Mardi 18 mai, une vingtaine d’employés de la Poste ont manifesté devant le bureau Strasbourg Cathédrale pour protester contre sa possible fermeture définitive.
L’horloge qui orne la façade du bureau de Poste de la cathédrale indique 15 heures. Mardi 18 mai, le vent balaie la place du château, manquant de peu de faire s’envoler la tente de la FAPT-CGT du Bas-Rhin (Fédération des salariés du secteur des activités postales et de télécommunications). Le syndicat a appelé les salariés du bureau à se rassembler contre la probable fermeture définitive du bureau de poste voisin de la cathédrale. L’établissement doit fêter ses 150 ans cette année. La manifestation, organisée en parallèle d’une journée de mobilisation nationale chez les employés de la Poste, a réuni une vingtaine de personnes.
La FATP-CGT organisait un rassemblement pour protester contre la probable fermeture du bureau de poste de Strasbourg Cathédrale. Photo : VV / Rue89 Strasbourg
Aucune annonce officielle pour le moment
Aucune annonce officielle n’a été faite par la direction, mais « depuis une semaine, des bruits de couloirs courent sur le non-renouvellement du bail des locaux du bureau de la Cathédrale (le bâtiment appartient à la Ville, ndlr), et à la Poste, les rumeurs se vérifient souvent, comme avec la fermeture des bureaux de Krutenau et de la gare », gronde Patrick Leroy, délégué syndical de la FAPT-CGT, casquette noire et masque rouge sur le visage.
Une réunion est prévue mardi 25 mai avec la direction pour la présentation d’un plan de réorganisation. Contactée, la Poste élude la question de la fermeture du bureau Strasbourg Cathédrale tout en indiquant prévoir un « point début juin pour faire un bilan de l’évolution des offres de services à Strasbourg. »
« On compte sur le pouvoir des élus pour maintenir ce bureau, on aimerait que la maire se positionne. On va interpeller la ville dès que ce sera officiel « , assure Patrick Leroy, de la FATP-CGT. Le délégué syndical espère aussi une mobilisation des usagers dans un futur proche. Des usagers qui, selon lui, sont « perdants » dans cette tendance à la « désertification organisée » des bureaux de Poste, dans les zones rurales mais aussi dans les villes. Un phénomène qui entraîne par exemple un accès plus compliqué aux activités bancaires de l’entreprise, mais aussi une moins grande amplitude des horaires d’ouverture, explique Patrick Leroy.
Une pétition circule pour le maintien du bureau de poste Strasbourg Cathédrale. Photo : VV / Rue89 Strasbourg
« N’importe quel concurrent se battrait pour conserver cet emplacement »
En attendant l’officialisation de la décision, la vingtaine de personnes réunie tente de trouver une explication à la probable fermeture. « Depuis le confinement, avec les boutiques fermées et la disparition des touristes, le chiffre d’affaires doit être en chute libre », avance une employée de la Poste.
Mais parmi les salariés rassemblés, c’est l’incompréhension qui domine. « Ce bureau de poste est mythique, il existe depuis 1871. Je trouve ça un peu choquant de s’en débarrasser comme ça. N’importe quel concurrent se battrait pour garder cet emplacement », regrette Pierre, 62 ans, fraîchement retraité après plus de vingt ans passés au bureau de Strasbourg cathédrale.
Entre les commerçants, les touristes et les habitants, « ce bureau a toute sa raison d’être », assure Marie, 71 ans. La retraitée, qui habite depuis dix ans dans le quartier, est une habituée du bureau de poste. « On tisse des liens avec les employés, l’ambiance y était particulière, très chaleureuse. Je connais tous les employés », précise-t-elle en signant une pétition.
Marie, 71 ans, est une habitué du bureau de Poste de Strasbourg Cathédrale depuis dix ans qu’elle habite dans le quartier. Photo : VV / Rue89 Strasbourg
Un bloc de pétitions à la main et un gilet CGT sur le dos, une employée de la Poste accoste les clients qui, étonnés, trouvent porte close. Les quatre employés du bureau de Strasbourg Cathédrale ont fait grève, mardi 18 mai, dans le cadre de la journée nationale d’actions et de manifestations de la Poste. Les signatures se succèdent, tout comme les encouragements. « Bonne chance », lance une habitante du quartier en s’éloignant. Un peu plus tard, une habituée revient, un sachet de chocolats à la main pour les employés.
279 caméras destinées à la surveillance du trafic automobile et à la verbalisation, 383 caméras pour faciliter la résolution d’une enquête ou l’intervention de la police, quatre capteurs sonores pour contenter le collectif « Calme Gutenberg » et bientôt de l’intelligence artificielle pour observer les flux de mobilités… Strasbourg et son agglomération regorgent d’outils de surveillance. La municipalité écologiste assure qu’elle n’installera pas de dispositifs supplémentaires tout en promettant une carte des caméras installées dans l’Eurométropole.
En 2020, Strasbourg est la quatorzième ville la plus surveillée de France, selon une enquête de la Gazette des Communes. Le centre de surveillance vidéo (CSV) strasbourgeois dispose de 383 caméras, donc 141 caméras pour 100 000 habitants. Nice, en première position du palmarès, utilise 2 666 caméras en tout, soit 771 caméras pour 100 000 habitants. Troisième de ce classement, Mulhouse dispose d’un total de 265 caméras, soit 240 pour 100 000 habitants.
La municipalité écologiste ne souhaite pas étendre le dispositif de vidéosurveillance à Strasbourg. Une carte des caméras de l’Eurométropole de Strasbourg est en cours de réalisation. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
La capitale alsacienne figurait en quatrième place d’un classement du même média en 2013. Entre temps, des villes françaises ont fortement accru leurs capacités de surveillance comme Mulhouse, qui a plus que doublé le nombre de ses caméras. Nice a plus que triplé son dispositif de surveillance. Entre 2013 et 2020, le CSV strasbourgeois a tout de même connu une augmentation de 15% du nombre de ses caméras.
Fin de l’inflation de caméras, plus de transparence
La progression du nombre de caméras à Strasbourg devrait cesser avec la majorité écologiste. Caroline Zorn, vice-présidente de l’Eurométropole de Strasbourg (EMS) en charge de la métropole numérique et innovante, décrit la position de la collectivité : « La vidéosurveillance n’est pas une priorité. Globalement, il n’y aura pas d’investissements de la Ville pour des caméras supplémentaires ou autres outils de captations d’images en dehors de l’évolution de la voirie comme de nouveaux arrêts de tram ou de nouveaux croisements qui le nécessitent. »
Pour la présidente du groupe Eurométropole écologiste et citoyenne au conseil municipal de Strasbourg, la priorité est plutôt que « les Strasbourgeois sachent combien il y a de caméras en ville, où sont-elles et quelle est la qualité des images filmées. » Caroline Zorn, qui est également avocate, promet qu’une carte des dispositifs de surveillance dans l’Eurométropole de Strasbourg sera publiée durant le mandat. Les coordonnées géographiques et autres caractéristiques des caméras seront consultables dans une base de données libre d’accès.
Un dispositif à plus de 2 millions d’euros par an
Cette nouvelle orientation politique devrait permettre de freiner l’augmentation du budget dédié à la vidéosurveillance. Selon le rapport d’activité 2016/2017 du centre de supervision vidéo de l’EMS, la maintenance du système informatique a coûté 314 000 euros en 2016 et les travaux d’investissements s’élevaient à près de 600 000 euros. Le même rapport pour l’année 2018 indiquait un coût de maintenance de 436 000 euros et des travaux d’investissements pour le renouvellement et l’extension des équipements à hauteur de 638 000 euros. Quant aux frais de personnels liés à la vidéoprotection, ils s’élevaient à 1,2 million d’euros en 2018.
Au total, les plus de 700 caméras du CSV (383 sur la voie publique et plus de 200 dans des lieux ouverts au public) coûtent chaque année près de 2 millions d’euros à l’Eurométropole de Strasbourg.
De l’intelligence artificielle pour améliorer les mobilités
Au dispositif du CSV, il faut encore ajouter les 279 caméras du Service de l’information et de la régulation automatique de la circulation (SIRAC) à Strasbourg. Depuis plus de 40 ans, ce centre veille sur les mobilités pour repérer les incidents, de même que les ralentissements. En 2019, l’Eurométropole a lancé un système de vidéoverbalisation. La police municipale peut ainsi verbaliser à distance des véhicules en infraction, notamment lorsqu’ils stationnent en dehors des placées dédiées. Seules 143 caméras ont la qualité de prise de vue nécessaire pour verbaliser à distance.
