Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

« L’Événement » d’Audrey Diwan : un film magistral sur l’avortement

« L’Événement » d’Audrey Diwan : un film magistral sur l’avortement

En adaptant le récit autobiographique d’Annie Ernaux, L’Événement, Audrey Diwan donne à voir au plus près l’avortement d’une jeune fille en France, dans les années 1960. Avec ce deuxième film, la réalisatrice change radicalement de style et s’impose comme une grande metteuse en scène. Rencontre.

En 1963, Annie Ernaux a 23 ans quand elle tombe enceinte. Elle est en fac de lettres, dans une famille qui n’a pas fait d’études. Elle choisit d’interrompre cette grossesse non désirée. À cette époque-là, en France, la contraception est interdite et le fait de subir, pratiquer ou aider un avortement est passible d’une peine de prison et d’amende. En 2000, la romancière raconte son histoire, aujourd’hui adaptée au cinéma par Audrey Diwan.

La réalisatrice signe un film fort, où son actrice, Anamaria Vartolomei, ne quitte pas l’écran. Le spectateur suit ce parcours de combattante, les yeux écarquillés, jusqu’au bout, au plus près de ce qu’ont pu vivre des millions de femmes jusqu’en 1975.

Bande annonce de l’Événement (doc. remis)

Rue89 Strasbourg : Quelles ont été vos relations avec Annie Ernaux, l’autrice de L’Événement, pour cette adaptation?

Audrey Diwan : Je lui ai demandé l’autorisation d’adapter son livre, en lui envoyant mon premier film Mais vous êtes fou, et en lui parlant de mon projet. Comme c’est un récit autobiographique, je sentais peser sur moi une charge plus importante qu’avec un roman classique. Nous nous sommes rencontrées et j’ai pu lui poser tout un tas de questions sur le hors-champ du texte : ses parents, ses amis, des choses très intimes sur son désir, son rapport au sexe… Puis elle a dû lire deux ou trois versions du scénario, en me pointant ce qui était plus ou moins juste. Je travaille de façon empirique, j’ai besoin d’essayer pour voir si ça fonctionne, de me tromper, de recommencer.

C’est une vraie réussite, parce que vous ne respectez pas le livre à la lettre, mais on y retrouve la force du récit d’Annie Ernaux. Dans le livre, le personnage de Pio Marmaï n’existe pas, la « faiseuse d’ange » est très différente et l’avortement y est encore plus cru.

J’ai gardé les images fondamentales, qui m’avait tellement marquée à la lecture, puis j’ai changé des choses tout en gardant la justesse de l’histoire. Il y a une question que je voulais développer, et qui l’est moins dans le livre, c’est la dimension sociale de cette première génération d’étudiants issus du prolétariat. Quelle pression sociale pèse sur leurs épaules ? Je voulais aussi incarner le corps enseignant, et j’ai créé ce professeur joué par Pio Marmaï, qui m’a été inspiré par des récits d’Annie Ernaux.

Pour Anna Mouglalis, qui ne correspond pas physiquement à la « faiseuse d’ange » du livre, j’ai joué avec le mystère que dégage cette actrice. Elle incarne cette inconnue, qui disparaît totalement de la vie d’Anna et qui a été pourtant si importante, vitale.

Pour l’avortement, la scène est légèrement différente. Ce qu’il m’importait de montrer, c’est la jeune fille qui la soutient. Toutes les femmes qui ont avorté ont parcouru des chemins différents, faits de hasards et de rencontres, où l’on ne sait jamais qui va nous aider, qui va nous trahir.

Anne (Anamaria Vartolomei) dans les bras de sa mère (Sandrine Bonnaire) (doc. remis).

Dans son livre, Annie Ernaux écrit : « Je ne crois pas qu’il existe un Atelier de la faiseuse d’ange dans aucun musée du monde ». C’était un enjeu de réparer cette invisibilité de la souffrance des femmes ?

Oui ! Cela a d’ailleurs posé problème quand il s’est agi de représenter un avortement clandestin ! Comment ça se passait ? Quels objets étaient utilisés ? Nous avons travaillé avec des universitaires, afin de trouver les bonnes sondes dans un musée de la médecine. Cela a accru la nécessité de faire ce film, car cela n’avait jamais été représenté avant.

Mais le film n’est pas moralisateur, je voulais qu’il puisse ouvrir le débat. L’âge et le vécu des premiers spectateurs est très varié. Des femmes et des hommes me racontent leur histoire. Il y a par exemple un homme qui allait régulièrement en Angleterre dans les années 1960, et qui voyageait avec des femmes « blafardes ». Tout le monde savait pourquoi elles étaient là. Je raconte aussi que j’ai lu L’Événement suite à une interruption volontaire de grossesse, et cet « aveu » libère les discussions. C’est très intense.

Le film a un parti pris esthétique très fort : comment en êtes-vous venu à cette idée du format carré, avec le personnage d’Anna constamment présente dans le cadre ?

C’est venu pendant le temps long de l’écriture. Dès le début, je me suis demandé quelles étaient les raisons d’être de mon film, je voulais que ce soit une expérience : je ne voulais pas que l’on regarde Anne, mais que l’on soit en adéquation avec ce qu’elle vivait. Le cadre resserré permet de se concentrer sur l’essentiel : ce qu’elle ressent, son corps. Il permet aussi d’écarter le côté restitution de l’époque et de garder une actualité. Je trouve que c’est aussi un cadre très narratif, parce qu’on ne voit pas les choses arriver : les personnages surgissent dans le cadre. Anne vit dans cette angoisse et ainsi le spectateur reste en tension avec elle.

Comment avez-vous vécu ces contraintes formelles ?

Je ne les ai pas vécues comme des contraintes. Ce format a été pensé dans son évolution : au début, elle est intégrée dans un groupe d’étudiants, puis elle se retrouve seule jusqu’à une sensation de claustration. On a joué avec le cadre.

Anamaria Vartolomei qui est de tous les plans de l’Événement (doc. remis).

Pour décrire ces trois mois jusqu’à l’avortement, Annie Ernaux parle d’une « expérience humaine totale », « une expérience vécue d’un bout à l’autre au travers du corps ». Comment avez-vous travaillé cette notion de corps avec la comédienne Anamaria Vartolomei ?

Le temps imposé du confinement a été une chance pour notre travail. On se voyait par zoom et on se conseillait des films à regarder. On a construit petit à petit son attitude corporelle : comment elle se déplace, son regard par en-dessous, et on a travaillé ses silences. Qu’est-ce qu’elle se dit quand elle se tait ? Anamaria m’a dit qu’elle avait appris à dés-intellectualiser, à s’abandonner sur ce tournage.

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#hôtel Vendôme

Jeudi, une marche contre les violences sexistes et sexuelles

Jeudi, une marche contre les violences sexistes et sexuelles

À l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le collectif Nous Toutes 67 organise une marche contre les violences sexistes et sexuelles jeudi 25 novembre.

À l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, l’antenne alsacienne du collectif féministe Nous Toutes organise une marche à Strasbourg, le rendez-vous est fixé jeudi 25 novembre à 17h30 au parc de l’Étoile. Et le mot d’ordre, déjà trouvé : « Stop aux violences sexistes et sexuelles ».

Après la manifestation nationale qui s’est déroulée le 20 novembre à Paris, avec 50 000 personnes selon les organisateurs (18 000 selon la préfecture de police), le rassemblement se décline cette fois-ci dans plusieurs villes dont Strasbourg.

