De nouveaux travaux importants dans le cadre du chantier de l’autoroute du Grand Contournement Ouest (GCO) de Strasbourg vont impacter l’échangeur au nord entre l’A4 et l’A35 quelques nuits de juin et jusqu’à la fin de l’été 2019 dans un des sens.
De nouveaux travaux d’ampleur sur le chantier du Grand contournement ouest (voir tous nos articles) de Strasbourg vont avoir de l’impact sur la circulation.
Trois mois de fermeture dans 1 des 4 sens
La principale fermeture durera près de trois mois, dans le sens Paris/Metz (A4) vers Lauterbourg (A35). La bretelle sera bloquée du mercredi 5 juin à la fin de du mois d’août 2019.
Pour les automobilistes venant de Paris-Metz souhaitant rejoindre l’A35 vers Lauterbourg au nord, les concessionnaires en charge de ce chantier (Arcos et la Sanef) conseillent de poursuivre leur route vers Strasbourg au sud. À l’échangeur suivant, à hauteur de Reichstett et Mundolsheim, ils peuvent faire demi-tour et remonter vers l’A35 au nord (voir plan ci-dessous). Un détour d’environ 9 kilomètres.
Travaux de trois mois en 2019 en venant de Paris/Metz (A4) vers Lauterbourg au nord (A35) [carte transmise par Arcos/Sanef réalisée via Open Street Map]
À cela s’ajouteront quatre fermetures ponctuelles sur cet échangeur pendant des nuits au début du mois de juin.
Les nuits des 3 et 4 juin
Dans le sens Strasbourg (A35) vers Lauterbourg (A35), une fermeture est prévue dans la nuit du lundi 3 au 4 juin de 21h à 6h, puis le lendemain, du mardi 4 au 5 juin de 21h à minuit.
Les concessionnaires recommandent de remonter jusqu’à Brumath et redescendre vers le sud grâce au diffuseur 48. Un aller-retour d’environ 8 kilomètres.
Itinéraire bis entre Strasbourg (A35) vers Lauterbourg au nord (A35) [carte transmise par Arcos/Sanef réalisée via Open Street Map]
La nuit du 5 au 6 juin
Le lendemain, du mercredi 5 au 6 juin, même chose dans le sens inverse avec la fermeture de la bretelle dans le sens Lauterbourg (A4) vers A4 Strasbourg(A35) de 21h à 6h.
Comme dans l’autre sens, les concessionnaires recommandent à nouveau de remonter jusqu’à Brumath et redescendre vers le sud grâce au diffuseur n°48. Un aller-retour d’environ 8 kilomètres.
Itinéraire bis entre Lauterbourg au nord (A35) vers Strasbourg (A35) [carte transmise par Arcos/Sanef réalisée via Open Street Map]
La nuit du 6 au 7 juin
Enfin, dans la nuit du jeudi 6 au 7 juin, la bretelle dans le sens Lauterbourg (A35) vers A4 Paris/Metz (A4), sera bloquée de 21h à 6h.
Comme pour les travaux dans le sens inverse qui dureront tout l’été, les concessionnaires conseillent de poursuivre leur route vers Strasbourg au sud. À l’échangeur suivant, à hauteur de Reichstett et Mundolsheim, ils peuvent faire demi-tour et remonter vers l’A35 au nord. Un détour d’environ 9 kilomètres.
Itinéraire bis entre Lauterbourg au nord (A35) et Metz/Paris (A4) [carte transmise par Arcos/Sanef réalisée via Open Street Map]
Les dates sont données à titre indicatif et peuvent changer en fonction des aléas de la météo.
Cette reconfiguration d’ampleur de l’échangeur nord vise à conduire les automobilistes « naturellement » sur le GCO (ou A355) payant et d’aménager d’autres bretelles pour les automobilistes qui souhaitent accéder à la capitale alsacienne par le nord ou qui rejoignent l’A35, mais sans indiquer Strasbourg sur les panneaux.
Plan de l’échangeur final
Les parties en bleu et en vert sont nouvelles. Celles en grises existent déjà. Photo : document annexe du contrat de concession
Visualisation de l’entrée nord du GCO : la continuité se fera entre l’A4 et l’A35 au centre. La voie de gauche permettra de rallier Strasbourg, et celle à droite l’A35. Photo : Visualisation XO3D pour Arcos / Vinci
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d’abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
Qui sera le nouveau maire de Strasbourg en mars 2020 ? Avec le municipal-o-drome, Rue89 Strasbourg vous propose de retrouver chaque mois le positionnement de chacune des listes et des candidats potentiels. Les élections européennes ont permis de conforter La République en Marche comme favori (du premier tour), et complexifié une partie de la course à droite et à gauche. Le mois de juin sera celui des rapprochements, ou des opportunités manquées.
Le municipal-o-drome est un outil imaginé par Rue89 Strasbourg qui vise à sortir de l’instantanéité des déclarations des prétendants. L’autre objectif est d’avoir l’ensemble du panorama électoral en un coup d’œil pour remettre chaque mouvement dans ce contexte plus global. Passer la ligne d’arrivée revient à être le candidat investi par sa formation.
Depuis janvier 2019, le positionnement de chaque candidat est décidé par les journalistes de la rédaction selon leur appréciation de la situation. Il dépend aussi de critères objectifs comme une déclaration publique ou non de candidature qui permet d’apparaître sur la pelouse, la concurrence au sein de son « écurie » ou la capacité des différentes équipes à mener une liste. S’être déclaré en premier confère aussi un avantage (provisoire) au sein de sa famille politique. L’ordre de placement de haut en bas ne répond pas à une logique particulière.
Le thermomètre des européennes
En mai, les élections européennes ont permis de donner la cote de sympathie des différentes « étiquettes » en lice et parfois disputées par plusieurs prétendants. Ce ne sont pas des scores que l’on retrouvera automatiquement un an plus tard, mais tout de même des indications du potentiel de chacun.
La principale leçon est le glissement de l’électorat de droite vers « La République En Marche » qui confirme ses bons scores de 2017, cette fois-ci dans une coalition avec le jeune mouvement de centre-droit Agir. Et comme l’ancienne maire et opposante Fabienne Keller, devenue eurodéputée, est l’une des fondatrices, cela va pousser à de nouvelles discussions, surtout qu’il existe des clivages sur comment gérer Strasbourg.
À gauche, l’enseignement est que le parti de tête change à chaque élection. En 2014 le PS l’emportait à Strasbourg avec 10 point de plus que son score national (24% contre 14% ailleurs). En 2017, La France insoumise talonnait En Marche à la présidentielle (24,3% contre 27,75%), puis ratait de peu la qualification au second tour lors des législatives. En 2019 donc, c’est EELV qui s’impose comme la première force de gauche à Strasbourg, avec plus de 20%. Dans cette équation devrait s’ajouter Génération.s et les membres du Labo citoyen. Enfin on note l’abandon du projet de liste citoyenne Strasbourg Go, qui avait aussi placé les questions environnementales en tête de ses préoccupations.
Ainsi peu de mouvement ce mois-ci dû à la campagne. Les prochains mois devraient permettre aux petits chevaux de s’ajuster en fonction de ces scores, voire de décider de quelques investitures avant les vacances d’été.
Pour zoomer, il suffit de continuer à faire défiler son écran vers le bas.
Des pistes d’améliorations ?
N’hésitez pas à nous en faire part en commentaires. Nous tenterons d’en tenir compte pour les prochaines éditions.
Jean-François Gérard, Geoffrey Brossard et Nina Courtois Un outil créé à trois, dans l’ordre : un journaliste, un développeur web et une graphiste
Cette semaine, Rue89 Strasbourg vous faisait découvrir le MMA, un sport de combat très répandu en Alsace. Et nous avons découvert, éberlués, qu’il avait ses adeptes dans les cercles politiques strasbourgeois…
89dB a posé ses micros au Café du TNS qui accueillera en juin une partie du festival d’électro Contre-temps. Ses organisateurs et le groupe Funkindustry étaient nos invités. On s’est initié au metal avec l’Itawak Fest et au micro-théâtre avec le festival Équinoxe. Réécoutez aussi notre agenda des meilleures sorties de juin à Strasbourg et aux alentours.
Le Contre-temps Festival du 6 au 23 juin
Le Contre-Temps festival est un rendez-vous incontournable du début de l’été à Strasbourg. Il dure du 6 au 23 juin. La programmation de cette 16e édition est longue comme trois bras. Il y a une cinquantaine d’artistes dans une dizaine de lieux différents.
Une des nouveautés principales, c’est la Halle Citadelle, un hangar du port du Rhin transformé en salle de concert. Les deux soirées de clôture auront lieu là-bas.
Pour découvrir la crème des DJ Strasbourgeois, rendez-vous le 8 juin au Café du TNS pour le Mixorama. Une quinzaine de sets vont s’enchaîner de 15h à 22h. L’accès est complètement gratuit pour cette soirée.
Stefan Robinot, directeur du Contre-Temps Festival, était l’invité de 89dB. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc
Bien évidemment, les pelouses sonores sont de retour cette année pour deux après-midis et soirées exceptionnelles au Jardin des Deux Rives les 22 et 23 juin de 14h à 22h.
Funkindustry aux Deux-Rives le 23 juin
Voir Funkindustry en concert, c’est faire le plein de vitamines pour trois ans. Ça tombe bien, le groupe de funk strasbourgeois sera sur la scène du Contre-temps Festival au Jardin des Deux Rives le 23 juin.
Ils sont sept sur scène et vous renvoient tout droit dans les années 70 tant dans leurs sonorités que dans leur esthétique. Couleurs pétantes, costumes zébrés, manteaux de fourrure, tout y est. Les cuivres vous enivrent, vous ne pouvez plus résister, ça y est, vous esquissez quelques pas de danse.
Six ans après leurs débuts, Funkindustry est toujours dans la partie. Après avoir commencé grâce à un crowd-funding et enregistré son premier EP dans un petit studio à Kehl, le groupe se prépare à plusieurs dates européennes cet été. De l’Italie, à la Serbie, en passant par l’Autriche, la funk strasbourgeoise va faire vibrer le Vieux-Continent.
Strong Enough de Funkindustry
Des pièces de 15 minutes pour 15 personnes dans 15 m², le festival de micro-théâtre Equinoxe est de retour
Le micro-théâtre est né en 2008 en Espagne. Les salles de spectacles se trouvaient alors désertées. À cause de la crise financière, rares étaient les personnes qui pouvaient encore se permettre d’aller voir des pièces de théâtre.
Le cinéaste et dramaturge Miguel Alcantud a donc eu l’idée de jouer dans une ancienne maison clause de Madrid. Les comédiens se produisaient dans des pièces de 7m², pendant sept minutes devant sept spectateurs. Le succès a été fulgurant.
Clin d’œil de l’Histoire, la Maison Mimir a Strasbourg était également une maison clause et c’est ce lieu qui accueille le festival de micro-théâtre Équinoxe du 7 au 9 juin. L’entrée est à prix libre.
