Le collectif « Entendre, croire, agir » organise une soirée « Balance ton boss » mardi 28 mai. L’objectif : soutenir les femmes victimes de harcèlement sexuel au travail, après les exemples à la Maison des associations de Strasbourg.
« Sortir les victimes de harcèlement sexuel de leur solitude. » C’est l’ambition du collectif « Entendre, croire, agir ». Le groupe s’est constitué suite aux révélations de Rue89 Strasbourg sur le harcèlement sexuel de plusieurs salariées de la Maison des associations de Strasbourg. Mardi 28 mai, les militantes organisent une soirée « Balance ton boss » au FAT, un bar situé au à la Krutenau. Les objectifs sont multiples, comme l’explique Louise Battisti :
« Cette soirée, c’est une célébration du chemin déjà parcouru par les victimes de la Maison des associations. Elles ont eu le courage de dénoncer les agissements du directeur et de porter plainte. Il y a aussi l’idée de mettre fin à l’isolement des femmes harcelées en les sortant de l’anonymat. Le soutien aux victimes prend corps en les rencontrant. Enfin, il s’agit de montrer à d’autres victimes qu’un collectif de soutien existe, que non, elles ne sont pas responsables de ce qui leur arrive. »
« Combattre le sexisme » Photo : Kecko / FlickR / cc
Soutenir les victimes à chaque étape
Pour les fondatrices du collectif, les victimes de harcèlement sexuel ont besoin d’un réseau identifié de soutien et d’écoute à Strasbourg. « Entendre, croire, agir » veut mettre fin à cette lacune et organise une réunion par mois. Aurélie, autre cofondatrice du groupe, détaille :
« Ces moments doivent permettre de libérer la parole, d’introduire un décryptage politique de la situation. Il faut aussi soutenir les victimes à chaque étape : identifier l’agression, décider d’agir, porter plainte, suivre la procédure judiciaire… C’est un très très long processus. »
Selon une enquête du Défenseur des droits, publiée en mars 2014, 20% des Françaises actives ont été confrontées à une situation de harcèlement sexuel au cours de leur vie professionnelle. Mais d’après le groupe « Entendre, croire, agir », il y a un manque de Strasbourgeois formés pour écouter les femmes harcelées sexuellement ou victimes de viol. La cofondatrice du collectif a dû se rendre à Paris pour suivre une formation du Collectif féministe contre le viol. Car pour Louise Battisti, c’est sûr, « il y a d’autres victimes à Strasbourg. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Du 6 au 23 juin, le festival Contre-Temps va ambiancer quelques lieux sympas de Strasbourg, dont les nouvelles Halles Citadelle. Nombre de rendez-vous sont gratuits, certains sont déjà complets mais voici quand même de quoi tenter votre chance pour trois soirées groovy.
Comme tous les ans à Strasbourg, Contre-Temps annonce l’été, avec un florilège de beats et de sonorités électro délicatement choisies. La billetterie est ouverte et voici de quoi tenter votre chance.
Teaser de Contre-Temps 2019
Contre-Temps met en jeu trois places pour trois soirées du festival, qui se déroule du 6 au 23 juin dans une douzaine de lieux à Strasbourg, dont la Laiterie, les Halles Citadelle et sur les péniches de Batorama.
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d’abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
Photo : Crédit Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc
Une personne sans-abri, qui a participé à la manifestation samedi en hommage à un réfugié afghan qui s’est suicidé, est ressortie blessée du commissariat de police de Strasbourg. Il avait été interpellé après avoir vocalisé sa révolte en tête de cortège.
« On a un ami qui est mort ce matin ! », déclare Edson avec son mégaphone, les larmes aux yeux sur la place de la Gare. Une centaine de personnes sont rassemblées ce samedi 25 mai vers 17h, suite à la découverte le matin même, du corps d’Habib. Cet Afghan de 21 ans a mis fin à ses jours aux abords du camp de réfugiés du parc du Glacis où il vivait. Edson vit aussi dans une tente mais il est en situation régulière et a déjà pu travailler. Il était le voisin de tente d’Habib.
Une centaine de personnes se sont rassemblées place de la Gare en hommage au jeune afghan qui a mis fin à ses jours. (photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc)
Le groupe décide rapidement de déambuler dans les rues de Strasbourg, vers le centre-ville. Les manifestants, dont la majorité sont des réfugiés, cherchent à témoigner de leurs conditions de vie, sans solution d’hébergement ni possibilité de travailler. Plusieurs fourgons de police suivent le groupe de près.
Le rassemblement s’est transformé en manifestation au centre-ville. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc
« Ça ne m’étonne pas, ils pètent les plombs. »
Edson, particulièrement touché par cette situation, prend régulièrement la parole, au sein du cortège :
« Il y a des familles entières qui dorment dehors, avec des enfants qui ont 40 de fièvre. Ce sont des associations, souvent des bénévoles, qui trouvent des solutions. L’État ne fait rien. Habib avait fait une demande pour apprendre le français. Il avait beaucoup de bonne volonté, mais personne ne lui a tendu la main. Hier encore il demandait de l’aide, il a appelé le 115 plusieurs fois. Il était en détresse. »
Edson s’est particulièrement impliqué dans la manifestation en hommage à Habib (vidéo TV / Rue89 Strasbourg)
La manifestation prend ensuite la direction de l’Accueil Halte Bayard, dans lequel le jeune afghan se rendait souvent avant une restriction de ses capacités d’accueil. Environ 10 personnes entrent dans le bâtiment et jettent des chaises par terre. Edson reste dehors et commente la scène :
« Ça ne m’étonne pas, ils pètent les plombs. On le voyait tous les jours Habib. On se dit vraiment que tout le monde se fiche de nous, même quand il y a des morts. »
La police est rapidement intervenue pour encercler le groupe de manifestants. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc
Après le commissariat, les urgences
La police, qui avait pris un peu de distance, arrive très rapidement sur place. Wilson, Larsen, David et Edson sont arrêtés et emmenés à l’hôtel de police. Le lendemain, dimanche 26 mai, Edson en ressort blessé. Il témoigne :
« C’est quand on était au commissariat qu’ils nous ont dit qu’on était là pour “dégradation de biens publics.” J’ai demandé qu’ils appellent mon avocat. Ils ne l’ont pas fait. J’attendais tout seul dans un couloir, et là, un policier s’est approché de moi en me disant : “Tout l’après-midi, t’as dis de la merde !” Là j’avoue, je me suis énervé, je leur ai dit qu’un ami à moi était mort et que j’avais le droit de m’exprimer. Après ça, ils sont venus à trois. L’un d’entre eux m’a plaqué contre le mur et m’a soulevé par la gorge avec sa matraque. Ensuite ils m’ont mis à terre et frappé à plusieurs reprises. Puis ils m’ont mis en cellule en me disant de faire comme si rien ne s’était passé. »
Edson passe la nuit à l’hôtel de police en « tremblant de peur. » Après sa sortie dimanche, il s’est rendu aux urgences de l’hôpital de Hautepierre. Le médecin de garde a constaté des douleurs et a quantifié une incapacité totale de travail de 5 jours. Il souffre d’une entorse du genou, de douleurs à la gorge et doit faire des examens complémentaires pour une suspicion de blessures aux côtes.
« Il est en état de choc »
Edson marche maintenant avec des béquilles à cause d’une entorse provoquée par les violences policières qu’il a subi. Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg / cc
Rencontré, lundi 27 mai, au campement du parc du Glacis, Edson marche avec des béquilles et parle avec la voie enrouée. Gabriel Cardoen, de l’association « D’ailleurs nous sommes d’ici » ne sait pas comment la situation va évoluer :
« Il est en état de choc. Je ne pense pas qu’il puisse y avoir des poursuites contre lui, il n’était pas présent à l’intérieur du bâtiment lors des dégradations. Les policiers l’ont d’ailleurs relâché sans aucune convocation. En gros, ils l’ont frappé parce qu’il s’est impliqué dans une manifestation en hommage à son voisin de tente… »
« Aucune violence particulière » selon la police
De son côté, la police nationale indique qu’Edson a été appréhendé avec deux autres personnes, placé en garde à vue puis relâché après qu’il ait été établi que l’infraction était « insuffisamment caractérisée » :
« M. Edson a vu un médecin avant son placement en garde à vue comme il est d’usage. Il ne ressort pas des éléments de la procédure que des violences aient dû être appliquées contre lui. En outre, lors de son audition, dimanche à 9h, aucune remarque n’a été faite concernant les conditions de sa détention, en présence de son avocat. »
Le campement du Glacis regroupe 80 à 100 personnes depuis plusieurs mois. D’après Florian, également membre de « D’ailleurs nous sommes d’ici », plusieurs d’entre eux nécessitent un suivi psychiatrique. Pour le moment, la Ville de Strasbourg n’a pas fourni de toilettes ni d’accès à de l’eau potable, malgré les demandes récurrentes des bénévoles et une situation sanitaire qui se dégrade.