Tous les deux jours en France, une femme meurt assassinée

Avec toujours l’idée de défendre les femmes et de lutter contre les violences qu’elles subissent au quotidien. Le collectif Nous Toutes l’écrit sur son site :

« Chaque jour, dans notre pays, des femmes sont victimes de violences psychologiques, verbales, économiques, administratives, médicales, obstétricales et gynécologiques, physiques ou sexuelles. Plus de 30% des femmes sont victimes de harcèlement sexuel au travail. Tous les deux jours, une femme meurt assassinée par son compagnon ou son ex-compagnon. »

« Nous appelons toutes celles et tous ceux qui veulent en finir avec ces violences à nous rejoindre et marcher à nos côtés », peut-on lire sur la page Ffacebook dédiée à l’évènement de Strasbourg.

Illustration pour le collectif « Nous Toutes », lors de la Marche contre les violences faites aux femmes, en 2019.

À Kilstett, des hooligans néonazis se battent en plein centre-ville

À Kilstett, des hooligans néonazis se battent en plein centre-ville

Dimanche 21 novembre, en début d’après-midi, les hooligans néonazis de Strasbourg Offender se sont battus contre les rémois du MesOs en plein centre-ville de la commune de Kilstett.

La vidéo a été très partagée à Kilstett. Plus d’une trentaine d’hommes en noir se battent en pleine rue. Il est 13 heures passées dimanche 21 novembre. Le bar-tabac de l’Arbre vert vient de fermer ses portes. Juste devant l’établissement, en plein centre-ville de cette commune de 2 500 habitants, des patates pleuvent. Selon la description des faits par une page Facebook spécialisée dans le hooliganisme, 25 combattants du groupe de hooligans néonazis Strasbourg Offender se sont battus contre une dizaine de hooligans rémois du groupuscule MesOs (dont nos confrères de StreetPress ont déjà parlé ici).

Bagarre à Kilstett entre bandes de néonazis (document remis)

Pour rappel, Strasbourg Offender multiplie les références au nazisme. En marge d’un match contre l’équipe israélienne du Maccabi Haïfa, le groupuscule s’est affiché sur Facebook en faisant le salut nazi, tendant un drapeau plein de croix gammées tout en brûlant des écharpes du club. Plus de deux ans plus tard, les hooligans strasbourgeois continuent de de s’afficher avec quelques bras tendus lors d’un déplacement à Rennes.

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#Kilstett

Affaire Naomi Musenga : le paracétamol hors de cause selon une contre-expertise

Affaire Naomi Musenga : le paracétamol hors de cause selon une contre-expertise

Une contre-expertise médicale explique la mort de la jeune femme, que le Samu n’avait pas pris en charge dès son premier appel, par un accident vasculaire abdominal. Cette analyse autorisée par la justice contredit la thèse officielle d’une intoxication au paracétamol, thèse jusque-là privilégiée par l’institut médico-légal de l’hôpital et repris par l’enquête de la procureur.

Près de quatre ans après le décès de Naomi Musenga, la contre-expertise médicale, à laquelle Rue89 Strasbourg a eu accès, donne un nouvel éclairage sur la mort de la jeune femme. Malgré son appel de détresse, le 29 décembre, l’opératrice des secours s’était d’abord moquée d’elle et le Samu ne s’était déplacé que dans un second temps.

Les conclusions de trois médecins basés à Lille rédigées en octobre 2021, viennent infirmer la thèse jusque-là privilégiée par la procureure de la République, Yolande Renzi, à savoir une intoxication au paracétamol. Une manière d’évoquer une tentative de suicide, qui déresponsabiliserait en partie l’hôpital. Dans son communiqué le 11 juillet 2018, le parquet reprenait alors les conclusions de l’expert médical Jean-Sébastien Raul, médecin responsable de l’Institut de médecine légale, mais également salarié des hôpitaux universitaires mis en cause. Une situation de conflit d’intérêts que personne n’avait soulevée.

« Un état de choc abdominal »

« La mort de Naomi Musenga est liée à l’évolution dramatique d’un état de choc abdominal », conclut la dernière phrase du rapport des trois experts lillois. Cette conclusion vient faire écho au rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), qui mettait également en doute cette hypothèse d’une intoxication au paracétamol.

Les conclusions pointent notamment que « l’analyse histologique du foie ne correspond pas au diagnostic d’une hépatite fulminante au paracétamol ».

À la lecture de ces conclusions, le médecin hospitalier interniste et infectiologue Stéphane Gayet explique comment est survenue la mort de la jeune femme :

« Un accident vasculaire abdominal n’est pas fréquent. Il arrive d’autant moins souvent chez des personnes qui ressemblent à Naomi Musenga, mais plutôt chez des personnes de plus de 50 ans, obèses ou qui fument. Elle a vraisemblablement eu une artère bouchée, une thrombose, puis une hémorragie, ce qui fait très mal. Comme on peut l’entendre dans l’enregistrement, elle souffrait beaucoup. SOS Médecins avait vu que c’était grave. Cela contredit la thèse du paracétamol pour lequel il faut une prise massive, ce qui n’a jamais été son cas, et qui aurait provoqué des vomissements. »

Cette contre-expertise avait été refusée par l’instruction, mais autorisée par la cour d’appel de Colmar. Elle fait suite à une expertise privée, financée par la famille de la victime, qui a dû insister pour qu’un expert en maladies du système digestif figure dans le collège d’experts.

Naomi Musenga en 2006 (photo famille Musenga / doc remis)
Près de 4 ans après le décès de Naomi Musenga, une contre-expertise apporte un regard nouveau. (photo famille Musenga / doc remis)Photo : Famille Musenga / document remis

« Naomi n’est pas morte en vain »

La famille se rappelle du jour où la thèse du paracétamol a été connue du grand public. La veille, ils étaient dans le bureau de la procureur Yolande Renzi. « Je lui ai demandé de ne rien dire là-dessus tant qu’on n’en savait pas plus. En tant que mère, je sais que ma fille n’a pas essayé de s’empoisonner au paracétamol », raconte sa mère Honorine Musenga. La suite, c’est sa soeur Louange qui raconte : « Elle nous a dit, “je ne parle jamais aux journalistes” ».

Le lendemain, la famille était reçue par la ministre de la Santé de l’époque, Agnès Buzyn. Rien de concret n’est ressorti de l’entrevue, mais une fois dans la rue : « On a entendu des gens parler du paracétamol dans notre langue d’origine », poursuit Louange. Ce 11 juillet 2018, Yolande Renzi avait alors publié un communiqué qui citait le paracétamol comme raison probable de la mort de Naomi.

Malgré ces souvenirs douloureux, Honorine Musenga estime que sa « fille n’est pas morte en vain » :

« Grâce à Naomi, on a su qu’il se passait des choses terribles au Samu. Même si elle ne cite jamais son nom, la ministre de la Santé a ordonné une nouvelle formation pour le Samu. »

Un rebondissement dans l’enquête

Pour Louange « c’est maintenant que ça commence ». La famille doit d’abord récupérer l’ensemble du rapport. Et espère démontrer dans le cadre de l’enquête « qu’on aurait pu la sauver avec une bonne prise en charge ». Sur ce point, les conclusions du rapport sont plus prudentes et ne relèvent pas de « carence ou d’anomalie dans le cadre de la prise en charge ».

Aucune date n’est encore annoncée pour la fin de l’instruction. La famille se demande, entre autres, pourquoi aucune autopsie n’a été pu être réalisée entre mort de Naomi survenue le 29 décembre 2017, et le mercredi 3 janvier 2018. Pendant le deuil familial, le corps a été exposé en dehors de la chambre froide, ce qui a contribué à la détérioration de son état et compliqué les analyses.

