Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Du gel hydroalcoolique LVMH gratuit, vendu dans un Carrefour de Strasbourg

Du gel hydroalcoolique LVMH gratuit, vendu dans un Carrefour de Strasbourg

Au Carrefour de l’Esplanade, au moins une bouteille de gel hydroalcoolique produit gracieusement par LVMH a été vendue par le magasin. Ces flacons auraient dû être réservés au personnel.

Surprise au Carrefour City de l’Esplanade. À la recherche de gel hydroalcoolique, Luc (prénom modifié) se renseigne en caisse. Un employé sort un flacon derrière le comptoir, pose quelques questions à sa supérieure, et tape un code. La transaction se passe sans accroc.

Plus tard avec ses amis dans un parc pour un pic-nique, Luc découvre qu’il s’agit d’un gel LVMH, produit gracieusement par le groupe de luxe pour les hôpitaux et les établissements de santé. L’étiquette blanche et bleue de l’enseigne Carrefour recouvre soigneusement la mention « interdit à la vente ». Le ticket de caisse indique simplement « produit d’entretien ». Le flacon de 500 ml lui a pourtant été facturé 11,99€. Un prix qui est de plus supérieur au prix légal, de 6,50€ selon un décret qui encadre les tarifs du gel hydroalcoolique.

Son ami Philippe, qui lui avait demandé d’avancer cet achat, a tenté de se faire rembourser. Lors de la première entrevue, il essuie un refus. Le gérant lui avance plusieurs arguments, notamment que le produit n’est pas mis en rayon, mais peut-être vendu « à la demande du client » et qu’il dispose d’une autorisation préfectorale. Après une visite de la répression des fraudes, puis de Rue89 Strasbourg plus tard dans la semaine, Philippe a réussi à se faire rembourser le flacon vendredi 19 juin, une semaine après la transaction.

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#LVMH

Fête de la musique : quelques concerts de rue, envers et contre la Covid

Fête de la musique : quelques concerts de rue, envers et contre la Covid

Artistes et cafetiers strasbourgeois s’organisent pour la Fête de la musique, dimanche 21 juin. Voici le programme de cette édition déconfinée malgré la Covid-19.

Une Fête de la musique aura bien lieu à Strasbourg. Et ce, même si la Ville n’organise rien sur les grandes places, afin d’éviter les rassemblements. Le ministère de la Culture a rappelé les concerts dans la rue devaient être autorisés par la préfecture, en raison de l’interdiction, toujours en vigueur des rassemblements de plus de 10 personnes.

Les petits groupes, comme la chanteuse Antoinette Cremona, pourront investir les rues… Photo : Rue89 Strasbourg

En plus d’un dispositif municipal original, appelé « Sérénade-Systems » et faisant intervenir des animateurs en vélo-cargos qui proposeront aux Strasbourgeois des blind-tests ou des karaokés, les concerts de rue restent autorisés. Tour d’horizon des événements annoncés.

    Des DJs au Graffalgar dès 10h

Dans la rue devenue piétonne et ornée d’installations végétales devant l’hôtel Graffalgar, rue Déserte dans le quartier Gare, des DJs se relayeront toute la journée pour animer la terrasse.

L’hôtel annonce Penaflor live, Jonas, Artung Soundsystem, Strass & Paresse, Cash Poney Club, Seamer, Tour de manège & La pègre, Zidane et BimBamBoum.

    Brunch musical entre 11h et 13h

La brasserie V/S, pont du Corbeau, organise un brunch avec DJ et servi à table (25€). Réservations conseillées au 03 88 24 90 99.

    À partir de 15h : les scènes électroniques de l’Opéra et du TNS

Malgré la crise sanitaires, les parvis de l’Opéra et du TNS pulseront au rythme des basses des collectifs Les ills & friends et Unity Sound, qui regroupent plusieurs labels locaux. Les deux organisations ont décidé d’intervertir leurs scènes : alors que l’Opéra est habitué à diffuser de la bass music, il sera cette année le lieu de la house et du breakbeat qu’on entend d’habitude devant le TNS.

https://www.youtube.com/watch?v=asc3Leob_9c
Nawelle’K sur une embarcation de Batorama à partir de 16h (vidéo YouTube)
    À partir de 16h : la scène flottante itinérante de L’Ill musicale

Jusqu’à minuit, un bateau de Batorama découvert sera aménagé en scène de spectacle et fera des allers-retours entre l’embarcadère Rohan et le pont Saint-Thomas, en passant le long du quai des Pêcheurs, le quai des Bateliers et le quai Saint-Nicolas. Six groupes et artistes locaux s’y succéderont : la chanteuse pop Nawelle’K, l’absurde groupe The Flouk’s, le groupe de rock Yeallow, et les DJ Q (swing/ hip-hop, du groupe Lyre le Temps), Jean Winter, et Wolves (breakbeat).

« Traffic Jam », ou le rock absurde de The Flouk’s (vidéo YouTube)
« Be Sure », du groupe de rock local Yeallow (vidéo YouTube)
    Trois concerts des Percussions de Strasbourg au Théâtre de Hautepierre à 16h, 17h et 18h

Les Percussions de Strasbourg honorent le rendez-vous festif et proposent trois concerts de percussions « corporelles, électroniques et spatialisées ». Avec une disposition hors du commun : pour respecter les consignes sanitaires, c’est le public qui se tiendra sur scène, et les musiciens dans les gradins. Entrée gratuite mais réservation obligatoire au 07 68 25 26 33.

Le teaser des Percussions de Strasbourg
    18h : apéro mix à la Brasserie V/S

La brasserie V/S, pont du Corbeau, propose « un apéro mix du tonnerre » avec le collectif DJ Valeurdire. Boissons et restauration sur place. Voir sur Facebook.

    19h30 : Gusteau devant le Café Grognon, The Shamrock Óg au Kelly’s Síbín, DJ Pedro au Quino, les DJs Rodian et Vraem à l’Algorythme…

Le chanteur strasbourgeois Gusteau propose des reprises de chansons pop devant le café Grognon (2 av Léon Dacheux, Neudorf) et invite à chanter avec lui. Un peu plus loin, départ pour l’Irlande avec le groupe The Shamrock Óg au Kelly’s Síbín (4 Rue du Vieux-Marché-aux-Vins). Il sera aussi possible de déguster des tapas sur une ambiance latino au Quino (14 rue Munch, Krutenau) avec DJ Pedro, ou d’écouter de la musique électronique à l’Algorythme (6 rue Gutenberg) avec les DJs Rodian et Vraem.

Faded de Alan Walker par Gusteau (vidéo YouTube)
    De l’apéro jusqu’au bout de la nuit, DJ au Studio Saglio et chez Jeannette et les Cycleux

« À l’heure de l’apéro » et pendant toute la soirée, le Studio Saglio à la Meinau invite plusieurs DJs dont Phirakus (Shelter54), Alex Nite (M2S), Hortek (Shelter54), Aneka, S-Fyan (Shelter Events) et DJ Jer’Ome.

Le DJ groovy Mr. P sera aux platines depuis le balcon du bar Jeannette et les Cycleux, rue du Tonnelier, jusqu’à minuit.

    21h30 : Pao Du Kima place des Orphelins

La chanteuse strasbourgeoise Pao Du Kima propose son premier concert public « quelque part » sur la place des Orphelins à partir de 21h30. La chanteuse y dévoilera ses premiers titres. Voir sur Facebook.

https://soundcloud.com/pao-du-kima/emile-mix-lbm/s-79eQGhs0N93
    Des artistes locaux à Schiltigheim

Dès samedi à 17h, Zaher Divantchegui et Michel Roth proposeront des poèmes persans mis en musique dans la Cour du centre social et familial Victor Hugo. Dimanche, l’Orchestre d’Harmonie de Schiltigheim suivi du quartet Les Sax Friends partageront leur répertoire de 11h à 12h aux Halles du Scilt. Le Pôle Musique de l’Ecole des Arts se produira à 15h et 16h au Parc du Château et à 15h30 au CSF Victor Hugo. Un duo violoncelle-piano jouera au Foyer Soleil à 17h. Opus 4 sera devant la Maison de l’Enfance (quartier du Marais) à 17h. L’association YOlé ! animera quant à elle la terrasse du Cheval Blanc en musiques et danses flamenco dès 20 heures.

La plupart des événements seront retransmis en direct sur les réseaux sociaux. Sur place, les artistes et organisateurs de ces concerts de rue recommandent le port du masque et le respect des gestes barrières.

Municipales : à l’Esplanade, le délaissement a davantage fait monter l’abstention que le virus

Municipales : à l’Esplanade, le délaissement a davantage fait monter l’abstention que le virus

Au premier tour des élections municipales, l’abstention a été de 74% dans un bureau de l’Esplanade, 22 points de plus qu’en 2014. Et la peur du virus n’était pas la principale raison. Ceux qui iront voter malgré tout le 28 juin espèrent être plus écoutés sur les problématiques du quartier où trop peu a été fait en six ans.

« On sent que l’Esplanade n’est pas dans les priorités de la municipalité, c’est un quartier un peu délaissé », déplore Elise, une trentenaire rencontrée au Parc de la Citadelle avec ses enfants. Elle raconte ce qu’elle aimerait voir dans son quartier : des restructurations, un embellissement… surtout pour le centre commercial, dont une partie des espaces sont à l’abandon. Face à cette détérioration depuis les années 1970, elle avait interpellé, en vain, l’élu en charge du quartier, Nicolas Matt (LREM) :

« Il est plutôt à l’écoute. Il a essayé de faire bouger les lignes, aussi sur notre demande de créer des jardins partagés. Mais il ne peut pas tout faire tout seul. »

Elise habite juste à côté de la Citadelle. Elle souhaite éviter qu’Alain Fontanel soit élu, mais n’a pas encore fait son choix Photo : DL/Rue 89 Strasbourg/cc

Voter, oui, mais voter « utile »

Loin d’être refroidie par la politique locale, l’envie que les choses bougent la motive plus que tout à aller voter. Cette professeure en SEGPA s’est rendue aux urnes le 15 mars « sans hésitation ». Elle était très décidée à voter pour la liste « Strasbourg écologiste et citoyenne », menée par Jeanne Barseghian (EELV). Pour le second tour, elle cherche à faire le meilleur choix pour « éviter Fontanel », le candidat LREM. « Si je pouvais être sûre qu’une des listes de gauche avait une chance de l’emporter, je voterai pour elle », sourit-elle, embêtée.

Le bureau de vote de l’ARES, le centre socio-culturel de l’Esplanade, est dans le « top 30 » des bureaux strasbourgeois (sur 143) où l’abstention a été la plus forte au premier tour de l’élection municipale. De 51,9% en 2014, elle a grimpé à 74,14% six ans plus tard. Les résultats ont placé Catherine Trautmann en tête avec 48 voix, suivie par Alain Fontanel (40 voix), puis Jean-Philippe Vetter (38) et Jeanne Barseghian (35).