La Ville de Strasbourg a opté pour la « vidéo-verbalisation » des conducteurs. Depuis avril, les agents de la police municipale utilisent une partie des caméras de vidéo-surveillance pour détecter et verbaliser les véhicules mal garés, sans bouger de leur bureau.
C’est le rêve humide de l’agent Longtarin : sanctionner immédiatement les conducteurs en infraction sans même avoir à se déplacer. La Ville de Strasbourg l’a fait. Depuis deux mois, les agents de la police municipale utilisent les caméras du service d’informations routières de l’agglomération (Sirac) pour détecter les infractions au Code de la route et verbaliser directement les conducteurs.
La vidéo-verbalisation permet de constater une infraction au Code de la route et d’envoyer une amende en quelques minutes (vidéo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Cette mesure permet la constatation d’une infraction par vidéo interposée. Elle fait automatiquement appel au fichier des immatriculations pour trouver et sanctionner le conducteur. Un processus rendu possible grâce à une évolution du Code de la route en 2008, et notamment des articles L121-1, L121-2, L121-3 et R121-6. Une série d’infractions, surtout relatives au stationnement sur la chaussée, peuvent être vidéo-verbalisées. Strasbourg en a choisi trois : le stationnement interdit et gênant (135€ l’amende), la circulation sur des couloirs réservés (bus, vélos… 135€ l’amende aussi), et dans un second temps, le non-respect des sas dédiés aux vélos devant certains feux rouges (amende à 35€).
Le centre d’informations routières de l’agglomération de Strasbourg (Sirac) où arrivent les images du système de vidéo-surveillance du trafic. Photo : PF / Rue89 Strasbourg
L’agglomération est émaillée par 200 caméras du Sirac et 400 caméras dédiées à la sécurité. Ce ne sont que les caméras du Sirac qui sont utilisées pour la vidéo-verbalisation, et seulement celles situées sur le ban communal de Strasbourg, soit tout de même 143 caméras.
La mesure a été votée lors du conseil municipal d’octobre 2018, qui prévoit un budget annuel de 100 000€ pour moderniser et étendre le périmètre surveillé, et elle est testée depuis avril par la police municipal. La moitié des 154 agents ont été formés à la vidéo-verbalisation, afin d’assurer une veille permanente en journée. La police municipale précise qu’elle sera désormais en mesure de répondre beaucoup plus rapidement aux signalements.
Les espaces concernés par la vidéo-verbalisation sont signalés par une centaine de petits panneaux bleus, indiquant qu’il s’agit d’une zone à la fois sous vidéo-surveillance et vidéo-verbalisation. La Ville de Strasbourg veut rester discrète quant à ces espaces, mais il s’agit pour l’essentiel des grands axes de circulation comme l’avenue de Colmar, la route du Rhin, l’avenue des Vosges, etc.
Le Rassemblement national reste en tête des suffrages en Alsace. Mais derrière, la droite est balayée par « La République En Marche », tandis que les écologistes profitent de ce marasme pour un retour triomphant.
Déjà vainqueur des élections européennes en 2014 (27,21%), le Front national devenu Rassemblement national garde sa première place alsacienne, cinq ans après. Le parti d’extrême-droite totalise un peu plus de voix (154 630 contre 141 397), mais affiche un pourcentage en recul (24,66%) suite au regain de participation (51% contre 41,95% en Alsace en 2014) comme partout en France.
La formation de Marine Le Pen devance de peu « La République en Marche » (22,99%, 144 188 voix) qui prend plus ou moins la place historique qu’occupait la droite jusque-là dans la région (24,29% et 126 200 voix en 2014). Elle confirme au passage son bon score des législatives de juin 2017 (106 000 voix au premier tour, devant la droite déjà).
Car le principal enseignement de ce 26 mai en Alsace est l’effondrement spectaculaire de la droite dans un de ses bastions. Incarnation de cette explosion, Anne Sander, 8e sur la liste « Les Républicains » ne sauve son siège au Parlement européen que de justesse.
Anne Sander réagit à l’annonce des résultats et fustige le duel annoncé qui excluait les Républicains (vidéo GK / Rue89 Strasbourg)
Quatrième, la droite fait à peine mieux en Alsace (9,1%, 57 330 voix) que dans le reste de la France (8,3%). Là aussi, c’est une mini-révolution.
Yonas Eshete, président des Jeunes Républicains du Bas-Rhin, réagit à l’annonce des résultats des élections européennes de 2019. (vidéo GK / Rue89 Strasbourg)
Le podium des Verts
À gauche, c’est Europe Écologie Les Verts (EELV) qui s’en sort le mieux et accède au podium avec panache (14,1%, 92 948 voix), soit un peu mieux que son bon score national (13,2%). C’est néanmoins un peu moins que lors de son résultat historique des élections européennes de 2009 (16,88%, mais 78 829 voix). Autre grosse surprise alsacienne, la formation verte remporte la majorité des voix dans une quinzaine de communes, dont Schiltigheim, plus quelques égalités, soit environ le double de la droite (8). Une pointe à 45% est enregistrée à Kolbsheim, commune symbole de l’opposition à l’autoroute du Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg. Le maire Dany Karcher figurait en fin de liste.
Européennes ou pas, l’Alsace n’a pas pour habitude d’éjecter la droite du podium Photo : GK / Rue89 Strasbourg
Marcheurs des villes et nationalistes des champs
La République en Marche (LREM) remporte la majorité dans toutes les principales villes d’Alsace (Haguenau, Wissembourg, Saverne, Strasbourg, Mulhouse, Colmar) à l’exception de Saint-Louis (RN) et Schiltigheim (EE-LV) donc. Mais le RN cartonne dans les vallées vosgiennes et les plus petites communes périphériques (voire notre carte détaillée).
Passé ce quatuor, les autres listes peinent à peser. La liste Debout la France menée par Nicolas Dupont-Aignan (4,92% contre 3,4% en France) passe tout juste devant l’alliance Parti socialiste / Place publique (4,7% contre 6,6% en France). La France insoumise (4,2% contre 6,6%), qui avait pourtant enregistré une forte montée en puissance en 2017, se classe 7ème juste devant ce qu’il reste de l’UDI (2,8%) et les animalistes (2,6%).
Le prochain scrutin sont les élections municipales en mars 2020. Même si ces résultats ne peuvent être transposés compte tenu des dynamiques et spécificités de chaque commune, cette hégémonie de La République en Marche devrait amener certains maires de droite à s’interroger sur les stratégies d’alliances à mener.
Le RN encore plus fort dans le Grand Est
À l’échelle du Grand Est, le Rassemblement national est largement en tête avec 28,21% des voix, devant La République en Marche (20,6%), Europe Écologie Les Verts (11,95%) et Les Républicains (8,30%). Des résultats qui devraient questionner la majorité LR-Modem-UDI, à l’heure de réfléchir tout doucement à la constitutions des futures listes. Les régionales sont programmées dans moins de deux ans. D’ailleurs le président de région Jean Rottner (LR) n’a pas produit de réaction dans la soirée comme il est d’usage.
Au restaurant Zuem Strissel, les militants du Rassemblement national se sont retrouvés pour fêter leur victoire aux élections européennes. Pour eux, leur score prouve le rejet de la politique d’Emmanuel Macron. Prochaine étape : les municipales de 2020.
