Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Une seule socialiste vous manque…

Une seule socialiste vous manque…

En ne s’alliant pas à Catherine Trautmann, la liste écologiste et citoyenne de Jeanne Barseghian prend le risque de condamner le Grenoblois Éric Piolle à 6 ans de monologue supplémentaire à l’assemblée générale des maires écologistes des grandes villes. À moins de trouver un second souffle en revenant aux fondamentaux ?

Vers une rentrée universitaire sur le campus pour les nouveaux arrivants et à distance pour les autres

Vers une rentrée universitaire sur le campus pour les nouveaux arrivants et à distance pour les autres

En septembre, les étudiants en première année de l’Université de Strasbourg devraient pouvoir suivre leurs cours sur le campus. Les autres vont probablement devoir assister à une partie des enseignements par visio-conférence.

Enseignements à distance ou en « présentiel » ? Pour les professeurs et les 50 000 étudiants de l’Université de Strasbourg, les contours de la rentrée de septembre restent imprécis. Une situation qui inquiète le personnel universitaire, les professeurs et les étudiants.

L’Université de Strasbourg (Unistra) souhaite privilégier un accueil « physique » pour les nouveaux étudiants. En particulier pour les premières années et les étudiants étrangers, mais aussi les étudiants qui débutent en Master, la quatrième année du cycle d’études. Dans les bâtiments, des sens de circulation seront mis en place.

Pour les autres étudiants, l’Université souhaite effectuer les présentations des cours et des filières à distance. Cela se déroulera donc par visioconférence ou autres moyens de communication (e-mails, tchat…), tout comme les procédures administratives.

L’Unistra souhaite néanmoins maintenir ouvert son « guichet multiservices« , situé sur le Campus de l’Esplanade. Il permet aux étudiants lors des premières semaines de la rentrée, de régler les formalités de transports, de sécurité sociale ou de logement… Mais les animations telles le « village solidaire », le « village des services » ou le « village des associations« , seront organisés sous une « forme numérique » (qui reste à définir), ou reportés plus tard dans l’année.

Des consignes encore floues qui dépendent du ministère

Le vendredi 5 juin, Benoît Tock, vice-président Formation de l’Unstra évoquait dans le journal interne de l’université :

« Sauf contre-ordre ministériel, nous ouvrirons comme prévu le 1er septembre, et nous accueillerons nos étudiants dans les amphithéâtres et les salles de travaux dirigés et travaux pratiques, en prenant en compte toutes les consignes sanitaires nécessaires. Les enseignements auront lieu dans la mesure du possible en présentiel. Mais aussi et autant qu’il le faudra, à distance. Ce sont les composantes qui organiseront l’équilibre entre présentiel et distanciel. »

Certains événements de la rentrée universitaire seront probablement annulés comme les cérémonies ou le traditionnel « barbecue » de rentrée.

Si beaucoup de points restent à définir, c’est parce que l’Université attend des consignes du ministère de l’Enseignement supérieur. Le mercredi 20 mai, la ministre Frédérique Vidal est restée assez évasive sur France Inter : « la date de rentrée ne sera pas modifiée pour l’enseignement supérieur et se fera bien comme d’habitude au mois de septembre, si les conditions sanitaires le permettent. ». Elle a ajouté que « pour éviter qu’il y ait des amphis bondés à la rentrée, les enseignants pourront proposer qu’une partie des cours soit dématérialisée. »

Une organisation difficile

Ces approximations gouvernementales agacent Julien Gossa, enseignant en informatique et membre du conseil d’administration de l’Université pour la liste opposante « Alternatives » :

« On ne saura pas les modalités de rentrée avant septembre. On ne sait pas quelle sera la situation sanitaire cet été, s’il y aura une deuxième vague ou non… La seule manière de prévoir est donc de se dire que la rentrée et les cours se feront à distance. »

Les professeurs réfléchissent déjà à quelques possibilités, comme avoir moins de 60 personnes pour les cours magistraux dans les amphithéâtres, limiter à un étudiant par table… Mais pour Julien Gossa cela conduit à « diviser le nombre d’étudiants par deux ou trois dans les salles et donc à multiplier les profs par trois, ainsi que le nombre de salles… » Des mesures difficilement réalisables.

Les composantes chargées de s’adapter

Chaque composante est libre de choisir si elle accueille les étudiants ou non, notamment pour les cours en amphithéâtre. L’Unistra en compte 35 composantes, dont certaines accueillent plus de 700 étudiants en première année.

C’est notamment le cas de faculté de Sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS). Chaque année, elle accepte 740 étudiants en première année. Dans cette filière, les cours magistraux pourraient se faire à distance. Les cours d’APS (activités physique et sportives) devraient cependant être maintenus en présentiel, repensés et adaptés sans contact. Les sports collectifs par exemple pourraient être remplacés par d’autres activités.

Les cours à distance au coeur du débat

Pour les travaux dirigés (TD), aucune décision n’est encore prise. Michel Koebel, qui enseigne la sociologie en STAPS, craint qu’ils soient également tous organisés à distance. Si c’est le cas, il redoute une augmentation des inégalités entre les étudiants ayant accès à un ordinateur et une bonne connexion internet et les autres. Il craint aussi que de nouvelles inégalités culturelles se créent, entre les étudiants déjà très autonomes et ceux ayant plus de difficultés :

« À la faculté, j’organisais déja des cours à distance avant le coronavirus, mais uniquement aux deuxièmes années de Master, ils maîtrisent les logiciels et ont derrière eux 4 ans d’apprentissage… »

Il redoute que cette pratique à distance se généralise :

« L’argument que s’il a été possible de faire cours à distance pendant deux mois, on pourrait le faire toute l’année m’inquiète. Je ne suis pas contre les innovations pédagogiques, mais si on supprime le présentiel on perd le lien avec les étudiants… Les échanges ou l’encadrement sont essentiels. »

En IUT, un système hybride entre présentiel et visioconférence

Philippe Viallon, professeur à l’IUT en Information-Communication est lui, plus optimiste. Pour les cours en amphithéâtre avec une centaine d’étudiants, les élèves seront divisés en 3 groupes. Un groupe suivra le cours en présentiel avec le professeur dans l’amphithéâtre. Le deuxième, sera installé en visioconférence dans une autre salle. Le dernier, lui, visionnera le cours depuis chez lui. Et à chaque séance, les groupes s’interchangeront.

Pour les travaux dirigés (TD) et travaux pratiques (TP), les 30 élèves seront également divisés en 3 classes. Les professeurs eux, comme Philippe Vaillon, seront contraints de refaire leurs séances :

« Les échanges avec les enseignants sont essentiels. Donc si on doit répéter trois fois nos cours, on le fera. À situation exceptionnelle comportement exceptionnel ! »

Pour ne pas manquer de salles, des cours pourront avoir lieu après 17h30. Même si cela n’est pas idéal pour l’apprentissage : « le plus important est de garder le contact humain », estime Philippe Viallon.

L’inquiétude des étudiants et syndicats

Du côté des étudiants, l’inquiétude augmente semaines après semaines. En souhaitant garder l’anonymat, un membre du syndicat Solidaires étudiant-e-s Alsace, qui n’a pas d’élu à Strasbourg, regrette le manque d’informations dont il dispose :

« On ne se rend pas compte de l’angoisse que cette absence d’informations génère ! On a reçu beaucoup de messages de demandes par rapport à la rentrée. On n’a pu que répondre qu’on n’en savait pas plus qu’eux ! Pour ceux qui ont perdu leur emploi, ou en situation de pauvreté, ne rien savoir ne leur permet pas d’anticiper la rentrée dans de bonnes conditions. »

Ce syndicat s’oppose à la reprise des cours en distanciel, qui ne ferait qu’accroître les inégalités sociales :

« Tous les étudiants ne vivent pas dans un cadre sain et propice à la réussite scolaire. Certains, vivent dans des logements petits ou insalubres, d’autres vivent avec leur famille… Et tous n’ont pas accès un ordinateur ou à une bonne connexion internet. »

Le Syndicat de l’Union Nationale Universitaire (UNI) de Strasbourg, présent au conseil d’administration de l’université, est lui, au contraire, plutôt favorable aux cours magistraux à distance. Mais sous certaines conditions explique son président François Blumenroeder :

« Il faut que l’Université soit prête, et mette les moyens pour permettre à la fois aux professeurs d’être formés, et aux étudiants d’être équipés. »

Ce qui n’a pas été le cas durant le confinement.

Les Strasbourgeois guère inventifs mais pleins d’espoir pour la suite du déconfinement

Les Strasbourgeois guère inventifs mais pleins d’espoir pour la suite du déconfinement

La Ville a dévoilé les propositions des citoyens strasbourgeois pour la vie « d’après. » Résultats : des crieurs publics pour inciter à porter les masques et… des transports gratuits ?

Et si des crieurs publics incitaient les gens à porter leurs masques en chantant ou en dansant ? C’est la proposition la plus originale des Strasbourgeois qui ont participé à la consultation de la Ville de Strasbourg sur le déconfinement.

Toutes les réponses, plus de 300, ont été publiées sur le site « Participer » de la Ville de Strasbourg. Voici les principales propositions pour inciter au respect des gestes barrières :

    Faire porter les messages de l’utilité des gestes barrières par les soignants. Ceux- si sont considérés comme plus légitimes,Communiquer sur ces gestes en mettant en scène les élus sur des sites internet ou sur les réseaux sociaux. Selon une partie des citoyens, en tant que représentants, ils doivent également montrer l’exemple,Faire passer les informations par des crieurs publics ou des artistes. Le but est de faire passer le message de l’importance des gestes barrières et de les expliquer dans un climat moins anxiogène, en utilisant la voix, la danse ou le chant,Créer un concours du masque le plus original ou une journée du masque. L’objectif étant d’inciter à le porter en dédramatisant et en y apportant une expérience positive,La mise en place de distributeurs de gel hydroalcoolique dans la ville et dans les transports publics. Une mesure déjà effective dans certaines villes, comme dans les tramways à Nantes,Le développement et la multiplication des points d’eau et de savon,La mise en place de poubelles destinées aux masques jetables. Il a été cité l’idée d’en disposer à la sortie des grandes surfaces ou dans les rues,La création de sanctions dissuasives pour les personnes qui jettent leurs masques,Mettre en place plus de solidarité pour les personnes fragiles en assurant par exemple la gratuité du stationnement pour les personnes handicapées et les personnes âgées.
Photo : Julian Santacruz / Flickr / cc

Le retour de la gratuité des transports publics…

Pour le monde de « l’après », les citoyens participants ont défini leurs priorités autour de l’écologie, de la solidarité et de l’éducation. Mais ils ont aussi abordé la culture, la démocratie, la santé, la sécurité, le soutien à l’artisanat et à l’économie locale. En bref, il faut tout changer.

