Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Qui aura le monopole de la place Kléber ?

Qui aura le monopole de la place Kléber ?

Caisse de communauté : la mairie vous fait une faveur ! Agrandissez votre maison rouge en empiétant sur l’espace public, dégagez les squatteurs en douce. Pardonnez sa mauvaise humeur à Piet, il déteste perdre au Monopoly.

James, britannique : devenir français pour rester européen

James, britannique : devenir français pour rester européen


L’UE a changé ma vie (4/4) – À 53 ans, James Brannan a vécu plus longtemps en France que dans son pays natal, le Royaume-Uni. Aussi surpris que navré de voir ses compatriotes quitter l’UE, il a demandé la nationalité française pour ne pas perdre sa citoyenneté européenne… et les droits qui vont avec.

Le mois prochain, James Brannan se rendra à la préfecture pour un entretien. Passage obligé pour obtenir la nationalité française, ce traducteur à la Cour européenne des droits de l’Homme ne s’attend pas à d’énormes difficultés. Il a quand même potassé le « livret du citoyen  » remis à tous les aspirants Français. Un condensé de l’histoire, de la géographie et de la culture française qui tient en une trentaine de pages. Combien de communes en France ? Le chef-lieu de l’Eure-et-Loire ? La date de l’Édit de Nantes ? Même son épouse française ne connaissait pas toutes les réponses, s’amuse-t-il.

« Les entretiens peuvent être plus ou moins difficiles selon l’interlocuteur. La préfecture n’est pas dupe sur les motivations des Britanniques qui demandent la nationalité. Mais elle nous fait tout de même comprendre qu’il vaut mieux ne pas nous étaler sur le Brexit et davantage parler de notre attachement à la France. »

Comme beaucoup d’expatriés britanniques, James Brannan se sent abandonné par le Royaume-Uni. Européen convaincu, il vient de demander la nationalité française. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

À la préfecture du Bas-Rhin, les dossiers britanniques restent une infime partie des demandes de naturalisation. Mais la tendance est là. En 2018, les sujets de Sa Majesté étaient 5 fois plus à demander la nationalité française par rapport à 2015.

En France, dès 20 ans

James n’avait que 7 ans en 1973, quand le Royaume-Uni a adhéré à la Communauté Économique Européenne. Il a hérité la francophilie et l’attachement à l’Europe de son père. Son premier long séjour en France remonte à 1986, en Alsace déjà.

Après avoir étudié le français en Angleterre, il accepte un contrat d’assistant d’anglais à Thann. Durant ses 28 années passées en France, James a passé un diplôme de droit communautaire à Lyon. Il a rencontré son épouse, eu trois enfants, et ne s’est éloigné de la France que le temps d’une parenthèse néerlandaise à la Cour Internationale de Justice à La Haye. Français ? Pas encore. Européen ? Assurément :

« J’ai commencé à travailler comme chargé de cours à Lyon 2. J’ai fait presque toute ma carrière en France, j’ai cotisé et touché du chômage en France, j’ai lancé ma propre activité en France avec l’Urssaf… Tout cela aurait été nettement plus compliqué si je n’avait pas été pas un ressortissant de l’UE. »

Tout aurait pu continuer ainsi s’il n’y avait pas eu le Brexit. Ses enfants bénéficient du droit du sol, et donc la nationalité française. Mais pour lui, c’est une autre affaire.

Objectif : une retraite en France

Depuis que le Royaume-Uni a décidé de mettre les voiles, James est sur le pont pour aider ses compatriotes installés en France. Sur le groupe Facebook Remain in France together, il assiste les Britanniques dans leurs démarches pour obtenir des titres de séjour ou demander leur naturalisation. Dans l’immédiat, James se sait protégé car employé à la CEDH. Tous n’ont pas cette chance.

« Il y a des Britanniques qui ont perdu leur job à cause du Brexit, ou qui ne peuvent pas justifier de revenus suffisants pour pouvoir rester en France. Et toutes les préfectures n’agissent pas de la même manière. Certaines refusent de délivrer des titres de séjour sous prétexte qu’ils ne seront plus valides après le Brexit. »

Ce qui l’inquiète davantage, c’est sa retraite. Sans le statut de titulaire au Conseil de l’Europe, il deviendra un citoyen hors-UE comme un autre, et devra batailler lui aussi pour obtenir un titre de séjour. Il a décidé de franchir le pas et de demander la nationalité française :

« L’idée m’avait déjà traversé l’esprit bien sûr. Mais le Brexit et la perspective de perdre la citoyenneté européenne a agi comme un catalyseur. »

Privé de vote en 2016

James n’a pas eu le droit de voter au référendum du Brexit, c’est sa grande colère. Une loi interdit aux ressortissants britanniques, émigrés depuis plus de 15 ans, de participer aux scrutins. Le jour du vote, il était en déplacement à Trèves, en Allemagne. Pas spécialement inquiet sur l’issue du scrutin.

Il s’est tout de même levé à 3 heures du matin pour avoir les premiers résultats à la télé. En voyant un Nigel Farage déconfit qui criait au vote truqué, il s’est dit que c’était dans la poche. Et puis la tendance s’est inversée. Au fur et à mesure que le Brexit se précisait, le sourire de la figure de proue des brexiters s’est fait de plus en plus large. Dégouté, James assiste impuissant au triomphe de Nigel Farage depuis une chambre d’hôtel en Allemagne :

« Ce changement de ton quand il a vu que le vote pour le Brexit était majoritaire, ça m’a vraiment écœuré. Le lendemain, on s’est retrouvé complètement abasourdis avec d’autres Européens, y compris des Britanniques. Personne n’arrivait à réaliser. »

Jusqu’au bout, James était convaincu que le Remain l’emporterait face à Nigel Farage. (Illustration : Piet).

Ironie du sort, ce sont maintenant les partisans du Remain qui contestent la légitimité du référendum. Ils sont 3,7 millions de citoyens dans la même situation que James, privés de vote car « hors les murs » depuis plus de 15 ans (700 000 dans l’UE). Assez pour changer le cours du référendum :

« C’est quand même incroyable. Rien n’indiquait dans la loi que cette règle devait s’appliquer aux référendums. Ils l’ont suivi bêtement, alors que les expatriés sont les premiers concernés ! »

« En famille, on évite d’en parler »

Même depuis la France, James subit déjà le Brexit. La chute de la Livre Sterling a déjà rogné le patrimoine qu’il a hérité de ses parents. Quant à son fils de 10 ans, il pourrait bien ne jamais aller étudier en Angleterre comme ont pu le faire ses deux sœurs.

« Avec l’UE, le Royaume-Uni était obligé d’appliquer les mêmes tarifs d’inscription à l’Université à ses résidents qu’à ceux de l’UE. Et ceux-ci avaient également le droit au prêt étudiant. En cas de sortie sans accord, les frais pourraient doubler voire tripler pour les étudiants hors Royaume-Uni. Par principe, je pense que je ne m’y plierai pas. »

« Un fond xénophobe et raciste »

Paradoxalement James a multiplié les séjours en Angleterre depuis le vote du Brexit. L’occasion pour lui de prendre la température au cours des manifestations qui opposent remainers et brexiters, d’assister aux débats houleux au sein du Parlement Britannique, et d’essuyer quelques insultes à la vue de sa plaque minéralogique française, qui l’ont laissé pantois :

« Il y a quand même un fond xénophobe et raciste dans ce Brexit. Bien sûr personne ne l’assume. Les Brexiters se cachent derrière l’argument d’une souveraineté qu’ils veulent retrouver. »

Au sein de sa famille, le sujet est délicat. Si son père était un européen convaincu, son frère et sa soeur ont voté pour le Brexit. Ils évitent d’en parler.

« Mon frère dit regretter son vote depuis. Mes filles n’en parlent pas non plus avec leurs camarades à l’université. C’est plutôt elles qui me demandent ce qu’il se passe à chaque fois qu’il y a un rebondissement. »

La peur de se retrouver dans « l’Europe des pays tiers »

Depuis l’activation du fameux article 50 pour enclencher la procédure de sortie de l’UE, James Brannan apprécie encore plus les avantages de sa citoyenneté européenne. Dans son métier de traducteur juridique, il rappelle que c’est l’UE qui a précisé les conditions d’accès à la traduction et aux services d’un interprète au cours d’un procès. Au quotidien, il apprécie surtout les facilités administratives et l’ouverture des frontières. Un point que ses compatriotes insulaires perçoivent un peu trop comme une menace à son goût :

« C’est sûr que les courses à Kehl, ce n’est pas vraiment leur quotidien. Mais le Royaume Uni a tendance à percevoir la frontière ouverte comme une menace. Il n’y a guère que les Irlandais du Nord qui franchissent régulièrement la frontière avec l’Irlande pour s’en préoccuper. »

Les pays de l’UE et les « pays-tiers »

Contrairement à ses collègues ukrainiens ou bosniaques du Conseil de l’Europe, la citoyenneté européenne épargne à James les pénibles démarches pour obtenir un visa ou un permis de travail. Dans la plus large des institutions européennes, il est aux premières loges pour observer le schisme entre les citoyens européens et… il cherche ses mots : comment nommer un pays du Conseil de l’Europe qui n’a pas rejoint l’UE sans le reléguer au rang de la périphérie européenne ? Après une hésitation, il parle de « pays tiers ».

« Quand ils ont rejoint l’UE, on a entendu des pays comme la Bulgarie nous dire « comment ça on est européens que maintenant ? Alors on était quoi avant ? » Se dire que tout à coup, on va rejoindre ces pays-tiers, ça fait quelque chose. »

« Macron a choqué en voulant pousser les Britanniques vers la sortie »

À défaut de peser sur le Brexit, James se console avec sa nouvelle carte d’électeur. Après des semaines d’incertitude, il va finalement pouvoir voter pour les listes françaises aux élections européennes. Les Britanniques participant à cette ultime élection, il n’est pas question d’exclure leurs expatriés du scrutin.

Dans les forums d’expatriés britanniques, Emmanuel Macron l’Européen avait la cote. Mais il a perdu de sa superbe en voulant montrer la porte de sortie de l’UE un peu trop rapidement au Royaume-Uni. Le chef d’État français ne voulait pas négocier un accord aller au-delà du 30 juin 2019. Ses homologues allemands et européens étaient prêts à laisser beaucoup plus de temps au Royaume-Uni. Même son de cloche pour Nathalie Loiseau, qui s’est opposée à un nouveau référendum sur le Brexit. Pas vraiment du goût des remainers, très actifs en France. Comme en 2014, James devrait voter pour les Verts.

