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Jean-Bernard, syndicaliste à Haguenau : « Sans Europe sociale, il y aura toujours du chantage à la délocalisation »

Jean-Bernard, syndicaliste à Haguenau : « Sans Europe sociale, il y aura toujours du chantage à la délocalisation »

Jean-Bernard, militant CGT à l’usine de pièces automobiles Schaeffler d’Haguenau, a gardé intact son amour de l’Europe malgré les délocalisations successives. Et pour lui, seule une Europe sociale forte pourra sauver le vieux continent face à la concurrence mondiale. À Rue89 Strasbourg, on a pris le temps d’écouter ce qu’il avait à dire, et JB nous a finalement donné un peu d’espoir.

À 47 ans, l’usine Schaeffler d’Haguenau, c’est toute la vie de Jean-Bernard, que tout le monde y compris lui-même appelle JB. Il y est rentré comme monteur ajusteur en système mécanique et automatique il y a plus de 20 ans. Dès le début, il s’est syndiqué. Et puis il y a douze ans, il a décidé de devenir militant actif. Entre temps JB avait gravi les échelons de l’entreprise jusqu’à devenir responsable qualité d’une des usines du site de Haguenau.

« J’attache beaucoup d’importance aux relations humaines. J’ai toujours maintenu des relations claires et saines avec mes collègues malgré mon rôle. Mais j’ai vu comment ça se passait au niveau de ces strates. Mon chef était extrêmement autoritaire et se réfugiait derrière son statut sans ce respect de l’humain qui m’importait. On me demandait de faire chier les gens. Alors j’ai rejoint le collège technicien de la CGT. Quand j’ai sauté le pas, ça a fait l’effet d’une bombe. J’ai vite compris qu’il y aurait un avant et un après mon engagement, tout comme il y aurait un avant et un après Schaeffler. « 

Jean-Bernard que tout le monde appelle JB à Schaeffler Photo : Claire Gandanger / Rue89 Strasbourg / cc

En 2008, comme la CGT est alors le premier syndicat dans l’entreprise alsacienne et que JB parle couramment allemand, il a l’opportunité de rejoindre le comité européen du groupe Schaeffler, créé quatre ans plus tôt. À l’époque il s’agit simplement pour lui de fournir un rapport annuel sur le site d’Haguenau. Et puis au bout de quatre ans, JB est élu au comité exécutif du comité européen du groupe par la trentaine de délégués européens des personnels.

« Vue la taille de l’entreprise en Europe, des salariés en Allemagne ont pensé à créer un groupe européen de représentants du personnel, en collaboration avec le gros syndicat allemand IG Metall. Ils ont constitué ce comité européen qui a été approuvé par le directoire du groupe Schaeffler dans l’objectif d’avoir de meilleurs échanges entre les différents sites et pays du groupe. « 

Schaeffler, un groupe mondial qui aime délocaliser

À l’origine Schaffler est une entreprise familiale allemande fondée par deux frères après la Seconde guerre mondiale. L’un des fils a depuis repris l’entreprise. Le groupe Schaeffler a racheté la marque allemande Continental il y a 10 ans et est côté en bourse depuis 4 ans. Aujourd’hui, le groupe emploie 200 000 salariés dans le monde. Au sein de l’Union européenne, le groupe pratique l’optimisation avec des usines dans 11 pays.

Depuis Haguenau, la situation a de quoi inquiéter. Les délocalisations des services du site ont commencé il y a une douzaine d’années, vers la Roumanie. Ces plans successifs « d’optimisation des coûts » répondent aux petits noms de Pace, Cito, et aujourd’hui Race qui menace 900 emplois en Europe, dont 700 en Allemagne.

« L’argument a d’abord été de délocaliser toutes les tâches où il y avait le plus de main d’œuvre sur nos pièces : fraisage, pièces molles… Dans l’optique de baisser les coûts de production évidemment. D’abord ça a été le fraisage, puis le traitement thermique, puis la rectification, et progressivement tous nos process ont été délocalisés, toujours pour rester concurrentiels. Tout cela s’est passé sans licenciement, le personnel a été replacé à d’autres secteurs de production sur le site. Mais les départs en retraite n’étaient jamais remplacés. « 

Les emplois de comptabilité partis à leur tour en Slovaquie

Et il y a trois ans et demi, ça a été au tour des emplois de bureau d’être délocalisés. Plutôt que de maintenir les services commercial et comptable dans un site comme celui d’Haguenau, le groupe Schaeffler a préféré centraliser toute sa bureaucratie et sa facturation dans un Share center service… en Slovaquie.  » La conséquence ultime de la digitalisation et des frontières tombées « , commente amèrement JB.

« C’est tout vu, là où une employée de bureau coûtait 2 000 euros à Haguenau, en Slovaquie ça leur revient à 600 ou 700 euros. Mais la direction a bien respecté son obligation de proposer une solution de reclassement aux 35 personnes concernées. Après 30 ans de carrière parfois, les comptables et les employées de bureaux ont été placés dans différents services. Certains ont pu garder les mêmes horaires de travail, d’autres se sont retrouvés à 50 ans passés à travailler à la chaîne de production avec des horaires de nuit ou hybrides. « 

JB prévient :

« Au sein du groupe, du personnel autrichien a déjà reçu des propositions de reclassement dans un autre pays. Aucun doute que le jour où il y aurait un plan social à Haguenau, la direction le ferait aussi. « 

Ce mouvement de délocalisations des activités d’Haguenau vers l’Europe de l’Est a vidé les effectifs du site d’Haguenau. En vingt ans, il est passé de 3 000 à 2 000 salariés, sans aucun plan social. Mais JB s’accroche à l’atout de son usine pour garder foi en l’avenir.

« Nous sommes une usine pilote. On développe les produits ici, puis leur production est délocalisée. Mais contrairement aux autres usines du site, on continue de livrer nos clients directs tout en alimentant les nouveaux Quick centers d’Europe. »

Le comité européen attentif

Dans son rôle de syndicaliste européen, JB voyage régulièrement en Europe, au grès des rendez-vous du comité européen. Lui et ses collègues restent attentifs et analysent les décisions européennes du groupe avec l’assistance d’un cabinet d’expertise financière agréé par Schaefller. En plus de sa fonction au comité exécutif qui chapeaute toutes les usines européennes du groupe, JB est plus spécialement responsable du suivi de la zone Espagne-Italie-Portugal. Contre l’optimisation économique européenne que tente d’imposer les dirigeants de Schaeffler, le syndicaliste est convaincu qu’une optimisation sociale européenne et possible. C’est tout l’objet de son combat au sein du comité européen :

« Actuellement, avec le plan d’optimisation des coûts Race, le groupe vise une marge de rentabilité en bourse de 10 à 12 points. C’est énorme pour ce domaine d’activité. Comme nos comptes sont publiés, même les clients s’aperçoivent de l’abus et demandent de baisser les prix. « 

Pour stopper ce cercle vicieux, JB martelle :

« Pour avoir une Europe forte, il faut une Europe sociale. Sinon il y aura toujours des différences de coûts du travail entre les pays et donc toujours du chantage à la délocalisation. « 

La culture syndicale des pays de l’Est, ce grand mystère

Le militant garde espoir devant un premier constat. En Roumanie, les salaires des employés de Schaeffler ont déjà doublé en 12 ans :

« Au début le salaire moyen était de 250 euros. Aujourd’hui il est à 500. Toutes les grosses industries se sont engouffrées dans le low-cost dans les pays de l’Est et il y a beaucoup d’offres d’emplois là-bas. Alors les gens se vendent, ce qui a fait mécaniquement augmenté les salaires. « 

Mais il regrette que là-bas, la culture du syndicalisme ait du mal à prendre.

« Quand je côtoie mes collègue des pays de l’Est, je vois qu’ils n’ont pas cette culture de lutte qu’on a en France. En Roumanie par exemple, ça fait vingt ans que Ceausescu est mort et ils ont encore besoin de se faire diriger. »

Et malheureusement pour JB, il n’y a pas qu’avec l’Est que les échanges de culture syndicale sont compliqués. Le comité européen de Schaffler est chapeauté par le poids lourd des syndicats de la métallurgie en Allemagne IG Metall, une toute autre culture que celle de la CGT française :

« C’est une toute autre culture syndicale qu’en France. À IG Metall, c’est leur job à plein temps d’être syndicaliste, ils font des études pour devenir syndicalistes. Ce ne sont pas des gens assez proches des ateliers. C’est à l’opposé de la culture française syndicale de présence au sein des entreprises. C’est difficile de s’entendre avec des gens aussi déconnectés des réalités. »

Quelques succès pour les syndicats européens du groupe

Pourtant le combat de syndicalistes européens comme JB porte ses fruits au sein du groupe Schaeffler. Lentement les conditions de travail des ouvriers et employés des sites européens s’harmonisent.

En 2018, au bout de cinq ans de bataille, les salariés des usines portugaises ont obtenu une prime d’intéressement aux bénéfices comme ça a toujours été le cas en France.

« Dans un premier temps on s’est heurté à des directeurs de sites qui voulaient absolument soigner leurs chiffres et puis un jour un directeur a cédé. En France, l’intéressement aux bénéfices représente en moyenne 1 200 à 1 500 euros de prime par an pour un salarié. Au Portugal aujourd’hui, c’est en moyenne 600 euros. L’Espagne et l’Italie ont aussi la prime d’intéressement. Maintenant, il nous reste à l’introduire dans les pays de l’Est : Pologne, Roumanie, Slovaquie, Hongrie. »

En 2017, les dirigeants de Schaeffler ont voulu délocaliser une usine allemande en Slovaquie pour augmenter les marges.

« Au comité européen, on a fait pression avec l’appui du cabinet d’expertise financière. On a démontré que cette délocalisation n’apporterait que 8 points supplémentaires de marge au groupe. La direction a renoncé en 2018, 175 personnes ont gardé leur boulot en Allemagne. »

L’avenir des jeunes de Haguenau passe-t-il par l’Europe ?

À travers cette lutte pour une optimisation européenne sociale, c’est à la place de l’Europe dans le monde autant qu’à l’avenir de l’emploi des jeunes à Haguenau que JB pense :

« Pour l’instant en France, tout ça ne nous a rien apporté. Mais si on avait tous les mêmes salaires, les patrons n’iraient plus ailleurs. L’Europe doit être forte vis-à-vis de la Chine, des États-Unis, etc… Même en s’unissant à tous les pays européens, aussi longtemps qu’il n’y aura pas d’Europe sociale, on ne pourra pas lutter. Il nous faut un plan d’action de l’Europe vis-à-vis de la concurrence mondiale. « 

Déterminé dans son rôle de syndicaliste européen, JB n’en est pas moins inquiet pour l’avenir.

« Les combats de demain seront de plus en plus difficiles. En France, on a de moins en moins de syndiqués. Il n’y a qu’à voir l’exemple de la CGT : dans les années 1980, on était 7 millions ; aujourd’hui on est 700 000. Le président Emmanuel Macron gère notre pays comme une entreprise et il casse le Code du travail. Les patrons peuvent budgéter leur personnel. Dans une grosse boîte comme Schaeffler, avant on avait la garantie de l’emploi, les banques prêtaient les yeux fermés à ses salariés. C’est fini. Les lois sur le travail ont enlevé beaucoup de pouvoir aux syndicats, aujourd’hui les attaques sont quotidiennes sur les conventions collectives… »

Dans ce contexte, JB reste déterminé :

« Mon rôle est d’informer les gens et de leur dire que les abus des patrons ne passeront que parce qu’il n’y a pas de contre-pouvoir en face. »

Blanca de Riquer Gatell, en campagne pour un Parlement plus féministe

Blanca de Riquer Gatell, en campagne pour un Parlement plus féministe

Espagnole embauchée au Parlement européen, Blanca de Riquer Gatell en a assez d’évoluer dans un environnement misogyne. Elle veut que ces élections européennes marquent la fin d’une culture sexiste. Pour atteindre cet objectif, le collectif auquel elle appartient, « MeTooEP », a plus d’une corde à son arc.