Un an plus tard, le SIRAC a fait l’acquisition de la solution Briefcam. Fin avril 2021, l’outil était encore en cours de paramétrage. Développé par une entreprise israélienne, il permettra à l’EMS de réaliser des comptages de piétons, de cyclistes et d’autres véhicules automobiles. Avant l’acquisition de ce logiciel, un agent devait relire des enregistrements vidéos pour compter manuellement le nombre de vélos sur l’avenue des Vosges pendant 24 heures par exemple. Briefcam permettra bientôt de « visionner une heure de vidéo en quelques minutes, parfois en quelques secondes » et de « faire des recherches par attributs » (couleur, taille ou vitesse). « Ce logiciel nous permettra de mieux faire respecter l’arrêté interdisant le transit aux poids lourds avenue du Rhin, en dressant plus de verbalisations sur les camions sans avoir à réaliser des opérations de verbalisation avec des agents », avance Caroline Zorn.
Nice, Metz, Marseille… Toutes ces villes tentent d’expérimenter des dispositifs qui s’apparentent à de la reconnaissance faciale, toujours interdite en France. Briefcam vend aussi une solution de reconnaissance faciale. À Strasbourg, comme l’assure Caroline Zorn, « il n’y aura aucune capacité de détecter des visages, il s’agit seulement d’automatiser les constats autour de la mobilité. »
Une efficacité à prouver
La municipalité écologiste devra aussi décider de l’avenir de quatre capteurs sonores toujours opérationnels sur les places Gutenberg, Saint-Etienne, Zurich et rue Paul Janet. Installés pour répondre aux demandes du collectif « Calme Gutenberg » entre 2014 et 2016, ces capteurs n’ont jamais cessé de fonctionner malgré le caractère initialement « expérimental » du dispositif. Incapables d’enregistrer des sons, ils doivent permettre à un opérateur du CSV d’être alerté par mail lorsqu’un certain niveau sonore est dépassé. Grâce à une caméra, l’agent peut alors vérifier la nature de la nuisance. Selon Caroline Zorn, la mairie n’a pas encore eu l’occasion de vérifier l’utilité du dispositif :
« Depuis les élections municipales, la mesure du bruit n’est pas significative en ville. On verra vite au mois de juin si ces capteurs sonores permettent aux riverains d’être plus paisibles »
Également conseillère municipale déléguée à la ville numérique, Caroline Zorn affirme « qu’à Strasbourg, il n’y a aucune étude qui prouve une baisse de la criminalité liée aux caméras. Les caméras ne font pas baisser la délinquance, elles augmentent le sentiment de sécurité. » Fin 2020, la Cour des comptes estimait qu’il « aurait été souhaitable, notamment du fait de l’importance des sommes en jeu, qu’une évaluation de l’efficacité de la vidéosurveillance accompagne, sinon précède, la mise en œuvre, de ce plan de développement accéléré. La France se caractérise par la quasi-absence d’enquête scientifique sur le sujet. » Elle réclamait aussi une cartographie précise des systèmes de vidéosurveillance par les collectivités territoriales.
Dans le rapport d’activité 2018/2019 du dispositif de vidéosurveillance de l’EMS, le comité d’éthique liste les futures problématiques auxquelles il sera confronté :
« L’utilisation éventuelle de logiciels de reconnaissance des plaques d’immatriculation dans un champ de mobilité pour les zones à faibles émission ou de délinquance sera également à encadrer. Le développement des drones pour la sécurisation d’évènements, prévus ou de force majeure, pourra être envisagé comme un outil supplémentaire mis à disposition par l’Eurométropole. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Ruée sur les terrasses, réouverture des cinémas et des musées… La vie publique urbaine va reprendre doucement mercredi, voici le programme et le point sur les mesures en place.
Tout le monde a bien hâte de retrouver les bars, les cinémas et les théâtres après des mois de fermeture. Mercredi 19 mai, les contraintes sanitaires s’allègent et certains lieux vont pouvoir de nouveau accueillir du public, mais avec des jauges et des règles encore restrictives pour les clients et les gérants.
Bars et restaurants
Les bars et restaurants pourront de nouveau accueillir du public pour la première fois depuis le 29 octobre, dans la limite du couvre feu (21h) mais en extérieur et avec des conditions strictes :
« Ouverture en terrasse uniquement (assis) avec jauge de 50% de la capacité ou séparation entre les tables pour les terrasses de moins de 10 tables (paroi, paravent, etc…). Tablées de 6 personnes maximum. Le service en intérieur reste fermé. »
Le doute s’est installé sur la possibilité d’aller aux toilettes malgré la fermeture des espaces intérieurs des restaurants et bars, mais le gouvernement à confirmé que ce sera bien possible (en respectant le port du masque en se déplaçant).
Pour tenter de répondre à la demande, certains bars strasbourgeois ont accepté des réservations. Mais l’engouement prévisible, malgré une pluie attendue toute la semaine de réouverture à Strasbourg, a échappé à tout contrôle de certains cafetiers et restaurateurs. Finalement certains bars se sont rétractés et plusieurs terrasses affichent « premier arrivé, premier servi » pour leur réouverture. Dans tous les cas, ce sera tendu…
Début de saison à la Grenze
Dès 17h mercredi, La Grenze, lieu de rencontre et de représentations culturelles installée rue Wodli sur un ancien site de la SNCF, va lancer sa troisième saison jusqu’au 18 septembre. L’association du même nom a programmé de nombreux concerts, qui se dérouleront de plus en plus tard, au fur et à mesure que le couvre feu sera repoussé…
La terrasse de La Grenze en 2019 Photo : Jennifer Noesser / doc remis
Au programme, beaucoup de musique électronique mais aussi des ateliers de yoga ou de lecture.
Théâtres
Dans les théâtres aussi, la hâte de retrouver le public se fait sentir. Ils devront respecter une jauge équivalente à 35% de leur capacité d’accueil maximale. Cette jauge évolue à 65% à partir du 9 juin et atteindra 100% le 30 juin, sauf détérioration de la situation sanitaire.
TNS, du 10 au 15 juin. Asséchés de Timothée Israël. Une sœur et son frère se séparent pour de bon près de l’endroit ou ils ont vécu. Mais les deux se posent la même question : comment se dire adieu ?Pole-Sud, les 26 et 27 mai à 19h00. Portraits d’Etienne Rochefort. Quatre danseurs présentent autant de personnalités par la danse en mêlant vidéos et présence sur scène.TAPS, 27 et 28 mai à 10h et 19h. Le petit garçon qui avait mangé trop d’olives de Achille Grimaud et Isabelle Florido. Un petit garçon aux oreilles cassées doit gravir la montagne dressée entre lui et le monde alors qu’une fillette trop adulte cherche désespérément le chemin de l’enfance.Maillon, 27-29 mai. Ne pas finir comme Roméo et Juliette, de La Cordonnerie. Une fable surnaturelle et politique, l’histoire de deux êtres qui défient la ligne droite destinée à les séparer.TJP, les 18 et 27 juin. Les narrations du futur. Rencontres avec les artistes, présentation de spectacles et conférences autour des nouveaux modes de narration.
Cinémas
Les cinémas réouvrent mercredi 19 mai avec des jauges limitées à 35% des places disponibles jusqu’à une limite maximale de 800 personne par salle. Autre règle : les spectateurs ne pourront pas, à la réouverture, acheter de confiseries.
Vivement ma prochaine séance : les spectateurs s’expriment sur leurs envies de cinéma (Vidéo Cinémas Star)
Le directeur des cinémas Star, Stéphane Libs, est impatient :
« C’est sûr, 35% d’occupation maximale, dans certaines salles du Star, ça va faire des jauges à 15 personnes mais c’est pas grave, on aura des films pour ces jauges-là. La programmation de ces prochaines semaines et même de cet été sera d’une qualité exceptionnelle, avec de très beaux films avant les blockbusters américains qui arriveront en juillet. On est plus que prêts ! En outre, on a refait l’accueil du Star et toute la salle 5 du Saint-Ex, avec une sonorisation au top du top. »
Les autres cinémas aussi se sont préparés. L’Odyssée a mis en place un système de « purification » de l’air pour tenter de « rassurer le public ». Eva Letzgus, présidente du syndicat des cinémas de Rhin et Moselle, ne prévoit pas d’embouteillages de films à l’affiche avant la fin de l’année. En attendant, ceux qui sont programmés pour le retour du public sont les mêmes que ceux qui étaient à l’affiche au moment de la fermeture « et qui ont eu une durée de vie trop courte ».
