Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Violences conjugales : Serge Oehler condamné à une peine de prison ferme et d’inéligibilité

Violences conjugales : Serge Oehler condamné à une peine de prison ferme et d’inéligibilité

Mercredi 8 décembre, le tribunal correctionnel de Strasbourg a condamné le conseiller municipal Serge Oehler à 24 mois de prison dont 18 avec sursis pour violences habituelles sur sa précédente compagne. Également conseiller départemental, l’élu socialiste a en outre été condamné à une peine d’inéligibilité de cinq ans.

Poursuivi pour violences habituelles sur son ex-femme, Serge Oehler comparaissait devant le tribunal correctionnel de Strasbourg mercredi 8 décembre. Malgré ses dénégations répétées face au juge, le conseiller municipal socialiste a été condamné à 24 mois de prison dont 18 avec sursis. Également conseiller départemental au sein de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), l’homme politique a vu ses six mois de prison ferme aménageables en détention à domicile sous surveillance électronique. L’ancien adjoint au maire aux Sports et du quartier Hautepierre-Cronenbourg lors de la précédente municipalité devra verser 7 000 euros de dommages et intérêts à la victime, son ex-épouse Marie C.

« Il a pu arriver que je tombe sur elle »

Dans la salle d’audience, Serge Oehler a été cité à la fois comme accusé et comme victime. L’homme politique strasbourgeois avait en effet également porté plainte contre Marie C. Cette dernière a reconnu avoir utilisé une bombe lacrymogène contre son ex-mari le 2 novembre 2019 à Metz. Elle a pour sa part été condamnée à trois mois de prison avec sursis.

Serge Oehler à la sortie du tribunal judiciaire de Strasbourg, le 8 septembre 2021. L’audience avait été reportée au 8 décembre 2021. Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Face au tribunal, Serge Oehler a nié les faits de violence qui lui sont reprochés. À la question de la présidente du tribunal Isabelle Karolak « avez-vous déjà frappé Madame C. ? », l’élu socialiste a répondu par la négative pour mieux se présenter en victime : « J’ai été agressé physiquement, mentalement et verbalement, quasi quotidiennement. J’avais peur d’elle. »

Puis la juge a demandé la réaction de Serge Oehler quant à dix certificats médicaux établis entre septembre 2014 et juillet 2019 par son ex-compagne suite à des coups qu’elle a reçus. Ces documents évoquent des « violences au domicile » et de nombreux hématomes, sur la cuisse, les jambes, le poignet, photos à l’appui. Mais le conseiller départemental est resté sur la même position : « Je ne dis pas que je ne me suis pas défendu. Quand on se disputait, il a pu arriver qu’elle me bouscule et que je tombe sur elle. » Pour Serge Oehler, ces documents signés du médecin de Marie C. ne seraient qu’une méthode de son ancienne épouse : « Elle voulait me mettre sous pression, parce que je suis un homme politique. »

« Je voulais des preuves, au cas où il m’arrive quelque chose »

Suivant son ancien mari à la barre, Marie C. a d’abord dû s’expliquer sur l’absence de plainte dès le début des violences : « J’étais dans une dépendance financière et affective, je le reconnais. » Elle a expliqué ces rendez-vous chez le médecin par le besoin d’être soignée et décrit aussi une habitude de documentation liée à son histoire familiale :

« Ma mère a vécu des violences lorsque j’étais petite. J’en ai vécues avec mon ex. Cette fois, je voulais que ma fille puisse avoir des preuves au cas où il m’arrivait quelque chose. »

Interrogée par l’avocat de Serge Oehler, Me Eric Braun, Marie C. a reconnu son hypersensibilité, ses cris, ses gros mots ou la vaisselle cassée lorsqu’elle découvrait les mensonges et autres tromperies de son mari. Elle a nié toute forme de violences physiques à son égard.

Des accusations mutuelles de mensonge

Pour le procureur de la République, « les dénégations de Serge Oehler sont insuffisantes pour renverser le poids de la preuve des certificats médicaux. » « Vue la gravité, la répétition et l’ampleur des blessures constatées », le représentant du ministère public avait requis une peine de cinq mois de prison avec sursis pour Marie C. et 20 mois d’emprisonnement avec sursis pour Serge Oehler. Le tribunal a finalement été plus sévère contre Serge Oehler.

Dans leurs plaidoiries, les deux avocats ont accusé la partie adverse de mentir. Me Leslie Ulmer, intervenant pour Marie C., a ainsi décrit Serge Oehler comme un « menteur, qui a nié les violences de bout en bout ». « Quelqu’un qui chute sur vous ne vous fait pas autant d’hématomes », a-t-elle rappelé. Puis Me Eric Braun a estimé que Marie C. « présente sa réalité, parfois de manière ambiguë » en citant des témoignages favorables à Serge Oehler, qui la présentent comme « possessive, atteinte de jalousie maladive, voire violente. »

Cinq ans d’inéligibilité pour Serge Oehler

Mais l’avocat de Serge Oehler n’a pas été suivi dans sa demande au juge de ne pas retenir le caractère habituel des violences. Pour l’homme politique, c’est cette qualification des faits qui était la plus cruciale, car elle entraine automatiquement une peine d’inéligibilité de cinq ans. Ainsi, l’élu socialiste, qui aura 62 ans au lendemain de cette condamnation ne perd pas ses mandats actuels. Mais il ne pourra pas participer à une élection jusqu’à la fin 2026.

Suite à cette condamnation, Me Braun n’a pas souhaité réagir, invoquant la nécessité d’échanger avec son client dans un premier temps, notamment sur la possibilité de faire appel. L’avocate de Marie C., Me Leslie Ulmer s’est dite en revanche très satisfaite :

« Le tribunal a fait la part des choses et a su voir qui disait la vérité. Je ne pensais pas que le tribunal irait jusqu’à prononcer cette peine d’inéligibilité. C’est une bonne nouvelle. Cela veut dire que la parole de la victime est entendue et que le tribunal ne tolère pas ce type de comportement, peu importe la notoriété de l’accusé. »

Serge Oehler fait partie de la majorité au sein de l’exécutif strasbourgeois à l’Eurométropole de Strasbourg. Il préside une des sociétés d’économie mixte, qui gère le Marché Gare à Cronenbourg (la Samins).

Le Sésame : un hébergement inédit pour les sans-abris, né dans la douleur

Le Sésame : un hébergement inédit pour les sans-abris, né dans la douleur

Depuis avril 2021, le Sésame héberge une cinquantaine de sans-abris, anciens résidants de l’hôtel Pax lors du confinement. Montée dans l’urgence, cette structure inédite fait face à des débuts difficiles, entre salariés épuisés et management défaillant. Le 10 septembre, un résidant récemment exclu du centre a trouvé la mort.

Peu après l’arrivée de la pandémie de Covid-19 en France, en mars 2020, 123 sans-abris strasbourgeois avaient été logés à l’hôtel Pax, quartier gare. Très vite, les résidants se sont demandés : « Et après, on va où ? » Pour reloger plus de la moitié des résidants temporaires de cet établissement situé rue du Faubourg-National, l’Arsea (Association régionale spécialisée dans l’action sociale) a créé le Sésame, pour Service à visée d’Emancipation Sociale et d’Accompagnement Médical. En avril 2021, 55 anciens résidants de l’hôtel Pax ont déménagé dans un hôtel voisin du Super U de Hoenheim.

Géré par l’Arsea, ouvert en avril 2021, le Sésame accueille 55 personnes, tous anciens résidants de l’hôtel Pax. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

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« Pas d’enfant à la rue » : manifestation mercredi devant le centre administratif

« Pas d’enfant à la rue » : manifestation mercredi devant le centre administratif

Des personnels de l’éducation et des parents d’élèves appellent à un rassemblement place de l’Étoile mercredi. Ils demandent des repas gratuits à la cantine pour les enfants des personnes sans-abri, leur hébergement dans les bâtiments inutilisés de la Ville et des inscriptions facilitées dans les écoles.

Enseignante à l’école maternelle Langevin de Cronenbourg, Catherine fait partie du collectif formé fin novembre « Pas d’enfant à la rue ». Choqués par le fait que deux de leurs élèves dorment avec leur famille dans une voiture, elle et ses collègues ont décidé de se mobiliser. Leur collectif est constitué aujourd’hui de personnels de l’éducation et de parents d’élève de différents établissements de la ville : « Nous constatons que dans de très nombreuses écoles strasbourgeoises, il y a des enfants sans-abris. Notre appel à fait écho à d’autres enseignants », explique t-elle.

Trois revendications : inscriptions, repas et hébergement

Le collectif organise une manifestation le 8 décembre à 15h30, devant le centre administratif de la Ville, place de l’Étoile. Catherine livre les trois revendications principales :

« Nous demandons que la mairie rende gratuits les repas à la cantine pour les enfants sans-abris. Aussi, les inscriptions à l’école doivent être facilitées : pour l’instant, il est obligatoire d’avoir une adresse pour être scolarisé. Ce n’est pas le cas de tous les enfants, et certains ne sont pas scolarisés à cause de ça. Enfin, nous estimons que la mairie pourrait prendre ses responsabilités et loger les familles dans des bâtiments inutilisés qui lui appartiennent. »

Plusieurs familles ont des enfants, parfois très jeunes. (photo Gérard Baumgart)
Comme au camp des canonniers en 2019, depuis quelques années, des enfants, parfois très jeunes, vivent dehors à Strasbourg. Photo : Gérard Baumgart / doc remis

Après la manifestation, le collectif rencontrera une adjointe à la maire

Pour l’instant, « Pas d’enfant à la rue » compte une quinzaine de membres. « Nous sommes au début. Nous pensons que cette cause risque de mobiliser beaucoup de monde », commente Catherine. « On n’est pas toujours au courant que les élèves dorment dehors », relève t-elle, estimant que l’ampleur du phénomène est difficile à cerner.