A l’ARES, les candidates et les candidats maintenus au second tour ont affiché leurs couleurs Photo : DL / Rue89 Strasbourg / cc

« Je crois que les Verts sont anti-voiture »

L’hésitation est donc de mise pour Elise, et d’autres électrices de gauche : Corinne, habitante de la rue de Boston et du quartier depuis 40 ans, enseignante proche de la retraite, a voté pour la liste Lutte Ouvrière au premier tour. Son choix pour le second tour se fera en fonction notamment de la question de la voiture et des places de stationnement :

« Je travaille à Sélestat et je prends la voiture tous les jours. Et comme il me semble que les Verts sont vraiment anti-voiture… Je pense qu’il faudrait davantage de places de stationnement. Nous avons un parking extérieur réservé aux résidents, mais il n’y a jamais assez de places. Depuis que les places de voirie sont devenues payantes, ce n’est vraiment pas pratique. »

C’est l’une des rares mesures du mandat de Roland Ries qui a concerné l’Esplanade : en 2016, la partie sud, autour de la place de l’Esplanade, est passé en zone verte de stationnement. Y compris le parking du parc de la Citadelle. Corinne estime que le minimum aurait été de le maintenir gratuit. Cette décision avait été prise par le conseil Municipal, suivant le conseil de quartier pour favoriser la rotation des places.

On peut atteindre le vieux centre commercial par la place de l’Esplanade. Avec le stationnement, il fait partie des sujets les plus soulevés par les électeurs interrogés Photo : DL / Rue89 Strasbourg / cc

Le centre commercial, « bête noire » des résidents et retraités

Corinne trouve aussi à redire sur le centre commercial « sale et moche ». Elle aimerait déambuler dans des espaces plus accueillants. « Je ne sais pas pourquoi ça ne bouge pas. »

« Il y a beaucoup de choses à améliorer à l’Esplanade, mais ça, c’est vraiment la bête noire des gens du quartier », confirme Marie-Josée, retraitée.

« Les personnes âgées sont écœurées, constamment réveillées par le bruit, et, malheureusement, par le trafic de drogues. »

C’est ce qu’a constaté Afsaneh Cherehgosha, croisée sur la place principale, sur son vélo. La jeune femme a tracté le lundi matin au marché pour la liste écologiste. Des personnes âgées, qui lui ont fait part de leurs préoccupations liées à la jeunesse du quartier :

« Elles disent en avoir marre des jeunes qui se droguent et qui dealent, des jeunes qui jouent au ballon sous leurs fenêtres, et elles se plaignent de la boîte de nuit gay (le SPYL, du côté Ouest du centre commercial, ndlr). »

Certaines personnes âgées se plaignent des incivilités de la jeunesse du quartier, surtout autour du centre commercial Photo : DL / Rue89 Strasbourg / cc

« Ils n’auraient pas dû maintenir cette élection »

« Le quartier a changé en 20 ans », estime Farid, 38 ans, affairé à ranger sa voiture près de la brasserie du Rond-Point. L’habitant de la rue de Palerme rappelle que « c’est un quartier très universitaire à la base », mais qu’aujourd’hui, « il y a plus de diversité, de populations différentes qui se mélangent ». Il balaie rapidement le sujet pour parler de sa « priorité » : l’écologie. Ce titulaire d’un master en microbiologie n’était « pas du genre à voter avant », il ne l’a pas fait en 2014, mais s’était déplacé au premier tour avec un bulletin « Strasbourg écologiste et citoyenne » :

« Je vote écolo quand je sais que je serai touché directement. Au niveau local, il y aura des acquis pour la vie quotidienne. »

Entre l’épidémie et le grand délai entre les deux tours, il imagine que la situation décourage à voter :

« Ils n’auraient pas dû maintenir ces élections. Ce n’était pas un climat propice à l’intérêt électoral. Les gens n’avaient pas la tête à ça. »

D’ailleurs, il ignorait que le second tour avait lieu le 28 juin. Cela le conforte dans l’idée que le sujet est peu investi par les habitants.

Farid (à droite, il ne veut pas montrer son visage) pose avec son ami. Il n’avait pas la tête aux élections mais est allé voter pour Jeanne Barseghian (Strasbourg écologiste et citoyenne) Photo : DL / Rue89 Strasbourg / cc

« S’ils sont tous comme Macron… »

Dans le parc de la Citadelle, Mehdi raconte qu’il n’a pas attendu la crise sanitaire pour être rebuté par l’idée d’aller voter. « Les politiciens promettent des choses, on vote pour eux, et puis ils ne font rien », lâche-t-il. Inscrit au bureau de l’ARES, ce trentenaire fait partie des trois quarts d’électeurs restés chez eux en mars. La crise a simplement confirmé son « dégoût de la politique » nationale comme locale :

« S’ils sont tous comme Macron, on n’est pas aidé. Le Président a menti sur les masques, a mal géré l’approvisionnement… On n’a plus confiance en personne. »

Même son de cloche un peu plus loin chez Éric et Valentin, qui s’envoient tour à tour un ballon de rugby sur une pelouse. Les deux jeunes gens ne s’intéressent « pas du tout » aux élections. « Mais on ne se plaint pas. Qui ne vote pas ne peut pas se permettre de râler ensuite », détaille l’un d’eux.

La Citadelle rassemble une grande diversité d’habitants. Beaucoup estiment que leur quartier n’est pas la priorité de la Ville Photo : DL / Rue89 Strasbourg / cc

Voter pour des personnalités locales

Pourtant, certains sont persuadés que la politique locale est différente. Pour Laurent (le prénom a été changé), une majorité locale a une réelle influence sur le quotidien. Cet enseignant de 40 ans, n’a « jamais raté une élection » vote davantage pour « une personnalité » qu’un programme. Le 28 juin, ce sera pour Catherine Trautmann (PS), sans hésitation, car elle est « vraiment populaire », au sens premier du terme :

« Il y a 6 ans, j’ai préféré Mme Keller à M. Ries, car elle faisait preuve de beaucoup plus de proximité. On la voyait aux kermesses, au marché. M. Ries, je ne l’ai jamais vu nulle part. Or, c’est quand même la base pour un maire. »

Lui qui est venu ce soir-là récupérer son panier de légumes à la distribution de « La Ruche qui dit oui » préférait l’adjointe de quartier entre 2008 et 2014, Michèle Seiler (qui ne se représente pas), « plus proche des résidents » que ses successeurs, Olivier Bitz puis Nicolas Matt.

Le parking du parc de la Citadelle est devenu payant en 2016, ce que Corinne trouve dommage Photo : DL/Rue 89 Strasbourg/cc

Laurent se sent bien à l’Esplanade, « un quartier tranquille » mais, il avance qu’il faudrait « régler un jour la question de l’ASERE ». Ce « super syndicat » de propriétaires gère le chauffage urbain, les espaces verts, les trottoirs et parkings. Cela a pour conséquence que les habitants payent davantage de charges. « Deux fois plus qu’ailleurs », a calculé Laurent. Rue89 Strasbourg s’était penché sur le fonctionnement opaque de l’ASERE, qui soulève des questions de transparence et de participation démocratique.

Stéphane (le prénom a été changé) a aussi fait son choix en raison d’une personnalité. Sur son chemin pour aller faire du badminton au parc, il répond qu’il votera pour « son ami Alain Fontanel ». L’alliance du premier adjoint avec Jean-Philippe Vetter (LR) ne change pas son choix :

« Je trouvais le programme de Vetter pas mal non plus. Ce qui m’a davantage posé problème dans le choix de Fontanel, c’est l’investiture « En Marche ». En votant pour lui, j’ai voté LREM, et je n’adhère pas du tout à cette étiquette… »

Stéphane votera pour son ami Alain Fontanel, sans s’émouvoir de l’alliance avec Les Républicains Photo : DL/Rue 89 Strasbourg/cc

Il se déplace donc aux urnes par affinités, mais aussi par devoir civique :

« J’ai toujours voté, et la crise sanitaire ne me refroidit pas du tout. Je suis français, mon vote compte, j’ai mon mot à dire sur le choix du maire. »

Comme ses voisins, il espère que le quartier sera davantage pris en compte à partir de juillet.

Un comité de soutien pour l’Hôtel de la Rue

Un comité de soutien pour l’Hôtel de la Rue

Un comité de soutien pour le squat de l’Hôtel de la Rue, route des Romains à Koenigshoffen, s’est constitué suite à l’audience du mardi 9 juin. La Ville de Strasbourg demande l’expulsion des familles sans délai et une indemnité de 3000 euros.

La soixantaine de « premiers signataires », dont le directeur du centre Bernanos, Thomas Wender, ou la directrice jusqu’à 2019 de l’association Lupovino, Marie Amalfitano, reproche à la municipalité de ne pas « proposer de solution alternative ».

Les candidats interpellés

Ils voient dans cette requête une contradiction avec les prises de position solennelle de la Ville de Strasbourg, à l’origine de l’association nationale des villes et territoires accueillants (ANVITA) en 2018 ou du « Manifeste pour un accueil digne des personnes migrantes vulnérables » de 2019.

Ces Strasbourgeois attendent une prise de position des trois candidats et candidats restant à la mairie de Strasbourg (Jeanne Barseghian, Alain Fontanel et Catherine Trautmann), qui seront en fonction le jour du jugement, le 9 juillet.

Le squat de l’hôtel de la Rue et sa jeune association La Roue tourne est sous la menace d’une expulsion et une amende, sans solution alternative. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg

Médecins des HUS, voici nos propositions pour sauver l’hôpital public

Médecins des HUS, voici nos propositions pour sauver l’hôpital public

127 médecins des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg ont signé cette tribune pour une réforme de l’hôpital public au niveau de la gouvernance, du management, de la valorisation salariale et des conditions de travail du personnel soignant.

Depuis 2016, les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS) sont en plan de retour à l’équilibre (PRE). Ce PRE a conduit à déstabiliser gravement les services de soins, à décourager les personnels et à déshumaniser la relation patient-soignant, tout cela mettant en danger la qualité des soins et donc la vie des patients.

Externalisation massive du nettoyage aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (Photo wikimedia commons / cc)
Entrée de l’hôpital civil de Strasbourg Photo : wikimedia commons / cc

Un long combat pour plus de moyens

En juin 2016, un collectif de 120 médecins des HUS (dont 28 chefs de service) s’est constitué pour dénoncer ce plan de retour à l’équilibre. En octobre 2018, ce collectif a manifesté devant l’ARS pour exiger des moyens supplémentaires qui n’ont été au final que peau de chagrin (un scanner pour les urgences et 1,5 million d’euros). En juillet 2019, le collectif et tous les syndicats des HUS ont porté une menace de grève qui a conduit à des
promesses qui n’ont jamais été tenues. Enfin, en février 2020, 40 médecins des HUS ont démissionné de leurs fonctions administratives rejoignant ainsi l’appel du Collectif Inter Hôpitaux créé au niveau national.