« Si on gagne, on commande du champagne, mais si on perd, on rentre chez nous ! », lance Thibault Gond-Manteaux, délégué départemental RN, aux militants attablés au restaurant Zuem Strissel, place de la Grande-Boucherie. Il est 19h50, dimanche 26 mai. Et 10 minutes plus tard, tous vont trinquer pour fêter leur victoire. Après plusieurs minutes d’euphorie, Thibault Gond-Manteaux improvise un discours face aux membres du RN présents :
« Nous avons gagné, mais ne nous reposons pas sur nos lauriers. La prochaine étape, c’est les municipales de 2020, puis en 2022, on prendra le pays ! En attendant, on a réussi à abattre les Républicains et on a battu Macron, donc on peut s’applaudir ! »
Le stress des résultats a vite été remplacé par l’euphorie de la victoire Photo : CL / Rue89 Strasbourg
Macron, « il est méprisant »
Pour les militants RN, cette victoire est un « vote anti Macron ». Sylvie, membre du parti venue avec son fils pour la soirée, estime que le RN est le seul parti qui peut faire la différence :
« Il faut que la politique en France change, et le RN, c’est la seule alternative concrète à Macron. Cet homme, il est méprisant, on dirait qu’il n’a pas de sentiments. On ne veut pas de lui au pouvoir. Et plus on a de sièges au Parlement européen, plus on peut changer les choses. »
Les militants du RN ont suivi les résultats toute la soirée au restaurant Zuem Strissel Photo : CL / Rue89 Strasbourg
Thibault Gond-Manteaux voit aussi dans cette victoire comme l’occasion d’envoyer un signal à Emmanuel Macron :
« Ce vote montre que les Français sont inquiets et ne veulent pas que Macron poursuive sur la même lignée. C’est une manière de sanctionner sa politique ultra libérale, alors qu’il est en train de brader les dernières richesses du pays. »
Le moment de l’annonce des résultats… (vidéo CL / Rue89 Strasbourg / cc)
« J’ai enfin l’impression de ne pas avoir travaillé et sué pour rien »
Entre deux parts de tarte flambée, les militants se félicitent de cette « très belle campagne ». Jean, 70 ans, vote RN depuis 20 ans. Comme les autres adhérents, il est optimiste vis-à-vis des municipales de 2020 :
« En 2014, pour les municipales, on avait déjà fait un pas immense. En 2020, on devrait faire encore mieux. Je ne veux pas me faire d’illusions non plus, mais je suis optimiste. J’ai enfin l’impression de ne pas avoir travaillé et sué pour rien. »
Alain Gnaedig, conseiller régional RN, est venu saluer les adhérents Photo : CL / Rue89 Strasbourg
Deux tables plus loin, certains militants s’imaginent déjà Marine Le Pen présidente en 2022, comme Marc, 36 ans :
« Je soutiens le RN depuis 10 ans et nos efforts ont enfin payé. Ce résultat, c’est un signe. Quand Le Pen deviendra présidente, elle va changer les choses, c’est sûr ! »
Une plainte pour fraude contre le maire de Wihr-au-Val
Dans le restaurant, l’ambiance est détendue. Dès que la tête de Daniel Cohn-Bendit apparaît à la télé, tout le monde s’esclaffe. Quand Jordan Bardella parle, tous applaudissent, un militant propose même aux autres de chanter la Marseillaise. Pourtant, quelques heures plus tôt, le stress se faisait encore sentir. Thibault Gond-Manteaux suspecte une fraude à Wihr-au-Val :
« On a porté plainte contre le maire de Wihr-au-Val à la gendarmerie de Munster, car nos bulletins étaient absents des bureaux de vote alors qu’ils étaient dans sa voiture. Ça nous a fait peur vu que les résultats étaient serrés. Mais maintenant, vu les résultats, on est rassurés ! »
Les soutiens du Parlement de Strasbourg se sont sentis bien seuls ce 26 mai : le siège strasbourgeois était vide de tout eurodéputé français. Entre un groupe de jazz sans public, et un bar presque désert, la soirée s’est passée sur un écran.
20h30, une petite centaine de personnes ont les yeux rivés sur un grand écran au coeur du Parlement de Strasbourg. Ils écoutent les réactions des têtes de listes européennes… à Bruxelles. Les quelques militants politiques et membres d’associations présents se sont sentis bien seuls en cette soirée du 26 mai. Claire Bello, attachée de presse et « européenne convaincue », ne cache pas sa colère : « Je suis très déçue de l’absence de députés européens ici ce soir. »
Au Parlement de Strasbourg, la soirée électorale s’est déroulée sur un grand écran. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg/ cc
Ambiance : « C’était l’angoisse »
L’Alsacienne Anne Sander (LR) est la seule eurodéputée présente. Toute la soirée, sa réélection dans l’hémicycle strasbourgeois n’était pas assurée en raison du faible score de sa formation. Le seul cocktail organisé pour cette soirée électorale a l’amer goût de la défaite. Triste ambiance au Parlement, comme en témoigne le président des Jeunes Républicains, Yonas Eshete :
« C’était l’angoisse. On a passé la soirée à appeler les sièges des autres partis du PPE toutes les quinze minutes pour avoir des infos sur le résultat. Notre priorité, c’était le siège d’Anne Sander. »
Anne Sander était la seule eurodéputée présente à Strasbourg (vidéo GK / Rue89 Strasbourg)
Une seule fête, une défaite
« Il y a cinq ans c’était la même chose. Il y avait un seul cocktail organisé et c’était celui de Catherine Trautmann (qui a perdu son siège européen en 2014, ndlr) », commente Caroline Princen, la patronne du bar du Parlement. Ce soir, les eurodéputés lui manquent aussi : « L’activité est faible. Il y a peu de clients par rapport aux soirées de session, où certains députés peuvent fêter une directive votée. »
« Au moins pendant les sessions, les eurodéputés fêtent le vote d’une directive. », regrette la patronne du bar du Parlement.
« C’est à Bruxelles que ça se passe »
Il est près de 23h. Plus de la moitié des chaises du bar sont libres. Un trio de jazz joue pour cinq personnes, dont Larbi, employé du Parlement. Présent à Bruxelles lors des élections de 2014, il n’est pas étonné par ce calme au siège strasbourgeois : « Les chefs de partis, les eurodéputés, ils sont tous là-bas. C’est à Bruxelles que ça se passe, on le voit à la caméra. Mais normalement ils devraient être ici, c’est ici le siège. » Larbi espère quitter la soirée au plus vite.
Un trio de jazz bien seul au milieu du bar, vers 23h.
Aucun eurodéputé français… mais quelques candidates en positions inéligibles comme Pernelle Richardot, du Parti socialiste et Nawel Rafik-Elmrini de La République en marche… Dans le bar, une candidate du Rassemblement national discute autour d’un verre. Hombeline du Parc figurait à la 48ème place de la liste. La conseillère régionale se dit « très fâchée de l’absence d’eurodéputés » mais elle semble la seule élue RN présente au Parlement ce soir. « Les figures du parti sont obligées de rester à Paris, pour répondre aux médias et intervenir en plateau », justifie-t-elle. Les sympathisants de l’extrême-droite ont préféré fêté leur victoire « anti-Macron » au restaurant Zum Striesel.
Un duplex, « quand même important »
Trois tables plus loin, un député LREM de Strasbourg boit un demi en grignotant quelques bretzels. Thierry Michels vient d’arriver au Parlement. L’élu strasbourgeois a d’abord fêté avec l’équipe de campagne à l’Indiana Café sur la presqu’île Malraux. En regardant la trentaine de personnes encore devant l’écran, il regrette presque d’être venu :
« C’est assez étrange. Je ne sais pas trop ce qui se passe. Peut être que je suis venu trop tard. Enfin la prochaine fois je saurai que ce n’est pas la peine de venir après 23h. »
Camille Petitjean se désolé de l’ambiance au Parlement de Strasbourg mais reste positive… (monter le son) (vidéo GK / Rue89 Strasbourg)
Plus optimiste, la présidente des Jeunes Européens de Strasbourg ne s’étonne pas du cours de la soirée. Camille Petitjean invoque la présence de la Commission européenne à Bruxelles et défend l’ouverture du Parlement strasbourgeois ce 26 mai :
« C’est important que tout le monde puisse partager cette soirée électorale ensemble et dans cet endroit qui est méconnu d’une bonne partie de la population. C’est en duplex, mais c’est quand même important. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Le score des listes aux européennes à Strasbourg actualise le rapport de force entre les formations politiques présentes à Strasbourg, dans la perspective des élections municipales de 2020.
Une fois passée l’information principale de la soirée peu après 20h (victoire du Rassemblement national devant La République en Marche), les yeux des élus strasbourgeois étaient rivés sur les résultats des 143 bureaux de vote la commune, dont le dernier résultat est arrivé à minuit.
Ce scrutin proportionnel à un tour donne la cote de sympathie des électeurs pour les « étiquettes », toutes représentées ou presque. À dix mois des élections municipales, c’est une indication précieuse pour mieux cerner le rapport de force local des formations qui veulent conquérir la ville.
