Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Malgré la mairie écolo, « toujours pas d’amélioration » pour les conducteurs CTS

Malgré la mairie écolo, « toujours pas d’amélioration » pour les conducteurs CTS

Lors de sa campagne pour les municipales, Jeanne Barseghian avait promis de s’engager pour les agents de la CTS. Près d’un an après son élection, les conditions de travail n’ont pas changé d’après l’Unsa. Le syndicat majoritaire estime que la compagnie des transports nécessite notamment plus de personnel, et donc plus de fonds octroyés par la collectivité, pour desserrer l’étau.

Fin janvier 2020, Rue89 Strasbourg révélait les chiffres d’une enquête alarmante sur l’état de santé des salariés de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS). 36% des conducteurs de tram y déclaraient s’être déjà endormis brièvement en conduisant. Le rapport commandé par le Comité d’hygiène et de sécurité de la CTS soulignait l’apparition d’une « dette chronique de sommeil chez des employés », et formulait des « inquiétudes quand à leur somnolence et leur état de santé mentale ». Les experts mettaient en cause les horaires décalées, les rythmes irréguliers et la flexibilité demandée aux agents.

Lors d’une interview pour Rue89 Strasbourg en mars 2020, dans le cadre de la campagne des élections municipales, Jeanne Barseghian (alors candidate EELV) s’engageait à améliorer les conditions de travail à la CTS. Un an après son élection comme maire de Strasbourg, « il n’y a toujours pas de changement sur le terrain » d’après Stéphane Daveluy, représentant du personnel de la CTS, pour le syndicat Unsa :

« Certes, on sent que le ton de la direction a changé suite à l’arrivée des écologistes. Il y a aussi, et c’est nouveau, une volonté de dialogue entre la municipalité et les syndicats. Mais aucune mesure concrète n’est sortie pour le moment. »

« Ce n’est pas notre rôle de nous insérer dans le dialogue social de la CTS »

L’Eurométropole est l’autorité organisatrice de la CTS. Elle finance la Compagnie des transports et fixe ses orientations. Alain Jund, vice-président de l’Eurométropole (EELV) en charge des Transports, réaffirme la volonté de la nouvelle équipe de prendre la problématique des conditions de travail en compte :

« Jeanne Barseghian m’a demandé de rencontrer les représentants syndicaux. Dès cet été, nous avons discuté. Je demande à l’administration de la CTS de prendre ce problème à bras le corps. Mais, sauf crise majeure, nous n’avons pas à interférer dans le dialogue social de l’entreprise, qui se déroule entre la direction et les partenaires sociaux. Ce n’est pas notre rôle. »

Joint par Rue89 Strasbourg, Gregor Bouville, sociologue spécialiste du management à l’Université Paris-Dauphine, analyse :

« Dans une société publique locale comme la CTS, l’imbrication de deux entités, la direction de l’entreprise et la collectivité, complexifie la problématique des conditions de travail. En théorie, la direction exécute les consignes des élus, et fixe l’organisation du travail en fonction des moyens et des projets de la mairie. Ce sont les élus qui débloquent l’argent. Une vraie volonté politique peut donc changer la donne. »

L’Eurométropole pourrait réduire la pression sur les agents

Par exemple, Alain Fontanel (LREM), ancien élu de la majorité et président de la CTS, avait mis en place, en 2017, un contrat de performance imposant 5 millions d’euros d’économies par an sur l’organisation de l’entreprise. D’après l’Unsa, l’accord pèse fortement sur les agents. Alain Jund avoue que ce contrat de performance n’a pas encore été remis à plat mais précise : « Si cela s’avère nécessaire, nous débloquerons des fonds. »

Selon Gregor Bouville, « les restrictions budgétaires jouent forcément un rôle sur la rentabilité et la flexibilité demandée aux salariés » :

« En augmentant le nombre de salariés, et donc la masse salariale, on peut réduire l’astreinte, la flexibilité et la nécessité de rentabilité des salariés. On lâche du mou en quelque sorte. Cela impliquerait par exemple que les conducteurs aient plus de temps de latence pendant leur service et qu’ils soient plus nombreux au dépôt, prêts à remplacer leurs collègues en cas de pépins. »

Des conducteurs choisissent de quitter l’entreprise à cause des conditions de travail. Photo : Rue89 Strasbourg / cc

« Les services sont assurés au prix de notre flexibilité »

Pour Stéphane Daveluy, « les mauvaises conditions de travail sont en grande partie liées aux restrictions budgétaires qui impliquent un sous-effectif » :

Lorsqu’un conducteur commence à la CTS, il a un statut particulier, dit “quotidien”, pour une durée de 7 ans en moyenne. Concrètement, cela signifie qu’il est informé à 10h des horaires de son service du lendemain. Environ 32% des agents, soit plus de 300 personnes, sont dans cette situation. Il y a aussi aujourd’hui 9 conducteurs de remplacement sur tout le réseau, contre 25 il y a 10 ans. Du coup, régulièrement, des conducteurs ne peuvent pas se faire remplacer en cas de fatigue avancée ou de douleurs. Des embauches sont nécessaires pour pallier ces problèmes. »

Interrogée sur ce point par Rue89 Strasbourg, la direction esquive : « Aujourd’hui nous assurons l’ensemble des services promis, quel que soit le nombre d’absents. » « C’est au prix de la flexibilité des salariés », rétorque le délégué syndical de l’Unsa.

La situation pourrait empirer à cause de l’évolution de l’offre

Les élus ont déjà décidé de débloquer des fonds pour la CTS, mais pas pour les salariés. D’après Alain Jund, la collectivité va investir 230 millions d’euros dans les cinq prochaines années pour élargir l’offre et étendre le réseau. Par exemple, sur les lignes L1, L6 et 40, des bus supplémentaires sont déjà affrétés les samedis, dimanches et jours fériés. Sept conducteurs ont été embauchés pour cela. Mais la CGT dénonce, dans un tract publié sur les réseaux sociaux, que « ces embauches ne sont pas suffisantes ».

Alain Jund estime qu’environ 350 agents supplémentaires seront recrutés à l’horizon 2025. Néanmoins, la direction affirme que les embauches sont prévues uniquement « pour les départs en retraite et les extensions », donc pas pour relâcher la pression sur les conducteurs. « Le gros risque, c’est que nos conditions de travail deviennent encore pires avec l’augmentation de l’activité, et que ce contexte d’évolution de l’offre voulue par la municipalité constitue une bonne excuse pour justifier que nos conditions de travail ne s’améliorent pas », s’inquiète Stéphane Daveluy :

« Depuis les bus supplémentaires, on demande encore plus de flexibilité aux conducteurs. On est passé de 45 à 50% de service dit « bus longs », pour l’hiver 2021 : ce sont des journées qui atteignent des amplitudes de 12 heures, avec des pauses de 3 à 4 heures entre les services, pendant lesquelles les conducteurs doivent tuer le temps. En tant qu’agents du service public, nous voulons répondre à la demande des Strasbourgeois, mais cela ne peut en aucun cas se faire sur notre dos. Les évolutions de la CTS doivent impérativement nous prendre en compte, pour l’instant ce n’est pas le cas. »

La direction tempère et annonce des négociations

L’Unsa pointe aussi du doigt le fait que certains conducteurs peuvent commencer à 4h du matin un jour, et finir un service à 1h du matin, deux ou trois jours plus tard. Outre les restrictions budgétaires, « il faut une réorganisation du travail », déclarait Éric Vautherot, délégué syndical Unsa, à l’automne 2020.

Emmanuel Auneau, actuel directeur de la CTS, assure à Rue89 Strasbourg sa volonté de « mettre en place des services plus réguliers avec la création de nouveaux services, pour que l’horloge biologique des conducteurs soit mieux respectée ». Fait notable : la direction annonce un calendrier de réunions avec les partenaires syndicaux pour aller vers une nouvelle organisation du travail qui sera signée en mars 2022, et effective à partir de septembre de la même année :

« Nous souhaitons limiter les durées de temps de travail, réduire l’amplitude de certains services et diminuer le nombre de personnes en service quotidien (les horaires de ces salariés leurs sont communiquées la veille de leur service, au jour le jour, ndlr), en élargissant le partage de cette contrainte à davantage de conducteurs. »

Stéphane Daveluy ne se satisfait pas de cette logique de partage de la contrainte : « Cela résume bien les échanges que nous avons avec la direction depuis des années. À l’Unsa, on ne veut plus discuter de comment partager une grave contrainte, on veut la diminuer. Et pour cela, il faut des moyens supplémentaires. »

« Si rien ne bouge, nous irons jusqu’à la grève »

Les représentants du personnel Unsa ont tout de même une raison d’espérer. Ils ont demandé des simulations à la direction pour estimer les besoins en personnel nécessaire pour parvenir à des conditions de travail plus favorables :

« La direction a accepté. Elle nous présentera ces chiffres à la prochaine réunion de négociation des conditions de travail, le 26 mai. Elle donne un signe d’ouverture à nos revendications. L’idée, c’est qu’on puisse estimer l’augmentation de masse salariale nécessaire, et que la collectivité nous donne les moyens d’exercer notre métier dans de bonnes conditions. Mais si on se rend compte que rien ne bouge, on ira jusqu’à la grève, c’est certain. Cela ne peut plus continuer ainsi. La réalité aujourd’hui, c’est des dépressions, des divorces, des maladies… Les témoignages que l’on recueille sont inquiétants. »

Les syndicats CGT, CFDT et Sud n’ont pas répondu à nos sollicitations.

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Le conseil municipal de mai a été marqué par un interminable débat sur la définition de l’antisémitisme. Trois motions ont finalement été déposées par LR/LREM, le PS et les écologistes/communistes et toutes adoptées.

« Cinq ans après » : hommage à Thierry Laurey

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Alors que le Racing semble avoir acquis son maintien, tout porte à croire que le coach strasbourgeois Thierry Laurey quittera son poste à l’issue de la saison. La Cave de Papy ne voulait pas le laisser partir sans un mot à la hauteur de son engagement.

Bien loin nous parait le temps de ton arrivée. À vrai dire, quand s’est profilé le chantier de 2016, nombreuses étaient les craintes concernant le poste d’entraineur. Nous remontions à peine dans le monde professionnel après 5 saisons passées dans les championnats amateurs, dorlotés par les entraineurs alsaciens qu’étaient François Keller et Jacky Duguépéroux. Peu d’entre nous peuvent se targuer d’avoir été confiant au moment de donner les clés à quelqu’un de l’extérieur.