En mars 2020, l’épidémie de covid-19 a révélé la capacité des équipes médicales à s’organiser dans l’urgence pour la prise en charge d’une vague de patients extrêmement soudaine et massive et ce, malgré la situation catastrophique des HUS (150 postes d’infirmières et aides-soignants non pourvus, 15 lits de réanimation fermés faute de personnels, etc…). Cette organisation solidaire des équipes médicales s’est faite de façon
spontanée et incroyablement efficace aussi bien à l’échelle régionale que nationale.

Le personnel a souffert

Néanmoins, si l’épidémie s’éloigne progressivement, personne ne peut ignorer le stress vécu par tous les personnels. Les soignants en particulier ont craint d’être infectés et d’infecter leur famille. Ils ont aussi dû s’adapter à des tâches difficiles et pour lesquelles ils n’avaient ni préparation ni formation. L’exemple le plus marquant est celui des infirmières recrutées dans les unités de réanimation, nombre d’entre elles provenaient d’autres secteurs de soins et leur formation en réanimation a dû être réalisée en quelques jours seulement.

Le personnel soignant a été rudement éprouvé par la pandémie de coronavirus (Photo Jérémie Rumpier)Photo : Jérémie Rumpler

Personne n’ignore l’insuffisance des moyens mis à notre disposition pour lutter contre ce type d’épidémie (masques, blouses, respirateurs, etc..). Le transfert des patients vers le Luxembourg, la Suisse, l’Allemagne en est la preuve manifeste. Si nous n’avions pas pu transférer ces patients, alors nous n’aurions pas été en mesure de prendre en charge tous les patients. Nous aurions été contraints de faire des choix douloureux. La nécessité de reporter toutes les activités de chirurgie lourde en est une autre, sachant que ce report constitue une perte de chance réelle pour ces patients.

Un retour à l’identique inacceptable

Aujourd’hui, il n’est donc pas acceptable que nous retournions à une politique vis-à-vis de l’hôpital public, identique à celle précédant l’épidémie Covid-19. Pour deux raisons :

    d’une part la situation aux HUS est critique compte-tenu des manques chroniques de personnels et de matériels, cette situation mettant en péril la vie des patients,d’autre part de nouvelles épidémies (grippe, 2ème vague de coronavirus…) vont probablement faire leur apparition dans les prochains mois

Le CHU est la clé de voûte du système sanitaire en France. Aussi dans cette lettre, nous souhaitons faire des propositions pour l’Hôpital Public qui doit se reconstruire non pas demain mais dès aujourd’hui. Nous souhaitons ainsi revenir au meilleur de la qualité des soins mais aussi de la recherche et de l’enseignement, indissociables, et qui caractérisent les
missions des Hôpitaux Universitaires.

Problème de gouvernance

Les HUS sont un bel exemple du paradoxe à la Française et des incohérences de la gouvernance en fonction de la personnalité des Directeurs et des missions qui leur sont confiées. En effet, de 2008 à 2016, le Directeur général (DG) de l’époque n’a jamais évoqué la notion de « déficit » aux HUS. Bien au contraire, il a construit le Nouvel Hôpital Civil, mis en route les chantiers de l’hôpital Hautepierre 2 et de l’Institut de Cancérologie de Strasbourg (ICANS), constituant ainsi une dette d’emprunt significative mais nécessaire. À l’arrivée du nouveau DG, du jour au lendemain, les HUS étaient en déficit et devenaient le plus « mauvais élève » de France avec 30 millions d’euros de déficit annuel. Il fallut donc supprimer des lits, du personnel… Tant et si bien qu’aujourd’hui les projets engagés par le DG précédent sont en dysfonctionnement permanent, les personnels à bout de force et l’attractivité de l’hôpital public réduite à néant.

La responsabilité d’un établissement comme les HUS ne peut donc être laissée à un seul individu qui ne connait pas le métier de soignant, ni l’organisation d’un service de soins. Encore moins quand la seule préoccupation de cet individu est de réduire les dépenses de santé dans son établissement, quoi qu’il en coûte sur le plan sanitaire et humain pourvu que les objectifs financiers soient atteint. Ces derniers sont souvent les seuls garants de sa future promotion dans une autre institution publique et souvent au bout de 4 ans, quand nous, les médecins restons plus de 20 ans dans la même institution.

« Nous revendiquons une gouvernance par équipe »

De ce fait, nous revendiquons aujourd’hui une gouvernance par une équipe constituée par un médecin, (nommé Directeur Général) élu par la communauté médicale des HUS (et non par le gouvernement) en co-direction avec des directeurs spécialisés dans leurs domaines (directeur économique, directeur des ressources humaines, etc… et nommés par le Ministère).

Cette équipe s’appuiera :

    sur la Commission Médicale d’Etablissement (CME) (et son Président) qui deviendra une instance décisionnaire et non plus consultative. C’est au niveau de la CME que les grandes orientations de l’Hôpital seront entérinées sur proposition de l’équipe de Direction. Les membres de la CME auront donc un rôle majeur dans l’évolution de leur structure hospitalière.Sur une représentation des personnels para-médicaux qui participeront ainsi au processus décisionnelSur une représentation des usagers issus des associations de patients ou de personnes volontaires.
En période de pandémie, le personnel soignant s’est aussi illustré par la solidarité entre collègues Photo : Jérémie Rumpler

Pour un budget adapté aux évolutions réelles des activités

Il n’y a pas de mode de financement idéal pour un hôpital. La raison principale est que dans un hôpital, on transforme des unités monétaires (euros) en « unités de vie », dont la valeur reste indéterminée. Mais pour rassurer ceux qui ne connaissent que les chiffres, cette valeur pourrait être mesurée. Soigner un patient permet de le réinsérer dans la société, il
redevient un travailleur (pour les plus jeunes) produisant des richesses (mesurables), et/ou un consommateur (quel que soit son âge) participant à la croissance (consommation et croissance mesurables). Contrairement à ce que pensent beaucoup de théoriciens de la finance, les soins ne constituent pas un investissement à perte, ni pour l’individu ni pour la société.

De ce fait, un budget prévisionnel doit être établi sur l’activité et ce budget doit être constamment adapté aux besoins : augmenté si les besoins augmentent, diminué si les besoins diminuent. L’objectif national des dépenses d’assurance maladie (ONDAM) doit être fixé en fonction des évolutions réelles des activités.

Néanmoins, adapter le budget aux besoins ne veut pas dire dépenser à tout-va. La mise en place d’un Plan de Retour à l’Equilibre a eu le seul avantage de faire prendre conscience aux médecins que l’on pouvait réduire les frais de fonctionnement (actes de biologie, radiologie, réduction de la
durée moyenne de séjour…) sans porter préjudice à la qualité des soins, sous réserve de ne pas dépasser certaines limites. De la même façon, nous avons bien conscience que multiplier les actes diagnostiques n’améliore pas la qualité des soins ni le pronostic des patients.

Des indicateurs de « performance » nécessaires

Il est donc nécessaire de maintenir des indicateurs de « performance » pertinents qui restent à définir, non pas pour contrôler l’activité des médecins ou fixer des objectifs de réduction des dépenses, mais pour aider les responsables d’unités à optimiser leur organisation et les stratégies de prise en charge des patients.

Une prise de conscience des médecins sur la nécessité de réaliser une médecine pertinente au moindre coût s’est déjà opérée depuis longtemps.

Il est pertinent de donner une délégation de gestion financière même partielle aux pôles ou aux services. Cela positionnera les responsables d’unités et les équipes dans un état de responsabilité directe dans les dépenses de fonctionnement et cela donnera plus de souplesse dans les organisations.

Pour « la création de services tampons »

La loi Hôpital Patient Santé Territoire de 2009 a conduit à l’organisation des Hôpitaux en pôle. L’organisation en pôle peut-être pertinente pour certaines spécialités (Pôle Chirurgie orthopédique et traumatologie, Pôle médico-chirurgical cardiovasculaire) mais totalement inadaptée pour des spécialités qui n’ont pas de point commun. De ce fait, les pôles doivent être maintenus uniquement pour ceux qui le souhaitent et pour lesquels il y a un réel bénéfice à rapprocher les activités.

Les objectifs capacitaires des HUS doivent être revus à la hausse et les lits fermés doivent être ré-ouverts. Le mécontentement des services d’urgence est en grande partie lié au manque de lit d’aval avec des médecins urgentistes qui passent trop de temps à chercher des lits et des patients qui restent en attente prolongée sur des brancards. Ce manque de lit d’aval est permanent tout au long de l’année mais en période d’épidémie il devient problématique. En effet, depuis 4 ans, pendant la période hivernale (qui dure 5 mois en Alsace), la Direction demande aux services de médecine et de chirurgie de réserver des lits d’aval pour les urgences, en réduisant l’activité programmée s’il le faut, alors même que ces services sont déjà en difficulté permanente, avec des listes d’attente de patients conséquentes et des admissions urgentes directes.

Pour faire face à ces incohérences dans la gestion des lits, outre la restauration capacitaire des HUS, nous proposons la création de services tampons qui pourront être armés ou désarmés en fonction de l’évolution des épidémies.

Pour un « pool de remplacement de personnels paramédicaux »

L’adaptation des personnels au niveau d’activité des unités est fondamentale pour maintenir la qualité des soins et les rapports humains entre patients et soignants, mais aussi pour éviter la surchauffe ou le burn-out.

Les départs en retraite, en formation et les arrêts maladies ou maternité doivent être remplacés instantanément. De ce fait, un pool de remplacement de personnels paramédicaux doit être constitué à la hauteur nécessaire pour éviter le rappel des soignants sur leurs RTT, congés, WE et d’éviter que les soignants se retrouvent dans des services qu’ils ne connaissent pas, ceci générant stress et démotivation.

De la même façon, les postes médicaux nécessaires au fonctionnement d’une unité de soins ou transversale doivent être créés en temps réel et non pas sur des prospectives qui restent aléatoires dans le temps et qui constituent un facteur de découragement pour les plus jeunes. Ces créations de postes doivent bien sûr être évaluées par la communauté médicale en fonction des niveaux d’activité mais aussi des futurs projets définis par la CME.

Pour un Hôpital Public attractif

L’attractivité de l’Hôpital Public est mise à mal depuis des années par les gouvernements successifs.

