Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

« Que deviendra Hatten lorsque la zone d’activité aura la même surface que le reste du village ? »

« Que deviendra Hatten lorsque la zone d’activité aura la même surface que le reste du village ? »

Le collectif Hatten Demain publie une lettre ouverte aux élus locaux, soutenue par 26 associations alsaciennes. Le courrier détaille sur le manque de transparence et de concertation sur un projet de zone d’activités qui menace les terres de plusieurs agriculteurs locaux.

« Monsieur le Maire de Hatten,
Monsieur le président de la Communauté de Commune de l’Outre Forêt,
Habitants et habitantes de Hatten et des environs,

« Nous demandons la transparence »

Nous vous alertons aujourd’hui quant au projet de zone d’urbanisation IIAUX (une zone à urbaniser non équipée et inconstructible dans le cadre du présent Plan Local d’Urbanisme, ndlr) à dominante d’activités, et demandons la transparence sur ce sujet au travers d’une présentation publique.

Le bulletin de la communauté de communes de l’Outre Forêt de décembre 2020 annonce la volonté de celle-ci de développer une zone d’activité principalement tournée sur la logistique. En effet, on y lit :

« Hatten peut donc devenir un véritable pôle de la logistique au service, notamment, de grands pôles allemands. Si l’activité de logistique est un des atouts de l’économie locale, la vocation de la future zone ne se limitera pas, loin s’en faut, à ce domaine d’activité. Il s’agira de développer une zone d’activités mixte (tertiaire, artisanale, industrielle) pour créer une diversité d’emplois… »

L’avenir incertain des paysans locaux

Inquiété par un projet qui apparaît sans concertation, mettant en danger les producteurs agricoles locaux, le collectif de citoyens « Hatten Demain » a exprimé ses interrogations au cours d’un événement de la confédération Paysanne « Le salon à la ferme », samedi 27 février en présence de Pierre Mammosser, vice-président en charge du développement du territoire. Cet événement, un marché d’une vingtaine de producteurs, principalement en bio, a attiré plus de 800 visiteurs.

En première ligne des incertitudes exprimées se trouve évidemment l’incertitude quant à l’avenir des paysans locaux, qui contribuent à nourrir le Nord Alsace, et qui sont mis en danger par les menaces qui pèsent sur leurs terres.

Autre interrogation : l’avenir même du village

La zone soulève d’autres interrogations, avec pour cœur l’avenir même du village. Que deviendra Hatten lorsque la zone d’activité aura, une fois étendue, la même surface que le reste du village ? Comment sont pris en compte les nuisances des flux de poids lourds sur les routes sous-dimensionnées au cœur d’une forêt Natura 2000 ou encore des flux pendulaires des employés se rendant, par le village, à leur travail ?

Ces éléments se heurtent également aux définitions du Plan local d’urbanisme et au Schéma de cohérence territoriale qui précisent qu’une telle zone est conditionnée à des projets de géothermie profonde. Or, ni les annonces de la communauté de communes, ni les projets de géothermie profonde portés par les industriels du territoire ne convergent vers cette solution. 

L’ensemble de ces éléments entraînent un besoin de clarification auprès des citoyens et des citoyennes de notre commune. Un projet aussi structurant ne peut être simplement décidé et imposé sans la participation des principaux concernés. Malgré notre première interpellation orale, aucun élément n’a été rendu public depuis, et nous déplorons l’opacité de cette décision.

Nous demandons donc aux élus en charge du projet d’organiser une réunion publique permettant de clarifier leurs volonté en cette zone, d’indiquer une estimation d’agenda correspondant, et de répondre aux incohérences du projet tout comme aux inquiétudes des habitants et des habitantes. 

Hatten Demain

Racheté, le parking de la rue du Fossé-des-Tanneurs sera transformé en bureaux

Racheté, le parking de la rue du Fossé-des-Tanneurs sera transformé en bureaux

Le parking de la rue du Fossé-des-Tanneurs a été racheté pour plus de 4,9 millions d’euros par le président de la société Building Developpement, présidée par Lionel Burstin. L’immeuble de près de 1 000 mètres-carrés sera principalement transformé en bureaux.

Le parking de la rue du fossé des Tanneurs a été vendu. Il doit être transformé en bureaux. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Un parking en moins au centre-ville de Strasbourg. L’immeuble situé au 24-26 rue du Fossé-des-Tanneurs a été vendu plus de 4,9 millions d’euros par la société Indigo à la SAS Building Developpement, une société présidée par Lionel Burstin. Contacté, celui qui est aussi P-DG de l’agence immobilière Immoval précise :

« Pour l’instant, nous ne sommes pas certains qu’il y aura encore des places de parking à cet endroit, mais c’est possible qu’il y en ait. Nous sommes encore en concertation avec la Ville de Strasbourg pour certains aspects. Ils ont notamment évoqué le besoin en crèche dans ce secteur, nous ne sommes pas fermés à cette idée. Nous avons un projet mixte où il y aurait du commerce, du parking et des bureaux. Mais il n’y aura pas de logements. Le typologie de l’immeuble, ses plafonds bas, ne correspondent pas aux critères d’une habitation. »

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#rue du Fossé-des-Tanneurs

Départementales en Alsace : retrouvez vos candidats

Départementales en Alsace : retrouvez vos candidats

Qui sont les candidats près de chez vous ? Avec notre carte interactive retrouvez les binômes dans votre canton qui candidatent pour intégrer la Collectivité européenne d’Alsace.

Ils sont 181 binômes sur la ligne de départ, disséminés dans les 40 cantons alsaciens. Il faudra deux tours, les dimanches 20 et 27 juin, pour déterminer lesquels de ces tandems homme-femmes participeront jusqu’en 2026 à la gestion du nouveau département alsacien, qui répond au nom de Collectivité européenne d’Alsace (CeA).

Les Départements s’occupent notamment de :

    L’action sociale (RSA, aide à l’enfance, handicap, personnes âgées) ;La construction, l’entretien et l’équipement des collèges ;Le service départemental d’incendie et de secours (SDIS) des pompiers ;L’aide aux communes, notamment dans le milieu rural, le remembrement agricole, l’aménagement foncier ;Le Sport, la Culture, le tourisme, en partage avec d’autres collectivités.

À Strasbourg, une part importante de l’action sociale, la principale compétence du Conseil départemental, fait historiquement l’objet d’une délégation à la municipalité. La dernière convention porte sur la période 2018-2025.

Par rapport aux autres départements, la CeA a quelques compétences supplémentaires, mais limitées. La principale est la gestion des anciennes routes nationales. Dans d’autres domaines, comme le bilinguisme, le transfrontalier ou le tourisme, il s’agit surtout de coopérations avec l’Éducation nationale, la Région Grand Est et les intercommunalités sur le moyen terme. Le premier budget de la CeA est de 2,02 milliards d’euros.

Au soir des deux tours, il y aura comme souvent deux manières de regarder les résultats. Ceux à l’échelle de l’Alsace, et ceux dans sa capitale, Strasbourg.

En Alsace, la majorité alsacienne s’ouvre à la majorité présidentielle

À l’échelle de l’Alsace, l’enjeu est de voir si la majorité de droite et du centre sera renouvelée. Cette « majorité alsacienne » compte formellement s’élargir à la majorité présidentielle née en 2017, puisque la ministre déléguée à l’Insertion, Brigitte Klinkert, est candidate à Colmar. On retrouve quelques candidats étiquetés LREM, Modem ou Agir, parfois en tandem avec des élus « Les Républicains », sans que cela n’ait causé trop de remous localement. Dans certains cantons, il arrive aussi que plusieurs binômes de droite et du centre se concurrencent en fonction des histoires locales et de la situation politique.

Sur son extrême-droite, le Rassemblement national a investi des candidats dans tous les cantons alsaciens sauf deux. Compte tenu de ses scores passés, il devrait tabler sur de bons résultats au premier tour et des qualifications au second. Pour attester d’une « progression », il faudra que le parti de Marine Le Pen réussisse à remporter des seconds tours et intégrer pour la première fois une assemblée départementale alsacienne.

Les écologistes présentent ou soutiennent des binômes dans la plupart des cantons, parfois dans de larges alliances à gauche, parfois avec des candidats non étiquetés mais engagés localement. Se qualifier à plusieurs seconds tours, mais surtout créer des surprises dans certains cantons serait le signal que les idées écologistes rencontrent un écho électoral en Alsace, et pas seulement dans les centres urbains.

Le parti régionaliste Unser Land présente 21 binômes, comme en 2015, dans les secteurs ruraux. Comme le RN, il fait face à la difficulté de se qualifier et surtout de remporter des seconds tours. Même si le mode de scrutin ne lui est pas favorable, il espère aussi intégrer l’assemblée alsacienne et peser dans les débats sur l’avenir institutionnel de l’Alsace.

À Strasbourg, match entre PS et écologistes, demi-accord dans les bastions de droite

À Strasbourg et dans ses six cantons, difficile de ne pas lire les enjeux sous le prisme des nouveaux rapports de force issus des élections municipales de 2020.

À gauche, les récentes tensions entre socialistes et écologistes structurent les candidatures. Ainsi, cinq des six conseillers départementaux sortants du Parti socialiste repartent en campagne, en misant notamment sur leur ancrage et leur notoriété locale. S’ils ne devaient pas être renouvelés par les électeurs, une page se tournerait pour le PS à Strasbourg. Le parti est localement en proie à d’importantes divisions stratégiques. Ses cadres sont partagés entre une attitude hostile ou conciliante à adopter vis-à-vis de leurs anciens alliés écologistes, qui les ont supplantés en 2020. Ces fractures se répètent sur les listes des élections régionales. Des Socialistes bas-rhinois se retrouvent avec l’écologiste Éliane Romani, officiellement investie par le PS dans le cadre d’un accord, d’autres sont proches de « l’Appel Inédit » conduit par l’ancienne ministre socialiste Aurélie Filippetti. Quelques nouvelles têtes, dont un membre de la France insoumise, sont investies dans des cantons moins favorables électoralement.

Les écologistes font, eux, le pari du renouvellement. Dans une alliance avec plusieurs partis de gauche (PCF / Place publique / Génération.s / Alternative alsacienne), ils présentent 12 candidats sans mandat actuel ou passé. Atout ou handicap ? D’ordinaire, les élections départementales voient beaucoup de maires, adjoints et autres élus locaux sortants se présenter pour surfer sur leur identification par les électeurs de leur canton, dans un scrutin où les enjeux sont difficiles à percevoir. Mais les écologistes mettent en pratique leur opposition aux cumuls des mandats. Si aucun de ces binômes ne devait l’emporter à Strasbourg le 27 juin, ce résultat pourrait néanmoins sonner comme un avertissement pour la municipalité écologiste, un an après sa victoire.