Écologiste et féministe. C’est ainsi que Blanca de Riquer Gatell se définit avant tout. Mais impossible de réduire cette Barcelonaise de 32 ans qui croque la vie à pleines dents à ces deux facettes seulement. Elle en a tellement.

Amatrice de football (elle y joue plusieurs fois par semaine, au poste d’attaquante), cette Bruxelloise d’adoption (elle a rejoint la Belgique après une année en Erasmus à Amsterdam et l’obtention d’un master de communication politique à Londres) a intégré le Parlement européen dès septembre 2014 – d’abord en tant que stagiaire, puis comme assistante parlementaire. 

Depuis un an, elle travaille pour le groupe des Verts / Alliance libre européenne (ALE), qu’elle conseille sur toutes les questions relatives aux droits des femmes. Son crédo ? Le « gender mainstreaming », c’est-à-dire l’approche qui consiste à intégrer la dimension du genre dans toutes les politiques (économiques, sociales, commerciales, etc).

Blanda de Riquer Gatell travaille au Parlement européen depuis bientôt cinq ans. Photo : Benoît Bourgeois / EP

Blanca de Riquer Gatell se dit très fière de travailler pour une institution qui détient de plus en plus de pouvoir, et qui, parfois, est capable de faire évoluer les politiques. Mais en près de cinq ans entre Bruxelles et Strasbourg, elle a aussi pu se rendre compte des travers qui existent au Parlement européen, et notamment du mauvais traitement trop souvent réservé aux femmes qui y travaillent.

Pour l’Espagnole, la campagne qui précède les élections européennes est donc plus que jamais l’occasion de tenter d’améliorer la condition des femmes au Parlement et de voir enfin renforcées les politiques internes visant à éliminer le sexisme, le harcèlement et les violences fondées sur le genre.

Plus de 360 signatures

Alors, aux côtés d’autres employés (pas que des femmes) du Parlement européen – tous membres du collectif « MeTooEP » – Blanca de Riquer Gatell a élaboré une liste d’engagements (dix au total) que les candidats aux élections européennes peuvent signer afin de montrer leur volonté d’aller de l’avant.

Ce manifeste de campagne, qui appelle notamment à « activement lutter contre le sexisme », enjoint également les futurs députés européens à s’inscrire à une formation spéciale au Parlement européen « relative au respect et à la dignité au travail », ainsi qu’à « encourager la création d’une structure accessible, efficace et indépendante pour traiter les cas de harcèlement au Parlement européen » – deux mesures qui viendraient modifier l’organisation actuelle de cette grande maison.

Blanca de Riquer Gatell enjoint tous les candidats aux élections européennes à signer au plus vite ce manifeste.

Pour l’heure, plus de 360 signatures ont été collectées – beaucoup sont celles d’eurodéputés sortants qui aimeraient être réélus, mais il y a aussi un certain nombre de candidats qui n’ont pas encore d’expérience au Parlement européen. Et Blanca de Riquer Gatell de se réjouir : 

« C’est un bon début, étant donné la sensibilité du sujet ! Car il faut bien comprendre qu’on ne peut pas prendre ce manifeste par-dessus la jambe. Le signer, c’est aussi s’engager par la suite. Je serai là, pendant la prochaine législature, et demanderai le soutien de ceux qui ont signé pour faire avancer notre combat. »

Blanca de Riquer Gatell veut que le Parlement revoit ses règles pour éliminer toute forme de harcèlement en son sein. Photo : Benoît Bourgeois / EP

Pour Lea Haas, 32 ans, assistante de l’eurodéputée Terry Reintke au Parlement européen et qui, depuis cinq ans, collabore régulièrement avec Blanca de Riquer Gatell sur des dossiers communs, la persévérance de sa collègue ne fait aucun doute : 

« Blanca fait partie du noyau dur du collectif. Nous avons de la chance de pouvoir compter sur elle, elle est l’un des piliers du mouvement, l’une de celles qui a fait en sorte qu’il grandisse et soit entendu. On n’avait encore jamais vu ça avant, dans aucun autre parlement. Blanca est une féministe brillante et intelligente, vraiment capable de construire des ponts. Et dans un collectif comme celui-ci, qui regroupe des féministes de nationalité et de couleur politique variés, c’est plus que nécessaire. »

36% d’élues au Parlement 

Mais l’engagement de Blanca de Riquer Gatell contre le harcèlement dans cette institution majeure de l’Union européenne a commencé bien avant la campagne électorale.

Fin 2017, la vague #MeToo vient éclabousser la « bulle européenne », et le Parlement tout particulièrement, où bon nombre de langues se délient. Les récits de victimes harcelées par leurs collègues ou par leur chef se multiplient. Le site d’informations spécialisées Politico Europe recueille quelque 140 témoignages alarmants – parmi lesquels deux font état de viols – via un formulaire en ligne permettant de se confier, anonymement ou non. 

Dans la foulée, le Parlement européen vote (à une écrasante majorité de 580 voix pour, 10 contre et 27 abstentions) une résolution « sur la lutte contre le harcèlement et les abus sexuels dans l’UE ». Blanca de Riquer Gatell, qui travaillait alors pour l’eurodéputé Ernest Urtasun, a largement participé à sa rédaction. Ce texte non contraignant demande notamment la fusion des deux comités de lutte contre le harcèlement qui existent au Parlement (l’un étant réservé au personnel administratif et l’autre aux députés et aux assistants), ainsi que l’instauration de formations obligatoires contre le harcèlement (les mêmes dont il est question dans le manifeste de campagne, qui existent actuellement au Parlement, mais sont toujours facultatives).

Blanca de Riquer Gatell réclame notamment une formation obligatoire contre le harcèlement pour tous les élus européens.Photo : Benoît Bourgeois / EP

Mais la résolution n’est pas suivie d’action : le « Bureau » du Parlement européen, qui regroupe le président de l’institution ainsi que 14 vice-présidents, se saisit mollement du dossier, sans y apporter de réponses concrètes.

Le 8 mars 2018, le mouvement « MeTooEP » naît en réaction. Depuis, aux côtés d’une dizaine d’autres membres qui en constituent le noyau dur, Blanca de Riquer Gatell fait vivre ce réseau, en espérant bientôt ne plus être la cible, au quotidien, du sexisme ordinaire qui fait rage dans l’institution. Et depuis octobre 2018, sur le blog « MeTooEP », des employés des institutions continuent de poster les récits de leurs mésaventures. Pour Blanca de Riquer Gatell, c’est clair : 

« Même après les élections, on va continuer à se battre. MeTooEP continuera de se faire entendre tant que nous n’avons eu ce que nous voulons. À court terme, il s’agit des formations obligatoires et de la fusion des comités de lutte contre le harcèlement. Mais c’est aussi l’éradication totale de toute forme de sexisme au Parlement. »

Pour Blanca de Riquer Gatell, le Parlement européen doit devenir un modèle en matière de lutte contre le harcèlement, et vite.Photo : Benoît Bourgeois / EP

Elle y tient : l’institution doit devenir un modèle en matière de lutte contre le harcèlement et d’égalité entre les hommes et les femmes. Et sur ce dernier tableau, l’institution ne s’en sort pas si mal : en 1979, dans l’hémicycle du Parlement européen, les femmes occupaient 17 % des sièges. En 2018, cette part a atteint 36 %, soit 271 élues (contre 480 hommes).

Si la parité est loin d’être strictement respectée, les femmes restent mieux représentées à Strasbourg et à Bruxelles que dans la plupart des parlements nationaux, où elles occupent en moyenne 24 % des places. Et
Blanca de Riquer Gatell , écologiste et féministe donc, mais aussi éternelle optimiste, de conclure : 

« En réalité, la bataille sera vraiment gagnée quand les femmes, au Parlement et en-dehors, ne seront plus regardées comme des bouts de viande et qu’on ne leur dira plus que les commentaires graveleux qu’elles peuvent entendre ici et là ne sont que des blagues… »

Recalés mais satisfaits : ces Alsaciens qui espéraient figurer sur la liste Renaissance

Recalés mais satisfaits : ces Alsaciens qui espéraient figurer sur la liste Renaissance

Plus de 2 000 personnes ont envoyé leur candidature pour figurer sur la liste européenne de « La République en Marche ». Mais la montée du Rassemblement national a poussé le parti présidentiel à conclure des alliances. Rue89 Strasbourg a interrogé trois candidats alsaciens recalés. Bilan : l’ouverture à la société civile, c’est toujours compliqué.

Curriculum Vitae, lettre de motivation et vidéo de présentation… Jusqu’au 19 novembre 2018, les soutiens de « La République En Marche » (LREM) pouvaient candidater pour figurer sur la liste du parti présidentiel aux élections européennes. Plus de 2 000 personnes se sont proposées pour obtenir une des 79 places de député européen.

Mais le mouvement a aussi joué un jeu plus classique, celui des alliances avec d’autres formations comme le Modem ou Agir. Et pour aller plus loin que ces signaux vers l’électorat au-delà du centre-droit, LREM a ajouté des « prises de guerre » : un ancien d’Europe Ecologie Les Verts, Pascal Durand et du parti « Les Républicains », Gilles Boyer ont obtenu une place d’éligible.

Autant de places en moins pour l’ouverture à la fameuse « société civile »… Rue89 Strasbourg a interrogé trois candidats alsaciens recalés, et même pas rancuniers.

Plus de 2 000 candidatures pour figurer sur la liste européenne de la République en Marche… pour 79 places. Photo : Abdesslam Mirdass

« Il faut faire preuve de bienveillance »

Habitant d’un village près de Mulhouse, Jean-Philippe Bouillé bouge beaucoup à l’international. Il a travaillé pendant dix ans pour la multinationale Novartis ou pour Nestlé à des postes de contrôle de gestion ou de direction générale. Le soutien à l’Union Européenne lui semble une évidence, de même que l’adhésion au mouvement d’Emmanuel Macron, dès 2016. Lorsque le parti présidentiel lance un appel à candidatures pour sa liste, le Mulhousien est tenté :

« J’en ai parlé à mon épouse. C’est un choix qui peut mener à un changement de style de vie, mais elle était très enthousiaste. »

Le père de famille souhaitait travailler sur la transition écologique et les questions de sécurité au niveau européen. Il n’a pas été retenu :

« Je n’ai pas eu de feedback (retour, ndlr) très personnel. Je me dis que j’ai pêché par manque d’expérience politique et d’ancrage local ».

