Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

La ville du passé, du présent et du futur est mise sur écoute avec l’application GOH

La ville du passé, du présent et du futur est mise sur écoute avec l’application GOH

GOH est une application qui se propose de réenchanter des coins de ville par le son. Portée par l’association des Ensembles 2.2, elle compte s’étendre dans d’autres villes, et retracer plusieurs époques. En parcourant les rues, il est possible de découvrir ses œuvres d’art sonores qui informent et anticipent.

En ville, la perception de notre environnement passe essentiellement par la vue : la signalisation routière, les noms des rues et les autres habitants. L’œil est sollicité par les publicités, les devantures des magasins ou les architectures. L’ouïe, en complément, peut apporter une nouvelle dimension à la ville. Découvrir un espace se fait aussi en l’écoutant, et c’est une application strasbourgeoise qui propose d’impulser le mouvement.

Pour connaitre sa ville il faut apprendre à l’écouter

Disponible dans les catalogues d’applications mobiles depuis peu, l’application GOH est toujours en développement. Son principe est simple : l’utilisateur est géolocalisé et se déplace sur une carte. Des zones éclairées de jaune indiquent la présence d’un espace sonore. Il faut s’y rendre physiquement pour découvrir la pièce à écouter.

« GOH » peut signifier « get over heard » (se faire entendre), « get over head » (passer la tête comme pour écouter une conversation) « get over here » (une injonction à venir) ou simplement l’interjection GO ! qui encourage l’utilisateur à se lancer. Photo : document remis par GOH

Initié par Gaëtan Gromer, qui se définit lui-même comme un poète du son, GOH a débuté il y a quatre ans aux sein des Ensembles 2.2. Ce collectif strasbourgeois est dédié aux arts numériques et à l’utilisation de la technologie au service de la culture et de la collectivité. GOH est un parcours de poésie sonore qui donne l’occasion de porter différents regards sur sa ville.

Pour l’heure, l’application propose plusieurs parcours, notamment les Chants des immeubles consacrés à différents quartiers de Strasbourg : le Neuhof, Hautepierre, la Neustadt et la presqu’île Malraux. Chaque point d’écoute présent sur la carte peut comporter différents sons, il est donc utile de revenir sur ses pas ou de rester dans l’espace pour tout découvrir. Des témoignages d’habitants côtoient les vues d’artistes et musiques.

Il n’est possible d’écouter les sons que dans le lieu qui leur est lié. Photo : Capture d’écran de l’application

Le voyage dans le temps, une fantaisie rendue possible grâce au son

Le parcours qui intrigue le plus est intitulé Prospective Cities – Strasbourg 2099. Il s’agit des résultats d’ateliers menées par les Ensembles 2.2 et le Shadok avec des habitants de Strasbourg. Les sons présentent des visions futuristes de différents espaces, comme des extraits de documentaires issus d’un voyage temporel. Une voix évoque la grande sécheresse de 2050 et commente les choix des architectes du début du XXIe siècle. Ce parcours transforme Strasbourg en un musée de l’avenir, un laboratoire d’idées où chercher des voies de développement.

Par la suite l’application GOH souhaite propose des capsules temporelles déclinables dans différentes métropoles. L’objectif est de faire entendre les villes du passées. Comment vivait-on il y a quelques siècles ? Il sera possible de se promener dans les rues de ces cités anciennes et se rappeler de celles et ceux qui y vécurent en écoutant leur environnement sonore. Une plongée dans le passé qui nous rappelle que nous sommes de passage dans ces rues, et que nous les habitons dans une époque qui finira par passer.

Déambuler, apprendre et jouer

Bien qu’elle encourage à se promener avec un casque sur les oreilles, GOH favorise la communication et la découverte. L’absence de guidage de l’application engage à explorer la ville et à renouer avec la promenade. Le déplacement, généralement une nécessité et d’efficacité, peut pour un temps devenir inutile et improductif.

Le parcours Strasbourg 2099 recouvre différentes zones, imaginées pour le futur par les Strasbourgeois du présent. Photo : Capture d’écran de l’application

GOH cherche à travailler avec les municipalités et les lieux culturels. L’application peut accueillir facilement tout type de contenus. La ligne éditoriale reste la recherche de l’art et de la culture. Elle peut permettre de valoriser des œuvres d’art urbaines, de les référencer pour les utilisateurs. Il sera aussi possible pour les musées ou les théâtres de déborder sur l’espace de la rue et d’attirer les passants dans leurs murs en attisant leur curiosité.

Parmi les nombreux projets en élaboration, GOH cherche à créer des aventures à choix sur le modèle des « livres dont vous êtes le héros ». Encore plus immersif que les casques de réalité virtuelle, il faudra parcourir la ville pour vivre ces histoires et résoudre des énigmes, seul ou en groupe.

Le catalogue des parcours sera en perpétuelle expansion. GOH a vocation à s’exporter. Il existe déjà un parcours à Poitiers, un à Villeurbanne, et sont déjà en chantier ceux de Metz et de Thionville. Mais c’est naturellement à Strasbourg que se trouvent pour l’instant la majorité des créations sonores.

La ZAD au Shadok évacuée, l’établissement fermé

La ZAD au Shadok évacuée, l’établissement fermé

Les occupants de « La Fabrique du numérique », actuellement fermée, ont été délogés dans le calme ce samedi 21 décembre.

Après quatre nuits, les militants qui occupaient le Shadok sur la Presqu’Île Malraux (voir notre article et les motivations) ont été délogés ce samedi 21 décembre. L’opération par les forces de police s’est déroulée dans le calme vers 6h30. Une vingtaine de personnes étaient présentes.

Le premier adjoint au maire en charge de la Culture, qui a piloté le projet, Alain Fontanel (LREM) s’était rendu sur place jeudi 19 décembre dans la matinée pour dialoguer avec les occupants. Un huissier avait constaté la situation. Selon les participants ou le récit par les DNA, les discussions ont été apaisées, mais aucun cap précis n’avait été fixé à l’issue de l’échange.

La Ville et l’Eurométropole ont ensuite engagé une action en référé devant le tribunal d’instance contre l’occupation de ce bâtiment public. La décision, favorable à la collectivité, est intervenue le lendemain, vendredi 20 décembre, en fin de journée.

Des militants ont occupé le Shadok Presqu’île Malraux pendant 4 nuits. Photo : Thibault Vetter

Co-working et école de musique aussi fermés

Les utilisateurs de l’espace de co-working et de l’école de musique électronique au deuxième étage, qui n’était pas occupé, ont été avertis que les badges d’accès sont désactivés jusqu’au 6 janvier. Ils pourront récupérer leurs affaires les 23 ou 27 décembre. Le lieu était néanmoins en contact direct avec la jeune « ZAD.OK » dans les étages du dessous. Les murs tagués vont être nettoyés, la Ville va « remettre à plat la question des accès ».

La partie publique, au 1er étage (espace d’exposition, fab lab) et au rez-de-chaussée (hall d’accueil et espace de conférences) ne doivent rouvrir que le 28 janvier, après une fermeture exceptionnelle de six semaines. Le café a trouvé un nouveau repreneur qui va s’installer ensuite.

Les occupants souhaitaient installer un lieu autogéré dans le cadre du mouvement social contre la réforme des retraites. Le lieu était décrit comme une « maison du peuple et de la grève féministe, anticapitaliste, écologiste et antiraciste au service des personnes précarisées et révoltées de la métropole. »

Le lieu inauguré en 2015 a été choisi comme un symbole. À la fois, il n’a plus d’activité dans deux étages pour une longue période suite à de nombreuses absences et il est décrit comme un « fer-de-lance de la politique de gentrification menée sur le quartier des Deux-Rives ». Une critique que conteste le maire Roland Ries.

À Lingolsheim, l’écoquartier des Tanneries a enfin sa ligne de minibus

À Lingolsheim, l’écoquartier des Tanneries a enfin sa ligne de minibus

En janvier 2019, le collectif des Tanneries réunissait plus d’une centaine de signatures pour le passage d’un transport en commun dans l’écoquartier de Lingolsheim. Lundi 16 décembre, un minibus a parcouru la ligne 45 pour la première fois.

Enfin un minibus pour l’écoquartier des Tanneries à Lingolsheim. Lundi 16 décembre, la navette de la ligne 45 a circulé pour la première fois à travers ce lotissement construit en 2014. Le véhicule de 22 places reliera la station de tram « Lingolsheim Alouettes » à la gare Roethig en passant par un quartier jusqu’alors déserté par les transports publics… En janvier, Rue89 Strasbourg avait relayé le mécontentement des riverains, entre commerces de proximité toujours fermés, trottoirs trop étroits et stationnement sauvage des voitures…

Itinéraire de la ligne 45, inaugurée le 16 décembre 2019.