« C’est un bon groupe au Parlement Européen, il a permis des avancées importantes en matière de protection de l’environnement. »

Et la montée du Front National?

James est convaincu que le Rassemblement National n’arrivera jamais au pouvoir… Photo : Illustration : Piet, d’après KC Green

Même après le camouflet du Brexit, James continue d’être optimiste. Une Europe d’extrême droite ? Il n’y croit pas. Et surtout pas en France. Même la montée du Front National ne l’inquiète pas outre-mesure :

« Mes amis me disent parfois « imagine, tu prends la nationalité française et là, paf, Marine Le Pen arrive au pouvoir. Tu fais quoi ? » Il ne connaissent pas la particularité du système électoral français, avec l’élection du Président en deux tours… Ça n’arrivera pas. »

Élections européennes : Où, quand et comment voter ?

Élections européennes : Où, quand et comment voter ?

Les électeurs de l’Union européenne sont appelés aux urnes fin mai pour choisir leurs représentants au Parlement européen pour cinq ans. Un peu perdu ? Voici toutes les infos pratique pour voter à Strasbourg et en Alsace.

Quand ?

En France métropolitaine l’élection se tient le dimanche 26 mai. D’autres pays (Pays-Bas, Royaume-Uni, Irlande, République tchèque, Lettonie, à Malte et en Slovaquie) votent à partir du jeudi 23. Certains territoires français voteront dès le samedi 25 en raison du décalage horaire.

Où ?

Dans les bureaux de vote habituels

Tous les bureaux de vote d’Alsace sont ouverts de 8h à 18h, sauf à Strasbourg où ils ferment à 20h.

Les inscriptions sur les listes électorales sont closes depuis le 31 mars. S’il est trop tard pour s’inscrire pour cette fois-ci, il est déjà possible de s’inscrire pour les prochaines élections, afin de ne pas être hors-délai lors des municipales de mars 2020.

Pour les absents, il est possible de faire voter un proche via une procuration, à établir dans un commissariat de police ou de gendarmerie en théorie jusqu’à la veille le samedi 25. Mais mieux vaut prendre un peu d’avance pour anticiper les délais d’envoi. Un tiers peut porter deux procurations maximum et doit voter dans la même commune, mais pas forcément le même bureau. Il devra se rendre dans votre lieu de vote habituel.

Les scores qui comptent

Le classement

Contrairement à toutes les autres élections françaises, les européennes n’ont qu’un seul tour, à la proportionnelle. Il n’y a pas de « prime » pour la liste arrivée en tête, si bien que les deux premiers peuvent très bien envoyer le même contingent d’eurodéputés si leur score est très proche. Néanmoins l’ordre d’arrivée est toujours synonyme de victoire ou de défaite politique.

La barre des 5%

C’est le score minimal qui permet à une liste d’envoyer des représentants au Parlement européen à Bruxelles et Strasbourg. On ne peut pas savoir exactement à combien de députés correspond le score de 5,00%. Il dépend du nombre de listes qui passent cette barre des 5%. Mais franchir ce cap devrait permettre envoyer au minimum 4 députés. Ce seuil n’est pas imposé dans certains pays, comme l’Allemagne par exemple.

Le seuil des 3%

C’est le seuil qui permet de se faire rembourser une partie de ses frais de campagne, dans la limite des plafonds légaux autorisés (9,2 millions d’euros).

Qui ?

Les élections permettent d’envoyer 74 représentants français sur les 751 qui siègent au Parlement européen, venus de 28 pays. Cinq eurodéputés français seront ensuite ajoutés, proportionnellement aux scores du 26 mai, une fois les 73 élus du Royaume-Uni partis (et le total abaissé à 705). Après des reports multiples, le Brexit effectif est l’instant fixé au 31 octobre 2019.

Tout citoyen français ou européen peut voter en France s’il a 18 ans le jour de scrutin, à condition d’être inscrit sur les listes.

Les 34 listes et les 8 groupes

Les listes françaises

Contrairement aux trois précédentes élections européennes où la France était divisée en 8 vastes circonscription (l’Alsace votait dans un ensemble avec la Champagne-Ardenne, la Lorraine, la Bourgogne et la Franche-Comté), il s’agit des mêmes listes pour toute la France (comme entre 1979 et 1999).

Cette année, 34 formations ont déposé une liste de 79 candidats, un record. Les moins fortunées n’auront pas de bulletin de vote dans les bureaux, et il faut les imprimer à l’avance chez soi.

On y retrouve la plupart des formations présentes à l’élection présidentielle de 2017 (« Les Républicains », Front national devenu Rassemblement national, la France insoumise, Debout La France, UPR, Lutte ouvrière). À gauche, la dispersion est plus importante qu’en 2017 (Generation.s ; Parti communiste ; Europe Écologie Les Verts). Les deux seules alliances d’ampleur concernent La République en Marche avec le Modem et Agir au centre-droit, ainsi que celle de Place publique avec le Parti socialiste au centre-gauche. Même l’UDI, d’habitude alliée à « Les Républicains » ou au Modem fait bande à part cette fois-ci. Au total, 19 listes sont classées comme « Divers » par le ministère de l’Intérieur même s’ils défendent des intérêts divergents (animalistes, pirates, ouvriers, écologistes ou même royalistes). Deux listes se réclament du mouvement des Gilets jaunes (Alliance jaune et Évolution citoyenne).

Les groupes européens

Le Parlement européen fonctionne par groupes, de minimum 25 élus et venus de 7 pays. Avec cette organisation, des majorités doivent se former à l’aide de coalitions. En cette fin de mandat 2014-2019, 8 groupes composent l’hémicycle. À cet éventail s’ajoutent une vingtaine de non-inscrits qui ne se retrouvent dans aucune formation, ou dont personne ne veut. Savoir dans quel groupe compte siéger une liste est une bonne indication pour guider son vote.

De gauche à droite : La gauche unitaire (GUE / où l’on retrouve des communistes et insoumis français), les Verts (où siège EELV), les socialistes et démocrates (S&D / avec les eurodéputés du Parti socialiste et de Generation.s, élus sur la même liste en 2014), les centristes-libéraux (ALDE, Modem et UDI, et où LREM compte s’inscrire), la droite européenne (PPE / avec « Les Républicains »), les eurosceptiques (ECR / où pourrait siéger Debout La France), les souverainistes (ELDD / les Patriotes) et l’extrême-droite (ENL / Front national) .

Les groupes au Parlement européen (2014-2019)
Infogram Infographie par Toute l’Europe.eu

Des questionnaires pour faire son choix

La campagne pour les élections européennes peine à intéresser l’électorat français. Lors du dernier scrutin, en 2014, seul 42,43% de l’électorat français avait voté. Le taux d’abstention était bien plus bas pour l’élection présidentielle, dépassant les 22%. Avec une campagne européenne moins longue, difficile de prendre connaissance de tous les programmes des partis. Plusieurs outils ont été développés pour aider les électeurs à faire leur choix. « La Boussole » permet de se situer sur un graphique vis-à-vis de différentes listes. L’association allemande Polis180 a développé son propre algorithme : l’Euromat.

Après avoir formulé 33 questions politiques, l’ONG allemande a demandé aux différents partis européens d’exprimer leur position sur chaque point. Une méthode différente de « La Boussole », dont l’objectif est de donner toute la dimension européenne de ce scrutin, explique Léa-Maria Löbe, bénévole de l’association :

« Notre objectif est simplement d’informer les citoyens sur les élections européennes, qui peinent à se détacher du niveau national. Du coup, on ne connait pas du tout les positions européennes des candidats sur certains sujet. On ne peut donc pas savoir comment ils travailleront au Parlement et avec quels groupes ils formeront des alliances. »

Plusieurs partis européens n’ont donné aucune réponse à l’association, souvent des formations d’extrême-droite (dont l’AEMN, alliance sur laquelle Rue89 Strasbourg a enquêté, ici et ).

Hors les cases : la ligne graphique de Blutch au Musée Tomi Ungerer

Hors les cases : la ligne graphique de Blutch au Musée Tomi Ungerer

À l’occasion de la quatrième édition des Rencontres de l’Illustration, le Musée Tomi Ungerer met à l’honneur les dessins d’illustration du Strasbourgeois Blutch, jusqu’au 30 juin 2019.

Ce sont des affiches de cinéma, celles des films Vous n’avez encore rien vu, Les herbes folles ou encore Aimer, boire et chanter d’Alain Resnais, qui accueillent les visiteurs au Musée Tomi Ungerer. À contre-courant des plus célèbres bandes dessinées du dessinateur Blutch, les séries Le petit Christian (1998-2008) ou Blotch (1999-2009) privilégiant le trait expressif en noir et blanc. L’exposition éveille la curiosité par cette introduction très colorée.

Vue de l’entrée de l’exposition : Affiches de cinéma réalisées pour Alain Resnais. Photo : Célia Turmes

Strasbourg est tout Blutch

Dynamique « capitale de l’illustration« , Strasbourg célèbre cette année l’œuvre de Blutch, invité d’honneur des 4e Rencontres de l’Illustration et du festival Central Vapeur. L’œuvre polymorphe de l’auteur, strasbourgeois d’origine et digne successeur de Tomi Ungerer, décédé en février 2019, se donne à découvrir à trois expositions dans la ville, à visiter jusqu’au 30 juin. Ainsi, l’Aubette 1928 présente les planches de la BD-essai Pour en finir avec le cinéma (2011). Au Musée d’art moderne (MAMCS), le travail de l’auteur est mis en dialogue avec une sélection d’œuvres de Gustave Doré, Tomi Ungerer, Max Klinger, Albrecht Dürer ou encore Auguste Renoir.

Enfin, le Musée Tomi Ungerer fait quant à lui honneur aux travaux graphiques de Blutch produits entre 1994 et 2018, des illustrations pour la jeunesse aux dessins de presse en passant par les croquis et les dessins de jazz. L’auteur-illustrateur affirme sa filiation avec Tomi Ungerer. Comme lui, Blutch a d’ailleurs fait ses études à l’Ecole supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, devenue la Haute école des arts du Rhin (HEAR).

« La tentation du dessinateur serait de devenir peintre »

De son vrai nom Christian Hincker, Blutch a choisi son surnom en référence à l’un des personnages de la bande dessinée Les Tuniques bleues. Après la publication de ses premières planches en 1988, c’est l’entrée de ses dessins dans le mensuel (À suivre) en 1996 qui marque sa reconnaissance. En 2009, il est lauréat du Grand Prix international de la bande dessinée d’Angoulême. Le dessin de Blutch se caractérise par un trait libre, sans style prédéterminé, souvent en noir et blanc. Il ne délaisse cependant pas totalement la couleur et montre un perpétuel désir pour le médium pictural.