Le cadre supérieur ne remet pas en cause le processus de sélection global mais entrevoit ses potentielles faiblesses :

« On ne s’engage pas pour s’entendre dire “Non, vous n’êtes pas sur la liste”. Il faut donc faire preuve de bienveillance à l’égard de ceux qui ne sont pas pris. Il ne faudrait pas que ça mène à un sentiment négatif chez certains adhérents… »

« Pas mal de travail et de répétitions »

Pierre Huin fait aussi partie des soutiens de la première heure de la République en Marche. Entre la décision de candidater, puis l’envoi de la candidature, ce directeur adjoint d’un établissement de santé a donné beaucoup de son temps :

« Le simple fait de choisir nécessite une réflexion, une discussion avec sa famille, ses amis. Puis l’exercice imposé de la synthèse vidéo était nouveau pour moi. Ça a nécessité pas mal de travail et de répétitions. Je saurais pas dire le nombre d’heures que ça m’a pris… »

Rassembler : « La responsabilité d’En Marche »

Mais le Haut-Rhinois n’est pas rancunier. « On est marcheur parce qu’on est dans ses valeurs et pas parce qu’on cherche à avoir un mandat », affirme-t-il.
Face à la première place du Rassemblement National dans les sondages, le cadre juge la situation « sérieuse ». Le quinquagénaire approuve donc les choix de la commission d’investiture de la République en Marche et cette large alliance : « Il en va de la responsabilité du parti d’initier un dispositif qui puisse faire renaître l’Europe. »

D’après les trois Marcheurs interrogés, l’alliance avec d’autres formations politiques est jugée nécessaire. Jean-Philippe accepte donc cette « contrainte au niveau de l’ouverture à la société civile qui fait qu’il y a une « surreprésentation » des politiques sur cette liste. »

« Un choix politique classique »

Farouk Allouche, docteur en immunologie à l’Université de Strasbourg, a aussi envoyé sa candidature au parti présidentiel. Au Parlement européen, il souhaitait travailler sur les thématiques de recherche, d’innovation et sur l’égalité des genres. Tout en affirmant son soutien à la République en Marche, il admet que la liste Renaissance relève d’ »un choix politique classique, qui ne représente pas vraiment comment LREM fonctionne » :

« Pour les élections européennes, on était plus ou moins préparé à la liste annoncée à partir du moment où l’alliance avec les centristes était évoquée. C’est peut-être une exception et ça reste compréhensible. Pour l’ouverture à la société civile, je pense que ça sera plus visible pour les prochaines élections municipales. »

LREM et Génération·s : les listes les plus ouvertes

Stéphanie Villemin, référente de la République en Marche dans le Haut-Rhin, a obtenu la 41e place sur la liste Renaissance. Pour cette cheffe d’entreprise, l’ouverture à la société civile et « alliance des forces progressistes » ne sont pas contradictoires. Et la candidate de rappeler : « Sur les 10 premières personnes de la liste, un tiers est issu de la société civile. »

Un article du site de fact-checking de Libération confirme ces propos : « Seules la liste LREM et celle de Génération·s menée par Benoît Hamon comptent, sur les quinze premiers noms, moins de dix candidats s’étant déjà présentés à une autre élection. »

#société civile

« Je hurle » au TAPS : le cri des femmes afghanes privées de parole

« Je hurle » au TAPS : le cri des femmes afghanes privées de parole

Lorsque Rhaila s’immole par le feu à l’âge de 15 ans, c’est parce qu’elle ne supporte pas de rester muette. Jeune fille afghane, elle écrit de la poésie, une activité totalement proscrite pour les femmes. Autour d’elle, c’est toute la tragédie de la condition des femmes en Afghanistan que la compagnie La Soupe a décidé de mettre en lumière. « Je hurle » est un écho de ces voix étouffées, de ces vies enfermées, de ces poèmes passibles de mort.

C’est dans un article du Courrier International qu’Eliza Griswold rapporte l’histoire de Zarmina, une poétesse Afghane qui se suicida en 2010. La jeune femme écrivait en cachette des poèmes et les lisait au téléphone au Mirman Baheer, un cercle de femmes poétesses de Kaboul. Zarmina habite le Helmand, une province de l’Afghanistan essentiellement rurale.

En Afghanistan, les femmes ne sont pas égales aux hommes. Parfois considérées comme des possessions, souvent privées d’éducation, elles sont enfermées dans les cellules familiales où la loi du père prévaut. Au sein de ces clans, elles étouffent. La poésie pachtoune est pour elles une résistance, l’une des seules qui leur restent. Les landai sont des petits poèmes de deux vers, acides, ironiques et anonymes. Ils appartiennent aux femmes, clandestinement.

Faustine Lancel et Yseult Welschinger portent la poupée de papier comme elles portent les mots de la disparue. Photo : de Baptiste Cogitore

La poésie, geste fragile de la résistance

En cachette, Zarmina lit ses poèmes au Mirman Baheer, mais sa belle-sœur la surprend. Un poème d’amour c’est intolérable. Les frères de Zarmina la rouent de coups et déchirent ses cahiers. Deux semaines plus tard elle s’immole par le feu. Brûlée sur 75% de son corps, elle parle encore. Son frère refuse que les femmes du Mirman Baheer la rapatrient à Kaboul au service des grands brûlés. En Afghanistan, la mort de la femme efface la honte de la famille.

Je hurle est le spectacle dépositaire de cette parole proscrite, de ces filets de voix disséminés en petits vers qui se tortillent dans le filet d’un patriarcat archaïque et meurtrier. La poésie pachtoune n’a pas cette esthétique précieuse que l’on peut trouver dans l’occidentale. Il ne s’agit pas d’un luxe mais d’un acte de résistance. C’est une poésie de l’urgence, confidentielle, murmurée entre les portes et dans les téléphones. Les mariages forcées, les amours interdits, l’enfermement des femmes qui ne peuvent se déplacer librement sont moqués et dénoncées dans la poésie. Cette parole est devenue la langue secrète des femmes opprimées, pour se parler encore entre elles.

La marionette porte encore sur elle la carte de l’Afghanistan dessinée au début du spectacle. Photo : de Baptiste Cogitore

La Soupe, compagnie strasbourgeoise spécialisée dans la marionnette contemporaine, a mûri ce projet pendant de longues années. C’est avec la rencontre de Najiba Sharif que le spectacle s’est concrétisé. Cette ancienne vice-ministre de la condition féminine en Afghanistan, journaliste, professeure et ancienne députée est réfugiée politique en France. Elle vit depuis 2012 à Mulhouse, ayant échappé de justesse à deux attentats en Afghanistan.

Elle apparaît sur scène, sous la forme de vidéos projetées sur le décor de papiers déchirés. Pour les représentations du TAPS, Najiba Sharif est venue, afin d’échanger avec les spectateurs après chaque soirée. Avec elle, deux femmes poétesses du Mirman Baheer, ayant pu sortir exceptionnellement du pays pour une semaine, notamment grâce aux efforts de l’Institut français d’Afghanistan. Leur seule présence en France les met en danger, c’est pour cela que nous ne partagerons pas leurs noms ici, à la demande de la compagnie.

Un spectacle de fragments

Le dispositif scénique est sobre. Les grands cubes flexibles, empilés, ressemblent à des cages. Sur ces carcans sont déroulés des rouleaux de papier. Des images sont projetées sur les écrans : le visage de Najiba Sharif parlant de son pays, des vidéos de femmes portant un voile intégral. Les écrans chiffonnés et disloqués évoquent les meurtrissures des femmes et leur invisibilisation. Les deux actrices écrivent sur le papier, mettent des mots en rouge et en noir, les superposent aux vidéos. Elles expliquent ce que vivent les femmes en Afghanistan, elle rapportent leurs paroles. C’est le geste de Zarmina et de ses consœurs, un acte proscrit : écrire sur du papier.

Certaines des feuilles sont froissées et façonnées pour créer des marionnettes, ensuite animées par les deux artistes pour donner un corps à Zarmina. Jérôme Fohrer est sur le plateau, à cour, et joue de la musique. Sa contrebasse évoque des airs afghans et incarne le pont que ce spectacle jette entre l’Occident et le centre de l’Asie. Le spectacle dresse ainsi des tableaux allégoriques d’une réalité sociale.

Une responsabilité : être à l’écoute de ces mots proscrits

Le public français a la chance de pouvoir écouter ces mots, proscrits dans leur pays d’origine. Pour le metteur en scène Éric Domenicone, notre liberté nous donne aussi une responsabilité : celle d’être à l’écoute, et, puisque nous en avons la possibilité, de relayer la réalité de cette tragédie contemporaine.

Le papier est le matériau idéal pour le spectacle : il représente les poèmes pour lesquels les femmes afghanes risquent leur vie. Photo : de Baptiste Cogitore

Faustine Lancel et Yseult Welschinger déchirent le papier, le chiffonnent, le ligaturent de ruban adhésif pour faire émerger des formes humaines, nées dans la douleur. Ces esquisses d’humanité sont celles qui transparaissent dans les poèmes. Tout le spectacle est emprunt de la destruction des êtres, de l’impuissance à reconstituer une personne ravagée par son environnement. Tout n’est plus que mosaïque.

Les cahiers déchirés de Zarmina, ses poèmes que récite encore le Mirman Baheer, les femmes disparues sous la burka, c’est tout cela que Je hurle tente désespérément de saisir. Cette masse de fragments torturés et déchirées a beau être rassemblée dans le spectacle, couverte de ruban adhésif et d’agrafes, la fracture est trop importante. Le paquet repart en confettis éparpillés.

Invité de l’apéro : Gabriel Cardoen du collectif « D’ailleurs nous sommes d’ici »

Invité de l’apéro : Gabriel Cardoen du collectif « D’ailleurs nous sommes d’ici »

Gabriel Cardoen, du collectif d’aide aux migrants « D’ailleurs nous sommes d’ici », est l’invité de l’apéro de Rue89 Strasbourg, jeudi 23 mai à 18h30.

Les camps de migrants s’installent et se défont régulièrement à Strasbourg, aux Cannoniers, à Koenigshoffen, à Cronenbourg… Chaque petit coin de verdure est susceptible d’accueillir une ou plusieurs tentes, pendant une durée plus ou moins longue.

Le collectif « D’ailleurs nous sommes d’ici » tente d’apporter l’aide de citoyens concernés à ces personnes, souvent des familles, en grande précarité. Parmi ces bénévoles, Gabriel Cardoen est l’invité de l’apéro de Rue89 Strasbourg, jeudi 23 mai à 18h30 au Graffalgar.

Vos questions sur la question des migrants

Nous évoquerons avec lui la réalité de la situation des migrants à Strasbourg, combien sont-ils à dormir dehors malgré l’obligation d’hébergement que doit assurer l’État ? D’où viennent ces populations et quelles sont leurs attentes de la France en arrivant ? Quels sont leurs premiers besoins et que peuvent faire les citoyens et les habitants ? Quelles sont les actions du collectif « D’ailleurs nous sommes d’ici » et quels sont les défis pour l’association ?

Vous avez probablement vos questions également, venez participer à cette interview publique, rencontrer les membres du collectif et échanger avec eux sur cette délicate question qui émaille l’actualité, en surface, depuis des années.

#Gabriel Cardoen

Européennes : Juliette Glas, la campagne derrière les écrans du favori

Européennes : Juliette Glas, la campagne derrière les écrans du favori

Depuis Munich, au sud de l’Allemagne, Juliette Glas joue un rôle central dans la campagne numérique de Manfred Weber. En tant que « Spitzenkandidat » (tête de liste) du Parti populaire européen (PPE, droite), le Bavarois peut espérer décrocher le plus haut poste au sein de la Commission européenne : celui de président. Mais pour cela, il doit convaincre un maximum d’Européens, et dans cette optique, les réseaux sociaux peuvent faire la différence. Il n’a donc pas hésité avant de placer Juliette Glas aux manettes.

Juliette Glas le savait avant de se lancer : Manfred Weber, tête de liste du Parti populaire européen (PPE, droite), n’a rien d’une rockstar. Il n’a pas la voix d’Elvis Presley, ni la dégaine de Jimmy Hendrix, et encore moins la gouaille de Freddie Mercury. La jeune femme a malgré tout voulu devenir la « community manageuse », ou responsable des réseaux sociaux, du candidat bavarois qui est aussi président du groupe majoritaire
au Parlement européen.