Tu auras très vite su plaire à tous ceux qui portaient encore en eux la nostalgie des années en amateur. Un caractère vrai et combatif, qui pouvait difficilement mieux convenir au climat strasbourgeois. Au-delà d’une simple personnalité, de vraies idées de jeu ont animé la Meinau, et personne ne saura l’oublier. Qui pourrait oublier ce but de Khalid Boutaib contre Sochaux face à une Tribune Ouest en feu, ou bien cette magnifique combinaison en ouverture de la saison 2018-2019 à Bordeaux. Quand on y repense, tant d’images se mêlent dans nos souvenirs…

Nous sommes plus démunis qu’il y a cinq ans

Cinq années ont passé et nous nous retrouvons à appréhender ton départ de la même manière que celui de « Jacky ». En vérité, nous nous retrouvons, autant, voire plus démunis qu’il y a cinq ans. Pour un club comme Strasbourg, qui dans son histoire a souvent vu les entraineurs défiler, la perspective d’un changement peut inspirer autant d’excitation que de craintes. Nous savons ce que nous perdons, mais nous ne savons ce que nous y gagnerons. Alors que les idylles entraîneur / club se font de plus en plus courtes, peut-être avons-nous minimisé la chance de t’avoir à nos côtés.

Thierry Laurey, un bilan plus que positif après cinq années passées dans le club alsacien Photo : Source : Guillaume Vague

À l’heure où nous dev(r)ons nous dire adieu, comment trouver les mots justes ? Comment remercier suffisamment quelqu’un qui a su nous faire vivre l’euphorie d’une montée, la tension du maintien, l’ivresse d’une épopée en coupe et les frissons de l’Europe ? Un parcours presque parfait car en juin 2016, nous n’étions encore qu’une simple équipe promue en Ligue 2. La grande histoire du foot aurait-elle pu rêver d’un meilleur scénario ? Une seule chose est sûre, c’est que tous ces succès sont les tiens.

Une place dans le coeur de chaque supporter strasbourgeois

Bien sûr, tout n’aura pas été parfait. Bien des voix se seront élevées pour critiquer un jeu trop frileux, et je n’en suis pas l’exception. Peut-être aussi, cette dernière saison aura été le témoin d’un essoufflement qui commençait à se ressentir. Sans doute aurait-il été plus judicieux de partir l’an dernier, alors que le club terminait sa meilleure saison depuis son retour dans l’élite. Pour nous, ces considérations semblent bien loin à l’heure de faire le bilan.

Seuls d’éternels mercis sauront accompagner ton départ. Cinq ans ont passé et tu as gagné une place dans le cœur de chaque supporter strasbourgeois. Le souhait aussi, de voir un autre club te donner la chance que tu mérites ailleurs. Et si le grand public te décrie si souvent sache que chez nous, tu auras toujours la reconnaissance qui te revient de droit. La reconnaissance pour un entraineur qui aura su ramener notre club si cher sur le devant de la scène. La reconnaissance pour un homme qui aura parfaitement su incarner les valeurs du Racing pendant cinq belles années. Merci Thierry.

#Thierry Laurey

Le fondateur d’Heb’di débauché par le Rassemblement national pour les élections régionales

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Dans l’utilisation des rares terrains de sports collectifs, les filles cèdent la place aux garçons

Dans l’utilisation des rares terrains de sports collectifs, les filles cèdent la place aux garçons

La Ville de Strasbourg souhaite favoriser la mixité dans l’usage des infrastructures sportives. Rencontrés au parc de la Citadelle et au Neudorf, des sportifs expliquent pourquoi il sera compliqué de progresser…

Le scénario se répète. Le matin comme en après-midi ou en soirée, et même en période de beau temps, rares sont celles qui investissent les espaces sportifs du parc de la Citadelle de Strasbourg. Minoritaires sur les terrains de basketball, de football ou à utiliser les agrès, les filles et les femmes sont pourtant bien présentes dans les parcs pour d’autres activités sportives. En 2015 selon l’INSEE, 45% des femmes âgées de 16 ans ou plus résidant en France métropolitaine, « déclarent avoir pratiqué au moins une activité physique ou sportive au cours des douze derniers mois », contre 50% d’hommes. Mais pourquoi n’utilisent-elles que très peu ces infrastructures ouvertes à tous et toutes ?

« Personne n’interdit aux filles de venir »

« C’est juste qu’elles n’ont pas envie », tente de justifier Zen, un jeune homme de 20 ans, assis sur l’un des panier de basket accessible au milieu du parc de la Citadelle. « Il n’y a pas de problème, » dit-il alors que sous ses yeux, aucune fille ne foule le terrain. De l’autre côté du parc, là où les grands terrains de basket sont en travaux, même réaction d’un autre jeune homme : « Personne n’interdit aux filles de venir », expose-t-il, adossé contre la rembarde du terrain de foot, occupé à regarder jouer ses camarades, tous masculins.

Terrain de football, proche de celui de basketball fermé pendant les travaux, au parc de la Citadelle, Esplanade, Strasbourg Photo : AM / Rue89 Strasbourg / cc

« Faut avoir le niveau »

« À la Citadelle, c’est le niveau qui compte. Pour s’y faire accepter, il faut savoir jouer sérieux », prévient Younes, collégien venu s’entraîner au terrain de basket du Neudorf, au 92 avenue du Rhin, dont l’accessibilité est en sursis. Son ami, Wisseme, plus concerné, déplore :

« À cause du sexisme, il n’y a pas beaucoup de filles qui jouent au foot, au basket. Donc il y a un peu moins de niveau. En plus, pour celles qui en pratiquent, elles ne peuvent pas s’entraîner suffisamment à plusieurs. Et même si elles en font en club, ça ne suffit pas. »

Pour Younes, il suffirait de laisser un panier libre sur le terrain pour des entraînements ou pour des débutants, ce qui éviterait de se gêner.

Pauline, 14 ans, est du même collège et a l’habitude, selon ses horaires de cours, de venir sur le terrain du Neudorf pour jouer au basket. Toujours ouvert, le terrain abrite sur son sol garçons et filles qui selon elle, jouent ensemble :

« Ici, il n’y a pas de problème. Ce sont souvent des mecs qui occupent le terrain mais on se connaît quasiment tous, il suffit de demander. À la Citadelle, c’est un peu plus compliqué. Le public n’est pas le même, les personnes sont plus âgées. Il faut venir à plusieurs et un peu s’imposer. Si je suis seule, que je m’entraîne, et qu’eux veulent faire un match, je dois me décaler et changer de panier. »

Pauline, collégienne et joueuse de basketball, au terrain du quartier Neudorf. Photo : AM / Rue89 Strasbourg / cc

Des terrains féminins d’un côté et masculins de l’autre ?

Comme toutes les fins d’après-midi, les terrains de basket et de foot du parc de la Citadelle sont remplis. C’est ce qu’Andréa, 21 ans et Maria, sa mère, en pleine promenade, constatent en venant y marcher ou utiliser les agrès. La mère de 50 ans n’en revient pas :

« Si les filles viennent, c’est toujours déjà trop plein. Elles doivent aller sur les autres terrains. Il en faudrait un réservé aux filles, pour compléter celui déjà occupé qui n’est finalement que pour les garçons ».

Cette réponse « n’est pas possible », explique Owusu Tufuor, adjoint à la maire, en charge des Sports :

« Les infrastructures ne peuvent pas être genrées. Ce serait une forme de discrimination. Il s’agit plutôt d’accompagner les sportives par des actions pour favoriser leur pratique et les faire accéder à ces équipements. »

Owusu Tufuor entend « promouvoir la pratique au féminin » par des événements, mais il n’a pas été en mesure de citer lesquels. La venue de l’équipe féminine de basket dans le cadre du championnat d’Europe féminin de 2021 est « l’occasion » de rénover un terrain et d’en d’ajouter deux-demis, indique-t-il.

« Ils sont déjà là en groupe, même moi je me sentirais pas de demander à jouer »

Timoure, un adolescent du groupe, dans le brouhaha général, avoue que « quand il y a des filles qui viennent sur le terrain de foot, ou à côté, tout le monde bombe le torse, roule des mécaniques et fait des trucs avec ses pieds qu’on ne ferait pas habituellement. » Gabriel, 17 ans, rétorque rapidement : « On ne voit presque jamais de filles seules. Elles sont tout le temps ou avec un coach ou avec des garçons ». Si la crainte de subir des remarques désobligeantes ou déplacées s’immisce dans les parcs, elle n’est que le symptôme d’un problème plus vaste, l’expression du sexisme dans l’espace public. Andréa par exemple, se sent intimidée face à des groupes qu’elle désigne comme des « jeunes de cité ».

« Matériellement tout convient », commente Adam, âgé de 22 ans, en désignant les agrès qui font face au city stade. Une pratique individuelle à laquelle plus d’hommes que de femmes s’adonnent. « En général ils sont quand même pas mal utilisés par les filles. Après, je sais que certains parcs mettent des barres à tractions sur plusieurs niveaux, y compris certains où on peut mettre les pieds au sol, pour qu’ils soient plus accessibles. Parce que c’est difficile, mais ça ça l’est pour les deux sexes ! », reconnaît-il. Mais pour les terrains multi-sports, les solutions lui paraissent moins évidentes :

« Les garçons sont tous déjà là en groupe. C’est intimidant. Même moi je ne me sentirais pas très confortable pour demander à jouer. Si c’est un groupe de filles en revanche, elles trouveront leur place. »

S’imposer aux agrès

Depuis deux ans, Justine, lycéenne de 17 ans, vient trois fois par semaine s’entraîner sur les agrès. « L’accès est libre pour tout le monde mais je vois rarement des filles, constate la jeune femme, je me demande si c’est parce qu’elles ont plus tendance à courir que s’arrêter pour faire de la muscu ou des exercices. »

Justine, lycéenne de 17 ans, aux agrès du parc de la Citadelle, Esplanade, Strasbourg. Photo : AM / Rue89 Strasbourg / cc

Justine confie :

« Au début, je ne venais pas aux infrastructures, ou qu’avec mon frère qui a quatre ans de plus que moi, parce que ça m’est arrivé plusieurs fois de recevoir des remarques. Du coup, je n’étais pas à l’aise de venir seule. Ça me procurait un sentiment de protection et de sécurité. Maintenant je m’en moque un petit peu et ça ne m’arrête plus. Moi j’ai toujours aimé faire du sport, mais je n’en faisais pas à l’extérieur parce que ça me faisait peur. Au final, à l’époque, je finissais par le faire chez moi entre quatre murs. C’était dommage. »

Éduquer pour développer l’envie

Et si la pratique sportive féminine dépassait les considérations matérielles et se jouait bien plus tôt ? L’envie de pratiquer tel ou tel sport se constitue dès l’enfance. Comme la docteure Anne Dafflon Novelle l’indique dans son ouvrage « Filles-garçons – socialisation différenciée ?, beaucoup de fillettes s’inspirent de leurs copines pour choisir leur activité sportive. Or, un rapport gouvernemental de 2014 de « lutte contre les stéréotypes » établit que les choix « transgressifs », contre la norme, « sont davantage admis chez les filles que chez les garçons ».