Pour Honorine Musenga, c’est aussi l’honneur de sa fille qui se voit réhabilité :

« Il faut que les Français qui ont suivi cette affaire et eu connaissance de cette fausse idée sachent la vérité. Notre fille a été faussement accusée de s’être donné la mort. Notre but n’est pas de dire que l’hôpital est criminel, mais qu’il a fait une erreur, qu’il doit tout faire pour ne pas recommencer, le reconnaître et s’en excuser. »

À qui appartient Strasbourg ? Une série d’enquêtes sur la prédation immobilière et ses effets

À qui appartient Strasbourg ? Une série d’enquêtes sur la prédation immobilière et ses effets

Trois journalistes et plus de trois mois de travail sur une importante base de données et sur le terrain ont été nécessaires pour produire cette enquête en quatre épisodes sur le marché de l’immobilier strasbourgeois. Ou comment les habitants subissent de plus en plus les pratiques des investisseurs financiers et autres marchands de biens avides de grosses plus-values.

Au départ, il y a un fichier rendu public par le ministère des Finances à Bercy. On y trouve les adresses détenues par des personnes morales (entreprises, associations, etc.) dans toutes les villes de France. Ce fichier ne précisant pas la nature des locaux détenus  (logements, bureaux, commerces, entrepôts…), et la direction générale des finances publiques refusant de nous donner cette information complémentaire, nous avons développé une méthode basée sur la recherche en source ouverte afin de séparer les logements du reste.

Retour de la finance, locataires pénalisés, embourgeoisement

Rien que pour Strasbourg, plus de 23 000 adresses sont ainsi listées avec le nom de l’entreprise qui les détient. Après avoir participé à une investigation collective sur ces données à Paris, Alexander Abdelillah nous a proposé de mener l’enquête à Strasbourg.

Sur ce sujet d’intérêt public – le logement est une préoccupation de tous – Rue89 Strasbourg a accepté d’investir des moyens conséquents pour enquêter sur le marché de l’immobilier local. Le premier épisode détaille comment des groupes financiers spéculent sur des logements habités. Le deuxième épisode détaille comment ces groupes poussent des locataires vers la sortie pour améliorer les rentabilités (à paraître le 29 novembre). Une prédation qui modifie le paysage des propriétaires strasbourgeois, historiquement plus proches de familles d’entrepreneurs et autres héritiers que des grandes entreprises financières (troisième épisode à lire le 6 décembre). Le dernier épisode de notre série se focalisera sur le quartier gare, dernière poche du centre-ville où l’embourgeoisement n’a pas encore achevé son oeuvre (quatrième épisode à découvrir le 13 décembre).

Cette enquête a été réalisée avec le soutien de la fondation allemande Rosa-Luxemburg-Stiftung et du Anti-Corruption Data Collective. Les visualisations ont été créées par l’Innovation Lab du Tagesspiegel et sont le fruit de l’enquête européenne Cities 4 Rent, à laquelle Mediapart a participé.

Les logements des Strasbourgeois ciblés par la finance internationale

Les logements des Strasbourgeois ciblés par la finance internationale

À qui appartient Strasbourg – Les logements et la fiabilité de leurs rendements sont à nouveau plébiscités des groupes financiers internationaux. À Strasbourg, plusieurs sociétés cotées ont acquis des ensembles dans l’objectif de les revendre, des appartements de cheminots ou d’étudiants sont concernés.

Depuis son appartement de la rue Adèle Riton, à un jet de pierre des chemins de fer et à quelques centaines de mètres de la gare principale, Baran, 43 ans, ne sait rien de Vonovia, et seulement « vaguement quelque chose » de Swiss Life. Pourtant, ces deux géants de l’investissement immobilier sont ses nouveaux propriétaires, depuis une transaction qui a fait trembler le marché français de l’immobilier, en octobre 2018.

Au 13 rue Adèle Riton, des logements SNCF ont été rachetés par les investisseurs suisses et allemands Swiss Life et Vonovia. Photo : Maël Baudé / Rue89 Strasbourg / cc

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« De son vivant » d’Emmanuelle Bercot, une leçon de vie face à une mort annoncée

« De son vivant » d’Emmanuelle Bercot, une leçon de vie face à une mort annoncée

Avec De son vivant, Emmanuelle Bercot retrouve Catherine Deneuve et Benoît Magimel pour raconter comment une mère et un fils affrontent les derniers mois de la vie de celui-ci. Un film dur et pourtant lumineux. Rencontre avec la réalisatrice et son acteur fétiche, deux bons vivants.

Benjamin (Benoît Magimel) souffre d’un cancer incurable. À 39 ans, il a l’impression de n’avoir rien vécu et de ne rien laisser derrière lui. Avec sa mère (Catherine Deneuve), il va devoir affronter cette idée inacceptable d’une mort annoncée. Pour les accompagner, le docteur Gabriel Sara, dans son propre rôle. Admiratif du travail d’Emmanuelle Bercot, ce médecin, directeur d’une unité de chimiothérapie à New-York lui a proposé, suite à une projection de la Tête haute en 2015, de lui faire découvrir sa démarche philosophique auprès des malades. La réalisatrice va passer une semaine avec l’équipe de Gabriel Sara dans ce qu’il appelle « les tranchées du cancer ». De cette rencontre est né ce film où chacun, soignants, malades, proches, se retrouvent pour faire face.

Benoît Magimel est magistral, en prof de théâtre cabotin et charmeur, soudain en prise avec ses histoires familiales mal réglées. On est heureux de le retrouver en pleine forme, prêt à débattre du sens de la vie et du cinéma, avec Emmanuelle Bercot.

Bande annonce De son vivant (doc. remis)

Rue89 Strasbourg: Le personnage joué par Benoît Magimel, Benjamin, est pris en charge dans une clinique exceptionnelle, qui vous a été inspirée par les méthodes d’accompagnement de malades du cancer du docteur Gabriel Sara, un médecin new-yorkais, qui joue ici son propre rôle. Pourtant, cela n’est pas dit explicitement dans le film. Pourquoi?

Emmanuelle Bercot: Effectivement, cet hôpital n’est pas du tout contextualisé, c’est un lieu rêvé en quelque sorte et c’est volontaire. Le film est très documenté mais n’est pas un documentaire. J’ai pris le parti de transcender la réalité. Ce qu’on y voit est exceptionnel et l’on se dit : « ah mon dieu, si ça pouvait être comme ça. »

Evidemment quand on connaît l’état de l’hôpital public, ça peut dérouter et j’ai totalement conscience que les gens ne sont pas soignés ainsi, en réalité, les malades ne sont pas du tout accompagnés. Avec ce film, je voulais montrer une médecine qui prend le temps d’établir une réelle relation avec le patient pour l’aider dans un moment tellement important. Le docteur Sara est un médecin extraordinaire, mais il n’est pas le seul, il faudrait seulement qu’il y en ait de plus en plus.

Dans la première scène du film, la mère, interprétée par Catherine Deneuve, est omniprésente, puis au fur et à mesure du cheminement de Benjamin face à sa maladie, la relation mère-fils passe au second plan. Est-ce que c’était écrit ainsi dans la scénario ?

Emmanuelle Bercot : Non, le film n’est pas le scénario. Je voulais travailler à nouveau avec Catherine Deneuve et Benoît Magimel, et traiter de l’idée d’une mère qui perd un enfant. Et le film est parti sur autre chose, comme parfois cela peut arriver. Au montage, l’expérience métaphysique vécue par Benjamin dans les sept derniers mois de sa vie a pris le dessus. Le projet a atteint une autre destination.

Benoît Magimel incarne Benjamin, atteint d’un cancer incurable à 39 ans. Photo : doc. remis

Benjamin juge très durement sa vie, il a l’impression de n’avoir rien accompli et ressent beaucoup de colère, de frustration. Mais il se passe quelque chose de très beau, dans ces quelques mois avant sa mort, il recrée une nouvelle vie. Vous pensez que c’est la force de l’être humain, de pouvoir créer de la beauté, même dans les pires situations ?