Une victoire, d’autres difficultés

En janvier 2019, le collectif des Tanneries avait réuni plus de 140 signatures pour obtenir le passage d’un transport en commun. Samy Lamamra, habitant du quartier et membre du collectif, avait remis le document à Alain Fontanel, premier adjoint au maire de Strasbourg et président de la compagnie des transports strasbourgeois (CTS). « Grâce à la solidarité des habitants et à la mobilisation collective, nous avons obtenu gain de cause », se félicite Samu Lamamra.

En janvier 2019, Samy Lamamra, coanimateur du collectif des Tanneries, a remis la pétition signée par 140 habitants à Alain Fontanel, président de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

« Ce sont surtout les jeunes qui vont au collège Galilée qui sont contents de pouvoir prendre le minibus juste à côté de chez eux. Les personnes plus âgées sont aussi ravies de pouvoir faire leur course grâce à la navette », se félicite Samy Lamamra.

Malgré cette victoire, l’écoquartier des Tanneries souffre toujours du manque de commerces de proximité et de trottoirs parfois absents. Le collectif des Tanneries continue de se mobiliser sur ces difficultés. Un projet de boulangerie associative est en cours d’élaboration. L’objectif, selon Samy Lamamra : « permettre aux habitants de se rencontrer dans le quartier tout en favorisant l’insertion professionnel de certains jeunes. » Pour lutter contre l’engorgement des rues, les membres du collectif planchent aussi sur un projet de parking en silo.

Dans le quartier des Tanneries, les trottoirs trop étroits et l’absence de commerce de proximité. Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

En Allemagne, « nous mettons en place plus de contrôleurs dans les trains »

En Allemagne, « nous mettons en place plus de contrôleurs dans les trains »

La région Grand Est compte appliquer l’ouverture à la concurrence du secteur ferroviaire en 2023. Les défenseurs de cette libéralisation citent souvent l’Allemagne en exemple. Trois questions à Stephan Hertel, cadre au sein de la branche régionale de l’entreprise ferroviaire allemande Deutsche Bahn.

« La concurrence pour de vrai! » Tel était le mot d’ordre d’une centaine de personnes réunies lundi 25 novembre Au Palais des Musiques et des Congrès. A marche forcée pour les quelques syndicalistes présents, une aubaine pour les entreprises du secteur, un défi pour les responsables de la région Grand Est. Stephan Hertel, cadre au sein de la branche régionale de l’entreprise ferroviaire allemande Deutsche Bahn (DB), était aussi invité à présenter son « analyse de l’expérience allemande. »

Interrogé par Rue89 Strasbourg, le chef de projet allemand a parlé de baisse des salaires pour les cheminots, de réouverture de petites lignes et d’investissement croissant dans la présence de contrôleurs à bord de tous les trains.

Stephan Hertel, cadre au sein de la branche régionale de l’entreprise ferroviaire allemande Deutsche Bahn. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
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À Strasbourg, la convergence des luttes se fête devant la gare

À Strasbourg, la convergence des luttes se fête devant la gare

Après deux semaines de mobilisation contre la réforme des retraites, cheminots, enseignants, étudiants, Gilets jaunes ou encore archéologues précaires ont participé à une fête des grévistes devant la gare de Strasbourg jeudi. Objectif : maintenir le niveau de contestation et remplir les caisses de grève.

Pour un syndicaliste SNCF, l’objectif actuel est de maintenir le niveau de mobilisation après deux semaines de grève… et autant de salaires amputés pour les cheminots grévistes. Photos : Victor Maire / Rue89 Strasbourg / cc

Enseignants, archéologues, étudiants…

Des enseignants ont profité de l’atelier pancarte pendant la « fête des grévistes » du 19 décembre devant la gare de Strasbourg.
Nouveaux visages de la mobilisation strasbourgeoise, des archéologues se sont constitués en collectif pour dénoncer la précarité de leur métier.

Gilets jaunes et street-medics

Mobilisés depuis plus d’un an, les Gilets jaunes tenaient un stand lors de cette kermesse.
Parmi les nouveaux acteurs des manifestations strasbourgeoises, les street-medics se sont constitués en réaction aux violences policières qui ont émaillé les manifestations de Gilets jaunes.

Remplir des caisses de grève

Pour remplir les caisses de soutien aux grvistes, des gâteaux et des boissons étaient vendus à prix libre.
La convergence des luttes s’articule autour de la contestation du président de la République.

À la Région, « Avec la concurrence, nous voulons plus de TER en circulation pour un même budget »

À la Région, « Avec la concurrence, nous voulons plus de TER en circulation pour un même budget »

En charge de l’ouverture des lignes TER dans la Région Grand Est, le vice-président David Valence fixe les objectifs de cette libéralisation : plus de trains pour un budget régional stable.

« La concurrence pour de vrai ! » Tel était le mot d’ordre d’une centaine de personnes réunies lundi 25 novembre au Palais des Musiques et des Congrès. À marche forcée pour les quelques syndicalistes présents, une aubaine pour les entreprises du secteur, un défi pour les responsables de la région Grand Est. David Valence, vice-président en charge des Mobilités et Infrastructures de transport, s’est exprimé sur l’objectif de cette libéralisation auprès de Rue89 Strasbourg.

David Valence, vice-président de la région Grand Est en charge des Mobilités et Infrastructures de transport. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Rue89 Strasbourg : Pourquoi la région Grand Est a-t-elle souhaité organiser ce colloque sur l’ouverture du secteur ferroviaire à la concurrence ?

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#David Valence

Perturbations limitées pour le début de grève à la CTS les 24 et 25 décembre

Perturbations limitées pour le début de grève à la CTS les 24 et 25 décembre

L’Unsa, principal syndicat des conducteurs de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS), a déposé un préavis de grève pour la période du 24 décembre au 5 janvier pour des raisons internes à l’entreprise (voir ci-dessous).

Le premier jour, mardi 24 décembre, les lignes débuteront un peu plus tard qu’à l’accoutumée (6h pile) et le service se terminera à 19h comme chaque année pour le réveillon de Noël. Les lignes de tramway auront ensuite leurs fréquences habituelles d’un jour de vacances, contrairement à plusieurs lignes de bus qui verront leurs rythmes diminués (voir le tableau en fin d’article).

Le mercredi 25 décembre, jour férié en raison de Noël, le service sera limité de 6h à 20h. Les impacts seront plus fort puisque les tram E et F ne circuleront pas du tout. Trois bus qui circulent les jours fériés verront leur desserte diminuée en cours de journée (10, 15 et 70) voire annulée.

Les jours suivants, les prévisions seront publiées en fin de journée pour le surlendemain chaque fin d’après-midi sur le site de la CTS.

Le contrat de performance en débat

Le syndicat estime que le « contrat de performance », qui contraint la CTS à réaliser six millions d’économies en deux ans sur 127 millions de budget, pèse trop sur les conditions de travail des salariés et des conducteurs en particulier.

Le syndicat dénonce que l’organisation de la charge de travail augmente les amplitudes horaires, empêche les salariés de connaître leur planning suffisamment à l’avance et de prendre leurs congés.

L’Unsa est le premier syndicat de la CTS parmi les conducteurs Photo : Unsa / Facebook

L’Unsa indique avoir déjà fait remonter à la direction ces faits lors de six alertes en deux ans. Il s’en est suivi des « groupes de travail » mais dont les conclusions et les effets se font attendre, selon le syndicat qui met en avant des épuisements et des découragements parmi les salariés.

La direction réplique, en affirmant que les conducteurs ont déjà pu prendre « la quasi-totalité des congés auxquels ils ont droit », soit un nombre moyen de 32,1 jours de congés par personne. « La pose de jours supplémentaires et ponctuels est, certes, rendue difficile par le niveau actuellement élevé de l’absentéisme », reconnait un communiqué.

La direction estime que ce mouvement vise en fait à « prendre des « congés » supplémentaires au détriment [des] clients », ce qu’elle « refuse de cautionner ».

Voitures brûlées, témoins agressés… La cité de l’Ill a craqué

Voitures brûlées, témoins agressés… La cité de l’Ill a craqué

Une vingtaine de voitures ont été incendiées dans la semaine du 9 au 15 décembre dans le quartier de la Cité de l’Ill à Strasbourg. Plusieurs habitants se sentent abandonnés des forces de l’ordre. Au moins trois personnes, considérées comme des « balances », ont été agressées physiquement ou menacées de mort.

Une carcasse de voiture calcinée, d’énormes tâches noires au sol, une poubelle brûlée… Le quartier de la cité de l’Ill au nord de Strasbourg porte les stigmates d’une série d’incendies survenus dans la nuit du 12 au 13 décembre. Selon plusieurs habitants, des individus ont mis le feu à une vingtaine de véhicules. Dehors ou derrière une fenêtre, les Strasbourgeois ont vu les flammes de plusieurs mètres de haut parfois, et l’intervention des pompiers rue Lauch et rue Fecht.

