Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

À la manif’ du 5 décembre, « Au fil des réformes, on détricote tout »

À la manif’ du 5 décembre, « Au fil des réformes, on détricote tout »

Rencontres avec quelques manifestants dans les rues de Strasbourg lors de la manifestation du 5 décembre contre la réforme des retraites.

Après avoir travaillé depuis le début quinquennat sur une réforme du système des retraites, le gouvernement a promis de présenter « un projet » sous une semaine, à l’occasion de la grande grève nationale du 5 décembre. Plusieurs Strasbourgeois et Strasbourgeoises nous ont expliqué pourquoi ils faisaient partie du cortège qui a réuni environ 10 000 personnes à Strasbourg jeudi.

Venue manifester avec une amie dans la même situation, Karima, conseillère principale d’éducation (CPE) est stagiaire dans un collège à Sélestat. « Nouvelle » dans l’Éducation nationale, elle s’inquiète avant même sa titularisation :

« Je ne suis pas spécialement venu défendre le régime actuel. Avoir un régime universel peut être une bonne chose. Mais il faut soit une compensation qui permet une retraite correcte, soit inventer un régime plus juste. Le contrat dans l’Éducation nationale, ce sont des salaires bas certes, mais une retraite qui permet 75% de la rémunération des six derniers mois. Contrairement aux enseignants, nous n’avons pas été destinataires du mail du ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, où il indique que nous serons désavantagés. Il en a donc conscience. Il est question d’une revalorisation salariale, mais tout dépend maintenant à quelle hauteur… »

Solidarité familiale

Adrien, 28 ans, et sa mère Sophie, 55 ans, sont venus manifester en famille. Le fils revient d’une mission de trois ans à l’étranger et cherche désormais un emploi en France :

« Je me mobilise autant pour les anciennes générations qui vont travailler plus longtemps pour toucher moins comme ma mère et à terme pour les générations comme la mienne. »

Adrien et sa mère Sophie ont manifesté en famille Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Pour Sophie, professeur dans une école d’art, ce n’est pas sa première manifestation mais bien la première fois qu’elle fait grève :

« Ce sont toujours les mêmes qui paient et ça suffit. Notre pays n’a jamais été aussi riche, mais la richesse est mal répartie. Je n’ai pas regardé pour moi-même, mais j’ai vu hier la simulation d’une collègue dont la pension passerait de 1 700 euros bruts à 1 200 euros. J’ai arrêté de travailler six ans pour m’occuper de mes trois enfants, donc si je veux une retraite pleine, il faut que je parte à 67 ans. Vous imaginez une prof de danse à cet âge ? »

Et les avocats

Dans le cortège aussi, des professions libérales. Elles avaient déjà participé à une journée de grève nationale le 16 septembre sur ce sujet. Caroline Zorn, présidente en Alsace du syndicat des avocats de France (et colistière de la liste des écologistes aux municipales) explique en quoi leur caisse de retraite autonome, ce qui est différent d’un « régime spécial », pourrait changer :

« D’une part, nous voyons dans nos cabinets des personnes de plus en plus précaires et cette réforme aggravera la situation, puisque les coupures de carrières, les femmes qui ont des enfants ou les reconversions feront cotiser pour moins de points. D’autre part, tout le monde n’est pas d’accord au sein de la profession pour savoir s’il faut garder une caisse autonome. Elle est excédentaire, car il y a de plus en plus d’avocats, mais certains sont d’accord pour basculer vers un régime universel. En revanche, sur la forme actuelle, les cotisations passeront de 14% aujourd’hui à 28% jusqu’à 40 000 euros de revenus annuels. Au-delà, les taux baissent, donc proportionnellement les avocats les moins riches, souvent ceux qui font de l’aide juridictionnelle, cotiseront plus. Dans le même temps, la retraite garantie baisserait de 1 416€ à environ la moitié. »

Les retraites, mais pas que…

Pour d’autres, leur venue n’est pas seulement motivée par le projet de réforme des retraites, mais par un rejet plus général de la politique d’Emmanuel Macron.

Gérald, artisan, gère une très petite entreprise dans les travaux publics. Il manifeste contre le manque de protection des artisans : « Je ne peux pas me mettre en arrêt maladie. Si je suis hospitalisé, je touche 20 euros par jour… » Pour Gérard, la contestation porte sur un mécontentement général qui englobe aussi bien la dégradation du service hospitalier comme la hausse du prix de l’essence.

Un ras le bol général pour Gérald, artisan Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

À ses côtés, Lydia se plaint d’une réforme « qui tire l’ensemble des futurs retraités vers le bas. Si la réforme, c’était tirer tout le monde vers le haut, ça irait. » « Tout le monde sera perdant », renchérit Françoise, retraitée. Elle s’inquiète en particulier pour les femmes, qui « perdront les trimestres pendant leurs congés maternités… »

Lydia est retraitée donc non-concernée, mais s’inquiète pour ses enfants Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Françoise est aussi venue avec Gérald et Lydia Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

« La vision néolibérale de ce que doit être l’État », c’est aussi ce qui motivait le jeune Adrien rencontré plus tôt. « Au fil des réformes, on détricote tout un système d’acquis, comme avec le chômage. »

Pour un groupe d’aide soignants, le mouvement social est aussi l’occasion d’alerter sur l’état de l’hôpital public. Angélique, qui travaille aux hôpitaux universitaires à la Robertsau, parle de sa situation :

« J’ai voté pour Emmanuel Macron avec mon compagnon, car on s’est dit que c’était un jeune, avec deux parents médecins. Aujourd’hui, j’ai honte de dire que je suis aide-soignante… »

Et enchaîne sur les conditions de travail :

« Au complet, on est 4 pour s’occuper de 36 personnes avec une infirmière et deux agents de services, très grabataires. On n’a parfois pas le temps de boire ou d’aller aux toilettes. Certains jours, il faut rester car il n’y a que 2 ou 3 aides-soignants. Notre hiérarchie nous dit qu’elle ne trouve plus personne à recruter. »

« On a 5 ou 10 minutes pour laver les résidents, comme si c’était une voiture. Pour manger, c’est six minutes par bouche. Ce n’est pas humain », embraye Alban. Dans le groupe, personne ne se voit travailler à ce rythme là jusqu’à ses 60 ans ou au-delà. « La moyenne d’une carrière est de 7 ou 8 ans ». « Qui veut de ça pour 1 350€ nets pour débuter ? Certains abandonnent en quelques jours ».

Pour les aides soignants, il faut plus d’humain dans la politique d’Emmanuel Macron. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Rendez-vous dès vendredi pour la suite

Le mouvement social compte désormais durer, y compris en Alsace. Vendredi 6 décembre, les trains régionaux ne circuleront que sur cinq lignes et à fréquence très réduite. À Strasbourg, un rendez-vous est donné à 12h place de la République. Côté étudiants, une assemblée générale se tiendra à 10h, au Patio dans le campus de l’Esplanade.

Manifestation déclarée le jour, sauvage la nuit

Manifestation déclarée le jour, sauvage la nuit

À Strasbourg, plus de 10 000 personnes ont participé à la manifestation déclarée du 5 décembre contre la réforme des retraites. Vers 16h, des centaines de personnes ont quitté la place de la République pour une manifestation sauvage jusqu’à la nuit tombée.

Départ de la place de la Bourse

Le cortège est parti de la place de la Bourse. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Plusieurs Gilets jaunes tenait la bannière « Convergence des luttes en légitime défense. »
Une banderole des salarié.e.s de centres socio-culturels.
« Les calculs sont pas bons Jean-Michel! » Blanquer?

Discours place de la République

Les discours appelant à la grève générale se sont succédé place de la République. Au micro : des réprésentant.e.s des Gilets jaunes, enseignants, avocats, personnel hospitalier, journalistes…
« Incertain.e.s », « Incertitude », « ? »
La place de la République était remplie par une dizaine de milliers de manifestants.
Impossible de distinguer la fin du cortège au fond de l’avenue de la Liberté.

Manif’ sauvage entre campus, Rivétoile et Krutenau

Rendez-vous pour une Assemblée générale est donné à 10 heures au Patio.
Le cortège se dirige vers le centre commercial Rivétoile où quelques dizaines de manifestants parviendront à faire une brève incursion.
Chassés par les gendarmes mobiles, les manifestants laissent des barrages derrière eux, autant d’obstacles au retour des forces de l’ordre.
Le cortège se dirige vers le centre-ville.
Les forces de l’ordre attendent au bout de la rue. Un dernier manifestant, caché, prend la fuite.
Certains manifestants expriment leur désarroi : « On va pas faire demi-tour à chaque fois qu’on voit les flics! »
Les manifestants ont été repoussés jusqu’à la place d’Austerlitz.

La fin dans un nuage de lacrymo

Masque d’Emmanuel Macron, bidon-tambour et fumigène.
A quelques mètres de la place du Corbeau, les forces de l’ordre ont fait usage de grenades lacrymogènes.
Puis les gendarmes mobiles ont repoussé les manifestants sur la place d’Austerlitz.
La manifestation s’est terminée vers 18h30.