« L’activité sportive choisie par les enfants (ou leurs parents) est souvent en fonction des valeurs qu’elle véhicule : grâce, souplesse, agilité pour les filles ; endurance, rapport de force et esprit de compétition pour les garçons », peut-on lire dans une étude de l’INSEE parue en 2017. Les filles s’orientent moins vers des sports collectifs, mais leur part de pratique sportive avec licence augmenterait selon une étude de 2015 conduite par le ministère de la Jeunesse et des Sports.

Terrain de basketball dans le quartier Neudorf. Photo : AM / Rue89 Strasbourg / cc

Yves Raibaud, enseignant-chercheur géographe à l’Université de Bordeaux, a travaillé sur les problématiques de genre dans l’espace urbain. Il en ressort différentes pistes : la création d’un observatoire public des pratiques, l’organisation de plages horaires différenciées pour la pratique en accès libre, ou encore la répartition de l’argent public dans les différents clubs ou activités de manière équitable en fonction du genre des sportifs.

À Strasbourg, une marche fleurie pour célébrer la culture et les lieux de convivialité, dimanche

À Strasbourg, une marche fleurie pour célébrer la culture et les lieux de convivialité,  dimanche

Le collectif du 23 janvier organise une marche fleurie à Strasbourg, dimanche 9 mai. Malgré l’annonce de la réouverture progressive des lieux de la culture, le secteur appelle à rester vigilant sur les conditions sanitaires de cette reprise et demande plus de mesures de soutien.

Dimanche 9 mai, le collectif du 23 janvier appelle à arpenter les rues de Strasbourg des fleurs à la main. Ce groupe de défenseurs de l’art et de la culture dans le Grand Est annonce une marche fleurie pour « célébrer les lieux de convivialité, les lieux qui manquent, ceux où l’on a repensé le monde et qui sont maintenant fermés en y déposant des fleurs », explique la comédienne Aude Koegler.

Les manifestants iront donc fleurir les bars, les restaurants, les salles de spectacles ou encore les musées sur le parcours de la marche. La manifestation débutera à la Laiterie à 13h et se poursuivra jusqu’au musée alsacien, en passant par le musée d’art moderne et la Choucrouterie. La fin de la manifestation coïncidera avec le début de la marche pour la climat, qui partira de la place d’Austerlitz.

Associer les acteurs culturels à la prise de décision

Pour le collectif du 23 janvier, cette « marche citoyenne de vigilance et d’écoute » est un moyen de demander au gouvernement d’associer les acteurs du secteur culturel aux prises de décisions, notamment sur les conditions sanitaires de réouverture. Le 19 mai, les salles de spectacle et les cinémas pourront ouvrir avec 35% de leur jauge puis le 9 juin, la jauge pourra monter à 65% des capacités de l’établissement. La levée totale des restrictions d’accueil est prévue pour le 1er juillet.

« On va vers du mieux, mais il faut être vigilant », souligne Aude Koegler. Dans un communiqué, le collectif demande à ce que tous les acteurs du secteur « soient protégés à minima un an après la reprise normale de l’activité, notamment par des mesures spécifiques pour les plus fragiles ». Les membres du collectif espère la reconduite de l’année blanche, accordée en mai 2020 par le Président de la République et permettant la prolongation de l’indemnisation chômage jusqu’au 31 août 2021 pour les intermittents du spectacle sans activité depuis plus d’un an.

Image d'une manifestation des acteurs de la culture
Les acteurs de la culture avaient déjà manifesté à Strasbourg, le 23 janvier 2021, pour protester contre les mesures de confinement dans les salles de spectacle. Photo : PF / Rue89 Strasbourg

« La santé ne se limite pas à être en forme »

Dimanche 9 mai, cela fera deux mois que le Théâtre National de Strasbourg est occupé par les étudiants de l’École supérieure d’art dramatique, qui réclament entre autres le retrait de la réforme de l’assurance chômage et des mesures de soutien aux intermittents et aux travailleurs précaires du secteur. « Quelque chose doit changer dans la façon dont on regarde la culture », ajoute Aude Koegler, heurtée par la scission des activité « essentielles » et « non-essentielles » depuis le début de la crise sanitaire. Antonia de Rendinger, comédienne, humoriste et membre du collectif du 23 janvier déplore la classification de l’art dans le deuxième groupe :

« La santé ne se limite pas à être en forme et à avoir des bonnes analyses sanguines. On a tous besoin que notre vie se résume à autre chose que manger, regarder Netflix et recevoir de l’argent. L’art, la beauté et le dépassement de soi sont des choses qui donnent du sens à la vie ».

Héros ou oubliés : que sont devenus les travailleurs « essentiels », un an après le début de la crise sanitaire ?

Héros ou oubliés : que sont devenus les travailleurs « essentiels », un an après le début de la crise sanitaire ?

Plus d’un an après le début de la crise sanitaire qui a vidé les rues et rempli les hôpitaux, Rue89 Strasbourg est allé à la rencontre de quatre Strasbourgeois de la « deuxième ligne ». Ces travailleurs, érigés au rang de héros de la nation il y a quelque mois, oscillent aujourd’hui entre fierté, fatigue et désillusions.

En blouse blanche, derrière des caisses ou au volant de camionnettes dans des rues complètement vides, les travailleurs dits « essentiels » ont parfois été mis sur un piédestal pendant le premier confinement. Mais dans la plupart des cas, la considération accordée à ces travailleurs de l’ombre n’a pas survécu à la reprise de l’économie. Des travailleurs témoignent.

Yacine, livreur et « héros malgré lui »

Pendant le premier confinement, Yacine Gouigah a vu sa charge de travail exploser. De mars à mai 2020, « tout le monde commandait sur internet », explique le livreur de 53 ans, qui dessert le centre-ville de Strasbourg pour DHL depuis 22 ans. « C’était très courant que les clients me donnent des masques ou du gel. Et moi, comme l’entreprise m’en fournissait, je les distribuais à des amis, des voisins, des SDF ou même d’autres clients qui n’en avaient pas », se souvient Yacine.

Image de Yacine Gouigah
Yacine Gouigah effectue des livraisons dans le centre-ville de Strasbourg depuis 22 ans.
Photo : MM / Rue89 Strasbourg

Une chose a marqué le quinquagénaire : les petites attentions de ses clients. D’ordinaire très « rares » en ville, confie Yacine :

« C’étaient des petites phrases comme : “Bon courage”, “Tenez-bon”, “Faites attention à vous”. Parfois on me proposait même un gâteau. Les gens étaient plus solidaires, compatissants, et cette reconnaissance me motivait, ça galvanise en quelque sorte. »

Le livreur explique s’être senti plus nécessaire que d’habitude pendant cette période de confinement. « On était des héros malgré nous, dans le sens où les livreurs sont invisibles mais indispensables », souligne-t-il. La reconnaissance de la société à son égard lui a permis de « se contenter de [sa] situation » par rapport à d’autres, qui ne pouvaient plus travailler et perdaient toute forme de lien social. Aujourd’hui, les petites attentions se font plus rares, même si elles restent plus nombreuses qu’avant le Covid, selon Yacine.

Certains continuent de glisser un sourire et une phrase de soutien en récupérant un colis. « C’est une période qui a marqué les gens, c’est le moment où l’on a réalisé que ce sont les petites gens qui font avancer le monde, et que les caissières sont plus importantes que les traders », résume le livreur.

Giovanna, caissière en colère

« Pendant le premier confinement, il y avait une forme de reconnaissance de la part des clients. Aujourd’hui, on est obligées de se battre ». Giovanna Sagliano, 57 ans, est en colère. Employée depuis 1991 par Auchan Hautepierre, la caissière regrette le manque de respect des clients depuis la fin du premier confinement.

« Certains baissent leur masque en arrivant à la caisse, d’autres refusent de nous montrer les codes barres des objets lourds que l’on ne peut pas scanner dans les caddies à cause du Plexiglas. On est tout le temps obligées de rappeler à l’ordre les clients. »

Image de Giovanna Sagliano
Caissière depuis 30 ans à Auchan Hautepierre, Giovanna Sagliano est en « deuxième ligne » face à l’épidémie de Covid-19 depuis plus d’un an. Photo : MM / Rue89 Strasbourg

Pourtant, il y a un an, « on nous disait qu’on avait du courage de venir travailler, que grâce à nous, les gens pouvaient se nourrir normalement. On nous a même applaudies à 20h », se rappelle Giovanna. « On se sentait indispensables et notre métier était reconnu comme quelque chose de bien ».

Pour l’élue CGT, la peur du virus a joué un rôle dans le rapport des clients aux caissières. « Les gens respectaient la distanciation, privilégiaient le paiement par carte et venaient seuls, et non en famille », souligne la caissière. « Aujourd’hui, on a l’impression que c’est fini. Tout est revenu à la normale », regrette-t-elle.

Laurent, chauffeur-livreur transformé

Laurent Iuncker, 40 ans, n’a « jamais refusé une course pendant le premier confinement ». Père d’une petite fille, ce chauffeur-livreur pour Novea aurait pu bénéficier de l’activité partielle, mais il explique avoir eu « besoin de voir et de vivre, de rouler et de sortir ». « J’avais l’impression de vivre pendant que les autres étaient à l’arrêt », confie-t-il. Alors que certains client lui interdisaient de rentrer dans leur immeuble, d’autres ouvraient leur porte « sans masque ni crainte ».

« Les gens nous voyaient cavaler, et j’ai ressenti une vraie marque de reconnaissance dont on n’a pas l’habitude en tant que livreur. Ça se sentait dans les regards, les remerciements plus appuyés. Il y avait plus d’engouement qu’avant », livre le chauffeur.

image de Laurent Iuncker
Laurent Iuncker, chauffeur livreur de 40 ans, effectue une trentaine de livraisons par jours dans toute l’Alsace. Photo : MM / Rue89 Strasbourg

Selon Laurent, cette reconnaissance des particuliers est revenue à la normale depuis le premier confinement. Mais il n’oublie pas la connexion qui s’est créée entre ceux qui continuaient de travailler à l’extérieur pendant la première vague. « J’étais mieux reçu dans les hôpitaux et dans les zones de fret. L’énergie était plus forte, on échangeait plus, et parfois les regards voulaient dire plus de choses que les mots », explique Laurent d’une voix calme et posée.

