Début décembre, le Défenseur des Droits s’est autosaisi de la situation de Lilian Lepage, au titre de ses compétences en matière de déontologie de la sécurité et de défense des droits des enfants. L’adolescent avait été touché par un tir de LBD à Strasbourg le 12 janvier dernier, alors qu’il ne manifestait pas. La plainte de sa mère a été classée sans suite fin octobre.
Sans manifester, Lilian s’est pris une cartouche de LBD en pleine mâchoire le 12 janvier 2019. Il sortait du centre commercial des Halles un samedi de soldes. La plainte de sa mère vient d’être classée sans suite. Début décembre, le Défenseur des droits confirme à Rue89 Strasbourg s’être « autosaisi de la situation de Lilian Lepage au titre de ses compétences en matière de déontologie de la sécurité mais également au titre de sa compétence en matière de défense des droits de l’enfant. »
Un tir de LBD, plusieurs tireurs
Flaure Diéssé, la mère de Lilian, avait porté plainte contre X dès la mi-janvier 2019 pour blessures involontaires. Dans un courrier daté du 29 octobre, le procureur adjoint expliquait le classement sans suite de cette plainte par « l’absence de tireur identifié » malgré l’enquête de l’Inspection générale de la police nationale, « plusieurs fonctionnaires de police ayant fait usage de leur arme de manière simultanée. »
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Plus de 3 000 personnes ont manifesté pour la deuxième fois contre la réforme des retraites à Strasbourg. À la veille d’une allocution du Premier ministre sur le sujet, cette mobilisation du 10 décembre a rassemblé trois fois moins de personnes que celle du 5 décembre.
16h25
C’est la fin de ce compte-rendu en direct. Merci de l’avoir suivi. Voici les principales informations de la manifestation :
Environ 3200 personnes ont manifesté cet après-midi contre la réforme des retraites. C’est trois fois moins que lors de la manifestation du 5 décembre. La manifestation s’est terminée dans le calme aux alentours de 16h. Le comité de mobilisation étudiante appelle au rassemblement devant le bâtiment du Platane à 18 heures mercredi 11 décembre.Une assemblée générale inter-professions doit avoir lieu jeudi 12 décembre à 16 heures dans l’amphithéâtre Athéna.
16h00
Environ 150 manifestants font face aux forces de l’ordre dans la rue du jeu de Paume depuis une dizaine de minutes. Le cortège de désagrège progressivement. Ambiance fin de manif’
Photo : Jean-François Gérard
15h55
Le cortège est de retour sur la place de la Bourse. Une partie des manifestants, souvent des étudiants, continue de marcher vers la Krutenau. Le camion de la CGT reste sur la place.
Le cortège s’est à nouveau divisé. La CGT voudrait aller vers l’Esplanade, via l’avenue du Général de Gaulle. Les étudiants se sont dirigés vers le campus.
15h04
Finalement, tout rentre dans l’ordre et les deux demi-cortèges se sont retrouvés rue de l’Observatoire.
15h
Situation un peu confuse et division du cortège, entre étudiants d’une part et syndicats d’autre part.
La manifestation est repartie de la place de l’Université et emprunte actuellement l’avenue de la Forêt-Noire. Les jeunes étudiants et le cortège féministe prennent les devants. Cet itinéraire n’était pas prévu au départ.
Photo : Jean-François Gérard
Sur place, notre journaliste observe une coopération entre Gilets jaunes et syndicats :
« Il y a plusieurs centaines de Gilets jaunes disséminés dans le cortège, dont certains participent au service d’ordre. Ce n’était pas le cas d’habitude. Le mouvement semble se fondre dans le cortège syndical, réuni par la contestation du président de la République. La convergence syndicats-Gilets jaunes est concrète aujourd’hui. »
14h50
Depuis plusieurs manifestations, un nouveau groupe a fait son apparition dans les rangs strasbourgeois. Le cortège féministe, souvent en violet, dénonce le capitalisme et le patriarcat dans ses slogans.
Le cortège est arrivé place de l’Université, destination de la manifestation.
Photo : Jean-François Gérard
14h40
Il y a environ 3 200 manifestants dans les rues de Strasbourg, selon un décompte plus précis d’un de nos journalistes sur place.
14h35
Christine (à gauche) et Marie-Laure sont toutes deux retraitées. Ancienne aide-soignante et ex-salariée d’une manufacture de tabac, elles craignent que les générations futures ne disposent pas d’une retraite suffisante pour vivre dignement…
A gauche, Christine, ancienne aide-soignante. A droite, Marie-Laure, ancienne salariée d’une manufacture de tabac. Elles vivent respectivement avec 1400 et 1600 euros de retraite… mais s’inquiètent pour les générations futures. Photo : Victor Maire
14h21
Le cortège vient d’arriver sur le boulevard de la Victoire. Plus de 3000 personnes participent à la manifestation selon une estimation de notre journaliste sur place.
En tête de la manifestation, les étudiants forment un cortège important derrière une banderole « Travailleurs étudiants on est tous et toutes dans le même camp. »
Les Gilets jaunes donnent déjà rendez-vous pour la prochaine manifestation ce samedi 14 décembre, place de la Bourse à 13h30.
Le cortège vient de partir de la place de l’étoile à Strasbourg… mais le rendez-vous de la prochaine manifestation est déjà donné. Photo : Jean-François Gérard / Rue89 Strasbourg / cc
13h50
Au départ de la manifestation, le secrétaire départemental du syndicat Force Ouvrière pour les fonctionnaires, Hervé Gourvitch, explique la manifestation du 10 décembre :
« Le gouvernement a reçu les organisations syndicales et rien n’a bougé. Comme nous demandons le retrait complet de ce projet, nous continuerons jusqu’à ce que le projet soit retiré »
13h40
Selon notre journaliste sur place, les manifestants sont bien moins nombreux que le 5 décembre, où la place de la Bourse était pleine.
Suivez notre direct de la manifestation du 10 décembre à Strasbourg dès 13h30. Le cortège partira de la place de la Bourse pour finir place de l’Université. Les organisateurs avaient demandé le même trajet que pour la manifestation du 5 décembre mais en raison des commémorations de l’attentat du 11 décembre, les manifestants ne pourront pas se rendre place de la République. Voici le trajet de la manifestation déclarée :
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Un an après l’attentat du 11 décembre 2018 à Strasbourg, 5 personnes sont mises en examen et écrouées dans le cadre de l’enquête en France, a indiqué une source judiciaire à Rue89 Strasbourg.
Dans un long article consacré aux avancées de l’enquête publié samedi, les DNA indiquent que les enquêteurs cherchent désormais à savoir dans quelle mesure l’entourage du terroriste, né à Strasbourg en 1989, était impliqué.
Dans sa famille, pourtant nombreuse, seule la situation d’un frère aîné est confuse. Interpellé fin 2018, il n’est pas établi s’il est encore incarcéré en Algérie. Les parents ou autres frères de Chérif Chekatt ont été mis hors de cause. Il n’avait pas de compagne connue ni d’enfants.
Incarcérations autour de l’arme et ses munitions
Les enquêteurs cherchent toujours à savoir comment Chérif Chekatt s’est procuré un pistolet revolver d’ordonnance Lebel calibre 8 mm, modèle 1892. Les recherches mènent pour l’instant vers une famille de gens de voyage sédentarisés, près de Sélestat. Quelques jours avant la fusillade, une transaction a été avortée et un deuxième rendez-vous fixé sur un parking. Trois personnes d’une même famille, le patriarche de 79 ans et ses deux petits cousins trentenaires, sont mis en examen et écroués depuis fin janvier.
