direction lui propose alors une « carte blanche », terme consacré pour désigner les invitations que les théâtres adressent aux artistes. Ils fournissent un lieu, un temps d’accueil, des moyens et n’ont aucun droit de regard sur le travail mené. Rébecca Chaillon répond qu’elle préfèrerait plutôt une « carte noire », à la fois jeu de mot et référence à la célèbre marque de café. Né comme une blague, le projet s’affirme peu à peu avec la volonté d’offrir un espace théâtral de libre expression à plusieurs femmes noires. Le café est un produit aisément associé à la notion de désir, mais aussi à la couleur de peau.

Le jeu de mot de la « carte noire » porte en lui tout un imaginaire qui a mûri pour aboutir à ce spectacle. Photo : Sophie Madigand

Sur le plateau, les huit performeuses sont poétesses, chanteuses lyriques, comédiennes, circassiennes. La pluridisciplinarité de l’ensemble reflète la diversité des profils. Ces femmes ont des vécus et des identités différentes. Pourtant, dans la discrimination, elles se sont retrouvées assignées à leur statut de femme noire. Le spectacle est politique, mais aussi esthétique. La parole des afro-descendantes trouve un espace de résonance rare et elles comptent en profiter.

Ouvert à partir de 16 ans, Carte Noire nommée Désir chamboule allègrement les habitudes de représentation, infusées dans l’inconscient collectif. À l’intersection des luttes anti-racistes et féministes, l’afro-féminisme croise les histoires et les clichés. La marge de liberté permise dans ce projet permet l’explosion d’une créativité inhabituelle. C’est une chance de découvrir des esthétiques, des approches et des vécus éloignés de toute norme dominante.

La danse comme réunion des vies

Le spectacle Mailles réunit autour de la musicienne et chorégraphe Dorothée Munyaneza six femmes noires d’horizons variés. Malgré la disparité des peuples et des origines, Dorothée Munyaneza a pu constater la force transcendante du féminisme, une résistance nécessaire face aux crimes commis contre les femmes. Avec ses camarades, l’artiste tisse un spectacle dont la force vient du rassemblement. Le corps en mouvement devient collectif, et chacune de ses individualités renforce la structure globale.

Les costumes de Stéphanie Coudert proposent différentes approches de la liberté des corps. Photo : Leslie Artamon

La musique, le chant et la parole s’entremêlent de la même façon. De la cacophonie des voix et des clochettes émerge une harmonie singulière et inattendue. C’est parce que chaque parole s’exprime dans l’écoute et la solidarité du groupe que le résultat dégage une telle force. Chacune des participantes témoigne de son parcours, de la violence de son histoire. Tous les récits convergent alors dans un moment poétique vibrant d’énergie.

Une clôture engageante, pour passer à l’action

La journée de samedi terminera ce temps fort par de nombreux événements, dont certains participatifs. C’est le cas de l’atelier en mixité choisie Performer l’intime proposé par Aurore Déon. La comédienne accompagnera le public dans un travail de cartographie de vie, une matérialisation des émotions et du vécu, à travers la performance et le travail du corps. Dans Déployer les imaginaires c’est un travail de l’esprit, puisqu’il s’agira de repenser la façon de raconter les histoires. Les enfants (entre 6 et 10 ans) pourront adopter des points de vue plus marginaux, moins évidents, et ainsi redécouvrir des histoires qui semblaient monolithiques.

La symbolique des liens tressés et de la force issue de l’union est très présente dans l’afro-féminisme. Photo : de Vincent Zobler

L’afro-féminisme engage autant les artistes et les militantes que les chercheuses. La table ronde, samedi 11 décembre le matin Questionner les récits manquants réunira ainsi la chorégraphe Dorothée Munyaneza, la metteuse en scène Rébecca Chaillon ainsi que la sociologue Nassira Hedjerassi. Cette discussion portera sur l’autonomisation, la prise d’initiative dans la construction des mémoires collectives et la restauration des récits manquants.

Dans la foulée, un brunch sera organisé par BIM ! le bistrot du Maillon. Le DJ set prévu pour la soirée de clôture a dû être reporté suite aux annonces gouvernementales du 6 décembre, mais il devrait être reprogrammé dès que la situation sanitaire le permettra.