Dans la nuit du 12 au 13 décembre, plusieurs véhicules ont été incendiés dans le quartier de la cité de l’Ill à Strasbourg. (Doc Remis)

Balayette et traumatisme crânien

Deux jours plus tard, samedi 14 décembre, des délinquants ont aussi agressé physiquement et menacé de mort plusieurs personnes. Ces dernières sont accusées d’être des « balances », des habitants ayant parlé à la police. Deux personnes de plus de 70 ans ont ainsi été violentées, raconte un jeune du quartier :

« Ils en ont balayé une (qui a chuté sur la tête, ndlr) et l’autre ils lui ont mis un coup dans la tête. Il était inconscient quand ils l’ont emmené à l’hôpital et maintenant il a des pertes de mémoire. »

Dans la nuit du 12 au 13 décembre, plusieurs véhicules ont été incendiés dans le quartier de la Cité de l’Ill à Strasbourg Photo : Doc Remis

Ces deux agressions ont fait suite à la fin de garde à vue de six pyromanes suspectés et à la visite d’un policier chez un potentiel témoin. Endormi, le retraité n’avait pourtant rien vu des incendies. Mais les guetteurs ont sûrement repéré le visiteur sans uniforme. Ils en ont conclu que le vieillard avait « balancé » et ils lui ont infligé un traumatisme crânien.

Plaintes et sentiment d’abandon

« Suite à l’agression, aucun policier ne s’est déplacé pour lui rendre visite à l’hôpital ou chez lui », dénonce une proche de la victime. Elle se sent « seule » et doute de l’utilité d’une plainte qu’elle déposera malgré tout pour tentative de meurtre. Deux autres plaintes, pour dégradations de bien d’autrui et menaces de mort, ont déjà été déposées. Une habitante a quitté son domicile, par peur pour son intégrité et celle de ses enfants.

Interrogé sur ces éléments, le porte-parole de la police nationale à Strasbourg a confirmé l’interpellation de six personnes, qui ont été relâchées. Malgré les agressions subies par trois habitants, il se veut rassurant :

« Si une personne est victime de menaces parce qu’elle a témoigné auprès de la police, on va très rapidement interpeller le coupable pour le présenter à un juge. Il ne faut surtout pas décourager les gens. »

Strach, le cirque qui explore la peur au Maillon

Strach, le cirque qui explore la peur au Maillon

Avec Strach – a fear song, Patrick Masset réunit sur la piste l’acrobatie, le jazz, le chant lyrique, la marionnette et la danse. Le spectacle pioche dans toutes ces disciplines pour créer un espace unique de poésie et d’inquiétude. Sur de petits gradins de cirque, le public est au plus près des artistes, au point de les toucher, et même de les accompagner dans leur performance.

C’est sur le plateau du nouveau Maillon que les spectateurs s’installent : un petit cercle de bois avec quatre rangées de gradins simples, tel un cirque sans chapiteau. Dans l’obscurité, un chant s’élève tandis que la scène circulaire accueille trois acrobates et une chanteuse lyrique.

Les deux porteurs jouent les loups dans une scène qui évoque un cauchemar d’enfant Photo : Christophe Raynaud de Lage

Un équilibre menaçant à portée de main

Les trois acrobates commencent sur une simple souche de bois. Ils vont y évoluer, se superposer, glisser les uns autour des autres. Sans jamais toucher terre, les trois corps se contorsionnent et se soulèvent, formant une masse humaine toujours changeante. Il y a, dans ces étreintes, beaucoup de sensualité et de douceur. Puis le moment se termine, et enchaine sur un autre tableau. Strach – a fear song fait se succéder les moments sans tisser d’intrigue, mais en construisant une ambiance.

Dans leur petit espace circulaire, les acrobates intensifient le rythme au fur et à mesure de la représentation. Ils se retrouvent juchés les uns sur les autres, se balancent le corps de leur voltigeuse, Airelle Caen (en alternance avec Alice Noël), comme un ballon, et tournoient dans de dangereuses figures au-dessus du public.

Les trois corps n’en forment plus qu’un, enraciné dans leur support de bois. Photo : de Laure Villain

Ce petit plateau crée un effet loupe. Tout est visible : les muscles contractés, la sueur sur le visage, les souffles. Les torsions de ces corps donnant la pleine mesure de leur potentiels captivent. Guillaume Sendron supporte comme un tronc ses acolytes.

Lorsque c’est au tour de Denis Dulon, en apparence moins massif, de porter tout leur poids, l’équilibre demeure intact quoique changeant. La tour humaine qui oscille dangereusement fait craindre qu’elle ne s’écroule dessus nos têtes. Cette menace est factice car les artistes sont rompus à leur exercice, mais la proximité des corps crée une tension puissante. On a peur.

La tour humaine approche les six mètres de haut lorsque les trois corps sont juchés les uns sur les épaules des autres. Photo : de Christophe Raynaud de Lage

Le mélange des arts au service de la poésie

Les spectateurs du Maillon commencent à s’y habituer : il est difficile de classer les spectacles proposés dans ce théâtre par genre artistique. Avec Strach – a fear song il faudrait parler de crique contemporain-opéra-marionnette-concert. Il semble que Patrick Masset, le metteur en scène, pioche allègrement dans tous ces domaines pour son spectacle.

La représentation se découpe en moments, alternant les séquences d’acrobatie et de musique avec quelques pantomimes. Une marionnette traverse l’espace à plusieurs reprises. Elle représente le rêve qu’exprime l’unique narratrice du spectacle : devenir un cowboy rouge et défendre les indiens.

Le plateau dressé au Maillon est un petit cocon intimiste Photo : de Barbara Engelhardt

Le musicien (Jean-Louis Cortès, en alternance avec Yohann Dubois) accompagne tout le spectacle. Il soutient également la soprano Julie Calbete. Sa voix puissante, jouant sur plusieurs registres musicaux, trouble. Il est inhabituel d’entendre de tels chants dans un spectacle de cirque.

Mais malgré son incongruité, cette association produit une émotion forte. Le plus impressionnant c’est que la chanteuse se prête aussi aux exercices de voltige. Malgré ses envolées, sa voix ne vacille pas. Elle s’élève en marchant sur les mains des porteurs comme sur des marches, figure fantastique en lévitation.

Les spectateurs sont mobilisés, notamment pour supporter la soprano qui se laisse langoureusement glisser le long du mur que forment les mains du public. Photo : de Christophe Raynaud de Lage

Strach est muet, malgré ses chants et son court passage de texte. Il est muet en cela qu’il n’explique rien. Tout passe par le ressenti. Le petit écrin du cirque favorise l’immersion dans une ambiance singulière. La sensation d’être proche des autres spectateurs, de les toucher et de se regarder tous, de part et d’autre du plateau, affirme un sentiment de collectivité.

Le public est d’ailleurs aussi au contact des artistes. Les acrobates grimpent régulièrement dans les gradins, entraînent quelques spectateurs dans une danse, et marchent même sur un public qui se prête benoîtement au jeu. Pour profiter au mieux du spectacle il est recommandé de se mettre au premier rang. Pour mieux ressentir la peur également.

La voltigeuse est à plusieurs reprises propulsée dans les airs, et rattrapées in extremis. Photo : de Christophe Raynaud de Lage

Surmonter sa peur dans le collectif

Plusieurs tableaux sont là pour effrayer. Notamment celui où Guillaume Sendron agite une grande faux vers le public et danse avec la lame autour d’Airelle Caen. Mais la peur n’est pas traitée comme un fin, plutôt comme un élément à apprivoiser. C’est pour cela que la peur est surtout présentée par le prisme de l’enfance et de ses cauchemars.

La faux passe très près des premiers rangs et il est difficile de réprimer un frisson. Photo : de Christophe Raynaud de Lage

Tout le spectacle inspire un sentiment de communauté et d’entraide. Jusque dans les moments plus calmes de chorégraphie, les quatre performeurs font montre de leur confiance mutuelle et de leur synchronicité.

Le public est convié à partager de cette communion, par son implication physique et par l’empathie qui se forme autour de cette danse. Strach – a fear song relève du conte comme du cirque. C’est un retour aux peurs primitives de l’enfance et un rappel des efforts nécessaires pour les surmonter.