Benoît Magimel: Oui je pense qu’on en est capable. Ce que j’ai compris, moi, grâce à ce film, c’est que lutter, être toujours dans le combat, c’est épuisant. Cette colère est légitime face à l’injustice de sa maladie et elle est difficile à abandonner car elle vous maintient en vie, elle donne l’impression d’être toujours du côté de la vie. Mais finalement, c’est quand Benjamin renonce au combat, qu’il est disposé à voir les choses autrement et à regarder de façon apaisée le temps qu’il lui reste à vivre.

Emmanuelle Bercot : Je pense que faire face à la vérité, c’est toujours mieux. Benjamin trouve une grande force pour arriver à faire face à sa mort.

Benjamin (Benoît Magimel) et le docteur Gabriel Sara dans son propre rôle Photo : doc. remis

Le docteur Sara encourage Benjamin à faire la paix avec sa vie, il appelle cela « ranger le bureau de sa vie ». Est-ce que depuis votre rencontre avec Gabriel Sara et ce film, vous avez réglé vos comptes avec vos ex et votre famille ?

EB: Déjà, on ne nous a pas annoncé qu’il nous reste sept mois à vivre ! Mais c’est vrai que c’est exactement le genre de phrase facile à dire, mais très difficile à faire ! Moi je ne suis pas sûre de vouloir régler tous mes dossiers.

BM: ça c’est une histoire d’égo…

EB: (Elle rit) C’est vrai que c’est très égoïste parce qu’on laisse les gens avec ces dossiers non réglés. En tout cas, j’ai appris beaucoup avec ce projet. Les cinq mots que le docteur Sara donne à dire avant de mourir (Pardon, je te pardonne, je t’aime, merci et au revoir), j’aimerais pouvoir les dire, mais avec combien de personnes je vais y arriver, ça je ne sais pas…

BM: Qu’est-ce qu’on a de mieux à faire ? Dire au revoir…

Benoît Magimel, comment sort-on d’un tel rôle?

BM: Mon personnage se rend compte qu’il a toujours voulu faire plaisir aux autres et qu’il n’a pas vécu pour lui. On se pose tous la question : est-ce que j’ai assez vécu ?

EB: Est-ce que j’ai assez donné ?

BM: Je vois les choses autrement depuis le film, j’ai l’impression de savoir mieux ce que je veux vraiment. Je me suis demandé : qu’est-ce que je vais laisser derrière moi ? Des films ? Tu parles ! Pour moi l’important, c’est ma descendance.

EB: Et qu’est-ce que tu fais des gens qui n’ont pas d’enfants ?

BM: Ce que je veux dire c’est qu’on continue d’exister uniquement dans le souvenir des autres, de ses proches, de ses amis. L’autre jour, quelqu’un m’a dit : « Mais vous, vous êtes éternel, par vos films ! » Je ne le pense pas du tout !

EB: Mais t’as envie d’être éternel toi ?!

Ils rient.

Pour se conformer à la loi sur les 35 heures, l’Eurométropole envisage des formations et des temps d’échange

Pour se conformer à la loi sur les 35 heures, l’Eurométropole envisage des formations et des temps d’échange

Pressée par le gouvernement de se conformer à la loi sur les 35 heures pour les agents municipaux, la directrice générale des services de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg envisage pour les agents des formations supplémentaires et des temps d’échange avec des associations.

Strasbourg cité comme un cas « préoccupant » par la ministre de la Transformation et de la Fonction publique. C’était au micro d’Europe 1, jeudi 4 novembre. Amélie de Montchalin passait en revue les collectivités rechignant à appliquer la loi sur les 35 heures hebdomadaires pour les agents municipaux.

« Nous allons appliquer la loi »

La directrice générale des services (DGS) de la Ville et de l’Eurométropole, Delphine Joly, a réagi auprès de Rue89 Strasbourg, mercredi 10 novembre :

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Grève des animateurs périscolaires : « C’est quand on ne travaille pas que les parents se rendent compte qu’on est utiles »

Grève des animateurs périscolaires : « C’est quand on ne travaille pas que les parents se rendent compte qu’on est utiles »

Les animateurs périscolaires étaient en grève vendredi 19 novembre. Une mobilisation nationale pour une revalorisation de ce métier où les temps partiels et les journées hachées sont la norme.

Plusieurs cantines et accueils périscolaires étaient fermés ce vendredi 19 novembre à Strasbourg et ailleurs en Alsace. La conséquence d’une journée de mobilisation nationale des animateurs en milieu scolaire. Parmi les revendications, une meilleure rémunération, une meilleure reconnaissance, une professionnalisation et une augmentation des effectifs pour être davantage à encadrer les enfants.

« Un jour comme celui-ci, les parents se rendent compte qu’on est utiles. Quand on ne travaille pas, d’autres personnes ne peuvent pas travailler », explique Loreta, venue avec un groupe de collègues. À proximité du centre administratif à Strasbourg, dix personnes de la communautés de communes d’Erstein discute à l’issue d’un rassemblement.

Des contrats de 20 à 25 heures

Pour Angel, la situation précaire des animateurs vient de leur rythme de travail :

« La plupart des contrats sont de 20 ou 25 heures par semaine. Comme c’est un peu le matin, un peu le midi, un peu le soir, il est difficile d’avoir une autre activité à côté. »

Même si les heures ne correspondent pas à un temps plein, « c’est tellement prenant avec les enfants que je ne me vois pas avoir une autre activité », ajoute une de ses collègue. Une autre explique qu’elle accepte des petits boulots « pendant les vacances scolaires » pour gagner un peu plus.

Un groupe de manifestants d’animateurs périscolaires, en manifestation à Strasbourg le 19 novembre 2021. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Des difficultés à recruter

Comme beaucoup de secteurs, la profession se heurte aux difficultés de recrutements. « La seule réponse du gouvernement a été d’engager une concertation, ainsi que d’abaisser l’âge d’obtention du Bafa à 16 ans et de l’assortir d’une aide de 200 euros pour passer le diplôme« , explique un encadrant, venu en soutien.

À écouter les professionnels, les difficultés actuelles viennent aussi des faibles taux d’encadrement. En temps normal, les animateurs se retrouvent à un adulte pour 18 enfants. Mais certains font face à des situations où « deux animateurs s’occupent de 50 écoliers ». « Parfois, nous avons aussi des enfants en situation de handicap qui ne sont pas suivis par des accompagnants (AESH), alors qu’ils nécessitent plus de temps pour s’en occuper », ajoute Déborah. Malgré ce sous-effectif, la jeune femme rappelle qu’avec cette mobilisation, les professionnels veulent affirmer « qu’on aime notre métier, sinon on arrêterait ».

Pendant que les manifestants d’Erstein finissaient leur rassemblement, une délégation des personnels de Strasbourg était de son côté reçue par le service des ressources humaines de l’Eurométropole pour évoquer la situation.

Comment l’Elastic Bar s’est relancé sur le dos de ses employés entre 2018 et 2020

Comment l’Elastic Bar s’est relancé sur le dos de ses employés entre 2018 et 2020

L’Elastic Bar fait figure de scène locale underground dans le milieu de la nuit strasbourgeois. Mais cette réputation lui a permis de se relancer en profitant de la naïveté et du soutien d’une partie de ses employés entre 2018 et 2020, qui n’ont été payés qu’en liquide, voire pas du tout.

« J’ai toujours été payée en cash », se souvient Éloïse (les prénoms des employés ont été modifiés), qui a travaillé en tant qu’extra à l’Elastic bar à la Krutenau. Pendant huit semaines fin 2019, elle a servi des bières et encaissé les clients. « On m’appelait le jour même pour que je travaille le soir, de l’ouverture à la fermeture, détaille-t-elle. Mais il n’a jamais été question de contrat, je n’ai jamais rien signé. Ça ne me dérangeait pas, mais j’ai dû insister pour être payée après ma première soirée. » Elle finit par recevoir une somme en liquide le lendemain : 10 euros par heure travaillée.