    Pour les personnels paramédicaux :

L’exemple est celui du salaire annuel des infirmières françaises qui est classé au 28ème rang des pays de l’OCDE. Si l’épidémie de Covid-19 a montré le professionnalisme des soignants titulaires qui se sont lancés dans la bataille sans se poser de question, et la générosité des soignants en formation (élèves-infirmières, étudiants en médecine) qui n’ont pas hésité à rejoindre les rangs des titulaires pour les aider, elle a aussi entraîné une démotivation supplémentaire des plus jeunes pour les carrières de santé et surtout dans l’hôpital public. Travailler dans des conditions difficiles et en plus risquer sa propre vie et celle de ses proches n’est plus envisageable aujourd’hui.

Restaurer l’attractivité de l’Hôpital Public (HP) sera donc une épreuve longue et difficile et, dès aujourd’hui, il faut arrêter toutes les mesures qui conduisent à la désertification des HP et mettre en place les mesures contraires.

Les mesures à mettre en place sont :

    L’augmentation des salaires des personnels paramédicaux (Infirmières, Aide-soignant, kinésithérapeute, manipulateurs radio…) au-delà de la moyenne de l’OCDEL’attribution de primes à l’embaucheL’attribution de primes pour les infirmières des secteurs les plus exposés (urgences, réanimations, infectiologie, gériatrie)Le paiement de la totalité des heures supplémentairesLa titularisation rapide (après un an de période d’essai)Favoriser l’accès à la formation professionnelleL’aide au logement pour ceux ou celles qui arrivent d’autres régions.

Aujourd’hui, les difficultés de recrutement de soignants sur le marché tiennent uniquement au manque d’attractivité des HP. Les soignants diplômés choisissent en effet d’autres secteurs d’activité (libéral, EHPAD, laboratoires privés…). Outre la restauration de l’attractivité des HP, il faut augmenter le nombre d’inscription dans les écoles d’infirmières en multipliant l’aide financière aux études et ce, à travers des contrats garantissant l’embauche en HP.

    Pour les personnels médicaux :

Si les praticiens hospitaliers acceptent de gagner deux fois moins que leurs collègues installés en libéral, c’est parce que l’hôpital public offre certains avantages (48 heures de travail par semaine, encadrement sécurisant, innovations en CHU, enseignement des plus jeunes, recherche universitaire) et donc une certaine qualité de vie professionnelle et privée.
Mais au fil du temps, ces avantages se sont réduits sensiblement (augmentation du nombre de garde, dérive du temps médical vers du temps de gestion administrative, etc…) et les difficultés d’organisation liées au manque de personnels et de matériels ont largement contribué au départ des jeunes praticiens du public vers le secteur privé. Là encore, si
beaucoup de jeunes praticiens aiment l’hôpital public, tout est fait actuellement pour les décourager d’y rester. Restaurer l’attractivité médicale de l’HP est donc un défi à relever rapidement, sous peine de voir involuer ou disparaître certaines spécialités.

Les mesures urgentes à prendre sont :

    Revaloriser les salaires des praticiens hospitaliers pour réduire les écarts de revenus entre le secteur privé et le secteur public.Maintenir la masse critique des praticiens de sorte que les temps de travail soient respectésRestaurer le temps de travail médical, en reportant les charges administratives et organisationnelles vers des agents administratifs, des infirmières coordinatrices ou de pratique avancée,Rémunérer les heures de travail exceptionnelles.

Dans cette lettre nous proposons, nous les acteurs de terrain, les grandes lignes d’une réforme pour l’Hôpital Public. Comme on l’entend souvent, l’Hôpital Public est un bien précieux qu’il faut absolument préserver. La responsabilité de la sauvegarde de celui-ci incombe à tous, usagers, personnels soignants, élus et hommes politiques. Un Hôpital Public fort dans lequel chaque citoyen est soigné de la même façon avec le meilleur de la médecine et de la science, dans lequel les personnels sont heureux de travailler et dans lequel l’humanité fait partie des soins quotidiens, constitue le symbole d’une démocratie aboutie.

Par cette lettre, nous demandons votre soutien actif pour la sauvegarde de l’Hôpital Public.

« Pour notre jeunesse, résistons ! »

« Pour notre jeunesse, résistons ! »

Nous ne sommes pas dupes : le contexte sanitaire sert de prétexte à la mise en place de nouvelles mesures, autoritaires et liberticides, tout particulièrement dans le domaine de l’enseignement, de la maternelle à l’université. Nous refusons le sort qui est fait à notre jeunesse, et derrière elle, la mise au pas de la société tout entière, à grand renfort d’outils numériques. Plus qu’au virus, c’est à ce qui fait notre humanité que le gouvernement semble avoir déclaré la guerre. Aussi nous nous saisissons de cette date hautement symbolique du 18 Juin pour lancer un appel au sursaut des consciences et à la résistance. 

Des dirigeants politiques indignes, qui depuis de nombreuses années sont à la solde des lobbies et forment notre gouvernement, utilisent la pandémie pour instaurer la mise à distance, accélérer la casse de l’école publique et provoquer la défaite de la pensée. Nous refusons de continuer à subir le confinement des cerveaux et le déluge numérique qui nous est infligé. 

Les protocoles drastiques imposés dans les écoles culpabilisent les enfants dans leurs élans les plus naturels. L’autre devient une menace. La manière dont la « distanciation sociale » fait loi va à l’encontre de ce qui forge la cohésion sociale. L’anormal est en passe de devenir la norme, exposant les plus jeunes à une forme sournoise de maltraitance. Une nouvelle pandémie se répand : celle de la pensée unique et dématérialisée. Déjà conçue depuis des années comme un centre de tri, l’école est en passe de devenir un instrument de soumission. On finit par oublier que l’enseignement repose sur une transmission qui nécessite d’être incarnée et qui ne peut exister sans relation humaine et tangible. Aucun outil numérique ne pourra remplacer un professeur ou une institutrice : délivrer des savoirs, des savoir-faire et des savoir-être implique un engagement relationnel. On ne remplacera pas les enseignants par des écrans !

Pourtant les déclarations du ministre de l’Éducation et une proposition de loi présentent « l’enseignement numérique distanciel » comme l’école de l’avenir. Mais cela ressemble plutôt à une expérience d’aliénation de masse, visant à nous transformer en consommateurs de produits numériques standardisés et à nous attacher un peu plus encore à nos écrans. À la fois otages et complices, enseignants et parents deviennent malgré eux les auxiliaires et les victimes de ce système prédateur et déshumanisé. Un système d’endoctrinement et de surveillance, qui criminalise et anéantit toute possibilité de construire une intelligence critique. 

Photo : Dejan Krsmanovic / Flickr / cc

Nous n’avons pas dit notre dernier mot

Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? Nous ne le croyons pas ! Face à cette guerre mondiale déclarée à l’intelligence, à la sensibilité et à la vie, il existe une force immense. 

Nous, qui sommes désormais comme Personne face à l’œil du Cyclope, nous affirmons que rien n’est perdu. Nombreux sont celles et ceux qui refusent ce dévoiement de l’esprit de l’école publique. Même de hauts fonctionnaires du ministère dénoncent aujourd’hui « un système éducatif détourné de ses fondements républicains et de ses valeurs », une « mise au pas générale », la « compétition de tous et l’élimination des plus faibles. » 

Nous, Personne, qui sommes actuellement partout, nous appelons tous les jeunes de ce pays à reprendre possession de leur intelligence et à devenir maîtres de leur avenir. Nous appelons tous les parents d’élèves, enseignants et éducateurs, exaspérés par le décalage entre la réalité et le discours idéologique sur la ʺNation apprenanteʺ, à réagir contre l’instauration de ce funeste « ordre nouveau » de l’éducation. 

Inventons les gestes barrières contre la surconsommation

Nous appelons à inventer les gestes barrières non pas contre l’Autre, mais contre la dystopie numérique et la surconsommation qui font fi de toutes les valeurs éthiques, de toutes les recommandations médicales, et qui accélèrent de manière vertigineuse l’épuisement des ressources et l’extinction du vivant sur notre planète. 

Nous appelons à ne plus laisser les tenants d’un productivisme effréné, inconscients des urgences qu’affronte l’espèce humaine, déverser leurs mensonges et imposer leurs politiques inégalitaires et dévastatrices. Leur monde d’après est un cauchemar pour l’humanité entière, nous n’en voulons pas.  

Nous appelons à cesser de nous conformer aux injonctions contradictoires et aliénantes, à réapprendre à penser par nous-mêmes, à exercer notre libre-arbitre et notre responsabilité. 

Nous refusons le sacrifice de notre jeunesse, et nous appelons à traduire en actions concrètes notre colère et notre refus d’un modèle d’éducation et de pratiques d’enseignement qui nous déshumanisent et asservissent les consciences. Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance ne doit pas s’éteindre.

Collectif « Nous, Personne »

Toutes causes confondues, la Covid a tué jusqu’à cinq fois plus d’Alsaciens pendant la crise

Toutes causes confondues, la Covid a tué jusqu’à cinq fois plus d’Alsaciens pendant la crise

Grâce aux données de l’Institut national de la statistique et des études économiques, Rue89 Strasbourg a créé une visualisation de la mortalité de mars et d’avril dans les départements alsaciens, en la comparant à la décennie précédente. Le doyen de la faculté de médecine de Strasbourg et le chef des urgences de Colmar partagent leur analyse.

Depuis la mi-mars, Santé Publique France et l’Agence régionale de santé (ARS) ont quotidiennement actualisé les chiffres des hospitalisations, des patients en réanimation, des retours à domicile… et des décès. Mais cette dernière donnée n’était qu’une estimation, basée sur les remontées (parfois incomplètes) des établissements hospitaliers et des Ehpad.

En utilisant les chiffres de l’Insee, il est possible d’afficher une visualisation plus exhaustive de la surmortalité départementale liée à la covid-19. 

L’histoire naturelle et l’intervention humaine

Entre le 1er mars et le 24 avril 2020, l’Insee a dénombré environ 2 400 décès dans chaque département alsacien. Dans le graphique ci-dessus, les décès quotidiens de 2020 sont comparés à la moyenne des décès survenus chaque jour de la même période entre 2010 et 2019. Côté haut-rhinois, cette moyenne totale se situe autour de 1 100 morts. Côté Bas-Rhin, elle se situe plutôt autour des 1 500 décès.

Pour le doyen de la faculté de médecine de Strasbourg, Jean Sibilia, « on peut donc affirmer sans trop de risques que la différence entre la moyenne 2010-2019 et 2020 est légitimement liée à la covid. »

Afin d’expliquer la forme des courbes de mortalité en 2020, le professeur Jean Sibilia évoque un premier facteur d’analyse :

« Il faut d’abord observer l’histoire naturelle de la pandémie, c’est-à-dire comment ce nouveau virus se diffuse dans une population, sa contagiosité, mais aussi le nombre de gens qui vont le disséminer. Dans le Haut-Rhin, il y a une grande part de malchance avec un événement de super-propagation (le rassemblement évangélique de Bourtzwiller, du 17 au 21 février, ndlr). »

Le décalage Haut-Rhin / Bas-Rhin

Dans ce département, l’histoire naturelle de la pandémie se traduit par une cloche très symétrique, qui démarre autour du 8 mars. Le plateau de surmortalité est atteint deux semaines plus tard, jusqu’à une décrue début avril.