Unis au second tour des élections municipales en 2020, la droite et LREM se concurrencent officiellement sur tous les cantons, sauf le 4 (Robertsau-Wacken) le bastion historique de la droite et du centre. L’ancienne tête de liste Jean-Philippe Vetter (LR) fait équipe avec Anne Tennenbaum, du micro-parti de centre-droit Agir, allié de LREM. Dans le canton 6 (Meinau-Neuhof), secteur quadrillé par le tandem Pascale Jurdant-Pfeiffer (UDI) et Jean-Philippe Maurer (LR), élus depuis les années 2000, la majorité présidentielle a certes mis un candidat Modem, mais très peu connu. En revanche, la concurrence à droite s’annonce rude dans le canton 5 (Orangerie-Esplanade-Krutenau), remporté par le PS en 2015. L’élu sortant Nicolas Matt (passé chez LREM) se voit challengé à la fois par Jean-Emmanuel Robert, cadre de LR et ancien élu, et par une ex-colistière d’Alain Fontanel (et donc de Nicolas Matt), Laurine Roux du Parti radical, elle-même en tandem avec Richard Seiler, ancien colistier de… Jean-Philippe Vetter.

Des binômes en quête de surprise et de poids électoral

Dans les trois autres cantons (1-2-3), de nouvelles têtes ont été investies par les partis de droite et LREM/Modem. Cela permettra de jauger du poids électoral des deux camps dans des secteurs où ces formation sont moins implantées. Ces candidats auront comme tâche ardue de créer des surprises en profitant de la division PS / EELV pour se qualifier au second tour, puis jouer les troubles-fête. 

Moins implanté à Strasbourg et sans élu municipal depuis 2020, le RN présente des candidats dans cinq des six cantons. En 2015, il avait accédé à deux seconds tours dans les quartiers ouest (cantons 2 et 3). Enfin, d’autres binômes « sans étiquette » ou « divers » souhaitent peser sur les débats dans les différents cantons, grappiller des pourcentages qui pourraient manquer à l’un ou l’autre débat pour se qualifier au second tour et donc s’ancrer dans le paysage politique micro-local. À noter notamment, l’arrivée du parti strasbourgeois Égalité républicaine et sociale (ERS) dans 4 cantons, où l’on retrouve des fondateurs de la jeune association de locataires des bailleurs sociaux Alis.

En 2015, quatre des six cantons strasbourgeois avaient été remportés par des adjoints au maire socialiste et deux par la droite, déjà dans l’opposition.

Grève à Arte contre une limite de jours de travail imposée aux pigistes et intermittents

Grève à Arte contre une limite de jours de travail imposée aux pigistes et intermittents

Mercredi 26 mai, plusieurs syndicats de journalistes d’Arte ont appelé à la grève pour protester contre la limite de 60 jours de travail annuels imposée aux pigistes et aux intermittents du spectacle.

Mercredi, la Société des Journalistes d’Arte, le Syndicat national des Journalistes (SNJ) et trois autres syndicats de la chaîne ont appelé à la grève. Ils demandent la suppression de la limite de 60 jours de travail par an, imposée aux journalistes pigistes et aux intermittents. Ce plafonnage du temps de travail a été présenté l’année dernière par la direction comme une contrepartie du plan d’intégration. Un plan qui, depuis 2019, a permis à 18 pigistes et intermittents qui avaient travaillé avec la chaîne franco-allemande plus de 60 jours par an entre 2015 et 2018, d’être titularisés.

Des salariés d’Arte se sont mis en grève mercredi, pour protester contre la limite de 60 heures de travail par an pour les journalistes pigistes et les intermittents. Photo : Marianne Skorpis / doc remis

Une limitation du temps de travail qui précarise pigistes et intermittents

Pour Fanny Lépine, journaliste à Arte et syndiquée au SNJ, cette limite de 60 jours annuels est « hors des réalités du terrain » et précarise des travailleurs déjà fragiles. « On va par exemple former trois intermittents, chacun limité à 60 jours de travail par an, pour un poste qu’une seule personne à plein temps aurait pu occuper. Le résultat, c’est que maintenant on précarise trois personnes », explique l’ancienne pigiste, également représentante du personnel.

À l’issue d’une rencontre syndicale le 21 mai, la chaîne s’est dite prête à assouplir la limite de 60 jours au cas par cas pour les 20 pigistes qui travaillent actuellement avec Arte sur les trois bureaux de Strasbourg, Berlin et Paris. Mais cela ne satisfait pas pour autant les grévistes :

« On pense aussi aux futurs pigistes et intermittents. Il y a beaucoup de jeunes journalistes qui commencent leur carrière en vendant des piges. Avec cette limite, on ne leur offre aucun avenir. Et c’est dommage, car on va perdre des étudiants qui ont vraiment du potentiel et un bon profil. »

Un constat partagé par Lise (le prénom a été changé), jeune pigiste allemande : « En ne travaillant que cinq jours éparpillés dans le mois, c’est impossible de progresser. En plus, quand on débute, on nous demande de proposer des sujets, de faire nos preuves. Et vers la fin de l’année, quand je proposais des reportages, on me rappelait que j’arrivais à ma limite. La contradiction est usante », soupire-t-elle.

60 jours par an, trop peu pour rester motivé

Lise aime travailler pour Arte. Elle espère que la mobilisation aboutisse à la suppression de cette limite. Mais la jeune diplômée réfléchit parfois à changer de métier : « C’est compliqué d’être créatif et de mettre de l’énergie dans son travail, quand on doit réfléchir à comment on va pouvoir payer son loyer ce mois-ci », déplore la jeune journaliste. Parfois, quelques CDD de remplacements lui permettent de travailler plus de 60 jours par an, « mais ce n’est pas une solution sur le long terme, l’insécurité persiste », ajoute-t-elle.

La limite de 60 heures de travail par an a des conséquence sur le moral des pigistes et des intermittents. Photo : Marianne Skorpis / doc remis

Fanny Lépine souligne elle aussi la difficulté pour les pigistes à s’impliquer dans le travail, « quand on est uniquement considéré comme un risque juridique ». D’après elle, cette limite a des conséquences éditoriales :

« À Arte, on travaille beaucoup à partir de propositions de reportages. Maintenant, avant de choisir un sujet, la première chose qu’on doit prendre en compte, ce n’est plus la valeur éditoriale d’un sujet, mais si la personne qui le propose a encore le droit de travailler, et si elle ne peut pas, on doit refuser un bon sujet. »

Le système mis en place par Arte semble par ailleurs déjà avoir trouvé ses limites. Les besoins de la chaînes n’ont pas diminué et l’année dernière, Lise a été appelée en renfort, alors qu’elle avait déjà atteint la limite de ses 60 jours.

Le meneur des « citoyens en colère » condamné à 13 mois de prison ferme

Le meneur des « citoyens en colère » condamné à 13 mois de prison ferme

Mercredi 26 mai, le tribunal correctionnel de Strasbourg a condamné Mike Messager à 13 mois de prison ferme. L’organisateur des manifestations de « citoyens en colère » était jugé pour provocation à la destruction et à la commission d’atteintes volontaires à la vie et à l’intégrité de la personne.

Mike Messager n’était pas devant le tribunal correctionnel de Strasbourg ce mercredi 26 mai. L’organisateur de nombreuses manifestations contre le projet de loi « Sécurité globale », fin 2020, s’est porté malade, certificat médical à l’appui. Depuis près de deux mois, « Mike en colère » attendait son procès avec crainte. Il savait son dossier délicat. Son casier judiciaire compte déjà huit mentions, dont une pour provocation à la haine dans un stade et une autre pour vol avec violence. Contacté la veille de l’audience, le militant Gilet jaune tentait de rester positif : « Pour mon avocate, je ne vais pas en prison. »

Mike Messager lors d’une manifestation contre la loi de « sécurité globale » Photo : doc remis

« On déchire tout sur notre passage »

Mercredi vers 8h30, le tribunal choisit de débuter son audience avec les affaires de Mike Messager et de son ancien compagnon de lutte Mathias C.. Le président du tribunal, Philippe Schneider, rappelle les propos incriminés, tenus par les militants Gilets jaunes lors de deux vidéos tournées en direct et publiées sur Facebook le 18 janvier et 2 février 2021 :

« Amène tout ce que tu veux, mortiers, cocktails molotov, bombes artisanales, torches… on pète tout ! 20 février, le mot d’ordre c’est vengeance ! N’oubliez pas, le 20 février, tout ce qui est Police, fachos, toute cette merde là… on la baise ! Et tout ce qui est institutions, Parlement européen, Cour européenne des Droits de l’Homme, Conseil de l’Europe, Banque de France, Mairie, Préfecture (…) tout ça… on déchire tout sur notre passage. »

Dès le 29 janvier, une enquête préliminaire est ouverte et vise Mike Messager : « L’individu connu des services de police et de la justice (…) serait susceptible d’appeler les internautes, en particulier via le réseau social Facebook, (…) à venir armés lors d’une manifestation prévue le 20 février 2021 à Strasbourg. »

« C’est une menace pour l’État de droit et la démocratie »

Dans son réquisitoire, la procureure de la République, Marie-Claude Weiss, a dénoncé des « propos lâches, dangereux et inadmissibles. Le danger, c’est la provocation. Des personnes peuvent prendre au pied de la lettre cet appel à réduire Strasbourg en cendres. (…) Aujourd’hui, plus personne n’hésite à tirer des mortiers sur les policiers. C’est une menace pour l’État de droit et la démocratie. » Invoquant la situation récidiviste de Mike Messager, notamment sur « l’appel à la haine », elle a requis 18 mois de prison ferme pour le meneur des « citoyens en colère ».

La défense de Mike Messager a tenté de démontrer la nullité de la procédure. Me Sendegul Aras a ainsi soulevé des vices de formes lors de la garde à vue et la saisie des vidéos incriminées. Ces conclusions ont été rejetées par le tribunal. Me Aras et Me Mohamed Aachour, conseil de Mathias C. a plaidé pour une condamnation plus proportionnée :

« Les propos haineux d’Éric Zemmour ne lui ont jamais valu de prison. Et vous voudriez que les gens comprennent que mon client soit condamné ? Si vous voulez attiser la haine des gens, allez-y, condamnez et allez jusqu’au mandat de dépôt. Mais ce n’est pas Mathias C. qui met le plus la nation en danger. »

13 mois de prison ferme

Après une suspension d’audience, le tribunal a condamné Mike Messager et Mathias C. à 13 mois d’emprisonnement ferme avec mandat d’arrêt à leur encontre. Ce dernier était aussi accusé d’avoir lancé une cannette en direction des policiers et d’avoir porté un coup de pied sur le bouclier de l’un d’eux lors de la manifestation du 16 janvier 2021. Il a été condamné en outre à verser 150 euros au titre du préjudice moral et 100 euros de dommages et intérêts à chacun des quatre policiers qui s’étaient portés partie civile.

Contacté à la suite de sa condamnation, Mike Messager reste sans voix : « Ils m’ont anéanti, ils m’ont tué. »

Mike Messager indique qu’il fera appel de ce jugement.

Après un an de télétravail, des salariés éreintés par l’hyperconnexion

Après un an de télétravail, des salariés éreintés par l’hyperconnexion

Enchaînement de réunions en visio, messages à toutes heures, démultiplication du temps passé derrière les écrans… En bouleversant les organisations, la généralisation du télétravail pendant la crise sanitaire a favorisé une hyperconnexion des salariés à leurs outils numériques professionnels. Accélérant un processus à l’œuvre depuis plusieurs années.

