« Muscle ton jeu Robert ! », Roland Ries s’est dit prêt cette semaine à prendre la main sur Robert Herrmann, pour débloquer le financement de la SIG Arena.
Le sénateur et longtemps maire d’Illkirch-Graffenstaden Jacques Bigot, s’est senti obligé de publier une lettre ouverte sur son Facebook, pour enjoindre les deux élus à se mettre d’accord. Épilogue toujours sur Facebook, Robert Herrmann a annoncé avoir invité le président de la SIG à présenter son projet le 25 octobre.
L’Agence d’urbanisme strasbourgeoise a approfondi son étude sur les îlots de chaleur et de fraîcheur. La zone la plus chaude de la ville se trouve du côté du plus grand quartier en construction, les Deux-Rives.
En 2015, l’enquête de l’Agence d’urbanisme de Strasbourg (Adeus) avait permis de projeter à Strasbourg le phénomène des îlots de chaleur. Les écarts de températures entre ville et campagne étaient déjà connus à l’échelle d’un pays ou d’un département, mais les mesures très fines permettaient de visualiser les écarts entre les places, les parcs et les rues.
Publiée par Rue89 Strasbourg, reprise de nombreuses fois par la suite, l’étude qui portait sur une journée normale de juillet 2013 (22 degrés) nécessitait néanmoins d’être précisée.
Un étude de nuit
Pour l’étude de 2019, les experts se sont intéressés au phénomène de nuit. Quand le soleil se couche, les coins les plus chauds gardent la chaleur, là où d’autres retrouvent une température plus supportable.
L’agence a croisé la température relevée au sol par satellite et celle mesurée dans l’air par une trentaine de capteurs de l’Université de Strasbourg. L’écart moyen n’est que de 1,5 degré, des variations beaucoup moins fortes qu’en journée où les surfaces ensoleillées donnent des écarts de températures plus importants.
Ainsi, à la friche Fischer ou au skatepark de Cronenbourg, des températures de plus de 36 et 38°C étaient relevées là où d’autres coins de l’agglomération se maintenaient à 22 ou 24 degrés au même moment.
En raison de la situation géographique et topographique de Strasbourg, les îlots de chaleur peuvent provoquer des écarts jusqu’à 7 degrés, là où à Marseille, pourtant moins réputée pour ses espaces verts, il ne se limitent qu’à 3 ou 4°, notamment grâce au mistral et à la Méditerranée.
Cette fois-ci, l’Adeus a mesuré les températures le 29 juin à 23h30, pendant le premier épisode caniculaire de 2019. Ses résultats sont un peu moins détaillés mais permettent une vision plus large.
Ainsi Haguenau apparaît comme un îlot de chaleur, ou encore la communauté de communes de Barr, pourtant plus rurale, ainsi que plusieurs zones industrielles le long du Rhin. Ce soir-là, 43% de la population du Bas-Rhin a passé la nuit à plus de 23 degrés, soit 100% des Strasbourgeois et plus de 80% à des habitants des 33 communes de l’Eurométropole.
Mesure du 29 juin 2019 dans le Bas-Rhin, un soir de canicule, par l’Adeus à 23h30 Photo : carte remise
Les Deux-Rives chauffent le plus
À Strasbourg, ce spectre plus large permet de faire apparaître le quartier des Deux-Rives sur la carte. C’est là que la chaleur a été la plus intense, au-delà des 24°C. Ce sont les industries du port autonome nord et celles à Kehl, de l’autre-côté du Rhin qui emmagasinent le plus de chaleur. Cela a un impact sur les habitations voisines du quartier historique Port-du-Rhin, mais aussi celles du futur quartier Coop et toutes cette zone qui se développe notamment via de futures tours le long du Rhin.
Cette zone chaude est plus ou moins reliée par la route du Rhin et le nord de Neudorf qui créent « un corridor de chaleur » jusqu’au centre-ville selon Lucas Mertz, chargé d’études à l’Adeus. La Grande-Île historique, peu réputée pour ses espaces verts, est le deuxième endroit le plus chaud, ce qui n’a pas surpris les spécialistes. A contrario, la chaleur circule moins par le côté nord, vers l’Orangerie et la Robertsau, moins denses et plus proche d’une grande forêt.
À la Plaine des Bouchers à la Meinau, une autre zone industrielle où il existe peu d’espaces-verts ressemble à celle du Port, mais chauffe bien moins à cette heure-là. Une des explications avancée par les participants lors d’une réunion de présentation jeudi 17 octobre serait que les activités portuaires fonctionnent la nuit, ce qui est moins le cas à la Meinau.
Mesure du 29 juin 2019, un soir de canicule, par l’Adeus à 23h30 (carte remise)Photo : Document remis
Les îlots de chaleur, peu adressés par le Plan Climat
Au-delà même des risques industriels et technologiques, la question de la cohabitation des entreprises et des habitations aux Deux-Rives a plusieurs fois fait l’objet d’interrogations depuis le début des années 2000. Le projet d’urbanisation de la ville sur le Rhin, à l’époque sous le nom de Viaropa, a été initié sous Fabienne Keller (2001-2008), puis prolongé et densifié sous Roland Ries à partir de 2008.
Le sujet fera d’ailleurs l’objet d’une interpellation du conseiller municipal d’opposition Thierry Roos lors du conseil municipal de lundi 21 octobre. Son texte insiste davantage sur les risques dans les zones Seveso, au regard de l’explosion de l’usine Lubriziol à Rouen. À l’heure de « l’en-même temps » qui prévaut en politique, y compris localement, la question de cette cohabitation mériterait d’être tranchée sérieusement par les futures listes aux élections municipales. Elle pose en filigrane la question de la perte d’emplois industriels.
Comment bien commencer une semaine ? En allant à un concert dès le lundi soir ! Le 21 octobre, dès 20h, la Maison Bleue propose une belle affiche entre blues, punk, soul et rock avec The BellRays et Bad Juice.
La Maison Bleue est devenue une salle de concert toute neuve, à Neudorf. D’une capacité de 330 places, la Maison Bleue se construit une programmation exigeante à tendance rock dur. Et en ce premier lundi de vacances de la Toussaint, c’est le groupe américain The BellRays qui foulera cette nouvelle scène à partir de 20h.
La machine The BellRays
The BellRays est un groupe mythique. Originaire de Californie, le quatuor est mené par Lisa Kekaula, figure de la scène rock américaine. La formation tourne depuis maintenant plus de 25 ans partout dans le monde. La recette ? Mélanger les styles autour d’un squelette rock. Une musique lorgnant parfois du côté du hard rock, avec des riffs à la AC/DC et des ambiances plus blues grâce à la guitare de Bob Vennum. Mais surtout une couleur soul assurée par la voix puissante et imposante de Lisa.
Black Lightning – The BellRays (L’Album de la Semaine – Canal+)
Mais la claque se fait surtout sur scène. L’énergie du groupe y agit comme un rouleau compresseur lancé à toute berzingue. Souvent comparés à un croisement entre les Stooges et Tina Turner, les quatre musiciens ne lésinent pas sur les décibels, ni même sur le show.
Là encore, Lisa concentre les regards, avec un superbe maniement du tambourin. Mais le plus fort reste la complicité avec son guitariste, avec lequel elle occupe le devant de la scène. Ces deux personnages se connaissent depuis si longtemps que leur connivence musicale saute aux oreilles. Du grand spectacle.
Des nouvelles de Bad Juice
Ils seront accompagnés en première partie par le très rock’n’roll duo Bad Juice. Ceux qui défendent le Hillbilly Urban Blues, mélange bienheureux de sonorités rock classiques et de blues moderne, viennent de sortir un EP de reprises de country blues avec leur ami Thomas Schoeffler Jr. Un 2e album se profile pour fin novembre. Le tout pourra donc être découvert sur scène ce lundi soir.
Baby, What’s Wrong ? – Bad Juice
Bad Juice vaudrait déjà le déplacement à lui tout seul, tant l’énergie qui s’en dégage donne l’envie irrémédiable de frapper du pied. Difficile de croire qu’ils tiennent tout cela à deux, mais c’est pourtant le cas. Pas besoin d’être plus nombreux quand on sait exactement où frapper. La guitare de Thomas est aussi aiguisée que la verve de David derrière ses fûts et l’ensemble fait grimper l’électricité dans l’air et dans les oreilles. Impossible de passer à côté de cette fierté locale.