Environ 10 000 personnes défilent contre la réforme des retraites

Environ 10 000 personnes défilent contre la réforme des retraites

Des milliers de personnes se mobilisent ce jeudi 5 décembre contre la réforme des retraites. Voici un compte-rendu en direct grâce à nos journalistes présents dans la manifestation.

17h27. – Il reste quelques manifestants, qui font face à un cordon de forces de l’ordre. La manifestation est terminée. Fin de ce compte-rendu en direct.

17h01. – Plusieurs centaines de personnes tentent de rejoindre le centre-ville et sont repoussées par les forces de l’ordre.

16h50. –

16h30. –

16h15. – Une manifestation sauvage, principalement composée d’étudiants, se dirige vers la place de l’Étoile.

16h04. – Les étudiants n’ont finalement pas pu tenir d’AG au Palais universitaire ni à la fac de droit. Une AG est prévue vendredi à 10h au Patio.

Après une brève incursion à la fac de droit, les étudiants promettent une assemblée générale vendredi Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

15h37. – Fin du rassemblement et dissolution de la manifestation. Les étudiants continuent et repartent dans un nouveau cortège, en direction du Palais universitaire.

L’importante mobilisation est incontestablement exceptionnelle à Strasbourg Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

15h30. – De nombreux professeurs ont participé au mouvement, qui dénoncent également une réforme du lycée qu’ils estiment « extrêmement mal préparée. »

Vue de la place de la République vers 15h30 Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

15h30. – Syndicats de professeurs, des salariés des HUS, des Gilets jaunes, de l’enseignement supérieur appellent tous à la reconduction illimitée de la grève.

La place de la République bien occupée vers 15h30 Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

15h11. –

15h01. –

14h53. – Alors que le meeting place de la République a commencé, il y a encore des manifestants au Palais universitaire. La CGT annonce 10 000 manifestants. Selon nos journalistes sur place, elle rassemble « plus de 5 000 personnes » au jugé des précédentes fortes mobilisations.

14h51. – Une déléguée du personnel des DNA témoigne du drame survenu le matin même dans les locaux du quotidien.

14h49. –

Plusieurs milliers de personnes sont arrivées place de la République Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc

14h38. –

14h36. – Le cortège est arrivé place de la République. Il est très long mais un peu clairsemé, ce qui rend délicat l’estimation du nombre de participants.

Le cortège est arrivé place de la République en ordre dispersé. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc

14h28. – Un cheminot du centre technique de la SNCF à Bischheim est dans le cortège. Il témoigne de son appréhension de voir ses missions se réduire et transférées au secteur privé.

Les cheminots sont parmi les plus mobilisés Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

14h24. –

Le cortège approche de Gallia vers 14h15 Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc

14h15. – Beaucoup de jeunes participent à la manifestation, surtout à l’avant du cortège qui atteint Gallia.

14h. – Une partie du cortège est toujours place du Maréchal de Lattre de Tassigny. La manifestation est donc composée de plusieurs milliers de personnes, malgré le froid.

Plusieurs centaines de personnes attendent toujours le départ, plus de 40 minutes après le début de la manifestation Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc
La CFTC était toujours place de la Bourse plus d’une demi-heure après le début de la manifestation Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc
Ambiance… Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc

13h53. – Christophe a 53 ans, dont 30 ans au sein de l’entreprise Punch Metal à Strasbourg (anciennement GM).

Salariés de Punch Metal dans la manifestation contre les retraites Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

13h50. Des Gilets jaunes sont présents en tête de cortège avec une banderole sur les luttes sociales, environnementales et démocratiques.

Les Gilets jaunes de Strasbourg-République se sont joints au cortège Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

13h40. – Vidéo en direct depuis le début de la manifestation.

Début de la manifestation contre la réforme des retraites du 5 décembre Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Un technicien de 43 ans se suicide aux Dernières Nouvelles d’Alsace

Un technicien de 43 ans se suicide aux Dernières Nouvelles d’Alsace

Un salarié du service de maintenance technique des Dernières Nouvelles d’Alsace s’est suicidé dans l’enceinte de l’entreprise jeudi matin, en sautant du 4e étage. L’entreprise est sous le coup d’une restructuration depuis plusieurs mois.

Il avait 43 ans et s’était présenté normalement ce jeudi matin à sa réunion d’équipe à 7h30. Mais à l’issue, Régis, technicien de maintenance des Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA) n’a pas rejoint son poste. Il s’est rendu au 4e étage du bâtiment donnant rue de la Fonderie et s’est jeté au sol.

DNA
Le siège des Dernières Nouvelles d’Alsace, rue de la Nuée Bleue à Strasbourg. (photo Pazit Polak / Wikimedias commons / cc)Photo : Flickr / Pazit Polak / Wikimedia Commons

La direction d’Ebra, le groupe de presse du Crédit Mutuel dont les DNA font partie, s’est rendue sur place et un comité social et économique (CSE) extraordinaire a été organisé entre 11h et 12h30. Une minute de silence s’est tenue dans la cour de la rue de la Nuée-Bleue à midi. Le quotidien, en deuil, ne paraîtra pas vendredi.

Les employés des DNA présents sont tous extrêmement choqués par ce suicide sur le lieu de travail, alors que l’entreprise est sous le coup d’une restructuration depuis que le Crédit Mutuel en a pris le contrôle fin 2011. Les employés ont dû d’abord subir un management autoritaire et un rapprochement forcé avec L’Alsace sous le patronage de Michel Lucas, qui était président du Crédit Mutuel et d’Ebra (décédé en 2016).

Une restructuration très dure

Depuis 2017, le Crédit Mutuel a confié la direction d’Ebra à Philippe Carli avec comme objectif le retour à l’équilibre de cet ensemble lourdement déficitaire (60 millions d’euros de pertes en 2017, 15 en 2019). La nouvelle direction s’est alors attachée à regrouper de nombreuses fonctions au sein des titres, entraînant un plan social avec la suppression de 386 postes.

En outre, une structure de support doit être créée, Ebra Services, pour externaliser les fonctions des 386 salariés qui travaillent actuellement au sein des titres. Mais cette structure n’embauchera que 286 personnes, et avec une convention collective moins-disante sur le plan social et une augmentation du temps de travail. Cette mesure doit permettre à Ebra de réaliser 9,4 millions d’euros d’économies.

Nombreuses alertes du CHSCT

Selon les premiers témoignages recueillis, le Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) a depuis de nombreux mois alerté la direction sur les risques psycho-sociaux au sein des DNA, sans pour autant recevoir de retours.

Lors du CSE extraordinaire, la direction a refusé de revenir sur les restructurations en cours et a demandé aux représentants syndicaux de « l’alerter lorsqu’il y avait des problèmes. » Une phrase qui a fait bondir Nadia Slimani, déléguée syndicale de la Filpac-CGT :

« On a envoyé des quantités d’alertes depuis des mois ! Ils n’en font rien du tout. Personne ne nous écoute. C’est une nouvelle forme de mépris que vient de nous renvoyer cette direction. »

Selon plusieurs témoignages, Régis aurait laissé une lettre avant de se donner la mort. Elle a été récupérée par la police, en charge de l’enquête sur ce drame. S’il était sous pression comme les autres employés des DNA, rien ne laissait supposer son geste. Il a participé à la fête de Noël des salariés le samedi précédent, avec ses deux enfants.

Syndrome du bébé secoué : les critères médicaux contestés et des erreurs judiciaires avérées

Syndrome du bébé secoué : les critères médicaux contestés et des erreurs judiciaires avérées

Lundi 2 novembre, l’avocat parisien Grégoire Étrillard et l’association de familles Adikia ont écrit à la Haute Autorité de santé (HAS) pour demander l’abrogation des recommandations concernant le syndrome du bébé secoué. Ils dénoncent un diagnostic posé de manière trop systématique, qui accuse à tort des familles et des nourrices d’avoir maltraité leurs bébés. En Alsace, trois familles ont ainsi été faussement accusées.

« C’est un malheur qui se répand dans toute la France : des familles et des assistantes maternelles accusées d’avoir secoué des enfants ». Lors d’une conférence de presse organisée lundi 2 décembre dans un hôtel parisien, l’avocat Grégoire Étrillard et l’association Adikia, qui regroupe 300 familles, ont demandé l’abrogation des recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) relatives au syndrome du bébé secoué.

"Ces recommandations sont, au mieux, imprécises, au pire, fausses !",  signale Me Grégoire Étrillard. (Photo : asso. Adikia)
« Ces recommandations sont, au mieux, imprécises, au pire, fausses ! », signale Me Grégoire Étrillard. Photo : asso. Adikia

Un diagnostic qui écarte d’emblée d’autres causes possibles

Pour diagnostiquer le traumatisme crânien dont certains bébés sont victimes, les professionnels de santé s’appuient sur des recommandations officielles de bonnes pratiques de la HAS, publiées en 2011 et actualisées en 2017. Chaque année, une centaine de cas seraient relevés en France, mais aucun recensement officiel n’est tenu par la justice ni par les hôpitaux.