Côté bas-rhinois, le pic de surmortalité a été atteint plus tard, aux alentours du 28 mars. La mortalité de cette année est moins éloignée de la moyenne 2010-2019 que dans le Haut-Rhin. Jean Sibilia cite alors le second facteur d’explication, l’intervention humaine :

« La capacité qu’on a à mettre en place des tests précoces, à installer des mesures barrière rapides, et à traiter les gens malades. Dans le Bas-Rhin, on a eu un peu l’effet d’une secousse sismique : une réplique forte parce qu’on est à côté de l’épicentre, mais pour laquelle on a pu se préparer. Il y a eu une dizaine de jours qui ont permis de s’adapter sur l’expérience haut-rhinoise. »

Un virus toxique sur une population limitée

En classant les décès par âge, le graphique suivant montre que la surmortalité des personnes de plus de 65 ans est semblable à celle observée sur l’ensemble des décès :  

Pour Jean Sibilia, cette surmortalité ciblée n’a rien de surprenant :

« On a appris que ce virus est extrêmement toxique, bien plus que la grippe, mais sur une population limitée, âgée, atteinte de comorbidités comme le diabète. C’est cette population qui a engorgé les hôpitaux en Alsace, avec un nombre important de cas graves arrivés au même moment. »

Une compréhension du virus encore limitée

Mais pour Yannick Gottwalles, chef du pôle urgences de Colmar, la compréhension de la mortalité liée au virus reste très limitée. Au-delà du facteur âge ou comorbidité, le médecin évoque aussi les protocoles hospitaliers mis en place durant l’épidémie :

« Actuellement, on s’interroge sur les patients qui arrivaient à parler mais qui avaient un chiffre de saturation en oxygène catastrophique. Est-ce qu’on a bien fait de les intuber ? Est-ce qu’il n’aurait pas fallu se laisser le temps de les mettre sous d’autres techniques de ventilation ? Cela aurait peut-être évité une surmortalité relative liée aux gestes de réanimation, qui est connue. Quand on va en réanimation, on risque de mourir parce que la pathologie est grave et parce que les techniques qu’on va mettre en place peuvent avoir des effets secondaires qui vont augmenter la mortalité. »

Un panorama qui se précisera à la rentrée

Il reste à noter que ces chiffres de la mortalité sont bruts, pour l’instant sans nuance. Corollaire : une part des décès survenus pendant ce début de printemps est indirectement liée à la covid. Ce sont par exemple des personnes qui n’ont pas consulté leur médecin pendant la période de pandémie, et qui sont parfois décédées du fait d’un manque de suivi médical. Yannick Gottwalles prolonge :

« La Société française de cardiologie essaye de voir où sont passés les infarctus pendant cette période. Il y a en fait eu une augmentation des arrêts cardiaques à domicile. On a aussi vu une chute des AVC à l’hôpital, tout simplement parce que les personnes n’ont pas tenu compte de leurs symptômes et ne sont pas venues. Et on récupère maintenant toutes ces pathologies subaiguës, mais sur une phase tardive. »

Les données sur la cause des décès survenus entre mars et avril 2020 sont encore traitées par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale. Leurs détails ne devraient être connus qu’aux alentours de septembre.

Un premier concert de l’Orchestre philarmonique avec du public

Un premier concert de l’Orchestre philarmonique avec du public

L’Orchestre philarmonique de Strasbourg (OPS) propose un concert mardi 30 juin. Il s’agit du premier rendez-vous en présence du public de l’OPS depuis la crise sanitaire.

Pendant toute la période du confinement, l’Orchestre philharmonique de Strasbourg (OPS) a maintenu une activité avec quelques concerts et conférences en visio. Mais est-ce qu’un concert par écrans interposés est encore un concert ?

Pour un groupe de rock dont le public chauffé se lance dans un furieux pogo au milieu du troisième morceau, la réponse est clairement non. Mais c’est la même réponse pour les musiciens de l’OPS, qui ont aussi besoin de ce lien avec leur public pour avancer, progresser et exister.

Du coup, l’OPS n’a pas tardé et tient à proposer un rendez-vous public avant la coupure estivale, mardi 30 juin à partir de 20h au Palais de la musique et des congrès. Le programme court sur trois siècles et fait appel à tous les pupitres de l’orchestre, dans des formations variées. 

Marko Letonja, le chef d’orchestre de l’OPS Photo : Grégory Massat / doc remis

Un programme d’avant-saison prochaine

    Copland : Fanfare for the Common ManHaydn : Symphonie n°4 en ré majeur, Hob. I:4Beethoven : Rondino en mi bémol majeur pour octuor à ventDebussy : Danse sacrée et profaneTakemitsu : Rain Coming (Ame zo furu)Queen : Bohemian Rhapsodie (arrangement pour violoncelles)Dvorāk : Romance pour violon et orchestre en fa mineur op. 11 B. 39Ives : The Unanswered question, S.50

En outre, Charlotte Juillard, premier violon super soliste de l’orchestre, interprètera Romance pour violon et orchestre de Dvorāk, et Pierre-Michel Vigneau, harpe soliste, Danse sacrée et profane de Debussy.

L’OPS assure que toutes les précautions de rigueur seront mises en œuvre pour accueillir le public, avec des mesures de distanciations physiques dans la salle Erasme du PMC. En outre, le port du masque à l’intérieur sera obligatoire.

« On a tenu pendant la Covid mais on ne tiendra pas une deuxième crise »

« On a tenu pendant la Covid mais on ne tiendra pas une deuxième crise »

Après la crise sanitaire, la première manifestation de soutien aux soignants est l’une des plus fournie de ces dernières années à Strasbourg. Soignants et soutiens ont adressé leurs revendications, plus de moyens, au gouvernement.

Plus de 6 000 personnes ont défilé mardi 16 juin à Strasbourg en soutien au personnel soignant. Après les rassemblements statiques depuis le déconfinement, notamment ceux de Black Lives Matter, la première manifestation avec tracé s’avère être la plus grosse mobilisation de 2020. Ces cinq dernières années, seule la journée du 5 décembre 2019 avec environ 10 000 participants a surpassé ce total.

Dans les rues de la capitale alsacienne, beaucoup de blouses ou de masques portés par les professionnels de santé. Les gilets et drapeaux multicolores des cortèges syndicaux, très présents lors des mouvements contre la réforme des retraites, étaient cette fois plus en retrait. Parfois sous les applaudissements des passants, plusieurs corps de métiers médicaux ont traversé la ville, dont un grand nombre d’infirmiers et infirmières.

La foule des grandes manifs à Strasbourg Photo : Clara Depoers / Rue89 Strasbourg
Beaucoup de petits pancartes, parfois bien décorées. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Photo : Clara Depoers / Rue89 Strasbourg

« Tant que vous tenez debout, venez »

C’est le cas de Christian, infirmier du Samu depuis 20 ans dont les sept derniers aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) :

« La consigne ça a été, “tant que vous tenez debout, vous venez”. On a tenu cette crise de la Covid, mais on ne tiendra pas une deuxième comme ça. Les protections qu’on a eues sont venues d’entreprises privées et on les remercie. Donc on veut plus de moyens et ce n’est pas qu’une question de salaire, même si la revalorisation est justifiée si l’on se compare aux autres pays d’Europe. On est tous à se demander ce qu’on fera plus tard car on n’a pas choisi ce métier pour ces conditions. »

Christian (à droite) est membre du Samu et s’interroge pour la suite. Photo : Clara Depoers / Rue89 Strasbourg

Hausse des rémunérations, augmentation de moyens humains et matériels, fin de la fermeture de lits… À l’heure des améliorations promises par le gouvernement, le fameux « Ségur de la Santé », les revendications sont claires et bien rodées. « Des choses que l’on dit depuis années », résume Laura, infirmière en soins intensifs en cardiologie au NHC depuis 8 ans.

Elle avait déjà manifesté il y a quelques années, mais voit son métier « se dégrader depuis ». « Environ 200 infirmières n’ont pas été remplacées cette année », ajoute-t-elle.

Laura est infirmière depuis 8 ans à Strasbourg. Photo : Clara Depoers / Rue89 Strasbourg

La délicate partition entre privé et public

Reste qu’un trouble a traversé une partie de la foule au départ quand le représentant de la CFTC a insisté sur la « défense de l’hôpital public ». Quelques minutes plus tôt, un énergique cortège venu de la clinique Rhéna avait électrisé la place Kléber. Ses membres ont montré leur désaccord avec cette séparation.

Certaines blouses arboraient l’inscription « public, privé = même combat ». C’est le cas de Maxime, infirmier à Rhéna depuis trois ans :

« Je suis allé dans le privé car c’est le premier employeur qui m’a répondu, mais public ou privé, nous faisons le même métier et voulons tous deux une revalorisation. On était mobilisés autant qu’eux. »

Les soignants des cliniques privées sont dans une situation délicate. Ils ne sont pour l’instant pas concernés par la prime exceptionnelle de 1 500€ annoncée par le gouvernement.

Même combat ou pas ? Oui pour Maxime Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Photo : Clara Depoers / Rue89 Strasbourg
C’est pas l’orchestre de la CGT mais il y a de l’idée Photo : Clara Depoers / Rue89 Strasbourg

C’est aussi ce que disait plus tôt dans la matinée, Valérie Miranda infirmière et déléguée syndicale Unsa à la clinique Sainte-Barbe, rue du Faubourg-National. Son organisation tenait un stand avant la manifestation :

« Nous avons assuré un service public, donc on aspire à avoir la considération qui va avec. Du 22 mars à la mi-avril, tous les respirateurs ont été utilisés pour de la réanimation, alors qu’on n’en fait pas normalement. Ici, 41 lits étaient Covid pour 28 non-covid. Nous avons eu trois versions différentes pour le versement de la prime : par l’ARS, par la fédération hospitalière, par les établissements… On est dans le flou. »

Le secteur privé ne sait pas s’il sera concerné par la prime. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Photo : Clara Depoers / Rue89 Strasbourg
Les manifestants restent en équipe.Photo : Clara Depoers / Rue89 Strasbourg

Sit-in et slogans pour des néo-manifestants

Devant la cité administrative, un sit-in se met en place sur la large rue de Rome. Slogans et musique s’enchaînent. Une délégation de représentants y a rencontré la direction territoriale pour faire part des revendications.