Pionnier du breakdance en France, le danseur Karim Barouche est mort dimanche 13 octobre, à l’âge de 47 ans. Par son style et sa technique, l’homme originaire de Créteil a influencé des générations de danseurs et a plusieurs fois été juge dans des compétitions organisées en Alsace. Samedi, un hommage dans le quartier de l’Elsau lui sera rendu, lors de l’événement de danse « Elsau Connexion 2019 » organisé au centre-socio culturel par la compagnie de danse Mistral-Est. Un hommage qui fait sens dans un quartier qui a contribué à professionnaliser la danse hip hop à l’échelle locale.
« Il nous a tous fait rêver ». C’est avec émotion que le Strasbourgeois Majid Yahyaoui, responsable de la compagnie de danse MJD, se souvient de Karim Barouche, mort dimanche 13 octobre à l’âge de 47 ans. « Il a mis la lumière sur les B-Boy (les danseurs qui pratiquent le break, ndlr) du monde entier », poursuit Majid Yahyaoui qui le connaissait depuis 23 ans.
Ce samedi, lui et d’autres danseurs profiteront de l’événement « Elsau Connexion 2019 » organisé au centre socio-culturel du quartier, pour prononcer quelques mots sur le pionnier du breakdance en France. Largement tourné vers la jeunesse, l’événement de danse mis en place depuis 17 ans par la compagnie strasbourgeoise Mistral-Est, propose des ateliers de danse dans l’après-midi, à partir de 13h, des battles (duels) et un spectacle à partir 19h. L’occasion de raconter à la nouvelle génération et au public qui était Karim Barouche et ce qu’il a apporté à la danse hip hop.
Majid Yahyaoui et Karim Barouche (à droite), en 2017. Le danseur était membre du jury au Who’s Next Battle Pro organisé à Haguenau. Photo : DR
« On a tous pioché quelque chose chez lui »
Depuis dimanche, les hommages se sont multipliés, des États-Unis, du Japon et de la France, où des artistes comme Oxmo Puccino, ont salué la carrière de Karim Barouche. Originaire de Créteil, le danseur avait débarqué dans le monde du hip hop en 1985 en intégrant le collectif francilien Aktuel Force. Surnommé « le chat » pour son agilité et sa précision, le « B-Boy » est rapidement devenu une référence dans le milieu. Mohamed El-Amroussi, directeur de Mistral-Est raconte :
« Dans les années 90, on regardait des cassettes vidéos de son collectif. Il avait son propre style : souplesse, fluidité, il ne bourrinait pas le sol. Il ne cognait pas ! Moi, j’ai pleins de cicatrices de break, je me cognais, je m’égratignais « .
À Strasbourg, la plupart de ceux qui ont démarré la danse dans les années 80 et 90 ont côtoyé Karim Barouche à Strasbourg, Paris ou ailleurs, lors d’événements hip hop. « On a tous pioché quelque chose chez lui », affirme Majid Yahyaoui. En 2017, Karim Barouche avait été juge au « Who’s Next Battle Pro », un concours de danse organisé à Haguenau. « Ça m’a brisé le coeur d’apprendre sa disparition. On avait encore des choses à faire ensemble », regrette Majid Yahyaoui.
Les bénéfices de la billetterie seront reversées à la famille du danseur
Que l’hommage rendu samedi à Karim Barouche se tienne à l’Elsau fait sens. C’est de ce quartier que sont issues quatre compagnies de danse qui ont contribué à professionnaliser la danse hip hop à Strasbourg : Magic Electro, Mémoires Vives, MJD et Mistral Est. Chico, de Magic Electro a un souvenir précis du B-Boy parisien : « Je l’avais rencontré en 1996 aux rencontres de danses urbaines de La Villette. Un soir, on s’était retrouvés dans une salle de l’hôtel où on dormait. On a commencé à danser, en totale improvisation ! ».
Les bénéfices de la billetterie de « Elsau Connexion 2019 » (3€ par personne pour le public) sera versée à la cagnotte en ligne pour la famille de Karim Barouche. Elle a pour l’instant permis de récolter plus de 7 000 euros.
Journaliste indépendante et professeur d’éducation aux médias. Sujets société, inégalités, éducation, police-justice. J’aime aussi écrire sur le rap et la culture hip hop de Strasbourg et d’ailleurs.
Le 11 août, Sophie assistait à une séance de méditation organisée par la Ville de Strasbourg. Sur un flyer distribué en fin de séance, les participants sont invités à des cours gratuits de « Méditation Sahaj ». Méfiante, la jeune femme se renseigne et découvre le passé trouble d’une association considérée comme une secte par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.
« Je me méfie pas mal des sectes d’habitude… Mais avec du yoga organisé par la Ville, je ne me suis pas posé de question. » Le 11 août, Sophie (le prénom a été modifié) participe à une séance de méditation au Parc des Contades. Lors du cours, rien ne lui paraît suspect. C’est le flyer distribué à la fin qui suscite sa méfiance. « Des cours de yoga gratuits dans un hôtel du centre, j’ai trouvé ça louche. » En tapant le titre du tract sur internet (« Méditation Sahaj »), la jeune femme découvre une association considérée comme une secte depuis 1995 par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).
Une alerte à la Ville… sans réponse
Le 18 août, la même association était responsable d’un deuxième atelier de méditation dans le parc de l’Orangerie. Sophie veut donc alerter la Ville de Strasbourg sur le passé de l’association. Elle écrit un mail le 13 août :
« Suite à ces informations, j’espère que la Ville de Strasbourg prendra les dispositions nécessaires pour ne pas continuer à cautionner et promouvoir cette association qui est en fait une secte dans le cadre de la Tournée Pratiques douces. »
Enfants envoyés à l’étranger
Sophie n’a jamais reçu de réponse. En se renseignant sur le « Sahaja Yoga », elle a été « choquée par la vision de l’enfant au sein de cette mouvance. » Selon l’Unadfi, une association de défense des victimes de sectes, « chez Sahaja Yoga, les enfants n’appartiennent pas aux parents mais à la Mère Divine. Les parents sont encouragés à se séparer d’eux dès le plus jeune âge en les envoyant dans des ashrams et des écoles à l’étranger. »
Dans les années 90, la mouvance « Sahaja Yoga » s’est fait connaître lors de plusieurs procès liés à l’envoi d’enfants dans des « ashrams » en Inde, en Italie ou en République Tchèque. Ces lieux de spiritualité sont censés permettre à chacun de se recentrer sur soi-même. Un rapport de la Miviludes, daté de 2005, rapporte ces propos de Sri Mataji, la « Mère Divine » pour les adeptes du « Sahaja Yoga » :
« N’importe qui peut faire un enfant – même un chien peut faire un enfant (…) Aussi créer un enfant n’est pas une chose extraordinaire (…) Dire mes enfants ne vous aidera en rien, au contraire. Cela va vous enchaîner « totalement » (…) D’abord, vous avez renoncé à votre famille, renoncé à vos enfants, renoncé à tout, vous êtes parvenu à cette extrémité. maintenant vous y retournez. »
En 1995, les grands-parents de Thomas saisissaient la justice suite à l’envoi de leur petit-fils dans un « ashram » en Inde. Face au choix parental, la justice française concluait que « l’éloignement seul ne peut constituer à lui seul un abandon. » Dans un cas similaire en Belgique, trois ans plus tard, la Cour d’Appel d’Anvers en Belgique estimait « évident que la secte Sahaja Yoga a en effet comme un de ses objectifs la séparation absolue et définitive entre parents et enfants dès leur plus jeune âge. »
« Le Sahaja Yoga m’a sauvé la vie »
Contactée, la responsable strasbourgeoise du Sahaja Yoga n’a pas souhaité répondre à nos questions. Une responsable d’antenne en Picardie a rejeté en bloc les accusations de dérives sectaires. Cette enseignante retraitée défend l’association :
« Le Sahaja Yoga m’a sauvé la vie. Je n’aurais pas su me sortir de ma dépression sans la méditation. Bien sûr, elle ne guérit pas tout, mais elle va fortement améliorer les choses. Tenez, j’avais une dilatation des bronches. Depuis que je médite, j’ai guéri. J’avais aussi des spasmes dans le ventre à cause de problèmes intestinaux. Ca a commencé à diminuer trois mois après la méditation et trois ans après je suis guérie. »
Selon cette responsable locale, la pratique du Sahaja Yoga serait même capable de modifier vos gènes. D’après cette retraitée, l’exploit s’expliquerait par « l’éveil du Kundalini, une énergie sacrée. » Face à nos demandes de précision, elle invite à nous rendre à un cours : « Il n’y a pas grand chose à comprendre, quand vous êtes dans la paix, vous le comprenez. »
« Le phénomène sectaire s’est disséminé »
Selon plusieurs associations de défense contre les dérives sectaires, l’utilisation du yoga pour enrôler de nouveaux adeptes est une stratégie classique. Dans le Bas-Rhin comme le Haut-Rhin, les responsables de ces associations se souviennent de « Sahaja Yoga » mais n’en ont plus entendu parler depuis longtemps.