Également appelé « traumatisme crânien non accidentel », le syndrome du bébé secoué (SBS) concerne généralement des bébés de moins d’un an. Il survient lorsqu’un nourrisson est violemment secoué par un adulte en étant tenu sous les aisselles ou au niveau du thorax. Ce choc créé des lésions (hémorragies rétiniennes, hématomes sous-duraux), fatales dans certains cas. Mais selon certains spécialistes, ce diagnostic est posé de manière trop systématique et écarte d’emblée d’autres causes possibles dans la mort de certains nourrissons (hydrocéphalie, maladies génétiques, accidents domestiques…).

« Des erreurs médicales puis judiciaires »

Me Étrillard défend une cinquantaine de familles « faussement accusées ». Au cours du point presse, l’avocat a déploré « des erreurs médicales qui conduisent à des erreurs judiciaires ». Dans la lettre de 25 pages adressée à la Haute Autorité de santé, l’avocat pointe les « excessives certitudes exprimées par ces recommandations [qui] ont envahi la sphère judiciaire au point d’en être régulièrement le fondement unique ».

« On ne s’en remet pas »

Familles séparées, tentatives de suicides, frais d’avocats… « C’est quelque chose qu’on oublie pas et dont on ne se remet pas », ajoute Émeline Hautcoeur, vice-présidente de l’association Adikia, qui se tient à côté de Grégoire Étrillard.

Dans la lettre, l’avocat relève également qu’aucun des rédacteurs des recommandations n’est spécialisé en neurologie pédiatrique. Pourtant, ces derniers sont fréquemment désignés comme experts dans des procès de bébés secoués et sont ainsi amenés à se prononcer sur des diagnostics établis selon les recommandations… qu’ils ont eux-mêmes rédigées. Sans compter que certains d’entre eux interviennent dans des sessions de formations auprès de magistrats.

Grégoire Étrillard indique qu’il n’exclue pas de porter l’affaire devant le Conseil d’État si la HAS refuse d’abroger les recommandations.

En Alsace, trois familles accusées à tort

En Alsace, trois familles ont été accusées d’avoir secoué leurs bébés. Toutes les trois sont aujourd’hui membres de l’association Adikia.

    L’affaire Lucas Cuntzmann : un bébé décédé et un père envoyé en prison

Pour Fanny Jack et Cédric Cuntzmann, le cauchemar commence peu après la naissance de Lucas, le 25 juin 2015. Suite à l’accouchement, le bébé présente des signes inquiétants : spasmes et grosseurs au niveau des tempes. Inquiet, le jeune couple demande conseil auprès des médecins. Ces derniers leur répondent que les grosseurs sont dues aux forceps utilisés au cours de l’accouchement.

Plusieurs semaines se passent, entre-coupées d’allers-retours aux urgences d’Hautepierre. Au mois de juillet, Lucas se met à vomir et à s’étouffer. Les parents retournent à l’hôpital. Le bébé meurt le 14 juillet 2015.

La machine judiciaire s’enclenche

Très vite, le diagnostic du bébé secoué est posé et la machine judiciaire s’enclenche. Le couple est placé en garde à vue : neuf heures pour Fanny Jaeck, 48 heures pour Cédric Cuntzmann. Le père est par la suite placé en détention provisoire à la Maison d’arrêt de Strasbourg, accusé par le rapport d’expertise qui a conclu à un secouement du bébé.

Le document est rédigé par Jean-Sébastien Raul, directeur de l’Institut médico-légal des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) et considéré comme l’un des cinq experts du SBS en France. Il se trouve que ce légiste est aussi l’un des rédacteurs des recommandations mises en cause par Grégoire Étrillard. En 2018, l’avis médico-légal qu’il avait rendu dans l’affaire Naomi Musenga avait conclu à une mort par intoxication au paracétamol. Une thèse pour laquelle Rue89 Strasbourg avait montré qu’elle comportait plusieurs failles.

Fanny Jaeck et Cédric Cuntzmann ont été entendus par la police pendant de longues heures. (Photo : "CHU de Strasbourg : l'art du camouflage"  / Capture d'écran)
Fanny Jaeck et Cédric Cuntzmann ont été entendus par la police pendant de longues heures. Photo : « CHU de Strasbourg : l’art du camouflage » / Capture d’écran

Révision du dossier médical

Il faudra la révision du dossier médical du bébé par le professeur Christian Marescaux, pour convaincre les enquêteurs que Lucas était en réalité atteint d’hydrocéphalie. Après deux mois de détention, Cédric Cuntzmann est libéré. Aujourd’hui, il reste toujours mis en examen.

Claudie Kuntzmann, la grand-mère de Lucas, a rejoint l’association Adikia il y a trois ans. Elle confirme à Rue89 Strasbourg que le traumatisme reste présent : « Mon cerveau est bloqué sur les mois de juin et juillet. Le mois où Lucas est né et celui où il est mort ». Pour elle, le lien de confiance avec le monde médical est brisé et aujourd’hui, elle réclame justice pour son fils et son petit-fils.

    L’affaire Luqman Chouaib : un bébé retiré à ses parents pendant deux ans

En septembre 2016, Luqman a trois mois. Il est déshydraté et vomit. Ses parents, Ismaël et Asma Chouaib, se rendent aux urgences d’Hautepierre où on leur assure qu’il s’agit d’une gastro-entérite. Mais l’état du petit Strasbourgeois ne s’améliore pas et les examens médicaux s’enchaînent. « L’attitude des médecins me faisait croire qu’ils cherchaient autre chose », a témoigné le père dans le documentaire CHU de Strasbourg : l’art du camouflage (disponible sur YouTube). L’équipe médicale indique aux parents que les IRM et les scanners ont révélé divers hématomes.

"C'est un épisode traumatisant", explique le père, un an après le non-lieu. (Photo : "CHU de Strasbourg : l'art du camouflage" / Capture d'écran)
« C’est un épisode traumatisant », explique le père, un an après le non-lieu. Photo : « CHU de Strasbourg : l’art du camouflage » / Capture d’écran

Secouement ou maladie génétique ?

Un signalement est envoyé au procureur de la République. L’expertise indique clairement qu’il y a eu secouement et Luqman est placé pendant deux ans. Le père de Luqman se souvient :

« Mon fils avait perdu beaucoup, beaucoup de poids et l’équipe du Foyer de l’enfance était inquiète. On ne les a pas lâché pour qu’ils demandent à ce que l’hôpital reprenne Luqman. »

Une spécialiste de la coagulation oriente les parents sur la piste d’une maladie génétique : il s’avère qu’Ismaël et Asma Chouaib sont cousins germains.

Aujourd'hui Luqman a trois ans.  Ses parents vont le scolariser à domicile pour cette année. (Photo : "CHU de Strasbourg : l'art du camouflage" / Capture d'écran)
Aujourd’hui Luqman a trois ans et suit un régime strict concernant ses carences.
Photo : « CHU de Strasbourg : l’art du camouflage » / capture d’écran

La justice finira par reconnaître son erreur

Ils font appel à Christian Marescaux qui reprend le dossier médical. En réalité, Luqman souffre d’un trouble de la coagulation causé par une carence en vitamine K. La justice finira par reconnaître son erreur mais alors que Luqman était placé et ses parents accusés à tort, l’enfant n’a pas bénéficié de soins spécifiques à sa maladie. Ismaël et Asma Chouaieb ont obtenu un non-lieu en décembre 2018.

Aujourd’hui, Luqman se porte bien mais suit un régime strict concernant ses carences. Il est suivi au CHU de Lille et tous les trois mois, a des rendez-vous à l’hôpital de Strasbourg. « On croise certains médecins à qui on a eu affaire », raconte Ismaël Chouaib. Il évoque le rouleau compresseur de la machine judiciaire :

« Une fois que tout est lancé, c’est impressionnant. Pendant les interrogatoires, on cherche à te faire douter de tout le monde. Il est déjà arrivé que des familles passent aux aveux, alors qu’elles n’avaient rien fait à leur enfant. Je sais que les médecins sont poussés à faire des signalements par précaution et que ce n’est pas de leur faute, mais ça reste un épisode traumatisant. Il faut que notre histoire serve d’exemple. »

    L’affaire Hugo Sengelin : un non-lieu obtenu après cinq ans de procédure

Pour Sandrine Baudet, il est toujours difficile d’évoquer l’affaire qui a concerné son fils il y a près de six ans. Né en novembre 2013 à Mulhouse après une grossesse sans problème particulier, Hugo présente très vite des soucis pour se nourrir et dormir. « Entre novembre 2013 et avril 2014, on a consulté neuf fois le pédiatre », se souvient Sandrine Baudet.