Parmi les propositions, celles qui reviennent le plus souvent concernent :

    Le développement des pistes cyclables,La gratuité des transports publics,Améliorer l’éducation des citoyens par rapport à l’écologie (en référence aux masques jetés dans les rues),Être associé aux choix de « l’après ». Sur 307 répondants, 245 soit 80% ont répondu être favorables pour être associés aux choix politiques de l’après confinement. 56 ont répondu ne pas savoir et 6 n’étaient pas favorables,La mise en place de consultations de citoyens, par le vote, les référendums, dans tous les quartiers, avec un intérêt pour les démarches courtes et souples comme les conseils de quartiers…

Lettre ouverte aux candidats contre « l’instrumentalisation par les industriels du plastique et de la restauration collective »

Lettre ouverte aux candidats contre « l’instrumentalisation par les industriels du plastique et de la restauration collective »

Depuis le déconfinement, les barquettes jetables reviennent dans les cantines. Alors que Strasbourg commençait à réduire ces contenants jetables dans ses écoles, le collectif Projet Cantines Strasbourg craint que la situation sanitaire justifie un retour en arrière. Elle interpelle les trois candidats à la mairie de Strasbourg.

Nos enfants reprennent le chemin de l’école et de la cantine. Chaque situation familiale est particulière, chaque école s’applique à faire respecter au mieux le protocole sanitaire défini au niveau national. Aussi, la pause méridienne s’organise dans l’urgence et le repas conditionné sous plastique est trop souvent une des solutions proposées à nos enfants.

Nous comprenons bien qu’en ce moment à Strasbourg l’usage du plastique est privilégié pour des raisons logistiques (conservation, transport, service individualisé…). Toutefois, nous souhaitons attirer votre attention sur l’instrumentalisation faite par les industriels du plastique et de la restauration collective présentant celui-ci comme LA solution barrière à la propagation du virus, alors que des études publiées dans les revues médicales scientifiques NEJM et The Lancet démontrent que le virus du Covid-19 résiste jusqu’à 7 jours sur le plastique.

La pandémie signera-t-elle le grand retour des barquettes plastiques, pas totalement évincées à Strasbourg ? Photo : Marie Bisseriex/Rue89 Bordeaux

Il est important de rappeler que l’utilisation du plastique dans la restauration scolaire entraîne la migration de perturbateurs endocriniens et autres substances indésirables dans l’alimentation avec pour conséquence le risque de développer des pathologies telles que des cancers et des maladies chroniques (diabète, obésité, troubles respiratoires, …) qui sont des facteurs de risque aggravants du Covid-19. Deux scientifiques américains mettent en avant dans un article de la revue Environmental Health News le lien entre l’exposition aux perturbateurs endocriniens et les maladies aggravant la sensibilité au Covid-19, et préconisent d’agir « pour empêcher les produits chimiques de porter atteinte à notre santé, notre vitalité et notre résistance ».

Que retiendrons-nous de cette pandémie ? 

Face à ce virus, deux secteurs essentiels à notre survie n’ont pas cessé de fonctionner : la santé et l’alimentation. Ces deux secteurs sont intimement liés. Une alimentation saine et durable, non exposée aux perturbateurs endocriniens, est nécessaire afin d’éviter le développement de maladies dont nous constatons aujourd’hui leurs effets aggravants pour la population touchée par le Covid-19. 

L’alimentation et la santé sont plus que jamais des sujets d’actualité. Strasbourg ne doit pas faire machine arrière sur la plastique dans les cantines et la santé des enfants.

Nous attendons des candidats qu’ils s’engagent pour des repas sans plastique dans les cantines strasbourgeoises.

Ludivine Quintallet et Fanny Taulou pour le collectif Projet Cantines Strasbourg et l’Association Cantine Sans Plastique France

Avec Malvina Duval-Ortiz, Strasbourgeoise engagée contre la précarité alimentaire

Avec Malvina Duval-Ortiz, Strasbourgeoise engagée contre la précarité alimentaire

« Les Strasbourgeoises et Strasbourgeois engagés », un podcast de Rue89 Strasbourg. Dans cette série de portraits sonores, des militants racontent leur engagement, leur parcours. Troisième épisode avec Malvina Duval-Ortiz, militante associative et référente bénévoles des Vélos du Coeur.

Créé à la fin du mois de mars pendant le confinement, les Vélos du Coeur forment un nouveau collectif solidaire qui lutte contre la précarité alimentaire. Deux fois par semaine, les bénévoles livrent à vélo des repas aux plus démunis dans la rue et dans les squats de Strasbourg. Ils effectuent également des distributions de paniers repas aux étudiants précaires et aux familles les plus pauvres.

Malvina lors d’une distribution alimentaire, Grand’Rue Photo : RD / Rue89 Strasbourg

Parmi eux, Malvina Duval-Ortiz. À 26 ans, la jeune femme est référente bénévoles pour les Vélos du Coeur. Aujourd’hui installée à Strasbourg, elle a déjà milité pour le Génépi, qui prône le décloisonnement carcéral et la Cimade qui agit en faveur des demandeurs d’asile.

Avant chaque maraude, les Vélos du Coeur prennent une photo de l’équipe du soir pour la poster sur les réseaux sociaux Photo : RD / Rue89 Strasbourg

« La Covid-19 est un rappel que l’humanité doit évoluer »

« La Covid-19 est un rappel que l’humanité doit évoluer »

L’empreinte de la Covid-19 marquera nos sociétés bien plus longtemps que ces quelques mois. Pour l’éco-physiologiste François Criscuolo, l’Évolution nous enseigne que la crise sanitaire pourrait avoir des conséquences positives parce qu’elle peut changer durablement nos habitudes.

« Pour sauver des vies, restez chez vous ! » Cette phrase, une injonction pour éviter le pire de la crise sanitaire, s’est soudain déclarée aux yeux des Français en mars. Dans l’esprit de chacun de nous, c’était la réponse collective nécessaire à l’irruption d’un virus dont la transmission d’homme à homme a provoqué la première pandémie du XXIe siècle. Bien que le virus soit mortel dans moins de 0,5% des cas, la plupart des gouvernements ont entrepris de figer la vie sociale et économique pour éviter le pire : 0,5% de 60% d’humains infectés, cela représenterait à l’échelle mondiale 24 millions de morts. 

Il n’y a donc aucun doute que les politiques de confinement, prolongées par celles de détection et d’isolement des personnes infectées étaient celles qu’il fallait appliquer dans l’urgence. Elles ont permis la limitation du nombre de cas graves et l’accueil de ces derniers dans les hôpitaux. La contrepartie à payer va d’un déficit éducatif pour les enfants au ralentissement du système économique basé sur la consommation de masse.  

C’est en soi une bonne nouvelle et cela démontre la centralité des relations sociales humaines pour notre économie. Mais, pour un biologiste de l’Évolution, la crise actuelle a une tout autre signification, et celle-ci souligne que la réussite du déconfinement à venir tient quant à elle pour beaucoup à la responsabilité individuelle : à court terme sur la discipline avec laquelle chacun d’entre nous va appliquer les mesures de distanciation physique, de port du masque et de réduction de nos relations sociales à de simples signes ou sourires ; à long terme, sur notre capacité à refuser les lois de l’Évolution.

Cette crise, un processus de sélection génétique

La crise actuelle montre la réalité de la théorie de l’Évolution. Un virus s’est adapté à un nouvel hôte, nous. La diversité des réponses immunitaires individuelles – qui varient de l’asymptomatique à l’explosion inflammatoire mortelle – nous dévoile que l’humain peut, comme tous les êtres vivants, avoir une panoplie de réponses interindividuelles extrêmement diverses, et cette variation est à la base même du processus qui conduit à l’évolution des espèces.

Malheureusement, la disparition de tant de nos semblables est la manifestation du processus de sélection qui va nous mener sur la voie de notre immunisation commune. Jusqu’à la prochaine mutation virale. Et ainsi de suite.

Certes, la diversité des réponses individuelles est déroutante pour la médecine mais si hôtes et parasites bataillent depuis des millions d’années, ils sont tous soumis à la sélection et le cycle infection / guérison / immunité en sont des principes immuables. On peut d’ailleurs considérer que l’Homme modifie sa propre évolution, à travers les efforts sociétaux pour limiter les décès, optimiser sa fertilité ou via l’arrêt de la sélection par la vaccination.

Les temps changent Photo : Carabo Spain / FlickR / cc

Cependant, la covid-19 nous dévoile que nous ne sommes pas « tout-puissants » ni en dehors du règne animal. Cette réalité qui vient de nous sortir de notre rêve d’invincibilité forme un insondable traumatisme. La nature, concept abstrait imaginé par l’humain, vient nous rappeler que nous ne sommes pas au-dessus des lois de l’Évolution.

En biologie de l’évolution, il y a quelques principes immuables. Le premier est que l’Évolution se joue à l’échelle individuelle. L’individu est le porteur des gènes et de leurs modifications aléatoires, et son succès à les transmettre est dépendant de la sélection. Le second, c’est que pour évaluer les individus et les populations qui réussissent le mieux au regard de l’Évolution, les scientifiques mesurent leur succès reproducteur (combien de jeunes seront produits au cours de la vie par un individu) et la dynamique de croissance des populations (combien d’individus elles contiennent). Une population dont le nombre d’individus est en augmentation s’appuie sur un succès reproducteur global excédentaire, ce qui traduit une certaine harmonie avec son environnement, mais seulement jusqu’à un certain point où les ressources commencent à s’épuiser. Alors, la forte densité de population créé les facteurs qui vont conduire à sa décroissance. Nos sociétés occidentales modernes font donc face à un dilemme crucial : perpétuer le système de croissance de la population jusqu’à l’épuisement de l’environnement ou agir à l’encontre de l’enseignement originel de l’Évolution et consentir à limiter notre succès individuel ?

La covid-19 est une réponse à l’exception évolutive de l’Homme

C’est exactement ce que les sociétés modernes vivent depuis une trentaine d’années. La population mondiale a atteint 7 milliards d’habitants et nous n’avons cessé d’exploiter l’environnement naturel pour nourrir notre société moderne toujours plus gourmande en ressources, au mépris de l’héritage de millions d’années d’évolutions végétale et animale regorgeant de trésors biologiques, mais aussi la plupart du temps du devenir des populations locales.