La police cherche toujours à mieux cerner l’entourage de Chérif Chekatt. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas
Les plus lourdes charges se concentrent sur un ami de Chérif Chekatt, qui l’a côtoyé en prison. Connu sous le nom de scène « 1Pulsif », le rappeur strasbourgeois de 38 ans Audrey Mondjehi avait hébergé le tueur chez lui à Lingolsheim. Il aurait pu servir d’intermédiaire pour l’arme. Mais cet Ivoirien catholique est très éloigné des mouvances religieuses islamistes.
Enfin, depuis mai, un cinquième suspect est derrière les barreaux. Le Haguenauvien Chrisitan Hoffmann est soupçonné d’avoir fourni les munitions. Là encore, 7 mois plus tard, le lien n’est pas avéré. L’enquête pourrait conclure à une « entreprise individuelle ».
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d’abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
Rue89 Strasbourg publie pour la première fois une série d’images prises lors de l’arrivée des secours rue des Orfèvres, quelques minutes après les premiers coups de feu dans la soirée du 11 décembre.
Photographe indépendant au sein du collectif Hans Lucas et collaborateur à Rue89 Strasbourg, Abdesslam Mirdass est le premier photographe à être arrivé rue des Orfèvres le mardi 11 décembre 2018.
Quelques minutes après les premiers coups de feu de Chérif Chekatt, il se rend sur place.
Cinq personnes ont perdu la vie, tandis que quatorze autres ont été blessées ce mardi soir-là.
Des riverains descendent dans la rue. Il restent hagards alors que les premiers secours interviennent au pas de course. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Les secours du Samu arrivent très vite avec les pompiers, au secours des blessés. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Les blessés et victimes sont protégées sous des bâches le temps des premières interventions. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Le directeur du marché de Noël, Renaud Maillard (à droite), arrive très vite sur place. Les policiers détournent les riverains de la scène de crime. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas La police arrive sur place. Des riverains sont encore sur place, le regard dans le vide. Quelques minutes plus tard, la police leur demandera de regagner leur domicile ou un lieu abrité. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas
Le 16 décembre 2019, Bartek succombait à ses blessures. Cinq jours plus tôt, il recevait une balle dans la tête. Rue des Orfèvres, il avait croisé la route de Cherif Chekatt. La metteuse en scène strasbourgeoise Claire Audhuy était une de ses amis. Elle raconte l’année qu’elle vient de traverser.
Il avait été journaliste, philosophe, serveur, veilleur de nuit et bien d’autres choses encore. Barto Pedro Orent-Niedzielski, dit Bartek, s’est éteint le 16 décembre 2018 après cinq jours passés en réanimation.
Cinq jours pendant lesquels des dizaines de proches se sont retrouvés à son chevet. Parmi eux, il y avait l’artiste Claire Audhuy avec qui Bartek avait écrit un livre en 2011 :
« Des liens extrêmement forts se sont créés dans le service de réanimation. La première fois que j’y suis allée et que j’ai vu Bartek, je me suis évanouie. Une jeune femme m’a mis deux gifles pour me réveiller. C’était une amie de Bartek et ça faisait des mois qu’il voulait que je la rencontre. Bien sûr, on est resté en lien. Avec d’autres proches de Bartek, on se donnait des nouvelles au jour le jour. Ça fait partie de ces amitiés tellement puissantes qu’aujourd’hui, je ne pourrais pas avancer sans elles. »
« Des rues où je ne me rends plus »
Des relations essentielles pour se reconstruire, pour se donner la force de se réapproprier Strasbourg. Car comme le confie la dramaturge :
« Il y a des rues marquées et marquantes où je ne me rends plus. Je calcule mes trajets. Ça m’ennuie d’avoir perdu des morceaux de ma ville. Par exemple, je ne suis retournée que trois fois rue des Orfèvres, là où Bartek est mort. Une fois pour discuter avec les commerçants tout de suite après l’attentat. Et puis, deux fois récemment pour leur apporter mon livre. »
En effet, face à cette blessure, Claire Audhuy a écrit. Comme pour laisser une trace de ce qu’elle a ressenti ou simplement observé les semaines après l’attentat. Quelques mots, puis quelques lignes qui ont finalement donné naissance au livre L’hiver dure 90 jours paru cet automne :
« Écrire, c’est continuer de faire vivre notre ami Bartek. C’est consigner toute cette beauté, toutes ces rencontres. »
Oui, dans son livre, Claire Audhuy parle d’une certaine beauté. Elle montre comment le beau peut naître après l’horreur. Dans l’atrocité, les proches de Bartek ont réussi à s’élever :
« Ne pas se mettre au niveau de la violence au risque de faire triompher la violence deux fois. Ce n’est pas tiré de l’évangile, mais c’est simplement ce que m’a dit mon ami psychiatre, qui d’ailleurs est mon ami, mais pas mon psychiatre. »
Cet ami, Claire Audhuy l’a beaucoup écouté. Même quand il lui disait qu’il fallait compter tous les morts, y compris Cherif Chekatt :
« C’est une démarche difficile, mais c’est beau. De la même manière, quelques jours après l’attentat, la maman de Bartek a écrit sa compassion aux parents de Cherif Chekatt (dans un post Facebook, ndlr). C’est un acte d’une très grande beauté, d’une très grande sagesse dont on doit prendre de la graine. »
La France passe à autre chose, pas Claire Audhuy
À Strasbourg, une grande solidarité s’est donc développée entre les proches de Bartek. Mais le retour à la « vie normale » a été compliqué. Après l’émoi du 11 décembre, le reste de la France est rapidement passé à autre chose. C’est en tous cas ce qu’a ressenti Claire Audhuy :
« Trois jours après l’attaque, des journaux nationaux titraient déjà “Strasbourg se remet de l’attentat”. C’est extraordinaire, comment peut-on juger, en étant à l’autre bout de la France, si une ville se remet d’un attentat ?! Ça m’a vraiment heurté. »
Cette impression de tourner trop vite la page, la metteuse en scène ne l’a pas eue uniquement en lisant les journaux. Quand elle s’éloignait de l’Alsace, le fossé entre Strasbourg et le reste du pays était palpable :
« Trois semaines après l’attaque, j’étais dans la région nantaise. Certaines personnes me disaient sans aucune compassion et avec beaucoup de désinvolture à quel point Strasbourg et son marché de Noël devaient être sympas. Je ne souhaite évidemment pas que Strasbourg devienne une ville pestiférée. Mais la légèreté de certaines personnes moins d’un mois après l’attentat était vraiment dure à encaisser. »
Depuis l’ouverture du marché de Noël, Claire Audhuy et son mari ont quitté Strasbourg pour un mois. Impossible pour eux de rester pendant cette période. La blessure est loin de s’être refermée.
L’un des derniers concerts de Bartek
Concert de Bartek en avril 2018 aux Savons d’Hélène (vidéo Frany Doceglinsky)
Comme de nombreuses villes de France, le conseil municipal de Strasbourg va voter un « périmètre de sauvegarde du commerce et de l’artisanat de proximité » dans son centre-ville. L’outil vise à dissuader la prolifération de grandes enseignes. Reste à y mettre de la volonté et des moyens financiers.
La polémique était née en avril 2018, lors de la vente de la brasserie du Rocher du Sapin à la franchise de poulets-frits KFC. Est-ce la loi du marché ou la municipalité avait-elle les moyens de s’y opposer ? Selon l’adjoint au maire en charge du commerce Paul Meyer (La Coopérative, rallié à LREM pour les municipales), il fallait a minima durcir le permis de travaux pour décourager le projet. Mais l’élu admet que la municipalité manquait « d’outils juridiques ».