Gardé chez la même nourrice que sa grande soeur, Hugo est récupéré un soir par sa mère dans un état alarmant. Le bébé est héliporté en urgence à l’hôpital de Hautepierre, où on lui pose un drain au cerveau. Hugo va bien mais un signalement est envoyé le 1er avril 2014 pour des suspicions de secouement. « Nous n’avions jamais été confrontés à la machine judiciaire, nous n’avions pas conscience de tout ce qui allait démarrer derrière », raconte Sandrine Baudet.

« Secoué de manière intentionnelle » dans l’expertise…

Un rapport indique que l’enfant a été secoué dans un but intentionnel. « J’ai gardé en tête cette phrase qui me hérisse toujours le poil : il état écrit que quelqu’un avait fait du mal à Hugo dans le but de le faire taire ou de le blesser », cite Sandrine Baudet d’une voix blanche.

Très vite, l’assistante sociale de l’hôpital évoque un possible rôle de la nourrice dans les secouements, mais les parents d’Hugo affirment avoir une totale confiance en elle. Leur fils de cinq mois est rapidement placé en pouponnière à Mulhouse :

« On nous a dit qu’on ne pourrait voir Hugo qu’une heure par semaine. Ils nous demandaient l’impossible… On a négocié dur avec le juge pour enfants et finalement on a réussi à le voir deux heures par jour. Je me rends compte aujourd’hui de la chance inouïe qu’on a eu par rapport à d’autres familles… »

… et un non-lieu obtenu 5 ans plus tard

Mais en défendant leur nourrice, les parents se retrouvent accusés à leur tour. De nouvelles expertises sont demandées et indiquent désormais que les secouements auraient eu lieu dans les premiers mois de la vie d’Hugo, ou quelques jours avant le 31 mars, la veille du signalement.

« On s’est retrouvés coincés par ces experts qui ne voulaient pas se contredire entre confrères », lâche Sandrine Baudet. Il faudra finalement le rapport d’expertise de Jean-Claude Mselati, pédiatre à Orsay (Yvelines) pour déterminer qu’Hugo était atteint d’une hydrocéphalie externe.

En juin 2019, après cinq ans de procédure, les parents d’Hugo ont obtenu un non-lieu. Entre temps, le couple s’est séparé. Aujourd’hui le petit garçon va bien, il a fêté ses six ans en novembre et vit en Bretagne avec sa mère et sa soeur.

Dératisation et nouvelles serrures : CDC Habitat répond enfin aux alertes des Elsauviens

Dératisation et nouvelles serrures : CDC Habitat répond enfin aux alertes des Elsauviens

Vendredi 29 novembre, le bailleur social CDC Habitat tenait une réunion dans le hall d’un immeuble de la rue Watteau. La responsable de secteur Alexia Mikulaniec a détaillé la procédure de relogement aux Elsauviens concernés. Elle a aussi promis une dératisation et une réparation des portes d’entrées, des caves et des locaux à poussette.

« Je présente mes excuses, même si je n’ai pas été en responsabilité. » Dans le hall d’un immeuble de la rue Watteau, la responsable de secteur de CDC Habitat (ex-Nouveau Logis de l’Est) tente d’apaiser les tensions. Face à une quinzaine d’Elsauviens, Alexia Mikulaniec prend conscience de la colère des habitants pendant une réunion tenue entre midi et quatorze heures, vendredi 29 novembre.

Dans le quartier de l’Elsau, les réunions peuvent se faire dans des halls d’immeuble… Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Manque d’information sur les démolitions

Hanane, dont les parents vivent dans le quartier, s’agace d’abord du manque d’information sur la rénovation du quartier et la destruction de leur immeuble :

« Vous savez comment j’ai su pour la rénovation ? C’est grâce à un article de Rue89 Strasbourg ! La plupart des gens qui vivent dans la rue sont des personnes âgées. J’ai l’impression que vous les maltraitez en leur ajoutant un stress malgré leur âge ! »

Plusieurs Elsauviens présents s’inquiètent de ne pas pouvoir rester dans le quartier après la démolition de leur immeuble, prévue pour 2024. Mohamed ne veut pas perdre ses amis. « Ca fait 40 ans que je suis ici, c’est pas à 70 ans que je vais partir ! » Mais les habitants le savent bien : plus de 400 logements sociaux de l’Elsau seront détruits pour une vingtaine d’appartements reconstruits… Il n’y aura probablement pas de place pour tous ceux qui veulent rester et les loyers vont évoluer.

Au milieu de la réunion, une habitante de la rue quitte les lieux. Fatiguée, elle descend doucement les quelques marches. Des larmes coulent sur ses joues lorsqu’elle dit, avec une voix faible :

« Toujours il y a des malheurs. Pourquoi tous ces gens là ne sont pas des gens heureux, ou riches, ou quelque chose. Mais ce gouvernement là, (…) ce président Macron, il ne pense qu’à torturer, (faire) souffrir les gens petits. »

Relogement dès 2023

À partir de 2022, le bailleur social CDC Habitat entamera un « diagnostic social » auprès de ses locataires. L’objectif : connaître la situation et les besoins des habitants pour leur proposer trois solutions de relogement les plus adaptées possibles. Dès 2023, les Elsauviens devront déménager. « Et si les trois propositions ne nous plaisent pas ? », demande un habitant. Il n’y en aura pas d’autres, répond la responsable de CDC Habitat.

Dératisation début décembre

Vers 13h30, la réunion touche à sa fin. Alexia Mikulaniec annonce qu’une dératisation aura lieu dans les immeubles de la rue Watteau dès ce début décembre : « Nous allons faire fermer les trous par lesquels les rats passent dans les caves et nous ferons poser des pièges. » La responsable a aussi promis une résolution sous trois semaines des problèmes des portes d’entrées, des locaux à poussettes et des caves. Ces dernières étaient souvent dégradées au point de ne plus fermer, une aubaine pour les dealers et les consommateurs.

Mi-novembre, une habitante d’un immeuble CDC Habitat a transmis cette vidéo à Rue89 Strasbourg, qui l’a ensuite envoyée au bailleur social. (Document Remis)

Réparation des portes

Deux semaines plus tôt, une autre locataire de CDC Habitat nous faisait parvenir la vidéo ci-dessus. Rue89 Strasbourg l’a transmise au bailleur social. Dans le hall de son immeuble, place Nicolas Poussin, la mère de famille filme sa poussette en commentant :

« Voilà regardez, c’est la poussette de ma fille, comme le cagibi est toujours fermé, personne ne nous a donné les clés depuis presque deux ans. Donc j’ai dû laisser ma poussette à l’extérieur. Je pense que dans la nuit ou la journée, quelqu’un est entré dans le bloc. Je pense qu’il s’est piqué, regardez cet élastique, je pense que c’est pour se piquer. Ils ont déposé des médicaments sur la poussette de l’enfant. »

« Toute remontée d’informations est bonne à prendre »

Interrogée à la sortie de la réunion, Alexia Mikulaniec explique son action sur les serrures des portes en évoquant… la vidéo transmise par Rue89 Strasbourg. Nos trois articles ont-ils été le déclencheur de ces décisions ? « Toute remontée d’informations est bonne à prendre », répond la responsable de CDC Habitat.

L’adjoint écologiste Éric Schultz rejoint la liste de Mathieu Cahn (PS)

L’adjoint écologiste Éric Schultz rejoint la liste de Mathieu Cahn (PS)

Les deux élus de la majorité ont trouvé trois points de convergence.

En cette pré-campagne des élections municipales, Éric Schultz est le troisième adjoint au maire de la majorité à se « recentrer » sur une liste. Pour ces élus, le but est d’y défendre leurs options et propositions d’ordinaire plus à gauche, en 2020 et au-delà. Début novembre, Paul Meyer et Jean-Baptiste Gernet, hamonistes jusqu’à l’été, rejoignaient celle de « La République en Marche » menée par le 1er adjoint Alain Fontanel. Le choix d’Éric Schultz, qui rallie la future liste de Mathieu Cahn (PS), est plus étonnant.

Ancien membre de l’extrême-gauche strasbourgeoise, Éric Schultz a défendu depuis 2014 une vaste alliance locale « à la Grenobloise ». Le libraire a soutenu l’union des forces politiques de gauche sans le Parti socialiste en 2014, mais avec en 2020. En vain. Après être passé par EELV (élu en 2008 puis 2014), puis l’éphémère expérience « La Coopérative », il avait appelé à voter pour la France insoumise aux élections européennes de 2019.

La majorité sur trois listes

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Seules les bêtes, un film puzzle où chaque pièce s’emboîte quand les cœurs se détachent

Seules les bêtes, un film puzzle où chaque pièce s’emboîte quand les cœurs se détachent

Fasciné par le côté obscur des humains depuis Harry, un ami qui nous veut du bien (1999), le réalisateur Dominik Moll livre ce mercredi un polar glacial mêlant Eros et Thanatos. Adapté du roman Seules les bêtes de Colin Niel, le récit sur la disparition d’une femme avance à travers les points de vue de cinq protagonistes, des vastes étendues neigeuses des Causses aux squats d’Abidjan. Rencontre avec un réalisateur doux comme un agneau.