Black blocs, cortège féministe, archéologues précaires… Les nouveaux visages des manifestations strasbourgeoises

Black blocs, cortège féministe,  archéologues précaires… Les nouveaux visages des manifestations strasbourgeoises

La mobilisation contre la réforme des retraites a connu un regain important à Strasbourg. Entre 7 et 10 000 personnes ont manifesté dans la journée du 17 décembre, contre environ 3 000 une semaine plus tôt. Ces manifestations successives dévoilent de nouveaux visages dans les protestations strasbourgeoises, entre black bloc, cortège féministe ou encore archéologues précaires…

Entre 7 500 et 10 000 personnes ont manifesté à Strasbourg le 17 décembre contre la réforme des retraites. Notre comptage fait état de 7 500 personnes tandis que d’autres sources font état de 10 à 12 000 personnes. Photo : Victor Maire / Rue89 Strasbourg

Black blocs et lettres violettes

Les Black blocs sont de plus en plus visibles dans les manifestations strasbourgeoises. Photo : Victor Maire / Rue89 Strasbourg / cc
En arrière-plan, la banderole du cortège féministe : « Macron, Etat, Patriarcat, battez en retraite » Photo : Victor Maire / Rue89 Strasbourg / cc

Étudiants en cortège de tête

Les étudiants constituaient le gros du cortège de tête, ici quai des Bateliers. Photo : Victor Maire / Rue89 Strasbourg / cc
Un manifestant joue du tambour devant le cortège avant d’arriver place de la République. Photo : Victor Maire / Rue89 Strasbourg / cc

Archéologues et antifas

Place de la République les archéologues dénoncent la précarité de leur métier. Photo : Victor Maire / Rue89 Strasbourg / cc
En fin de manifestation deux solutions s’offrent aux participants : occuper le Shadok pour le bloquer ou participer à une Assemblée générale de Gilets jaunes. Photo : Victor Maire / Rue89 Strasbourg / cc
Un groupe de Black blocs et de manifestants se dirigent vers le Shadok avec objectif de l’occuper. La police s’empresse de bloquer les passerelles. Photo : Victor Maire / Rue89 Strasbourg / cc
Ne pouvant aller au Shadok, des manifestants reviennent au campus universitaire pour assister à la fin de l’AG interprofessionnelle. Photo : Victor Maire / Rue89 Strasbourg

Le Rassemblement national a choisi sa nouvelle candidate pour les municipales à Strasbourg

Le Rassemblement national a choisi sa nouvelle candidate pour les municipales à Strasbourg

Le Rassemblement national a trouvé une tête de liste de substitution à Strasbourg pour les élections municipales avec Hombeline du Parc. Il s’en est fallu de peu pour que notre journaliste politique soit interdit d’accès à la conférence de presse du parti d’extrême-droite.

Mercredi 18 décembre, le Rassemblement national a présenté sa candidate de substitution pour les élections municipales à Strasbourg. Ce remplacement fait suite au retrait de Thibault Gond-Manteaux, rattrapé par son passé violent et xénophobe fin octobre. Hombeline du Parc, 44 ans, sera donc la tête de liste du parti de Marine Le Pen pour le scrutin de mars 2020. Ancienne juriste en entreprises en Alsace (Osram, Fischer…), elle a aussi été responsable Ressources Humaines pour le parti d’extrême-droite.

En 2014, Hombeline du Parc figurait sur une liste aux élections municipales à Barr, mais n’a pas été élue. En 2015, elle a pris la tête de liste bas-rhinoise de la liste Front national de Florian Philippot. Elle siège depuis comme conseillère régionale du Grand Est toujours pour le groupe Rassemblement national, qu’elle n’a pas quitté. Elle est domiciliée « depuis quelques semaines à Strasbourg » et y a vécu plusieurs années par le passé.

S’ancrer à Strasbourg

Le slogan de la campagne sera de faire de Strasbourg une ville « populaire, sécuritaire et solidaire ». Parmi les propositions, augmenter de 20% les effectifs de la police municipale, la fin des subventions aux associations « communautaires et immigrationnistes », une critique de l’urbanisation (une position déjà portée en 2014) sans forcément s’engager sur le nombre de logements, plus de produits français dans les cantines, s’assurer que le Qatar ne finance pas la Mosquée de la Eyyub Sultan, créer un grand festival d’été pour « rayonner » (« Alain Fontanel a achevé le Festival de Musique, le plus vieux de France »). Hombeline du Parc fustige la « fastfoodisation du centre-ville et la kebabisation des quartiers ».

Sans perspective d’alliance, le Rassemblement national n’a guère vraiment de chance de l’emporter à Strasbourg. Il lui faudra passer les 10% pour figurer au second tour et envoyer des représentants dans l’hémicycle. En revanche, avoir des élus locaux investis, contrairement au tandem Schaffhauser-Abraham de 2014, permet de s’ancrer dans le débat local et le « triptyque d’élections locales » (municipales, puis départementales et régionales en 2021), avant « la reine des élections », la présidentielle de 2022, a notamment expliqué le jeune député européen Jordan Bardella venu soutenir la liste.

Parmi, les futurs colistiers présentés, l’ancien adjoint de Fabienne Keller, Jean-Claude Bader, l’eurodéputée Virginie Joron (qui sera en position non-éligible) et Laurent Husser, le plus au fait des dossiers locaux.

Le Shadok occupé pour en faire une « maison du peuple »

Le Shadok occupé pour en faire une « maison du peuple »

Dans le cadre de la mobilisation contre la réforme des retraites, des militants ont décidé d’occuper le Shadok pour en faire une maison du peuple depuis la soirée du mardi 17 décembre. Ces personnes veulent dénoncer « l’hypocrisie de ce lieu dans lequel seul les privilégiés trouvent leur place. » Le Shadok était censé être fermé jusqu’au 28 janvier.

Plus de cinquante personnes occupent une partie du Shadok depuis la soirée du mardi 17 décembre, suite à la mobilisation contre la réforme des retraites. Le but des occupants est d’en faire une « maison du peuple, de la grève, et plus généralement, de lutte contre le capitalisme et toutes les formes d’oppression et de domination. »

Une militante explique pourquoi le Shadok a été ciblé :

« On est sur la presqu’île André Malraux, en plein milieu du nouveau quartier vitrine de Strasbourg. Evidemment, sur le papier, le projet du Shadok est beau, mais ça n’est que la façade. La quasi-totalité des salariés sont en burnout et en perte de sens, victimes des techniques de néomanagement. La Ville fait tout pour prétendre que ce type de projet va dans « le bon sens ». C’est une forme de washing, derrière laquelle se trouve une logique capitaliste dangereuse, dans laquelle seules les personnes les plus privilégiées trouvent leur place. Ce quartier est globalement dédié à une fonction marchande ou à des loisirs destinés à des personnes qui ont de l’argent. Il y a très peu de mixité sociale, et il arrive que des personnes qui viennent de quartiers plus populaires soient chassées de lieux comme le Rivetoile ou la médiathèque. »

Le Shadok est un lieu destiné à une classe privilégiée, et participe à la gentrification du quartier selon les occupants. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Une grande partie du Shadok est inutilisée

Inauguré en 2015, Le Shadok est la « Fabrique du numérique » de la Ville de Strasbourg. C’est un lieu où doivent se croiser des start-ups et des associations des « industries créatives ». Il a servi à accueillir de nombreux événements en collaboration avec des associations comme Horizome ou le Festival du film fantastique. Rue89 Strasbourg y organise des soirées, comme le cycle de rencontres « Tous connectés et après ?« . Le Shadok accueille aussi un espace de coworking avec des bureaux qui sont loués à des studios de jeu-vidéo, des youtubers ou encore une école de musique électronique.

Mais depuis la rentrée, une partie des espaces ne sont guère utilisés. L’ensemble du Shadok est fermé depuis le 16 décembre et jusqu’au 28 janvier 2020. « Presque plus rien ne se passe ici. Au final, le projet sert d’argument de campagne à Alain Fontanel (candidat LREM aux élections municipales et porteur du Shadok en tant qu’adjoint à la Culture), qui représente le macronisme à Strasbourg » explique un autre militant, avant d’ajouter :

« Nous voulons en faire un QG des luttes, en premier lieu celle contre la réforme des retraites, mais aussi un lieu culturel, et c’est à discuter mais potentiellement un dortoir pour des personnes qui dorment dehors. Il y a énormément d’espace inoccupé, et même une douche et une cuisine. »

Les occupants de la Zadok ont partagé un repas le premier soir. Photo : TV / Rue90 Strasbourg / cc

Autour d’un repas, dés la première soirée, les occupants et occupantes ont commencé à imaginer le fonctionnement de la Zadok. Ils ont discuté des modalités de prise de décision, des règles de vie ou encore des futurs projets envisageables en ce lieu. La moitié de la cinquantaine d’occupants a dormi sur place. Une Assemblée générale est prévue à 20h mercredi 18 décembre.

Un conseil de l’Eurométropole aux allures de bilan du mandat

Un conseil de l’Eurométropole aux allures de bilan du mandat

L’avant dernier conseil de l’Eurométropole aura des allures de bilan des six ans du mandat, avec au programme un budget pour le début 2020 et le Plan Climat. À suivre en direct à partir de 9h30.