L’Itawak Fest, « loin du cliché des hardos aux cheveux longs qui montrent leur cul »
« C’est un festival de musique violente qui se vend mal. L’avantage, c’est que les concerts ne durent jamais plus de 30 minutes. Comme ça, si ça ne vous plait pas, ça passe vite. Tout le monde est conscient de la violence de cette musique. Imaginez un concert de hard-core de 3h30, personne ne supporterait ! »
Le podcast 89dB est réalisé par Maylis Cerbelaud et rédigé par Maxime Nauche Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc
Jérémy n’est pas du tout issu de cet univers. Il organise des concerts depuis dix ans à Strasbourg. C’est l’état d’esprit des artistes qui l’a fait s’intéresser à ces genres bien particuliers :
« On est loin du cliché des hardos aux cheveux longs qui montrent leur cul. En général, ce sont des gens super sympas, d’une grande humilité. Je n’ai jamais connu ça avec d’autres groupes. Ils ne font pas de musique pour gagner de l’argent. On les retrouve souvent au bar après les concerts pour boire un coup ensemble, discuter de leur musique, de leur parcours. Ils sont très accessibles. »
Pour s’initier avant d’aller à l’Itawak Fest, l’idéal est de commencer par des artistes pas trop énervés, comme par exemple, le groupe strasbourgeois Iron Bastards.
Iron Bastard – stay off the line
L’été est bien là avec le festival de l’Étang musical à Ostwald
Le samedi 15 juin, le parc des tanneries d’Ostwald va s’enjailler au rythme du festival de l’Étang musical. Six heures de concerts avec six artistes locaux. Notamment Allan Ros et Prokop, qu’on avait reçus dans 89dB, mais aussi Babay l’Akoosti’k. Le groupe de reggae strasbourgeois sort un nouvel EP au mois d’août. Rien de mieux pour se mettre bien pendant l’été !
Mi aime a zot de Babay L’akousti’k
« Le grand méchant renard », un film parodique à mourir de rire à l’Espace Django
Le dimanche 16 juin, l’Espace Django présente “Le grand méchant renard”. A priori c’est pour les enfants mais tout le monde passe un très bon moment devant cette parodie de conte dans laquelle un renard essaye d’être aussi effrayant que le grand méchant loup. Mais il a bien du mal : ce sont plutôt les poules et les poussins qui lui font la misère. C’est le dimanche 16 juin à 17h30. Le film dure 1h20.
Bande-annonce de l’hilarant « Le Grand Méchant Renard »
La fête de la musique à la gare de Strasbourg avec les Fat Badgers
Le 21 juin c’est bien sûr la fête de la musique aux quatre coins de la France. À Strasbourg, vous aurez des concerts un peu partout et notamment dans le hall de la gare centrale. Les Fat Badgers, groupe de funk strasbourgeois, seront de la partie. Ils sont complètement déjantés et c’est sûr qu’ils vont vous faire danser jusqu’au bout de la nuit. Les Fats Badgers seront aussi à l’Outre festival de Wissembourg du 28 au 30 juin au pied des remparts au Grabenloch.
La Russie pourrait de nouveau siéger à l’Assemblée parlementaire au mois de juin et verser de nouveau sa contribution au Conseil de l’Europe. L’institution reste cependant dans une phase d’austérité, les États membres n’ont pas augmenté leur contribution depuis 2010.
Le « plan de contingence« , synonyme de coupes budgétaires et de suppression de personnel va-t-il partir à la corbeille ? Il est pour l’instant toujours prêt à être mis en oeuvre. Le mois de mai a pourtant été encourageant pour le Conseil de l’Europe. À l’occasion d’une rencontre entre ministres des Affaires Étrangères le 17 mai à Helsinki (la France était représentée par la secrétaire d’État aux Affaires Européennes Amélie de Montchalin), le climat s’est quelque peu détendu entre l’institution strasbourgeoise et la Russie.
Dans une résolution commune, la Russie s’est vue confirmer son droit à siéger à l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe. De son côté, l’institution basée à Strasbourg devrait récupérer l’argent que Moscou ne lui versait plus depuis presque deux ans.
Le Président du Comité des ministres Timo Soini, le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov, et le secrétaire général du Conseil de l’Europe Thorbjørn Jagland. Photo : CE
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Connecter les musiques contemporaines et les publics contemporains : c’est, depuis sa création en 1982, le pari du festival Musica. Pour la 36e édition, du 20 septembre au 5 octobre, le nouveau directeur, Stéphane Roth, poursuit et élargit les ambitions du festival avec une programmation foisonnante et la création d’une Académie des spectateurs.
Pour le nouveau directeur de Musica, Stéphane Roth, cette édition s’inscrit dans une continuité de l’histoire du festival, tout en le modernisant. En témoigne ce désir de faire découvrir au public alsacien des œuvres peu connues, comme celles de la compositrice Julia Wolfe. Depuis la fin des années 80, celle-ci explore et réinvente les musiques populaires. Musica présentera pour la première fois en France riSE and fLY, son concerto pour percussions composée de percussions urbaines new-yorkaises, body clapping et instruments pauvres.
Une des thématiques fortes du festival est la musique anglo-américaine du XXe siècle, peu connue en France. L’Orchestre National de Metz jouera Robert Browning Overture, une œuvre de Charles Ives. Écrite entre 1912 et 1914 cette composition ne fut encore jamais jouée en France, c’est dire s’il nous manque tout un pan de la culture musicale anglo-américaine. Musica se propose de raccrocher les wagons, avec des propositions de concerts inédits.
Quatuor Impact explore la place de l’automate à travers leur concert de violons. Photo : Document remis
Décloisonner les arts, et écouter la musique avec les os
Cette mission de découverte que se donne Musica ne se limite pas à la mise en lumière de pièces musicales tombées dans l’oubli. C’est aussi la présentation de créations atypiques et des résultats d’expérimentations diverses. Le maître-mot de la création contemporaine présentée au festival semble être la pluridisciplinarité : la musique ce n’est pas qu’un musicien et son instrument. Il faut ajouter un travail plastique, des recherches de sons inédits, des dispositifs scéniques…
On retrouve dans le programme des créations aussi improbables que l’adaptation musicale de 4.48 Psychosis de Sarah Kane, une pièce de théâtre culte pour sa violence, par l’Orchestre Philarmonique de Strasbourg (OPS). Un autre spectacle notable, Les Automates de Descartes,cherche à questionner la place des automates dans notre société et leur rapport à l’humanité. La musique permet d’explorer des questionnements technologiques et philosophiques.
De la noise au programme
Le Sonic Temple vol. 1 célébrera la noise, une musique jouant sur des masses sonores des champs fréquentiels et une écoute vibratoire. La musique se capte avec tout le corps. Plusieurs des concerts programmés visent à prouver que la musique ne touche pas que la dimension sonore. Art physique, pratique, visuel, vibratoire, elle engage tout l’organisme. La fatigue ressentie à la fin d’un concert témoigne du fait que notre corps est engagé, actif dans l’écoute. Une écoute corporelle, solidienne, osseuse, une autre manière d’écouter la musique donc. Musica s’apparente à un temple sonore où les spectateurs se livrent à de multiples découvertes.
« 4.48 Psychosis » a été adaptée pour la scène et donne une perception nouvelle de la terrible pièce de Sarah Kane. Photo : de Lyric Hammersmith
De nombreux événements programmés mélangent les arts. Qu’il s’agisse d’inspirations littéraires, de dispositifs utilisant la vidéo ou la lumière, de marionnette, de danse, les œuvres de Musica ont ceci en commun qu’elles ne se restreignent en termes de disciplines. Ce foisonnement rend la programmation très hétéroclite et dans le même temps très intriguante. L’expérimentation est omniprésente, notamment car le festival présente beaucoup de créations. Le public strasbourgeois découvrira en exclusivité les résultats de ces recherches artistiques.
Les spectateurs conviés à s’engager
dans le festival
Pour le président de Musica Laurent Bayle et le directeur Stéphane Roth, le spectateur est indispensable à la musique. C’est bien parce qu’il y a une écoute que la musique existe. Et cette écoute se doit d’être pensée et comprise. C’est pour cela que Musica inaugure son « Académie des spectateurs », qui débutera avec un laboratoire de l’écoute. Ces séances individuelles d’écoute prendront une forme à mi-chemin entre le test clinique et l’installation artistique. Pour y participer les spectateurs volontaires devront s’inscrire. Les données récoltées seront utilisées ultérieurement, pour enrichir le festival.
L’ambition de Stéphane Roth est de pouvoir donner, à terme, le pouvoir aux spectateurs sur la programmation. Il manifeste le désir de casser une tradition de programmation personnifiée dans la personne du directeur. Il veut mobiliser les publics pour les rendre actifs au sein du festival. Cela rejoint l’idée que l’écoute de la musique ne peut être passive. Un premier essai a été fait avec une série de concert programmés par des étudiants. Grâce au Service Universitaire de l’Action Culturelle (SUAC), 12 étudiants de toutes disciplines ainsi que des étudiants de la Haute École des Arts du Rhin (HEAR) ont réfléchi à la façon de programmer de la musique à l’Université. Ils ont ainsi pu proposer trois concerts sur le campus de l’Esplanade et dans les jardins du Palais Universitaire.
Dans le spectacle « Our ears felt like canyons » le public est libre de s’installer où il le souhaite pour trouver son point d’écoute. Photo : de Volker Beushausen
Des ateliers d’éveil musical à destination des plus jeunes sont également prévus, pour sensibiliser les spectateurs dès l’enfance. Des ateliers tous publics permettrons aux volontaires d’expérimenter la pratique de la voix et du rythme corporel. Un deuxième laboratoire de l’écoute s’adressera plus spécifiquement aux publics atteints de surdité ou de malentendance, sans leur être exclusif. L’idée est là aussi de montrer en quoi la musique a un effet sur le corps au-delà de la dimension sonore.
Cette édition 2019 s’annonce comme un tournant dans l’histoire de Musica, avec de nombreuses innovations. Confronté à la question du renouvellement d’un public vieillissant et à un budget de plus en plus restreint par l’inflation, le festival évolue pour poursuivre ses objectifs : décloisonner les arts, affirmer la musique comme art total et permettre une accessibilité maximale aux concerts.
Cette année, le dîner officiel de rupture de jeûne du Conseil régional du culte musulman d’Alsace a pris un tournant très politique. La visite à Strasbourg mercredi du ministre de l’Intérieur et des Cultes, Christophe Castaner, a propulsé sur le devant de la scène musulmane nationale Abdelhaq Nabaoui, en conflit ouvert avec l’instance représentative des mosquées de France.
Le dîner officiel du Conseil régional du culte musulman (CRCM) d’Alsace a été très politique cette année. Abdelhaq Nabaoui, son président, s’y est repris à deux fois pour organiser un iftar mondain à la mesure de son bras de fer en cours avec le Conseil français du culte musulman (CFCM). Mi-mai, la Région Grand Est avait annulé à la dernière minute la mise à disposition de ses locaux pour accueillir l’événement. La Ville avait alors sauvé le dîner en l’accueillant dans la salle des fêtes attenante à l’hémicycle du conseil municipal le 16 mai. Abdelhaq Nabaoui ne souhaitait pas que le dîner mondain se déroule dans une mosquée, comme ça avait été le cas l’an passé à Hautepierre, pour ne pas gêner les fidèles durant leurs prières de Ramadan.