Dans le salon de Gianni Torregrossa, le bureau fait face à une télé qu’il n’allume plus que rarement. « Je passe tellement de temps derrière les écrans toute la journée que je n’arrive même pas à regarder une vidéo le soir », détaille ce prof d’une voix nerveuse. Vacataire à l’Université de Strasbourg, ce trentenaire cumule cette année 400 heures d’enseignement en management international, des cours d’italien qu’il dispense en tant qu’indépendant dans d’autres structures et une formation pour devenir coach professionnel. Un emploi du temps en forme de mosaïque qui lui demande de jongler entre les vidéoconférences :

« J’en ai jusqu’à trois par jour, dont des cours de 4 heures. C’est impossible de faire uniquement du cours magistral sur une visio aussi longue. Alors j’alterne avec des exercices en groupes, et je travaille à faire interagir les élèves. Je surjoue les cours pour les faire participer, pour les inciter à allumer leurs caméras. Sinon je me retrouve seul face à des écrans noirs. »

Entre ses cours, l’enseignant doit aussi gérer un flot continu de mails sur plusieurs messageries. La succession de ces journées à se sentir « débordé », « submergé » n’est pas sans conséquences. « Le soir, j’ai souvent des maux de têtes et des bourdonnements dans les oreilles », poursuit l’enseignant, qui témoigne d’une fatigue numérique handicapante :

« Je suis en relation à distance avec ma compagne. Mais j’ai beaucoup de mal à me reconnecter en fin de journée pour faire une visio avec elle. Il y a des jours ou c’est même compliqué de s’appeler ou de s’écrire après le travail. »

Dans un coin du salon de Gianni Torregrossa, un ballon de gymnastique qu’il adopte parfois comme chaise de bureau. Pour soulager son dos des effets de la sédentarité. Photo : Anne Mellier / Rue89 Strasbourg / cc

« C’est plus difficile de déconnecter »

En télétravail depuis le 16 mars 2020, Marc (le prénom a été changé) sort également de ses journées plus fatigué. Conseiller dans une entreprise strasbourgeoise de support informatique, le jeune homme doit faire face à une communication interne chaotique :

« Avant, on se croisait au bureau. Maintenant, on a tous des rythmes décalés et c’est à moi de trouver le bon canal pour joindre chaque collègue. J’envoie des mails, je passe des coups de fil, j’écris sur Teams, Whatsapp, Skype… Cette situation est épuisante pour tout le monde car à la fin on ne sait plus qui doit faire quoi, et on a tendance à se marcher sur les pieds. »

Marc reconnaît aussi qu’il lui est plus difficile de déconnecter :

« Quand j’ouvre Whatsapp pour lire mes messages personnels le soir, je vois les notifications des conversations de travail que j’avais mises en silencieux. Je me retrouve à les consulter à n’importe quelle heure. »

Le jeune homme confie également avoir tendance à ouvrir ses mails après ses horaires de travail. Ce qui n’était pas dans ses habitudes :

« Avant, j’arrivais à couper net en rentrant du travail. Désormais, si je reçois un courriel en soirée, je sais que la première question que va me poser mon chef le lendemain matin c’est “Est-ce que tu as lu le mail ?” La hiérarchie prend pour acquis le fait qu’on l’aura ouvert. Mais le lire, c’est se dire “demain il y aura ça à faire”, c’est une charge mentale qui occupe l’esprit. »

Marc estime être « clairement hyperconnecté » avec pour conséquence « une sensation de baisse de forme physique et mentale ».

« J’ai l’impression d’avoir baissé en compétence »

Cadre au sein d’une collectivité publique alsacienne, Coralie (le prénom a été changé) a vu ses journées de travail évoluer entre le premier confinement et les suivants. Elle parvient à débaucher vers 19 heures mais reconnaît jeter un œil à ses messages le soir. Ses journées en télétravail sont rythmées par les visioconférences :

« Sur le long terme, ça casse quelque chose. C’est très fatiguant, détaille-t-elle. La visio ne permet pas de spontanéité, on ne peut pas parler en même temps. Et puis je ne me suis jamais autant regardée de ma vie. À chaque réunion vidéo, on est confronté à son image en bas de l’écran. C’est super désagréable. »

Elle décrit des journées marquées par « un étirement de la présence numérique », avec « un environnement de travail qui finit par se fondre dans le cadre de vie. Après un an de télétravail, « je me sens moins alerte, moins efficiente, détaille la cadre. J’ai même l’impression d’avoir baissé en compétence, d’être tirée vers le bas. »

Coralie doit aussi gérer la « baisse du moral des troupes. » Car le management en télétravail s’avère très compliqué :

« J’essaie de faire au mieux, mais on ne voit pas toujours les problèmes qui pourraient apparaître. Par ailleurs, on sent que tout le monde est en demande d’interactions physiques, d’échanges informels comme ils pouvaient avoir lieu à la machine à café. C’est essentiel pour l’esprit d’équipe. »

La déconnexion sociale, un terreau pour l’hyperconnexion numérique

Sursollicitation via les outils numériques professionnels, connexion en dehors des horaires de travail ou pendant les congés… L’hyperconnexion des salariés n’est pas un phénomène nouveau. En 2018, un sondage réalisé par OpinionWay auprès d’un échantillon d’environ 1 000 salariés révélait que 47% des sondés utilisaient leurs outils numériques professionnels le soir, 45% le week-end, et 35% pendant leurs congés. Des chiffres qui montrent que le droit à la déconnexion, entré en vigueur le 1er janvier 2017, est encore très relatif. Il vise à assurer le respect des temps de repos et de congés, et à protéger la santé des salariés. Mais le Code de travail n’en définit pas les modalités d’exercice et renvoie aux accords d’entreprises.

Symptôme d’une frontière toujours plus ténue entre sphère professionnelle et sphère personnelle, « l’hyperconnexion produit un risque psycho-social majeur que nous surveillons, détaille Liliane Carrère, secrétaire générale du comité départemental du Bas-Rhin du syndicat CFE-CGC :

« Les temps de travail à distance, auparavant occasionnels, réservés à des travaux préparatoires et de réflexion, se sont transformés en de longues journées de travail intenses, exclusivement en télé ou visio-conférence. La suppression des temps de trajet a même augmenté la durée effective de travail pour beaucoup de cadres, qui ont dû imaginer de nouvelles solutions pour maintenir la cohésion des équipes au travail. »

À cela s’est ajoutée une autre problématique du côté des managers : gérer des rythmes individuels très différents selon les salariés :

« Télétravailler a été très difficile pour certains salariés, plus souvent des femmes, qui ont dû en même temps gérer leur temps de travail et s’occuper de leurs enfants avec des crèches, des classes, des cantines fermées et un télétravail scolaire imposé. Ces salariées ont été plus souvent connectées en soirée que les autres. »

Cécile Gaubert, psychologue du travail chez Alsace Santé au Travail, et docteure en psychologie, pointe d’autres effets pervers du télétravail :

« Le collectif de travail occupe une place très importantes dans nos vies. C’est un espace de socialisation et un soutien énorme d’un point de vue émotionnel. Un soutien technique également parfois, lorsque nous sommes confrontés à quelque chose que nous ne comprenons pas. Avec la généralisation du télétravail et la crise sanitaire, certaines personnes se sont retrouvées très isolées socialement ».

Cette déconnexion sociale a parfois eu pour effet de pousser certains salariés à s’investir davantage dans leur travail. Par ennui, mais aussi par crainte de ne pas en faire assez, poursuit la psychologue :

« Au bureau, il existe ce qu’on appelle la comparaison sociale. On juge sans cesse son travail au regard de celui des autres pour se situer dans le collectif. »

Moins connecté à l’entreprise, moins bien vu

Comment savoir si le mail envoyé par un collègue à 21h est le fruit d’heures supplémentaires, ou s’il a été envoyé à la fin d’une journée décalée par un repas à faire avaler à des enfants, ou une pause pour sortir avant le couvre-feu ? Ce qui s’applique dans la comparaison entre collègues vaut également dans les rapports avec la hiérarchie : comment faire sentir son investissement ? L’hyperconnexion serait une nouvelle version du présentéisme, estime Cécile Gaubert, qui y voit « des similitudes. »

Nicolaï (le prénom a été changé) est cadre informatique au sein d’une grande enseigne discount. En télétravail depuis près d’un an, il a le sentiment d’avoir fait les frais d’un refus de cette hyperconnexion. « J’évite de regarder mon téléphone professionnel en dehors de mes horaires de travail. Mais comme je suis moins connecté à l’entreprise, je suis moins bien vu. » Une promotion a récemment a été attribuée à une personne de son équipe qui, non seulement se connectait le soir, mais en faisait la démonstration. « Il répondait toujours très vite aux supérieurs, était tout le temps disponible. »

« Pour eux, un salarié en télétravail est un salarié qui ne travaille pas »

Le cadre informatique n’est toutefois pas surpris outre mesure. La généralisation du télétravail s’est faite à contrecœur dans son entreprise. « La hiérarchie n’est jamais allée plus loin que les recommandations gouvernementales. Elle a toujours poussé les salariés à venir au bureau. Pour eux, un salarié en télétravail est un salarié qui ne travaille pas. » Pendant le premier confinement, ses supérieurs ont opté pour la surveillance plutôt que la confiance. Ils ont rendu obligatoire d’allumer sa caméra pendant les réunions, et ont multiplié les points d’organisation en semaine.

Récemment, des indicateurs de performances ont même fait leur apparition dans la branche de Nicolaï : « Cela passe surtout par le fait de tenir des délais fixés à l’avance. Mais ils ne tiennent pas du tout compte de la manière dont la crise sanitaire peut affecter nos organisations personnelles », regrette ce père de deux enfants ayant parfois dû réaménager sa journée pour faire face à la fermeture de leur cantine.

Marc aussi a vu les contrôles se multiplier dans son entreprise de support informatique :

« En présentiel, c’était beaucoup plus léger, des remarques occasionnelles pour nous faire un retour. Maintenant c’est systématique, chaque ticket est vérifié. S’il y a une faute d’orthographe, on nous le fait tout de suite remarquer. »

Le télétravail plébiscité malgré tout

Pour Liliane Carrère toutefois, la situation a évolué depuis le premier confinement :

« On a globalement dépassé la crainte que le salarié en télétravail ne travaille pas. Mais il y a des secteurs dans lequel on demande un reporting aux salariés en fin de journée, ce qui peut participer à créer de l’hyperconnexion. »

De son point de vue, la généralisation du télétravail et la crise sanitaire ont surtout mis en lumière des problèmes d’organisation qui existaient déjà dans certaines entreprises :

« Là où ça se passait bien avant, le télétravail a globalement été vécu de manière plus sereine que dans les structures où il y avait déjà une défiance vis à vis des salariés. En outre, être tous en télétravail, tout le temps, est très différent de l’être un ou deux jours par semaine et seul à la maison. Les salariés comme leur encadrement ont pris conscience de ces contraintes et restent d’ailleurs plutôt favorables au télétravail, à condition qu’il soit limité. »

Selon une étude de l’Apec publiée en décembre 2020, huit cadres du secteur privé sur dix souhaitent pouvoir télétravailler à l’avenir, sept sur dix au moins un jour par semaine » notamment en raison de la souplesse que le travail à distance permet. Ce que confirment Nicolaï, ou Gianni Torregrossa qui apprécient « cette forme de liberté » lorsque le télétravail est choisi.