La coalition gauche-droite inédite à Strasbourg a tenu six ans. Elle s’apprête à adopter un dernier budget pour entamer 2020 sans trop de remous. Une nouvelle équipe prendra les commandes fin mars, alors que le tandem à sa tête Robert Herrmann (PS, Strasbourg) et Yves Bur (divers droite, Lingolsheim) ne se représente pas.

Plus qu’un budget de transition, le débat devrait avoir des allures de bilan des six années passées. D’autres seront tentés d’envoyer des messages pour la future gouvernance. Elle se décidera en quelques jours après le second tour des élections municipales entre les élus strasbourgeois (50 élus sur 100 dont une quarantaine de la liste gagnante) et ceux des 32 autres communes, en particulier les maires.

Une gouvernance à reconduire ?

Pour le président Robert Herrmann (PS), cette gouvernance a permis une forme d’équilibre dans les dépenses. Il espère qu’une coalition similaire sera construite après lui :

« Les socialistes n’auraient pas accepté la réduction des effectifs (111,2 millions dépensés en 2014 contre 115,7 budgetés en 2020 ndlr), tandis que la droite n’aurait pas accepté les hausses des taux d’impôts en début de mandat. »

D’ailleurs, dans ses éléments de présentation du budget, l’Eurométropole a récapitulé les 10 dépenses les plus importantes du mandat.

Le graphique ci-dessus montre le poids de la crise à l’incinérateur Sénerval amianté. Car en plus des travaux de désamiantage à 36 millions, les détournements de déchets et les indemnisations du groupe Séché pour son manque à gagner et des entreprises qui comptaient acheter sa chaleur, la facture grimpe à plus de 200 millions d’euros. À ce sujet, le budget 2020 comprend d’ailleurs une baisse de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) de 1%. Elle ne compense pas les hausses décrites comme « temporaires » pour faire face à la situation (4% en 2015, puis 2,5% en 2016).

Le tandem Robert Herrmann (à gauche) et Yves Bur (à droite) est allé jusqu’au bout du mandat avec la coalition gauche-droite. Photo : Pascal Bastien / divergence

Avec un budget en hausse de 0,9%, la collectivité retrouve un peu de marge de manœuvre grâce à la fin des détournements de déchets. À écouter Yves Bur, la situation serait tellement bonne que « les élus se permettent quelques danseuses », une critique des financements du stade de la Meinau et de la SIG Arena contre lesquels il a voté.

La version finale du Plan Climat

L’autre grosse délibération concerne le Plan Climat, sujet technique, transversal et complexe par excellence. Mais qui touche à l’avenir, thème sur lequel chacun veut se positionner. Les ambitieux objectifs votés en juin sont réaffirmés, mais il reste à débattre des meilleurs moyens de s’en approcher. C’était une des critiques de l’autorité environnementale.

Principale annonce, la création d’une agence locale de l’énergie qui doit aider l’accompagnement des particuliers pour isoler les logements (objectif jusqu’à 8 000 par an, contre 5 000 actuellement). Le rythme de déploiement de panneaux solaires et d’autres études sur l’urbanisme et la précarité énergétique doivent aussi mieux guider les élus.

Robert Herrmann précise :

« La collectivité sera un aiguillon, mais elle ne sera pas seule à porter ces objectifs. Il y a des exemples magnifiques, notamment dans nos entreprises comme Suchard, Punch, l’écologie industrielle au Port. Ce sont des signaux sur notre territoire et l’Eurométropole peut avoir un effet multiplicateur. »

Pour atteindre 100% d’énergies « renouvelables » en 2050, l’Eurométropole compte sur 11% d’approvisionnement par la géothermie profonde, une activité en suspens suite aux séismes à répétition.

La VLIO se précise

plan de la VLIO

Autre délibération importante, l’acquisition de terrains pour réaliser la route de la Voie de Liaison intercommunale ouest (VLIO). La VLIO est une sorte de mini-GCO gratuit à 2×1 voies et 2×2 voies selon les secteurs. Elle reliera les communes de l’ouest de l’agglomération. Sa longueur est de 11,7 kilomètres. Comme le GCO, le projet date de 1973, mais il serait cette fois pris en charge par la collectivité. Le projet est désormais estimé à 72 millions d’euros, dont 35 millions pour la portion sud (voir les plans ci-dessous) qui devrait être réalisée en premier. Les travaux sont attendus pour la fin 2021. La VLIO est décrite comme un « support de l’urbanisation » ce qui peut laisser craindre un étalement urbain dans les années à venir, a contrario de la « ville dense » prônée depuis 2009.

VLIO
La section nord de la VLIO depuis l’A351 à hauteur de Hautepierre. Cette partie pourrait accueillir un Bus à haut niveau de service. Les travaux sont espérés pour 2023. Photo : plan Eurométropole
La section sud de la VLIO vers Holtzheim. Elle devrait être construite d’abord. Les travaux sont espérés pour 2021. Photo : plan Eurométropole

La CTS renouvelée

Toujours au rayon des transports, l’Eurométropole va renouveler le contrat de délégation de service public (DSP) de la Compagnie des transports strasbourgeois, sans la remettre en concurrence. La CTS, devenue 100% publique (80% par Eurométropole, 20% Région Grand Est), est reconduite pour dix ans. La société a réalisé 6 millions d’euros d’économies depuis 2017, ce qui justifie d’éviter la procédure d’appel d’offres.

Selon les élus, le principal avantage à maintenir la CTS et son équipe de direction est d’avoir une même société qui peut porter les travaux, payés par la métropole, puis ensuite exploiter les lignes.

À quand les bornes électriques ?

En fin de conseil, Jean Philippe Maurer (LR) demande si les 200 bornes de recharges pour voitures électriques verront le jour. Rue89 Strasbourg vous avait parlé dès 2018 de cet objectif de déploiement pour 2019. Un an plus tard, Strasbourg a déjà reçu un prix, mais n’a pas installé la moindre station. Jusque-là, aucune explication n’a été apportée. Lundi en conseil municipal, Robert Herrmann a indiqué qu’une fonctionnaire de la collectivité aurait demandé à deux entreprises concurrentes de s’associer, ce qui est interdit. Il développera peut-être davantage ce mercredi.

#VLIO

#Enjeux2020 – Lyon, Bordeaux, et Strasbourg peinent à alléger leurs poubelles

#Enjeux2020 – Lyon, Bordeaux, et Strasbourg peinent à alléger leurs poubelles

#Enjeux2020 – En vue des élections municipales de mars 2020, les trois Rue89 locaux, Lyon, Bordeaux et Strasbourg proposent des regards croisés sur des problèmes communs à ces trois métropoles. Troisième épisode, les difficultés pour réduire les déchets. Les trois villes s’interrogent sur leur(s) incinérateur(s).

Lyon, que faire des deux incinérateurs ?

Entre 2010 et 2018, la quantité de déchets ménagers et assimilés (DMA – par kg/habitants/an) collectée n’a baissé que de 4,5% alors que l’objectif fixé en 2015 par la loi de transition énergétique pour la croissance verte était de 10% entre 2010 et 2020. Heureusement pour la Métropole de Lyon, le volume par habitant des DMA est bien en dessous de la moyenne nationale : 392 kg par an contre 568 kg (chiffres 2017).

A Lyon comme à Strasbourg ou d’autres grandes agglomérations françaises, la Taxe d’enlèvement des ordures ménagères incitative ou TEOMI se fait attendre. La Métropole précise que le lancement des études préalables à la TEOMI est prévu “d’ici la fin du mandat”.

Les incinérateurs, clés de voûte de la gestion des déchets

Clé de voute de la gestion des déchets à Lyon : les incinérateurs. Des machines gourmandes, en terme de budget comme d’impact sur l’environnement, et qui structurent toute la filière. La Métropole de Lyon en compte deux. L’un se situe à Gerland, l’autre à Rillieux-la-Pape. Chacun a engloutit environ 340 000 tonnes de déchets en 2017, sur un total de 540 000 tonnes collectées. Ils représentent au total 27% du budget consacré à la gestion des déchets, soit 39,79 million d’euros.

L’incinération alimente les réseaux de chaleur de Rillieux-la-Pape et Villeurbanne en énergie, ce qui en 2017, représentait des recettes de 6,9 millions d’euros pour la vente de chaleur, et 900 000 euros pour la vente d’électricité.

Le premier problème des incinérateurs, c’est l’émission de gaz à effets de serre (GES). Jacques Goulpeau, vice-président de l’association Zéro Déchet explique :

« 80% de leur coût est dédié à laver la fumée. Elle représente 5% des émissions directes de GES de chaque habitant lyonnais, c’est autant que l’avion. (…) Pour produire 1kWh, le bois énergie émet 17 à 38 g de GES, et les déchets de Lyon, 480 g, soit 20 fois plus. »

Sortir du modèle de l’incinération ?