Que ce soit dans ses affiches de cinéma ou bien dans ses illustrations, il y a dans son trait une vibration de la matière, rappelant des traits de pinceaux. Dispersés harmonieusement dans les différentes salles du musée Ungerer, les travaux au pastel de Blutch surprennent par leur richesse picturale, tout en gardant le trait marquant du dessinateur. Ce double intérêt pour la ligne et la couleur est reflété dans la collection privée de dessins ainsi que dans la bibliothèque personnelle de l’artiste, également exposées à la fin du parcours. David Hockney, Georges Pichard, Guido Buzzelli, Saul Steinberg mais aussi Mickey Mouse et Donald Duck de la culture populaire à l’histoire de l’art, Blutch se nourrit d’inspirations multiples.

« J’ai appris à dessiner en recopiant »

Pour le dessinateur, c’est l’essence même de son travail que de se confronter aux formes passées : « Chez moi il n’y a pas de hiérarchie, tout le monde est au même niveau », dit-il. À la manière des enfants, il copie ce qu’il aime. Dans Acirema Reregnu, planche de BD réalisée en quatre couleurs (rouge, noir, blanc et gris), Blutch cite des images extraites d’America, un livre satirique d’Ungerer qui revêt une importance toute personnelle. Il s’agit en effet du tout premier livre du géant de l’illustration qu’il a lu. Le titre, énigmatique, doit se lire dans le sens inverse de lecture (Ungerer America), soulignant la volonté de Blutch de détourner l’univers de Ungerer.

Refaire, voire détourner, c’est une pratique courante dans l’œuvre de l’artiste, comme dans La suite Vidy (2015), une série de sept dessins réalisés pour le foyer du théâtre Vidy à Lausanne. Dans les dessins originaux encadrés et présentés ici dans leur suite prédestinée, il représente dans la première image l’arche de Noé dans laquelle se cache, si l’on regarde attentivement, le chien présent dans L’Île Noire de Hergé. Dans l’image suivante, l’animal saute par-dessus Tintin, le museau grand ouvert et le regard dirigé vers un chat présent dans le dessin suivant, qui reprend la composition du célèbre Olympia d’Édouard Manet.

Là encore, Blutch tisse la référence tout en inversant la peinture originale (le chat est à gauche et non à droite) et représenté sur le qui-vive, la queue dressée. Œuvre savante, ouvrant de multiples lectures, le travail de Blutch détourne fréquemment les classiques de la bande dessinée : dans Le Cavalier Blanc Numéro 2 (2002), il se réfère à la couverture d’un album éponyme de Lucky Luke, publié en 1975, pour en proposer des variations graphiques. Les aplats de couleurs et les formes cloisonnées dans des contours noirs sont remplacés par des traits libres, bruts et une palette très riche.

Dessin extrait de La suite Vidy (2015), reprenant l’Olympia (1863) d’Édouard Manet.Photo : Célia Turmes

« Je me raconte toujours des histoires en dessinant »

L’exposition met également en exergue les qualités narratives de l’œuvre de Blutch. Celui-ci développe une narration qui procède par associations ou citations iconographiques et textuelles. Tout comme l’artiste, qui se raconte des histoires en dessinant, le visiteur peut élaborer son propre récit. Schweizerhof (2009), série réalisée dans le cadre du festival Fumetto à Lucerne, présente par exemple des dessins produits quotidiennement lors d’un séjour d’une semaine : accrochées chronologiquement, ces illustrations mêlent fiction et réalité à la manière d’un journal intime graphique.

Dans La suite Vidy, le regard se promène d’une image à l’autre tout en tissant des analogies surprenantes. En définitive, Blutch se libère de l’enfermement des cases de la BD : plutôt que de produire des œuvres narratives linéaires, avec un début et une fin, il privilégie l’interprétation libre de ses images. Il s’agit de se « laver de la BD et de sa grammaire ».

Dans l’exposition du musée Ungerer, ce désir trouve un bel écho à travers la mise en scène des dessins dans l’espace : même encadrés, ils sont disposés de manière à perturber les cloisonnements. Sur les murs blancs, les illustrations respirent et déploient leur potentiel graphique.

Dans Acirema Reregnu, Blutch reprend des dessins de America de Tomi Ungerer pour les replacer aléatoirement dans une grille rappelant une mise en page de bd. Photo : Célia Turmes

Artiste aux multiples facettes, Blutch est constamment en recherche. Le titre de l’exposition, « Blutch. Un autre paysage » tient bien sa promesse : le spectateur découvre la pratique d’un dessinateur qui s’inscrit dans toutes sortes de champs de création, dépassant constamment ses propres limites.

L’exposition se construit à partir d’éléments disparates qu’elle sait faire dialoguer pour restituer l’hétérogénéité et la liberté du corpus. Les pastels saturés de couleur prennent autant d’importance que les dessins réalisés au trait léger, les petits dessins satiriques sont tout autant valorisés que les grandes affiches de cinéma. Loin de tout académisme, à l’image de Blutch, l’exposition est captivante.

Stade de la Meinau : 100 millions et 4 000 places de plus pour le grand public

Stade de la Meinau : 100 millions et 4 000 places de plus pour le grand public

Les quatre collectivités locales augmentent leur participation financière à l’agrandissement du stade de la Meinau d’environ 6 000 places au total, dont un doublement de la partie pour les sponsors.

Un stade de la Meinau de 32 000 places fin 2023. C’est ce que sont venus annoncer avec le sourire les présidents et le maire des 4 collectivités locales strasbourgeoises.

Conséquence de la bonne saison du Racing ? Les quatre assemblées augmentent toutes leur financement par rapport à ce qui avait été voté mi-2018 (60 millions au total).

Ainsi, la Ville de Strasbourg et le Département du Bas-Rhin prévoient de verser 12,5 millions d’euros (et non 10) chacun, tandis que la Région Grand Est et l’Eurométropole ajouteront 25 millions (et non 20) respectivement, soit 75 millions au total sur les 100 estimés. La métropole, propriétaire, bouclera le tour de table via un emprunt 25 millions d’euros. Elle prendra directement en charge les travaux via une maîtrise d’ouvrage publique (MOP). L’hypothèse un temps évoquée de créer une société dédiée au stade a été écartée pour des raisons de coût et de délais. En dépit de ce financement 100% public, l’idée d’accoler le nom du stade à celui d’une entreprise, « un namer », pour engendrer plus de recettes, n’est pas écartée.

Dans le détail, le stade passerait à 32 000 places (les nombres indiqués sont susceptibles de varier à quelques centaines près) contre 26 000 aujourd’hui. Pour le grand public, cette augmentation ne se traduirait que par 4000 places supplémentaires, de 24 500 aujourd’hui à 28 250 (dont 6000 pour le Kop debout, derrière le but à l’ouest). Tous les sièges seront changés et certaines nouvelles places disponibles à la vente ajoutées sur un étage supplémentaire, en haut de la tribune sud (derrière les bancs des équipes). Les autres se situeraient au bord de la pelouse, où la fosse serait comblée, à la place des tribunes populaires, debout et peu chères.

En outre, la partie réservée aux supporteurs des visiteurs serait modulable de 150 à 1500 places selon l’adversaire et le nombre de supporters qui se déplacent. Objectif, le moins de sièges vides possible à chaque rencontre.

Les tribunes populaires debout au bord de la pelouse, bientôt un souvenir ? photo JFG / Rue89 Strasbourg
Les tribunes populaires debout au bord de la pelouse, bientôt un souvenir ? photo JFG / Rue89 Strasbourg

L’agrandissement a avant tout une vocation économique comme l’ont rappelé les élus et notamment le président du club Marc Keller.

Pour l’ancien joueur du club, compte tenu du remplissage régulier du stade à 100% ou presque, y compris pour la partie réservée aux sponsors, ces travaux sont nécessaires pour que le club s’installe durablement dans le Top 10 français, avec les équipes stables de Ligue 1 :

« Notre budget de 42 millions d’euros (hors ventes de joueurs ndlr) n’est désormais plus extensible. Il faut augmenter notre budget de 15 à 20 millions d’euros pour ne pas avoir à sur-performer chaque année.

Marc Keller

Et pour cela, le nombre de loges et places pour VIP et officiels va passer à 3660 contre 1700 aujourd’hui. Ces spectateurs seront tous concentrés dans la tribune sud, derrière les bancs, autour de la tribune présidentielle. C’est dans cette zone de 6000 places où il y aura le plus de travaux, ce qui nécessitera une fermeture partielle pendant le chantier. Les espaces d’accueil seront aussi agrandis, tout comme la « fan zone » à l’extérieur.

Un étage sera ajouté une des deux grandes tribunes (photo Abdesslam Mirdass)
Un étage sera ajouté une des deux grandes tribunes Photo : Abdesslam Mirdass

La Meinau du future proposera même « 9 niveau de prestations » pour VIP, tous du même côté, ainsi qu’une « séparation des flux », c’est-à-dire que le grand public, les invités, les journalistes, les techniciens ne devraient plus se croiser dans leurs déplacements. Néanmoins, Marc Keller réaffirme au passage sa volonté de garder « un stade populaire, avec tous les publics. »

Un peu de concertation

Une phase de concertation va débuter, avec une première réunion publique le jeudi 23 mai à 19h au centre Marcel Marceau à Neudorf. Trois ateliers
(insertion urbaine, stade et vie sportive, et mobilités) sont prévus au stade en juin, avant une réunion de clôture le 8 juillet, également à Marcel Marceau.

La marge de manœuvre géographique est limitée avec l’École supérieure du professorat et de l’éducation (ESPE) au nord, une ligne de chemin de fer à l’ouest, des espaces verts de quartier au sud. Le terrain d’entrainement deviendrait un parking côté sud-ouest, d’autres espaces pour les joueurs étant amenés à être aménagés dans les alentours.

L’équipe continuera à jouer dans le stade pendant les travaux, qui devraient s’étaler entre la mi-2021 et la fin 2023, soit quelques mois avant les Jeux olympiques à Paris. La durée de vie est estimée à une « trentaine d’année ». La dernière rénovation d’ampleur date de 1984, il y a 35 ans.

Malgré les promesses, le sexisme persiste au Théâtre national de Strasbourg

Malgré les promesses, le sexisme persiste au Théâtre national de Strasbourg

En 2006, un rapport du ministère de la Culture a détaillé les inégalités femmes-hommes dans le spectacle vivant. C’était le chantier de Stanislas Nordey à son arrivée au Théâtre national de Strasbourg. Mais les habitudes ont la vie dure.