Moins d’emplois pour plus de jeunes, l’impossible mission des services d’insertion depuis le Covid-19

Moins d’emplois pour plus de jeunes, l’impossible mission des services d’insertion depuis le Covid-19

Depuis la crise du Covid-19, l’insertion professionnelle des jeunes en difficultés a été plus compliquée. Moins d’emplois, moins de formations et moins de stages… À Strasbourg, les travailleurs sociaux ont également dû jongler entre proximité et distance dans l’accompagnement des personnes suivies.

Combler le fossé laissé pendant la crise sanitaire est le nouvel adage des chargés d’insertion professionnelle. Au quotidien, leur travail consiste à orienter et accompagner des jeunes, souvent précaires. Cette mission vise à les aider à décrocher des stages, des formations ou des emplois en mobilisant plusieurs atouts : des ateliers pédagogiques, des discussions, rédaction de CV ou encore des simulations d’entretiens d’embauche… Ce métier, déjà complexe donc, est devenu extrêmement difficile en raison de la raréfaction d’offres d’emplois peu qualifiés contre l’augmentation des jeunes en demande, et des impératifs sanitaires peu compatibles avec un travail de proximité.

Au siège de la Mission Locale Pour L’Emploi à Strasbourg, les locaux sont beaucoup moins fréquentés par les jeunes et les conseiller depuis la crise du Covid-19. Photo : AM / Rue89 Strasbourg / cc

« Ça a été extrêmement difficile de demander à des jeunes en situation de fragilité de changer de voie »

Directeur du Foyer Notre-Dame à Strasbourg, Arnaud Fritsch a vécu des moments difficiles avec les jeunes qu’il accompagne, des mineurs ou jeunes majeurs isolés et des demandeurs d’asile :

« Les deux grands champs d’activités sollicités par 60% de nos 500 jeunes en insertion professionnelle sont le BTP et la restauration. On a dû les réorienter. Il a été extrêmement difficile de demander à des jeunes, déjà en situation de fragilité, de changer de voie alors qu’ils avaient commencé un parcours professionnel… Ça a évidemment eu un impact sur leur moral et leur motivation. Le manque de sorties et d’interactions sociales n’a rien arrangé. Les éducateurs ont développé un lien quasi-quotidien avec chacun des jeunes pour prévenir et suivre les situations de détresse. Il y a eu des décrochages dans l’accompagnement et les cours à distance, mais ils n’ont jamais été laissés seuls. »

Habituellement, des ateliers collectifs permettent aux jeunes de préparer leur insertion, avec des activités sportives, sociales et culturelles. En 2020 et 2021, le foyer a dû se contenter d’ateliers individuels comme la rédaction de CV, des cours généraux et des entretiens.

« Une solidarité exceptionnelle en interne a permis d’éviter les cassures. En sous-effectif, nous avons fait appel à des salariés volontaires d’autres services », confie le directeur. Pour éviter des sorties sèches, où les jeunes se retrouveraient sans suivi, l’association a obtenu du Département des allongements de prise en charge pour consolider les parcours « et compenser les pertes d’emplois », précise-t-il.

« La casquette de coach » pour aider moralement à la réorientation

À l’Établissement pour l’Insertion Dans l’Emploi (Epide), l’internat a été fermé deux mois pendant le premier confinement et les jeunes ont été orientés vers les secteurs d’aide à la personne et la logistique. 72 jeunes sur 120 « volontaires » ont ainsi pu trouver une formation ou un emploi, « une proportion identique à celle des années précédentes », selon la cheffe du service d’insertion professionnelle et formation, Audrey Wagner :

« Nous avons travaillé plus en profondeur les savoirs généraux comme le français, les mathématiques et les compétences informatiques. Les entretiens d’embauche se sont très souvent déroulés à distance, ce qui a permis aux élèves d’apprendre à bien manier les outils numériques. »

Beaucoup d’entre eux sont des décrocheurs scolaires et sont en difficulté. Alors pour éviter la répétition de ce processus, la cheffe de service indique que le l’Epide a mis l’accent sur le travail individuel. « Il fallait maintenir le moral des jeunes pourtant habitués à la vie en collectivité dans l’établissement. On a donc enfilé une casquette de coach et discuté parfois de manière plus personnelle et moins formelle de la vie quotidienne et des ressentis par exemple ». Après coup, la responsable observe « un changement de postures des enseignants » : « ils sont plus à l’écoute et plus proches des jeunes volontaires ». La structure a notamment accepté pendant la crise d’accueillir 10 à 15 jeunes le week-end pour « éviter qu’une rupture familiale fragilise le parcours ». Les sessions d’admissions sont aussi moins espacées, permettant de recevoir 15 nouveaux jeunes par mois. La prise en charge qui était de 8 mois s’est quant à elle rallongée, selon les besoins.

« Plus de demandes » contre moins d’emplois et moins de formations

La mission locale pour l’emploi (MLPE) accompagne un public similaire. Mathieu Thibaud est conseiller au siège de l’association. Il raconte comment la mission locale s’est adaptée pendant la crise sanitaire :

« On a expliqué aux jeunes qu’en raison de la crise, la restauration ce n’était pas le meilleur secteur pour se lancer. En attendant, ils pouvaient opter pour un métier dans l’alimentaire, ou dans l’industrie comme préparateurs de commandes. On a aussi travaillé le projet professionnel pour que dès que la crise est terminée, le jeune puisse basculer vers le projet initialement prévu. Mais ça a demandé de garder le contact le plus souvent possible avec lui. »

MLPE Conseiller Insertion et Formation
Mathieu Thibaud, conseiller au service formation et insertion du siège de la Mission Locale Pour L’Emploi à Strasbourg ( photo AM / Rue89 Strasbourg / cc).

« Je suis tout le temps au téléphone. C’est ça qui chamboule tout », explique Mathieu Thibaud, premier interlocuteur pour les jeunes voulant se renseigner sur le dispositif :

« Il y a eu et il y a toujours beaucoup plus de demandes avec le Covid-19, notamment venant d’étudiants mais là, ma ligne est saturée. Il y a ceux qui sont en train de décrocher et essayent de voir quelles sont leurs perspectives, et d’autres qui l’ont déjà fait. Au collège, lycée, les jeunes déjà en difficulté le sont d’autant plus à cause du masque qui ne facilite pas la compréhension et le dialogue. Les organisations de cours à distance puis de cours en demi-groupes n’ont pas aidé non plus. »

En outre, l’obligation de se former ou d’être suivis, étendue aux 16-18 ans a augmenté la charge de travail des travailleurs sociaux. Les missions locales reçoivent une liste des mineurs sortis du système scolaire communiquée par l’Éducation Nationale (en France, 60 000 mineurs sont sans études, ni formation, ni stage). La consigne donnée est de tous les contacter, vérifier s’ils sont suivis ou les faire adhérer à un dispositif d’accompagnement.

« Capter les jeunes à distance »

Confinés comme tout le monde, les conseillers ont dû chercher des moyens de continuer leur travail de suivi à distance comme le détaille Gilles Mougin, conseiller référent de la MLPE :

« Avant, on avait souvent nos jeunes au téléphone et on se voyait quand il le fallait. Mais avec le confinement, nous avons été obligés de leur proposer des entretiens en visio, comme par exemple lors des simulations d’entretiens d’embauche. On a dû s’adapter très vite, sans aucune formation. Certains n’étaient pas équipés, les webcams ne sont arrivées qu’à l’été 2020. »

Mais pour atteindre et rester en contact avec des jeunes souvent en situation de précarité, le numérique n’est pas une solution satisfaisante, comme l’explique Mathieu Thibaud, en charge de recevoir et d’orienter les requêtes des jeunes à la MLPE :

« C’est beaucoup plus dur de les capter au téléphone. Il faut réussir à rendre le truc le plus humain possible. On fait comme on peut, mais il y a de la perte. Il y a des jeunes qui téléphonent pour avoir des informations. On les inscrit, on leur donne un rendez-vous mais on sent que l’accroche n’a pas fonctionné. Ils ne sont pas convaincus et ils ne rappellent pas. »

À l’issue des deux premiers mois de confinement, la mission locale a de nouveau ouvert ses portes en équipe réduite pour accueillir les jeunes :

« Il faut parfois caler des rendez-vous en présentiel pour des jeunes qui n’ont pas d’ordinateur. Ils doivent signer des documents relatifs à leur orientation et valider des projets. Il y en a qui n’ont ni téléphone, ni adresse mail donc on passe par les courriers papiers. Des assistants sociaux peuvent les réceptionner, sinon on compte beaucoup aussi sur les éducateurs spécialisés qui font le relais. En dehors des rendez-vous, la permanence ouverte le matin permet aux jeunes qui ne parlent pas, ou mal le français, d’accéder à nos services. »

MLPE Numéro Vert
Le numéro vert de la Mission Locale pour l’Emploi à Strasbourg mis en place pendant le premier confinement et placardé sur la porte d’entrée de la Mission Locale pour L’Emploi à Strasbourg ( photo AM / Rue89 Strasbourg / cc).

Au premier confinement, c’était le plus « hard »

« En l’absence de formations, les demandes d’accès à des aides financières ont explosé pendant le confinement », révèle Gilles Mougin. C’est le cas notamment du FAJ (Fonds d’Aide aux Jeunes) géré par la mission locale, une aide ponctuelle plafonnée à 1 000 euros par an. « Ça a permis à des jeunes de payer leur loyer », explique-t-il, tout en précisant que d’autres aides ponctuelles, comme des allocations PACEA (Parcours contractualisé d’accompagnement vers l’emploi ou l’autonomie), ont pu être débloquées. « Par exemple, on a proposé des Garanties Jeunes, 497 euros par mois, pour ceux qui cherchent un emploi et sont en situation de précarité. »

En 2019, 20% des 18-19 ans étaient sous le seuil de pauvreté. Pour se tenir informés et « prévenir » ces situations d’urgence, il faut « appeler et rappeler au téléphone nos jeunes », précise le conseiller. De façon parfois à mettre les jeunes en relation avec l’assistante sociale, afin de trouver des solutions d’hébergement, ou déclencher une demande d’aide d’urgence. Le conseiller poursuit :

« On suit pas mal de jeunes SDF, eux ne comprenaient parfois même pas ce qu’il se passait. En mars 2020, tous les services ont fermé d’un coup. Donc oui, s’adapter au départ et répondre à toutes ces demandes, c’était assez hard ».

MLPE Conseiller Référent
Gilles Mougin est conseiller référent au siège de la Mission Locale Pour L’Emploi à Strasbourg. Il montre la nouvelle organisation en période de crise sanitaire : planning des conseillers à distance ou en présentiel et protocole pour recevoir les jeunes ( photo AM / Rue89 Strasbourg / cc).