« Vous savez, il y avait une période où il y avait des groupes bien identifiés comme Sahaja Yoga, la scientologie, la Nouvelle acropole, maintenant le phénomène sectaire s’est complètement disséminé. Il y a un tas de mini-groupes. »
« Un manque de vérification »
Contactée, la Ville de Strasbourg a admis « un manque de vérification » autour de l’association. Cette dernière a bénéficié de la crédulité municipale face aux propositions bénévoles. Car les offres payantes passent par une procédure de marché public, qui aurait sûrement écarté un groupe au passé aussi trouble. « L’association ne pourra plus faire de cours pour la Ville, assure l’administration, et désormais les services devront consulter le fichier de la Miviludes avant d’accepter une association. » Problème : cette institution de lutte contre les dérives sectaires est aujourd’hui menacée…
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Mardi soir, après une opération « collège mort », les représentants des enseignants et des parents du collège Jacques Twinger ont été reçus par Anne-Marie Bazzo, directrice académique des services de l’Education nationale (Dasen) dans le Bas-Rhin.
Cette rencontre a eu lieu après la médiatisation d’une intrusion armée dans l’enceinte de ce collège de Koenigshoffen, vendredi 4 octobre. Un groupe de jeunes s’est installé dans la cour et a pointé une arme, dont on ne sait pas si elle était factice ou réelle, sur une professeure venue les raccompagner vers la sortie.
« Un décalage immense »
Mais dans un communiqué envoyé jeudi, les représentants des enseignants et des parents estiment qu’ils n’ont pas été entendus :
« Nous nous sommes déplacés pour demander des moyens et des actions concrètes au collège afin qu’une telle agression n’arrive plus. Mais la Dasen nous a parlé de « projet d’établissement, de travail de fond à mener sur 3 ans… » Nous avons senti une forme de condescendance et en tout cas, un décalage immense par rapport à la réalité du terrain et du dossier. »
Enseignants et parents du collège Twinger devant l’inspection académique de Strasbourg mercredi 15 octobre, avant le début de la réunion (Photo FG / doc remis).
Les représentants des enseignants et des parents demandent depuis des mois que les moyens du collège Jacques Twinger, situé dans un quartier en pleine croissance, soient étoffés.
La rectrice de l’académie, Sophie Béjean, doit cependant recevoir à nouveau les représentants du collège Twinger jeudi 7 novembre, en présence de Frédéric Bierry, président du Conseil départemental (la collectivité finance les murs et la logistique des collèges).
Si les représentants du personnel et des parents apprécient qu’une rencontre qu’ils avaient proposée soit organisée, ils aimeraient cependant qu’elle se déroule au collège, à Koenigshoffen. Peut-être pour éviter un nouveau « décalage » ?
Les naturalistes dénombrent 23 espèces de chauves-souris en Alsace. Dotées d’ailes pour voler, de grandes aptitudes de chasse, ou encore de capacités de communication évoluées avec leurs congénères, elles régulent les populations d’insectes. Souvent établies dans la forêt, les populations de ce mammifère sont en baisse…
Les chauves-souris sont partout où elles peuvent trouver refuge : en forêt, dans les bosquets, les grottes, cachées dans des caves et des habitations… Les chiroptères forment le deuxième plus grand ordre au sein de la classe des mammifères, avec près de 1400 espèces. Lisa Thiriet est salariée du Groupe d’étude et de protection des mammifères d’Alsace (GEPMA). Elle est tombée sous le charme de ces êtres discrets, à tel point qu’elle s’est spécialisée dans le domaine :
« La plupart des personnes qui ne s’y connaissent pas et qui voient juste furtivement passer une chauve-souris de temps en temps, sont loin de se douter qu’en Alsace, il y a au minimum 23 espèces différentes. En plus, la variabilité entre celles-ci est impressionnante, dans les apparences, les modes de vie ou encore l’alimentation. Pour les naturalistes, les chiroptères sont très intéressants. »
Le différentes espèces de chauves-souris sont adaptées à leur environnement : certaines comme la pipistrelle commune peuvent vivre dans des immeubles ou des maisons. Photo : Olivier Hesnard GEPMA / Rue89 Strasbourg / cc
Longtemps, les chauves-souris étaient méconnues
Pourtant, les spécialistes des chiroptères sont rares. Christelle Brand et Gérard Hommay font partie des auteurs de l’Atlas de répartition des mammifères d’Alsace. D’après eux, la quasi-absence de cavités naturelles dans la région a largement limité l’engouement pour les chauves-souris à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème. Ailleurs en France elles étaient très étudiées à cette période.
Les grottes constituent des refuges hivernaux connus où les naturalistes peuvent se rendre pour identifier les espèces. En Alsace, les chauve-souris sont difficiles à trouver car elles préfèrent les creux naturels, comme dans les vieux arbres suite au travail des pics.
23 espèces répertoriées en Alsace
Aujourd’hui, la majorité des naturalistes qui parviennent à identifier les espèces sont des bénévoles qui en ont fait leur passion. Le GEPMA s’appuie sur ces bonnes volontés pour réaliser des inventaires. Lisa a suivi une formation par le biais de l’association, mais s’est surtout formée sur le terrain lors de ses missions.
Au final, les 23 espèces répertoriées montrent une grande diversité. La pipistrelle commune, d’une taille de 4cm, peut vivre en ville. La noctule, qui mesure 8cm, habite plutôt les forêts. Il y a aussi l’oreillard qui détonne par ses grandes oreilles.
La noctule est la plus grande espèce alsacienne. Photo : GEPMA / Rue89 Strasbourg / cc L’oreillard gris est l’espèce avec les plus grandes oreilles dans la région. Photo : Jasja Dekker / Rue89 Strasbourg / cc
Refuge en forêt ancienne
Les chauves-souris sont plus ou moins abondantes selon leur tolérance aux activités humaines et leurs exigences écologiques. D’après Lisa, la préservation de certaines forêts y a permis une plus grande diversité :
« En ville, on ne va retrouver que 4 ou 5 espèces qui se sont adaptées aux milieux urbanisés. Par contre, toutes celles qui nécessitent un écosystème complexe s’installent dans les bois de Haguenau, les forêts rhénanes, celles de la Hardt vers Colmar ou dans les Vosges. Elles ont besoin de forêts anciennes avec une grande diversité d’arbres pour que les gîtes et les ressources alimentaires soient variées. Avec 23 espèces, on ne s’en tire pas trop mal. Mais il faut rester vigilant parce qu’elles survivent grâce aux refuges de biodiversité qui subsistent. Dans certaines régions du sud comme l’Aveyron, le Tarn ou le Lot, on trouve à peu près le même nombre d’espèces mais les populations sont beaucoup plus importantes. Là-bas, la forêt occupe plus de territoire par rapport à l’Alsace où l’agriculture intensive est très développée, et induit notamment l’utilisation d’insecticides qui suppriment la ressource en nourriture des chauves-souris. »
En Alsace comme ailleurs en Europe, les chauves souris se nourrissent presque exclusivement d’insectes, et d’arthropodes comme des araignées ou des scolopendres. Elles régulent ainsi les populations très efficacement. La dentition de ces carnivores est adaptée par la présence de canines. Certains paysans installent même des gîtes pour les attirer et diminuer ainsi les populations de ravageurs. Contrairement aux idées reçues, les chauves-souris ne sucent pas le sang des être humains, elles ne représentent aucun danger.