D’autres extras, techniciens, barmen et barmaids ont vécu une expérience similaire. Rencontrés par Rue89 Strasbourg, Marcel, Hector, Éloïse et Raymond ont entre vingt et 35 ans, ils ont tous travaillé à l’Elastic entre 2018 et 2020 sans contrat. Hector n’a même pas été payé du tout, tandis que Marcel est incapable d’estimer les sommes qu’il a perçues : sans fiche de paie, difficile de tenir des comptes. « Je pense qu’on était autour de 10 euros de l’heure, lorsque j’étais payé », estime ce dernier.

Selon les vérifications de Rue89 Strasbourg, au moins onze mois de salaires n’ont pas été déclarés, en partie impayés, entre 2018 et 2021. Les préjudices vont de 2 400 à 10 000 euros par employé selon les témoignages.

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#travail dissimulé

Six mois de prison avec sursis pour les détournements d’une directrice des Apprentis d’Auteuil

Six mois de prison avec sursis pour les détournements d’une directrice des Apprentis d’Auteuil

L’ancienne directrice de la Maison de l’enfance à caractère social (MECS) Saint-François d’Assise à Strasbourg a été condamnée à six mois de prison avec sursis pour abus de confiance, rapportent les Dernières nouvelles d’Alsace jeudi. En janvier 2020, Rue89 Strasbourg avait révélé que cette responsable d’un établissement d’accueil pour jeunes en difficultés sociales ou familiales, géré par l’association des Apprentis d’Auteuil, avait été licenciée suite à des détournements.

Le quotidien régional précise que l’ex-directrice faisait payer par la MECS des factures surévaluées par rapport aux bons de commande, afin de se dégager un complément de revenus. Le tribunal a établi que les sommes payées dépassaient de 21 531 euros les sommes qu’aurait dû dépenser la MECS. Les juges ont donc condamné l’ex-directrice à rembourser cette somme à l’association des Apprentis d’Auteuil, ainsi qu’à cinq ans inéligibilité.

L’ex-directrice a acheté des « huiles de massage, des crèmes de jour et exfoliants ainsi que plusieurs articles unitaires alors que la MECS procède à des achats en gros, à destination des 80 enfants dont elle a la charge », selon l’avocat des Apprentis d’Auteuil, cité par les DNA. L’ex-directrice a démenti une volonté de détournement, et plaidé « des erreurs » qu’elle était prête à rembourser.

#Apprentis d'Auteuil#MECS Saint-François d'Assises

À la CTS, un appel à la grève les week-ends de décembre

À la CTS, un appel à la grève les week-ends de décembre

L’Unsa CTS a déposé un préavis de grève à partir du 4 décembre. Le syndicat majoritaire appelle les conducteurs à participer massivement au mouvement pendant les week-ends du Marché de Noël. Il dénonce l’absence d’amélioration des conditions de travail, malgré les engagements de campagne de Jeanne Barseghian.

« Les négociations avec la direction n’aboutissent sur rien de concret », déplore Stéphane Daveluy, délégué syndical Unsa à la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS). Ce jeudi 18 novembre, il vient de déposer un préavis de grève à partir du samedi 4 décembre :

« Nous appelons à concentrer la grève sur les week-ends, pour ne pas avoir trop d’impact sur les travailleurs et les étudiants en semaine. D’après les retours des collègues, la participation devrait être importante. Le pic de la mobilisation est prévu les 4 et 17 décembre. Notre objectif est qu’aucun transport ne soit assuré ces jours-là. Nous sommes conscients que ça dérangera, avec le marché de Noël. Nous n’avons plus que ça pour nous faire entendre. »

L’Unsa demande des embauches pour baisser la pression sur les conducteurs

L’Unsa, qui est le syndicat majoritaire dans l’entreprise, réclame trois mesures principales. Une augmentation de salaire de 150 euros pour tous les salariés, qui gagnent aujourd’hui entre 1600 et 2100 euros par mois. Une prime énergie de 200 euros pour l’année 2021, afin de compenser la hausse des prix. Surtout, l’Unsa demande 30 embauches nettes par rapport à la situation actuelle, afin de faire baisser la pression sur les conducteurs. La CTS a lancé un plan de 400 embauches « pour l’horizon 2025 », mais celles-ci visent à remplacer les départs en retraite et absorber les extensions prévues à cette date.

Le représentant du personnel explique :

« On nous demande une trop grande flexibilité. Plus de 300 personnes, soit un tiers de l’effectif, sont en réserve : ils connaissent les horaires de leurs journées la veille de leurs services, à 10h. Aussi, les rythmes de travail sont irréguliers. Certains conducteurs peuvent commencer un service à 4h du matin un jour, et finir un service à 1h15 du matin deux jours plus tard. »

Rue89 Strasbourg révélait déjà en janvier 2020, des données d’un rapport du CHSCT sur l’épuisement des salariés de la CTS : 36% des conducteurs de tram déclaraient s’être déjà endormis en service. « Entre temps, la situation ne s’est pas améliorée », d’après Stéphane Daveluy.

L’Eurométropole est l’autorité organisatrice de la CTS. L’Unsa interpelle donc les élus écologistes. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

« C’est aux élus écologistes de prendre cette décision »

L’Eurométropole finance la CTS et fixe ses orientations. Lors du mandat précédent, la coalition gauche-droite avait voté des restrictions budgétaires, à hauteur de 5 millions d’euros d’économie sur le budget annuel de fonctionnement de l’entreprise. Justement, l’Unsa milite aujourd’hui pour que la nouvelle majorité à l’Eurométropole débloque des moyens inverses. Stéphane Daveluy rappelle que l’actuelle maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian, s’était engagée à améliorer les conditions de travail à la CTS lorsqu’elle était candidate. Il détaille :

« Les 30 équivalent temps plein supplémentaires couteraient 1,5 million d’euros à la collectivité. La direction refuse pour l’instant, mais c’est aux élus écologistes de prendre cette décision. Nous avons envoyé une lettre à la maire de Strasbourg le 23 aout, pour exposer la situation, et lui rappeler ses promesses. Elle ne nous a jamais répondu. Nous souhaitons un rendez-vous avec elle. »

Selon l’Unsa, tous les jours, la CTS compte environ 120 absents. « La situation est alarmante », s’inquiète Stéphane Daveluy : « Nous souhaitons des mesures, pas juste des annonces et des négociations. C’est urgent. Nous ne lâcherons pas le morceau », annonce-t-il.

Au conseil de l’Eurométropole, faut-il donner une deuxième chance à la géothermie profonde ?

Au conseil de l’Eurométropole, faut-il donner une deuxième chance à la géothermie profonde ?

Le conseil de l’Eurométropole du 19 novembre doit adopter un rapport sur les séismes survenus près du puits de géothermie profonde à Vendenheim. Malgré des heures d’audition et des préconisations afin de ne pas voir un tel phénomène se reproduire, maires et élus restent divisés sur l’avenir de cette technologie dans l’agglomération. Comme l’Eurométropole n’est pas directement décisionnaire, l’exercice consiste à envoyer des messages à la Préfecture et aux industriels. À suivre en direct à partir de 9h.