« Le grand public n’est pas forcément au courant de toutes les difficultés que rencontrent les jeunes », commence Virginie De Schryver, assistante sociale à la Mission Locale Pour l’Emploi :

« La crise sanitaire a amplifié les problèmes posés par la précarité. Les employeurs n’embauchent quasiment plus, tous les dispositifs d’urgence sont saturés… Les entrées et sorties ne suivent plus dans les hébergements d’urgence. Ceux qui ont la chance d’y rentrer y restent, et les autres sont à la rue. Même ceux qui travaillent n’ont pas d’hébergement. Je fais quoi ? Je mets des lits dans mon bureau ? Il y a des jeunes qui dorment dehors et doivent ensuite aller travailler, c’est hallucinant. »

Le plan « un jeune, une solution » lancé à l’été 2020 par le gouvernement pour aider financièrement à la recherche d’un premier emploi n’est pas suffisant. Parmi ces mesures, l’AEJ (Aide à l’Embauche de Jeunes) a permis une hausse de 7% de CDD et CDI, mais elle est limitée puisqu’il s’agit d’une aide uniquement à destination des employeurs pour des contrats de ce type. Les effets sont donc « négatifs », conclut la Direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques (DARES), sur l’emploi total des jeunes (l’emploi non salarié et l’emploi intérimaire sont exclus du dispositif).

« Malgré les freins, on a réussi à travailler »

En tant que travailleur social, Farid Rahmani, est habitué à avoir comme premier champ d’actions la rue. C’est là qu’il rencontre et repère les jeunes du quartier qui pourraient adhérer au Dispositif d’accompagnement collectif individuel (Dacip), situé au centre socio-culturel du Neuhof. Ce travail, pendant la crise sanitaire, s’est surtout résumé « au rappel des mesures barrières et au port du masque ». Pour le maintien du lien social et l’aide à l’insertion de ses jeunes, il a dû se contenter, ou presque, de conversations à distance :

« On ne savait pas trop comment faire. Nous sommes cinq personnes, chargées du suivi d’environ 75 jeunes. On a essayé de garder le lien par téléphone, faire des soirées Zoom… On a fait ce qu’on a pu pour les mobiliser, mais le confinement les a renfermés sur eux-mêmes. On a parfois privilégié le lien social et fait quelques visites à domicile, pour les aider dans leur quotidien, avec les sacs de courses, etc. « 

60% des jeunes suivis ont arrêté l’école en quatrième ou troisième année de collège. En temps normal, des ateliers collectifs et des sorties culturelles sont également proposées. Mais face à la baisse d’offres sur le marché professionnel et l’obligation de distanciel, l’association a dû travailler sur les CV et des mises en situation d’entretien d’embauche en visio…

« Malgré tous les freins, on a réussi à travailler », atteste le coordinateur. L’association s’est rapprochée de nouveaux partenaires via notamment la Maison de l’Emploi pour activer de nouveaux systèmes, comme des Activités Rémunérées à la Carte (ARC) sur des activités de niches, c’est-à-dire des emplois créés très ponctuellement : certaines missions durent un mois, d’autres deux heures… Les jeunes ont aussi pu réaliser des CDD de découverte d’emploi, des chantiers éducatifs, comme la remise en état de bâtiments pour des associations, et des missions intérimaires.

Malgré tout, l’association estime qu’en 2020, le taux de sorties positives du dispositif, c’est à dire avec une perspective, est identique à celui de 2018, soit 60%.

Dimanche, des artistes ont célébré la résistance éternelle en érigeant des barricades

Dimanche, des artistes ont célébré la résistance éternelle en érigeant des barricades

Clowns, chorales, discours, performances… À l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris, une cinquantaine d’artistes ont monté dimanche une série d’actions à Strasbourg, pour célébrer les luttes et la résistance à l’oppression avec des barricades de carton.

Une cabine téléphonique, un canon, des pneus, un cercueil, une cafetière géante… Dimanche vers 13h45, quai des Bateliers, des artistes forment deux barricades avec une multitude d’objets en carton confectionnés pour l’occasion. Ce sont des comédiens et poètes du collectif Noun, des étudiants-occupants du Théâtre National de Strasbourg (TNS), d’autres artistes, et des militants de gauche, écologistes, ou encore féministes. Au total, une cinquantaine de personnes ont préparé l’action, secrètement.

Il y a 150 ans avait lieu « la semaine sanglante », la répression armée de la Commune de Paris, une expérience de démocratie participative de 72 jours. « C’est le prétexte pour faire cette performance », dit Nini, membre du collectif Noun :

« Dans la rue, on crée un univers avec l’imaginaire révolutionnaire. Les passants se retrouvent dans un environnement onirique. Ils peuvent se l’approprier, participer, s’exprimer. »

« Le PIB on n’en a rien à carrer »

Des curieux s’arrêtent, interloqués. Lucie, étudiante au TNS, déguisée en communarde, prend la parole :

« Pourquoi on a construit cette barricade ? Pour partager des gâteaux, des discussions, des idées. On sait que ça peut paraitre ridicule, surtout par rapport à ce qu’on a en face. Nous on est contre la politique de l’État, on est contre la répression des ZAD (zones à défendre, ndlr), on est contre la répression de Nuit debout ou des Gilets jaunes, on est contre les discours qui stigmatisent. Le PIB (produit intérieur brut, ndlr), on n’en a rien à carrer : on est contre la marchandisation généralisée. On a construit cette barricade pour aller ailleurs, aussi parce que ça nous rappelle la Commune de Paris. Ils avaient les mêmes problèmes que nous : il voulaient la démocratie directe et non biaisée. »

Vers 14h, un véhicule de la police municipale débarque. L’événement n’est pas déclaré. Jeanne, du TNS, explique :

« Franchement, ça aurait été absurde de demander l’autorisation de construire des barricades. On veut aussi revendiquer la liberté de faire de l’art dans la rue sans l’aval de la préfecture, même si ça implique une grande incertitude quant au déroulé. »

« Il est temps de se réapproprier l’espace public »

Trois personnes parlementent avec les forces de l’ordre. Une artiste glisse « ça devrait le faire, ils auraient l’air ridicules de nous virer, on est trop mignons ». Pendant ce temps, Pierre, crieur de rue, demande au public d’écrire sur des bouts de papiers, ces messages seront ensuite déclamés à la foule : « Il est temps de se réapproprier l’espace public ! », hurle t-il.

Mais les policiers municipaux ne sont pas attendris : les barricades doivent être déplacées devant le Palais des Rohan à 200 mètres, de façon à ne pas gêner le passage sinon, c’est l’expulsion. Les artistes acceptent et tant pis pour le symbole. En 10 minutes, les deux barricades en carton sont à nouveau érigées sur le parvis du Palais. Une chorale féministe enchaîne en reprenant l’Estaca, chanson catalane de lutte pour la liberté.

Pour monter cet événement d’un après-midi, il a fallu une grande organisation. Le « comité de la barricade en carton » s’est constitué lors d’une réunion le 25 avril. Zoé, militante écologiste et coordinatrice, explique :

« Tout s’est construit de manière horizontale, avec une quinzaine de pôles autonomes, qui avaient des missions attribuées : la chorale, la distribution de nourriture, l’écriture… Moi, je faisais le lien entre ces différents comités. L’important dans mon rôle, c’était aussi de lâcher prise et de faire confiance à l’organisation collective. »

« Construire un autre imaginaire que l’ordre capitaliste »

Des clowns jouent un gouvernement devant une tribune et appellent le public à prendre la parole. En même temps, avec d’autres militantes, Laurent distribue des tartines, des gâteaux et du jus de fruit : « C’est gratuit, comme tout ce qu’on montre aujourd’hui. Les gens sont très contents. Certains sont presque gênés et nous donnent quand-même une pièce », ironise t-il.

Dans un kiosque en carton, Zoé distribue des tracts écrits par les activistes, ou reprenant des citations d’autres militants :

« Même si l’action est clownesque, elle est imprégnée par des revendications sérieuses. L’art participatif est un bon moyen pour construire un autre imaginaire que l’ordre capitaliste. Il peut toucher des personnes qui sont habituellement indifférentes à nos luttes. Ici, on invite à la sensibilité et à l’engagement. »

« Tourner le pouvoir en ridicule, ça fait du bien »

Jeanne lance un débat mouvant. Elle crie une question et le public doit aller d’un côté ou de l’autre selon qu’il pense oui ou non : « Une commune du XXIe siècle est-elle possible ? » Quelqu’un du camp du oui prend le micro : « C’est possible parce que ça existe déjà, au Kurdistan ou au sud du Mexique, au Chiapas. » Une femme rétorque : « Vu l’état de la police et de l’armée en France, ça parait très compliqué. » Un autre ajoute : « Il y a tout de même des expériences, comme la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, qui ont fonctionné en France. Il faut aussi voir comment fédérer les communes entre elles sur de grandes échelles géographiques. » S’en suit un débat sur la détermination nécessaire pour y arriver. « Je préfère risquer ma vie que de vivre dans un monde où je n’ai pas envie d’être », dit un homme.

Stéphanie et Nicolas, qui passaient par là, s’arrêtent quelques minutes. Ils trouvent « la forme de l’événement et les dialogues intéressants ». De nouveaux choristes chantent « La Semaine Sanglante » : « Gare à la revanche quand tous les pauvres s’y mettront. »

Puis, la foule est invitée à abattre une fausse statue de Napoléon qui représente le pouvoir. Et Jérôme, du collectif Noun, de crier : « On va tenter une progression ! » Les artistes et une partie du public, notamment des enfants, se mettent derrière la barricade et jettent des pavés en carton, conçus sur place pendant l’après-midi, sur des ennemis imaginaires. Manon, comédienne du collectif Noun très investie dans l’organisation, est émue, comme beaucoup sur la place :

« Depuis le début de la pandémie, tout est restreint, et la réalité est encore plus dure qu’elle ne l’était avant. Tous ensemble, on vit un moment de joie, d’expression, de catharsis, en mimant la révolution. Pour nous, cette singerie est l’occasion de tourner le pouvoir en ridicule, et ça fait du bien. Même si notre barricade est en carton, faite de bric et de broc, elle en impose et montre notre capacité de faire avec tout. »

« Amener une dimension esthétique à la résistance »

Nini ajoute : « Notre rôle en tant qu’artistes et militants, je pense que c’est d’inviter à pratiquer la liberté, ou de pousser à la chercher. C’est certainement aussi important d’amener une dimension lyrique à la résistance, de toucher les gens, de susciter des émotions. »

Jeanne savoure le moment. Elle et Gulliver, aussi étudiant du TNS, constatent « le potentiel de l’art de rue » :

« Notre performance n’est pas travaillée comme un spectacle classique, mais elles est très fougueuse, abordable, et elle suscite de fortes réactions chez le public. C’est notamment comme ça qu’on peut lutter avec l’art. »

Vers 17h45, les artistes mettent fin à l’événement et nettoient la place. En remballant, inspirés, certains imaginent déjà de futures performances, dans la même veine. Quant aux communards, leur mémoire résonne encore 150 ans plus tard.

Jean Rottner prend la confiance

Jean Rottner prend la confiance

En pleine campagne pour les élections régionales, Jean Rottner donne des cheveux blancs à tout le monde, y compris à son camp. Le président sortant de la Région Grand Est a refusé de prendre Nadine Morano sur sa liste, et exclut pour l’instant une alliance avec Brigitte Klinkert (LREM) au second tour… De nombreux observateurs imaginent mal Jean Rottner se passer des voix centristes pour l’emporter face au RN.

Dernière journée sous tension pour le Racing, bien placé pour assurer son maintien

Dernière journée sous tension pour le Racing, bien placé pour assurer son maintien

Ce dimanche 23 mai marque le dénouement de la saison 2020-21 du Racing Club de Strasbourg. Le club alsacien n’est pas encore maintenu, tout comme son adversaire Lorient. Sa survie dans l’élite pourrait dépendre de son grand attaquant, par sa taille et ses performances, Ludovic Ajorque.