Après la manifestation, une délégation du collectif doit rencontrer, à 17h, Floriane Varieras, adjointe à la maire en charge des solidarités, pour exposer les revendications. Parallèlement, « Pas d’enfant à la rue » prévoit d’envoyer une lettre au directeur des services départementaux de l’éducation nationale (Dasen), pour qu’il prenne davantage cette situation en compte.

Le Kochersberg veut se convertir au vélo, ses automobilistes pas pressés

Le Kochersberg veut se convertir au vélo, ses automobilistes pas pressés

Depuis l’automne, la communauté de communes du Kochersberg, voisine de l’Eurométropole de Strasbourg, planche sur un nouveau projet : équiper ses 23 communes de huit pistes cyclables. Mais entre intempéries, dénivelés et longues distances, les habitants de la deuxième couronne strasbourgeoise ne sont pas prêts à abandonner leur voiture.

Sur les routes du Kochersberg, les vélos sont rares, contrairement aux voitures souvent prises dans des embouteillages le matin et le soir.  Photo : A.C-C / Rue89 Strasbourg

« Le vélo ? Déjà, je n’aime pas particulièrement ça et puis j’habite à 25 km de mon lieu de travail, ce qui est beaucoup, même avec un vélo électrique. Ça n’a jamais été une option », résume Marie-Hélène, 58 ans, habitante de Dingsheim. Elle travaille en tant que commerciale à Molsheim et possède l’une des 15 000 voitures dans le Kochersberg selon l’estimation de la Communauté de communes. Chacun de ces véhicules parcourerait en moyenne 15 000 km par an. 

Un chiffre qui se matérialise sur le terrain, puisqu’il n’est pas rare de voir deux, voire trois voitures garées devant les maisons individuelles de cette partie de l’Alsace. Un secteur qui  comptait 25 709 habitants lors du dernier recensement en 2018. C’est le cas du foyer de Marie-Hélène qui vit depuis 20 ans dans une maison individuelle avec son fils et son conjoint. Ce dernier se rend également au travail avec sa voiture. Marie-Hélène reconnaît la forte concentration de voitures dans la région, mais l’explique par une impossibilité de s’en passer, en vivant loin de la ville. 

Marie-Hélène utilise sa voiture plusieurs fois par jour. Pour aller au travail, puis pour rendre visite à ses clients en tant que commerciale. Photo : A.C-C / Rue89 Strasbourg

« Les bus passent moins d’une fois par heure et s’arrêtent vers 19h. En ce qui concerne le vélo, il y a une grande colline entre nous et l’Eurométropole, ce qui est un obstacle, surtout sans une assistance électrique. Même pour faire des courses dans le village voisin, je prends ma voiture parce qu’avec une famille à nourrir, je suis trop chargée pour le vélo. J’ai déjà essayé, mais c’est très casse-gueule et je ne me sens pas en sécurité. Même si mon conjoint n’approuve pas parce que ce n’est vraiment pas écolo, je ne pense pas changer mes habitudes. »

Isolement, manque de commerces et de transports : la vie à la campagne

Les communes du Kochersberg sont souvent appelées des « villages dortoirs », les entreprises, les lieux de loisirs et surtout les commerces y sont rares. Une réalité que Juliette a expérimentée pendant les vingt premières années de sa vie à Kienheim. « C’est très rural. Il n’y a aucun magasin, pas même une boulangerie. On est tout le temps obligé de se déplacer » décrit-elle.

Juliette a 22 ans désormais et a passé son permis dès qu’elle a pu, à 18 ans pour gagner en autonomie et ne plus dépendre de ses parents et des bus. Dans sa famille, il n’est pas concevable de ne pas avoir de voiture, sauf à risquer de se retrouver assigné à domicile. Seul le bus 203 traverse le village et permet de se rendre en une quarantaine de minutes à la station de tram Rotonde, dans le quartier de Cronenbourg à Strasbourg. Il faut ensuite encore compter 10 à 15 minutes de tram pour rejoindre le centre-ville. Un trajet que Juliette a effectué quotidiennement pendant ses trois années de lycée :

« C’est très long. J’ai déjà pensé à mélanger vélo et bus, mais il fait trop froid en hiver et encore faut-il pouvoir se doucher ou au moins se changer en arrivant sur le lieu d’études ou de travail, ce qui n’a jamais été mon cas. Je comprends que mes parents prennent leur voiture. Ils sont tous les deux cadres au Crédit mutuel et doivent aller jusqu’au Wacken. »

Juliette a récupéré la Mini rouge de sa mère quand cette dernière a changé de voiture. Encore étudiante, ses parents l’aident à payer les frais d’essence.  Photo : A.C-C / Rue89 Strasbourg / cc

Pour elle, ce n’est pas une question de conscience écologique, mais de distance. En 2016, elle a quitté la maison familiale et vécu un an au centre de Strasbourg, ce qui a entièrement modifié sa manière de circuler :

« Je ne prenais jamais ma voiture, je faisais tout à vélo. Mais ce ne sont clairement pas les mêmes circonstances : je mettais seulement 10 minutes pour aller en cours. »

Entre routes dangereuses et pistes cyclables rarissimes

Stéphanie, 47 ans, gérante d’une société, ne travaille qu’à une dizaine de kilomètres de son domicile, à Stutzheim. Pourtant, elle hésite encore à acheter un vélo électrique pour s’y rendre, « pour des raisons de sécurité ». Elle déplore le peu de pistes cyclables – 9 km sur l’ensemble du territoire- pour l’instant disponibles : 

« Même sur les espaces réservés aux vélos, je ne me sens pas en sécurité. Il y a un cycliste qui est mort l’année dernière sur la colline de Mittelhausbergen. La route de Stutzheim à Pfulgriesheim est aussi extrêmement dangereuse. S’ils mettent en place de nouvelles pistes, il faudra penser à plus les sécuriser, par exemple avec des terres pleins. »

Une piste cyclable et une voie de bus sont déjà en place sur la colline de Mittelhausbergen.  Photo : A.C-C / Rue89 Strasbourg / cc

La communauté de communes promet de nouvelles pistes 

Huit nouveaux itinéraires sont effectivement prévus dans les mois à venir, notamment entre Rumersheim et Berstett, Truchtersheim et Pfettisheim ou encore Pfulgriesheim et Lampertheim. Deux millions d’euros du budget de la Communauté de communes (Com-com) de l’année 2021 ont déjà été mobilisés et, selon Céline Zeissloff, directrice de la com-com du Kochersberg, les élus se sont engagés à bloquer, chaque année, 500 000 euros pour l’aménagement et l’entretien de ces nouvelles pistes cyclables. En parallèle, elle explique que des discussions avec les habitants ont été organisées : 

« Ce n’est pas tout de mettre en place des pistes, il faut aussi que les habitants aient envie et puissent les utiliser. C’est pour cela que nous avons organisé une table ronde et un questionnaire qui a été partagé avec la dernière newsletter du Kochersberg pour essayer de toucher plus de monde. On sait très bien qu’à la table ronde, les personnes présentes sont déjà sensibilisées au sujet. » 

À la fin de la table ronde, les étudiants organisateurs ont fait une démonstration autour de la meilleure manière d’entretenir son vélo. Photo : A.C-C / Rue89 Strasbourg / cc

Arguments écologiques face à la réalité de terrain

Le questionnaire a obtenu plus de 400 réponses et quarante personnes ont fait le déplacement lors de cette table-ronde, organisée le 16 novembre. L’idée était simple : faire émerger des idées d’actions et de services à mettre en place pour accompagner le développement des nouvelles pistes. Des élus et des habitants s’étaient donné rendez-vous au Trèfle, à Truchtersheim – chef-lieu du Kochersberg – pour faire remonter les problématiques auxquelles ils et elles sont confrontés au quotidien et qui les empêchent de passer au mode de déplacement plus écologique qu’est le vélo.