Elle a décroché le poste en septembre 2018. Et depuis le début de la campagne, son objectif est clair : booster la popularité numérique du « Spitzenkandidat » du PPE en vue de toucher toujours plus de potentiels électeurs. Une mission que cette Franco-autrichienne de 21 ans seulement prend très au sérieux :

« Mon travail réclame 160% de mon énergie ! Et je ne vais pas le cacher : dans cette dernière ligne droite de la campagne, je veux que Manfred Weber rafle un maximum de voix. Moi aussi, j’aime beaucoup la politique, et je ne fais jamais les choses à moitié. Et là, justement, je donne tout ce que j’ai. »

Derrière les profils d’un homme de 45 ans, une jeune fille de 21 ans

Entière, franche et déterminée, Juliette Glas est aussi à l’aise en public que derrière un écran. Et son dynamisme et son inventivité transparaissent souvent dans les publications sur les réseaux sociaux de son patron. Car Juliette Glas a la main sur les comptes Instagram, Facebook et Twitter de Manfred Weber. Elle y publie en nombre photos et autres vidéos qui retracent l’actualité de l’homme politique. C’est sur Instagram qu’elle préfère opérer :

« Instagram, c’est mon premier amour ! C’est un moyen fabuleux pour mettre toute sa créativité à profit. Ma marque de fabrique, ce sont les “stories” (ces photos et vidéos qui disparaissent 24 heures après avoir été partagées, ndlr). C’est là que je m’éclate le plus. Des études montrent que la plupart des « stories » sont regardées pendant moins d’une seconde. En clair : j’ai une seconde pour marquer un point. Et j’adore ça. »

Juliette Glas peaufine aussi jour après jour la page Facebook du candidat. Il y compte plus de 58 000 fans (contre 15 000 sur Instagram). C’est donc sur Facebook que la voix de Manfred Weber porte le plus. Quant au profil Twitter du candidat, Juliette Glas le réserve aux messages « plus politiques ».

Ceux-là, évidemment, ne manquent pas. Après tout, Manfred Weber, 46 ans, n’est pas une « simple » tête de liste. Il pourrait devenir le président de l’exécutif européen de demain. En effet, si le même système qu’en 2014 (dit « des Spitzenkandidaten ») est appliqué après l’annonce des résultats du 26 mai 2019, la tête de liste du parti européen ayant récolté le plus de voix dirigera la Commission européenne. À ce jour, tous les chefs d’État dont le président français, chargés de « proposer » un candidat aux eurodéputés, ne l’entendent pas de cette oreille.

C’est sur Instagram que Juliette Glas préfère travailler. Photo : Simona Kehl / doc remis

Le PPE, qui regroupe quelque 80 partis nationaux comme l’Union chrétienne-sociale (CSU) en Bavière (Manfred Weber en est le vice-président), le Centre démocrate humaniste (CDH) belge ou Les Républicains (LR) en France, était majoritaire en 2014, avec 29,43 % des voix. Les sondages lui prédisent un score plus faible cette année, notamment au profit des partis nationalistes. Mais le PPE pourrait malgré tout rester premier de cordée aux élections – et Manfred Weber se voir propulsé au sommet de la Commission.

Et le candidat de témoigner:

« Juliette n’a pas son pareil pour monter une vidéo en un temps record ! Sur les réseaux sociaux, ce qui compte, c’est la sincérité, le contact direct avec les gens, l’authenticité. Par sa créativité, son expérience des réseaux sociaux et sa fraîcheur, Juliette a beaucoup contribué à augmenter le nombre de gens qui me suivent sur les réseaux sociaux. Sa double culture franco-autrichienne est évidemment un énorme plus. »

Différentes communications sur différents réseaux

Autant que possible, Juliette Glas adapte ses messages à l’audience de Manfred Weber, qui, d’un réseau à l’autre, n’est pas la même. Elle explique :

« Sur Facebook, on a beaucoup de personnes plus âgées, entre 30 et 75 ans. Alors que sur Instagram, la moyenne d’âge est plus basse. On a des jeunes fans de Weber qui ont 13 ou 14 ans ! J’ai fait un énorme pas en avant quand, avant de publier un contenu, j’ai commencé à réfléchir au profil des personnes qui vont voir cette publication, à prendre quelques instants pour me glisser dans leur peau et tenter de savoir ce qu’elles attendent. »

La marque de fabrique de Juliette Glas ? Les « instastories », pardi ! Photo : Simona Kehl / doc remis

Mais Juliette Glas n’a pas attendu de collaborer avec Manfred Weber pour faire ce constat. En matière de stratégies sur les réseaux sociaux, c’est au sein du Parti populaire autrichien (ÖVP) qu’elle a tout appris.

Dès 2015, elle a mis ses études en économie entre parenthèses pour faire partie de l’équipe de campagne de Sebastian Kurz en vue des élections législatives fin 2017. Sebastian Kurz est devenu chancelier fédéral, à la tête d’une coalition dite « turquoise-bleue », qui rassemble l’ÖVP et le Parti de la liberté autrichien (le FPÖ, une formation d’extrême-droite). Juliette Glas raconte :

« Je me souviens qu’à l’ÖVP, personne ne voulait devenir attaché de presse, mais que tout le monde avait envie de faire partie de la « team social media ». J’étais tellement heureuse de la rejoindre ! Je n’avais même pas 20 ans. J’ai commencé à mi-temps, mais rapidement, je me suis engagée à 100% et ne comptais plus mes heures. J’ai vite compris que sur Facebook, un utilisateur lambda n’utilise qu’environ 15% des fonctionnalités proposées ! »

Du nord de la France à l’Autriche

Plus jeune déjà, Juliette Glas en pinçait pour la politique. Elle a passé sa jeunesse dans le nord de la France avant de rejoindre, une fois adolescente, l’Autriche (sa mère est française et son père autrichien). Aux élections européennes de 2014, elle a fait campagne aux côtés de l’ancienne députée européenne Elisabeth Köstinger (PPE), en Carinthie, une région au sud de l’Autriche. Juliette Glas n’avait même pas encore passé le bac qu’elle distribuait déjà des tracts et, sur les marchés chaque week-end, expliquait l’importance d’aller voter.

Entre Bruxelles et Munich, Juliette Glas a appris à bien connaître Manfred Weber. Photo : Simona Kehl / doc remis

C’est à Bruxelles, justement, que Juliette Glas a appris à connaître Manfred Weber : avant de déménager à Munich, elle travaillait pour l’eurodéputé au sein même du Parlement européen. C’est là qu’elle a pu réellement cerner sa personnalité, ses envies. Ensuite, en s’installant en Bavière, elle a pu s’imprégner de l’ambiance dans le fief électoral du candidat. Sans pour autant s’aventurer jusqu’au petit village de la région dans lequel vit le candidat, avec son épouse.

Car s’il a décidé de centrer sa campagne sur « l’humain », lui, au contraire, reste plutôt secret. Pas question donc d’afficher sur les réseaux sociaux des bribes de sa vie privée, comme le font volontiers d’autres dirigeants européens, à l’image du président du Conseil européen Donald Tusk, qui, sur Instagram, n’hésite pas à poster une vidéo de son petit-fils perché en haut d’un toboggan ou une photo de sa séance de course à pied à New-York.

Même si sa discrétion lui est bien souvent reprochée, Manfred Weber, lui, joue donc la carte de la sobriété. Sur ses comptes, Juliette Glas se cantonne à des publications en trait avec la campagne, les élections ou son programme, qu’elle tente de rendre aussi attractives que possible.

Des algorithmes à dompter

C’est depuis Athènes, fin avril, que Manfred Weber a officiellement dévoilé son plan d’action en 12 points, allant de la création d’un FBI européen à l’introduction d’un mécanisme pour garantir l’état de droit en Europe, en passant par l’établissement d’un « master plan » contre le cancer. Ce programme, Juliette Glas l’attendait avec impatience :

« Dès qu’on a un programme, nous, les community managers, on est sur un petit nuage ! Un programme, c’est de l’or, il suffit de s’asseoir derrière son écran, de le découper en petits morceaux, et de les ressortir au bon moment. Pour moi, clairement, il y a eu un avant et un après la publication de ces 12 propositions. »

Juliette Glas accompagne Manfred Weber pendant ses déplacements en Allemagne. Marion Jeanne, porte-parole du candidat, et Ouarda Bensouag, directrice adjointe de campagne, elles aussi françaises mais basées à Bruxelles, assistent le candidat à l’étranger. Elles n’oublient jamais d’envoyer des photos et des vidéos à Juliette Glas et de lui décrire l’ambiance sur place, afin que l’experte des réseaux sociaux puissent communiquer au mieux. Mais les algorithmes des plateformes continuent de lui donner du fil à retordre : 

« Au début de Facebook et d’Instagram, aucune publication n’était mise en avant. On voyait vraiment tout. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Et parfois, certains “posts”, même s’ils ont un super message ou une vidéo géniale, passent à la trappe. C’est frustrant, évidemment, surtout quand on y a passé des heures. Mais les algorithmes me forcent aussi à me poser des questions : qu’est-ce qui a cloché dans ma publication ? Est-ce que les images n’étaient pas assez bonnes ? Le message trop long ? Les sous-titres manquaient-ils ? Seulement, je n’ai pas toujours les réponses… »

A-t-elle des hobbies ? La question la fait rire. « Pendant une campagne, c’est marrant de demander ça ! » s’exclame-t-elle, admettant que dans cette dernière ligne droite avant le scrutin du 23 au 26 mai, elle n’a « plus le temps pour grand-chose d’autre ». Ces temps-ci, elle délaisse même sa flûte traversière, dont elle joue depuis qu’elle est petite. Et son piano non plus ne fait pas le poids par rapport à la très chronophage campagne :

« J’aime jouer de la musique, surtout avec ma famille, car c’est une manière d’occuper une autre partie du cerveau. Mais quand je rentre chez moi, je suis crevée… Surtout, je ne pourrais jamais me le pardonner si je passais deux heures à jouer du piano alors que j’aurais pu monter une vidéo pour Manfred Weber qui peut lui faire gagner ne serait-ce que cinq voix ! »

#Manfred Weber

Une sixième Marche pour le Climat samedi 25 mai, à connotation européenne

Une sixième Marche pour le Climat samedi 25 mai, à connotation européenne

Une nouvelle « Marche pour le Climat » est programmée à Strasbourg comme partout en France ce samedi 25 mai, la veille des élections européennes. Trophées, actions militantes et tenues originales sont aussi prévus.

Lancées en septembre 2018, notamment suite à la démission de l’ancien ministre de l’Écologie Nicolas Hulot, les Marches pour le Climat semblent avoir trouvé leur rythme de croisière, à raison d’une tous les deux mois environ. Entre chaque rassemblement, de nouveaux rapports scientifiques documentent l’état avancé de la dégradation de la planète. Le 6 mai, c’était au tour du groupe d’experts de l’ONU sur la biodiversité (l’IPBES) d’alerter sur le million d’espèces animales menacées (sur 8 millions recensées) à court et moyen terme. Ce travail de trois ans conclut que 75% de l’environnement terrestre a été « gravement altéré » par les activités humaines, tandis que 66% de l’environnement marin est touché.

Comme en mars, la marche du samedi 25 mai interviendra le lendemain d’une nouvelle « grève mondiale des lycéens », prévue le vendredi après-midi. À Strasbourg, 5000 élèves avaient raté quelques cours pour battre le pavé le vendredi, soit un fort contingent pour les rues de la capitale alsacienne. Et autant de personnes avaient emboîté le pas à la jeunesse dès le lendemain (auxquelles s’ajoutent 1200 personnes à Mulhouse et 500 à Colmar).