Acte final ce dimanche au Stade de la Meinau : le Racing Club de Strasbourg dispute son dernier match de la saison face à Lorient (17e). Un adversaire qui voyage très mal sur les différentes pelouses de Ligue 1, et qui détient le pire bilan en comptabilisant seulement une victoire (face à Reims). C’est toujours dans une Meinau vidée de ses supporters que les Strasbourgeois, actuellement 15e au classement, vont devoir faire le travail pour s’éviter une place de barragiste (18e), qui les menacerait de retrouver la Ligue 2. Les Alsaciens ne se sont imposés qu’à quatre reprises dans leur antre.

Une rencontre importante attend donc les deux formations qui n’ont pas encore acquis leur maintien. Cependant cette confrontation ne prend pas la forme d’une mort subite. En effet, même une défaite ne condamnerait pas forcément le Racing, mais le rendrait dépendant des résultats de ses poursuivants : le FC Nantes (virtuellement barragiste, 18e) et le Stade Brestois (16e). Ce dernier va affronter le Paris SG et l’on voit mal les Parisiens s’incliner, alors qu’ils peuvent toujours espérer devenir champions de France en cas d’un faux pas de Lille, l’actuel leader. Pour éviter de compter sur les autres et les mauvaises surprises, un match nul ou une victoire suffirait au Racing.

Cette saison 2020-21, le Racing doit se battre jusqu’au bout pour assurer son maintien dans l’élite du football français. Photo : Quentin Felden

Ludovic Ajorque porte le Racing

Dans cette fin de saison décevante, un Strasbourgeois surnage : Ludovic Ajorque. Le Réunionnais réalise sa meilleure saison avec le Racing et totalise 16 buts cette saison. L’attaquant l’a prouvé une fois de plus lors du match précédent en inscrivant un doublé à Nice (victoire 0-2). Une performance qui lui permet de se hisser à la quatrième place ex-aequo parmi les meilleurs buteurs de notre championnat. Une fierté de le voir représenter le RC Strasbourg aux côtés des cadors de Ligue 1, issus des plus grandes équipes comme le PSG, l’Olympique Lyonnais et l’AS Monaco.

Le Strasbourgeois Ludovic Ajorque figure parmi les meilleurs buteurs du championnat en ayant inscrit 16 buts cette saison. Photo : Capture : Ligue 1.fr

L’avant-centre vient battre les records de ses prédécesseurs avec le maillot bleu du Racing sur une saison. Il devance désormais Pascal Nouma (14 buts en 1997), Mamadou Niang (12 buts en 2005), et Mickaël Pagis (15 buts en 2005). Un seul joueur lui tient encore tête pour le plus grand nombre de buts inscrits sur une saison dans l’élite : le légendaire David Zitelli, qui compte 19 buts lors de la saison 1996-97. Il faudrait que Ludovic Ajorque inscrive un triplé face à Lorient pour égaler cette performance. Depuis son arrivée en Alsace en provenance du Clermont Foot, l’attaquant totalise 33 réalisations avec le club alsacien. Son principal atout : son pied gauche avec lequel il a inscrit 18 buts en comparaison avec 6 du droit. Ludovic Ajorque possède également un bon jeu de tête qui a permis de faire trembler les filets adverses à 9 reprises.

En marquant cette saison, Ludovic Ajorque a permis d’engranger 23 points en faveur du RC Strasbourg sur les 41 points détenus par la formation alsacienne. Le Racing va-t-il atteindre les 44 points ou se maintenir à la même position grâce aux défaites de ses poursuivants ? Réponse dimanche soir à 21h, lors du multiplex où toutes les équipes jouent en même temps !

« Avec 90% des profanations antisémites en Alsace, il y a forcément des réseaux à démanteler »

« Avec 90% des profanations antisémites en Alsace, il y a forcément des réseaux à démanteler »

Samuel Thomas est le président de La Maison des Potes. L’association anti-raciste s’est constituée partie civile dans le procès des 5 jeunes condamnés en 2017 pour avoir profané 250 tombes juives au cimetière de Sarre-Union, dans le Bas-Rhin, en février 2015. La Maison des Potes a fait appel du jugement et réclame que le préjudice moral soit retenu. Entretien avec un ardent défenseur des droits des minorités, inquiet par la persistance d’un climat d’antisémitisme latent en Alsace.

Rue89 Strasbourg : L’audience du procès en appel des 5 profanateurs du cimetière de Sarre-Union s’est tenu le 18 mai, à la Cour d’appel de Colmar. Pourquoi avez-vous fait appel en tant que partie civile, et qu’avez-vous pensé de l’audience ?

Samuel Thomas, président de la Maison des Potes : L’audience s’est bien passée et j’ai trouvé les juges très attentifs. Je suis plutôt confiant mais on ne peut jamais être sûr. Quand ils ont prononcé les peines en septembre 2017, et que le tribunal de Saverne a ensuite annoncé en septembre 2018 les réparations pour les parties civiles, les juges ont décidé que les jeunes répareraient le préjudice matériel, c’est à dire les 250 tombes profanées, mais ils ont aussi déclaré qu’il n’y aurait pas de réparation du préjudice moral versée aux associations de lutte contre le racisme, pour le caractère antisémite des délits commis. C’est extrêmement grave. On peut donc faire peur aux juifs de France et du monde, on peut crier « Heil Hitler » et « mort aux juifs », mais il n’y a pas de préjudice moral.

Pour la première fois depuis 1972 et la loi Pleven (qui a donné le droit aux associations anti-racistes d’être partie civile dans le cas d’injures racistes ou d’incitations à la haine raciale, ndlr), dans un cas où le caractère raciste d’un délit a été établi par le tribunal, les associations sont déboutées. C’est du jamais vu. D’autant plus que c’est la plus importante affaire de profanation à caractère antisémite en France, depuis l’affaire du cimetière juif de Carpentras en 1990.

Samuel Thomas, président de la Maison des Potes, association de lutte contre le racisme, en mars 2021 devant le Palais de justice de Paris (photo poteapote / doc remis).

Rue89 Strasbourg : Pourquoi est-ce « extrêmement grave » qu’il n’y ait pas de préjudice moral dans ce cas précis selon vous ?

S. T. : C’est une question de fond. Est-ce que lorsqu’on commet un acte antisémite, on le « répare » comme quand on casse une vitrine de supermarché ? Les Gilets jaunes qui ont cassé des vitrines sur les Champs-Elysées ont écopé de peines de prison ferme. Mais quand on détruit 250 tombes d’un cimetière juif, la peine est moins lourde (les jeunes ont été condamnés de 8 à 18 mois de prison avec sursis en septembre 2017, ndlr) ?

Les réparations matérielles, au final, ce seront les assurances des parents de ces jeunes qui vont les payer (847 000 euros avaient été réclamés par le Consistoire israélite du Bas-Rhin, gestionnaire et propriétaire du cimetière, ndlr). D’ailleurs c’est pour cette raison que ça traîne depuis plusieurs années : les différents experts des assurances bataillent pour chiffrer les réparations. Donc au final, ces 5 jeunes n’auront rien sorti de leurs poches ! Pas 1 euro !

Mais, cela me semble important que les jeunes eux-mêmes réparent le mal qu’ils ont fait, au moins symboliquement. Depuis 1986, c’est en Alsace que se concentrent 90% des profanations de cimetières juifs, selon une enquête de Nicolas Lebourg (historien spécialiste de l’extrême droite, ndlr). Il y en a encore eu beaucoup ces trois dernières années, pour lesquelles personne n’est arrêté. Pour une fois qu’on a arrêté les auteurs, ils pourraient ne pas payer pas de dommages et intérêts ?! Cela envoie un terrible message d’impunité !

Samuel Thomas (au centre), entouré de deux militants de la Maison des Potes, lors du procès en appel des cinq jeunes condamnés pour avoir profané les 250 tombes du cimetière juif de Sarre-Union en 2015 (photo poteapote / doc remis).

Rue89 Strasbourg : Pourquoi y a-t-il autant de profanations et d’actes antisémites en Alsace ?

S. T. : Peut être parce qu’il y a une proximité avec les néonazis allemands. Ils traversent la frontière, pour former des gens en France. C’est une terre de mission pour eux. Notamment parce qu’ici, c’est beaucoup plus permissif. En Allemagne, si un policier assiste à un concert où il y a un salut nazi, le concert est arrêté. En France, on prend la photo de l’auteur et la fête continue. Cet hiver, il y a eu une grande réunion de skinheads allemands, qui ont réussi à se retrouver pendant tout un week-end, dans un hôtel-restaurant en Alsace. Les propriétaires ont fermé les yeux sans problème. J’en déduis que la police française et les autorités n’ont pas la sévérité des polices allemandes.

Ce sont des choix politiques. L’antisémitisme et la lutte contre le racisme ne sont pas une priorité en France, contrairement à la lutte contre le djihadisme. La justice ne mobilise pas de brigade spécialisée, avec des policiers formés pour enquêter dans ces réseaux. Résultat : ce sont soit les chercheurs, soit les associations, soit les journalistes qui enquêtent là-dessus.

Cartographie des cibles de violences en France, réalisée par la géographe Kamila Bensaadi, dans l’ouvrage « Violences politiques en France depuis 1986 ». Les profanations de cimetières – pour la plupart juifs – se concentrent dans le Nord Est du pays, Alsace-Lorraine en tête, écrit l’historien Nicolas Lebourg (document remis).

Nous on souhaite alarmer sur une chose : on ne peut pas avoir 90% de ces délits antisémites concentrés en Alsace depuis 1986, et n’attraper à chaque fois que des gamins racistes de 17 ans qui se revendiquent du national socialisme. Il y a forcément des chefs, des adultes, derrière, qui endoctrinent ces gamins. Et ils envoient des mineurs commettre ces actes, car la peine sera plus faible. On le sait, il s’agit pour eux d’un rite d’initiation pour entrer dans des groupes néo-nazis. Donc il faut d’une part condamner lourdement ces jeunes pour que le message passe, mais il faut surtout un vrai travail d’investigation, et de démantèlement de ces groupes qui fabriquent de dangereux néo-nazis.

Le jugement du procès en appel sera rendu le 6 juillet à Colmar. Le montant des réparations financières devrait être quant à lui annoncé en septembre 2021 par le tribunal de Saverne, soit près de 4 ans après le jugement.

À Strasbourg, une agent d’influence russe et un fan de Johnny pour représenter le RN aux élections départementales

À Strasbourg, une agent d’influence russe et un fan de Johnny pour représenter le RN aux élections départementales

Le conseiller régional Rassemblement National Jean-Claude Bader est aussi un musicien localement connu pour sa passion de Johnny Hallyday. Sa colistière pour les élections départementales bas-rhinoises est plus discrète. Tamara Volokhova a travaillé pour plusieurs eurodéputés frontistes. Une enquête d’un spécialiste de la Russie et de l’extrême-droite européenne la désigne comme une actrice de l’ingérence russe au Parlement européen.