Rue89 Strasbourg : Vous avez repris la structure du roman en chapitre par personnage, comment avez-vous abordé cette construction ?

Dominik Moll : Avec Gilles Marchand, le co-scénariste, on a effectivement respecté cette structure où chaque personnage apporte son point de vue sur l’histoire. On est juste passé de 5 chapitres à 4, en mixant les deux derniers, Armand et Michel, qui dialoguent par internet entre l’Afrique et la France, pour rendre la partie plus dynamique. Ce qui est intéressant c’est qu’on commence à s’identifier à un personnage et on le perd plus ou moins, donc il faut toujours trouver une relance afin que le spectateur se plonge rapidement dans la nouvelle trame. La structure n’est pas linéaire, les histoires se superposent, nous entraînent forcément sur des fausses pistes. Par exemple, le spectateur est bousculé avec le chapitre sur Evelyne, jouée par Valéria Bruni-Tedeschi, qu’on a vue morte dans le chapitre précédent. Et puis cinématographiquement, quand les mêmes scènes se reproduisent d’un autre point de vue, il faut les réinventer.  

Seules les bêtes est le cinquième long-métrage de Dominik Moll. Photo : Haut et Court

Les coïncidences sont fortes, ce qui donne au film un côté surnaturel, un personnage annonce comme un oracle : « le hasard est plus fort que toi » : nous sommes guidés par le destin ?

Les actions de chacun ont des répercussions sur la vie des autres sans qu’ils le sachent, ils sont en apparence tous liés les uns aux autres. Mais si l’on regarde bien, ce sont surtout ce que se racontent les personnages qui créent du drame. Le film parle avant tout de désir, l’amour que chacun cherche. Ce désir est tellement puissant chez Michel par exemple (Denis Menochet) qu’il imagine que la femme qu’il aime est bien venue le retrouver dans les Causses. Il se fabrique un destin.

Denis Ménochet envoie son trop plein d’amour se perdre dans les méandres des rues d’Abidjan. Photo : Haut et Court

Plus que le thriller, c’est l’originalité et la profondeur des personnages qui saisissent : ils espèrent, croient, pensent être liés. Mais chaque lien est tissé pour mieux se défaire. Est-ce qu’on va tous finir seul ?

Non ! (rires) Ce n’est pas ma vision des relations humaines ! Mais c’est vrai qu’il n’y a que des amours contrariés. C’est la base de l’intrigue : chaque relation amoureuse fait avancer l’histoire.

La partie française est tournée dans les Causses, c’est un endroit que vous connaissiez, que vous aviez envie de filmer ?

Oui j’y suis allé en vacances et ça a participé de mon envie de faire le film. Le Causse Méjean est un plateau entouré de gorges, c’est un endroit isolé auquel on ne peut accéder que par quelques routes qui montent en lacet. Il y a ces grandes étendues enneigées et des grottes très sombres, cela collait parfaitement avec la solitude, l’éloignement des personnages les uns des autres, le contact n’est pas facilité.

Damien Bonnard, dans un rôle incroyable, hommage mélancolique à Psychose. Photo : Haut et Court

Et Abidjan, aviez-vous des craintes de tomber dans les clichés sur l’Afrique ?

Absolument, je ne voulais surtout pas tomber dans le folklore, surtout qu’il y a cette histoire de féticheur auquel le personnage d’Armand, un jeune homme qui usurpe des identités sur Internet, va demander conseil. En lisant le roman, je me demandais si ce n’était pas un fantasme de Blanc… Sur place on s’est documenté, on a rencontré ces jeunes arnaqueurs qu’on appelle des « brouteurs » là-bas et effectivement ils sont tous en contact avec ces féticheurs. Cela créait un contraste intéressant entre la dimension magique espérée quand même par Armand et l’arnaque bien réaliste.

Bande annonce de Seules les bêtes ( Haut et court / YouTube)

Comment est venue la chanson « Tu t’en vas », tellement belle et tellement triste dans les scènes entre Damien Bonnard et Valéria Bruni Tedeschi ?

Au départ on était parti sur une chanson un peu au hasard des Bee Gees mais ça ne fonctionnait pas et puis le monteur, Laurent Rouan, est arrivé avec ce duo entre Alain barrière et Noëlle Cordier, que je ne connaissais absolument pas. Et tout collait : le fait que ce soit un duo, les paroles qui évoquent la séparation, l’hiver. Pour le générique de fin, Bertrand Belin et Barbara Carlotti ont réinterprété la chanson et j’adore cette version.

Marie Hoffsess devient directrice de campagne de « Strasbourg écologiste et citoyenne »

Marie Hoffsess devient directrice de campagne de « Strasbourg écologiste et citoyenne »

Cofondatrice de Rue89 Strasbourg, Marie Hoffsess, a pris des fonctions au sein de la liste « Strasbourg écologiste et citoyenne. » Conformément à nos engagements, elle n’est plus membre de la rédaction.

Le renouvellement en politique apporte son lot de surprises. Marie Hoffsess, qui a fondé Rue89 Strasbourg avec nous en 2012, a été recrutée en tant que directrice de campagne par l’équipe de la liste « Strasbourg écologiste et citoyenne. »

Lorsque Marie Hoffsess s’est lancée dans l’aventure Rue89 Strasbourg, elle était déjà une journaliste très politique. Pour elle, les écoles, les transports, les sorties, bref la vie en ville, tout était politique.

L’experte de la campagne de 2014

Elle s’est donc assez naturellement investie à plein temps dans la chronique de la campagne des élections municipales de 2014, faisant de notre très jeune média d’alors un rendez-vous apprécié des Strasbourgeois et incontournable pour les élus et ceux qui aspiraient à l’être.

Après ça, voir les élus revenir sur leurs engagements, leurs idéaux ou se démener pour concilier leurs aspirations et la réalité l’a nettement moins amusée. Au printemps 2014, Marie a alors pris de la distance avec Rue89 Strasbourg avec qui elle n’a collaboré qu’en complément de ses autres activités. Elle s’est investie sur l’environnement du quotidien en publiant des « balades nature » et des « histoires de quartiers » à raison d’un article par mois environ. Elle n’a plus écrit d’article politique pour notre média depuis cette époque, n’intervenait plus dans le traitement de l’actu chaude (ou tiède), ni ne participait régulièrement aux conférences de rédaction.

Marie Hoffsess en juillet 2019 (doc remis)
Marie Hoffsess en juillet 2019 Photo : doc remis

Marie s’est progressivement éloignée du journalisme, en développant d’autres activités comme conférencière, coach en simplicité de vie et plus récemment naturopathe (on en parlait un peu ici). Pour Rue89 Strasbourg, elle n’a plus que collaboré très épisodiquement, en organisant les balades de quartiers avec nos abonnés.

La voilà désormais en politique, avec pour mission de faire de Jeanne Barseghian la future maire de Strasbourg. Bien qu’elle ne soit plus dans la rédaction opérationnelle depuis des années, elle est toujours au capital de notre petite société, de façon minoritaire.

Séparation totale

Par souci de transparence et d’étanchéité, il est donc important pour nous d’énoncer quelques mesures :

    Marie ne fait plus partie de la rédaction de Rue89 Strasbourg, elle ne peut plus participer à notre conférence de rédaction hebdomadaire, ni discuter des sujets avec nous,Marie ne peut plus avoir accès à nos outils de collaboration internes (listes, tchat en ligne, agenda rédactionnel, etc) et ses accès à notre outil de publication ont été désactivés,

Si vous estimez que des mesures supplémentaires doivent être prises, nous vous invitons à les proposer en commentaires.

Future autoroute A35, les réticences du Medef d’Alsace

Future autoroute A35, les réticences du Medef d’Alsace

Comme nous l’indiquions lors de la présentation d’esquisses sur l’autoroute A35 du futur, le monde économique alsacien est très sceptique quant aux projets de transformation de l’autoroute A35. Lors d’une présentation en mai 2019 d’un premier travail d’urbanistes réunis par l’Adeus, un représentant de la Chambre de commerce et de l’Industrie (CCI) avait émis ses réserves sur les premières idées, visant à restreindre la circulation sur cet axe.

Pour Rue89 Strasbourg, le président du Medef Alsace, Olivier Klotz, détaille les siennes suite au projet dévoilé à la presse le 2 décembre :

« Comme pour l’Avenue du Rhin, le Medef Alsace n’a pas été associé à ce travail. Le soucis pour le monde économique est de garder une bonne fluidité et maintenir une accessibilité à Strasbourg, puisque beaucoup de gens n’y habitent pas car ils n’en ont pas les moyens. Personne chez les chefs d’entreprises n’a demandé de telles modifications. Ces travaux vont générer de nouvelles dépenses qui seront financées par les impôts. »

Gare basse
Les urbanistes imaginent une gare ouverte à 180°, un serpent de mer strasbourgeois, avec des passerelles piétonnes et pour vélos. Le futur arrière-gare rognerait sur certaines voies de la SNCF, recouvertes de vert sur l’esquisse. (agence TER-Indiggo-Arcadis)

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Cette chercheuse strasbourgeoise veut mieux soigner le cœur des femmes

Cette chercheuse strasbourgeoise veut mieux soigner le cœur des femmes

Après un doctorat en chimie analytique à l’Université de Strasbourg et au CNRS, Blandine Chazarin travaillera bientôt dans un laboratoire de Los Angeles. Son objectif : mieux diagnostiquer les maladies cardiaques chez la femme.