Lors de cette soirée, certains habitants ont élevé la voix pour rendre compte des contraintes du terrain. Parmi eux, Nathalie qui habite à Quatzenheim depuis 20 ans et travaille à Schiltigheim :

« J’ai entièrement conscience de l’urgence climatique et cela m’inquiète pour l’avenir de mes enfants. J’ai envie de faire le maximum pour moins polluer, tout le monde m’invective à le faire, mais dans les faits, j’habite dans un village qui n’est desservi par aucun transport en commun, les routes alentours n’ont pas de pistes cyclables et sont très anxiogènes. Impossible de me rendre sur mon lieu de travail de cette manière et même dans un cadre de loisirs, je préfère souvent emmener ma famille en Allemagne pour faire du vélo. Là-bas, au moins, il y a des circuits. »

Toute une mobilité à repenser sous la pression démographique

Heureuse d’apprendre que de nouvelles pistes sont prévues par la Communauté de communes, Nathalie regrette de ne pas avoir de date exacte de mise en place. Pour elle, il y a urgence, puisque le nombre d’habitants du Kochersberg ne cesse d’augmenter :

« De nouveaux lotissements sont sans cesse construits, il y a plus de monde et donc beaucoup d’embouteillages. Au carrefour de Quatzenheim, c’est déjà parfois l’enfer. C’est toute la mobilité qu’il faut repenser. »

La démocratisation du vélo dans le Kochersberg devrait permettre une réduction de la pollution et des embouteillages en direction de Strasbourg.  Photo : A.C-C / Rue89 Strasbourg / cc

Une situation que Stéphanie retrouve sur la colline de Mittelhausbergen. Entre 7h20 et 8h45, les automobilistes mettent souvent plus de 20 minutes pour faire 300 mètres et franchir le rond-point entre Niederhausbergen et Mittelhausbergen.

Une concertation qui manquait de diversité

Pendant la table-ronde, des solutions ont été proposées : parking relais, aide à l’achat de vélos électriques, développement de l’intermodalité avec la possibilité d’emmener son vélo dans le bus. Christine Blanchais, la maire de Durningen, a cependant déploré le peu de variété dans les profils des personnes présentes : 

« Nous étions majoritairement des élus, des membres d’associations et des habitants qui sont déjà des amoureux du vélo. J’espère qu’il y aura plus de diversité dans les participants au questionnaire. » 

En effet, lors du temps de débat prévu par les organisateurs, les participants étaient très souvent du même avis. En réaction à l’assertion : « Il faut continuer à développer les mobilités douces et les transports en commun, même si cela se fait au détriment des automobilistes », ils ont même exprimé leur accord à l’unanimité. 

Mais avant de savoir si les solutions évoquées conviendront au plus grand nombre, il faut encore qu’elles soient approuvées par les élus locaux. Les propositions de la table ronde ainsi que celles réunies grâce au questionnaire seront présentées devant eux à la mi-janvier.

Le GCO est la deuxième autoroute la plus chère de France

Le GCO est la deuxième autoroute la plus chère de France

5€ le trajet complet soit 20,83 centimes du kilomètre : le coût d’utilisation du Grand contournement ouest (CGO) de Strasbourg en fait la deuxième autoroute la plus chère de France. C’est ce que révèle l’arrêté interministériel fixant les tarifs de l’autoroute A355, publié dimanche 5 décembre au Journal officiel.

Pour utiliser la nouvelle autoroute A355, sur toute sa longueur de 24 kilomètres, aux heures de pointe, en voiture, il faudra débourser 5€, soit un coût au kilomètre de 20,83 centimes. Ce tarif fait du GCO (Grand contournement ouest, lire tous nos articles) la deuxième autoroute la plus chère de France, d’après le classement 2021 du magazine Auto Moto.

Selon ce top 51 des autoroutes, le CGO se positionne entre l’autoroute A14, première du classement, 16 km entre Paris et Orgeval à 55,66 centimes du kilomètre) et l’autoroute A19, 128 km entre Sens et Artenay à 17,66 centimes par kilomètre.

La nouvelle autoroute du GCO, à proximité de Pfulgriesheim.
La date officielle de mise en service du GCO (Grand contournement ouest) devrait intervenir entre le 12 et le 17 décembre. Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg

Des tarifs modulés selon les heures de pointe

Publié dimanche 6 décembre, l’arrêté interministériel relatif aux péages de l’autoroute A355 détaille le coût de son utilisation. Les tarifs sont modulés en fonction du nombre de sections payantes utilisées (une ou deux), des horaires (trois catégories), de la classe du véhicule (1, 2, 3, 4, 5) et de la classe polluante pour les poids lourds. Les trois catégories d’heures dans la journée sont les heures de pointe de 7h à 9h et de 16h à 19h (les plus chères), les heures médianes (de 9h à 16h et de 19h à 20h), et les heures creuses de 20h à 7h (les moins chères). À titre d’exemple, les tarifs s’échelonnent de 2,20€ à 5€ pour une voiture (classe 1) utilisant l’A355 sur toute sa longueur.

Aux heures de pointe, cela donne 5€ pour traverser l'A355 en voiture (20,83 centimes du kilomètre). 7,20€ pour les véhicules de classe 2 (camionnette, caravane), soit 30 centimes du kilomètre. 14,40€ pour les véhicules de classe 3 (poids lourds deux essieux), soit 60 centimes du kilomètre. 16,60€ pour les véhicules de classe 4 (poids lourds et autocars de plus de deux essieux) soit 69,17 centimes du kilomètre. Et, 2,80€ pour les véhicules de classe 5 (moto, tricycle, quadricycle à moteur), soit 12,67 centimes du kilomètre. Les tarifs sont valables jusqu’en février 2023.

Cérémonie d'inauguration samedi 11 décembre, en présence de Jean Castex

La cérémonie d’inauguration du CGO est prévue samedi 11 décembre, en présence du Premier ministre Jean Castex. La date exacte de mise en service de l'A355 n’est pas encore connue précisément mais elle devrait se dérouler entre le 12 et le 17 décembre. L'actuelle A35 devenue M35, aura alors une vitesse maximale de 70 km/h et une voie sera réservée aux transports en commun sur toute la longueur de sa portion dans l'Eurométropole.

Les travailleurs sociaux en grève mardi, manifestation à Strasbourg

Les travailleurs sociaux en grève mardi, manifestation à Strasbourg

L’intersyndicale SUD, CGT Action sociale et FO appelle tous les travailleurs sociaux à une grève et à manifester mardi 7 décembre. Parmi les revendications : revalorisation salariale, amélioration des conditions de travail ou encore augmentation des moyens financiers des établissements d’accueil. À Strasbourg une manifestation doit partir de l’ESEIS (École Supérieure Européenne de l’Intervention Sociale).

Une intersyndicale SUD (Union syndicale Solidaires), CGT (Confédération générale du travail) Action sociale et FO (Force ouvrière) appelle les travailleurs sociaux à faire grève et à manifester mardi 7 décembre. À Strasbourg, une manifestation est prévue à 13 heures, au départ de l’ESEIS (École supérieure européenne de l’intervention sociale), rue Sédillot au centre-ville.

Manifestation secteur médico-social 30 novembre 2021 Strasbourg
Pauline Mabru, aide-soignante au centre de Harthouse, lors de la manifestation du 30 novembre : « Dans notre cas, on fait partie de la fonction publique et on n’est même pas concerné par le Ségur de la santé. On fait tous le même travail mais on n’est pas payé pareil. On est ici aujourd’hui pour les 183 euros qu’on n’a pas eus ». Photo : MB / Rue89 Strasbourg / cc

300€ nets de plus par mois demandés

Ces organisations se mobilisent pour faire entendre leurs revendications : revalorisation salariale (augmentation du salaire de 300 euros nets par mois incluant les 183 euros du Ségur, pour l’ensemble des travailleurs du social et du médico-social), amélioration des conditions de travail (formations à la hauteur des enjeux du secteur) et augmentation des moyens financiers des établissements d’accueil.

« On estime que cet appel sera bien suivi tant la situation est critique dans notre secteur : dégradation des conditions de travail, iniquité de la revalorisation Ségur, burn-out, suicide, démissions en cascade, suspensions… »

Jérôme Bardot, membre de la commission exécutive de la CGT Mosaïque Action Sociale du Bas-Rhin.

Une manifestation en réaction à la précédente

Cette journée de mobilisation est également l’occasion, pour l’intersyndicale, de réagir à une précédente manifestation le 30 novembre, qualifiée par l’intersyndicale comme initiée par les employeurs :

« Nous devons montrer que nos employeurs sont responsables de la situation catastrophique actuelle dans notre secteur. Dans l’intérêt des travailleurs du social, nous avons besoin de donner de la visibilité aux revendications globales des salariés et d’apporter des éléments de contradiction au discours des employeurs. »

Jérôme Bardot, membre de la commission exécutive de la CGT Mosaïque Action Sociale du Bas-Rhin.

Pour l’instant, plus de 70 rassemblements sont prévus mardi 7 décembre, dans toute la France, selon l’intersyndicale.

Le trajet de la manifestation

Les propriétaires alsaciens, la force stabilisatrice mais fragile des logements strasbourgeois

Les propriétaires alsaciens, la force stabilisatrice mais fragile des logements strasbourgeois

Contrairement aux banques et autres fonds de gestion qui brassent des milliards, les acteurs intermédiaires du logement strasbourgeois opèrent sous les radars. Entre pratiques prédatrices et stabilisation du marché, leur rôle interroge.

La concentration des logements aux mains d’une fraction de la population n’est pas une spécificité strasbourgeoise. Un quart des ménages français possède 68% des logements privés du pays, à en croire les chiffres de la dernière étude de l’INSEE. Certains des plus grands propriétaires privés selon les données de la Direction Générale des Finances Publiques (DGFIP), que nous avons analysées pour cette série d’enquêtes, sont connus des Strasbourgeois. Comme le duo richissime formé par Denis Oussadon et Jacques Benarroch, ou l’investisseur aux pratiques douteuses Joseph Benamran. D’autres moins, à l’image des héritiers de la brasserie Météor ou de Larry Abensur, patron du laboratoire pharmaceutique Biosynex.