Cette course en avant a un coût. En biologie évolutive, tout est toujours la résultante d’un compromis, car la vie se développe dans un environnement aux ressources limitées. Par exemple, les espèces de grande taille vivent longtemps, mais se reproduisent peu, les ressources ne permettant pas à un organisme d’être les deux à la fois.

L’Homme est une exception évolutive, car il possède une fertilité anormalement élevée pour sa longévité. Nous ne pouvions que foncer dans un mur dressé par l’Évolution avec notre gain populationnel annuel. La crise du covid-19 est l’un des prémices de la crise environnementale globale dans laquelle nous nous enfonçons depuis des décennies.

Défricher les environnements naturels, surtout dans les zones tropicales et polaires, dévoile et dévoilera encore des organismes dont nous ne connaissons pas la biologie et dont la dangerosité pour l’Homme peut être grande. L’Évolution a conduit des organismes pathogènes et leurs hôtes à se côtoyer pacifiquement après des milliers de générations, faisant des chauves-souris, des grands singes, des pangolins, des porteurs sains de virus divers. Pour certains de ces virus, tel n’est pas notre cas. À force de ne respecter aucun sanctuaire sauvage, ni aucune limite dans notre exploitation des espèces animales, nous créons des voies de transmission des virus dont nous sommes un des chaînons. 

Limiter la fertilité humaine

L’économie, c’est la vie. On peut donc considérer que l’économie, la somme des richesses produites par une société, mais aussi la somme des connaissances, des talents, du travail réalisé par ses membres est un marqueur de la valeur évolutive de cette même société. Ainsi, le taux de croissance d’une société pourrait refléter sa valeur évolutive : plus elle produit de richesses, plus elle croît en puissance et en population.

À l’échelle individuelle, pour chacun d’entre-nous, le succès évolutif reste une valeur très biologique : le nombre d’enfants que chacun de nous élève jusqu’à l’âge adulte. Pour cela, nous dépendons comme tous les animaux de notre accès aux ressources. Maintenant que nous ne sommes plus des chasseurs-cueilleurs, celui-ci dépend fortement de l’éducation dont chaque individu bénéficie, l’échelle des salaires étant pour beaucoup fonction des diplômes ou des savoir-faire que chacun possède.

D’autres crises sanitaires sont à venir si l’Humanité ne change pas son rapport avec son environnement Photo : Visual Hunt / cc

Cependant, ce lien éducation-accès aux ressources-nombre d’enfants a une spécificité chez l’Homme : il est sexe-spécifique et tient pour beaucoup au niveau d’éducation des femmes. La réduction de la fertilité des sociétés modernes est une conséquence de l’émancipation sociale féminine, via l’accès aux carrières professionnelles longues et à un haut niveau de responsabilités ou à des aspirations individuelles autres que le rôle exclusif de mère.

Pour résumer, deux processus évolutifs coexistent chez l’Homme moderne :  la croissance de la population, intimement liée à la croissance économique, et la valeur reproductive individuelle, sur laquelle la sélection agit. Lorsque la croissance de la population est trop forte et épuise les ressources, alors notre succès individuel est menacé. Et maintenant que notre lien à la nature se dégrade, une solution s’impose : limiter notre fertilité pour rétablir l’équilibre avec l’environnement. Une solution, deux possibilités: (i) l’avenir de la femme se dresse au carrefour des liens individu / population, et de son émancipation sociale dépend la stabilisation de la dynamique populationnelle humaine; (ii) l’adaptation à une réduction des ressources via une baisse imposée, comme en Chine il y a quelques années, de la fertilité individuelle. La première solution présente le grand mérite de reposer sur des décisions individuelles. L’avenir de nos sociétés dépend donc des politiques éducatives vis à vis des jeunes générations et de celle de l’égalité des sexes dans la société. Mais elle dépend aussi d’une caractéristique évolutive qui est propre à l’Homme, la conscience qu’il a de lui-même et de la portée de ses actes pour le bien commun.

Diminuer la croissance, préserver l’individu

Face à la crise actuelle, j’ai été très surpris, mais agréablement, que les gouvernements occidentaux choisissent majoritairement d’agir à l’encontre des intérêts naturels de la variable évolutive à laquelle ils attachent le plus d’importance (la population), en réduisant la croissance économique pour sauver notre valeur sélective individuelle.

Certes, une société centralisée comme la nôtre ne peut agir globalement que par la mise en place de règles générales, applicables à tous et donc souvent mal-adaptées à chacun. Le confinement fut une décision qui allait à l’encontre des intérêts sociétaux (la baisse de la croissance), mais qui favorisait les intérêts individuels (la survie des individus). Il est intéressant de remarquer que les systèmes politiques nationalistes ou populistes (Russie, Turquie, États-Unis, Brésil, ou dans une moindre mesure Royaume-Uni) ont fait mine de prendre la décision inverse. Certainement parce que leur politique est basée sur une idéologie fantasmée sur la responsabilité des autres.

Cependant, diminuer la croissance, c’est réduire l’accès aux ressources des individus et la valeur sélective de chacun d’entre nous. D’où les critiques instinctives qui émergent ça et là. Rappelons qu’aucun parti n’a su prévoir l’arrivée de la crise de la Covid-19 et vous ne trouverez aucune allusion à un quelconque virus dans les discours passés et récents des grands élus nationaux, ou à sa compréhension comme une conséquence des changements globaux actuels. Il reste que la stratégie de déconfinement, où le pouvoir centralisé émet des règles générales modulées à l’échelle locale par les maires et les préfets, est sans doute la plus adaptée.

Cela tend à montrer qu’une réponse la plus individuelle possible est la meilleure réponse à une crise globale, car l’individu reste la cible de la sélection naturelle. Et elle pourrait s’avérer salvatrice si elle initie un changement de paradigme économique, du citoyen vers les dirigeants. En effet, la diminution de la croissance économique, ou le changement de paradigme économique sont considérés comme une réponse plausible face à la crise environnementale. D’autres intérêts sociétaux existent ; bonheur intérieur brut au lieu de produit intérieur brut, valeur monétaire de la biodiversité à intégrer au calcul du PIB… Les conséquences de la Covid-19 sur notre système économique seront sans doute douloureuses, mais pourront aussi être source d’améliorations si nous savons le repenser.

L’Homme doit se détacher de l’Évolution

C’est là que l’Homme doit faire sa révolution et se sortir des contraintes de l’Évolution. Là où les élites faillissent, la réponse est citoyenne, et nous nous devons de répondre d’abord individuellement à la crise actuelle. Si le parallèle entre évolution et économie s’avère exact, alors le citoyen est la source du changement sociétal à venir. 

Puisque nous sommes la cible privilégiée de la sélection naturelle, alors les changements individuels ne peuvent être que la source d’une réponse globale réussie face au réchauffement climatiques et aux crises qui lui sont associées.

En tant qu’individu, nos décisions engendrent des conséquences qui ont une importance pour l’avenir de l’Homme. Nos décisions quotidiennes en tant que consommateurs pour privilégier la limitation de l’empreinte carbone. Nos décisions en tant qu’animaux sociaux pour privilégier le lien commun. Nos décisions en tant qu’êtres animés de conscience pour prendre en compte l’impact à long-terme de nos actes sur l’avenir des futures générations. Nos décisions citoyennes en étant concernés par les politiques publiques et en optant pour celles qui n’ont pas peur des changements de paradigmes, même économiques, qui préservent des règles éthiques mondiales dans tous les domaines, et qui regardent l’environnement pour ce qu’il est, sorte de Joconde résultant d’une évolution à l’œuvre depuis des milliards d’années. Enfin, nos décisions en tant qu’êtres issus de l’Évolution. Nous devons repenser notre valeur sélective individuelle, c’est-à-dire le nombre d’enfants que nous produisons, pour diminuer la pression exercée par la population humaine sur son environnement.

Les représentants nationaux et internationaux que nous aurons choisis devront accompagner d’une législation en accord avec les changements que nous aurons réalisés à l’échelle individuelle, mais aussi avec une nouvelle politique fraternelle et durable vis-à-vis de nos partenaires internationaux.

Si nous faisons ceci, nous sortirons l’Homme de ces contraintes évolutives et lui donnerons l’humanité qu’il s’adjuge arbitrairement depuis si longtemps, car il gagnera sa place au sein de l’arbre de l’Évolution en tant qu’espèce ayant réduit son espace pour sauver l’ensemble de la maison Terre. En biologie, il est coutume de dire que rien n’a de sens en dehors de l’Evolution. Espérons qu’en économie et en politique cela soit également une vérité.

Dr François Criscuolo

Un dernier conseil de l’Eurométropole sur fond de troisième tour

Un dernier conseil de l’Eurométropole sur fond de troisième tour

Le conseil de l’Eurométropole se réunit une dernière fois alors que la campagne de « troisième tour » du futur exécutif pour l’agglomération a déjà discrètement débuté. La coalition adoptera un budget supplémentaire liée à la crise sanitaire. À suivre en direct à partir de 9h.

Après la page Roland Ries à Strasbourg lundi, c’est celle de Robert Herrmann (PS) qui doit se tourner ce vendredi 12 juin à l’Eurométropole.

L’assemblée des 33 communes adoptera un budget supplémentaire qui intégrera les dépenses liées à la crise du coronavirus. Lundi, la Ville de Strasbourg s’était contentée d’une « communication » aux élus sur ces impacts à venir.

Dans le cas de l’Eurométropole, les nouvelles dépenses (14,3 millions d’euros) sont bien plus fortes que les manques à gagner (1,9 M€). La collectivité va notamment verser 9 millions supplémentaires à la CTS, le « versement transport » des entreprises étant en berne. À cela, s’ajoute l’achat de protections (3,5 M€ en partie remboursés par l’État et les communes), les mesures de soutien à l’Économie (2 M€), les primes aux agents (1,3 M€), etc.

Côté pertes de recettes, la taxe de séjour (2 M€), ainsi que les produits tarifaires et des redevances « principalement liées à la fermeture des
piscines » (1,5 M€) constituent les principaux sujets.

Quelques économies compensent cette facture entre l’annulation d’événements (-1,2 M€) et une moindre consommation d’énergie, d’eau et d’impressions (-0,9 M€).