Une manifestation tous les deux mois, c'est le rythme de croisière pour quelques milliers de personnes avec les Marches pour le Climat à Strasbourg. (photo Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg)
Une manifestation tous les deux mois, c’est le rythme de croisière pour quelques milliers de personnes avec les Marches pour le Climat à Strasbourg. Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg

Appel à défiler dans sa tenue fétiche

Pour cette sixième marche, le collectif d’organisateurs « Il est encore temps » appelle les différentes organisations de la société civile à venir défiler dans leurs tenues habituelles (par exemple avec leur maillot pour les clubs sportifs, en blouse pour les praticiens médicaux, etc.) pour former « un défilé de couleurs », selon Deny Gass, l’un des organisateurs. Quelques entreprises aurait donné un accord et le message a été diffusé dans plusieurs fédérations d’associations.

La manifestation a lieu la veille du scrutin européen qui décidera de la majorité politique dans l’Union européenne pour cinq ans. La date n’est pas un hasard. Il s’agit au contraire d’ »un moment privilégié pour appeler nos gouvernants à prendre leurs responsabilités », dixit le texte d’appel à manifester. Les organisateurs ne donnent pas de consigne de vote parmi les 34 listes, mais invitent « à prêter une attention particulière aux programmes écologiques des différents partis ».

Le trajet du cortège

Gestes militants et trophées

Lors de cette marche, des « animations » militantes sont prévues devant plusieurs enseignes sur le parcours, connues pour leurs activités peu écologiques (vêtements, alimentation, etc.).

Le rendez-vous est fixé dès 12h pour un pique-nique qui permettra de s’informer des différentes actions des organisateurs et des associations qui soutiennent la démarche (Alternatiba, Alsace nature, Greenpeace, Zéro déchet ou Nous voulons des coquelicots). Ensuite, les prises de parole débuteront à 14h, avant un départ à 14h30. Le cortège prévoit de revenir au même endroit à 17h, pour une remise symbolique de trophées « aux acteurs politiques et économiques contribuant à ces politiques destructrices ».

Les locataires de Hautepierre dans la rue samedi

Les locataires de Hautepierre dans la rue samedi

L’Amicale CNL Hautepierre entend dénoncer les abus passés, présents et à venir des bailleurs sociaux du quartier.

Pour l’amicale CNL Hautepierre, « si l’Etat fait des économies dans son budget, les locataires HLM ne doivent pas en faire les frais ». L’association de locataires des logements sociaux de Hautepierre organise un rassemblement le samedi 25 mai devant la mairie de quartier à partir de 15h pour protester contre la politique d’austérité du gouvernement en matière d’habitat sociale et contre ses répercussions sur les locataires des bailleurs sociaux.

À Hautepierre, mailles refaites mais loyers en hausse (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Pour l’amicale CNL Hautepierre, « si l’État fait des économies dans son budget, les locataires HLM ne doivent pas en faire les frais ». L’association de locataires des logements sociaux de Hautepierre organise un rassemblement le samedi 25 mai devant la mairie de quartier à partir de 15h pour protester contre la politique d’austérité du gouvernement en matière d’habitat sociale et contre ses répercussions sur les locataires des bailleurs sociaux.

La Confédération nationale du Logement (CNL) compte parmi les principales associations de locataires qui siègent aux conseils d’administration des bailleurs sociaux strasbourgeois. Son antenne à Hautepierre est active depuis 2011, et fait surtout l’intermédiaire avec le principal bailleur social du quartier : CUS Habitat. « Depuis qu’on est organisée collectivement, on répond à nos questions et on nous parle autrement », résume la porte-parole de l’amicale Geneviève Manka.

Hausse généralisée des loyers

À travers la manifestation du 25 mai, l’Amicale CNL Hautepierre entend d’abord s’opposer à l’augmentation généralisée des loyers des logements HLM de 1,25% depuis le 1er février (soit 8 euros de plus pour un quatre-pièces) tout comme à la récente hausse des charges des logements du parc de CUS Habitat.

Une qualité de rénovation insuffisante

L’association souhaite également alerter les pouvoirs publics sur la qualité insuffisante selon elle des travaux de la première tranche de rénovation de Hautepierre. Elle exige une meilleure qualité pour le chantier de la deuxième rénovation à venir. Les locataires s’inquiètent, entre autres déconvenues, des problèmes survenus récemment sur les nouveaux balcons des immeubles rénovés de la maille Catherine, non sécurisés et dont l’un s’est tout bonnement effondré. Pour l’Amicale CNL Hautepierre, la sous-traitance des chantiers de rénovation comme des réparations locatives est à l’origine de leur mauvaise qualité, en l’absence de surveillance suffisante de la réalisation des travaux. Elle réclame des chantiers « qui respectent les ouvriers qui y travaillent ».

600 euros de remboursement exigés par famille

Mais avant de se tourner vers le présent et l’avenir de leur habitat social, les locataires entendent surtout revenir sur un contentieux non-soldé du passé. Entre 2011 et 2014, CUS Habitat aurait touché des sommes indues en charges de chauffage et d’eau chaude de la part de ses locataires. Suite à son expertise, l’association exige aujourd’hui le remboursement à chaque foyer locataire d’une somme moyenne de 600 euros pour ce qu’elle estime être des surfacturations. Malgré des alertes depuis plusieurs années, la Confédération nationale du logement n’a jamais entamé de procédure judiciaire pour soutenir son antenne locale dans cette revendication récurrente.

Pour préparer la manifestation, un atelier de confection de pancartes revendicatives a lieu ce mercredi 22 mai à partir de 18h à l’espace associatif de la maison de Hautepierre, dans la maille Catherine.

Michael Kellner, stratège de la campagne des Verts allemands

Michael Kellner, stratège de la campagne des Verts allemands

Il ne travaille pas pour un candidat en particulier, mais dans l’intérêt de tous ceux sur la liste des Verts en Allemagne : leur directeur de campagne Michael Kellner doit faire en sorte que d’ici dimanche, tout aille « comme sur des roulettes ». Et puisque les Européens semblent prendre conscience de l’urgence climatique, Michael Kellner pense avoir toutes les chances de son côté pour y parvenir.

« Plakatschlacht ». En Allemagne, cette expression désigne la bataille (« Schlacht ») des affiches (« Plakate »), celle à laquelle se livrent les partis politiques en amont d’une élection. En la matière, Michael Kellner, directeur de campagne du parti écologiste Bundnis 90/Die Grünen (Alliance 90/Les Verts), est un fin stratège. De la recherche des slogans à la répartition des posters dans toute l’Allemagne en passant par la sélection de l’imprimeur, le Berlinois a pensé à tout.

Car outre-Rhin, la campagne des élections européennes se joue aussi et surtout dans les rues, où fleurissent en nombre les pancartes politiques. Même s’il est aussi réglementé, leur affichage n’est pas limité aux abords des écoles et des mairies, comme cela est le cas en France.

Depuis le début de la campagne, la vie de Michael Kellner va à cent à l’heure. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Michael Kellner a déjà été activement impliqué dans l’organisation de deux campagnes : les européennes de 2014 et les élections fédérales allemandes de 2017. Il n’hésite jamais à pousser la « Plakatschlacht » toujours un peu plus loin, en répondant directement aux attaques du parti d’extrême-droite Alternative für Deutschland (AfD).

Sur celles-ci, on peut lire : « Grün ärgern? Blau wählen! », ce qui pourrait se traduire par « Pour fâcher les Verts ? Voter bleu ! » – le bleu étant la couleur de l’AfD – en sachant qu’en allemand, « sich grün und blau ärgern » est un équivalent d’ « être rouge de colère ».

Ni une, ni deux, Michael Kellner a donc élaboré quelques réponses bien senties au parti d’extrême droite, comme « Braun bekommen » (« Récolter les Bruns » – les « Bruns » désignant les Nazis) ou « Wer blau wählt, wacht mit Kater auf » (« Qui vote bleu se réveille avec la gueule de bois », sachant qu’en allemand, « blau sein » veut dire « être bourré »), qu’il a imprimées sur de grands cartons avant de les accrocher sous les affiches de l’AfD. Sans oublier d’inviter tous les sympathisants des Verts à en faire de même.

Avec une certaine dose de sarcasme, l’éminence verte Michael Kellner répond aux pancartes du parti d’extrême Alternative für Deutschland (AfD). (Gruene.de)

À 42 ans, Michael Kellner, également secrétaire général des Verts allemands depuis 2013, joue un rôle central dans la campagne. C’est simple : il en est le cerveau. Il a établi la stratégie des Verts jusqu’au scrutin du 26 mai et réfléchi aux manières les plus adéquates de « parler » aux électeurs, en gardant toujours un seul et unique objectif à l’esprit : permettre au plus grand nombre de candidats écologistes allemands de rejoindre les rangs du Parlement européen.

Dernier coup de cravache

Or Michael Kellner le sait bien : aux européennes, les électeurs – du moins ceux qui se rendent aux urnes (48,1% des citoyens allemands en 2014) – se décident au tout dernier moment. Alors, dans cette ultime phase de la campagne, Michael Kellner met les bouchées doubles :

« Je suis exténué, c’est clair, mais je ne veux pas y penser. L’enjeu est trop important. Je prends sur moi et je carbure, il n’y a pas d’autre solution. Pendant les tous derniers jours avant le vote, nous allons changer tous nos spots télé et toutes nos affiches, donc je donne un dernier coup de cravache pour que tout soit prêt à temps. »

Sans surprise, il porte une attention toute particulière aux deux têtes de liste du parti, Ska Keller et Sven Giegold. Respectivement experts des questions migratoires et de l’économie, ce tandem compte déjà deux mandats au Parlement européen. La première est également tête de liste, aux côtés du Néerlandais Bas Eickhout, du Parti vert européen (qui regroupe 32 partis écologistes européens).

Calme et sur de lui, Michael Kellner gère la campagne des Verts d’une main de maître. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Pendant les dernières heures de campagne, Ska Keller et Sven Giegold sillonneront l’Allemagne, s’arrêtant dans chacune des 16 régions (les Länder) pour tenter de convaincre les derniers indécis. Là encore, l’idée vient de Michael Kellner. Et Sven Giegold de témoigner :

« Michael Kellner, c’est la tête pensante de cette campagne, une personne stratégique pour qui j’ai beaucoup de respect. Son rôle n’est pas simple, notamment parce que s’il y a des tensions politiques au sein même du parti, c’est à lui de trouver comment les résorber. »

Pour le député-candidat Sven Giegold, Michael Kellner est la « tête pensante » de la campagne. Photo : Emilie Gomez / EP / cc

Pour Jens Althoff, directeur du bureau de Paris de la Fondation Heinrich-Böll (une fondation politique allemande proche du parti Bundnis 90/Die Grünen), le parti bénéficie d’une dynamique :

« Bien sûr, du fait de sa position stratégique, Michael Kellner endosse de lourdes responsabilités. Mais il a la chance d’avoir d’opérer dans un contexte généralement favorables pour les Verts : d’une part, beaucoup d’Allemands prennent clairement conscience de l’urgence climatique et d’autre part, nombreux sont ceux qui veulent faire barrage aux populistes. Tous ceux-là sont susceptibles de voter pour les Verts. »

Le Berlinois Michael Kellner a une double casquette : secrétaire général des Verts allemands et directeur de campagne. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Et Michael Kellner de l’admettre : 

« On peut mener la meilleure campagne de la Terre, si les planètes ne sont pas alignées, on aura beau faire, les résultats ne suivront pas. Alors, cette fois, c’est vrai, on est assez chanceux dans cette campagne, et c’est aussi pour ça qu’on y croit ! »

Et mieux vaut y croire, tant le poste de directeur de campagne est contraignant : Michael Kellner a deux enfants, mais voilà plus d’un mois qu’il n’a pas eu l’impression d’être réellement « là pour eux ». Il raconte avec émotion qu’il y a quelques jours, l’un de ses fils lui a demandé si la semaine suivante, il serait plus disponible. À contre-cœur, son père a dû admettre que non…

Quelques fois, il cherche ses enfants (ils ont 8 et 10 ans) à l’école, et ces petites parenthèses lui procurent « un bonheur incommensurable ». Pourtant, arrivé à la maison, il n’est pas rare que Michael Kellner rouvre son ordinateur portable. Car une campagne électorale, c’est aussi une foultitude d’e-mails à traiter, de réunions à caler, d’événements à organiser et de factures à payer.