Écroulement PS et confirmation d’En Marche
Premier enseignement, certes attendu, le Parti socialiste s’écroule. En tête à Strasbourg en 2014 (23,35% avec 13 575 voix) à une époque où le gouvernement Hollande-Ayrault connaissait déjà des difficultés (13,98%), il se classe cette fois 4ème avec 7,70% et 5 294 voix. En manque de tête de liste charismatique, le parti à la rose était cette fois-ci allié au jeune mouvement « Place publique », lancé par l’essayiste Raphaël Glucksmann. Compte tenu de sondages qui annonçaient un temps cette union sous les 5% et donc sans élu, le résultat laisse l’impression d’une casse limitée.
Pour les prétendants à l’investiture du PS cet été à Strasbourg, Philippe Bies et Robert Herrmann, ce score démontre qu’il faudra convaincre bien au-delà du noyau dur des soutiens restants à la formation pour espérer emporter la mairie. « Les sociaux-démocrates, auxquels j’appartiens, font ce soir un résultat modeste, mais résistent. Cela démontre, s’il en était besoin, que le rassemblement est nécessaire pour constituer une alternative crédible au duel entre libéraux et nationalistes« , remarque d’ailleurs à ce sujet Robert Herrmann, qui souhaiterait un attelage avec le centre-droit et la gauche face à En Marche.
Largement en tête à nouveau, La République en Marche confirme ses bons scores de 2017 avec 27,75% et 19 077 voix. La seule question qui devrait préoccuper le premier adjoint et probable candidat Alain Fontanel sont les possibilités d’alliance, au premier et surtout au second tour, notamment si 3 ou 4 listes devaient se qualifier ou être en mesure de fusionner. Car les relations avec le PS local, qui a bien insisté sur le fait que la liste LREM accueillait son opposante historique de droite et maire entre 2001 et 2008, Fabienne Keller, sont très tendues, sans être forcément meilleures avec les écologistes.
« Il faut d’abord se féliciter de la hausse de participation avec un niveau semblable à des élections municipales. Les Strasbourgeois ont choisi l’Europe avec la liste de Nathalie Loiseau. Les anciens partis de gouvernement sont à 15% cumulés, ce qui montre leur marginalisation et que la recomposition entamée en 2017 se poursuit nationalement et localement. Le score confirme aussi l’importance grandissante des questions environnementales dans nos villes. »
Alain Fontanel
Les Verts moins solitaires
La percée du soir vient des écologistes qui deviennent la deuxième force politique de la ville. Force sans candidat à la présidentielle et force secondaire lors des législatives, régionales et départementales, EELV recueille cette fois 20,68% des suffrages, soit 14 220 voix, le double de 2014 (7 465 voix et 4è, soit 12,84% en 2014). C’est une inversion dans la hiérarchie avec son allié habituel, le PS local.
« Les écologistes sont en tête à Schiltigheim et au-delà de 30% dans certains bureaux de vote. Cela nous oblige pour la suite à prendre nos responsabilités autour du pôle écologiste, ce qui dépasse juste le cadre du parti EELV. Ces thèmes surgissent aussi dans la sphère locale. »
Alain Jund, adjoint au maire et ancien candidat
Une stagnation et une chute à droite
À l’instar de sa débâcle française (8,3%) et même alsacienne, la droite divise son score par plus de deux (7,29% et 5 017 voix contre 19,20% en 2014 soit 11 162 voix). Elle s’écroule même dans ses bureaux de vote fétiches au nord de la ville, où La République en Marche cartonne. Nul doute que les candidats déclarés Jean-Philippe Maurer et Jean-Philippe Vetter auraient aimé un parti en meilleure forme pour incarner « l’alternance ».
Sur sa droite, le Front national devenu Rassemblement national reste 3è avec 12,77% des suffrages, soit 8782 voix et, de fait, stagne à Strasbourg (3è avec 14,64% soit 8 507 voix en 2014). À Paris, le parti a estimé qu’il ne présenterait plus de liste aux municipales, car les chances de victoire sont nulles. Dans la capitale alsacienne, où ses deux élus locaux sont très discrets, le constat pourrait être similaire face à l’absence d’alliés potentiels.
La gauche poussée à s’unir ?
À gauche, la France insoumise, non-représentée au conseil municipal, n’émarge qu’à 6,89%, là où elle avait dépassé les 12% aux législatives de 2017. C’est certes un peu mieux que les standards strasbourgeois de l’ancien Front de gauche, mais pas meilleur que le score national du mouvement (6,6%). Lors des municipales, un tel score serait tout juste suffisant pour fusionner avec une autre liste au second tour (comme à Schiltigheim lors de l’élection anticipée en 2018, ce qui ne s’était pas fait), sachant que le mouvement n’a pas encore de visage emblématique localement. Cette position fragile peut mettre fin à sa stratégie de non-alliance, car ce score ne permet plus de se présenter comme incontournable à gauche, à Strasbourg comme ailleurs.
Septième, la liste Génération.s de Benoît Hamon, soutenue par l’adjoint au maire de Strasbourg, Paul Meyer, et les trois autres élus de la Coopérative recueille 3,99% des voix. En l’état, ce ne serait pas assez pour figurer au second tour. Il n’y a même pas un sursaut particulier pour le score strasbourgeois comme cela avait été le cas à l’élection présidentielle. Là aussi, l’isolement serait risqué.
Pour le maire Roland Ries (PS), ces résultats ne doivent pas bousculer les équilibres politiques de la fin de son deuxième et dernier mandat :
« Le PS est en léger progrès, mais le chemin est encore long. La social-démocratie est en crise, car elle est fondée sur la redistribution des richesses de la croissance, qui est atone. Les logiciels de la croissance sauvage sont à réinventer autour d’une croissance plus verte, ce qui est d’ailleurs il me semble l’orientation des Verts. Mais l’implosion des LR, notamment localement, est une surprise. Le score des écologistes est très élevé, plus encore qu’au niveau national. Il y a peut-être un effet GCO et plus généralement de lutte contre le réchauffement climatique avec toutes les manifestations que l’on connait.
Quant aux élections municipales, elles sont plus personnalisées que les élections européennes et il y aura la question du bilan. Je vais continuer de rester le plus longtemps possible à équidistance des groupes pour terminer dans la cohésion , même si peu de projets nouveaux vont être encore lancés. Je connais le choc des ambitions, mais il faut que les perspectives d’alliances au second tour soit préservées. J’ai un terrible souvenir de 2001 où il y avait tellement d’antagonismes entre Catherine Trautmann et Jean-Claude Petitdemange que ça n’avait même pas été tenté. Je note avec satisfaction que la simple addition des quatre listes portant les couleurs des quatre groupes de la majorité municipale, dépasse les 60% de votes exprimés à Strasbourg. »
La participation se chiffre tout juste en-dessous d’un électeur sur deux, à 49,93%, un peu en-deçà de la moyenne nationale (51,3%) comme souvent à Strasbourg.
Voici la carte des résultats des élections européennes par bureau de vote à Strasbourg. LREM arrive en tête avec 27%, tandis qu’EELV est en deuxième position avec 20%. Le RN est à 13%.
Mise à jour à minuit, les résultats sont définitifs (143 bureaux sur 143) à Strasbourg. LREM l’emporte avec en tête avec 27,73% devant EELV (20,59%), le RN (12,85%), PS/Place publique (7,68%), Les Républicains, (7,3%), La France insoumise (6,98%), et Generation.s (3,98%)
LREM 27,75%EELV 20,68%RN 12,77%PS / Place publique 7,7%Les Républicains 7,29%La France Insoumise 6,89% Generation.s 3,99%
Le Rassemblement national est arrivé en tête des élections européennes en France. En Alsace, il se dispute la première place avec LREM. Voici le compte-rendu en direct des résultats et les réactions à Strasbourg.
Fin de ce compte-rendu en direct. La suite demain sur Rue89 Strasbourg avec nos analyses détaillées des résultats de ces élections européennes.