Les comptes de 2019 et la gouvernance future

Avant cela, comme à la Ville de Strasbourg, les élus devront adopter le compte administratif de 2019, c’est-à-dire les dépenses réellement engagées. Pour le fonctionnement, 693,5 millions d’euros ont été versés et 751,5 encaissés. La somme des investissements s’élève à 267,8 millions d’euros. L’occasion de passer en revue l’année passée, voire l’ensemble du mandat de la coalition droite-gauche. Les autres points de l’ordre du jour (13 au total) sont plutôt consensuels ou relèvent des affaires courantes.

Pour les élus des 32 communes voisines de Strasbourg, cette séance peut être une dernière occasion d’envoyer des messages publics aux candidats Strasbourgeois. Certains maires ont peu goûté que les listes se partagent les futurs postes à l’Eurométropole lors des négociations fructueuses (entre LR et LREM) ou infructueuses (entre PS et EELV) de second tour, comme si c’était un acquis. En coulisses, le « troisième tour », qui devra déboucher sur une majorité mi-juillet avec les maires, a déjà débuté.

À suivre en direct-vidéo à partir de 9h.

Près de Mulhouse, des citoyens pensent avoir démasqué Amazon

Près de Mulhouse, des citoyens pensent avoir démasqué Amazon

L’enquête publique concernant un gigantesque entrepôt destiné au commerce en ligne à Ensisheim se termine. Derrière la société loueuse, il pourrait s’agir d’un équipement pour Amazon.

La volonté d’implantation d’Amazon à Dambach est déjà connue. Mais il existe un projet d’entrepôt géant plus avancé au sud de l’Alsace. Pourtant, l’identité de l’acquéreur d’Eurovia Project 16, à Ensisheim près de Mulhouse, reste un mystère à l’approche de la fin de l’enquête publique.

Un entrepôt 24h/24

Implanté sur des terres agricoles en bordure d’Ensisheim, à proximité de l’autoroute A35, le projet de 189 652 mètres carrés sur 4 niveaux s’étale sur 15,7 hectares dans le Parc d’activités de la Plaine d’Alsace (le « Papa »).

Sur place, 1 800 salariés se relaieront 24h/24 et 7j/7 par équipes de 600 au rez-de-chaussée, auquel on ajoute une cinquantaine de responsables administratifs. Dans les 3 étages, tout sera automatisé. L’entrepôt doit générer un trafic routier de 611 véhicules légers « par poste » et 300 poids lourds par jour.

Les élus locaux pressés d’accueillir l’entrepôt

La société Eurovia 16 Project (à ne pas confondre avec Eurovia, filiale BTP du groupe Vinci), louera cet emplacement. Filiale du groupe luxembourgeois Logistics Capital Partners (LCP), dont l’activité est la construction et location d’entrepôts en Europe. Le groupe a ouvert un bureau en France début 2019. La société Eurovia Project 16 a été fondée le 3 septembre 2019, spécifiquement pour cet investissement, dont le montant n’est pas communiqué.

Le plan des installations (extraits du dossier d’enquête publique »

En vue d’établir un dossier d’installation auprès de la préfecture du Haut-Rhin, Eurovia 16 Project a sollicité un avis d’implantation à la communauté de communes par courrier daté du 17 septembre. Deux jours plus tard, son président Michel Habig, maire d’Ensisheim (divers droite) donne un avis favorable. Le 1er octobre, l’autorité environnementale est saisie par la préfecture du Haut-Rhin.

Le maire depuis 1995, réélu en 2020, Michel Habig (divers droite) et vice-président au conseil départemental du Haut-Rhin n’a pas donné suite à notre sollicitation. Cet agriculteur à la retraite, président de la communauté de communes de centre Haut-Rhin (CCHR) depuis 2003 a piloté le P.A.P.A qui remplace des champs de maïs, luzerne, de fraise et de soja selon l’étude d’impact du Papa.

Le conseil départemental du Haut-Rhin, la future collectivité européenne d’Alsace (CEA) en 2021, soutient cette zone d’activités en réaménageant les accès routiers pour supporter le trafic supplémentaire. Après le confinement, sa présidente Brigitte Klinkert (divers droite) s’est rendu sur les travaux pour appuyer cet investissement de 10,5 millions d’euros.

L’accès à la zone doit être revu.

29 « insuffisances » détectées

Dans son communiqué de presse, l’Autorité environnementale du Grand Est parle d’ »insuffisances du dossier » qui ont mené à de « nombreuses recommandations (29, ndlr) portant sur la justification du choix du site, l’intégration locale du projet et la maîtrise du risque incendie ».

De manière plus générale, l’instance de l’État est très sceptique sur la multiplication de ces entrepôts géants en France :

« La Mission régionale de l’Autorité environnementale recommande aux ministères compétents de produire une analyse nationale des équipements logistiques pour présenter un bilan environnemental global qui permettrait d’éclairer les porteurs de projets, les territoires et le public. »

Extrait de l’avis de l’autorité environnementale

En clair, si les décideurs étaient mieux informés sur les conséquences, ils ne s’engageraient peut-être pas dans de tels projets. Le rapport questionne divers aspects, comme la taille du parking, l’intérêt des panneaux photovoltaïques (30% de la surface mais 10% de l’auto-consommation d’énergie et un risque incendie accru), les pollutions générées par le trafic non-comptabilisées ou le « taux de remplissage de moins de 12% ».

Rapporteur de la mission pour l’Autorité environnementale, Jean-Philippe Moretau s’interroge sur l’absence de « solution de substitution raisonnable pour limiter les nuisances ». « C’est un projet de logistique routière pure et dure là où l’on pourrait imaginer une implantation tri-modale, ferroviaire fluvial et routier », complète le technicien.

Les enjeux selon Eurovia

Les enjeux indentifiés par Eurovia 16

En charge du projet pour Eurovia Project 16, Emmanuel Mercier justifie le choix du lieu :

« Il y a eu une volonté générale et persistante des collectivités locales en Alsace pour que ce type d’activités soient accueillies à cet emplacement, où il n’y a pas d’enjeu de biodiversité ni de village à traverser pour y accéder. Ces choix ont été confirmés aux élections municipales. Les alternatives n’étaient pas aussi bien préparées. »

Le mémoire en réponse liste six autres lieux du Haut-Rhin comme la future zone d’activité de Fessenheim, une ancienne base aérienne, une station d’épuration d’eaux industrielles à Huningue, le port de Mulhouse ou son aérodrome.

« Ce type de projet est la conséquence de la politique Transports de la Région qui a privilégié les poids-lourds plutôt que de développer le ferroviaire ou le fluvial », estime pour sa part le co-secrétaire régional d’Europe Écologie Les Verts, Michaël Kugler.

Vue de loin de l’entrepôt. Eurovia 16 aura comme voisin Eurovia 15 Photo : extrait du dossier d’enquête publique

Sur le risque incendie, Jean-Philippe Moretau détaille :

« S’il y a bien un aspect particulier de ce projet qui nous a interpellés, c’est la sécurité incendie. Compte tenu de la taille, les conséquences sur un site aussi grand sont très difficiles à imaginer. Il est possible de pomper quelques heures toutes les capacités du réseau d’eau local. Dans ce cas, être à proximité d’un cours d’eau est un atout, ce qui n’est pas le cas ici. Puis cela pose la question où iraient les eaux polluées. »

Sur ce point, Eurovia Project 16 renvoie vers son mémoire en réponse de 51 pages, mais ne cite pas de modification suite au rapport. On y apprend que la société puisera « un tiers des capacités » dans le réseau d’eau potable public (240 m3/h) et que deux tiers seraient stockés sur place (deux réserves de 480 m3 chacune). Un calcul qui suppose que l’intervention dure deux heures maximum. « Les obligations environnementales porteront sur l’exploitant, Eurovia 16, et l’occupant aura à charge de les respecter », ajoute Emmanuel Mercier.

« Amazon ou un concurrent, c’est pareil »

Pour de nombreux collectifs locaux, nationaux ou encore le candidat écologiste à la mairie de Mulhouse, Loïc Minery, la méthode « ressemble à celle d’Amazon ». « Amazon ou un concurrent, le principe est le même. Tout ce qui sera acheté là-bas ne le sera pas localement », évacue Joseph Baumann, membre du Réseau d’urgence climatique Sud Alsace (Rucsa), mobilisé contre ce projet.

« Nous développons nos capacités en Europe pour fluidifier notre chaîne logistique. Toutefois, nous n’avons à ce jour rien à annoncer près de Mulhouse », répond pour sa part Amazon France à notre demande. Eurovia indique qu’elle discute encore avec plusieurs loueurs, tandis que Michel Habig a déclaré aux DNA que le nom sera communiqué « une fois le permis de construire purgé de tout recours », dans une grande manifestation de la transparence à la française.

Illustration de l’intérieur de l’entrepôt Photo : extrait de l’enquête publique

Quelques indices guident vers la société de Jeff Bezos. Avant de fonder LCP en 2015, le président d’Eurovia 16, Kristof Vertstraeten, a été consultant pour les implantations Amazon. Mais il est vrai que LCP a travaillé avec d’autres enseignes comme Primark. Pour expliquer la durée de trois semaines de la Mission autorité environnementale, Jean-Philippe Moretau indique :

« Nous avions étudié un premier exemple d’entrepôt de même niveau dans le Grand Est, pour la société Argan à Metz. Cette base nous a permis d’élargir la mission à une réflexion plus large ».

Après un an de vrai-faux suspens, le président de Metz-Métropole, Jean-Luc Bohl (centre droit), a dévoilé en août 2019 que le projet Argan serait bien exploité par Amazon. Comme les autres élus, il était tenu par une « clause de confidentialité » qui l’obligeait à taire le nom de l’entreprise.

Concernant l’entrepôt d’Ensisheim, Joseph Baumann raconte sa découverte du projet lors d’une réunion en préfecture :

« En octobre 2019, la presse locale évoque ce projet, mais la mairie dément. Puis à la commission départementale de préservation des espaces naturels et agricoles du 12 février, où je siège pour Alsace Nature, on apprend de manière détournée que tout est prêt. En fait, nous sommes saisis pas sur le projet, mais sur l’étude d’impact sur le monde agricole. La description est assez vague, on nous dit qu’il y aura des fournitures de bureaux, des crayons, des ordinateurs. L’étude était incomplète, car elle concluait qu’il n’y aurait pas d’impact sur les filières. Or s’il y a moins de terres agricoles, cela va pousser les autres à être encore plus productives, avec plus des pesticides. On y a eu des échanges assez durs avec le maire d’Ensisheim, mais cela a conduit à un avis réservé. Il a été acté une recommandation, que le porteur de projet se rapproche des agriculteurs locaux pour des compensations économiques. Quelques jours plus tard l’enquête publique a été lancée. »

Engagé avec le « Chaudron des Alternatives », collectif à Sélestat, Pascal Lacombe liste les reproches des associations environnementales contre les deux projets d’entrepôts, à Ensisheim et Dambach :

« À l’heure où Amazon se lance dans une stratégie de livraison en 24 heures, ces implantations posent des problèmes multiples, la maltraitance de l’emploi, l’évasion fiscale, un modèle consumériste, alors qu’Amazon est connu pour détruire des articles invendus, la pollution locale. Au-delà de ces aspects, il y a la question démocratique. Un élu doit la transparence sur les projets qu’il mène. Le problème est que les communautés de communes sont attirées par les perspectives fiscales à leur échelle. »

« Rapprocher les centres logistiques des bassins de consommation et d’emploi permet de réduire l’impact environnemental », répond pour sa part Emmanuel Mercier.

