Première application des préconisations du groupe de travail sur la gratuité des transports en commun : un accès libre lors des pics de pollution. Mais le flou demeure sur le jour de déclenchement de cette gratuité ponctuelle.
L’Eurométropole délibérera fin novembre sur la gratuité des transports en commun lors des pics de pollution. L’assemblée des 33 communes devait en effet se mettre en règle suite à une gratuité décrétée dans l’urgence fin juin 2019. L’accès non-payant aux bus et aux trams avait d’abord servi à aider les commerçants pour le premier samedi des soldes. Ces derniers se plaignaient des conséquences néfastes des manifestations des « Gilets jaunes ». Puis la gratuité avait été étendue aux vendredi et dimanche du pic d’ozone, pendant la canicule. Plusieurs groupes politiques, de droite et de gauche, avaient plaidé pour un déclenchement automatique de cette mesure. L’Eurométropole compte désormais généraliser cette politique, suivant les recommandation du groupe de travail chargé d’évaluer la pertinence d’une politique de « gratuité des transports ».
Au bout de combien de temps ?
Mais le flou demeure quant au jour de déclenchement de gratuité. L’accès libre aux transports en commun sera-t-il valable dès le premier jour « d’alerte » ? Face au premier pic, les billets de la CTS passaient jusque-là à un tarif de 1,70€ pour voyager toute la journée. Ou bien est-ce que la gratuité ne sera déclenchée que le troisième jour du pic, lorsque les voitures les plus anciennes étaient jusque là interdites (véhicules sans Crit’Air, Crit’Air 5, Crit’Air 4 et désormais Crit’Air 3) ? Le président Robert Herrmann (PS) et le maire Roland Ries (désormais LREM) ont convenu qu’il fallait encore « travailler la délibération ».
Plusieurs préconisations
Depuis quelques années, le deuxième jour au « seuil d’information » se transforme automatiquement en seuil « d’alerte » selon ce que l’on appelle le « critère de persistance ». « Le groupe de travail préconise un déclenchement de la gratuité dès le premier jour au seuil d’information », rappelle pour sa part la rapporteuse du groupe de travail sur la gratuité des transports, Christel Kohler (LREM). Ces réflexions avaient été initiées par l’élu de Schiltigheim Antoine Splet (PC), qui plaide pour une évolution « par étapes » jusqu’à la gratuité totale.
Le groupe de travail a rendu d’autres préconisations. Les élus proposent notamment d’étendre la gratuité pour les jeunes, que ce soit jusqu’à 12 ans, 16 ans, voire 18 ans. Le but est de changer les habitudes, alors que le manque à gagner pour la CTS est assez faible (environ 10% de ses recettes).
Le projet d’Arena de la SIG vit une journée cruciale ce vendredi 25 octobre. Si vous avez raté quelques rebonds, voici comment rester dans le match avant les minutes décisives.
Ce vendredi 25 octobre, le président de la SIG, Martial Bellon, est attendu devant les 100 élus de l’Eurométropole de Strasbourg, à huis clos. Objectif : convaincre l’assemblée des 33 communes de la faisabilité économique du projet « d’Arena », initié par le club de basket dès 2015. À la clé, délivrer les subventions restantes (3,9 millions d’euros), garantir une partie de son prêt, et confier la gestion de la salle pour 50 ans contre un loyer modique.
À défaut, de transmettre la responsabilité à la commune de Strasbourg, prête à « prendre les risques » pour son équipe de basket. En échange, une salle moderne au cœur de son futur quartier d’affaires. Une conférence de presse est prévue à l’issue de cet oral à 11h30, ce qui laisse penser qu’une sortie par le haut de ce conflit Ville-Métropole a déjà été envisagée. Voici les tenants et aboutissants de ce dossier complexe.
1 – Quel est le projet ?
Le club de basket de la SIG Strasbourg compte agrandir son antre, le Rhénus Sport, propriété de l’Eurométropole de Strasbourg. L’enceinte passerait de 6 000 à 8 071 places. À cela, s’ajouterait 6 000 m² de commerces ouverts tous les jours. Les loyers que le club engrangerait serviraient à mieux financer son équipe sportive professionnelle. Le club, une société désormais privée, serait gestionnaire de son « Arena » via un bail de 50 ans à loyer modique. On parle de bail emphytéotique administratif. L’Arena rapporterait environ 3 millions d’euros supplémentaires au club, dont le budget plafonne autour de 9 millions depuis quelques saisons.
La nouvelle arena de la SIG Strasbourg doit ressembler à ça Photo : Crédit Chabanne + Partenaires / Architecte
2 – De 0 à 17 millions d’euros publics, comment l’Arena a-t-elle évoluée ?
En mars 2014, Roland Ries n’est pas réélu pour rénover le Rhénus, qui ne figure guère dans son programme. Le président de la SIG, Martial Bellon, mis en place par la municipalité (alors actionnaire majoritaire) fin 2010, a réussi sa première mission : redresser les finances du club après une crise suite à une privatisation avortée. En juin 2014, la SIG échoue pour la deuxième fois en finale du championnat de France. Son président aimerait voir plus grand que le Rhénus, inauguré en 2003.
Pour passer ce cap, il lui faut des revenus supplémentaires. Délocaliser quelques gros matches au Zénith est envisagé, mais l’opération ne se fera jamais. La configuration de la salle de spectacles à Eckbolsheim n’est pas adaptée, sans parler des coûts envers sa société exploitante.
En mai 2015, Martial Bellon présente les grandes lignes de son idée, un projet d’arena multifonctions à 20 millions d’euros entièrement d’origine privée, à la place du Rhénus ou ailleurs à Strasbourg. Il espère notamment qu’un sponsor donne son nom à la nouvelle enceinte pour la co-financer. Le club est très prudent sur un éventuel calendrier, car il s’agit d’un modèle économique nouveau en France. Il s’inspire des salles allemandes.
Début 2017, la localisation est actée, ce sera à la place du Rhénus Sport, au cœur du nouveau quartier d’affaires Archipel au Wacken. Une image de synthèse non-contractuelle est dévoilée pour attirer les sponsors. Le projet est dès lors chiffré à 30 millions d’euros. Il n’est pas encore question d’argent public. Cependant, un amendement de Jacques Bigot (PS), sénateur-maire d’Illkirch-Graffenstaden, berceau de la SIG, prévoit que les collectivités locales puissent garantir l’emprunt d’une société sportive. Le député de Strasbourg Philippe Bies (PS) le porte également à l’Assemblée nationale. La SIG espère y jouer en septembre 2020.
La première version de l’arena, espérée un temps dès 2020, à côté d’une tour de bureau du Crédit mutuel Photo : Visuel Nogha Consulting
En 2018, le Credit mutuel accepte de donner son nom au futur « Forum« . D’après nos informations, le montant serait de 500 000 euros par an, une somme qui augmente un peu chaque année, pour une durée comprise entre 10 et 15 ans. Le projet passe quant à lui à 40 millions d’euros. Les 10 millions supplémentaires sont apportés par trois collectivités locales (4,5 de la Région Grand Est, 4 de la Ville de Strasbourg et 2 du Département du Bas-Rhin). Une clause indique aussi qu’aucun spectacle ne pourra faire concurrence au Zénith. Premiers paniers espérés à partir de septembre 2021.
À l’été et à l’automne 2019, Ville, Région puis Département augmentent leur participation. La somme d’argent public issu des quatre collectivités, en incluant au passage l’Eurométropole, passe à 17,1 millions d’euros, pour un projet toujours estimé à 40 ou 41 millions d’euros. Cet argent public permet de diminuer l’apport du club et de rassurer les banques prêteuses. À cela s’ajoute le prêt de la SIG, limité à 13 millions d’euros pour l’enceinte sportive (sur 33 millions au total), et 8 millions d’euros pour la zone commerciale (remboursés par les boutiques qui s’y implantent). Les 13 millions restants seraient garantis à 50% par l’Eurométropole, mais il manque ce feu vert du propriétaire.
La version finale du projet. Photo : Crédit Chabanne + Partenaires / Architecte
3 – Pourquoi le projet a tant changé ?
En conférence de presse vendredi 18 octobre, Martial Bellon a avancé plusieurs explications aux évolutions. Parmi celles-ci, les normes de sécurité (« on nous a demandé : et s’il y a une tuerie devant le Rhénus ? »). Par ailleurs, le président dit avoir découvert en cours de route la nécessité de s’acquitter de la taxe foncière, soit 350 000 euros par an, pendant 50 ans donc (soit 17,5 millions d’euros au total, sans compter les probables revalorisations de bases et augmentations de taux). Le dirigeant a aussi listé les honoraires d’architectes (3 millions d’euros) et les frais relatifs à la maîtrise d’ouvrage (taxe d’équipement, assurances, avocats) aussi de 3 millions d’euros, puisque le club souhaite porter ce qu’il appelle « un projet privé ».
Par le passé, Martial Bellon a aussi expliqué les hausses de coûts prévisionnels par la nécessité de s’équiper de technologies de pointe, en installant enfin un écran géant. Dans un questionnaire au public, il a été demandé si les supporters souhaitaient revoir des ralentis d’actions sur leurs téléphones, quelques secondes après leur déroulé sur le parquet.
4 – Qu’est-ce qui bloque ?
Le propriétaire, l’Eurométropole, et en particulier son président Robert Herrmann (PS), exprime des doutes avant de s’engager. Il s’appuie sur deux rapports commandés, l’un du ministère des Finances et l’autre du cabinet d’audit Deloitte. Parmi les griefs, les prévisions du club de loyers de 1,1 million d’euros annuels seraient trop optimistes, surtout au démarrage. Plus que le fait d’engager la garantie d’emprunt (6,5 millions d’euros supplémentaires), c’est la capacité de remboursement de la société idoine « SIG Arena » (voire plus bas) qui semble inquiéter. En clair, si le club peine à rembourser ses emprunts, qui paie et qui récupère l’enceinte ?