Le cinéma « L’Odyssée » se prépare à sa réouverture après des mois de fermeture Photo : MM / Rue89 Strasbourg
Musées
Dans les musées, l’Etat impose de respecter une jauge de 8 m² par visiteur. À Strasbourg, la Ville a rendu l’accès de ses musées gratuits jusqu’au 30 juin mais pour profiter des musées éligibles, il faut réserver un créneau sur une plateforme dédiée. Deux jours avant la réouverture, 3 200 personnes avaient réservé un des créneaux disponibles jusqu’au 30 juin d’après la municipalité.
Musée des Beaux Arts, jusqu’au 2 août | Avant le Musée… À quoi servaient les tableaux ? (à notre époque, la destination naturelle d’une œuvre reconnue reste le musée. Mais quand les grands peintres travaillaient, quel futur imaginaient-ils pour leurs œuvres ?).Palais Rohan, jusqu’au 31 mai | Goethe à Strasbourg, l’éveil d’un génie (l’exposition rassemble environ 120 œuvres des Musées de Strasbourg, ou de collections publiques et privées. Elle permet de poser un regard nouveau sur cette étape peu connue de la vie de l’auteur durant laquelle il a vécu à Strasbourg).Archives municipales de Strasbourg, tous les dimanches après-midi du 25 mai au 16 janvier 2022 | Strasbourg 1940 1944 ( L’exposition vous propose des pistes pour découvrir le quotidien des Strasbourgeoises et des Strasbourgeois, bouleversé pendant quatre ans : il a fallu s’adapter aux conditions politiques, à l’idéologie nazie, mais aussi aux pénuries et au rationnement, aux bombardements, à l’enrôlement de force…).
Concerts et festivals
Les festivals en plein air seront autorisés dès mercredi 19 mai à condition que le public soit assis et dans une limite de 1 000 personnes. À partir du 9 juin la jauge est étendue à 65% avec une limite de 5 000 personnes (le pass sanitaire devra être mis en place à partir de 1 000 personnes). En Alsace, Décibulles a choisi se s’étendre sur 10 soirées du 9 au 18 juillet, avec 5 000 personnes maximum et sans buvette ni restauration.
Le Pelpass Festival en revanche est repoussé en septembre. L’association a néanmoins sorti une programmation de dernière minute, au Molodoï (réservations ici). Les concerts de mai seront en « jauge ultra réduite » (environ 56 personnes), sans consommations tandis que les concerts de juin seront en « jauge réduite » (environ 90 personnes) avec des consommations possibles mais en restant assis.
La construction de la quatrième voie ferrée sur l’axe Strasbourg-Vendenheim qui s’achèvera en 2023 permettra doubler le nombre de trains. Cette nouvelle desserte votée le vendredi 7 mai au conseil de l’Eurométropole se veut plus « adaptée » aux habitudes des Alsaciens et aura des répercussions sur tout le réseau de trains.
En 2023, cette longue heure d’attente sur le quai en gare de Vendenheim pourrait n’être plus qu’un lointain souvenir. Depuis cette commune au nord de Strasbourg, il est possible pour rejoindre la capitale alsacienne en une dizaine de minutes de TER, souvent saturé. Vendredi 7 mai, le conseil de l’Eurométropole, a validé un pacte entre la collectivité des 33 communes autour de Strasbourg et la Région Grand Est pour améliorer les transports autour de la métropole : c’est le REM pour « Réseau Express Métropolitain ». Il comprend plusieurs volets : routier, vélo et ferroviaire. Dans ce dernier volet, l’accord prévoit d’abord un accroissement de passages de trains en heures creuses dès la fin de 2022 pour les gares de Strasbourg, Mulhouse, Bâle et Nancy. Puis, de faire circuler deux fois plus de trains entre Vendenheim et Strasbourg, avec un cadencement qui rapprocherait cette ligne du fonctionnement d’un « RER » comme en Île-de-France dès 2023.
Même si l’offre définitive doit encore être précisée, les gares les plus impactées par cette augmentation de passages sont déjà connues : celles de Graffenstaden (+177%) à Illkirch-Graffenstaden, Vendenheim (+156%) et Geispolsheim (+88%). Une aubaine pour les habitants du nord de l’agglomération et de Vendenheim en particulier, où il n’existe à ce jour qu’un seul TER par heure. Pour ces derniers, la seule autre option de transports en commun est de prendre le bus pour rejoindre Strasbourg. Il leur faut alors environ 42 minutes pour rejoindre le centre-ville, contre une vingtaine en voiture.
Ci-dessous, la prévision pour la fin de l’année 2023. Ces cadences pourront évoluer les années suivantes :
Une 4e voie entre Vendenheim et Strasbourg
Pour parvenir à cette cadence d’un train toutes les 30 minutes entre 5h et 22h, la construction d’une 4e voie ferrée sur les 6 kilomètres entre Vendenheim et Strasbourg est nécessaire. Les travaux, estimés à 109 millions d’euros (37,35 M€ Région Grand Est, 37,35 M€ de l’Etat, 24,60 M€ de l’Europe et 9,70 M€), doivent se terminer fin 2022. Ce tronçon du réseau ferroviaire voit passer aussi bien les TER vers le nord de la région que les TGV vers le reste de la France sur les trois voies actuelles. En 2023, entre 10 et 14 trains par heure devrait fréquenter ces rails.
Le projet de REM strasbourgeois amorcé lors du mandat précédent et confirmé par la majorité à l’Eurométropole de Pia Imbs (sans étiquette) et la maire de Strasbourg Jeanne Barseghian (EELV), est jugé « nécessaire dans le cadre de la mise en place progressive de la Zone à Faibles Emissions (ZFE) » selon la délibération. La coalition des maires et des écologistes entend réduire le trafic automobile dans les 33 communes de l’Eurométropole entre 2022 et 2028 (voir le calendrier prévisionnel).
Schéma extrait de la Délibération du Conseil de l’Eurométropole datée du 7 mai 2021
Le coût de l’exploitation (péages à payer à la SNCF, coût d’énergies, maintenance des trains) sera d’environ 20 millions d’euros nets par an au début en 2023. Puis, si cette quatrième voie est utilisée à son potentiel maximal, il avoisinerait 40 à 50 millions d’euros par an. Cela représenterait alors environ 10% du coût net de l’ensemble du réseau TER Grand Est, c’est-à-dire le coût total, dont on retranche les recettes des abonnements et des billets individuels. Des discussions doivent s’entamer avec la Région pour connaître la somme que souhaite s’engager à verser l’Eurométropole.
Près de 60% d’offre supplémentaire sur tout le réseau
L’ouverture de cette quatrième voie permettra en outre d’améliorer toutes les lignes de l’Eurométropole, déjà saturées. En 2023, « près de 60% d’offre supplémentaire » est prévue en termes de passages de trains. D’après les chiffres de la Région Grand Est, 35 000 voyages quotidiens, soit un voyage sur cinq en train réalisés avant la crise sanitaire dans le Grand Est, concernait « l’étoile ferroviaire » de Strasbourg.
Schéma extrait de la Délibération du Conseil de l’Eurométropole datée du 7 mai 2021
Ce renforcement de l’offre au nord de la métropole aura des conséquences en cascade sur le reste du réseau de transports en commun. Ainsi, une « diamétralisation » pourra enfin s’opérer, c’est-à-dire des lignes du nord au sud qui traversent Strasbourg, sans que ce soit le terminus. Un tronçon entre Mommenheim et Sélestat, cadencé toutes les demi-heures, est ainsi programmé.
Selon le « pacte » voté à l’Eurométropole, l’augmentation finale de l’offre de transports dépendra de « la capacité de la Région à assurer les très lourds travaux de renouvellement des infrastructures nécessaires sur les lignes (…) en particulier en Nord Alsace ». Des commandes de nouveaux trains ont déjà été passées mais « il s’agit surtout d’augmenter l’utilisation du matériel roulant disponible », explique Alain Jund, vice-président (EELV) de l’Eurométropole en charge des Transports.