Ces deux incinérateurs, construits en 1989, nécessitent dans tous les cas des travaux prochainement. Leur coût fait débat. L’un des enjeux pour le prochain mandat sera de décider quel sort réserver à ces incinérateurs : leur fonctionnement n’est acceptable que jusqu’en 2027-2029, d’après la Métropole :

« Au prochain mandat, l‘exécutif de la Métropole devra statuer sur la structuration de sa filière. Des décisions prises à cette période conditionneront le devenir des 2 UTVE (les incinérateurs, ndlr) au-delà de 2027. Cette thématique sera intégrée dans un schéma plus global de stratégie de gestion des déchets ».

Possibilité envisagée : un changement total de paradigme. Des voix s’élèvent en ce sens. Selon les projections de l’association Zéro Déchet, si l’on réduit de moitié les ordures incinérées, on pourrait fermer deux des cinq fours actuellement en services (répartis sur deux incinérateurs).

Le tri des biodéchets : une obligation à venir

La question de l’incinération se pose d’autant plus que sortir de la poubelle grise les déchets végétaux devient une obligation, à mettre en œuvre très rapidement au cours du prochain mandat. Outre l’objectif de réduction des déchets, la Métropole de Lyon doit se conformer à la directive européenne sur la réduction des déchets qui impose qu’au 31 décembre 2023, tous les citoyens de l’UE devront avoir une solution pour sortir ces biodéchets de leur poubelle classique.

Durant le précédent mandat (2014-2020), la Métropole a développé le compostage. L’option choisie a été d’accompagner des composteurs citoyens, en pieds d’immeuble ou de quartiers.
Chaque année, les services ont installé de plus en plus de composteurs : 76 projets de compostage partagé ont été installés en 2018 dont 49 sites en pieds d’immeuble et 14 sites de quartier. C’est près du double de 2017. Et en 2019, la Métropole annonce 110 installations.

L’incinérateur de Gerland, au sud de Lyon Photo : Laurent Burlet / Rue89 Lyon

Difficile de composter en ville

Dans le centre de la Métropole (Lyon et Villeurbanne), il reste extrêmement difficile de trouver une place dans un collectif qui gère un composteur sur la voie publique. C’est plusieurs mois d’attente. L’offre de composteurs ne suit pas la demande des habitants.
A Lyon comme dans les autres grandes agglomérations qui ont mis en place ce système, le compostage de proximité montre ses limites.

Premier problème : il faut monter son collectif. Et souvent, les habitants n’ont pas nécessairement l’énergie à mettre dans la gestion des déchets. Se réunir, monter un dossier, faire les rendez-vous avec la Métropole, il y a au moins une année d’efforts.

Deuxième problème : après avoir monté son collectif, il faut trouver un lieu. Là, on bute sur la complexité de l’administration de l’espace public.

Et ces difficultés augmentent quand la ville est dense. De nombreux composteurs ont été installés à la place de canisettes pour les besoins des chiens ou dans des squares pour enfants. Ce qui réduit voire supprime ces espaces.

Par ailleurs, les services de la Métropole, les élus et les services des communes n’ont pas forcément les mêmes points de vue.
Pour les habitants, un projet de composteur devient la maison qui rend fou.

Lire la suite page suivante : Bordeaux Métropole coincée par ses aspirateurs à déchets ?

Bordeaux Métropole coincée par ses aspirateurs à déchets

Pourtant labellisée « Territoire zéro déchet, zéro gaspillage », Bordeaux Métropole rame à faire maigrir ses poubelles. Après des années d’augmentation, sa production de détritus a certes enfin reculé l’an dernier, à 501,7 kilos par an et par habitant, contre 517 en 2010.

Mais on est loin de l’objectif visé par la démarche nationale « Zéro déchet », une baisse de 10% par an et un objectif de 465 kilos en 2020. En outre, une trop faible part du tonnage collecté (425 196 tonnes l’an dernier) est recyclé ou composté : plus de la moitié des déchets sont incinérés (52%), et 9% envoyés en décharge.

Par la voix d’Anne Walryck, sa vice-présidente en charge du développement durable, par ailleurs adjointe au maire (et candidat) Nicolas Florian, la métropole, en charge de la collecte et de la gestion des déchets, vante la « valorisation énergétique » de ces derniers : les deux incinérateurs de l’agglomération permettent d’alimenter en chaleur « l’équivalent d’une ville de 34000 habitants et d’une ville de 100000 habitants en électricité ».

« L’écologie sacrifiée sur l’autel de la finance »

Conséquence de cette manne : Bordeaux Métropole a définitivement renoncé à la fermeture de son usine de Cenon, un temps envisagé du fait de fours en surcapacité de 115000 tonnes par an depuis l’ouverture du centre de Bègles. Elle vient au contraire de confier à l’exploitant de l’incinérateur de Cenon, SOVAL, une délégation de service public pour les deux sites.

Cette filiale de Veolia s’engage à les préparer aux nouvelles consignes de tri pour 2022 (qui concerneront l’ensemble des emballages en matières plastiques, NDLR), à les mettre aux normes européennes de pollution de l’air et de l’eau, et à améliorer des techniques de valorisation énergétique.

De quoi donc alimenter l’ »aspirateur à déchets » tant décrié par les élus et associations écologistes. Les incinérateurs traitent chaque année 350000 tonnes de déchets ménagers, et ce à un prix d’ami (18€ la tonne incinérée pour Bordeaux Métropole), que Veolia compte amortir en vendant plus cher ses services à d’autres collectivités de la région…

« Ce prix défiant toute concurrence est en décalage complet avec les prix du marché et la volonté de favoriser les filières de recyclage, conteste le conseiller métropolitain Gérard Chausset. L’écologie a été sacrifiée sur l’autel de la finance et de l’énergie pas chère. »

Compost restant

L’adjoint (sans étiquette) au maire de Mérignac considère que la surcapacité des incinérateurs bordelais « a toujours rendu difficile la mise en œuvre d’une politique volontariste de réduction des déchets à la source accompagnée d’une politique de prévention des déchets et de développement de filières de recyclage ou de valorisation ».

Peu de candidats à la mairie de Bordeaux ont pour l’heure avancé des propositions détaillées sur les déchets. Selon les informations de Rue89 Bordeaux, Bordeaux Respire, la liste écologiste conduite par Pierre Hurmic, veut « valider la fermeture de l’incinérateur de Cenon en 2026 ». Même proposition pour Thomas Cazenave, candidat de La République en marche à Bordeaux :

« Nous voulons aller vers le zéro déchet, et si nous voulons être exemplaire, il faut assumer qu’en bout de course il y ait moins de déchets incinérés. Notre ambition est qu’on puisse mettre fin à un des deux contrats, notamment celui de Cenon qui a la plus petite capacité. »

Pour la tête de liste de Renouveau Bordeaux, l’incinération ne se justifie plus si « la question essentielle des biodéchets, qui représentent la moitié de nos poubelles », est traitée correctement. La loi prévoit il est vrai que « tous les particuliers disposent d’une solution pratique de tri à la source de leurs biodéchets avant 2025 ».

Thomas Cazenave propose donc d’organiser leur collecte en expérimentant dans les quartiers bordelais des systèmes de porte à porte ou d’apport volontaire.

« Nous valoriserons ensuite le compost qui peut-être utilisé par les équipes des espaces verts, ce qui est cohérent avec notre volonté de reconquête végétale de la ville. »

La carotte et le bâton

Pour encourager les particuliers, mais aussi les professionnels comme les restaurateurs, à donner une deuxième vie à leurs biodéchets plutôt que de les jeter dans leurs bacs gris, écologistes et marcheurs veulent jouer de la carotte et du bâton.

Les premiers veulent d’ores et déjà « généraliser la redevance incitative au poids et réduire le nombre de levées en veillant à avoir une gestion des biodéchets efficace » (promotion des composteurs, voire de poulaillers partagés…)

Il s’agirait concrètement de remplacer la TEOM (taxe d’enlèvement des ordures ménagères), calculée sur la valeur locative des logements, par une redevance variant en fonction de la quantité d’ordures ménagères.

Un tel système est actuellement expérimenté par Bordeaux Métropole dans plusieurs quartiers. Thomas Cazenave aimerait attendre les conclusions de ce test grandeur nature, et l’approfondir avant de l’étendre à tous les habitants de la métropole. Il suggère en revanche de faire varier la taxe dont s’acquittent les professionnels s’ils s’engagent dans des démarches vertueuses.

Autres propositions : LREM suggère que Bordeaux travaille avec le secteur viti-vinicole pour relancer la consigne des bouteilles ; les écologistes de « créer en régie directe une ressourcerie pour les matériaux issus du BTP », et d’ »organiser la collecte des déchets électroniques en porte à porte ».