La deuxième tentative a été la bonne : le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a fait le déplacement mercredi 29 mai soir pour soutenir le transfuge de l’ex-Union des organisations islamiques de France, en conflit ouvert avec l’instance nationale représentative des mosquées de France. Le ministre de l’Intérieur avait la veille planté les dirigeants du CFCM en refusant d’assister à leur dîner officiel, ce qui constitue un désaveu historique pour l’instance fondée en 2003 par Nicolas Sarkozy.
Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner participe a la rupture du jeûne organisée à Strasbourg par le CRCM. « Strasbourg, lieu de formation des imams, de dialogue interreligieux, du Concordat, est attractif », justifie le ministre, apres que le CFCM ait déclaré être déçu par le ministre. Photo : Abdesslam Mirdass
Jeu d’échecs chez les acteurs musulmans
Pour rappel, l’Etat français a tenu en septembre des assises départementales de l’islam en France. Depuis, les annonces du gouvernement sur une possible réorganisation du culte musulman se faisait attendre. Gilets jaunes, élections européennes, elles ont été sans cesse repoussées. Pendant ce temps, c’est un véritable jeu d’échecs qui s’est mis en branle côté responsables musulmans pour garder la main. Dans ce contexte, le CFCM, tenu actuellement par l’organisation d’obédience turque Ditib, a sans cesse reporté l’annonce de ses propositions de réformes.
Et le Strasbourgeois Abdelhaq Nabaoui a avancé ses pions les uns après les autres. L’aumônier militaire de profession a notamment créé un Conseil des imams et cadres religieux d’Alsace et fondé à Lingolsheim l’Ecole nationale des aumôniers hospitaliers musulmans. En janvier Abdelhaq Nabaoui a rallié l’initiative d’Hakim El Keroui d’une Association musulmane pour un Islam de France (Amif), dont l’un des buts assumés est de prendre les rênes de l’argent de l’islam dans le pays pour le redistribuer. Et là, les dirigeants du CFCM ont vu rouge. L’institution représentative des mosquées de France a alors démis l’Alsacien de ses fonctions d’aumônier national des hôpitaux, officialisant le conflit.
Dans ce contexte, la passe d’armes cette semaine par iftars interposés entre Abdelhaq Nabaoui et le CFCM semble se conclure à l’avantage du Strasbourgeois. Dans son discours à la villa Schutzenberger mercredi soir, devant une assistance de 70 acteurs de la vie religieuse alsacienne et strasbourgeoise, Christophe Castaner a clairement pris parti pour Abdelhaq Nabaoui et renvoyé le CFCM à sa « frilosité ».
« Un laboratoire d’idées pour le futur de l’islam en France »
Tout en soulignant que « l’Etat ne s’immiscera pas dans l’organisation des cultes en France, » le ministre de l’Intérieur et des cultes a fait un éloge du CRCM Alsace en forme de désaveu du CFCM :
« J’ai souhaité aller à la rencontre du CRCM Alsace qui est exemplaire et qui souhaite faire bouger les choses. Je déplore la frilosité du CFCM. Il y a là un enjeu pour la République comme pour l’islam. J’en appelle à tous ceux qui veulent faire entendre leur voix : nous les écouterons au plus prêt du terrain. (…) L’islam se construit partout et pas seulement à Paris. Les dynamiques peuvent se construire localement. Les préfectures sont à votre écoute. À Strasbourg, le CRCM Alsace est un exemple, un laboratoire d’idées pour le futur de l’islam en France de par sa relation de confiance avec les collectivités, la prévention de la radicalisation, le dialogue entre les acteurs avec le conseil des imams… Chaque démarche constructive, vous la continuez, avec une méthode faite de pragmatisme et d’un dialogue large. Je souhaite que cette méthode se diffuse dans d’autres régions. »
Soutien de la grande mosquée du Heyritz
Parmi les invités, les responsables de la grande mosquée de Strasbourg (Heyritz) et de l’Union des mosquées de France, d’obédience marocaine, accompagnés du consul général du Maroc, étaient en nombre et en avance. Le camp marocain semble aujourd’hui avoir rallié le positionnement d’Abdelhaq Nabaoui. Rare prise de parole publique lors de ce rendez-vous presque confidentiel, Mohamed Moussaoui, président de l’UMF et ex-président du CFCM n’a pas hésité à la soutenir face aux journalistes présents :
« Ce déplacement du ministre est un signal fort pour une organisation ancrée dans les régions et même les départements. Il ressort des assises départementales que le CFCM ne correspond pas aux attentes des Musulmans de France. L’islam est un culte de proximité par nature. Une dynamique d’organisation par la base est souhaitée. Le CRCM Alsace a initié pas mal d’idées intéressantes avec plusieurs acteurs. C’est une région pilote sur pas mal de choses. »
Ditib embarrassée
Pour la délégation de l’association Ditib, le rendez-vous était plus embarrassant. Rappelons que le CFCM a ajourné ses élections qui auraient dû se tenir ce mois de juin, laissant pour l’heure à sa tête le franco-turc Ahmet Ogras, strictement injoignable pour commenter l’enlisement de l’institution depuis des mois. Sans le nommer, Christophe Castaner n’a pas ménagé l’islam d’obédience turque en France :
« Je souhaite que la relation de confiance qui se bâtit ici puisse être un exemple et une inspiration pour toute la France. Mais il y a un danger d’immixtion d’Etats étrangers dans les cultes qui peut conduire à faire de lieux de culte des lieux politiques. Il y a alors un danger de voir une infime minorité confisquer la voix des Musulmans de France. »
Aucune délégation du Millî Görüs à Strasbourg (mosquée Eyyub Sultan de la Meinau) n’était présente pour écouter ces mots. Son président pour le Grand Est, Eyyub Sahin, est arrivé une fois le repas commencé en compagnie de l’adjoint aux cultes Nicolas Matt, tous deux retenus par l’iftar officiel de la mosquée Eyyub Sultan qui se tenait le même soir.
Christophe Castaner a rompu le jeûne sans prière préalable de la part de l’assistance musulmane. Abdelhaq Naboui l’avait placé à sa gauche à table, tandis qu’il avait réservé sa droite à l’intellectuel Hakim El Keroui. L’homme est l’auteur pour l’institut Montaigne du rapport La fabrique de l’islamisme, remis à Emmanuel Macron en septembre. Il a fondé en janvier la fameuse association Amif, ennemie choisie du CFCM, avec le soutien officiel du CRCM Alsace.
L’Amif en embuscade
Au lendemain de ce dîner ultra-politique, Murat Ercan, porte-parole strasbourgeois du Ditib, dénonce une sorte de prise en otage du CRCM Alsace par son président actuel :
« On est content d’accueillir le ministre qui donne beaucoup d’importance à notre CRCM et à la proximité. Mais nous soulignons que le soutien affiché d’Abdelhaq Nabaoui à l’Amif, au nom du CRCM Alsace, se passe depuis le début sans avoir jamais consulté le conseil d’administration du dit CRCM. Or nous estimons que la représentation du culte musulman doit continuer à se faire autour du CFCM. Toute nouvelle initiative conduira à torpiller cette structure sur laquelle nous avons tous investi depuis quinze ans. S’il y a des améliorations à faire, elles sont à faire sur le CFCM et pas à l’extérieur. On ne peut pas être président d’un CRCM et faire partie d’une nouvelle institution qui va concurrencer le CFCM. Seul le CFCM et les CRCM sont basés sur les fidèles et ont une légitimité aujourd’hui. Toute personne responsable ne devrait pas déstabiliser une telle structure pour une autre propulsée sur le devant de la scène par les responsables de l’Etat. Le ministre a fait référence au CFCM. Ce discours par journalistes interposés n’est pas profitable à l’aboutissement de l’islam en France. »
Dans un communiqué, le CFCM a quant à lui dénoncé mercredi « le traitement discriminatoire dont il est l’objet ».
À partir du 17 juin, le tram E s’enfoncera jusqu’à l’Escale, au cœur de la Robertsau. Trois stations supplémentaires seront desservies, pour 19 millions d’euros investis. Mais l’efficacité de cette extension est contestée par de nombreux acteurs. Visite virtuelle, avant une sortie commentée sur place le 6 juin pour les abonnés de Rue89 Strasbourg.
« Les Robertsauviens ont été plutôt gâtés, avec tous ces espaces verts sur le tracé qui coûteront chers à entretenir », glisse un urbaniste du cru, croisé à deux pas de l’école de la rue Adler, au centre de la Robertsau. Vrai : des paysagistes et horticulteurs s’affairent depuis cet hiver pour aménager, planter et arborer les abords de l’extension de la ligne de tram E. Et faux : cette voie d’une trentaine de mètres de large a toujours été « verte », typique de cet ancien quartier maraîcher de Strasbourg, où s’étendaient partout des « jardins », petites exploitations agricoles, jusqu’au milieu des années 1970.
Trois nouvelles stations à partir du 17 juin
Certes, 280 arbres ont été plantés le long de cette extension du tram, qui cheminera, à partir du 17 juin jusqu’au cœur du quartier, rue Mélanie puis, plus au nord, jusqu’au centre socio-culturel de l’Escale. À cette occasion, la majorité des 1 600 mètres de voies nouvelles a été engazonnée, une piste cyclable ajoutée, ainsi qu’un cheminement piétonnier dessiné dans la verdure, là où jusqu’en 2017 la broussaille et les jardins étaient inaccessibles au public.
Plan CTS – Extension du tram Robertsau et redéploiement des bus Photo : DR
Certes encore, trois nouvelles stations, Jardiniers, Mélanie et Robertsau L’Escale, ont été créées pour 19,4 millions d’euros d’investissement portés par l’Eurométropole, l’État et la Région Grand Est, dont 16,3 millions de travaux. Mais les modalités de cette extension sont dénoncées par nombre d’acteurs, qui la jugent insuffisamment longue (après l’avoir trouvé trop longue…) pour générer un véritable report modal, ou seulement utile à justifier dans un futur proche une urbanisation de terrains alentours.
« Réclamer l’extension jusqu’à la clinique Sainte-Anne »
Ingrats, les Robertsauviens ? Râleurs, nimbistes, jamais contents ? Nicole Dreyer, adjointe au maire (PS) en charge du quartier, lance avec une pointe d’amertume :
« Toute l’énergie que beaucoup ont mis à s’opposer au tram, ils auraient mieux fait de la mettre à réclamer l’extension jusqu’à Sainte-Anne ! »
Rejouer le match, se renvoyer la balle, associations, élus et commerçants y sont prompts. Néanmoins, tous s’accordent aujourd’hui sur un constat : « Cette ligne n’est pas finie ». Ce sont Olivier Sandrin et Morad Baadache, responsables de l’association des commerçants LaRob.com, qui le disent, et qui continuent :
« Pour être efficace, le tram doit aller jusqu’à la piscine et l’ASL (association sportive), route de la Wantzenau ».