Des exemples de robots dans les niveaux.

Vers une nationalisation du débat ?

Comme pour le projet Amazon à Dambach-La-Ville, les opposants espèrent des prises de position claires des différents élus locaux. Mais surtout, ils comptent obtenir des décisions nationales. Ils s’appuient notamment sur la pétition de la Confédération des Commerçants de France, qui demande « un moratoire » sur les entrepôts Amazon.

Le texte est soutenu par certains députés de la majorité. « La différence par rapport aux premières tranches du P.A.P.A, c’est que depuis le président de la République a promis zéro artificialisation nette des sols ! », pointe Joseph Baumann.

Instagram, Discord, TikTok… Le coronavirus pousse la Maison des ados à investir les réseaux sociaux

Instagram, Discord, TikTok… Le coronavirus pousse la Maison des ados à investir les réseaux sociaux

Confinement et déconfinement ont pu être vécus comme une épreuve par certains adolescents. Les professionnels de la Maison des ados à Strasbourg testent de nouvelles méthodes pour entrer en relation avec ces jeunes.

Allen (tous les prénoms des adolescents ont été modifiés), 20 ans, n’a pas supporté de vivre reclus avec sa famille. Habitant Brumath, il a squatté chez des potes dès le début du confinement. Puis les parents des amis lui ont demandé de partir. Le jeune homme a disparu quelques jours. Il a trouvé du travail et il est parti dans une autre région.

Sara, 14 ans, est une élève studieuse mais elle ne répond plus à ses profs. La Strasbourgeoise n’a pas rendu un devoir depuis deux semaines. Louise, de Strasbourg également, 15 ans, a quitté la maison une fois le confinement fini. Un départ de trois jours et trois nuits. De retour, elle n’a pas voulu dire où elle était allée.

Ces témoignages épars recueillis au cours de cette période de propagation du virus et de confinement, interrogent : les adolescents ont-ils été particulièrement atteints par cette crise sans précédent ?

Un atelier masques et photographie organisé à la Maison des ados Photo : Projet Memento P-mod graphies / doc remis

À la Maison des ados (MDA), près de l’Hôpital civil, des masques blancs en coton sont accrochés au lierre qui grimpe au mur de la cour. « Vener », « Bulle », « Incertitude », « Furax », mais aussi « Re Naissance » ou « Liberté ». Ces mots sont ceux de jeunes de retour dans la structure depuis le déconfinement. Lors d’un atelier, les animateurs leur ont proposé d’inscrire des messages sur le tissu qui les protège et cache une partie de leur visage.

« Les ados ont enfin eu le droit de se confiner »

Le docteur Vincent Berthou travaille au sein de la structure qui accueille des jeunes de 11 à 25 ans. Le psychiatre tempère l’impression d’une période particulièrement éprouvante pour les adolescents :

« Au début, on a pu craindre des effets psychotraumatisants, c’est vrai pour certains : il y a eu une recrudescence d’angoisses liées à la contagiosité par exemple. Mais sinon c’est une période qui a été plutôt bien vécue il me semble. Peut-être que les ados qui se « confinent » facilement habituellement ont plus su s’adapter que d’autres tranches d’âge ? Ils ont enfin eu le droit de se mettre dans leur espace à eux et dans leur espace numérique. »

Mais ce constat ne doit pas masquer une situation très contrastée selon le praticien :

« La période a renforcé des difficultés préexistantes, de même que pour les inégalités sociales ou numériques en général. Ceux qui vont bien ont trouvé des ressources plus facilement, pas les autres… »

Un atelier masques et photographie organisé à la Maison des ados. (Photo Projet MémentoPhoto : P-mod photographies / doc remis)

Pour ceux qui évoluent dans un environnement familial compliqué ou violent, l’enfermement et l’assignation à domicile ont décuplé les difficultés. La période du confinement a déjoué pas mal d’attentes et les professionnels ont dû s’adapter, commente le psychiatre.

« On a pu se dire que pour ceux atteints de phobie scolaire la période allait être positive, mais en fait ce n’est pas si simple. Quand autour d’eux le monde s’arrête et que le temps est suspendu, cela peut renforcer le repli sur soi. On a été chercher certains, mais il y en a qu’on a totalement perdu de vue, comme cette jeune fille que l’on arrivait plus à joindre. Au bout de deux mois on a réalisé qu’elle était enceinte, alors que son premier enfant est déjà placé. »

« Nous devons aller chercher les ados »

Si la Maison des ados a fermé ses portes et cessé d’accueillir physiquement pendant le confinement, téléphone et visio-conférence ont pris le relais. Alexandre Feltz, médecin généraliste, adjoint au maire de Strasbourg et président de la structure, souligne que ces nouvelles pratiques ont permis de garder le lien :

« D’une soixantaine de rendez vous physiques, nous avons pu en maintenir une trentaine environ. L’accueil a repris le 18 mai. Ce que l’on craint, ce sont ces personnes qui ont presque “trop” respecté le confinement et ne sont pas sorties du tout. La base de la relation est présentielle, nous devons aller les chercher. »

Un atelier masques et photographie organisé à la Maison des ados (Photo Projet Mémento
Photo : P-mod photographies / doc remis)

Les activités collectives constitue une part importante de l’activité de la structure. Son budget annuel d’1,2 millions € est principalement versé par l’agence régionale de santé. Mais ces animations de groupe ne reprendront qu’en septembre. Avec le déconfinement, d’autres enjeux surgissent avec la fin prématurée de l’année scolaire et universitaire. Delphine Rideau, directrice de la MDA et assistante sociale, les identifie :

« Que va-t-il se passer ? Certains qui pensaient être prêts pour leurs examens ont échoué à cause de l’admission sur dossier et ont l’impression d’avoir perdu la main. Le risque c’est aussi d’avoir des ados qui ont du mal ressortir de chez eux. La tension est courante à cet âge entre le fait de vouloir quitter le nid et de finalement s’y trouver bien. »

Les dégâts de l’infantilisation

La période de transition, un déconfinement incomplet et des interdits qui subsistent (contre les rassemblements de plus de dix personnes par exemple) pourraient s’avérer problématiques selon le Dr Vincent Berthou :

« L’infantilisation : interdire plutôt que de faire confiance, a été très présente pendant cette crise. Or, à l’adolescence, on n’aime pas être pris pour un enfant. Il y a un besoin d’autorité mais pas d’autoritarisme à cet âge là. Cela n’aide pas à grandir ni à être adulte. Le match qui a réuni 400 personnes ? Il faut entendre ce que cela signifie, l’enjeu de l’adolescence est de conquérir sa liberté. »

Des mots expriment le vécu du confinement par les ados (Photo Projet MémentoPhoto : P-mod photographies / doc remis)

Sur les réseaux sociaux, des ambassadeurs à la rescousse

Delphine Rideau estime que la multiplication des canaux numériques a pu aider certains ados hésitants à se déplacer. Dès le début du confinement mi-mars, l’équipe de la MDA Strasbourg a mis sur pied un projet innovant : de jeunes ambassadeurs présents sur les réseaux sociaux les plus fréquentés par les adolescents : Instagram, Snapchat, Tik Tok et Discord. Recrutés parmi des étudiants en psychologie ou en travail social, cette escouade de 25 profils a été très active durant toute la période de confinement. Parmi eux, Keziah, 23 ans en master de psycho, estime qu’environ 100 jeunes qui ne faisaient pas partie du public de la MDA ont pu être touchés :

« Le confinement était une situation nouvelle, c’était très intéressant pour nous de savoir quel effet cela a pu avoir sur les ados et les jeunes. Pendant toute cette période, on a pu être au plus près de ceux en difficultés, on a été le premier maillon de la chaîne. »

Un atelier masques et photographie organisé à la Maison des ados (Photo Projet MémentoPhoto : P-mod photographies / doc remis)

Les ados étaient ensuite orientés vers les professionnels de la MDA. Si les ambassadeurs ont bénéficié d’une formation, ils ont aussi apporté leur connaissance des codes et des usages de ces réseaux, parfois mal maîtrisés par les praticiens plus âgés, comme le raconte Manon, 21 ans, étudiante en deuxième année d’éducateur spécialisé :

« Au départ on sentait les ados réticents à échanger avec nous. Peut-être aussi parce que que nous ne sommes pas en photo mais représentés par des avatars, mais petit à petit on a su créer un lien en organisant des jeux et des ateliers d’écriture. J’ai senti que cela avait fait beaucoup de bien à ceux qui nous contactaient. »

Les ambassadeurs ont attiré l’attention de la Fondation de France qui a appuyé financièrement le projet à hauteur de 13 500€. La MDA envisage de prolonger leur mandat et l’expérience, inédite, pourrait être étendue à d’autres structures sur tout le territoire.

Malgré l’interdiction, syndicats et collectifs de soignants manifesteront le 16 juin

Malgré l’interdiction, syndicats et collectifs de soignants manifesteront le 16 juin

Collectifs et syndicats de soignants appellent à une manifestation, de la place Kléber à l’Agence régionale de santé, mardi 16 juin en soutien au personnel soignant.

La colère du personnel hospitalier ne retombe pas malgré le « Ségur de la santé« . Cette concertation lancée par le gouvernement avec divers représentants du personnel soignant devrait se terminer mi-juillet. Malgré les promesses de réforme et de revalorisation salariale, une dizaine de collectifs hospitaliers et de syndicats appellent à une grande journée de manifestation sur tout le territoire mardi 16 juin. À Strasbourg, les soignants, paramédicaux et leurs soutiens sont invités à se réunir à 14 heures sur la place Kléber.