En face, Martial Bellon a dévoilé le nom des 4 banques prêtes à prêter les 21 millions nécessaires : BNP Paribas, Caisse d’Épargne Grand Est (qui installera son siège à côté), le Crédit agricole Alsace-Vosges et la Banque Palatine. Leur engagement expirerait fin décembre 2019. Ainsi, le club urge qu’une délibération soit prise dès la fin novembre. Néanmoins, les banques ne pourraient-elles pas prolonger de quelques semaines leur engagement ? « Il n’est jamais bon de présenter deux fois un même dossier, nous ne sommes pas persuadés qu’il serait validé tel quel », répond Jean-Louis Koessler, membre du directoire en charge des questions financières.
Politiquement, le conseil de l’Eurométropole est morcelé sur la question. On retrouve un bloc avec les élus LREM, dont le maire de Strasbourg Roland Ries et la droite, attaché au « rayonnement » des clubs sportifs pour la ville. Habituellement, le PS est aussi sur cette ligne, mais il est plus dispersé sur ce dossier. L’adjoint aux Sports Serge Oehler, l’adjointe de quartier Nicole Dreyer, l’ancien maire d’Illkirch-Graffenstaden Jacques Bigot ou l’ancien député Philippe Bies ont pris position « pour » les garanties publiques pour le projet tel que présenté. Mais le reste du groupe présidé par Mathieu Cahn ne l’a pas fait, et on peut supposer qu’il se range toujours derrière Robert Herrmann.
L’affrontement politique à la tête de la Ville et l’Eurométropole, sous le regard de Jacques Bigot et Martial Bellon. Photo : Dessin Piet
Seuls les écologistes et quelques non-inscrits sont ouvertement « contre », en appelant à revoir « les priorités » et dénoncent « l’argent magique » pour des projets « d’attractivité » à plusieurs dizaines de millions d’euros, où les coûts prévisionnels augmentent au fil du temps (comme le Parc des expositions).
Ce groupe porte la même position pour l’agrandissement du stade de la Meinau, où l’Eurométropole débourse cette fois 50 millions d’euros d’argent public pour 100 investis au total. Pilier de la majorité, le groupe des maires (« une Eurométropole pour tous ») est resté silencieux sur le dossier de l’Arena depuis les derniers rebondissements et peut faire la différence. Son chef, Yves Bur (maire DVD de Lingolsheim) est opposé à l’argent public dans le sport professionnel, mais le reste du mandat, il a été seul sur cette ligne.
Comme le club continuera à jouer dans le Rhénus, les travaux sont étalés sur deux ans. Le gros oeuvre, ne peut débuter qu’à l’intersaison estivale. Le club espère pouvoir démarrer à l’été 2020 et a toujours annoncé des délais de deux ans une fois les premiers coups de pioche donnés.
5 – Quelles conséquences pour le club ?
Martial Bellon n’est pas un Tony Parker. Le joueur star français, tout juste retraité des parquets et président du club concurrent de Lyon-Villeurbanne (l’Asvel) peut dépenser les millions de sa fortune personnelle dans son projet de salle. Son homologue strasbourgeois préside un club majoritairement détenu par 97 entreprises alsaciennes (à hauteur de 87%, regroupées sous la société « SIG & Entreprises ») sur un modèle coopératif, une personne = 1 voix. Passée la privatisation en douceur du club, l’Arena est son projet emblématique depuis près de cinq ans.
Le club a « engagé » 1,8 million d’euros en études, mais n’en a réglé qu’un seul. Une partie de ce million a été financée par un peu plus d’un tiers des 97 sociétés actionnaires du club. Ces dernières (36 ou 37) ont doublé leur participation, de 5 000 à 10 000 euros. Pour le reste, le club a aussi et surtout « emprunté dans la trésorerie » de la société sportive, dixit Matial Bellon et dans ses fonds propres. « Nous ne pouvons avancer ces sommes indéfiniment », a convenu le patron du club, afin d’appeler l’Eurométropole à délibérer fin novembre.
Un montage complexe via une société dédiée
Le montage de la SIG Arena Photo : doc Rue89 Strasbourg
Dans un courrier à Robert Herrmann que nous avons pu consulter, le président de « SIG et Entreprises » et du conseil de surveillance, Robert Fédida, craint qu’un coup d’arrêt à l’Arena ne mette le club en sérieuses difficultés :
« Dans l’hypothèse où ce projet serait abandonné, il est de notre responsabilité d’attirer votre attention sur les répercussions économiques désastreuses qui rejailliraient sur la SIG Strasbourg SASP à court et moyen terme. »
Le club joue donc gros ces prochaines semaines, au-delà du projet de salle. Il est déjà aidé par les 4 collectivités locales, à hauteur d’environ 2 millions d’euros par an, sur un budget qui en fin de saison s’établit à hauteur de 9 millions (de bons résultats amènent des recettes supplémentaires par rapport aux prévisions de début de saison autour de 7,5 millions). Il n’est pas sûr qu’elles comblent un trou de trésorerie si le projet devait capoter.
6 – Et le sportif dans tout ça ?
Même si elle a perdu ses 5 finales d’affilées, on peut dire que la SIG était la meilleure équipe française entre 2013 et 2017. Elle a bien figuré dans le classement tous les ans, remporté des trophées annexes et eu de beaux parcours en coupe d’Europe. En 2018, le club a été éliminé de justesse en demi-finale du championnat français, puis, plus largement en quarts de finale en 2019.
En dépit de deux compétitions secondaires glanées ces deux saisons-là (la Coupe de France et un tournoi de mi-saison à Disneyland Paris), difficile de ne pas voir un recul sportif, y compris sur la scène européenne. Le début de saison 2019/2020 est aussi compliqué, 4 défaites en 5 matches de championnat. Le coach emblématique depuis 2011 et sélectionneur de l’équipe de France, Vincent Collet, est dans sa dernière année de contrat.
« Je le dis devant le coach Vincent Collet, je n’ai pas baissé le budget joueurs pour payer des études », a déclaré le président Martial Bellon en conférence de presse au sujet des dépenses engagées. Selon les chiffres de la Ligue, la masse salariale budgetée pour la saison à venir est de 2,362 millions d’euros, contre 2,494 millions en 2018/2019 (-5%). « Dans le contexte actuel, stagner c’est reculer », s’impatientent quelques voix plus critiques au sein du club. Comme la saison précédente, la SIG aligne la troisième masse salariale, derrière Monaco et l’Asvel. Les masses salariales ont en moyenne augmenté de 12% dans la première division française.
La prise en charge et l’orientation des 236 résidents du camp des Ducs d’Alsace ont pris trois jours. Jeudi 24 octobre, la préfecture a annoncé la libération des trois bâtiments réquisitionnés dans le quartier de l’Elsau.
« Merci Strasbourg. » Niaze et Merida, originaires de Sarajevo, veulent dire leur reconnaissance envers les Strasbourgeois qui les ont aidés. Ils évoquent en souriant une femme et un « homme avec une barbe blanche » ayant régulièrement apporté de la nourriture. Pendant un mois, ils ont dormi dans une tente avec leurs quatre enfants.
Puis le camp des Ducs d’Alsace, à Cronenbourg, a été évacué dans la matinée du mardi 22 octobre. La famille bosniaque a dormi deux nuits dans le gymnase du collège Hans Arp. Ils doivent maintenant quitter les lieux pour un hébergement plus stable. Le couple vient de déposer sa première demande d’asile.
Niaze et Merida, 23 et 25 ans, viennent de déposer leur demande d’asile. Ils seront hébergés le temps que leur dossier soit traité. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
236 personnes, 85 enfants
En tout, les services de l’Etat (Préfecture, Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides, Office Français Immigration Intégration, Service intégré d’accueil et d’orientation…) ont étudié les dossiers et orienté 236 personnes, dont 85 enfants. Yves Séguy, secrétaire général de la préfecture du Bas-Rhin, fait le bilan :
« Plus de la moitié des personnes viennent d’Albanie, Géorgie, Russie et du Kosovo. Sur l’ensemble, un tiers des personnes sont des primo-demandeurs d’asile. Un autre tiers sont en situation irrégulière, car ils ont épuisé tous les recours pour leur demande d’asile. Les autres sont des « Dublinés » (ils doivent déposer leur demande dans le pays où leurs empreintes ont été enregistrés pour la première fois, ndlr). »
Les personnes en situation régulière logeront notamment dans des centres d’accueil pour demandeurs d’asile. « Nous avons fait appel à des structures du département, de la région ainsi que du reste du pays », souligne Yves Séguy.
C’est la neuvième évacuation depuis le début de l’année 2019. Plus de 1 000 personnes ont ainsi été prises en charge en moins d’un an.
Jeudi en fin d’après-midi, le gymnase du collège Hans Arp était déjà presque vide.
Contre les camps, des moutons ?
L’adjointe au maire de Strasbourg en charge des Solidarités, Marie-Dominique Dreyssé, a souligné l’ampleur de l’opération : « C’est la première fois que ça prend trois jours et que nous utilisons trois sites. » Questionnée sur la reconstitution probable d’un nouveau camp des Ducs d’Alsace, l’élue a assuré vouloir « sanctuariser les sites pour permettre aux habitants de retrouver leur espace public. » Comment ? La responsable politique a évoqué un projet d’éco-paturage sur le site…
Mais dès jeudi, des grillages ont été installés sur les espaces autrefois libres des Ducs d’Alsace…
Vendredi, des grillages ont été posés pour empêcher l’accès aux espaces verts Photo : document remis
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Dans le plan de rénovation de l’Elsau, le côté pair de la rue Watteau est voué à la démolition. Face au manque d’information, les habitants concernés s’inquiètent : quand mon logement sera-t-il détruit ? Où vais-je aller ? Le loyer sera-t-il toujours abordable ? Rue89 Strasbourg donne des premiers éléments de réponse. Ils seront restitués lors d’une réunion « Quartiers connectés » lundi 28 octobre.