Photo : Clara Depoers / Rue89 Strasbourg

Étudiant en 4ème année de médecine et représentant étudiant, Raphaël Sturm arbore un écriteau « 1,29€ de l’heure » :

« Cette manifestation est l’occasion d’interpeller l’opinion en plein Ségur de la Santé. Un étudiant en fin de Master qui fera son stage aura 3,90€ brut de l’heure contre 1,27€ brut pour nous. Pendant la Covid, on a dû participer à la réserve sanitaire, j’étais brancardier pendant trois mois, avec toujours les examens. Il faut sortir de cette logique budgétaire pour que l’hôpital reste attractif. »

Cet externe avait déjà fait grève en novembre, en vain. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Quant à Lucie (prénom modifié), infirmière depuis 4 ans au NHC en chirurgie digestive, c’est sa première manifestation. Elle s’inquiète de décisions prises localement :

« Avant la Covid, on se battait contre la fermeture d’une des deux unités. Elle a été fermée pendant la crise sanitaire pour se transformer en soins intensifs, ce que j’ai fait même si je n’avais aucune formation. Mais depuis, ce service n’a pas été rouvert. Donc tant que l’hôpital sera géré comme une entreprise, cela donne envie de continuer à manifester. »

Prêts pour l’Après ? Photo : Clara Depoers / Rue89 Strasbourg

En Alsace, d’autres rassemblements ont eu lieu à Colmar, Mulhouse ou encore Schirmeck, Molsheim et Guebwiller. Certains manifestants à Strasbourg venaient d’autres secteurs, comme des membres du Smur de Saverne.

Quatre scénarios pour le second tour à Strasbourg

Quatre scénarios pour le second tour à Strasbourg

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Religion et épidémie mondiale : quelles conséquences ?

Religion et épidémie mondiale : quelles conséquences ?

L’irruption dans nos vies bien réglées d’une crise sanitaire mondiale aura bien des conséquences. Avec l’Université en campagne contre les idées reçues, rendez-vous mercredi soir pour voir comment les religions et les cultes se sont comportés face à la crise.

L’Université en campagne contre les idées reçues (Ucclir) organise avec Rue89 Strasbourg une nouvelle rencontre en ligne pour décortiquer les conséquences de la crise sanitaire du coronavirus.

Rendez-vous mercredi 17 juin à 18h sur la page Facebook de l’Ucclir pour jauger des impacts de la pandémie du coronavirus dans la sphère religieuse.

Trois spécialistes sont mobilisés :

    Anne Fornerod, chargée de recherche au CNRS et à l’Université de Strasbourg, spécialiste en droit des religions,Nicolas Cadène, délégué général de l’observatoire de la laïcité,Frédéric Rognon, professeur de philosophie des religions à l’Université de Strasbourg.
Deux chercheurs de l’Université de Strasbourg et le délégué général de l’observatoire de la laïcité sont prêts à répondre aux questions des participants. Photo : doc remis

Plusieurs « idées reçues » diffusées notamment sur les réseaux sociaux seront analysées par les intervenants, dont :

    « la religion n’est pas une activité essentielle à la société, »« la pandémie a accéléré la sécularisation, »« la pandémie est une punition divine, »« les évangéliques de la Porte ouverte chrétienne ont propagé le virus en France » et « des fidèles sont responsables de la propagation du virus, »« les communautés religieuses ont défié le confinement, »« les Musulmans ont été privés de l’Aïd, pas les Catholiques de la Pentecôte, » « les mosquées ont profité de la crise pour diffuser des appels à la prière, »« l’interdiction de dissimulation du visage ne vaut que pour les Musulmans qui portent un voile intégral » quand le port du masque a été rendu obligatoire pendant la crise sanitaire.

Ce rendez-vous est interactif et les participants seront invités à poser leurs questions sur le tchat de l’événement. Elles seront lues et répondues par les intervenants.

Plus de 6 000 personnes à la manifestation de soutien au personnel soignant

Plus de 6 000 personnes à la manifestation de soutien au personnel soignant

Mardi après-midi, une manifestation en soutien au personnel soignant a réuni plus de 6 000 personnes. Il s’agissait de la première manifestation du personnel médical et d’accompagnement depuis le début de la crise sanitaire.

Les journalistes de Rue89 Strasbourg étaient présents dans le cortège, tout au long de la manifestation. Notre comptage a dénombre 6 370 participants. Voici leur compte-rendu réalisé en direct.

Fin de ce compte-rendu en direct, merci à tous de l’avoir suivi.

Et c’est la fin de la manifestation.

La dispersion de la manifestation a été prononcée vers 16h Photo : CD / Rue89 Strasbourg / cc
Bonne ambiance assurée par les musiciens du cortège ! Photo : CD / Rue89 Strasbourg / cc

Plusieurs slogans continuent d’être scandés devant l’ARS dans une ambiance un peu festive, avec de la musique…

Une délégation a été reçue par la directrice de l’Agence régionale de santé Photo : CD / Rue89 Strasbourg / cc

Pour l’instant plus de mouvement, une partie des manifestants attendent le retour de la délégation.

La délégation des syndicats et du personnel soignant a été reçue par la directrice de l’ARS.

Le sit-in en face de l’ARS Photo : CD / Rue89 Strasbourg / cc

Selon notre comptage, la manifestation a mobilisé 6 370 personnes.

Ce comptage est réalisé par Francis Gérardin, journaliste à Rue89 Strasbourg entre autres, et selon une méthode utilisée depuis le début du mouvement des Gilets jaunes qui s’est avérée assez fiable avec le temps.

La manifestation débute un sit-in, rue du Maréchal-Juin, devant l’ARS.

… avant de repartir, cette fois en direction de l’ARS.

Le cortège a fait une halte près de l’Eglise du Christ Réssuscité, près du campus.

Le cortège a dépassé la Cité administrative, rue du Maréchal Juin.

Le cortège est toujours très calme, avec finalement assez peu de slogans, et très rapide puisqu’il est arrivé à destination à peine une heure après le début de la manifestation.

Le cortège approche de la Cité administrative et donc de l’Agence régionale de santé

Photo transmise par un lecteur de Rue89 Strasbourg, au départ de la manifestation, place Kléber :

La place Kléber à peu près remplie ? Environ 4 000 personnes selon notre estimation Photo : Muammar Yilmaz / doc remis

La participation à la manifestation s’est accentuée après son départ, elle devrait rassembler plus de 4 000 personnes.

« Y’a de la colère dans le cathéter » Photo : CD / Rue89 Strasbourg / cc

Le cortège est toujours quai des Bateliers pour la plupart.

Le cortège passe devant la permanence de campagne d’Alain Fontanel, candidat LREM aux élections municipales. Selon un rituel désormais bien rôdé, sa vitrine est recouverte d’autocollants…

Il y a des ambulances au milieu du cortège, qui est actuellement sur les quais.

Le cortège est très calme…

Il y a probablement entre 3 et 4 000 personnes dans la manifestation.

La vaste majorité des participants ont mis un masque Photo : CD / Rue89 Strasbourg / cc

Le cortège a atteint la Krutenau et semble stoppée.

Le cortège a atteint les quais, quai des Bateliers.

Le cortège est rue du Vieux-Marché-Aux-Poissons.

En tête de cortège, le syndicat FO qui a contribué à l’organisation de cette manifestation Photo : CD / Rue89 Strasbourg / cc
Pas mal de banderoles et de slogans, les soignants attendaient ce moment depuis quelques semaines… Photo : CD / Rue89 Strasbourg / cc

Le cortège est arrivé place Gutenberg.

Nombre de soignants sont venus habillés avec leurs blouses de travail Photo : CD / Rue89 Strasbourg / cc

C’est parti, le cortège s’élance par la rue des Grandes-Arcades. Direction la Krutenau puis l’Agence régionale de santé.

On estime toujours à 2500 à 3500 personnes présentes, place Kléber.

Les prises de parole sont terminées, la manifestation est toujours place Kléber.

Parmi les élus présents, Robert Herrmann, président de l’Eurométropole de Strasbourg.

Nouvel prise de parole intersyndicale : « La préfète a répondu que la manifestation était interdite en raison… des règles sanitaires. Mais c’est pour la santé de tous que nous manifestons ! »

Le nombre de participants a fini par grimper, probablement près de 3 000 personnes participent Photo : CD / Rue89 Strasbourg / cc

Petit flottement après les premiers discours, les organisateurs cherchent à qui passer le micro…

Les syndicalistes interpellent les élus : « Il faut défendre l’hôpital public et en finir avec les fermetures de lits. »

La profession est en train de négocier avec le gouvernement dans le cadre du « Ségur de la santé ». Un syndicaliste est en train de détailler les mesures défendues et les enjeux.

Entre 2 et 3 000 personnes sont actuellement place Kléber Photo : CD / Rue89 Strasbourg / cc

« C’est quoi ce système qui maltraite les soignants ? » demande Syamak Agha Babaei, médecin urgentiste et candidat écologiste aux élections municipales. « Comment ne pas maltraiter les patients si les soignants eux-mêmes sont maltraités ? »

Pendant les discours de départ Photo : Clara Depoers / Rue89 Strasbourg / cc

Plusieurs prises de paroles très courtes se succèdent, syndicats des hôpitaux publics ou cliniques privées, personnel soignant ou assistant… Le rassemblement est toujours place Kléber.

Un délégué syndical de la CFTC pointe l’importance des « conditions de travail » pour améliorer la « vie de famille. »

Aide-soignante, l’organisatrice rappelle qu’elle a manqué de produits de base pendant la crise sanitaire.

Plusieurs prises de paroles sont prévues, dont celle de l’organisatrice de ce rassemblement et des syndicats.

Quelques discours débutent le rassemblement, avec notamment des rappels sur la manière dont a été géré la crise sanitaire du coronavirus et vécue par le personnel soignant.

Les premiers slogans sont déployés… Photo : Clara Depoers / Rue89 Strasbourg / cc

Ça commence à se remplir même si la place Kléber est « loin d’être pleine » encore.

Débuts du rassemblement, place Kléber Photo : CD / Rue89 Strasbourg / cc

Plusieurs élus et candidats devraient participer à cette manifestation, dont Syamak Agha Babaei, médecin urgentiste et candidat écologiste.

Les salariés des cliniques privées seront peut-être exclus de la prime exceptionnelle… Ils ont débuté leur manifestation dans leurs locaux, ici à la clinique Sainte-Barbe Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc

Dans l’Alsace du sud, mobilisation in-extremis face à un entrepôt géant d’e-commerce

Dans l’Alsace du sud, mobilisation in-extremis face à un entrepôt géant d’e-commerce

Pour les dernières heures de l’enquête publique, une opposition naissante s’est réunie devant la mairie d’Ensisheim contre un projet d’entrepôt géant voué au commerce en ligne, peut-être Amazon. Mais les premières étapes du projet ont été amorcées il y a des années.