Les chauves-souris possèdent une vraie dentition de carnivore avec de longues canines. Photo : J. Vittie GEPMA / Rue89 Strasbourg / cc
Ces excellents chasseurs
L’ordre des chiroptères tire son nom du grec et signifie « qui vole avec les mains ». Il est constitué des seuls mammifères qui pratiquent le vol actif, à différencier du vol plané employé par certains écureuils. Cela leur confère la capacité de chasser au vol ou à l’affût (en se cachant pour voler vers les proies). En général, les chauves-souris cherchent leur nourriture la nuit, en plein ciel, dans la végétation, au sol ou encore au-dessus de l’eau selon les espèces.
Elles sont les seuls mammifères à pratiquer le vol actif. Photo : Pxhere / Rue89 Strasbourg / cc
Les chauves-souris entendent des sons très faibles émis par les insectes. Elles s’orientent ainsi principalement grâce à l’écoute. Avec leur larynx, elles émettent des ondes ultrasonores qui sont renvoyées par les éléments qui les entourent. C’est en utilisant cet écho que les chiroptères parviennent à percevoir précisément leur environnement, à la manière d’un sonar. Aujourd’hui, les naturalistes se servent de ces sons émis pour étudier les chauves-souris grâce à des détecteurs d’ondes ultrasonores parfois appelés Bat Box.
Enregistrement au ralenti d’une sérotine commune avec un détecteur d’ondes ultrasonores. (Fichier GEPMA / Rue89 Strasbourg / cc)
Des êtres sociables
En terme éthologique, certaines espèces sont sociables. Gerald Kerth, Nicolas Perony et Frank Schweitzer publiaient en 2011 une recherche au sujet des murins de Bechstein, présents en Alsace. Ils y révélaient que certains individus peuvent tisser des relations stables sur plusieurs années. Ces liens, qui résistent à des séparations, s’expriment surtout par une proximité physique régulière notamment lors des phases de sommeil, ainsi que par des contacts corporels.
Ces noctules vivent ensemble dans la cavité d’un arbre et entretiennent des rapports sociaux. Photo : Erwann Thépaut GEPMA / Rue89 Strasbourg / cc
Dans la vallée de la Bruche, des naturalistes sont tombés sur la plus grande colonie française de Sérotines de Nilson, soit 24 individus qui vivent ensemble. Typique des régions froides, cette espèce aurait subsisté depuis la dernière période glaciaire. Elle semble bien s’adapter aux régions montagneuses du nord-est de la France comme les Vosges. Les femelles se rassemblent pour mettre bas et forment alors des groupes qui peuvent aller jusqu’à 150 individus dans d’autres pays.
Un cycle annuel bien défini
Les chauves-souris pratiquent l’hibernation. Elles sont obligées de faire des réserves énergétiques importantes en automne car elles perdent 30 à 40% de leur poids en hiver. Les accouplements ont lieu à cette période. Les chiroptères passent ensuite plusieurs mois en léthargie, en restant accrochées la tête à l’envers sans la moindre contraction musculaire grâce au tendon rétracteur des griffes qui se bloque sous l’effet de leur poids.
Au printemps, les chauves-souris ingèrent une grande quantité de nourriture et les femelles commencent leur gestation. Pendant la période estivale, les femelles se regroupent pour mettre bas et les mâles rejoignent des sites où ils resteront jusqu’en automne. Entre octobre et novembre a lieu le transit automnal : mâles et femelles se retrouvent proche des sites d’hibernation.
Les chauves-souris passent plusieurs mois dans cette position, sans faire le moindre effort. Photo : GEPMA / Rue89 Strasbourg / cc
Perturbées par l’Homme
Tout ce mode de vie nécessite des écosystèmes complexes, mais aussi une absence de perturbations anthropiques. Par exemple, la lumière et le bruit occasionnés par les activités humaines déstabilisent sévèrement de nombreuses espèces qui voient diminuer leurs périodes journalières de chasse. La qualité de l’alimentation étant indispensable à la lactation, on observe des forts taux de mortalité infantile chez les populations concernées.
Une étude parue dans la revue Current Biology met en évidence un autre problème que les chauves-souris peuvent rencontrer : les éoliennes. Ces dernières peuvent d’abord détruire des forêts et donc des habitats. Mais la proximité avec les pales peut aussi induire des barotraumatismes. Ce phénomène de surpression induit une hémorragie interne dans les poumons.
À l’inverse, en dépit de leur apparence un peu effrayante, les chauves-souris sont inoffensives pour l’homme. Aucune attaque ou blessure n’est répertoriée en Alsace.
De nombreuses espèces de chauves-souris s’installent loin des humains. Photo : C. Brand GEPMA / Rue89 Strasbourg / cc
Ces mammifères fragiles ne sont pas les plus touchés par l’activité humaine. Mais leurs effectifs ont été très fortement amoindris par la destruction de leur habitat. Des projets tels que le GCO ou le remembrement agricole qui en découle ont encore détruit des refuges de chauves-souris comme les forêts anciennes de Vendenheim et Kolbsheim…
Les chauves-souris voient leurs populations diminuer à cause de l’agriculture intensive et de la déforestation. Photo : M. Brignon GEPMA / Rue89 Strasbourg / cc
Dans un communiqué publié sur leur page Facebook, le « squat Bugatti » indique qu’une procédure d’expulsion est en cours. Une audience est prévue mardi 22 octobre à 14h au tribunal de grande instance de Strasbourg.
Contacté, le distributeur low-cost a brièvement indiqué qu’il n’entendait pas retarder ses plans pour ce bâtiment. Lidl n’a pas tardé puisqu’une procédure d’expulsion semble en cours. De leur côté, les squatteurs font valoir que l’occupation de ce bâtiment vide permet à une centaine de personnes sans logement d’être mises à l’abri.
Appel à manifester
Les organisateurs du squat Bugatti précisent :
« Le bâtiment de 2200m² était vide depuis 5 ans. Il a été scindé en deux par les habitants, avec une aile réservée aux hommes isolés et la seconde réservée aux familles et aux femmes isolées. La cuisine a été aménagée dans un espace commun à toutes et tous, et le salon d’accueil permet des rencontres entre habitants et aidants. »
Les militants appellent à une manifestation de soutien mardi 22 octobre et à la mobilisation des acteurs associatifs et particuliers pour répondre à la crise du logement à Strasbourg. La semaine dernière, un SDF est mort dans la rue à Strasbourg. Un campement s’est de nouveau constitué aux Ducs d’Alsace et compte plus de 200 occupants.
Après environ 5 heures de recherches, l’alerte à la bombe a été levée aux Halles vers 16h, ce mercredi 16 octobre. Aucun explosif n’a été retrouvé par les policiers ni les démineurs équipés d’un chien.
Le centre commercial des Halles à Strasbourg a été évacué vers 11h, suite à un appel à la police, reçu une vingtaine de minutes plus tôt dans la matinée. Le centre commercial a d’abord été vidé, puis d’autres bâtiments, comme le Sébastopol vers 12h.
Le parvis des Halles et les rues qui l’entourent son bloqués depuis 11h ce mercredi 16 octobre. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Les tramways ont été stoppés entre les stations Rotonde et Homme de fer, tout comme les autocars de la CTBR à leur terminus. Les bus de la CTS ont été déroutés et la circulation automobile bloquée aux abords, y compris la bretelle d’accès par l’autoroute A35. Pour les piétons et cyclistes, il était néanmoins possible de s’approcher à quelques dizaines de mètres autour de la place, derrière un périmètre de sécurité.
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d’abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
En moins de deux ans, l’usine d’incinération du Rohrschollen a perdu un tiers de ses salariés. Ces démissions et licenciements font suite à un conflit social très dur. Fiches d’exposition à l’amiante jamais rendues, maintenance insuffisante de l’outil de production, boycott de la direction par une partie des ouvriers… Rue89 Strasbourg a enquêté sur la situation sociale explosive qui a précédé le redémarrage de l’actuelle Unité de Valorisation Energétique.
Entre mai et août 2019, trois accidents du travail ont été signalés à l’usine d’incinération du Rohrschollen à Strasbourg. L’Unité de Valorisation Energétique, comme on doit l’appeler maintenant, vient à peine de redémarrer après d’importants travaux de désamiantage.