Le « tram-jardin » le long du parc de la Petite Orangerie Photo : Marie Hoffsess
Une option qui fait quasiment l’unanimité, à croire qu’il n’aurait pas fallu grand-chose, sinon quelques deniers supplémentaires, pour l’entériner. François Giordani, président d’Astus, association d’usagers des transports en commun, confirme :
« Il faut une prolongation du tram E jusqu’à la rue de la Roue, avec un parking-relais (P+R), pour permettre aux gens qui viennent en voiture de La Wantzenau ou de Gambsheim de prendre le tram. »
Un point de vue encore partagé par l’Adir, Association de défense des intérêts de la Robertsau, dont le président Jacques Gratecos martèle :
« Le parking de la clinique Sainte-Anne est toujours plein, or les milliers de gens qui fréquentent l’établissement ne feront jamais les 700 mètres à pied qui séparent la clinique du terminus ! On a l’impression que ce tram tient plus du décorum que du véritable outil pour transporter du monde… »
Un sentiment partagé par Emmanuel Jacob, fondateur et animateur du Blog de la Robertsau, qui a beaucoup écrit sur le sujet :
« Ce tram qui trottine au Wacken n’est pas efficient par rapport au bus. Son tracé, dénoncé par l’équipe en place du temps de Fabienne Keller et Robert Grossmann, ne fera pas diminuer le nombre de voitures route de la Wantzenau ou rue Bœcklin, les axes les plus chargés du quartier. C’est un mauvais choix en matière de transport, mais un bon choix pour bétonner. Encore un prétexte pour densifier le quartier ! »
Difficile équilibre entre agriculture et habitat
Le tram, épine dorsale et moteur d’urbanisation, voire argument de vente pour les promoteurs ? Un grand oui, assume Roland Ries, maire de Strasbourg, quand il trace la ligne D vers Kehl. Un oui moins assuré à la Robertsau, mais un oui quand même. Son adjointe Nicole Dreyer explique :
« À Strasbourg, seulement trois quartiers ont encore des réserves foncières : le Neuhof, les Deux-Rives et la Robertsau. Ces 11 dernières années, j’ai travaillé à maintenir des terrains agricoles, chemin Gœb, autour du CINE de Bussierre et à Pourtalès, pour redonner à la Robertsau sa vocation nourricière initiale, tout en développant l’habitat. Trouver un équilibre entre les deux n’a pas été facile. Mais du côté de la Ville, nous n’avons urbanisé que trois terrains : à la Bleich (cité des Chasseurs), chemin de l’Anguille (à côté de la papeterie) et dans le secteur Oberkirch, autour de la Maison de l’enfance. Tout le reste, c’est du privé ! »
Préserver des arbres, le canal des Français, « imposer un minimum de contraintes esthétiques » : l’adjointe assure s’y être consacrée, en pourparlers constants avec des promoteurs désireux de tirer le meilleur parti des terrains très bien cotés de la Robertsau. Quadrature du cercle.
Entre les arrêts Mélanie et Escale, le tram longe des immeubles résidentiels et des terrains à bâtir Photo : Marie Hoffsess
Reste que des permis de construire ont été déposés le long du tram entre les arrêts Mélanie et Robertsau L’Escale, et que des terrains pourraient être bientôt vendus au plus offrant en bordure de rails. Un état de fait qui hérisse certains habitants, quand d’autres s’en accommodent. Commerçants et associatifs ont des avis divergents dans leurs propres rangs. La plupart se plaint plus de l’ambiguïté du discours que du fond du sujet. Un acteur râle :
« Cet axe, c’est une manne immobilière et pourquoi pas ? Mais nous dire qu’on fait un « tram-jardin » qui va diminuer la pollution pour ensuite construire des barres devant les fenêtres des gens, ce n’est pas correct ! »
Bus et tram : trois voies parallèles sans correspondance
Sur la fréquentation des trois nouvelles stations, pas de chiffres précis, mais la CTS est optimiste. Son responsable marketing, Xavier Descamps, assure :
« Concernant les attentes de trafic, cela ne fait aucun doute que l’extension va fonctionner de manière correcte. Le tram dessert un habitat dense avec, dans son aire d’influence de 500 mètres autour des stations, plusieurs parkings d’une vingtaine de places : rue Saint-Fiacre, en face du restaurant La Vignette et au niveau de l’Escale. »
Cet employé de la CTS remarque encore que « l’effet plein sera observable au bout de deux ans », le temps pour les habitants de se familiariser avec cette nouvelle offre de transport. Qui, outre l’extension du tram, ne devrait pas beaucoup bouger, au grand dam de la plupart des acteurs : en effet, le réseau de bus – L6, 70, 72 et L1 – restera quasiment en l’état. Seul le 15a, rebaptisé ligne 15, change de trajet, bifurquant vers Robertsau-Bœcklin au lieu d’aller vers la piscine (voir le plan plus haut). Xavier Descamps reprend :
« Deux scénarios ont été proposés aux habitants, le premier maintenant les usages actuels, le second proposant des changements plus radicaux, comme faire se rejoindre la L1 et de la L6 au niveau de l’arrêt Robertsau-Eglise, qui aurait évité le maintien d’une ligne de bus parallèle au tram rue Bœcklin. »
Sans surprise ou presque, les riverains et la plupart des commerçants ont plébiscité le statu quo. Pire, pour nombre d’observateurs, la L1 aura bientôt son terminus à Lamproie, supprimant de fait la seule correspondance possible entre le bus et le tram à l’arrêt Mélanie. Résultat, trois axes verticaux de transports, qui cohabitent parallèlement sans se rejoindre « Rien n’est figé, on pourra revoir ça dans le courant de l’année », note Nicole Dreyer. Des travaux sont néanmoins en cours au rond-point Mélanie (direction Pourtalès) pour permettre aux bus articulés de faire demi-tour…
Les propriétaires de jardins le long du tram ont pu faire poser des clôtures simples, opaques ou anti-bruit – Ici à la station Mélanie Photo : Marie Hoffsess
Sur le tracé de l’extension, qui chemine entre les jardins privés, séparés des voies par des clôtures parfois anti-bruit, une piste cyclable et une voie piétonne sont aménagées. Bertrand Frérot, responsable du pôle grands projets de la CTS, remarque :
« La demande politique, en lien avec la concertation, a été de séparer les flux piétons et cyclistes. C’est pour des raisons d’emprise foncière et de réglementation au niveau des traversées de voies que la piste n’est pas toute droite. »
Ses courbes, plus adaptées à la balade qu’à la vitesse ? « Un parti pris d’aménagement », assure-t-il encore. De l’aveu des divers acteurs du quartier, cette nouvelle piste cyclable est sécurisée, parfaite pour les enfants pour qui la rue Bœcklin était dangereuse. Mais, avec ses angles droits, ses feux, ses cédez-le-passage et ses chicanes, elle peine à remplir la fonction de traversée rapide du quartier.
La nouvelle piste cyclable le long du tram accumule les courbes, cédez-le-passage, angles droits et chicanes (Photo Marie Hoffsess)
Alors que les habitants s’approprient progressivement les aménagements qui accompagnent les voies nouvelles, le tram sera quant à lui officiellement inauguré le samedi 22 juin. Une fête de quartier est programmée, avec quelques bémols, dûs aux incertitudes et retards quant au réaménagement du parc de la Petite Orangerie, où devraient se tenir discours et agapes.
Rue89 Strasbourg termine l’année 2018 avec un résultat excédentaire, ce qui nous permet de progresser et d’envisager l’embauche d’un troisième journaliste à temps plein.
Média indépendant et produit à Strasbourg, Rue89 Strasbourg a terminé l’année 2018 avec un chiffre d’affaires net de 123 153€, en progression de 9,2% par rapport à 2017. Le résultat net s’établit à 13 053€, il était de 18 021€ en 2017.
Fondé en février 2012 pour suivre à l’échelle locale l’exemple de Rue89.com, racheté par L’Obs, Rue89 Strasbourg n’appartient à aucun groupe de presse, l’entreprise éditrice, Médialab SARL, est détenue par ses trois actionnaires fondateurs, tous strasbourgeois : Pierre France, Marie Hoffsess et Laurent Jassaud.
Parlons d’argent
Les recettes totales de Rue89 Strasbourg ont atteint 152 599€ en 2018, en progression de 12,35% par rapport à 2017. C’est pas mal. Notre chiffre d’affaires est composé à 60% par la location de nos espaces publicitaires mais cette dépendance à la publicité diminue, elle était située à 72% de notre CA en 2017.
Rappelons que Rue89 Strasbourg a fait le choix de limiter la proportion d’espaces publicitaires sur le site, il n’y a que 3 bannières représentant moins de 15% de l’espace visuel du site.
En mars 2017, nous avons lancé une « Édition abonnés, » une dizaine d’articles supplémentaires d’accès payant, à la fois pour diversifier nos revenus et pour permettre aux Strasbourgeois de participer au financement d’un journalisme d’enquête à Strasbourg. À ce jour, 460 personnes ont souscrit un abonnement à 5€ par mois (ou 50€ par an).
L’ensemble des recettes de Médialab ont été investies dans la production d’un journalisme d’enquête, exigeant et à l’écoute des Strasbourgeois. La masse salariale, charges sociales comprises, atteint 100 133€. Le reste des dépenses (37 904€) concerne le loyer, la comptabilité et diverses prestations, comme la mise à jour technique du site, du serveur, ainsi que des achats de matériel informatique.
La conférence de rédaction du lundi matin à Rue89 Strasbourg – de g. à d. Guillaume Krempp, Claire Gandanger, Cassandre Leray, Tristan Kopp, Pierre Pauma et Pierre France (de dos). Photo : Abdesslam Mirdass
La rédaction est actuellement composée de trois journalistes à temps plein et d’une dizaine de pigistes, des journalistes indépendants payés à l’article (un article est payé 120€ nets).
Nous avons besoin de votre soutien direct
Le 3e journaliste, Guillaume, est actuellement en contrat d’apprentissage (une forme d’exploitation éhontée mais légale). Notre ambition est de pérenniser cet emploi, mais pour ça, nous allons devoir augmenter nos recettes. Un journaliste à Rue89 Strasbourg est payé 1 800€ bruts par mois, ce qui n’est pas lourd compte-tenu de l’implication et de l’investissement que ça demande.
Pour que nous puissions financer ce troisième poste de journaliste, essentiel, nous allons devoir augmenter nos recettes. Et pour ça, nous comptons sur vous chers lecteurs. En vous abonnant, vous pouvez contribuer directement à la production d’un journalisme local d’enquêtes et indépendant à Strasbourg. Nous devons atteindre 1 000 abonnés pour financer le poste de Guillaume.