« Le résultat des écologistes constitue une satisfaction. Mais il s’agit surtout d’un signal fort. Nos concitoyens, ici en France comme ailleurs en Europe, veulent que la lutte contre le dérèglement climatique ne soit plus seulement une formule mais une orientation centrale des politiques européennes. Ici en Alsace, les travaux du GCO doivent être interrompus immédiatement ! Nos élus locaux, trop confortablement installés depuis longtemps doivent faire évoluer leur logiciel et lutter contre l’étalement urbain, contre la disparition des services publics, pour la réactivation des lignes ferroviaires de proximité… Nous sommes aussi fiers de pouvoir compter sur un nombre accru d’eurodéputés de combat qui seront présents sur le terrain des luttes contre les scandales environnementaux tel Stocamine ! Il s’agit maintenant de construire une offre alternative dans la perspective des élections municipales et régionales. L’Alsace fut le berceau de l’écologie politique. Il est temps qu’elle devienne le berceau d’une gouvernance qui met l’écologie au coeur de nos vies. »
23h29 : Réaction de Jacques Bigot, sénateur PS du Bas-Rhin :
« Le score de la liste du président Macron est plus faible que ses 24% du 1er tour de la présidentielle de 2017, malgré le fait qu’il ait attiré vers lui des électeurs du parti « Les Républicains ». Il sort vaincu du duel qu’il a orchestré entre l’extrême-droite et lui. Le parti socialiste n’est pas éliminé du Parlement européen, mais sa volonté de rassembler la gauche n’a pas surmonté les divisions qui l’affaiblissent. L’avenir reste ouvert si nous sommes capables de proposer une Europe et une France où la protection de l’humanité et de la planète sera la priorité en corrigeant les excès d’une économie mondialisée sans règle si ce n’est celle d’un plus grand profit sans partage. »
23h28 : Le mouvement autonomiste alsacien Unser Land se réjouit de l’élection de François Alfonsi, candidat en 9ème position sur la liste de Yannick Jadot (EELV), car il est issu de « la fédération Régions et Peuples solidaires, fédération dont Unser Land est membre fondateur. »
Selon Unser Land :
« Avec François Alfonsi, le peuple alsacien disposera à Strasbourg et à Bruxelles d’un défenseur dévoué et compétent. Notre mouvement se réjouit de pouvoir compter sur notre ami corse pour faire avancer la cause alsacienne à l’échelle européenne. »
22h09 : À Strasbourg, les retours commencent à devenir significatifs. La République en Marche serait largement en tête au-delà des 25%. EELV serait deuxième vers 20% et le Front national troisième autour de 15%. France insoumise et PS/Place publique sont au coude-à-coude pour la 4ème place, devant la droite et Generation.s. Les autres scores sont peu significatifs.
Anne Sander, seule eurodéputée alsacienne sortante, pourrait perdre son siège Photo : GK / Rue89 Strasbourg
21h54 : Anne Sander, seule eurodéputée alsacienne sortante, n’est pas sûre d’être réélue au vu des estimations de résultats de LR :
« Oui la place est totalement incertaine à l’heure qu’il est, donc on attend toujours les résultats définitifs. (…) Il faudra s’interroger sur ce qui n’a pas marché, c’est vrai qu’on a fait une énorme campagne sur le terrain en particulier en Alsace. J’ai pas encore les résultats pour l’Alsace mais pour le Bas-Rhin, notre résultat est bien meilleur que celui au niveau national, quasiment deux points de plus donc je me dis qu’au niveau du Bas-Rhin on a fait une assez bonne campagne. Maintenant il faut bien reconnaître qu’en France, on nous a confisqué le débat sur les Européennes avec cette espèce de duel-duo Marine Le Pen – Macron ne laissant aucune place aux autres partis politiques, avec un refus d’EM de débattre avec nous. Bien sûr que nous ne sommes pas satisfaits de notre score mais c’est aussi un échec du président Macron. »
21h54 : À Wissembourg, tout au nord de l’Alsace, 5 listes passent les 5%. Celle menée par Nathalie Loiseau (LREM) l’emporte avec 25,19% devant Jordan Bardella (RN) à 22,25%. Yannick Jadot (EELV) complète le podium avec 13,84% suivi par François-Xavier Bellamy (LR) à 10,95% et Nicolas Dupont-Aignan (DLF) à 5,01%.
21h53 : À Selestat, 6 listes passent les 5%. Celle menée par liste de Nathalie Loiseau (LREM) l’emporte avec 23,06%, devant Jordan Bardella (RN) à 21,58%. Yannick Jadot (EELV) complète le podium avec 16,2% suivi par François-Xavier Bellamy (LR) à 8,22%, Manon Aubry (LFI) à 6,07% et Raphaël Glucksmann (PS/PP) à 5,83%.
21h51 : Brigitte Klinkert, présidente du Conseil départemental du Haut-Rhin, pointe au contraire de son homologue du Bas-Rhin qu’une « majorité de français ont fait le choix de listes s’inscrivant dans l’arc républicain. »
« L’Europe doit être plus proche, plus lisible, plus concrète. Pratique et palpable dans le quotidien. C’est le cœur du projet de la future Collectivité Européenne d’Alsace qui se veut un laboratoire de cette nouvelle Europe des citoyens et du quotidien. »
21h47 : À Strasbourg après 42 bureaux de vote dépouillés sur 143, LREM est en tête avec 25% devant le RN (18,5%), EELV (15,3%), La France insoumise (9,13%), PS/Place publique (7,6%) Les Républicains (6,22%) et Generations (4,69%).
21h45 : Pour Frédéric Bierry, président du Conseil départemental du Bas-Rhin : « Les Français ont exprimé leur désamour pour le projet européen actuel. Seul Strasbourg peut incarner le changement. »
Frédéric Bierry pointe que « l’ensemble des partis qui veulent déconstruire l’Europe ont réalisé des scores très importants, avec au total plus de 35% des suffrages exprimés. »
« En tant qu’européen convaincu, je suis profondément déçu par les résultats, notamment en Alsace où le désamour de l’Europe s’est aussi exprimé. (…) En Alsace, par notre histoire et par notre vie quotidienne, nous sommes les premiers à bénéficier de l’Union européenne, de ses opportunités et de ses libertés. La Collectivité Européenne d’Alsace donnera un second souffle à l’Europe, en l’inscrivant dans le réel et dans le concret.
Cette alternative au désamour de l’Europe, c’est Strasbourg qui peut l’incarner. Strasbourg symbolise la démocratie et les Droits de l’Homme sur notre continent avec le Parlement et le Conseil de l’Europe, là où Bruxelles incarne la technocratie européenne. C’est avec le renforcement de son statut de capitale européenne que peut se construire l’Europe du concret et du quotidien. »
21h40 : À Mulhouse, 6 listes passent les 5%. Celle menée par liste de Nathalie Loiseau (LREM) l’emporte avec 22,41%, devant Jordan Bardella (RN) à 21,77%. Yannick Jadot (EELV) complète le podium avec 13,71% suivi par Manon Aubry (LFI) à 7,31%, François-Xavier Bellamy (LR) à 6,52% et Raphaël Glucksmann (PS/PP) à 6,03%.
21h40 : À Lingolsheim, 5 listes passent les 5%. Celle menée par liste de Nathalie Loiseau (LREM) l’emporte avec 27,27%, devant Jordan Bardella (RN) à 20,73%. Yannick Jadot (EELV) complète le podium avec 15,38% suivi par François-Xavier Bellamy (LR) à 8,73% et Raphaël Glucksmann (PS/PP) à 5,86%.
21h39 : À Souffelweyersheim, 5 listes passent les 5%. Celle menée par liste de Nathalie Loiseau (LREM) l’emporte avec 29,36%, devant Jordan Bardella (RN) à 18,09%. Yannick Jadot (EELV) complète le podium avec 16,25% suivi par François-Xavier Bellamy (LR) à 9,2% et Raphaël Glucksmann (PS/PP) à 5,01%.
21h35 : Bischheim est la deuxième ville dépouillée dans l’Eurométropole à placer le Rassemblement national en tête. Jordan Bardella (RN) l’emporte avec 23,39% devant Nathalie Loiseau (LREM) et ses 20,23% et Yannick Jadot (EELV) avec 16,56%. Trois autres candidats passent les 5% : François-Xavier Bellamy (LR) avec 7,53%, Manon Aubry (LFI) à 7,5% et Raphaël Glucksmann (PP/PS) avec 6,05%.
L’annonce des résultats au QG du RN à Strasbourg.
21h33 : À Strasbourg après 35 bureaux de vote dépouillés sur 143, LREM est en tête avec 24,6% devant le RN (15,86%), EELV (15,7%), La France insoumise (9,7%), PS/Place publique (7,8%) Les Républicains (6,86%) et Generations (5,02%).
21h30 : À Holtzheim, 5 listes passent les 5%. Celle menée par liste de Nathalie Loiseau (LREM) l’emporte avec 29,11%, devant Jordan Bardella (RN) à 20,45%. Yannick Jadot (EELV) complète le podium avec 14,32% suivi par François-Xavier Bellamy (LR) à 7,9% et Nicolas Dupont-Aignan à 5,01%
Dans la majorité des communes de l’Eurométropole le quinté est le suivant : Nathalie Loiseau (LREM), Jordan Bardella (RN), Yannick Jadot (EELV), François-Xavier Bellamy (LR) et Nicolas Dupont Aignan (DLF).