Surtout, la passe-d’armes interne à la majorité qui avait suivi la polémique a fait avancer l’idée d’un « périmètre de sauvegarde du commerce et de l’artisanat de proximité ». Une possibilité que permettent deux lois depuis 2005 et 2007. Plusieurs grandes villes, comme Bordeaux, Rennes, Toulouse, Montpellier ou Lyon, ont adopté ce dispositif.
Rue du Noyer à côté de la place de l’Homme de fer, un KFC a remplacé la brasserie populaire du rocher du sapin. Une cession au géant américain du poulet frit que n’a pas digéré l’adjoint au commerce. Photo : Victor Maire / Rue89 Strasbourg
La municipalité mieux informée
Qu’est-ce que cela va changer ? Avant, l’Eurométropole n’était informée que des cessions « des murs » et pouvait préempter en cas de changement d’usage. C’est ce qui avait été fait en 2000 place de la Cathédrale après la fin de la pharmacie du Cerf. Elle y avait implanté la Boutique Culture, jusqu’à cet automne, et barré la route d’une chaîne de restauration rapide.
Désormais, chaque vente d’un fonds de commerce, d’un fonds artisanal, d’un bail commercial ou d’un terrain dans l’enceinte d’un périmètre comprenant le centre-ville devra être déclaré à la municipalité. L’information remontera aux services de la Politique foncière immobilière, qui transmettra, à la Direction du développement économique et de l’attractivité (DDEA) de la Ville et l’Eurométropole.
Soumettre l’enseigne à débat
La Ville promet ensuite de soumettre chaque changement d’enseigne à la Chambre de commerce et d’Industrie (CCI), à celle des Métiers et de l’Artisanat (CMA), voire aux éventuelles associations de riverains et commerçants concernées. Si le cas fait débat, elle tentera ensuite de négocier avec les vendeurs pour trouver d’autres débouchés, voire soumettre des offres commerciales alternatives.
Si rien ne fonctionne, elle pourra racheter le commerce au prix de vente. Aucun budget n’est prévu pour de telles interventions, le but étant de « limiter au maximum les préemptions », dixit Laurent Maennel, le « manager de centre-ville » recruté en mai 2019. « Ce seront des arbitrages politiques au cas par cas », complète Paul Meyer.
La délibération ne s’applique pas aux enseignes déjà implantées. Photo : Victor Maire / Rue89 Strasbourg
Des décisions au cas par cas, sans budget réservé
Aucun critère objectif pour refuser une implantation n’a été dressé. Tout dépendra de la volonté de la municipalité. Néanmoins deux orientations émergent à écouter le maire Roland Ries (PS / LREM), Laurent Maennel et Paul Meyer : les chaînes de restauration sont particulièrement visées et d’éventuelles négociations viseront à favoriser l’artisanat indépendant. Tout un programme.
Le périmètre concerne le centre-ville élargi au quartier Gare et à la Krutenau. Il n’est pas étendu à toute la ville pour limiter les risques de recours juridiques.
Pour les terrains à vocation commerciale, la Ville ne pourra intervenir que quand la nouvelle surface se situe entre 300 et 1 000 mètres-carrés, une limite fixée par la loi. En clair, une telle délibération n’aurait pas pu empêcher l’implantation du magasin de vêtements à bas-prix Primark qui s’étendra sur 4 étages et 5 700 m². L’ouverture est désormais prévue vers la fin 2020 et non fin 2018.
Débat et vote le 16 décembre
À terme, la municipalité pourrait déléguer la gestion des locaux commerciaux préemptés à une de ses sociétés satellites, telle la Locusem. Le temps des négociations, la Ville devra s’engager financièrement à maintenir l’offre commerciale en place, en reprenant l’activité temporairement.
La délibération sera soumise au vote du conseil municipal lundi 16 décembre, à suivre en direct-vidéo commenté sur Rue89 Strasbourg à partir de 9h30. Le texte sera applicable 48 heures plus tard.
Paye ton Noël est un festival protéiforme organisé par Pelpass en différents lieux pour réchauffer l’hiver strasbourgeois. Beaucoup d’événements sont gratuits et des pass trois jours sont à gagner pour les concerts au Molodoï.
Une série d’évènements, organisée à Strasbourg par l’association Pelpass, pour fêter Noël d’une façon décalée, voilà le principe du festival Paye Ton Noël. Pour l’édition 2019, le festival se transbahute successivement du 6 au 21 décembre dans quatre lieux : la place Grimmeissen, la place de Zurich, le cinéma Star et le Molodoï.
Plusieurs temps forts ponctuent ce festival à Strasbourg :
du 6 au 10 décembre : place Grimmeissendu 13 au 15 décembre : place de Zurich17 décembre : concours de courts-métrages au Cinéma Stardu 19 au 21 décembre : concerts Molodoï
Le programme complet
Vendredi 6 décembre : Place Grimmeissen – 18h à 21h – Prix Libre
18h30 : L’intervalle entre le marche-pied et le quai – chanson / Strasbourg19h50 : Le Winston band – folk cajun / Montréal
Samedi 7 décembre : Place Grimmeissen – 14h à 22h – Prix Libre
14h30 : Compagnie Oups – Le Cœur au bord des lèvres / Clermont-Ferrand 16h : Compagnie Midimoinscinq – Mille 300 minutes par semaine / Le Vigan 18h : Romain Muller – electro pop fr / Metz 19h15 : Sheik Anorak – one man band / Suède 20h45 : Global network – electro futur gospel / Paris
Dimanche 8 décembre : Place Grimmeissen – 14h à 20h – Prix Libre
14h30 : Compagnie Oups – Le Cœur au bord des lèvres / Clermont-Ferrand 16h30 : Compagnie Midimoinscinq – 100Mg matin et midi Çoir – Le Vigan 18h30 : Tau – trans rock psyché / Berlin
Lundi 9 décembre : Place Grimmeissen – 18h30 à 20h – Prix Libre
Eric Chenaux – musique conceptuelle / Montréal
Mardi 10 décembre : Place Grimmeissen – 18h30 à 20h – Prix Libre
Fantazio – L’histoire intime d’Elephant man / Paris
Vendredi 13 décembre : Place de Zurich – 18h à 00h – Prix Libre
18h30 : cérémonie d’Inauguration 18h50 : Qualité street – la beauté du monde / Rennes 21h30 : Bisous Mamie – electronic rock’n’roll / Chalons-sur-saone 23h : Tadéo – hip hop volatil / Guebwiller
Samedi 14 décembre : Place de zurich – 14h à 00h – Prix Libre
14h-18h : Ateliers D.I.Y. 18h30 : Compagnie trois points de suspension – La grande saga françafrique 20h30 : Marc Prépus – Marc Prépus est le big Caddyman 22h30 : Las Baklavas – musiques traditionnelles / Strasbourg
Dimanche 15 décembre : Place de zurich – 14h à 00h – Prix Libre
14h-17h : At aeliers D.I.Y. 14h30 : Loto bingo – Ein & Stein / Strasbourg 17h : Bling bling compagnie – Say my name motherfucker / Lyon 19h : Blondie bite rousse – cover punk / Strasbourg
Cinéma Star – 17 décembre – Entrées cinéma
Paye ton court-métrage Projection et remise des prix des courts-métrages
La parution de notre article sur le yoga de l’association Sahaja Yoga a finalement fait réagir ses responsables. Après avoir refusé de répondre à nos questions, ils nous ont adressé par le biais de leur avocat bordelais un droit de réponse.