Pendant la campagne, Michael Kellner regrette de ne pas pouvoir passer plus de temps en famille. (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc).

Autour du dimanche de Pâques, le 21 avril, il a quand même pu profiter de sa famille pendant quelques jours, en Autriche, pour, explique-t-il encore, « se ressourcer ». Car la période précédant le week-end pascal a été, il le raconte en se tenant la tête entre les mains, des plus ardues. Il a fallu identifier les thématiques prioritaires (œuvrer pour une Europe « écologique », « démocratique » et « sociale »), boucler le programme (197 pages), penser à la logistique et veiller à ce que les adhérents trouvent leur place dans la campagne (la barre des 80 000 membres a été franchie début mai), en les motivant par exemple à faire du porte-à-porte.

Il a aussi fallu choisir le slogan global de la campagne (« Kommt, wir bauen das neue Europa », soit « Viens, nous construisons la nouvelle Europe ») et en inventer d’autres, à décliner en six affiches thématiques. Exemple en photos

Les idées derrière les affiches

Mais dans le monde des Verts, tout n’est pas rose pour autant. En Allemagne comme ailleurs, les écologistes regardent avec anxiété les autres formations politiques marcher sur leur platebandes, bien conscients que la lutte contre le changement climatique n’est plus leur pré carré.

En effet, les partis de gauche, de droite comme du centre ont intégré à leurs programmes des mesures en vue de développer les énergies renouvelables, de sortir du charbon, de parvenir à la neutralité carbone en 2050 ou d’instaurer une taxe sur le kérosène pour les vols en Europe. Mais Michael Kellner refuse de se laisser impressionner : 

« Voir le climat devenir le thème central de cette campagne n’est pas une mauvaise nouvelle en soi. Car à la différence d’un enjeu comme la gestion des flux migratoires, par exemple, où personne n’avait réellement d’expérience, d’idées ou de solutions à apporter, en ce qui concerne le climat, les électeurs savent bien qui sont, depuis toujours, les experts en la matière… Ce sont les Verts ! »

En 2014-2019, la délégation allemande au sein du groupe des Verts / Alliance libre européenne (ALE) au Parlement européen a compté 13 membres. Leur but est de gagner six, sept, voire huit sièges supplémentaires. Et pour atteindre cet objectif, à en croire Michael Kellner, pour l’heure, tous les voyants sont… au vert.

#Grüne

Nouveau lieu éphémère, La Grenze ouvre cet été derrière la gare

Nouveau lieu éphémère, La Grenze ouvre cet été derrière la gare

Une nouvelle salle de concerts éphémère ouvre au début de l’été à Strasbourg, derrière la gare. La Grenze prévoit de proposer des concerts, des activités sportives et de plein air, le tout avec une restauration simple et de proximité.

Une partie des anciens entrepôts techniques de la SNCF, derrière la gare centrale, vont accueillir une terrasse de 2 000 m² et une salle de concerts de 500 m² : La Grenze. L’ouverture au public est prévue pour le début de l’été, jusqu’à la mi-septembre.

Cofondatrice de l’association qui porte le projet, Julie détaille :

« C’est une occupation temporaire de locaux techniques inutilisés par la SNCF, comme ça se fait à Paris avec Ground Control, Aérosol, La Station, ou encore La Friche Lucien à Rouen. On loue le lieu à la SNCF, on réalise les travaux pour qu’il soit aux normes d’accueil du public, on installe une scène, des bars, une cuisine et voilà ! »

Vue aérienne reconstituée par Google Earth de l’entrepôt où va s’installer La Grenze.

Les lecteurs attentifs de Rue89 Strasbourg connaissent déjà « La Grenze » (la frontière en allemand). La même équipe avait participé à un appel à projets à la Coop. Si le projet de Fabien, Julie, Élise et Thibaut, n’a pas convaincu la Ville de Strasbourg (comme d’ailleurs aucun autre dossier), l’équipe ne s’est pas démontée. Julie précise :

« On était toujours très motivés, on pense qu’il y a de la place pour une salle de concerts, ouverte aux associations, sur son quartier et sur les questions sociales et environnementales. On est tous plus ou moins libres professionnellement donc c’est aussi le bon moment. Donc on a sollicité des institutions qui pouvaient avoir des locaux et c’est la SNCF qui a répondu… »

Tout est à construire

Tout est encore à construire dans ce grand espace, qui a servi aux opérations de douane de la SNCF. Compte-tenu des délais et des moyens limités de l’association, La Grenze gardera un aspect industriel qui n’est pas pour déplaire à l’équipe. Mais Julie a déjà une bonne idée des aménagements à réaliser pour la scène :

« On va entourer la scène par des pendrillons noirs et réaliser une sorte de coffrage en tissus, ce qui permettra d’obtenir une acoustique d’excellente qualité. On peut accueillir 300 personnes à l’intérieur, et on prévoit d’organiser deux soirées de concerts chaque semaine. »

Bar et cuisine sous les étoiles

Dehors, outre une immense terrasse, l’équipe des fondateurs prévoit d’installer un bar extérieur dans un container maritime, une cantine dans un chalet, une piste de pétanque et préserver ce qui reste de verdure pour des activités sportives.

Quant aux produits servis en cuisine et par les bars, ils seront forcément issus de l’agriculture locale, biologique autant que possible et avec des tarifs accessibles (2,5€ le demi de Meteor / 4,5€ la pinte, 2€ les boissons sans alcool).

Une dizaine d’embauches

La Grenze à la gare ne sera pas une coopérative mais le projet reprend les mêmes valeurs que le projet à la Coop. Installé en face d’un centre d’hébergement d’urgence et de la cantine solidaire, La Grenze prévoit d’inclure ces personnes dans son futur public :

« On a commencé à rencontrer les responsables des structures d’aide aux personnes sans-abri pour voir comment on pouvait proposer nos activités culturelles et sportives à leurs bénéficiaires. C’est encore un peu flou mais on a bien l’intention de faire en sorte que les publics se croisent et échangent. »

L’équipe a constitué un budget d’investissement de 90 000€ pour cette opération, constitué d’une subvention de la Ville de Strasbourg de 15 000€, d’une aide d’Alsace Active, d’un partenariat avec Meteor, de l’apport personnel des fondateurs et d’un prêt bancaire.

Une dizaine de salariés (cuisinier, serveurs, régisseurs…) seront embauchés pendant trois à quatre mois par l’association pour faire tourner La Grenze.

Un camp d’une soixantaine de sans-abris aux Canonniers, à l’entrée du Neuhof

Un camp d’une soixantaine de sans-abris aux Canonniers, à l’entrée du Neuhof

Un camp de migrants sans-abris s’est de nouveau établi à l’entrée du Neuhof, malgré les tentatives passées pour repousser les tentes à cet endroit de la ville.

La municipalité a installé des blocs de béton sur le trottoir de la rue des Canonniers au Neuhof, pour éviter que des personnes sans-abris ne s’y installent comme par le passé. Mais en l’absence de logement, les personnes à la rue ont toujours besoin d’un espace où installer leur abri de fortune, à savoir une tente. Ainsi, c’est un autre lieu à l’entrée du quartier qui est occupé en cette fin mai 2019, le triangle d’herbe place Adrienne Bolland, entre le Café 58 – chez Levent et les rails du tram. Une soixantaine de personnes, dont une moitié d’enfants, s’entassent sur ce petit espace. Ce secteur à côté de l’ancien hôpital militaire Lyautey, où il existe quelques places pour les sans-abris, a été occupé de la sorte quatre fois depuis l’automne 2017.

Une trentaine de personnes vivent à l'entrée du Neuhof sous tentes. (photo Gérard Baumgart)
Une trentaine de personnes vivent à l’entrée du Neuhof sous tentes. (photo Gérard Baumgart)
Les familles viennent surtout de l'Europe de l'Est. (photo Gérard Baumgart)
Les familles viennent surtout de l’Europe de l’Est. Photo : Gérard Baumgart
Plusieurs familles ont des enfants, parfois très jeunes. (photo Gérard Baumgart)
Plusieurs familles ont des enfants, parfois très jeunes. Photo : Gérard Baumgart

Comme souvent à Strasbourg, il s’agit pour la plupart de familles, parfois nombreuses, de demandeurs d’asile venus des pays d’Europe de l’Est tels l’Albanie ou la Géorgie. Certains attendent leur rendez-vous en préfecture pour faire enregistrer leur demande d’asile. D’autres « sont dans des situation administratives plus difficiles », explique Gérard Baumgart, bénévole du collectif Canonniers, c’est-à-dire déboutés ou « Dublinés » (enregistrés dans un autre pays européen). L’État doit leur trouver un logement le temps de l’examen administratif de leur demande, de plusieurs semaines ou plusieurs mois.

Dans des courriers, Charles Guthlin, prêtre coopérateur des paroisses catholiques de Brumath et environs, et Gérard Baumgart écrivent au préfet, au maire de Strasbourg et au président de l’Eurométropole pour demander une mise à l’abri de ces individus. Ils avaient déjà alerté dès le 5 mai, quand seule une poignée de personnes s’étaient installées. « Beaucoup de personnes sont arrivées d’un coup et le terrain devient trop petit », ajoute Gérard Baumgart. Avec la pluie, les conditions de vie sont de plus en plus difficiles sous les tentes et sur l’herbe. Les différents élus du secteur (député, adjointe de quartier, conseillers départementaux) ou en responsabilités sur les solidarités sont aussi en copie.

Une situation bien connue

La semaine précédente, deux camps de sans-abris sous tentes avaient été démantelés aux Ducs d’Alsace et Allée des Comtes, à l’ouest de Strasbourg. Environ 70 personnes s’y étaient installées. Comme il est d’usage, les personnes sont ensuite abritées dans un gymnase, puis orientées vers différentes structures d’accueil selon leur situation. Ces événements sont de plus en plus rapprochés dans le temps. Les pays des Balkans sont considérés comme « sûrs » et la majorité des demandes sont rejetées.

L’interpellation des décideurs locaux

Gabriel Cardoen, du collectif « D’ailleurs nous sommes d’ici » sera « l’invité de l’apéro » de Rue89 Strasbourg ce jeudi 23 mai à 18h30 au Graffalgar, rue Déserte.

Carolane Ortlieb : mère célibataire et maître chien, du gilet jaune au scrutin européen

Carolane Ortlieb : mère célibataire et maître chien, du gilet jaune au scrutin européen

C’est une figure locale des Gilets jaunes. Carolane Ortlieb, encore maître-chien fin 2018, milite aujourd’hui à plein temps. Mère célibataire, elle organise le mouvement autour de Brumath et fait campagne pour les élections européennes sur la liste Alliance Jaune.