Le duo Oussadon et Benarroch : 32 adresses à Strasbourg, 139e fortunes françaises

D’après les données de la DGFIP et nos recherches, les promoteurs Denis Oussadon et Jacques Benarroch possèdent ensemble 32 adresses contenant des logements à Strasbourg. Ces biens sont notamment situés dans les quartiers de la Grande Île, de la Cathédrale et de Cronenbourg Ouest. Un portefeuille imposant mais encore très éloigné des milliers de biens affichés par les géants de la finance. 

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Toujours écorché, The Wooden Wolf présente son 7e opus au Marché off

Toujours écorché, The Wooden Wolf présente son 7e opus au Marché off

The Wooden Wolf présente son septième album mardi 14 décembre au Marché off de Strasbourg. Ce sera l’occasion de retrouver ce chanteur folk écorché, à la poésie intime et mélancolique, de retour après un confinement productif.

Depuis neuf ans, The Wooden Wolf soigne sa mélancolie grâce à sa guitare. Avec sa voix éraillée, son toucher délicat et la poésie de ses mots, The Wooden Wolf emmène son public dans son univers, fait de balades, d’échappées à la brutalité du monde, d’introspections aussi… Ce septième album est dans la droite ligne des précédents, une dizaine de chansons soignées, précises, économes. Intitulé « Songs of the night », il s’écoute dans le noir, dans le silence.

Installé sur les hauteurs de Ribeauvillé, Alex Keiling n’est pourtant pas malheureux. À 35 ans, père d’un enfant de 3 ans, il se remet doucement de son premier chagrin d’amour qu’il a subi quand il avait 14 ans. Comme pour nombre d’artistes intimistes, le premier confinement l’a pas mal remué :

« Je ne contrôle pas vraiment mon processus créatif. Les paroles, les musiques, sortent de moi comme ça… Pour cet album, j’ai réalisé l’enregistrement sur un Tascam Portastudio, en synchronisant manuellement les instruments sur les 4 pistes de la cassette. Après neuf ans, je fais toujours tout moi-même. »

Même les clips vidéos qui accompagnent certains des morceaux de ce septième album ont été créés par Alex Keiling.

The Wooden Worlf en concert au Romandie en mars 2014 Photo : doc remis

Le résultat est un album qui sonne comme s’il avait été oublié dans les années 80 puis subitement retrouvé à l’heure du numérique étincelant. Les sonorités sont parfois brutes, parfois rongées toujours chaudes. The Wooden Wolf a pourtant connu la perfection des grands studios mais Alex Keiling garde un souvenir mitigé de la production de son précédent album, pour lequel des moyens conséquents avaient été engagés.

Intimiste mais intense, The Wooden Wolf emmène son public à chaque représentation Photo : doc remis

« Songs of the night » est donc une sorte de retour à la solitude de la production pour Alex Keiling, qui s’est fait une raison :

« Je voulais un album “low-fi” parce que la folk, c’est raconter des histoires en musique. C’est aussi simple que ça, c’est vieux comme le monde. Je ne suis plus sûr qu’il faille développer The Wooden Wolf au-delà de moi. Tout ce que je demande à un label aujourd’hui, ce sont des belles dates, de belles premières parties… »

Des propos que ne renieraient pas un Neil Young par exemple. En parallèle, Alex Keiling travaille sur un autre projet, pour lequel il prévoit de chanter en français.

Bientôt à Strasbourg, l’étonnante réapparition d’un Guérin perdu de vue depuis 1848

Bientôt à Strasbourg, l’étonnante réapparition d’un Guérin perdu de vue depuis 1848

À l’occasion de la redécouverte de « Gutenberg inventant l’imprimerie à Strasbourg en 1436 » de Gabriel-Christophe Guérin, tableau perdu depuis 173 ans, rencontre avec Florian Siffer, attaché de conservation et responsable du cabinet des estampes et des dessins.

Florian Siffer est responsable du cabinet des estampes et des dessins pour les musées de la Ville de Strasbourg. Il a appris la vente aux enchères organisée par la société Marteau à Montpellier d’un tableau avec pour titre : La lettre (attribué à ”l’entourage de Pierre Narcisse Guérin”)…

La famille Guérin composée de chercheurs, portraitistes, ou encore d’artistes-peintres est au cœur de sa préoccupation depuis une dizaine d’années. Les musées conservent plusieurs peintures de Gabriel-Christophe Guérin ainsi que de nombreux dessins, parmi lesquels plusieurs académies (peintures rattachées à l’enseignement des écoles d’art), mais aussi, le dessin préparatoire de la toile à la vente et une version lithographique de celle-ci. Cette vente intrigue le fonctionnaire : même si le titre mentionné est différent, il pourrait s’agir du tableau Gutenberg inventant l’imprimerie à Strasbourg en 1436. N’ayant pas trouvé acquéreur, Florian Siffer a proposé à la Ville de Strasbourg d’obtenir l’œuvre pour la somme de 1 500 euros.

Les musées mènent l’enquête

Florian Siffer Photo : crédit Benoit Linder

Grâce au travail d’une Provenance researcher (ou chercheuse en provenance), nouveau métier dans la sphère culturelle, on sait que l’artiste était exposé lors d’un salon, en vogue au XIXe siècle. Les recherches ont également permis de retrouver un poème à la gloire de Gutenberg inspiré par la peinture de Guérin. Le tableau a également appartenu à Louis-Philippe, duc d’Orléans et futur roi des Français.

Gabriel-Christophe Guérin réalise une formation en peinture à Paris. En 1820, il retourne à Strasbourg avec son père, alors directeur du musée des Beaux-Arts.

Dans Gutenberg inventant l’imprimerie à Strasbourg en 1436, il met en jeu le caractère documentaire, historique et fantaisiste. « C’est un moment de bascule où Gutenberg présente à son financeur que son invention marche », confie Florian Siffer. En contextualisant l’œuvre, l’artiste la rend anachronique : les grelots du personnage de gauche, par exemple, reflètent la vision déformée d’un costume historique du XVe siècle.

Cette figure montre un Strasbourgeois connu, André Dritzehen, qui finançait les recherches de Gutenberg. Et la représentation de l’inventeur de l’imprimerie, bien que toujours vague, reste très classique, avec les éléments tels qu’une longue barbe ou bien un bonnet. Le tableau a été présenté au Salon de Paris en 1827, à l’époque où la figure de Gutenberg n’était pas au cœur des œuvres artistiques. C’était un salon important qui a mis en lumière la mythologie du Moyen-Âge vue par deux artistes : Eugène Delacroix et Gabriel-Christophe Guérin.

Gabriel-Christophe Guérin (Kehl, 1790 – Hornbach, 1846), Gutenberg inventant l’Imprimerie à Strasbourg en 1436, (1827) Huile sur toile, 81 x 65 cm

Une propagande strasbourgeoise

Gutenberg inventant l’imprimerie à Strasbourg en 1436 lance une tenace concurrence entre Mayence (Allemagne) et Strasbourg, et entame la « propagande » strasbourgeoise. L’intérêt premier pour la ville quant au tableau de Guérin est d’attester le travail d’un artiste local qui reste peu connu en France. Les foyers régionaux apportent un éclairage nouveau aux activités, artisans et artistes du territoire. En montrant la diversité de leur pratique, il fait perdurer la mémoire collective.

« C’est la première fois que Guérin va exposer à Paris un tableau en rapport avec l’histoire de l’Alsace », explique Florian Siffer. L’œuvre alsacienne donne à voir une vision en décalage avec l’époque, concentrée sur les sujets de l’histoire ancienne. L’artiste participe ainsi au mouvement troubadour de la fin de XVIIIe au début de XIXe siècles qui cherche à donner l’importance à l’histoire locale. Au tout début des identités régionales, Gabriel-Christophe Guérin voit ce moment comme un sujet avec une portée nationale.

Le discret mais utile cabinet des estampes

Depuis près de quarante ans, le troisième étage du 5 place du Château abrite le cabinet des estampes et des dessins. Des études aux gravures en passant par les dessins préparatoires, la collection est constituée de plus de 100 000 œuvres, d’une amplitude historique étendue entre le XVe et le XIXe siècle. Malgré la confidentialité du lieu, l’ensemble des acquisitions du cabinet est complémentaire aux fonds du réseau des musées de la Ville de Strasbourg dont il fait partie. Cette collection permet à son responsable de collaborer avec une multitude d’acteurs culturels : musées, Haute école des arts du Rhin (HEAR), Archives de la Ville et Eurométropole de Strasbourg ou encore Bibliothèque nationale universitaire (BNU).

Florian Siffer se consacre à la recherche dans le domaine de l’histoire de l’art, aux techniques d’archivage et de restauration ainsi qu’en conception d’expositions. Son rôle au cabinet des estampes et des dessins consiste à valoriser la collection et préserver des œuvres particulièrement fragiles. Selon Florian Siffer, « le cabinet des estampes et des dessins vient répondre à de vraies catastrophes patrimoniales lorsque le musée des Beaux-Arts et la Bibliothèque Nationale ont été détruits vers 1870 ».