Les manifestants se dirigeront ensuite vers l’Agence Régionale de Santé (ARS), située 14 rue du Maréchal Juin. Une fois sur place, les syndicats et représentants du personnel soignant rencontreront la directrice générale de l’ARS, Marie-Ange Desailly-Chanson pour faire part de leurs revendications. Durant le cortège, les organisateurs appellent à respecter les règles et mesures d’hygiène, comme le port du masque et le respect d’une distance d’un mètre entre chaque personne.

Hausse des salaires et plus de moyens

Dans un communiqué commun, les organisations syndicales AMUF, SNIP CFE, CGC, CGT, FO, SUD, UNSA, les collectifs Inter Urgences, Inter Hôpitaux, le printemps de la psychiatrie et la coordination nationale des Comités de Défense des Hôpitaux et des Maternités de proximités demandent précisément :

    Une revalorisation générale des salaires de tous les personnels et une reconnaissance des qualifications des professionnels de santé. Un plan de formation pluridisciplinaire et de recrutementUn renforcement des moyens financiers significatif pour les établissements, avec une augmentation des budgetsL’arrêt de toutes les fermetures d’établissements, de services et de litsDes mesures garantissant l’accès, la proximité et l’égalité de la prise en charge pour la population.

Selon le panorama de la Santé 2019, la France est classée 28e sur 32 parmi les pays membres de l’OCDE sur les salaires infirmiers, en comparaison au salaire moyen du pays.

Comme l’affirmait dans nos colonnes Christian Prud’homme, secrétaire général du syndicat Force Ouvrière (FO) des hôpitaux universitaires de Strasbourg, entre 200 et 300 lits ont été supprimés ces 4 dernières années dans la capitale alsacienne.

Une aide-soignante strasbourgeoise à l’initiative

À l’initiative de cette manifestation à Strasbourg, une aide soignante en Ehpad depuis 15 ans, en collaboration avec le syndicat Force Ouvrière du Bas-Rhin :

« Cela fait plus de 10 ans qu’on manifeste pour plus de moyens, mais là, c’est de pire en pire… La covid a au moins permis à tout le monde de se rendre compte qu’on est vraiment pris pour des cons ! On ne peut plus continuer à travailler dans ces conditions ! »

Un travail dans la peur et sans matériel

Dans son Ehpad, elle a dû s’occuper de 5 résidents testés positif au covid-19 et de 22 cas isolés pour suspicions. Un travail qu’elle a dû faire la peur au ventre et en manque de moyens matériels :

« On était en rupture de tout, de gel hydroacoolique, de masque, de blouse… Si on a tenu, c’est uniquement grâce aux dons des entreprises et des particuliers ! J’avais les mains qui saignaient à force de me les laver… Et le soir quand je rentrais chez moi, je me douchais au « Dakin » (solution antiseptique)… J’avais peur de transmettre le virus aux patients ou à ma famille parce qu’on travaillait dans des conditions exécrables. »

Durant la pandémie, de nombreux personnels hospitaliers ont alerté sur les faibles stocks de masques dans les hôpitaux alsaciens. Une pénurie gérée par les autorités sanitaires en appliquant de faibles standards de protections, mettant ainsi en danger le personnel soignant.

Les citoyens encouragés à soutenir les soignants

C’est précisément cette colère qui a poussé cette aide-soignante à organiser cet événement. Quand elle a entendu que les syndicats et collectifs appelaient à une manifestation nationale pour les soignants, elle a créé un événement Facebook pour un rassemblement à Strasbourg : « Il faut que les choses bougent ! On a besoin d’être enfin entendus, compris et valorisés ! » explique-t-elle.

L’organisatrice de la manifestation espère que cette fois, en plus des soignants, les citoyens strasbourgeois seront là pour les soutenir : « Les applaudissements c’est bien beau, mais ça ne fait pas changer les choses ! » lance-t-elle.

Un cadre juridique encore incertain

La demande de manifestation a été déposée à la préfecture la semaine dernière avant d’être refusée une première fois. Cette ancienne aide-soignante se dit écœurée par cette décision :

« Sous prétexte que les rassemblements de plus de 10 personnes sont interdits, on nous empêche de manifester. Mais on est des soignants, et on est les premiers à connaître l’importance des gestes barrières ! Cela fait plus de 10 ans qu’on manifeste et il n’y a jamais eu aucun débordement. Cette décision est juste un moyen de nous faire taire ! »

Lundi 8 juin, la députée Martine Wonner a adressé une lettre à la préfète du Bas-Rhin, Josiane Chevalier, pour lui demander d’autoriser de la manifestation. Mercredi 10 juin, la candidate Parti Socialiste aux élections municipales Catherine Trautmann a aussi écrit à la préfète afin que les soignants soient autorisés à manifester. Le syndicat FO, lui, a réitéré sa demande mardi 9 juin, également dans une lettre ouverte adressée à la préfecture. À ce jour, aucune réponse officielle n’a été transmise.

Manifestation maintenue dans tous les cas

« Quoi qu’il en soit cette manifestation aura lieu ! », renchérit l’organisatrice. Si nécessaire, elle explique que les manifestants se rejoindront ailleurs, sûrement devant un hôpital et défileront en petits groupes de 10 jusqu’à l’ARS. À ce jour, presque 800 personnes ont indiqué participer à la manifestation sur l’événement Facebook.

Nouvelle manifestation contre le racisme et les violences policières dimanche

Nouvelle manifestation contre le racisme et les violences policières dimanche

Plusieurs associations et collectifs relaient un appel à se rassembler contre les violences policières et le racisme dimanche 14 juin sur la place Kléber.

À Strasbourg, un nouveau rassemblement contre le racisme et les violences policières est annoncé pour le dimanche 14 juin de 14h à 17h. La manifestation « Sans justice pas de paix » doit avoir lieu place Kléber. Ce rassemblement est organisé « à l’initiative de citoyennes et de citoyens racisés », comme l’indique l’événement Facebook. Des collectifs comme Mama Road, le syndicat CGT du Bas-Rhin et d’autres associations appellent à soutenir ce mouvement. Ainsi Antonio Gomez, membre du collectif D’ailleurs nous sommes d’ici 67, observe avec satisfaction ces « jeunes qui n’ont pas d’engagement politique à la base et qui commencent à militer ». Il tient aussi à ce que ces « jeunes, les premiers concernés, restent autonomes. »

Tract de mobilisation pour le rassemblement « Sans justice, pas de paix », dimanche 14 juin, Place Kléber, à Strasbourg.

Des revendications en continuité avec l’actualité

Ce second événement fait suite au rassemblement du vendredi 5 juin sur la même place. Il avait réuni des milliers de manifestants pour rendre hommage à Adama Traoré et Georges Floyd, Français et Américain décédés lors de leur interpellation par la police, en 2016 et 2020.

Cette fois, l’événement Facebook mentionne aussi le soutien du mouvement à la famille d’Hocine Bouras. Originaire de Colmar, il avait été tué par un gendarme lors de son transfert en 2014. La Cour de cassation avait confirmé la légitime défense pour le gendarme. Mardi 9 juin, lors d’un rassemblement à Colmar contre les violences policières, Fatiha Bouras, sa mère, était présente pour « réclamer justice » et que la mort de son fils soit considéré comme un assassinat.

Cet été, pas de feu d’artifice mais des Illuminations, les Docks et du cinéma en plein air…

Cet été, pas de feu d’artifice mais des Illuminations, les Docks et du cinéma en plein air…

La Ville de Strasbourg a présenté mardi sa programmation estivale, adaptée aux règles sanitaires. Voici la liste des événements maintenus et leur déroulement.

Inscriptions obligatoires, nombre de personnes limité, scènes réduites… La Ville de Strasbourg a maintenu la plupart de ses rendez-vous estivals, en les adaptant aux mesures sanitaires et avec une thématique : le « slow life », qui est le « bien vivre » selon le maire, Roland Ries.

Un 14 juillet sans feu d’artifice

Pour le 14 juillet, il n’y aura pas de feu d’artifice. Les regroupements de plus de 5 000 personnes étant interdits jusqu’en septembre. Cette année, la Fête nationale doit rendre hommage « à toutes les personnes qui se sont investies pendant la crise sanitaire ». Un pique-nique sera organisé au jardin des Deux-Rives, accompagné de jeux et de musique. En fin de soirée, plusieurs bâtiments de la ville seront éclairés aux couleurs du drapeau national. Des messages d’hommages aux soignants seront projetés sur les façades dans la soirée.

Du cinéma de plein air au jardin des Deux-Rives

L’autre grand événement de l’été, la Symphonie des Arts par l’Orchestre philarmonique de Strasbourg, est annulé. L’OPS proposera en revanche des petits concerts, itinérants avec 2 ou 3 musiciens, dans les Ehpad.

Comme les années précédentes, des séances de cinéma de plein air sont prévues tous les vendredis soirs, à partir de mi-juillet, en partenariat avec les associations Le Troisième Souffle et Les Films du Spectre. Ces dernières se chargeront également d’animer ces soirées avec DJ, jeux, quiz… Mais cette fois, l’emplacement est fixé au jardin des Deux-Rives.

Les Docks d'été reviennent avec des horaires plus étendus sur la presqu'île Malraux. (Photo : Ville de Strasbourg)
Les Docks d’été reviennent avec des horaires plus étendus sur la presqu’île Malraux. Photo : Ville de Strasbourg

Les Illuminations, Docks d’été et Festival des arts de la rue maintenus

Le spectacle des Illuminations de la cathédrale de Strasbourg est maintenu à partir de mi-juillet. Plusieurs projections se succéderont chaque soir, d’une durée de 12 à 15 minutes sur la façade occidentale (coté ouest, rue Mercière). Pour y assister, il sera nécessaire de s’inscrire au préalable, étant donné que le nombre de places sera limité.

Les plages éphémères ou « Docks d’été » seront accessibles à partir de fin juin. Comme chaque été, il sera possible de s’installer les pieds dans le sable devant la médiathèque Malraux. Des animations pour les enfants auront lieu, tout en respectant les mesures sanitaires. Cependant, les familles devront s’inscrire au préalable et devront apporter leur propre matériel de plage (transat, serviette, jeux…).

Le festival des arts de la rue de Strasbourg (Farse) aura également bien lieu cette année, du 7 au 9 août. Là aussi, tout se déroulera sur des surfaces limitées avec un nombre de spectateurs réduit, qui se seront inscrits auparavant. La programmation sera dévoilée ultérieurement. Les plus gros spectacles ont été annulés.