Elle glissait son bulletin de vote sans conviction. Aujourd’hui, Caroline Ortlieb organise l’affichage de la liste Alliance Jaune pour les élections européennes. Elle travaillait la nuit, seule avec son chien en laisse, dans la sécurité. Depuis le 17 novembre 2018, elle n’attend que le samedi après-midi pour manifester avec « la famille ». Elle pouvait rester injoignable toute la journée, il y a peu. « Elle est tout le temps sur son téléphone », note maintenant Mélina, sa fille de dix ans. Retour sur six mois d’engagement sans relâche, le virage d’une vie.

Au spot de Brumath, les Gilets jaunes tiennent le rond-point depuis le 17 novembre 2018 Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Un engagement total et pacificateur

Une vingtaine de Gilets jaunes hèlent les voitures à l’entrée de Brumath. Il fait beau ce mardi 14 mai. Les automobilistes klaxonnent. Les enfants s’amusent, les adultes discutent. Marlène, autre figure locale du mouvement, esquisse quelques pas de danse entre deux discours dénonçant les violences policières. Pour cette veuve de 62 ans, l’acte IX s’était terminé avec 11 points de suture au crâne. Elle décrit le rôle pacificateur de Carolane pendant les manifestations :

« Je suis content qu’elle soit là parce que parfois j’ai envie de taper les flics. Elle n’est jamais loin et elle me dit toujours : “Laisse tomber”. »

Lunettes et bandana noirs, Carolane gère le spot de Brumath depuis le début de la contestation en novembre Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Lunettes de soleil, gilet noir et bandana au cou, Carolane s’affaire
à l’arrière de sa Zafira noire. Avec une amie, elle vient de terminer de compter 1 300 affiches de campagne. Au bord du rond-point, face à l’Intermarché, certains ne soutiennent pas la liste Alliance jaune aux élections européennes. Jean-Claude ne veut pas « rentrer dans le système ». Mais il « respecte son choix » : « J’ai beaucoup de respect pour Carolane », explique-t-il. « On sera toujours là pour elle », renchérit Marlène.

Début mai, Carolane Ortlieb est contactée par une candidate de la liste menée par Francis Lalanne. « Au début, j’étais contre. Je connaissais pas l’Alliance jaune. » Suite à une réunion à Paris, elle change d’avis. « On a tenté les blocages, les manifs… Pourquoi pas prendre cette opportunité ? », explique-t-elle. Peu importe les menaces sur les réseaux sociaux, cette militante à plein-temps, au chômage depuis plusieurs mois, mène la contestation sur plusieurs fronts. Pas le temps de se préoccuper des détracteurs.

Les forces de l’ordre : ses anciens collègues

Depuis le début du mouvement, Carolane Ortlieb assume ses idées. Lorsque la détestation des forces de l’ordre gagnent les Gilets jaunes, elle défend toujours « ses anciens collègues. » Lors de l’acte XX, elle s’interpose lorsqu’un groupe s’excite contre les CRS, suscitant ainsi la méfiance :

« Il y a un Gilet jaune qui a pris ma veste de maître chien pour un uniforme. Je me suis fait prendre par le coleret et il m’a dit : T’es des leurs ?” Moi, je suis juste contre la violence gratuite. »

Carolane ne cautionne pas la violence contre les forces de l’ordre mais s’avoue désemparée par la violence de la répression Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

« Ils récoltent ce qu’ils sèment »

Puis les actes sont passés, avec leur lot de blessés. La loi anti-casseurs appliquée, les arrestations aux motifs absurdes s’enchaînent. La confiance de Carolane dans les forces de l’ordre se brise :

« Sous la cathédrale, j’ai vu un ami en béquilles se faire frapper par les forces de l’ordre. J’ai été arrêtée deux fois (son premier procès aura lieu le 25 juin, ndlr). J’ai passé plus de deux jours en garde à vue. La deuxième, on m’a reproché d’avoir masqué mon visage (rires) Je fais des lives (vidéos en direct, ndlr) tout le temps, ils voient bien que je fais ça juste quand il y a du gaz lacrymogène. Et heureusement que je filme, sinon j’aurais jamais eu les images de Pascal en train de se faire frapper (voir ici à 48 mn). Je ne soutiens pas la violence gratuite. Mais au bout de six mois, je pense que les flics récoltent ce qu’ils sèment, comme les casseurs. »

Carolane Ortlieb et Pascal, compagnons de lutte, soudés par des coups de matraque sous la cathédrale un samedi après-midi à Strasbourg. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Un combat : « la famille »

« Je ne me sens pas plus puissante qu’avant. Je suis restée moi-même », affirme Carolane. Cette mère seule se battait déjà avant le premier acte des Gilets jaunes. Manager au Mc Donald ou maître chien, il fallait enchaîner les heures supplémentaires afin de rentrer 1 800 euros par mois. Le combat a juste changé de forme.

Aujourd’hui, elle ne compte pas ses heures pour le mouvement :

« Hier soir, j’étais sur l’ordinateur jusqu’à deux heures du mat’ pour organiser l’affichage sur 882 panneaux du 67 et du 68. Tout ça, je le fais toujours pour ma fille. »

Carolane Ortlieb et sa fille Mélina, 10 ans. Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

Dans ce nouveau combat, l’objectif reste le même : protéger ses proches. Dans ses posts Facebook ou au cours de l’interview, Carolane parle souvent de « la famille », celle formée par les Gilets jaunes.

Dans l’ancien QG de Brumath, il fallait organiser la vie quotidienne, régler les petites querelles… « Une fois, c’était une histoire de mégots laissés par terre », se souvient-elle. Et puis, elle veille sur ses camarades en manifestation. « Elle ne rentre jamais avant d’être sûr que tout le monde va bien », assure Marlène, surnommée « Mamou ».

Contre l’Union Européenne

« Je n’ai jamais vraiment mis le nez dans l’Europe », admet la militante. Son obsession : « le terrain ». En tant que candidate de la liste Alliance Jaune, elle soutient surtout une sorte de référendum d’initiative citoyenne (RIC) à l’échelle européenne :

« Les députés européens reverseraient 30% de leur salaire pour monter des permanences permettant aux citoyens de s’exprimer sur chaque loi votée. »

Elle évoque pêle-mêle la nécessité d’une « taxe tobin (sur les transactions financières internationales, ndlr) » et d’une vie politique plus transparente.

Mais pour cette « antisystème » assumée, l’idéal serait de « sortir de l’UE et de rendre la France aux Français ». Carolane a voté pour Marine Le Pen aux deux tours de l’élection présidentielle. « Mais c’était plus un vote contre Macron », assure-t-elle.

La candidate ne se fait pas d’illusion : les sondages laissent penser que la liste Alliance Jaune ne dépassera pas les 5% de voix nécessaires pour entrer au Parlement européen. Elle le dit elle-même : « Chaque élection est une carotte. » Mais cette année, le mouvement des Gilets jaunes change les choses. Finalement, c’est Marlène qui explique le mieux la démarche de sa camarade : « Aller sur une liste, c’est montrer qu’on existe. »

À l’Orchestre philharmonique, Beethoven brille dans l’ombre de Mahler

À l’Orchestre philharmonique, Beethoven brille dans l’ombre de Mahler

Pour sa saison 2019-2020, l’Orchestre philharmonique de Strasbourg retrouvera le Palais des Fêtes après plus de quarante ans d’absence. La programmation est dominée par les compositeurs Gustav Mahler et Ludwig van Beethoven.

La saison 2019-2020 de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg (OPS) est marquée par de nombreux temps forts. Notamment le concert de concert de réouverture du Palais des Fêtes, près de l’avenue des Vosges, le 31 janvier 2020. L’Orchestre y a joué de 1904 à 1975 et pourra y reprendre place, lorsque les travaux de rénovation seront achevés.

Cette saison musicale est aussi habitée au niveau mondial par la célébration du 250e anniversaire de Beethoven. Cependant, considérant que le compositeur est déjà largement joué, l’OPS ira à contre-courant en lui préférant un focus sur Gustav Mahler.

En 2015, après trois ans de travaux, une partie avait du Palais des Fêtes avait rouverte. Le reste sera accessible en janvier 2020.
Le Palais des Fêtes accueillera les musiciens de l’OPS le 31 janvier 2020, pour la première fois depuis 45 ans. Photo : CL / Rue89 Strasbourg

Pour un clin d’oeil à l’Histoire, Mahler aux côtés de Beethoven

Pour ses 160 ans, Gustav Mahler verra l’intégralité de ses symphonies jouées par l’OPS, pendant deux saisons. Le grand orchestrateur dirigea d’ailleurs l’Orchestre en 1905 au Palais des Fêtes. Cette célébration est aussi l’occasion de porter un regard nostalgique sur l’histoire de l’OPS et de sa salle emblématique. Fasciné par l’œuvre de Beethoven, Mahler écrivit neuf symphonies sans pouvoir achever la dixième. Sa place aux côtés de son prédécesseur au sein de la programmation n’est donc pas anodine.

Car Beethoven n’est pas laissé en reste, malgré le choix de ne pas saturer la saison de ses compositions. Le pianiste de renommée mondiale Krystian Zimerman interprétera l’intégralité de ses concertos pour piano les 27, 28 et 29 mai 2020 au Palais de la Musique et des Congrès. Un événement d’autant plus exceptionnel que Krystian Zimerman se produit rarement sur scène.

Il faut rajouter la journée d’hommage à Beethoven organisée par Arte pour la Fête de la Musique, le 21 juin 2020. Cet événement, Happy birthday Mr Beethoven, verra l’intégralité des neuf symphonies du compositeur jouées par plusieurs orchestres à travers toute l’Europe et retransmises en direct. L’OPS représentera la France et jouera devant la Cathédrale, place du Château.

Ludwig Van Beethoven Photo : J-O Eriksson / Flickr / cc

À la recherche de nouveaux publics…

À côté de ces grandes célébrations du répertoire classique, l’OPS présente des événements plus atypiques, en cherchant à se connecter avec différents publics. Le 5 septembre 2019, dans le cadre de son partenariat avec les Bibliothèques Idéales, l’Orchestre organisera une soirée d’hommage à Jacques Brel à l’Opéra National du Rhin.

Le 22 décembre 2019 au Zénith de Strasbourg se déroulera l’orchestration live du classique de Disney La Belle et la Bête. Une expérience peu banale : redécouvrir la musique du dessin animé jouée par l’orchestre accompagné d’un écran géant.

L’OPS collabore toujours activement avec l’Opéra du Rhin et le Festival Musica. C’est au sein de ce dernier que sera joué le 4 octobre 2019 la Symphonie n°1 de Mahler, ouvrant le cycle dédié au compositeur. Il faut aussi noter un concert de musique de chambre, le 20 mars 2020 à l’Espace Django, peu habitué à ce type de concerts. C’est là une autre marque de cette volonté de démocratiser la musique dite « savante » auprès de tous les publics.

#Marko Letonja

Rue89 Strasbourg sélectionné par le programme d’engagement de l’Université de l’Oregon

Rue89 Strasbourg sélectionné par le programme d’engagement de l’Université de l’Oregon

L’école de journalisme de l’Université de l’Oregon a sélectionné Rue89 Strasbourg pour participer à son programme de soutien à « l’engagement des communautés. »

Helllllo Portland, ici Strasbourg ! L’école de journalisme de l’Université de l’Oregon, et plus spécifiquement l’Agora Journalism Center, son laboratoire d’innovation autour de l’engagement citoyen, a sélectionné Rue89 Strasbourg pour rejoindre son programme « Engaging Communities : Reflecting on the Work of Engaged Journalism. »

Oui oui c’est nous sur cette carte MONDIALE ! (doc Agora Journalism Center)

Il s’agit de la deuxième distinction pour « Quartiers connectés« , notre opération d’éducation aux médias en direction des quartiers de Hautepierre, de l’Elsau et du quartier Laiterie. Dans le cadre de cette opération, nous organisons des conférences de rédaction publiques, en partenariat avec les centres socio-culturels de ces quartiers, et nous invitons les habitants à rencontrer les journalistes et à exprimer les enjeux qui les concernent.