« Tout ne sera pas mis en concurrence »
De son côté, la Région Grand Est signale avoir demandé le transfert des « petites lignes » ferroviaires rénovées et ajoutées par le REM, actant de « l’incapacité de la SNCF à maintenir ce réseau ». Elle prépare en fait, en réponse à la loi d’orientation des mobilités de 2019 dite « LOM », la mise sur le marché de toutes les lignes du réseau pour l’année 2025. Mais cette ouverture à la concurrence ne sera pas totale puisqu’elle concernera uniquement l’exploitation, c’est-à-dire la circulation des lignes.
Une quatrième voie qui changerait beaucoup de choses pour les TER à Strasbourg et aux alentours. Photo : de Johannes Plenio / Pexels / cc
La Région Grand Est récupèrera petit à petit la gestion et maintenance des infrastructures de 15 « petites » lignes de son réseau qui en compte 47 (et 45 par autocar), dont celles de Strasbourg-Lauterbourg-(Worth), de Vendenheim-Wissembourg-(Landau), Saint-Dié-des-Vosges-Molsheim, ou encore Mommenheim-Sarreguemines-Béning, Sarreguemines-Sarrebruck. La propriété restera celle de l’État, mais ce sera à la Région de s’en occuper. Une gestion qu’elle confiera en partie à des opérateurs privés via un appel d’offres (auxquels la SNCF peut candidater). Dans certains cas, pour optimiser le système, la circulation et la gestion de l’infrastructure cumulées seront réalisées par ces opérateurs sélectionnés.
La Région a commandé neuf rames de trains Régiolis pour 120 millions d’euros, fabriqués par Alstom à Reichshoffen. Une trentaine de matériel supplémentaires ont en outre été commandés pour pour 375 millions d’euros afin d’équiper des lignes transfrontalières (le REM prévoit également de développer les dessertes TER vers l’Allemagne).
Le rôle de la SPL
Une Société Publique Locale (SPL), « Grand Est Mobilités » en cours de création permettra à la Région d’assurer le fonctionnement de ces 15 lignes progressivement récupérées. Le recrutement du personnel de cette entreprise publique d’ingénierie débutera à l’été. « Ce sera le bras armé, le réservoir technique au service de la région et ses partenaires », précise un responsable du dossier à la Région Grand Est. Cette SPL devra superviser la maintenance du réseau.
La SPL sera détenue à 92% par la Région et regroupe plusieurs agglomérations également actionnaires : Strasbourg, Metz, Mulhouse et Reims. Chacune dispose de 2% du capital. La société travaillera donc exclusivement pour la Région Grand Est et ces villes. Pour lancer cette SPL, il faut encore attendre la promulgation de la loi surnommée « 4D » encore en préparation, censée garantir plus d’autonomie aux collectivités territoriales.
« On a peur que l’usager soit perdu dans une jungle tarifaire »
« On a bon espoir », commente André Roth, secrétaire de l’association Astus (ASsociation des usagers des Transports Urbains de l’agglomération Strasbourgeoise), qui cherche depuis 2016 à désaturer le réseau. « Avant les relations entre l’Eurométropole et la Région n’étaient pas très efficaces. Maintenant, avec ce grand pas en avant, on espère que les choses vont avancer », indique-t-il. Mais il reste « vigilant » car ce projet qui n’est que le volet ferroviaire du REM « doit faire partie d’un tout » :
« La crainte que nous avons est que ce réseau ne soit pas assez intermodal. Même s’il y a deux gestions différentes entre ce nouveau RER et les trams/bus, il faut que ce soit pratique, confortable et clair pour l’usager avec des correspondances indiquées et l’instauration d’un abonnement ou ticket unique. On a peur que l’usager soit perdu dans une jungle tarifaire qui le pousserait à reprendre la voiture. »
C’est donc le rôle de la SPL d’étudier ces aspects tarifaires. Son premier conseil d’administration devrait avoir lieu à la rentrée 2021. À travers ce projet, l’Eurométropole dit vouloir « s’inspirer du meilleur RER au monde » qui serait selon elle l’exemple du S-Bahn de Zürich en Suisse.
On y est : le Parlement européen reviendra à Strasbourg en juin pour sa session plénière, après 16 mois d’absence. Les élus alsaciens et strasbourgeois peuvent souffler… jusqu’à la prochaine sortie des partisans d’un siège unique à Bruxelles.
Des associations et syndicats s’inquiètent de l’article de la loi « sécurité globale » qui pénalise le squat et les occupations. Ils craignent que les militants et les plus précaires se retrouvent dans le viseur.
« Avec une telle loi, l’abbé Pierre, qui a participé à de nombreux squats, serait en prison. »Samuel Bargas, responsable du groupe de travail logement de la Ligue des droits de l’homme (LDH), dénonce un article de la loi « sécurité globale », définitivement adoptée le 15 avril. Cet article 1er bis A est passé inaperçu lors des débats mais inquiète fortement dix-huit associations, comme la Fondation Abbé Pierre, Droit au logement (DAL), la Ligue des droits de l’homme, Médecins du monde, ou encore le Secours catholique.
Pour tenter de faire censurer cet article, elles ont adressé une contribution au Conseil constitutionnel pour convaincre de sa non conformité à la Constitution. Avant elles, des parlementaires d’opposition (socialistes, communistes et écologistes) avaient saisi les « Sages ».
Un article « passé sous les radars »
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Journaliste. Diplômée de l’Institut pratique du journalisme (IPJ Paris-Dauphine), j’ai travaillé au Bondy blog et au Monde, entre autres. J’ai aussi écrit un livre, « Des voix derrière le voile » (Premier parallèle, 2015). J’ai rejoint Mediapart en décembre 2015 pour traiter des questions d’éducation
Si l’Alsace compte plus de 400 couples de cigognes, il n’en a pas toujours été ainsi. Dans cet épisode du podcast « Mais pourquoi », le président de la Ligue de protection des oiseaux en Alsace, Yves Muller, revient sur la présence de cet échassier dans la plaine alsacienne et les mesures qui lui ont permis d’y rester.
Il suffit de jeter un œil à la devanture d’un magasin de souvenirs alsaciens pour s’en convaincre : plus qu’un simple oiseau, la cigogne est l’un des emblèmes de l’Alsace. Des écrits retracent sa présence dans la plaine alsacienne dès le XIIIe siècle. Les rieds constituent alors un écosystème très favorable à cet échassier.
Yves Muller est le président de la LPO Alsace. Il effectue plusieurs rondes chaque année pour recenser les couples nicheurs et les cigogneaux sur le secteur de Neuwiller-lès-Saverne. Au printemps 2021, il en dénombre une trentaine. Photo : AM / Rue89 Strasbourg
À partir des années 60 cependant, la population de cigognes en Alsace chute brutalement en raison de pertes lors de leur migration. En 1974, il ne reste plus que neuf couples dans la région, ils représentaient alors 90% des effectifs en France. Des opérations de renforcement des populations sont lancées, qui aboutissent au repeuplement de la plaine alsacienne.
Président de la Ligue de protection des oiseaux en Alsace et co-auteur avec l’ornithologue Alfred Shierer d’un ouvrage sur la cigogne blanche, Yves Muller revient dans cet épisode de « Mais pourquoi » sur l’histoire de cet échassier et sa préservation. Les programmes de réintroduction amorcés dans les années 70 ont porté leurs fruits puisqu’il n’y a jamais eu autant de cigognes en Alsace.
Mais contrairement aux idées reçues, c’est à la Charente-Maritime et non au Haut-Rhin que revient la palme du département où l’on trouve la plus grande population de ces oiseaux, avec plus de 500 couples nicheurs.
Photo : AM / Rue89 Strasbourg
Un certain nombre de cigognes ont par ailleurs modifié leur trajectoire migratoire ces dernières décennies pour partir hiverner en Espagne. Elles ont progressivement colonisé l’ouest de la France à leur retour. La LPO poursuit ses opérations de recensement pour étudier toujours plus finement la présence de cet échassier sur le territoire national.
En Alsace, les programmes de repeuplement sont terminés depuis les années 2000. L’évolution des populations dépend désormais de la préservation de leur habitat, et donc des prés humides où elles trouvent leur nourriture. Des écosystèmes menacés par l’agriculture intensive et l’urbanisation des sols.
Un événement festif à la mi-journée samedi 15 mai vise à relancer l’opposition au projet d’entrepôt d’e-commerce dans le sud-Alsace.
Le retour du printemps et le déconfinement progressif marquent le retour des événements revendicatifs et festifs. Dans le Haut-Rhin à Ensisheim, les opposants au projet d’entrepôt géant « Eurovia 16 », taillé sur-mesure pour Amazon ou un concurrent donnent rendez-vous samedi 15 mai.