La reconnaissance, il ne s’attendait pas à ce qu’elle perdure. Pourtant, elle pourrait avoir changé la vision de certains sur leur propre métier :

« Beaucoup de livreurs sont habitués à avoir peu de reconnaissance, alors forcément on “s’auto-flagelle” un peu, on nourrit une mauvaise image de nous-mêmes. Cette année de Covid, et la reconnaissance qu’elle a entraînée jusque dans les médias, a peut-être renforcé l’image que certains avaient d’eux-mêmes et des autres, dans des secteurs peu visibles. »

Laurent raconte : pendant le confinement, son métier a pris une nouvelle dimension d’urgence et de nécessité qui lui a donné une valeur supplémentaire. « C’est toute cette chaîne de gens dehors qui a fait tourner le pays », conclut-il avec satisfaction.

Virginie, blanchisseuse déçue

« À chaque fois, on parlait des soignants et pas des hospitaliers au sens large », peste Virginie Rey, qui regrette cette mise à l’écart des fonctions de soutien. L’agent de service hospitalier (ASH) qui travaille en blanchisserie depuis 1997 est responsable, avec ses collègues, de la désinfection et du lavage de tout le linge des hôpitaux de Strasbourg. 

« On n’a pas donné à la population la possibilité de nous reconnaître, parce qu’au fond, il y a plein de personnes qui ne savent pas que ce métier existe », note la déléguée syndicale CGT, qui ne doute pas de l’aspect stratégique de son métier dans la bataille contre l’épidémie. 

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Virginie Rey, agent de service hospitalier en blanchisserie depuis 1997, n’a pas ressenti de reconnaissance particulière. Photo : MM / Rue89 Strasbourg

En effet, pour répondre aux exigences accrues en matière d’hygiène pour le linge pendant l’épidémie de Covid, « les ASH en blanchisserie ont dû travailler les samedis et faire des journées de douze heures pendant le premier confinement ». Les soignants devaient se changer plus régulièrement, créant une montagne de linge qui attendait d’être lavé. 

Ce métier, elle le revendique comme une passion : « C’est toute ma vie, je n’ai pas du tout envie d’en changer », lance Virginie Rey. Et elle reste fière de sa profession, même sans reconnaissance particulière, ni pendant le premier confinement, ni aujourd’hui. Après tout, « j’ai signé à l’hôpital pour être au service des patients, c’est le plus important », assure la blanchisseuse. 

#caissière

Au conseil de l’Eurométropole, les trams vers le nord en débat

Au conseil de l’Eurométropole, les trams vers le nord en débat

Le conseil de l’Eurométropole va débattre ce vendredi 7 mai de la création de deux lignes de tram au nord de Strasbourg, à Schiltigheim et vers le Parlement européen. À suivre en direct à partir de 9h.

C’est l’un des chantiers les plus imposants du mandat. Rue89 Strasbourg vous en a parlé en longueur le 16 avril. L’Eurométropole souhaite créer une nouvelle ligne de tramway à Schiltigheim, jusqu’à l’entrée de Bischheim. Après quelques premiers mètres en commun à l’entrée de la ville, il y a trois variantes :

    Un tracé à l’Ouest, sur la route du général de Gaulle, qui a la préférence de la maire et de la numéro 3 de l’Eurométropole, Danielle Dambach ;Un tracé intermédiaire, qui débute à l’Est, traverse la ville à mi-parcours, et a son terminus à l’Est ;Un tracé plus à l’Est, entièrement sur la route de Bischwiller.

Dans l’opposition, les maires de Bischheim et Souffelweyersheim, Pierre Perrin et Jean-Louis Hoerlé, demandent à la place une amélioration du réseau de bus.

Les trois variantes pour le tram à Schiltigheim. Photo : document Eurométropole

Trois tracés pour la ligne Gare-Parlement

Reste à savoir comment ce tram se connectera à Strasbourg. Car dans le même temps, une autre ligne verra le jour, entre la gare et le Parlement européen. Là aussi, trois variantes existent :

    Une par l’Avenue de VosgesUne par le quai Finkmatt, entre les Halles et la place de la RépubliqueUne par le boulevard Clémenceau, sur le tracé actuel de la ligne de bus H

Comme ces deux tracés sont liés, l’Eurométropole lance la concertation réglementaire commune, de « mi-juin à fin septembre ». Les différentes options devraient amener de longs débats (point 7) en séance ce vendredi 7 mai.

Les trois variantes pour le tram à Schiltigheim. Photo : document Eurométropole
Photo : document Eurométropole
Photo : document Eurométropole

Les transports en commun seront le principal sujet de ce conseil. Un peu plus tôt, au point 3, l’Eurométropole prendra une participation dans la nouvelle société « Mobilités Grand Est » de la Région Grand Est. Le but est de développer ensemble le « Réseau express métropolitain » (REM), à savoir des déplacements efficaces et réguliers entre les gares TER de l’Eurométropole à partir de 2022.

Parmi les 73 autres points à l’ordre du jour figurent aussi :

    Une communication sur les mesures de l’Eurométropole pendant la pandémie et pour le « déconfinement » (point 1). Le contrat triennal pour l’Europe à Strasbourg (point 2 – lire ici). La prolongation de 9 stations du tram à Koenighsoffen jusqu’à Wolfisheim, avec le choix du tracé par la rue Virgile (point 6). La politique du mandat pour le personnel, avec des recrutements (point 10).

La séance est à suivre en direct à partir à 9h.

Fin d’Aptis à Hangenbieten, 141 emplois supprimés

Fin d’Aptis à Hangenbieten, 141 emplois supprimés

Les bus électriques Aptis ne seront plus construits par une filiale d’Alstom à Hangenbieten d’ici le premier trimestre 2022. Plus de 140 emplois vont être supprimés.

Le bus électrique Aptis était la dernière création de NTL New Translohr, une filiale d’Alstom plutôt spécialisée dans les tramways, installée à Hangenbieten près de Strasbourg. Mais mardi, l’entreprise a annoncé en plein Comité social et économique (CSE) que la construction de ces bus prendrait fin au premier trimestre 2022, selon France 3 Alsace. Un projet de fin d’activité a été annoncé aux salariés, prenant effet dès lundi 10 mai. 141 emplois sont concernés et seront supprimés, faute de repreneur. 

Les bus Aptis équipent la ligne H depuis janvier 2020 Photo : doc remis / CTS

Lancé en 2018, les bus Aptis devaient s’imposer sur le marché des bus électriques urbains de nouvelle génération, silencieux, spacieux et confortables. Mais Alstom a bien eu du mal à les vendre. En mars 2019, la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) avait opté pour une douzaine de ces bus afin d’armer sa ligne entre la gare et le Parlement européen. Arrivés en janvier 2020, ils ont dû être retirés de la circulation un an plus tard, en raison de problèmes mécaniques, selon une information de Rue89 Strasbourg.

De son côté, Alstom met plutôt en avant sur France 3 Alsace un « décalage des besoins des opérateurs en France et en Europe sur le marché du bus électrique » par rapport à son offre, ainsi qu’une « forte concurrence sur le marché européen ». Les bus Aptis, vendus 500 000€ l’unité environ, sont concurrencés par des produits « bas de gamme » selon Alstom.

Du côté des syndicats, cités par France 3 Alsace, c’est l’incompréhension qui domine. Les délégués syndicaux détaillent leurs efforts réalisés pour la réussite d’Aptis et déplorent une forme de trahison d’Alstom, depuis que le groupe est propriétaire de Translohr, une ancienne gloire de l’industrie alsacienne.

Le Stück mise sur le paiement par mobiles pour être enfin compris

Le Stück mise sur le paiement par mobiles pour être enfin compris

Où en est le Stück, la monnaie locale du Bas-Rhin, en place depuis 2015 ? Ses billets de couleurs vives se font rares. L’association espère que le paiement numérique donnera un nouveau souffle, afin de sortir d’un cercle restreint d’utilisateurs.

L’arrivée d’une monnaie locale dans le Bas-Rhin était un petit événement en 2015. La monnaie locale du Bas-Rhin a depuis été adoptée par plus de 400 particuliers, et 229 professionnels, soit plus de 600 adhérents au total. Mais, faute de traçabilité, difficile de savoir si les 75 000 Stücks actuellement en circulation dorment dans les portefeuilles ou s’ils sont réellement échangés.

L’utilisation freinée depuis la pandémie

Depuis mars 2020, l’utilisation de la monnaie papier est devenue plus rare, constate Antoine Lévy, cofondateur du Stück et bénévole actif de l’association. « Le projet s’est presque arrêté avec le premier confinement », regrette-t-il, « car les billets ne circulent plus ». Jean-Pierre, bénévole depuis 2014 et utilisateur convaincu de la monnaie locale, échange habituellement entre 50 et 100 Stücks par mois. Mais, en 2020, il a beaucoup plus utilisé sa carte bancaire. « Certains commerces exigeaient le paiement par carte, » explique-t-il.

À la Librairie Kleber, bureau de change et commerce adhérent depuis l’origine, 943 Stücks ont été dépensés depuis janvier 2021, contre 1977 en 2019 sur la même période. C’est moitié moins. Au restaurant végétarien Velicious Burger, une à deux transactions par mois s’effectuent régulièrement en Stück. Motif d’espoir, il y a eu un pic d’utilisation en septembre 2020. Des observations qui montrent la réduction de la monnaie papier lorsque les transactions se font dans le contexte de pandémie. À l’atelier vélo Bretz’selle enfin, seules deux transactions ont été effectuées en Stück en 2020, et aucune en 2021. « On a réadhéré malgré ça, pour soutenir l’économie locale », précise Cécilia qui travaille à l’atelier depuis novembre.

Elena Rosenstiehl, adjointe de direction à la Librairie Kleber est convaincue qu’un regain d’utilisation est possible si l’association effectue une campagne de communication. Seulement, la structure repose aujourd’hui sur un noyau dur de 7 bénévoles, et aucun salarié. Une situation qui a un goût de déjà vu pour l’association. « On cherche à recruter un stagiaire, mais c’est difficile de faire venir les bénévoles en ce moment, » déplore Antoine. « On a du mal à renouveler notre bassin de bénévoles, les gens butinent mais restent rarement longtemps dans des associations, » complète Jean-Pierre. Une baisse d’implication qui complique la communication autour du projet. Ajouté au manque de traçabilité de la monnaie, l’impact du Stück reste pour l’instant peu mesurable.