En France, l’enseignement et la pratique du MMA, ce sport de combat qui mélange plusieurs disciplines, sont autorisés, mais pas les compétitions. Mais depuis plusieurs années, des clubs alsaciens organisent et participent à des compétitions en Allemagne et en Suisse.
Lorsqu’il a entendu la ministre des Sports Roxana Maracineanu annoncer il y a un mois sur RMC, puis sur France Inter, sa volonté de légaliser le MMA (mixed martial arts ou arts martiaux mixtes) en septembre 2019, le premier mot qu’a immédiatement lâché Richard Wery est un « enfin ! », presque soulagé.
« Depuis le temps qu’on attendait ça ! », poursuit l’homme de 48 ans à l’origine de la Wery Fighting Academy, le premier club de MMA en Alsace, créé en 2006 à Rosenau, dans le Haut-Rhin. Comme lui, responsables de clubs, combattants, entraîneurs et amateurs de cette discipline qui mêle, entre autres, boxe thaïlandaise, lutte, jiu-jitsu et judo, scrutaient depuis quasiment vingt ans un signe des autorités en faveur du MMA. Il faut dire que ce sport, qui permet coups de poings, pieds, coude, genou et coups au sol dans une cage octogonale, bouscule la conception française des sports de combat qui place hautes les valeurs éducatives et méprise le fait de frapper un homme au sol.
Développé au début des années 90 aux États-Unis, ce sport de combat extrême a été légalisé en Amérique du Nord au début des années 2000. En France, où il reste stigmatisé, le MMA n’est autorisé qu’à la pratique en loisir. Exit donc, toutes compétitions officielles. La légalisation du MMA dans l’Hexagone est un sujet récurrent que les ministres des Sports successifs ont tenté d’évacuer en s’appuyant sur une recommandation du Conseil de l’Europe d’avril 1999 qui invitait les gouvernements à « interdire et empêcher les combats libres tels que la lutte en cage ». En Alsace, des clubs n’ont pas attendu la récente annonce de la ministre pour contourner – légalement – l’interdiction d’organiser des combats en profitant de la proximité de l’Allemagne et de la Suisse, où les compétitions sont autorisées.
Le MMA permet coups de poings, pieds, coude, genou et coups au sol dans une cage en forme d’octogone. Photo : Simone Buchmüller / HFC
Des combats à cinq minutes en voiture
Une situation particulière qui attire des amateurs de MMA de la France entière. Pour pouvoir combattre sans tomber dans l’illégalité, ils passent notamment par le HFC, Hard Fighting Championship, une société spécialisée dans l’organisation d’événements de MMA. Créée à Strasbourg en 2010 par Aziz Raguig, ancien champion du monde de Savate et de boxe anglaise, et Jean-Michel Foissard, l’organisation qui regroupe plus de 200 combattants est aujourd’hui basée… en Suisse. Au départ, les combats étaient organisés à Kehl. Puis Karlsruhe et Baden Baden. Aziz Raguig explique :
« L’interdiction d’organiser des combats sur le sol français est un problème que l’on contourne. Maintenant, on travaille en partenariat avec le Casino de Bâle. Et toute la France vient chez nous : des personnes de Marseille ou de Lille passent par le HFC pour combattre. »
Un peu amer, il ajoute :
« Mais comme le HFC est une société et pas une fédération, les récompenses que l’on remet aux combattants ne sont pas reconnues au niveau fédéral. Ce sont presque des “médailles en chocolat”… »
Dans le Haut-Rhin, Richard Wery confirme qu’aller à l’étranger pour combattre est très vite devenu « une habitude ». « La Suisse est à cinq minutes en voiture de chez nous, c’est un gros avantage », sourit-il.
Tous les deux mois, le HFC organise des événements de MMA au Casino de Bâle, en Suisse. (Vidéo YouTube)
Avant de lancer le club qui porte son nom, l’homme quatre fois ceinture noire (judo, combat complet, kombat sambo et sambo) raconte avoir pratiqué le MMA avec des amis pendant de longues années, de manière « un peu cachée ». Lorsqu’il donne son premier cours il y a treize ans, il se retrouve face à pas moins de 61 élèves. Signe de la popularité grandissante du MMA dans la région, son club compte à ce jour plus de 140 licenciés, dont cinquante enfants de 6 à 15 ans.
Le 18 mai, deux de ses élèves ont participé au HFC 19 où ils ont rencontré des combattants helvètes et allemands. « La compétition est depuis longtemps bien développée en Suisse et en Allemagne », considère cet ancien champion du monde de sambo et jiu-jitsu brésilien. « Il y a quinze jours, on était à Bienne, en Suisse. À une heure de route depuis Rosenau ».
En l’absence de fédération officielle de MMA, les récompenses gagnées par les combattants ne sont pas officiellement reconnues. Photo : Simone Buchmüller / HFC
« Moi, mon truc, ça serait vraiment de représenter la France en MMA »
Les allers et retours d’une rive du Rhin à une autre ne sont pas sans conséquences pour les combattants. Trésor Dos Santos en sait quelque chose. Originaire du quartier de Hautepierre à Strasbourg, le bonhomme d’1m76 qui combat dans la catégorie des moins de 84 kilos, a vite compris que s’il voulait progresser en MMA, il faudrait aller voir ailleurs.
Venu de la boxe thaï et de la boxe anglaise, l’homme de 34 ans, passé par le HFC et désormais professionnel, s’entraîne à Offenburg, en Allemagne. « Je t’arrête tout de suite : dans le MMA en Europe c’est pas parce-que tu combats en pro que tu vis de ça. » Il est ambulancier à son compte depuis deux ans. Un choix de vie pas évident qui implique aussi de sacrifier des moments en famille :
« Avec mon métier, je fais des heures de ouf. Je rentre chez moi, je prends mon sac et je vais directement à l’entraînement. Quand je prépare une compétition, je vais au club tous les jours. On est trois Français à s’entraîner là-bas, alors on se partage les frais pour les trajets. Ma famille, je ne la vois quasiment pas, mais elle me soutient clairement dans ma démarche. »
En 2010, Trésor Dos Santos était le premier Français à combattre à Kehl. Photo : Trésor Dos Santos / Facebook
Tout juste papa d’un petit garçon, il se rappelle la galère des débuts, sans sponsor, sans préparateur physique, sans public. La plus grosse prime qu’il a touché pour un combat se chiffre à 1 300 euros. Peu cher payés les coups pris pour un sport-spectacle où le prix du billet varie en moyenne de 30 à 160 euros. Aujourd’hui, le Strasbourgeois milite clairement pour la légalisation du MMA en France :
« Ça éviterait d’aller au fin fond de l’Europe pour combattre ! Moi, mon truc, ça serait vraiment de représenter mon pays en MMA, représenter la France. Le MMA m’a permis de mieux me connaître, ça m’a ouvert l’esprit. Je communique beaucoup plus avec les gens, parce-qu’à la base, je suis quelqu’un d’assez renfermé. Ça m’a stabilisé. »
« Il ne faut plus que ça soit un sport ghettoïsé »
D’autres, comme Rachid Chernane, ont carrément plié bagages pour le Canada. Là-bas, le spécialiste de judo et jiu-jitsu originaire de Mulhouse s’est entraîné dès 2008 avec des combattants de l’ultra-puissante organisation nord-américaine Ultimate Fighting Championship, l’UFC. Trois lettres synonymes de Saint-Graal dans le milieu du MMA. L’Alsacien de 37 ans, aujourd’hui formateur pour l’armée aux Émirats Arabes Unis, a pu comparer avec la France :
« J’ai vu la révolution du MMA depuis le Canada. Quand je rentrais en France, il n’y avait toujours pas de clubs, pas d’entraîneurs. On est toujours trop lent en France, c’est pour ça que je suis parti. Je combats à l’international, c’est mieux payé, mieux organisé. J’ai beaucoup appris de ces années au Canada : le professionnalisme mais aussi le show business autour de ce sport… Le MMA est trop risqué comme pari pour en vivre ».
Parti au Canada en 2008, Rachid Chernane a côtoyé la prestigieuse UFC.
En plus des difficultés pour les pratiquants de vivre du MMA, ils doivent aussi composer avec les clichés sur leur discipline. Rachid Chernane a clairement vu la différence : « Au Canada, on sortait du club et des gens nous demandaient des photos, des autographes, dans les restos, partout. Alors qu’en France, on était vus comme des brutes ». Lui aussi se dit favorable à la légalisation du MMA :
« Ça serait une bonne chose. Je ne pense pas que le MMA va vider les clubs d’arts martiaux traditionnels. Au contraire, moi ça m’a ouvert à tous les sports de combats. J’ai vu les limites de ce sport en France et surtout en Alsace. Il ne faut plus que le MMA soit ghettoïsé, mais soit considéré comme une vraie discipline, et pour aboutir à ça, la formation d’entraîneur est la clé du succès. »
Un long combat vers la reconnaissance
En France, on estime entre 25 000 et 40 000 le nombre de pratiquants de MMA. En l’absence d’une fédération officielle, la discipline est affaiblie par l’éclatement des différentes organisations aux quatre coins du pays. Autre conséquence : l’absence totale de diplômes officiels d’entraîneurs et les risques de déviances que cela peut comporter. Richar Wery pressent :
« Pleins de clubs émergent de partout avec des gens pas toujours qualifiés pour enseigner. Pour l’instant, rien n’est réglementé. Cette histoire de légalisation va être importante pour l’image de ce sport à part entière ».
À Strasbourg, Aziz Raguig, très investi dans la reconnaissance du MMA en France, a longtemps milité pour faire évoluer le droit. Il y a neuf ans, il avait rédigé une tribune favorable à la légalisation de la discipline et était allé jusqu’à prendre contact avec un cabinet d’avocats. « J’avais fait un travail énorme, mais à force de coups d’épée dans l’eau, j’ai laissé tomber », se souvient-il.
La plus grosse prime de combat qu’a touché Trésor Dos Santos (ici de dos) s’élève à 1.300 euros. Photo : Trésor Dos Santos / Facebook
Le Strasbourgeois avait même interpellé Jean-Philippe Maurer, député (LR) du Bas-Rhin de 2007 à 2012. Lui-même adepte de cardio-boxe, l’élu de la Meinau, qui s’est lancé en janvier dans la bataille des municipales de 2020, explique être un amateur de MMA depuis une dizaine d’années. En 2010, il avait écrit une lettre à Chantal Jouanno, alors ministre des Sports, pour lui demander de reconsidérer l’interdiction de la discipline. Championne de France de karaté kata par équipe, la ministre avait refusé à l’époque de légaliser ce qu’elle estimait être des « combats de chiens ou de coqs ». Jean-Philippe Maurer retient surtout que son courrier était resté sans réponse :
« J’évoquais notamment les “freins culturels” qui, selon moi, empêchent la légalisation du MMA en France. Ces freins viennent, d’une part, du public qui ne connaît pas le MMA et qui peut trouver ça assez trivial, très brutal. Un autre frein culturel est aussi de penser que c’est une discipline anglo-saxonne qui n’a pas sa place en France. Le MMA est un sport qui comporte des règles (elles sont à retrouver ici, ndlr), un sport très exigeant, réservé à des gens extrêmement bien entraînés. Ceux qui entrent dans l’octogone, qui combattent, sont les meilleurs : on n’envoie pas les gens à l’abattage ! »
Jean-Philippe Maurer indique qu’il trouve « courageuse » la proposition de la ministre des Sports. « Elle ne va pas se faire que des amis », glisse-t-il. Mardi 28 mai, lors de la séance des questions au gouvernement, Roxana Maracineanu a confirmé sa volonté de légaliser le MMA. La ministre a également annoncé le lancement, fin juin, d’un appel à manifestations d’intérêts pour qu’une fédération de sport de combat déjà structurée puisse prendre en charge le MMA. Richard Wery pointe le risque d’une mise sous tutelle :
« Je trouve ça dommage, parce-que les autres fédérations de sports de combats n’ont pas forcément la bonne connaissance du MMA. Mais si dans un premier temps il faut en passer par là… L’important c’est d’être reconnu. »
Journaliste indépendante et professeur d’éducation aux médias. Sujets société, inégalités, éducation, police-justice. J’aime aussi écrire sur le rap et la culture hip hop de Strasbourg et d’ailleurs.