En mai, un ouvrier a chuté dans des escaliers salis par des travaux. Il est deux heures du matin, Maxime (le prénom a été modifié) est seul dans l’usine. Sans téléphone, il aurait passé la nuit là. Probablement à cause d’une erreur de planning, aucun agent d’astreinte n’est présent. Blessé au dos, les pompiers interviendront pour l’amener aux urgences. Plusieurs salariés et anciens employés de l’incinérateur ont dénoncé la mauvaise gestion du calendrier auprès de Rue89 Strasbourg.
En tout, 200 millions d’euros ont été nécessaires pour redémarrer l’usine d’incinération. Près de 40 millions ont été investis dans des travaux… insuffisants selon de nombreux employés. Photo : Dessin Piet
Acide et cendres toxiques
Deux mois plus tard, un salarié est sur le point de se blesser après une intervention à proximité de produits chimiques. Sans veste de protection, de l’acide a coulé sur son t-shirt. Après s’être rincé, il remet ses vêtements qui commencent à être attaqués par une substance corrosive. Il s’en est fallu de peu pour que la peau soit touchée…
Visiblement non-informée, le médecin du travail a demandé « que les déclarations d’accident du travail lui soient transmises. » Enfin, en août 2019, un tas de cendres hautement toxiques est tombé sur le visage d’un homme tentant de déboucher les électrofiltres. Ambiance.
Un conflit social historique
La direction affirme avoir mis fin aux causes de ces accidents. Concernant les cendres CMR (cancérogènes, mutagènes, réprotoxiques), le directeur de l’incinérateur du Rohrschollen assurait en septembre à Rue89 Strasbourg que « plusieurs sociétés ont été mandatées pour résoudre le problème. »
Mais depuis son arrivée en 2018, le directeur Thierry Provendier ne parvient pas à rassurer les salariés les plus anciens. La plupart ont perdu espoir dans la capacité de l’installation à fonctionner normalement. En cause : un conflit social qui a débuté il y a dix ans, avec la prise de conscience d’une insécurité physique alarmante par les ouvriers…
Maintenance insuffisante, mécontent viré
Au début des années 2010, le délégataire de service public Sénerval laisse l’outil industriel se dégrader. Son prédécesseur, la société Protires, avait fait de même dès 2008. En trois ans, le nombre d’incidents chaudières passe de quelques-uns à 80 par an. Mais le nouveau groupe est mandaté pour construire un réseau de distribution de chaleur. Les salariés dénoncent alors des travaux sans intérêt au regard de la maintenance nécessaire à la sécurité des installations.
Extrait du rapport « Sénerval. Diagnostic risques psychosociaux. Expertise CHSCT », datant de juillet 2015. Photo : Document remis
Peu après l’arrivée de Sénerval, les salariés de l’usine s’inquiètent aussi du départ d’un ancien responsable maintenance. Les ouvriers le considéraient comme un fin connaisseur des installations. Ils lui faisaient confiance pour « monter au créneau » lorsque des moyens supplémentaires étaient nécessaires. L’étude du cabinet Technologia cite l’interprétation d’un des employés :
« Sénerval a poussé les installations au maximum de leur utilisation en négligeant la maintenance nécessaire pour assurer la sécurité et la sûreté (en faisant des économies sur les pièces de rechange, par exemple). L’ancien responsable maintenance a été poussé à la dépression parce qu’il n’avait plus le droit de mener les actions de maintenance nécessaires, “parce que ça revenait trop cher”. Il est parti en 2011/2012. »
Des salariés mal protégés
Un rapport sur les risques psychosociaux du cabinet Technologia a constaté les conséquences de ce défaut de maintenance sur la santé des travailleurs. En juillet 2015, les auteurs de l’expertise affirment qu’en « 2012-2013, l’empoussièrement a été brutalement plus fort et (…) les salariés n’ont pas été suffisamment protégés. »
Extrait du rapport « Sénerval. Diagnostic risques psychosociaux. Expertise CHSCT », datant de juillet 2015. Photo : Document remis
Il faudra attendre plus d’un an pour que les ouvriers soient correctement dotés en Equipement de Protection Individuel (EPI). Le rapport pointe aussi le « manque de formation au port du masque ventilé ». En 2014, la société d’audit Veritas analyse le niveau d’exposition aux poussières. Elle confirme un niveau élevé d’exposition à des substances potentiellement dangereuses et « des dépassements qui appellent des mesures correctives. »
Extrait du rapport « Sénerval. Diagnostic risques psychosociaux. Expertise CHSCT », datant de juillet 2015. Photo : Document remis
« Ils ne veulent pas reconnaître qu’on a été exposés pendant des années à l’amiante. Les électrofiltres à la sortie de la chaudière captent les poussières et quand il y a une fuite dans la chaudière, les ventilateurs aspirent l’eau, et ça fait des croûtes sur les électrofiltres. C’est arrivé plusieurs fois. Il fallait aller nettoyer des centaines de kilos, en tapant avec des manches de bois ou de plastique – qui brûlaient tellement il faisait chaud – mais on n’avait que des petits masques pour se protéger. »
L’amiante : « fantasmée » selon le directeur
Les ouvriers auraient souhaité des excuses de la direction. Ils n’ont même pas reçu leur fiche d’exposition à l’amiante… En 2017, le syndicat CGT a porté plainte contre X pour mise en danger des salariés. Sûr de son bon droit, l’actuel directeur de l’installation affirmait à Rue89 Strasbourg en septembre :
« L’amiante a été fantasmée dans le monde du travail. Cette méconnaissance a généré de l’anxiété. Les attestations d’exposition font l’objet d’une réglementation. Nous la respectons à la lettre. Nous avons fourni des attestations pour les Agents Chimiques Dangereux (ACD) mais pas pour l’amiante. »
Lors du désamiantage, experts et inspecteur du travail ont alerté la direction sur les risques du maintien de l’activité en parallèle de ces travaux en septembre 2015. Ces recommandations ne seront appliquées qu’après un grave incendie, le 25 septembre 2015. Ainsi l’Unité d’incinération des ordures ménagères (UIOM) cesse de tourner en 2016. Une autre phase délétère commence alors pour l’usine d’incinération Sénerval…
Extrait du rapport « Sénerval. Exposition des salariés au risque amiante et suivi des chantiers de désamiantage. Expertise CHSCT » datant de décembre 2016. Photo : Document remis
Une activité partielle mal organisée
La direction de Sénerval a mal préparé la période d’activité partielle. Transférés sur le site de la Plateforme Mâchefer (PTM), beaucoup d’ouvriers n’ont pas de poste précis. Ils ne travaillent qu’une semaine sur deux, ou trois. Mais les sept jours travaillés sont éprouvants tant les salariés se sentent inutiles. Le rapport du cabinet Technologia parle de « bore-out », un syndrome d’épuisement professionnel. Pendant ce temps, ces hommes livrés à eux-mêmes entendent parler de « centaines de kilos d’amiante retirés » de l’usine. Pas de quoi les rassurer…
Extrait du rapport « Expertise CHSCT. Risques psychosociaux à la Plateforme Mâchefer », datant de juin 2018. Photo : Document remis
« Guerre entre direction et ouvriers »
Le rapport Technologia de juin 2018 décrit une « atmosphère sociale étouffante et insoutenable pour certains. » Des anciens salariés n’hésitent pas à parler de « guerre entre la direction et les ouvriers ». D’un côté, les anciens salariés font bloc et boycottent les cadres (refus de dire bonjour, dos tourné pendant des réunions…). De l’autre, « l’encadrement supérieur, dont les membres (…) ont tendance à laisser s’exprimer des marques de virilité exacerbées (provocations physiques, rodomontades) », note l’expertise, qui concluait en ces termes : « La situation de chaos actuelle ne pourra pas perdurer encore trop longtemps. »
« Radicalisation des défenses collectives »
Dans ce « combat sans merci où chaque groupe accuse l’autre des maux les plus durs », un petit groupe pris entre deux feux souffre énormément. Le rapport sur les risques psychosociaux estime que ces ouvriers n’appartenant à aucun clan subissent « la peur liée à l’éviction du groupe, (…) la peur de l’avenir de l’usine et la tension éthique liée au conflit de loyauté entre le groupe ouvrier et la direction. »
Face à une « radicalisation des défenses collectives », les experts notent deux issues possibles :
« Une fermeture du site ou des licenciements de masse ne sont pas totalement à exclure compte tenu des enjeux liés au redémarrage de l’usine qui coïncident également avec des élections politiques concernant l’EMS au premier semestre 2019. »
L’Eurométropole de Strasbourg informée
Rue89 Strasbourg a pu se procurer un enregistrement d’une réunion entre des salariés de l’usine et plusieurs responsables de l’Eurométropole de Strasbourg. La collectivité est en effet propriétaire de l’incinérateur et responsable de sa délégation de service public. Le 5 juin 2018, Serge Foresti, directeur général adjoint de l’Eurométropole, rétorquait ainsi aux appels à l’aide des employés :
J’entends votre alerte. J’entends les questions que vous posez. (…) Le fonctionnement des instances relève de l’entreprise, et pas de la collectivité. Chacun dans son rôle, sinon il n’y arrivera pas.