Aperçu du profil utilisateur de l’application du Stück numérique (document remis).

La numérisation pour ne plus avoir à se rendre au bureau de change

Avec le temps libéré par les confinements successifs, l’équipe bénévole du Stück a pu commencer à mettre en place un projet qui lui tenait à cœur : la numérisation. « C’est un projet compliqué et technique, » précise Antoine Lévy. Il s’agit d’une application préexistante et mise en service avec l’aide de Cylaos, une entreprise spécialisée dans le domaine. L’application est encore en période de test, mais elle est opérationnelle et téléchargeable sur les plateformes habituelles. Elle circule entre une dizaine de commerçants et une vingtaine de particuliers, pour « rôder le système, » précise Antoine. « Mais c’est encore trop tôt pour les grandes annonces, » ajoute-t-il.

Lorsque l’on s’inscrit au Stück numérique, il est précisé que la monnaie locale n’est pas utilisée à des fins de spéculation. Une première garantie pour convaincre les réticents, en plus d’une ergonomie simple et intuitive. « Le but est de simplifier au maximum et d’automatiser, » explique Antoine. On choisit le commerçant ou le particulier à qui on veut faire un paiement dans une liste, ou on scanne son QR code. Principal avantage : plus besoin de se déplacer au bureau de change. Le compte se recharge via virement mensuel ou par la plateforme HelloAsso. Pour les professionnels, le numérique n’impliquera aucun investissement matériel, mais une formation pour se familiariser avec la plateforme. Un fonctionnement déjà adopté par les monnaies locales à succès, l’Eusko dans le pays Basque, ou la Gonette à Lyon.

« On sait que le défi est d’ancrer l’habitude, car le paiement par smartphone n’est pas encore répandu », relève Antoine. Incitation supplémentaire cependant si le particulier charge son compte sur HelloAsso, 3% du montant ira à une association de son choix, à chaque chargement. Le Crédit municipal n’encaissera que 97% de la somme convertie. Une façon de voir plus loin que la simple utilisation de la monnaie, et de réexpliquer l’intérêt de l’économie circulaire et locale. Enfin, l’association travaille en collaboration avec La Cigogne, monnaie locale mulhousienne, pour proposer une interopérabilité entre les deux monnaies, sur le numérique. Toutes les monnaies locales en France ont en effet la même valeur : une unité vaut un euros.

Tente du Stück au Village des Associations le week-end du 19-20 Septembre 2020 (document remis).

Convertir de nouveaux adhérents : le défi

3 768 personnes suivent la page Facebook du Stück. Mais seulement 2 861 particuliers y ont adhéré au moins une année, tandis que l’association ne compte que 412 adhérents actifs. « C’est un peu le serpent qui se mord la queue, » déplore Jean-Pierre. Pour que la plateforme fonctionne ou que le Stück circule, il faut plus d’utilisateurs. Mais pour que la monnaie soit attractive, il faut qu’ils soient capables de l’utiliser dans un nombre de commerces suffisants. « Il nous faudrait au moins une cinquantaine de professionnels, » estime le bénévole. Et en ce moment, difficile d’aller à la rencontre des professionnels pour les convaincre et les former à la nouvelle plateforme numérique.

Lors des manifestations publiques, au camp climat d’août 2020 ou lors du village des associations en septembre, beaucoup de jeunes ont rejoint le Stück. « Ça nous encourage, » estime Jean-Pierre. En revanche, « on doit toujours démontrer l’intérêt, qui se comprend intellectuellement mais pas physiquement, » complète-t-il. Expliquer que les échanges via le Stück « renforcent » l’économie locale est compliqué.

« Au début, on passait pour des fous, » se souvient Antoine. Le Stück, et plus généralement les monnaies locales, sont connus de nom. Pour autant loin, l’utilisation est loin d’être démocratisée. Au rayon des bons points, Antoine considère que le Stück « a fait naître un débat, et participé aux réflexions sur l’économie locale et l’acte de consommation ».

Et l’association s’adapte au fur et à mesure. Pour essayer de convertir plus de citoyens, « on a abandonné le principe de monnaie fondante, » rappelle le cofondateur. Si les billets perdaient en valeur chaque année au début, pour encourager à les utiliser, ce n’est plus le cas depuis 2017. Mais preuve que l’information n’est pas encore bien passée, « certains utilisateurs viennent encore nous voir, en pensant que leurs billets ne valent plus rien, » explique Antoine.

Capture d’écran de l’assemblée générale du Stück le 23 Octobre 2020 (document remis).

Une alternative plus que jamais nécessaire

Malgré sa faible visibilité et son maigre nombre d’utilisateurs, le Stück demeure actif parmi les 82 monnaies locales françaises. Au total, elles représentent cinq millions d’euros en France, 40 000 utilisateurs particuliers et 10 000 professionnels en France. Le mouvement Sol, fédérant les monnaies locales, publiait en avril 2021 un rapport sur leurs effets. Élaboré avec Stück et de différents experts, il confirme les observations à l’échelle bas-rhinoise : le rôle des monnaies locales complémentaire est encore mal compris. Jean-Pierre explique:

« La plupart des gens pensent qu’on a vocation à remplacer l’euro, alors que ce n’est vraiment pas le cas. D’autres pensent qu’en achetant local en euros, l’effet sera le même. Mais utiliser le Stück c’est aussi participer au développement d’initiatives locales ».

En effet, l’autre conséquence, plus difficile à percevoir pour le grand public, c’est que les euros convertis sont attribués à la NEF, une société financière qui octroie des crédits à des projets à dimension sociale, écologique ou culturelle. « On est persuadés d’appartenir aux solutions à la crise, qui a mis en exergue l’importance du commerce local, de l’économie et de la résilience des territoires », résume Antoine. Reste à généraliser la pratique en Alsace pour davantage y contribuer.

À Strasbourg, des associations écologistes appellent à se mobiliser dimanche pour une loi Climat « plus ambitieuse »

À Strasbourg, des associations écologistes appellent à se mobiliser dimanche pour une loi Climat « plus ambitieuse »

Plusieurs collectifs écologistes strasbourgeois appellent à la mobilisation dimanche 9 mai à 14h, place d’Austerlitz. Ils demandent aux parlementaires de revoir à la hausse les exigences de la loi Climat, pas assez ambitieuse selon eux.

Dimanche 9 mai à 14h, place d’Austerlitz. Le rendez-vous est donné par Alternatiba et 11 autres organisations écologistes et syndicales. À l’occasion de cette marche, elles appellent à revoir la loi « Climat et résilience », portée par le gouvernement et adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale le 4 mai.

Une loi pas assez ambitieuse

Cette loi, elle est décevante selon les militants qui appellent au rassemblement. « Tous les sujets à prendre en compte sont traités, mais ça ne va pas assez loin » regrette Zoé Mary, porte-parole d’Alternatiba Strasbourg. Elle ajoute un exemple : « On plaidait pour un accès à l’aide à la rénovation énergétique généralisé, mais dans le projet adopté il y aura des conditions à remplir ».

Les militants avancent d’autres exemples de déception devant cette loi, qui devrait être examinée au Sénat au mois de juin. La Convention citoyenne pour le climat, composée de 150 citoyens tirés au sort, demandait l’interdiction pure et simple de la publicité des produits les plus émetteurs de gaz à effets de serre « comme les SUV » précise Zoé Mary. Proposition non retenue par les députés. La version actuelle interdit la publicité pour la « commercialisation et la promotion » des énergies fossiles, mais qui de fait « sont rares dans les publicités », relève le Réseau Action Climat.

La déception des résultats de la Convention citoyenne pour le climat

L’adoption de la loi « Climat et résilience » suit la clôture de la convention citoyenne pour le climat (CCC), dont une partie des participants est déçue par ce qu’en a fait le gouvernement. « Pour nous les propositions de la CCC vont assez loin et sont pertinentes », note Zoé Mary, qui aimerait que la loi les reprenne.

En 2019, les marches pour le Climat s’enchainaient sans masque et sans distanciation physque. Photo : Rue89 Strasbourg / Flickr / cc

Parmi ces 149 propositions, il y avait par exemple l’obligation de la rénovation thermique pour les propriétaires et bailleurs sociaux ou encore l’obligation de l’affichage de l’émission de gaz à effet de serre des produits dans les publicités ou les magasins. Ou encore l’interdiction des voyages en avion lorsqu’une alternative en train de quatre heures existe, seuil abaissé à 2h30 par la majorité présidentielle.

Même si le texte de loi a déjà été adopté en première lecture par l’Assemblée nationale, il peut encore être modifié par les sénateurs. L’objectif des organisateurs de la manifestation est en premier lieu de « montrer que nous sommes déterminés à ce qu’un texte plus ambitieux voit le jour ».

Au bout de l’absurde, majorité et opposition votent trois fois la même définition de l’antisémitisme

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En prison, la longue marche des détenus pour travailler et s’éviter la récidive

En prison, la longue marche des détenus pour travailler et s’éviter la récidive

Deux détenus sur trois ne travaillent pas et près de 60% des sortants récidivent dans les 5 ans. Un collectif alsacien de personnel pénitentiaire et de citoyens propose 70 manières de lutter contre cette récidive et d’améliorer les conditions de détention. Leur leitmotiv : favoriser le travail en s’ouvrant sur l’extérieur.

« Quand j’ai pu travailler aux cuisines et gagner un peu d’argent, j’étais le roi du monde », raconte Léo (les prénoms des détenus ont été changés), 28 ans, sorti il y a moins d’un an du centre de détention d’Oermingen dans le Bas-Rhin. « J’avais des co-détenus qui disaient que c’était la première fois de leur vie qu’ils se levaient le matin et qu’ils avaient une fiche de paye ».

Si le salaire d’un détenu n’est pas mirobolant (entre 45 et 60% du smic soit 4,55€ de l’heure), il peut leur permettre d’adoucir leur quotidien grâce aux « extras » qu’ils peuvent s’acheter au « magasin » et les rassurer sur leur sortie, ayant quelques sous en poche. Léo a pu travailler aux services généraux, qui assurent la vie en collectivité (cantine, maintenance, buanderie…). L’autre option, c’est de travailler dans les ateliers d’entreprises privées, pour faire de petits travaux à la chaîne de conditionnement, confection textile ou mécanique.