Après les séismes autour du puits de Fonroche à Vendenheim (GéoVen) survenus en 2020 et 2021, peut-on continuer à développer la géothermie autour de Strasbourg ? C’est à cette délicate question qu’ont tenté de répondre 11 élus de l’Eurométropole de toutes les sensibilités politiques, et quelques homologues allemands, au sein d’une mission d’information et d’évaluation (MIE) entre janvier et août 2021. Ces travaux ont débouché sur un rapport de 27 pages, à presenter à l’assemblée des 33 communes dès le 1er point de la séance du 19 novembre. Un exercice difficile, mais pas trop engageant, puisque ce ne sont pas les élus locaux qui décident de ces projets. C’est l’État français, via la Préfecture du Bas-Rhin, qui garde la main sur les sous-sols à travers le droit minier.

Des messages pour la Préfecture

Cette mise à l’écart des élus locaux est d’ailleurs l’une des critiques de ce rapport :

« La MIE préconise que l’Eurométropole et les communes concernées exigent qu’aucune décision relative au devenir du site GéoVen ou des autres projets de géothermie profonde, ne soit prise sans concertation et consensus sur une base documentée et transparente. »

Extrait des préconisations du rapport de la MIE sur la géothermie profonde.

L’idée, c’est finalement d’envoyer un message, notamment à l’heure où le gouvernement répète son attachement aux « territoires » et donc aux élus locaux. Parmi les préconisations, figurent une « évolution du droit minier », pour une meilleure prise en compte des habitants et des « forces vives du territoire », ainsi qu’une « transparence par tous les moyens et dispositifs innovants » et un « accompagnement scientifique » des projets.

L’une des leçons pour le président de la MIE, l’écologiste strasbourgeois Marc Hoffsess, c’est également que les associations et collectifs réticents n’ont pas été assez pris au sérieux à l’origine :

« Lors du lancement de la géothermie profonde, il y a eu un contexte d’enthousiasme suite aux premiers projets réussis en Alsace du Nord, et les oppositions citoyennes n’ont pas été assez entendues. Il est hors de question de reproduire un projet tel que celui mené à Vendenheim. »

La réalité des contrôles n’a pu être vérifiée

La MIE n’a en revanche pas pu vérifier le suivi opéré par les services l’État, qui promettaient un contrôle quotidien du site. « La MIE insiste sur le fait qu’il n’y a pas eu d’alerte, alors qu’il y avait non-respect des pressions », pointe le rapport, qui questionne donc la fiabilité du protocole.

« La préfète n’a pas autorisé l’audition des services de l’État, en raison du recours de Fonroche, ce que l’on peut comprendre », explique Marc Hofsess. La société conteste être à l’origine du séisme de novembre 2019, puis explique avoir ensuite uniquement agi dans le cadre d’opérations scientifiques à la demande de la Préfecture, et plus particulièrement la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal). Elle conteste donc devant les tribunaux la fermeture définitive du site, ordonnée par la Préfecture le 7 décembre 2020, après y avoir investi environ 100 millions d’euros.

La centrale de géothermie le matin du séisme du 4 décembre 2020. Quelques jours plus tard la préfète ordonnait son arrêt définitif. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Pas de consensus pour l’avenir

Même après une trentaine d’heures d’audition, les élus locaux restent divisés sur la suite. C’est une autre leçon à retenir pour Mac Hoffsess :

« Une partie d’entre eux considère qu’il faut qu’on se coupe totalement de cette technologie. D’autres, qu’on ne peut pas prendre cette décision sur la base de cet accident industriel, alors que les énergies alternatives sont rares. »

Sans surprise, Marc Hoffsess fait partie de la deuxième catégorie. Il prend l’exemple du puits d’Illkirch-Graffenstaden, amorcé par Électricité de Strasbourg qui n’a pas provoqué de séisme, en creusant moins profond et en se concentrant sur la production de chaleur, plutôt que d’électricité. Dans l’Eurométropole ou à ses portes, les trois projets de géothermie profonde sont suspendus (Illkirch-Graffenstaden, Eckbolsheim/Oberhausbergen et Hurtigheim).

L’avantage de ne pas avoir de pouvoir de décision, c’est de renvoyer la responsabilité à ceux qui l’ont. Comme le fait la présidente Pia Imbs (sans étiquette) : « C’est l’État qui est décisionnaire de la reprise ou non de cette technologie ». La maire de Holtzheim considère que sa majorité « a compris le traumatisme », et acte que des membres de la MIE émettent « un avis défavorable » à de futurs projets.

Pour l’opposition de droite et du centre, ainsi que quelques maires membres de la majorité mais voisins du puits GeoVen (Vendenheim, Reichstett, La Wantzenau), il faut désormais limiter la géothermie aux puits de basse ou de moyenne profondeur.

Les demandes d’un « protocole de Strasbourg »

Terminée fin août, lors d’une dernière séance tendue au sujet de la conclusion du rapport, la mission a finalement pris le temps de modifier ses conclusions pour acter ce désaccord politique. Elle a aussi travaillé sur un « protocole de l’Eurométropole de Strasbourg ». En clair, si la collectivité devait accueillir de nouveaux projets, elle ne souhaite pas forcément être à l’avant-garde, mais plutôt s’appuyer sur des méthodologies « éprouvées ».

L’Eurométropole demande ainsi qu’à l’avenir les conditions suivantes soient réunies :

    Une priorité à la production de chaleur (et non à l’électricité) ;Une connaissance avérée et partagée de la ressource ciblée et un suivi scientifique avant et pendant le développement et l’exploitation des projets ;Un consensus territorial pour les projets dans les communes concernées ;Une coopération entre l’opérateur et le territoire, à travers la recherche d’une implication publique et citoyenne dans la gouvernance des projets ;Le respect des méthodologies de projet éprouvées et internationalement reconnues, sous le contrôle d’experts indépendants et d’un suivi associant collectivités et citoyens.

Ces formulations et précautions risquent de ne pas contenter les récalcitrants. Le rapport ne fait pas l’objet d’un vote, mais cela devrait se retrouver dans les expressions. Le sujet est devenu un marqueur politique clivant depuis les séismes de 2020. Une manière aussi pour certains maires de signifier que le « consensus territorial » évoqué dans le protocole n’existe pas dans leur commune.

Issus de la majorité ou de l’opposition, les élus ont en tout cas une certitude : l’Eurométropole devra adapter son « schéma directeur des énergies » adopté en 2019. La collectivité comptait sur les puits de géothermie profonde pour assurer 20% des besoins d’énergie en 2050, dont celui de Vendenheim. Mais en ce moment, ce sont les modalités de rebouchage des trous qui sont en cours de discussion.

Le Sport sur ordonnance en voie de généralisation

Une autre délibération importante (point 4), concerne l’extension du dispositif de « Sport sur ordonnance » à l’Eurométropole. Initiée en 2008 par la Ville de Strasbourg, cette politique de Santé (qui vise à prescrire sur ordonnance une activité physique à des malades atteints de pathologies chroniques comme l’obésité, le diabète, l’hypertension etc.) est portée uniquement par des communes, comme Schiltigheim, Lingolsheim ou Oberhausbergen. D’autres se montrent intéressées par cette approche.

L’Eurométropole engage un petit pas dans cette direction, avec, pour la première fois, une subvention de 60 000 euros pour la « Maison du Sport Santé », qui déménagera aux Bains municipaux fin 2022. Avec cette somme, la structure publique devra entamer la « réalisation d’un diagnostic » du dispositif à l’échelle des 33 communes et procéder à un « accompagnement méthodologique des communes volontaires ».

Stocamine : pour contourner la décision de justice, un amendement discret dans un hémicycle vide

Stocamine : pour contourner la décision de justice, un amendement discret dans un hémicycle vide

Le gouvernement a fait voter un amendement à la future loi de finances qui permettrait de lancer le confinement définitif des déchets toxiques à Stocamine. Une décision de justice avait pourtant suspendu l’enfouissement définitif.