« Nous avons besoin de repères car mon papa a un handicap. Il ne peut pas s’éloigner des épiceries et du tram… » Hüzüme Özdemir s’occupe de son père, sexagénaire, tous les jours. La rénovation du quartier de l’Elsau ajoute un poids à la charge mentale de l’Elsauvienne.
Quand le logement parental situé au 18 rue Watteau sera-t-il détruit ? Où iront-ils après les démolitions ? Sera-t-il toujours à proximité de leur fille? Les transports et commerces de proximité seront-ils suffisamment proches? À l’heure actuelle, les habitants du côté pair de la rue Watteau se posent beaucoup de questions sur leur avenir… Rue89 Strasbourg a tenté de répondre à ces interrogations entendues lors de nos réunions « Quartiers connectés ».
Quand mon immeuble sera-t-il détruit ?
Cet été, les Elsauviens ont reçu dans leurs boites aux lettres un dépliant de l’Eurométropole de Strasbourg. Sous le plan de la rénovation du quartier, une petite pastille indique « Mise en oeuvre 2020-2030 », sans plus de détail. En l’absence de calendrier, les habitants de la rue Watteau s’inquiètent : les destructions vont-elles commencer l’année prochaine ?
Philippe Blech, directeur du bailleur social CDC Habitat Nord Est, rassure les locataires de la rue Watteau :
« Avant que les logements ne soient détruits, il faut que la maison des services publics soit construite pour permettre à la Poste de déménager. Les démolitions des logements rue Watteau n’auront pas lieu avant 2023-2024. »
Sur le territoire de l’Eurométropole de Strasbourg, il y a actuellement cinq demandes pour un logement social disponible. Malgré cette crise de l’habitat social, le vice-président de l’Eurométropole en charge de l’habitat, Syamak Agha Babaei, a tenu des propos rassurants pour les Strasbourgeois concernés par les démolitions : « Une filière spécifique à la rénovation urbaine sera créée et ils seront plus accompagnés que le demandeur lambda. »
Comment se passe le relogement ?
Chaque Elsauvien concerné par les démolitions devrait recevoir trois propositions de relogement. Les habitants seront suivis par des « chargés de clientèle » de leur bailleur. Selon Philippe Blech, ces salariés de CDC Habitat « connaîtront les particularités de chacun quand le relogement se fera. Nous avons le temps de travailler très en amont pour proposer de vraies solutions. »
À l’échelle de l’Eurométropole de Strasbourg, plus de 2 000 logements sociaux seront détruits dans les prochaines années. Il faut donc coordonner les efforts de différents bailleurs sociaux « car certains détruisent des immeubles, d’autres non, explique le conseiller municipal Syamak Agha Babaei, d’où la création d’un poste à l’EMS en charge du relogement lié à la rénovation urbaine. »
Combien ça va me coûter ?
Le directeur de CDC Habitat Nord Est l’assure : « La rénovation permettra d’offrir des logements de meilleure qualité pour des prix qui restent abordables. » Face à un loyer trop élevé, « l’Agence nationale de rénovation urbaine et l’Eurométropole financent la minoration des loyers pour que l’effort du ménage soit supportable, voire équivalent », explique Syamak Agha Babaei.
Et si le locataire a récemment investi dans son appartement, dans une cuisine équipée par exemple ? Dans ce cas, le bailleur social ne « ferme pas la porte à une forme de dédommagement, pourquoi pas en posant une cuisine équipée dans le nouveau logement. »
Pourquoi mon immeuble est-il détruit ?
Certains immeubles sont détruits car ils sont trop anciens pour être rénovés. Ce n’est pas le cas du côté impair de la rue Watteau, qui a été réhabilité il y a moins de 15 ans. Les acteurs de la rénovation urbaine (Eurométropole, bailleurs sociaux, agence nationale de rénovation urbaine…) ont simplement fait ce choix urbanistique. Philippe Blech, de CDC Habitat, explique l’intention :
« L’idée c’est d’ouvrir le quartier et d’améliorer les services avec une maison des services publics. On a privilégié une option de long terme avec l’ouverture de l’espace. Si on veut vraiment améliorer la circulation, il fallait détruire cette barre qui coupait l’espace en deux. »
Vue de synthèse du quartier de l’Elsau en 2030 Photo : Document Remis
Dans l’épisode précédent de la série consacrée à la Rue Watteau, l’adjoint au maire en charge du quartier Luc Gillmann faisait le lien entre le trafic de drogues et la démolition d’une barre d’immeuble :
« L’ouverture de la rue Watteau sur la place du centre social et culturel devrait mettre fin au trafic dans cette zone. Sans cachette, au milieu d’une grande place, le deal devrait disparaître, même si l’on sait qu’il ne fera que se déplacer. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Le conseiller municipal d’opposition Andrea Didelot (ex-FN) a saisi le déontologue de la Ville de Strasbourg sur le tractage d’Alain Fontanel à l’intention du personnel de l’Eurométropole. Car le candidat LREM est aussi vice-président en charge… du personnel.
Qui a tracté devant le centre administratif avec une feuille à destination du personnel (« J’ai pu mesurer votre engagement au service des habitants […] en tant que Premier adjoint au maire et vice-président chargé du personnel, j’ai pu mesurer combien votre tâche est importante, mais parfois aussi difficile. ») ? Un candidat aux élections municipales ou un élu en charge du personnel ? Les deux, car il s’agit du même Alain Fontanel. Certes, le Premier adjoint aime se déguiser, mais il porte le même costume pour ces deux activités politiques. Le tractage a eu lieu après sa déclaration officielle de candidature.
C’est ce mélange des genres qui questionne Andrea Didelot, le conseiller municipal d’opposition (ex-Front national, non-inscrit) arrivé en septembre 2019. Beaucoup plus remuant que son prédécesseur Jean-Luc Schaffhauser (Rassemblement Bleu Marine) et sa colistière Julia Abraham, l’élu local a saisi le déontologue de la Ville de Strasbourg.
Saisine sur un conflit d’intérêts
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Trois jours de pur plaisir à la Fête de l’Amour, une nouvelle maison d’édition indépendante, une expo photo à La Wantzenau, du Tchekhov revisité au TAPS. 89dB vous a dégoté de beaux rayons de soleil pour le mois de novembre. Rendez-vous pour l’enregistrement de l’émission le vendredi 25 octobre à 18h en direct de la Maison Mimir.
Au milieu de la grisaille automnale, la team radio de Rue89 Strasbourg vous prépare un plein de chaleur et de couleurs. La nouvelle maison d’édition strasbourgeoise Gorge bleue permet de bouquiner sous la couette tout en soutenant un projet local et indépendant. La Maison Mimir prépare trois jours de concerts, d’expos érotiques, de concours de gâteaux et plus si affinités. Des passionnés de photographie et de nature font voyager avec leurs plus beaux clichés le temps d’un weekend à la Wantzenau. De son côté, le TAPS vous propose de redécouvrir « Oncle Vania », une pièce d’Anton Tchekhov.
Rendez-vous le vendredi 25 octobre pour l’enregistrement de 89dB, l’émission de radio de Rue89 Strasbourg, en direct de la Maison Mimir à partir de 18h. L’événement est aussi à suivre sur notre page Facebook.
Le direct, à partir de 18h
Le programme de l’émission
Lancer une maison d’édition indépendante à Strasbourg en 2019, c’est possible
Il parait que le livre est en voie de disparition. Et pourtant Gorge bleue se donne pour objectif d’en éditer trois par an. Dans 89dB, on vous raconte le pari un peu fou de cette nouvelle maison d’édition strasbourgeoise et indépendante.
La fine équipe de 89 decibels est de retour, cette fois-ci à la Maison Mimir.
La Fête de l’Amour à la Maison Mimir,un rendez-vous anti-morosité
En novembre, les jours raccourcissent, les températures baissent et le soleil se fait rare. Mais pas de panique, la Fête de l’Amour va vous réchauffer le corps et l’esprit du 15 au 17 novembre à la Maison Mimir !
Plusieurs habitués de la Maison sont les invités de 89dB pour parler de cet événement plutôt loufoque mais au combien nécessaire.
Au programme : une dizaine d’artistes et de groupes locaux sur scène, des expos, de la gastronomie, des rencontres et même des mariages !
Dans 89dB, on mettra notamment à l’honneur le groupe strasbourgeois TransVersal qui est né à la Maison Mimir en 2017 et qui vient de sortir son premier EP.
S’évader avec le Salon Photo Nature de la Wantzenau
Des envies d’ailleurs, mais sans aller trop loin et en restant à l’intérieur ? Direction le Salon Photo Nature de la Wantzenau du 1er au 3 novembre.
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Prendre des animaux en photo, cela relève parfois du film d’aventurier : se lever très tôt, rester immobile pendant des heures, se camoufler comme un militaire. C’est le prix à payer pour avoir le privilège d’immortaliser des moments d’une rare beauté, parfois à deux pas de chez nous. C’est que raconte Aurélien Ebel dans 89dB. Il est photographe à la Wantzenau.