« Tous les avis que je reçois sont négatifs. » Dans un petit bureau de la mairie d’Ensisheim entre Mulhouse et Colmar, le commissaire-enquêteur Jean Schelcher passe néanmoins une matinée tranquille lors de sa permanence, lundi 15 juin. Une seule personne a déposé une observation en main propre. En raison des limitations sanitaires, seuls deux visiteurs à la fois peuvent entrer dans la mairie. Sur le bureau mis à la disposition du commissaire, les quelques 300 avis envoyés en ligne, imprimés aux côtés du dossier « Eurovia 16 Project » de plusieurs milliers de page, soit « cinq jours » de lecture.

Eurovia 16 est un vaste entrepôt logistique près de Mulhouse destiné à un géant du commerce en ligne, dont l’identité est tenue secrète (voir notre article). L’enquête publique s’est terminée à midi.

le dossier d’enquête publique fait plusieurs milliers de pages Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Jean Schelcher avait fini son enquête publique le 20 mars, avec très peu d’avis. Mais les ordonnances relatives au coronavirus ont eu un effet rétroactif et il a fallu la relancer pour 9 jours en juin. Avec ce nouveau délai post-confinement, davantage de citoyens et médias ont pu prendre connaissance de ce projet gigantesque. Les réseaux militants de défense de l’environnement ont pu informer et mobiliser. « Près de 300 contributions, c’est d’habitude ce que l’on reçoit sur un plan local d’urbanisme, où chacun a son ressenti et son intérêt », note Jean Schelcher.

Cet ancien salarié du Cahr, l’agence de développement économique du Département du Haut-Rhin qui a fusionné avec l’Adira, rappelle que ce projet correspond à « une volonté qui a près de 30 ans » :

« Il y a un sentiment d’immédiateté, les citoyens ont du mal à comprendre comment on en arrive là. L’enquête n’émet qu’un avis technique sur le projet. Pour l’empêcher, il aurait plutôt fallu agir sur le SCOT (Schéma de cohérence territoriale) en 2012. »

Avant de dérouler l’orientation de la municipalité :

« Du point de vue de la commune, c’est un projet équilibré : une population vieillissante depuis la fermeture des mines et un ensemble de 500 logements, les Oréades (devenues Rives du Lac, ndlr), pour les nouveaux habitants qui travailleront dans cette zone industrielle, proche de l’autoroute. Les fouilles archéologiques et l’enquête faune et flore ont déjà été faites par la communauté de communes afin que l’entreprise puisse démarrer les travaux immédiatement. »

Un argument soulevé par les opposants pourrait néanmoins s’avérer davantage efficace selon lui, « les émissions des gaz à effet de serre engendrées par le trafic de camions. » De là à émettre une réserve, par exemple sur la flotte de véhicules générée par le futur occupant ? Réponse sous six semaines, après un nouvel échange avec le concepteur, puis la publication de son avis.

Le projet s’implantera sur des terres agricoles entre la commune et l’autoroute, à 300 mètres. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Un rassemblement en matinée

Dehors, peu avant dix heures, la place de la mairie s’anime. Des policiers municipaux et gendarmes surveillent les deux accès, tandis que des manifestants se regroupent.

Micro en main, la mulhousienne Cécile Germain, co-secrétaire régionale d’Europe Écologie – Les Verts (EELV) initie les prises de parole. « On dit qu’on est contre mais nous sommes aussi pour les circuits courts ou l’agriculture bio », lance-t-elle pour faire applaudir la quarantaine de personnes. Quelques unes sont regroupées autour d’une banderole, d’autres personnes plus âgées se tiennent à distance sur la place. Une quinzaine de membres des forces de l’ordre surveillent et font même poser les opposants pour les prendre en photo.

Les gendarmes prennent en photo les manifestants Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Effets du e-commerce, Amazon, démocratie locale, pollution, augmentation des cargos à l’aéroport de Bâle-Mulhouse, parallèle avec le projet Amazon (confirmé) à Dambach-La-Ville, etc. Plusieurs aspects sont évoqués lors des prises de paroles. « Une enquête publique apparaît en ce moment sur les panneaux d’information de la commune, mais pourquoi pas celle-ci ? » interroge Jean-Paul, habitant de la commune d’Ensisheim et membre d’Alsace Nature.

« Il y a le e-commerce tel que pratiqué par nos commerçants de proximité, qu’on a tous utilisé pendant le confinement, et celui prévu à Ensisheim pour des géants mondiaux », distingue Alain Diot, président d’Alternatiba Soultz et ancien premier adjoint (2014-2020) à Soultz Haut-Rhin, toujours en fonction à la communauté de communes. Il a déposé un avis défavorable. « Les commerçants locaux ne sont pas encore dans la mobilisation », note-t-il.

Une quarantaine de personnes étaient sur place mais pas toutes derrière la banderole. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Un soutien de poids

Membre de la CLCV et engagée dans le collectif Destocamine, Josiane Kieffer annonce que « Corine Lepage a fait une communication à l’enquêteur via son cabinet d’avocat. » L’an dernier, l’ancienne ministre de l’Environnement a également décidé de s’intéresser au dossier Stocamine à Wittelsheim. « C’est bien qu’on ait des arguments juridiques solides avec une dizaine de pages, car Eurovia va devoir rendre ses observations », appuie Alain Diot.

Engagée avec Destocamine, Josiane Kieffer annonce le soutien de Corine Lepage. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Le candidat à la mairie de Mulhouse, Loïc Minery (EELV) s’est aussi rendu sur place. L’entrepôt pourrait s’inviter dans la campagne de second tour selon lui :

« Il y a ce projet et aussi Euro3Lys, un centre commercial près de l’aéroport de Bâle Mulhouse, que j’appelle notre mini-EuropaCity. Il me semble que la cabinet de Michèle Lutz (la maire sortante et candidate à sa réélection) est aussi convaincu que ces projets sont néfastes pour les commerçants de Mulhouse, mais avec Jean Rottner, on ne les entend pas pour autant… »

La zone d’activité n’est pas dans le territoire de l’agglomération mulhousienne (M2A), mais s’il était élu, Loïc Minery proposerait un « moratoire sur les extensions commerciales » et prendrait position contre ce projet, « au moins « symboliquement. »

Candidat écologiste à Mulhouse, Loïc Minery a fait le déplacement Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

L’autorisation de débuter les travaux doit être rendue par la préfecture du Haut-Rhin sous deux mois.

« Une part infime de la population »

Contacté, le maire, président de la communauté et vice-président au conseil départemental du Haut-Rhin Michel Habig (divers droite) relativise cette opposition naissante :

« Je trouve normal qu’il y ait des réactions, des questions auxquelles nous répondrons. Mais cette opposition n’est qu’une part infime de la population d’Ensisheim. »

Celui qui assure ne pas avoir « signé de clause de confidentialité » déroule sa logique :

« Beaucoup d’opposants pensent que le projet a six mois, alors que cette zone faisait partie du projet de reconversion des mines. Il y a eu nombre de concertations et procédures depuis 20 ans (schéma directeur, POS, PLU, PLU modifié, permis d’aménager) pour réaliser le parc d’activités par tranches et sans opposition à ces moments là. Au début, il y a eu l’arrivée de THK, ainsi que Mitsuhi qui a fermé au bout de 4 ans, puis plus rien avec la crise économique en 2008. Depuis 4-5 ans cela repart et ce projet serait la septième implantation. Le taux de chômage dans la zone était de plus de 10%, et a baissé à 8%, mais au Département on voit les demandes de RSA repartir à la hausse depuis la Covid. Le parc prévoit un ratio de 50 emplois par hectare qui est largement dépassé avec Eurovia 16. Si ces investissements ne se font pas là, ils se feront ailleurs. »

La nouvelle route, plus large est déjà en travaux, Eurovia 16 serait de l’autre côté. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Une visite sous surveillance

Après la manifestation, une poignée de participants se rendent dans la zone industrielle pour estimer l’emprise à vue d’œil. Le long des champs, le chantier de la nouvelle route, plus large, est déjà bien avancé.

Pour se rendre compte de la taille d’Eurovia 16 Project, ils regardent le chantier de son voisin, Eurovia 15. La société allemande de vente en ligne de pneus Delticomm exploitera 103 505 mètres-carrés. Eurovia 16 souhaite un peu moins du double, 189 652 m² et une hauteur de 23 mètres, contre 14 pour Eurovia 15.

La visite d’une vingtaine de minutes s’effectue sous la surveillance de plusieurs gendarmes, qui ont mobilisé deux voitures.

Les opposants ont eu le droit à une escorte. Une deuxième voiture est arrivée ensuite. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Expulsions et déconfinement : près d’un millier de sans-abris menacés de retourner à la rue

Expulsions et déconfinement : près d’un millier de sans-abris menacés de retourner à la rue
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En microfibres, les nouveaux masques Barral interpellent les Strasbourgeois

En microfibres, les nouveaux masques Barral interpellent les Strasbourgeois

Les Strasbourgeois ont reçu lundi de nouveaux masques de protection fabriqués par l’usine Barral à Rouffach. Mais leur composition, plus fine que celle des masques distribués en mai, ont interpellé certains habitants.

En ouvrant sa boîte aux lettres lundi après-midi, Pauline, habitante du quartier du Neudorf, est d’abord contente de découvrir qu’on lui a livré de nouveaux masques de protection contre le coronavirus. Un par personne habitant le foyer, comme lors de la précédente distribution, aux alentours du déconfinement lundi 11 mai.

Le masque blanc de Barral n’inspira pas confiance. Il est pourtant efficace Photo : doc remis

La lettre qui les accompagne indique que ces masques sont issus d’une « collaboration » entre la Ville de Strasbourg, l’Eurométropole, le Département du Bas-Rhin et l’État. Mais en ouvrant l’enveloppe, Pauline déchante :

« Ceux-là n’ont pas l’air d’être en tissu. J’ai d’abord pensé qu’ils étaient jetables, ce qui aurait été absurde. Puis j’ai lu dans le mot accompagnant la livraison qu’ils étaient lavables 30 fois… Mais vu comme ils sont fins, j’ai peur qu’ils se dissolvent dans l’eau chaude et abîment ma machine à laver. »

Même sentiment chez Sandrine, habitante du quartier de l’Elsau : « Ce sont des masques en papier, ni plus ni moins ! » Elle est d’autant plus déçue que ses voisins ont reçu, à la même heure, des masques en tissu bleus identiques à ceux envoyés juste après le déconfinement. « Incompréhensible », pour cette femme dont le fils retourne à l’école lundi : « Il aura besoin de masques résistants. Ceux de mai étaient très bien. »

Les masques blancs portent l’inscription « Barral » pour « Barrière Alsace. » Ils proviennent d’une nouvelle usine mise en place avec le Pôle textile Alsace à Rouffach, qui a démarré sa production le 4 mai dans les locaux de l’équipementier automobile Mahle Behr.