Depuis 2005, sur les dix dernières promotions de l’école du Théâtre national de Strasbourg (TNS), 143 femmes sont sorties diplômées, pour 129 hommes. Pourtant, l’insertion professionnelle pour ces jeunes femmes est plus compliquée que pour leurs homologues masculins.

En 2006, un rapport ministériel a répertorié les inégalités femmes-hommes dans les arts du spectacle. Aujourd’hui encore, les élèves de l’école du TNS se retrouvent fréquemment confrontés à des « stéréotypes profondément ancrés, dans un contexte où les postes de direction et de mise en scène sont principalement masculins », relate Chloé, récemment sortie de la section jeu du TNS (tous les prénoms ont été changés).

Alice, ancienne élève en scénographie-costumes, fait le même constat :

« C’est un milieu très genré. Ce n’est pas forcément dû aux personnes elles-mêmes, mais à l’univers dans lequel on évolue. C’est complètement intériorisé. Les promotions sont très féminines, mais les personnes qui exercent sont principalement des hommes. »

Les femmes écartées de la technique

À l’école du TNS, la parité est appliquée dans la section jeu. En revanche, dans les autres sections (scénographie – costumes, mise en scène – dramaturgie, régie -création), ce n’est pas le cas. Sur les deux promotions en formation entre 2018 et 2019 à l’école du TNS, 4 hommes étudient la mise en scène, mais aucune femme. À l’inverse, 7 femmes sont en section scénographie-costumes, pour 1 seul homme.

Caroline, en section régie-création, explique ainsi cette dichotomie :

« Selon les sections, il n’y a pas autant de femmes et d’hommes parce qu’il existe des préjugés genrés aux métiers. Par exemple, percer, scier, c’est connoté masculin, donc les filles n’osent pas candidater en technique, ou on les y visualise moins. »

« En étant scénographe, j’ai l’impression d’occuper un métier d’homme et d’aller à l’encontre de ce qui est attendu de moi », confie Anouk, autre étudiante du TNS. Comme d’autres élèves, elle regrette le manque de confiance des hommes envers les femmes, notamment dans les métiers techniques.

Alice, qui a étudié en scénographie-costumes, se sent écartée de son propre métier :

« Dès qu’il faut porter des objets lourds, les hommes nous passent devant pour le faire à notre place, ou nous disent qu’on n’y arrivera pas car on est trop petites, pas assez fortes… Alors qu’on pourrait très bien le faire. On entend aussi souvent des réflexions désagréables. Par exemple, dès que je suis fatiguée, on me demande si j’ai mes règles. « 

Pour les actrices, le cliché de la femme fragile

D’après Julia, ancienne élève, « c’est plus facile pour les actrices que pour les techniciennes ou metteuses en scène. On a besoin de femmes sur les plateaux pour jouer les rôles. » Malgré cela, Chloé, qui a étudié en jeu, a été confrontée à des visions stéréotypées de la femme au cours de sa formation :

« Les hommes ont cette image de la femme hyper féminine, sensible, douce, fragile… Un jour, un metteur en scène m’a dit que je n’étais pas capable de “faire la femme” parce que je ne correspondais pas à ces clichés. J’ai aussi reçu une demande scandaleuse d’un intervenant, qui voulait que je sois nue pour une scène sans aucune justification. »

Léa, actuellement en section jeu, fait le même constat tout en notant une amélioration :

« Je pense qu’il y a encore beaucoup de metteurs en scène qui ont du mal à concevoir que les femmes puissent être puissantes, sauvages, violentes. On nous demande souvent de nous adoucir, de mettre en avant notre côté sensible, amoureux, émotif. C’est en train de changer : j’ai travaillé avec des hommes qui m’ont fait confiance et m’ont laissée jouer une femme forte. »

En stage, « le régisseur ne s’adressait qu’aux hommes »

Caroline, apprentie régisseuse, a constaté lors de stages dans des salles de spectacles qu’il était difficile de s’imposer :

« En tant que femme jeune inexpérimentée, tu dois encore plus faire tes preuves. Pendant un stage, le régisseur de la salle ne s’adressait qu’aux hommes. Même quand je n’étais pas occupée, il ne venait jamais vers moi et on me coupait tout le temps la parole. »

Manon, en section régie-création, a observé des comportements similaires au fil de ses expériences professionnelles :

« Quand on ose prendre la parole, on entend souvent des réflexions style “Elle prend la confiance celle-là” ! Personne ne dirait ça à un mec. En technique, j’entends souvent de l’humour graveleux et les hommes ne m’incluent pas dans leurs blagues. »

À sa sortie de l’école du TNS, Alice a travaillé sur plusieurs projets dans lesquels elle a parfois mal vécu cet « humour sexiste » :

« Sur un montage, des hommes ont ramené une poupée gonflable et s’amusaient avec. Eux, ça les faisait rire, mais moi, je me disais que ça pourrait être mon corps. »

Pour se sentir plus intégrée, Caroline, en régie-création, a changé sa façon de s’habiller :

« Entourée d’hommes de 35-50 ans, j’évite les décolletés pour ne pas être cataloguée comme la “pin-up”. J’ai entendu les remarques que certaines filles féminines se prenaient sur leur physique… »

Anouk, quant à elle, a même pendant un temps pensé à ne travailler qu’avec des équipes exclusivement féminines :

« J’avais l’impression de ne plus avoir à faire mes preuves. Entre femmes, les rapports me semblaient plus simples. J’ai changé d’avis car je ne voulais pas me fermer de portes en commençant tout juste à travailler, et avec certains hommes ça s’est finalement bien passé. »

Le théâtre national de Strasbourg (TNS) vu depuis la place de la République (Photo Aloïs Peiffer / Wikimedia Commons / cc)
Le théâtre national de Strasbourg (TNS) vu depuis la place de la République Photo : Aloïs Peiffer / Wikimedia Commons / cc

Les femmes minoritaires dans les programmations

Pour les metteuses en scène, l’insertion professionnelle est encore plus difficile. Le rapport de 2006 notait que 78 % des spectacles dans les théâtres étaient mis en scène par des hommes. À Strasbourg, sur la saison 2018-2019, seulement 29 % des spectacles programmés dans les théâtres professionnels sont dirigés par des femmes.

Lucie, elle aussi étudiante à l’école du TNS, estime que les femmes peuvent perdre confiance face à leur faible programmation :

« À force de ne voir presque que des noms masculins à la mise en scène, ça peut faire baisser les bras à beaucoup de femmes. J’ai des amies autour de moi qui se sont lancées et qui réussissent progressivement à se faire leur petit trou, mais c’est difficile… »

Léa, en section jeu, l’explique par le manque d’éducation des femmes à la direction de projet :

« C’est une construction sociale : en tant que femme, on n’est pas éduquée à être leader de projet et à diriger. Dans ma promotion, c’est systématique : les hommes prennent plus la parole, vont sur les plateaux en premier… Ce n’est pas leur faute, ils ont été éduqués comme ça. »

Pas assez d’actions concrètes à l’école du TNS

À son arrivée à la direction du TNS, en 2015, Stanislas Nordey déclarait dans un entretien pour Rue89 Strasbourg que l’égalité femmes-hommes sur les plateaux était son premier chantier :

« À une ou deux personnes près, il y aura cette saison autant d’actrices que d’acteurs sur les plateaux. C’est tout bête mais en fait c’est énorme : c’est une question d’accès au boulot. »

Stanislas Nordey prévoyait alors de poursuivre ce travail sur la parité effective en direction des autrices et des metteuses en scène. Mais dans la saison 2018-2019 du TNS, seulement 5 spectacles ont été mis en scène par des femmes, contre 10 par des hommes, et un par une équipe mixte. Au niveau des textes présentés, 11 ont été écrits par des hommes et 5 par des femmes.

Ancienne élève récemment sortie de l’école, Chloé estime que le TNS peut mieux faire :

« Stanislas Nordey cherche à faire émerger une pensée contre le sexisme, mais sans être militant pour autant. C’est un début, mais son mandat au TNS manque d’actions concrètes. Par exemple, nos enseignants et intervenants étaient presque tous des hommes, il n’y a que des femmes à l’atelier costumes du TNS et à la régie générale du TNS, l’équipe n’est constituée que d’hommes. »

Capture d’écran de la présentation des enseignants de l’école sur le site du TNS. Photo : 15 mai 2019

Une absence de modèles féminins

Dans le théâtre, les postes de direction de salles sont en majorité occupés par des hommes. Sur les cinq théâtres nationaux français (Théâtre national de Strasbourg, la Comédie Française, la Colline, L’Odéon et Chaillot), aucun n’est dirigé par une femme à ce jour.

Entre 2014 et 2019, seulement deux femmes ont obtenu un Molière pour leur mise en scène, contre 10 hommes. Un manque de figure d’identification que Lucie pointe du doigt :

« En tant que femme, nous n’avons presqu’aucun modèle féminin de metteuse en scène qui a du succès. Les hommes sont en position de domination, ils dirigent la majorité des théâtres et se programment entre eux. »

Pour Anouk, l’égalité des chances entre femmes et hommes dans le théâtre est un combat à mener :

« Je ne veux pas déprimer en pensant que je vais moins réussir parce que je suis une femme, même si force est de constater que c’est plus facile pour les hommes. Mais ce n’est pas un destin tragique. Il faut en faire une force et réduire cette inégalité de fait. »

D’après Lucie, le secteur du théâtre commence à changer :

« Il y a une prise de conscience : la parole se libère, on l’a vu dans la presse ces dernières années. Des collectifs se sont créés pour encourager les femmes à se lancer dans la mise en scène et valoriser la femme dans l’art, comme Femmes Nomades. »

Pour Léa, élève actrice, ce travail sur la place de la femme dans l’art doit se faire aux côtés des hommes :

« Les hommes sont nos alliés. Dans notre promotion, 3 hommes et 2 femmes ont proposé des “cartes blanches”. Sur les 3 projets retenus, 2 sont ceux des femmes et 1 d’un homme. »

Malgré nos sollicitations, la direction de l’école du Théâtre National de Strasbourg n’a pas répondu à nos questions.

Dimanche, rassemblement « pour une autre politique migratoire » pendant les portes ouvertes du Parlement européen

Dimanche, rassemblement « pour une autre politique migratoire » pendant les portes ouvertes du Parlement européen

Le collectif « Pour une autre politique migratoire » appelle au rassemblement dimanche 19 mai devant le Parlement européen, à l’occasion de ses portes ouvertes. Un appel adressé aux candidats aux élections européennes sera présenté.