Anton Tchekhov revisité au TAPS Scala
Comme l’écrivait le dramaturge russe Anton Tchekhov « dans mes pièces, il ne se passe rien ». A priori, ça ne donne pas très envie. Mais justement, c’est dans l’absence de grandes péripéties que les conflits humains se développent. L’argent, l’amour, la rancune sont autant de sources de tensions explorées par Tchekhov, comme par exemple dans sa pièce « Oncle Vania » présentée au TAPS Scala du 5 au 15 novembre.
L’agenda du mois de novembre
Comme à chaque fin d’émission, on vous livre nos meilleurs tuyaux pour sortir ce mois-ci à Strasbourg !
Tous les Pizza Hut de Strasbourg ont définitivement fermé depuis le 21 octobre au moins. Le contrat de franchise des quatre enseignes strasbourgeoises a été résilié. Le gérant n’a pas souhaité expliquer ces fermetures soudaines.
« Madame, Monsieur, nous vous informons que votre pizzeria avenue des Vosges est fermée jusqu’à nouvel ordre. » Voici le message qu’entend désormais un Strasbourgeois qui appelle Pizza Hut pour passer commande. Contacté sur Twitter, la maison mère confirme : « Les Pizza Hut de la ville de Strasbourg ont fermé définitivement à la suite de la résiliation du contrat de franchise. »
La chaîne de restauration rapide explique cette décision par la « non-exécution des obligations financières de la part du franchisé. » En clair, le gérant des établissements strasbourgeois, Thierry Guex, n’aurait pas payé son forfait pour l’utilisation de la marque, l’application des méthodes mises au point par la franchiseur ou encore le bénéfice liée à l’exclusivité territoriale. L’entrepreneur strasbourgeois n’a pas souhaité répondre à nos demandes d’explication.
Tous les Pizza Hut de Strasbourg sont définitivement fermés, depuis le 21 octobre au moins. Photo : Seoulful Adventures
Quatre établissements fermés
Quatre pizzerias strasbourgeoises ont donc fermé. Elles étaient implantées à Koenigshoffen, avenue des Vosges et dans les quartiers Robertsau et Neudorf. Dans les trois derniers établissements cités, un petit tour dans les avis Google peut donner une des raisons de ces fermetures. Au cours des derniers mois, les clients se plaignent souvent : « L’odeur de graisse, trop salée et dure. A vomir », « Gras et surgelé. Indigestion assurée » ou encore « Pizza margarita sans sauce tomate vendeur et gérant antipathique fuyez ce pizza hut le pire de Strasbourg. »
Pizza Hut et la pub forcée
Les Strasbourgeois écolos ou antipubs ne faisaient sûrement pas partie des clients de l’enseigne américaine. Malgré une contre-indication claire sur leur boîte aux lettres, ils recevaient des publicités pour la chaîne de restauration rapide. En août 2018, les associations Zéro Déchet Strasbourg et Zero Waste France ont donc porté plainte pour non-respect de l’autocollant « Stop pub » contre la franchise strasbourgeoise de Pizza Hut. Le 19 janvier 2019, le procureur de la République de Strasbourg classait la plainte sans suite. Mais un officier de police judiciaire avait adressé un rappel à la loi à deux enseignes.
La maison mère a précisé qu’il n’était « pas exclu que Pizza Hut se réimplante à l’avenir à Strasbourg. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Thibault Gond-Manteaux aurait dû mener la liste du Rassemblement national à Strasbourg lors des élections municipales. Il s’est finalement retiré quelques heures après sa nomination par le parti d’extrême-droite. Le chef du Rassemblement national dans le Bas-Rhin a vu son passé raciste et violent refaire surface sur les réseaux sociaux. Il était dès lors impossible pour lui d’incarner cette « dédiabolisation » de l’extrême-droite.
Thibault Gond-Manteaux, 34 ans, aurait pu incarner la “dédiabolisation” du Rassemblement national à Strasbourg. Mais la jeunesse violente et raciste du secrétaire départemental du Bas-Rhin l’a rattrapé juste après son investiture aux élections municipales mi-octobre. Entre 2004 et 2005, Thibault Gond-Manteaux a en effet mené une série d’agressions collectives à caractère raciste à Auxerre dans l’Yonne.
Candidat du RN mais quelques heures seulement…
Investi tête de liste à Strasbourg par le Rassemblement national, Thibault Gond-Manteaux nous en informe le mercredi 16 octobre. Le lendemain à 13h, il poste sur son compte Facebook une photo pour annoncer le début de sa campagne. Le même jour, à 18h43, Rue89 Strasbourg mettait en ligne un court article pour annoncer son investiture. Une conférence de presse était prévue le mercredi suivant, le 23 octobre.
Mais très vite dans les commentaires Facebook, Thibault Gond-Manteaux est rappelé à son passé. Un militant de “La République en marche”, Loïc Branchereau, poste un lien vers un article de 2012 d’un blog militant. Un certain Thibault Gond est mentionné comme organisateur de ratonnades dans “l’affaire des kebabs d’Auxerre” entre 2004 et 2005.
Quelques heures plus tard, à 22h12, Thibault Gond-Manteaux cherche à nous contacter sans succès. Il nous indiquera le lendemain matin se retirer de la campagnes des élections municipales car son employeur se serait « opposé à sa candidature ». Une explication un peu curieuse, car Thibault Gond Manteaux est déjà secrétaire départemental du Rassemblement national dans le Bas-Rhin depuis avril 2018. Il a aussi été candidat RN aux élections législatives en juin 2017.
Justifications étonnantes
Mais il est vrai qu’une campagne à Strasbourg est plus exposée. Questionné sur la résurgence de cet article de blog, celui qui est déjà un ex-candidat répond : « Je ne suis pas lié à ce truc, j’ai la conscience tranquille à ce niveau-là. »
Dans les médias, Thibault Gond-Manteaux multiplie les explications de son désistement. À Actu.fr, il indique « [ma candidature]est une nouvelle qui a un peu tourné partout, notamment dans les médias, mais cela n’avait pas fait l’objet d’une confirmation officielle. »
Une condamnation en bande en 2012
Et en effet, dans un arrêt du 16 mai 2012 de la Cour d’assises pour mineurs d’Auxerre, que Rue89 Strasbourg a pu consulter, Thibault Gond-Manteaux figure parmi les 9 condamnés pour des incendies à caractère raciste visant des établissements turcs vendant des döner kebab : 8 incendies effectués dans la nuit, à intervalles réguliers. Le premier incendie criminel a eu lieu le 20 mai 2004 et le dernier le 5 mars 2005.
Lors de l’enquête, un mode opératoire similaire est détecté : bris de vitrines et jet de cocktail molotov (bouteille en verre, mèche en tissu, essence auto). Les faits ont toujours lieu entre 3 heures et 4 heures du matin, avec fuite en voiture. Fort heureusement, il n’y a pas eu de blessé…
Trois ans de prison pour des incendies volontaires
Né à Auxerre, Thibault Gond habitait déjà à Strasbourg lors de sa condamnation à trois ans de prison, dont un an et demi ferme. Sa condamnation, définitive, le reconnaît coupable de participation “à un groupement formé en vue de la préparation, caractérisée par le port d’arme et de cagoule, la tenue de réunions préparatoires et la participation à plusieurs expédition à caractère raciste ». Il avait déjà purgé sa peine lors de sa détention provisoire. Nés à la fin des années 1980, plusieurs des neuf condamnés étaient mineurs lors des faits. L’audience s’était ainsi tenue à huis clos dans un tribunal pour mineurs mais Thibault Gond-Manteaux avait 19 ans lors des faits.
Thibault Gond-Manteaux avait représenté le rassemblement national lors d’un débat sur le vélo à Strasbourg en vue des municipales, le 22 septembre à la Grenze, une rencontre organisée par le CADR67, Velorution et Rue89 Strasbourg. Photo : GK / Rue89 Strasbourg
Adhérent au FN de longue date
Lors de la passation en tant que secrétaire départemental du Bas-Rhin, le successeur de Laurent Gnaedig indiquait être encarté depuis 2014. Mais Thibault Gond-Manteaux était affilié au Front national (l’ancien nom du Rassemblement national) a minima dès 2005. Une carte d’adhérent a été retrouvée lors de l’enquête, débutée fin 2005. C’est d’ailleurs en rejoignant le parti de Jean-Marie Le Pen qu’il affirme avoir dissous les deux groupuscules d’actions (Ordre de Sécurité et Ordre National) qu’il avait montés. Aux côtés de Mein Kampf, des écrits sur la doctrine des deux associations prônent « l’élimination systématique des Juifs, des Maghrébins et des Asiatiques » et vise à « purifier la France ».
Vice-président de SOS-Racisme, Samuel Thomas, s’était porté partie civile aux côtés de victimes des incendies et des ratonnades. Celui qui est désormais délégué général de la Maison des Potes se souvient :
« Lors du procès il a clairement été établi qu’en 2005, Thibault Gond avait bien sa carte du FN. Malgré cette condamnation et ses actes, la direction du Rassemblement national ne lui a jamais retiré sa confiance. C’est une mesure de précaution aujourd’hui d’alerter l’opinion strasbourgeoise qu’il s’agit de quelqu’un qui a adhéré à l’idéologie nazie et constitué un parti nazi pour commettre des crimes racistes. Dans la forme, le rassemblement national a changé, avec des incitations à la haine raciale plus subtiles, mais quand on voit ce que M. Gond-Manteaux publiait sur les réseaux sociaux, la haine des juifs, des Musulmans et des étrangers était toujours sous-jacente. »
Ce mardi 22 octobre, Thibault-Gond Manteaux a également fermé ses comptes sur les réseaux sociaux.