Alors que la mairie de Bordeaux, mais aussi celles de Pessac et Bègles, ont récemment annoncé leur volonté d’aller vers le zéro plastique à usage unique, les écologistes veulent mettre le paquet sur ce sujet, en expérimentant les couches lavables dans les crèches municipales ou encore en valoriser les initiatives des commerçants (magasins de vrac alimentaire, consignes, magasins de produits de 2nde main…). Histoire d’accompagner les Bordelais en douceur vers le zéro déchet.

Lire la suite page suivante : Strasbourg, le trauma de l’incinérateur

Strasbourg : le trauma de l’incinérateur

Le dossier de l’incinérateur strasbourgeois est l’un de ces feuilletons municipaux capable d’empoisonner un mandat. En 2014, de l’amiante est découverte dans l’usine qui enfourne les déchets de l’Eurométropole, et une partie de ceux des communes voisines. La présence d’amiante était connue depuis 2009, mais personne n’avait jugé opportun de pousser les investigations, en dépit des recommandations du diagnostic. Fin 2009, la délégation de service public passe d’EDF au groupe Séché via sa filiale Sénerval pour 20 ans.

En 2016, il a fallu fermer l’incinérateur, financer les travaux de désamiantage, indemniser le groupe Séché, et surtout, trouver des débouchés pour 130 000 tonnes de déchets annuels qui partaient à l’incinérateur. La facture s’élève à presque 200 millions d’euros, dont 110 pour le détournement des déchets. Ceux-ci sont expédiés en Lorraine et en Mayenne… Une tâche dans le bilan carbone de l’Eurométropole, et un trou dans les finances qu’il a fallu compenser par deux augmentations successives de la Taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM) en 2015 et 2016.

De quoi faire admettre au premier adjoint et candidat LREM Alain Fontanel, que l’Eurométropole a « raté le coche ». Il reprend le discours des écologistes qui regrettent que Strasbourg n’ait pas profité de cette crise pour prendre à bras le corps le problème de la réduction des déchets. Le complexe contrat avec le délégataire et la garantie de lui fournir des tonnes de déchets pour produire chaleur et vapeur à revendre a vraisemblablement pesé dans les arbitrages.

2023, 2025, 2030… Les dates butoirs du prochain mandat

L’Eurométropole a doucement entamé le chemin du « zéro déchet ». Entre 2010 et 2018, le volume total a baissé 5%, soit 8,6% de moins par habitant. Comme Lyon et Bordeaux, Strasbourg devra se plier à la directive européenne sur la réduction des déchets. Celle-ci fixe la barre du recyclage ou compostage (hors utilisation de débris pour le remblayage, le détail a son importance) à 55% en 2025 et 60% en 2030. Par ailleurs, fin 2023, tous les citoyens devront avoir accès à une solution pour trier leurs biodéchets.

Strasbourg s’est en plus parée d’un Plan climat 2030 non-contraignant, mais qui reste une base pour la prochaine équipe. L’Eurométropole s’est engagée à recycler 50% de ses déchets d’ici 2030, (engagement moins ambitieux que la directive déchets de l’UE donc), mais aussi à réduire de moitié le volume de sa poubelle bleue accueillant les déchets ménagers résiduels. Deux leviers apparaissent comme une évidence : le tri des biodéchets et la tarification incitative.

Compostage, ramassage des bacs… Le casse-tête des déchets fermentescibles

Comme nombre de grandes villes françaises, Strasbourg expérimente des solutions pour trier les déchets fermentescibles comme les restes de repas ou les épluchures de légumes. L’agglomération n’a pas tranché entre l’apport de bacs volontaires, ou la collecte en porte-à-porte à l’instar des déchets recyclables. Ainsi, les restaurateurs peuvent faire enlever leurs biodéchets par Sikle, qui fait ses tournées en vélo-remorque.

Pour le moment, le compostage de proximité a la préférence ds autorités : les épluchures et autres tomates pourries qui atterrissent dans le bac à compost du quartier tenus par des bénévoles sont autant de déchets que la métropole n’a pas à gérer. Mais le système montre ses limites : bacs qui saturent, difficultés à trouver de la matière sèche et des débouchés pour le compost arrivé à maturité… Sans compter une certaine lassitude des bénévoles.

Un site de compostage de proximité géré bénévolement, à deux pas de l’artère qu’est l’Avenue de la Forêt Noire Photo : Pierre Pauma

De l’autre côté du Rhin, les villes allemandes utilisent largement le ramassage en porte-à-porte. Mais cela n’inspire pas outre mesure les acteurs strasbourgeois : bilan carbone médiocre, problèmes d’hygiène en cas de manque d’entretien, erreurs de tri… Les arguments contre le ramassage en porte-à-porte vont bon train. Françoise Bey, vice-présidente de l’Eurométropole en charge de la gestion des déchets, a multiplié les expériences. Le plus dur reste à faire : généraliser le tri des déchets fermentescibles, ce qu’aucune grande ville française ne fait pour l’instant. Seule Besançon composte à grande échelle, avec plus ou moins de réussite.

La tarification incitative ? Pas avant 2026

Deuxième levier d’action pour réduire le poids de la poubelle : le principe du pollueur-payeur, déjà appliqué dans bon nombre de petites communautés de communes en France. Mais là encore, les grandes villes traînent. Strasbourg ne fait pas exception. La tarification incitative aurait dû voir le jour avant la fin du mandat, mais a été repoussée à 2026. Elle n’est en cours d’application que pour les professionnels et les institutions, après trois ans d’interruption.

Les écologistes, emmenés en 2020 par Jeanne Barseghian, plaident pour un plus gros travail de préparation des mentalités à la tarification incitative. Il faudrait passer d’une taxe déchets basée sur le foncier et seulement partiellement modulable en fonction des déchets produits, à une redevance, qui prend en compte le nombre de personnes dans un foyer.

#Enjeux2020 : Le virage très serré de la réduction des déchets

#Enjeux2020 : Le virage très serré de la réduction des déchets

Alors que la réduction des déchets a du mal à se généraliser, des directives européennes plus ambitieuses attendent le ou la future maire de Strasbourg.

Durant tout le mandat, la majorité a traîné l’incinérateur Sénerval et ses 200 millions d’euros comme un boulet. La réduction des déchets fait partie des gros chantiers de l’Eurométropole mais il s’agit de passer des expérimentations d’une poignée de volontaires aux généralisations, en quelques années.

La réduction des déchets ne dépend pas que du ou de la future maire de Strasbourg, puisqu’il s’agit d’une compétence de l’Eurométropole. Néanmoins, la liste qui l’emporte aura l’avantage pour former une majorité avec les 32 autres communes avec 50 élus sur 100. La future équipe devra respecter les objectifs du plan climat 2030, la loi transition énergétique, ainsi que d’une directive européenne de réduction des déchets plus ambitieuse et plus contraignante. 

Un plan climat déjà caduc ?

D’ici 2030, Strasbourg s’est engagée à réduire le volume de ses ordures ménagères de 50%, par rapport à celles de 2010 (271,7 kilogrammes par habitant). En 8 ans, l’Eurométropole a fait maigrir « la poubelle bleue » de 7%, soit 252,7 kg/hab. L’Eurométropole dispose encore de deux leviers qu’elle n’a pas encore activés : la taxe d’enlèvement des ordures ménagères incitative (TEOMI) modulée en partie sur la quantité de déchets produite, et le tri à la source des biodéchets (30% de la poubelle moyenne d’un Français, quand même !).

Infographie : Pierre Pauma

Un autre objectif du Plan climat est de porter la part de déchets recyclés, compostés ou valorisés à 50% en 2030, là où l’Eurométropole est pour l’instant à 31%. Il faudra accélérer la cadence et voir plus grand ! Surtout, la directive européenne sur la réduction des déchets adoptée en 2018 est non seulement contraignante juridiquement, mais en plus, elle vise plus haut. Les 27 États-membres devront voir passer la part de réemploi et de recyclage à 55% en 2025, 60% en 2030, et 65% en 2035 !

La tarification incitative retardée

La tarification incitative n’a pas été utilisée, au grand désespoir des militants écologistes. Prévue initialement pour la fin du mandat, elle est évoquée désormais à l’horizon 2026. Seule la redevance spéciale pour les professionnels a repris en 2019, après trois ans de suspension. La vice-présidente en charge des déchets Françoise Bey (PS) assume ce retard invoquant la nécessité de dialogue et d’accompagnement :

« Il s’agit de ne pas brusquer les habitants. En très peu de temps, ceux-ci doivent digérer l’intégration des emballages plastiques au bac jaune (2022 au plus tard, selon la loi transition énergétique ndlr), les bouteilles consignées, les expérimentations sur le tri des biodéchets… Cela fait beaucoup à assimiler. Nous avons bien fait d’attendre. Les mentalités sont en train de changer. »

Les embuches de la tarification incitative

Pour l’Eurométropole, la tarification incitative signifierait moins de déchets à traiter… si tout se passe comme prévu. Des agglomérations voisines ont connu quelques ratés : les investissements inhérents à la tarification incitative (puçage des bacs pour comptabiliser le nombre de ramassage) et les risques de fraude ont vite fait de faire augmenter le prix du service.