« Le problème, c’est que l’étude des maladies cardiaques s’est faite sur des critères qui ont été mis en place sur l’homme. » Blandine Chazarin vient de terminer sa thèse en chimie analytique à l’Université de Strasbourg et au Centre National de Recherche Scientifique (CNRS). En 2020, l’ancienne doctorante travaillera au sein du « Van Eyk Laboratory » à Los Angeles. La scientifique strasbourgeoise de 28 ans participera à l’élaboration d’un diagnostic plus fiable des maladies cardiaques chez les femmes.

La chercheuse strasbourgeoise Blandine Chazarin part bientôt pour Los Angeles où elle participera à un projet de recherche visant à mieux diagnostiquer les maladies cardiaques chez les femmes Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Du muscle de l’ours au cœur des femmes

Ces dernières années, Blandine Chazarin a étudié la « capacité de préservation musculaire de l’ours brun en hibernation. » En étudiant le sang des ursidés avec la spectrométrie de masse, la docteure a mis en évidence des changements des protéines dans le muscle qui permettent à l’ours une préservation musculaire malgré son long sommeil en hiver.

Avec la même méthodologie, la scientifique alsacienne travaillera sur le cœur des femmes. « Des biologistes vont me donner le sang d’un lot de femmes et je chercherai à détecter un biomarqueur, une protéine liée au phénomène de maladie cardiaque. »

Un diagnostic défaillant

Selon Blandine Chazarin, il n’existe aujourd’hui qu’un seul diagnostic à 100% fiable pour établir la présence d’une maladie cardiaque :

« Quand le cœur souffre, il libère une protéine appelée troponine. La mesure de son taux est fiable, mais elle n’arrive qu’après une batterie de premiers tests. Il arrive souvent que le premier test par électrocardiogramme ne pousse pas à mesurer cette protéine… »

Une étude britannique, publiée dans le « European Heart Journal », a démontré que les femmes atteintes d’une maladie cardiaque ont plus de chances d’être mal diagnostiquées que les hommes. Ainsi, la population féminine est moins bien soignée : 21% des femmes sont prises en charge moins de trois heures après le début d’une attaque cardiaque, contre 36% des hommes. Et la chercheuse strasbourgeoise d’appuyer: « Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité des femmes dans le monde. »

La plupart du temps, les symptômes des maladies cardiaques sont méconnues des femmes. Leurs signaux d’alerte sont plus difficiles à identifier : palpitations, essoufflement, remontées acides… Alors que les facteurs favorisant les problèmes cardiaques sont plus nombreux pour la population féminine : contraception, grossesse, ménopause…

La recherche depuis les chercheuses

Sans doute la présence de chercheuses a-t-elle contribué à se rendre compte que les études sur les maladies cardiaques se basaient sur des données masculines. Ainsi, c’est une femme qui dirige le projet de recherche sur lequel la scientifique strasbourgeoise travaillera pendant les quatre prochaines années. Fière de participer à cette étude, Blandine Chazarin conclut :

« Avant les femmes étaient vues comme des meubles. Aujourd’hui, elles sont vues comme des chercheuses, et c’est ainsi que l’on prend en considération les pathologies spécifiques aux femmes. »

Sur les rives de l’A35, comment des Strasbourgeois cohabitent avec l’autoroute

Sur les rives de l’A35, comment des Strasbourgeois cohabitent avec l’autoroute

Moins emblématique que l’Ill, l’A35 n’en dessine pas moins le profil de Strasbourg : traversant l’Eurométropole de part en part, elle en est paradoxalement un des espaces les plus verts de l’agglomération. Nous sommes allés à la rencontre des Strasbourgeois qui peuplent les abords de l’autoroute.

Les autoroutes sont des lieux réputés – à juste titre – inhospitaliers : l’espérance de vie pour un automobiliste sans sa voiture y étant de dix à vingt minutes… Mais qu’en est-il des abords ou des dessous de l’autoroute et plus particulièrement de l’A35 ? Car l’autoroute est d’un genre un peu particulier : traversant l’agglomération strasbourgeoise sur l’axe nord-sud, elle passe à deux doigts du centre-ville historique et trace sa route au cœur de l’agglomération.

Or, paradoxe urbain à quatre voies, c’est aussi un lieu vert, enfin à ses abords : elle franchit l’Ill et le « parc naturel urbain » du Herrenwasser, côtoie le parc Eugène-Imbs, longe le fossé des Remparts et vient troubler la quiétude de la nécropole nationale, du cimetière central et des jardins familiaux Helenengarten. Et n’est-ce pas depuis l’A35 qu’on a la meilleure vue de la cathédrale ? 

Suivez-nous dans cette balade, du Nord au Sud, à la rencontre des Strasbourgeois croisés au bord (et en dessous) de l’autoroute. Cette carte interactive vous permet de suivre le parcours de façon linéaire ou de ne sélectionner que les lieux qui vous intriguent le plus.

A35 du futur : des esquisses toutes vertes et des milliers d’automobilistes à évaporer

A35 du futur : des esquisses toutes vertes et des milliers d’automobilistes à évaporer

Un premier travail d’un cabinet d’urbanisme sur le futur de l’autoroute A35 au cœur de Strasbourg est versé au dossier de sa requalification. Reste à la future majorité de poursuivre ou non cette première orientation, qui comprend peu de constructions le long de cet axe.

Que va devenir l’autoroute A35 après la mise en service du Grand contournement ouest (GCO – voir nos articles) à l’automne 2021 ? C’est la question qui va animer les urbanistes, architectes, élus locaux et nombre de Strasbourgeois dans la décennie à venir.

À ce titre, les esquisses dévoilées ce lundi 2 décembre n’ont rien de définitif. Néanmoins, la présence du préfet Jean-Luc Marx à cette présentation montre qu’il ne s’agit pas seulement de visuels aguicheurs de fin de mandat, mais d’une base de travail avec l’État, co-financeur du projet. Ces documents vont pousser les candidats aux élections municipales de mars 2020 à se positionner par rapport à ces images de synthèse.

Toujours des talus et des viaducs

Première orientation, déjà évoquée par le passé : ne pas déconstruire les talus, ponts et autres viaducs actuels. Des voies de circulation « en belvédère », dixit l’urbaniste Henri Bava mandaté par l’Eurométropole, continueraient d’exister dans la ville du futur.

Cette ambition, moins onéreuse qu’une déconstruction, a poussé les urbanistes Micha Andreieff et Michel Messelis à fermer leur site sur le sujet. Ils estiment que maintenir les reliefs actuels et implanter « un parc métropolitain » continuera de couper la ville de ses quartiers ouest. Dans la version actuelle, seules quelques bretelles seraient modifiées.

Faire changer d’habitudes les automobilistes

Dans cette version, la vitesse de circulation sur l’A35 serait abaissée à 50 km/h et les abords retravaillés. Une ligne de plantations séparerait les deux sens de circulation. Pour le reste, la chaussée type aurait un couloir extérieur réservé aux bus et autocars, un couloir intérieur pour le covoiturage et une voie centrale pour les personnes seules (contre jusqu’à 4 voies pour tous aujourd’hui).

Là encore, ces aménagements peuvent évoluer a précisé le président de l’Eurométropole Robert Herrmann (PS), qui ne sera sur aucune liste en mars. Reste surtout à savoir si ces transformations suffiront à drastiquement réduire la circulation, estimée à environ 150 000 véhicules par jour après le GCO, plus du triple des grands boulevards de Strasbourg.

Relier les parcs existants

Le projet tel que présenté vise surtout à mettre en valeur et mieux relier des espaces verts actuels, y compris à pied et à vélo : la place de Haguenau au nord, le parc du Glacis derrière la gare, un « parc des Confluences » vers l’Elsau / Montagne Verte / Heyritz (voir plus bas) et l’étang du Gerig autour de la carrière qui cesserait bientôt son activité au sud, à hauteur d’Illkirch-Graffenstaden.

Cependant, rien de spécifique n’a été présenté pour les endroits où les riverains sont le plus exposés à la pollution et au bruit, à hauteur des immeubles de Schiltigheim et des quartiers de la Laiterie et Montagne-Verte.

Les visuels répondent à cette ambition de verdure en grisant les espaces actuels et en saturant la couleur verte pour faire ressortir cet aspect.