Le duo détonne sur l’affiche de campagne. Dans le deuxième canton strasbourgeois pour les élections départementales, le Rassemblement National est représenté par Jean-Claude Bader et Tamara Volokhova. Le premier est d’abord connu pour sa passion de Johnny Hallyday, notamment exprimée à travers le groupe de rock Tennessee. Mais il est également engagé en politique. D’abord aux côtés de la maire Fabienne Keller au début des années 2000, pour finir depuis 2015 comme conseiller régional RN.

Tamara Volokhova, ou l’infiltration russe du Parlement européen

La seconde tête de liste est bien moins connue localement. D’origine russe, Tamara Volokhova, 31 ans, a d’abord travaillé dans l’ombre des assistants parlementaires européens au service de députés frontistes. L’enquête d’un chercheur spécialiste de la Russie et de ses liens avec l’extrême-droite européenne pour le site d’information indépendant EUobserver, révèle l’activité trouble de cette candidate RN aux élections locales. Selon Anton Schekhovtsov, Tamara Volokhova fait partie d’une stratégie russe pour infiltrer le Parlement européen. Elle représenterait ainsi « une menace de sécurité claire pour le Parlement européen » selon le chercheur.

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En Alsace, le lent déclin de l’emploi industriel

En Alsace, le lent déclin de l’emploi industriel

En dépit de sept plans sociaux importants depuis le début de l’année 2020, l’agence de développement alsacienne assure que certaines entreprises cherchent de la main d’œuvre. Depuis huit ans, les statistiques montrent pourtant un lent, mais certain déclin de l’emploi industriel.

Dans le centre-ville de Schiltigheim, en ce vendredi de la fin du mois d’avril, une grande banderole noire ouvre le cortège des salariés. On peut y lire le nombre d’emplois supprimés par le groupe Bio-Rad. Ils sont 110 sur le site alsacien. Quelques jours plus tard, à Duppigheim, une autre banderole affirme que « Knorr doit rester en Alsace ». Autant de symboles d’une « vague de licenciements » redoutée depuis avril 2020. Cette impression se traduit dans les chiffres. Depuis le premier janvier 2020, sept plans sociaux ou fermetures de sites d’ampleur ont été annoncés dans le Bas-Rhin. Bio-Rad, Sanofi, Knorr ou les charriots Caddie sont autant de marques connues, qui vont laisser 860 salariés sans emploi.

L’argument de la crise

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Réouverture des bars et restaurants : quand l’effervescence regagne les rues de Strasbourg

Réouverture des bars et restaurants : quand l’effervescence regagne les rues de Strasbourg

Mercredi 19 mai, les Strasbourgeois étaient nombreux à réinvestir les terrasses, pour célébrer la deuxième étape de la levée des mesures sanitaires. Entre la joie de retourner dans les bars et les restaurants, et celle de se retrouver, une ambiance de fête régnait dans les rues de la capitale européenne.

Après 29 semaines de fermeture, les bars et les restaurants ont de nouveau accueilli des clients en extérieur, mercredi 19 mai, avec une jauge de 50 % de la capacité maximale et six personnes maximum par table. À Strasbourg, les terrasses n’ont pas désempli de la journée.

Des étudiants fêtent le retour à une « vie étudiante normale ». Photo : MM / Rue89 Strasbourg

« On a envie que cette réouverture marque le début de la fin et qu’on s’en sorte enfin »

Le long de la rue du Faubourg-National, un joyeux brouhaha attire l’oreille. Il est 17h. Au fond d’une impasse, une terrasse abrite une quinzaine de tables, toutes occupées. Le Tigre Bock est complet depuis son ouverture, à midi, et des tonnelles ont été dressées en prévision de « demoiselle météo », raconte une serveuse, quelques minutes après le passage de l’orage, son maquillage coulant sous les yeux. Une odeur de bière et de cigarette flotte dans l’air, et le bruit des pas pressés des serveurs, qui slaloment entre les flaques d’eau, se mêle aux éclats de rire.

« On a envie que cette réouverture marque le début de la fin et qu’on s’en sorte enfin », lance Pierrick, attablé depuis 3h avec ses amis, tous étudiants en école d’infirmier. « On a besoin de décompresser, entre le stress des cours à distance, les examens et le stage qui approche », ajoute Thaïs. Le petit groupe a séché un cours « facultatif » pour profiter des terrasses dès le début de l’après-midi et compte bien rester jusqu’à la fermeture du bar, à 21h, couvre-feu oblige.

« En terrasse, on se sent proche de gens qu’on ne connaît pas »

À mesure que les heures passent, on entend les terrasses avant de les apercevoir. Dans la rue Mercière, près de la cathédrale, deux amis savourent une bière en regardant passer les envieux qui les observent, à la recherche d’une place. « Je suis un peu saoul, je n’ai pas vu le temps passer », constate Guillaume en regardant l’heure sur son téléphone avant de poursuivre : « En terrasse, il y a cette sensation bizarre et unique d’être proche de gens qu’on ne connaît pas. On a tous besoin de ressentir ça je crois ». Son comparse, Pierrick, attendait lui aussi la réouverture des terrasses avec impatience. « Sentir la bière couler dans sa gorge, voir du monde passer… l’allégresse des terrasses me manquait en fait », sourit-il.

Laura et Baptiste, deux Rennais, ont apprécié de découvrir la ville animée mercredi soir Photo : MM / Rue89 Strasbourg

Une reprise mouvementée pour les serveurs

Un peu plus loin, dans la rue des Tonneliers, une jeune femme s’étonne de l’euphorie qui règne en terrasse ce soir, d’après elle plus intense que lors de la réouverture des bars après le premier confinement. Dans la même rue, des policiers scrutent les terrasses en attendant la préfète. Quelques minutes plus tard, Josiane Chevalier les rejoint, et rencontre des restaurateurs pour montrer que la police veille, au moins pour un soir. En effet, « les clients doivent garder le masque en attendant d’être servis, même installés, et la jauge maximale doit être affichée sur la façade de tous les établissements », rappelle un commissaire en remarquant quelques manquements. « Je ne peux pas en vouloir aux clients, ils ne connaissent pas tous le protocole », soupire un restaurateur face à la préfète.

Aux alentours de 18h, les terrasses se font de plus en plus denses. Les masques se baissent, les verres se lèvent, et lorsque les chaises viennent à manquer, certains s’assoient sur les genoux de leur amis. Un groupe d’étudiants fête « le retour à la vie étudiante normale ». Inscrits en première année d’école d’ingénieurs à l’ECAM, c’est la première fois qu’ils prennent un verre ensemble. « Ça fait neuf mois qu’on ne se connaît que par Teams », déplore Julien 21 ans, en haussant la voix par dessus le brouhaha ambiant.

Quelques policiers patrouillaient dans les rues de Strasbourg mercredi soir. Photo : MM / Rue89 Strasbourg

Alors que les clients passent sans s’arrêter devant les bars et les restaurants sans espace extérieur, condamnés à rester porte close, les terrasses, elles, se remplissent. La plupart des serveurs n’ont pas travaillé depuis six mois. À mesure que le couvre-feu approche, le rythme s’accélère. Un employé d’un restaurant avale un café d’une gorgée. « Je n’ai plus de batterie », lâche-t-il avant de se fondre dans le ballet incessant des allées et venues entre les cuisines et les clients. « On a eu un peu de retard car on ne pensait pas avoir autant de monde et on n’est plus aussi bien rodés qu’avant », résume un de ses collègues.

21h sonnent à la cathédrale. Les dernières terrasses se vident, les chaises s’empilent devant les bars et la vaisselle s’entrechoque dans les cuisines des restaurants. Quelques Strasbourgeois titubent sur le parvis de la cathédrale, alors qu’une camionnette d’éboueurs commence sa tournée.

Couple victime d’antisémitisme : la Ville fait un signalement au procureur

Couple victime d’antisémitisme : la Ville fait un signalement au procureur

Quelques jours après la publication de l’article de Rue89 Strasbourg sur le calvaire que vivent Jean et Céline dans le quartier du Neudorf, la Ville de Strasbourg s’est penchée sur leur dossier. Deux conseillers municipaux ont fait un signalement au procureur.

C’est finalement la médiatisation de leur histoire qui a permis à Jean et Céline d’obtenir une première réponse de la part de la municipalité. Le 30 avril, Rue89 Strasbourg racontait les persécutions et les agressions antisémites dont sont victimes ces deux retraités de 63 et 68 ans. En cinq ans, ils ont porté plainte 17 fois pour « dégradation », « discrimination », « menaces de mort », « injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la race, ou la religion ».

Depuis le mois d’août 2017, ces deux retraités découvrent régulièrement des croix gammées peintes sur leur porte d’entrée, ou sur leur porte de cave, ainsi que des lettres anonymes antisémites, comportant des menaces de mort, déposées dans leur boîte aux lettres, ou directement sur le pas de leur porte. Mais depuis 5 ans, leur dossier n’avance pas. « Manque de preuve », répond le parquet de Strasbourg, qui a classé 8 des plaintes déposées par Jean et Céline. « Conflit de voisinage », répondent en chœur le syndic de copropriété et plusieurs habitants de cet immeuble résidentiel.

La Ville a fait un signalement au procureur de la République

Quelques jours après la parution de notre article, le conseiller municipal Antoine Dubois, élu référent du quartier du Neudorf où vivent Jean et Céline, a souhaité rencontrer le couple de sexagénaires :

« J’ai été marqué par la spirale infernale dans laquelle ils sont pris. Ce qui m’a choqué, c’est notamment l’attitude des voisins qui baissent ostensiblement la tête lorsqu’on souhaite leur parler de cette histoire, ou qui minimisent les faits. ça me rappelle les heures sombres de notre société. Il faut casser cette spirale ! »

Jean et Céline reçoivent des lettres anonymes et des menaces de mort antisémites depuis 2018. Ils ont porté plainte 17 fois, 8 ont été classées sans suite par le parquet de Strasbourg, « faute de preuves » (photo MdC / Rue89 Strasbourg).

Antoine Dubois et Nadia Zourgui, adjointe au maire de Strasbourg en charge de la tranquillité publique, ont donc décidé de faire un signalement au procureur de la République dans la semaine du 10 mai. « C’est notre devoir et notre responsabilité, en tant qu’élus. Après avoir appris ce que vivait ce couple, nous étions dans l’obligation de faire un courrier au procureur », explique Antoine Dubois.

Un signalement consiste à alerter et informer le parquet de faits susceptibles de constituer un délit. Le couple a également reçu un appel du Consistoire, qui a décidé de les épauler dans leur combat judiciaire.

Compétences, modes de scrutin et candidats : petit guide pour tout comprendre aux élections départementales et régionales 

Compétences, modes de scrutin et candidats : petit guide pour tout comprendre aux élections départementales et régionales 

Départementales, régionales, des listes, des binômes, des cantons, une nouvelle « Collectivité européenne d’Alsace »… Un peu perdu dans ces élections, les listes et les enjeux ? Voici le récap pour remettre les idées à l’endroit.

Les électeurs français sont appelés aux urnes pour une double élection, les régionales et les départementales, les dimanche 20 et 27 juin. C’est une première depuis mars 2008, où les élections municipales et départementales (on parlait alors de « cantonales ») avaient lieu les mêmes jours. En Alsace, cela signifie que les votants renouvelleront les assemblées de la nouvelle « Collectivité européenne d’Alsace » et du conseil régional du Grand Est. Il s’agit de deux élections locales, mais en dehors de ce point commun, beaucoup de choses les opposent, en particulier le mode de scrutin.