21h22 : À Holtzheim, 5 listes passent les 5%. Celle menée par liste de Nathalie Loiseau (LREM) l’emporte avec 28%, devant Jordan Bardella (RN) à 20,08%. Yannick Jadot (EELV) complète le podium avec 14,45% suivi par François-Xavier Bellamy (LR) à 9,96% et Nicolas Dupont-Aignan à 5,47%.
À Strasbourg après 10 bureaux de vote dépouillés sur 143, LREM est en tête avec 720 voix (20%) devant le RN (17%), EELV (15%) et La France insoumise (12%)
21h20 : Camille Petitjean, présidente des Jeunes Européens de Strasbourg :
« Notre association était très mobilisée pendant cette campagne, notamment pour mobiliser les jeunes et les faire voter. Ce soir on est plutôt content, la bonne nouvelle de la soirée c’est la meilleure participation par rapport au scrutin de 2014. Là dessus on est satisfait d’avoir 52% de participation. Cette campagne a été compliquée et tardive. Ca a été difficile de s’adresser aux gens aussi. On a parlé du désintérêt pour la chose politique et les affaires européennes. De fait ça n’a pas tant désintéressé que ça au vu de cette participation de 52%. »
21h17 : À Breuschwickersheim dans l’Eurométropole, le Rassemblement national l’emporte avec 23.08%. Yannick Jadot (EELV) suit avec 19,5%, tandis que Nathalie Loiseau le talonne à 18,78%. La droite est distancée à 13,06% et Nicolas Dupont Aignan passe les 5% avec 6,26%. C’est à cette heure la seule commune remportée par le RN dans l’Eurométropole.
À Vendenheim, seules 4 listes passent les 5%. Celle menée par liste de Nathalie Loiseau (LREM) l’emporte avec 25,83%, devant Jordan Bardella (RN) à 19,71%. Yannick Jadot (EELV) complète le podium avec 17,18% suivi par François-Xavier Bellamy (LR) à 8,95%. (modifié)
21h10 : Yonas Eshete, président des jeunes républicains du Bas-Rhin :
« D’abord en tant que citoyen je suis triste de voir le score du RN si élevé. Ca me touche beaucoup, C’est un échec du président de la république qui a choisi son ennemi, donc il a perdu le duel. A lui d’assumer cette défaite.En ce qui concerne le score de LR, c’est un score inattendu. Pour le militant que je suis, pour le moment je suis triste et perdu parce que nous avons donné le maximum. Nous avons refusé de voter contre Macron, contre le RN, pour l’Europe. Nous avons pas été entendu vu le résultat. On en tirera les conséquences. Pour le moment on est incertain sur le siège d’Anne Sander. On attend les résultats définitifs et on espère vraiment pour l’Alsace et pour son travail accompli pendant cinq ans, qu’Anne Sander puisse continuer de siéger au Parlement européen à Strasbourg et puisse continuer de défendre la voix de l’Alsace et le siège du Parlement à Strasbourg. »
21h07 : À Kolbsheim, ville symbole de la lutte contre l’autoroute du GCO et dont le maire Dany Karcher figurait en fin de liste EELV, le parti de Yannick Jadot remporte 45,31% des suffrages devant Nathalie Loiseau (LREM) avec 15,49% et Jordan Bardella (RN) et ses 14,55%. François-Xavier Bellamy (LR) ne rassemble que 6,57%. La liste Urgence Ecologie de Dominique Bourg remporte aussi 4,46% des voix.
À Haguenau, seules 4 listes passent les 5%. Celle menée par liste de Nathalie Loiseau (LREM) l’emporte avec 24,44%, de peu devant Jordan Bardella (RN) à 23,8%. Yannick Jadot (EELV) complète le podium avec 12,8% suivi de près par François-Xavier Bellamy (LR) à 11,96%.
21h05 : Les premiers bureaux sont dépouillés à Strasbourg : après 4 bureaux sur 143, le RN est en tête avec 201 voix, suivi par La République en Marche et 169 voix, suivi par LFI (126 voix) EELV (121 voix) PS (55 voix) et Generation.s (51 voix). Attention, les bureaux dépouillés en premiers sont souvent ceux dans les quartiers où l’abstention est très forte.
21h01 : À Niederhausbergen, 6 listes passent les 5%. Celle menée par liste de Nathalie Loiseau (LREM) l’emporte avec 31,22% devant Jordan Bardella (RN) à 16,6%. Yannick Jadot (EELV) complète le podium avec 13,5%. Sous les 10%, François-Xavier Bellamy (LR) avec 7,74%, Nicolas Dupont Aignan (DLF) avec 6,61 et Raphaël Glucksmann (PP/PS) avec 6,19% surnagent.
20h54 : Pour le moment LREM remporte toutes les villes de l’Eurométropole dépouillées.
20h53 : À Reichstett 4 listes passent les 5%. Celle menée par liste de Nathalie Loiseau (LREM) l’emporte avec 26,38% devant Jordan Bardella (RN) à 22,22%. Yannick Jadot (EELV) complète le podium avec 13,76% tandis que François-Xavier Bellamy (LR) le suite de près avec 12,56% des suffrages.
20h52 : À Hoenheim, seules 4 listes passent les 5%. Celle menée par liste de Nathalie Loiseau (LREM) l’emporte avec 25,93% devant Jordan Bardella (RN) à 20,18%. Yannick Jadot (EELV) complète le podium avec 15,46% tandis que François-Xavier Bellamy (LR) ne recueille que 8,96% des suffrages.
20h26 : A Molsheim, la liste menée par Nathalie Loiseau (LREM) est à 24,7 %, celle menée par Jordan Bardella (RN) à 21.3, celle de Yannick Jadot (EE-Les Verts) à 16.35 %, celle menée par François-Xavier Bellamy (LR) à 9.93. La liste Dupont-Aignan pointe à 4.58, celle menée par Raphaël Glucksmann à 4.55 %.
20h12 : La liste « Les Républicains » est projetée entre 7 et 10 sièges. Ainsi, il n’est pas sûr que l’alsacienne Anne Sander, 8è sur la liste, rempile pour un deuxième mandat.
20h : Selon des résultats réalisés à la sortie des urnes, le Rassemblement national est arrivé en tête des élections européennes en France avec 23,2%. La liste LReM menée par Nathalie Loiseau est en 2e position avec 22%.
Premiers sondages de sortie des urnes (France Télévisions)
19h20 : Les premiers résultats seront communiqués vers 20h…
Le Parlement européen sera renouvelé ce soir, résultats à 20h… Photo : GK / Rue89 Strasbourg
17h : Après l’estimation du matin, les deux préfectures ont communiqué une estimation de la participation à 17h en Alsace. Dans le Haut-Rhin, elle s’établit à 43,43%. Dans le Bas-Rhin, elle est de 42,10%. C’est déjà plus que la participation finale de 2014 à savoir 41,95%.
À Strasbourg, avec 39,72% la participation est un peu plus faible que la moyenne alsacienne et nationale (42,10 %)
Post de l’adjoint au maire en charge des élection Éric Schultz
12h : Les deux préfectures ont communiqué une estimation de la participation à la mi-journée en Alsace. Dans le Haut-Rhin, elle s’établit à 20,4%. Dans le Bas-Rhin, elle est de 20,05%. À titre de comparaison, elles étaient respectivement de 13,99% et 13,70% à la même heure en 2014.
À Strasbourg, avec 18,44% la participation est un peu plus faible que la moyenne alsacienne et nationale (19,26%)
A Strasbourg à midi 35% de votants en + qu'en 2014 #Europeennes : +4,78 par rapport à 2004 soit un taux de participation de 18,44% qui reste légèrement inférieur à la moyenne nationale
La principale explication à cette hausse de participation généralisée serait que les estimations sont réalisées à partir de votes enregistrés à 11h30 et non plus à 11h.
Une autre estimation sera fournie peu après 17h. En 2014, la participation finale en Alsace était de 41,95%, soit à peine plus que la moyenne nationale (40,73%).
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d’abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
Les réussites les plus connues de l’Union européenne s’adressent souvent à une minorité habituée à voyager ou déjà familiarisée avec la politique européenne. Pour les autres, elle apparaît au mieux abstraite, au pire néfaste.
Mercredi soir, la preuve par deux que le rock n’est pas mort. À l’Espace Django, un plateau réunit le quintet Bigger et le quatuor Johnny Mafia. Du rock-pop mélodique au rock garage punk, les deux groupes risquent de surprendre quelques oreilles.