Extrait de la réunion d’information du 5 juin 2018 organisée par l’Eurométropole de Strasbourg sur le redémarrage de l’incinérateur. (Document remis)
Le directeur général adjoint de l’Eurométropole de Strasbourg renvoyait ainsi le problème social à Sénerval vers les instances étatiques, notamment l’Inspection du travail. Les délégués du personnel CGT ont en effet sollicité cette instance à de nombreuses reprises. Selon nos informations, l’inspectrice en charge du dossier Sénerval à la Direccte croulait sous les mails, les attestations de témoins et les déclarations de « danger grave et imminent » (sept entre novembre 2017 et avril 2018).
Contactée, l’Inspection du travail a assuré du suivi « des licenciements disciplinaires (…) y compris pour les salariés protégés et autres ruptures de contrats. » Elle affirme aussi que plusieurs attestations de témoins, accusant notamment la direction de propos racistes, ont été partiellement dictées par des représentants du personnel. L’un des auteurs de ces témoignages a admis une partie de mensonge dans sa déposition. Plusieurs délégués CGT ont nié les faits, pointant du doigt des pressions de la direction et un abandon des ouvriers par l’Inspection du travail.
Un tiers des salariés poussé vers la porte
La direction de l’usine a finalement choisi de se débarrasser d’un tiers de la soixantaine de salariés. Parmi la dizaine de licenciements, plusieurs concernent des délégués du personnel et des ouvriers historiques. Ayant connu plus de cinq directeurs successifs, les « anciens » pensaient avoir l’expérience et la légitimité nécessaires pour dénoncer le manque de formation, une maintenance insuffisante de l’installation ou des erreurs de planning et de paiement des heures supplémentaires. Huit autres personnes ont demandé des ruptures conventionnelles.
Extrait du rapport « Expertise CHSCT. Risques psychosociaux à la Plateforme Mâchefer », datant de juin 2018. Photo : Document remis
Des nouveaux employés à former
Aujourd’hui, la direction doit gérer les conséquences de cette décennie de mauvaise gestion des risques physiques et psychologiques. Thierry Provendier affirme que le recrutement de nouveaux employés a été « difficile, compte-tenu d’un marché de l’emploi où il est compliqué de trouver toutes les compétences. » Selon lui, le groupe Séché a ainsi du investir 145 000 euros dans la formation de nouveaux techniciens de l’usine. « Mais ce n’est pas assez, reconnait le directeur de l’établissement, ce qui donne des connaissances, c’est l’expérience… »
Parmi les employés historiques restants, certains dénoncent le manque de compétences au sein de l’usine. Julien en décrit les conséquences :
« Des électriciens sans formations adaptées ne portent pas les protections adéquates. Il y a peu, un nouveau a pété un pont roulant, une pièce essentielle pour gérer les déchets dans la fosse. Coût des dégâts : plus de 100 000 euros… »
« Je ne vais pas rester et risquer ma vie »
Un autre ouvrier interrogé se réjouit de recevoir enfin des équipements de protection individuelle « après avoir bataillé pendant plus d’un mois. » Rémi, qui a tenu à garder l’anonymat, comme tous les ouvriers de l’usine, confie à Rue89 Strasbourg :
« Parmi les nouveaux, aucun n’ose se plaindre. Certains ne dénoncent pas les fuites qu’ils observent, parce qu’ils ont peur d’être tenus pour responsables. Les anciens, jamais ils n’auraient réagi comme ça. Tous les anciens qui l’ouvraient pour leur sécurité, ils sont partis. Moi je vais pas rester ici, je vais pas risquer ma vie, j’en peux plus. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Alain Fontanel a officialisé mardi sa candidature à la mairie de Strasbourg. Il briguera l’investiture de La République En Marche (LREM) lors des élections municipales de mars.
Alain Fontanel (LREM) a officialisé sa candidature aux élections municipales de Strasbourg ce mardi midi, au Café Bâle. Le premier adjoint au maire avait initié une démarche en ce sens en juin 2019 et l’éventualité de sa candidature pour succéder à Roland Ries était évoquée depuis au moins 2014.
Venu des rangs socialistes, Alain Fontanel a rejoint En Marche en juin 2017, à la fin de la campagne des élections législatives. Il espère obtenir dans les semaines qui viennent l’investiture du mouvement présidentiel, même si les élections municipales risquent d’être tendues pour le parti au pouvoir. Strasbourg fait parti des rares métropoles que LREM espère gagner sous ses « propres couleurs », sans passer par des alliances et soutiens aux sortant.
« Ma candidature s’adresse d’abord aux Strasbourgeois. Il m’appartient ensuite de rassembler ma famille politique, dont je revendique le soutien, et au-delà », a répondu Alain Fontanel lors d’un échange avec les journalistes. La commission d’investiture se réunit les lundis soirs, dont hier où elle a notamment désigné l’ancien ministre et maire sortant Gérard Collomb à Lyon.
L’actuel premier adjoint au maire s’était tenu jusqu’à présent à bonne distance du parti présidentiel et rien dans sa démarche d’écoute n’était relié à LREM, ce qui avait le don d’agacer certains de ses camarades du parti…
Un goût certains pour les déguisements… et l’affichage Photo : montage PF à partir de Facebook, Twitter…
Alain Fontanel a appelé ses soutiens à soutenir financièrement sa campagne électorale via son site internet, AlainFontanel2020.eu.
Entre 200 et 300 personnes sont venus pour ce lancement de campagne. Parmi eux, des élus LREM venus de la droite ou du PS, ainsi que des membres du Modem ou des Radicaux. Il n’y avait en revanche pas de militants d’Agir, le petit mouvement de centre-droit dont l’ancienne maire et toujours opposante locale Fabienne Keller est fondatrice.
Pas encore de programme
Alain Fontanel n’a cependant pas présenté de programme mardi car, dit-il, « Strasbourg doit savoir s’adapter et réagir vite aux enjeux qui surgissent. » Dans son intervention de mardi, l’actuel premier adjoint a néanmoins pointé quelques « défis » comme les pics de pollution et de chaleur, conséquences d’un « manque d’espaces verts et de respiration d’un urbanisme mal maîtrisé. »
Il pointe également « l’augmentation des inégalités et la crise de l’habitat » et cherche à « apaiser l’espace public » pour permettre une « égalité des chances dans la cité. »
À 50 ans, Alain Fontanel est relativement nouveau en politique puisqu’il a rejoint l’équipe menée par Roland Ries qu’en 2008. Il en était alors l’adjoint en charges des Finances. En 2014, le maire le choisit comme son « dauphin » et le bombarde premier adjoint, en lui accolant le budget de la Culture, l’un des plus importants postes de dépenses de la collectivité.
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d’abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
Le compostage est la solution la plus en vue pour trier ses déchets verts mais les sites de proximité n’arrivent plus à accueillir de nouveaux habitants. Strasbourg et l’Eurométropole tentent d’organiser une économie circulaire. Mais peut-on gérer bénévolement tous les déchets verts des Strasbourgeois ?
Il est 8 heures du matin sur la place Arnold, près de l’avenue de la Forêt-Noire. Quatre bénévoles de l’association CompoStra attendent à côté de quatre gros cubes en bois, plein à ras bord des fanes de légumes, de marc de café, et autres coquilles d’œuf à des stades de décomposition plus ou moins avancés. L’hiver, les bacs ouverts dégagent des volutes de vapeur. La température peut atteindre les 60°C au cœur de cette biomasse grouillante et fumante.