Tissés et assemblés en Alsace

Contactée, la responsable de la production de Barral, Sandrine Rosenzweig, garantit que « ce sont de très bons masques » :

« Ils sont de catégorie 1, certifiés Afnor et filtrent plus de 90% des particules. Ils peuvent donner l’impression d’être faits en papier mais ils sont fabriqués en tissu microfibres. Ils peuvent être lavés une trentaine de fois mais il vaut mieux les mettre dans un filet. Le mieux est de les savonner à la main et de les ébouillanter pendant une minute. »

La lettre qui accompagne ces masques ne fait aucune mention de cette efficacité. Sandrine Rosenzweig le regrette, « d’autant plus qu’il s’agit d’une production locale, avec du tissu de Colmar et des cordelettes de Guebwiller, assemblées à Rouffach et découpées à Cernay. »

#Barral

Les ambulanciers urgentistes du privé, mandatés par le SAMU, mal payés mais indispensables

Les ambulanciers urgentistes du privé, mandatés par le SAMU, mal payés mais indispensables

La majorité du transport en urgence médicale est prise en charge par des entreprises sous-traitantes du Samu. Employés à bas salaire, ces ambulanciers constituent le premier maillon de la chaîne du soin. Bien qu’exposés à la Covid-19, ils ne toucheront pas la prime prévue pour le personnel soignant.

Devant les urgences de l’Hôpital de Hautepierre, le ballet des ambulances ne cesse pas en cet après-midi du mois de mai. En deux heures, 8 véhicules passent. Un seul d’entre eux est un camion de pompiers. Les sept autres sont estampillés Ambulances de l’Orangerie. Cette entreprise privée de transport sanitaire appartient au groupe Greiner. Avec ses 15 ASSU (Ambulance de secours et de soins d’urgence), la société constitue la plus grande flotte d’urgence de Strasbourg.

Naïma (prénom modifié), ambulancière depuis 6 ans, vient de transporter une personne en détresse respiratoire. Naturellement, elle évoque la crise sanitaire :

« Nous sommes le premier maillon de la chaîne du soin d’urgence et donc forcément en première ligne contre la Covid-19. Ces dernières semaines étaient difficiles à vivre émotionnellement. Toute la journée nous étions au contact de personnes contaminées. Quelques collègues se sont retrouvés en arrêt maladie, et l’un d’entre eux a morflé. Au départ, nous avions très peu de matériel de protection mais heureusement, il y a eu des dons de masques et le Samu nous a équipés. »

Plusieurs ambulances de l’Orangerie, qui font partie du groupe Greiner, attendent devant les urgences de l’Hôpital de Hautepierre. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Les ambulanciers et les auxiliaires ambulanciers, qui travaillent en binôme, ne toucheront pas la prime de 1 500 euros du gouvernement destinée au personnel soignant. « Notre statut est problématique. On ne dépend pas du ministère de la Santé mais de celui chargé des Transports, et on n’est pas des fonctionnaires mais des salariés du privé. Pourtant c’est le Samu qui nous mandate ! On ne livre pas des colis, on emmène des humains en détresse, » s’indigne Yannick (prénom modifié), qui attend sur le parvis que son patient soit pris en charge. Il est assis sur le siège passager et sa main tapote frénétiquement sur la carrosserie de l’ambulance. « Vous savez, c’est stressant comme job, même après plusieurs années ! »

Environ 70% des transports d’urgence effectués par le secteur privé

« Le modèle actuel des urgences compte sur ces professionnels du privé. Ce sont eux qui gèrent la majorité des transports de secours, » explique Syamak Agha Babaei, médecin urgentiste, régulateur au Samu pendant la crise et candidat écologiste aux élections municipales. En mars 2020, ces ambulances ont réalisé 5 306 interventions à la demande du Samu dans le Bas-Rhin, soit plus de 171 par jour. Selon les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg (HUS), 71% des transports d’urgence ont été effectués par des ambulanciers privés en 2018, soit environ 50 000 interventions.

« On n’est pas chers, on les arrange bien, » lance Yannick, pince-sans-rire. D’après les HUS, le coût d’une prise en charge par une ambulance privée, avec un ambulancier et un auxiliaire ambulancier, se situe entre 50 et 70 euros, avec une éventuelle tarification supplémentaire en cas de longue garde du patient dans l’ambulance. Un transport effectué par les pompiers coûte au minimum 123 euros. Enfin, une intervention du Smur (Service mobile d’urgence et de réanimation), qui induit le déplacement d’un ambulancier, d’un infirmier et d’un médecin, employés par le Samu, est facturée 425 euros. Syamak Agha Babaei détaille :

« C’est le médecin-régulateur qui juge si l’urgence nécessite la présence d’un médecin avant le transport de la personne vers l’hôpital. Si tel est le cas, on envoie un véhicule du Smur. Mais le plus souvent, les ambulanciers et les auxiliaires arrivent seuls pour récupérer les personnes en urgence médicale. Ce sont nos yeux sur le terrain, qui analysent la situation et nous transmettent les informations. »

Des ambulanciers urgentistes formés comme des soignants

Le groupe Greiner compte 200 salariés dans le Bas-Rhin, dont 50 à Strasbourg. Il transporte aussi des personnes dans le cadre de soins non-urgents. L’entreprise a réalisé un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros en 2019. Dans la capitale alsacienne, la société Jussieu secours prend aussi en charge du transport d’urgence.

Solène (prénom modifié), ambulancière depuis 2019 aux Ambulances de l’Orangerie, va transférer une personne des urgences de Hautepierre vers celles du Nouvel Hôpital Civil. Elle a encore cinq minutes pour fumer sa cigarette. Elle l’allume, accroupie sur le trottoir, à quelques mètres de son véhicule mais toujours en surveillant la porte d’où va sortir son patient. Elle en profite pour montrer sa carte d’ambulancière professionnelle dont elle est fière. Elle a obtenu le diplôme d’État d’Ambulancier (DEA), une formation de 6 mois :

« Nous devons connaitre les pathologies pour savoir dans quelles urgences emmener les patients et pour transmettre les bonnes informations au personnel médical. Nous maîtrisons les gestes de secours comme l’oxygénation, ou les massages cardiaques que nous réalisons régulièrement. Enfin, nous savons mettre en place les bonnes conditions de transport pour les patients, ce qui peut être vital. »

Solène sort sa carte professionnelle d’ambulancier, nécessaire à l’exercice de son métier. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

« Travailler 180 heures pour gagner 1 100 euros nets »

Les auxiliaires ambulanciers ont un statut légèrement différent : leur formation ne dure que 70 heures. Mais ils participent tout de même à la prise en charge des urgences médicales, ce qui implique des compétences techniques, « souvent apprises sur le terrain, » explique Monique (prénom modifié), auxiliaire depuis 2 ans pour les Ambulances de l’Orangerie. Jean-Philippe Rudloff, porte parole du Collectif des transports sanitaires du Grand-Est, évoque des difficultés qui incombent à ces métiers :

« Émotionnellement, nous sommes confrontés à la détresse, à la mort. Il y a aussi une vraie pénibilité physique, nous portons des charges lourdes. Les heures de repas et de sommeil sont souvent irrégulières. »

Adossés à leur ambulance, Sabrina, auxiliaire, et Arié, ambulancier, plaisantent entre deux missions. Ils seront bientôt appelés pour intervenir. Leur métier les passionne, mais il n’est pas suffisamment reconnu selon eux. Sabrina évoque ses horaires, son salaire, et surtout la convention collective nationale qui encadre son métier et celui d’ambulancier :

« Ces accords nous imposent un rythme de travail difficile et des bas salaires. Nos plannings sont organisés en plages de 12 heures. À la fin, on est lessivés. Moi je travaille en général 180 heures par mois pour gagner 1 100 euros nets. J’ai donc un salaire largement en-dessous du Smic par rapport aux heures réellement travaillées. »

Sabrina et Arié sont en première ligne face au Covid-19. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Ambulancier, Arié gagne « environ 1 400 euros nets pour 180 heures ». Les deux perçoivent aussi des tickets repas : 8 euros pour Arié et 3,69 euros pour Sabrina.

Jean-Philippe Rudloff détaille le calcul du salaire des ambulanciers et auxiliaires ambulanciers :

« Le taux horaire fixé par la convention collective est calculé à partir de coefficients qui tiennent compte des temps de battement que l’on peut avoir pendant nos horaires de travail. On est payé pour 80% de notre temps de présence en gros. Mais nos rythmes diffèrent. Et pendant les temps de battement, on est sur notre lieu de travail, pas chez nous. »

« La course à la rentabilité doit cesser »

Devant les urgences, pour les huit ambulanciers et auxiliaires interrogés, le discours est le même : il faudrait les considérer comme des soignants et augmenter leur rémunération. Les traits tirés, Naïma observe plus généralement « une course à la rentabilité, au détriment des patients » :

« Quand on doit enchaîner les urgences avec un tel rythme, on peut plus facilement faire des erreurs, potentiellement fatales. »

Joint par téléphone, Yannick Janeiro, chef d’une société d’ambulances en Bretagne et président de la FNTAU (Fédération Nationale des techniciens ambulanciers urgentistes) estime qu’à l’avenir, toutes les urgences seront gérées par le privé :

« Nos coûts sont bien plus faibles que ceux du public. Nous militons notamment pour un nouveau diplôme d’État de technicien ambulancier, pour nous donner plus de légitimité. »

« Beaucoup arrêtent au bout de trois ans »

Monique est sur le point de repartir des urgences enfant. « Faut qu’on enchaîne, on a une nouvelle intervention. » Elle est fatiguée par son métier, et confie ne pas savoir si elle le pratiquera encore longtemps :

« Tout le monde a fait de beaux discours sur les soignants avec la crise sanitaire, surtout les politiques. Je trouve ça tellement hypocrite. Aujourd’hui, être ambulancier ou auxiliaire, ça n’est plus pérenne. Beaucoup arrêtent au bout de trois ans, c’est ça la réalité ! »

De son côté, Naïma, assise au siège passager de son ambulance, laisse deviner une pointe d’espérance :

« Notre problème est symptomatique d’à peu près tous les métiers de soignants. J’espère que le coup de projecteur permettra de gros changements dans l’ensemble du secteur. »

Naïma et son auxiliaire viennent d’être mandatés par le Samu. Le véhicule démarre, la sirène retenti quelques secondes plus tard. Il est 16 heures, le binôme opère depuis 7 heures du matin, et finira « certainement vers 19h30 ou 20h. »