Connecter les quartiers au journalisme local

Quartiers Connectés a permis de produire des sujets qui n’auraient jamais vu le jour autrement, parce que nos réseaux de contacts habituels s’étiolent rapidement dans les quartiers populaires. Cette opération, en connectant les quartiers au traitement normal de l’info locale, permet de changer le regard des habitants sur les journalistes, les médias et sur eux-mêmes (voir un premier bilan d’étape ici).

C’est ce mécanisme, à la fois simple et ambitieux, qui a séduit le jury de l’Agora Journalism Center de Portland, lequel a sélectionné 8 projets parmi une soixantaine de candidatures. Financé par la Robert Bosch Foundation et la News Integrity Initiative, le projet « Engaging Communities » vise à soutenir les médias impliqués dans l’engagement de leurs lectorats et la reconquête de leur confiance.

Lors d’une conférence de rédaction publique à Hautepierre en mai 2019 Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Rue89 Strasbourg va donc bénéficier d’une bourse de 10 000€ et de l’expertise du centre pour améliorer et développer Quartiers Connectés, et ce ne sera pas du luxe car nous devons faire face à de nombreux défis. Le premier étant le temps que nous prend cette opération, puisque nous déplaçons toute la rédaction à chaque conférence de rédaction publique. Le second défi étant d’atteindre et de mobiliser des publics très éloignés de la sphère publique. Rue89 Strasbourg étant une petite rédaction locale indépendante, les moyens humains que nous pouvons dédier à cette opération sont très vite limités.

Quartiers Connectés de Rue89 Strasbourg va donc progresser grâce à l’accompagnement de Jesikah Maria Ross, senior community engagement strategist de Capital Public Radio, la radio publique de Sacramento en Californie et s’inspirer des autres projets américains et européens comme « Are we safe ? » du News & Observer de Raleigh en Caroline-du-Nord, DN Más Cerca du Diario de Navarra de Pampelune en Espagne, la newsletter des volontaires de Der Tagesspiegel à Berlin, Gathering Against Violence d’Illinois Public Media, How to Engage Conflict-Affected Community du Democracy & Freedom Watch en Géorgie, la Seattle Globalist Community Newsroom et Why Utah ? du Salt Lake Tribune.

Une diversité de projets et d’expérimentations qui témoignent de la vitalité et de la nécessité du journalisme local engagé et indépendant aujourd’hui. Vous pouvez soutenir notre engagement en faveur de l’expression de tous dans l’information locale en vous abonnant, 5€ par mois, entièrement investis dans le journalisme strasbourgeois.

La place Kléber, l’éthique et autres petites histoires qui deviennent de grands tracas, au conseil municipal

La place Kléber, l’éthique et autres petites histoires qui deviennent de grands tracas, au conseil municipal

Comme tous les ans, le déontologue est l’invité du conseil municipal. Ensuite, la séance de ce lundi 20 mai va notamment s’intéresser à l’extension de la Maison rouge place Kléber et autres petits tracas locaux, avec les élections européennes en toile de fond. À suivre en direct et avec nos commentaires à partir de 15h.

Le déontologue a introduit un nouveau sujet dans le débat sur l’éthique en politique locale. Dans son rapport annuel, le professeur Patrick Wachsmann s‘interroge sur la non-déclaration des cadeaux par les élus (1 seul cas en 4 ans), et en particulier les invitations par les clubs sportifs, susceptibles de valoir plus de 100€.

Deux mois après la victoire du Racing en Coupe de la Ligue où de nombreux élus locaux se sont affichés en long et en large aux côtés des joueurs victorieux, la remarque tombe à pic. Mais l’opposition de droite, qui aspire à gouverner en 2020, a-t-elle vraiment envie de changer ses petits-à-côtés attrayants de la fonction ? Le professeur de droit public présentera ses observations en début de séance, avant d’échanger avec les conseillers municipaux. Un point léger à première vue, mais qui comporte plusieurs brèches dans lesquelles le débat peut s’engouffrer, à l’image du reste de la séance.

Un peu d’Europe en toile de fond ?

Après un conseil chargé le 29 avril, terminé après 22h, celui du 20 mai s’annonce plus ramassé, avec 30 points à l’ordre du jour et peu de dossiers majeurs.

À moins d’une semaine des élections européennes, de nombreuses listes en campagne intègrent les différents pans du conseil municipal. Trois candidates sont issues de l’hémicycle strasbourgeois (Nawel Rafik Elmrini et Fabienne Keller pour LREM-Agir ; Pernelle Richardot pour Place publique / PS). Ainsi, quelques messages pourraient se glisser à l’adresse de l’électorat strasbourgeois sur fond de rivalités en vue des municipales de 2020.

Il est d’ailleurs un tout petit peu question d’Europe au détours de points secondaires. Face au club d’aviron rue du général Uhrich, le parking de 350 places sera vendu au Parlement européen, qui l’occupe de fait depuis 1989. La transaction s’établit quasiment au tiers du prix par rapport aux estimations des Domaines de France (1,2 million contre 3,36 de valeur estimée). « Cette vente participe au rayonnement et au maintien des institutions européennes sur le territoire », explique la délibération pour justifier la ristourne.

À quelques encablures de là, à l’entrée du futur quartier d’affaires Archipel, la vente du terrain où se trouve la brasserie du Wacke Hiesel, à son gestionnaire Franck Meunier, pourrait susciter des intrigues. L’emplacement estimé à 205 250€ (405 500€, mais divisé par deux en raison de l’existence du restaurant sur ce même terrain ), est cédé 220 000 euros. Des travaux de rénovation sont prévus d’après la délibération. Le déclassement préalable avait questionné l’opposition lors du conseil précédent qui se demandait s’il ne fallait pas une mise en concurrence plus large sur cet espace prisé.

Le parvis de la Maison rouge rebondit sur fond d’arrêté anti-mendicité

Au point 13, il sera à nouveau question du grignotage de l’espace public place Kléber avec l’implantation de commerce en rez-de chaussée de la Maison rouge. Ces ajouts ferait surtout disparaître son avancée, bien pratique pour s’abriter du soleil ou de la pluie.

La délibération en octobre avait occasionné quelques discussions sur la pertinence de ces ajouts et questionné la volonté de faire fuir des personnes qui y restent plusieurs heures. Dans le contexte nouveau de l’arrêté anti-mendicité où une chasse aux pauvres et aux SDF dans le centre-ville est redoutée, le débat pourrait d’autant plus se tendre. Les Grandes Arcades sont visées par l’arrêté polémique, après avoir condamné la terrasse Schutzenberger, ce qui ne laisse plus vraiment d’espace couvert dans le centre.

Des magasins au rez-de-chaussée, mais plus vraiment de coin pour s’abriter. (image drlwarchitectes)

D’autres points a priori plus consensuels, la municipalité a présenté l’opération de mécénat pour les illuminations estivales ou la possibilité pour une association de commerçant d’occuper gratuitement la place de la Vignette pour des animations, comme pour la rue du jeu des enfants. Un geste sympathique ou dérogatoire aux règles communes ?

Le dernier point prévoit de remplacer un terrain de football en herbe par un revêtement synthétique avec des copeaux de bois naturels et non plus des billes de caoutchouc. Le caractère probablement cancérogène de ces anciens pneus déchiquetés avait provoqué de vifs débats en mars 2018,et repoussé un projet à la Meinau, avant d’opter pour des matériaux naturels.

Deux-Rives et rythmes scolaires en interpellations

En fin de séance, l’opposition compte questionner le maire sur les rythmes scolaires (« où en est-on dans la cacophonie ? ») par Elsa Schalck et l’avenir du boulodrome du Port-du-Rhin, un secteur en proie à l’urbanisation avec la construction du quartier des Deux-Rives, via Jean-Philippe Maurer, un des deux candidats « Les Républicains » pour 2020.

À suivre en direct et avec nos commentaires dans la vidéo en tête de cet article à partir de 15h.

Brexit, quotas laitiers, patron… L’Europe a « changé leur vie »

Brexit, quotas laitiers, patron… L’Europe a « changé leur vie »

« L’Europe a changé ma vie », c’est le titre de notre feuilleton à un mois des élections européennes. Ces portraits montrent l’impact des choix des décideurs européens sur le quotidien d’Alsaciens.

L’Union européenne (UE) « un machin » à 28 (bientôt 27), trop éloigné de la vie de ses 500 millions d’habitants ? À travers une série de portraits, Rue89 Strasbourg s’est efforcée de rendre concret l’impact des décisions des pays membres et de ses institutions sur la vie d’Alsaciens. Et peut-être éclairer son vote du 26 mai.

Les quatre portraits de notre série « L’Europe a changé ma vie »

Les épisodes

Quotas laitiers et libre-échange

Didier Braun a subi la fin des quotas laitiers et se souvient avec nostalgie d’une période où l’UE était plus interventionniste sur ce marché. Comme le patron vosgien Éric Neri, il craint les conséquences du Brexit sur le niveau de la demande britannique.

Didier Braun à Hoffen
Didier Braun dans sa ferme à Hoffen (photo Rue89 Strasbourg)

Pour le chef de l’usine textile Maille Verte Vosges, l’UE fournit un soutien de taille pour son entreprise. Outre deux subventions européennes, l’ancien ingénieur bénéficie de la libre circulation des marchandises. Son entreprise exporte environ deux tiers de sa production vers l’Allemagne et la Belgique. Déjà touché par les conséquences du Brexit, ce Vosgien d’adoption craint la montée du populisme à l’approche des élections : « Il faudrait pas que ça débouche sur un bazar européen ».

Eric Neri, 62 ans, chef de l’entreprise Maille Verte Vosges depuis 2009 : « Face à des blocs comme les Etats-Unis et la Chine, nous avons besoin d’une Europe forte, avec un marché intérieur fort. » (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)

Semences libres et Brexit

Du côté de Sébastien Seguin, vendeur de semences libres, le Parlement européen devrait être source d’espoir. Les eurodéputés ont récemment voté un texte ouvrant la voie à la légalisation de la vente de certaines graines absentes du catalogue officiel français. Mais l’ancien commercial ne croit plus en l’UE… Trop lente, trop abstraite, dit-il.

Sebastien Seguin, devant des semences Kokopelli.

Pas pour James Brannan, qui vit ses derniers mois en tant que citoyen britannique. Depuis le référendum sur le Brexit, cet employé du Conseil de l’Europe s’est senti abandonné par son propre pays. Expatrié de longue date, il n’a même pas pu participer au référendum du 23 juin 2016. Exclu de cette décision, le père de famille préfère donc prendre la nationalité française… pour rester européen. Car l’expatrié a beaucoup à perdre avec la sortie britannique de l’UE : fin de la liberté de circulation, difficultés croissantes pour trouver un emploi sur le sol européen, sans compter les frais de scolarité en hausse pour ses filles scolarisées en Angleterre…

Comme beaucoup d’expatriés britanniques, James Brannan se sent abandonné par le Royaume-Uni. Européen convaincu, il vient de demander la nationalité française. (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)

À quelques jours des élections européennes, une question cruciale se dégage de la campagne : plus ou moins d’Europe? Avec ou sans l’UE ? Par cette série, Rue89 Strasbourg espère contribuer à la réflexion politique de ses lecteurs et lectrices, électeurs et électrices.