Dans cette optique, il travaille à l’informatisation et la mise en ligne de chacune des acquisitions : une dématérialisation qui permet à un large public d’accéder aux ressources du cabinet, tout en développant la visibilité du lieu sur les réseaux sociaux. Outre ces missions relatives aux pièces acquises, Florian Siffer entretient une veille du marché de l’art. Cette activité consiste à porter une méticuleuse et quotidienne attention à des œuvres, des artistes, des mouvements artistiques ou des périodes spécifiques dont la présence pourrait être pertinente au sein de la collection. Les fonds liés à la famille Guérin par exemple, font l’objet d’une veille permanente du fait de leur intérêt historique et artistique pour la Ville de Strasbourg.

Visible à l’automne 2023

Le tableau ayant disparu pendant de nombreuses années, de légères restaurations sont prévues avant sa monstration. Il est en bon état « malgré son âge », selon l’expression de Florian Siffer. L’application d’un nouveau vernis est indispensable pour gagner en luminosité. La toile sera visible à l’automne 2023 lors d’une exposition consacrée à la famille Guérin et la production d’œuvres entre 1770 et 1850. Grâce à cette acquisition de Gutenberg inventant l’imprimerie à Strasbourg en 1436, la Ville de Strasbourg se sent plus légitime à candidater au statut de Capitale mondiale du livre.

Valentine Schirmer, Cassandre Ver Eecke,
Léa Bailly-Maître, Cécile Breymann,
Clarisse Seguy, Ying Wu,
Lorry Begin, Reyhan Hessami,
Pauline Abad, Evdokia Bannikova,
Antonin Roure.

Tram avenue des Vosges : la municipalité devra garder la ligne

Tram avenue des Vosges : la municipalité devra garder la ligne

L’Eurométropole et la Ville de Strasbourg ont choisi de faire passer un tram avenue des Vosges après une concertation où aucun tracé ne s’est imposé comme une évidence. La municipalité strasbourgeoise va devoir démontrer sa capacité à convaincre les habitants qui découvrent son choix, pour ne pas galvaniser des oppositions déjà constituées.

Le problème des concertations, c’est qu’on ne peut pas maîtriser tous les paramètres. D’un coté, l’Eurométropole peut s’enorgueillir de « plus de 1 000 contributions », « 11 500 visionnages » et « 85% d’avis favorables au tram » pour le développement du réseau vers le nord. La présidente Pia Imbs (sans étiquette) estime d’ailleurs qu’il ne s’agit « pas juste d’une extension de tramway, mais d’un projet de cohésion urbaine ». Mais le revers de cette participation fournie, c’est qu’aucun tracé ne s’est imposé dans les expressions pour la partie à Strasbourg même. L’Eurométropole et la Ville de Strasbourg ont choisi de faire passer le futur tram par l’avenue des Vosges, afin d’avoir une connexion directe entre la gare et les institutions européennes, en remplacement de la ligne de bus H.

Plus d’avis pour un autre tracé

À Schiltigheim au contraire, la maire écologiste Danielle Dambach s’estime renforcée dans son choix initial du tracé par la route du Général de Gaulle :

« Il n’y a eu que 17% d’expressions défavorables au tramway et nous avons 229 contributions pour la variante 1 (celle retenue) contre 146 pour la variante 2 et 155 pour la variante 3. C’est le tracé le plus rapide et l’emprise est suffisante ».

Ces chiffres ne devraient pas pour autant mettre fin aux débats schilikois. Le maire de Bischheim, Jean-Louis Hoerlé (DVD), est opposé au projet, dont il estime qu’il allongera le temps de transport du quartier des Écrivains jusqu’à Strasbourg. L’association Col’schick pourrait également déposer un recours. Elle estime que la variante 2, qui prévoyait de passer au centre de la commune, avant d’aller à l’ouest, a été présenté de manière peu attractive. Le tracé prévoyait par exemple plusieurs virages et de construire un pont très coûteux, plutôt que d’emprunter celui rue Saint-Charles.

À Strasbourg, le poids du nombre ne fonctionne pas. Le bilan complet de la concertation n'a pas encore été dévoilé, mais il semblerait que davantage d'avis aient été déposés en faveur de la variante C2, qui prévoyait un tracé le long des quais Kléber et Finkmatt.

C'est par exemple le cas d'Arieh Adida, l'un des porte-parole d'un tout nouveau collectif intitulé "Neustadt apaisée" :

"Ce n'est pas un tramway pour les habitants de la Neustadt. C'est un tramway fait pour aller de la gare aux institutions. La Neustadt est un quartier familial ancien, avec peu de garages, contrairement à ce que dit la municipalité, et avec des familles nombreuses pour lesquelles il faut parfois circuler en voiture. Le tram va apporter du bruit, à l'heure où le bruit et la pollution vont diminuer avec les voitures électriques. Et il va réduire le stationnement alors qu'on en a besoin. Les écologistes n'ont pas été élus sur ce projet-là, donc il convient de prendre le temps de bien analyser la situation pour un choix qui va structurer la ville pour au moins 40 ans. On a l'impression qu'ils veulent faire notre bien contre nous."

Ce riverain, proche des élus socialistes, ne se dit pas pro-voiture à tout prix. Il avait d'ailleurs milité "à titre personnel" pour l'ajout des bandes cyclables controversées sur l'avenue des Vosges en 2018. "Il faudrait sécuriser les pistes vélo et interdire les camions en transit", estime-t-il. C'est à peu près la position d'une autre jeune association, appelée "Vosges Neustadt". Elle estime qu'aucun nouveau tram n'est souhaitable dans le quartier. Dans une tribune aux DNA, elle juge que le quartier est déjà bien desservi et soutient l'extension vers Schiltigheim. Selon elle, la priorité est de rendre le quartier plus vivant et plus "apaisé" de la circulation automobile.

Le tracé non-retenu, malgré un peu plus d'avis en sa faveur. Photo : doc Eurométropole

La majorité justifie les atouts de l'avenue des Vosges

Quelques centaines d'avis sont-ils représentatifs dans une métropole de près de 500 000 habitants ? Forcément du côté de la majorité, on minimise leur portée, à l'instar d'Alain Jund (EELV), vice-président en charge des mobilités :

"Un choix d'itinéraire est un ensemble d'éléments complémentaires et croisés. On ne peut réduire la concertation à un référendum et ne se baser que sur la parole d'un certain nombre de riverains, même si on en tient compte. Ce sont aussi des déambulations, des avis d'associations d'usagers, etc."

Pour la maire Jeanne Barseghian (EELV), "les résultats n'ont pas été déterminants" :

"On regarde le quantitatif, mais aussi le qualitatif. Les remontées de la concertation nous permettent d'avoir des points de vigilance sur le stationnement, sur le plan de circulation, sur le fait d'accéder à l'autoroute, une raison pour lesquelles certaines personnes ont choisi ce quartier. Il faudra travailler ces aspects avec les aménagements. La variante 2 ne permettait pas d'élargir le centre-ville, tandis que la 3 a été nettement rejetée. L'avenue des Vosges peut devenir un lieu de vie, avec de vraies pistes cyclables, des trottoirs larges, des arbres dont on profitera davantage et des commerces davantage mis en valeur."

D'après nos informations, le choix du tracé a également fait débat au sein des élus de la majorité strasbourgeoise.

Les futures lignes encore inconnues

Une des spécificités de ce projet est qu'aucune ligne, future ou existante, n'est associée aux deux extensions. Car l'un des objectifs est de retravailler tout le réseau de tram pour diminuer les passages place de l'Homme de Fer. Ce qui n'est pas forcément évident pour le passager de demain, car on ne sait pas où iront exactement chacune des futures lignes.

Une manière de procéder que critique Pierre Jakubowicz (Agir, apparenté LREM), dans l'opposition :

"C'est la première fois qu'on n'a pas de débat sur l'extension de la ligne. La concertation a donc été très difficile à comprendre, car on ne sait pas de quel point A à quel point B on se déplace. On ne peut pas comparer deux trajets. Il n'a pas été dit clairement quel objectif on poursuivait. On a l'impression d'une concertation fourre-tout."

De plus, le conseiller municipal ne comprend pas qu'un itinéraire via la rue Jacques Kablé n'ait pas été proposé, "qui permettait d'être rectiligne et donc rapide". "On nous a répondu que l'axe n'est pas assez densément peuplé, mais c'est cette logique qui a prévalu pour le tram D vers Kehl. Et la rue évoluera avec le tram".

Questionné sur le choix des itinéraires, Alain Jund en dit un peu plus sur les itinéraires prévus :

"Au départ de la gare, on pourra bifurquer soit avenue de la Paix, soit vers la place de la République. Le tram de Schiltigheim pourra se rendre jusqu'à la rue du Faubourg-de-Saverne, ce qui permettrait d'être à proximité du centre-ville de Strasbourg."

Encore deux ans avant les travaux

Ce choix promet un débat strasbourgo-strasbourgeois animé lors du conseil municipal du lundi 13 décembre. Ensuite ce sera au tour de l'Eurométropole de voter le vendredi 17 décembre. L'année 2022 sera consacrée à des études d'avant-projet et donc de débats sur les aménagements complémentaires (combien de voies de circulation automobile, quelle place pour le stationnement, les piétons et les vélos, etc.). "Nous sommes encore dans une phase de poursuite de dialogue avec la population", précise Pia Imbs. Parmi les projets connexes, l'ajout d'un parking d'environ 300 places près de la place de Haguenau. "Un trait d'union entre Schiltigheim et Strasbourg à retravailler," selon la maire Danielle Dambach, le parc actuel devrait être agrandi et rendu plus attrayant.