Le titre de l‘article, laisse croire, à travers l’usage des termes « s’est laissé berner », que notre association aurait cherché à tromper la municipalité de Strasbourg. Bien évidemment, il n’en est rien et l’usage de ce terme met en cause notre probité non seulement auprès de la Ville de Strasbourg mais également auprès des très nombreuses municipalités qui nous font confiance en France et partout dans le monde.
En effet, nous ne nous cachons pas et nos activités sont ouvertes à tous : la gratuité n’est pas une ruse, elle est la base de notre fonctionnement et le bénévolat en est le moyen.
L’association n’a pas non plus « bénéficié de la crédulité de la municipalité », elle a été contactée et choisie sur la base d’un contenu pédagogique de qualité destiné aux personnes souhaitant s’initier au yoga et à la méditation. Il n’y a là aucune manipulation, cette activité et son caractère bénévole étant inscrits dans les statuts de l’association, consultables par tous.
Notre association conteste donc vivement la pertinence des propos tenus à son égard.
Shri Mataji Nirmala Devi Photo : Stephan / FlickR / cc
Sur l’alerte donnée par « Sophie » et l’absence de réponse de la Mairie
Nous ne pouvons que regretter la démarche de « Sophie », qui après avoir trouvé sur internet des informations non vérifiées à notre sujet, a préféré en faire part anonymement à la municipalité plutôt que de nous interroger préalablement sur leur pertinence.
Ainsi, sur la base de ces informations, l’auteur de l’article indique que notre association est « considérée comme une secte par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires et ce « depuis 1995. »
Or, si nous avons bien figuré dans une liste établie par la Miviludes dans un ancien rapport de 1995, il convient de rappeler que cette liste a été désavouée par une circulaire ministérielle du 27 mai 2005.
Par ailleurs, dans un jugement (n°9910461/3) du 8 décembre 2004, le tribunal administratif de Paris a considéré que les activités de notre association ne pouvaient être regardées « comme pouvant porter atteinte à l’ordre public. »
Enfin, notre association n’a jamais été poursuivie ni condamnée pour des atteintes portées aux biens ou aux personnes.
Son mode de fonctionnement est ainsi bien éloigné de celui d’une « secte ». La Mairie de Strasbourg ne s’y est pas trompée.
Sur les enfants envoyés à l’étranger et les propos de la fondatrice au sujet des enfants
L’auteur de l’article affirme : « Chez Sahaja Yoga les enfants n’appartiennent pas aux parents mais à la Mère Divine. Les parents sont encouragés à se séparer d’eux dès le plus jeune âge en les envoyant dans des ashrams et des écoles à l’étranger. »
Or, les associations Sahaja Yoga, en France et à l’international, n’interviennent jamais dans le choix des parents sur l’établissement scolaire de leurs enfants.
Tels sont les rectifications factuelles que l‘association souhaitait apporter à cet article, dans le cadre de son droit de réponse, et ce afin de permettre aux lecteurs de se forger un avis sur une base plus nuancée.
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d’abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Quand la Commission européenne l’appelle, Pierre Bernhard troque volontiers ses bottes en caoutchouc pour un costume cravate et son sécateur pour un ordinateur portable. Le vigneron alsacien est membre de l’observatoire du marché du vin. Grâce à ce nouvel organe, les experts européens dialoguent avec des viticulteurs pour comprendre leurs réalités et légiférer de manière plus adaptée.
L’Union européenne (UE) comptait déjà un observatoire du marché du sucre, de la viande ou du lait. Depuis début novembre, elle a aussi son observatoire du marché du vin, lancé en grandes pompes par la Commission européenne à Bruxelles. Une vingtaine de viticulteurs, originaires de toute l’Europe, y siègent. L’Alsacien Pierre Bernhard, à la tête d’une exploitation de 23 hectares (entièrement certifiée « bio » depuis 2007) à Châtenois, à mi-chemin entre Strasbourg et Colmar, fait partie de ce club très fermé.
Lui et ses collègues ont une mission bien définie : aider la Direction générale de l’Agriculture (DG AGRI, les services techniques de l’exécutif européen sont organisés par thématique) à mieux comprendre les problématiques auxquelles font face les vignerons européens. Entre le Brexit, les taxes imposées par le président américain Donald Trump et la concurrence chinoise, ces défis ne manquent pas.
Dans sa cave à Châtenois, Pierre Bernhard veille au grain. Photo : CS / Rue89 Strasbourg / cc
Pierre Berhnard, déjà habitué à l’Europe
Pendant deux ans, Pierre Bernhard sera à la disposition de la Commission européenne pour exposer ses difficultés quotidiennes. Le viticulteur, ex-élève de l’école de Management (EM) de Strasbourg, explique :
« L’objectif de l’observatoire, c’est d’avoir des intervenants qui jouent le rôle d’experts pour la DG AGRI. Elle peut nous poser ses questions, avoir un vrai “feedback” et aussi pouvoir améliorer la définition des données de marché. Pour la Commission, naturellement, cela est très utile ! »
Pierre Bernhard recourt sans ciller aux anglicismes et autres abréviations : il est déjà rodé pour dialoguer avec l’exécutif européen. Ce viticulteur de 51 ans n’est pas novice dans le milieu institutionnel. Il est trésorier adjoint du syndicat des Vignerons indépendants de France et membre de la Confédération européenne des vignerons indépendant (CEVI). Comme tout lobby qui se respecte, la CEVI dispose d’un bureau à Bruxelles.
Des réunions « super technocratiques »
La première réunion de l’observatoire du marché du vin s’est tenue à la Commission européenne, les 4 et 5 novembre. Pierre Bernhard et ses homologues y ont été accueillis par Michael Scannell, responsable des Marchés et des observatoires à la DG AGRI. Une fois les présentations faites, le groupe est rapidement entré dans le vif du sujet, évoquant notamment les problèmes auxquels sont confrontés les viticulteurs qui exportent leurs bouteilles au-delà des frontières de leur pays.
À 51 ans, Pierre Bernhard est devenu membre de l’observatoire du marché du vin de la Commission européenne. Photo : CS / Rue89 Strasbourg / cc
Du Coca-Cola au Chardonnay
Pierre Bernhard, lui, envoie une partie de sa production à l’étranger – notamment vers le Canada, le Mexique, Singapour ou les États-Unis. Mais en représailles à des subventions accordées à l’avionneur européen Airbus, Washington a décidé de taxer plusieurs produits de l’UE – dont les vins, à hauteur de 25%. Or les Etats-Unis représentent le premier marché de vins et spiritueux français à l’export, et le cinquième pour les vins d’Alsace.
Pierre Bernhard regrette amèrement cette décision, car il considérait jusqu’alors les États-Unis, « qui sont passés du Coca-Cola au Chardonnay », comme un « marché cible pour l’Alsace. » En d’autres termes, les Riesling, Gewurztraminer et autres Pinot gris auraient rapidement pu gagner en notoriété outre-Atlantique. Les droits de douane nouvellement imposés risquent fortement de briser cet élan.