De janvier à mai 2017, Claire Audhuy a vécu à Hénin-Beaumont, une ville du Pas-de-Calais gouvernée par le Rassemblement National. Dans le spectacle né de cette expérience, elle relate le quotidien d’une gouvernance violente, des intimidations, fake news et de la censure. Stand-up drôle et grinçant, 120 jours à Hénin-Beaumont propose une étrange alchimie entre l’indignation et le rire devant l’absurde. Il sera joué à l’Espace K du 30 mai au 1er juin. Pour Rue89 Strasbourg, Claire Audhuy revient sur cette la genèse de ce spectacle.
Rue89 Strasbourg : Comment une artiste strasbourgeoise s’est retrouvée à Hénin-Beaumont, dans le nord de la France ?
Claire Audhuy : « Nous étions jeunes quand nous avons créé Rodéo d’âme. Nous sommes une association, comme la plupart des compagnies de théâtre. Notre spécificité c’est l’écriture du réel, et puis nous éditons. Ce sont des textes sur des sujets engagés et actuels. Ce n’est pas facile de trouver un éditeur qui vous suive quand on parle de la Shoah, du conflit israélo-palestinien, de l’Algérie, de la prison, même du Front National comme ici.
J’ai répondu à un appel à résidence, lancé notamment par l’agglomération d’Hénin-Carvin, et soutenu par plusieurs ministères dont celui de l’Éducation. Ils cherchaient un auteur pour quatre mois à Hénin-Beaumont, de janvier à mai 2017, c’est-à-dire pile pendant la période des élections présidentielles 2017. Et comme Hénin-Beaumont a été choisi comme le nouveau fief du Front National, c’est là que Marine Le Pen se met en scène.
Claire Audhuy a créé Rodéo d’âme en 2004, compagnie de théâtre et maison d’édition. (Photo Tristan Kopp / Rue89 Strasbourg)
Ce spectacle, c’est un récit d’expérience. On pourrait dire que c’est une conférence gesticulée. Ma particularité c’est de travailler en immersion, pour vivre, ressentir et partager le quotidien des gens. On peut rapprocher ça du théâtre documentaire. D’habitude nous ne sommes pas reconnus comme faisant de l’humour, nos sujets sont trop graves. Mais parfois nous cherchons le rire pour faire entendre une parole inaudible. Nous travaillons avec mon mari, le journaliste Baptiste Cogitore. Il crée des documents photos et vidéos. Les autres documents ce sont tous les entretiens que je mène, les rencontres que je fais et les paroles que je peux retranscrire.
Le cœur de votre spectacle c’est le Steevy Show, une parodie du conseil municipal présidé par Steeve Briois, maire d’Hénin-beaumont, député européen et vice-président du Rassemblement National. Qu’est-ce que ces réunions ont de si spectaculaires et de si drôle ?
Quand je suis allé à son conseil municipal… non, ce n’est pas un conseil municipal : c’est une arène de cirque ou un numéro de claquettes. Il est capable de couper les micros des opposants quand ça lui chante. Les élus de l’opposition ne peuvent pas terminer leurs propos. Et s’ils ont la malheureuse idée d’achever quand même leur phrase, pour défendre leur position, le public, qui a été chauffé au préalable, hurle « ta gueule la poissonnière ».
Lorsqu’elle rapport les paroles du maire Steeve Briois, Claire Audhuy arbore un bandeau tricolore. Photo : de Baptiste Cogitore
Quand Steeve Briois adresse la parole à Marine Tondelier (élue Europe Écologie Les Verts), il est capable de dire « vous êtes un roquet de l’espèce hystérique ». Quand on parle d’Eugène Binaisse, ancien maire d’Hénin-Beaumont, on pourrait l’appeler monsieur Binaisse, ou monsieur le conseiller municipal, mais on l’appelle « le vieux qui pue la pisse ». Là, c’était lors d’une réunion préalable du conseil municipal… Il y a des procès tout le temps, et ça coûte très cher à Hénin-Beaumont. Ils ont essayé de porter plainte contre moi, deux fois . La première fois, c’était avec le motif « artiste non-neutre ».
Et c’est un motif valable pour porter plainte ?
Non. Le procureur a classé sans suite évidemment. La deuxième fois où ils ont essayé c’était pour « détournement d‘argent public ».
Sur quels faits ?
Ah mais non, là vous posez déjà trop de questions. Ce fut bien sûr classé sans suite, mais qu’est-ce qui se passe dans l’esprit des gens à Hénin-Beaumont ? Les gens en entendent parler, ça finit même dans le journal. Dans La Voix du Nord, on lit que le Front National porte plainte contre Claire Audhuy pour détournement d’argent public. Les parents de mes élèves à Hénin-Beaumont venaient me voir pour m’en parler. Je devais leur expliquer, mais les gens se méfient, il n’y a pas de fumée sans feu, etc.
« Quelle est la différence entre Marine Tondelier et une bière ? »
En plein milieu du conseil municipal, Bruno Bilde, l’adjoint au maire, interrompt les discussions pour raconter une blague. « Quelle est la différence entre Marine Tondelier et une bière ? La bière elle au moins est sûre de faire 3% ».
Là, vous avez oublié de rire. Dans le Steevy Show on ne sait pas s’il faut rire ou non, mais on rit de l’absurdité. Tenez, une autre blague de Bruno Bilde sur Facebook : « À quoi sert La Voix du Nord ? À se torcher et à faire un bon feu ».
Le Steevy Show c’est le moment où je donne à entendre comment Steeve Briois et son équipe parlent des gens. On distribue au public un trombinoscope et vous devez deviner de qui on parle, un peu comme Questions pour un champion. J’ai plein de personnages et si vous devinez juste, j’offre des cadeaux tricolores !
Cela fait deux ans que ce spectacle tourne, et il a été vu par des habitants d’Hénin-Beaumont. Comment ont-il réagi ?
Il n’y a pas de malentendu avec les habitants de Hénin-Beaumont. Quand j’y vais c’est tellement chaleureux et tellement convivial, je n’arrive pas à répondre à toutes les invitations. Par contre, c’est aussi délicat pour les habitants d’apprécier mes spectacles. Il y a une dame qui est venue me voir en mars quand je suis retourné à Hénin-Beaumont, et elle m’a dit “Je suis courageuse vous avez vu, je suis venue. Les deux dernières fois que je suis venue vous voir je suis arrivé en voiture et je suis repartie à pied.” La première fois elle s’était fait crever les pneus et la deuxième fois casser le pare-brise. Quand vous allez à un spectacle de Claire Audhuy, ça peut vous arriver. C’est arrivé plusieurs fois. Là, ils montrent les dents.
J’aime jouer nos spectacles notamment devant des jeunes, des lycéens, des collégiens. Ils n’ont pas choisi d’être là, ils viennent en groupe, avec l’école par exemple. Ce ne sont pas des adultes déjà convaincus. J’aime aller à la rencontre de gens qui ne viennent pas juste se gargariser. Rodéo d’âme veut créer un débat et brasser les cartes, et qui plus est pour la jeunesse en train de se forger son horizon.
« À Hénin-Beaumont, il n’y a pas un seul Français de souche »
Hénin-Beaumont, c’est le bassin minier. Pour les mines, on a appelé de la main d’œuvre des quatre coins de l’Europe et même d’Afrique. C’est un melting-pot, il y a 29 langues qui sont parlées. Les gens d’Hénin-Beaumont, il n’y en a pas un qui n’a pas un grand-père ou arrière-grand-père qui vient d’un autre pays. Ça, c’est la réalité du bassin minier : un brassage culturel énorme. Là il y a déjà un premier malentendu. Comment dans l’équipe du FN des gens peuvent-ils voter en toute amnésie pour une “ville sans migrants” alors que leurs propres grands-parents sont arrivés en tant que migrants ?
Les électeurs sont issus de ce brassage culturel. Il n’y a pas de “Français de souche”. Qui a créé cette expression et pour souligner quoi ? C’est juste pour faire se sentir certains moins français que d’autres. Ça n’a pas d’autre signification.
Les accessoires tricolores, instrumentalisés à l’extrême, évoquent parfois plus les shows à l’américaine que le drapeau français. Photo : de Baptiste Cogitore
C’est étonnant que dans un tel contexte vous ayez été en mesure de faire une résidence d’artiste dans cette ville.
C’est la communauté de communes qui a choisi de me proposer la résidence, et comme Hénin-Beaumont est la plus grande des treize communes c’est là que je suis allée. Donc Steeve Briois n’avait pas le pouvoir de s’y opposer et il a dû en faire une jaunisse. Quand je suis arrivé, rapidement, le FN a appelé pour m’empêcher de travailler avec les écoles, les médiathèques, le théâtre et toutes les structures municipales.
Ce n’est jamais direct. Mais les gens s’auto-censurent par peur de se faire crever les pneus de leur bagnole. Tout ça, on l’a vécu. C’est de l’intimidation, mais personne ne sait qui fait cela, évidemment.
De telles violences sont étonnantes. Au niveau des forces de l’ordre à Hénin-Beaumont, y a-t-il une accointance avec la municipalité ?
Ah mais c’est extraordinaire, énorme. Au conseil municipal, il y a Robocop : un policier municipal vient siéger en uniforme. Je n’ai jamais eu de contrôle de police dans ma vie, sauf à Hénin-Beaumont. Plusieurs fois par jour. Alors je disais « Vous venez de me contrôler il y a cinq minutes ! » Et le policier disait « refus d’obtempérer ! »
« Quand je colle des affiches, je ne m’attarde pas dans le secteur… »
Ils m’arrêtent dans la rue tous les dix mètres. Ce n’est pas illégal, mais abusif. Il a des jours où je ne pouvais plus marcher. Le jour des élections présidentielles, ils m’ont accusé de vouloir « entraver le bon déroulé du vote de Marine Le Pen » parce que j’étais dans la rue à ce moment-là. Ils sont extraordinaires, mais ils sont aussi méchants. Je me suis faite suivre, mon courrier a été volé… Quand je colle mes affiches à Hénin-Beaumont, je ne m’attarde pas dans le secteur. Et elles sont arrachées dans les 15-20 minutes.