À partir du 17 juillet, des représentations folkloriques alsaciennes en costume reprendront chaque dimanche matin. Une série de concerts de musique traditionnelle, menés par des petits orchestres locaux, sera également organisée en soirée dans le centre-ville.

Les activités culturelles et sportives reprennent

La culture reprend elle aussi progressivement. Les musées municipaux réouvrent à partir du 13 juin ainsi que le 5e lieu, tout comme les visites de la cathédrale. L’Espace K devrait également pouvoir réouvrir et proposer une programmation adaptée pendant l’été. Les bibliothèques et médiathèques vont proposer une forme d’emprunt « click & collect » : les livres pourront être réservés sur Internet avant d’être cherchés par les utilisateurs.

Coté sports, la Ville proposera des activités de fitness, de marche nordique, de step, de parcours ou de breakdance du 8 juillet au 23 août, du mercredi au dimanche, en petits groupes, avec un animateur pour 9 participants.

Maintenir les événements pour relancer l’économie locale

Avec la crise sanitaire, une grande partie des festivals, fêtes, et évènements ont dû être annulés. Pour Roland Ries, maire de Strasbourg, maintenir ces animations est aussi un moyen de relancer l’économie locale :

« Les rues ont été désertes pendant des mois. La reconquête de l’espace urbain par les habitants était nécessaire pour donner envie aux habitants de revenir. Les commerces sont désormais ouverts, les restaurants aussi, il faut donc redonner cette confiance pour que les gens reviennent au coeur de Strasbourg ».

Les événements doivent majoritairement se dérouler sur un axe allant du centre-ville aux Deux-Rives mais la municipalité promet des rendez-vous dans chaque quartier de Strasbourg tout au long de l’été.

Une Fête de la musique « sans rassemblement », entre concerts aux balcons et déambulations

Une Fête de la musique « sans rassemblement », entre concerts aux balcons et déambulations

La Fête de la musique aura bien lieu, mais elle a dû être repensée pour répondre aux contraintes sanitaires liée à la pandémie de coronavirus. Au programme : concerts aux balcons et déambulations dans les quartiers.

Eurockéennes de Belfort, Décibulles, Pelpass Festival, Contre-Temps… Dans toute la région, l’épidémie de coronavirus a eu raison des festivals de musiques actuelles, mais pas de la Fête de la musique ! Le 15 mai dernier, le ministre de la Culture Franck Riester a en effet confirmé sur RTL la tenue de l’évènement cher à Jack Lang : « On fêtera la musique le 21 juin, mais sans prendre de risque. »

Cette annonce, quatre jours seulement après le début du déconfinement, avait eu le don de mettre en rogne Mathieu Cahn. Contraint d’annuler le dispositif habituel (scènes et podiums en extérieur), l’adjoint au maire en charge de l’Animation s’était alors pourfendu d’un post sur Facebook, déplorant que les collectivités locales devront « se réadapter pour éviter de passer pour des brêles qui n’ont rien prévu ».

« Eviter les rassemblements »

Passé le coup de gueule, l’élu socialiste a donc présenté, ce mardi, le programme de cette Fête de la musique version Covid-19, rappelant au passage que tous les rassemblements de plus de 5 000 personnes étaient interdits jusqu’au mois de septembre :

« Tout l’après-midi, des animateurs iront à la rencontre des habitants des différents quartiers de la ville avec leurs vélos-cargos. Ils proposeront aux Strasbourgeois de participer depuis chez eux à des blind-tests ou des karaokés. L’idée est vraiment d’éviter les rassemblements. »

Mathieu Cahn, adjoint au maire en charge de l’Animation

Pas de dispositif municipal, donc… mais quid des concerts spontanés organisés par des musiciens de rue ou par les cafés ? À cette question, Mathieu Cahn répond que la Ville n’a pas « distribué d’autorisations d’occuper l’espace public », avant de reconnaître qu’aucune autorisation n’est nécessaire le 21 juin et que « chacun peut descendre en bas de chez lui pour jouer de la musique ». Et le maire Roland Ries de compléter : « Depuis le début de la crise sanitaire, les pouvoirs de police du maire ont été transférés à la préfecture ».

Olivia Ruiz est la tête d'affiche de la Fête de la musique cette année.
Olivia Ruiz était la tête d’affiche de la Fête de la musique en 2017. Photo : Ça C’est Culte / FlickR / cc

La Fête au balcon

Pour cette Fête de la musique encore un peu floue, la Ville de Strasbourg a donc misé sur des concerts aux fenêtres, surnommés « Sérénade systems ». Un modèle déjà expérimenté par l’Espace Django depuis le 20 mai, afin de respecter les règles de distanciation physique et d’éviter les rassemblements de foule. L’ensemble des animations sera retransmis en direct sur une web radio. Mathieu Cahn a précisé que la municipalité ferait appel « à chaque fois que possible » à des troupes d’artistes locaux.

Hôtel de la rue : la Ville de Strasbourg demande une expulsion sans délai et 3 000 euros au gérant

Hôtel de la rue : la Ville de Strasbourg demande une expulsion sans délai et 3 000 euros au gérant

Edson Laffaiteur comparaissait au tribunal d’instance mardi 9 juin. L’audience fait suite à une assignation en expulsion des occupants de l’hôtel de la rue par la Ville de Strasbourg. Cette dernière exige aussi une indemnité d’occupation de 3 000 euros.

Derrière une banderole « La Roue Tourne », Edson Laffaiteur et plusieurs habitants du squat se dirigent vers le tribunal d’instance ce mardi 9 juin. Il est presque 9 heures quand le fondateur de l’association La Roue Tourne entre dans le petit bâtiment de la rue du Fossé-des-Treize pour gagner la salle 100. La Ville de Strasbourg a assigné l’ancien sans-abri en procédure d’expulsion pour tous les occupants du bâtiment situé au 91 route des Romains. Après plusieurs reports d’audience, le tribunal prendra sa décision le 9 juillet sur ce squat ouvert en juillet 2019.

Le 9 juillet, le tribunal d’instance se prononcera sur l’assignation en expulsion formulée par la Ville de Strasbourg en août 2019. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Expulsion sans délai et 3 000 euros

L’avocat de la municipalité demande d’abord une évacuation sans délai de la propriété. Il rappelle que l’assignation en expulsion date de la fin du mois d’août 2019. La grève des avocats puis le confinement ont repoussé plusieurs fois l’audience. Dans sa plaidoirie, Me Gauthier Bautz a aussi demandé une indemnité d’occupation de 3 000 euros : « Pour une surface occupée de 1 850 mètres carrés, c’est pas énorme », assure Me Bautz. Derrière, le prévenu pouffe : « Toute façon, je les ai pas les 3 000 euros ».

Une demande « indécente » pour la défense

Me Sophie Schweitzer est chargée de la défense d’Edson Laffaiteur. Elle ne conteste pas la demande d’expulsion de la Ville de Strasbourg. L’avocate cherche plutôt à repousser l’évacuation de l’hôtel de la rue. Elle demande donc un délai de deux mois à compter de la décision du tribunal pour permettre aux résidents de préparer leur départ. Et la défense de souligner les contradictions de la municipalité à l’égard de l’hôtel de la rue :

« La Ville de Strasbourg plaide qu’il est absolument urgent d’expulser l’ensemble des personnes qui occupent ce logement. Elle parle d’un bâtiment insalubre, où aucun travaux n’ont été faits. Mais pendant les deux mois de confinement, c’est la Ville elle-même qui prend attache avec M. Laffaiteur en lui disant : “On est dans une situation extraordinaire, on a besoin de vos services, on a besoin que vous hébergiez des gens.” On ne peut pas aujourd’hui soutenir décemment qu’il y a une situation d’urgence telle qu’il faudrait qu’une expulsion soit prononcée sans délai. »

Peu avant 9 h, quelques dizaines de personnes sont venus exprimer leur opposition à l’expulsion des résidents de l’hôtel de la rue. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

« On ne sait pas où aller après… »

Interrogé par la présidente du tribunal, Edson Laffaiteur affirme que « 120 personnes dont 24 mineurs » habitent actuellement dans ce bâtiment du 91 route des Romains. « La plupart n’ont pas de papier, décrit-il, mais il y a aussi des sans-abris de droit commun. » Le militant associatif en profite pour rappeler l’action de son association face à la passivité de la Ville de Strasbourg :

« Au mois de janvier, la Ville de Strasbourg a délibérément tourné le dos à 67 personnes quand on a lancé l’alerte sur un squat de Saint-Aloïse. On a dû les héberger chez nous d’urgence, en appelant les forces de l’ordre pour leur dire que le squat s’effondrait. La Ville nous a félicité de les avoir logés par la suite. »

Edson Laffaiteur : « Au mois de janvier, la Ville de Strasbourg a délibérément tourné le dos à 67 personnes quand on a lancé l’alerte sur un squat de Saint-Aloïse. On a dû les héberger chez nous d’urgence »

À la sortie du tribunal, une trentaine de personnes sont venues manifester leur soutien à l’hôtel de la rue. La majorité d’entre eux habitent au 91 route des Romains. Originaire d’Angola, Kinoube (le prénom a été modifié) s’inquiète :

« On ne sait pas où aller après si on est expulsé. On est une famille de six personnes, comment on va faire dans une chambre d’hôtel à six ? À l’hôtel de la rue, les enfants peuvent aller à l’école. Pour l’instant, c’est une bonne option. Il y aurait peut-être de meilleures solutions si la mairie nous soutenait… »

Les « makers », l’industrie de « l’Après » ?

Les « makers », l’industrie de « l’Après » ?

Jeudi, Le Shadok et Rue89 Strasbourg invitent Flavie Genatio et Quentin Lehmann pour évoquer le mouvement des « makers. » Au plus fort de la crise sanitaire, ils ont fabriqué des produits essentiels pour le personnel soignant. Qui sont-ils ?

Pendant la crise sanitaire, les « makers » ont fabriqué avec leurs imprimantes 3D des visières, des attaches pour masques ou des ouvre-portes essentiels pour se protéger du coronavirus. Ce mouvement a-t-il atteint une forme de maturité depuis la crise ? Peut-il remplacer l’industrie et son inertie ? On en discute jeudi à 19h, en visio conférence avec Flavie Genatio, doctorante en sociologie et spécialiste du mouvement des makers, et Quentin Lehmann, fondateur du groupe Makers 67.

Flavie Genatio et Quentin Lehmann, nos deux invités spécialistes des makers Photo : doc remis

Rue89 Strasbourg : Beaucoup ont découvert l’exitence des makers à l’occasion de la crise sanitaire. Comment a démarré cette mobilisation ?