Certaines bouteilles de Pierre Berhnard entreposées à Châtenois partiront aux États-Unis ou en Asie. Photo : CS / Rue89 Strasbourg / cc
Pierre Bernhard ne se réjouit pas non plus du tout du Brexit. Au contraire, il ne peut que regretter le départ du Royaume-Uni de l’UE, mais explique que l’Alsace ne sera pas spécialement touchée par ce divorce :
« Les vins de Bordeaux ou de Bourgogne sont beaucoup plus concernés. Les Anglais, l’Alsace, ils ne connaissent pas trop… Pour ma part, je n’ai qu’un distributeur outre-Manche, dans l’Est du pays, du côté de l’Essex. »
La concurrence de la Chine a aussi été évoquée pendant la réunion. Le pays est le sixième producteur de raisins du monde. Si la production de raisins secs et de raisins de table ne pose pas spécialement de problème aux viticulteurs européens, ils voient en revanche d’un mauvais œil l’exportation de vin chinois, en plein essor quantitatif.
Le domaine de Pierre Bernhard couvre environ 23 hectares. Photo : CS / Rue89 Strasbourg / cc
Pendant tous ces débats, Michael Scannell, le chef d’orchestre des pourparlers de l’observatoire, a prié ses membres de laisser de côté leurs opinions politiques. Il a profité de l’occasion pour poser une série de questions aux viticulteurs – certaines très techniques (sur les coûts au moment de la production, de la vinification, de la distribution, de la commercialisation, etc.) et d’autres plus en lien avec l’actualité et les grandes priorités de la Commission européenne.
Parmi elles : l’export de vin européen vers les États-Unis va-t-il progresser ? Quelle sera la place des importations de vins étrangers vers l’Europe ? Quelle va être l’influence du changement climatique ? Pierre Bernhard ne le cache pas :
« Ce genre de réunions sont… super technocratiques. En face de nous, nous avons de vrais experts, pas des politiques. Il me semble que c’est très important de pouvoir faire circuler les informations, donc c’est une bonne chose de participer à ces rencontres. La première n’était pas spécialement stressante. La Commission nous a simplement fait part de ses besoins. »
À Châtenois, Pierre Bernhard conserve sa récolte dans des cuves en inox thermorégulées. Photo : CS / Rue89 Strasbourg / cc
Prochaine réunion en mars
Difficile pour l’heure de juger de l’utilité de l’observatoire.PIerre Bernhardt se dit toutefois « fier » de participer à cette « aventure », qui pour lui représente un « challenge » et lui « ouvre de nouveaux horizons ». Il comprend bien la nécessité de la Commission européenne de mettre à jour ses outils statistiques qu’il qualifie d’ »obsolètes ». Le viticulteur pense d’ailleurs que l’Europe aurait tout intérêt à raisonner selon les plus petits dénominateurs communs possibles – à savoir cépage par cépage (plutôt que région par région), pour réussir à disposer des données les plus précises qui soient.
Dans un carnet en liège, comme les bouchons des milliers de bouteilles qu’abrite son entrepôt, Pierre Bernhard a soigneusement noté ses « devoirs » en vue de la prochaine réunion, prévue en mars 2020. La Commission européenne souhaite notamment recueillir des données sur les niveaux de production, de stock, les prix, les coûts…
En attendant la prochaine réunion en mars, Pierre Bernhard a eu des « devoirs » à faire de la part de la Commission européenne. Photo : CS / Rue89 Strasbourg / cc
Pendant l’hiver, en attendant son prochain séjour bruxellois, Pierre Bernhard se dispensera de l’épineuse tâche de la taille des vignes. En revanche, il participe volontiers à des salons pour faire découvrir ses vins et les vendre. Il n’hésite donc pas à quitter son Alsace natale, et pas seulement pour la Belgique. Mi-novembre, il était par exemple présent au Salon des vins des vignerons indépendants de Lille. Et juste avant la première réunion de l’observatoire à Bruxelles, il avait fait un détour par le continent asiatique.
Le vigneron ne passe donc plus beaucoup de temps dans ses vignes. Cinq personnes travaillent à temps plein dans l’exploitation. Ses parents sont là aussi, et participent notamment aux tâches administratives. C’est de sa mère que Pierre Bernhard tient sa passion pour la viticulture. Elle-même a été viticultrice toute sa vie.
Quant à sa passion pour l’Europe, elle n’est pas encore totalement affirmée mais Pierre Bernhard demande à voir. Et le viticulteur de l’attester : « L’UE est trop importante aujourd’hui pour faire comme si elle n’existait pas. »
À quoi ressemblera la future ex autoroute urbaine ? Un premier projet dévoilé fait la part belle faite aux espaces verts, et une vitesse de circulation abaissée à 50 km/h. Le Medef Alsace s’est déjà montré réticent sur ce dernier point.
Un violon sur le toit est une des comédies musicales les plus emblématiques de Broadway. Son sujet est pourtant grave : l’antisémitisme, l’exil et l’évolution des mœurs en conflit avec les traditions. Sur la scène de l’Opéra National du Rhin (ONR), une nouvelle mise en scène affirme toute sa modernité. Il s’agit de conserver le divertissement de l’œuvre sans affecter sa portée politique.
Un violon sur le toit ne plante pas de cadre spatio-temporel précis. Tout au plus sait-on que l’intrigue se déroule en Russie, quelque part dans la première moitié du XXe siècle. L’œuvre, créée en 1964 à Broadway, ne se présente pas comme une pièce historique. Mais cette coproduction franco-allemande entre l’ONR et le Komische Oper Berlin, mise en scène par Barrie Kosky, traite d’un sujet grave : l’exode des juifs russes chassés de leurs terres. Un exode qui accompagne la montée du nazisme et qui préfigure des violences antisémites qui ravageront bientôt l’Europe.
Le spectacle s’ouvre avec un adolescent à trottinette portant des habits modernes. Il ouvre un placard, en tire un violon et jour un air. Puis de ce même placard surgit le laitier Tevye, bientôt suivi par tout son village. Il commence alors à raconter leur histoire au garçon. Et malgré cette ouverture digne d’un conte, Un violon sur le toit reste loin de l’image bariolée qu’a, dans l’inconscient collectif, le répertoire de Broadway.
Durant le repas de noces, les danseurs rappellent que le spectacle vient de Broadway. Photo : Klara Beck
Le village qui voulait se couper du monde
Dans le schtetl d’Anatevka, un village juif quelque part en Russie au début du XXe siècle, la vie s’articule autour d’un unique mot : tradition. Le décor est planté par le laitier Tevye : chaque chose est à sa place. Les hommes dirigent les familles, les femmes s’occupent de tenir la maison. Les enfants obéissent aux adultes, jusque dans le mariage et le choix de leurs conjoints. Tout le village s’articule autour de ce respect de la figure patriarcale avec, en son centre, le Rabbin presque sénile qui cristallise la foi de la communauté.
Ainsi tout semble aller pour le mieux. La marieuse Yante a trouvé pour Tzeitel, la fille aînée de Tevye, un bon parti : le riche boucher Lazar Wolf. Mais la jeune femme est éprise du pauvre tailleur Motel. La tradition est brisée quand Tevye décide de rompre le contrat, pourtant déjà signé, et de permettre à sa fille de faire un mariage d’amour.
La communauté juive est soudée entre ses murs. La scénographie du premier acte contraste avec le désert enneigé du deuxième. Photo : de Klara Beck
Amours, tradition et antisémitisme
Par la suite sa deuxième fille, Hodel, tombe amoureuse de Perchik, un révolutionnaire venu de Kiev qui, lui, se moque bien des traditions du village. C’est lorsque sa troisième fille, Chava, se lie avec Fyedka, un chrétien-orthodoxe, que le laitier refuse de plier d’avantage. Les deux amants se marient donc en cachette et fuient le village.