Les collectifs RUCSSA (Réseau urgences climatique et sociale sud Alsace) et Le Chaudron des Alternatives proposeront une « fête du printemps » de 11h à 15h au rond point au bout de la route départementale 2 à l’entrée de la commune, face à la gendarmerie nationale.
Des animations musicales et une petite restauration (« à emporter ») seront proposées. Mais l’événement est avant tout politique. Un communiqué les opposants et opposantes rappellent :
« Ce projet doit s’étendre sur 16 hectares de terres agricoles et aurait de graves conséquences localement sur l’économie et le cadre de vie des habitants et des habitantes ; mais également plus globalement sur le climat, la biodiversité, l’emploi et le maintien des commerces de proximité. »
En décembre 2020, la Préfecture du Haut-Rhin a délivré l’autorisation environnementale qui autorise les travaux. Le projet devrait d’abord rencontrer plusieurs recours. Amazon a assuré ne pas avoir de projet en Alsace, avant de préciser « pas avant cinq ans ».
En février et mars, les collectifs ont interpellé les députés du secteur pour soutenir un « gel » des implantations de ce type à l’occasion de la « Loi Climat ». L’amendement a finalement été rejeté par l’Assemblée nationale.
Photo : Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons / cc
D’après ses calculs, la Ville n’a alloué que 3,7 millions d’euros aux associations musulmanes depuis 2008, quand elle a dans le même temps distribué le double à chacun des cultes catholiques et protestants. Comment expliquer un tel écart ?
En mars, alors que le vote du principe d’une subvention municipale de 2,5 millions d’euros au projet de mosquée du mouvement Millî Görüs défrayait la chronique, Jeanne Barseghian rappelait que le culte musulman avait jusque-là été bien moins loti que les cultes chrétiens. D’après les chiffres de la Ville, sur les 22 millions de subventions alloués aux cultes depuis 2008, seul 3,7 auraient bénéficié aux musulmans, contre 8,6 millions aux protestants et 7,7 millions aux catholiques. Pourquoi une telle différence dans une ville qui a fait du principe d’équité son maître mot en matière de religions ?
« La question ne devrait pas être posée de la sorte. Une telle comparaison est ridicule », réagit Saïd Aalla, président de la Grande mosquée de Strasbourg. « D’abord parce que beaucoup d’églises sont tombées dans le domaine public et que la Ville a la charge de les maintenir en état. » Le responsable musulman n’a pas tort. La Ville a des obligations légales envers tous les bâtiments des cultes reconnus présents sur son territoire. « La Ville est propriétaire de 58 lieux de cultes et presbytères chrétiens », confirme Jean Werlen, en charge des cultes à la municipalité. « Nous en sommes responsables à 100 %. »
La Ville a la charge de maintenir en l’état les bâtiments religieux sur son territoire, principalement des églises comme ici Saint-Thomas Photo : Naval S / FlickR / cc
À cela s’ajoute toutes les autres églises propriétés des paroisses. Dans leur cas, « les dispositions locales inscrites dans le Code général des collectivités territoriales prévoient que la Ville doit compléter les budget des travaux à hauteur de ce qui manque aux paroisses, selon un principe de subsidiarité », explique Francis Messner, professeur à l’Université de Strasbourg spécialiste en droit des religions.
Dans les faits, la municipalité applique depuis 1989 un barème de subventions par catégorie de travaux. Par exemple, elle finance 50% des travaux d’accessibilité aux personnes handicapées. Dans ce cadre, la restauration de l’église protestante Saint-Guillaume lui a déjà coûté 700 000 euros depuis 2018. Ces mesures sont censées éviter à la Ville d’avoir à porter financièrement le principe de subsidiarité. « Cette politique préventive a fonctionné », se satisfait Jean Werlen. « Depuis 1989, aucune paroisse ne s’est retrouvée en faillite. »
La Ville a enfin des obligations légales vis-à-vis des églises classées monuments historiques, à hauteur de 25% des travaux au minimum si elle n’en est pas propriétaire. Ainsi la rénovation de l’église Saint-Thomas lui a coûté 1,25 million d’euros depuis 2013.
Traiter les problématiques immobilières
Une ligne intéresse le culte musulman comme tous les cultes non reconnus par le Concordat dans le barème de financement appliqués aux travaux des paroisses propriétaires. Il s’agit de celle des travaux de construction, financés à hauteur de 10%. Dans les faits, aucune paroisse n’en a bénéficié puisque les dernières constructions d’églises datent des années 1970. À la demande de l’équipe porteuse du projet de la Grande mosquée de Strasbourg, la municipalité a accepté d’ouvrir ce droit aux cultes non reconnus en 1999. Cette règle des 10% a bénéficié depuis 2008 à trois grands chantiers musulmans : la construction de la Grande mosquée de Strasbourg (858 000 euros), celle de la mosquée de Hautepierre (343 000 euros), et celle de la mosquée de la Robertsau (85 000 euros). Parmi les grandes dépenses de la Ville pour le culte musulman, il faut aussi compter les aménagements des terrains des mosquées de Hautepierre et de la Robertsau, mis à disposition par la Ville (475 000 euros en tout), l’installation du cimetière musulman de la Meinau (800 000 euros) et le soutien régulier à l’aumônerie musulmane des prisons.
« La Ville a fait en sorte de répondre à toutes les demandes qu’elle a reçues », défend Saïd Aalla. « Elle a aussi mis à disposition des locaux. » « On est là pour traiter les problématiques immobilières et matérielles », confirme Jean Werlen. Aujourd’hui, la municipalité loue une dizaine d’appartements et préfabriqués à des associations musulmanes. Pour sept d’entre elles, elle paie tout ou partie des loyers. La Ville a par exemple à une époque financé la moitié des 120 000 euros annuels de loyers hors charges pour le supermarché qu’occupait l’association musulmane de Hautepierre, avant de construire sa mosquée. Dans de moindres mesures, elle aide actuellement l’association Éveil Meinau et l’association musulmane de Cronenbourg à louer leurs bâtiments préfabriqués. La municipalité a aussi confié durablement des locaux à l’association musulmane de la Montagne Verte par bail emphytéotique. Exceptionnellement, elle a parfois financé des travaux de mise en conformité concernant des locaux qui lui appartiennent, comme pour la mosquée de la gare par exemple.
La Grande Mosquée de Strasbourg pourrait bénéficier d’une aide régulière d’entretien à l’avenir… Photo : Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons / cc
« Une demande qui n’existe pas »
Mais peu d’associations musulmanes osent se lancer dans des projets d’envergure. « La Ville ne peut pas répondre à une demande qui n’existe pas », résume Saïd Aalla. « Pour la construction d’un lieu de culte, à côté des 10% de la Ville, il faut encore réunir les 90 % restant », souligne Jean Werlen, « or les communautés musulmanes ne sont pas toujours très riches. » L’association Éveil Meinau peine ainsi à rassembler les 800 000 euros nécessaires pour son projet de mosquée, qui a été mis en suspens. Sans plan de financement, elle n’a toujours pas sollicité l’aide de la Ville. Une fois les grandes mosquées construites avec l’aide de leurs réseaux, les petites associations de quartier, indépendantes des grandes fédérations, ne peuvent compter que sur les dons des fidèles pour constituer leurs budgets.