En 2023 se tiendra l'enquête publique. À ce moment-là, les nouvelles lignes de tramway devraient être connues. Enfin les travaux sont prévus pour débuter en 2024. La majorité espère que les chantiers seront terminés "début 2026". Un calendrier que les opposants estiment intenables. Il est pourtant stratégique, car en mars de cette année-là se tiendront les élections municipales. Et en règle générale, il n'est pas toujours populaire d'avoir des travaux en pleine campagne pour une réélection.

Battue et violée par son mari, sa plainte classée par le parquet général

Battue et violée par son mari, sa plainte classée par le parquet général

Marie avait témoigné sur Rue89 Strasbourg en septembre 2021 de faits de violences conjugales et de viol qu’elle a subis depuis 2016. Elle avait porté plainte en août 2020. Après un premier classement en octobre 2020 par le tribunal de Strasbourg, Marie avait fait un recours. Le parquet général de Colmar vient de confirmer le classement de sa plainte.

En septembre, Rue89 Strasbourg avait raconté l’histoire de Marie, victime de violences conjugales. La jeune femme de 32 ans vit un calvaire depuis 2016. Des violences qui sont allées crescendo jusqu’en juillet 2020, où Marie raconte que son conjoint de l’époque l’a violée.

Opérée de lésions « en lien avec un viol conjugal »

Cette mère de trois enfants est hospitalisée quelques jours après, au centre médico-psychologique de l’Epsan pour dépression. Le 13 août, la jeune femme porte plainte à la gendarmerie de Brumath contre son conjoint. Elle raconte l’agression sexuelle, les violences conjugales subies depuis 2016, et les violences sur ses enfants. Elle est alors examinée par un médecin légiste (et sera opérée en octobre de lésions « en lien avec un viol conjugal », peut-on lire sur un certificat médical de l’Epsan).

Marie, 32 ans, a porté plainte en août 2020 pour agression sexuelle et violences conjugales. Le parquet de Strasbourg avait classé sa plainte en octobre 2020. Le parquet général de Colmar vient de confirmer le classement (Photo Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg).

Le tribunal de Strasbourg classe la plainte en octobre 2020

Pourtant, malgré ce certificat, cette opération, et les différentes hospitalisations de Marie pour « dépression sévère » et « stress post-traumatique suite aux nombreuses violences de la part de son mari » (peut-on lire dans un autre certificat médical de l’Epsan), le parquet de Strasbourg décide de classer la plainte le 2 octobre 2020 : « Les preuves ne sont pas suffisantes pour que l’infraction soit constituée ».

La jeune femme racontait alors à Rue89 Strasbourg, son incompréhension :

« Que leur faut-il de plus ? J’ai été examinée par un médecin légiste qui a constaté que j’avais encore des lésions du viol, et je témoigne ! Même ma fille a entendu des cris, et il n’est pas poursuivi pour ça !? »

La jeune femme est sous le choc. Son avocat, Me Jean-Jacques Gsell, interrogé en septembre 2021, glisse qu’il ne comprend pas non plus cette décision. Marie décide de la contester en mars 2021 auprès de la cour d’appel de Colmar.

Marie, victime de violences conjugales depuis 2016, a porté plainte à plusieurs reprises depuis octobre 2020. Toutes ont été classées par la justice (Photo Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg).

Novembre 2021 : le parquet général de Colmar confirme le classement

Depuis plus de six mois, Marie attendait la réponse du parquet général de la Cour d’appel de Colmar. Elle espérait, qu’enfin, la justice entende sa douleur. Mais finalement, le 29 novembre, elle reçoit ce courrier du procureur général :

« Après un examen attentif du dossier et des éléments portés à ma connaissance, il apparaît que les faits de la présente procédure ne sont pas suffisamment caractérisés pour entreprendre des poursuites. »

Le procureur général de Colmar écrit ensuite : « Je ne peux que confirmer la décision initiale de classement, parfaitement justifiée ».

« Je veux qu’il soit jugé pour ce qu’il m’a fait »

La jeune femme, abasourdie par le courrier qu’elle a reçu, se dit en colère :

« Ça me démoralise, franchement j’en ai marre. Je trouve ça écœurant. Il s’en tire comme ça, sans rien, et moi je continue de souffrir, tout comme mes enfants. Tout ça, à cause de lui. »

Mais Marie assure qu’elle n’en restera pas là. « Je voudrais porter plainte contre la Justice ! », affirme la jeune femme, qui, plus sérieusement, parle d’un nouveau recours, pourquoi pas de courriers à des instances encore plus importantes, et d’une « nouvelle stratégie » qu’elle doit élaborer avec son avocat :

« Quoi qu’il arrive, je continuerai, et je ne lâcherai pas. Je veux qu’il soit jugé pour ce qu’il a fait, c’est tout. »

Son ex-conjoint condamné à 3 mois avec sursis et à un stage de responsabilisation

Depuis le viol qu’elle dénonce en juillet 2020, la jeune femme a également porté plainte pour menaces de mort en octobre 2020. Plainte elle-aussi classée par la justice quelques mois plus tard.

Son ex-conjoint, lui, a été condamné en janvier 2021 pour des faits qui remontent à octobre 2019, « de violences volontaires ». Il avait écopé de 3 mois de prison avec sursis et l’obligation de suivre un stage de responsabilisation pour avoir tenté d’étrangler sa compagne.

Aujourd’hui Marie vit toujours dans un centre parental avec ses enfants, et son téléphone « dispositif grand danger » qui ne la quitte pas. Son avocat, Me Gsell, refuse quant à lui de répondre à nos questions.

Les timides initiatives de la lutte contre les agressions de femmes dans l’espace public

Les timides initiatives de la lutte contre les agressions de femmes dans l’espace public

Des associations strasbourgeoises œuvrent pour que les femmes se sentent plus en sécurité au bar, en boîte ou dans la rue. Après les agressions verbales et physiques, elles déplorent l’irruption de drogues, insérées dans les verres à l’insu des femmes. Mad’EMoiselle, Ru’elles ou encore la CTS tentent de combattre le sentiment d’insécurité dans l’espace public, en particulier lorsque la nuit tombe.

Agression physique, verbale, drogue et viol : Cécile, étudiante de 23 ans, garde bien en tête toutes ces menaces quand elle sort le soir avec ses amis. Depuis ses 17 ans, cette Strasbourgeoise a l’habitude d’aller dans des bars plusieurs fois par mois, et prolonge parfois sa sortie en boîte :

« Quand on sort et qu’on est une femme, il faut déjà penser à la manière dont on s’habille – pas trop voyant, pas trop court, et ne pas porter d’objets de valeur… Puis à l’aller et au retour, je pense à quel chemin je prends. Je reste sur les axes principaux, j’évite certains quartiers, comme celui de la gare où il y a souvent des hommes seuls qui essaient de m’aborder. Parfois, je dois faire de sacrés détours. Ensuite, vient le choix du bar. Avec mes amis, on retourne souvent dans les mêmes endroits, parce qu’on sait que c’est à peu près sûr. À l’intérieur, on surveille notre verre et celui de nos potes. J’ai des amies qui se retiennent de danser aussi. Moi, je danse, mais je me prends des réflexions d’hommes sur mon physique, sur le fait que ça les excite… »

Son pire souvenir de soirée, elle l’a vécu dans la file d’attente devant Le Café des Anges, en novembre 2020. Elle était accompagnée d’une amie quand un homme s’est approché d’elles : 

« Au début, on pensait que c’était encore un mec lourd, qui allait nous faire des avances. On voulait lui dire de partir et là, il a éjaculé sur ma pote. On était tellement choquées, qu’au début, on a rien dit. Puis on a essayé de prévenir le videur, mais il a refusé d’intervenir. On est parties. Ça nous a bousillé la soirée et on n’est jamais retournées dans cette boîte. Des gens pourraient dire qu’au final, ce n’est pas grand chose, mais ce sont des images qui restent dans la tête. On se sent salies. »

Verres drogués au GHB, la parole se libère grâce aux associations

Depuis la fin du mois de septembre 2021, des témoignages d’hommes et de femmes drogués en soirée sont de plus en plus visibles sur les réseaux sociaux. Une émergence rendue possible à Strasbourg après un appel à témoins lancé début octobre sur facebook et instagram, par l’association strasbourgeoise Mad’EMoiselle (créé en 2019 par des étudiants de l’École de Management de Strasbourg).

Les associations DBSP (du compte Instagram @disbonjoursalepute) et Ru’elles se sont rapidement associées à cet appel. Faustine a rejoint Mad’EMoiselle peu de temps après sa création :

« En septembre, nous avons reçu plusieurs messages de personnes qui racontaient avoir été droguées. En parallèle, nous en avons vu d’autres sur les réseaux sociaux, donc nous avons lancé un appel à témoins. Pour l’instant, nous avons plus d’une trentaine de témoignages et nous en recevons encore chaque jour. Les boîtes de nuit de la Salamandre et du Gold ont été citées plusieurs fois, mais globalement, cela arrive partout. Les victimes nous racontent ce qu’elles ont ressenti, vécu sur le moment, puis après. Parfois, ce sont des témoignages de leurs amis, parce que les personnes droguées ne se souviennent de rien. »

825 personnes ont répondu qu’elles avaient été victimes de drogues dans un bar ou club lors d’une enquête menée par DBSP début novembre 2021 en France (Photo A.C-C / Rue89 Strasbourg).