Pendant ce temps, les autorités russes augmentent la pression exercée sur les communautés juives. Les pogroms se multiplient et toute la population finit par abandonner Anatevka sur ordre du pouvoir. Tevye, sa femme Golde et leurs deux dernières filles, encore petites, partent en Amérique.
Un spectacle entre calme et violence
Le monde tel que présenté dans Un violon sur le toit est en pleine mutation, pour le meilleur et pour le pire. Le caractère fabuleux du spectacle ne change pas ce constat. L’intrigue est drôle et touchante dans ses instants de vie. Les monologues du laitier s’adressant à Dieu et se plaignant avec ironie de sa misère sont fameux. Tout le spectacle présente une alternance déroutante de calme et de violence, de gravité et de futilité. Ce mélange des genre surprend, et invite à dépasser le seul plaisir du conte.
La famille de Tevye est finalement forcée de quitter ses terres. Les références à Moïse dans le texte ne sont pas anodines. Eux aussi vont, dans leur fuite, affronter les eaux : celles l’océan Atlantique. Photo : de Klara Beck
Tout le sujet du spectacle est de voir comment la structure sociale se désagrège inévitablement face à la marche du monde. Malgré ses efforts pour conserver son ostracisme, Anatevka subit les remous de la société. Les échelles se télescopent. Le microcosme de la famille de Tevye et de Golde, qui se disloque sur fond de conflit religieux et de crise géopolitique, suit les mêmes bouleversement que le système global à l’aube de la Seconde Guerre mondiale. Ce propos résonne avec notre début de XXIe siècle, où les mouvements fascistes et populistes reprennent l’ascendant partout en Europe. Un violon sur le toit sonne alors comme l’avertissement d’un guetteur qui, du haut de sa tour, voir venir la menace.
Trouver le propos entre les paillettes de Broadway
Même sans connaître d’autre comédie musicale, la structure de ce spectacle sera familière à la plupart des spectateurs. La raison se trouve dans les films d’animation des studios Disney. L’intrigue est pleine de péripéties, avec des personnages archétypaux identifiés : le brave homme, la jeune amoureuse, le jeune amoureux, le vieux barbon, etc…
La trame se tend sur une armature composée de temps forts musicaux. Les chansons ne sont pas gratuites, elles sont agissantes. Il s’agit des moments où se prennent les principales décisions : les mariages, les conflits, la fuite du village. La musique est somptueuse et caractérise l’humeur des scènes qu’elle accompagne.
Tous les interprètes donnent de la présence à leurs personnages, ce qui permet de ne pas se perdre malgré leur profusion. La scénographie est inventive et satisfaisante, que ce soit avec ses entassements d’armoires figurant des lieux hétéroclites aux multiples portes ou avec sa neige qui tombe durant tout le deuxième acte. Les nombreuses scènes de danse sont virtuoses, bien qu’elles restent globalement accessoires à l’intrigue. Ce fonctionnement donne un rythme très soutenu au spectacle qui ne souffre d’aucune longueur, malgré ses trois heures de représentation.
Le pogrom, l’attaque des chrétiens orthodoxes, s’abat sur Anatevka alors que les festivités des noces semblaient assurer un retour à la paix. Photo : de Klara Beck
« Une pièce de théâtre musicale »
Il faut aussi se détacher de l’idée d’une comédie musicale immanquablement joyeuse où tous les malheurs finissent par s’évaporer. Pour le metteur en scène, Barrie Kosky, il est d’ailleurs plus juste de parler ici de « pièce de théâtre musicale ».
Le personnage principal, le laitier Tevye, n’est pas un héro parfait. Il a de nombreux défauts, ne trouve pas la richesse qu’il espérait et doit fuir son oppresseur au lieu de le combattre. Même s’il suit un parcours initiatique, en remettant en cause les anciennes traditions, il ne finit pas son évolution et reste incapable de pardonner à sa fille Chava qui s’est mariée en dehors de la foi.
Lorsque le laitier raconte un soit-disant rêve prémonitoire, son récit prend forme sur la scène : le fantastique est à l’honneur. Photo : de Klara Beck
Une question bourdonnante bien après la dernière note
Le jeune violoniste qui ouvre le spectacle le conclut également. Resté seul sur le plateau, il assène un coup symbolique écrasant. Alors qu’il arrive à la dernière mesure de la partition, il ralentit, et l’ultime note que le public attend ne vient pas. Le spectacle s’achève, rideau. Cette suspension infinie et frustrante de la mélodie indique que quelque chose s’est irrémédiablement brisé.
Le Violon ne laisse pas sortir son public avec la plénitude d’avoir assisté à une belle histoire bien bouclée. Cette gène l’accompagne jusqu’à la sortie de l’ONR. C’est une habile manœuvre de la partition originale, afin que la beauté de l’œuvre ne puisse pas occulter sa dimension critique et politique. Voici alors un spectacle qui, tout en gardant son accessibilité de grand divertissement populaire, glisse à son spectateur une question bourdonnante qui perdurera longtemps après sa dernière note.
Ce samedi 7 décembre, plusieurs syndicats ont appelé à manifester avec les Gilets jaunes. Certains salariés, encartés à la CGT ou à la CNT, sont intéressés par le caractère auto-organisé de ce mouvement, né il y a un an. Samedi, une figure alsacienne des Gilets jaunes a été placée en garde à vue pour outrage.
Il est environ 15h45. 400 gilets jaunes battent le pavé boulevard Poincaré à Strasbourg en ce samedi 7 décembre. Tout à coup, des cris d’alerte se font entendre : « Ils embarquent Marlène ! » Une figure des Gilets jaunes du QG de Brumath vient d’être arrêtée pour outrage. Elle est emmenée en garde à vue. Au moment de l’interpellation, un homme tente de s’interposer. Il prend un coup de matraque sur le front et saigne abondamment avant de se faire bander le visage par des street medics. Plusieurs témoins de la scène racontent :
« Elle était en train de filmer, elle n’a rien fait ! Ils lui ont sauté dessus d’un coup parce qu’elle était un peu esseulée en fin de cortège… Elle a plus de soixante ans, elle pourrait être leur mère ! »
Marlène, une figure des gilets jaunes, a été arrêtée. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc Un Gilet jaune a été blessé à la tête en tentant de défendre Marlène. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc Après les soins des street medics. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Marie, Gilet jaune « depuis le début », ne cache pas sa colère :
« Par rapport à beaucoup d’autres mouvements militants, on subit une répression incroyable. Moi, quand je vois ça, je me rends compte à quel point notre gouvernement nous méprise. Ça ne me donne plus envie de suivre bien sagement le tracé d’une manif’ syndicale et de rentrer à la maison ensuite. On ne veut plus se laisser faire. »
Des membres de syndicats présents
Ce jour-là, des militants de la CGT, de la CNT, de Solidaires, de FO et d’autres syndicats sont présents dans la manifestation. Brigitte est impliquée au sein du groupe « Gilets jaunes Strasbourg République ». Elle est syndiquée à l’union locale de la CGT de Molsheim, Obernai et Schirmeck. Pour elle, les Gilets jaunes et le militantisme syndical peuvent être complémentaires :
« À la CGT comme dans d’autres organisations syndicales, il y a des militants de terrain qui se battent vraiment pour les autres. Sur les lieux de travail, il faut s’organiser pour créer un rapport de force, ça peut être très efficace. »
Des membres de syndicats étaient présents à la manifestation. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
« Grève générale, mort au capital », « Anticapitalistes », « Révolution »… Depuis le début de la manifestation, partie à 14h de la place de l’Étoile et menée par les Gilets jaunes, les slogans s’attaquent « au système. » À côté de la banderole de tête, Alain s’exclame :
« Depuis un an, on entend beaucoup plus de messages politiques qui critiquent l’ordre établi dans les manifestations. Au début, c’était plutôt les Gilets jaunes, mais maintenant on voit beaucoup de personnes issues de syndicats qui suivent. C’était flagrant le 5 décembre lors de la mobilisation contre les retraites. »
Puis le cortège fait un tour non prévu autour de la place de la République. « Il faut bien embêter un peu les flics », explique Mathieu :
« On s’est rendu compte qu’il y avait un problème avec le militantisme syndical traditionnel. C’est trop mou. Combien de fois on a marché sans que ça ne serve à rien ? Et puis on ne veut pas juste se battre contre des réformes nous, mais contre tout un système. »
De nombreux tags ont été réalisés lors de la manifestation. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Un discours plus radical chez les syndicats ?