Cela va être le cas des deux associations musulmanes de l’Elsau, dont le projet, un temps mis entre parenthèses, commence à se structurer. Il lui manque encore un terrain et 200 000 euros. En dix ans, elle a collecté 300 000 euros. « C’est un petit projet de quartier. Il faut faire des projets à l’échelle des fidèles », défend Hmida Boutghata, président de l’association des jeunes parents de l’Elsau. Quant à l’association de la Montagne Verte, il lui manque 350 000 euros pour terminer la première phase des travaux d’aménagement des locaux mis à disposition par la Ville. Ils vont lui revenir à 990 000 euros, dont 99 000 abondés par la municipalité, sans compter le coût à suivre de l’aménagement de l’étage dédié à ses activités socio-culturelles. « Nous cherchons des fonds depuis 2015 », confie Bachir Himmi, président de l’association des merveilles de la Montagne Verte. « Nous n’avons pas souhaité nous engager dans une construction parce que c’est un coût. Cela aurait demandé beaucoup trop d’énergie aux fidèles en termes financiers. »
Jean Werlen estime que le territoire municipal compte environ 25 lieux de cultes et un peu moins d’associations musulmanes. Il reconnaît que toutes les sollicitations de collectifs musulmans n’aboutissent pas :
« Il faut présenter un dossier avec un minimum d’exigences : démontrer une capacité de financement propre, donner le nombre de fidèles, présenter des statuts juridiques associatifs, un budget de fonctionnement, avoir un clerc… »
Or tous les groupes ne sont pas structurés, ni stables. « Il y a des associations qu’on n’a pas revues depuis dix ans, d’autres qui nous ont sollicités puis ont disparu. » Jean Werlen donne l’exemple des musulmans du Port du Rhin qui ont préféré acheter leurs locaux et n’ont d’eux-mêmes pas donné suite à leur demande d’aide. « Ce n’est pas à nous de susciter le montage d’une association », se défend Jean Werlen, pour qui l’aboutissement d’un projet est souvent « un cheminement de plusieurs années. »
Les associations musulmanes peuvent aussi percevoir des aides qui n’entrent pas dans le budget des cultes, au titre de leurs activités culturelles et sociales, comme le soutien scolaire ou les cours d’arabe. Par exemple, le futur centre culturel de la Grande mosquée de Strasbourg devrait bénéficier du soutien de la Ville au titre des subventions ordinaires aux associations. Dans son cas, les activités cultuelles et socio-culturelles sont scindées en deux associations distinctes. Mais cette différenciation juridique n’est pas l’usage pour la plupart des associations musulmanes. Un mélange des genres que refuse Jean Werlen :
« Il faut que les budgets soient séparés pour que ce soit lisible. Sinon c’est très difficile de savoir à quoi servent les subventions. À partir de cette année, nous demandons à chacun de clarifier les choses. »
Une question subsiste alors que le culte musulman strasbourgeois dispose déjà d’un patrimoine avec ses trois mosquées architecturales. La Ville pourrait-elle étendre l’ensemble de son barème de financement afin de soutenir les travaux d’entretien comme elle le fait pour les biens immobiliers des paroisses ? « Ce qui motive l’équipe actuelle et les équipes précédentes, c’est l’égalité de traitement », concède Jean Werlen. « Mais il s’agit là d’un débat éminemment politique à trancher en conseil municipal. »
Rue89 Strasbourg a terminé l’année 2020 avec un bilan excédentaire de plus de 20 000€ et des recettes en progression. Un résultat positif à mettre au crédit de deux facteurs principaux, une aide exceptionnelle de Facebook et la progression des abonnements.
Rue89 Strasbourg est un média indépendant, dont l’entreprise éditrice, Médialab, est la propriété de ses journalistes, une situation unique en Alsace. En 2020, Rue89 Strasbourg a réalisé un produit d’exploitation en hausse de 10% (187 998€) et baissé ses charges d’exploitation de 11% (158 751€). L’entreprise a donc terminé l’année avec un bénéfice de 20 136€.
C’est plutôt une bonne nouvelle, étant donné que l’année 2020 a été difficile pour Médialab, comme pour nombre de petites entreprises. Une baisse drastique des budgets publicitaires début 2020 en raison de la campagne des municipales, puis ensuite en raison de la crise sanitaire, a singulièrement grevé notre trésorerie. Fort heureusement, une aide exceptionnelle de Facebook et de Google a permis d’obtenir environ 30 000€ de subventions.
En outre, les abonnements ont continué de progresser, passant de 800 comptes actifs fin 2019 à 1 200 fin 2020 (près de 1 400 personnes nous soutiennent à ce jour, qu’ils soient ici très vivement remerciés). Le chiffre d’affaires des abonnements individuels a été multiplié par deux entre 2019 et 2020.
Les charges d’exploitation se sont contractées de 11%, pour atteindre 158 751€ et ce, malgré l’embauche de notre quatrième journaliste à plein temps, Maud de Carpentier, en octobre 2020. Mais des charges sociales ont été décalées par l’Urssaf, faisant reporter une charge exceptionnelle sur l’exercice 2021. En outre, notre éviction des locaux que nous occupons rue de Rosheim a permis de réduire une partie du coût des loyers.
À chaque conseil municipal, Jean-François Gérard commente en direct les propos des élus. Un rendez-vous de plus en plus apprécié et disponible sur Facebook, YouTube et Twitch. Photo : Rue89 Strasbourg
Comme chaque année, la vaste majorité de nos dépenses est constituée des salaires (75,8%) des journalistes permanents ou à la pige. Toutes les recettes que nous recevons sont immédiatement et intégralement investies dans la production d’un journalisme local. Un journaliste à temps plein est payé environ 2 000€ bruts par mois, un article normal est payé 180€ bruts aux journalistes à la pige. Certains articles coûtent plus cher, comme les enquêtes ou ceux qui sont agrémentés du travail d’un photographe professionnel ou d’une illustratrice. Au final, chaque mois, la production de Rue89 Strasbourg aura nécessité environ 14 000€.
En 2021, nous espérons bien continuer à faire progresser la part et le montant des abonnements dans les recettes de Rue89 Strasbourg. L’objectif d’atteindre 2 000 comptes actifs est toujours dans notre viseur, tout en continuant à proposer une large part de notre production gratuitement pour qu’une majorité de Strasbourgeois aient tout de même accès à une information de qualité et vérifiée. Notre doctrine sur les articles réservés aux abonnés a légèrement évolué : ce sont désormais les enquêtes et les informations exclusives qui nécessitent un abonnement pour être lus. En outre, notre partenariat avec Médiapart, devenu actionnaire de Médialab en 2020, nous permet de donner une audience nationale à certains de nos articles.
Les habitants du Refuge des oublié.es sauront s’ils seront expulsés en juin 2021. En attendant, les projets fleurissent quai Jacoutot où des sans-abris souhaitent créer un centre d’hébergement autogéré accueillant notamment des chiens.
Depuis le 4 avril 2020, le Refuge des oublié.es occupe un bâtiment vide appartenant au Port autonome de Strasbourg, quai Jacoutot, à la Robertsau. Crée lors du premier confinement pour héberger des sans-abris et leurs chiens, le squat accueille aujourd’hui 15 occupants. En pleines négociations avec la Ville de Strasbourg et le Port autonome pour pouvoir continuer à occuper cet ancien local de la gendarmerie fluviale, les occupants devraient être fixés dans les semaines à venir. La municipalité souhaite « que la décision soit soumise au vote lors du prochain conseil municipal », le 21 juin, tout en continuant de participer aux discussions entre le squat et le port, où l’on espère « trouver une solution rapide et satisfaisante ».
Sandrine Ruch, la créatrice du Refuge des oublié.es et présidente de l’association du même nom se dit « confiante » quant à l’avenir du squat tout en souhaitant rester discrète : « On veut pouvoir occuper ce bâtiment dans les règles et pérenniser le Refuge des oublié.es, mais notre but principal c’est de le faire pacifiquement », explique-t-elle. Fin 2020, la nouvelle municipalité a suspendu le processus d’expulsion qui menaçait le squat. Mais vis-à-vis du Port autonome, la situation est plus tendue. « L’étiquette des punks à chiens et des SDF reste, on se sent perçus négativement », lâche Sandrine Ruch.
Un projet de centre d’hébergement autogéré
L’une des conditions pour rester au 45 quai Jacoutot est de présenter un projet, afin de justifier l’intérêt pour les lieux. Le Refuge des oublié.es souhaite ainsi se transformer en structure d’hébergement des personnes sans-abri avec leurs chiens. Pour l’instant, l’association refuse des demandes, faute de place, mais espère pouvoir accueillir plus de personnes une fois que le grenier, pour l’instant non-habitable, sera aménagé et que des travaux seront effectués pour remettre le bâtiment aux norme et y installer le chauffage et l’eau chaude.
Le bâtiment du 45 quai Jacoutot est occupé depuis le 4 avril 2020 par le Refuge des oublié.es. Photo : GK / Rue89 Strasbourg
Aujourd’hui, 12 chiens vivent avec leurs maitres dans ce squat situé dans le quartier de la Robertsau. Un des occupants du refuge suit une formation en comportementalisme canin et prévoit d’en faire bénéficier les autres habitants. « C’est une ambition professionnelle et personnelle qui profite à tout le monde ici », s’enthousiasme Sandrine Ruch. Cette dernière a commencé un projet de recyclage de matériaux tels que des canettes ou des bouteilles en plastique pour en faire des objets de décoration. « Pour l’instant c’est juste pour la maison, mais sur le long terme j’aimerais proposer des ateliers », raconte-t-elle.