Le débat a duré cinq secondes, un vendredi soir, dans un hémicycle de l’Assemblée nationale en grande partie vide. Ou plutôt, il n’y a pas eu de débat. Vendredi 12 novembre vers 21 heures, les quelques députés présents étudient à la chaîne des amendements au projet de loi de Finances (PLF) pour 2022. « Il s’agit d’octroyer une garantie d’État aux mines de potasse d’Alsace », expose simplement le ministre délégué en charge des Comptes publics, Olivier Dussopt. « Qui est pour ? », demande la présidente de séance, Laetitia Saint-Paul (LREM). Quelques bras se lèvent timidement. « Qui est contre ? » Personne ne se manifeste. Cet « amendement additionnel » du gouvernement est adopté à main levée. La séance se poursuit avec une autre modification, qui concerne l’hydrogène. (voir la séquence à partir de 35’50 »)

La loi a ensuite été votée dans sa globalité mardi 16 novembre par 348 voix contre 205 lors du vote solennel. Il n’y a aucune surprise dans le résultat sur ce texte général et hautement symbolique. Les députés des groupes de la majorité (LREM ; Modem ; Agir) ont tous voté pour, et ceux des oppositions (FN ; LR ; PS ; PC ; LFI) ont voté contre.

Contourner la décision de justice

Sauf que cet amendement spécifique, voté à l’initiative du gouvernement, le dernier jour de l’examen de la loi, vise à contourner la décision de la cour administrative d’appel de Nancy du 15 octobre au sujet des 42 000 tonnes de déchets toxiques enfouis à Stocamine, une ancienne mine de potasse à Wittelsheim. Les magistrats avaient alors interdit le confinement total et illimité de ces déchets toxiques, décidé par un arrêté préfectoral du 23 mars 2017. Une décision qui avait pourtant été soutenue par la ministre de l’écologie Barbara Pompili en janvier 2021, lorsqu’elle avait – à son tour – ordonné leur confinement définitif et total. Elle s’est donc pourvue en cassation auprès du Conseil d’État pour contester la décision de la cour d’appel de Nancy, décision qui empêche le rebouchage de l’ancienne mine.

Les magistrats de Nancy avaient donc invalidé cet arrêté car il ne prévoyait pas de garanties financières suffisantes pour « le coût des travaux et de la surveillance » que doit assurer la société des Mines de Potasses d’Alsace (MDPA, filiale de l’État chargée du site).

Avec cet amendement, le gouvernement a donc trouvé une solution : il prévoit une garantie de 160 millions d’euros jusqu’en 2030 et réaffirme cette « dérogation » au code de l’Environnement. Si la société des MDPA devait être liquidée, ce serait « par exemple » l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) ou du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) qui mèneraient la fin des opérations, ajoute l’exposé de l’amendement. D’après les analyses, le contact entre les déchets toxiques stockés et la nappe phréatique d’Alsace, où l’on puise l’eau potable, interviendra d’ici quelques centaines d’années.

L’assemblée nationale au moment du « vote » sur l’amendement Stocamine. Photo : capture d’écran Assemblée nationale

Un vote très discret, qui a échappé aux connaisseurs du dossiers

Mais ce vote express et ses répercussions semblent avoir échappé à la plupart des suiveurs du dossier. Personne n’a relevé cette situation dans le week-end précédant l’adoption de la loi le mardi 16 novembre. D’ailleurs, les deux députés du secteur, Bruno Fuchs (Modem) et Raphaël Schellenberger (LR), qui ont respectivement voté « pour » et « contre » admettent : ils n’avaient pas conscience qu’ils votaient sur cette garantie lors du vote final. Tous deux disent l’avoir découvert après ce 18 novembre à la lecture d’un article du journal l’Alsace.

Pour Bruno Fuchs, la manœuvre était néanmoins prévisible :

« On savait que le gouvernement allait passer cet amendement dès qu’il en aurait l’occasion. Mais j’aurais préféré qu’on m’appelle avant, qu’on puisse au moins avoir ce débat. À part le rapporteur du texte, aucun député n’est capable d’avoir une vision complète du budget. »

Pour l’opposant Raphaël Schellenberger (LR), la séquence révèle l’impuissance des députés à pouvoir traquer tous les amendements gouvernementaux :

« La réalité c’est qu’on n’a pas les moyens de passer en revue tous les amendements. Il a été déposé le 6 novembre dans une énorme liasse de documents. Même si tous mes collaborateurs passaient leur temps à les lire, ils auraient pu ne pas le voir. Quand on sait qu’un sujet qui nous concerne va passer, on est mobilisés dans l’hémicycle, on peut au moins faire entendre ses arguments, même si on n’emporte pas l’adhésion. Le groupe LR était représenté en séance, mais quand ma collègue entend juste parler d’une garantie d’emprunt, elle ne peut pas savoir ce que ça implique. Je n’avais aucune idée que le gouvernement utiliserait le projet de loi de Finances pour aborder Stocamine. Il n’a pas communiqué dessus avant, alors qu’il a communiqué à d’autres occasions sur le dossier, et qu’il avait d’autres occasions de passer cet amendement. En temps normal, un député de la majorité qui n’est pas d’accord avec un texte mais ne peut pas le dire publiquement aurait pu nous avertir discrètement, ce qui relève d’un fonctionnement démocratique sain. Là, ce n’est pas arrivé, ce n’est pas loyal. »

Pour l’avocat d’Alsace Nature, François Zind, cet amendement n’a pas d’incidence sur le recours au Conseil d’État « car c’est l’arrêté de 2017 qui va être jugé ». Selon lui, le gouvernement se prépare juridiquement pour prendre un nouvel arrêté. « Mais l’enfouissement étant définitif, il faut un contrôle définitif. Or, la garantie est annoncée uniquement jusqu’en 2030 », relève-t-il. La situation « rappelle 2004 et l’amendement de Michel Sordi (député de la majorité de droite et de la circonscription concernée ndlr), qui a permis la non-réversibilité ».

Le Sénat aura-t-il l’occasion de réagir ?

Le projet de loi de Finances doit être examiné par le Sénat, puis voté en deuxième lecture par l’Assemblée nationale en décembre pour l’adoption définitive. Le sénateur Jacques Fernique (EELV) « peine à croire » qu’aucun député alsacien n’ait eu connaissance de la manœuvre. « Un article de Contexte le mentionnait bien avant le vote (le 9 novembre) », relève-t-il. Il se demande si les députés de la majorité ou de droite sont encore mobilisés sur le sujet. « Il y a eu peu de réactions à la décision de justice, puis à l’appel de Barbara Pompili ».

La perspective de l’élection présidentielle, qui va interférer avec le chassé-croisé parlementaire, inquiète Jacques Fernique :

« La droite, qui a la majorité au Sénat, devrait présenter une motion de rejet mardi, ce qui nous priverait de tout un travail d’examen, notamment la deuxième partie où cet amendement figure désormais. L’Assemblée nationale n’aura plus qu’à voter la première version, avec l’amendement désormais intégré à la loi. Je souhaite que le travail parlementaire puisse se faire, que l’on puisse aborder sérieusement ce passage. On n’est pas élu pour juste rejeter un texte qui ne nous convient pas. »

Malgré la colère sur la manière de faire, un certain fatalisme traverse les clivages. « On pourra avoir ce débat en deuxième lecture, mais il n’y a pas de majorité pour aller contre un amendement du gouvernement sur ce sujet, qu’en dehors de l’Alsace, personne ne maîtrise. Même les députés bas-rhinois de la majorité devraient suivre le gouvernement », analyse Bruno Fuchs. Quant à Raphaël Schellenberger, il se projette dans l’après. « J’ai déposé une résolution européenne pour que le contrôle de l’enfouissement soit indépendant, et non pas placé sous le contrôle du préfet. À un moment ou un autre, on enfouira et il faut savoir quoi ».