Dimanche 19 mai, à partir de 14h, un rassemblement aura lieu devant le Parlement européen, jour de ses Portes ouvertes annuelles. Le collectif « Pour une autre politique migratoire », à l’origine de la manifestation, souhaite notamment interpeller les candidats aux élections européennes, dont les élections se tiendront le dimanche suivant. Une proposition de 12 engagements à mettre en oeuvre pour une « politique migratoire solidaire » leur est adressée.

Parmi les revendications, protéger les personnes solidaires des exilés, faciliter les migrations, harmoniser le droit d’asile ou encore assurer la protection et l’éducation des mineurs non-accompagnés et des jeunes majeurs. Les 12 engagements sont décrits dans les deux pages ci-dessous.

Sensibiliser l’opinion publique

À Strasbourg, le collectif « Pour une autre politique migratoire » fédère des membres de plusieurs associations : la Ligue des droits humains, Médecins du Monde, OXFAM… L’objectif commun des militants est de « sensibiliser l’opinion publique en vue d’une solidarité respectueuse des droits humains à l’égard des migrants ». Cette lutte se traduit par des rassemblements militants à Strasbourg, comme celui du 19 mai. Le collectif s’adresse également aux députés européens afin de faire évoluer les politiques migratoires.

Le collectif s’est également affilié à une fédération nationale, les États Généraux des Migrations (EGM). Elle rassemble plus de 150 groupes locaux mobilisés pour l’accueil des migrants. Plusieurs groupes locaux se mobilisent justement en amont des élections européennes pour faire connaître aux candidats leurs revendications vis-à-vis de la politique migratoire.

Un numérique éco-responsable est-il possible ?

Un numérique  éco-responsable est-il possible ?

Le Shadok et Rue89 Strasbourg reçoivent Bela Loto, directrice de la Maison de l’informatique responsable et Romaric David, responsable du datacenter de l’Université de Strasbourg, pour évoquer la responsabilité environnementale du numérique. À suivre en direct.

Quelle somme d’énergie faut-il pour envoyer un e-mail ? Et quel est l’impact carbone d’une heure de jeu vidéo ? Quel est le coût écologique du numérique et que peut-on faire pour le réduire ?

On en discute jeudi 16 mai à 19h avec nos experts :

    Bela Loto, coordinatrice de la Maison de l’informatique responsable,Romaric David, Responsable du pôle Campus Connecté et Datacenter de l’Université de Strasbourg.

Échanges animés par Pierre France de Rue89 Strasbourg.

Tous connectés et après, rendez-vous tous les deux mois au Shadok.

Avec Tous connectés et après ?, le Shadok et Rue89 Strasbourg donnent rendez-vous tous les deux mois pour un cycle de rencontres interrogeant les enjeux de société soulevés par le numérique : collecte des données, intelligence artificielle, ubérisation des services, pratique des réseaux sociaux, etc.

Grâce aux intervenants invités, ces rencontres tendent à proposer des clés de décryptage sur des sujets au cœur de l’actualité.

« Halte au grignotage de l’espace public ! »

« Halte au grignotage de l’espace public ! »

Architecte, Bernard Aghina dénonce que les élus de Strasbourg ne se soient pas élevés pour empêcher la réduction de la place Kléber, demandée et obtenue par la société propriétaire de la Maison Rouge.

Lundi sera débattue au conseil municipal de Strasbourg une délibération visant à la « prolongation du délai pour procéder à la désaffectation d’emprises de voirie sises place Kléber, à hauteur du bâtiment de la « Maison-Rouge » à Strasbourg-Ville. »

Sous cet intitulé inaccessible au commun des mortels se cachent ni plus ni moins que la décision d’amputation de plus de 4% de la superficie de la place Kléber, en même temps que la suppression pure et simple de sa seule partie abritée de la pluie, le parvis de la « Maison-Rouge » et au final sa transformation en surfaces commerciales privées au profit de la société Maison Rouge SNC, propriétaire de l’immeuble qui abrite un magasin Fnac, une boutique Orange et diverses autres enseignes et bureaux.

Une procédure menée en toute discrétion

Il s’agit en réalité de la poursuite d’un processus administratif et discret engagé en juin, assortie d’une enquête publique très confidentielle : quatre personnes seulement ont apporté une contribution écrite, tous avis très négatifs et bien argumentés.

Ils faisaient notamment valoir : l’absence d’intérêt général du projet, la perte de visibilité des commerces de la rue de la Grange, l’existence de surfaces commerciales vacantes sur le site ou proches (ex-Habitat, ex-Schutzenberger…) et aussi l’absence de communication sur l’enquête publique et l’étroitesse de l’espace restant entre les futures devantures et le tram…

Le parvis sous la Maison Rouge doit être entièrement dévolu au propriétaire de la Maison Rouge pour être transformé en commerces… Photo : DRLW Architectes / doc remis

Dernière chance pour que les élus se ressaisissent !

Des observations qui n’ont nullement troublé le commissaire enquêteur puisqu’il a donné un avis favorable au projet le 28 juillet, en reprenant intégralement l’argumentaire de la Ville.

Deux délibérations conjointes du conseil municipal du 15 octobre et de la commission permanente de l’Eurométropole du 19 octobre ont décidé du déclassement de l’espace public, de la suppression de l’alignement et de la vente au privé de ce parvis couvert de 508 m².

La délibération de lundi n’est donc qu’une péripétie technique – mais pourtant indispensable – permettant de prolonger le délai d’application des décisions prises en octobre.

Mais c’est aussi l’occasion pour les élus municipaux de se ressaisir – rêvons un peu ! – et de mettre un terme à ce processus qui est par ailleurs tout-à-fait illégal.

« L’espace public est inaliénable… »

En effet, au terme de l’article L.2141-1 du code de la propriété des personnes publiques :

« Un bien d’une personne publique (…) qui n’est plus affecté à un service public ou à l’usage direct du public, ne fait plus partie du domaine public à compter de l’intervention de l’acte administratif constatant son déclassement. »

Autrement dit, pour pouvoir sortir du domaine public, les biens publics (telles que les rues, places…) doivent être désaffectés et déclassés, ces deux conditions étant cumulatives.

Or si le déclassement du parvis de Maison-Rouge a bien été effectué par les diverses procédures de la Ville et de l’Eurométropole, on ne peut constater aucune désaffectation. Le lieu est l’objet d’une forte fréquentation et d’usages multiples : point de rencontre et de rendez-vous pratique car abrité et bien identifié, vente de fleurs, présence d’associations militantes avec panneaux d’information ou table pour signature de pétition, raccourci commode entre la place de l’Homme-de-fer et la rue de la Grange…

Tous ces usages publics sont utiles, réels et constants, le lieu n’est pas désaffecté, il ne peut donc être déclassé.

À la lecture des documents justificatifs du projet, on n’en sait pas plus sur ce point, l’argumentation de l’ »étude d’impact à la procédure de déclassement anticipé » est très succincte et assez surprenante.

Qui peut agir pour préserver l’espace public, sinon les élus ?

Après avoir affirmé que  » les biens des personnes publiques qui relèvent de leur domaine public sont inaliénables et imprescriptibles », le texte ajoute simplement :

« En raison de l’intérêt général du projet et du peu d’atteintes portées aux autres intérêts publics en présence, la désaffectation de l’emprise foncière concernée, ouverte au public (parvis), prendra effet le 30 juin 2019 au plus tard. »

Il est bien légitime pour le propriétaire des commerces de vouloir moderniser et restructurer son immeuble. Il l’est déjà moins de tenter pour ce faire d’accaparer 508 m² d’espace public.

Mais ce qui n’est plus du tout légitime – et même difficilement compréhensible -, c’est que les pouvoirs publics relaient intégralement une telle demande privée au point de constituer l’essentiel de l’argumentaire développé dans les justificatifs du projet !

Une seule « utilité publique » – si l’on peut dire – a été trouvée, c’est « d’améliorer et garantir la sécurité du site. Actuellement, le parvis (…) constitue un espace résiduel (…) propice aux appropriations marginales, nécessitant de nombreuses et régulières interventions de la police municipale. »

Nouvelle attaque contre les « marginaux »

On dispose donc dorénavant à Strasbourg de deux méthodes complémentaires pour éloigner les « marginaux » : le récent arrêté anti-mendicité et la suppression des lieux publics où ils stationnent.

Ce qui est encore plus navrant, c’est que la majeure part du débat sur ce point lors du conseil municipal du 15 octobre n’a pas porté, comme on aurait pu s’y attendre, sur le bien-fondé ou non de l’amputation de la place Kléber mais bien sur la « sécurité » et la supposée mendicité agressive des marginaux du parvis….

Il a aussi été question d’un autre intérêt du projet : l’occasion qui serait ainsi donnée d’améliorer l’aspect de la façade de cet immeuble mal aimé… comme s’il était nécessaire de fermer le parvis pour rénover la façade.

Une emprise contestée dès 1974…

Contrairement à ce qui est écrit dans le dossier de l’enquête publique et les délibérations présentées aux élus, il ne s’agit pas ici de réparer une erreur commise au moment de la construction de l’immeuble Maison-Rouge, à savoir le maintien du caractère public du parvis couvert.

La réalité historique est toute autre : après la démolition de l’hôtel Maison Rouge, le nouvel immeuble n’aurait jamais dû être autorisé sous cette forme, c’est-à-dire dérogeant à l’alignement et avançant sur l’espace public.

En janvier 1974, des commerçants riverains aidés par des défenseurs du patrimoine ont attaqué le permis de construire délivré en mars 1973 et obtenu un sursis à exécution à la rédaction assez explicite :

« Considérant (…) qu’en l’état de l’instruction l’un au moins des moyens articulés à l’appui des conclusions tendant à l’annulation des permis attaqués, moyen tirés des principes régissant le domaine public, présente un caractère sérieux… »

Si le projet a pu reprendre avec deux ans de retard, c’est seulement parce que les opposants se sont désistés de leur requête en avril 1975, après avoir obtenu des compensations financières.

L’immeuble n’a été achevé qu’en 1978, l’espace du parvis est forcément resté public et il a fait l’objet d’une convention d’occupation du domaine public jusqu’à aujourd’hui.

Après la privatisation des cours de l’Aubette, après la suppression du parvis de Maison-Rouge, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Prochain objectif, le parvis sous la terrasse du Schutz, la fermeture des Grandes Arcades ?