Permaculture et sport au service des sans-abris
Pour aller plus loin dans l’autonomie alimentaire, le Refuge a lancé un projet de permaculture. Des semis de pommes de terre, de salade, de courges et d’aromates ont été plantés il y a environ un mois. « La permaculture c’est plus facile à gérer qu’un potager classique. On peut la faire avec les moyens du bord, il n’y a pas besoin d’engrais et on est moins dépendants des saisons », soutien Gaëtan, 27 ans et six années d’horticulture derrière lui. Le Refuge prévoit également d’élever des poules pour leurs œufs.
Le jardin du Refuge avant l’installation des cultures, à la fin de l’été 2020. (Photo remise)Les premières plantations des occupants du squat de la Robertsau, fin mars 2021. (Photo remise)
Le jeune homme est également à l’origine d’un projet de salle de musculation dans la maison. « Quand on vit à la rue, c’est compliqué d’aller en salle de sport pour rester en forme. L’objectif c’est de proposer un accès à notre salle de sport pour tous les sans-abris », explique le jeune homme. Une machine qui permet de faire travailler les abdos, les épaules, les bras et les jambes a été financée par le Céméa et le dispositif James, qui soutient des projets de jeunes entre 16 et 29 ans.
« L’Appel inédit » propose un « plan Marshall » pour la jeunesse de la région Grand Est. Le mouvement mené par Aurélie Filippetti pour les élections régionales mènera une campagne concomitante à une autre liste de gauche.
Mardi 11 mai, Aurélie Filippetti et une partie de son équipe s’est rendue à Strasbourg pour déposer la liste de candidatures aux élections régionales en préfecture qu’elle conduit. C’était pour les membres de « L’Appel inédit », le nom donné à la liste, un moment tout trouvé pour présenter leur projet.
Pas de rassemblement de la gauche
Ce qui ne sera pas inédit, c’est la présence de deux listes de gauche qui feront campagne à part pour ces élections régionales. L’Appel inédit est soutenu par la France insoumise, Génération•s et Place publique tandis qu’une autre liste, menée par Éliane Romani, est soutenue par EELV et le Parti socialiste.
Aurélie Filippetti lors de la présentation de son programme pour la Région Grand Est Photo : Manuel Magrez / Rue89 Strasbourg
Après avoir martelé que l’union était sa priorité et que tout avait été fait pour y parvenir, l’ancienne ministre socialiste explique à sa manière l’échec des discussions :
« Europe Écologie – les Verts est dans une recherche d’hégémonie à gauche. Pas seulement pour ces élections régionales, mais surtout les élections présidentielles en 2022. »
Comme pour tenter de se rassurer, Aurélie Filippetti observe qu’ « il y a toujours eu plusieurs listes à gauche pour les élections » et tente de se distinguer, au moins dans le projet.
« Transports gratuits pour tout le monde ! »
« Transports gratuits pour les 15-25 ans dès le début de la mandature », c’est la proposition phare de L’Appel Inédit avec une extension à toutes les tranches d’âges par la suite.
L’autre grande proposition martelée par Aurélie Filippetti et ses colistiers, dont dans le Bas-Rhin Pernelle Richardot (PS), c’est de lancer un grand « plan Marshall pour la jeunesse » : il s’agirait de créer 500 emplois jeunes dans le Grand Est. Ces emplois jeunes pourraient être par exemple des missions d’accompagnement « d’étudiants qui ont perdu presque deux ans de cours en présentiel » par d’autres étudiants, « des doctorants par exemple. » Combiné à d’autres mesures en faveur des jeunes, le coût de ce plan est estimé à « une centaine de millions d’euros » selon Aurélie Filippetti.
Avant d’être arrêté pour un projet d’attentat contre une loge maçonnique, Thibaud Rufra jouait les gros bras et faisait des saluts nazis avec les quelques membres de la Division nationaliste révolutionnaire, puis d’Honneur et Nation. Le jeune homme de 29 ans figurait sur la liste FN de Haguenau aux élections municipales de 2014, en compagnie d’un des leaders du groupuscule de hooligans néonazis Strasbourg Offender.
« Ils étaient là dès 6h30. Une vingtaine de camionnettes et des dizaines de policiers encagoulés. Il y avait même une ambulance. Tout était bloqué. » D’une voix encore inquiète, Sylvie (le prénom a été modifié) évoque l’interpellation de trois de ses voisins, mardi 4 mai à 6 heures du matin. Dans une fin de rue coincée entre un terrain vague occupé par des caravanes, une unité de production de béton et quelques maisonnettes, le Raid, unité d’élite de la police nationale, est intervenu aux aurores dans ce coin isolé de Haguenau. D’une grande maison gardée par deux bergers malinois, un couple sort menotté. Ce sont le père et la belle-mère de Thibaud Rufra. Le jeune homme de 29 ans est interpellé un peu plus loin au volant de sa voiture. Il faisait l’objet d’une surveillance depuis près d’un an dans le cadre d’une enquête portant sur des projets d’attentat contre une loge maçonnique à Thionville en Moselle, le ministre de la Santé Olivier Véran et des lieux communautaires.
Dans la rue où l’intervention de la police et du RAID a eu lieu dans la matinée du 4 mai à Haguenau. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
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L’Hôtel de la rue, qui accueille des sans-abris à Koenigshoffen depuis 2019, va cesser d’exister fin septembre. Ce squat d’un bâtiment municipal abrite encore 86 habitants, qui devraient tous être relogés.
L’Hôtel de la rue va bientôt disparaître. Fin septembre, les 86 habitants du squat de Koenigshoffen devront quitter l’immeuble qu’ils occupent depuis juillet 2019 (voir tous nos articles). Le 25 janvier, l’association La Roue Tourne Strasbourg, qui gère cette structure d’hébergement de sans-abri au 91 route des Romains, a signé une convention d’occupation précaire avec la Ville de Strasbourg. Cet accord, qui sort le squat de l’illégalité, stipule que le bâtiment devra être vidé le 1er octobre, date du début des travaux qui doivent transformer cette maison bourgeoise en pôle de services publics de proximité.
Le pôle de services publics de Koenigshoffen devrait abriter la mairie de quartier, la direction de proximité, le centre médico-social et un projet autour de la lecture. Photo : Extrait de la convention d’occupation / doc remis
Une douzaine de personnes déjà relogée
« La convention comprend l’accompagnement vers l’hébergement d’ici septembre, pour ne laisser personne à la rue quand on rendra les lieux », explique Anne-Véronique Auzet, présidente de La Roue Tourne. Depuis avril, l’Hôtel de la rue n’accueille plus de nouveaux habitants, une douzaine d’occupants a déjà été relogée. L’association a bon espoir que les autres résidents trouvent un logement avant l’expiration de la convention d’occupation.
Ancien colistier de Jeanne Barseghian et candidat écologiste aux élections départementales, Germain Mignot, chargé de mission logement pour Caritas, s’occupe depuis décembre des dossiers de demandes de logement des occupants de l’Hôtel :
« La Ville de Strasbourg, l’association La Roue Tourne et surtout les habitants de l’Hôtel de la rue, chacun a pris conscience que l’on est passé d’un statut de squat, illégal, à une structure d’hébergement et que le dialogue s’est apaisé avec la nouvelle municipalité (l’ancienne municipalité avait porté plainte, ndlr). Tout le monde fait des efforts pour que le relogement de tous les habitants réussisse. »
Les habitants de l’Hôtel de la rue doivent quitter les lieux avant le 1er octobre. Photo : GK / Rue89 Strasbourg
Germain Mignot oriente les habitants vers des services sociaux, tels que le centre médico-social (CMS) ou le Centre communal d’action sociale (CCAS).
« Il y a des solutions »
La diversité des profils des occupants de l’Hôtel de la rue demande une adaptation des mesures d’accompagnement au cas par cas. « Il y a des demandeurs d’asile, des gens qui ont un travail régulier mais pas les moyens d’avoir un logement, des familles et des personnes isolées… », énumère Anne-Véronique Auzet. Chez certains, des expériences difficiles liées à la précarité ont entraîné un rapport compliqué à l’accompagnement. « Un migrant qui s’est vu refuser sa demande d’asile par exemple entre facilement dans une spirale d’échec. Il lui est très compliqué d’imaginer que des solutions existent, » explique Germain Mignot.