Toujours des soutiens locaux
Toujours membre du bureau politique du RN67, Laurent Gnaedig, a appris l’existence de ces faits par le biais de Thibault Gond-Manteaux lors de son retrait, mais défend son successeur :
« Pour l’instant, je n’ai pas assez d’éléments pour juger. Il m’a dit ne jamais avoir été condamné. Il a été un très bon délégué départemental et se retirer dès le début est tout à son honneur, car si c’était intervenu plus tard dans la campagne, cela aurait été plus compliqué pour le parti. Je pense qu’on a le droit à un peu de clémence si ce n’est pas trop grave, pour des faits commis avant ses 20 ans. »
D’habitude, le Rassemblement national dénonce le « laxisme » de la justice pour les agresseurs, mais ce principe connaît visiblement quelques exceptions en Alsace… Contacté, Thibaut Gond-Manteaux n’a pas répondu à nos questions.
Couac au Conseil municipal. En répondant à une interpellation d’Andréa Didelot au sujet de la liberté d’expression et d’Éric Zemmour, Roland Ries a achevé son argumentaire en citant un magazine qui n’existe pas.
À l’occasion du Conseil municipal du 21 octobre, Andréa Didelot a interpellé le maire Roland Ries (PS ou LREM, on ne sait plus trop). À quelques jours du Forum mondial de la démocratie, l’ancien colistier Front national en 2014 et aujourd’hui non-encarté s’est étonné du silence des élus strasbourgeois concernant ce qu’il estime être une censure d’Éric Zemmour en France :
« Le silence ou la complicité d’une très large partie des élus de notre hémicycle interroge : n’êtes vous plus Charlie, ou plutôt, êtes vous seulement Charlie pour les gens qui pensent comme vous ? »
Roland Ries a répondu en personne, en lisant une déclaration préparée à l’avance (selon le règlement, les interpellations doivent être envoyée au moins 8 jours avant la séance du conseil), avant de passer immédiatement au point suivant. En substance, pas question d’inviter, ni de soutenir Éric Zemmour, qui a été condamné pour provocation à la haine raciale, et qui ne figure pas parmi les journalistes menacés au sens où l’entend le Forum mondial de la démocratie. Le Forum abordera en revanche le thème des fake news, dont la prolifération semble réoccuper le maire de Strasbourg :
« Nous sommes aujourd’hui dans un danger qui est l’accumulation [d’informations] tous azimuts, sans vérification d’aucune sorte, où toute information en vaut une autre. Alors qu’il y a des informations qui sont manipulatoires, et qui sont diffusées sur les réseaux sociaux avec une efficacité virale. »
Extrait à retrouver à partir de 2:30:00
« Éric Zemmour a gagné 82 millions entre 2018 et 2019 »
Mais Roland Ries a voulu enfoncer le clou en ironisant sur l’ostracisation du nouveau chroniqueur vedette de la chaîne CNews, et avançant des le montant sur ses revenus.
« Je pourrais vous rassurer en vous apprenant qu’entre septembre 2018 et septembre 2019, Éric Zemmour a été le journaliste français le mieux payé. Avec 82 millions [d’euros] de revenus en 12 mois, selon la presse américaine. La revue américaine économique People with Money le situe parmi les 10 journalistes les mieux payés au monde. Monsieur Zemmour est donc bien loin du besoin ou de l’impossibilité de s’exprimer librement, comme vous semblez le suggérer. »
Source : un site « parodique » qui trolle ses lecteurs
Problème, le nombre de liens qui évoquent ces gains faramineux se comptent sur les doigts d’une main. Parmi eux, le billet d’un blog de Médiapart (qui héberge des contributions libres mais n’engage pas la rédaction de Médiapart), et un article du site Mediamass. C’est de cet article que vient l’affirmation de Roland Ries, selon laquelle Éric Zemmour fait partie des journalistes les mieux payés au monde (même si l’article se garde bien de mentionner un top 10).
Roland Ries n’a pas vérifié l’intervention écrite par son équipe. Photo : Pascal Bastien / Divergence
En fouillant dans les archives du web grâce à Wayback Machine, on découvre que ledit article existait déjà en 2013, avec les mêmes chiffres sur la soi-disant colossale fortune d’Éric Zemmour. Il est depuis régulièrement mis à jour. Comme tous les articles, aux titres plus ou moins vraisemblables, il est agrémenté d’un avertissement qui renvoie vers une page expliquant la ligne éditoriale du site. Celui-ci se veut parodique :
« [Le site mediamass.net] est la caricature de cette production/consommation de masse que nous constatons. Si la critique est sérieuse, le site se veut au contraire grotesque et absurde
En outre il ne raillera pas uniquement le producteur (grands médias, journalistes) comme c’est souvent le cas lorsque l’on critique les médias, mais également le consommateur. L’un n’existerait pas sans l’autre. La course au scoop, la non vérification d’informations et autres entorses déontologiques journalistiques régulièrement dénoncées ne sont finalement que des symptômes de la logique actuelle. »
La une factice de People with money, accompagnée d’un disclaimer en rouge. Photo : capture d’écran Mediamass.net
People with money, le magazine qui n’existe pas
Quant à la « revue américaine économique » invoquée par le maire de Strasbourg, elle n’existe tout simplement pas. People with Money n’est qu’un des titres inventés par le site Mediamass. La maquette factice encadre régulièrement les portrait de célébrités, toujours avec le même titre racoleur : « le classement annuel des plus gros salaires ». Récemment, une fausse couverture à l’effigie de l’adolescente et activiste écologiste suédoise Greta Thunberg est devenue virale, obligeant le site de fact-checking Snopes à faire une mise au point. Christiane Taubira avait également eu le droit à sa couverture en 2013, debunkée par Libération.
Florilège de célébrités qui ont fait l’objet d’une fausse une de People with money Photo : captures mediamass.net
Le site francophone de Mediamass que nous avons contacté, confirme être à l’origine de cette une parodique.
« Roland Ries n’est pas le premier piégé. Le magazine « People with money » n’existe pas, c’est une invention de Médiamass, dont le nom permet justement de « traquer » ceux qui le citent et donc reprennent ses informations. Le template est original et vous pouvez l’utiliser. »
« Cela prouve l’utilité du Forum mondial de la démocratie »
L’entourage du maire reconnaît volontiers la bévue qui s’est glissée dans la réponse, qui n’a pas été écrite de la main de Roland Ries :
« Effectivement, le chiffre que nous avons avancé vient de Mediamass. Cela nous montre d’autant plus l’utilité du Forum mondial de la démocratie, où nous débattrons justement de la manière de lutter contre la diffusion des fausses informations. »
Pilier du répertoire tchèque, Rusalka, d’Antonín Dvořák, est présenté pour la première fois à Strasbourg. Cette histoire de sirène et de prince qui tourne au sanglant est portée sur la scène de l’Opéra national du Rhin par un dispositif cinématographique.
Résumer l’argument de Rusalka d’Antonín Dvořák en quelques lignes donnera l’impression à tout Occidental de déjà connaître cette histoire. Une sirène passe un marché avec une sorcière pour obtenir des jambes humaines afin d’épouser le prince dont elle est tombée amoureuse.
Mais loin des aventures colorées d’Ariel, Rusalka est une occurrence bien sombre de cette intrigue classique. Nicola Raab présente cette nouvelle création à l’Opéra national du Rhin (ONR) en développant sa dimension de drame humain.
La rencontre du prince et de Rusalka est marquée par la violence, la jeune femme étant transpercée par une flèche du chasseur. Photo : Klara Beck / ONR
Au fond d’un lac vit l’ondine Rusalka, éperdument amoureuse du prince qui vient régulièrement se baigner dans ses eaux. Son père Vodnik, l’esprit du lac, redoute les effets de cet amour. Rusalka finit par demander conseil à la sorcière Jezibaba, qui lui propose un marché. Elle obtiendra un corps et une âme d’humaine, mais en contrepartie elle perdra la voix. De plus, si leur amour se fane, les deux amants seront damnés.
La sirène accepte malgré tout et, sur la terre ferme, rejoint le prince. Une fois au château, crainte par les habitants, muette et angoissée, elle n’arrive pas rassurer son aimé. Il finit par se lasser d’elle et courtise une princesse étrangère. Face à cette trahison, Rusalka replonge dans les eaux du lac, où le prince, pris de remords, finira par la retrouver pour tenter de se racheter.
De grands espaces dépouillés où les hommes semblent malvenus
La mise en scène de Nicola Raab est remplie de symboles qui densifient les réseaux de sens portés par l’œuvre. Plusieurs similitudes avec sa Francesca di Rimini, qu’elle a présentée à l’ONR en 2017, apparaissent dans la scénographie.
Il s’agit de grands espaces dépouillés, de bâtiments blancs et froids, inhumains, où les hommes semblent malvenus. Les costumes sobres font ressortir la peau des interprètes et accentuent leur surnaturel. Les portes géantes et les halos de lumière contribuent à faire des personnages les marionnettes d’un castelet inquiétant.
Cette ambiance onirique est d’autant plus pertinente ici que toute l’intrigue de Rusalka peut se comprendre comme une métaphore. La jeune fille, sous le chaperonnage de son père inquiet, sort de son lac — son milieu sécurisé — pour se confronter au monde, et devenir femme au contact de l’homme.
La biche blanche blessée par le chasseur est une image récurrente de la féminité brutalisée par l’homme ; c’est aussi une métaphore du dépucelage, voire du viol. Enfin, la femme déçue par l’amour replonge dans les limbes.
En parallèle se joue le conflit des passions humaines. Rusalka incarne, dans la nature sauvage, la fièvre sanguine, et le prince dans son château représente la civilisation et les mœurs. L’une est attirée par l’autre, et vice et versa, mais ils finissent par se détruire.