Voici le petit guide pour s’y retrouver dans les tracts de campagne et bulletins de vote.

Qui s’occupe de quoi ?

    Les conseils départementaux et la Collectivité européenne d’Alsace

Issue de la fusion des conseils départementaux du Haut-Rhin et du Bas-Rhin le 1er janvier 2021, la Collectivité européenne d’Alsace connaîtra donc ses premières élections, en même temps que tous les départements de France.

Les départements gèrent notamment :

    L’action sociale (RSA, aide à l’enfance, handicap, personnes âgées) ;La construction, l’entretien et équipement des collèges ;Le service départemental d’incendie et de secours (SDIS) des pompiers ;L’équipement rural, le remembrement, l’aménagement foncier et la gestion de l’eau ;Le Sport, la Culture, le tourisme en partage avec d’autres collectivités.

Par rapport à ses homologues, la CeA a quelques compétences supplémentaires, mais limitées. La principale est la gestion des anciennes routes nationales. Dans d’autres domaines, comme le bilinguisme, le transfrontalier ou le tourisme, il s’agit surtout de coopération avec l’Éducation nationale, la Région Grand Est et les intercommunalités sur le moyen terme. Le premier budget de la CeA est de 2,02 milliards d’euros.

    Les conseils régionaux et la Région Grand Est

Le conseil régional du Grand Est a les mêmes prérogatives que les autres régions, notamment :

    Les trains express régionaux (TER) ;Les transports publics en autocar et scolaires ;La construction, l’entretien et l’équipement des lycées ;L’aide aux entreprises et le développement économique ;La distribution de fonds européens, notamment dans l’agriculture (FEADER) et dans la cohésion économique, sociale et territoriale (FEDER) ;Des schémas stratégiques sur l’occupation des sols, la gestion de l’énergie et des déchets ;La Région Grand Est est impliquée de manière « volontaire » dans la protection de la nappe phréatique d’Alsace via l’association de l’Aprona ;Des compétences « partagées » comme le Sport et la Culture, le tourisme (comme la CeA), mais aussi le logement, l’éducation populaire, la lutte contre la fracture numérique ou la santé.

Le budget de la Région Grand Est est de 3,4 milliards d’euros.

Ces deux collectivités pourraient grapiller des pouvoirs supplémentaires, à la marge, avec la loi dite « 4D » (décentralisation, différenciation, déconcentration et décomplexification), examinée par le Parlement dans la deuxième partie de l’année 2021.

Deux modes de scrutin opposés

    La Collectivité européenne d’Alsace

Pour la CeA, les électeurs votent pour des binômes homme-femme (et leurs remplaçants) dans leur canton, comme dans n’importe quel département, ce qui assure d’avoir une assemblée paritaire. L’Alsace compte 40 cantons, 23 dans le Bas-Rhin (6 à Strasbourg) et 17 dans le Haut-Rhin (3 à Mulhouse ; 2 à Colmar). L’électeur doit donc d’abord se renseigner pour savoir dans quel canton il vote, et quels sont les binômes qui s’y présentent. En Alsace, 181 binômes sont candidats en 2021. On en compte au minimum 2 dans le canton de Lingolsheim, et au maximum 8 dans deux cantons à Strasbourg. Rue89 Strasbourg publiera prochainement une carte des cantons et des candidats (ces derniers sont appelés à se signaler via ce formulaire).

C’est une élection nominale à deux tours qui se rapproche de celle du président de la République ou des députés. Sauf cas exceptionnel, les deuxièmes tours opposent les deux binômes arrivés en tête au premier tour. Pour qu’il y ait une triangulaire, voire une quadrangulaire, il faut que les binômes arrivés troisième ou quatrième réunissent entre 20 et 30% des voix, selon le niveau de participation. Les binômes ne peuvent pas changer ou s’unir entre les deux tours.

Une fois le binôme désigné vainqueur, c’est ensuite l’assemblée de 80 élus et élues qui se met d’accord pour former une majorité et élire un ou une présidente, et ses 15 vice-présidents. En l’absence de proportionnelle, ce mode de scrutin déforme les résultats et donne une majorité pour six ans aux partis qui remportent la majorité des cantons. En 2015, aucun candidat du Front national, écologiste ou régionaliste n’avait intégré les assemblées bas-rhinoises et haut-rhinois, en dépit de scores supérieurs à 10% au premier tour et de quelques qualifications au second tour dans plusieurs cantons.

    La Région Grand Est

Aux régionales, c’est l’inverse. Comme aux élections municipales, il s’agit d’un scrutin de liste avec une prime à la liste en tête, ce qui lui assure une future majorité pour six ans : 25% des 169 sièges lui sont attribués, tandis que les autres sont répartis à la proportionnelle du second tour.

Au 1er tour, seules les listes avec 10% des voix peuvent se maintenir au second. Celles qui font entre 5 et 10% ne peuvent rester en course seules. Elles peuvent fusionner… si une autre liste le veut bien. Celles qui font moins de 5% sont éliminées.

Pour ne rien simplifier, les candidats présentent des listes… départementales (1 seule pour toute l’Alsace, 9 en tout dans le Grand Est), qui déterminent combien de colistiers sont élus en fonction des résultats de chaque département. Mais l‘électeur ne choisit qu’une seule et même liste pour tout le Grand Est. Cette année, on en compte neuf.

Les sortants : deux majorités de droite en recomposition

    La Collectivité européenne d’Alsace

En mars 2015, la droite et le centre avaient largement emporté les élections départementales en Alsace, à une époque où « La République en Marche » n’existait pas. Dans le Bas-Rhin, les socialistes devaient leur salut aux résultats à Strasbourg, où ils avaient remporté 4 des 6 cantons. Dans le Haut-Rhin, un seul tandem « divers gauche » avait sauvé l’honneur. Frédéric Bierry (LR) et Éric Straumann (LR, devenu député en 2017, puis maire de Colmar en 2020) avaient ensuite été élus par leurs pairs, respectivement à la tête du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Le 2 janvier, l’addition des majorités haut-rhinoises et bas-rhinoises ont confié les rênes de la CEA à Frédéric Bierry, jusqu’à ces élections de juin.

La question de la Collectivité européenne d’Alsace et la rivalité avec le Grand Est ont occasionné quelques mouvements dans la droite alsacienne, notamment un désaccord entre Frédéric Bierry et Brigitte Klinkert, patronne du Haut-Rhin de 2017 à 2020 avant de devenir ministre déléguée à l’insertion, tout en restant dans l’assemblée alsacienne. Sur le plan national, la droite alsacienne est écartelée entre celles et ceux qui restent fidèles à « Les Républicains » et ceux qui soutiennent la majorité présidentielle. Quelques élus de la CeA sont désormais sur les listes concurrentes à la Région Grand Est. On remarque aussi que quelques députés de droite souhaitent cumuler leur mandat avec un autre à la CeA, histoire d’assurer leur avenir au-delà de 2022.

À quelques exceptions près, notamment à Strasbourg, les partis de droite et du centre se concurrencent assez peu en Alsace en 2021. En face, les partis écologistes et de gauche partent unis, sauf à Strasbourg. D’autres partis comme les régionalistes d’Unser Land ou le Rassemblement national espèrent créer des surprises et intégrer l’assemblée qui se réunit à Colmar, mais doit encore fixer son siège définitif. LREM et ses alliés ne présentent pas assez de candidats pour prétendre conduire une majorité seule.

Un an après le second tour des élections municipales, les électeurs à nouveau appelés à voter en juin. Photo : PF / Rue89 Strasbourg
    La Région Grand Est

En décembre 2015, Philippe Richert (LR ; 48,40%) avait remporté les élections régionales devant Florian Philippot (FN ; 36,07%) et le socialiste Jean-Pierre Masseret (PS ; 15,51%). Philippe Richert a abdiqué en 2017, ce qui a propulsé l’ex-maire de Mulhouse Jean Rottner (LR) à la tête du Grand Est. Il concourt à sa réélection pour la première fois en tant que tête de liste. Mais sa majorité avec le Modem et des membres de « Les Républicains » a en partie été aspirée par une autre Haut-rhinoise : la ministre déléguée Brigitte Klinkert, une ancienne de « Les Républicains » elle aussi, qui a rejoint la majorité présidentielle.

Les indemnités : la CeA désormais plus rémunératrice

    La Collectivité européenne d’Alsace

Avec la CeA, les élus ont aligné en janvier les indemnités des conseillers du Haut-Rhin avec leurs homologues du Bas-Rhin, soit 2 780,92 euros brut (tous les élus sont membres de la commission permanente, ce qui donne droit à une majoration de 10%). À cela s’ajoutent des majorations pour les 15 vice-présidents (3 539,35 €) et le président (5 639,63 €). Les élus n’ont pas voté la rémunération maximale : le plafond autorisé par la loi est à 2 995€, majoration de 10% comprise. La nouvelle majorité délibèrera sur ses indemnités début juillet.

    La Région Grand Est

Lors de leur mise en place début 2016, les élus du Grand Est avaient alors voté des indemnités de 2 128,82 euros brut, soit 30% inférieures par rapport au plafond maximal. Mais avec la fusion et l’augmentation de la population, il s’agissait en fait d’une… augmentation pour les élus de Champagne-Ardenne et d’Alsace, et un montant en légère baisse pour les élus de Lorraine (-150€ brut mensuels), plus peuplée. Comme à la CeA, une majoration de 10% pour les membres de la commission permanente est possible et le plafond maximal est identique, à 2 995€ brut. Lors du mandat passé, seuls 56 élus sur 169 faisaient partie de cette instance qui se réunit plus souvent pour traiter des affaires courantes plus rapidement. Les conseillers régionaux « simples » perçoivent, alors moins que leurs homologues de la CeA.

Je n’ai pas lu les paragraphes, vous me résumez le tout ?

Les électeurs auront deux bulletins dans leur bureau de vote les 20 et 27 juin. L’un concerne la nouvelle collectivité européenne d’Alsace, c’est-à-dire la fusion des conseils départementaux du Haut-Rhin et du Bas-Rhin depuis le 1er janvier. Cette institution s’occupe de l’aide sociale, des collèges, de l’aide aux communes et de la quasi-totalité des routes. Il s’agira de binômes homme-femme répartis dans les 40 cantons en Alsace. Les deux tandems en tête au premier tour s’affronteront lors du second tour. Les vainqueurs intégreront une assemblée de 80 élus et élues d’Alsace qui formera une majorité pour six ans et se choisira un ou une présidente.

Le deuxième bulletin de vote sera une liste de 169 noms (et 18 suppléants) pour désigner la majorité de la Région Grand Est. Cette collectivité locale s’occupe des trains TER, des lycées, de la formation professionnelle ou de l’aide aux entreprises. Ce sera un scrutin avec 10 listes, avec différentes sensibilités politiques. Les alliances sont autorisées entre les deux tours pour les listes qui dépassent les 10%. La liste vainqueur aura une majorité pour six ans, mais l’assemblée représentera de manière proportionnelle les autres listes qualifiées au second tour. Le ou la future présidente sera la personne en tête de liste.