Ainsi, des projets de colocations se mettent en place, entre plusieurs occupants de l’Hôtel de la rue. « C’est une manière de mutualiser des coûts et les expériences des uns et des autres, notamment vis-à-vis de certaines démarches administratives, que certains connaissent mieux que d’autres », ajoute le chargé de mission.
Les habitats intercalaires, des « tremplins » vers le logement
La Roue Tourne semble avoir trouvé un modèle qui fonctionne face au problèmes d’hébergement. « L’Hôtel de la rue, c’est l’illustration d’un mouvement militant qui a mené à la construction de projets de politiques publiques », se réjouit Germain Mignot. D’après lui, utiliser des habitats intercalaires, c’est-à-dire des logements inoccupés mobilisés temporairement, le temps d’accompagner les habitants vers une solution pérenne, « à la manière d’un tremplin », est une solution « innovante » et efficace pour l’hébergement des personnes sans-abri.
Anne-Véronique Auzet est catégorique : les besoins en hébergement d’urgence « ne vont pas se tarir » avec la disparition de l’Hôtel de la rue. L’association La Roue Tourne réfléchit à d’autres solutions d’accueil pour les personnes sans-abri à partir de septembre, sans avoir pour l’instant de projet clairement défini.
Un collectif d’une trentaine d’élèves du lycée Marc Bloch à Bischheim appelle à manifester devant leur établissement, le mardi 11 mai à 13h30. Après une année scolaire bouleversée par la pandémie et les confinements, ces lycéens s’opposent au maintien des épreuves du baccalauréat, et demandent la prise en compte unique du contrôle continu.
Au fur et à mesure que l’échéance approche, la colère gronde dans les couloirs des lycées. Et cette colère concerne aussi les établissements strasbourgeois. Ce mardi 11 mai à 13h30, des élèves et quelques professeurs ont prévu de se rassembler devant le lycée Marc Bloch, à Bischeim, pour protester contre l’organisation du baccalauréat 2021.
Épreuves en présentiel mais mal préparées
La première des revendications du collectif à l’initiative de la manifestation, c’est la prise en compte du contrôle continu pour les épreuves de philosophie pour les terminales, et de français pour les classes de première. À ce stade, le reste des épreuves est déjà annulé dans la filière du baccalauréat général. « Les deux épreuves de spécialité (issues de la dernière réforme du lycée, qui a transformé une partie du tronc commun en spécialités, ndlr) sont déjà en contrôle continu, » assure Gaulthier Meyer, élève de terminale au lycée Marc Bloch. Le jeune homme a choisi les Sciences de la Vie et de la Terre (SVT) et les Sciences Économiques et Sociales (SES) en spécialité, et il affirme ne pas se sentir prêt à passer des épreuves écrites dans des conditions normales.
Il ne lui reste plus que deux épreuves à passer courant juin, dont la philosophie. Et l’inquiétude règne. Notamment en raison de la règle imposée des demi-groupes en classe : « On n’a pas suivi tous les cours de philosophie et c’est une matière difficile à maîtriser, » concède le lycéen de Bischheim.
L’organisation du Baccalauréat est totalement modifiée cette année encore, en raison de la pandémie du Covid-19.
Pour tenter de calmer le mouvement des lycéens partout en France, le ministre de l’Éducation Nationale Jean-Michel Blanquer a annoncé la mise en place de nouvelles adaptations. En effet, c’est la note la plus élevée entre celle du contrôle continu et celle de l’épreuve écrite qui sera prise en compte. Mais cette mesure n’est appliquée que pour la philosophie.
En ce qui concerne le français, dont l’épreuve se déroule en classe de première, rien n’est prévu à ce jour. « L’argument du ministère, c’est que la philosophie est une matière assez neuve pour les lycéens, alors qu’on a des années d’enseignement de français derrière soi quand on est lycéen, » déplore un enseignant, qui plaide la « symétrie » dans les règles.
La crainte de grand trous au grand oral
« Je ne pourrais étudier que quatre thèmes sur cinq d’ici la fin de l’année », note de son côté Pascal Kittel, professeur d’histoire-géographie et affilié au syndicat Sgen-Cfdt, qui y voit un obstacle dans la préparation d’une autre épreuve : le grand oral.
Le principe est simple, mais sa mise en place est compliquée : les lycéens planchent sur deux questions qui concernent les spécialités qu’ils ont choisies, et doivent en parler lors d’une épreuve orale face à des professeurs. Dans ce cas, une partie des lycéens et professeurs s’accordent sur l’impossibilité de bien se préparer. « Ils sont face à une année de préparation compliquée, des programmes lourds et une nouvelle épreuve, ce sont un peu les cobayes d’une nouvelle méthode d’évaluation » se désole Pascal Kittel.
De son côté, Gaulthier Meyer se dit en faveur « d’un allègement du coefficient ou d’une neutralisation de l’épreuve ». Un avis qui n’est pas partagé par les professeurs interrogés.
Pascal Kittel se dit encore plus inquiet pour les mois qui suivront le bac. « Ce qui me préoccupe le plus, ce n’est pas le bac, mais l’après-bac. Comment vont faire nos élèves pour se préparer aux études supérieures ? » Il conclut en s’interrogeant : « Avec le confinement et la demi-jauge, les lycéens en spécialité mathématiques n’ont pas pu tout voir. Comment vont faire ceux qui vont intégrer les classes préparatoires l’année prochaine ? »
La CGT et FO appellent les employés d’Horizon Amitié à la grève ce lundi 10 mai. Les salariés mobilisés dénoncent « les méthodes violentes » de leur direction. Ils exigent un changement à la tête de cette grande association d’aide sociale strasbourgeoise.
En mars dernier, les salariés d’Horizon Amitié entamaient une mobilisation contre « les méthodes violentes » de leur direction. Ils avaient alors obtenu des négociations collectives entre les représentants du personnel et le conseil d’administration. Inès (le prénom a été modifié), salariée de cette structure de l’aide sociale à Strasbourg, annonce :
« Au bout de trois réunions, nous nous sommes rendus compte que le dialogue ne nous satisfaisait pas. Ce 5 mai, lors d’une assemblée générale, nous avons voté pour la grève. »
Une antenne d’Horizon Amitié au port du Rhin Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Les syndicats CGT et FO ont donc publié un tract d’appel à la grève pour le lundi 10 mai. Ils annoncent un rassemblement, devant le siège de l’association, au 36 rue du Général Offenstein à la Meinau, à partir de 9h le même jour. Les deux revendications principales sont « l’arrêt immédiat du management violent » et « le changement immédiat de direction ».
Le duo à la direction visé par les salariés
Selon Inès, les salariés mobilisés estiment que « les méthodes instaurées par la directrice générale Amina Bouchra et la directrice des ressources humaines Gwendoline Braun sont scandaleuses ». Pour autant, « le conseil d’administration ne semblait pas disposé à écarter la direction lors des négociations », ajoute Inès. Selon plusieurs employés, celle-ci est restée totalement muette depuis le début de la mobilisation.
Dans un article publié en mars, Rue89 Strasbourg divulguait les résultats d’une enquête sur les risques professionnels à Horizon Amitié. Les experts indépendants faisaient notamment état de « comportements et propos de la hiérarchie pouvant aboutir à des processus de harcèlement et de maltraitance institutionnelle ». Ils recensaient 19 démissions et 9 licenciements en 2020, soit un turn-over de plus d’un tiers de l’effectif total en un an. Nous exposions aussi une mobilisation très importante, comportant la quasi-totalité des cadres, face à la direction.
De plus, en août 2020, Rue89 Strasbourg mettait en évidence des licenciements abusifs dans l’association.
« On n’en peut plus, la mobilisation devrait être importante »
Horizon Amitié gère 18 établissements d’hébergement d’urgence, d’accueil pour les demandeurs d’asile ou encore de réinsertion sociale. Elle compte 200 salariés, dont environ 70 en réinsertion. « Il y a donc 130 employés susceptibles de se mobiliser », indique Inès :
« Rien qu’à l’AG, 40 personnes étaient présentes. Nous avons de nombreux retours. Le personnel n’en peut plus, la mobilisation devrait être importante. Il faut quand-même prendre en compte que dans trois établissements, un service minimum doit être réalisé, et que les salariés concernés ne pourront donc pas être présents. »
Les employés « attendent une réponse forte de leur conseil d’administration ». Ils tiendront une nouvelle assemblée générale lundi, en fin de matinée, pour décider des suites à donner à la mobilisation.