Jezibaba apparaît à la fois comme figure maternelle et bienfaitrice cruelle, exigeant de lourds sacrifices en échange de ses bienfaits. Photo : Klara Beck / ONR
Le décor est composé de plusieurs plateformes inclinées sous différents angles, créant un plateau obscur, chaotique, plein de crevasses invisibles et de zones pentues. Cet espace sauvage sera un temps civilisé par la boite osseuse et lumineuse du château lors du deuxième acte.
De nombreuses projections insérées dans la mise en scène
La mise en scène se distingue par son utilisation de nombreuses projections, réalisées par Martin Andersson. Ces vidéos répondent à deux catégories : les plans de nature et les plans de personnages. Des images de lune, d’eau et de forêt parcourent la mise en scène, soit recouvrant le plateau sur des toiles semi-transparentes ou directement sur les reliefs du décor, soit à travers la fenêtre du château — soulignant le contraste entre la civilisation et l’extérieur sauvage.
D’autres images montrent deux personnages, un homme et une femme d’aujourd’hui, vivant des brides d’une histoire d’amour tragique. Ce récit est projeté de façon fragmentaire, et ce n’est qu’au troisième acte qu’il révèle toute sa structure. Un couple rencontré sur une plage vit un temps l’amour parfait, avant de s’effondrer suite aux violences sexuelles de l’homme. Leur histoire se conclue sur ses remords et son suicide.
Comme dans l’intrigue, ces deux personnages sans nom incarnent un symptôme. Il ne s’agit pas de blâmer des individus mais un état du monde qui conduit fatalement à de telles douleurs. Quelques projections supplémentaires du visage démultiplié et déformé de Rusalka permettent d’illustrer ses tiraillements.
Le visage de Rusalka se superpose à la scène et révèle son trouble intérieur. Photo : Klara Beck / ONR
Une
tragédie moderne en forme de fable
Ce travail esthétique très poussé permet à l’opéra de ne pas se contenter d’une seule intrigue, mais de diversifier les possibilités d’interprétation et de résonner avec notre monde actuel.
Au-delà de l’illustration des violences conjugales, Rusalka aborde la question des discriminations. La soprano sud-africaine Pumeza Matshikiza qui porte le rôle-titre étant noire, le rejet brutal des habitants du château sonne avec d’autant plus de force : « à la place du prince, sans hésiter, je chasserais la fille étrangère avant qu’elle ne m’emporte en enfer. »
La scénographie appuie ce que le conte suggère : les humains ne sont pas les maîtres de leur environnement. Ils se sont simplement aménagés une place forte au milieu d’une nature hostile. Ils sont ignorants et craintifs, d’où ce racisme en forme de superstition, une des causes de la tragédie à venir.
Le château se résume à une pièce blanche et froide, ouverte sur la tourmente du monde extérieur. Photo : Klara Beck / ONR
Les trois actes de l’opéra sont construits selon une stricte symétrie, suivant une logique d’ascension et de chute. Les actes I et III se situent dans le lac, et se reflètent. Là où Rusalka était une jeune fille naïvement amoureuse et pleine d’espoir, elle est devenue une femme meurtrie, errant telle un spectre dans sa douleur. Le point de bascule se situe dans ce château central où Rusalka se confronte au Prince et à la princesse étrangère, ce double d’elle fantasmé qu’elle ne peut atteindre. Une petite fille traverse régulièrement le plateau, munie d’un grand livre. Elle est à la fois la projection de l’enfance de Rusalka et le rappel du caractère fabuleux de ce qui se joue.
Le discours le plus mémorable de Rusalka réside peut-être dans son commentaire de la nature humaine. Les entités surnaturelles que sont Vodnik et Jezibaba critiquent violemment l’humanité pécheresse et souillée tandis que Rusalka la désire. Elle voit dans l’âme la seule possibilité d’aimer et d’être aimée. Le prince se montre cependant injuste cruel, puis finalement plein de remords et prêt à tout pour réparer ses fautes. La rédemption sauve son âme. Cette capacité à aimer restaure finalement une humanité dépeinte, dans la bouche des esprits comme dans les actes des humains, comme cruelle, égoïste et calculatrice.
Les projections sur le décor sont saisissantes. Les vagues déferlant donnent du volume à la silhouette solitaire dans l’obscurité. Photo : Klara Beck / ONR
Rusalka est un opéra est violent, triste et beau. Les chœurs de l’ONR animent tantôt la rumeur de la nature et de ses vies foisonnantes, tantôt les invités du château entourant la désillusion de l’ondine.
L’orchestre philharmonique de Strasbourg, dirigé par Antony Hermus, trouve de grands moments de force avec la transformation de la sirène ou la prière à la lune, l’air emblématique de cet opéra. Les 3 heures 20 de la représentation semblent malgré tout traîner en longueur, surtout avec l’entracte de 30 minutes nécessaire entre chacun des actes pour modifier la scénographie. Mais ce ralentissement, observé en début du troisième acte, est balayé par la montée des images brutales accompagnant le final.
Une nouvelle évacuation du camp des Ducs d’Alsace a eu lieu mardi 22 octobre. Plus de 150 migrants seront logés pour quelques jours dans le club de tennis de l’Elsau et le gymnase du collège Hans Arp.
Lundi 21 octobre, en début d’après-midi, plusieurs agents de la Ville de Strasbourg s’activent autour du gymnase du collège Hans Arp et du club de tennis de l’Elsau, dans la même rue.
« Il y a des migrants qui arrivent mardi », explique l’un d’eux. Selon nos informations, l’évacuation du camp des Ducs d’Alsace est imminente. Près de 200 personnes y vivent dans des tentes malgré la pluie. En attendant une solution d’hébergement plus pérenne et l’étude de leur demande d’asile, ils seront donc mis à l’abri dans ces deux salles de sport, réquisitionnées par la préfecture du Bas-Rhin. Le gymnase de l’école élémentaire Léonard de Vinci sert quant à lui aux démarches administratives.
Lundi 21 octobre vers 15h, une quinzaine d’agents de la Ville de Strasbourg s’activaient entre le gymnase Hans Arp et le club de tennis pour préparer l’arrivée des résidents du camp des Ducs d’Alsace. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Un gymnase vide pendant les vacances
La préfecture n’a pas souhaité répondre à nos questions. La Ville de Strasbourg assure que l’occupation des lieux durera « deux à trois jours maximum ». Du côté du collège Hans Arp, cette réquisition intervient au début des vacances scolaires de la Toussaint. Elle ne perturbera donc pas les activités éducatives. Mais la présidente du club de tennis de l’Elsau est plus embêtée :
« Je suis très inquiète pour la suite des événements et pour les membres. C’est un club qui est déjà difficile vu son implantation, on a peu de gens qui viennent à l’Elsau… Les gens ne pourront pas jouer pendant les vacances alors qu’ils viennent de payer. Je crains qu’ils aillent voir ailleurs… »
Dans la salle de tennis, tous les équipements ont été démontés pour accueillir « une centaine de personnes », selon la présidente du club. Des douches et des toilettes sèches ont été installés par la Ville de Strasbourg à l’extérieur. Une soufflerie devrait permettre de chauffer un minimum le bâtiment.
Un processus bien rôdé
En mai, Marie-Dominique Dreyssé, adjointe au maire de Strasbourg (EELV) en charge des solidarités, détaillait le processus désormais bien rôdé :
« La Ville s’occupe de récupérer les personnes, de les conduire dans un gymnase aménagé et accueillant, où les services de l’État étudieront durant toute la journée leurs situations administratives. C’est ensuite à l’État de prendre en charge ces familles et notamment leur hébergement. »
Marie-Dominique Dreyssé, lors de l’évacuation le 15 mai d’un précédent camp aux Ducs d’Alsace.
Selon Gérard Baumgart, bénévole du collectif des Canonniers, la majorité des migrants des Ducs d’Alsace viennent d’Albanie, de Géorgie, et plus récemment de Bosnie-Herzégovine. La plupart des dossiers de demande d’asile seront donc traités en 15 jours. « Lorsque vous avez la nationalité d’un pays sûr, la demande est automatiquement placée en procédure accélérée, dès le guichet unique », indique l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra).
La pression des squats ?
Pour des ressortissants de pays en guerre, l’étude de la demande d’asile dure normalement six mois. Les demandes doivent être déposées dans le premier pays de l’Union européenne traversé. L’État va donc réorienter certains demandeurs d’asile, après avoir établi leur situation administrative exacte. Certains obtiendront une solution d’hébergement dans un Centre d’accueil de demandeurs d’asile à Saverne, Mulhouse ou dans le reste de la France.
Gérard Baumgart milite depuis plusieurs années à Strasbourg pour l’accueil des migrants dans des conditions dignes. Selon lui, le camp des Ducs d’Alsace n’avait jamais été aussi peuplé. Il analyse cette évacuation à travers l’actualité des squats qui ont ouvert à Strasbourg ou Eckbolsheim :
« Il est clair que la dynamique des squats change le comportement des autorités. La préfecture est obligée maintenant de suivre davantage les camps, les réfugiés et les SDF. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
L’Inspection du travail a demandé à la direction de SNCF Mobilités TER Rhénan de mettre fin aux trains EAS (Equipement Agent Seul). Dans une lettre, que Rue89 Strasbourg a pu consulter, une inspectrice estime que la SNCF n’est pas capable à l’heure actuelle de « conclure que l’ensemble des risques liés à la conduite d’Equipement Agent seul ait été évalué conformément aux dispositions du code du travail. »
Cette lettre est un coup dur pour la SNCF. Selon une section bas-rhinoise de l’Inspection du travail, la direction de l’établissement SNCF Mobilités TER Rhénan ne peut pas garantir la sécurité des voyageurs en cas d’accident dans les trains express régionaux à agent seul. Or l’immense majorité des trains alsaciens circulent aujourd’hui avec un seul conducteur à bord (le train Strasbourg-Mulhouse figure parmi les exceptions).