Pour Léo, travailler, c’était avoir un rythme et une fenêtre sur l’extérieur :

« J’ai eu la chance d’évoluer dans une cuisine rénovée, d’où je voyais le soleil, c’était magnifique. L’environnement, c’est hyper important, ça nous remet dans une posture positive. »

Le travail en prison est un luxe

De quoi envisager la sortie plus sereinement, estime Jessica Vonderscher, ancienne vice-procureure haut-rhinoise. Pour elle, « le travail est la pierre angulaire de la réinsertion » et il faut mettre le paquet dessus pour éviter la récidive (qui concerne 59% des détenus dans les 5 ans après leur sortie) :

« Avec leur salaire, les détenus peuvent continuer à subvenir aux besoins de leur famille, leur payer le loyer. Travailler leur évite aussi de ruminer des idées noires. Les comportements addictifs baissent, le niveau de santé général est meilleur. »

Le problème, c’est qu’en prison, le travail est un luxe : moins de 30% des détenus y ont accès. Le droit de travailler est accordé par une commission selon le profil du détenu et les postes sont limités. Il y a parfois 4 mois d’attente pour obtenir un poste, indique Jessica Vonderscher :

« C’est aussi parce qu’on est un des rares pays où la population carcérale augmente (les prisons françaises ont un taux de remplissage de 138%, ndlr). Cela rend quasi impossible le fait de donner du travail à tout le monde. »

Simplifier l’administration

Surtout, les tâches sont peu qualifiées et non qualifiantes, et ne correspondent pas aux métiers qui existent à l’extérieur, estime Mick, ancien détenu de Colmar, selon qui « le pliage de carton ou des articles de carnaval n’amènent à aucun débouché à la sortie ».

La maison d'arrêt de Mulhouse est surpeuplée, comme d'autres établissements alsaciens. Le Genepi n'y intervient pas mais intervenait non loin de là, à la maison centrale d'Ensisheim (Photo wikimedia commons)
À la maison d’arrêt de Mulhouse, il y a 4 mois d’attente pour obtenir un poste de travail Photo : wikimedia commons / cc

Pour pallier ces défaillances et améliorer les conditions de vie générales, Jessica Vonderscher a fondé le collectif Walden avec des profils divers : conseillère d’insertion, directeur de prison, conseillère pôle emploi, responsable formation, officier pénitentiaire… Leurs idées ont été présentées dans le livre #Prisons (publié en novembre 2020 aux éditions Médiapop).

Parmi eux, un chef d’entreprise : Jean-Philippe, patron d’une boîte de digitalisation du commerce, qui reprend à son compte le mantra du collectif : décloisonner et tout simplifier :

« Pour devenir entreprise concessionnaire, c’est l’usine à gaz administrative. Il faut remplir des polycopiés qui datent de 1890 et qui n’ont aucun sens. Pour simplifier l’approche, il faudrait aussi que les détenus aient des outils numériques, comme des bornes pour postuler à des offres d’emplois internes et externes, qu’ils aient un lien direct avec l’employeur. »

Pour l’instant, les détenus n’ont pas accès à internet en autonomie et n’ont que le conseiller pôle emploi justice à leur disposition pour envisager de trouver un travail en sortant. Mais le temps qu’une candidature passe par tous les canaux de validation, l’offre d’emploi est souvent déjà pourvue. Léo regrette que l’administration pénitentiaire manque de moyens :

« Le conseiller Pôle emploi vient une fois par mois. On y a accès 6 mois avant la sortie. Mais dans des prisons avec des centaines de détenus… Moi j’avais eu un rendez-vous une semaine avant ma sortie, ça ne servait à rien. »

Un couloir de prison (Photo Thomas Hawk / FlickR / cc)
Le travail permet de sortir les détenus de l’isolement Photo : Thomas Hawk / FlickR / cc

« Éviter de les laisser crever psychologiquement »

En intégrant les entreprises dans la réflexion, l’idée du collectif est de compléter un maillon manquant sur le territoire où les détenus se retrouvent en sortant. Celle de Jean-Philippe fait travailler un détenu de la maison centrale d’Ensisheim sur une activité de classement et de scan de documents liés à des ventes en ligne. Il a également embauché 6 anciens détenus en intérim au cours de l’été 2020 pour un inventaire textile.

Pour lui, il faut transformer les prisons pour en faire des « entreprises avec des prisonniers » ou des centres de tri :

« C’est moins cher pour les entreprises, cela réduit l’empreinte carbone de celles qui envoient des documents à numériser au Bangladesh, et cela donne une activité aux détenus au lieu de les laisser crever psychologiquement. Bref, plus les gens travaillent en prison, plus c’est moteur pour l’économie. »

1,5 milliard d’euros liés à la récidive

Le travail des détenus permettrait aussi d’alléger les finances publiques en réduisant les coûts liés à la récidive : le collectif Walden les estime à 1,5 milliard d’euros par an, en additionnant le coût de « l’hébergement » d’un détenu et celui induit par les nouvelles infractions (enquête, avocat, procès, assurance, etc).

Autre souci, les établissements ne sont pas équipés pour accueillir les camions et ne disposent pas de monte-charge, notamment la prison de Colmar, très vétuste. Elle doit fermer en 2021 et transférer en partie ses prisonniers vers le nouveau centre de Lutterbach à l’automne, qui, lui, « prévoit de bons ateliers et un accès facilité aux camions », indique Jessica Vonderscher.

La maison d'arrêt de Strasbourg a fait l'objet d'un rapport en urgence en mai dernier. (Photo: CGLPL)
Les prisons sont mal équipées pour accueillir des camions et des ateliers. Ici la maison d’arrêt de Strasbourg Photo : : CGLPL

Parmi les autres propositions du collectif : des salles informatiques accessibles, des parloirs en visio, des journées de découverte d’un métier à l’extérieur ou la possibilité d’avoir le statut d’auto-entrepreneur. Pour Léo, il faudrait aussi réduire drastiquement le coût du téléphone (qui est d’environ 20€ pour une demi-heure d’appel), voire donner un téléphone à chaque détenu avec 3 numéros gratuits.

De détenu dangereux à dessinateur

Un outil qui aurait facilité la vie d’Emile, des décennies de détention au compteur, qui a pu refaire sa vie grâce au lien créé avec des gens à l’extérieur. Condamné pour des braquages et catégorisé « détenu particulièrement surveillé », c’est dans les années 2000 qu’il décide « d’avancer positivement ». Armé de sa passion pour le dessin, il envoie une cinquantaine de lettres à des entreprises trouvées dans les pages jaunes pour obtenir du matériel informatique. À sa grande surprise, ses lettres passent les contrôles, et des réponses positives arrivent : un ordinateur doté de logiciels de graphisme lui sera envoyé.

C’est parce qu’il a pu publier des dessins qu’Emile, condamné à perpétuité, s’est réinséré dans la société Photo : Ichigo121212 / Pixabay / cc

Pendant deux ans, il apprend l’informatique sur le matériel installé à « l’école » de sa prison, puis envoie ses dessins à des journaux, dont un mensuel d’information dessinée. Il sera publié, et commence à voir une lumière au bout du tunnel :

« Quand j’ai vu mon nom à côté d’autres signatures, je me suis dit “T’es pas tout seul”. Chaque jour, je m’endormais avec des projets pour le lendemain. »

Puis, c’est sa visiteuse de prison qui lui offre l’opportunité de sa vie : lors d’un événement à Strasbourg, elle montre ses dessins à un cadre des Dernières Nouvelles d’Alsace. Celui-ci vient le voir en prison et publie son premier dessin. Une chance inouïe pour Emile :

« Pendant 7 ans, j’ai publié chez eux, et je gagnais 51€ la pige ! Pour moi, c’était énorme. Cette rencontre m’a permis de grandir. Je faisais tout pour m’en sortir, pour essayer de rejoindre la société. »

Il finit par sortir en liberté conditionnelle après une réduction de sa peine de sûreté, travaille comme graphiste pour deux magazines de sport, puis se met à son compte. Entre-temps, il s’était essayé à la caricature, ce qu’il continue de faire aujourd’hui. Il estime que son cas était exceptionnel, qu’il a eu dans chaque établissement « l’occasion de rencontrer une « lumière » : un surveillant interpellé par sa démarche, un professeur, quelqu’un qui avait le bon conseil ».

« Ne pas les lâcher »

La continuité de son travail, c’est ce qui a maintenu Émile à flot, mais ce n’est pas toujours possible pour les détenus. Geneviève (le prénom a été changé), qui anime des ateliers d’écriture à la maison d’arrêt de Colmar, raconte que certains détenus avec qui elle reste en contact sont sortis depuis plusieurs mois et restent toujours sans emploi, « sans aucune perspective ». Mick, lui, pense qu’il faudrait « un réel suivi social et administratif » après la peine.

C’est la voie que propose Emmaüs Mundolsheim, en organisant des chantiers d’insertion au centre de détention d’Oermingen. Tous les jours, une dizaine de détenus s’affairent pendant plus de 5 heures à restaurer les meubles de donateurs, rapporte Stefania Angioni, coordinatrice :

« Ils travaillent avec un menuisier de profession et, pendant 4 à 6 mois, acquièrent des compétences qui leur serviront à l’extérieur. »

Surtout, ils bénéficient d’un accompagnement administratif et social dès la détention, et jusqu’à après la sortie (sur le logement et les soins aussi), « pour ne pas les lâcher », indique Stefania. Depuis le mois de janvier 2021, 4 de ces anciens détenus ont pu être embauchés à Emmaüs, sur des postes de polyvalents, de vendeurs ou chauffeurs. Après 5 ans d’expérience au centre d’Oermingen (« les noces de bois ! » s’amuse-t-elle), Stefania et son équipe vont développer le même type de chantier à la maison d’arrêt de Strasbourg, avec de la réparation de cycles. À terme, ils comptent accueillir des détenus en fin de peine dans une ferme d’insertion de la vallée de la Bruche.

Car pour le collectif Walden, l’avenir est dans les peines en milieu ouvert et notamment dans les Travaux d’Intérêt Général, insiste Jean-Philippe :

« L’idéal serait de ne plus avoir obligatoirement des gens en prison, mais plutôt des gens qui viennent travailler en entreprise et qui font du TIG. Cela réduirait aussi le coût des prisons. »

Avec les 70 propositions de leur livre, dont celles d’assurer des cellules individuelles ou d’augmenter l’offre d’accompagnement psychologique (« le plus important », selon Léo, car « il faut que les gens croient en eux »), le collectif espère faire baisser la délinquance de 20 à 30%.