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Dans cette projection, la place de Haguenau ne serait accessible que d’un côté, pour mieux relier via la rivière de l’Aar jusqu’au parc du Glacis et côté Cronenbourg Photo : agence TER-Indiggo-Arcadis

Des schémas sans constructions

Si les schémas présentés sont suivis, la métropole estime qu’environ 80 000 arbres supplémentaires seraient plantés, soit le double de ce qui existe sur les terrains publics à ce jour.

Ces projections ne prévoient guère de constructions le long du tracé, en dehors peut-être sur l’arrière-gare, peut-être ouverte un jour à 360 degrés.

Selon Robert Herrmann, le Plan local d’urbanisme actuel permet d’atteindre « 550 000 à 600 000 habitants » (contre un peu de moins de 500 000 aujourd’hui) une taille critique à ne pas forcément dépasser. Et ce, sans piocher dans ces nouvelles réserves foncières au bord de la route.

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Entre l’Elsau, la Meinau, la Montagne Verte, le quartier Laiterie et le Heyritz, un « parc des Confluences » Photo : agence TER-Indiggo-Arcadis

Avec quel argent et quel calendrier ?

À ce stade, aucun budget ni calendrier n’ont été annoncés. Dans le Contrat de Plan État Région (CPER) Alsace 2015-2020, 20 millions d’euros avaient été réservés. Suite à une décision du gouvernement, ces crédits « Mobilités » peuvent être « engagés » jusqu’à fin 2022 et payés plus tard. Un futur CPER sera bientôt en négociations.

L’Eurométropole a réservé 800 000 euros pour des études pré-opérationnelles, si la majorité sortie des urnes en mars 2020 souhaite poursuivre cette orientation. Par ailleurs, un travail pour déplacer la gare routière des Halles autour de la gare actuelle (arrière-gare mais aussi place de la Gare ou les boulevards) est en cours avec la Région Grand Est.

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Tout au sud, l’étange du Gerig serait renaturé avec la fin et permettrait un carrefour d’entrée à Illkirch-Graffenstaden et Strasbourg à la place de l’échangeur actuel. Photo : agence TER-Indiggo-Arcadis

Pour obtenir ces projections, l’agence TER de l’urbaniste Henri Bava a animé trois journées de travail à l’automne avec les élus des communes concernées. Selon le co-fondateur de l’agence, plusieurs voix ont réclamé un développement des autoroutes à vélo, pour que des citoyens délaissent la voiture individuelle sur l’A35, moins praticable à l’avenir. La gouvernance gauche-droite a repoussé le projet voté 2013 qui devait s’achever en 2020 au mandat suivant. La mouture actuelle prévoit une fin en 2030.

Le cabinet avait déjà travaillé sur les orientations du quartier des Deux-Rives vers le Rhin.

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L’A35 du futur relierait des espaces. Tout à gauche, on devine légèrement le GCO, et la future route Voie de Liaison Ouest (VLIO) du nord au sud de l’agglomération. Photo : agence TER-Indiggo-Arcadis

Pour mener à bien un tel projet, l’équipe aux manettes de l’Eurométropole devra composer avec les réticences des milieux économiques (Medef, CCI, etc.). Jusqu’à présent, ces derniers voient la réduction des voies de circulation et l’abaissement de la vitesse comme des potentielles pertes de temps dans les déplacements entre le nord et le sud de l’agglomération. De plus, ils rappellent qu’un tel projet est financé par les impôts. Les concepteurs estiment au contraire que l’axe pourrait retrouver de la fluidité si les transports en commun et le covoiturage sont plébiscités.

Manifestation contre la réforme des retraites jeudi

Manifestation contre la réforme des retraites jeudi

Plusieurs organisations syndicales appellent leurs adhérents et sympathisants à se mobiliser jeudi 5 décembre contre la réforme des retraites en préparation par le gouvernement. Voici les détails de la manifestation.

La journée de mobilisation contre la réforme des retraites par points préparées par le gouvernement s’accompagne d’une manifestation à Strasbourg, à l’appel des organisations syndicales FO, CGT, Solidaires, FSU et la CNT.

Le cortège doit partir de la place du Maréchal De-Lattre-De-Tassigny (aussi appelée place de la Bourse) à la Krutenau pour se diriger vers la place de la République. Cependant, Marché de Noël oblige, la manifestation évitera soigneusement le centre-ville…

En avril 2016, les cortèges contre la Loi Travail avaient mobilisé plusieurs milliers de personnes (Photo Rue89 Strasbourg / cc)
En avril 2016, les cortèges contre la Loi Travail avaient mobilisé plusieurs milliers de personnes Photo : Rue89 Strasbourg / cc

Grève du 5 décembre : toutes les perturbations à Strasbourg

Grève du 5 décembre : toutes les perturbations à Strasbourg

Jeudi 5 décembre, plusieurs organisations syndicales appellent à la grève contre la réforme des retraites. Absence de cantine scolaire, trafic des bus, trams et trains réduits… Voici les perturbations à anticiper pour cette journée de mobilisation nationale.

Jeudi 5 décembre, Strasbourg tournera au ralenti. Les syndicats CGT, FO, FSU, Solidaires et la CNT appellent à manifester contre la réforme des retraites. Voici la liste des perturbations à anticiper.

Accueils périscolaires et cantines scolaires fermés

Toutes les cantines des écoles de la Ville de Strasbourg seront fermées le jeudi 5 décembre. « Ces repas ne seront pas facturés » et « les accueils périscolaires maternels du matin et du soir seront assurés dans la mesure du possible », assure la municipalité.

La Ville de Strasbourg espère inciter les parents à inscrire leurs enfants au menu végétarien en baissant le prix de 30 centimes.
Pas de cantine scolaire dans la Ville de Strasbourg ce jeudi 5 décembre. Photo : Rue89 Strasbourg

8 trains contre 700 d’habitude

Le trafic de trains sera très fortement impacté avec 8 trains qui circuleront en Alsace contre 700 habituellement. Les quatre syndicats représentatifs de la SNCF appellent à la grève ce jeudi 5 décembre.

La SNCF annonce 3 allers-retours en tout entre Bâle et Strasbourg en TER. Les allers se feront le matin et les retours en soirée. Un aller-retour permettra d’aller de Saverne à Strasbourg et rentrer le soir.

Quelques autocars seront affrétés en renfort « essentiellement en matinée et en soirée » sur d’autres lignes de TER, mais l’accès n’est pas garanti et les places limitées.

Côté TGV, un Inoüi, un Ouigo feront l’aller-retour entre Strasbourg et Paris (aller le matin, retour en fin d’après-midi et en soirée), ainsi qu’un TGV Lyria au départ de Paris vers Mulhouse-Bâle fera l’aller-retour.

En moyenne, un train sur 10 circulera en France. Les perturbations devraient s’étaler sur plusieurs jours. Tous les soirs, les prévisions seront communiquées.

Les premières perturbations se feront sentir le mercredi 4 décembre après 19h (1 TER sur 3 supprimé totalement ou partiellement en Alsace et quelques TGV).

Plus d’information sur la perturbation du trafic ferroviaire à partir de 16h30 le mardi 3 décembre.
Manifestation retraite à Lyon (Photo Aurélien Callamard / FlickR / cc)
Manifestation retraite à Lyon Photo : Aurélien Callamard / FlickR / cc

Trams très impactés et un peu moins de la moitié des bus

Sur le réseau de la CTS, huit lignes de bus ne fonctionneront pas du tout (10, 14, 15, 19, 29, 30, 50 et 70), pas plus que les lignes de tramway C, D, E et F.

Seules les lignes A et B circuleront entre 6h et 20h, avec une une fréquence d’une rame toutes les 20 minutes (ligne A) ou 25 minutes (ligne B).

Au total, 17 lignes fonctionneront normalement (12, 22, 27, 31, 41, 42, 43, 44, 60, 62, 63, 71, 72, 73, 74, 75 et 76) ainsi que les services de bus de nuit (N1, N2, N3), Flex’hop, les taxisbus et la navette Robertsau et Lingolsheim-Illkirch

De plus, 12 autres lignes (G, L1, L3, L6, 2, 4, 13, 17, 24, 40, 57, 67) seront fortement perturbées et ne fonctionneront qu’entre 6h et 20h.

L’amplitude variera d’un véhicule à un véhicule toutes les 25 minutes (ligne G de BHNS) au mieux, à un seul toutes les heures au pire (Desserte des terminus Vendenheim Gare et Hoenheim Gare de la L6 et des terminus Plobsheim Est, Geispolsheim Ouest et Blaesheim Ouest sur la 57 et 67).