Au Neudorf, la Maison citoyenne fête son ouverture en couleurs le 18 mai

Au Neudorf, la Maison citoyenne fête son ouverture en couleurs le 18 mai

Samedi 18 mai, la Maison citoyenne située au Neudorf célèbre son inauguration officielle. Après quatre années de recherche de financements et de travaux, ce lieu multicolore a ouvert ses portes en janvier. La fête du 18 mai permettra à tous les curieux de découvrir ce projet associatif, à destination d’autres associations.

Quatre années, c’est le temps qu’il a fallu à la Maison solidaire pour bâtir son projet. L’inauguration officielle de la petite multicolore à colombages à l’entrée de Neudorf est prévue samedi 18 mai. De 11h à 20h, diverses animations seront proposées aux participants.

La journée débutera avec un « ludo-brunch » : chacun ramène de la nourriture et des jeux à partager. L’après-midi sera rythmée par les concerts de plusieurs artistes comme le groupe Las Baklavas ou la chanteuse Malva, tandis que les activités proposées par la maison seront présentées au public. « Mais surtout, on prévoit une petite surprise ! Ce sera une inauguration participative et colorée, à l’image de la maison ! », glisse Henrique Waxin, l’un des bénévoles tout en préservant le suspense.

350 adhérents en quelques mois

Depuis janvier 2019, la Maison citoyenne ouvre ses portes aux associations. Pour 5€ de l’heure, elles peuvent utiliser les locaux pour leurs activités, à condition « de correspondre à notre projet : favoriser la transition écologique et sociale à travers l’intégration et le partage de connaissances », précise Henrique Waxin. Pour l’instant, la Maison accueille par exemple Makers for change, qui oeuvre pour l’intégration des étrangers ; Au coude à coude, qui propose des cours de français à des réfugiés mineurs ; ou encore une association d’éco-couture.

Les bénévoles aimeraient faire de la Maison citoyenne un lieu de rassemblement pour les habitants du quartier et toutes les personnes intéressées. (doc remis)
Les bénévoles aimeraient faire de la Maison citoyenne un lieu de rassemblement pour les habitants du quartier et toutes les personnes intéressées. Photo : doc remis

« On reçoit beaucoup de propositions ! Du théâtre, des concerts, des conférences gesticulées… », énumère Henrique Waxin. En plus des activités associatives, les adhérents à la Maison citoyenne peuvent eux aussi monter des projets. À ce jour, ils sont plus de 500.

« Les gens nous disent ce qu’ils ont envie de faire, et nous, on fait tout pour le rendre possible. Par exemple, un des bénévoles organise des soirées de discussions régulièrement. On est ouverts à toutes les propositions ! »

Henrique Waxin, bénévole

237 000€ récoltés

Le projet a pu compter sur différents financements, notamment 65 000€ du FEDER (Fonds européen de développement régional), 50 000€ du Ministère de l’Environnement, 50 000€ de la Région Grand Est et plus de 10 000€ par des fondations privées comme Up ou Archipel des utopies. Au total, 237 000€ ont été rassemblés. Et pour être viable financièrement, les bénévoles tiennent un bar associatif, dont les bénéfices serviront au fonctionnement du lieu. Adhérer, à prix libre, est d’ailleurs la conditions pour pouvoir consommer sur place.

Le concept de la Maison citoyenne est né d’un appel à projets de la Ville de Strasbourg, en 2015. Le gros des travaux de rénovation avait commencé en janvier 2018. Pour ce projet, porté par l’association Éco-quartier Strasbourg, une vingtaine de bénévoles se sont investis durant plusieurs années. « Tout ce qu’il était possible de faire sans passer par une entreprise, on l’a fait nous-mêmes. Par exemple, on a fait l’isolation de la maison un week-end ! », raconte Henrique Waxin.

La réalisation de l’isolation de la Maison citoyenne avec les bénévole (vidéo Maison citoyenne / Youtube)

Des citoyens engagés

En plus de ces financements, un fort engagement citoyen a permis la création de la Maison citoyenne. Grâce à une cagnotte en ligne, 16 000€ ont été récoltés. Les citoyens ont également donné des meubles, en plus d’aider pour les travaux. « On a même dû dire stop, sinon on aurait des tas de fauteuils ! Quelqu’un nous a carrément donné un piano à cordes », raconte Henrique Waxin.

« Il y a eu un très fort engagement citoyen. Ce qu’on veut pour la suite, c’est que ça s’autonomise : que les gens viennent régulièrement, qu’ils tiennent le bar… On veut tout simplement que ça vive par les personnes du quartier et tous ceux qui ont envie de venir. L’objectif, c’est de trouver un équilibre. »

Henrique Waxin, bénévole
#Maison citoyenne

Les élections des locataires d’Habitation Moderne annulées

Les élections des locataires d’Habitation Moderne annulées

Le bailleur social Habitation Moderne devra organiser de nouvelles élections de locataires à son conseil d’administration. Cette décision est le dernier épisode d’un conflit qui oppose des bailleurs sociaux à une association de locataires, Alis.

C’est une demi-victoire pour l’Association des locataires indépendants de Strasbourg (Alis) mais elle est symbolique. Dans un jugement publié le 13 mai, le tribunal d’instance de Strasbourg a ordonné que les élections des locataires au conseil d’administration d’Habitation Moderne, tenues en octobre 2018, soient annulées. Les magistrats reprochent à la société parapublique de ne pas avoir organisé de dépouillement public des bulletins de vote, « un principe général du code électoral ».

Le tribunal d’instance statue en dernier ressort dans cette procédure, ce qui ne permet pas à Habitation Moderne de faire appel. Une procédure devant la Cour de cassation est possible, mais elle n’est pas suspensive. Les élections des locataires du bailleur social devront donc bien être à nouveau organisées.

Contacté, Habitation Moderne a réagi dans un communiqué :

« Habitation moderne a en effet décidé d’exclure l’association Alis de la salle de dépouillement, en raison d’un comportement inapproprié. Habitation moderne a pris acte de cette décision. Son exécution provisoire étant requise, elle organisera dans un délai raisonnable de nouvelles élections de ses représentants de locataires. »

Un conflit aux allures de combat personnel

Ce jugement est le dernier épisode d’un conflit qui remonte à plusieurs années, entre d’une part Alis et d’autre part, Habitation Moderne et CUS Habitat, les deux bailleurs sociaux présidés par l’adjoint au maire de Strasbourg Philippe Bies (PS).

Le pôle de l'habitat social abrite les bureaux de CUS Habitat et d'Habitation Moderne (Photo CUS Habitat / Wikimedia Commons / cc)
Le pôle de l’habitat social abrite les bureaux de CUS Habitat et d’Habitation Moderne Photo : CUS Habitat / Wikimedia Commons / cc

Les deux organismes n’ont pas autorisé Alis à participer aux élections, car l’association ne remplit pas les nouvelles conditions de représentativité nécessaires. Ces conditions, qui exigent une affiliation à une organisation représentative nationale, ont été ajoutées au code de la construction et de l’habitat (CCH) par la loi « Égalité et citoyenneté » dont le rapporteur de la partie « logement social » était… Philippe Bies.

Pour Alis, il s’agit d’une manœuvre de Philippe Bies visant à exclure cette jeune et virulente association des conseils d’administration des bailleurs sociaux. Elle a donc contesté la validité des élections tenues l’an dernier, devant le tribunal administratif pour l’office public CUS Habitat et devant le tribunal d’instance pour la société Habitation Moderne.

Une affiliation nationale exigée seulement pour Alis

En mars, le tribunal administratif de Strasbourg a débouté Alis de ses demandes. Dans son jugement de lundi, le tribunal d’instance estime également qu’Alis n’est pas dans les règles et qu’elle n’a pas été discriminée quant à sa non-participation. Jamal Rouchdi, responsable sectoriel d’Alis, s’avoue déçu mais combatif :

« On ne comprend pas pourquoi on nous oppose cette obligation d’affiliation directe… Des milliers d’associations de locataires en France sont comme nous affiliées à l’Union nationale des locataires indépendants (UNLI) sans que ça pose le moindre problème… On est les seuls à être poursuivis comme ça… Donc on a fait appel de la décision du tribunal administratif et on regarde comment faire pour porter cette question dans la procédure civile. On ira jusqu’au bout. »

Le jugement du tribunal d’instance

Le Colonel des zouaves au TNS, 20 ans après, la psychose n’a pas pris une ride

Le Colonel des zouaves au TNS, 20 ans après, la psychose n’a pas pris une ride

Vingt-deux ans après sa création, Le Colonel des zouaves est repris à l’identique au TNS jusqu’au 23 mai. Dans ce seul en scène, Laurent Poitrenaux se perd dans les obsessions d’un domestique huilant les chaînes de sa propre servitude, dans une mise en scène minimaliste très efficace.

L’acteur est solitaire, dans un espace dépouillé. Debout, en livrée anthracite, devant un mur réfléchissant son dos et derrière un rectangle de fils de pêche figurant une fenêtre fine et tranchante, Laurent Poitrenaux campe un domestique d’exception. Rompu aux travaux ménagers, il en fait un art éminemment pointu. Dans l’espace Klaus Michael Grüber du Théâtre National de Strasbourg (TNS), Le Colonel des Zouaves est rejoué, vingt ans après sa création, avec la même exactitude.

Un serviteur esclave de la plus scrupuleuse exigence

Dès les premières phrases, le ton du spectacle est donné : ce sera une succession de tableaux peints avec la rigueur extrême d’un anatomiste compulsant méthodiquement chaque nerf, chaque fibre, chaque tissu musculaire d’un corps parfait.

Les descriptions sont anormalement détaillées. Chaque personnage prend un long moment à être décrit, tant il est important de présenter son habit, de la coupe au tissu. Chaque élément architectural est magnifié, chaque fragrance dans l’air analysée, chaque objet présenté dans ses moindres aspects. Tout passe dans l’œil du domestique : il doit tout connaitre, tout repérer, pour anticiper les besoins de son maître et de ses invités.

Le colonel des zouaves au TNS
Laurent Poitrenaux emplit le plateau de sa simple présence, grâce au travail du son, de la lumière et à sa gestuelle rigoureuse. Photo : Pascal Victor

Un travail sonore pointu permet à Laurent Poitrenaux de tenir une heure et demie sans aucun effet de ronronnement ou de lassitude. Dans sa bouche passent les mots de nombreux personnages. Le micro dissimulé dans ses cheveux capte sa voix et permet à Gilles Grand de la moduler en direct. Des samples audios et des effets wah-wah transforment le timbre de l’acteur pour rapporter les paroles du maître, des domestiques, des invités. Ces voix nouvelles, étrangement déformées et grossières, contribuent à renforcer l’isolement du domestique : il est seul dans sa psychose et n’entend les autres qu’à travers le filtre tordu de son esprit. Service total.