Pour retourner au stade de la Meinau, j’ai testé le « mur bleu connecté » du Racing

Pour retourner au stade de la Meinau, j’ai testé le « mur bleu connecté » du Racing

Dimanche 25 avril, à l’occasion de la rencontre entre le Racing Club de Strasbourg au FC Nantes, j’ai pu suivre l’avant-match de la rencontre à distance, en découvrant de nouvelles facettes du stade de la Meinau.

Le 18 octobre 2020, le Racing Club de Strasbourg (RCS) reçoit l’Olympique Lyonnais. Le stade de la Meinau accueille 5 000 spectateurs. C’est la jauge maximale autorisée par la préfecture, en raison de la situation sanitaire. Sans le savoir, nous assistons alors au dernier match de l’année en présence de supporters. Puis le second confinement en France a été décrété fin octobre 2020. Cela fait donc maintenant plus de six mois que nous ne voyons plus ce qu’il se passe de l’autre côté des grilles du stade.

Un moment privilégié au cœur de l’événement

Dimanche 25 avril, un événement m’a permis de retrouver le stade de la Meinau, depuis mon écran d’ordinateur. Me voilà connecté sur le logiciel Zoom avec 40 supporters, projetés dans cet endroit qui nous a tant manqué. Arnaud Szymanski, référent supporter au sein du club, anime cette visite inédite. Tous ensemble, nous attendons d’abord l’arrivée des joueurs en bus. Pour rompre l’attente, le président du club apparaît à l’écran pour échanger avec nous. Marc Keller rappelle à quel point les supporters lui manquent. Un sentiment partagé par le speaker Jean-Luc Filser, aussi venu saluer le « mur bleu connecté, » tel qu’il a été nommé par le club alsacien.

Puis c’est au tour des joueurs de débarquer au compte-gouttes devant l’écran en sortant du bus avec un geste ou un petit mot pour les supporters. L’arrivée des joueurs a été l’occasion pour nous de ressortir la panoplie du fan de foot (maillot et écharpes du Racing) et de chanter devant notre écran pour les encourager.

Une heure plus tard, je me reconnecte au « mur bleu » et j’ai alors le privilège de découvrir le fameux tunnel du stade, l’endroit qui relie les vestiaires des joueurs jusqu’à la pelouse. Arnaud Szymanski, qui nous accompagne toujours dans cette visite guidée des coulisses du stade de la Meinau, rappelle l’importance du tunnel pour les joueurs. C’est ici que les footballeurs se concentrent pour préparer au mieux le match. Un test PCR négatif est obligatoire pour y accéder et sa fréquentation a été considérablement réduite depuis la crise sanitaire.

Retrouver les émotions d’avant pendant un court instant

Pour finir en beauté, j’ai pu bénéficier d’une vue rare sur la pelouse et les joueurs. La caméra était placée tout au bord du terrain lors de l’échauffement des joueurs strasbourgeois. Une vision qui rappelle les frissons lorsque l’on arrive dans les tribunes les jours de match. J’ai pu suivre l’échauffement et la préparation du match au plus près des acteurs tout en chantant avec les autres supporters, rappelant les moments festifs d’avant match. Je me sentais dans la peau de l’entraîneur qui est au plus près des joueurs et de la pelouse lors des rencontres.

C’est une grande fierté d’avoir pu assister à l’échauffement des joueurs strasbourgeois au plus près de la pelouse Photo : Image : Andréa Lamy

Le défenseur Frédéric Guilbert, suspendu pour ce Racing – Nantes, est venu répondre aux questions que les supporters ont pu écrire pendant que ses équipiers étaient à l’échauffement. Cette expérience du « mur bleu connecté » permet de vivre l’avant match d’une façon encore plus intense en étant impliqué au cœur de l’événement. Un moment inoubliable ! Même si le souhait de tous les supporters du Racing est de pouvoir retourner dans la « cathédrale du football alsacien ».

Logements suroccupés : à Hautepierre, une famille de 7 personnes vit dans 76 m²

Logements suroccupés : à Hautepierre, une famille de 7 personnes vit dans 76 m²

Dans les quartiers prioritaires du Grand-Est, 9,4% des logements sont dits « suroccupés », d’après une étude de l’INSEE publiée en 2020. À Strasbourg, les quartiers de Cronenbourg et Hautepierre sont particulièrement touchés. Reportage chez une famille de sept personnes, dans un appartement de trois pièces.

Lundi après-midi, un léger vent souffle sur les tours de la rue de la Marquise de Sévigné, à Hautepierre. Hanane vit au quatrième étage de l’une des HLM beiges et marrons du quartier. La mère de famille de 35 ans surveille du coin de l’œil ses deux petites filles de 4 et 5 ans qui jouent sur le tapis du salon. Entre la pause déjeuner des enfants et le retour de classe, l’appartement est plongé dans le calme. Dans la pièce : un canapé, une télévision et une commode. Rien ne dépasse, tout est rangé.

Pourtant ils sont sept, dont cinq enfants, à vivre dans ces 76 m2. Hanane ne compte plus les voisines, les cousines, les amies dans la même situation qu’elle. Selon l’INSEE, un logement est considéré comme suroccupé à partir du moment où il manque « au moins une pièce par rapport à la norme d’ »occupation normale » (il faut par exemple un salon pour la famille, une chambre par enfant qui a plus de 7 ans, etc.) Les quartiers prioritaires de Strasbourg sont beaucoup plus touchés par la suroccupation que le reste de la région Grand Est. En 2016, 16,3% des logements de Hautepierre étaient sous-dimensionnés par rapport au nombre d’occupants.

Du Maroc à Hautepierre

Jusqu’à ses 18 ans, Hanane vit au Maroc avec ses sœurs chez sa grand-mère. Ses parents ont déjà quitté le pays dans les années 1990 pour s’installer en France et y travailler. En 2004, 18 ans et un diplôme d’informatique en poche, elle quitte à son tour le Maroc, direction l’Italie, « car c’était plus facile pour le visa ». Un an plus tard, la jeune femme rejoint ses parents à Strasbourg, puis en 2010 elle rencontre son futur mari, Salim. Ils emménagent dans un studio, à Hautepierre, et à la naissance de leur première fille, déménagent dans l’immeuble d’en face. Le même trois-pièces où ils vivent encore aujourd’hui et où, cet après-midi là, les enfants gravitent autour d’Hanane, qui se tient droite dans sa longue robe beige et vert. La jeune femme noue ses cheveux bruns et enfile un masque assorti à sa robe.

À son arrivée en France, la mère de famille enchaîne les emplois : agent de tri à La Poste, femme de ménage dans des hôtels, à la plonge dans les cuisines du Parlement européen. Mais depuis 2014, Hanane ne travaille plus car elle doit s’occuper de son mari, en situation d’invalidité, qui suit un traitement lourd. Le loyer de 520 euros est en grande partie financé par les Aides personnalisées au logement (APL). Salim et Hanane ont déjà refusé un appartement plus grand, mais trop cher et compliqué d’accès pour le père de famille. « C’était au quatrième étage, dans un immeuble où l’ascenseur est souvent en panne », explique la jeune femme.

De son côté, la jeune femme a commencé à souffrir d’asthme lorsqu’elle a emménagé dans ce trois pièces. Le médecin lui a recommandé de désencombrer l’appartement, mais rien n’y fait. « Je viens de passer huit jours chez ma tante et je n’ai pas eu besoin de ma ventoline une seule fois. Quand je suis revenue, je n’ai pas dormi », raconte-t-elle avec lassitude. Au-dessus du masque, des cernes encombrent son visage.

Géométrie et gymnastique d’un logement suroccupé

Si la suroccupation du logement a des conséquences sur la santé de ses occupants, elle nécessite aussi une organisation rodée et pensée au quotidien. La famille se partage l’espace comme elle le peut : une chambre pour les parents, une autre pour les enfants et une pièce de vie pour tout le monde, avec un coin pour faire les devoirs. Tous les matins, la mère de famille se lève à 7h pour organiser le passage des cinq enfants aux toilettes et emmener les deux plus jeunes à l’école. Lorsqu’elle est seule, elle en profite pour se « reposer, faire les courses et le ménage ». Dans le couloir, des bacs de linge sale attendent de passer à la machine. Une par jour. Comme il n’y a pas de place pour un sèche-linge, un étendoir est installé dans un coin du salon. Les cycles de lavage, séchage et repassage s’enchaînent car « rien ne doit traîner ».

Dans un appartement de Hautepierre, cinq enfants et deux adultes se partagent 76 m2. Photo : Illustration Ariane Pinel / cc

À l’heure des repas, la famille approche du canapé la table qui sert à faire les devoirs. Les enfants s’assoient sur la banquette bleu turquoise, d’autres sur des chaises. Dans la pièce où dorment les cinq filles de 4 à 12 ans, deux lits sont collés, et un matelas est plaqué contre le mur pour gagner un peu de place. Hanane mime le geste qu’elle fait chaque soir : faire tomber le couchage au sol et s’en écarter sans marcher dessus. Le sol est alors presque entièrement recouvert de lits. « Je ne peux pas faire plus », lâche celle qui a l’impression d’avoir atteint les limites de son logement.

Une demande de logement en attente depuis trois ans et demi

Ne garder que le nécessaire, redéfinir l’essentiel et se séparer des souvenirs est devenu un travail de tous les jours :

« Je fais tout le temps le tri. Il y a des vêtements que les filles portaient quand elles étaient petites que j’aimerais bien garder, mais je dois m’en séparer. C’est pareil pour les travaux qu’elles ramènent de l’école, on ne les garde pas plus d’un mois. Les filles n’ont pas beaucoup de jouets, trois poupées, deux jeux de société… On pourrait mettre des affaires dans la cave mais si je descends, je respire mal à cause de mon asthme. »

Cela fait trois ans et demi que la famille demande un plus grand logement à son bailleur social, Ophéa. Et depuis trois ans et demi, on lui répète qu’elle n’est pas prioritaire face à des demandes en souffrance de personnes non bénéficiaires d’un logement social. Hanane est passée par la mairie, qui a envoyé un courrier à Ophéa, sans changement. « Il faut connaître quelqu’un qui peut appuyer notre dossier ou passer par une association », s’agace-t-elle. La jeune femme est en colère, mais pas découragée. Elle a d’ailleurs sollicité l’aide de la Confédération nationale du logement (CNL) pour entamer des démarches.