Quentin Lehmann : Le mouvement des makers est très agile. Dès le début de la crise, des fichiers pour produire des attaches, des visières ou même des respirateurs artificiels ont été disponibles. Quand il est devenu clair que les masques allaient manquer et que les usines en Chine ne pourraient suppléer à temps, j’ai créé le groupe sur Facebook, le 28 mars. Puis nous avons mis en place une logistique afin de distribuer les productions, c’est à dire les regrouper et les acheminer. En neuf semaines, nous avons produit plus de 15 000 visières, au début principalement pour les hôpitaux.

Flavie Genatio : Le mouvement est en pleine structuration, et il faut noter qu’il est particulièrement important en France, qui affiche environ 200 fablabs soit autant que les États-Unis. Mais tout repose sur l’énergie de la communauté. Un fablab ne sert à rien s’il n’est pas adossé à une communauté vivante et active.

Comment expliquer ce succès ?

QL : Il faut remercier la communauté des bénévoles, qui se sont mobilisés pour non seulement fabriquer mais également transporter et distribuer les produits. Les commandes ont pu être honorées en des délais record et… gratuitement. Nous ne demandons pas d’argent, nous proposons aux bénéficiaires de nos produits de faire un don, auprès d’un fournisseur de fil PLA, la matière première qui nous permet de produire les objets. L’autre cause du succès est la réactivité de la communauté, qui a très rapidement été en mesure de proposer des fichiers répondant aux besoins de la communauté des soignants.

« Ces communautés ont le partage dans leur ADN »

FG : La force du mouvement, c’est sa capacité à apporter des réponses rapidement grâce à son processus de recherche et développement distribué. Les makers se partagent les fichiers permettant de créer les objets en « open source, » pour la reconnaissance et sans en attendre une rémunération. On savait aussi que beaucoup d’imprimantes 3D s’étaient vendues ces derniers temps. Avec le partage dans leur ADN et actives sur les réseaux sociaux, ces communautés ont été en mesure de répondre aux besoins de la crise.

Est-ce que les makers peuvent remplacer l’industrie ?

QL : Grâce à une centaine d’imprimantes 3D de particuliers, nous avons atteint un pic de production de 700 visières par jour. On aurait pu aller jusqu’à 1 000. Mais une simple machine, c’est 7 000 visières par jour. Donc non, on ne peut pas remplacer l’industrie mais on peut, quand il y a des besoins urgents ou ponctuels, apporter une réponse.

FG : On serait tenté de voir dans les makers un mouvement homogène parce qu’ils utilisent le même outil. Mais il y a de nombreuses réalités différentes, du particulier chez lui à l’atelier de prototypage professionnel… Certains makerspaces répondent à des appels à projets européens et se professionnalisent, d’autres ont une vision militante par exemple au sein de « fabcity », une doctrine écologiste qui veut relocaliser la production au sein des villes. Les makers ne vont pas remplacer l’industrie mais ils ont encore une marge de progression, ils devraient prendre une part plus importante à l’avenir dans la production globale des objets du quotidien.

À l’Elsau, le confinement a accru le sentiment d’abandon des locataires de la Sibar

À l’Elsau, le confinement a accru le sentiment d’abandon des locataires de la Sibar

Bruit, inondation, moisissures, poubelles ouvertes à l’air libre… Pour les locataires de la Sibar du quartier de l’Elsau, le confinement a été éprouvant. Plusieurs habitants se plaignent de l’absence d’interlocuteur chez leur bailleur social en cas de problème, même après le déconfinement.

Mardi 2 juin, aux alentours de 14h30, une petite dizaine de locataires du bailleur social Sibar patientent devant un immeuble de la rue Rembrandt à l’Elsau. Ils échangent sur leurs difficultés respectives : infiltration d’eau, portes défectueuses, absence de local à vélos, caves squatées ou installations électriques mal sécurisées… Après plusieurs mois confinés chez eux, ces Elsauviens perdent patience face à des problématiques évoquées depuis des mois, voire des années. Menouba Arbouche, représentante des locataires de l’Elsau pour la Confédération Nationale des Locataires (CNL), leur a proposé d’évoquer ces difficultés à Rue89 Strasbourg,dans le cadre de notre opération « Quartiers connectés« .

En début d’après-midi du mardi 2 juin, un petit groupe de locataires de la Sibar est venu se plaindre d’un bailleur social difficile à joindre, ou inactif… Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Moisissures depuis 2013

Il y a tout d’abord Odile (le prénom a été modifié) qui se plaint de moisissures dans son appartement, et ce « depuis 2013, dans toutes les pièces le long de mes fenêtres. » Après plusieurs mois d’attente, une société a bien été dépêchée sur place pour faire un premier constat. Problème : personne n’est venue depuis pour faire les travaux. « Mon sol gondole de plus en plus », se plaint l’Elsauvienne. Marie (le prénom a été modifié) interrompt sa voisine, plusieurs feuilles à la main pour appuyer ses propos : « Depuis 2014, j’ai aussi de l’eau qui entre dans l’appartement par les fenêtres. L’assurance a fait venir quelqu’un, qui m’a dit que c’était à la Sibar de s’en occuper. »

Devant le 8 rue Rembrandt, une dame de 72 ans raconte une galère de toilettes. « J’ai un problème avec le réservoir d’eau, parfois, il reste vide pendant deux jours, explique-t-elle, alors je me balade dans l’appartement avec un seau pour tirer la chasse d’eau. » La situation dure depuis mars. Heureusement, la femme a passé son confinement chez son fils. Elle n’a eu une réponse et un avis de passage qu’au début du mois de juin.

Problème d’interlocuteur, problème de langue

Mathieu (le prénom a été modifié) tient à faire visiter les parties communes de son immeuble, situé à deux pas dans la même rue. Dès l’entrée, il montre du doigt la saleté sur le sol : « Ça, c’est une poubelle qui fuit pendant que quelqu’un la descendait. » Sur sa gauche, dans un couloir, l’habitant ouvre une armoire sans souci et commente : « Il y a des câbles électriques, un compteur de gaz, c’est dangereux de laisser ça ouvert à tous. » La visite continue dans la cave. Des mégots, des bouteilles et des bombes de peinture traînent par terre. Il regrette aussi de voir les poubelles ouvertes à l’extérieur 24 heures avant le passage des éboueurs : « Je les sens jusque chez moi », râle-t-il. Pour toutes ces situations, le locataire regrette de n’avoir aucun « interlocuteur valable » auprès de la Sibar.

Plusieurs personnes se plaignent aussi du manque de médiation entre les Elsauviens présents depuis plusieurs décennies et les nouveaux arrivants. (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg

Plusieurs personnes se plaignent aussi du manque de médiation entre les Elsauviens habitant ici depuis plusieurs décennies et les nouveaux arrivants. Mathieu parle de certaines familles ne parlant pas le français et ne respectant pas les règles de vie commune de l’immeuble. Ainsi, en février 2020, la représentante des locataires Menouba Arbouche demandait notamment au directeur de la Sibar de « faire signer le bail locatif attribué à ces étrangers dans leur langue. »

Un numéro d’urgences dirige… vers un mail

Selon Ratiba, le déconfinement n’a pas amélioré la prise en charge des locataires. Le 11 mai, la mère de trois enfants subissait un dégât des eaux dans son appartement. En appelant le numéro d’urgence indiqué dans l’entrée de l’immeuble, l’Elsauvienne apprend par un répondeur automatique qu’elle doit « envoyer un mail ». Heureusement, des voisins disposent du numéro de téléphone d’un responsable de la Sibar : « Mes enfants jetaient l’eau par la fenêtre pendant que je cherchais une solution, se souvient-elle, sans les voisins, je ne sais pas comment j’aurais fait. »

Début juin, l’habitante attend toujours des nouvelles de son bailleur concernant les frais de réparation. Mardi 2 juin, Rue89 Strasbourg a pu constater que le numéro d’urgence indiqué dans le hall de l’immeuble renvoyait toujours vers une adresse mail « en raison de la crise sanitaire. » De son côté, la Sibar assure n’avoir reçu aucun courrier ou appel au sujet d’un dégât des eaux à cette adresse. Le bailleur social promet néanmoins que les frais liés à l’inondation seront pris en charge.

Pour Menouba Arbouche, élue CNL des locataires de la SIBAR à l’Elsau, l’attente des locataires se fait trop longue. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Sibar : « On a même reçu des mails de félicitations »

Le responsable des relations client de la Sibar s’étonne face à ces témoignages de locataires. Freddy Zimmermann rappelle l’existence d’un numéro de téléphone, d’un mail et de collaborateurs du bailleur social présents auprès des habitants trois fois par semaine pour recueillir leurs remarques. Il estime ainsi que ses équipes ont répondu à toutes les demandes pendant le confinement : « On a même reçu des mails de félicitations », indique-t-il en envoyant une lettre d’un représentant de locataires de la Meinau. Le salarié de la Sibar concède néanmoins que la ligne téléphonique du bailleur peut être surchargée à certains moments. Il assure aussi que la problématique liée au numéro de téléphone d’urgence a été réglée.

Interrogé sur les doléances des habitants concernant l’absence de local à vélo ou la propreté des communs, Freddy Zimmermann répond par le projet de rénovation du quartier :

« Avec l’Eurométropole de Strasbourg, nous allons investir plusieurs millions d’euros dans la rue Jean-Jacques Waltz et Rembrandt. Nous subissons beaucoup d’incivilités de la part des locataires et de personnes extérieurs dans ce secteur, nous allons donc résidentialiser l’espace (fermer l’accès aux immeubles par des clôtures, ndlr). Nous envisageons la vidéosurveillance pour mettre fin aux incivilités. La problématique des locaux à vélos sera aussi traitée et des travaux de restructuration des espaces verts sont à l’étude. L’objectif, c’est de commencer les travaux en 2023, les études sont en cours. Il faut que les locataires aient un peu de patience. »

« Des problèmes dénoncés depuis des années »

Pour Menouba Arbouche, l’attente des locataires a déjà trop duré : « Les problèmes dénoncés datent de plusieurs années et ne sont pas réglés malgré une réunion avec les responsables des services entretien en… octobre 2019. » Une autre rencontre était prévue en mars, mais elle a été repoussée du fait de la crise sanitaire. « Le confinement a bon dos ! », rit Mathieu, qui estime que le bailleur social n’était pas plus réactif avant la pandémie. Une voisine espère qu’il n’y aura « pas de deuxième vague, sinon on aura pas de réponse avant Noël ! »