DBSP a publié samedi 6 novembre une enquête qui enregistre 825 victimes de drogues dans des clubs et bars en France. 94% d’entre elles sont des femmes. En réunissant les témoignages reçus, les trois associations souhaitent ensuite mettre en commun leurs informations pour monter un dossier de plaintes qui doit être prochainement transmis à la justice.

Mathilde est membre du bureau de Ru’elles depuis septembre 2021, et veut rester prudente sur ce que l’on peut en conclure :

« C’est difficile de dire s’il y a une véritable augmentation du phénomène. Des affaires de drogue, il y en a tout le temps eu. Ce qui est sûr, c’est que la parole se libère, comme ça a été le cas pour le harcèlement de rue. Et une fois qu’on a conscience d’un problème, on peut essayer de trouver des solutions. »

Le cocktail Mad’EMoiselle pour demander de l’aide

L’une de ces solutions : un cocktail fictif. Depuis la rentrée 2020, des affiches de l’association Mad’EMoiselle indiquent dans les toilettes d’une trentaine de bars strasbourgeois qu’il est possible de commander un « cocktail Mademoiselle » si un rendez-vous se passe mal ou si une personne se sent en danger.

Ce nom est en réalité un « code » pour prévenir discrètement le personnel du bar : « Ils sauront que tu as besoin d’aide et ils t’aideront en te mettant en sécurité le temps d’appeler un taxi ou en faisant intervenir un agent de sécurité, » proclame l’affiche.

L’idée vient d’un cocktail imaginaire, déjà utilisé à Rennes et au Canada. Malheureusement, l’épidémie de Covid et surtout le confinement qui a eu lieu cinq jours après la soirée de lancement du nouveau cocktail, ont freiné son développement, raconte Faustine de l’association Mad’EMoiselle :

« Les gens étaient vraiment contents de l’initiative, on avait déjà plus d’une dizaine de bars partenaires, puis tous les établissements ont fermé. Mais le projet est resté d’actualité à la réouverture. On ne demande pas de comptes-rendus aux bars, donc nous n’avons pas de données sur le nombre d’utilisations, mais on voit que cela plaît : nous avons des personnes qui nous envoient des photos des affiches, et qui nous disent merci. Il y a aussi de plus en plus de bars et de boîtes qui nous contactent pour l’installer. »

Les affiches du cocktail Mademoiselle sont affichées uniquement dans les toilettes des femmes pour plus de discrétion (Photo A.C-C. / Rue89 Strasbourg).

« C’est bien d’avoir un dispositif si quelque chose nous échappe »

Si l’association reçoit des demandes d’autres villes, comme Metz, la plupart des établissements partenaires sont à Strasbourg. Selon le gérant de l’un des bars de la place Gayot, qui préfère rester anonyme, « au moins quatre personnes ont déjà utilisé le Mademoiselle depuis l’été 2020 ».

Nicolas Vogel, lui, a repris le bar Les Savons d’Hélène en mai 2021. L’affiche avait déjà été installée par ses prédécesseurs dans les toilettes des filles, et il a décidé de continuer à utiliser le faux cocktail, conscient de son utilité :

« Personne n’a eu à l’utiliser depuis que je suis là, mais on reste vigilant. Il est déjà arrivé plusieurs fois que des femmes se fassent emmerder au resto et qu’on doive intervenir. Des hommes les sifflent, les abordent et peuvent parfois se montrer menaçants. Dans ce cas-là, on les sort, mais c’est bien d’avoir un dispositif en place si jamais quelque chose nous échappe. Plusieurs clientes sont venues me voir pour me dire que ça les rassurait. » 

Apprendre le self-défense avec Ru’elles

Une autre solution, proposée par l’association Ru’elles : apprendre aux femmes les premiers gestes à réaliser en cas d’agression. Créée à l’été 2020, alors que les témoignages de harcèlement de rue se faisaient de plus en plus nombreux, l’association organise, entre autres, des actions de prévention.

Actions en milieu scolaire, micro-trottoirs informatifs dans les rues de Strasbourg et, depuis octobre 2021, des cours de self-défense pour les femmes. Deux cours ont déjà été donnés dans les locaux de La Kulture, réunissant 20 puis 30 personnes. 

Pendant trois heures, deux instructeurs bénévoles s’y sont relayés pour apprendre aux participantes les premiers réflexes à avoir si elles sont plaquées contre un mur, saisies à la gorge ou attrapées par les cheveux. Josselin, bénévole dans l’association depuis octobre 2020, s’inspire du KravMaga, un art martial israélien, et de son expérience de 13 ans dans les arts martiaux : 

« Les personnes qui viennent nous voir veulent être plus sereines lorsqu’elles sont dans l’espace public. Elles ont parfois subi ou été témoins d’agressions, et ne se sentent pas en sécurité. On leur montre une dizaine de situations et les gestes à appliquer dans ces cas-là, puis elles doivent le répéter deux par deux… À la fin du cours, les participantes ont souvent des questions. Cela permet de faire le point sur des situations concrètes. Certaines disent qu’elles sont de plus en plus harcelées dans la rue. L’une d’entre elle m’a dit qu’elle n’avait pas pu simuler l’étranglement, car cela lui était réellement arrivé et elle était encore traumatisée. »

Une séance ne suffit pas à savoir se battre

Mais Josselin est catégorique, une séance ne suffit pas à savoir se battre. Il aimerait idéalement pouvoir proposer un cours par mois, d’autant plus qu’il y a une réelle demande des participantes, mais l’association n’a pas encore trouvé de local pour les accueillir aussi fréquemment. Pour l’instant, il oriente donc les participantes vers différents clubs dans lesquelles les personnes intéressées peuvent poursuivre leur apprentissage :

« On ne va pas former la nouvelle génération d’Avengers, mais grâce à cette initiation, des participantes vont pousser la porte de clubs de combat, alors qu’elles ne l’auraient jamais fait avant. »

Les participantes au cours de self-défense apprennent à réagir face à une dizaine de situations, de la saisie de cheveux à l’étranglement. (Photo Tiphany Hue / doc remis).

Rentrer plus facilement grâce à la CTS : toujours un dispositif expérimental sur une seule ligne

Savoir réagir lors d’une agression, oui. Mais mieux vaut les éviter autant que possible. Pour permettre aux femmes de passer moins de temps seules dans les rues, la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) propose, depuis juin 2019, aux femmes seules ou accompagnées d’enfants en bas-âge de demander aux bus de s’arrêter quand elles le souhaitent, pour pouvoir descendre au plus près de leur lieu d’habitation. 

Cependant, deux ans après, ce dispositif est encore en phase expérimentale et n’est actif que sur la ligne de bus 24, de 22h à la fin du service. Le bus 24 a été choisi, car il « relie le centre de Strasbourg à un quartier périphérique dense (Neudorf, Neuhof), en traversant une succession de tissus urbains différents, propice à l’expérimentation. Son point de départ (Ancienne Douane) est également proche des lieux de vie nocturne alentours », explique Clémentine Colin, responsable communication à la CTS. 

Deux ans après : sept femmes seulement ont eu recours au dispositif

Pour analyser cette première application, la CTS utilise un suivi hebdomadaire, et les conducteurs sont invités à faire des retours sur leur expérience. À ce jour, seules sept femmes ont eu recours au dispositif depuis le début de l’expérimentation.

L’extension à d’autres lignes est freinée par le travail de cartographie, qui vise à répertorier les endroits où les arrêts sont effectivement possibles. Plusieurs obstacles ont été soulevés, qui dépendent notamment du respect du cadre réglementaire, des arrêtés municipaux, du respect du Code de la route et de la Sécurité routière. Si des rencontres entre la CTS et l’Eurométropole sur le sujet ont encore régulièrement lieu, aucun agenda d’extension du dispositif n’a été annoncé pour le moment. 

Mouvement de grève à la CTS : des perturbations à prévoir dès samedi

Mouvement de grève à la CTS : des perturbations à prévoir dès samedi

L’Unsa, syndicat majoritaire de la CTS, a déposé un préavis de grève couvrant la période du samedi 4 décembre à juin 2022. Les lignes de bus et de tram de Strasbourg seront perturbées dès ce samedi et probablement pendant les week-ends du Marché de Noël. L’Unsa dénonce l’absence d’amélioration des conditions de travail.

Le réseau de bus et de tram de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) va se retrouver perturbé par un mouvement de grève conduit par l’Unsa (Union nationale des syndicats autonomes) dès ce samedi 4 décembre. Le préavis de grève déposé à la CTS couvre la période du samedi 4 décembre 2021 au 1er juin 2022.

Il concerne l’ensemble des lignes de tram (A, B, C, D, E et F) et les lignes de bus suivantes : G, H, L1, L3, L6, 2, 4/4a, 10, 13, 14, 15, 17, 19, 24, 29, 30, 40, 50, 57, 67 et 70/70a.