Un spectacle captivant par sa précision

Le spectacle est captivant. L’écriture d’Olivier Cadiot sait paradoxalement combiner les descriptions pointilleuses et le suspense. Ce sont de longues observations très vivantes. Le spectacle fait le portrait de plus en plus complet du personnage et sa minutie fascine.

Il chronomètre son service, optimise le ramassage des miettes, théorise artistiquement la présentation du plat de brochet sur semoule, construit une maquette du domaine pour rationaliser ses déplacements et ceux des autres domestiques. Cette obsession balance du tragique au comique. La disproportion parfois extrêmement violente du personnage relève de l’humour noir.

L’homme qui calcule la longueur de ses foulées durant son footing est aussi celui qui paramètre jusqu’à ses moments de détente et de relaxation musculaire. Il époussette le tapis, s’occupe du jardin et observe, plongé dans le lac ou dans un abri souterrain les habitudes des invités pour saisir leurs moindres désirs.

Service total encore une fois. Lorsque son caractère se manifeste dans des préoccupations amoureuses ou sexuelles, c’est avec la même brusquerie pratique, la même efficacité chronométrée.

Le colonel des zouaves au TNS
Les jambes ne se déplaçant que dans un tout petit périmètre, Laurent Poitrenaux contorsionne son corps au rythme du texte. Photo : Pascal Victor

Une trilogie rejouée à l’identique 20 ans plus tard

Le Colonel des zouaves est un roman publié par Olivier Cadiot en 1997 et créé sur scène par Ludovic Lagarde la même année. Ce spectacle inaugure une trilogie s’étalant sur vingt ans avec Un mage en été et enfin Providence. Les trois spectacles viennent d’être repris par le trio, qui les a joués à Reims en intégralité.

Dans ces spectacles, Laurent Poitrenaux fait preuve d’un talent indéniable. Il occupe seul l’espace, l’emplit, et concentre toute l’attention du public. Seul, il convoque un univers : des images, des sons, toute une chorégraphie de l’invisible qui solidifie autour de lui l’atmosphère du texte.

La méticulosité de son jeu d’acteur, travaillé en 1997 notamment pour la création du Colonel avec la chorégraphe Odile Duboc, fait écho à la maniaquerie de ses rôles. Il joue à chaque fois Robinson, ce personnage qu’Olivier Cadiot réinvente dans plusieurs de ses romans. Il est seul, enfermé comme sur son île. Pour combattre cet isolement, dans ce désert d’où il ne peut sortir, il reconstruit un monde à partir de ses fantasmes.

Dans Le Colonel des zouaves il ne bouge presque pas ses pieds, se contentant d’arpenter 1 m² d’espace durant les 90 minutes. Malgré cela, la précision de ses gestes, le travail du son de Gilles Grand et la lumière de Sébastien Michaud qui change pour marquer les différents tableaux ne laissent pas de vide sur le plateau. Dans ce spectacle, chacun retrouvera — poussées à l’extrême — toutes ces petites habitudes, ces rituels quotidiens qui structurent nos journées.

Pour les vingt ans des Ateliers ouverts, deux week-ends, un départ et un Off

Pour les vingt ans des Ateliers ouverts, deux week-ends, un départ et un Off

Les Ateliers Ouverts débutent ce vendredi 17 mai pour deux week-ends avec le traditionnel vernissage festif au Bastion 14. Au total, 372 artistes d’Alsace proposent de visiter leur lieu de travail. Et pour une fois, il sera possible de faire la fête tard à Strasbourg.

Laisser les curieux venir dans leurs ateliers, c’est devenu un rituel du mois de mai pour beaucoup d’artistes d’Alsace depuis 1999. Pour les 20 ans des Ateliers ouverts, ils sont 372 à laisser le grand public se glisser dans pas moins de 123 ateliers ces 18-19 et 25-26 mai. La plupart travaillent à Strasbourg et Mulhouse, mais la programmation propose aussi six lieux insolites, tels le Cloître des Recollets à Saverne, l’ancienne synagogue de Hégenheim, la filature de la même commune, l’Atelier gare à Mollkirch, une abbaye à Masevaux ou encore une ancienne synagogue à Hagenthal-le-Bas.

À Strasbourg, trois temps forts festifs rythment ce rendez-vous printanier, le premier débutant en fait dès le vendredi 17 mai.

Vernissage survitaminé et nuit blanche

Pour les 20 ans des Ateliers ouverts, la soirée attendue du vernissage va pouvoir se prolonger exceptionnellement jusqu’à 3h du matin. L’association organisatrice, Accélérateur de particules, ouvre les festivités comme à son habitude au Bastion 14, derrière la Gare. À cette fête, 39 artistes implantés proposent de découvrir leur ateliers avec une exposition imaginée avec neufs invités (À base de Pipiping-pong). Toutes les heures entre 18h et 22h, une intervention architecturale et performance de Ben Jack Nash est programmée.

En plus des foodtrucks, des concerts et des DJs, un espace lounge meublé éthiquement grâce à Emmaüs va être installé en extérieur. Exit les habituelles tentes blanches et bienvenue dans un monde cosy avec en prime une projection vidéo géante sur la façade (Allégorie3D par Antoine Lejolivet) et un collage commandé (Collage in situ de Bill Noir ) spécialement pour la soirée.

« Cette fête sera encore plus dense que d’habitude avec une programmation musicale ambitieuse. Deux groupes et au moins trois DJs sont attendus. Quatre performances réalisées dans le cadre du festival INACT vont également avoir lieu tout au long de la soirée. »

Sophie Kauffenstein, coordinatrice et salariée de l’association Accélérateur de particules

L’organisation a souhaité cette année développer son engagement écologique en signant la charte d’engagement d’Éco Manifestation Alsace et a mis en œuvre plein de petites astuces pour décrocher le niveau deux. Le public sera mis a contribution.

Vernissage des Ateliers Ouverts 2016 au Bastion (Photo : Alex Flores/Ateliers Ouverts/DR)
Vernissage des Ateliers Ouverts 2016 au Bastion Photo : Alex Flores/Ateliers Ouverts/DR
    Vernissage des Ateliers Ouverts, vendredi 17 mai à partir de 18h, au Bastion 14, rue du Rempart.

Le premier samedi, les insomniaques pourront rejoindre le collectif de La Drèche route des Romains, à Koenighsoffen, pour une Nuit blanche animée jusqu’à 8h du matin. Entre deux bâtiments, au pied des ateliers de menuiserie et de sérigraphie, concerts, bières et stammtisch seront au rendez-vous.

    Nuit blanche, samedi 18 mai à partir de 20h, à la Drèche,
    91 route des Romains.
Performance de Jérôme Rich à La Drèche en 2018 (Photo: Alex Flores / Ateliers Ouverts /DR)
Performance de Jérôme Rich à La Drèche en 2018 Photo : : Alex Flores / Ateliers Ouverts /DR

Un adieu le deuxième week-end et un « Off »

Il se dit que serait la dernière année pour visiter La SemenceRIE (oui, nous avons écrit ça quelques fois), un immense hangar dans le quartier gare partagé par une trentaine d’artistes permanents. Les artistes de La SemenceRIE vont déménager avec dix autres structures au GarageCoop, au Port-du-Rhin en juillet 2019.

    Fête avant déménagement, samedi 25 mai à partir de 20h, à La SemenceRIE.

Naissance d’un Off des Ateliers Ouverts

Suite à un différent avec l’association Zone d’Art (raconté ici), un « Off « des Ateliers Ouverts aura bien lieu au sein du bâtiment du collectif d’artistes du Port-du-Rhin avec des artistes invités : Christine Mosser, Eve Guerrier, Pascal Koenig et François Nowakowski (Corps Étranger), des interventions théâtrales de Jérome Léger et des activités conviviales.

Un atelier ouvert comme les autres, à la seule différence que les trois artistes qui voulaient participer, Hervé Petit, Eban et Pinto Muñoz, ne figurent pas dans la catalogue officiel des Ateliers Ouverts.

    Off des Ateliers Ouverts, les 17-18 et 25-26 mai, à Zone d’Art, 2 rue du Rhin Napoléon
Hervé Petit dans son atelier à Zone d'Art (Document remis / DR)
Hervé Petit dans son atelier à Zone d’Art (Document remis / DR)

Solidarité : la municipalité va aider le Centre Bernanos pour ses travaux

Solidarité : la municipalité va aider le Centre Bernanos pour ses travaux

Cet article fait partie de l’édition abonnés. | Déjà abonné ? Connectez-vous

Abonnez-vous maintenant pour poursuivre votre lecture

Abonnez-vous

Abonnez-vous maintenant pour suivre l’actualité locale.

Déjà abonné⋅e ?

Connectez-vous

Nouvelle évacuation du camp de migrants des Ducs d’Alsace

Nouvelle évacuation du camp de migrants des Ducs d’Alsace

Entre 60 et 80 personnes, en provenance de Géorgie, d’Albanie ou de Serbie, ont été évacuées de leur camp installé aux Ducs d’Alsace.

C’est devenu un rituel de la vie strasbourgeoise. Le camp de tentes des Ducs d’Alsace, à la limite entre Cronenbourg et Hautepierre, a été démantelé ce mercredi 15 mai dans la matinée. Une trentaine de tentes le composaient et entre 60 et 80 personnes y vivaient depuis plusieurs semaines.

Évacuation d'un camp de migrants aux Ducs d'Alsace. (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Les familles sont originaires de Serbie (comme ici), de Géorgie ou d’Albanie. Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Arrivées de Géorgie, d’Adjarie plus précisément pour certains d’entre eux, de Serbie et d’Albanie, ces personnes, des familles complètes, relèvent pour beaucoup de l’accueil réservé aux demandeurs d’asile, une compétence de l’État.

Un dispositif d’accueil saturé

Mais les milliers de places du dispositif d’accueil des demandeurs d’asile sont saturées. En outre, les demandes doivent être déposées dans le premier pays de l’Union européenne traversé. L’État va donc réorienter une bonne partie de ces personnes, après avoir établi leur situation administrative exacte.