Brigitte de la CGT explique que le discours change aussi au sein des syndicats ces derniers temps :
« On parle de faire tomber le système et de se réapproprier les moyens de production. On se rend bien compte qu’il faut se réinventer. »
Les Gilets jaunes ont la particularité d’être nés spontanément, en dehors des entreprises et sans coordination au départ. « Structurellement, ce mouvement vient de la base. » explique Marie. Pour Paulo, également Gilet jaune, « c’est ce qui fait sa force » :
« Les organisations syndicales sont souvent très hiérarchiques. Pour créer un mouvement qui porte vraiment les revendications des travailleurs, celui-ci doit s’organiser avec eux. Cela peut aussi se faire au travail, mais il faudrait imaginer de nouveaux procédés, avec des comités de mobilisation autonomes par exemple. »
Sur ce modèle, un comité de mobilisation de cheminots sans affiliation syndicale s’est formé récemment à la gare de Strasbourg. Jules milite pour ce type d’organisation avec le syndicat de la CNT :
« La limite des Gilets jaunes, c’est justement de ne pas être organisés sur les lieux de travail. Le syndicalisme révolutionnaire, dans une logique de réappropriation des moyens de production, peut-être un très bon outil de lutte. Et il peut ouvrir la porte à des modes d’action très efficaces comme la grève illimitée. Les syndicats majoritaires appellent plutôt à des grèves perlées, c’est trop timide pour fonctionner. »
Manif sauvage jusqu’à l’hôtel de police
La manifestation arrive à son terme vers 16h15 à la gare. La quasi-totalité des manifestants décident de repartir en direction de l’hôtel de police « pour soutenir Marlène (en garde à vue, ndlr). » Ceux-ci forment plusieurs chaînes en se tenant les coudes. Des larmes apparaissent sur plusieurs visages. « Les Gilets jaunes, c’est un peu une famille aussi. En tout cas, un engagement très sincère, qui fait ressentir des émotions puissantes », explique une dame en pleurs.
Les manifestants ont décidé de se rendre à l’hôtel de police pour soutenir Marlène. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
« Police partout, justice nulle part ! » chantent les manifestants en arrivant route de l’hôpital. Un cordon de CRS bloque la route. Certaines personnes expliquent aux forces de l’ordre qu’ils souhaitent « soutenir leur amie en allant devant l’hôtel de police », mais l’accès leur est refusé. Un policier explique que Marlène devrait rester au moins 24h en garde à vue. Les manifestants décident de se disperser vers 18h30.
Les militants ont été maintenus à distance de l’hôtel de police. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
En partant, des Gilets jaunes et des syndiqués à la CGT discutent ensemble. Ils évoquent la nécessité de continuer à se mobiliser « la semaine et le week-end. » Certains s’accordent à dire que pour toucher le plus de monde possible, « les lieux de travail sont stratégiques. La réforme des retraites peut être une bonne occasion pour ça. »
Gilets jaunes et syndiqués échangent à propos de la suite à donner à la lutte. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Mercredi 11 décembre, plusieurs temps de recueillement sont prévus un an après l’attentat de 2018, qui a fait 5 morts et 14 blessés au Marché de Noël.
Avec 55 victimes ou proches des victimes, la Ville de Strasbourg a défini le programme des hommages prévus ce mercredi, un an après l’attentat dans la soirée du mardi 11 décembre 2018.
Ces commémorations voulues « sobres » alternent des moments ouverts au grand public ou non.
14h à 15h : Rencontre bilatérale entre le maire et les familles (non-public). De 15h à 16h, place de la République : Une stèle en verre dessinée par une victime, sans le nom des personnes tuées, sera dévoilée sur la place de la République, sur le côté proche du Palais du Rhin. Des arbres seront par ailleurs plantés en souvenir. Cette séquence est ouverte au grand public, mais n’est pas imaginée pour une vaste foule. Il est possible de ne pas pouvoir assister de près au déroulé en cas de forte affluence. Un contrôle des sacs sera effectué au préalable. De 16h à 17h : Rencontre bilatérale entre le ministre de l’Intérieur et les familles (non-public). De 19h à 21h, à la Cathédrale de Strasbourg, une cérémonie laïque rendra hommage aux victimes. Sur la forme, elle s’inspirera de celle du 9 février qui avaient eu lieu à l’Église Saint-Thomas. Des représentants de huit cultes liront un texte commun. L’opéra du Rhin, un ensemble vocal et la classe de trombone de la Haute École des Arts du Rhin (HEAR) chanteront et joueront des musiques, tandis que des images seront projetées. La cérémonie sera traduite en langue des signes.
La réservation était possible dans la limite des places disponibles (entre 500 et 800). Pour cela, il fallait effectuer une demande avant le dimanche 8 décembre à 20h via le formulaire en ligne accessible à l’adresse : stras.me/11-12-18
L’accès dans la cathédrale se fera à partir de 17h30 avec une carte d’identité.
De nombreux anonymes ont tenu à être présents dimanche matin Photo : Abdesslam Mirdass
Par ailleurs, toutes les cloches de l’Eurométropole sonneront à 19h45, pendant un quart d’heure. Enfin, les Strasbourgeois qui le souhaitent sont invités à disposer des bougies à leurs fenêtres. Pour éviter les risques d’incendies, il est suggéré d’utiliser des bougies électriques à LED ou de recouvrir la flamme d’un bocal en verre.
Le marché de Noël reste ouvert pendant ces événements au centre-ville et à ses abords. En revanche l’accès à la plateforme de la Cathédrale sera fermé.
[MAJ] – Concert au Zénith annulé
En dehors de ces commémorations officielles, un concert-hommage était prévuau Zénith. Mais les organisateurs ont finalement annulé ce mardi 10 décembre. L’événement de l’association « Des larmes au sourire » et du collectif « Strasbourg ensemble et solidaire » s’était notamment monté à l’initiative de Mokhtar Naghchband, le frère de Kamal Naghchband qui a succombé à l’âge de 44 ans. La famille de ce garagiste afghan réfugié depuis 18 ans estime que le choix d’un édifice religieux n’est pas approprié pour un tel hommage.
Les organisateurs se réservent « l’initiative, au cours du 1er trimestre 2020, d’une commémoration citoyenne, républicaine et interculturelle à Strasbourg en hommage à toutes les victimes ».
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d’abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
L’installation vidéo 21 – Memories of Growing up de l’artiste suisse Mats Staub, transforme le nouveau théâtre du Maillon en un espace de curiosité et d’empathie qui explore souvenirs individuels et mémoire collective. À croiser jusqu’au samedi 21 décembre 2019.