Préconisation : suspension
Le document, que Rue89 Strasbourg a pu consulter, appelle à une suspension temporaire des trains EAS, destiné à économiser la main d’oeuvre des contrôleurs :
« Je préconise que vous suspendiez la conduite des trains par un agent seul à bord jusqu’à ce que les risques liés au travail isolé des conducteurs soit correctement considéré dans le document unique d’évaluation des risques. »
Une inquiétude depuis plusieurs années
L’été dernier, Rue89 Strasbourg donnait déjà la voix à cette inquiétude de plusieurs années des contrôleurs :
« En cas d’accident, nous sommes là pour poser des plots de sécurité, rassurer les voyageurs… Vous voyez un conducteur avec toutes ces responsabilités en plus ? »
La lettre de l’Inspection du travail intervient dans un moment particulièrement tendu entre la direction de la SNCF et les syndicats de cheminots. Mercredi 16 octobre, un accident de TER dans les Ardennes illustrait les risques des trains à agent seul. Le conducteur, blessé à la jambe, a dû gérer la situation seul. Que se serait-il passé si le cheminot avait été touché plus gravement ? C’est la question que posent les agents SNCF ayant utilisé leur droit de retrait face à un « danger grave et imminent. » La CGT avait réagi dès le 17 octobre en exigeant le « retour de contrôleurs sur l’ensemble des circulations. »
L’Inspection valide le sentiment d’insécurité
A sa façon, l’Inspection du travail donne raison aux cheminots ayant refusé de travailler suite à l’accident du 16 octobre. Dans sa lettre, l’inspectrice estime que la SNCF est incapable de garantir la sécurité des voyageurs en cas d’accident et de « perte de connaissance ou de décès » du conducteur :
« La lecture de l’ensemble des documents que vous m’avez transmis à l’issue de la réunion de la CSSCT du 18 octobre 2019 ne me permet pas de conclure que l’ensemble des risques liés à la conduite d’Equipement Agent seul ait été évalué conformément aux dispositions du travail. »
Déjà une alerte en septembre
Pour achever la mise en cause de la direction locale de SNCF Mobilités, l’inspectrice du travail a aussi rappelé le contenu d’un courrier en date du 23 septembre : « A l’occasion d’un précédent droit d’alerte pour danger grave et imminent (…), j’avais également relevé le défaut d’évaluation des risques liés au travail isole des conducteurs. »
Contactée la semaine dernière, une porte-parole de la SNCF, se voulait rassurante face aux inquiétudes des cheminots. Selon la communicante, le contrôleur ne garantirait aucune sécurité supplémentaire dans le train : « La solution magique n’est pas qu’il y ait un contrôleur en plus dans chaque train. On pourrait très bien imaginer qu’un contrôleur soit touché aussi dans ce genre de situation. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Démocratie locale, Seveso et Bains municipaux seront discutés au conseil municipal de ce lundi 21 octobre. La réunion fait suite aux envies de Roland Ries de rééquilibrer La République en Marche sur sa jambe gauche. À suivre en direct et avec nos commentaires à partir de 15h.
Après les deux conseils-fleuve de juin et septembre terminés sur les coups de 23h, celui de ce lundi 21 octobre s’annonce plus léger que les précédents. Mais les ordres du jour restreints engendrent parfois de longues digressions, surtout à l’approche des élections municipales de mars 2020. De plus, le maire Roland Ries a appelé à la création d’un « pôle de gauche » au sein de la majorité présidentielle dans une tribune du Journal du Dimanche. Or depuis 2017, l’élu revendique une position à équidistance « au-dessus de la mêlée » entre les quatre groupes politiques de sa majorité. Et aux dernières nouvelles, Roland Ries payait toujours sa cotisation au Parti Socialiste, mais il ne s’est pas déplacé pour désigner son candidat en 2020, son adjoint Mathieu Cahn. Ce nouveau contexte est de nature à tendre les échanges et les votes au sein de son équipe.
Le budget participatif étalé
L’un des points qui devrait soulever des prises de parole concerne le budget participatif. Pour sa deuxième édition, le souhait de la municipalité est de l’étaler sur deux ans. Objectif : mieux répondre aux participants et justifier les refus ou acceptation d’idées. La mauvaise justification d’un refus pour une pataugeoire pour enfants dans l’Ill avait été pointé par le « comité d’éthique » qui réunit des agents, des élus et des citoyens. À ce jour, deux projets (ici et là) sont terminés sur 31 lauréats. Un autre, des illuminations place Arnold est en cours d’achèvement. 15 propositions sont programmées, contrairement à 13 autres.
L’adjointe à la démocratie locale Chantal Cutajar (apparentée PS) a initié cette politique, qui n’était pas dans le programme de 2014. Après un an d’existence, elle n’est pas exempte de critiques. Parfois vu comme un « gadget », ce processus ne favoriserait pas des projets « participatifs » et collectifs, mais des compilations d’idées individuelles. D’autres « projets » relèvent en fait de l’entretien que devrait faire la collectivité, comme le rénovation du City Stade au Conseil des XV, ou la demande de préau à l’école maternelle Louise Scheppler devancé par les projets « coup de cœur » du Conseil du quartier Gare.
Autre critique, le montant : seulement 1 million d’euros par an (1% du budget d’investissement contre 5% d’habitude). Ramené au nombre d’habitant cela fait 3,5€ par Strasbourgeois. Selon une enquête publiée sur lesbudgetsparticipatifs.fr le ration est de 45€ à Paris, autour de 15€ à Rennes, Avignon, Montreuil, 10 € Bordeaux et Clermont-Ferrand ou plus de 20€ dans des plus petites communes telles Firminy, Jarny, Grande-Synthe. Passé à deux millions en deux ans, le budget participatif relifté en 2021 « permettra cette fois-ci des projets allant jusqu’à 200 000 euros », fait valoir Chantal Cutajar.
Pour autant, aucun élu ne remet frontalement en cause cette nouveauté strasbourgeoise, à l’heure où l’écoute des électeurs et citoyens est un discours porteur. Les discussions devraient plutôt tourner autour de l’amélioration des prochains budgets participatifs.
Le retour des Bains
Comme souvent au cours de ce mandat, il sera question au point 36 des Bains municipaux, actuellement fermés pour travaux. Cette fois, les élus devront préciser le projet de « Maison du Sport Santé », prescrit sur ordonnance médicale. Après les travaux, sa gestion serait confiée à un groupement d’intérêt public (GIP) en 2022 avec 16 entités (Département, mutuelles, associations, etc.). En plus des 5,5 millions d’euros de travaux, la Ville de Strasbourg compte contribuer en mettant à disposition 6 employés sur les 25 prévus.
Le bâtiment de l’aile médicale aux Bains municipaux. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Il sera intéressant de voir si Jean-Philippe Vetter s’exprime sur le sujet. Le candidat de la droite a souvent remis en cause le montage financier général : une rénovation publique, pour ensuite continuer à donner une subvention à un prestataire privé (Equalia) pour exploiter la piscine rénovée. Néanmoins, les bassins ne sont pas tout à fait l’objet de la délibération, a priori plus consensuelle.
La cohabitation industries et voyage au Qatar
En fin de conseil, deux interpellations et une tentative de motion de l’opposition sont prévues. Arrivé dans le conseil en septembre, Andrea Didelor (ex-FN/RN) se demande si la majorité est toujours Charlie. Leur tort ? Ne pas défendre haut et fort la liberté d’expression du polémiste Éric Zemmour condamné pour incitation à la haine raciale. De plus, il proposera une motion en réaction au voyage d’un agent de la Ville de Strasbourg au Qatar et révélé par Rue89 Strasbourg. Le but de cette « visite de courtoisie » ? Aider le chantier de la mosquée Eyyube Sultan à reprendre, avec l’aide financière de la fondation Qatar Charity. Le sujet a crispé jusqu’au sein du PS, mais de la à soutenir l’extrême-droite…
L’autre interpellation de Thierry Roos concerne un sujet de fond : la cohabitation des habitats et des industries du port. Il rappelle la présence des 7 entreprises à risque Seveso « seuil haut », au regarde de l’explosion à l’usine Lubriziol à Rouen. À ce sujet, la Ville va enfin publier son Document d’information communal sur les risques majeurs (Dicrim). Cette plaquette d’information à la population récapitule les différents risques spécifiques à la capitale alsacienne. Il vise à « alimenter la culture du risque » à Strasbourg, dixit Christel Kohler (LREM), après un peu plus d’un an de travail sur le dossier. Ce document était en théorie obligatoire depuis un décret de 1990. Il était temps.
Un collectif a ouvert un bâtiment pour héberger des familles actuellement vivant dans la rue, près de la gare de triage de Schiltigheim. Mais la maire a évoqué des impératifs de sécurité et fait évacuer le bâtiment dans la journée.
Après l’Hôtel de la rue à Koenigshoffen et le squat Bugatti à Eckbolsheim, un nouvel espace d’hébergement pour les personnes sans domicile ni hébergement a été ouvert à Schiltigheim, 19 rue de Saint-Junien en bordure de la gare de triage.
Ce bâtiment était vide depuis avril. Il a été utilisé par Alsace Plasturgie, un laboratoire de recherche sur les matériaux, qui a fusionné récemment pour devenir le Cetim Grand Est et a déménagé à Illkirch-Graffenstaden. L’ensemble immobilier appartiendrait à la Région Grand Est qui le destinerait à la création de logement sociaux, selon un employé de Cetim Grand Est.