Je voulais faire tourner ma pièce “Les Migrantes” à Hénin-Beaumont, ce n’était pas possible. J’ai offert mon livre à la médiathèque mais ils ne l’ont pas mis dans leurs rayonnages, ou bien des mois après sa parution… J’ai bien vu que les habitants n’allaient pas pouvoir connaitre cette pièce de théâtre documentaire où je donne la parole à huit femmes exilées. Avec un ami graphiste, j’ai sélectionné des extraits et j’ai en ai fait des affiches que j’ai collées sur les panneaux d’affichage libre. Et elles étaient arrachées immédiatement.
« Ma commune sans migrants »
En octobre 2016, quelques mois avant mon arrivé donc, Steeve Briois venait de se fendre d’un texte intitulé « Ma commune sans migrants ». Une charte qui a été adoptée par la Ville. Faites appel à vos souvenirs. Une ville sans ou un monde meilleur sans quelqu’un, ça vous évoque quoi ? C’est donc un texte adopté à 29 voix sur 35 et moi j’arrive avec ma pièce Les Migrantes dans une commune sans migrants…
Quelles sont les pouvoirs que donnent de ce texte ?
C’est une charte qui permet tout. Par exemple, il y avait une association caritative depuis vingt ans qui donnait des vêtements et repas aux nécessiteux. Ils avaient un petit local mis à disposition à Hénin-Beaumont, comme pour la plupart des associations. La municipalité les a convoqués parce qu’ils ont distribué des repas et des vêtements sans demander les cartes d’identité des gens, donc ils ont potentiellement aidé des migrants. La mairie a donc décidé d’estimer le coût de la location du local à 200€ par mois, et leur a exigé un paiement rétroactif de 40 000€ pour les 20 dernières années. Ils ont rendu les clés deux jours après. Voilà comment, sous couvert de cette charte, la mairie peut expulser des associations caritatives qui aident les plus nécessiteux. On s’en fout que ce soient des Français ou non, pour donner de la soupe et des pulls !
Le texte du spectacle est édité par Rodéo d’âme et vendu le soir des représentations Photo : de Baptiste Cogitore
Comment la population réagit à ces décisions de la municipalité ?
La population était très chaleureuse. Mais comme partout ailleurs c’est une petite ville qui se vide, les gens ne votent pas plus qu’ailleurs. Et il y a un battage médiatique. Le journal municipal est un tract pour le FN. Quand il y a eu les résultats des législatives, ils ont donné les résultats. Il y a eu le résultat de Marine Tondelier et ils ont indiqué qu’elle était candidate « EELV / La voix du Nord ». C’est pour faire croire qu’il y a des accointances entre les politiques et les journaux. Ils disent que, je cite : « les socialopes sont tous les amis des merdias et des journalchiasses ». Tout est fake news sur fake news. Ils ont fait venir Sophie Fessard au conseil municipal.
Je ne la connais pas…
C’est normal. C’est une soi-disant victime de l’attentat de Nice. Elle arrive en fauteuil roulant au conseil municipal, alors on pleurniche parce qu’elle est rescapée. Et juste après on débat de faire armer ou non les policiers municipaux. Vous vous doutez bien que l’extrême-droite est pour. L’opposition s’insurge et dénonce une manipulation par les émotions. Pourquoi une victime de Nice vient à Hénin-Beaumont parler des armes ? Sophie Fessard dit “si les policiers municipaux avaient été armés je serais debout et mon mari ne serait pas mort”. Mais cette personne n’est pas victime et elle n’est pas paraplégique. La Voix du Nord l’a découvert une semaine après. C’est le niveau de fake news qu’il sont capables de faire.
La bonne blague des « poux marocains »
Un matin, dans la cour de l’école, il n’est pas encore 8h, je croise des mamans qui discutent de la meilleure façon d’éliminer les poux. L’une parle de shampoing, l’autre dit qu’il faut raser directement les cheveux. Et une troisième maman les alerte : “Ça va être beaucoup plus compliqué les filles. Cette année c’est les fameux poux marocains, ils sont beaucoup plus coriaces…”
Quand Nicolas Bay (député européen RN) parle des réfugiés il dit “les prétendus réfugiés”. La presse est sous pression, l’opposition est humiliée, l’information est manipulée, c’est ça la réalité. Alors oui, avec le Steevie Show je me marre, sauf que tout est documenté et sourcé.
Avec toutes ces pressions, ces quatre mois de résidence ont dû être éprouvants.
Je suis allé au collège pour travailler avec des élèves, puisque qu’il ne dépend pas de la municipalité. On a préparé une pièce, « Bienvenue à Hénin-Beaumont », pour donner la parole à des élèves primo-arrivants et des élèves français du collège. Il y a eu tellement de pression sur le proviseur, des menaces et des coups de fil, qu’il a fallu censurer des passages entiers du texte.
Et si l’intimidation ne suffit pas, il reste la pression judiciaire. Un maximum de procès qui coûtent un maximum de pognon à la Ville, c’est la réalité. Hénin-Beaumont s’en sort parce qu’il y a plein de dotations de l’État, du Département, etc. Et ça sert notamment à payer tous les procès qu’ils intentent. Moi j’ai un avocat maintenant, qui a vu la pièce, qui relit mes livres…
Ils ont envoyé une lettre au procureur en disant « Claire Audhuy nous suit, elle était présente à la commémoration de la journée de la Déportation, à la commémoration de la fin de la guerre d’Algérie ». Des journées publiques, il faut le rappeler. J’ai reçu une lettre retraçant mes déplacements, pour me faire comprendre qu’ils savent ce que je fais, où je vais, avec qui je travaille… Mais je savais qu’ils m’avaient suivie, j’avais juste à me retourner.
Malgré les menaces et tentatives d’intimidation, les quatre mois de résidence ont permis de récolter de nombreux documents et témoignages. Photo : de Baptiste Cogitore
C’est un climat de désinformation et de manipulation assez stupéfiant. Comment expliquez-vous l’existence de tels débordements et abus ?
À Hénin-Beaumont, vous voyez exactement comment ça peut se passer si le Rassemblement National gouvernait en France : il n’y a plus de liberté de la presse, il y a de l’humiliation, de la censure, les artistes sont muselés, les livres ne circulent pas. Oui, il y a des panneaux d’affichage libres à Hénin-Beaumont mais en quinze minutes, tu te fais recouvrir. Et si tu veux enlever leurs affiches, tu te fous des bouts de verre dans les doigts car ils mélangent du verre dans leur colle.
Une revanche sur les communistes
C’est leur ville modèle, la France entière les regarde, Marine Le Pen y vient. Pour eux c’est un symbole. Ils ont pris cette terre aux communistes et aux socialistes. Ils n’ont rien à faire à Hénin-Beaumont. Cette terre est à gauche, ce sont des frères qui étaient dans la mine. Pour le RN c’est une super vengeance. Ils font peur à tout le monde, ils mentent, ils manipulent. L’opposition politique n’en peut plus d’insultes et de diffamations.
Dans notre texte, il y a aussi tous les témoignages de primo-arrivants qui vivent à Hénin-Beaumont et ceux d’anciens mineurs. Avant le spectacle, je m’amuse à accueillir les gens avec ma tenue du Steevy Show, en bleu marine et avec des accessoires tricolores. Les gens chantent, applaudissent, jouent le jeu, se lèvent. C’est drôle, mais il y a de la conscientisation politique dans ce spectacle. On dénonce le populisme et la manipulation. On les dérange parce qu’on raconte. »
Plusieurs affiches dessinées ont été placardées dans Strasbourg pour demander le retrait du texte polémique.
L’arrêté anti-mendicité continue de diviser la ville. Ce mercredi 29 mai, une demi-douzaine d’artistes sont allés coller des affiches hostiles à la Krutenau, le quartier Gare ou le centre-ville de Strasbourg. Dans leurs dessins, qui fait suite à un appel sur internet (43 dessins par 35 personnes de « 3 à 70 ans »), ils dénoncent la volonté de faire de Strasbourg une « ville-vitrine artificielle et destinée aux touristes ». Cette action est l’idée d’un récent collectif « éphémère » qui ne souhaite pas prendre de nom. « C’est plus un espace proposé pour s’exprimer sur des causes qui nous touchent, sur des problématiques locales et concrètes », explique une membre du collectif (les participants préfèrent ne pas donner de nom, pour ne pas se mettre en avant), sachant que le collectif assure ensuite la logistique et le collage.
Certaines personnes, peu douées avec le dessin ont préféré envoyer un texte ou slogan. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas
Et pour cause, seules 4 personnes en commun ont envoyé des dessins ou des textes entre la première et la deuxième action du même collectif. En février, un affichage similaire (« Aimons nous tout.e.s ») demandait que l’opération commerciale « Strasbourg Mon Amour » soit adressée à tous types de personnes. La programmation et la communication font la part belle aux quadragénaires hétérosexuels.
Une controverse qui dure
Pour revenir à l’arrêté signé par le maire Roland Ries (PS) le 25 avril, ses défenseurs répliquent de leur côté que ce texte limité à trois places ne vise que les comportements « agressifs », qui peuvent en fait déjà être sanctionnés par le droit français. La formulation de l’arrêté vise à sanctionner d’une amende de 38 euros « l’occupation de manière prolongée des voies publiques […] accompagnée ou non de sollicitations ».
Les membres du collectifs préfèrent ne pas apparaître pour ne pas se mettre en avant. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans LucasPhoto : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Les décideurs sont souvent interpellés. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas
Ce n’est pas la première action contre ce texte controversé. Une manifestation s’était tenue le 12 mai. Le sujet a aussi électrisé deux conseils municipaux successifs au sein de la majorité. Mardi 28 mai, trois tags (« Vitrines assassines », « À quand un arrêté anti-riches ? », « Contre l’arrêté anti-pauvre ») ont été imprimés sur la façade du commerce de Gwen Bauer, le président de l’association de commerçants Les Vitrines de Strasbourg qui réclamait ce texte (dès 2016) avec la Chambre de Commerce et de l’Industrie (CCI).
Roland Ries et son adjoint à la Sécurité Robert Herrmann (PS) ont rapidement apporté leur soutien au président des Vitrines. Roland Ries a néanmoins promis une « évaluation avant l’été » du dispositif. « C’est une sorte de test et on veut éviter que la mesure soit généralisée », explique une autre membre, choquée par le récent suicide d’un jeune afghan (l’appel à dessins avait été publié quelques jours plus tôt).
Interpeller le regard ou discuter
Après un « atelier colle », moins chère qu’à acheter en magasin, les duos se mettent en route, vers les espaces où le collage est accepté, à savoir les rares panneaux « expression libre », mais surtout les conteneurs à verre, les lampadaires ou les devantures abandonnées de magasins.