Millefeuille végétalien Photo : Pierre Pauma / Rue89 Strasbourg
Une trentaine de bénévoles pour 600 foyers
La mission d’Éric, Claudine, Alain et Bernard : transférer le contenu des bacs dans le camion des espaces verts. Celui-ci emmènera ensuite le compost au jardin de l’Ameisenkoepfel, dans le quartier de l’Orangerie. Il pourra y poursuivre sa maturation, jusqu’à la prochaine distribution de compost. À elle seule, CompoStra brasse les déchets de 600 foyers, grâce à une trentaine de bénévoles.
Les bacs dégagent une légère odeur de fermentation, mais ils tiennent bon dans ce quartier plutôt propre de Strasbourg. Une volonté de l’ex-adjoint Olivier Bitz, quand la place Arnold a été rénovée en 2011. Eric Fries Guggenheim, qui préside CompoStra, était là dès les débuts :
« Dans un premier temps, les bacs étaient en libre-service. Mais il y avait beaucoup d’erreurs de triage, les gens mettaient aussi des restes de viande qui pouvaient attirer les rats. On a mis en place une permanence, pour contrôler ce qui est jeté dans les bacs. »
Le ramassage des déchets verts à la traîne
Dans les grandes métropoles, la récupération des déchets verts est à la traîne. Strasbourg a mis en place une expérimentation place Saint-Étienne avec un vélo cargo et une centaine de volontaires. Le même dispositif existe pour les restaurants avec Sikle. Mais pas de quoi extraire tous les déchets organiques, qui représentent en France 30% des déchets non-recyclés.
En revanche, le compostage de proximité bat son plein. Une trentaine de sites ont ouvert en quelques années. Le dernier en date s’est installé cour Saint-Nicolas. Les associations de compostage reçoivent de nouvelles demandes chaque semaine.
Une larve de cétoine, qui a colonisé le compost Photo : Pierre Pauma
« On refuse des adhésions »
Signe de l’engouement, le compostage n’intéresse plus seulement les jardiniers. Pour la présidente de l’association « Envie de Quartier, » Lilli Papaloïzos, la tendance s’est accélérée il y a environ trois ans. Seulement voilà, la plupart des sites arrivent à saturation :
« On n’a plus seulement un public de personnes âgées. On voit aussi des jeunes couples, des familles… Mais nous sommes obligés d’en refuser, parce que les sites sont pleins. En ce moment je conseille aux gens de se tourner vers les Halles, où un projet est en cours. »
Envie de Quartier envisage d’agrandir son site de collecte
place de Haguenau. En attendant, les associations refusent du monde. Le quota
de 54 foyers a également été atteint pour Vert Bordeaux, et les Compostiers du
Landsberg ne peuvent aller au-delà de leurs 80 adhérents. Même CompoStra, qui
mettait jusque-là un point d’honneur à ne pas refuser de nouveaux adhérents, a
dû mettre en place un quota pour un de ses sites, au Neudorf.
Un modèle qui repose sur le bénévolat
8h15 sur la place Arnold, le camion des espaces verts tant attendu n’est toujours pas là. Claudine s’impatiente : « C’était déjà le cas la dernière fois ! » Diplomate, Éric Fries Guggenheim appelle le service de la Ville de Strasbourg :
« Oui ce matin oui… Non il n’est pas venu… Vous n’avez plus de camion ? Non mais nous on est là madame, j’ai 3 bénévoles avec moi, ils n’ont pas toute la journée devant eux, ils ont du travail, comprenez ! … Dans une heure ? Bon. »
Éric Fries Guggenheim, le président de Compostra Photo : Pierre Pauma
Les grommèlements de Claudine trahissent toute la responsabilité qu’implique ces trois caisses en bois à vider. La Ville met le terrain à disposition, mais c’est aux associations de le gérer.
Un compost ne se fait pas tout seul. Il faut contrôler les intrants pour éviter les visites de rats, mélanger, vider les bacs tous les deux à trois mois. Une activité qui demande beaucoup de temps et une organisation logistique. « Pendant un moment, il a été question de nous faire payer la mise à disposition de la benne pour vider les bacs ! », se souvient Éric Fries Guggenheim. Une taxe qui ne dit pas son nom sur les citoyens qui ne demandent qu’à mieux trier ? Pas très écolo. « Heureusement, ça ne s’est pas fait. » Le camion arrive finalement vers 9 heures, le vidage des bacs peut commencer.
« On nous prend pour des agents de la ville »
Entre deux pelletées, Claudine évoque les rapports avec les adhérents. L’écart entre leurs exigences et la réalité sont palpables. Beaucoup oublient que le tout est géré bénévolement :
« Quand on vient ouvrir les bacs aux heures de collecte, on a parfois des usagers qui nous prennent pour des agents de la Ville. Et c’est à ce moment-là qu’on voit à quel point les gens les maltraitent. Faut voir ce qu’on se prend quand on explique aux gens que non, on n’accepte pas les peaux d’avocat ou les coquilles de noix entières, parce que ça prend trop de temps à se dégrader ! »
Entre les permanences pour les collectes et le vidage des bacs, les petites mains du compost ont de quoi s’occuper. Photo : Pierre Pauma
Même constat du côté de Lilli Papaloïzos, à Envie de Quartier. Si une bonne partie de la population est sensibilisée au tri, elle ne l’est pas encore à la fragilité du modèle du compostage de proximité. Elle regrette un comportement encore trop passif de la plupart des usagers :
« On reçoit souvent des mails de gens qui veulent s’inscrire. Quand on leur dit qu’il faut contribuer à tourner le compost ou à ramener de la matière sèche, même si ce n’est que 3-4 fois dans l’année, ça en refroidit quelques-uns. On est toujours dans une logique de consommateur, alors que nous on voudrait aussi créer du lien social ! »
Une économie circulaire à organiser
Pour faire un bon compost, il faut environ deux tiers de déchets verts, et un tiers de déchets bruns constitués de matière sèche (feuilles mortes, brindilles, litière végétale…). Pour s’approvisionner, Éric Fries-Guggenheim a trouvé la combine : un partenariat avec les Compagnons du devoir et l’ONF assure à CompoStra la quantité nécessaire de matière sèche. Quant aux débouchés pour le compost, ils sont tout trouvés :
« On organise des distributions de compost aux jardins familiaux de l’Ameisenkoepfel, où nous avons notre site de maturation. On arrive toujours à l’écouler, et nous n’arrivons d’ailleurs pas à satisfaire toute la demande. »
D’autres associations comme Les Compostiers du Landsberg, épandent leur compost dans les jardins partagés qu’elles gèrent.
Parmi les habitants du compost : les larves de mouche-soldat… … Et quelques souris Photo : Pierre Pauma
« On a perdu l’accès à la terre »
En revanche, il est plus difficile pour Envie de Quartier de se procurer de la matière sèche ou d’écouler le compost arrivé à maturité. Celui-ci pourra toujours nourrir la haie installée pour ne pas incommoder les voisins des bacs. Sur les pavés de la rue des Juifs, Lilli Papaloïzos se met à philosopher :
« Quand on voit à quel point c’est difficile de se procurer de la matière sèche ou de trouver des lieux où épandre le compost produit, on se rend compte à quel point on a perdu l’accès à la terre. »
Un collectif et une réponse des élues
Pour faire part de leurs difficultés à gérer l’afflux de demandes et l’intendance, les sites de compostage se sont rassemblés dans un collectif baptisé « RéSCUP ». Ils ont rencontré Christel Kohler, adjointe au maire (LREM) responsable de l’environnement et des espaces verts et Françoise Bey, vice-présidente (PS) chargée de la gestion des déchets à l’Eurométropole. Christel Kohler propose de mieux organiser la filière, pour que les sites ne manquent ni de matière sèche, ni de débouchés :
« Je leur ai proposé de mettre en place une carte qui matérialise les différents espaces verts, jardins partagés et jardins familiaux qui pourraient les approvisionner en matière sèche. On est en train de recenser tous ces endroits pour construire un maillage pertinent. »
En revanche, il n’y aura pas de tournée de la part des agents des espaces verts pour fournir de la matière sèche à tous les sites de compostage. « Pour ça, il faudrait une indemnité de l’Eurométropole… »
En maturation, le compost peut atteindre 60°C. Photo : Pierre Pauma
Le modèle du compostage bénévole est-il en train d’atteindre ses limites ? En plus de son plan Climat 2030, l’Eurométropole devra se soumettre d’ici 2023 à la directive européenne relative aux déchets, qui prévoit que la France mette en place un tri des déchets à la source.