Pour rappel, le syndicat dénonce l’absence d’amélioration des conditions de travail, malgré les engagements de campagne de Jeanne Barseghian.

Ce mouvement de grève devrait largement perturber le réseau de transport de la CTS pendant les week-ends du Marché de Noël. Photo : Rue89 Strasbourg

Les perturbations devraient se concentrer sur les week-ends

Ces perturbations devraient se concentrer sur les week-ends « pour ne pas avoir trop d’impact sur les travailleurs et les étudiants en semaine » avec un pic de la mobilisation les 4 et 17 décembre, selon Stéphane Daveluy, délégué syndical Unsa à la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS). Dans son communiqué le service presse de la CTS précise :

« Différentes réunions de négociations se sont tenues au cours des derniers jours entre la direction de la CTS et l’ensemble des organisations syndicales représentées dans l’entreprise. À ce stade, un protocole d’accord a pu être signé avec les organisations syndicales CGT, CFDT et SUD avançant le calendrier des négociations salariales au 7 janvier prochain. Néanmoins l’UNSA maintient sa mobilisation à compter du samedi 4 décembre, les autres syndicats ne rejoignent pas ce mouvement. Les négociations avec l’UNSA se poursuivent et une nouvelle rencontre est déjà prévue au cours de la semaine prochaine. »

Communiqué du jeudi 2 décembre 2021.

L’état théorique du trafic, pour chaque journée de grève, est connu 36h à l’avance. Les autres lignes de bus et les services Flex’hop, Taxibus et Al&Retour ne sont pas concernés par ce mouvement de grève et circulent selon leurs horaires habituels.

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La Ville prête à acheter la Semencerie

La Ville prête à acheter la Semencerie

Alors qu’un projet d’auberge de jeunesse avait été présenté, et vivement contesté, lors d’une réunion publique en octobre, la Ville de Strasbourg annonce ce jeudi matin dans un communiqué qu’elle va « entrer en négociation pour se porter acquéreur du site ».

L’information est parvenue ce matin. Dans un mail, bref et dense envoyé à la presse, la Ville de Strasbourg indique simplement :

« La Ville, à l’écoute des interrogations des habitantes et des habitants, et des partenaires du quartier sur l’opportunité de la Semencerie et souhaitant préserver l’esprit créatif du quartier, a informé les propriétaires qu’elle souhaitait entrer en négociation pour se porter acquéreur du site en lieu et place du groupement et prendre toutes les dispositions pour permettre l’intégration du site dans un projet d’aménagement global du secteur ».

Adieu l’auberge de jeunesse

Le lundi 18 octobre 2021, Rue89 Strasbourg avait assisté à une réunion publique électrique, au sujet de l’avenir de la Semencerie. Ce lieu atypique, situé dans le quartier Laiterie, accueille depuis 2007 une trentaine d’artistes contre un loyer dérisoire : 420€ par mois pour 2 000 m². C’est l’un des co-gérants des Semences Nungesser (ancien propriétaire des lieux), Roger Heitz, qui a permis aux artistes de s’installer là. Mais aujourd’hui âgé de 66 ans, le mécène aimerait bien désendetter son entreprise et partir à la retraite.

Après plusieurs ventes avortées, Roger Heitz était finalement entré en négociation avec la société Melt Hotel, qui ouvre des hôtels à concepts dans plusieurs villes de France. Pour le projet de Strasbourg, le groupe Melt s’était associé à Cogedim afin de construire un « un ensemble immobilier de 12 340 m² comprenant un hôtel de 133 chambres, une halle commerciale, une résidence étudiante et 60 logements ».

Mais l’accueil par les habitants du quartier Laiterie était au mieux indifférent, voire hostile comme lors d’une bonne part des expressions entendues lors de la réunion publique. Certains y voyaient un embourgeoisement du quartier et craignaient une forte hausse des loyers. D’autres, comme les artistes, redoutaient d’être mis à la porte, sans pouvoir trouver un lieu similaire.

À la Semencerie, les artistes hébergés partagent leurs savoirs-faire avec des habitants lors d’ateliers, comme ici lors de Selbst Gemacht, un festival annuel du « fabriquer soi-même » (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc).

Les artistes avaient demandé à la Ville de préempter

Ce soir-là, le collectif d’artistes avait demandé à la Ville de Strasbourg de préempter la vente de cet entrepôt construit en 1890, issu du patrimoine industriel du XIXe siècle. On parle alors d’une somme oscillant entre 2 et 3 millions d’euros. Il semble donc que la Ville ait entendu l’appel des artistes et des habitants :

« Au sein de ce quartier, le secteur de la Laiterie, classé en Quartier Prioritaire de la Ville avec un taux de pauvreté de 40,6%, va connaitre d’importantes mutations dans les prochaines années qui vont accentuer la pression immobilière ».

La Ville de Strasbourg parle d’une offre directe aux propriétaires pour l’instant, et pas d’une préemption, ce qui ne laisserait pas le choix aux propriétaires de la parcelle. Quant à l’avenir, la Ville formule, pour l’instant, une proposition encore vague pour la reprise du lieu : « Elle y expérimentera une nouvelle méthode de projet urbain co-construit avec les citoyennes et les citoyens, ainsi que les partenaires associatifs et culturels ».

Pour Gauthier Mesnil-Blanc, l’un des artistes de la Semencerie, cette annonce est « une excellente nouvelle » :

« On va pouvoir pérenniser le lieu, s’inscrire dans la durée, faire des travaux importants… et continuer toutes nos activités en pouvant leur donner plus d’ampleur. On n’a pas encore d’idées précises quant au mode de fonctionnement avec la Ville mais on leur proposerait bien un bail emphytéotique comme au Molodoï. »

Adjointe à la maire en charge du quartier Gare, Marie-Dominique Dreyssé se félicite de cette décision :

« Ce n’est jamais facile de renoncer à un projet de développement, surtout avec des logements qui manquent à Strasbourg. Mais le quartier Gare, très morcelé, manque déjà de lieux publics de respiration, tournés vers les habitants. »

Après un road-trip, l’âme de Dirty Deep à la Péniche mécanique vendredi

Après un road-trip, l’âme de Dirty Deep à la Péniche mécanique vendredi

Dirty Deep, groupe de « blues profond » alsacien, fête ses 10 ans à la Péniche Mécanique à Strasbourg vendredi 3 décembre. Son fondateur, Victor Sbrovazzo, publie un livre avec des reprises et des photos, avant un nouvel album à venir en 2022.

Dirty Deep revient et c’est en soi une bonne nouvelle. Le musicien multi-instrumentiste de ce groupe de blues velu, Victor Sbrovazzo, a touché le fond en 2020. Après une tournée éprouvante et une série d’embrouilles autour du dernier album, survient le premier confinement. Plus de contact avec le public, une catastrophe pour ce groupe qui transforme chaque concert en messe cathartique.

Victor Sbrovazzo lâche tout, prend la route sur sa 125, destination le Sud :

« Je voulais voir des gens, rencontrer des artisans, des artistes… J’étais un peu à la recherche d’une forme de liberté perdue. Je suis parti sans vraiment de préparation, sauf l’envie de ne prendre que les petites routes de France. Je me produisais parfois en petits concerts. Ce road-trip de 15 jours m’a amené jusqu’en Corse. »

Geoffroy Sourpe (batterie), Victor Sbrovazzo (chant, guitare, harmonica) et Adam Lanfrey (basse, contrebasse) Photo : Hugo Pillard / doc remis

Après avoir créé Dirty Deep il y a 10 ans, Victor Sbrovazzo a profité de ce voyage pour se faire un gros cadeau : un livre-CD avec dix histoires, dix rencontres tirées de ce road-trip, les photos d’Arnaud Diemer qui l’a rejoint sur une partie du trajet et surtout, six reprises de blues avec des chanteurs qu’il adule au chant (Jim Jones, Left Lane Cruiser, Scott H. Biram, Mark Porkchop Holder…). Ce nouvel opus, titré A Wheel In The Grave, a été enregistré aux studios Kawati de Strasbourg et chez White Bat Tricorders à Mulhouse. Les invités ont enregistré leurs voix séparément et bien qu’ils apportent leur style, il y a une touche Dirty Deep très affirmée dans tous ces titres :

« Tous les invités ont choisi les reprises qu’ils voulaient faire avec nous, ce sont des morceaux qui nous rassemblent et sur lesquels on s’est parfois rencontrés lors de de festival, comme lorsqu’on a jammé avec Left Lane Cruiser au Blues Folk Festival à Binic dans les Côtes d’Armor. »

L’objet final, qui mêle des textes de Victor Sbrovazzo, des photos, des vidéos et de la musique est donc un hommage à cette aventure de dix années de blues alsacien, sombre, puissant et très mâle.

You’re Gonna Miss Me, une reprise avec Scott H. Biram (vidéo Dirty Deep / YouTube)

Cet intermède dans la carrière du groupe, jalonnée par tout de même huit albums en dix ans, a permis de relancer l’énergie de Dirty Deep, bien parti pour une nouvelle dizaine d’années. Le groupe prépare un nouvel album prévu pour 2022 sur leur nouveau label, Junk Food Recordz, et donc une tournée.