Évacuation d'un camp de migrants aux Ducs d'Alsace. (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Une quarantaine de tentes avaient été installées entre la voie rapide et l’autoroute… Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Marie-Dominique Dreyssé, adjointe au maire de Strasbourg (EELV) en charge des solidarité, détaille un processus désormais bien rôdé :

« La Ville s’occupe de récupérer les personnes, de les conduire dans un gymnase aménagé et accueillant, où les services de l’État étudieront durant toute la journée leurs situations administratives. C’est ensuite à l’État de prendre en charge ces familles et notamment leur hébergement. »

Évacuation d'un camp de migrants aux Ducs d'Alsace. (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Une famille de Géorgie est venue avec leurs enfants et la grand-mère… Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Ce petit espace boisé entre l’autoroute et la voie rapide de Cronenbourg avait déjà été occupé au début de l’hiver. Lorsque des lieux ont été occupés à répétition ces dernières années, la municipalité a eu pour réponse de… verrouiller l’accès via des grillages ou des blocs de béton.

Évacuation d'un camp de migrants aux Ducs d'Alsace. (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Demandeurs d’asile, ils vont devoir déposer leur demande dans le premier pays européen traversé… Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Loi Blanquer : les jardins d’enfants inquiets pour leur avenir

Loi Blanquer : les jardins d’enfants inquiets pour leur avenir

Parents et personnels se mobilisent pour sauver les jardins d’enfants alors que le Sénat examine cette semaine la loi pour une école de la confiance.

Directrices, personnels et parents ne lâchent pas la pression pour sauver les jardins d’enfants alors que le sénat a commencé mardi l’examen du projet de loi Pour une école de la confiance du ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer. Quel rapport ? L’obligation de scolarisation des enfants à partir de trois ans menace l’existence même de ces établissements atypiques très présents en Alsace et qui accueillent les petits de 2 à 6 ans.

Parents et personnels des jardins d'enfants d'Alsace se sont rassemblés samedi 11 mai à Strasbourg pour alerter l'opinion publique sur leur situation. (Crédit : CG / Rue89 Strasbourg)
Parents et personnels des jardins d’enfants d’Alsace se sont rassemblés samedi 11 mai à Strasbourg pour alerter l’opinion publique sur leur situation. Photo : Crédit : CG / Rue89 Strasbourg

Ces structures alternatives à l’école maternelle reçoivent près de 800 enfants chaque jour à Strasbourg, et près de 10 000 dans l’ensemble de la France. Une goutte d’eau si l’on sait qu’une classe d’âge représente 800 000 enfants en France. Un détail dans le paysage de l’accueil des enfants que le ministre semble avoir oublié dans son projet législatif. Pas étonnant, puisque les jardins d’enfants ne relèvent pas du ministère de l’Éducation nationale mais de celui de la Famille.

Une vingtaine de structures privées en Alsace

En plus des jardins d’enfants municipaux qui accueillent les petits de 4 à 6 ans, une vingtaine de jardins d’enfants privés et associatifs existent en Alsace. Calqués sur le modèle allemand des Kindergarten, ils s’occupent des bambins dans des conditions très privilégiées par rapport à celles des écoles maternelles classiques. Le jardin d’enfants associatif Les tous p’tits d’Alsace, dans le quartier de l’Esplanade à Strasbourg, existe depuis… 1924. Aurélie Ira, sa directrice, explique :

« Mettre son petit dans un jardin d’enfants relève d’un choix pédagogique des familles. Les enfants y sont beaucoup plus encadrés qu’à l’école. Un décret de 2000 nous impose un adulte pour 15 enfants. On a plus de temps pour écouter, accueillir, et accompagner les familles. Nous faisons du soutien à la parentalité. On accueille les enfants sur un temps long, de trois à quatre ans de suite avec la même personne. Cela laisse le temps pour créer du lien, pour rassurer les parents sur leurs compétences et déceler les difficultés. »

Concrètement, une « classe » de jardin d’enfants mélange tous les âges. Les enfants y sont pris en charge tous les jours de la semaine de 7h45 à 18h15. Une souplesse pour les parents qui tranche avec le planning périscolaire – école – crèche ou nounou du système d’accueil classique.

« Dans la lignée des grands pédagogues »

Patricia Chalet, directrice du jardin d’enfants Michael, qui appartient au mouvement pédagogique Rudolph Steiner, à Koenigshoffen depuis 1954, insiste :

« Nous voulons être reconnus comme des lieux d’instruction et que les jardins d’enfants qui ont une longue histoire ne disparaissent pas. Ces établissements se sont développés dans la lignée des grands pédagogues qui se sont questionnés sur les besoins du petit enfant, à contre-courant des écoles maternelles qui ne pensent l’enfant que comme un futur élève. Il y a beaucoup de pays dans le monde où les jardins d’enfants sont préférés aux écoles maternelles. »

Pour Marie Chapoutot, enseignante dans le public, le choix de mettre sa première fille dans un jardin d’enfants n’a pas été évident dès le départ. Cette année, son aînée de six ans passe sa dernière année chez Les p’tits loups d’Alsace. Et elle compte bien se battre pour que son bébé d’un an y aille aussi dès ses deux ans :

« Ma fille avait commencé sa scolarité dans une école maternelle publique classique. Elle n’était pas à l’aise dans sa classe, pleurait tout le temps. Elle ne voulait pas rester à l’école. Nous nous sommes alors dit que l’on devait trouver une autre solution et nous sommes orientés vers cette structure pour la rentrée suivante. Aujourd’hui, elle est épanouie, il y a un vrai bien-être, je vois la différence. Par rapport à l’histoire de ma fille, la pédagogie différenciée proche de Montessori est très précieuse. Les grands aident les petits à grandir. Les enfants pratiquent beaucoup de jeux, ils sont dans la manipulation des objets. Nous, ce qu’on en retient, c’est que notre enfant y est bien, qu’elle apprend plein de choses et qu’elle est heureuse d’y aller. »

Un choix des parents

La vingtaine de jardins d’enfants privés d’Alsace est agréée par les services municipaux de Protection maternelle et infantile (PMI). Depuis 2000, ils sont même soutenus par les CAF qui les financent directement. La participation des familles est indexée sur un barème en fonction de leurs revenus. Aurélie Ira insiste :

« C’est un choix pédagogique que les parents sont prêts à financer parce qu’ils s’y retrouvent. Il y a la volonté de beaucoup de parents de plus s’investir dans l’éducation de leurs petits enfants et donc de trouver des lieux qui leur correspondent, avec une variété de projet pédagogique. »

Samedi 11 mai, un enfant dessine à la craie sur la place Kléber en protestation contre la menace de disparition des jardins d’enfants. Photo : Crédit : CG / Rue89 Strasbourg

En début d’année, le député alsacien LREM Bruno Studer a tenté de rattraper les manques du projet de loi et déposer un amendement pour sortir les jardins d’enfants de l’impasse. Son texte, déjà voté en première lecture à l’Assemblée nationale, donne un délai de deux ans aux jardins d’enfants pour se transformer en écoles maternelles privées ou en crèches.

Une mobilisation nationale

Pas du tout de quoi rassurer les concernés… Face à la menace de disparaître, les jardins d’enfants d’Alsace et ceux de Paris, se sont depuis mobilisés pour peser dans le débat législatif. A la tête du collectif alsacien, Aurélie Ira, elle-même éducatrice de jeunes enfants, explique :

« Quand le projet de loi a été rendu public il y a un an nous pensions être inclus dedans. Mais en fait l’Education nationale ne savait pas qu’on existait… Bruno Studer a alors proposé un amendement pour permettre aux jardins d’enfants de continuer pendant deux ans, le temps de se transformer soit en lieux d’accueil de 0 à 3 ans soit en écoles maternelles privées. Mais notre personnel n’a pas tous les diplômes pour travailler en écoles sous contrat. Certaines sont éducatrices de jeunes enfants, d’autres ont un CAP petite enfance, d’autres sont auxiliaires de puériculture ou encore animatrices. »

Aurélie Ira et ses collègues alsaciennes se sont donc organisées pour faire valoir leur cause. Elles ont enchaîné les rendez-vous auprès des députés et des sénateurs de la région pour les sensibiliser au problème. Avec succès puisque le sénat qui examine le texte cette semaine met au vote un amendement pour pérenniser la dérogation que Bruno Studer avait introduite pour deux ans.

Après le Sénat, retour risqué à l’Assemblée Nationale

La sénatrice Fabienne Keller (Agir) défend sa position :

« Les jardins d’enfants propose une forme d’accueil stable quand les parents sont en situation tendue dans leur travail. Ils proposent une pédagogie adaptée et offrent un certain « maternage » à des enfants qui en ont besoin. C’est un modèle qui est complémentaire de l’école maternelle ou intermédiaire et dont la pérennité semble fragilisée par le texte de loi. Même si je soutiens la scolarisation à trois ans, je pense que ce modèle remplit tous les objectifs d’une manière différente de l’école mais tout aussi efficace. Cette diversité peut être mise en regard de la diversité des enfants. Le problème n’a été vu qu’assez tard à l’Assemblée nationale. Elle n’a pas eu le temps de l’expertiser. »

Si la sénatrice se veut confiante sur l’ouverture du débat au sénat, la suite pourrait être plus compliquée pour les jardins d’enfants. Alors que le sénat va étudier un amendement pour une dérogation longue des jardins d’enfants à l’obligation de scolarisation, le gouvernement a déjà déposé un amendement pour rétablir dans la future loi un délai d’adaptation de trois ans. Rien ne laisse présager que l’Assemblée nationale aille dans le sens du sénat, alors que les syndicats d’enseignants s’opposent à la reconnaissance des jardins d’enfants et considèrent la dérogation initiale de deux ans comme une trahison.

Bruno Studer ne cache pas son embarras :

« C’est une dérogation qui m’a valu ailleurs en France des reproches selon lesquels je voulais préparer la fin des écoles maternelles. La réflexion n’est pas du tout terminée parce que le travail législatif n’est pas fini. Il est encore temps de traiter le sujet. »

Les structures historiques du pays vont se constituer en fédération nationale le 18 mai pour réfléchir notamment à une charte de bonnes pratiques et avoir un poids légal. Ses responsables ont rendez-vous au ministère de la Famille le 22 mai. La direction nationale de la cohésion sociale les a quant à elle invités à les recevoir le 17 mai. A l’Assemblée Nationale, plusieurs députés seraient favorables à la prolongation d’une dérogation, le temps de trouver les contours juridiques d’une niche pour ces établissements atypiques. Oseront-ils défendre publiquement le modèle face aux syndicats enseignants ? Le terrain est glissant.

En attendant, depuis la médiatisation du problème, et donc des jardins d’enfants, les demandes d’inscriptions dans ces établissements alternatifs explosent partout, confie Aurélie Ira : « On ne sait plus quoi faire des demandes. »