Le papier peint qui se décolle, les taches qui ne s’effacent pas sur le linoléum et le coût des travaux : « C’est pour les enfants que je veux déménager », lâche Hanane avec conviction. Derrière elle, sa fille de 5 ans joue avec une bouteille de gel hydro-alcoolique.

Grandir, entre inconfort et manque d’intimité

En grandissant, l’absence d’intimité devient un problème supplémentaire. Parfois, sa fille aînée, Rania (le prénom a été changé), 12 ans, s’isole dans la chambre de ses parents pour travailler en silence. Mais la plupart du temps, elle fait ses devoirs dans le salon, sur la seule table de la maison, qui fait office de bureau. Dans la même pièce, ses petites sœurs regardent la télévision. « Ça me déconcentre », glisse-t-elle timidement.

Rania aimerait pouvoir inviter des amis chez elle, « mais la chambre est trop petite et quand on est dans le salon, mes sœurs nous suivent partout », explique-t-elle, en réajustant sa longue queue de cheval brune. La jeune fille finit par embrasser sa mère sur le haut de la joue, juste au-dessus du masque, avant de partir pour quelques jours chez sa tante.

Une fois la porte claquée, Hanane soupire : « Je sais qu’elle ne se sent pas bien ici, même si elle ne dit rien pour ne pas nous faire de peine ». Sa fille aînée passe de plus en plus de temps chez sa tante et sa grand-mère. Là-bas, elle a une chambre pour elle seule. Avec une pointe de culpabilité dans la voix, elle raconte que sa fille de quatre ans dessine parfois une maison avec un jardin.

Pourtant, il arrive que la famille se réconcilie avec l’inconfort. Quand l’une des filles fait ses devoirs dans le salon, les autres veulent apprendre la même chose. Quand l’une s’entraîne au calcul, c’est à celle qui répondra la plus vite. Quand une autre apprend un poème, elles le récitent toutes. Des enfants habitués à ce quotidien que leur mère rêve de changer. Avec peut être un espoir : Hanane a récemment obtenu un rendez-vous avec Ophéa, dans le courant du mois de mai.

Déconfinement, personnel, foire Saint-Jean et religion… Le très chargé conseil municipal de mai

Déconfinement, personnel, foire Saint-Jean et religion… Le très chargé conseil municipal de mai

La majorité de Jeanne Barseghian doit se prononcer sur plusieurs dossiers de fond, tandis que les points divers, et notamment la question de l’antisémitisme, devraient occuper un temps record en fin de séance… jusqu’au bout de la nuit ? Suivez la séance en direct et avec nos commentaires à partir de 12h30.

« C’est un ordre du jour riche et dense », résume la maire Jeanne Barseghian (EELV). En effet, difficile de distinguer trois ou quatre points saillants, parmi les 47 qui seront soumis lundi 3 mai aux élus et élues. Les débats devraient s’étirer dans la soirée, voire déborder sur le jour suivant, après minuit.

Parmi les sujets qui devraient être retenus et susciter des débats figurent :

    Un point sur les mesures face à l’épidémie et pour le « déconfinement » : centres de vaccinations, distribution de masques aux familles les plus défavorisées, gardes d’enfants, aides au secteur culturel puis réorganisation des terrasses, campagne de communication « consommer local », futures animations dans la ville, etc.La gratuité des musées lors de leur réouverture le 19 mai et jusqu’au 30 juin. (point 1)L’argent mis pour la dimension européenne de Strasbourg, le contrat triennal, déjà débattu en février. (point 2)La politique de recrutement de personnels : soit 180 créations d’emplois à la Ville et 120 à l’Eurométropole d’ici 2026, après les 500 suppressions de postes lors du mandat précédent. Cette politique des ressources humaines comporte d’autres volets (formation, recrutement, égalité salariale, dialogue social, insertion, santé au travail, etc.), mais le débat devrait se focaliser sur la question, souvent idéologique et désincarnée, du personnel. La masse salariale représente environ la moitié des dépenses de fonctionnement de la municipalité. Lors du mandat précédent, l’adjoint aux Finances, Olivier Bitz (LREM) avait par exemple qualifié les dépenses de fonctionnement de « mauvaise dépense », qu’il opposait aux travaux faits lors des dépenses d’investissements. Une analyse que ne partage pas la nouvelle équipe, qui critique les « orientations d’austérité » des années passées. Les ressources humaines ayant été conduites notamment par leur opposant Alain Fontanel (LREM), un petit ton revanchard pourrait s’immiscer dans les discussions. (point 3)Un point sur les « suites données » à la demande de subvention à la mosquée Eyyub Sultan à la Meinau. Depuis la polémique d’ampleur nationale (lire nos articles), l’association a retiré sa demande de financement. (point 4)Le « Plan Piéton » : des actions jusqu’à 2030 pour favoriser la marche à pied. (point 5)La prolongation vers le sud du Bus à haut niveau de service (BHNS) G, entre la gare et le quartier Danube : une extension de 4 kilomètres environ et 10 stations, qui desservira le quartier Laiterie et le Nouvel hôpital civil. Une extension qui aurait dû se faire lors du mandat précédent, mais a sans cesse été repoussée par l’Eurométropole. La partie la plus délicate et en débat est l’aménagement du boulevard de Lyon et la décision d’abattre ou non les 191 arbres. (point 6)Acter que la foire Saint-Jean se déroulera en 2021 et 2022 au Wacken, sur le site du futur quartier Archipel 2. Cet événement festif et estival cherche toujours un site pérenne. (point 8)Les pistes d’actions pour la lutte contre les rats et punaises de lits : le sujet a fait l’objet d’un travail approfondi de plusieurs mois avec des élus de la majorité et de l’opposition. (point 16)La protection fonctionnelle demandée par Jeanne Barseghian : la maire invoque les « injures, menaces, outrages et diffamations tant par des courriers qui lui sont adressés que sur les réseaux sociaux », depuis le 22 mars et l’adoption de la délibération de principe à une subvention pour la mosquée Eyyub Sultan. Les élus doivent voter cette protection possible pour chacun et chacune des 65 conseillers municipaux. (point 24)
L’opposition est hyperactive depuis le début de mandat. Nicolas Matt (LREM) et Jean-Philippe Vetter (LR), en discussion, ainsi que Pierre Jakubowicz ne ratent aucune occasion de mettre en difficulté les écologistes. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas

Cinq interpellations, deux résolutions, quatre motions

Mais surtout les prolongations pourraient durer plus longtemps que les points votés, avec au moins 11 points supplémentaires. On compte d’abord cinq « interpellations », toutes du groupe d’opposition LREM et ses alliés. Les sujets sont divers : Europe, commentaires de propos rapportés, critères d’aides aux associations ou urbanisme.

Puis ce sera au tour des « résolutions ». Comme lors de chaque séance depuis le mois de janvier, c’est l’opposant Pierre Jakubowicz (Agir) qui s’essaye à l’exercice. Il soumet à nouveau sa proposition rejetée en janvier d’une « commission sur le débat public. » Il l’a déjà présentée aux Strasbourgeois impliqués dans la démocratie locale (lire ici) comme cela lui avait été demandé. Il demande également que la très officielle Commission nationale du débat public (CNDP) soit saisie comme garant du bon déroulé de la concertation sur la Zone à Faible Émissions (ZFE), comme cela avait par exemple été fait en 2019 pour la rénovation du stade de la Meinau.

Enfin, la séance se terminera par les motions, c’est-à-dire des prises de position symboliques. D’habitude, il s’agit de sujets consensuels, mais ces sujets ont tendance à se politiser et mener au clash. L’opposition LREM propose un texte sur la défense des personnes LGBTI+, calqué sur celui adopté par l’Union européenne en réponse aux dernières lois votées en Pologne contre les minorités sexuelles.

Mais la petite surprise, c’est que Jeanne Barseghian semble s’être prise au jeu de ces « ordres du jour bis », puisqu’elle propose elle-même deux textes : le premier, qui devrait faire consensus, concerne le soutien au lancement à Strasbourg le 9 mai d’une conférence sur « l’avenir de l’Europe ».

De nouveaux débats sur la définition de l’antisémitisme

Le second, est un nouveau texte sur l’engagement contre l’antisémitisme, après celui voté fin août. La majorité a déjà refusé d’adopter une récente définition, « opérationnelle », mais « non contraignante », proposée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) de l’antisémitisme. Ce texte, soutenu par les autorités israéliennes, fait débat dans le monde et même au sein de la majorité présidentielle lors de son vote par l’Assemblée nationale en 2019. La controverse vient de 7 des 11 exemples fournis par l’IHRA, notamment celui qui considère comme antisémite, « le traitement inégalitaire de l’État d’Israël, à qui l’on demande d’adopter des comportements qui ne sont ni attendus ni exigés de tout autre État démocratique ». (lire le texte et les exemples ici).

La municipalité voit là un glissement vers la critique simple du gouvernement israélien qui deviendrait répréhensible et une potentielle mise en difficulté d’organisations qui interviennent en Palestine. Les oppositions au contraire voient dans l’attitude des écologistes une forme « d’ambiguïté » et une négation d’une nouvelle forme de discrimination envers les Juifs et Juives. Ils insistent sur cette divergence dans leurs communications respective, notamment à destination de la communauté juive strasbourgeoise. La maire espère sortir de cette mise en cause avec un texte qui convient à sa majorité comme son opposition. Vendredi, trois textes différents étaient soumis : l’un par les écologistes, un autre par le Parti socialiste et un dernier par les groupes LREM et LR. Les trois moutures ont fait l’objet de négociations dans le week-end. Pourront-elles converger pour arriver à un texte unanime ? La nuance est difficile sur ce sujet sensible et le sigle IHRA semble être devenu un totem de part et d’autres.

La religion est un sujet sur lequel les oppositions ont mis en difficulté les écologistes. Mais cette fois-ci, ils sont un peu plus préparés, les arguments étant connus. Notons que la question religieuse sera abordée à deux reprises. Avec le point sur la mosquée Eyyub Sultan en début de séance et de manière plus discrète, avec la dotation aux écoles privées, parfois confessionnelles. Les forfaits versés (point 43) à 16 écoles privées de Strasbourg atteignent un total d’environ 2,5 millions d’euros. Cela représente 675€ par élève en école élémentaire et 1 348€ en maternelle pour les 12 écoles sous contrat d’association, 554€ euros par élève en école élémentaire et 1 019€ en maternelle pour les quatre écoles sous contrat simple.