C’est au fond à droite de l’espace d’accueil du nouveau théâtre du Maillon, dans le spacieux hall de 500 m², que l’on peut s’imprégner des confidences des 75 participants de l’installation vidéo 21 – Memories of Growing up de Mats Staub (2012-2019). Des panneaux structurent l’espace en créant des black box modulables qui, comme l’explique la directrice du Maillon Barbara Engelhardt, facilitent une réception intime des films.
Cinq témoignages, d’environ dix minutes, sont proposés sur chacun des quinze écrans disposés par ordre chronologique. Sur le premier d’entre eux à gauche, Frau Zirkelbach, la doyenne de la sélection, qui eut 21 ans en 1939, évoque notamment l’impact de la guerre sur sa jeunesse.
Toutes les vidéos suivent un même fil rouge : les participants répondent à une série de questions devant la caméra. « Qu’avez-vous vécu à 21 ans ? », « Comment êtes-vous devenu adulte ? », « Qu’est-ce que cela signifie être adulte ? »
Après cette première rencontre, Mats Staub retrouve les modèles trois mois plus tard pour les filmer à nouveau. Cette fois, chaque témoin écoute silencieusement ses propres confidences. Les silences, les non-dits, il y a une couche de temps entre les mots et le corps, lien entre l’action, le présent et le souvenir. À l’image, on observe les réactions physiques du sujet à l’écoute de sa propre confession : certains ont le regard dans le vide, happés par le passé, d’autres passent des rires aux larmes à l’évocation de souvenirs douloureux.
Pour l’artiste suisse, « présenter cette œuvre dans un espace dédié au spectacle, comme Le Maillon, est une expérience intéressante. Le public de spectacle est plus enclin à prendre son temps, à regarder, à écouter. Il est capable de rester une heure entière pour découvrir la production. »
Un tout autre usage de l’œuvre se met en place dans des lieux dédiés aux arts plastiques, car « le visiteur d’exposition est un flâneur, il se balade, va d’une œuvre à l’autre et ne prend pas forcément le temps de s’arrêter pour regarder les vidéos dans leur entièreté. »
Le théâtre est un lieu d’expérimentation constant : une pause entre deux activités proposées par le Maillon devient un moment de découverte pendant lequel il est possible de visionner une ou plusieurs des vidéos. Les spectateurs n’hésitent pas, seuls ou à plusieurs, à s’installer, casques sur les oreilles, et à se laisser bercer par les souvenirs des participants.
Témoignage
filmé : cristallisation de la mémoire
Au départ de ce projet, il y a eu une volonté de faire une « galerie du siècle. » Le vidéaste s’interrogeait à propos de l’histoire allemande du XXe siècle et des stigmates de la Seconde Guerre mondiale. Né en 1972, Mats Staub entrecroise journalisme, sociologie et histoire dans son travail artistique. D’abord journaliste et conseiller dramatique, c’est en 2004 qu’il décide de se consacrer à la création. Depuis, il explore la notion de mémoire dans des installations vidéos sous forme de témoignages filmés.
Pourquoi 21 ans ? Pourquoi concentrer le récit de vie sur un moment si précis ? C’est un âge décisif : Mats Staub se souvient de l’année de ses 21 ans qui fut « pleine de tourments » et lourde de conséquences. Plus tard, en 2010, travaillant dans un hospice pour personnes âgées, il remarque que ces dernières ressassent les mêmes anecdotes et que ces histoires focalisées sur un événement singulier sont à la fois intimes et captivantes. À ce moment, l’idée de 21 – Memories of Growing up se développe. L’artiste collectionne visages et histoires de vie et semble alors créer une archive de la mémoire individuelle du XXe siècle.
Créer un nouveau récit du siècle
Passeur de paroles, sa recherche artistique peut être rapprochée de celle de l’artiste israélienne Esther Shalev-Gerz qui évoque l’holocauste. En 2005, elle crée l’œuvre vidéo Derniers témoins pour le 60e anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Attachant une importance particulière aux notions de conservation et transmission de la mémoire collective, la plasticienne montre face caméra le témoignage de soixante survivants de la Seconde guerre mondiale.
Pour l’artiste-chercheuse Ophélie Naessens, « l’historien découvre, classifie, enregistre pour livrer une compréhension articulée » tandis que l’artiste transforme les documents en matière première et, par des procédés d’assemblage, crée un nouveau récit. Dans l’installation de Mats Staub également, l’écoute et la parole, la mémoire et l’oubli sont complémentaires, le collectif et l’individuel se retrouvent très imbriqués dans les histoires personnelles.
« J’aurais pu être l’un de ces portraits. En fait, il me semble être l’un d’eux »
Semblables à des miroirs, les écrans verticaux de 21 – Memories of Growing up cadrent le visage et les bustes. Un tête-à-tête s’instaure avec les individus interrogés. Le visiteur peut devenir le reflet de ces personnes plongées silencieusement dans leurs souvenirs. Parfois, certains portraits peuvent rappeler des proches et, les spectateurs peuvent à leur tour penser à leurs propres 21 ans. Transfert et empathie sont des émotions partagées par le public. Une visiteuse me confie : « J’aurais pu être l’un de ces portraits. En fait, il me semble être l’un d’eux. »
Les œuvres de Mats Staub ont cette particularité qu’elles continuent d’évoluer au gré de ses voyages, selon les villes et les pays d’exposition. Ainsi, 21 – Memories of Growing up, qui regroupe 240 vidéos captées dans huit pays, compte aujourd’hui deux témoignages supplémentaires : « 1981, Madame Deichtmann, Strasbourg » et « 2013, Madame Lemberger, Kalamazoo, Strasbourg ». Cette dernière, l’une des plus jeunes participantes de l’installation, fêtait en 2013 ses 21 ans et confie :
« Entre les souvenirs qui sont très clairs, les souvenirs qu’on avait oubliés et qui surgissent d’un coup, les souvenirs qu’on ne veut pas partager mais qui sont quand même là, entre les mots, c’est un moment public et très intime à la fois. »
Marianne Lemberger
Qui sommes-nous : les témoins d’une intimité ? Des voyeurs ? La frontière est mince et pourtant, la différence réside peut-être dans cette aura de bienveillance, cette empathie suscitée par Mats Staub. Avec cette installation, Le Maillon propose à son public un moment de réconfortante humanité pendant lequel chacun se sentira investi.
Étudiante en Master 2 “Critique-Essais, écritures de l’art contemporain” à l’Université de Strasbourg. Diplômée de l’Ecole Supérieure d’Art et de Design de Valenciennes.
Quelques élus sont en possession de l’audit interne depuis le mois d’août 2019. Rue89 Strasbourg a pu le consulter.
Le deuxième rapport sur l’office de tourisme a alerté les responsables politique et l’office de tourisme de Strasbourg et sa région (OTSR) sur la double-casquette intenable des élus présidents de l’association : négociateur de subventions d’un côté, décideurs rémunérés de l’autre. Mais les « investigations financières et comptables » internes à la collectivité, que Rue89 Strasbourg a pu se procurer, apportent d’autres informations sur l’association.
Quid de la transformation numérique
Un premier point de cet audit porte sur la divergence d’objectifs avec la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg, les deux principaux financeurs (65% du budget en 2018). La municipalité espère une « stratégie numérique », tandis que selon l’audit, l’OTSR « exploite les valeurs traditionnelles de la région », « les 5C » (Choucroute, cigogne, cathédrale, colombage, costume).
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