Le fameux atelier colle a nécessité plus d’une heure, mais celle-ci s’est avérée efficace lors du collage. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas
Le collage est l’occasion d’interpeller le regard des passants. Les affiches sont de taille A4, d’autres sur un quart de page (format A6) avec un texte imprimé au verso, à distribuer tels des mini-tracts. Certaines personnes regardent d’un air curieux. Sur les quais des pêcheurs, la première personne à s’arrêter est Farouk. Après une discussion, il repart convaincu par l’argumentaire bien maîtrisé :
« Je n’étais pas du tout au courant de cet arrêté. Ce n’est pas parce qu’il y a des pauvres qu’il faut les exclure. Il est vrai qu’on en voyait beaucoup vers la place Kléber et le McDo et qu’ils ont été chassés. Je comprends un commerçant qui a investi et se retrouve face à des comportements violents, mais tout est question d’équilibre. La réponse est sociale. Il ne faut pas faire de quelques individus une généralité. »
Sa fille a ensuite collé quelques affiches et en a emporté une à la maison, avant de repartir.
La fille du premier passant a collé quelques affiches avant de repartir. Mirdass / Hans Lucas) Discussions avec un passant (photo Abdesslam Mirdass / Hans Lucas)
Posé au Skate Park de la Rotonde, le NL Contest s’est tenu du vendredi 24 au dimanche 26 mai. Retour en images sur cette célébration des pratiques urbaines et des vertus du bitume.
Les trottinettes, il y a ceux qui mangent le macadam et ceux qui s’envolent avec… Photo : Abdesslam Mirdass / Hans LucasPhoto : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Total équilibre, totale maîtrise… Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Diaby Diako a impressionné tout le monde avec son style et ses envols en apesanteur… (Photo Abdesslam Mirdass / Hans Lucas) Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Une ambiance, plusieurs styles… Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Julien Lemoine de Schiltigheim présent parmi les riders du NL Contest 2019 Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Jésus était là aussi, mais chill. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Le colombien Andres Shapol avec les membres de son équipe, après une cascade digne d’un film Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Les effets du DJ sur le public du NL Contest Photo : Abdesslam Mirdass / Hans LucasPhoto : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Ne faites pas ça à la maison… Photo : Abdesslam Mirdass / Hans LucasPhoto : Abdesslam Mirdass / Hans LucasPhoto : Abdesslam Mirdass / Hans LucasPhoto : Abdesslam Mirdass / Hans LucasPhoto : Abdesslam Mirdass / Hans LucasPhoto : Abdesslam Mirdass / Hans LucasPhoto : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Au « Parkour Bicross », le but des riders sur leurs BMX est de passer au dessus de la barre… C’est déjà compliqué à pieds, ils le font avec leur vélo… Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Le participant le plus âgé du NL Contest est un Allemand de 63 ans. L’an prochain, les résidents d’un EHPAD sont invités sur la rampe… Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Peace out. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Samuel au micro ! Photo : Abdesslam Mirdass / Hans LucasPhoto : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Des rampes partout, horizontalité et verticalité ont des traductions différentes au NL Contest Photo : Abdesslam Mirdass / Hans LucasPhoto : Abdesslam Mirdass / Hans LucasPhoto : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas Les riders retombent presque toujours sur leurs pieds. Presque. Photo : Abdesslam Mirdass / Hans LucasPhoto : Abdesslam Mirdass / Hans Lucas
89dB, l’émission des sorties culturelles de Rue89 Strasbourg prépare un délicieux cocktail radiophonique ! La recette ? Une bonne dose d’électro-funk, un zeste de hard-rock, une pincée de micro-théâtre, le tout saupoudré des meilleures idées sorties. En juin, Strasbourg se met très très bien.
Après le Local et le Molodoï, 89dB installe ses micros sur la terrasse du café du TNS. Rendez-vous vendredi 31 mai à 18h pour suivre en direct l’émission de Rue89 Strasbourg avec la crème de la scène strasbourgeoise. L’évènement est aussi à suivre sur notre page Facebook.
Le programme de l’émission
Le Contre-temps Festival
Il déferle sur Strasbourg du 6 au 23 juin, le Contre-temps Festival est de retour avec une cinquantaine d’artistes, dans une dizaine de lieux différents, notamment le café du TNS. Son programmateur Stefan Robinot est l’invité de 89dB. Il sera accompagné du groupe strasbourgeois Funkindustry, programmé au Contre-temps Festival. Et cerise : des places sont à gagner sur Rue89 Strasbourg pour trois des soirées majeures de Contre-Temps.
Concerts au Stride, le bike park de la Rotonde
Le Stride n’est pas uniquement le plus grand bike park d’Europe. Beaucoup de concerts y sont régulièrement organisés au milieu des rampes, des bosses et des plans inclinés. Notre spécialiste de la vie underground strasbourgeoise Guillaume Krempp a testé une de ces soirées au Stride. Il raconte ses exploits nocturnes dans 89dB.
La team de Rue89 Db Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
À la découverte du micro-théâtre avec le Festival Equinoxe
Imaginez un spectacle de théâtre de 15 minutes, dans une salle de 15 m² avec 15 spectateurs. C’est le principe du micro-théâtre créé en pleine crise financière en Espagne, pour pouvoir continuer à jouer malgré les énormes contraintes budgétaires. 89dB vous fait découvrir le micro-théâtre avec le Festival Equinoxe par la compagnie Toc-Toc. C’est à la maison Mimir du 7 au 9 juin.
Une initiation au metal grâce à l’Itawak Fest
Si pour vous le metal et le hard-rock c’est avant tout des chevelus habillés en noir qui crient dans un micro, vous êtes au bon endroit ! 89dB vous propose une petite leçon introductive à cette musique pas comme les autres. Nous avons rencontré un des organisateurs de l’Itawak Fest, qui se déroule du 13 au 15 juin au Molodoï.
L’agenda du mois de juin
Il y a une seule contrainte quand on sort à Strasbourg au mois de juin : savoir où aller ! Vous aurez l’embarras du choix donc 89dB vous donne quelques pistes validées dans l’agenda du mois de juin.
Les associations et structures travaillant auprès des personnes en situation de précarité ne supportent plus les conditions d’accueil et de suivi qui prévalent à Strasbourg.
Quatorze associations, collectifs ou structures du secteur caritatif, dont les missions sont de venir en aide aux personnes en situation de précarité à Strasbourg ont signé un communiqué commun, une première, en forme d’appel au secours.
Ces structures déplorent qu’un jeune afghan d’une vingtaine d’années, qui a fui la misère et la guerre puis traversé un continent dans l’espoir d’une vie meilleure, n’ait finalement trouvé d’autre option une fois parvenu en France que de mettre fin à ses jours. Le corps sans vie d’Habib a été retrouvé samedi matin, pendu, au parc du Glacis où se sont installées sous des tentes plusieurs personnes.
Un appel à la dignité
« Depuis fin 2017, nous constatons à Strasbourg de plus en plus de personnes contraintes de vivre dans des campements. Plus de 10 campements dénombrés depuis fin 2017, accueillant plus de 700 personnes dans des conditions sanitaires déplorables et privées d’accès à leurs droits fondamentaux. Cette situation, dont l’État semble se satisfaire conduit à leur dégradation physique et psychologique et à leur mise en danger comme le démontre le décès de cette personne.
Cette situation déplorable est la conséquence directe d’une politique délibérée : « On gère au fur et à mesure pour éviter l’appel d’air, » selon le mot d’Yves Séguy, secrétaire général de la préfecture du Bas-Rhin (DNA, 20 février 2019).
Un camp de migrants et de demandeurs d’asile en août 2013 aux Remparts. L’endroit a été grillagé depuis, le camp s’est reformé quelques centaines de mètres plus loin… Photo : Archives Rue89 Strasbourg
L’accès à un hébergement est un élément fondamental de la santé de toute personne. Le droit prévoit aux demandeurs-ses d’asile un accès à un hébergement durant le temps d’examen de la demande d’asile. Le jeune Habib aurait pu en bénéficier ou à défaut au moins être hébergé par le 115. Le droit à un dispositif d’hébergement d’urgence en toutes saisons et de manière inconditionnelle est garanti par le Code de l’Action Sociale et des Familles.
Cinq demandes
Nous demandons que des mesures urgentes soient prises afin de sauvegarder la dignité des personnes et de garantir le respect des droits fondamentaux :
– Une protection et une mise à l’abri d’urgence, immédiate et inconditionnelle des personnes en errance, dans le Bas Rhin, leur permettant d’accéder à leurs droits fondamentaux ;
– L’assurance d’une continuité de l’hébergement pour toutes les personnes accueillies dans les dispositifs, quelle que soit leur situation administrative ;
– Un accès rapide aux procédures de demande d’asile pour ceux qui le souhaitent, y compris pour les personnes sous procédure Dublin, ainsi qu’aux conditions matérielles d’accueil ;
– Le lancement d’une réflexion collective sur l’hébergement et le logement de l’ensemble des personnes à la rue afin de trouver des solutions pérennes à la situation actuelle ;
– Et enfin, tant que les campements perdureront, la garantie de conditions d’hygiène dignes (accès à l’eau et sanitaires). »
Un collectif strasbourgeois d’aide aux migrants demande un point d’eau potable pour le campement des Canonniers au Neuhof. Dans une nouvelle lettre ouverte au maire Roland Ries, il dénonce un « site saturé », des « parents et enfants malades » et un « manque d’hygiène ».
Plus de 90 personnes, dont 40 enfants, vivent dehors et sans point d’eau potable au campement des Canonniers selon un décompte d’un collectif d’aide aux sans-abris. Dans une lettre ouverte, le collectif des Canonniers, cette rue à l’entrée du Neuhof, demande au Maire de Strasbourg de mettre fin à cette situation « qui concerne la santé publique ».
L’absence d’accès à l’eau potable entraîne un manque d’hygiène, et ce malgré l’installation de toilettes. Les bénévoles sur le site font aussi face à « des parents et des enfants malades », dont plusieurs sont passés aux urgences pédiatriques.
Selon le collectif de bénévoles du Campement dit « des Canonniers », plus de 90 personnes sont à la rue, dont près de 40 enfants. Photo : Document Remis
Tensions et dangers
Le collectif avertit aussi sur une situation potentiellement dangereuse. La promiscuité entraîne des tensions entre migrants. La proximité avec la route et le tram C constitue aussi un danger pour les enfants du campement, qui « cette semaine (…) jouaient sur les voies de tram et ont perturbé la circulation, mettant leur vie en danger. »
Comme à chaque fois, des familles entières se sont déplacées depuis l’Est de l’Europe… Photo : Gérard Baumgart / doc remis
Les bénévoles demandent donc « l’installation au plus vite d’un point d’accès à l’eau potable », tel que celui installé l’an dernier. Ils répètent aussi une revendication formulée dans un courrier envoyé au maire et au préfet la semaine précédente : « le démantèlement rapide du campement (…) et l’hébergement des familles y résidant. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.