La municipalité déplore « un dialogue très compliqué » avec la préfecture face à l’augmentation des sans-abris

La municipalité déplore « un dialogue très compliqué » avec la préfecture face à l’augmentation des sans-abris

Suite au décès d’une personne sans-abri strasbourgeoise dans la nuit du 14 au 15 novembre, Floriane Varieras, adjointe à la maire de Strasbourg en charge des solidarités et Suzanne Brolly, vice-présidente de l’Eurométropole en charge de l’Hébergement d’urgence s’inquiètent du manque de moyens de l’Etat pour faire face aux besoins des personnes à la rue cet hiver.

Dans la nuit du 14 au 15 novembre, Eric W. est décédé à côté de sa tente, à proximité du stade Vauban. Selon le collectif Grain de sable, il est le cinquième sans-abri à mourir dans les rues de Strasbourg en 2021. Face à ce drame, l’adjointe à la Ville de Strasbourg en charge de la solidarité et la vice-présidente de l’Eurométropole de Strasbourg en charge de l’hébergement d’urgence réagissent auprès de Rue89 Strasbourg. Les deux élues de la majorité écologiste, Floriane Varieras et Suzanne Brolly, dénoncent le désengagement de l’Etat face aux besoins des personnes sans-abri à l’approche de la période hivernale.

Rue89 Strasbourg : Dans la nuit du 14 au 15 décembre, une personne sans-abri est décédée à Strasbourg. Comment réagissez-vous face à ce drame ?

Suzanne Brolly : Notre majorité n’accepte pas qu’il y ait des personnes dans la rue, peu importe leurs origines, leur âge, leur couleur, ou leur nationalité. Dans cette approche face aux personnes sans-abri, nous avons une première différence. L’État trie celles et ceux qu’il accompagne tandis que notre solidarité est inconditionnelle.

Floriane Varieras : Aujourd’hui, nous sommes inquiètes. Les années précédentes, l’État déployait plus de moyens d’hébergement d’urgence à l’approche de l’hiver. Mais les directives nationales ont mis fin au plan hivernal. Alors que les températures baissent de plus en plus, nous ne remarquons pas d’augmentation de moyens d’accueil de la part de l’État. Des places ont été débloquées pour les personnes isolées, mais aucune pour les familles.

Une baisse des places annoncées

Vous constatez actuellement un désengagement de l’État face au sans-abrisme ?

Floriane Varieras : La situation actuelle est urgente, on arrive dans le dur de l’hiver. Pourtant les signaux nationaux et locaux renvoyés, par le gouvernement et la préfecture, ne sont pas rassurants. La politique de la ministre chargée du Logement, Emmanuelle Wargon, va baisser le nombre de places d’hébergement d’urgence. L’objectif national est de passer de 205 000 places à 190 000 l’année prochaine.

Les places ciblées par cette baisse sont les places que l’on appelle en Alsace « les ménages à droits incomplets », en gros les familles qui sont déboutées du droit d’asile et qui sont en situation administrative pas forcément régulière. Nous disons « à droits incomplets », parce que les enfants ont le devoir d’être scolarisés par exemple, en raison de la Convention internationale du droit des enfants. Nous essayons, par le droit des enfants, de défendre les droits des parents. C’était une décision qui avait été approuvée par la préfecture en son temps.

Suzanne Brolly : Ce qui nous tient à cœur, c’est qu’il y ait une mobilisation beaucoup plus importante et à la hauteur des enjeux. Le combat qu’on mène c’est pour sortir les personnes de la rue et qu’il n’y ait plus de mort. Pendant la crise sanitaire, on a pu constater des efforts sans précédent en matière de solidarité. Donc on attend à la fois de la Collectivité européenne d’Alsace mais aussi de l’État que qu’ils se mobilisent beaucoup plus.

Quelle est la situation actuelle du sans-abrisme à Strasbourg ?

Suzanne Brolly : Aujourd’hui, il y a 52 sites qui ont été identifiés avec des campements ou des cabanes. Parmi les familles qui y sont, il y a 23 familles qui ont été déboutées du droit d’asile. Donc ces 23 familles n’ont pas d’alternative aujourd’hui, elles sont sans droit. On a aussi 13 autres familles parmi lesquelles 9 sont en procédure de demande d’asile, mais en attendant, elles sont quand même à la rue.

45 enfants à la rue début novembre

Floriane Varieras : Dans la semaine du 1er au 7 novembre, on dénombrait 45 enfants à la rue à Strasbourg. Aujourd’hui on se retrouve sans solution pour les familles, à l’approche de l’hiver. Il y a toujours les nuitées hôtelières qui permettent de s’adapter dans l’urgence. Il y avait 2 500 personnes à l’hôtel la nuit du 7 au 8 novembre. Mais à 10 jours du marché de Noël, on a de vraies inquiétudes parce que les chambres d’hôtel se font rares.

L’hébergement d’urgence relève d’une compétence de l’État. Cela signifie que vous n’avez aucun moyen d’agir pour aider les personnes sans-abris ?

Floriane Varieras : Depuis le début du mandat, la Ville de Strasbourg a créé 194 places d’hébergement d’urgence et l’Eurométropole a financé 190 places. Mais toutes les places votées sont déjà prises, ça ne va pas suffire.

Suzanne Brolly : La Ville et l’Eurométropole de Strasbourg viennent en renfort par rapport aux dispositifs existants liés aux compétences de l’État et du département. Nous proposons des solutions d’hébergements d’urgence, ce qui n’est pas habituel pour des collectivités, parce que le nombre de personnes à la rue aujourd’hui ne va pas cesser d’augmenter. On tient à ce que la ville reste hospitalière et c’est aussi notre responsabilité de leur trouver un logement.

« Le dialogue se limite à de la technique »

Les particuliers aussi peuvent se mobiliser : nous sommes à la recherche de logements à mobiliser pour y mettre des personnes qui sont à la rue. Il y a un accompagnement qui est fait par les associations dans le cadre de la démarche « logement d’abord ».

Floriane Varieras : Nous sommes aussi à la recherche de bâtiments intercalaires. C’est l’exemple de l’hôtel de la rue, dans le parc Gruber. L’idée c’est de pouvoir repérer de gros bâtiments vides pour permettre de plus grandes opérations d’hébergement dans les meilleures conditions de sécurité possibles.

Mais ces politiques ne peuvent suffire à mettre tout le monde à l’abri…

Floriane Varieras : Nous nous sentons démunis et souhaitons vraiment collaborer avec l’État sur cette question. Le dialogue est très compliqué, parce qu’il se limite à la technique, ce qui a été demandé par Josiane Chevalier, la préfète du Bas-Rhin. Se limiter à de la technique sur ce sujet, c’est aussi une position politique. La conséquence, c’est que l’on se retrouve sans solutions pour les familles à l’approche de l’hiver.

Un recours contre une délibération de l’Eurométropole

Suzanne Brolly : Nous ne voulons pas d’approche technocrate où l’on raisonne avec un cahier des charges pour savoir si une personne a le droit ou non à un toit. Cela n’est pas acceptable. Par exemple, la préfecture a engagé un recours gracieux contre notre délibération à l’Eurométropole sur la création de places d’hébergement d’urgence. Elle la conteste sur une question technique des compétences. Ce n’est pas un bon signal.

Malgré nos efforts avec les places d’hébergement d’urgence créées, les postes supplémentaires pour les équipes de maraude ou le Centre Communal d’Action Sociale (CCAS), cela ne suffit pas à faire face au besoin immédiat. Nous n’avons aucune idée de ce qui va se passer pour toutes ces personnes qui sont à la rue. Combien de morts va-t-on devoir dénombrer avant qu’il y ait une action forte ? Un mort, c’est déjà beaucoup trop.