De l’aveu de Christel Kohler comme des associations, le bénévolat ne permettra pas de généraliser le tri des biodéchets. En fonction des sites de compostage, on compte entre 10 et 15 foyers qui se partagent un bac. À l’échelle de l’Eurométropole, cela représenterait 15 000 bacs à installer.
Le maire Roland Ries propose que la Ville de Strasbourg reprenne la compétence du Rhénus, si l’Eurométropole ne souhaite pas garantir l’emprunt du projet d’ici novembre.
Quand la communication entre élus devient compliquée dans les étages du centre administratif, les dirigeants s’interpellent via les médias et l’opinion publique. Le concours public au financement de la transformation du Rhénus Sport en Arena pour la SIG était l’objet d’une conférence de presse lundi avec le maire Roland Ries (PS), entouré trois adjoints et adjointes (Serge Oehler en charge des Sports, Nicole Dreyer en charge du Quartier Robertsau-Wacken et le premier adjoint Alain Fontanel, en charge du quartier d’affaires Archipel).
Dans les précédents épisodes, le président de l’Eurométropole, Robert Herrmann (PS), a fait part de ses doutes sur la viabilité économique du projet d’agrandissement du Rhénus Sport (6 000 sièges) en « Arena » de 8 000 places. Par conséquent, il estime que la garantie d’emprunt consentie par la collectivité à hauteur de 6,5 millions d’euros pourrait se transformer en subvention déguisée, en plus de 3,9 millions déboursés par l’agglomération (pour 17,1 millions d’argent public au total, répartis avec la Ville, le Département et la Région).
Roland Ries demande un transfert
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Six militants anti-GCO avaient affiché des banderoles sur un pont au dessus de l’autoroute A4 à Mundolsheim le 25 avril lors d’un mini-rassemblement déclaré. Trois d’entre eux ont été poursuivis pour « rassemblement interdit », mais le tribunal a estimé ce 14 octobre que l’interdiction de manifestation envoyée la veille était non-conforme.
19h37, le 24 avril, Marcel Kuhn, opposant convaincu à la construction de l’autoroute payante du Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg, reçoit un mail de la part de la municipalité de Mundolsheim : la manifestation censée se tenir le lendemain matin à partir de 7h est interdite pour des raisons de sécurité. Cet ancien secrétaire de mairie à la retraite reconnait immédiatement la non-conformité d’un tel arrêté, communiqué trop tard, uniquement à lui et affiché nulle part.
Avec Patrick Oudhart, policier à la retraite, anciennement en charge de la sécurité dans les manifestations, et Elisabeth Dupeux, conseillère conjugale et ancienne gréviste de la faim contre l’autoroute payante, ils avaient déclaré ce mini-rassemblement dans les délais. Les anti-GCO avaient déjà réalisé 22 événements similaires. Ceux-ci s’intitulent « action pont » et plusieurs étaient prévues ce jour-là. Le principe est d’afficher des banderoles sur un pont au dessus des autoroutes A4, A35 ou A351, le matin à l’heure de pointe, « pour sensibiliser les automobilistes aux divers problèmes que causera le GCO. »
Les anti-GCO avaient réalisé des « actions pont » 22 fois avant le 25 avril 2019. Photo : GCOnonmerci / Rue89 Strasbourg / cc
Le 25 avril au matin, ils décident tout de même de manifester à Mundolsheim, tout comme d’autres opposants se rendent à Ostheim (Haut-Rhin) près de Colmar qui n’a pas pris d’arrêté de la sorte. Quelques minutes après leur arrivée, des gendarmes présentent l’arrêté municipal aux six militants sur place. Les activistes se conforment aux instructions des forces de l’ordre et décident de partir. Les gendarmes arrêtent tout de même les trois personnes qui ont déclaré le rassemblement. La procureure décide de les poursuivre.
Relaxés mais pas indemnisés
Mardi 14 octobre, selon des témoignages de personnes présentes dans la salle d’audience au tribunal correctionnel, Florence Dole, l’avocate des anti-GCO, insiste immédiatement sur la non-conformité de l’arrêté municipal. Elle soutient également que « la liberté de manifester est fondamentale et que seules des raisons valables peuvent empêcher un rassemblement de ce type. Il n’y avait aucun trouble à l’ordre publique et aucun problème de sécurité. »
Quand vient le tour de la représentante de la procureure, elle reconnait l’irrégularité de la notification. Elle plaide la relaxe collective pour les deux motifs de poursuites, le délit « d’organisation de manifestation interdite », ainsi que l’affichage de banderoles sur les gardes corps d’un pont. Elle précise néanmoins que ces banderoles peuvent déconcentrer les automobilistes. Me Dole rétorque qu’il s’agit d’un moment de la journée où les véhicules sont quasiment à l’arrêt.
Comme la procureure, elle demande logiquement la relaxe de ses clients, mais aussi une indemnisation à hauteur de 500 euros par prévenu pour les frais engagés à cause de la poursuite. Le délibéré est prononcé immédiatement : l’arrêté qui interdisait la manifestation est annulé et les militants sont relaxés. En revanche l’indemnisation est refusée.
À l’issue de l’audience, Me Florence Dole insiste sur l’aspect « politique » des poursuites :
« Les mairies ont pris un tel arrêté à cause de leur position sur le GCO (Vendenheim avait pris un arrêté similaire notifié plus tôt, aucune manifestation ne s’était tenue). Les poursuites sont aussi politiques, pour décourager les manifestants en Alsace. Elles ont eu lieu quelques jours après la promulgation de la loi dite « anti-casseurs ». »
L’avocate des militants anti-GCO ajoute « se réserver le droit de faire appel » pour obtenir l’indemnisation de ses clients.
Selon les premiers éléments, des jeunes se sont introduits dans la cour de ce collège de Koenigshoffen et ont perturbé les cours en écoutant de la musique. Une professeure est alors intervenue pour les faire sortir et c’est à ce moment là que l’un des jeunes a sorti un pistolet et menacé l’enseignante. France 3 Alsace précise qu’on ne sait pas si l’arme était factice et que les jeunes sont finalement sortis d’eux-mêmes.
#PasDeVague
Alerté, le Rectorat choisit de ne pas communiquer, fidèle au dogme #pasdevague qui sévit dans l’Education nationale lorsque l’institution est confrontée à des faits de violence, d’intimidation, d’épuisement ou plus généralement lorsqu’elle est dans l’incapacité de mener ses missions à bien.
Puis mardi 14 octobre, le Rectorat s’est ravisé en dévoilant un dispositif mis en place suite à l’agression de l’enseignante. Une assistante sociale a été dépêchée sur place l’après-midi même pour évaluer les besoins des personnels et des élèves. Ces derniers ont eu accès à une cellule d’écoute. L’établissement a aussi été doté d’un visiophone pour empêcher ce type d’intrusion.
Le Rectorat a aussi décidé de pérenniser des moyens supplémentaires pour le collège Jacques Twinger :
« L’assistant d’éducation supplémentaire implanté à titre provisoire en 2018-2019 a été renouvelé pour l’année 2019-20 pour renforcer le service vie scolaire. Et un second assistant d’éducation supplémentaire a été octroyé à l’établissement pour cette rentrée. (…) Un inspecteur Etablissements et Vie Scolaire a été nommé pour accompagner les Conseillers Principaux d’Education. »
Le collège Jacques Twinger à Koenigshoffen Photo : Google Maps
Une partie de l’équipe pédagogique, traumatisée, et les représentants des parents d’élèves choisissent tout de même d’alerter le public, comme le rappelle Florence Gotesman, enseignante de français, à France 3 Alsace :
« On travaille dans un établissement difficile, on côtoie la violence régulièrement. Mais ce n’est plus supportable. Nous avons eu un moment de sidération puis nous avons réalisé qu’un enseignant venait de se faire braquer au sein même du collège ».
Selon les témoignages recueillis par France 3 Alsace, la situation est tendue dans ce collège en raison d’un manque de moyens humains et logistiques, face à des besoins en augmentation, en raison notamment de l’accroissement de la population du quartier.
L’équipe éducative et les parents d’élèves organisent mardi 15 octobre une opération « collège mort » pour dénoncer cet acte de violence et réclamer la création d’un second collège à l’ouest de Strasbourg.
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