À Kaysersberg, le rétropédalage a même pris des allures de punition collective. Après mise en place de la fameuse « TEOMI », le nombre de poubelles présentées au ramassage a étonnamment baissé, alors que la collectivité faisait face à de plus en plus de dépôts sauvages et d’ordures non triées déposées dans le bac jaune. La communauté de communes a dû réduire sa tarification incitative à la portion congrue, quitte à pénaliser les ménages qui participaient. À Hautepierre, les habitants se sont plaints de dépôts sauvages, conséquence de la mise en place d’une tarification incitative dans des communes du Kochersberg.

Pour la tête de liste « écologiste et citoyenne », Jeanne Barseghian, il faudra renforcer des contrôles « les six premiers mois » pour y arriver :

« À la longue, les mauvais trieurs se fatiguent et n’ont pas forcément envie de multiplier les trajets. Une autre manière de préparer les esprits serait de proposer une facturation à blanc aux ménages qui paient la TEOM, pour leur montrer ce qu’ils paieraient avec une tarification incitative. »

Bac à poubelle privé et poubelle publique de la poste d'Ittenheim.
Après la tarification incitative, le Kochersberg a fait l’expérience de quelques dépôts sauvages. Certaines ont même atterri à Hautepierre !

Vers une sortie de l’incinération ?

Les surcoûts de la gestion du dossier Sénerval (lire nos articles) et son redémarrage chaotique ont plombé tout le mandat. Le dossier de l’incinérateur a particulièrement inspiré Fabienne Keller, jamais à court de créativité dans ses saillies contre la majorité. À mi-mandat, elle avait notamment conçu des faux billets de 900 euros, soit le coût estimé par foyer de l’ensemble de la crise, à l’effigie du président Robert Herrmann. Des critiques pour fragiliser une éventuelle alliance avec Alain Fontanel, candidat LREM issue de ladite majorité ? « Ne préjugeons pas des discussions de l’avenir, » répond l’intéressé, qui concède des ratés sur le dossier Sénerval.

L’incinérateur de Strasbourg, au milieu de la réserve naturelle de Rohrschollen. Photo : Pierre France / Rue89 Strasbourg

Silencieux lors du mandat, le candidat Alain Fontanel reprend à son compte les critiques des écologistes sur le manque d’ambition :

« On a raté le coche. Quand on dépense 200 millions d’euros, cela doit se faire au bénéfice de l’objectif de réduction des déchets. C’est un dossier très complexe, tant sur le plan juridique, social ou économique. Mais à l’arrivée, on peut regretter d’avoir raté ce virage. »

Durant le dernière mandat, l’ex maire de Strasbourg Fabienne Keller a étrillé la majorité sur les surcoûts occasionnés par la mise à l’arrêt de l’incinérateur. Photo : DR

En juin 2019, Jeanne Barseghian regrettait que l’incinérateur n’ait pas vocation à passer à deux fours, au lieu de trois actuellement et quatre initialement. Pour Françoise Bey, ce troisième four reste nécessaire à court terme, tant que l’Eurométropole veut renoncer à l’enfouissement.

Et pourtant, la question d’un plan de sortie de l’incinération fait son chemin. Il faut dire que la subvention énergétique pour les usines d’incinération va sauter, et que celles-ci pourraient compenser en augmentant la facture présentée aux collectivités. Alors que la délégation de service public pour l’incinérateur arrivera à terme en 2030, la question de l’alternative se posera dès le prochain mandat. Pour Jeanne Barseghian, pas question « d’attendre jusque-là pour réfléchir à un plan de sortie de l’incinération. » Même chose pour Alain Fontanel pour qui « on ne peut pas supposer qu’on produira autant de déchets en 2030. »

Le tri des biodéchets : quatre petites années pour agir

Au 31 décembre 2023, les citoyens de tous les États membres de l’UE devront avoir une solution pour sortir leurs biodéchets de la poubelle. Durant la décennie passée, l’Eurométropole a compté sur le compostage, qui repose sur les associations. Chaque déchet composté par le quidam est un déchet en moins dans le bilan annuel. En 2018, la maison du Compost qui accompagne les projets de compostage collectif, estime ainsi avoir détourné 279 tonnes de biodéchets pour 4 500 personnes concernées. À cela s’ajoute les subventions individuelles de 40 euros pour les foyers s’équipant d’un système de compostage individuel. Mais on est encore loin de l’objectif d’une solution à tous les citoyens.

L’Eurométropole de Strasbourg compte 230 sites de compostage dans le domaine privé et 30 dans le domaine public. Photo : Pierre Pauma

Faut-il créer un bac spécial pour les biodéchets ?

Le compostage de proximité commence toutefois à montrer ses limites. Régulièrement, les associations de compostage affichent complet et peinent à prendre de nouveaux adhérents. À cela s’ajoute chez les composteurs les plus actifs le sentiment diffus d’effectuer bénévolement une prestation de service public. La collecte en porte-à-porte avec un bac dédié comme pour les déchets recyclables semble la solution la plus évidente.

Mais pour les acteurs du secteur, elle n’est pas forcément économe, ni adaptée. Dans certains quartiers comme Hautepierre ou les Écrivains, les bacs jaunes individuels entraînaient trop d’erreurs de tri. Ils ont été remplacés par des bennes enterrées qui tendent à faire baisser les dépôts d’ordures ménagères non triées dans les bacs jaunes. Difficile dans ces conditions de créer un nouveau bac pour les déchets fermentescibles, s’il n’y a pas adhésion de la population.

Pour le moment, les Strasbourgeois disposent de deux bacs. En faut-il un troisième pour réduire la part des déchets incinérés ? Photo : Pierre Pauma

Alain Fontanel évoque, comme l’enquête de Rue89 Strasbourg, la difficulté à mettre en place le tri des biodéchets à grande échelle :

« Beaucoup de travaux ont été menés, avec beaucoup de concertation, mais on est pas encore passé à l’échelle systémique. Il faut une vraie ambition, ça fait partie des horizons à venir. »

Jeanne Barseghian, estime qu’il faut continuer à développer plusieurs solutions, tout en privilégiant le compostage quand c’est possible… Comme à Besançon, qui fait office de pionnière dans les villes de plus de 100 000 habitants :

« Ils ont mis en place des chalets de compostage avec un système de permanence. On peut renforcer ce système avec du porte-à-porte. On ne sait pas encore le faire à l’échelle d’une ville comme Strasbourg, mais c’est faisable à l’échelle d’une petite ville ou d’un quartier. »

Ça tombe bien, c’est peu ou prou ce qu’avait prévu Françoise Bey… L’élue en charge des déchets espère étendre l’expérimentation à 30 000 habitants sur l’Eurométropole d’ici 2021.

L’Université renonce aux trop-perçus des vacataires

L’Université renonce aux trop-perçus des vacataires

Finalement, l’Université de Strasbourg a choisi de ne pas poursuivre ses vacataires pour quelques centaines d’euros de trop-perçus. Une remise gracieuse leur est accordée.

L’affaire était triste : suite à une erreur du ministère de l’Economie et des Finances, 141 vacataires de l’Université de Strasbourg avaient reçu trop d’argent pour leurs collaborations. Pas beaucoup : 41€ en moyenne, un maximum de 284€, 5 125€ au total… Et pour recouvrer cette somme, l’Agent comptable de l’Université avait écrit aux vacataires qu’il était prêt à envoyer les huissiers…

Mais l’affaire se termine bien. Lundi, l’Université de Strasbourg s’est engagée à accorder une remise gracieuse aux vacataires concernés, selon un communiqué du collectif Dicensus, porte-voix des vacataires de l’Unistra. L’Université n’était pas en mesure de confirmer cette nouvelle à l’heure où nous publions cet article.

Selon Dicensus, ceux qui n’ont pas encore remboursé le trop-perçu n’ont plus à le faire et ceux qui l’ont fait pourront recevoir la même somme en retour. Les vacataires concernés doivent se mettre en rapport avec leur administration.

Cette remise gracieuse était demandée par Dicensus, les syndicats Snesup-FSU, SNTRS CGT, Solidaires étudiants Alsace, SUD Education Alsace, et SES-CGT.

Dicensus rappelle que malgré cette bonne nouvelle, la situation des vacataires reste « loin d’être acceptable, » notamment sur les délais de paiements des vacations qui peuvent excéder six mois…