Les instances syndicales de Sud, CGT et CFDT et Unsa ont déposé un déposé un préavis de grève. Stéphane Daveluy exprime les revendications pour l’UNSA-CTS  :

« Nous demandons la reconnaissance de la pénibilité du transport urbain dans le cadre de la réforme des retraites. Nous sommes amenés à travailler de nuit, nous sommes confrontés à des agressions, et nous sommes exposés à la pollution environnementale… Malgré tous ces éléments, la pénibilité n’est toujours pas reconnue pour notre activité. »

Le débat sur la gratuité des transports a permis de revoir les tarifs sociaux de la CTS (photo Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg)
« Je pense qu’il y aura au moins 50% de gréviste, des lignes fermées et un trafic fortement perturbé », affirme le délégué syndical UNSA-CTS Stéphane Daveluy. Photo : Pascal Bastien / Divergence

Les autocars peu impactés

Du côté des autocars interurbains de la CTBR, 12 lignes fonctionneront normalement (201, 209, 231, 233, 234, 235, 236, 262, 263, 404, 405, 420), ainsi que les 13 lignes à vocation scolaire.

Dix lignes auront en revanche des horaires réduites : les Lignes 203, 205, 210, 220, 230, 232, 240 ,257, 260, 270.

Écoles, collèges, lycées…

La majorité des syndicats enseignants (Snes-FSU, SNUipp-FSU, SE-Unsa, Snalc) appellent à la mobilisation des professeurs d’école, de collège et de lycée. Certains parents ont déjà été prévenus que leurs enfants n’auront pas cours le 5 décembre.

Après la listeria, trois mois critiques pour la Ferme Durr

Après la listeria, trois mois critiques pour la Ferme Durr

Fermée en septembre pour « contamination persistante » à la listeria, la société Biolacte de Boofzheim, grand nom du bio alsacien, est en sursis. Solène Durr, qui dirige aujourd’hui l’entreprise familiale, a jusqu’à début mars pour élaborer un plan de redémarrage. Sans quoi la ferme disparaîtra.

« Vous voyez, ce sont des messages comme celui-ci qui nous donnent envie de nous battre ». Solène Durr montre le courriel qu’elle a reçu ce matin. Assise à ses côtés, Anne-Marie, sa mère, approuve d’un hochement de tête. Ce courriel a été envoyé par l’employée qui tenait le stand de la ferme Durr au marché du Neuhof jusqu’à la fermeture administrative de l’établissement, en septembre, pour contamination à la listeria.

Elle y faisait ses courses quand des clients l’ont abordée : « Ils m’ont demandé quand nous allions rouvrir, écrit la vendeuse, ils disent que nos produits leur manquent, que notre fermeture est injuste, qu’ils sont avec nous. » Solène Durr a reçu des dizaines d’autres messages similaires :

« Au moment de la fermeture administrative, on a eu beaucoup de témoignages de soutien. Des voisins, des clients et même d’inconnus. Mais je n’imaginais pas que les gens continueraient à penser à nous. Aujourd’hui, je me rends compte qu’ils nous font toujours confiance malgré la crise. »

« Des gens ont été malades en mangeant nos produits, c’est dur »

Entre Anne-Marie et Solène, Raymond Durr, le père fondateur, est toujours présent (sur la photo en arrière plan) (Photos Francis Gérardin / Rue89 Strasbourg / cc).

La crise commence dans la soirée du vendredi 6 septembre, avec un communiqué de la préfecture. Des analyses ont attribué plusieurs cas de listériose à certains produits de la Ferme Durr. Ils sont retirés de la vente. Les consommateurs en sont informés par affichage.

« Nous apprenons tout ça le lendemain matin par le coup de fil d’un journaliste, explique Solène, et c’est un choc ! Réaliser que des gens ont été malades en mangeant nos produits, c’est dur. Et en plus sans connaître la gravité de leur état. D’ailleurs, aujourd’hui encore on ne sait rien sur eux. On a juste appris dans la presse qu’ils sont huit, qu’ils habitent en Alsace, Île-de-France, Bourgogne et PACA. »

À ce moment-là, le problème semble circonscrit à un seul produit : la tomme au lait cru.

« Le lait cru, c’est extrêmement délicat. Des collègues nous ont dit qu’ils ne s’y risqueraient jamais. Immédiatement, on décide qu’on ne fabriquera plus que des produits à base de lait pasteurisé. »

« Contamination persistante de la production »

L’entreprise n’aura pas le temps d’appliquer cette résolution. Le 11 septembre, les services de l’Etat annoncent la fermeture administrative de la SARL Biolacte, qui fabrique et commercialise les produits Ferme Durr. Suite aux « graves dysfonctionnements » relevés, et à une « contamination persistante de la production », celle-ci doit cesser immédiatement.

Fin novembre, l’activité n’a pas repris. Un nettoyage des machines et des locaux, même poussé, n’aurait pas suffit. C’est toute la chaîne de transformation du lait qu’il faut changer. Et Biolacte n’en a pas les moyens, comme l’explique Solène Durr :

« Les bâtiments ont grandi en même temps que l’entreprise, et aujourd’hui ils ne sont plus adaptés. Pareil pour la chaîne de transformation. On doit se réorganiser. »

Les fenêtres de la maison Durr donnent sur les locaux de Biolacte, à l’arrêt, à côté du magasin fermé.

36 emplois en balance

Pour lui laisser du temps, la chambre commerciale du tribunal de grande instance a placé Biolacte sous mesure de sauvegarde le 23 septembre. Cette décision a permis aux salariés d’être mis en « activité partielle » (l’ancien « chômage technique »). Ils sont donc été partiellement indemnisés. Ils étaient 36, représentant 20 équivalents temps plein. Trois seulement travaillent encore, sous la direction de Solène.

Anne-Marie est encore gérante en titre, mais comme elle va bientôt prendre sa retraite, elle a donné les rênes de l’entreprise familiale à Solène, l’aînée de ses deux filles. Diplômée en gestion des entreprises, c’est elle qui travaille sur le plan de redémarrage que la chambre commerciale aura à examiner.

Dans les locaux déserts, l’activité se limite à un bureau.

À la recherche de partenaires

La première idée de la nouvelle « patronne » était de trouver une entreprise sous-traitante pour fabriquer les produits laitiers Biolacte. Mais tous les fabricants qu’elle a contactés ont décliné l’offre. Alors Solène Durr a imaginé un plan B. Le 18 novembre, la chambre commerciale a jugé le plan assez intéressant pour prolonger jusqu’au 9 mars la période d’observation :

« Nous cherchons un ou plusieurs partenaires disposant d’une unité de transformation du lait, de locaux, ou de fonds pour investir dans ces équipements. De notre côté, nous avons notre marque, nos recettes, notre clientèle, et des machines considérées comme les Rolls-Royce du conditionnement. »

Et Solène Durr voit même plus loin :

« L’idéal, ce serait de créer une sorte de coopérative, où les producteurs laitiers bio d’Alsace pourraient s’unir. Parce qu’aujourd’hui, c’est très difficile de faire face aux exigences sanitaires chacun de son côté. »

« On avait la tête dans le guidon ! »

Avant la crise, la Ferme Durr faisait figure de modèle de réussite. Elle vendait ses produits bio dans toute l’Alsace et un peu partout en France. Son chiffre d’affaires avait atteint 4 millions d’euros en 2018. Mais Solène a un regard critique sur cette croissance :

« Nous avons été comme aspirés. La disparition de mon père en 2014 a laissé un vide énorme. Il maîtrisait absolument tout dans l’entreprise. Après sa mort, Biolacte n’était plus dirigée. Je m’en suis rendu compte peu à peu après mon arrivée comme DRH en 2017. On disait oui à toutes les sollicitations, même les moins rentables : on envoyait un colis à l’autre bout du pays, on traitait avec des grossistes qui ne pensaient qu’à rogner sur nos marges, on avait signé avec des industriels des contrats nous obligeant à leur fournir certains produits à la demande. Il fallait qu’on produise toujours plus. On avait la tête dans le guidon ! Avec le recul, je me dis que les problèmes sanitaires devaient fatalement arriver. »

« Je me bats pour que la ferme ne disparaisse pas »

Pendant qu’elle travaille sur le plan de sauvetage, Solène doit aussi s’occuper de la ferme familiale. Quelques cochons à l’engraissage et, surtout, des vaches : 50 laitières, 60 veaux et génisses. Une exploitation dont l’avenir dépend directement de celui de l’entreprise :

« Aujourd’hui, nous vendons notre lait 45 centimes le litre à une coopérative bio nationale. C’est le prix, mais ça ne suffira pas à faire vivre la ferme. Pour que son activité soit viable, nous devons transformer nous-mêmes notre lait. En fin de compte, si je me bats, c’est avant tout pour que la ferme ne disparaisse pas. »

« Si je me bats, c’est avant tout pour que la ferme ne disparaisse pas. »

Et plus qu’une question matérielle, c’est une histoire de fidélité, d’héritage spirituel :

« Quand mon père a fondé cette entreprise, dans les années 70, c’était un pionnier. Il a beaucoup fait pour le développement du bio en Alsace. Aujourd’hui encore, nous participons à la préservation de la biodiversité. Par exemple, en fauchant les polders de Plobsheim avec des techniques qui permettent à des espèces rares de s’y maintenir. Si nous ne le faisons plus, qui s’en chargera ? »

Il reste 14 semaines à Solène Durr pour faire en sorte que la question ne se pose pas.