La France, terre de rock ? Ce n’est pas vraiment le descriptif le plus commun sur la musique dans l’hexagone. Et pourtant notre pays se défend vaillamment pour tenter de faire survivre une certaine idée, électrique et déchaînée, de la musique. Les jeunes Icaunais de Johnny Mafia font partie de ces irréductibles rockers. Leur deuxième album Les Princes de l’Amour a emporté l’adhésion très rapidement. La faute à Jim Diamond ? Le producteur des deux premiers disques de The White Stripes, encore producteur mythique de la scène garage de Detroit, rencontre les 4 jeunes français au festival This Is Not A Love Song à Nîmes. Il saisit vite leur vision du son et permet aux rockeurs de transformer leur premier essai (Michel-Michel Michel, 2016) en un deuxième implacable, et de gagner en renommée.
Garage brut et direct
Depuis l’automne, ils sillonnent donc les routes de France pour jouer leurs titres garage, à la fois punk et mélodieux, lourds et parfois psyché. Bien plus électrisants en concert que sur album, la France tient avec Johnny Mafia les dignes descendants des américains Thee Oh Sees ou Black Lips. Des guitares rugissantes, une basse et une batterie solides, et une musique directe, sans fioriture, sans effet, qui balance toute règle d’un revers de main… Johnny Mafia fait partie de ces groupes qui jouent la musique qui leur plaît, ni plus, ni moins. Et c’est déjà énorme.
Johnny Mafia fait partie de ces groupes qui peuvent vraiment jouer la musique qui leur plait…
Avec eux sur l’affiche, Bigger, formation française avec un chanteur d’origine irlandaise. Ce groupe en appelle à beaucoup d’influences, la principale étant peut-être une certaine idée de la britpop, en plus sombre. Ils brouillent les pistes à coup de mélodies lumineuses sur les refrains, pour mieux nous perdre dans leur univers propre sur les couplets. Un univers qui se découvre sur Tightrope, sorti l’an dernier, et marquant l’élargissement d’un groupe au départ formé de Damien Félix et Kevin Twomey, déjà respectivement rencontrés dans Catfish et Monsieur Pink.
Bigger devient grand
Bigger, comme Johnny Mafia avant eux, appartiennent cette année au dispositif Iceberg. Formé en coopération entre les Eurockéennes et la Suisse, ce dispositif qui compte l’Espace Django dans ses rangs depuis cette année, a pour objectif d’accompagner au plus près les artistes émergents. Résidences, rencontres, booking, le réseau créé est une véritable opportunité pour les groupes de monter en puissance, en bénéficiant du soutien d’autres professionnels du milieu.
Pour Bigger, groupe franc-comtois, ça aura été l’occasion de travailler avec Mike Ponton (guitariste de Dionysos) à Lausanne avant d’être programmé cet été aux festival des Eurockéennes, entre autres. Mais inutile pour nous d’attendre jusque là. Il suffira d’aller à l’Espace Django dès mercredi pour les retrouver en avant-première.
Bigger sera aux Eurockéennes… ou dès mercredi à Strasbourg.
Nombre de candidats aux élections européennes ne veulent rien laisser au hasard – et certainement pas la manière dont ils s’expriment. Or tous ne sont pas de grands orateurs nés. Heureusement, l’éloquence s’apprend, et le consultant média Sacha Liling se fait une joie de prêter main forte aux femmes et aux hommes politiques qui réclament son soutien.
« Keep it short and simple [Faites court et simple]. » Voilà le conseil que Sacha Liling, consultant média au Parlement européen, prodigue le plus souvent aux candidats aux élections européennes qui font appel à lui pour tenter de se roder médiatiquement. Il en a même fait sa marque de fabrique : sur sa carte de visite, un rossignol aux ailes bleues piquées d’étoiles entonne cette même rengaine.
Sacha Liling aussi est un drôle d’oiseau, lui-même en convient. Celui qui, au Parlement européen, a su se rendre indispensable auprès de 70 eurodéputés sourit :
« C’est vrai que je cultive un brin de folie, mais c’est pour ça que l’on m’apprécie ! Je ne me prends pas complètement au sérieux, mais quand même assez pour que l’on sache que si l’on décide de travailler avec moi, les résultats, c’est certain, seront là. »
Sacha Liling, ici à Strasbourg, s’est imposé comme une figure-phare du Parlement européen. Photo : Carlos Gaston/EP
Tout au long de la législature qui s’achève, Sacha Liling les a aidés à préparer leurs interventions en plénière, à soigner leur verbe, à maîtriser leur voix (le volume, l’intonation, l’articulation, la vitesse, l’inflexion…), mais aussi à exceller dans la « communication non-verbale ». L’attitude, les gestes, l’expression, la posture, l’expression du visage… et le style, auquel Sacha Liling prête une attention toute particulière car il le répète : « On apparaît, et ensuite seulement, on parle ».
Du sur-mesure
Max Anderson, eurodéputé suédois depuis 2014 qui souhaite briguer un nouveau mandat, fait depuis longtemps confiance à Sacha Liling. Au moins une fois par semaine, il retrouve son mentor pour travailler l’éloquence de l’homme politique.
Le député-candidat Max Anderson compte largement sur Sacha Liling pour l’aider à retrouver son siège dans l’hémicycle après les élections. Photo : Fred Marvaux/EP
Le coach, ancien journaliste, a pris ses quartiers dans les studios du Parlement européen, à Strasbourg (où les députés passent une semaine par mois) comme à Bruxelles, où il prodigue des conseils personnalisés. Il se targue d’un taux de réussite « de 99% », et explique « ne pas faire du prêt-à-porter, mais du sur-mesure », avec une méthode spécialement conçue pour les acteurs qui évoluent dans la « bulle européenne ». Début avril par exemple, Max Anderson a donc répété avec Sacha Liling sa minute d’invective à l’attention du Premier ministre suédois :
Sacha Liling conseille Max Anderson (vidéo Céline Shoen / Rue89 Strasbourg)
Du contenu de l’intervention au ton du député jusqu’à sa posture, le duo passe chaque élément au crible, pour que rien ne soit laissé au hasard. L’idée ? Que tout soit sous contrôle, jusqu’au mouvement des mains du Suédois quand il prend la parole :
Le non-verbal est central dans la compréhension du message (vidéo Céline Schoen / Rue89 Strasbourg)
Pour Max Anderson, aucun doute : il y a un « avant » et un « après » sa rencontre avec Sacha Liling :
« Moi qui ai étudié la rhétorique, je pensais ne pas être trop mauvais en la matière… Mais Sacha me permet vraiment de donner le meilleur moi-même, il me fait évoluer, jour après jour. Avec lui, je me sens en confiance et je sais que je progresse. »
Mi avril, les deux hommes ont aussi peaufiné la dernière intervention de Max Anderson en plénière. S’il est réélu fin mai, d’autres suivront, mais le député-candidat tenait à assurer ses arrières et à prendre la parole pendant une dernière session forte en émotions. Alors il a demandé à Sacha Liling de l’aide pour préparer sa minute de prise de parole :
Comment être le plus percutant possible en une minute… (vidéo Céline Schoen / Rue89 Strasbourg)
Avec son look toujours soigné, son habile mélange d’humour et de gravité, son air, parfois, de ne pas y toucher alors qu’il énonce à ses élèves leurs quatre vérités, Sacha Liling a réussi à s’imposer comme un personnage central au sein du Parlement européen.
Faire d’eux des bêtes médiatiques
Et tout naturellement, à l’approche du scrutin qui se tiendra du 23 au 26 mai, les eurodéputés qui désirent continuer à travailler à Bruxelles et à Strasbourg pour cinq années supplémentaires troquent les répétitions d’intervention en plénière pour des exercices directement en lien avec la campagne, qu’ils réclament régulièrement à Sacha Liling.
Il s’agit d’abord de repérer les éléments forts dans un programme pour que les candidats puissent se les approprier et les déclamer avec aisance. Pour parfaire l’exercice, le coach cherche à donner de l’assurance à son client. La confiance leur permet d’apparaître sous leur meilleur jour pendant la campagne et les aide à soigner leur répartie – une compétence particulièrement utile, pendant les débats notamment.