Le bâtiment était inoccupé depuis avril 2019 Photo : Google Maps
Il y a une quarantaine de pièces, dont une vingtaine sont immédiatement exploitables. Le collectif à l’origine de ce nouveau squat le destine aux familles et aux personnes les plus vulnérables, c’est à dire malades. Imène, membre du collectif, détaille :
« Nous avons ouvert ce squat pour soulager 5 familles qui campent actuellement aux Ducs d’Alsace et pour accueillir également d’autres personnes déjà logées au squat Bugatti. On prévoit d’y accueillir 18 familles au total. »
Comme lors des deux précédentes ouvertures de squats, le collectif fait appel aux dons et aux bonnes volontés pour transformer ces locaux de bureaux en espaces à vivre. Ils mobilisent les soutiens via la page Facebook « La Passerelle du Bonheur. »
Des premières familles se sont déjà installéesCertaines pièces sont immédiatement exploitablesLes bureaux étaient inutilisés depuis plusieurs mois.Le collectif lance un appel aux dons.
Le maire de Strasbourg, Roland Ries, fait partie des 76 signataires d’une tribune voulant faire entendre « une voix sociale et républicaine » au sein de la majorité présidentielle.
Dans ce texte, ces 76 élus ou ex-élus réaffirment leur soutien au président de la République, Emmanuel Macron, qu’ils voient comme un successeur de François Hollande :
« Son programme présidentiel s’inscrit pour une grande part dans la continuité des réformes de la précédente mandature (…). Malgré de regrettables maladresses, le cap est le bon et la France est gouvernée. »
Roland Ries s’était déjà placé en proximité avec Emmanuel Macron dès 2017, ici au meeting d’En Marche à la Mutualité Photo : En Marche / Facebook
Ce qui inquiète ces élus, c’est la montée des populismes et la perte des repères démocratiques :
« Face à ces défis, de profondes fractures sociales, territoriales et culturelles menacent la cohésion nationale et les fondements de nos démocraties. Le pacte républicain est fragilisé. La réduction des inégalités et la laïcité doivent rester au cœur de nos valeurs et de notre exigence républicaine. »
Le salut dans l’Europe
En tant que sociaux-démocrates, ils se sentent plus proches de la droite gouvernementale que de la gauche protestataire, écrivent-ils, en « dérive illibérale. » Leur projet est de créer un « pôle de gauche indépendant de LREM au sein de la majorité, autour de ministres tels que Jean-Yves Le Drian et Olivier Dussopt, et de régénérer notre démocratie par la mobilisation des territoires et la participation citoyenne. »
Les 76 signataires mettent tous leurs espoirs dans la construction européenne, « seul projet nous permettant de faire face à la mondialisation et aux bouleversements géopolitiques, » qui doit « dépasser le marché intérieur et prendre en compte le besoin de protection sociale, économique, écologique, identitaire et militaire de ses peuples. »
Dans la continuité de la proximité entre Roland Ries et Emmanuel Macron
Ce pas supplémentaire vers LREM est dans la continuité des prises de positions de Roland Ries. À la veille du premier tour de l’élection présidentielle, il avait déjà appelé à voter Emmanuel Macron. Puis, il a quitté le groupe socialiste de son conseil municipal pour se placer « au-dessus de la mêlée » et des 4 fractions de sa majorité (PS, LREM, EELV et Génération.s). Contrairement à son parti, il ne s’est jamais considéré comme un opposant à Emmanuel Macron, même s’il a parfois critiqué l’une ou l’autre mesure.
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Avec l’exposition Collapsing New People, le duo d’artistes Émilie Brout & Maxime Marion transforme La Chaufferie de la Haute École des Arts du Rhin de Strasbourg en chapelle ironique consacrée au numérique. À méditer jusqu’au 10 novembre.
À l’invitation de la HEAR (Haute École des Arts du Rhin), Émilie Brout & Maxime Marion présentent quatre œuvres emblématiques autour des usages d’Internet et du numérique. Plongé dans la pénombre et dépouillé, d’une impressionnante hauteur de plafond, l’espace d’exposition installe une atmosphère digne d’un lieu de culte, mais à quel saint devons-nous y adresser nos prières ?
Au nom du scroll, du swipe et des réseaux sociaux
Pièce maîtresse de l’exposition : la vidéo b0mb (2018). Une rafale d’images hétéroclites assaille le spectateur au son d’un enregistrement de la voix du poète de la Beat Generation (les anglicismes en italique sont expliqués en fin d’article) Gregory Corso déclamant son poème du même nom, Bomb (1958), souligné d’une musique trap.
Il s’agit d’une vidéo générée par un algorithme qui traduit les mots du poète en autant de requêtes sur un moteur de recherche d’images et affiche instantanément le premier résultat qui survient. Le contenu peut donc varier à chaque activation de la vidéo en ligne (https://www.b-0-m-b.net/) en fonction de l’actualité.
Émilie Brout & Maxime Marion, b0mb, 2018. Projection, vidéo générative, site web, 9’58’’. Photo : A. Lejolivet – HEAR
De cette transcription du mot en image découlent incohérences stylistiques et juxtapositions inattendues. Ce déferlement, potentiellement agressif, n’est-il pas celui que l’on s’inflige en surfant sur les réseaux sociaux, passant d’une vidéo de chien acrobate à une publicité pour des sous-vêtements, sans accorder plus de quelques secondes aux contenus ?
Nés au début des années 1980, Émilie Brout & Maxime Marion ont grandi avec la démocratisation de l’informatique et l’arrivée d’Internet dans les foyers. Témoins de l’évolution de ces outils, ils s’en saisissent pour mettre en lumière les bouleversements provoqués par la généralisation du numérique.
Hormis des écrans, la scénographie de l’exposition se caractérise par l’absence d’objets, en écho à la dématérialisation du monde contemporain : réseaux sociaux, messageries, transactions financières, diffusion de l’information, tout cela passe aujourd’hui par le Web. Ne seriez-vous pas vous-même en train de lire cet article sur votre smartphone ?
De l’image au mirage
Dans un rythme radicalement opposé, mais toujours à partir d’images préexistantes dénichées sur le web, la vidéo Lightning Ride (2017) transcende la douleur d’une décharge électrique en béatitude mystique.
Des scènes violentes de Taser certifications ont été ralenties et grossièrement déformées par un filtre Photoshop : seuls demeurent perceptibles le mouvement général de la chute des corps et la grimace sur les visages. Ainsi dénaturées, ces images peuvent alors prendre un tout autre sens. Pour ma part, j’ai songé à un tout autre rite initiatique : une cérémonie chrétienne de baptême par immersion. Par la technique du détournement, le duo invite à réfléchir à l’instrumentalisation des images et aux fake news qu’elles peuvent véhiculer.
Vue de l’exposition. A gauche : Émilie Brout & Maxime Marion, Lightning Ride, 2017. Projection, vidéo UHD, 7’40’’. A droite : Émilie Brout & Maxime Marion, Fireplace, 2019. Installation, streams et vidéos de 10h trouvés en ligne, écrans. Photo : A. Lejolivet – HEAR
« Ne prenez pas tout ce que vous voyez pour argent comptant »: c’est également le message de l’installation Fireplace (2019), un simulacre de feu de cheminée situé dans un angle de la salle. Face à cet empilement d’une quinzaine d’écrans diffusant simultanément le vacillement trompeur des flammes, le visiteur espère vainement une sensation de chaleur sur son visage. Exagérée par la démultiplication des écrans, la pratique de l’ASMR tourne au ridicule : tout jusqu’au plaisir des sens est devenu virtuel.
Émilie Brout & Maxime Marion, Fireplace (détail), 2019. Installation : streams et vidéos de 10h trouvés en ligne, écrans. Photo : A. Lejolivet – HEAR
La réappropriation et le détournement d’images préexistantes possèdent une longue généalogie en histoire de l’art depuis les collages cubistes du début du XXème siècle. Ils ont trouvé une nouvelle forme avec le développement de l’art vidéo dans les années 1960, et atteignent leur paroxysme avec le found footage, une technique de montage d’extraits de pellicules trouvées.
Hérité du cinéma expérimental, le remploi d’images « de seconde main » est une démarche appréciée de nombreux artistes contemporains qui puisent leur matière première sur internet. On peut penser par exemple à The Evil Eye (2018) de Clément Cogitore, film constitué d’une succession d’extraits vidéos collectés sur des banques d’images.
Émilie Brout & Maxime Marion sont cependant capables de prendre le contrepied de ce procédé. Avec le film A Truly Shared Love (2018, non présenté dans cette exposition) ils sont créateurs d’images qu’ils tentent ensuite de revendre à l’une de ces plateformes d’où elles seront à leur tour réutilisées.
Ascension du numérique
Internet et le numérique instaurent un nouveau rapport au monde. Comme pour chaque innovation technologique (photographie, audiovisuel), les artistes s’en emparent et de plus en plus de lieux et événements sont dédiés à ces pratiques en développement. Dans la région, on peut par exemple citer le Shadok à Strasbourg, le Bliiida à Metz et le ZKM – Zentrum für Kunst und Medien [Centre d’art et de technologie des médias] à Stuttgart.
En puisant leurs matériaux et outils sur le web et en maîtrisant parfaitement ses codes, Émilie Brout & Maxime Marion s’inscrivent dans ce courant que l’on qualifie d’ « art post-Internet ». À l’écart de la culpabilisation et des sermons technophobes, ils délivrent une subtile critique visuelle et sensorielle des usages du numérique à travers cette exposition extatique.
Émilie Brout & Maxime Marion, Lightning Ride, 2017. Projection, vidéo UHD, 7’40’’. Photo : A. Lejolivet – HEAR