Sacha Liling en a conscience, il est devenu une soutien indispensable pour bon nombre de candidats :
« Je reste disponible tout le temps. Et il n’est pas rare qu’un candidat m’appelle à 6 heures du matin juste avant une interview, s’il est invité à la radio par exemple. Mon job, c’est aussi de décrocher mon téléphone à ce moment-là pour une petite piqûre de rappel, pour le booster ou de le rassurer, selon ce dont il a besoin à cet instant précis. »
Dans son antre, au Parlement européen à Strasbourg, Sacha Liling a une vue d’exception sur l’hémicycle. Photo : Carlos Gaston/EP
Il ne le cache pas : parfois, il a « besoin d’air ». Une longue promenade dans la campagne belge avec son chien ou une pause lecture (il a un faible pour les biographies) lui font le plus grand bien. Car Sacha Liling, qui travaille avec des candidats de tous bords politiques, aux expériences et aux parcours variés, flirte souvent avec le surmenage. Malgré tout, il reste disponible pour ses clients, et s’ils sont nombreux à lui faire confiance, c’est, pense-t-il, car il connait très bien les rouages du Parlement européen – et des institutions en général, puisqu’il a également travaillé en tant que producteur à la Commission européenne. Son franc-parler plaît aussi à bon nombre d’hommes et de femmes politiques. Et Sacha Liling de l’admettre :
« Je n’ai pas ma langue dans la poche, mais pour faire mon métier, c’est un pré-requis. Je ne vais pas dire à un politicien “wahou, vous êtes super !”, alors que sa prestation est médiocre. Ce serait contre-productif, et moi, je ne suis là pour lécher les bottes de personne. Je suis là pour faire d’eux des bêtes médiatiques. »
On ne s’adresse pas aux Danois comme aux Espagnols…
Autre atout de ce Français né en 1963 à Reims, qui a aussi « coaché » Josep Borrell Fontelles, ex-président du Parlement européen de 2004 à 2007 ? Il parle 12 langues. Le féru de voyages (Sacha Liling passe rarement ses week-ends à Bruxelles) insiste : au-delà de l’aspect linguistique per se, cela lui permet surtout d’appréhender et de comprendre 12 cultures différentes, aux codes divers et variés. Le polyglotte détaille :
« Quand un candidat aux européennes doit s’adresser à la presse danoise, ce n’est pas la même chose qu’avec un journaliste espagnol, par exemple. Il y a des différences culturelles à prendre en compte auxquelles je rends attentif mes clients, pour leur permettre de naviguer correctement entre les médias. »
Et même quand il ne maîtrise pas l’une ou l’autre langue (il travaille par exemple avec un candidat letton, mais ne parle pas sa langue), il réclame à ses élèves de s’exprimer dans leur langue naturelle. Cela ne l’empêche pas de repérer – et de corriger – les tics de langage, les problèmes dans l’expression, l’attitude, en bref, de voir s’ils appliquent bel et bien sa méthode. Ainsi, en portant une attention quasi-excessive aux détails, Sacha Liling parvient à « façonner » les candidats pour qu’ils réussissent à tirer leur épingle du jeu. Dans le cas de Max Anderson, le professionnel l’admet sans ciller :
« Quand je l’ai rencontré, Max était une caricature de Vert, pas très à l’aise et mal fagoté ! Aujourd’hui, il s’exprime mieux, son style colle avec sa personne, et donc son message est plus audible. Pour des eurodéputés élus ou qui veulent l’être, c’est déjà un pas important de reconnaître que dans leur expression, il peut y avoir un déficit. De la même manière que parfois, on a besoin d’un bon thérapeute ou d’un plombier pour réparer son évier, ils peuvent venir me voir. Cela relève de l’humilité et de l’intelligence. »
Sacha Liling a su construire une vraie relation de confiance avec le député-candidat suédois Max Anderson. Photo : Carlos Gaston/EP
Après chaque entraînement, Sacha Liling remplit une fiche d’évaluation, qui revient sur la prestation de son élève. « Suis-je resté sur le mode conversationnel ? », « ai-je informé? », « ai-je été compréhensible et complet ? », « ai-je diverti ? », « ai-je été concis ? » : voilà autant de questions auxquelles il s’efforce de répondre après chaque rendez-vous, pour suivre au mieux la progression de ses apprenants. Et en bas de page, cette question centrale : « Ai-je mérité d’être cité ? » Car en campagne, voir ses messages repris par la presse est un objectif prioritaire des candidats, qui ont besoin de se faire connaître. Pendant une réunion publique (l’exercice est moins ardu) ou un débat télévisé, ils doivent également briller. Et là encore, ils peuvent compter sur Sacha Liling pour leur donner les bons outils :
« Prenons l’exemple d’un débat télévisé avant les européennes. Le candidat ne sait jamais quand le journaliste va l’interrompre ou quand son opposant va intervenir. Il a donc tout intérêt à affuter ses arguments et à avoir préparé un stock de métaphores et d’exemples. Il n’a que les premières quinze secondes de son intervention pour accrocher son auditoire. Mon job, dans un premier temps, c’est de travailler les messages du candidat et de faire en sorte qu’il les maîtrise au mieux. »
Rhétorique de fachos
Qui plus est, selon le coach, les eurodéputés candidats à leur réélection peuvent réutiliser tout ce qu’il ont appris en vue de leurs interventions en plénière pendant la campagne, puisque la « construction du message intentionnel est exactement la même » pendant un débat électoral :
« Quand un journaliste pose une question à un candidat, ce dernier ne doit jamais éluder. Il doit toujours répondre. Mais dès que possible, il doit se raccrocher à la structure logique qu’il connaît et faire passer son message. Quelque soit le thème, il s’agit d’abord de donner les faits. Puis de sensibiliser son audience, souvent grâce à un exemple bien trouvé. Puis vient la phase de la responsabilisation (« moi, candidat, je propose de… ») et de l’appel à l’action. Les dictateurs, les fachos, eux, passent directement des faits à l’appel à l’action, du style : « Les immigrés, c’est pas bien, il faut les jeter à la mer. » J’exagère, mais à peine. »
Sacha Liling sait mieux que personne comment construire un message audible. Photo : Carlos Gaston/EP
Pour Sacha Liling, né d’une mère française et d’un père hongrois, qui se définit comme un « tutti frutti », un « agglomérat de plein de choses », « l’Europe, c’est le seul chemin pour avancer ». Il n’a eu qu’un seul client qui défendait des idées d’extrême-droite, mais l’expérience n’a pas duré. Et Sacha Liling d’en convenir :
« Les populistes ont généralement un discours très aiguisé, ce ne sont pas de mauvais tribuns. Mais leurs discours ne reposent que sur la peur. Et par les temps qui courent, c’est facile de faire peur. Même s’ils multiplient les raccourcis, il faut reconnaître leur talent d’orateurs puisqu’ils marquent des points. Puissent-ils seulement ne pas remporter la bataille le 26 mai… »
Après cinq ans avec la société lyonnaise GL Events comme actionnaire, Strasbourg-Événements entame une nouvelle phase avec le futur parc des expositions, sur fond de chiffre d’affaires galopant.
Cinq ans après leur mariage, la société d’économie mixte Strasbourg-Événements et GL Events (47% du capital) débutent une nouvelle phase de leur relation. Après une première réalisation, la rénovation du Palais de la Musique et des Congrès (PMC), terminée en 2016, un deuxième dossier est en route avec le Parc des expositions (Pex), prévu pour 2021 et tout en bois.
Pour que la transition se déroule le mieux possible, un hall provisoire blanc de 12 000 m², voisin des futurs bâtiments, est en fin d’installation. Il accueillera son premier événement le 2 juin avec la fête du mini-basket. Cette structure démontable achetée par la Ville et l’Eurométropole (8,8 millions d’euros) est venue de Sydney et appartenait à… GL Events, qui gère aussi la programmation de la cité australienne.
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Les sondages annoncent à nouveau une forte abstention des Français aux élections européennes. Deux ans après la présidentielle, le scrutin du 26 mai prend des airs d’élections de mi-mandat. De nombreux citoyens ne ressentent pas l’effet concret de l’Union européenne sur leur quotidien. Dans ce contexte, les discours politiques fédéralistes et pro-européens peinent à se faire entendre.
Entre 40 et 44% des Français comptent voter pour les élections européennes. La dernière enquête d’opinion d’Ipsos / Sopra Steria annonce une participation française à un niveau proche du scrutin de 2014 (42,43%). Un chiffre qui reste décevant en comparaison avec les 77,3% de participation au premier tour de l’élection présidentielle de 2017.
À l’approche du 26 mai, Rue89 Strasbourg a tenté d’intéresser ses lecteurs et lectrices à l’Union Européenne. Nous en avons aussi tiré une explication de la désaffection française pour cette échéance européenne. Analyse.
Pas assez concret, pas assez soutenu par les personnalités politiques nationales, le Parlement européen ne parvient pas à mobiliser les électeurs français. Photo : EP
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.